• The Fuck, une carte postale de Brixton, Londres
    https://abasbruit.org/2026/05/06/the-fuck-une-carte-postale-de-brixton-londres

    Où il est question d’un film un peu oublié, Sammy and Rosie Get Laid, d’anéantissement des territoires des classes populaires, mais aussi de rencontres et de mélanges des classes et des cultures, de tissage souterrain et de présences affectives…

    #Lettres_du_monde #amour #émeutes #cinéma #classe_ouvrière #postcolonial

  • "Guns of Brixton" : une riposte musicale aux violences policières dans l’Angleterre thatchérienne.
    https://lhistgeobox.blogspot.com/2026/02/guns-of-brixton-une-riposte-musicale-au.html

    "Pour tenter de mieux comprendre et prévenir de nouvelles flambées de violences, une enquête menée par Lord Scarman donne lieu, en novembre 1981, à un rapport circonstancié. L’auteur y pointe du doigt les préjugés raciaux et les stéréotypes partagés par de nombreux policiers. Pour y remédier, l’auteur suggère un nouveau mode de recrutement des officiers avec notamment la nécessité d’en recruter un plus grand nombre parmi les « minorités ethniques ». Pour le juge britannique, il convient également de modifier de fond en comble la formation des jeunes recrues en les sensibilisant en particulier aux problèmes rencontrés par les Antillais en Angleterre. Pour Scarman, à l’opposé des affirmations péremptoires de Maggie Thatcher, la raison profonde des violences trouve son origine dans le chômage, qui frappe particulièrement les jeunes Noirs. Les émeutes sont autant d’explosions de désespoir, de protestations contre des conditions de vie déplorables : habitat délabré, absence de perspectives professionnelles, discriminations... A ces difficultés économiques viennent s’ajouter les persécutions et bavures policières qui constituent autant de détonateurs aux explosions de violences. Sans surprise, le rapport reste lettre morte. Loin de suivre les conseils de bon sens du juge, la cheffe du gouvernement privilégie au contraire le renforcement du domaine de la « loi et de l’ordre ». Au cours de son premier mandat (1979-1983), les forces de police bénéficient ainsi d’une modernisation de leur équipement et d’une augmentation substantielle (+33%) de leurs crédits de fonctionnement. Plutôt que d’encadrer de manière rigoureuse les actions des forces de l’ordre, le Police and Criminal Evidence Act de 1984 accorde un blanc seing aux policiers pour interpeller, fouiller ou encore perquisitionner.

    Cette stratégie répressive à courte vue sera poursuivie. Ainsi, la politique dite de l’"environnement hostile" mise en place en 2012 par Theresa May, alors ministre de l’intérieur, vise à rendre la vie des migrants aussi difficile que possible. En 2025, sous la pression de l’extrême droite de Nigel Farage, le gouvernement travailliste de Keir Starmer se lance dans une surenchère anti-immigrationniste. Problème : en allant sur ce terrain, on ne fait pas reculer les idées xénophobes, on contribue au contraire à valider les positions de l’extrême-droite dans l’opinion. "

  • #ethnographie des quartiers populaires français
    https://laviedesidees.fr/Ethnographie-des-quartiers-populaires-francais

    Les quartiers populaires occupent aujourd’hui une place centrale dans le débat public mais aussi dans le paysage culturel. La lecture croisée de deux ouvrages ouvre des pistes de réflexion.

    #Société #banlieue
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251027_quartiers.pdf

    • Des insiders expliquent aux sociologues

      (...) les pratiques déviantes sont ainsi repensées à l’aune d’une expression politique enserrée désormais dans « la problématique de la survie » (p. 89) et marquée par le discrédit des voies démocratiques traditionnelles et des modes de classement issus du monde ouvrier.

      Mickaël Chelal, Grandir en cité. La socialisation résidentielle de « jeunes de cité », Bordeaux, Le bord de l’eau, 2025, 216 p., 20 €, Éric Marlière, Matériaux pour une sociologie des quartiers prioritaires de la politique de la ville, Éditions du cygne, 2025, 200 p., 20 €.

      La note, détaillée, donne envie de lire les ouvrages cités.

      #enquête #observation_participante #quartiers_populaires #pratiques_sociales #représentations #femmes #espace_public #livre #note_de_lecture

    • Vingt ans après la mort de Zyed et Bouna : « Depuis 2005, le discours caricatural sur les banlieues en France s’est enkysté », Fabien Truong, sociologue.
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/27/vingt-ans-apres-la-mort-de-zyed-et-bouna-depuis-2005-le-discours-caricatural

      Dans un entretien au « Monde », le sociologue Fabien Truong revient sur les 20 ans de la mort des deux adolescents, électrocutés alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle de police, le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois.
      Propos recueillis par Yasmine Khiat

      Le 27 octobre 2005, deux adolescents, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, cherchent à échapper à un contrôle de #police à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Se réfugiant dans un transformateur électrique EDF, ils meurent électrocutés. Durant plus de deux semaines, de violentes #émeutes secouent la #banlieue parisienne et des dizaines de villes en France. Pour y mettre fin, le gouvernement décrète l’#état_d’urgence − pour la première fois depuis la guerre d’Algérie.
      Enseignant à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, Fabien Truong est sociologue, spécialiste des banlieues et de la jeunesse. Il a notamment écrit Loyautés radicales (La Découverte, 2022). Coauteur avec Gérôme Truc de Grands ensemble (La Découverte, 380 pages, 22 euros), il a mené une enquête qui a duré dix ans sur la vie des habitants de Grigny (Essonne).

      Y a-t-il eu un avant et un après-2005 dans la perception que nous avons de la banlieue ?

      Vingt ans après, rien n’a changé dans les #médias de masse. Pire, le discours caricatural sur les banlieues en France s’est enkysté. Car, ce qui a vraiment basculé depuis 2005, c’est le traitement médiatique et politique des #quartiers_populaires, qui se fait dorénavant majoritairement sous le prisme du fait divers. Les images produites à la suite des émeutes, de voitures qui brûlent, d’une jeunesse en révolte, ont été instrumentalisées par les médias de masse et nombre de politiques : elles renforcent l’imaginaire de la banlieue comme étant inassimilable. Cette mise en avant systématique du fait divers finit par faire croire aux personnes extérieures que les #jeunes_de_banlieue sont tous dangereux.

      Que représente la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré dans la mémoire des quartiers populaires ?

      La mort de Zyed Benna et Bouna Traoré a été vécue comme un traumatisme. Dans bien des cas de #violences_policières, tout se réduit à parole contre parole, et c’est souvent celle de la police qui l’emporte. Or, la preuve que les policiers étaient conscients de ce qui risquait de se passer – rendue publique par les conversations radio policières – a profondément choqué. #Zyed_et_Bouna jouaient au foot, ils rentraient chez eux, ils n’avaient aucun lien avec la délinquance. En voyant les policiers, ils ont eu peur – peur d’être contrôlé et de se retrouver en garde à vue pour ne pas avoir leurs papiers d’identité sur eux – et ils ont couru pour se réfugier dans un poste électrique EDF. Les policiers l’ont su, ne les ont pas protégés. L’émotion a ensuite été vécue de manière viscérale [phénomène amplifié par l’attaque policière, deux jours après leur mort, d’une mosquée à Clicy, ndc]. Les jeunes d’autres quartiers se sont projetés dans l’expérience de ces deux adolescents. Morts pour rien.

      Désormais, dans les tensions entre la police et les jeunes, les preuves circulent parfois sur les réseaux sociaux. On se souvient de la vidéo de l’interpellation de #Nahel_Merzouk, tué par un policier à Nanterre il y a deux ans.

      Oui, la séquence 2005-2023 est frappante : les mêmes causes, qui produisent les mêmes effets. Et la vidéo de Nahel a choqué : rien ne justifie qu’un adolescent de 17 ans soit abattu pour un #refus_d’obtempérer. Mais les politiques publiques, notamment celles mises en place pour lutter contre les trafics de drogue dans les quartiers, alimentent la conflictualité. Et là, on peut regretter la suppression, en 2003, de la police de proximité, qui avait l’avantage de bien connaître les habitants d’un quartier. Elle était donc parfaitement outillée, car pour démanteler un point de deal, il faut prendre le temps d’enquêter, connaître une population, des lieux, un contexte, sans d’emblée imposer sa force.

      Aujourd’hui, la police ne peut pas faire la différence entre une petite minorité délinquante de jeunes et les autres. Résultat ? Si vous êtes un jeune garçon dans l’espace public, que vous portez un sweat à capuche et que vous êtes non-blanc, vous avez un profil de suspect. Ce qui revient à suspecter quasiment tous les jeunes dans un contexte de ségrégation forte. S’ajoutent les contrôles réguliers humiliants et qui n’aident en rien à apaiser le rapport aux institutions.

      Dans les quartiers populaires, qu’est-ce qui a changé ?

