• Soins médicaux pour personnes sans assurance maladie

    Vous vivez dans la ville de Zurich, vous n’avez pas d’assurance maladie et vous êtes malade ou ressentez des douleurs ?

    Dans la ville de Zurich, il existe différentes offres pour les personnes sans assurance maladie. Si vous vivez depuis au moins 3 mois dans la ville de Zurich, les coûts sont pris en charge.

    https://www.stadt-zuerich.ch/gud/de/index/gesundheitsversorgung/medizin/nkv/nkv-fr.html
    #sans-papiers #Zurich #Suisse #villes-refuge #migrations #soins_médicaux #santé #assurance_maladie #accès_aux_soins

    –—

    ajouté à la métaliste sur les villes-refuge :
    https://seenthis.net/messages/759145

    • Sans-Papiers sollen bessere medizinische Versorgung bekommen

      Geschätzt 10’000 Menschen haben in Zürich keine Krankenversicherung. Die Stadt schaltet auf ihrer Website eine Anlaufstelle auf, um die Betroffenen zu erreichen.

      Personen, die keine Krankenversicherung haben, sollen in der Stadt Zürich ab 2023 medizinisch versorgt werden. Die Stadt startet ein Pilotprojekt, um die Betroffenen, oft Sans-Papiers, zu erreichen.

      Geschätzt leben über 10’000 Menschen in Zürich, die über keine Krankenversicherung verfügen. Schwierig sei es vor allem, diese Menschen zu erreichen, wie die Stadt Zürich in einer Medienmitteilung vom Montag schrieb.

      Zwar gebe es bereits spezialisierte Anlaufstellen für Menschen ohne gültige Aufenthaltsberechtigung. Doch hätten Auswertungen ergeben, dass nur die wenigsten Betroffenen diese Einrichtungen besucht hätten. Darum schaltet die Stadt die Anlaufstellen auf ihrer Website auf, wie es weiter heisst.

      Das Angebot wird in 13 Sprachen aufgeführt. Beiträge in den sozialen Medien und Flugblätter sollen auf die Website aufmerksam machen.
      Kosten von 4,6 Millionen Franken

      Medizinische Erstkonsultationen sollen im Ambulatorium Kanonengasse der Stadt Zürich, der Meditrina-Praxis des Schweizerischen Roten Kreuzes des Kantons Zürich und in lebensbedrohlichen Notfällen in den Notfallaufnahmen des Stadtspitals Zürich stattfinden.

      Das Pilotprojekt hatte 2021 auch der Zürcher Gemeinderat deutlich gutgeheissen. Er hatte einen Kredit von 4,6 Millionen angenommen. Das Projekt ist auf drei Jahre angesetzt.

      https://www.tagesanzeiger.ch/sans-papiers-sollen-bessere-medizinische-versorgung-bekommen-946958582

  • Pour obtenir un rendez-vous médical, mieux vaut ne pas être bénéficiaire d’une aide à la santé
    https://www.slate.fr/story/235168/refus-soins-medecins-patients-precaires-discrimination-aides-sante-maladie-ame

    Certains praticiens refusent de prendre en consultation les personnes bénéficiant de l’aide médicale d’État (AME) ou de la complémentaire santé solidaire (C2S). Face à cette discrimination, les recours sont rares car longs et surtout méconnus des patients.

    « Ma mère avait rendez-vous chez le dentiste. Une fois installée sur le fauteuil dentaire, il lui a demandé comment elle avait l’intention de payer. Ma mère lui a répondu qu’ayant la CMU complémentaire [la CMU-C, aujourd’hui complémentaire santé solidaire, ndlr], elle n’avait rien à payer. Le dentiste lui a alors dit qu’il ne prenait pas la CMU-C et, relevant brutalement le fauteuil, il lui a intimé l’ordre de partir. »

    « Je viens de déménager. Quand j’ai voulu prendre rendez-vous avec un pédiatre pour les enfants, la première chose qu’il m’a demandé c’est si j’étais à la CMU-C. Je lui ai dit que oui. Il m’a dit qu’il ne me prenait pas, du coup. »

    Ces témoignages ont été livrés à Santé info droits, une ligne d’écoute téléphonique de France Assos Santé, un collectif d’association de patients, qui en reçoit tous les jours plusieurs de ce type. Trop souvent, des patients bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S), ex-couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et aide à la complémentaire santé (ACS), ou de l’aide médicale d’État (AME) se voient refuser des soins du fait de leur protection sociale. Même des personnes atteintes de maladies chroniques n’y échappent pas : « J’ai une myopathie et les médecins ne veulent pas me soigner parce que j’ai l’aide médicale d’État »_, raconte ainsi une autre patiente.

    La C2S, sous conditions de ressources, est octroyée pour couvrir les dépenses de santé, et l’AME est destinée aux personnes étrangères en situation irrégulière. Mais ces aides, mises en place au début des années 2000 afin de permettre l’accès aux soins à celles et ceux qui n’en ont pas les moyens, deviennent parfois un frein dans leur parcours de prise en charge.

    rien de mieux pour savoir ce que c’est que la droite que les #médecins ...

    #médecine #santé #accès_aux_soins #CSS (il ont trouve un acronyme moins malsonnant avec leur #C2S, c’est top moderne

    • Certes, mais on nous explique plus loin qu’il existe des recours aux #refus_de_soin, pratique illégale et contraire à l’éthique.

      Deux options s’offrent au patient qui se voit refuser une prise en charge médicale : « une victime de refus de soins peut se présenter devant la commission mixte paritaire [constituée de représentants de la caisse primaire d’assurance-maladie et du conseil de l’Ordre du professionnel de santé mis en cause, ndlr] et devant le juge », indique Flore Ganon-Lecomte, référente technique et plaidoyer pour l’accès aux droits santé chez Médecins du monde.

      Par contre,

      Mais il s’agit de théorie, car le plus souvent, les personnes qui en sont victimes ne savent pas ce qu’est un refus de soins et ne connaissent pas les recours qui existent. Selon Flore Ganon-Lecomte, le manque d’information des personnes concernées est d’ailleurs le premier obstacle rencontré. Par ailleurs, les victimes de refus de soins « sont dans une difficulté sociale très importante et ont autre chose à faire que d’engager des procédures longues et coûteuses », pointe Florence Navattoni.

      Maintenant, quelle est la pertinence de maintenir cette « commission mixte et paritaire », vu que le Conseil de l’Ordre aura beau jeu de défendre les « intérêts économiques » des praticiens indélicats ? Quant au juge (quelle juridiction ?), ne fera-t-il qu’avaliser les conclusions retenue par la commission ? Il y a là (amha) un vice de procédure patent en matière de justice.

    • Faut-il brûler le Conseil de l’Ordre des Médecins ? François Dupuis (1972)
      https://www.nouvelobs.com/societe/20221030.OBS65301/il-y-a-50-ans-dans-l-obs-faut-il-bruler-le-conseil-de-l-ordre-des-medecin

      (...) à quoi sert ce Conseil de l’Ordre, créé par Louis-Philippe, supprimé en 1848, puis rétabli par Vichy ? C’est ce qu’exposait, en 1972, l’article que nous republions ci-dessous

      #paywall... #ordre_des_médecins

    • Carpentier revient, tes collègues sont des chiens !

      la dentiste compétente qui me suivait depuis des années m’a fait dire par son secrétariat qu’elle ne me prendrait plus en rendez-vous ayant « changé de manière de travailler », sans doute lassée de dispenser des séances de soins simples (sans prothèses etc. et pour cause...) au tarif CMU CSS.
      à la recherche d’un.e autre praticien.ne et contraint au nomadisme médical, j’ai eu la surprise lors d’un détartrage de m’entendre dire en cours de séance par une jeune dentiste, « je peux finir par un polissage, mais ce sera 30 euros »... j’ai hésité, commencé par dire oui, puis décidé de partir.

      tout le monde le sait, l’immense majorité des dentistes choisissent cette spécialité car les études sont moins longues et le gain assuré

      ces temps-ci je ne tombe que sur des sans masques, tel ce Kiné qui me dit « je peux le mettre si vous avez peur », je me casse, j’avais peur, oui, de lui mettre un grosse tarte, un infirmier qui tient à me faire payer le tiers payant de moins de 5 euros pour une vaccination ("comme ça les patients savent ce que ça coute"), et c’est parti pour des courriers et un traitement admin par la CPAM (combien ça coûte ?) etc.

      sagouins, maltraitants, âpres au gain, moralisateurs, paternalistes (femmes compris), plus ça va plus j’aime les médecins et les soignants

      #droite

    • Cela fait des années que certains dentistes refusent les personnes à la CMU, quand j’ai voulu prendre rendez-vous, la secrétaire m’avait indiqué clairement « on ne prend pas les CMU ». Il parait qu’ils doivent avancer les frais avant d’être remboursés, sur qu’il y a un truc qui cloche mais que tout le monde s’en fout dans les hautes sphères administrative du droit aux soins, les pauvres peuvent crever et la honte envahir nos cœurs. En discutant avec certains médecins, la haine des indigents et des pauvres est latente « ils n’arrivent jamais à l’heure » m’a sorti un dentiste. Reste alors l’hôpital où sont formés les étudiants, entre boucherie et mépris et il faut supporter le médecin formateur qui humilie continuellement sa petite troupe docile. j’y ai perdu pas mal de dents à servir de terrain d’exercice aux uns et aux autres.

      Quand au recours, ahahah, j’ai tenté une fois et signalé un refus de soin à cause de la CMU, mais sans témoin, (je ne sais plus quel organisme peut-être le défenseur des droits) ont seulement demandé à la personne qui avait refusé de me soigner ce qu’il s’était passé, et si c’était vrai. j’ai reçu une lettre pour me dire que je devais avoir mal compris :))) Faut avoir envie de militer, j’espére qu’elle a au moins un peu chié dans son pantalon et payé la laverie.

  • Aux origines de l’effondrement du service public de santé
    https://lvsl.fr/leffondrement-du-service-public-de-sante

    Considéré jusqu’au début des années 2000 comme le meilleur du monde, le service public de santé français avec ses deux piliers, l’hôpital public et les professionnels de santé de premier recours, s’effondre peu à peu. Cet article porte sur l’analyse structurelle de cette destruction progressive et dresse le tableau alarmant de l’évolution de la démographie des soignants. Ce texte est une nouvelle version d’une série de trois articles de Frédérick Stambach et Julien Vernaudon initialement parus sur le site de la revue Respublica.

    Le système de santé français a longtemps fait office d’exemple à l’international, au début des années 2000 il était même considéré comme le meilleur au monde. A la suite d’une destruction incrémentale du fondement même de notre système de santé, quel que soit les majorités gouvernementales, celui-ci est dorénavant à l’agonie. Les déserts médicaux progressent et l’hôpital public est au bord de l’implosion du fait de la diminution du nombre de lits, l’introduction en force du Nouveau management public et la dégradation des conditions de travail entraînant le départ en masse de personnels soignants épuisés et écœurés.

    Nous considérons que le point d’entrée dans le système de santé pour l’immense majorité de la population est l’hôpital public par le biais des urgences et ce que nous nommerons les professionnels de santé de premier recours (PSPR), par définition conventionnés en secteur 1. Ces derniers sont représentés par les médecins généralistes principalement mais il existe également d’autres « portes d’entrée » subtiles et souvent méconnues. C’est le cas notamment des pharmacies d’officine et, dans une moindre mesure, des infirmier(e)s et kinésithérapeutes libéraux. Pour les jeunes enfants, la Protection Maternelle et Infantile (PMI) lorsqu’elle existe encore sur le territoire peut également avoir ce rôle. Les chirurgiens-dentistes et les sage-femmes font également partie des PSPR.

    Mais d’une façon générale et majoritaire, lorsqu’un patient a un problème de santé (en dehors des grosses urgences) il va se rendre chez son médecin généraliste ou chez son pharmacien. C’est uniquement si ces deux voies sont fermées qu’il se rendra aux urgences directement.

    La pénurie médicale et la fermeture progressive des pharmacies d’officine, notamment en milieu rural, entraînent donc une suppression pure et simple de l’accès au système de santé, en particulier pour les classes populaires. Les services d’urgence, en grande souffrance, ne peuvent compenser la pénurie médicale de généralistes sur le territoire.

    La situation est complexe et assez catastrophique par bien des aspects, en particulier parce qu’elle relève de décisions gouvernementales qui, pour des raisons budgétaires mais pas uniquement, ont choisi délibérément de mettre en danger sanitaire la population française dans son ensemble. Cependant, les effets sont encore plus dramatiques pour les plus démunis, témoignant ainsi d’une politique de classe très violente : nous parlons ici de ceux qui ont la possibilité de se soigner ou pas.

    Nous allons revenir brièvement sur l’histoire de l’organisation puis de la désorganisation des médecins généralistes et de l’hôpital public, ensuite nous évalueront la situation actuelle (peu brillante) en termes d’effectifs soignants. Nous proposerons pour terminer une analyse politique et nos propositions pour changer de paradigme.

