• L’IA rend l’#édition_scientifique « plus lente, de moins bonne qualité et plus chère »

    Alors que de plus en plus d’#articles_scientifiques sont créés en utilisant l’IA générative, le rédacteur en chef de Science, Holden Thorp, considère qu’elle fait plus de mal que de bien à l’édition scientifique.

    Pour Holden Thorp, le responsable éditorial de toutes les revues de l’éditeur scientifique Science, l’arrivée de l’IA générative pousse l’édition scientifique dans une forme de « #taylorisme ». « Ce défi exige encore plus d’efforts humains, ce qui rend l’ensemble du processus plus lent et plus coûteux », explique-t-il dans un édito de la revue phare (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aek5570).

    L’année dernière, des chercheurs prévenaient que l’IA pourrait faire, au final, « plus de mal que de bien » à la recherche sans pour autant nier certaines avancées qu’elle pouvait amener. Fin 2025, submergée par les propositions d’articles générées par IA, la plateforme de prépublications #arXiv décidait de modérer plus strictement. Elle a ensuite mis en place une mesure de suspension d’un an des chercheurs qui soumettent des articles erronés générés par IA.

    #Hallucinations, #cherry_picking et #manipulation_de_données

    Mais les revues et les conférences scientifiques sont aussi touchées par le phénomène. Holden Thorp ne nie pas la capacité des grands modèles de langage (LLM) à permettre des avancées scientifiques comme la prédiction des structures protéiques ou l’accélération de la découverte de nouveaux matériaux.

    Mais il s’appuie sur un article scientifique récent (https://www.science.org/doi/10.1126/science.adz4351) qui explique que les LLM « éprouvent encore des difficultés dans les domaines qui exigent un jugement clinique nuancé, un raisonnement expérimental ou une réflexion et une synthèse approfondies en biologie » et sur l’existence des hallucinations (dont même les chercheurs d’OpenAI avouent avoir du mal à se débarrasser) pour expliquer que leur utilisation dans la rédaction d’articles scientifiques peut être problématique.

    « De plus, certains de ces agents sont plus enclins que les humains à se livrer à ce qui s’apparente à des #fautes_professionnelles en matière de recherche, telles que la #sélection_arbitraire_de_données [cherry picking] et la manipulation des analyses statistiques jusqu’à l’obtention du résultat souhaité », ajoute-t-il, citant un autre article mis en ligne sur arXiv (https://arxiv.org/pdf/2509.08713).

    Et, alors que l’ajout d’erreurs par l’IA générative dans les articles demande une attention accrue, elle accélère aussi le rythme de soumission d’articles aux revues scientifiques et crée des #goulots_d’étranglement. Certains éditeurs, comme Elsevier, laissent facilement passer des #erreurs parfois impardonnables. « La prolifération d’#AI_slop [informations erronées liées à l’IA] dans la littérature scientifique et, plus généralement, sur Internet, nuit à la #crédibilité de la #science », déplore le responsable éditorial de Science.

    Le taylorisme arrive dans l’édition scientifique

    Holden Thorp compare ce moment de l’arrivée de l’IA générative dans l’édition scientifique à l’arrivée du taylorisme dans l’économie américaine. Frederick Winslow Taylor « a encouragé les entreprises à recourir à la surveillance pour pousser les salariés à travailler plus dur et plus longtemps, une approche qui a épuisé et découragé les travailleurs et a conduit au transfert des connaissances et de tout pouvoir décisionnel des travailleurs vers la direction », explique-t-il.

    Remarquons quand même que, si Holden Thorp déplore l’utilisation massive de l’IA générative dans les articles scientifiques, son article est lui-même parsemé de liens accompagnés de paramètres UTM laissant la trace de l’utilisation de ChatGPT (par exemple : https://arxiv.org/abs/2605.07723.

    https://next.ink/247785/lia-rend-ledition-scientifique-plus-lente-de-moins-bonne-qualite-et-plus-chere
    #AI #intelligence_artificielle #vitesse #qualité #ESR #recherche #revues_scientifiques

  • L’intelligence artificielle va‑t‑elle mettre fin à la recherche en sciences sociales ?

    L’impact de l’intelligence artificielle générative sur les sciences sociales peut être compris à travers la métaphore du roman Things Fall Apart de Chinua Achebe. Ce livre retrace les bouleversements de la société nigériane face à l’intrusion coloniale. Il offre une approche pertinente pour comprendre les tensions actuelles du monde académique.

    Il y a quelques mois maintenant, un collègue m’a envoyé son article pour avoir une seconde lecture. Tout y était : problématique ciselée, revue de littérature exhaustive, méthodologie rigoureuse. Trop, justement. En y regardant de plus près, certaines formulations m’ont alerté : « crucial », « dans le monde dynamique de », « il est impératif de noter que ». Le #vocabulaire typique de #ChatGPT. J’ai demandé des explications. Réponse gênée : « Oui, j’ai utilisé l’IA pour rédiger certaines parties, mais j’ai relu, évidemment. »

    Ce malaise révèle une vérité qui dérange : nous, chercheurs en sciences sociales, sommes en train de perdre le contrôle de notre métier. Et nous faisons semblant de ne pas le voir. Cette réflexion m’a amené à proposer un article à la Revue française de gestion à l’occasion du numéro de son 50ᵉ anniversaire.

    Quelques chiffres illustratifs du changement de paradigme

    Environ 13,5 % des #résumés d’articles biomédicaux publiés en 2024 contiennent des traces d’utilisation d’intelligence artificielle (IA) générative selon une étude parue dans Science Advances (https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adt3813). Plus inquiétant encore : une étude de chercheurs de Stanford révèle que jusqu’à 17 % du texte des évaluations d’articles dans les grandes conférences sur l’IA pourrait avoir été substantiellement modifié par l’IA elle-même (https://arxiv.org/abs/2403.07183). Nous sommes entrés dans une boucle où l’IA évalue l’IA.

    Par ailleurs, des équipes de recherche analysent en quelques semaines des corpus qui auraient nécessité des années de travail. En sociologie numérique, par exemple, une étude publiée dans Science a examiné la diffusion de près de 126 000 informations vraies et fausses partagées par environ trois millions d’utilisateurs sur Twitter (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aap9559), soit plus de 4,5 millions de partages, un volume inimaginable sans outils d’analyse automatisés.

    Ruptures dans les sciences sociales

    Mais au-delà de ces gains de #productivité, quelque chose se fissure. L’IA ne bouleverse pas seulement nos méthodes de travail. Elle remet en question ce que signifie « #faire_de_la_recherche ».

    Comment valider des résultats produits par un #algorithme dont les rouages internes restent opaques ? Comment garantir la #rigueur_scientifique quand l’IA peut « #halluciner » et inventer des #références_bibliographiques qui n’existent pas ? Comment protéger notre #pensée_critique dans ce contexte ?

    Nous sommes actuellement confrontés au même #dilemme que les personnages du roman de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, intitulé Tout s’effondre (Things Fall Apart, en anglais). Dans ce récit, une société africaine traditionnelle se retrouve confrontée aux missionnaires européens qui viennent imposer de nouvelles croyances. Certains membres de cette société traditionnelle s’adaptent à cette arrivée, d’autres résistent. Tous comprennent que rien ne sera plus comme avant.

    Technophiles contre traditionalistes

    La communauté scientifique connaît aujourd’hui des divisions. Certains, les « technophiles », accueillent l’IA avec enthousiasme, convaincus qu’elle va accélérer les découvertes et ouvrir la recherche au monde en développement. D’autres, les « traditionalistes », dénoncent une course à la productivité aux dépens de la profondeur de pensée.

    Cette #fracture ne se limite pas aux questions techniques et technologiques, elle touche aussi à notre #identité, collective et individuelle, de chercheurs. Sommes-nous en train de devenir de simples opérateurs validant des productions issues d’algorithmes ? Notre expertise se réduit-elle à savoir poser les bonnes questions à un modèle d’IA ?

    Les jeunes chercheurs sont les premiers exposés. Ils jonglent entre la pression de publier rapidement et l’injonction implicite à ne pas trop utiliser l’IA. Résultat : beaucoup l’utilisent en cachette, créant une #culture_du_secret qui a des conséquences pour la #transparence_scientifique.

    Quelles solutions ?

    Nous avons trop longtemps préféré détourner le regard. L’intelligence artificielle est là, et ignorer sa présence n’est plus tenable. Il nous faut repenser notre manière de faire de la science. Imaginer un nouveau cadre.

    Trois grands principes pourraient nous servir de boussole.

    Le premier, c’est la #transparence. Chaque recours à l’IA devrait être précisé noir sur blanc dans nos publications : quels outils ont été utilisés, pour quels usages, et dans quelles limites. Certaines revues, comme Nature, commencent déjà à l’imposer.

    Ensuite, la #responsabilité. L’IA peut analyser des données, suggérer des pistes, rédiger des brouillons. Mais c’est au chercheur qu’il revient d’interpréter et de valider avec un #esprit_critique. Cette ligne rouge ne doit jamais être franchie. Une étude récente le rappelle cruellement : 52 % des réponses générées par l’IA à des questions de programmation contiennent des erreurs, et la supervision humaine échoue à les corriger dans 39 % des cas (https://dl.acm.org/doi/10.1145/3613904.3642596).