      En réalité, ces quartiers portent la population la plus dynamique du territoire français, mais ces mobilités sociales ascendantes et résidentielles sont invisibilisées : ce sont des faits sociaux et non des faits divers. Avec Gérôme Truc, nous avons enquêté pendant dix ans à Grigny, « la ville la plus pauvre de France » , et on constate que près de la moitié de la population a changé en ce laps de temps : c’est spectaculaire.

      Quant aux nouvelles populations , contrairement à la narration xénophobe, comme celle du « grand remplacement », elles ne chassent personne : elles prennent les seules places disponibles quand on est pauvre et quand on arrive de loin. Rappelons-le, les villes les plus riches de France préfèrent payer l’amende de la loi SRU plutôt que d’accueillir ces populations et de faire de la mixité sociale. Les quartiers populaires demeurent ainsi des réserves de #travailleurs_pauvres, dont les métiers sont pourtant essentiels : aides-soignants, techniciens de maintenance, agents de propreté, chauffeurs-livreurs, celles et ceux qu’on applaudissait pendant le confinement. Non seulement toutes ces personnes sont sous-payées, mais, en plus, elles font de longs déplacements pour exercer dans le cœur des villes. Cette mobilité est aussi complètement invisibilisée. [spéciale dédicace à @monolecte]

      Pour revenir aux jeunes, ils sont toujours plus nombreux à faire des études supérieures : l’expérience universitaire s’est démocratisée. Dans mon livre Jeunesses françaises. Bac + 5 made in banlieue (La Découverte, 2015), j’ai enquêté sur le parcours étudiant de mes anciens élèves lorsque j’étais professeur en Seine-Saint-Denis. Par exemple, la moitié sont aujourd’hui cadres et propriétaires d’un logement : ils ont quitté leur quartier et ont été remplacés par des familles plus modestes.

      étonnants propos de conclusion : "cadre" ne veut rien dire en terme de revenu (on est "cadre" à bac+3) pas plus que "employé des services" serait nécessairement non-ouvrier en terme de travail effectué ; quant au patrimoine immobilier je demande à voir, bien que je ne sache pas si les crédits immobiliers peuvent se faire sur 30 ou 40 ans. Je crois qu’il s’adresse à son lectorat, de cadres et de propriétaires, sans doute avec l’intention de prendre dans le sens du poil ces tocards démocrates.

      #contrôles_d'identité

    • Grandir en cité : dans l’intimité de la jeunesse des quartiers populaires
      https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/grandir-en-cite-dans-lintimite-de-la-jeunesse-des-quartiers-populaires

      De 2014 à 2021, Mickaël Chelal a réalisé une enquête ethnographique au cœur du quartier où il habite, les Marnaudes à Rosny-sous-Bois.

      En sociologie des quartiers populaires, on s’intéresse très peu aux enfants. Pourtant, ils sont omniprésents dans les quartiers. D’une part parce qu’ils ont pas mal de temps libre. D’autre part, car les familles de classes populaires inscrivent moins leurs enfants dans des activités extrascolaires, contrairement aux classes supérieures, ils ont plus de #temps_libre qu’ils passent en partie dans la #rue.

      Le temps qui n’est pas pris par ces activités-là, ils le passent dans la rue. Les enfants façonnent l’ambiance du quartier. Tu les entends, tu les vois, ils mobilisent tout l’espace pour développer leurs jeux. Ils donnent une tonalité familiale au quartier.

      Comment s’organisent les relations dans l’#espace_public ?

      Souvent, on peut entendre que les quartiers sont des espaces dans lesquels la loi du plus fort règne, que la rue, c’est l’anarchie, une sorte de jungle urbaine. Derrière tout ça, il y a l’idée de désorganisation sociale.

      En réalité, ce sont des quartiers qui sont, en tout cas pour la jeunesse, très structurés. Il y a des règles et des codes. La jeunesse qui se retrouve dans la rue s’organise principalement en deux catégories, les “petits” et les “grands” démarqués par leur âge et leur ancienneté. Cette division forme une organisation sociale qui se caractérise par une #hiérarchie_sociale où les grands ont un pouvoir de domination et d’autorité sur les petits.

  • « #Violences_urbaines » : en douce, le ministère de l’Intérieur interdit les journalistes en manifestation

    Le ministère de l’Intérieur vient de sortir son « #Schéma_national_des_violences_urbaines », véritable mode d’emploi d’action-réaction des forces de l’ordre durant #émeutes. Au passage, le document valide l’interdiction de la presse lors de ces évènements.

    Juin 2023, la France entière est en proie à des émeutes urbaines, en réaction à l’assassinat de Nahel Merzouk, abattu à bout portant par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre. Le ministère de l’intérieur a observé et pensé, depuis deux ans, un futur #plan_d’action pour guider les policiers sur le terrain lors d’émeutes ou de manifestations un peu trop vivaces.

    L’aspect imprévisible de ces émeutes « a mis les services de la police nationale sous tension et mis en lumière la nécessaire adaptation des moyens urbains, matériels et des doctrines d’emploi. » explique en préambule, ce document de 52 pages, constitués de tableaux, de graphiques, de modes d’opérations détaillés. On y trouve un modèle de procès-verbal, de la cartographie des opérations, des tableaux de suivi des effectifs, un modèle des transmissions, des fiches techniques en veux-tu en voilà.

    Une zone d’ombre pour empêcher les journalistes d’informer

    Ce Schéma national des violences urbaines, tel est son titre, semble avoir été conçu comme « un guide pratique pour la gestion des violences urbaines. » Ni plus ni moins. Les phases de préparations au terrain, du rétablissement de l’#ordre_public et les démarches à effectuer une fois l’ordre rétabli, y sont méticuleusement détaillées.

    Au passage, il y est indiqué noir sur blanc qu’il est inutile de faire des #sommations au préalable, partant du principe que la police intervient dans le cadre de la #légitime_défense, l’#état_de_nécessité, la #dissipation_de_l’attroupement et le code de la #sécurité_intérieure relatif à l’usage des armes par les policiers et les gendarmes. La mission de protection des citoyens et des territoires exclut pourtant la presse.

    Le syndical SNJ-CGT attire l’attention sur un paragraphe dédié à la connaissance du cadre juridique des violences urbaines, où il est rappelé que l’intervention de la police durant les violences urbaines « s’inscrit dans un cadre juridique particulier, qui doit être connu et maîtrisé par l’ensemble des effectifs intervenants ». Une partie affligeante concerne donc la presse « … la prise en compte du statut des journalistes telle que consacrée par le schéma national du maintien de l’ordre, ne trouve pas à s’appliquer dans un contexte de violences urbaines, » dit notamment le texte.

    Contactée par L’Humanité, Soraya Morvan-Smith, secrétaire générale adjointe du SNJ-CGT, alerte sur l’importance de ce document publié à la veille des contestations sociales du 10 septembre. « Le ministère de l’Intérieur dit que le document a vocation à répondre à toutes les situations de violences urbaines, jusqu’aux émeutes insurrectionnelles, caractérisées par une très haute intensité. Cela ouvre la porte à un usage dérogatoire à peu près dans toutes les manifestations. Et pose la question : Un journaliste est-il interdit d’avoir accès à certaines zones en France ? Certaines zones qui sont sur la voie publique, quand même. Pour nous c’est une grave attente à la #liberté_d’informer. »

    D’autant, reprend-elle, « n’oublions pas que les journalistes sont devenus une cible lors de manifestations, y compris des casseurs, mais aussi des personnes qui critiquent les médias et qui vont vouloir en découdre avec les symboles de ce que représente la presse. Rappelons que le travail des journalistes est d’informer de façon factuelle ce qui se passe dans les moments difficiles. Là, une zone d’ombre est créée, qui permet éventuellement à la police de se lâcher, de faire leur métier sans aucun contre-pouvoir. C’est extrêmement dangereux et c’est aussi grave pour la sécurité des journalistes parce que ça peut les mettre en danger. En fait, ils peuvent être tabassés par la police, par des gens présents lors des manifestations. Il peut y avoir des arrestations de journalistes présents alors qu’ils exercent leur métier. C’est hyper inquiétant en réalité. »

    Les syndicats de journalistes se saisissent du document du ministère de l’Intérieur. Plusieurs organisations de défenses des libertés et des droits, RSF et la Fédération européenne internationale du journalisme ont été alertées.