  • L’obiezione è un’incoscienza. Se non vuoi praticare aborti, puoi fare il dermatologo.

    Pochi giorni fa è stata data notizia che a luglio un medico obiettore di Napoli è stato licenziato dalla Asl in cui lavorava dopo che si è rifiutato di prestare cure mediche a una donna alla 18esima settimana di gravidanza. La donna è arrivata al presidio in travaglio, con il feto già privo di battito cardiaco e necessitava di un aborto farmacologico, che il ginecologo non ha voluto praticare appellandosi all’obiezione di coscienza. La paziente è stata salvata da un altro medico, chiamato di urgenza da un’ostetrica. L’Asl di Napoli ha licenziato l’obiettore per omissione di assistenza, e presto il caso passerà alla Procura e all’Ordine dei Medici. In Italia, 7 ginecologi che operano negli ospedali su 10 sono obiettori. La percentuale di obiezione supera l’80% in ben sette regioni, arrivando al 96,9% in Basilicata, senza contare gli anestesisti (48.8%) e il personale non medico (44%). A questo si aggiunge la galassia sommersa di “farmacisti obiettori”. Le virgolette sono obbligatorie, dato che secondo la legge 194/78 (la legge che ha depenalizzato l’aborto in Italia, promulgata nel 1978), “L’obiezione di coscienza esonera il personale sanitario ed esercente le attività ausiliarie dal compimento delle procedure e delle attività specificamente e necessariamente dirette a determinare l’interruzione della gravidanza”. Ma, come specificato dall’OMS, la pillola del giorno dopo e dei cinque giorni dopo – che spesso i farmacisti si rifiutano di vendere adducendo fantasiose giustificazioni su ricette mancanti (che non sono obbligatorie per le maggiorenni) o il grande classico: “Mi spiace ma l’abbiamo finita”, guarda caso quando serve a te – non ha alcun effetto abortivo, pertanto l’obiezione non si può applicare. In Germania gli obiettori sono il 6%, in Francia il 3% mentre in Svezia e in Finlandia non esistono nemmeno.

    Il problema dell’obiezione di coscienza è che rende molto difficile per una donna ottenere l’IVG (interruzione volontaria di gravidanza) entro i tempi previsti dalla legge, cioè entro 90 giorni dal concepimento, conteggiati dal primo giorno dell’ultima mestruazione. Posto che non tutte le donne si accorgono subito di essere incinte e che la legge prevede la cosiddetta “pausa di riflessione” di sette giorni tra il rilascio del certificato medico che autorizza l’IVG e la conferma dell’appuntamento, tre mesi non sono poi così tanti, soprattutto se tutto questo percorso già abbastanza complesso da un punto di vista psicologico e pratico viene ostacolato da medici, infermieri, psicologi, personale sanitario e sistema burocratico. Per non parlare di quelli che si mettono fuori dagli ospedali o dalle università con vangeli, immagini di feti photoshoppati male e crocifissi per terrorizzare le donne che vogliono praticare un aborto. Per quanto la legge 194 tuteli l’obiezione di coscienza, essa sancisce chiaramente che “Gli enti ospedalieri e le case di cura autorizzate sono tenuti in ogni caso ad assicurare l’espletamento delle procedure”. Questo, però, spesso non avviene. L’antropologa Silvia De Zordo ha condotto una ricerca negli ospedali di Roma e Milano per cercare di spiegare le cause della diffusione dell’obiezione di coscienza in Italia. I motivi religiosi, infatti, giustificano solo in parte questo fenomeno. La religione cristiana, ponendo l’accento sulla sacralità della vita sin dal concepimento, equipara l’aborto all’omicidio. Ma in casi come quello di Napoli, l’ostinazione a preservare la vita del feto (per altro già privo di battito cardiaco) ha quasi causato il decesso della madre. La legge 194 protegge l’obiezione di coscienza, ma ancor più la sicurezza delle donne. È stata fatta innanzitutto per contrastare le tecniche di aborto clandestine, a cui le donne ricorrevano per disperazione e che prevedevano pratiche molto pericolose come l’inserimento di ganci nell’utero, l’intossicazione tramite farmaci o erbe velenose, che in molti casi potevano portare a infezioni, perforazioni e quindi a emorragie e non difficilmente alla morte. L’accesso a tecniche mediche sicure per interrompere la gravidanza ha salvato moltissime vite. Ci sono molte altre specializzazioni di medicina altrettanto remunerative che un medico obiettore può intraprendere, se non ha a cuore la vita delle persone che esistono già perché preferisce quelle che devono ancora nascere. Dopotutto, un cristiano ortodosso che considera immorale prelevare organi dai cadaveri non si specializza di certo in trapianti. Storicamente, l’obiezione di coscienza era un atto di coraggio per contrastare un divieto o una legge che si riteneva sbagliata, e le conseguenze potevano essere molto pesanti. Un uomo che rifiutava la leva obbligatoria, ad esempio, veniva punito come un disertore: in tempo di guerra, rischiava la fucilazione. In Italia, l’obiezione di coscienza diventa un diritto dal 1972, anno in cui viene introdotta la legge n. 772. Da questo momento il concetto cambia: il servizio civile (quindi il modo in cui si esercita l’obiezione) è un’alternativa al servizio militare, una scelta. Semplificando, il danno procurato alla collettività per non aver svolto la naja, veniva ripagato con un altro lavoro di utilità sociale. Nel caso dell’aborto, però, non c’è un’alternativa, ma soltanto un enorme squilibrio. Chi fa obiezione per l’aborto non offre un’alternativa all’IVG, ma sottrae a una donna un diritto che per legge le è garantito.

    Non solo: l’obiezione di coscienza del singolo ricade anche sulla gestione del lavoro dell’intero reparto, con conseguenze gravi anche sui non obiettori. L’IVG infatti è una pratica abbastanza semplice e monotona e viene considerata generalmente un lavoro poco gratificante. Questo è dovuto al fatto che i pochi ginecologi non obiettori si ritrovano a praticare da soli tutti gli aborti, che vengono percepiti come un lavoro “accessorio”, nonostante siano la pratica medico-ginecologica più diffusa dopo il parto. I medici intervistati da De Zordo aggiungono anche il fatto che manchi un’adeguata formazione sulle nuove tecniche di aborto, come la D&E (dilatazione ed evacuazione strumentale) che all’estero viene praticata in anestesia totale dopo la diciassettesima settimana, mentre in Italia si preferisce ancora il travaglio indotto, obbligando la donna a un parto che non vuole fare. In generale, secondo De Zordo, il lavoro dei ginecologi che esercitano nell’ambito prenatale enfatizza molto il ruolo del feto e dell’embrione, che diventa quasi l’unico “paziente” a discapito della madre. Per questo motivo, molti medici si avvicinano a posizioni obiettanti. In alcuni ospedali, poi, l’obiezione è una scelta di comodo. Molti medici non obiettori si sentono stigmatizzati o esclusi da parte dei colleghi anti-abortisti. Quando questi ultimi occupano posizioni di prestigio all’interno degli ospedali, la carriera dei non obiettori può arenarsi proprio sulla pratica dell’IVG. Negli ospedali del Nord Italia, ad esempio, gli esponenti cattolici hanno un potere vastissimo: gran parte della sanità lombarda è dominata dal gruppo Comunione e Liberazione, che in alcuni casi, come la discussione sull’adozione della pillola abortiva Ru486, ha interferito con le decisioni del Pirellone, allora guidato da Roberto Formigoni, esponente di CL. All’interno di sei strutture lombarde, inoltre, è presente una sede del Movimento per la vita che sulla porta espone un’immagine di un feto con la scritta: “Mamma, ti voglio bene, non uccidermi”. Molte donne hanno raccontato di essere state indirizzate nei loro uffici dopo aver richiesto un IVG in un ospedale pubblico.

    C’è poi la questione economica. L’IVG si può praticare in ospedali pubblici, gratuitamente, sia in cliniche private. Per la sanità pubblica, l’aborto non può rientrare nelle procedure ospedaliere intra moenia, cioè nelle prestazioni di libera professione erogate nelle strutture ambulatoriali dell’ospedale. Questo legittima molti medici a dichiararsi obiettori per il SSN, ma poi eseguire l’IVG a pagamento nei propri ambulatori. Secondo i medici intervistati da De Zordo ci sarebbe una situazione fuori controllo per quanto riguarda gli “obiettori di comodo” o “falsi obiettori”, e inserire l’aborto tra le pratiche intra moenia potrebbe effettivamente incentivare molti ginecologi obiettori per motivi non religiosi (quindi quelli che rinunciano a praticare IVG per non restare indietro con la carriera) a prestare questo servizio anche nelle strutture pubbliche. A quarant’anni dalla sua approvazione, la legge 194 dovrebbe essere aggiornata. Quel testo fu l’esito di una lunghissima negoziazione con le forze cattoliche, evidente sin dal primo articolo (“Lo Stato garantisce il diritto alla procreazione cosciente e responsabile, riconosce il valore sociale della maternità e tutela la vita umana dal suo inizio”). Le cose nel nostro Paese sono molto cambiate dal 1978: calano i cattolici praticanti, mentre aumentano gli obiettori e, come denuncia LAIGA (Libera Associazione Italiana Ginecologi per l’Applicazione della legge 194/78), l’età media dei non obiettori è alta e non sta avvenendo un ricambio generazionale. Questo perché, evidentemente, l’obiezione non è dettata tanto dalla coscienza, ma da interessi di altro tipo. L’obiezione andrebbe quindi regolamentata in modo chiaro e la specializzazione in ginecologia sconsigliata a chi non vuole praticare aborti: l’Italia ha già ricevuto due sanzioni dall’Unione Europea perché, nonostante la 194 imponga la garanzia del diritto all’IVG anche in presenza di medici obiettori, questo nei fatti non viene garantito. Una soluzione potrebbe essere quella di assicurare il 50% di personale non obiettore in tutte le strutture, oppure quella più drastica, già attuata dall’ospedale San Camillo di Roma, di non assumere medici obiettori. Finché avremo questo governo, pensare di cambiare la legge è un’idea un po’ troppo ottimistica. Visto l’attuale clima reazionario, ultracattolico e nemico dei diritti, è già tanto se riusciremo ancora ad avere diritto all’interruzione di gravidanza.

    https://thevision.com/attualita/aborto-obiettore-di-coscienza

    #IVG #femmes #Italie #statistiques #objection_de_conscience #médecine #chiffres #interruption_volontaire_de_grossesse #santé #accès #accès_aux_soins #gynécologie #pharmaciens #loi #legge_194/78 #avortement #religion #hôpitaux #comunione_e_liberazione #CL #movimento_per_la_vita

  • Opinion | Where Are All Our Post-Covid Patients? - By Daniela J. Lamas
    The New York Times
    https://www.nytimes.com/2022/09/26/opinion/post-covid-care.html

    Dr. Lamas is a pulmonary and critical-care physician at Brigham and Women’s Hospital in Boston.

    At the University of California, Los Angeles, Dr. Nisha Viswanathan finds that she disproportionately sees long Covid patients in her post-Covid clinic who are well off and adept at navigating the health care system and — in a few cases — can even arrange a private jet to fly from their home to Los Angeles. If coronavirus was a disease of the vulnerable, Covid-19 follow-up has become a luxury of the well resourced. These are patients who can call the clinic repeatedly, waiting for a spot to open, who can afford to take days off work for pulmonary rehab and other appointments. “How do you provide care to the neediest individuals when you have this competing crowd?” Dr. Viswanathan asked.

    This is particularly troubling given the data from her own institution, surveying Covid patients after their hospital discharge, which found that Black and Hispanic patients had lingering symptoms such as fatigue and shortness of breath at similar rates as their white peers. While expectations of the health care system and the experience of illness are different across cultures, inequities in health care access could have an effect on whether patients seek care. The suffering is out there.

    Indeed, at the Covid-19 Recovery Clinic at Montefiore Medical Center in New York City, long Covid is not a disease of the privileged. At the clinic, in the Bronx, the population reflects the diversity of their surrounding community: About half of the patients are Hispanic, a quarter Black and about 15 percent Caucasian. Thanks to doctors who are familiar with the challenges of navigating Medicaid, these patients receive referrals to physical therapy and sub-specialists that they’re able to access.

    (...) “These patients are young and are extremely debilitated, and they are coming to me six months too late — because we don’t have the resources to follow them and schedule them, so they fall through the cracks,”

    (...) At every turn, Covid-19 has revealed the fault lines in our health care system and society. It should come as little surprise that the care delivered in the wake of this virus threatens to further entrench pre-existing disparities.

    #santé #covid #post-covid #inégalités #accès_aux_soins

    cc @supergeante

    • En France, on ne se pose même pas la question.

      On se contente de se gargariser de « valeur travail » et de fustiger les « feignants qui ne veulent pas bosser ».

      Je ne sais pas à combien d’infections en est mon voisin du dessous qui bosse dans la restauration, mais y a des nuits, c’est trop la dame aux camélias, dessous et je vous assure qu’on a plutôt une bonne insonorisation sur ce type de bruit.