    Enfin, le #pluralisme. Il devient nécessaire d’accepter que certains chercheurs intègrent l’IA dans leur travail tandis que d’autres la refusent. Cette diversité peut devenir une richesse, si les débats ont lieu au grand jour, dans les conférences et les séminaires qui constituent la tradition scientifique.

    Un nouveau #paradigme_scientifique

    L’intelligence artificielle va continuer de gagner en puissance et en omniprésence.

    Nous sommes à l’aube d’un #tournant dans le monde de la recherche où l’intelligence humaine devient une « des » formes d’intelligences. Il semble clair que cette #cohabitation ne portera ses fruits que si elle s’appuie sur des #règles mises en place par les chercheurs eux-mêmes.

    Le vrai risque ne provient pas de l’intelligence artificielle, mais de notre #inertie. Notre envie de profiter de ce qu’elle offre sans trop s’interroger. D’accepter, sans résister, une facilité qui pourrait, à terme, nous échapper. Chinua Achebe raconte comment une société s’effondre lorsqu’elle perd le contrôle de son destin. Nous, chercheurs, avons encore le #choix. Nous pouvons décider comment intégrer l’intelligence artificielle, à quelles conditions, mais aussi avec quelles limites.

    L’enjeu n’est pas de résister au changement. Il est de le guider vers une science plus rigoureuse, plus transparente, plus consciente d’elle-même. Une science qui utilise l’IA sans s’y soumettre. Une science qui reste, avant tout, une aventure humaine.

    https://theconversation.com/lintelligence-artificielle-va-t-elle-mettre-fin-a-la-recherche-en-s
    #IA #AI #intelligence_artificielle #ESR #recherche #SHS #sciences_sociales #édition_scientifique #publications_scientifiques #évaluation #peer_review #hallucination #à_lire

  • #arXiv imposes one-year ban for unchecked LLM output

    arXiv has clarified enforcement for submissions that include unverified large language model (LLM) output. Per a public thread by Thomas G. Dietterich, chair of arXiv’s computer science moderators, a submission that contains “incontrovertible evidence that the authors did not check the results of LLM generation”, examples cited include hallucinated references and leftover LLM meta-comments, can trigger a one-year ban and a requirement that future arXiv submissions first be accepted at a reputable peer-reviewed venue, as reported by The Verge and other outlets. The platform’s Code of Conduct was cited in Dietterich’s thread, noting authors bear responsibility for content irrespective of how it was generated. Community reaction has been mixed, with some researchers supporting the move and others warning about selective enforcement and false-positive risks, according to The Decoder and social reporting aggregated by di.gg.

    https://letsdatascience.com/news/arxiv-imposes-one-year-ban-for-unchecked-llm-output-be07fdf4
    #LLMs #IA #intelligence_artificielle #bannissement #recherche #édition_scientifique #publications #AI #1_an #revues

  • Limogeage d’Olivier Nora par Bolloré : les fruits et les fleurs de la #concentration_éditoriale
    https://lvsl.fr/limogeage-dolivier-nora-par-vincent-bollore-les-fruits-et-les-fleurs-de-la-conc

    Le 15 avril, #olivier_nora, PDG des éditions #grasset, propriété de Vincent Bolloré, a été limogé. Cette décision a provoqué la prise de conscience d’une centaine d’auteurs : leurs idées et leurs œuvres sont, depuis trois ans, la propriété de Vincent Bolloré. Et donc au service de son idéologie. Un pas de plus doit être fait : cette situation est une conséquence prévisible de la concentration qui, en France, fait d’une poignée de patrons les maîtres de l’édition française. Par Thierry Discepolo, directeur des éditions Agone.

    #Culture #Bolloré #édition_française #qui_possède_quoi #vincent_bolloré

  • AI Is Inventing Academic Papers That Don’t Exist — And They’re Being Cited in Real Journals

    The proliferation of references to fake articles threatens to undermine the legitimacy of institutional research across the board.

    As the fall semester came to a close, Andrew Heiss, an assistant professor in the Department of Public Management and Policy at the Andrew Young School of Policy Studies at Georgia State University, was grading coursework from his students when he noticed something alarming.

    As is typical for educators these days, Heiss was following up on citations in papers to make sure that they led to real sources — and weren’t fake references supplied by an AI chatbot. Naturally, he caught some of his pupils using generative artificial intelligence to cheat: not only can the bots help write the text, they can supply alleged supporting evidence if asked to back up claims, attributing findings to previously published articles. But, as with attorneys who have been caught generating briefs with AI because a model offered false legal precedents, students can end up with plausible-sounding footnotes pointing to academic articles and journals that don’t exist.

    That in itself wasn’t unusual, however. What Heiss came to realize in the course of vetting these papers was that AI-generated citations have now infested the world of professional scholarship, too. Each time he attempted to track down a bogus source in Google Scholar, he saw that dozens of other published articles had relied on findings from slight variations of the same made-up studies and journals.

    “There have been lots of AI-generated articles, and those typically get noticed and retracted quickly,” Heiss tells Rolling Stone. He mentions a paper retracted earlier this month, which discussed the potential to improve autism diagnoses with an AI model and included a nonsensical infographic that was itself created with a text-to-image model. “But this hallucinated journal issue is slightly different,” he says.

    That’s because articles which include references to nonexistent research material — the papers that don’t get flagged and retracted for this use of AI, that is — are themselves being cited in other papers, which effectively launders their erroneous citations. This leads to students and academics (and any large language models they may ask for help) identifying those “sources” as reliable without ever confirming their veracity. The more these false citations are unquestioningly repeated from one article to the next, the more the illusion of their authenticity is reinforced. Fake citations have turned into a nightmare for research librarians, who by some estimates are wasting up to 15 percent of their work hours responding to requests for nonexistent records that ChatGPT or Google Gemini alluded to.

    Heiss also noticed that the AI-generated notes could be convincing to a reader because they included the names of living academics and titles that closely resemble existing literature. In some cases, he found, the citation led him to an actual author, yet the heading of the article and the journal were both fabricated — they just sounded similar to work the author has published in the past and a real periodical that covers such topics. “The AI-generated things get propagated into other real things, so students see them cited in real things and assume they’re real, and get confused as to why they lose points for using fake sources when other real sources use them,” he says. “Everything looks real and above-board.”

    Since LLMs have become commonplace tools, academics have warned that they threaten to undermine our grasp on data by flooding the zone with fraudulent content. The psychologist and cognitive scientist Iris van Rooij has argued that the emergence of AI “slop” across scholarly resources portends nothing less than “the destruction of knowledge.” In July, she and others in related fields signed an open letter calling on universities to resist the hype and marketing in order to “safeguard higher education, critical thinking, expertise, academic freedom, and scientific integrity.” The authors claimed that schools have “coerced” faculty into using AI or allowing it in their classes, and they asked for a more rigorous, comprehensive analysis of whether it can have any useful role in education at all.

    Anthony Moser, a software engineer and technologist, was among those who foresaw how chatbots could eventually hollow out educational institutions. “I’m imagining an instructor somewhere making a syllabus with ChatGPT, assigning reading from books that don’t exist,” he wrote in a post on Bluesky in 2023, less than a year after the AI model first came out. “But the students don’t notice, because they are asking ChatGPT to summarize the book or write the essay.” This month, Moser reshared that post, commenting: “I wish it had taken longer for this to become literally true.”

    Moser tells Rolling Stone that to even claim LLMs “hallucinate” fictional publications misunderstands the threat they pose to our comprehension of the world, because the term “implies that it’s different from the normal, correct perception of reality.” But the chatbots are “always hallucinating,” he says. “It’s not a malfunction. A predictive model predicts some text, and maybe it’s accurate, maybe it isn’t, but the process is the same either way. To put it another way: LLMs are structurally indifferent to truth.”

    “LLMs are pernicious because they’re essentially polluting the information ecosystem upstream,” Moser adds. “Nonexistent citations show up in research that’s sloppy or dishonest, and from there get into other papers and articles that cite them, and papers that cite those, and then it’s in the water,” he says, likening this content to like harmful, long-lasting chemicals: “hard to trace and hard to filter out, even when you’re trying to avoid it.” Moser calls the problem “the entirely foreseeable outcome of deliberate choices,” with those who raised objections “ignored or overruled.”

    But AI can’t take all the blame. “Bad research isn’t new,” Moser points out. “LLMs have amplified the problem dramatically, but there was already tremendous pressure to publish and produce, and there were many bad papers using questionable or fake data, because higher education has been organized around the production of knowledge-shaped objects, measured in citations, conferences, and grants.”