    « Nous devons vraiment peser de tout notre poids sur ce qui nous paraît vital, c’est un recul pour notre société démocratique, » conclut la syndicaliste.

    https://www.humanite.fr/medias/emeutes-urbaines/violences-urbaines-en-douce-le-ministere-de-linterieur-interdit-les-journal
    #journalisme #presse #interdiction #manifestations

  • 6 septembre 1995 : Révoltes tahitiennes contre l’État nucléocrate français
    https://nantes.indymedia.org/posts/151719/6-septembre-1995-revoltes-tahitiennes-contre-letat-nucleocrate-fra

    Petit retour, à partir d’archives diverses, sur un vent émeutier qui a embrasé l’aéroport et la principale ville de #Tahiti contre les derniers essais nucléaires français. Le 13 juin 1995, Jacques Chirac annonce que la France va conduire huit nouveaux essais nucléaires en Polynésie française, qui seront finalement au nombre…

    #Antinucléaire #émeute #Histoire_des_luttes #Polynesie #Global

  • Et si on bloquait le pays à partir du 10 septembre ?
    https://frustrationmagazine.fr/et-si-on-bloquait-le-pays-a-partir-du-10-septembre

    Encore un budget de guerre sociale. Encore un gouvernement qui piétine les plus fragiles. Et encore cette même comédie : les syndicats supplient, les partis comptent les voix, les éditos progressistes s’indignent à demi-mot. Mais cette fois, quelque chose pourrait échapper à leur contrôle. Un appel en-dehors des organisations, avec un mot d’ordre clair : […]

    #Édito

    • By Fernando Esteche – Jun 10, 2025

      Various layers of conflict in the protests of Los Angeles.

      The militarization of Los Angeles

      Los Angeles is bleeding. In the streets of a city that for decades stood as a symbol of the American dream, today the cries of resistance of those who built its greatness from the shadows resonate. The massive raids by Immigration and Customs Enforcement Enforcement (ICE), have unleashed a spiral of urban violence that reflects an uncomfortable truth: as in Europe, the metropolis has war within its own borders.

      Since January 20, 2025, when Donald Trump took office promising to carry out the largest mass deportations in American history, Los Angeles has become the epicenter of a confrontation that transcends immigration. In his first month in office, 37,660 people were deported nationwide, but it is in this Californian metropolis where the resistance has taken its most visceral and organized form.

      Los Angeles is a fundamentally Latino city. With a population of nearly 4 million, 48% of its residents are of Hispanic origin, forming the economic and cultural backbone of the city. This is not a demographic coincidence, but the result of centuries of displacement, exploitation, and resistance.

      California, the nation’s most populous state, has a demographic reality that terrifies white supremacists: Latinos now outnumber the white population. Since 2014, Hispanic Californians have begun to surpass white Californians, reaching nearly 15 million people. This demographic transformation is not just statistical; it’s historic.

      The recent raids have unleashed a fury that has been pent up for generations. On June 6, 2025, federal authorities detained at least 50 migrants in coordinated operations that sparked immediate demonstrations. The clashes erupted near a Home Depot in Paramount, a predominantly Latino city south of Los Angeles, where the migrant community gathers in search of daily work.

      The escalating violence has forced Trump to take an unprecedented step: deploying 2,000 National Guard troops to Los Angeles. This measure, taken just five months after taking office, exposes the fragility of the established order when faced with organized and massive resistance.

      The conflict has generated an institutional crisis between the federal and state governments. California Governor Gavin Newsom has staunchly opposed the military deployment, creating a constitutional tension reminiscent of the darkest moments in American history. California, with its sanctuary laws, has become a bastion of institutional resistance, while local sheriffs find themselves caught between federal deportation orders and state protection laws.

      Flags of Dignity: The Symbolism of Resistance
      In demonstrations that have blocked freeways like the 110, protesters have displayed the flags of Mexico, El Salvador, Guatemala, Honduras, and other Central American countries. These national symbols are not mere nostalgia, but profound political statements. Every Mexican flag waving in the streets of Los Angeles is a reminder that this land was forcibly seized in 1848.

      Central American flags tell stories of countries bled dry by civil wars financed and orchestrated from Washington. Each Salvadoran flag bears witness to the 75,000 dead from the 1980s civil war; each Guatemalan flag commemorates the genocide of 200,000 indigenous people; each Honduran flag speaks of the 2009 coup d’état that plunged the country into chaos.

      Conservative white supremacist media outlets talk about an “invasion” to describe Latin American migration, but the historical reality is exactly the opposite. Los Angeles was founded in 1781 as “The Town of Our Lady Queen of the Angels” by Mexican settlers. This city, like all of California, was Mexican territory until the United States annexed it by force after the Mexican-American War.

      The real invader was the Anglo-Saxon conquistador who arrived with a Puritan Bible in one hand and a rifle in the other. Los Angeles was built on the systematic dispossession of Mexican lands, the exploitation of Chinese labor on the railroads, and the plundering of the entire region’s natural resources. The wealth of this metropolis is not a product of American entrepreneurial genius, but of the organized plundering of half a continent.

      During the 20th century, Los Angeles became the heart of the global entertainment industry, but its prosperity always depended on the invisible labor of Latin American migrants. Latino farmers, mostly undocumented, represent 96% of California’s agricultural workforce. Without their hands, American supermarkets would be empty, restaurants would be closed, and gardens would be withered.

      Organized Resistance: Beyond Survival
      What’s happening in Los Angeles goes beyond spontaneous protests. It’s an organized resistance that has learned from decades of repression, coordinated by organizations that have spent decades building power from the most vulnerable bases of society.

      CHIRLA (Coalition for Humane Immigrant Rights) has become the most visible voice of the resistance. Angélica Salas, CHIRLA’s executive director, has reported that the raids took place in at least seven locations, including Home Depot parking lots and a donut shop. The organization estimated at least 45 arrests and denounced the “terror” sown in Latino communities. CHIRLA, with nearly 40 years of experience, represents the institutionalization of immigration resistance in California.

      NDLON (National Day Laborer Organizing Network), based in Los Angeles, coordinates the resistance at the national level. NDLON is a national network of more than 50 member organizations across the country working to unify and strengthen its members to develop leadership, mobilize, and organize day laborers. Founded in 2001 in Northridge, California, NDLON operates as a direct democracy where day laborers in member organizations directly vote on policies at NDLON’s biannual assemblies.

      These organizations are not simply pressure groups, but grassroots power structures that have transformed the most vulnerable workers into an organized political force. They have called for demonstrations outside the immigration jail in downtown Los Angeles, coordinating a resistance that combines legal action with street mobilization.

      Human rights organizations have built protection networks, clandestine shelters, and communication systems that allow communities to resist raids. CHIRLA has led important mobilizations, such as marches for immigration reform and protests against the criminalization of immigrants, with an inclusive approach that seeks to unite different sectors of society.

      Protesters have succeeded in blocking major highways, blocking federal buildings, and creating a state of civil resistance that forces federal power to reveal its true face: that of the military occupation of their own cities. Every National Guard soldier deployed in Los Angeles is a confession that the system has lost legitimacy among millions of its residents.

      The Los Angeles crisis is not an isolated incident, but rather the prelude to a historic transformation. Latinos are no longer a minority pleading for rights, but a demographic majority demanding historic justice. The current resistance does not simply seek to halt deportations, but rather to challenge the very right of the U.S. state to exist in territories that were stolen.

      The flags waved at the demonstrations are not symbols of nostalgia, but of vindication. They speak not of the past, but of the future. A future where the descendants of the dispossessed recover what always belonged to them: not just the land, but the dignity to decide their own destiny.

      Los Angeles is burning, but it’s not burning out. It’s transforming. Like a phoenix rising from its own ashes, the city is giving birth to a new reality where yesterday’s barbarians are tomorrow’s builders, and where the real invasion was the one that arrived under the Star-Spangled Banner.

      The Los Angeles resistance is not just a fight for survival; it’s a war for historical memory and intergenerational justice. It’s a moment when the ghosts of the past take their revenge, and the children of those who were plundered reclaim their inheritance on the streets of the city their grandparents built with blood and sweat.

      The Federalization of Force: When Washington Invades California
      The Los Angeles crisis has exposed a constitutional fracture that defines the current American political moment. The federal government has seized control of the California National Guard, an extraordinary measure that demonstrates the extent to which Trump is willing to subvert federalism to impose his supremacist agenda.

      The National Guard, traditionally under the command of state governors, can be federalized by the president in situations of national emergency. This decision puts Gavin Newsom, the Democratic governor of California, in an impossible position: he must watch as federal troops occupy his state against his express will. Newsom called the measure “deliberately inflammatory” and warned that it “will only escalate tensions.”

      This isn’t the first time the immigration issue has sparked a clash between the federal government and a state. In 2024, Republican Texas Governor Greg Abbott seized control of the border by installing barbed wire and arresting migrants in Eagle Pass, directly challenging Joe Biden ‘s policies.

      Abbott invoked his state’s “constitutional authority to defend itself,” creating a dangerous precedent of state disobedience that Trump is now using in reverse. What in Texas was a conservative rebellion against a Democratic president is in California a Republican federal occupation against a Democratic governor. The difference reveals the nature of Trump ‘s exercise of power.

  • Royaume-Uni : la santé mentale des demandeurs d’asile très affectée par les #attaques_racistes de l’été 2024, selon un rapport

    Dans un rapport publié mardi, l’organisation caritative britannique, Fondation pour la Santé Mentale, souligne la grande détérioration de la santé mentale des demandeurs d’asile au Royaume-Uni depuis les émeutes racistes survenues à l’été 2024 (https://www.mentalhealth.org.uk/sites/default/files/2024-10/MHF%20Annual%20Report%202024.pdf).