      Là, pendant que j’écris, je pense qu’il donne directement du mou dans l’assiette de son chat, tout frais craché.

      Le gus bosse toujours et j’ai du mal à imaginer comment ça se passe en cuisine…

    • La semaine dernière dans la crèche d’en dessous, c’était les gamins qui toussaient. Cette semaine, ce sont les adultes. Un indep’ que je fais bosser et qui était là il y a 10 jours... il doit revenir demain. Il me dit qu’il est enrhumé depuis 2 jours. Comme l’alternant qui me disait être enrhumé, toussant, et prenant du paracétamol. Lui il est en télétravail maintenant.
      Jamais vu autant de gens enrhumés (et toussant (et prenant du paracétamol)) ces temps-ci.

  • Le syndrome de l’empilement - Icem7
    https://www.icem7.fr/pedagogie/le-syndrome-de-l-empilement

    avant

    Les graphiques en barres empilées sont notoirement peu lisibles, la presse le sait et les évite. Des alternatives plus efficaces existent. Nous les rencontrons pourtant partout dans la production institutionnelle : pas une étude statistique, pas un rapport d’activité où l’on ne subisse ces guirlandes de bâtons multicolores[1], leurs légendes extensibles et leurs inévitables aides au déchiffrage.

    Prenons deux exemples publiés la semaine dernière : à chaque fois la matière est intéressante, mais le traitement graphique la dessert.

    après…

    • attention, ces considérations sur les choix de #représentation_graphique pourrait faire oublier la #CSS, qui contrairement à la #CMU-C à laquelle elle a succédé, est devenue payante pour nombre de fauchés, une attaque réussie contre l’#accès_aux_soins. le doc de la Dress porte sur des données de 2017. on nous donne encore à voir les mythiques « classes moyennes »...

      https://www.youtube.com/watch?v=q5tZq_8UZUM

      #ACS #santé_publique #soins

    • la Cpam n’aime pas que l’on dise CSS et préfère C2S... pas trop envie de cet acronyme postmoderne bienveillant, faudrait malgré la paresse et le temps qui presse écrire #Complémentaire_solidarité_santé ? je ne sais pas

      j’ai découvert la chose alors que j’étais chômeur indemnisé : 25 euros par mois pour une complémentaire santé. puis les prélèvements ont continué alors que j’étais passé au RSA, alors même que la CSS était coupée ! (j’ai retardé des examens et soins et dû payer une part pour quelques médocs) ce que j’ai découvert... en allant en pharmacie avec une ordonnance pour laquelle je ne me suis pas fait délivrer la prescription. j’ai donc payé 4 mois alors que j’étais au RSA, puis 4 mois (100 balles) pour une CSS que je n’avais pas, puis j’ai réussi à faire rétablir la CSS et je continue à casquer.
      Après moultes démarches, le plus fun étant l’appel à la #CPAM, dont les items du site ne sont pas destinés à traiter de tels cas. Il m’aura fallut renouveler cet appels un grand nombre de fois avant d’obtenir un interlocuteur, en subissant à chaque fois de longues minutes d’attente avant de m’’entendre dire "nos services sont surchargés, merci de rappeler plus tard" , Puis un jour, on me répond sur un ton dégoulinant de bonne conscience que la situation a été "rétablie administrativement" (sic aie !). ainsi ais-je rétroactivement droit à la CCS pour les mois où je ne l’avais pas, youpi ! l’administration a fait son ménage, tout est propre, ok. et la barrière à l’accès aux soins durant 6 mois passe à la trappe. on me dit aussi que les prélèvement vont continuer puisque ils sont calculés sur l’année antérieure à l’ouverture de droits, une année ou figurent 9 mois d’un maigre chômage et 3 d’un plantureux RSA. des 526 euros de RSA, 25 sont donc mensuellement déduit. Byzance. tout ça en rencontrant bien des difficultés avec divers praticiens (dentiste, généraliste, ophtalmos) en raison de ce « statut ». les toubibs sont d’ailleurs directement incités à résister à la demande des pauvres : ils mettent parfois des mois à récupérer le fric de cette complémentaire, spécialement quand les ayant droit ne choisissent pas à ce titre la CPAM mais une mutuelle ou assurance privée, et ça engage du temps de secrétariat (au point que certains s’en abstiennent).

      #accès_aux_soins

    • être pauvre, c’est se faire carotter par les institutions sociales, suite. il fallait bien que je vérifie... on me fait payer 25€/mois de CSS alors que depuis avril je dépend du RSA, qui ouvre droit à la CSS gratuite

      Si vous percevez le revenu de solidarité active (RSA), vous avez droit, ainsi que les membres de votre foyer, à la complémentaire santé solidaire (C2S) gratuite, sans participation financière.

      https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A15651

      sorry @simplicissimus d’avoir embrayé ainsi sur les question de représentation graphique des #statistiques que tu indiquais. comme tu sais, sous les stats, il se passe des choses que celles-ci appréhendent mal ou pas du tout, sauf taff spécifique, dont se gardent bien les donneurs d’ordre dès lors que cela ne les sert pas.

  • Hospitals serving more Black patients are at a financial disadvantage, study finds - Lown Institute
    https://lowninstitute.org/hospitals-serving-more-black-patients-are-at-a-financial-disadvantage

    It’s been more than 50 years since the Civil Rights Act and the advent of Medicare disallowed #segregation at hospitals, but disturbingly, hospital systems in many major cities are still segregated by race in practice. A Lown Institute report earlier this year identified fifteen U.S. cities with racially segregated hospital markets, in which 50% or more of hospitals overserve or underserve Medicare patients from communities of color.

    […]

    Now a new study finds that some of the most inclusive hospitals for Black patients are also at a financial disadvantage, which may explain some of the differences in quality of care.

    […]

    The authors noted that differences in insurance status plays a role in financial disadvantage for Black-serving hospitals. […]

    This may be because of differences in private insurance coverage or ability to pay. White patients are disproportionately more likely than Black patients to have employer-sponsored insurance, which pays higher rates than Medicare or Medicaid. Even among patients with employer-sponsored coverage, nearly 12% report not being able to pay their medical bills; this rate rose to 21.5% for those making less than $50,000. If patients can’t afford to pay their out-of-pocket costs, that impacts hospital patient revenue.

    When hospitals serving Black communities are under financial stress, it’s difficult for them to improve quality of care. In some cases, hospitals may even have to close — such as Hahnemann University Hospital in Philadelphia and Kingsbrook Hospital in Brooklyn, NY — leaving communities with no lifeline.

    If we want everyone to have equal access to high-quality hospital care, there should be no difference in the reimbursement rates for those with public versus commercial insurance. We also have to improve the quality of hospitals taking care of communities of color. Unfortunately, many of the “pay-for-performance” models that have been implemented are further penalizing safety net hospitals financially, which may make it even harder for them to catch up.

    “Our multi-tiered health insurance system continues to assign a lower dollar value to the care of Black patients.”

    Gracie Himmelstein, MD, PhD, et al., Journal of General Internal Medicine

    The study authors calculate that each Black-serving hospitals would need to receive about $26 million more in patient revenue per year to make up the financial gap. However, simply equalizing funding may not be enough to make up for the high need for health services in communities of color. For example, a 2020 study found that Black communities had much greater Covid-19 burden and greater rates of chronic health conditions compared to other communities who received similar CARES Act funds.

    Policymakers should target America’s most inclusive hospitals for investment and assistance, so that the patients they serve can get the best care possible.

    #états-unis #assurance #santé

  • « Nous sommes des psychologues et nous ne serons jamais des vendeurs de soins psychiques »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/29/nous-sommes-des-psychologues-et-nous-ne-serons-jamais-des-vendeurs-de-soins-

    Alors que le dispositif MonPsy entrera en vigueur le 5 avril, plus de 2 000 psychologues dénoncent, dans une tribune au « Monde », la gabegie du gouvernement et expliquent pourquoi ils entendent boycotter ce protocole, qu’ils étaient pourtant nombreux à appeler de leurs vœux.

    Tribune. Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron et Olivier Véran se félicitent d’une réforme concernant le remboursement de consultations auprès d’un psychologue qu’ils présentent avec emphase comme une avancée historique pour les personnes en situation de détresse psychique.

    Que l’on ne s’y trompe pas. Beaucoup de psychologues sont favorables à un dispositif de remboursement des séances au nom d’une égalité d’accès aux soins psychiques. Et puis, ne boudons pas notre plaisir : notre métier est enfin reconnu d’utilité publique, loin des clichés sulfureux qu’il charrie encore parfois. Pour autant, le dispositif MonPsy, qui entrera en vigueur à partir du 5 avril, est inacceptable et dangereux pour nous comme pour nos futurs patients.

    L’ensemble de la profession n’a cessé de le dire, mais nos demandes et propositions sont restées lettre morte. Si bien que nous, psychologues libéraux et exerçant en institution, sommes aujourd’hui déterminés à boycotter ce protocole dont nous étions pourtant nombreux à louer les motifs initiaux.

    Le service public de la santé psychique déconsidéré
    A titre liminaire, nous rappellerons au président de la République et à son ministre des solidarités et de la santé que le libre accès au soin psychique prodigué par des psychologues existe dans son principe noble, inconditionnel et gratuit, depuis une soixantaine d’années au sein de structures hospitalières et médico-sociales publiques.

    Or ces établissements ne sont plus en capacité d’effectuer leur mission (les listes d’attente pour la prise en charge de nouveaux patients varient de plusieurs mois à quelques années) parce que les gouvernements successifs les ont laissés progressivement dépérir en limitant leurs moyens et en transformant leur esprit.

    Jamais en France le service public de la santé psychique n’a été à ce point malmené et déconsidéré : fermeture de services de psychiatrie dans la fonction publique hospitalière, exclusion systématique de notre métier dans les revalorisations salariales, maltraitance de psychologues structurellement sous-payés, usés et démissionnaires du fait de procédures les soumettant à des contraintes incessantes et dénuées de sens.

    La santé mentale n’est pas qu’une affaire de médecine

    Dans ce contexte désolant, le dispositif promu par l’exécutif à destination du secteur libéral a tout de la poudre aux yeux jetée à des fins purement électoralistes. Qu’on en juge plutôt. En premier lieu, les séances ne seront remboursées que sur adressage préalable d’un médecin. Dans notre pratique quotidienne, une orientation du médecin est parfaitement compatible avec notre exercice.

    De fait, les médecins, majoritairement non formés à la prise en charge de la souffrance psychique dans son versant psychothérapique, nous envoient régulièrement des patients pour avis et suivi dans ce qui est une collaboration confraternelle nécessaire et féconde. Mais l’adressage (qui n’est ici rien d’autre qu’une prescription déguisée) est une affaire différente : il dit ce qui est bon pour un patient et commande une exécution par un professionnel de santé.

    A ce titre, il est antagoniste à toute démarche de soin psychique, laquelle s’inscrit dans un moment – le bon moment pour un patient – et dans une rencontre : la bonne rencontre entre le patient et son thérapeute. La santé mentale n’est pas qu’une affaire de médecine et de chimie, elle est aussi une affaire d’humanité, et les sciences humaines ont toute leur place dans la prise en charge de la souffrance psychique, à côté de la science médicale et sans nul besoin de lui être inféodée.

    Une méconnaissance stupéfiante de la profession

    La préservation de l’accès libre et direct aux psychologues doit être clairement garantie. D’autre part, les remboursements seront limités à une portion congrue de la population (250 000 personnes la première année, soit 0,5 % de la population) et en fonction des troubles. En effet, seuls « les troubles d’intensité légère à modérée » seront concernés, et les patients en burn-out ou prenant un traitement antidépresseur, souffrant de troubles alimentaires ou d’une addiction, seront de facto exclus de cette prise en charge.

    Quand les personnes seront plus gravement touchées, où trouveront-elles l’aide nécessaire ? Faudra-t-il attendre qu’elles soient hospitalisées pour être accompagnées décemment, si cela est encore possible ? Le troisième danger de ce dispositif réside dans le fait qu’il ne propose le remboursement que de huit séances par an au maximum. Huit, pas une de plus ! Cela montre une méconnaissance stupéfiante de notre profession et de ce qu’est une psychothérapie.

    Certaines thérapies courtes sont tout à fait fructueuses, et ce sont de toute façon les patients qui décident in fine du nombre de séances dont ils auront besoin. Mais pour que tout ce qui est douloureux et complexe puisse se dire, pour que l’élaboration de ce qui entrave puisse advenir, nos patients ont souvent besoin de plus de huit séances.

    Vers la paupérisation de la profession

    Si le nombre de séances annuelles remboursées est limité à huit, comment allons-nous clore de manière imposée ce qui a commencé à s’ébaucher ? « Vous vous êtes livrés tout l’été ? Eh bien ! payez maintenant ! » Ou bien : « Revenez l’an prochain même si vos souffrances sont toujours aussi aiguës. » Comment maintenir un lien de confiance avec nos patients qui devront alors payer de leur poche (s’ils en ont les moyens) pour continuer leur thérapie ?