    Craig Callender, a philosophy professor at the University of California San Diego and president of the Philosophy of Science Association, agrees with that assessment, observing that “the appearance of legitimacy to non-existent journals is like the logical end product of existing trends.” There are already journals, he explains, that accept spurious articles for profit, or biased ghost-written research meant to benefit the industry that produced it. “The ‘swamp’ in scientific publishing is growing,” he says. “Many practices make existing journals [or] articles that aren’t legitimate look legitimate. So the next step to non-existent journals is horrifying but not too surprising.”

    Adding AI to the mix means that “swamp” is growing fast, Callender says. “For instance, all of this gets compounded in a nearly irreversible way with AI-assisted Google searches. These searches will only reinforce the appearance that these journals exist, just as they currently reinforce a lot of disinformation.”

    All of which contributes to a feeling among researchers that they’re being buried in an avalanche of slop, with limited capacity to sift through it. “It’s been incredibly disheartening for faculty, I think fairly universally, especially as fake content gets accidentally enshrined in public research databases,” says Heiss. “It’s hard to work back up the citation chain to see where claims originated.”

    Of course, many aren’t even trying to do that — which is why the phony stuff has been so widely disseminated. It’s almost as if the uncritical and naive adoption of AI has made us more credulous and sapped our critical thinking at the precise moment we should be on guard against its evolving harms. In fact, someone may be toiling away on a (real) study of that phenomenon right now.

    https://www.rollingstone.com/culture/culture-features/ai-chatbot-journal-research-fake-citations-1235485484
    #IA #AI #intelligence_artificielle #édition_scientifique #science #ESR #université #citations #chatbot #références #faux #erreurs

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  • L’#Académie_des_sciences et le #CNRS s’unissent pour développer un modèle de publication en #libre_accès sans frais, ni pour le lecteur ni pour l’auteur.

    Dans un contexte où la diffusion des savoirs est fragilisée par un modèle économique déséquilibré, l’Académie des sciences et le CNRS signent un accord de coédition pour développer un modèle de publication scientifique en libre accès diamant, gratuit pour les auteurs comme pour les lecteurs. Cette initiative, qui se matérialise à travers les Comptes rendus de l’Académie des sciences, vise à proposer une #alternative éthique et équitable face à la #dépendance croissante du monde de la recherche internationale envers des éditeurs commerciaux.

    https://www.cnrs.fr/en/node/12218
    #open_access #DOAJ #diamond_open_access #recherche #ESR #édition_scientifique #résistance

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  • Un grand pas de plus vers la science ouverte

    A partir du 1er janvier 2026, le #CNRS coupera l’accès à l’une des plus importantes bases bibliométriques commerciales : le #Web_of_Science de #Clarivate_Analytics ainsi que les #Core_Collection et #Journal_Citation_Reports.

    https://journals.openedition.org/cybergeo/42519

    #science_ouverte #édition_scientifique #revues_prédatrices #résistance #WOS #Elsevier #Scopus #ESR #science #recherche #publications_scientifiques

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  • The fall of a prolific science journal exposes the billion-dollar profits of scientific publishing

    One of the 15 publications that put out the most studies globally has been expelled from the indexing system for irregularities. Its publisher, #Elsevier, has a 38% profit margin that reached $1.5 billion in 2024

    With humanity terrified by the deadly second wave of the coronavirus, in the fall of 2020, a scientific journal published a study with a solution: jade amulets from traditional Chinese medicine could prevent COVID-19. The proposal was outlandish, but the editor-in-chief of the weekly, Spanish chemist Damià Barceló, defended its quality controls. That journal, Science of the Total Environment — one of the 15 that publishes the most studies worldwide — has just been expelled from the group of reputable publications by one of the leading evaluation companies, after dozens of irregular articles were discovered. The scandal exposes the windfall profits of scientific publishers, who in recent years have amassed billions of dollars in earnings from public funds earmarked for science.

    Damià Barceló, 71, took over as editor of the journal in 2012. In just two years, he doubled the number of studies published. In a decade, he increased the number tenfold, with the journal reaching nearly 10,000 articles annually. As the number of articles increased, the quality declined, because there was a perverse incentive to accept mediocre work: to publish research open access in the journal, a scientist has to pay $4,150 plus taxes.

    Emilio Delgado, professor of documentation at the University of Granada in Spain, explains it this way: “It’s clearly an open-door journal that takes almost anything. It’s what I call a mega-journal, that is, a mega-business.” The publication belongs to the Dutch publishing giant Elsevier, which dominates the world of science publishing, with a 17% share of the global market. Its 3,000 journals published 720,000 studies last year. Swedish businessman Erik Engstrom, CEO of RELX (the multinational that owns Elsevier), earned more than €15 million ($17.4 million) in 2024 between his salary and other compensation.

    Delgado and his colleague Alberto Martín analyzed the unusual behavior of the mega-journal at the request of EL PAÍS. Of all the studies published in Science of the Total Environment, 40% are by Chinese authors and 8% are by Spanish authors — percentages that are double the usual ratio in the subject area. The third institution that publishes the most articles in this journal, after two Chinese organizations, is the Spanish National Research Council (CSIC), Spain’s largest scientific organization, where Barceló himself worked until his retirement last year. “With these patterns, one might consider the possibility of publication fraud, but this is speculation,” says Delgado.

    The scientific system operates in a controversial way. Researchers’ funding and promotions depend largely on the number of studies they publish in journals, which are validated by a handful of private companies. One of these companies, the London-based multinational Clarivate, removed Science of the Total Environment from its database on November 18. “The journal was removed because it no longer meets our publicly available quality criteria,” explained a spokesperson, who declined to offer further details.

    In theory, the quality of scientific journals is safeguarded by anonymous experts who voluntarily review manuscripts to determine whether they should be published. In Science of the Total Environment, this system was allegedly compromised. The publisher Elsevier itself has retracted some 50 studies published by the Brazilian biologist Guilherme Malafaia, after discovering that his work had been “reviewed” through fake peer reviews signed with the names of real scientists without their consent — as was the case with an article on coronavirus in fish and another on the toxicity of a herbicide in turtles. Malafaia and Barceló are co-authors on several studies on microplastic pollution, but these shared investigations have not yet been retracted.

    The four major scientific publishers — Elsevier, Springer Nature, Wiley, and Taylor & Francis — earned more than $7 billion in 2024, with profit margins unimaginable in almost any other industry, exceeding 30%, according to a new analysis led by British anthropologist Dan Brockington of the Autonomous University of Barcelona. This collective windfall is explained by the “publish or perish” system — which rewards improbably prolific scientists who produce a study every two days — as well as a shift in the industry’s business model. Previously, readers paid subscription fees to access quality journals. Now, amid the push for open access to science, it is the authors themselves who must pay to have their research published so that others can read it for free. This perverse incentive — whereby both scientists and journals earn more the more they publish, regardless of quality — has fueled a flood of millions of low-quality studies.

    Elsevier is the publisher that publishes the most studies and earns the most, with a 38% profit margin ($1.5 billion in 2024), according to the analysis by Brockington and his colleagues. The researchers call for efforts to “dismantle the system” that sees billions of dollars of public money being spent on publishing empty studies for the exclusive benefit of private companies. According to their calculations, Elsevier, Springer Nature, Wiley, and Taylor & Francis have received more than $14 billion in profits over the last six years. Among the co-authors of the analysis is the Spanish engineer Pablo Gómez Barreiro, from the Royal Botanic Gardens, Kew, in southern England.

    An Elsevier spokesperson defended the company’s actions. “We uphold the highest standards of rigor and ethics in our publishing to protect the quality and integrity of research,” they stated. The publisher conducted an initial investigation that resulted in dozens of retractions in Science of the Total Environment, officially due to the fraudulent peer review of articles. “We are now undertaking a broader investigation focused on conflicts of interest, as well as reviewing papers flagged for other potential indicators of misconduct,” the spokesperson added. The publisher intends to “fully rehabilitate” the journal.

    Damià Barceló is a hyper-prolific scientist, one of those who publishes a new study every five days or even less. He has authored some 1,800 papers in his lifetime, more than 200 of them in Science of the Total Environment, his own journal. His name appears numerous times as editor of his own studies, such as one on drugs in wastewater in Mexico and another on chemical pollution in the Ebro and Guadalquivir rivers in Spain.

    The Elsevier spokesperson explained that Barceló “stepped down” as editor-in-chief in March 2025. “This change was part of a broader effort to strengthen the journal’s governance and address concerns raised,” the spokesperson stated. Elsevier maintains that the “systemic problems” that led to the expulsion of Science of the Total Environment “cannot be attributed to any single individual.” EL PAÍS requested a comment from Barceló, both via his personal WhatsApp and the email address associated with his current position as honorary professor at the University of Almería, but did not receive a response.

    Barceló’s prolific output helped him enter the Highly Cited Researchers list, a ranking compiled by the multinational Clarivate that includes some 7,000 researchers worldwide. The more highly-cited researchers a university has, the higher it ranks in the influential Shanghai Ranking, which designates the supposedly best academic institutions in the world. An investigation by EL PAÍS revealed in 2023 that Saudi Arabia offered bribes of up to €70,000 ($81,000) a year to highly-cited scientists to falsify their affiliations in Clarivate’s database, claiming they worked at an Arab university in order to boost those institutions in the ranking.