    Selon un rapport de la Fondation pour la Santé Mentale, une organisation caritative basée au Royaume-Uni, les demandeurs d’asile ont vu leur santé mentale se dégrader fortement lors des troubles violents qui ont secoué le Royaume-Uni durant l’été 2024.

    Des émeutes xénophobes avaient agité l’Angleterre durant plusieurs semaines (https://www.infomigrants.net/fr/post/58908/au-royaumeuni-des-migrants-pris-pour-cible-sur-fond-demeutes-dextreme-). Elles avaient éclaté suite à une attaque au couteau survenue le 29 juillet dans la ville côtière de Southport qui avait causé la mort de trois fillettes et fait dix blessés. Des informations erronées sur l’identité et la nationalité de l’agresseur, un adolescent britannique d’origine rwandaise, avaient alors été largement diffusées par des militants d’extrême-droite, propageant des discours anti-migrants, racistes et islamophobes.

    « Crainte d’être attaqué dans la rue »

    Ce déchainement de #violence a généré chez nombre de demandeurs d’asile la #crainte de sortir dans la rue de peur d’être pris pour cible par des manifestants d’extrême-droite, comme le souligne le rapport publié ce 15 avril. Les hôtels les hébergeant avaient également fait l’objet d’attaques, ce qui a accentué le sentiment de #détresse_psychologique dont nombre de migrants vulnérables souffrent, augmentant les risques de #tentatives_de_suicide ainsi que de développer des #troubles_psychiatriques.

    « Nous avons constaté que les #émeutes_racistes de l’été 2024 ont eu un impact terrible sur la santé mentale de nombreux demandeurs d’asile au Royaume-Uni. Certaines personnes nous ont dit qu’elles avaient peur de quitter leur logement, risquant de s’isoler davantage, et d’autres ont dit qu’elles craignaient d’être attaquées en marchant dans la rue simplement à cause de la couleur de leur peau », a déclaré Mark Rowland, directeur général de la Fondation pour la santé mentale qui soutient les demandeurs d’asile et réfugiés en matière de santé mentale au Royaume-Uni. Par peur du rejet, certains cachent leur statut de demandeur d’asile et considèrent ce vocable comme stigmatisant.

    Les #réseaux_sociaux ont joué « un rôle clé dans l’escalade des tensions », selon le directeur général, en relayant les rumeurs et amplifiant les #appels_à_la_haine, les propos xénophobes et racistes sur diverses plateformes, dont X. Le directeur général de la Fondation pour la santé mentale a appelé le gouvernement britannique à « prendre davantage de mesures pour endiguer l’impact de la #désinformation et de la haine en ligne et hors ligne ».

    https://www.youtube.com/watch?v=yUY5wB0w68k

    Appels pour l’accès à l’emploi des demandeurs d’asile

    L’exclusion des demandeurs d’asile du marché de l’emploi, du fait de conditions très restrictives contribue également à détériorer leur santé mentale en aggravant leur #précarité, selon le même rapport. Actuellement, seuls les demandeurs qualifiés pour des professions en tension peuvent occuper un emploi, et uniquement si leur demande d’asile n’a pas fait l’objet d’une décision au bout d’un an.

    Pourtant dans son dernier rapport, la Fondation démontre qu’en leur octroyant le droit d’occuper tout type d’#emploi, leur santé mentale s’en trouvera meilleure mais aussi améliorera les #recettes_fiscales du Royaume-Uni. L’Institut National de recherches économiques et sociales a ainsi évalué une économie de 4.4 milliards de livres sterling (5.1 milliards d’euro) en dépenses publiques, un gain d’1 milliard de livres sterling (1.2 milliard d’euro) pour la croissance économique ou encore une augmentation de 880 millions de livres sterling (1milliard d’euro) pour les recettes fiscales. En outre, cela favoriserait une meilleure #intégration des personnes étrangères, une réduction de leur dépendance aux aides et une amélioration de leur santé mentale.

    La Fondation réclame à ce que, faute de traitement de leur demande par le ministère de l’intérieur dans un délai de six mois, le demandeur d’asile puisse occuper tout type d’emploi. Cette demande est portée depuis 2020 par la campagne « #Lift_the_ban » (lever l’interdiction), qui regroupe une coalition de plus de 300 organisations, syndicats, entreprises etc. « Donner aux demandeurs d’asile le droit de travailler est une évidence. Tout le monde - qu’il s’agisse des demandeurs d’asile, des entreprises, du gouvernement, du NHS ou de nos communautés - a intérêt à ce que les demandeurs d’asile aient la possibilité de subvenir à leurs besoins. Le système actuel, qui est à la fois nuisible et coûteux, ne peut plus être maintenu en l’état », a souligné Mark Rowland.

    Si le parti travailliste au pouvoir s’est engagé à proposer un plan intergouvernemental sur la santé mentale, le Guardian rapporte que le porte-parole du ministère de l’intérieur a assuré qu’ils n’avaient « certainement pas l’intention de créer une procédure accélérée permettant aux personnes qui viennent au Royaume-Uni en dehors des règles établies en matière de visa de travail d’ignorer ces règles ». Malgré les promesses électorales, la crise du #logement pour migrants se poursuit le parti au pouvoir peinant à trouver des solutions pérennes aux hébergements dans les #hôtels.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/64051/royaumeuni--la-sante-mentale-des-demandeurs-dasile-tres-affectee-par-l
    #santé_mentale #UK #Angleterre #asile #migrations #réfugiés #santé #racisme #peur #racisme #xénophobie #attaques_anti-migrants #travail #intégration_professionnelle #hébergement

    ping @karine4

  • « Pourquoi cette colère adolescente d’une génération à l’autre, des émeutes de 2005 à celles de 2023 ? » : découvrez les extraits du « Miroir. Retour dans les banlieues françaises »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/04/01/pourquoi-cette-colere-adolescente-d-une-generation-a-l-autre-des-emeutes-de-

    Dans son livre à paraître vendredi 4 avril au Seuil, Luc Bronner, grand reporter au « Monde », constate que les émeutes sont d’abord une éruption de jeunesse, et se demande « comment s’effacent les liens qui tissent une société ».

    Disons-le : depuis plusieurs décennies, les banlieues pauvres sont un laboratoire de l’#idéologie_sécuritaire, cette grille de lecture qui domine le débat public, portée par une alliance hétéroclite d’entreprises de sondages, de médias militants, d’intellectuels et de partis politiques. Vingt ans de discours de fermeté, et un échec presque total. Ouvrons les yeux sur ce bilan. Car la France se prépare, lentement, sûrement, à intégrer le camp des nations illibérales, ces sociétés où les citoyens choisissent démocratiquement de réduire les #libertés et les droits en débutant par les plus fragiles, les derniers #immigrés, les plus #pauvres, les moins intégrés, puis en élargissant le profil des victimes et leur nombre. Au nom de la sécurité. (…). Les #quartiers sont un de ces miroirs dans lesquels la France peut se regarder pour se demander ce qu’elle devient lorsque le logiciel sécuritaire l’emporte. (…)

    « Rétablir l’ordre, rétablir l’ordre, rétablir l’ordre », a déclaré Bruno Retailleau, pour ses premiers mots de ministre de l’intérieur, en septembre 2024, au moment où se mettait en place le gouvernement Barnier après la dissolution de l’Assemblée nationale. « L’ordre, l’ordre, l’ordre », avait dit, avant lui, Emmanuel Macron en août 2023 pour donner sa grille de lecture et d’action après les #émeutes. Les mots et les promesses étaient les mêmes en 2005, en 2007, en 2010, en 2015. Comme si le logiciel des politiques s’était enrayé autour de la seule approche sécuritaire, comme si les faits divers l’avaient définitivement emporté sur les faits sociaux. (…)

    (c’est un pro des faits divers, du judiciaire et du journalisme para-policier qui le dit)

    trouvé là https://archive.ph/1I2C7

  • #Italie : fuite en avant répressive du gouvernement #Meloni

    La #loi_1660, approuvé par les députés italiens en septembre 2024, envoyait un message clair : #ordre et répression. Elle dévoile toute sa dimension anti-sociale. Prévoyant de sanctionner plus fermement les #contestations, elle durcit également les conditions imposées aux détenus dans les prisons – et ouvre la voie aux entreprises dans le système pénitentiaire. Par Carlotta Caciagli, traduction Letizia Freitas [1].
    Radicalisation de mesures pré-existantes

    De nombreuses larmes de crocodile ont été versées, de Marco Minniti [ancien ministre de l’Intérieur NDLR] et Maurizio Lupi [ancien ministre des Infrastructures et des Transports NDLR] jusqu’au dernier maire ayant mis en application le décret Daspo [qui interdit d’accès à un lieu déterminé pour des raisons d’ordre public NDLR]. Parmi les voix qui, aujourd’hui, s’indignent, de nombreuses ont soutenu des décrets répressifs ces quinze dernières années.