    Cette rupture dans la continuité des soins est impossible à valider sur les plans éthique et thérapeutique, et nous demandons un rehaussement significatif du nombre de séances remboursées. Quatrième problème enfin, le montant des huit séances remboursées a été fixé à trente euros, sans dépassement possible. Cette décision est lourde de conséquences parce qu’elle condamne l’ensemble de la profession à une paupérisation sans précédent.

    En temps ordinaire, le tarif d’une séance de thérapie est de soixante euros en moyenne. Ce n’est pas un montant anodin, mais c’est ce qui nous permet de recevoir sept ou huit patients par jour tout en payant nos charges, le loyer de notre cabinet, nos formations et nos supervisions.

    Impossible de suivre correctement les patients

    Par ailleurs, dans notre pratique quotidienne, nous adaptons déjà nos tarifs aux moyens de nos patients : trente euros la séance, et même parfois moins. Si nous pouvons le faire, c’est précisément parce que d’autres patients ont les moyens de payer plus. On pourrait nous rétorquer que l’afflux de patients, lié au dispositif de remboursement, permettrait de compenser la perte sèche subie par les psychologues.
    A ceci près qu’il est rigoureusement impossible de faire ce métier correctement si nous recevons les patients à la chaîne. Nous refusons de recevoir de quinze à vingt patients par jour, entre vingt et trente minutes au maximum, au risque de nous abîmer dans ce rythme et d’abîmer nos patients avec.

    La survie de la profession, et d’un soin psychique dans le respect d’une éthique professionnelle et d’une qualité d’écoute, est menacée si des psychologues ubérisés acceptent ce dispositif contraint du début à la fin. La Cour des comptes, dans son rapport qui appelle à la généralisation du dispositif de remboursement des séances de psychothérapie (« Les parcours dans l’organisation des soins de psychiatrie », février 2021), semble pourtant percevoir le caractère ubuesque de la situation lorsqu’elle énonce que « la contrainte dans les soins mine l’alliance thérapeutique, reconnue comme précieuse dans le traitement ».

    Pour préserver l’éthique et l’humanité

    L’autre ironie amère de la situation est que l’on nous dit tous les jours, en cette période de pandémie, à quel point notre travail est précieux et, pourtant, jamais nous n’avons eu le sentiment d’être autant méprisés. Victimes de la reconnaissance de notre métier, il nous faudrait désormais l’exercer au rabais. Et ce au motif que l’Etat ne se donne plus les moyens de financer les institutions publiques dont la mission est d’intervenir gratuitement pour les publics les plus fragiles.
    Notre colère n’est en rien la traduction d’un quelconque réflexe corporatiste. Par-delà ces questions brûlantes soulevées par notre profession, nous sommes aussi solidaires de tous les professionnels exerçant un métier au cœur de l’humain : soignants, enseignants, travailleurs sociaux, magistrats, etc. Comme nous, ils sont touchés mais luttent sans relâche pour préserver l’éthique et l’humanité qui fondent leurs pratiques.

    S’il y a destruction de nos métiers et perte de sens de nos missions, il se produira un désastre pour celles et ceux qui font appel à nous. Nous sommes et resterons des professionnels responsables de notre éthique et autonomes dans nos méthodes et pratiques. Nous ne sommes ni des robots ni des clones, et nous ne gérons ni des flux ni des stocks. Nous sommes des psychologues et nous ne serons jamais des vendeurs de soins psychiques.

    Là où l’exécutif s’érige aujourd’hui en gestionnaire tatillon de l’intime, nous continuerons de prendre en charge la souffrance psychique d’êtres humains dont les problématiques, parce qu’elles sont diverses, complexes et singulières, ne seront jamais réductibles à un protocole contraint et standardisé.

    Les premiers signataires de cette tribune sont : Alain Abelhauser, professeur des universités en psychopathologie clinique, ancien vice-président de l’université Rennes-II, président du Séminaire interuniversitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse (SIUEERPP) ; Solenne Albert, psychologue clinicienne ; Stefan Chedri, psychologue, psychothérapeute, psychanalyste ; Albert Ciccone, professeur de psychopathologie et psychologie clinique (université Lyon-II), psychologue, psychanalyste, membre du directoire du SIUEERPP ; Sebastien Firpi, psychologue clinicien hospitalier, psychanalyste, formateur en travail social, doctorant en psychopathologie clinique et psychanalyse, membre de l’Appel des appels ; Magali Foynard, psychologue spécialisée en neuropsychologie, psychothérapeute ; Isabelle Galland, psychologue clinicienne, présidente de l’Association des psychologues freudiens ; Nathalie Georges, membre de l’Association des psychologues freudiens, psychanalyste ; Roland Gori, professeur honoraire de psychopathologie à l’université, psychanalyste, essayiste, président de l’association Appel des appels ; Elise Marchetti, psychologue clinicienne, formatrice, chargée d’enseignements (université de Lorraine) ; Camille Mohoric-Faedi, psychologue clinicienne, M3P, #manifestepsy ; Patrick Ange Raoult, psychologue clinicien, psychologue conseil, psychothérapeute, docteur en psychologie, professeur HDR de psychopathologie, secrétaire général du SNP, directeur de publication de la revue Psychologues et Psychologies ; Catherine Reichert, psychologue clinicienne, psychothérapeute ; Claude Schauder, psychologue, psychanalyste, ancien professeur associé des universités en psychopathologie clinique, expert auprès de la Cours pénale internationale, président de l’association Lire Dolto aujourd’hui, membre de l’Appel des appels ; Ari Szwebel, psychologue clinicien, psychanalyste ; Frédéric Tordo, psychologue clinicien, docteur en psychologie clinique, M3P, #manifestepsy ; Michel Vandamme, psychologue des personnels hospitaliers, docteur en psychologie.

    #accès_aux_soins

  • Une personne sans titre de séjour sur six souffre de troubles de stress post-traumatique en France

    Les Troubles de stress post-traumatique (TSPT) sont des #troubles_psychiatriques qui surviennent après un #événement_traumatisant. Ils se traduisent par une #souffrance_morale et des complications physiques qui altèrent profondément la vie personnelle, sociale et professionnelle. Ces troubles nécessitent une #prise_en_charge spécialisée. Pour les personnes sans titre de séjour, la migration peut avoir donné lieu à des expériences traumatiques sur le #parcours_migratoire ou dans le pays d’accueil, qui peuvent s’ajouter à des traumatismes plus anciens survenus dans le pays d’origine, alors que les #conditions_de_vie sur le sol français sont susceptibles de favoriser le développement de TSPT.
    Quelle est la prévalence des troubles de stress post-traumatique au sein de cette population encore mal connue ? Comment les #conditions_de_migration et les #conditions_de_vie dans le pays d’accueil jouent-elles sur leur prévalence ? Quel est l’accès à l’Aide médicale de l’Etat (#AME) des personnes qui en souffrent ?
    54 % des personnes interrogées dans l’enquête Premiers pas, menée en 2019 à Paris et dans l’agglomération de Bordeaux auprès de personnes sans titre de séjour, déclarent avoir vécu un événement traumatique. 33 % dans leur pays d’origine, 19 % au cours de la migration, et 14 % en France. La prévalence des TSPT atteint 16 % parmi les personnes sans titre de séjour, tandis qu’elle est estimée entre 1 à 2 % en population générale en France (Vaiva et al., 2008 ; Darves-Bornoz et al., 2008). Les conditions de vie précaires en France sont associées à des prévalences plus élevées de TSPT. Parmi les personnes souffrant de TSPT éligibles à l’AME, 53 % ne sont pas couvertes, contre 48 % dans le reste de cette population.

    https://www.irdes.fr/recherche/2022/qes-266-une-personne-sans-titre-de-sejour-sur-six-souffre-de-troubles-de-stres
    #trouble_de_stress_post-traumatique (#TSPT) #statistiques #chiffres #traumatisme #sans-papiers #France #santé_mentale #psychiatrie #accès_aux_soins #précarité

    ping @isskein @karine4

  • Les pratiques d’un hôpital psychiatrique de Lens dénoncées

    Le contrôleur général des lieux de privation de liberté relève des conditions indignes et le non-respect de la loi sur les mesures de contention et d’isolement.

    L’autorité administrative chargée de contrôler les conditions de prise en charge des personnes privées de liberté dénonce de nombreux dysfonctionnements au sein d’un hôpital psychiatrique de Lens (Pas-de-Calais), le centre de santé mentale Jean-Baptiste-Pussin. Le constat dressé, dans un rapport publié le 1er mars, par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, à la suite d’une visite du 10 au 14 janvier dans l’établissement, est sans appel : « Les patients, y compris en soins libres, sont cloîtrés, souffrent de conditions d’hospitalisation médiocres, de placements à l’isolement indignes et évoquent leur insécurité. Leurs droits, aussi peu connus des patients que du personnel, sont d’autant plus rarement mis en œuvre que les juges ne se déplacent pas dans l’établissement et s’accommodent des absences répétées des patients à leurs audiences. » Déjà en 2016 et en 2019 des rapports administratifs avaient souligné des dysfonctionnements.

    Restriction d’accès aux espaces extérieurs même pour les patients en soins libres, chauffage mal réparti à tel point que certains patients déclarent dormir en bonnet… Les problèmes sont nombreux. Si les personnes hospitalisées ne peuvent prendre l’air qu’entre 13 h 30 et 16 h 30, les chambres où ils doivent séjourner le reste du temps ne permettent paradoxalement pas la garantie de leur sécurité et de leur intimité, faute de système de verrouillage. De la même façon, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté décrit des chambres d’isolement indignes sans horloge permettant de se repérer dans le temps ni dispositif d’appel à l’aide pour les patients.

    « C’est l’improvisation »

    Outre ces conditions de prise en charge, c’est surtout le non-respect du cadre juridique des mesures d’isolement et de contention qui est dénoncé. Désignées par la loi comme étant des « pratiques de dernier recours » réservées aux personnes en hospitalisation sans consentement, ces mesures font pourtant l’objet d’une application généralisée en dépit du statut, de l’âge du patient, y compris mineur, et, pire encore, des décisions et contrôles effectués par les médecins en la matière. Est ainsi évoqué l’exemple d’une personne replacée à l’isolement une heure seulement après avoir bénéficié de la levée médicale de cette mesure…

    Certains professionnels de l’établissement, désemparés, reconnaissent que la direction ne recherche guère de solution à cette restriction de liberté illégale sur de nombreux aspects. « On nous a dit parfois que ça n’était pas légal, mais on ne nous dit pas quoi faire d’autre », résume un salarié.

    Les patients ne reçoivent pas toujours les décisions les concernant

    Les soins sans consentement sont pourtant soumis à un cadre procédural strict et doivent systématiquement faire l’objet d’un contrôle par un juge. « Là encore, c’est l’improvisation », déplorent certains. Les patients ne reçoivent pas toujours les décisions les concernant. L’audience se tient hors des murs du centre, compliquant la préparation du dossier pour les professionnels de justice. Résultat, 37 % seulement des patients sont présentés au juge des libertés et de la détention chargé de juger leur maintien en hospitalisation sans consentement. Le manque d’effectivité de ces décisions de justice et le risque d’enfermement arbitraire sont également signalés par le rapport. Une décision de la cour d’appel de Douai du 19 juillet 2021 ordonnant la mainlevée d’une hospitalisation sous contrainte n’a ainsi été exécutée que vingt-trois jours après sa notification.

    S’il regrette l’existence des manquements, le ministère de la justice, destinataire du rapport, tient à rappeler que l’absence des patients à l’audience devant le juge des libertés et de la détention est multifactorielle (refus du patient, possibilité de se faire représenter par un avocat, contre-indications médicales) et que les contraintes liées au ressort du tribunal de Béthune, comptant de nombreux centres psychiatriques, justifient que le juge ne se déplace pas au sein de l’établissement. Le garde des sceaux invite toutefois les chefs de cours à effectuer un rappel des dispositions légales et à procéder à un contrôle rigoureux des établissements placés sur leur territoire.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/03/01/un-hopital-psychiatrique-de-lens-denonce-pour-ses-pratiques_6115656_3224.htm

    edit Recommandations en urgence relatives au centre de santé mentale Jean-Baptiste Pussin à Lens (Pas-de-Calais), #CGPL
    https://www.cglpl.fr/2022/recommandations-en-urgence-relatives-au-centre-de-sante-mentale-jean-baptiste-

    #psychiatrie #hôpital

    • « On est le triste reflet de l’effondrement de la psychiatrie » : dans les Flandres, un établissement de santé mentale en voie de « démantèlement »

      L’enterrement symbolique de la psychiatrie publique française est en marche. Les croix en bois plantées dans le sol de l’entrée de l’établissement public de santé mentale (EPSM) des Flandres, à Bailleul (Nord), illustrent depuis quelques mois le combat d’une partie des 1 200 agents hospitaliers contre le transfert annoncé de 70 lits de psychiatrie vers l’EPSM d’Armentières, à 15 kilomètres de là. « Bailleul va être amputée d’une partie de son histoire faute de psychiatres et d’internes en nombre suffisant, dénonce Nicolas Lefebvre, président du conseil de surveillance depuis 2015, et adjoint au maire de Bailleul. On est le triste reflet de l’effondrement de la psychiatrie publique en France. »
      Dans le Nord, comme partout en France, de Caen au Puy-en-Velay en passant par Allonnes (Sarthe), la pénurie de psychiatres est devenue telle que des établissements de santé sont contraints de fermer des lits ou de fusionner pour assurer un minimum de garanties de soins aux patients. « Même à Paris, à Sainte-Anne, ils ont du mal à recruter, explique le docteur Christian Müller, président de la Conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME) des centres hospitaliers spécialisés (CHS) en psychiatrie. La situation est particulièrement préoccupante et ce qu’il se passe à Bailleul est emblématique de la psychiatrie nationale. »

      Recrutements quasi impossibles

      A Bailleul, aux pieds des monts des Flandres, celui que les habitants appellent encore parfois « l’asile » est une institution sur le territoire. Une ville dans la ville qui a compté jusqu’à 2 000 patients. Depuis cent soixante ans, un immense parc et une partie de la trentaine de pavillons étalés sur 35 hectares accueillent les malades. Au fil des années, la situation n’a cessé de se dégrader dans ce centre hospitalier spécialisé qui assure les soins en santé mentale des habitants de la Flandre intérieure et du littoral. « Le fond du problème, c’est que nous n’avons pas de médecins et que l’on n’arrive pas à recruter », résume Valérie Bénéat-Marlier, la directrice générale des EPSM Lille-Métropole et des Flandres.