    Damià Barceló had been listed as a professor at Saudi Arabia’s King Saud University since 2016, despite his primary role being director of the Catalan Institute for Water Research in Girona, Spain. Barceló told this newspaper at the time that he had not been receiving the €70,000 annual salary. In 2013, the Spanish chemist received a $133,000 award from Saudi King Salman bin Abdulaziz for his research on water contaminants.

    Spanish universities, like those in other countries, have become places where producing research papers is prioritized above all else, almost like a large-scale factory farm that churns out studies, according to Emilio Delgado and Alberto Martín, bibliometrics experts at the University of Granada. Professors with completely inflated CVs have risen to full professorships or even rectors. Spurred by various international manifestos, the National Agency for Quality Assessment and Accreditation (ANECA) —the Spanish agency that decides whether a university professor can be promoted or deserves salary increases — has changed its criteria to stop evaluating scientists based on sheer volume.

    The president of the Spanish Research Ethics Committee, Dr. Jordi Camí, has called for further action. “We must clean up this mess,” he proclaimed at a conference in Barcelona on November 6. In his opinion, “we must continue to introduce measures to discourage, almost penalize, publishing for the sake of publishing.”

    https://english.elpais.com/science-tech/2025-11-28/the-fall-of-a-prolific-science-journal-exposes-the-billion-dollar-pr
    #recherche #édition_scientifique #revues_scientifiques #science

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    https://seenthis.net/messages/1036396

  • The Drain of Scientific Publishing

    The domination of scientific publishing in the Global North by major commercial publishers is harmful to science. We need the most powerful members of the research community, funders, governments and Universities, to lead the drive to re-communalise publishing to serve science not the market.

    https://arxiv.org/abs/2511.04820
    #édition_scientifique #recherche #publication #revues_prédatrices

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    ajouté à la métaliste sur la #publication_scientifique* :
    https://seenthis.net/messages/1036396

  • Against publishing

    #Preprints are read, shared, and cited — yet still dismissed as incomplete until blessed by a publisher. Matti Vuorre argues that the true measure of scholarship lies in open exchange, not in the industry’s gatekeeping labels of what counts as published.

    Preprints—scholarly manuscripts not yet captured by the publication industry—are widely read and circulated, yet the ‘intellectual perestroika‘ they could facilitate hasn’t been uniformly realized because scholars continue to think of preprints as less authoritative than their industry-captured (‘published’) counterparts. It is time to free the scholarly literature from hostile captivity and embrace preprints as the primary objects of scholarly communication.

    385 days ago, I submitted a manuscript for evaluation at an academic journal. Around the same time, I submitted the same manuscript to PsyArXiv, a document sharing website popular in the psychological sciences. The results: Radio silence for the journal submission; 334 downloads and 4 citations for the PsyArXiv version.

    But this is a meaningless comparison: The PsyArXiv version hasn’t been peer-reviewed and listed on a journal’s website: It is not published, and everyone knows that publications are more valid than preprints, and that it is publications, not preprints, that provide the pitons on a scientist’s climb to success and fame.

    Never mind that my colleagues are reading and citing the document on PsyArXiv. For this manuscript to count as a legitimate scientific product I must first endure inexplicable delays; arbitrary formatting requirements (the formatting manual costs $47.99); conflicts between my scholarly values and the astronomical profits that private publishing companies make from our taxpayer funded work; introduction of errors into my manuscript by the journal’s proofreaders; websites from hell; and of course peer review. Without that process of publication, my work will remain a ‘preprint’—an incomplete and unreliable artifact unworthy of a place in the scientific literature.

    Could things be better? I surmise that, like fish unaware of their wet surrounds, academics don’t feel the pain because it’s all they’ve ever known.

    For one, peer review has nothing to do with commercial journals or publishers—it’s the voluntary labor of our colleagues in service of scientific progress. We could, right now, be reviewing each others work on PREreview or Review Commons. Alas, instead of these scholarly debates we are complacent with pretending that a 40% profit margin industry is somehow facilitating the peer-review process better than the transparent platforms already available to us, for free.

    Neither does the role of an editor have to be tied to a commercial rent-seeker: The Publish, Review, Curate model of scholarly communication enables a given scholarly work to be included in a plurality of collections, perhaps analogous to journal volumes or blog categories, each curated by different editors on different platforms. Many editorial teams are already recognizing that things could indeed be better, and are resigning en masse to start free scholar-run journals.

    These alternatives to ‘Big Academic Publishing‘ are already making it faster and cheaper to get one’s work permanently available and findable online, vetted by editors, and reviewed by peers.

    Considering the estimated $8.97 billion dollars of (mostly) taxpayer money hoovered up in four years by only six commercial publishers on Open Access (OA) article processing fees, Elsevier’s $3,480 median hybrid OA processing fee, and an average turnaround time of 111 days, alternatives fare well: Peer Community In, an online platform for reviews and ‘recommendations’ (brief editorial reports), reports total costs of €369 per article. We’ve known these flawed economics for decades, yet the scientific literature remains in captivity. Maybe we just lack the sufficient anger for change.

    Perhaps the time to replace academic journals is now. For me, it should have been 385 days ago.

    https://universonline.nl/nieuws/2025/10/14/against-publishing
    #recherche #édition_scientifique #publication #ESR #université

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  • Retrospective and prospective study of the evolution of #APC costs and electronic subscriptions for French institutions

    A journal article dataset has been developed with metadata of articles by France-based authors in the period 2013-2020. The purpose of this dataset was to form a basis for the retrospective and prospective analyses of the total costs of APCs paid by French institutions. APCs are the article processing charges (APCs) that researchers must pay to have their articles published in some open access journals. The main results of the retrospective analysis of the dataset regarding the numbers of APC-paid articles with a France-based corresponding author: - the total cost of APCs has tripled in the period 2013-2020. The major driver is the growth of articles in Gold OA journals, i.e. fully open access journals with APCs (without this growth, the APC cost would have been multiplied by 1,69 instead of 3) - the journal publishers and dissemination platforms have been categorised in four tiers, each publishing between 20% and 32% of all articles with a French co-author in 2020: tier 1 with the top publisher (Elsevier), tier 2 with three publishers, tier 3 with 16 publishers and tier 4 with the long tail of publishers (n=1995). The highest growth rate of APC-paid articles by France-based corresponding authors is seen in journals published by tier 2 publishers (Springer Nature, Wiley and MDPI) - more than three quarters of the APC-paid articles by France-based corresponding authors are in the fields of biology and medical research. The main observation regarding the price evolution of the APCs is that the APC-level for HybridOA articles started in 2013 at a high level (2 453 € in average) but have been stable over the years with 2 488 € in average in 2020. The APC-level for articles in Gold journals started considerably lower with an average APC in 2013 of 1 395 €. However, a rapid increase in the level of APCs for Gold OA articles has been observed, with an average APC of 1 745 € in 2020. This has led to a calculation of the total cost of APCs paid by French institutions between 2013 and 2020. In addition to the above-mentioned article dataset, 2019 and 2020 data from the ERE survey by Couperin (the national consortium of research performing organizations that negotiates with publishers the prices and conditions of access to research publications for the benefit of its members) were analysed in order to assess the total subscription costs of journal packages for French institutions. This data was compiled in Microsoft Power BI with additional information about the categories of the products, the publisher tiers, and the respondents to both surveys. This resulted in an estimate of ca. 87,5 M€ for the total expenditure on journal packages by all Couperin members in 2020. An analysis by Couperin of the ERE surveys 2014-2021 showed that the price increases per year in this period varied between -1,95% and +7,22% with an average price increase of 1,76% per year. The evolution of the total journal subscription costs based on this average annual growth rate results in an estimated 97,5 M€ in 2030. Using known and trusted data from our dataset (i.e. excluding articles for which the country of the corresponding author could not be determined, or whose APC price could not be precisely estimated), we developed mixed-effects models of APC prices as a function of other articles’ features. These models were used to predict the evolution of the total cost of APCs for the period 2021-2030, in various situations,: - under the assumption of continuing and unchanged trends. The predicted cost of APCs in 2030 is 50,6 M€, whereas the total expenditure on journal subscriptions would be 97,5 M€ - for a scenario with an acceleration towards Gold OA, the predicted cost of APCs in 2030 is 68,7 M€; - and for a scenario with increase of Green OA and a transition from HybridOA towards Gold, the predicted cost of APCs in 2030 is 38,5 M€. Finally, a situation was simulated where 90% of all articles by France-based corresponding authors would be Gold OA (and 10% would be published in Diamond OA journals) in order to assess the cost ceiling of such a 100% open access situation. In this case the predicted cost of APCs in 2030 is 168,7 M€.

    https://hal-lara.archives-ouvertes.fr/hal-03909068v1
    #édition_scientifique #recherche #coûts #France #ESR #recherche #université #article_processing_charges (#APC)

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  • L’#édition_scientifique en #France : de la #censure à l’#ouverture : révolutions politiques, commerciales, technologiques… et autres problèmes éthiques

    A travers une analyse systémique de l’édition scientifique en France – et plus particulièrement via une étude des contextes historiques, socio-économiques et politique – cet article soulève les problématiques éthiques qui ont jalonné la construction de l’écosystème scientifique et l’exploitation des produits de la #recherche, et livre une réflexion sur les défis éthiques liés à la mise en place depuis 2018 de la politique de la #Science_Ouverte mais aussi des conséquences directes que cela va avoir sur les pratiques des chercheurs.

    https://www.unilim.fr/interfaces-numeriques/5262
    #éthique #ESR #université

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  • « Dans la bataille autour du Festival de la BD d’Angoulême, ce sont des autrices, souvent jeunes, qui portent la colère »
    Chronique
    auteur

    Michel Guerrin

    Rédacteur en chef au « Monde »

    Pourquoi les auteurs se sacrifient-ils en appelant au boycott de la manifestation en janvier ? En toile de fond figurent la paupérisation du métier (dont les autrices sont les premières victimes), une surproduction d’albums et un affrontement entre art et commerce, observe dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

    est-ce que qu’un ou quelqu’une aurais de quoi franchir le paywall de cet edito misogyne digne de VA svp ?