    De quelle manière le débat a-t-il pu se détériorer au point que la question des inégalités sociales et de la pauvreté puisse être traitée comme un simple problème d’ordre public ? Les mesures auparavant en vigueur étaient déjà inadaptées et, à bien des égards, anticonstitutionnelles. Une détérioration ultérieure était difficile à imaginer, mais le gouvernement italien y est parvenu. Comment ? Principalement par des modifications ad hoc et quelque peu artificielles du code de procédure pénale.

    Le projet de loi intervient essentiellement dans trois domaines : gestion des comportements individuels et collectifs dans l’espace public, conditions imposées aux détenus dans les prisons et prérogatives des forces de l’ordre. Si chacune des mesures se traduit par une réduction des droits sociaux et humains, elle sous-traite également à des acteurs privés des tâches autrefois assumées par les pouvoirs publics.

    En ce qui concerne l’espace public et urbain, des actions telles que « l’occupation arbitraire d’immeubles destinés à l’habitation d’autrui » sont qualifiées de criminelles. Une peine allant de deux à sept ans de réclusion est prévue pour toute personne qui occuperait des habitations ou des dépendances (garages, jardins, terrasses). Le projet ne prévoit pas de circonstances atténuantes pour l’occupant, mais uniquement des circonstances aggravantes fondées sur le profil du propriétaire dont le bien est occupé.

    Mais sur cette mesure comme sur d’autres, il faut bien reconnaître que Giorgia Meloni ne part pas de zéro. L’ancien ministre Maurizio Lupi n’avait-il pas ouvert la voie à l’actuelle réforme avec le Piano Casa, ce décret de 2014 visant à protéger le droit de propriété des immeubles contre les mouvements sociaux en faveur du droit au logement ?

    L’introduction d’une règle surnommée « anti-Gandhi » est plus digne d’attention encore. Elle vise à punir d’emprisonnement quiconque bloque une route ou une voie ferrée. Si les participants sont nombreux – c’est-à-dire si l’action prend une dimension politique – les peines sont durcies. Si, au cours de la manifestation, des dommages (de toute nature, y compris morale) sont causés à des agents publics, la peine est majorée. Tout comme elle l’est si « la violence ou la menace est commise dans le but d’empêcher la réalisation d’un ouvrage public ou d’une infrastructure stratégique ».

    Stratégique, comme le pont du détroit de Messine, comme la Tav [Treno ad alta velocità, TGV, NDLR] Turin-Lyon, et comme tous les incinérateurs, gazéificateurs et bases militaires que l’on tente régulièrement d’implanter sur le territoire. De plus, le Code pénal sera à son tour modifié afin de punir davantage les auteurs de délits commis à proximité des gares.
    Américanisation du système pénitentiaire ?

    En ce qui concerne la prison, le projet de loi intervient de deux manières. Tout d’abord, en tentant de réglementer les émeutes dans les établissements pénitentiaires – caractérisées comme des actes de violence, de menaces ou de résistance aux ordres – en introduisant le délit de « résistance passive ». Par « résistance passive », il faut entendre « les conduites qui, compte tenu du nombre de personnes impliquées et du contexte dans lequel opèrent les agents publics ou les chargés d’une mission de service public, empêchent l’accomplissement des actes nécessaires à la gestion de l’ordre et de la sécurité ». Sont ainsi visées les révoltes contre la malnutrition et les conditions dégradantes d’incarcération.

    Mais il y a plus : désormais, l’organisation du travail des détenus est révisée par décret. Les initiatives de promotion du travail entendent davantage impliquer… les entreprises privées. En somme, il s’agit de préparer une force de travail docile et peu chère à se mettre au service du privé.

    Limitations généralisée des droits ? Pas pour les forces de l’ordre. En plus de permettre aux policiers et aux gendarmes de porter leur arme en-dehors des heures de service, le projet introduit la possibilité, sans aucune contrainte, pour le personnel de police, de s’équiper de « dispositifs de vidéosurveillance portables adaptés à l’enregistrement de l’activité opérationnelle et de son déroulement ». Des appareils qui peuvent également être utilisés dans n’importe quel lieu où sont détenues des personnes soumises à une restriction de leur liberté personnelle.

    Ces mesures pourront être financées grâce à une autorisation de dépenses pour les années 2024, 2025 et 2026. Pour promouvoir le travail en milieu carcéral, on y fait entrer les entreprises, tandis que pour les « body cam » des agents de la Police ferroviaire, l’addition sera payée par les contribuables…

    Face à une attaque aussi massive contre les droits individuels et sociaux, s’indigner et dénoncer les « mesures fascistes » ne suffira pas. Il est nécessaire de reconstruire des organisations professionnelles, des syndicats et des partis d’opposition. Un exercice face auquel l’opposition italienne bute depuis des décennies.

    Note :

    [1] Article initialement publié par notre partenaire Jacobin Italia sous le titre « La repressione è servita »,

    https://lvsl.fr/italie-fuite-en-avant-repressive-du-gouvernement-meloni
    #Giorgia_Meloni #répression #détention #conditions_de_détention #forces_de_l'ordre #police #privatisation #espace_public #criminalisation #occupation #Piano_Casa #Maurizi_Lupi #droit_de_propriété #droit_au_logement #anti-Gandhi #emprisonnement #blocage #américanisation #système_pénitentiaire #émeutes #résistance_passive #vidéosurveillance #Etat_policier

  • #Mayotte : #histoire_coloniale, fractures sociales et désastre environnemental

    Mayotte, petite île de l’océan Indien, symbolise à elle seule la collision brutale entre histoire coloniale, fractures sociales et désastres environnementaux. Département français depuis 2011, elle est un territoire en #crise, où la #misère humaine et les #catastrophes_naturelles s’entrelacent dans une spirale infernale. Les événements récents – #séismes, #tornades, #montée_des_eaux – ne sont que la face visible d’un #effondrement plus global. Ils révèlent une #vulnérabilité accumulée sur des décennies, amplifiée par des promesses non tenues, des #inégalités criantes et une gestion déconnectée des réalités locales.

    En 1974, Mayotte se sépare des Comores à l’issue d’un référendum où les Mahorais choisissent de rester français. Ce choix, né du désir d’échapper à l’instabilité politique des Comores indépendantes, place l’île dans une situation paradoxale : elle devient un territoire français entouré de voisins économiquement fragiles. Cette appartenance à la République française, vue comme une chance à l’époque, isole Mayotte de son propre environnement géographique et culturel. Rapidement, cette singularité engendre des tensions avec les autres îles de l’archipel, notamment l’île comorienne d’#Anjouan, d’où proviennent chaque année des milliers de migrants.

    L’intégration comme département, survenue en 2011, devait marquer une nouvelle ère pour Mayotte. Les Mahorais espéraient voir leur île se développer et accéder à des droits égaux à ceux des métropolitains c’est-à-dire que s’y applique pleinement les lois françaises et européennes, à la différence d’une collectivité territoriale. Mais cette #départementalisation s’est révélée un leurre. La croissance fulgurante de la population, (76 000 habitants en 1991, 300 000 habitants en 2023), dépasse largement la capacité des #infrastructures et des #services_publics à répondre aux exigences, tout en exacerbant l’obsolescence des équipements, faute d’entretien.

    Effondrement des services publics

    L’#éducation, en particulier, est le symbole de cet #échec. Avec des classes surchargées, des enseignants en sous-effectifs et des écoles délabrées, le #système_scolaire est incapable de répondre aux besoins d’une jeunesse nombreuse et en quête d’avenir. Cet effondrement du #système_éducatif alimente un sentiment d’#abandon et de #mépris parmi les Mahorais. Ils constatent chaque jour que la promesse d’#égalité_républicaine reste une illusion.

    Les infrastructures sanitaires et sociales sont tout aussi défaillantes. Les femmes comoriennes qui bravent les flots pour accoucher à Mayotte afin que leurs enfants acquièrent la nationalité française, contribuent à une #pression_démographique croissante. Mais ces enfants, bien que nés sur le sol français, grandissent souvent dans des conditions indignes. Ils alimentent les #bidonvilles, des espaces d’#exclusion où se forment des #bandes_de_jeunes livrés à eux-mêmes, vecteurs de #violences et d’#émeutes récurrentes. À leur majorité, en vertu du #droit_du_sol, ces enfants peuvent acquérir la #nationalité_française.

    La #colère gronde dans une population qui se sent méprisée, prise en étau entre un État central distant et des besoins locaux criants. Mais ce mépris ne se limite pas aux politiques sociales : il se manifeste aussi dans la gestion de l’#environnement. Mayotte est une île en pleine #dégradation_écologique, où les bidonvilles, sans réseaux d’#assainissement, rejettent leurs #déchets dans une #mer polluée, comme j’ai pu l’étudier dans le cadre d’une mission pour l’association Littocean. La destruction des #mangroves (due à un #développement_urbain incontrôlé et au #changement_climatique) et en conséquence des #récifs_coralliens, essentiels pour limiter l’#érosion et les submersions marines, témoigne de l’incapacité à relier environnement et développement.

