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Royaume-Uni : près de 100 mineurs détenus à tort dans le cadre de l’accord franco-britannique « one in, one out »
Par La rédaction Publié le : 14/08/2026 Dernière modification : 16/08/2026
Selon un organisme chargé de surveiller les prisons et les centres de rétention, en l’espace de neuf mois, 94 migrants mineurs ont été détenus au Royaume-Uni dans le cadre de l’accord franco-britannique « one in one out ». Il s’agissait de personnes impliquées dans des procédures de reconnaissance de minorité, qui se sont finalement avérées être des mineurs. Les enfants sont normalement exclus de ce dispositif de renvoi d’exilés vers la France. Près d’une centaine d’enfants exilés détenus au Royaume-Uni. Du 15 août 2025 au 1er mai 2026, 94 migrants ont été identifiés à tort comme étant des adultes et placés en détention dans le cadre de l’accord franco-britannique « one in one out » ["un pour un"], alors qu’ils étaient en réalité mineurs. C’est ce que révèle une lettre adressée le 13 août à Anna Turley, la ministre d’État à la Sécurité des frontières et à l’Asile, par Jane Leech, présidente par intérim des comités de surveillance indépendants (IMB), chargés de contrôler les prisons et les centres de rétention.
D’après ce document et les données fournies par le Home Office à l’IMB, sur 304 cas de litiges concernant l’âge des migrants détenus au cours de ces neuf mois, 94 (soit 31%) ont finalement été reconnus comme étant mineurs. L’accord « one in, one out » "place en détention des personnes très vulnérables et nouvellement arrivées, notamment des enfants et des victimes d’abus", a ainsi signalé Jane Leech.
Les mineurs sont en effet censés être exclus de ce dispositif, qui prévoit depuis août 2025 le renvoi en France de migrants arrivés à bord de « small-boats » au Royaume-Uni, en échange de l’accueil par ce pays d’exilés se trouvant sur le sol français. Comme le rappelle le journal britannique The Guardian, le gouvernement britannique limite en outre la détention des mineurs non accompagnés à 24 heures. « L’IMB s’inquiète donc de l’inefficacité des mécanismes de protection des enfants et estime qu’il faudrait prendre davantage de mesures pour garantir que les personnes dont l’âge fait l’objet d’un litige ne soient pas placées en détention dès le départ », considère la présidente de l’organisation. Toutefois, dans sa lettre, l’IMB remarque « qu’une fois qu’un litige relatif à l’âge est engagé, les personnes concernées se voient rapidement attribuer un hébergement individuel, à l’écart de la population carcérale générale, et qu’une fois reconnues comme mineures, elles sont remises à la charge des services sociaux. » En réaction, un porte-parole du Home Office a assuré au Guardian que « des évaluations rigoureuses de l’âge sont essentielles pour préserver l’intégrité de nos frontières, garantir que les migrants bénéficient d’une protection adéquate et aient accès aux services. » Avant d’ajouter : « Nous continuerons à renforcer et à moderniser ce processus, notamment grâce au déploiement, dès l’année prochaine, d’une technologie d’intelligence artificielle de pointe pour faciliter l’évaluation de l’âge ».
Dans son courrier, l’IMB dénonce également la longueur des délais pris par les autorités pour mener les évaluations de minorité des étrangers détenus en vue de leur renvoi en France. « Dans deux cas examinés par le Conseil de Heathrow, il a fallu 40 jours, voire plus, entre l’arrivée au centre de rétention pour immigrants (IRC) et l’évaluation de l’âge », souligne Jane Leech. « Trop souvent, les enfants réfugiés sont traités comme des adultes et placés dans des situations dangereuses, exposés à des risques d’abus et de négligence, et confrontés à des risques importants en matière de protection », a de son côté réagi Imran Hussain, directeur exécutif des affaires extérieures au Refugee Council, cité par The Guardian.
Face à ces chiffres, le Refugee Council appelle en outre « le gouvernement britannique à donner la priorité aux évaluations professionnelles menées par des travailleurs sociaux qualifiés, ce qui s’est avéré être le moyen le plus précis de déterminer l’âge et, par conséquent, d’éviter ces risques. » Les observations de l’IMB ne s’arrêtent pas à l’âge des migrants détenus. D’après l’organisation et la lettre de Jane Leech, certains exilés placés en détention dans le cadre de l’accord attendent leur expulsion vers la France depuis plus de six mois, alors qu’ils n’étaient censés être détenus que pendant 28 jours au maximum, et ce « dans des cas exceptionnels » uniquement. Elles notent également le cas de migrants sur le point d’être renvoyés en France alors qu’ils souffrent de tuberculose ou nécessitent un traitement hospitalier. L’IMB cite aussi certains étrangers qui risquent d’être expulsés après avoir été séparés de leur famille, avec laquelle ils étaient arrivés, ce qui a un « impact particulièrement néfaste » pour les exilés concernés, déplore Jane Leech.
Ce n’est pas la première fois qu’un organisme pointe du doigt les conditions de détention et les abus subis par des exilés détenus dans le cadre de l’accord franco-britannique. Depuis sa signature, le traité est notamment contesté par de nombreuses associations, qui dénoncent « un marchandage cynique de vies humaines ». En février, l’ONU a elle-même appelé les deux pays à mettre fin à l’accord, avertissant qu’il pourrait y avoir de « graves violations du droit international des droits de l’Homme ». L’organisation avait mentionné le cas d’un Érythréen, « contraint de rester pieds nus lors de son arrestation, la tête recouverte d’une cagoule et plaqué au sol, les bottes des gardes appuyées sur sa nuque ». Interrogé, le Home Office s’était défendu de toute dérive.
Autre exemple : début janvier, The Guardian avait de son côté déjà révélé que 85 migrants placés en centre de rétention au Royaume-Uni en vue de leur renvoi en France affirmaient avoir subi des traitements dégradants de la part des autorités britanniques. Les exilés, originaires du Soudan, d’Afghanistan et d’Iran notamment, dénonçaient un accès limité à des soins médicaux, le refus d’accès à un avocat et des préjudices psychologiques, notamment dans le centre d’Harmondsworth, en périphérie de Londres. Selon les dernières données officielles, entre le 4 août 2025 et le 30 juin 2026, 1 087 personnes ont été renvoyées en France dans le cadre de l’accord franco-britannique. Dans l’autre sens, ce sont 1 117 personnes qui ont été transférées de la France vers le Royaume-Uni. Un chiffre qui représente seulement 4% des arrivées de migrants en small boat. Depuis le début de l’année, environ 15 500 personnes ont rejoint clandestinement la Grande-Bretagne par la Manche, selon les chiffres officiels des autorités britanniques. Un nombre en baisse de plus de 40% par rapport à la même période en 2025.
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