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/21/festival-de-la-bd-d-angouleme-ce-sont-des-autrices-souvent-jeunes-qui-porten

    • La bataille d’Angoulême cache aussi un bouleversement majeur dans la BD. Ce sont des autrices, souvent jeunes, qui portent la colère, au point que l’on parle non de boycott du festival, mais de « girlcott ». Ce n’est pas rien dans un métier traditionnellement masculin, mais où aujourd’hui les femmes sont autour de 40 %. C’est la journaliste Lucie Servin qui a lancé la fronde en publiant une enquête sur les dérives d’Angoulême dans L’Humanité Magazine du 23 janvier. C’est Anouk Ricard, lauréate du Grand Prix 2025 du festival, qui incarne le boycott, renonçant de fait à l’exposition dont elle doit bénéficier fin janvier. Ce sont 285 autrices qui signent un manifeste dans L’Humanité, dimanche 16 novembre, appelant à ne pas se rendre dans la Charente.

      La liste des doléances, formulée en écriture inclusive et en jargon militant par des « travailleuses de la bande dessinée », va largement au-delà de la direction du festival : établir une charte contre les violences et le harcèlement sexistes et sexuels, être associées aux décisions, promouvoir la diversité, mettre en place sur le site des crèches ou une cantine solidaire, impliquer le public, etc.

      Les autrices se sont affirmées en trois temps forts à Angoulême. En 2016, elles ont dit leur indignation quand fut révélée une liste de 30 auteurs pouvant postuler au Grand Prix – que des hommes. En 2023, elles ont obtenu l’annulation d’une exposition de Bastien Vivès en l’accusant de faire l’apologie de la pédocriminalité dans des albums. Depuis janvier, elles militent aux côtés d’une salariée du festival qui a déposé plainte pour un viol présumé lors de l’édition 2024 et qui fut ensuite licenciée.
      Ce combat touche finalement à la philosophie du festival. Frondeurs et frondeuses veulent un Angoulême qui soit un « bien commun », gratuit et échappant à toute logique marchande, alors que le modèle économique de la manifestation repose pour moitié sur la subvention, mais aussi sur la billetterie et la présence de gros éditeurs payant des stands au prix fort.

      Net recul du marché

      Le combat entre art et commerce, maintes fois répété dans la culture, dit un mal plus profond : une paupérisation des auteurs et des autrices, non sans lien avec une inflation affolante du nombre d’albums publiés en France : 300 en 1983 ; 4 000 il y a dix ans ; autour de 7 000 en 2023. Oui, 7 000, dont beaucoup de mangas, mais, surtout, un public qui est très loin de suivre le mouvement. Et si le marché de la BD a explosé depuis les années 2010, il est en net recul depuis deux ans, creusant un peu plus le fossé entre Astérix en Lusitanie (Hachette, 48 pages, 10,90 euros), en librairie depuis le 23 octobre et qui a dépassé le million d’exemplaires en trois semaines, et l’immense majorité de la production.

      Les responsables de cette inflation sont les écoles d’art, qui ont multiplié les formations à la BD, donnant l’illusion d’un métier facile. Les éditeurs aussi, qui ont publié jusqu’à plus soif des albums médiocres et à bas coût afin de ne pas louper la perle providentielle, mais aux ventes marginales. « On a créé une bulle inflationniste », nous dit le scénariste Benoît Peeters. Ce dernier est le coauteur d’une enquête auprès de 1 200 auteurs de BD, qui sortira en janvier, dix ans après la précédente. Elle montrera une inquiétante dégradation de leurs revenus, surtout pour les autrices.

      La fronde d’Angoulême est celle d’un prolétariat culturel, que l’on retrouve ailleurs – les livres en général, le théâtre ou le cinéma –, qui ne veut pas entendre parler de surproduction et demande que la subvention publique corrige la rude loi du marché. C’est tout le contraire qui se profile. Rachida Dati, la ministre de la culture, vient par exemple d’annoncer une réduction de 60 % de la subvention de l’Etat au festival. A partir de là, les autrices accepteront-elles de transiger afin qu’Angoulême ne meure pas ? C’est la question.

  • #Tenzu

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    #gestion_de_projet #logiciel #story_map #kanban #scrum #open_source #alternative #google_docs #édition_collaborative

  • Derrière la promesse de l’#open_access, la #marchandisation renouvelée de l’#édition_scientifique

    Depuis le début du siècle, de nouveaux modèles de diffusion de la recherche scientifique sont apparus. Marchandisant à leur profit l’injonction à l’open access, ils piègent les chercheurs mal informés ou souhaitant répondre plus facilement aux demandes de leurs institutions. Pour éviter la dégradation de la qualité scientifique provoquée par ces mégarevues, il est urgent de repenser les modalités d’#expertise et d’#évaluation de la recherche.

    En France, la réforme de la recherche publique s’est accélérée à la fin des années 2000, visant notamment l’intensification et l’internationalisation de la #production_scientifique pour rivaliser avec les pays aux universités prestigieuses. Dans cette quête d’#excellence, une #concurrence accrue a été instaurée entre scientifiques comme entre institutions de recherche. Considérée comme vertueuse, elle a renforcé le besoin d’#indicateurs pour évaluer les travaux et faire converger les moyens vers les « meilleurs ».

    Déjà central, le rôle de l’article scientifique en tant qu’unité d’analyse de la #performance s’en est trouvé accentué. Comparer, classer et distribuer les ressources à cette aune est d’autant plus commode qu’un #facteur_d’impact (FI)[1] est attribué à la plupart des #revues anglo-saxonnes publiant ces articles, contribuant à leur #hiérarchisation. Certes, l’activité d’évaluation ne se résume pas à faire des additions et tient compte d’autres référentiels et supports de publication (liste de revues d’audience nationale, livres et chapitres d’ouvrages collectifs dans bien des disciplines des sciences humaines et sociales). Mais, comme le souligne Yves Gingras, cette #métrique internationale et ses déclinaisons (classement des revues par quartiles, #h-index, etc.) constituent un point d’appui pour établir les jugements, justifier et accélérer les sélections.

    (#paywall)

    https://aoc.media/analyse/2025/08/14/derriere-la-promesse-de-lopen-access-la-marchandisation-renouvelee-de-leditio
    #recherche #université

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  • La #fraude aux #publications_scientifiques s’industrialise, alerte une étude américaine

    Dans un article publié lundi 4 août dans « PNAS », la revue de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis, des mathématiciens et des biologistes ont recensé des #pratiques_frauduleuses grandissantes dans les revues de recherche.

    C’est une étude en forme de cri d’alarme qu’une équipe pluridisciplinaire de chercheurs a publiée lundi 4 août dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis. « La #fraude_scientifique se développe beaucoup plus vite que la production scientifique dans son ensemble », lit-on dans cet article dont le premier auteur, Reese Richardson, est chercheur en biologie computationnelle à l’université Northwestern, dans l’Illinois.

    Pour cet imposant travail, ces mathématiciens et autres biologistes ont, par exemple, passé au crible 276 956 articles publiés entre 2006 et fin 2023 dans PLOS One, une revue en ligne à comité de lecture, et ont suivi 134 983 auteurs et 18 329 éditeurs relecteurs ayant validé ces articles. Cette revue américaine a été choisie non pas en raison de suspicions spécifiques, mais parce que les métadonnées associées aux articles qu’elle publie sont transparentes et exploitables.

    Qu’ont-ils constaté ? Que certains filtres censés garantir le processus de #relecture_par_les_pairs, principe au cœur de la confiance dans l’édition scientifique, étaient défectueux. Ou pire encore, étaient gagnés par des pratiques frauduleuses.