    Une gestion écologique devenue symbole technocratique

    À cela s’ajoute un paradoxe criant : tandis que les populations locales luttent pour survivre, des moyens considérables sont mobilisés pour protéger l’écosystème marin par le biais du #parc_naturel de Mayotte. Ce parc, destiné à préserver la #biodiversité exceptionnelle des récifs coralliens, devient un symbole d’une gestion technocratique déconnectée des réalités humaines. Les Mahorais, exclus de ce projet, perçoivent cette #conservation comme une nouvelle forme de #colonialisme : une « #colonisation_bleue » où la priorité est donnée à la #nature, administrée par l’État français, au détriment des habitants. Ce fossé entre la préservation de l’environnement et les besoins des communautés accentue le #sentiment_d’abandon et l’idée que Mayotte n’est qu’un territoire périphérique, instrumentalisé pour des objectifs extérieurs et géopolitiques, traité comme une colonie et non comme un territoire français à part entière.

    Dans ce contexte, le changement climatique agit comme un catalyseur. Il intensifie les phénomènes naturels extrêmes, tels que les cyclones ou les #sécheresses, et exacerbe les inégalités. L’élévation du niveau de la mer menace directement les habitations précaires situées sur les littoraux, tandis que les ressources en #eau, déjà insuffisantes, s’amenuisent. Les catastrophes naturelles se multiplient, mais elles ne sont pas de simples fatalités : elles frappent un territoire déjà fragilisé, où chaque événement climatique devient un désastre humain par manque de préparation.

    Un avenir impensable et tragique

    Face à cette accumulation de crises, c’est le rapport au temps qui interroge. À Mayotte, l’idée même d’un avenir semble inatteignable. Les Mahorais vivent dans un présent sans repères, où les mêmes drames – émeutes, violences, destructions – se répètent sans fin. François Hartog, dans sa réflexion sur le #présentisme, décrit cet état où le passé perd sa valeur, où le futur est inconcevable, et où seul le présent s’impose, figé dans l’#urgence et l’incapacité d’anticiper.

    Mayotte incarne cette #temporalité_brisée. L’île n’a pas de nostalgie d’un âge d’or, car son histoire est marquée par des fractures successives : colonisation, séparation des Comores, départementalisation ratée. Elle n’a pas non plus de projet d’avenir, car les conditions de vie, les inégalités et les crises structurelles la maintiennent dans un état d’urgence permanent. Ce présentisme exacerbé renforce le sentiment d’#impuissance, rendant impossible toute perspective de reconstruction ou de progrès.

    La situation actuelle de Mayotte peut être qualifiée d’#hypercriticité : un état où les #tensions_sociales, politiques et environnementales atteignent un point de rupture, où chaque élément, même mineur, peut précipiter un #effondrement_global.

    Ce terme désigne non seulement l’accumulation des #vulnérabilités, mais aussi l’incapacité à s’en extraire. L’hypercriticité, c’est l’impossibilité de penser au-delà de l’urgence, l’incapacité de construire des ponts entre les crises pour trouver des solutions globales. À Mayotte, cet état est visible dans chaque aspect de la vie : dans l’école qui échoue à offrir un avenir, dans les bidonvilles qui s’étendent, dans la mer qui rejette les déchets de l’île et engloutit peu à peu ses côtes, dans l’#accès_à_l’eau et à un environnement sain, dans la pression démographique et ses conséquences écologiques.

    Cette crise révèle une conjonction inédite entre deux histoires : celle, humaine, de la #globalisation, avec ses migrations, ses inégalités et ses #fractures_coloniales ; et celle, planétaire, d’une Terre abîmée par la dégradation accélérée des écosystèmes. Comme l’explique Dipesh Chakrabarty dans "Une planète, plusieurs mondes" (https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/une-planete-plusieurs-mondes), ce croisement marque une #rupture : à Mayotte, cette rencontre s’incarne dans une « planète des pauvres », où les damnés de la Terre subissent de plein fouet l’amplification de ces dynamiques destructrices. Ici, les vulnérabilités humaines et écologiques se confondent dans un cycle sans précédent, soulignant la nouveauté tragique de cette crise.

    Toutefois, l’hypercriticité peut aussi être un point de départ. Elle force à regarder en face l’ampleur des problèmes et à repenser radicalement les relations entre les hommes, leur territoire et leur futur. Si Mayotte continue sur cette voie, elle risque de devenir un archétype de l’#effondrement_insulaire, un avertissement pour d’autres territoires. Mais si elle parvient à dépasser ce présentisme, à prendre en compte l’histoire passée, à s’attaquer aux urgences présentes tout en imaginant un avenir collectif mettant en avant la #double_identité mahoraise française et comorienne pour en faire un exemple d’#hybridité_culturelle réussie, elle pourrait, paradoxalement, transformer sa fragilité en force, en inventant un modèle résilient face aux défis du XXIe siècle. Le temps, à Mayotte, n’a pas encore retrouvé son cours, mais il n’est pas trop tard pour le remettre en mouvement.

    https://theconversation.com/mayotte-histoire-coloniale-fractures-sociales-et-desastre-environne
    #Comores #colonialisme #environnement

  • Comme des Italiens en #Suisse (1/5) : La liberté en Suisse et ailleurs

    Les Italiens sont des millions à avoir émigré vers la Suisse, d’abord à la fin du 19ème siècle, puis dans un second mouvement après la Deuxième Guerre mondiale. Ils sont venus pour travailler, dans des conditions souvent très difficiles. Ils n’étaient pas les bienvenus, même si la Suisse avait besoin d’eux, notamment pour ses grands chantiers comme la construction du tunnel du Gothard, pour édifier sa modernité. Les Italiens et les Italiennes formaient d’ailleurs encore en 2023 la population étrangère la plus importante de Suisse.

    A la fin des années 1880, la Suisse connaît un tournant dans son histoire démographique : de pays d’émigration, elle devient un pays d’immigration. La Suisse évolue et devient un pays désirable, en premier lieu pour ses Italiens.

    Rosita Fibbi est sociologue affiliée au Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population à l’université de Neuchâtel. Elle répond aux questions de Marie Giovanola.

    https://www.rts.ch/audio-podcast/2024/audio/comme-des-italiens-en-suisse-1-5-la-liberte-en-suisse-et-ailleurs-28688945.html
    #immigration #migrants_italiens #Italie #immigration #racisme #main-d'oeuvre
    #audio #podcast #surpopulation_étrangère #Überfremdung #politique_migratoire #saisonniers #émeutes #missions_catholiques #fanfare #police_fédérale_des_étrangers #travailleurs_étrangers #accord_migratoire #rotation_de_la_main-d'oeuvre #permis_saisonniers #rotation #histoire #humiliation #visite_médicale #screening_sanitaire #trauma #corps #nudité #marginalisation #montagne #hébergement #baraquements #conditions_de_vie #écart #périphérie #marginalisation_spatiale #industrie #stabilisation #regroupement_familial #permis_de_séjour #discriminations #enfants_du_placard #enfants_cachés #expulsions #Schwarzenbach #initiatives_Schwarzenbach #James_Schwarzenbach #initiative #colonies_libres #permis_de_séjour #naturalisation #votations

  • Toute la Guadeloupe privée d’électricité en raison d’un « incident électrique généralisé », annonce EDF
    https://www.lemonde.fr/outre-mer/article/2024/10/25/toute-la-guadeloupe-privee-d-electricite-en-raison-d-un-incident-electrique-

    « On ne sait pas combien de temps le démarrage va prendre », a précisé EDF, vendredi, dans un contexte de conflit social opposant la branche énergie de la CGTG et la direction d’EDF Production électrique insulaire (PEI).

  • Stand Up to Racism : ne laissons pas la rue aux fascistes, en #angleterre, en France, partout.
    https://radioparleur.net/2024/10/25/stand-up-to-racism-ne-laissons-pas-la-rue-aux-fascistes-en-angleterre-

    Stand Up to Racism est une association antiraciste et antifasciste. Elle a mené sans relâche des contre-manifestations en août 2024 lors des #émeutes islamophobes et antimigrantes appelées par Tommy Robinson, militant d’extrême droite. Dans cet épisode, Weyman Bennett, représentant pour Stand Up to Racism, nous raconte son parcours et explique comment la défense s’est organisée […] L’article Stand Up to Racism : ne laissons pas la rue aux fascistes, en Angleterre, en France, partout. est apparu en premier sur Radio Parleur.

    #Au_fil_des_luttes #Toujours_en_lutte #Antifascisme #antiracisme

  • Pourquoi tant de quadras et de quinquas parmi les émeutiers au Royaume-Uni ?
    https://theconversation.com/pourquoi-tant-de-quadras-et-de-quinquas-parmi-les-emeutiers-au-roya

    Regardez attentivement les images des affrontements violents qui se sont déroulés en Angleterre et en Irlande du Nord et vous remarquerez quelque chose dont personne ne parle : les émeutiers que l’on voit se bagarrer, crier des insultes racistes, s’en prendre à la police et mettre le feu à des bâtiments sont souvent dans la quarantaine, la cinquantaine voire la soixantaine.