      Problème de démographie médicale, le nombre annuel de psychiatres formés a été divisé par cinq au milieu des années 1980. La crise est sans précédent, avec près de 30 % des postes de praticiens vacants en France. « A Bordeaux, par exemple, il y a une nette tendance à la demande de prolongation d’activité des plus de 65 ans pour pallier ce manque », explique Christian Müller.

      Parallèlement, la psychiatrie ne séduit plus les étudiants en médecine. Comme à Bailleul, de nombreux postes d’internes ne sont pas pourvus en France. « C’est une des spécialités les moins choisies, regrette le docteur Eric Salomé, président de la CME de l’EPSM des Flandres. Il y a un problème d’attractivité. Et pourtant, on essaie de changer la représentation du métier auprès des jeunes. » Le niveau de salaires et la détérioration des conditions de travail dans des équipes de plus en plus exsangues n’aident pas à susciter des vocations.

      « Chez nous, la baisse du nombre d’internes a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, témoigne le docteur Eric Salomé. Quand on est moins nombreux dans un service, il y a un effet boule de neige, avec un nombre de gardes qui augmente et une charge de travail qui s’accroît. » Chaque jour, ce pédopsychiatre de 61 ans reçoit deux ou trois annonces pour lui proposer de travailler moins pour un salaire plus conséquent, parfois sans aucune garde. Des propositions issues du privé mais aussi d’établissements publics. « La concurrence est désormais sur les conditions de travail et sur les finances, dit-il. Moi, je reste à l’EPSM des Flandres, car je travaille avec des équipes qui me donnent envie, parce que mon travail est plus intéressant ici qu’ailleurs et que les projets sont passionnants. »

      Fermeture d’une ligne de garde

      Mais d’autres ont préféré partir. En février, la direction de l’EPSM des Flandres a été contrainte de fermer une ligne de garde. « Notre vocation est d’assurer des soins de qualité, mais ce grave déficit médical nous oblige à modifier notre organisation », explique Valérie Bénéat-Marlier. En quelques mois, la direction a dû faire face à l’annonce du départ de trois de ses six praticiens hospitaliers. « Au 1er janvier 2022, je n’aurai plus que trois psychiatres pour deux secteurs, et encore, il y en a une qui partira en congé maternité », précise la directrice, qui a même fait appel à un chasseur de têtes pour recruter.

      Dès son arrivée, en 2017, Valérie Bénéat-Marlier a pris d’importantes décisions pour faire face au déficit de près d’un million d’euros. « Désormais, on a les moyens de recruter correctement, dit-elle. On a une situation budgétaire saine, des projets innovants, mais sauf à vouloir tuer le service public psychiatrique, il faut corriger les écarts de rémunération entre public et privé. » La directrice, comme les syndicats, réclame aussi une répartition plus juste des internes, car depuis la réforme du troisième cycle de 2017, la majorité d’entre eux sont affectés au CHU de Lille. L’Agence régionale de santé des Hauts-de-France, à Lille, reconnaît que « la baisse du nombre d’internes dans cet établissement peut s’expliquer par une modification des maquettes d’internat intervenue en 2017, avec pour conséquence d’augmenter le nombre de stages au profit des CHU. »

      En attendant, c’est devant les locaux lillois de l’ARS que syndicats (CFTC, CGT, FO, SUD, UNSA) et élus locaux manifesteront le 16 septembre pour dire « non au démantèlement de l’EPSM de Bailleul et à la relocalisation de 70 lits de psychiatrie adulte sur le site de l’EPSM d’Armentières ». « Cette délocalisation aura des impacts catastrophiques pour les patients de la Flandre intérieure, estime Laëtitia Declercq (CGT), au nom de l’intersyndicale. Ils seront pris en charge loin de leur domicile, ce qui est à l’opposé de la politique de secteur. »

      Dans un contexte sanitaire qui a durement mis à l’épreuve la santé mentale des Français, Emmanuel Macron avait annoncé en janvier la tenue d’Assises de la santé mentale et de la psychiatrie. La restitution de la consultation nationale ouverte en ligne depuis mai est prévue fin septembre. « Avec les Assises, il y aura sûrement des effets d’annonce, mais on a besoin d’une loi-cadre, de quelque chose d’ambitieux », insiste le président de la Conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME) des centres hospitaliers spécialisés (CHS) en psychiatrie.

      Depuis sa rencontre avec le ministre de la santé, le 14 juin, pendant laquelle le praticien lillois a détaillé l’épuisement des équipes médicales en psychiatrie, la situation n’a cessé de se dégrader. « La question de l’#accès_aux_soins n’est plus une réalité en France, estime Christian Müller. _Dès 2018, nous avions alerté le ministère pour dire que la psychiatrie était en état d’urgence républicaine. C’est une catastrophe annoncée. »

      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/13/l-etablissement-de-sante-mentale-de-bailleul-symbole-de-la-deliquescence-de-

      « Il faut donner à la psychiatrie les moyens ambulatoires et hospitaliers qui lui ont été soustraits lors de la fermeture de 70 000 lits »- Collectif inter-hôpitaux (CIH) https://seenthis.net/messages/905177

  • Covid-19 : la vaccination, prise entre déterminants sociaux et défiance envers les institutions

    La sociologue Nathalie Bajos n’a pas pour habitude de survendre ses travaux. Pour présenter le troisième volet de l’enquête #EpiCov (« Epidémiologie et conditions de vie ») sur les disparités sociales dans l’accès à la vaccination contre le Covid-19, réalisée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), la directrice de recherche à l’Inserm annonce la couleur : « Il n’y a pas de scoop. Les inégalités observées habituellement dans l’accès à la prévention, on les retrouve dans cette politique particulière qu’est la vaccination. »
    Nul ne sera stupéfait de lire que les catégories sociales les moins favorisées, les personnes les moins diplômées, celles aux plus bas revenus ou encore les immigrés non européens sont les moins vaccinés. Pas surprenant non plus le constat que la confiance envers le gouvernement ou vis-à-vis des scientifiques pèse lourdement dans le statut vaccinal.

    Mais l’ampleur de ces influences apparaît en revanche tout à fait étonnante, comme tout un ensemble de petits détails qui font de l’enquête rendue publique, jeudi 24 février, un tableau tout à fait saisissant.

    [...]
    Les écarts sociaux, s’ils étaient prévisibles, surprennent toutefois par leur ampleur. La différence dans la proportion de vaccinés est déjà de 10 % entre non-diplômés et bac + 5, mais elle s’amplifie encore lorsque l’on observe les catégories socioprofessionnelles, avec 64,8 % de vaccinés chez les ouvriers contre 83,1 % chez les cadres supérieurs. Et le fossé devient gouffre avec le niveau de vie : parmi les 10 % les plus pauvres, seuls 54,8 % étaient vaccinés, en juillet 2021, contre 87,6 % des personnes appartenant aux 10 % les plus riches. Plus de 30 points d’écart.

    « C’est d’autant plus spectaculaire que la vaccination est gratuite », souligne Nathalie Bajos, qui avance une explication : « Leurs conditions de vie les éloignent du contrat social. Ce sont les personnes les moins sensibles au discours préventif comme aux arguments de solidarité nationale, les deux principaux arguments avancés pour appuyer la vaccination. »

    https://justpaste.it/1tdo4

    #santé_publique #accès_aux_soins #prévention #vaccination #covid-19

  • Asile, une industrie qui dérape

    Le traitement des demandes d’asile en Suisse est devenu une véritable industrie, avec des #centres_fédéraux gérés principalement par des sociétés privées. Employés mal payés, manque cruel de formation, dérapages violents, dérives bureaucratiques, accès aux soins problématique : des témoignages et des documents d’enquêtes pénales inédits permettent de percer la boîte noire des centres fédéraux d’asile.

    https://pages.rts.ch/emissions/temps-present/12754866-asile-une-industrie-qui-derape.html

    #Budget de fonctionnement des centres : 215 millions en 2021, dont 57 mio à l’encadrement et 60 millions à la sécurité (min 53’50) :

    Dans le reportage, l’histoire de #Sezgin_Dag est racontée. Sezgin décède dans un taxi qui était en train de l’amener à l’hôpital (à partir de la minute 3’06).

    #asile #migrations #réfugiés #privatisation #business #Suisse #ORS #Protectas
    #violence #accélération_des_procédures #procédures_accélérées #accès_aux_soins #souffrance #témoignage #industrie_de_l'asile #business #SEM #Securitas #coût #dysfonctionnement #Boudry #cellule_de_réflexion #décès #morts #suicides #automutilations #traumatismes #dérapages #Gouglera #injures #violence_systématique #frontaliers #conditions_de_travail #plan_d'exploitation_hébergement (#PLEX) #fouilles #nourriture #alimentation #punitions #privations_de_sortie #mesures_disciplinaires #horaires #pénalité #formation #spray #agents_de_sécurité #salaires #centres_pour_récalcitrants #récalcitrants #Verrières #centres_spécifiques #centre_des_Verrières #disparitions #délinquance #optimisation #sécurité #prestations #société_anonyme

    –-
    Ajouté à la métaliste sur #ORS en Suisse :
    https://seenthis.net/messages/884092

  • Notre système de santé craque – Union Syndicale de la Psychiatrie
    https://www.uspsy.fr/?p=26708

    Les soins urgents et vitaux sont encore dispensés mais dans quelles conditions ?

    Les personnels des soins sont au bout du rouleau, désabusés de leur métier, broyés dans la machine.

    Au point pour certains de perdre la boussole de leur éthique professionnelle et de mettre en avant le tri à faire sur les malades qui se présentent.

    Qui en est responsable ?

    Certainement pas ces professionnels eux-mêmes, sur qui on reporte des questions qui devraient être traitées par le débat démocratique.

    Depuis des années, les gouvernements successifs ont sacrifié notre système public de santé et l’ont vendu à la découpe au privé, sans aucune pensée globale et prospective sur les besoins et défis de santé à venir.

    Des professionnels sous-payés par rapport à leurs compétences, leur qualification et leur engagement ; une absence de reconnaissance des savoir-faire ; une logique économique qui passe avant la logique des soins ; des dysfonctionnements majeurs liés à une logistique et une administration inadaptées, pourtant pléthoriques ; un empiètement de plus en plus important de techniques managériales nocives qui ne sont là que pour faire marcher des escadrons de petits soldats…

    La servitude volontaire [et stipendiées manière honteuse, ndc] des plus gradés, paramédicaux, administratifs et malheureusement parfois médicaux, soumet aveuglément l’ensemble au dogme de la productivité, de la performance, d’une prétendue efficience, de la course au chiffre, de la #concurrence entre services, établissements… Cette bureaucratie comptable, disciplinée et aveugle, dont le coût et le poids sont énormes, présente dans toutes les strates des hôpitaux, des GHT mille-feuille, des #ARS… aboutit à une maltraitance des #patients et des #soignants, détruit le soin, dégoute les soignants et les conduit à l’arrêt ou à la fuite.

    Quoi de mieux que ce lent pourrissement, cette destruction organisée pour faire fuir aussi les patients et permettre de proposer le privé lucratif comme sauveur ?

    Nous en sommes arrivés là.

    Peut-on encore parler d’erreur ou d’incompétence là où une stratégie de #non-assistance clairement affichée trouve son illustration ?