    Des résultats aberrants

    L’étude mentionne ainsi 45 éditeurs de PLOS One qui avaient un taux anormalement élevé de publications qu’ils avaient acceptées et qui ont été ultérieurement rétractées ou critiquées sur PubPeer, le site de référence en matière d’évaluation par les pairs après parution. Ces éditeurs (0,25 % de l’ensemble des éditeurs de la revue) « ont édité 1,3 % de tous les articles publiés dans PLOS One, mais 30,2 % des articles rétractés ». Information aggravante, plus de la moitié d’entre eux sont également auteurs d’articles publiés par PLOS One qui ont été ultérieurement rétractés. La #rétractation d’un article est le plus souvent motivée par les fautes professionnelles des auteurs (comme des données falsifiées ou le plagiat), ou les fautes des éditeurs, telles que l’absence de contrôle qualité minimal des travaux soumis.

    « Statistiquement parlant, nous ne pouvons pas dire si PLOS One est plus ou moins exposé à des risques que d’autres revues, précise Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article. Mais, ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées. » La direction de PLOS One dit aujourd’hui que ces éditeurs ont depuis été renvoyés et que ses procédures de contrôle ont été renforcées.

    Dans un second volet de l’étude, les chercheurs se sont intéressés aux #images (graphiques ou photos d’expériences) dupliquées, qui sont souvent la signature d’usines à articles, ou « paper mills » (littéralement : « moulins à papiers »). En se servant des cas signalés sur PubPeer, ils observent d’abord que « bien que la duplication d’images implique que ces études ne se sont pas déroulées comme prévu, seulement 34,1 % d’entre elles ont été retirées ». Mais surtout, ils ont constaté, en reliant les études partageant un même schéma, qu’elles étaient souvent publiées dans un laps de temps court et par des éditeurs voisins. Bref, que c’était organisé.

    Ce que révèle l’étude des articles considérés comme suspects provenant de « #paper_mills », identifiés grâce à des contenus communs, est une forme d’#industrialisation_de_la_fraude. « Ces schémas anormaux concordent avec un mode opératoire dans lequel les usines à articles coopèrent avec des intermédiaires (…) qui contrôlent au moins certaines des décisions prises par les revues ciblées et peuvent garantir la publication simultanée de lots d’articles frauduleux dans une seule revue », écrivent les auteurs. Et lorsqu’une de ces revues dites « prédatrices », car non regardantes sur les articles qui lui sont soumis, est désindexée par des agrégateurs, ces courtiers en articles falsifiés se reportent sur une autre.

    Ce phénomène, que les auteurs appellent le « #journal_hopping » (« saut d’une revue à l’autre »), provoque parfois des résultats aberrants. Plusieurs titres indexés par l’Association pour la recherche et le développement universitaires (ARDA) ont été ainsi pris, pourrait-on dire, en flagrant délit, en publiant par exemple un article sur la torréfaction des noisettes dans une revue spécialisée sur le sida, ou un article sur la détection des logiciels malveillants dans une revue sur l’éducation spécialisée.

    Autre type de fraude à la qualité de la production scientifique : la publication d’articles issus de conférences pourtant labellisées. Là encore, un défaut de contrôle et des complicités sont évoqués par les auteurs, qui citent en exemple les conférences organisées par l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE). Plusieurs centaines de conférences tenues dans ce cadre depuis 2003 ont eu un nombre anormalement élevé de leurs publications rétractées.

    Des mesures correctives timides et tardives

    Pris dans son ensemble, le phénomène de fraude reste marginal dans l’univers de l’édition scientifique. Mais la tendance est alarmante : « Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an. » En outre, les pratiques frauduleuses ne sont plus le cas de chercheurs isolés, mais de systèmes bien huilés : « De larges groupes de relecteurs et d’auteurs semblent avoir coopéré pour faciliter la fraude à la publication. Des réseaux d’articles frauduleux liés suggèrent une production à l’échelle industrielle. Les organisations vendent des services de fraude contractuelle. »

    Face à cela, les mesures correctives ou punitives s’avèrent trop timides, sinon trop tardives. Seuls 28 % des articles identifiés dans cette étude comme étant issus d’usines à papiers ont été rétractés. Ce qui compromet la #qualité des #archives_scientifiques. L’une des explications avancées au développement de cette fraude est l’inégalité entre chercheurs pour l’accès aux financements. Or la #concurrence et l’#incertitude propre au travail de chercheur y contribuent. « Pourquoi risquer l’échec, mettant en péril sa #carrière, alors que, moyennant une somme relativement modique, on peut facilement obtenir des publications et des citations qui nécessiteraient autrement un travail considérable ? », interroge cette étude. De fait, le nombre d’articles publiés reste l’étalon. Pour David Sanders (Université Purdue, Indiana), qui n’a pas participé à l’étude, l’une des causes du mal est l’inflation du nombre d’articles, « ce qui empêche que des contrôles appropriés par les pairs puissent être mis en place ».

    « A notre avis, la gravité de la situation exige une action urgente », écrivent en conclusion ces chercheurs. Ils déplorent que le travail de lutte contre ces fraudes reste trop souvent l’œuvre d’un petit nombre de bénévoles isolés.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/08/10/la-fraude-aux-publications-scientifiques-s-industrialise-alerte-une-etude-am
    #édition_scientifique #recherche #revues_scientifiques #peer_review

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    • The entities enabling scientific fraud at scale are large, resilient, and growing rapidly

      Significance
      Numerous recent scientific and journalistic investigations demonstrate that systematic scientific fraud is a growing threat to the scientific enterprise. In large measure this has been attributed to organizations known as research paper mills. We uncover footprints of activities connected to scientific fraud that extend beyond the production of fake papers to brokerage roles in a widespread network of editors and authors who cooperate to achieve the publication of scientific papers that escape traditional peer-review standards. Our analysis reveals insights into how such organizations are structured and how they operate.
      Abstract
      Science is characterized by collaboration and cooperation, but also by uncertainty, competition, and inequality. While there has always been some concern that these pressures may compel some to defect from the scientific research ethos—i.e., fail to make genuine contributions to the production of knowledge or to the training of an expert workforce—the focus has largely been on the actions of lone individuals. Recently, however, reports of coordinated scientific fraud activities have increased. Some suggest that the ease of communication provided by the internet and open-access publishing have created the conditions for the emergence of entities—paper mills (i.e., sellers of mass-produced low quality and fabricated research), brokers (i.e., conduits between producers and publishers of fraudulent research), predatory journals, who do not conduct any quality controls on submissions—that facilitate systematic scientific fraud. Here, we demonstrate through case studies that i) individuals have cooperated to publish papers that were eventually retracted in a number of journals, ii) brokers have enabled publication in targeted journals at scale, and iii), within a field of science, not all subfields are equally targeted for scientific fraud. Our results reveal some of the strategies that enable the entities promoting scientific fraud to evade interventions. Our final analysis suggests that this ability to evade interventions is enabling the number of fraudulent publications to grow at a rate far outpacing that of legitimate science.

      https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2420092122

  • Ces « bibliothèques de l’ombre » où les scientifiques du monde entier partagent gratuitement des articles

    « Un monde de pirates » (2/5). Les sites sur lesquels les #articles_scientifiques sont mis à disposition, en toute illégalité, sont très populaires au sein de la communauté universitaire. Rapides, efficaces, ils incarnent l’utopie d’un savoir accessible à tous.

    Le message, posté sur le site #Sci-Hub, est signé d’une dermatologue tunisienne : « Je veux vous remercier de permettre aux médecins d’accéder à la recherche scientifique médicale gratuitement, surtout dans les pays en développement. » « L’aide que vous avez apportée aux autres est inestimable, je ne doute pas que vous ayez sauvé des vies », surenchérit une chirurgienne galloise. Un interne turc en orthopédie, lui, ne s’encombre pas de périphrases : « Vous méritez un p***** de prix Nobel ! »
    La bénéficiaire de cette effusion de gratitude est une informaticienne kazakhe : #Alexandra_Elbakyan, fondatrice de Sci-Hub, un site de #piratage_scientifique ou, en termes plus policés, une « #bibliothèque_de_l’ombre », qui met à disposition des millions d’articles scientifiques sans le moindre frais. D’où le surnom de la jeune femme : la « Robin des Bois de la science ».

    Cet outil, Alexandra Elbakyan a commencé à l’élaborer pour son usage personnel, en 2011. Alors étudiante en neurosciences, elle bloque sur la rédaction de son mémoire, incapable de s’acquitter des 30 ou 40 dollars qu’exigent les #revues pour donner accès à chacun de leurs articles. C’est l’acte de naissance de Sci-Hub, nouvelle planète dans une galaxie où orbitent alors déjà d’autres « bibliothèques », telles que les sites russes #Z-Library et #LibGen – plus variés, ces derniers diffusent aussi des copies, à l’identique, de livres scientifiques ou de fiction. L’économiste hongrois Balazs Bodo, chercheur à l’université d’Amsterdam, y voit l’héritage du #samizdat soviétique, un système de #diffusion clandestin d’ouvrages interdits ou introuvables, souvent rendu possible, déjà, par des universitaires grâce à leur accès privilégié aux textes.