    Sur les 11 personnes arrêtées à Sunderland le 3 août, quatre correspondent à cette catégorie démographique. Une autre était un retraité de 69 ans.

    La radicalisation des quadras, quinquas et sexagénères est un phénomène émergent, mais négligé, qui a été mis en évidence par ces émeutes. Le fait que les affrontements actuels soient attisés par de fausses rumeurs sur les réseaux sociaux ne doit sans doute rien au hasard. En effet, mes recherches en cours montrent que cette classe d’âge est plus prompte qu’une autre à adhérer à de fausses informations et des théories du complot.

    Se radicaliser à quarante ans passés

    On parle souvent de la catégorie des « plus de 50 ans », qui comprend aussi les personnes très âgées, qui n’ont pas grand-chose en commun avec le groupe qui nous intéresse ici. Les gens entre 40 et 65 ans ne sont pas nés avec Internet, mais ils sont sur Internet. Surtout, ils connaissent moins les dangers de la désinformation en ligne que les plus jeunes, puisqu’on ne leur a ni appris ni montré. De nos jours, des efforts considérables sont déployés pour apprendre aux jeunes à naviguer en toute sécurité sur Internet, mais les autres sont passés au travers.

    Les quadras, quincas et sexagénères ont en gros découvert Internet à l’âge adulte et ont appris seuls, en autodidacte. Par conséquent, ils peuvent manquer de discernement sur ce qu’ils voient en ligne. Cela peut les conduire à prendre des décisions lourdes de conséquences – comme participer à des troubles violents, attaquer une mosquée ou un hôtel hébergeant des demandeurs d’asile – sur la base d’informations fausses ou de spéculations trouvées sur Internet.
    Un manque de discernement

    Lorsqu’une mosquée a été prise pour cible à Southport le lendemain de l’assassinat de trois fillettes dans la région, les assaillants étaient motivés par le fait qu’ils croyaient que les enfants avaient été tués par un musulman ou un immigré. En réalité, le jeune homme qui est en garde à vue pour cette attaque n’est ni l’un ni l’autre. Il semble donc que la désinformation en ligne ait joué un rôle non négligeable.

    Ce besoin de comprendre cette classe d’âge de 40 à 65 ans et sa vulnérabilité à l’extrémisme véhiculé par les réseaux sociaux a motivé un projet de recherche financé par l’UE, qui en est actuellement à sa deuxième année. Pour la première fois, des chercheurs de toute l’Europe s’intéressent à ce groupe de population afin d’étudier comme les réseaux sociaux et les contenus en ligne peuvent les pousser vers les zones sombres de l’extrémisme.

    Une population invisibilisée

    La classe d’âge entre 40 et 65 ans est souvent assez engagée politiquement et elle a tendance à se déplacer aux urnes. Elle a donc du poids et, souvent, des idées politiques bien arrêtées.

    Or, cette classe d’âge est relativement invisible. Ce n’est pas à elle qu’on pense en premier quand on parle de la crise du logement, du coût de la vie ou du système de santé. Mais bien aux jeunes, qui sont depuis longtemps la cible et le sujet privilégiés des médias grand public et du commerce, et Internet n’a rien arrangé.

    Dans les publicités par exemple, on ne voit quasiment que des jeunes. Il est rare de voir des personnes plus âgées vanter quelque chose qui ne leur est pas directement destiné. Malgré leur poids financier, les produits ne sont généralement pas marketés pour eux.

    C’est donc un pan entier de la population qui est culturellement exclu ou mis à l’écart. Parce qu’on met toujours l’accent sur la jeunesse, on ne se dit pas que les gens plus âgés sont en première ligne dans la radicalisation en ligne. On pense surtout aux jeunes, qui seraient faciles à impressionner et à manipuler. Certains ont donc été surpris de voir autant de personnes âgées dans les émeutiers qui ont causé tant de dégâts en Angleterre et en Irlande du Nord.

    Exprimer sa colère sur les réseaux sociaux

    Quand un groupe de personnes, quels qu’ils soient, est ignoré, alors le sentiment d’exclusion et d’isolement le pousse vers les marges d’Internet. En ligne, le mécontentement est nourri et encouragé. Les gens sont poussés à exprimer leur colère et à échanger avec des pairs, d’âge et de groupe socio-économique comparables.

    Ils peuvent chercher la reconnaissance et l’influence en partageant des contenus trouvés dans des forums en ligne et des réseaux sociaux, ou en les créant eux-mêmes. Ces contenus refléteront leur vision du monde ou leur opinion, mais ils seront souvent fondés sur des affirmations fausses ou pseudoscientifiques. Malgré cela, ces messages sont considérés comme légitimes par des gens qui partagent globalement le même point de vue (leurs pairs) et par des plus jeunes qui ont du respect pour leur expérience et qui se laissent influencer par la sincérité apparente de leurs croyances.

    Les gens de 40 à 65 ans sont généralement invisibles dans les médias et dans la société en général. Cela signifie qu’ils peuvent influencer des gens tout en restant à l’écart, sous le radar des chercheurs et autres qui tentent de comprendre la croissance de l’extrémisme en ligne. L’absence de stratégies et de narratifs ciblés vers ces personnes, pour lutter contre leur implication dans les activités extrémistes, à de quoi inquiéter.

    Sous le radar des autorités

    La nature d’Internet c’est que l’information y circule librement et qu’on ne peut pas l’arrêter. Il est pratiquement impossible d’empêcher la diffusion de contre-vérités et de fausses rumeurs sur le net. Et plus elles sont chargées d’émotions, plus elles seront partagées.

    Cette information, quand elle est entre les mains d’un groupe qui n’a pas toutes les clés pour comprendre Internet, parce qu’il n’est pas né avec, et qui passe sous le radar des autorités qui travaillent sur la radicalisation, peut être potentiellement dangereuse, comme l’illustre ce qu’il se passe dans les rues du Royaume-Uni.

    La version originale de cet article a été publiée en anglais.

    #extrême_droite
    #racisme
    #Royaume-Uni
    #émeutes

  • Épisode 1/2 : #17_août_1893, le massacre des Italiens

    Dans les rues d’#Aigues-Mortes, une #histoire restée muette ou presque, jusqu’à la fin des années 1970 reprend corps.

    À Aigues-Mortes, dans les marais salants qui entourent l’ancien port royal, des centaines d’ouvriers se côtoient en cette fin de XIXe siècle pour la récolte du #sel. La #Compagnie_des_Salins_du_Midi doit embaucher plus de mille #saisonniers pour ce #travail de forçat : le battage du sel, qui consiste à enlever à la pioche la croûte saline asséchée des marais et à la disposer en tas, et le levage, le transport du sel à l’aide de brouettes jusqu’aux lieux de stockage.

    Coup de feu du sel : le levage est rémunéré collectivement par équipe, au rendement, et une nombreuse main-d’œuvre piémontaise participe traditionnellement à cette opération. En cette période de crise, les saisonniers, trimards et Ardéchois, ont également afflué en masse des régions limitrophes, espérant se faire embaucher. Tous ne le seront pas. La #colère enfle et dégénère suite à une #rixe entre ouvriers, embrasant la ville entière. C’est une véritable battue à mort des Italiens qui se produit alors, faisant 8 victimes, plusieurs dizaines de blessés et des disparus. L’Armée ayant tardé à intervenir, l’#émeute durera deux longues journées...

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/17-aout-1893-le-massacre-des-italiens-2683413

    #audio #podcast #migrants_italiens #migrations #massacre #salines #travailleurs_étrangers #italiens

  • De l’émeute à la démocratie | Alain Bertho
    https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/200424/de-l-emeute-la-democratie

    Depuis le début du siècle, #émeutes et #soulèvements se succèdent partout. Les peuples y disent leur exigence d’égalité, de démocratie, de défense des communs et du vivant. Ces soulèvements sont autant de défaites. Comment rompre ce cycle de l’impuissance #politique ? Telle est la question posée par « De l’émeute à la démocratie » qui prolonge des interventions dans Mediapart ces dernières années.


    De l’émeute à la démocratie parait cette semaine aux éditions La Dispute. Ce livre est le fruit d’un long travail d’enquête jalonné déjà par quelques autres (1). Il est aussi le fruit d’une expérience militante pluri décennale et d’un constat : le bilan de notre génération est celui d’une succession d’échecs, ceux de toutes les tentatives de réinvention stratégique visant à résister au capitalisme financier : l’altermondialisme, le populisme de gauche, les « socialisme du XXI° siècle » latino-américain... Le pire est maintenant à l’ordre du jour.
    Comment puiser dans ces expériences et dans l’inventivité collective des peuples pour fonder la démocratie réelle dont l’humanité a aujourd’hui un besoin vital ? Ce #livre propose une lecture de notre expérience à partager et à débattre. En voici l’introduction (La politique n’est plus ce qu’elle était) et des extraits du premier chapitre (Une politique du corps)(11).