    Plus encore, c’est l’absence de vision de santé publique qui fait défaut : celle qui articulerait la #médecine_de_ville à la médecine hospitalière, restaurerait une permanence des soins, prendrait véritablement en compte les plus précaires (4 % de la population n’a pas de mutuelle et devra payer de sa poche le nouveau 1 #forfait_urgence à 19,61 € alors que les le manque de #médecins généralistes est criant). Là encore il s’agit de favoriser attente, conflit, humiliation des patients par des équipes exsangues pour les dégouter un peu plus.

    La psychiatrie en est une parfaite illustration. Alors qu’elle est démantelée depuis des années mais ô combien nécessaire par les temps difficiles que nous traversons, elle n’a eu droit qu’à quelques mesurettes en septembre dernier alors que les besoins se chiffrent en milliards.

    Aussi l’USP appelle-telle à la mobilisation pour dénoncer cette politique et pour la défense d’une évolution positive de notre système de santé vers un accès pour tous sans condition le mardi 11 janvier, à l’unisson des intersyndicales et des collectifs de la santé, ainsi qu’à la participation aux Assises citoyennes du soin psychique des 11 et 12 mars 2022 à Paris.

    40 ans de destruction de la #psychiatrie, avec des dizaines de milliers de lits supprimés, tout comme les formations « infirmiers psy », ça fait expérience sur la #santé_publique.

    si ils évoquent des besoins à hauteur de milliards pour la psychiatrie, c’est qu’il s’agit de redéfinir de fond en comble et dans la durée les prises en charge : formation de soignants, psychiatres compris, modalités de soin, non seulement dans les lieux institutionnels (et déjà là, les besoins sont énormes : si la contention et l’isolement sont davantage utilisés, ce n’est pas seulement en raison d’une idéologie sécuritaire qui infuse partout, de la misère intellectuelle et pratique des approches du soin ; c’est aussi en raison du manque de moyens attribués que ces pratiques apparaissent à certains comme les seules possibles), mais aussi en ambulatoire (des hospitalisation de jour au secteur) et en ville.

    #management #bureaucratie #accès_aux_soins

  • Pourquoi les soins psychiatriques sans consentement s’invitent dans la loi sur le passe vaccinal
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/12/30/pourquoi-les-soins-psychiatriques-sans-consentement-s-invitent-dans-la-loi-s

    Le projet de loi transformant le passe sanitaire en passe vaccinal soumis au Parlement contient une belle incongruité. L’article 3 (et dernier) de ce texte passé lundi 27 décembre en conseil des ministres porte sur les mesures d’isolement et de contention en hôpital psychiatrique, sans aucun rapport avec la gestion de la crise sanitaire. Il vient réparer en catastrophe des malfaçons en série du gouvernement au sujet des soins sans consentement en psychiatrie hospitalière. Trois censures du Conseil constitutionnel en dix-huit mois sur le même sujet sont passées par là.

    Le 19 juin 2020, saisie d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), l’institution présidée par Laurent Fabius censurait la loi de 2016 encadrant les mesures d’isolement (enfermement dans une chambre) et de contention (immobilisation médicamenteuse ou mécanique) dans les hôpitaux psychiatriques. Ces décisions, prises par les médecins pour des patients jugés dangereux pour les autres ou pour eux-mêmes, « constituent une privation de liberté » et ne peuvent pas être maintenues au-delà d’une certaine durée sans un contrôle par le juge judiciaire, gardien de la liberté individuelle, avait affirmé le Conseil constitutionnel.
    Trois censures

    Les ministères de la santé et de la justice ont donc fait voter, dans la loi du 14 décembre 2020, un nouveau dispositif permettant aux médecins de renouveler ces mesures « à titre exceptionnel » au-delà de la limite légale de quarante-huit heures pour un isolement et de vingt-quatre heures pour une contention, à la condition que le médecin informe « sans délai le juge des libertés et de la détention [JLD], qui peut se saisir d’office ». Mais patatras, nouvelle QPC, nouvelle censure, le 4 juin 2021. Selon le Conseil constitutionnel, cette information n’empêche pas de renouveler indéfiniment des mesures sans avoir la garantie d’un contrôle effectif par le juge. L’institution reporte au 31 décembre l’effet de cette censure, le temps pour le législateur d’établir un nouveau texte.

    Bon gré mal gré, l’avenue de Ségur et la place Vendôme se sont rangées à la saisine automatique du juge judiciaire à laquelle ils étaient rétifs, en raison notamment des craintes sur la capacité d’une justice déjà surchargée à faire face. L’article voté en novembre pour modifier le code de la santé publique prévoit que l’autorisation d’un juge est obligatoire pour pouvoir prolonger une mesure d’isolement au-delà de quatre jours ou une mesure de contention au-delà de trois jours. De quoi respecter enfin l’article 66 de la Constitution selon lequel « nul ne peut être arbitrairement détenu ».

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    • Mais le gouvernement a eu la mauvaise idée de glisser cet article dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2022, en dépit de l’avertissement de plusieurs parlementaires. Résultat, le 16 décembre, encore une censure ! Cette fois, le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé sur le fond, mais sur la forme, dénonçant un cavalier législatif, c’est-à-dire une disposition sans rapport avec l’objet de la loi qui l’abrite. C’est ce même article qui se retrouve aujourd’hui dans le texte sur le passe vaccinal, mais le gouvernement a pris soin de le préciser dès le titre de son projet de loi « renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et modifiant le code de la santé publique ».

      « Situation inédite de vide juridique »

      Reste une difficulté. Que va-t-il se passer dans les hôpitaux psychiatriques, et en particulier dans les unités pour malades difficiles (UMD), après le 31 décembre, date d’entrée en vigueur de la censure prononcée en juin, et le moment, d’ici à fin janvier 2022, où le nouveau texte devrait être promulgué ? « C’est une situation inédite de vide juridique, constate Paul Jean-François, psychiatre à l’hôpital Paul-Guiraud, à Villejuif (Val-de-Marne), et membre du bureau du Syndicat des psychiatres des hôpitaux. Notre responsabilité peut être engagée au pénal et au civil alors qu’il y a des situations d’urgence où nous n’avons pas le choix. Dans certains cas de crise, ne pas placer un patient à l’isolement poserait la question de la non-assistance à personne en danger. »
      D’un point de vue juridique, c’est donc l’état du droit antérieur à 2016 qui s’applique, sauf que recourir à l’isolement ou à la contention sans contrôle du juge judiciaire a été déclaré contraire à la Constitution. Des poursuites pour « séquestration » pourraient théoriquement être engagées. La Fédération française de psychiatrie recommande ainsi aux médecins de faire comme si… et de saisir le juge des libertés, conformément au dernier article censuré. Avec le risque d’interprétations divergentes par les JLD, certains pouvant tout simplement rejeter ces demandes d’autorisation sans base légale.

      Pour André Bitton, du Cercle de réflexion et de proposition d’actions sur la psychiatrie, cette impasse législative à laquelle le gouvernement a été acculé « prouve le désintérêt des responsables politiques pour ces sujets, sauf quand on est sous un angle purement sécuritaire ». La Haute Autorité de santé avait préconisé, en 2017, la création d’un observatoire national des soins sans consentement et des mesures d’isolement et de contention, afin notamment de « participer et stimuler la recherche à partir du recueil des données nationales concernant ce sujet ».

      En 2021, on en est encore à rechercher une solution logicielle pour recueillir ces données de façon fiable et uniforme. Matignon avance néanmoins des chiffres selon lesquels 121 000 placements à l’isolement et 33 000 mesures de contention ont été prescrits en 2018 pour des personnes hospitalisées sans consentement.

      LA RÉFORME DES SOINS SANS CONSENTEMENT : TOUT SAUF UN LONG FLEUVE TRANQUILLE ! RETOUR SUR LES DIX ANS D’APPLICATION DE LA LOI DU 5 JUILLET 2011
      https://www.cneh.fr/blog-jurisante/publications/psychiatrie-et-sante-mentale/la-reforme-des-soins-sans-consentement-tout-sauf-un-long-fleuve-tranquille-reto

      N’avait pas relayé l’article, ayant l’impression que la psychiatrie intéresse peu ici. C’est sur ce « secteur » que s’est expérimenté le dégraissage du mammouth hospitalier dès la première mandature socialiste des années 80. Des dizaines de milliers de lits ont été supprimés, ainsi que le diplôme d’#infirmier_psychiatrique (sous Bérégovoy, en 1992)
      Analogie qui vaut ce qu’elle vaut : tout le monde a noté que les besoins actuels en réa ont contraint à utiliser des infirmières qui n’ont pas été formées pour ça. Pas simple avec du physiologique complexe et des protocoles très technique (coopération juste à temps, machines élaborées).
      En psychiatrie, on a fait comme si la relation thérapeutique était peu de choses, ou bien une affaire de psychiatres (on rigole quand on sait de combien temps dispose les psy dans les institutions) là où au contraire elle avait fait l’objet d’attentions multiples depuis des décennies. L’un des textes initiaux de la psychothérapie institutionnelle était le Cours aux infirmiers de Saint-Alban (1943-1945) : psychologie, psychiatrie, soins à donner aux malades de François Tosquelles. Ce même Tosquelles avec quelques idées sur l’"être avec", lui qui présentait le menuisier de Saint-Alban comme le soignant le plus efficient de la clinique.

      #fous #folie #hôpital #destruction_de_la_psychiatrie #psychiatrie #lits_d'hospitalisation_supprimés #accès_aux_soins #contention #isolement #hospitalisation_sans_consentement #vide_juridique #cavalier_législatif #droit_des_patients #droits_des_malades #droits_fondamentaux

  • #Libye : preuves de #crimes_de_guerre et de #crimes_contre_l’humanité, selon des experts de l’#ONU

    Parmi les exactions dénoncées par la mission onusienne : des attaques contre des écoles ou des hôpitaux ou encore les violences subies par les migrants.

    Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis en Libye depuis 2016, a conclu une #mission d’#enquête d’experts de l’ONU après une enquête sur place, indique l’AFP ce lundi, confirmant des faits dénoncés de longue date.

    La mission souligne que « les civils ont payé un lourd tribut » aux #violences qui déchirent la Libye depuis cinq ans, notamment en raison des attaques contre des écoles ou des hôpitaux. « Les #raids_aériens ont tué des dizaines de familles. La destruction d’infrastructures de santé a eu un impact sur l’#accès_aux_soins et les #mines_antipersonnel laissées par des #mercenaires dans des zones résidentielles ont tué et blessé des civils », souligne le rapport.

    Par ailleurs, les #migrants sont soumis à toutes sortes de violences « dans les #centres_de_détention et du fait des trafiquants », en tentant de trouver un passage vers l’Europe en Libye, a dénoncé l’un des auteurs de l’enquête. « Notre enquête montre que les #agressions contre les migrants sont commises à une large échelle par des acteurs étatiques et non étatiques, avec un haut degré d’organisation et avec les encouragements de l’Etat - autant d’aspects qui laissent à penser qu’il s’agit de crimes contre l’humanité ».

    Les #prisons

    Les experts soulignent aussi la situation dramatique dans les prisons libyennes, où les détenus sont parfois torturés quotidiennement et les familles empêchées de visiter. La #détention_arbitraire dans des #prisons_secrètes et dans des conditions insupportables est utilisée par l’Etat et les #milices contre tous ceux qui sont perçus comme une menace.

    « La violence est utilisée à une telle échelle dans les prisons libyennes et à un tel degré d’organisation que cela peut aussi potentiellement constituer un crime contre l’humanité », a souligné Tracy Robinson.

    Les auteurs du rapport notent que la justice libyenne enquête également sur la plupart des cas évoqués par la mission de l’ONU, mais notent que « le processus pour punir les gens coupables de violations ou de #maltraitances est confronté à des défis importants ».

    La mission composée de trois experts, Mohamed Auajjar, Chaloka Beyani et Tracy Robinson, a rassemblé des centaines de documents, interviewé 150 personnes et menée l’enquête en Libye même, mais aussi en Tunisie et en Italie.

    Cette mission indépendante a toutefois décidé de ne pas publier « la liste des individus et groupes (aussi bien libyens qu’étrangers) qui pourraient être responsables pour les violations, les abus et les crimes commis en Libye depuis 2016 ». « Cette liste confidentielle le restera, jusqu’à ce que se fasse jour le besoin de la publier ou de la partager » avec d’autres instances pouvant demander des comptes aux responsables.

    Le rapport doit être présenté au Conseil des droits de l’homme à Genève - la plus haute instance de l’ONU dans ce domaine - le 7 octobre.

    https://www.liberation.fr/international/afrique/libye-preuves-de-crimes-de-guerre-et-de-crimes-contre-lhumanite-selon-des

    #torture #migrations #rapport

  • Que s’est-il passé dans l’esprit d’Emmanuel Abayisenga, le bénévole rwandais qui, le 18 juillet 2020, a incendié la cathédrale de Nantes [et vient de se livrer à la police après avoir tué un prêtre] ? 15/07/2021
    https://www.la-croix.com/France/tete-lincendiaire-cathedrale-Nantes-2021-07-15-1201166437

    « La Croix » a enquêté pour retracer son parcours. La violence du génocide rwandais et une succession d’échecs en France semblent avoir précipité le passage à l’acte de cet homme de 40 ans.