    Ces samizdats modernes s’épanouissent bien loin des frontières de l’ex-URSS. Leurs adresses s’échangent sur les campus américains comme s’échangeaient déjà les photocopies ou, par modem, les fichiers informatiques. Les étudiants – proverbialement fauchés – comme les chercheurs sont séduits par la gratuité de ces plateformes, entièrement financées par les dons des usagers les plus enthousiastes. « C’était impossible de s’acheter autant de manuels », se souvient Jason (un nom d’emprunt car il souhaite demeurer anonyme), un utilisateur américain de ces bibliothèques depuis son master de sociologie, dans les années 2000. Au téléphone, ce quadragénaire souligne les prix prohibitifs des manuels aux Etats-Unis, où ils peuvent dépasser 100 dollars l’unité.

    Equipe de bénévoles

    Soucieux de rendre une partie de l’aide qu’il a reçue de la communauté, Jason est devenu, pendant la pandémie de Covid-19, le modérateur d’un forum où se coordonnent les #bénévoles. Comme lui, ceux-ci ont été séduits par la dimension politique du projet – mais aussi par l’image romantique du « #pirate_du_savoir », vent debout contre la #privatisation de la #science. Une mythologie flibustière qui motive étudiants et chercheurs à user de leurs accès privilégiés aux réseaux universitaires pour aider d’autres usagers en manque d’une référence.

    Sur ce forum, Jason et les siens trient et approuvent les ouvrages numériques, quitte à retoquer les éventuels trolls qui soumettent de faux livres, derrière la couverture desquelles on ne trouve qu’une publicité incitant à acheter l’œuvre originale. Ils corrigent ensuite ce qui doit l’être. Titre, auteur, image de couverture : les articles et livres ont besoin d’une sorte de « mise en beauté » avant d’être mis à disposition du public. A leur manière, ces bénévoles férus d’informatique effectuent un travail de bibliothécaire : curation, étiquetage… « Cela nécessite beaucoup de travail manuel et il n’y a jamais assez de bénévoles », confirme Jason. Il faut dire qu’il n’est pas évident, pour un aspirant « bibliothécaire de l’ombre », de savoir comment se rendre utile, les équipes responsables des sites ne brillant pas par leur transparence.

    Car… chut ! Comme dans une authentique bibliothèque, on est prié de ne pas faire de bruit. Pas tant pour ne pas déranger les autres lecteurs que parce que le partage d’articles est illégal, et qu’il est risqué de s’impliquer dans la gestion du site. Les échanges informels sur les réseaux sociaux restent anonymes, quand ils n’ont pas plutôt lieu sur des groupes privés, fonctionnant par cooptation.
    Ces précautions ne sont pas superflues. Depuis une dizaine d’années, la guerre est déclarée entre les « bibliothèques » et les puissants groupes d’édition scientifique, à commencer par les géants américains #Elsevier et #Springer. Propriétaires légaux des #articles_scientifiques, ils ont peu à peu obtenu le blocage des sites pirates dans plusieurs pays. Alexandra Elbakyan elle-même a été contrainte de prendre ses distances avec Sci-Hub : en 2021, en raison d’un procès l’opposant à Elsevier en Inde, elle a préféré geler le site, qui demeure accessible mais n’est plus alimenté. Visée par une enquête du FBI, elle vit dans la clandestinité, dans le nord de la Russie.

    La Z-Library est logée à la même enseigne. Ses domaines ont été saisis par la justice américaine en 2022. Deux individus, russes, accusés d’être impliqués dans la création du site, ont été arrêtés en Argentine et se sont depuis évadés. Un événement qui a conduit la Z-Library à revoir les mesures de sécurité de son équipe composée, selon l’un de ses porte-parole sollicité par Le Monde, de « dizaines de spécialistes » en informatique.

    Modèle asymétrique

    #Menaces, #fermetures, #condamnations… Dans le domaine des #publications_scientifiques, la lutte contre le #piratage a ceci de particulier que les auteurs, qui pourraient légitimement se sentir lésés, ne se pressent pas pour se ranger du côté de la loi. Beaucoup d’entre eux estiment que le très profitable modèle économique des principaux éditeurs est particulièrement asymétrique, pour ne pas dire injuste : à leurs yeux, les éditeurs privatisent la science en exploitant le travail des chercheurs, qui ne sont pas rémunérés en retour pour leur publication ou évaluation d’études.

    Dans ce contexte, les pirates suscitent plus souvent l’admiration que la réprobation. D’autant que leur histoire reste marquée par la mort brutale d’#Aaron_Swartz, militant révéré de l’#open_access (accès libre). Visé par des poursuites judiciaires du FBI pour avoir téléchargé des centaines de milliers d’articles scientifiques, cet Américain de 26 ans s’est suicidé en 2013. Dans son « manifeste de l’Open Access Guerilla », il incitait étudiants, bibliothécaires et chercheurs à partager leurs ressources, leurs mots de passe, leurs fichiers. « Vous avez la possibilité de participer à ce banquet de la connaissance alors que le reste du monde en est exclu », insistait-il.

    Pour l’heure, les fermetures de plateformes pirates sont rarement définitives. La bataille que leur livrent les éditeurs s’apparente davantage à un jeu du chat et de la souris, les sites bloqués ne tardant pas à refaire surface, à l’identique, à une autre adresse. La crainte de les voir disparaître pour de bon mobilise tout de même de nombreux internautes, à l’image de « #Shrine », un universitaire qui ne donne ni son nom ni son âge, mais explique au Monde que, pour lui, ces bibliothèques sont des « ONG de la piraterie ».

    En 2020, il lance un appel à l’aide sur Reddit, plateforme communautaire et plus gros forum en ligne du monde. Reprenant en préambule le mot d’ordre d’Aaron Swartz, il propose un projet d’hébergement « pair à pair », c’est-à-dire décentralisé, des sites comme Sci-Hub : dans la mesure où leur contenu sera désormais hébergé sur les ordinateurs de centaines de volontaires, il sera impossible de le supprimer en faisant simplement saisir, par la justice, quelques ordinateurs. « Shrine » affirme avoir alors vu se mettre en mouvement « une colonie de fourmis : des gens du monde entier, décidés à protéger ces fichiers, malgré les risques encourus et sans en tirer le moindre profit ».

    Cette « colonie » a essaimé. Ainsi, un projet de mégabibliothèque baptisé « #Anna’s_Archive » a pour objet, depuis 2022, de constituer une copie complète des collections numériques de ses homologues. Ses promoteurs – évidemment non identifiés – entendent ainsi éviter la disparition du contenu de ces plateformes si elles venaient à fermer. Résultat : 50 millions de livres et le double d’articles scientifiques sont conservés dans « Anna’s Archive ».

    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2025/08/11/les-bibliotheques-de-l-ombre-a-la-pointe-du-piratage-scientifique_6628300_34
    #édition_scientifique #résistance #recherche #ESR

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    ajouté à la #métaliste sur la #publication_scientifique* :
    https://seenthis.net/messages/1036396

  • Le monde des revues scientifiques au bord de l’#asphyxie

    Plus de trois millions d’articles sont publiés chaque année dans les revues scientifiques, les chercheurs étant incités à les multiplier pour se distinguer. Une logique économique perverse s’est installée, qui profite d’abord aux grands éditeurs et encourage les #fraudes les plus inattendues. Des propositions alternatives émergent pour sauver le partage des connaissances.

    Alerte. L’un des piliers de la recherche scientifique est en train de trembler, de se fissurer, voire menace de s’effondrer. Ce pilier, c’est l’article de recherche, sélectionné et évalué par des journaux ou des revues scientifiques. C’est par ce biais qu’Albert Einstein explique sa théorie de la relativité restreinte en 1905 (dans les Annalen der Physik). Ou qu’Alexander Fleming, en 1929, décrit l’action de la pénicilline (dans le British Journal of Experimental Pathology). Ou encore que James Watson et Francis Crick décrivent la structure de l’ADN en 1953 (dans les colonnes de la revue Nature).

    Ce qui est remis en question n’est pas l’article lui-même, quoiqu’il se transforme aussi, mais la place qu’il occupe dans le paysage savant, la manière dont il est distribué, évalué ou « consommé ». L’article de recherche a en effet changé de nature. « Il n’est plus une unité de #connaissance, mais est devenu une unité d’#évaluation », a rappelé Philippe Huneman, chercheur à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques au CNRS, lors de l’Agora sciences université recherche. Réunie les 16 et 17 juin à Paris pour « refonder l’université et la recherche », elle a consacré une session à ce sujet. « C’est une machine à transformer de la connaissance en gains symboliques et financiers. L’article est donc au cœur du système de recherche et la source de nombreux problèmes », a-t-il précisé.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/07/07/le-monde-des-revues-scientifiques-au-bord-de-l-asphyxie_6619660_1650684.html

    #revues_scientifiques #édition_scientifiques #compétition #revues_prédatrices #alternative #ESR #science #recherche_scientifique #recherche #université

  • Publication de la Petite #encyclopédie de la science ouverte

    Développée par le #Comité_pour_la_science_ouverte, la Petite encyclopédie de la science ouverte vise à diffuser des connaissances claires et complètes sur dix sujets clés de la science ouverte :

    - #Infrastructures de science ouverte
    - #Données de recherche ouvertes
    - Langues scientifiques
    - Usages de la science ouverte
    - Monitoring de la science ouverte
    - #Bibliométrie
    - Economie de la science ouverte
    - Accès diamant
    - #Transparence de la #recherche
    - #Intégrité de la recherche

    haque sujet est traité séparément dans un article encyclopédique publié en anglais et en français, qui synthétise plusieurs sources telles que des publications scientifiques, des rapports, des ressources bibliographiques et des données.