  • Les territoires des émeutes
    https://laviedesidees.fr/Les-territoires-des-emeutes

    Le haut niveau de #ségrégation urbaine constitue le meilleur prédicteur des violences. La différence la plus marquante entre 2023 et 2005 est l’entrée en scène des villes petites et moyennes, où les adolescents de cités d’habitat social s’identifient aux jeunes des banlieues de grandes métropoles.

    #Société #jeunesse #banlieue #révolte #urbanisme #gilets_jaunes
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20240412_emeutes.pdf

    • Conclusion

      Le retour sur les émeutes de #2005 a permis de mettre en évidence à la fois des continuités et des changements par rapport à celles de #2023. Si de façon générale, les communes les plus défavorisées ont de plus fortes probabilités de connaître des émeutes, c’est surtout la ségrégation des situations sociales les plus précaires et des immigrés dans des quartiers spécifiques (#QPV) qui apparaît comme un élément de contexte crucial. À profil social et urbain équivalent, avoir un QPV augmente de façon très significative la probabilité de connaître des émeutes. De plus, cette #ségrégation_sociale et ethnique s’accompagne d’une forte #ségrégation_scolaire dont nous avons pu mesurer également l’impact : plus elle est importante, plus les émeutes sont intenses et violentes.

      Les quartiers en question sont ceux directement concernés par la #politique_de_la_ville (QPV, #PNRU, #NPNRU) depuis plusieurs décennies. Si des changements sont indiscutables sur le plan de l’amélioration du cadre de vie des habitants et plus particulièrement des #conditions_de_logement, un grand nombre de ces quartiers continuent de concentrer une large part de la jeunesse populaire d’origine immigrée, celle la plus touchée par la #relégation, les #discriminations et les #violences_policières, et donc celle aussi la plus concernée par les émeutes. Si la #mixité_sociale et ethnique s’est sensiblement améliorée dans certains quartiers, d’autres demeurent des espaces de très forte #homogénéité_sociale et ethnique, que l’on retrouve dans les #écoles et les #collèges. Ceux où les interventions de l’#ANRU ont été moins intenses ont même vu le nombre de ménages pauvres augmenter. En Île-de-France, la quasi-totalité des communes qui avaient connu des émeutes en 2005, pourtant concernées par la politique de la ville, en ont connu également en 2023.

      Notre approche socio-territoriale met d’autant plus en évidence les limites d’une analyse au niveau national, que les émeutes de 2023 se sont diffusées dans un plus grand nombre de petites villes et villes moyennes auparavant moins touchées par ces événements. Cette plus grande diversité territoriale est frappante lorsque l’on compare les banlieues des très grandes métropoles, à commencer par les banlieues parisiennes, aux #petites_villes et #villes_moyennes. Le poids du #logement_social, de l’immigration, la suroccupation des logements, le niveau de #pauvreté, mais aussi la façon dont ces dimensions se rattachent aux #familles_monoparentales et nombreuses, renvoient à des réalités différentes. Pourtant, dans tous les cas, la ségrégation joue un rôle déterminant.

      Cette approche contextuelle ne suffit pas à expliquer l’ensemble des mécanismes sociaux à l’œuvre et ce travail devra être complété à la fois par des analyses plus fouillées et qualitatives, ciblées sur les réseaux sociaux, la police et les profils des protagonistes, mais aussi des études de cas renvoyant aux différentes configurations socio-territoriales. Des études qualitatives locales devraient permettre de mieux comprendre comment, dans les différents contextes, les dimensions sociales et ethno-raciales interagissent lors des émeutes. Cela permettrait par exemple de mieux saisir l’importance de la mémoire des émeutes dans les quartiers populaires des banlieues des grandes métropoles, sa transmission et le rôle des réseaux militants et associatifs. Dans le cas des petites villes et des villes moyennes, la comparaison avec le mouvement des Gilets jaunes apporte un éclairage particulièrement intéressant sur l’intersection et la différenciation des formes que peuvent prendre la colère sociale et le ressentiment.

      #émeutes #violence #villes #urban_matter #violences_urbaines #banlieues #ségrégation_urbaine #violences #statistiques #chiffres

  • La #France qui a #faim avec #Bénédicte_Bonzi et #Guillaume_Le_Blanc

    Rencontre d’une anthropologue spécialiste de la faim et d’un philosophe qui a beaucoup écrit sur la #précarité pour penser les erreurs d’un pays riche où 8 millions de Français doivent recourir à l’#aide_alimentaire tandis que 10 millions de tonnes de #nourriture sont jetées par an en France.

    Pour comprendre l’#absurdité de ce #paradoxe et la faillite de notre #agriculture_productiviste, nous recevons l’anthropologue Bénédicte Bonzi qui a mené une longue étude aux #Restos_du_coeur. Sur le terrain, elle mesure la #souffrance de #bénévoles qui constatent que leur action, loin d’aider à sortir de la #pauvreté, consiste surtout à maintenir une #paix_sociale en évitant des vols et des #émeutes_de_la_faim.

    Et si, dans une société démocratique, l’urgence consistait moins à donner de la nourriture que des #droits pleins et entiers ? Le regard du philosophe Guillaume Le Blanc nous permettra de questionner la #violence qui s’exerce contre les plus pauvres. Comment penser la #vulnérabilité au cœur de la cité ?

    https://audioblog.arteradio.com/blog/215851/podcast/219681/la-france-qui-a-faim-avec-benedicte-bonzi-et-guillaume-le-blanc

    #audio #podcast

  • #Émeutes : des sources anciennes, des effets de long terme
    https://www.banquedesterritoires.fr/emeutes-des-sources-anciennes-des-effets-de-long-terme

    Selon trois sociologues auditionnés par le Sénat, les émeutes de l’été dernier prendraient, comme les précédentes, principalement leur source dans des #pratiques_policières aussi anciennes que délétères. Les pouvoirs publics rechignant à porter la réforme de ces dernières à l’agenda, toute sortie de cette « logique de surenchère » serait selon eux illusoire. Un cercle d’autant plus vicieux que les territoires confrontés aux émeutes en sortiraient « plus délinquants qu’avant ».

    #police

  • Val-de-Marne : le maire de Villeneuve-le-Roi prive la famille d’un émeutier du chèque de Noël
    https://www.bfmtv.com/paris/val-d-oise-le-maire-de-villeneuve-le-roi-prive-la-famille-d-un-emeutier-du-ch

    À Villeneuve-le-Roi, la municipalité a refusé d’accorder un #chèque de Noël d’une valeur de 60 euros à une #famille de sa commune, à cause de l’implication d’un des fils dans les #émeutes de l’été 2023.

    Le maire (LR) Didier Gonzales a tenu à expliquer lui-même aux concernés la raison de cette décision. « Je voulais pouvoir dire à cette famille pourquoi elle n’aurait pas ce cadeau de Noël », explique l’élu au micro de BFM Paris Île-de-France.

    Le fils visé par l’édile, âgé de 19 ans, a été condamné à 12 mois de #prison_avec_sursis pour avoir participé à la dégradation du poste de police municipale de Villeneuve-le-Roi lors des émeutes du mois de juin. Celles-ci avaient eu lieu en réaction à la mort du jeune Nahel, abattu par un tir de police à Nanterre.

    Le jeune homme veut rencontrer le maire

    Hors de question donc pour Didier Gonzales de répondre favorablement à la demande de la famille d’obtenir le chèque de Noël mis en place par le CCAS. « Je les ai convoqués pour qu’il n’y ait pas de doute. Il est tout à fait cohérent qu’on ne contribue pas, avec l’argent de l’ensemble des Villeneuvois pénalisés, à lui faire un cadeau exceptionnel pour Noël », avance-t-il.

    Contacté par RTL, le jeune homme assure qu’il n’a « rien cassé », se trouvant simplement à côté du commissariat au moment de sa dégradation. Il affirme être prêt à rencontrer Didier Gonzales pour le convaincre de revenir sur cette sanction.

  • Discriminations et #politisation ordinaire dans les #quartiers_populaires
    https://metropolitiques.eu/Discriminations-et-politisation-ordinaire-dans-les-quartiers-populai

    S’appuyant sur une enquête collective, Marion Carrel souligne que les expériences des discriminations structurent le rapport au politique dans les quartiers populaires. La politisation ordinaire issue de ces expériences, étouffée par les institutions, constitue une clé d’explication de l’embrasement qui a suivi la mort de Nahel Merzouk le 27 juin 2023 à Nanterre. Le 27 juin 2023 à Nanterre, Nahel Merzouk, 17 ans, était tué à bout portant par un policier invoquant un refus d’obtempérer et la légitime #Débats

    / #discrimination, #émeutes, politisation, #police, quartiers populaires

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-carrel.pdf