    La tête dans les mains, il se balance doucement sur son lit. Incarcéré à la maison d’arrêt de Nantes, Emmanuel Abayisenga reste mutique, le regard vide, comme égaré, face à ses rares visiteurs. Quelques semaines plus tôt, ce Rwandais de 40 ans a incendié la cathédrale de Nantes, suscitant une onde de colère, d’indignation et d’incompréhension. Un geste destructeur, qui, pour ce débouté du droit d’asile est venu clore un parcours de huit années en France, marquées par les désillusions.

    #paywall... #réfugié #accès_aux_soins #folie

  • « Trier entre patients possesseurs ou non d’un passe sanitaire aggrave une fracture sociale déjà bien ouverte »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/04/trier-entre-patients-possesseurs-ou-non-d-un-passe-sanitaire-aggrave-une-fra

    Dans l’attente de la décision du Conseil constitutionnel, le 5 août, un collectif de psychiatres s’alarme, dans une tribune au « Monde », du fait que les malades atteints de souffrance mentale et sans passe sanitaire puissent être bannis de soins.

    Tribune. Il fut un moment de cette pandémie où une « vague psychiatrique » avait été constatée. La souffrance mentale était alors reconnue. Avec l’obligation de présenter un passe sanitaire pour les patients ayant des soins programmés dans les hôpitaux, notamment pour les centres médico-psychologiques (CMP), les préoccupations pour les personnes souffrant de troubles mentaux semblent reléguées au second plan.

    Comment accepter que des personnes ayant besoin de soins et qui s’adressent à l’hôpital puissent être refoulées parce qu’elles n’ont pas de passe sanitaire ? Non seulement ce positionnement est déontologiquement et éthiquement inacceptable pour des soignants, mais ils pourraient en outre être accusés d’un défaut de soins.
    Alors que les droits des patients en psychiatrie font l’objet d’une attention soutenue autour de l’isolement et de la contention, avec le passe sanitaire deux principes constitutionnels sont honteusement bafoués : la liberté d’aller et venir à l’hôpital et la protection de la santé en désirant se faire soigner.

    #paywall

    • L’obligation de présenter le passe sanitaire pour les soins programmés amène plusieurs réflexions :

      Déontologie et éthique

      – Le refus d’accès à des soins sans présentation d’un passe sanitaire par les patients consultant en psychiatrie est rejeté par la majorité des psychiatres et des soignants pour des raisons déontologiques et éthiques, d’autant que le besoin en santé mentale et les troubles mentaux se sont accentués avec la pandémie, notamment chez les jeunes.

      Accepter la demande de soin répond à l’obligation déontologique de soigner de la part des professionnels de santé, mais permet aussi un accompagnement pédagogique pour prodiguer une information claire et adaptée afin d’apaiser les angoisses sur la vaccination, d’autant plus quand le dialogue bénéficie de la confiance qui existe entre un patient et son médecin ou ses infirmiers et facilite grandement l’adhésion à la vaccination ;

      – La demande de soin des patients sans passe sanitaire ne peut qu’être acceptée compte tenu de leur vulnérabilité, tout en poursuivant tous les gestes barrières et l’éducation à la santé bien rôdés depuis le début de la pandémie ;

      – Certains patients psychiatriques, et notamment au vu de leurs troubles cognitifs, peuvent être démunis pour accéder à la vaccination ou présenter un passe sanitaire, que ce soit sous format papier ou numérique. Tous n’ont pas ou ne savent pas se servir d’un smartphone où peuvent tout simplement oublier de le porter sur eux pour se rendre à la consultation. Faut-il rappeler aux autorités que la fracture numérique existe et que l’accès aux soins n’est pas égalitaire parmi la population ?

      Enfants et les adolescents fragilisés

      – « Trier » entre patients possesseurs ou non d’un passe sanitaire aggrave une fracture sociale déjà bien ouverte. Ce tri risque de créer une opposition entre soignants obligés de se vacciner et détenteurs d’un passe sanitaire, et patients n’ayant pas de passe sanitaire qui se verront rejeter par des soignants exaspérés et en tension professionnelle depuis un an et demi ;

      – Les enfants et les adolescents ayant été particulièrement fragilisés depuis le début de la crise sanitaire, les pédopsychiatres doivent continuer à recevoir les familles de leurs patients, qu’ils aient ou non en leur possession un passe sanitaire, cela est absolument essentiel aux soins des personnes mineures ;

      – Les soins aux personnes détenues présentant des troubles psychiatriques et somatiques dans les unités sanitaires en milieu pénitentiaire devraient-ils se limiter à celles qui peuvent présenter un passe sanitaire ? Et quelle est la lisibilité de la campagne de vaccination dans les prisons ?

      – Les tensions entre soignants peuvent aussi apparaître en opposant ceux qui exigent le passe sanitaire et ceux qui s’en « passent », sans oublier les positionnements des directions qui auront à gérer ces tensions qui pourraient dégénérer en conflits sociaux.

      – Cette obligation peut conduire à de nouveaux retards dans les prises en charge avec les conséquences délétères que l’on connaît.

      Plutôt qu’éloigner des patients des services de soin, il serait plus adapté, et fortement nécessaire, de favoriser les accompagnements vers les lieux de vaccination pour les patients les plus démunis sur le plan psychologique. Il faut espérer que l’avis du Conseil constitutionnel attendu pour le 5 août contribuera à l’adoption de mesures nécessaires, adaptées et proportionnées.

      Liste des signataires : Blandine Barut, présidente de l’Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP) ; Marie-Josée Cortes, présidente du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) ; Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie (Fnapsy) ; Claude Gernez, président de la Fédération française de psychiatrie (Fédépsychiatrie) ; Delphine Glachant, présidente de l’Union syndicale de la psychiatrie (USP) ; Pascal Mariotti, président de l’Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm) ; Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) ; Norbert Skurnik, président par intérim de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp) ; Michel Triantafyllou, président du Syndicat des psychiatres d’exercice public (SPEP).

      #passe_sanitaire #accès_aux_soins #psychiatrie

  • #Belgique : Les conséquences de la privatisation dans le centre d’accueil de demandeur·ses d’asile de #Jalhay (Spa)

    Article du collectif Migrations Libres : « Centre d’accueil de Jalhay : quand les demandeur·ses d’asile paient le prix de la #privatisation » (https://migrationslibres.be/svasta)

    - En octobre 2020, la gestion du centre d’accueil de Jalhay (Spa) est passée de la #Croix-Rouge à la coopérative Svasta.
    - Ce changement a entraîné une importante diminution du personnel et des dysfonctionnements graves : limitation de l’#accès_aux_soins, exploitation des résident·es au profit du gestionnaire privé, logements insalubres, #menaces, #intimidations et #chantage de la part de la direction sur les résident·es.
    - Enregistrée comme coopérative à finalité sociale, #Svasta est administrée par le groupe hôtelier de luxe #Corsendonk et gère les centres sur les sites de ce dernier.
    - Le cas du centre d’accueil de Jalhay illustre les nombreuses questions que pose la tendance à la privatisation des centres d’accueil en Belgique. Nous tentons de mettre en lumière les conditions plus structurelles (réglementations minimales, financement) qui autorisent malheureusement de nombreux dysfonctionnements.

    Article consultable ici et communiqué de presse en pièce jointe
    https://migrationslibres.be/svasta

    #asile #migrations #réfugiés #centres_pour_demandeurs_d'asile #hébergement #logement

    Reçu via la mailing-list Migreurop, le 19.04.2021

    –-
    ajouté à la métaliste #tourisme / #migrations :
    https://seenthis.net/messages/770799

    ping @isskein

  • « La réforme de l’aide médicale d’Etat est une triple faute morale, économique et sanitaire »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/16/la-reforme-de-l-aide-medicale-d-etat-est-une-triple-faute-morale-economique-

    Créée en 1999 pour prendre en charge la santé des personnes en situation irrégulière, l’AME est réduite drastiquement par la réforme dont le second volet entre en vigueur, dénonce dans une tribune au « Monde » un collectif de plus de 500 professionnels de santé

    Le 30 octobre 2020, jour même du reconfinement, était signé le décret entérinant la réforme de l’aide médicale d’Etat (AME). Symboliquement, le jour où le gouvernement prenait des mesures fortes pour garantir la santé du plus grand nombre, il actait une dégradation significative de la santé des plus précaires.

    Adoptée comme un gage donné à la frange la plus xénophobe de notre société, cette décision entre en contradiction avec des décennies de travail social et sanitaire, avec la logique économique et financière la plus élémentaire avec le principe républicain d’égalité à l’accès aux soins. Il est donc urgent de ne pas appliquer cette décision.

    Mise en place en 1999, l’aide médicale d’Etat permet de prendre en charge la santé de toute personne en situation irrégulière sur le sol français, dans des conditions quasi-équivalentes à celles de la protection universelle maladie (anciennement CMU). Elle assure, d’une part, le respect des conventions humanitaires européennes et internationales qui consacrent le droit universel à la vie et à la santé. Elle vise, d’autre part, à préserver la santé de la population, notamment en luttant contre la propagation des maladies infectieuses.

    Un engagement financier

    Enfin, l’AME a également un sens d’un point de vue strictement financier : assurer l’accès aux soins primaires, c’est limiter autant que possible les complications, qui pourraient entraîner des besoins de soins plus lourds – et plus coûteux. Pourtant, depuis vingt ans, l’AME est devenue le milliard le plus scruté parmi les dépenses publiques, tant elle a fait l’objet de fantasmes de la part d’une partie de la classe politique et des médias.

    En juin 2019, le gouvernement s’est clairement inscrit dans cette tendance en commandant un rapport visant à identifier des pistes de « maîtrise » de la « dépense » d’AME. Alors en plein débat sur l’immigration, l’agitation autour du « tourisme médical » a été largement alimentée par la majorité présidentielle, mettant en avant des supposés « abus » ou « dévoiements ».

    Alors même que le rapport commandé par le gouvernement alertait sur les risques d’une réduction du panier de soins accessible aux bénéficiaires de l’AME, le gouvernement en a pourtant fait le premier volet de sa « réforme ». Depuis le 1er janvier 2021, un délai de neuf mois est désormais nécessaire entre le dépôt de la demande d’AME et l’accès à certaines opérations ou soins de ville considérés comme « secondaires » (opérations de la cataracte, de la hanche, certaines rééducations, etc.).

    Un soutien pour les populations les plus précaires

    Cette restriction ouvre une brèche majeure dans le principe d’universalité de l’accès aux soins : quelle sera la prochaine ? En matière de santé, où commence le secondaire, où s’arrête l’essentiel ? Il convient pourtant de le rappeler avec force : le problème avec l’AME n’est pas les supposées « dérives » dont se rendraient « coupables » les bénéficiaires, mais au contraire, le non-recours massif aux droits qui sont les leurs. En 2019, près de 50 % des personnes sans titre de séjour ne bénéficiaient d’aucune couverture santé, y compris lorsqu’elles déclaraient souffrir de pathologies nécessitant des soins (diabète, VIH, tuberculose, etc.).

    Or, c’est justement cet éloignement des droits et des soins qu’aggravera mécaniquement le second volet de cette réforme. A partir du 17 février prochain, les demandeurs de l’AME ne pourront plus déposer leur dossier auprès de leur commune, des services sociaux départementaux ou d’une association, mais devront nécessairement passer par l’Assurance-maladie, par un hôpital ou par une permanence d’accès aux soins.

    C’est oublier que les services hospitaliers sont d’ores et déjà débordés. C’est oublier que l’Assurance-maladie diminue d’année en année ses effectifs et a encore réduit ses capacités d’accueil pendant la pandémie. C’est surtout oublier que des décennies de travail social ont appris aux associations et services sociaux l’importance d’« aller vers » les populations les plus précaires, dont on sait qu’elles sont à la fois les moins bien soignées et les dernières à avoir recours à leurs droits.

    Une réforme dangereuse

    En réduisant l’accès à l’AME, on ne réduit pas seulement l’accès aux droits des sans-papiers : on renforce les discriminations dont ils sont victimes dans l’accès aux soins. On fragilisera tout autant les nombreux établissements et professionnels de santé qui prennent en charge ces populations et continueront à le faire, comme l’exigent le droit et la déontologie : s’ils ne sont plus financés par la collectivité, ils devront demain assumer eux-mêmes le coût de ces soins.
    Dans le contexte actuel, cette réforme apparaît d’une hypocrisie, d’une déconnexion et d’un cynisme violents. A l’heure où chaque contamination au Covid-19 aggrave l’épidémie en cours, et où chaque lit de réanimation occupé accroît la pression sur nos hôpitaux, il est pourtant plus que jamais évident que la santé est un bien commun, et que l’accès aux soins de toutes et tous est la meilleure protection pour chacun.