    Conçu dès le départ comme un bien commun, chaque article est publié sous licence libre, sur deux espaces : une première fois sous la forme d’un article encyclopédique sur le site web encyclo.ouvrirlascience.fr (https://encyclo.ouvrirlascience.fr), et une deuxième fois sous la forme d’un article Wikipédia mis à jour de manière indépendante. La version Wikipédia évoluera de façon autonome avec le système de contribution collective de l’encyclopédie collaborative.

    https://www.ouvrirlascience.fr/publication-de-la-petite-encyclopedie-de-la-science-ouverte
    #ESR #économie
    #science_ouverte #édition_scientifique

  • Alexandra Elbakyan
    https://en.wikipedia.org/wiki/Alexandra_Elbakyan

    Alexandra Asanovna Elbakyan (Russian: Алекса́ндра Аса́новна Элбакя́н, Armenian: Ալեքսանդրա Էլբակյան,[1][2] born 6 November 1988) is a Kazakhstani computer programmer and creator of the website Sci-Hub, which provides free access to research papers without regard for copyright.[3][4][5][6] According to a study published in 2018, Sci-Hub provides access to nearly all scholarly literature.[7]

    Elbakyan has been described as “Science’s Pirate Queen”.[8] In 2016, Nature included her in their list of the top ten “people who mattered” in science.[9] Since 2011, she has been living in Russia.

    #modele_feminin
    #Sci-Hub

  • #Elsevier parent company reports 10% rise in profit, to £3.2bn

    Scientific arm of #Relx reports adjusted operating profit of £1.17 billion in 2024

    Relx, the parent company of academic publishing giant Elsevier, has reported a 10 per cent underlying growth in its adjusted operating profit for 2024, reaching just under £3.2 billion from revenues of £9.43bn.

    Within this, the scientific, technical and medical arm of the company—which includes its publishing business—had an adjusted operating profit of £1.17bn, with underlying growth of five per cent.

    This arm had revenue of £3.05bn, giving it an adjusted operating margin of 38.4 per cent, the company reported on 13 February.

    Relx said its primary research business “continued to be driven by volume growth, with article submissions growing very strongly across the portfolio, particularly in pay-to-publish”.

    Its financial results come amid concern among some politicians and research organisations about money being spent on publishing by publicly funded research. Last month, 10 European research organisations announced they would help to fund broader use of the EU’s free-to-publish publishing platform, Open Research Europe.

    Meanwhile, in the UK, Research Professional News has reported that the universities of Sheffield, Surrey and York have opted out of the sector-wide “big deal” with Elsevier, amid a bleak outlook on university finances and concerns over slow progress to fully open access publishing. An Elsevier spokesperson previously told RPN that Sheffield, York and Surrey “have all signed individual agreements [with the company] or are in discussions with us to continue access to Elsevier-published journals”.

    Publishing evolution a risk

    Among the risks Relx set out for investors, it said one was “evolution” in the scholarly publishing landscape.

    The open access publishing model “now represents a significant and growing portion of the volume of primary research that we publish”, it said, adding that “rapid changes in customer choice, regulation or technologies in this area could impact the revenue mix and growth”

    Relx added: “Maintaining research integrity requires us to manage risks around fraud in research papers in the context of evolving technologies.” It said that it operates “in highly competitive and dynamic markets”, which are affected by developments in technologies like artificial intelligence.

    More growth expected

    The company said it expects “good underlying revenue growth” in 2025, with growth in adjusted operating profit being slightly higher than the revenue growth.

    Chief executive officer Erik Engstrom said: “Our improving long-term growth trajectory continues to be driven by the ongoing shift in business mix towards higher growth analytics and decision tools that deliver enhanced value to our customers across market segments.”

    https://www.researchprofessionalnews.com/rr-news-world-2025-2-elsevier-parent-company-reports-10-ri
    #profit #édition_scientifique #publications_scientifiques #business #ESR #recherche

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    ajouté à la #métaliste sur la #publication_scientifique* :
    https://seenthis.net/messages/1036396

  • CDC (https://en.wikipedia.org/wiki/Centers_for_Disease_Control_and_Prevention) orders mass retraction and revision of submitted research across all science and medicine journals. Banned terms must be scrubbed.

    The CDC has instructed its scientists to retract or pause the publication of any research manuscript being considered by any medical or scientific journal, not merely its own internal periodicals, Inside Medicine has learned. The move aims to ensure that no “forbidden terms” appear in the work. The policy includes manuscripts that are in the revision stages at journal (but not officially accepted) and those already accepted for publication but not yet live.

    In the order, CDC researchers were instructed to remove references to or mentions of a list of forbidden terms: “Gender, transgender, pregnant person, pregnant people, LGBT, transsexual, non-binary, nonbinary, assigned male at birth, assigned female at birth, biologically male, biologically female,” according to an email sent to CDC employees (see below).”

    An expansion of an emerging censorship regime at the CDC.

    The policy goes beyond the previously reported pause of the CDC’s own publications, including Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), which has seen two issues go unreleased since January 16, marking the first publication gap of any kind in approximately 60 years. Emerging infectious Diseases and Preventing Chronic Disease, the CDC’s other major publications, also remain under lock and key, but have not yet been affected because they are monthly releases and both were released as scheduled in January, prior to President Trump’s inauguration. The policy also goes beyond the general communications gag order that already prevents any CDC scientist from submitting any new scientific findings to the public.

    The edict applies to both any previously submitted manuscript under consideration and those accepted but not yet published. For example, if CDC scientists previously submitted a manuscript to The New England Journal of Medicine, The Journal of the American Medical Association, or any other publication, the article must be stopped and reviewed. (These are hypothetical, but are examples of major journals where CDC officials often publish.)
    Scale of policy unclear. Chaos, uncertainly, and fear prevail.

    How many manuscripts are affected is unclear, but it could be many. Most manuscripts include simple demographic information about the populations or patients studied, which typically includes gender (and which is frequently used interchangeably with sex). That means just about any major study would fall under the censorship regime of the new policy, including studies on Covid-19, cancer, heart disease, or anything else, let alone anything that the administration considers to be “woke ideology.”

    Meanwhile, chaos and fear are already guiding decisions. While the policy is only meant to apply to work that might be seen as conflicting with President Trump’s executive orders, CDC experts don’t know how to interpret that. Do papers that describe disparities in health outcomes fall into “woke ideology” or not? Nobody knows, and everyone is scared that they’ll be fired. This is leading to what Germans call “vorauseilender Gehorsam,” or “preemptive obedience,” as one non-CDC scientist commented.

    “I’ve got colleagues pulling papers over Table 1 concerns,” an official told me. (Table 1 refers to basic demographic information about the study populations included in research papers, rather than actual results.) Indeed, many studies include demographic information about sexual orientation. For example, a study describing mpox outcomes would likely include basic statistics in tables summarizing the percentage of patients who were vaccinated and were lesbian, gay, transgender, or otherwise. This information can be highly impactful during an outbreak, as it helps clinicians develop policies on who to vaccinate (given limited doses, as is the case with mpox), and even to whom scarce and limited supplies of tests and treatments should be offered to maximize benefits.

    It is not necessarily the case that researchers who have submitted articles but who have not yet received an official decision from a journal need to actively recall them, however. But if a journal sends an article back for revisions, the authors would at that point have to cleanse the document of any “problematic language.” Of course, at that point, the gag order already in place would halt any resubmission.

    Efficiency is impossible.

    What can and cannot go forward appears to require approval by a Trump political appointee, an explicit requirement for any public health communications under the Trump Administration’s gag order. That’s slowing many things down. At present, there is only one political appointee in the entire CDC, acting Director Susan Monarez (plus her personal assistant, who is not a scientist). It’s unclear if some decisions may be devolved to lower officials. For example, if a paper is pulled because it simply mentions gender, it is unknown if anyone other than Monarez possesses the authority to approve its resubmission.

    “How can one person vet all of this?” another official asked, “especially one who, [like Monarez], came from an agency of, what, 130 people?”

    And yet, that seems to be the theme of the new administration: a few privileged individuals have been handed enormous authority, creating a backlog of decisions that may end up being fairly arbitrarily determined.

    https://insidemedicine.substack.com/p/breaking-news-cdc-orders-mass-retraction

    #transphobie #USA #Etats-Unis #recherche #censure #revues_scientifiques #médecine #genre #publications #édition_scientifique #archive #archive_publique
    #Centers_for_Disease_Control_and_Prevention (#CDC) #médecine #santé

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    signalé aussi par @monolecte ici:
    https://seenthis.net/messages/1096228