    Cette tribune est un cri d’alerte : la réforme de l’AME engagée par le gouvernement, et qui doit trouver à s’appliquer dans les prochains jours, est dangereuse. Si les populations les plus précaires et les professionnels qui les accompagnent seront les premiers à en subir les conséquences, elle comporte des risques directs pour l’ensemble de notre société. Parce qu’elle conjugue déni de nos principes universels, absurdité financière et risque d’aggravation de l’épidémie en cours, elle constitue une triple faute morale, économique et sanitaire. Elle doit être retirée dans les plus brefs délais.

    Les premiers signataires : Arnaud Bontemps, collectif Nos services publics ; Paul Chalvin, directeur délégué de l’hôpital de Montreuil ; Oriane Delivré, directrice d’hôpital, Seine-Saint-Denis ; Fabrice Giraux, médecin généraliste, président de l’intercentres de santé 93 ; Emilie Henry, directrice du centre de santé communautaire du Franc Moisin à Saint-Denis ; Yasmina Kettal, infirmière en Seine-Saint-Denis, membre du collectif inter-urgences ; François Lhote, chef du service médecine interne, président de la CME de l’hôpital de Saint-Denis ; Yohan Saynac, médecin généraliste en MSP à Pantin

    La liste complète des signataires de cette tribune
    https://docs.google.com/spreadsheets/d/1TU5tjM_ZVfg9ZCmMTK-x4QxJxvi9PBabNuS_clGf8Qs/edit#gid=0

    https://seenthis.net/messages/888511

    #AME #santé_publique #accès_aux_soins #étrangers #xénophobie_d'État

  • Blouses blanches et panthères noires, entretien avec Alondra Nelson
    https://vacarme.org/article2293.html

    Sur un aspect méconnu de l’activisme des Black Panthers à partir de la fin des années 1960 : leur combat pour l’accès aux soins et l’ouverture de cliniques communautaires dans les quartiers noirs. Dans ces lieux, les soins étaient dispensés par des médecins et des infirmières ralliés à la cause mais également par les militants eux-mêmes qui s’étaient emparés des savoir-faire médicaux. (Janvier 2021 : Alondra Nelson vient d’être nommée dans l’administration Joe Biden.) Source : Vacarme, 2013

  • De l’usage des #campements dans les #politiques_migratoires

    La litanie des #expulsions de migrants se poursuit, après Paris place de la République fin novembre, les associations alertent sur l’accélération du phénomène à #Calais au cours du mois écoulé. Alors que l’expérience longue pourrait informer de nouvelles pratiques, pourquoi ce recours systématique à l’expulsion perdure-t-il ? Parce que les campements sont un répertoire des politiques migratoires, et non la conséquence d’un trop plein auquel nos capacités d’accueil ne pourraient plus faire face.

    **

    Lundi 23 novembre 2020, vers 19h, plusieurs centaines de personnes exilées issues du campement de St-Denis n’ayant pu bénéficier de “la #mise_à_l’abri” organisée par la préfecture de Paris la semaine précédente, accompagnées d’associations de soutien, d’avocats, d’élus et de journalistes, déploient 200 tentes sur la #place_de_la_République. Malgré la résistance des exilés et de leurs soutiens, la place sera évacuée le soir même. La police pourchassera jusque tard dans la nuit et en dehors de #Paris celles et ceux qui n’ont plus où aller. La #violence déployée fera l’objet de nombreuses images sur les réseaux sociaux.

    Cette opération est loin d’être inhabituelle, contrairement à ce que laisse penser la médiatisation inédite à laquelle elle a donné lieu et qui s’explique par une conjonction de facteurs : le lieu de la scène (le centre de Paris), le moment (montée des critiques sur les violences policières et adoption d’une loi interdisant de les filmer), les acteurs (des journalistes et des élus violentés et non plus seulement des exilés et leurs soutiens). Depuis le 2 juin 2015 et l’évacuation d’un campement dans Paris (sous le métro la Chapelle), on dénombre soixante-six opérations de ce type dans la capitale et sa petite couronne (une moyenne d’un par mois). Dans le Calaisis, elles relèvent de la routine.

    Les évacuations de campement sont ainsi devenues courantes, relayées par des articles de presse qui se suivent et se ressemblent, préférant souvent à l’analyse un alignement de faits bruts immédiats, peu éloignés des communiqués de la préfecture de police. Que révèle donc la litanie dans laquelle s’inscrit cet énième épisode ? Que cristallise-t-il comme phénomènes ?

    Pour le comprendre, nous proposons de revenir sur la manière dont sont fabriqués ces campements et mises en scène ces évacuations en faisant l’effort d’inverser le regard, de le diriger vers les coulisses que la lumière des projecteurs laisse dans l’ombre.

    La fabrique des campements

    À première vue, le campement apparaît comme le signe d’un #trop_plein, preuve que les étrangers seraient trop nombreux et que nous aurions atteint les limites de nos #capacités_d’accueil, d’un point de vue économique comme social. Les campements sont en réalité davantage fabriqués par les choix de politiques migratoires de l’État, que par une submersion par le nombre.

    Ceux qui survivent dans les campements du Nord de Paris sont majoritairement en demande d’asile, certains attendent une réponse, d’autres de pouvoir simplement déposer une demande, une minorité a été déboutée. Ils sont majoritairement Afghans et Soudanais, mais aussi Ethiopiens et Erythréens et dans une moindre mesure Guinéens et Ivoiriens. Pas de Chinois, de Sri-Lankais, de Maliens… qui sont accueillis – bien ou mal – par des compatriotes installés de longue date. Pas non plus de Syriens – qui sont peu venus en France.

    Les campements sont le résultat de #politiques_publiques qui ont précarisé les demandeurs d’asile au lieu de les laisser doucement s’intégrer au tissu économique et social de notre pays. Car en vertu d’une loi adoptée en 1991, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler. En contrepartie, ils sont censés bénéficier d’un #hébergement, d’une #allocation et de l’#accès_aux_soins. En leur interdisant l’accès au marché de l’emploi, on les assigne à une #dépendance, qui leur est ensuite reprochée. Et qui s’est transformée en #précarité extrême – jusqu’à la rue pour certains – à mesure que les réformes successives ont introduit de nombreuses conditions pour accéder et se maintenir dans le #dispositif_d’aide. Des aides par ailleurs attribuées dans la pratique de manière toujours plus tardive, incomplète et fréquemment suspendues sous divers motifs, ou simplement par erreur.

    Les campements sont également fabriqués par le #choix_politique de sous-dimensionner de manière structurelle le #dispositif_d’hébergement dédié aux demandeurs d’asile. Ce choix, car il s’agit bien d’un choix et non d’une fatalité, est spécifiquement français. On ne trouve en effet aucun campement dans les rues des pays européens comparables à la France. Les seuls pays confrontés à ce phénomène sont ceux qui, situés aux portes de l’Europe, conjuguent arrivées massives et contexte économique dégradé, tels la Grèce, la Bulgarie ou l’Italie.

    Au plus fort des mouvements migratoires vers l’Europe en 2015, la France ne recensait que 79 000 demandeurs d’asile (soit 0,1% de sa population) là où l’Allemagne en comptabilisait un million, mais aucun camp de rue. L’#Allemagne a en effet choisi d’ouvrir des #hébergements, réquisitionner des centaines de gymnases et même un ancien aéroport, plutôt que de laisser les exilés dehors. En France, c’est la théorie de l’#appel_d’air, selon laquelle des conditions favorables risqueraient d’attirer les migrants et des conditions défavorables de les dissuader de venir, qui explique le choix de privilégier une politique basée sur l’#insuffisance_structurelle.

    À la fois issu de dynamiques spontanées (des personnes à la rue qui se regroupent pour passer la nuit) et organisées (des soutiens qui apportent nourritures, tentes et vêtements puis qui exigent des pouvoirs publics l’installation de points d’eau et de WC), les campements apparaissent et s’étendent jusqu’au jour où, jugés trop gros et/ou trop visibles, les autorités décident d’une opération d’évacuation. Ces évacuations laissent cependant toujours dans leur sillage les germes du prochain campement.

    Car si une partie des personnes est effectivement mise à l’abri dans des #hôtels pour entrer dans le #dispositif_national_d’accueil, d’autres sont placées dans des #gymnases avant d’être remises à la rue une ou deux semaines plus tard. Un dernier groupe est systématiquement laissé sur le trottoir sans aucune solution, pas même celle de retourner au campement puisque celui-ci a été détruit pour des raisons sanitaires.

    Un sondage organisé par des associations en 2020 a montré qu’une évacuation laisse en moyenne un quart des personnes sans solution le jour même et que près de la moitié de ceux qui sont mis à l’abri se retrouvent à la rue le mois suivant. Les deux-tiers des personnes évacuées l’auraient ainsi déjà été plusieurs fois.

    Rien d’étonnant donc à ce que les campements succèdent aux opérations de mise à l’abri, et inversement. Cela n’empêche pas la préfecture d’annoncer à chaque évacuation, que cette fois c’est la dernière.

    Une question se pose alors. À la soixante-sixième évacuation, alors que l’expérience longue pourrait informer de nouvelles pratiques, pourquoi rien ne change ?

    Est-ce de l’impuissance ? De l’impréparation ? Et si le campement et l’évacuation constituaient des répertoires de l’#action_publique, plutôt que les manifestations d’un phénomène qui la dépassent ? Ils serviraient alors à cadrer le débat en mettant en scène et en image l’immigration comme un problème, un « trop-plein », justifiant selon la théorie – jamais démontrée – de l’appel d’air, une politique de fermeté.

    Le campement : invisible mais pas trop

    Le campement doit pouvoir servir d’illustration sans cependant prendre trop d’ampleur. D’où une gestion subtile par l’État de la visibilité des campements qui nécessite de naviguer habilement entre la #mise_en_scène du débordement et la maîtrise du #désordre.

    Les campements existent de longue date en France (campements Rroms, campements du Calaisis depuis la fin des années 1990) ainsi que les regroupements informels (à Paris, gare de l’Est au début des années 2000, puis à Austerlitz en 2014) mais ne surgissent dans l’espace médiatique qu’à partir de l’été 2015. Leurs images, relayées par les médias et les réseaux sociaux, entrent en résonance avec les messages, différents selon les publics, que les autorités souhaitent faire passer sur l’immigration.

    Aux citoyens français, on montre l’immigration comme problème en mettant en #spectacle des migrants non seulement trop nombreux mais aussi affamés, sales, malades qui suscitent dès lors un mélange d’#empathie, de #dégoût et de #crainte. La persistance des campements malgré les évacuations fait apparaître l’immigration comme un puits sans fond en donnant l’impression qu’on écume, mais que l’inondation est trop importante.

    Aux migrants, c’est le message du #non-accueil (« il n’y a pas de place pour vous ») qu’on espère faire passer par ces images dans l’objectif de faire fuir ceux qui sont déjà là et décourager ceux qui pourraient vouloir venir.

    Mais les campements ne doivent pas non plus être trop visibles car ils peuvent susciter une #solidarité susceptible de se mettre en travers des politiques migratoires restrictives. Pour peu qu’ils soient au cœur des villes, ils peuvent devenir lieux de rencontre, d’apprentissages, d’engagement et de mobilisation. La quasi-totalité des #collectifs_solidaires est ainsi née dans les campements. Leur recrutement dans les milieux non militants et leur mode de fonctionnement agile et horizontal ont largement renouvelé et même bousculé le champ du soutien aux étrangers.

    Les campements, lieux où personne a priori ne souhaite se retrouver, sont ainsi devenus, dans un renversement, un objectif, un moyen d’obtenir quelque chose pour les exilés et leur soutien. Car, paradoxalement, alors que les évacuations avaient pour objectif affiché de faire disparaître les campements, elles ont abouti à en faire une modalité d’accès à l’hébergement, bien souvent la seule.

    « Faire tenir » un campement est devenu dès lors stratégique pour les personnes exilées et les militants. Il constitue non seulement une solution immédiate bien que précaire mais il permet aussi de rendre visible la situation des exilés et susciter par là une solution plus pérenne. Ce n’est dès lors plus seulement le campement mais aussi sa visibilité qui est devenue une ressource, pour les exilés et leurs soutiens. Et c’est bien en retour la lutte contre cette visibilité qui est devenue un enjeu pour les pouvoirs publics.

    D’où l’ambivalence du traitement étatique à l’égard des campements : les laisser se former tant qu’ils restent de petite taille et peu visibles, les évacuer mais jamais complètement ; les tolérer mais pas n’importe où. Surtout pas au centre, à Paris : depuis 2016, la politique de la préfecture de police de la capitale, appuyée en cela par la Mairie, consiste à repousser les campements à la périphérie puis à l’extérieur de la ville. Les consignes des policiers auprès des personnes exilées sont sans ambiguïté : pour espérer poser sa couverture quelque part, il faut partir en dehors de Paris.

    Le campement revient néanmoins sous les feu des projecteurs au moment de l’évacuation organisée comme un spectacle.

    L’évacuation : le spectacle… et ensuite

    L’évacuation est autant une opération de #maintien_de_l’ordre que de #communication. C’est le moment où l’État met en scène sa #responsabilité et sa #fermeté. Son #humanité aussi. Il doit laisser voir un subtil mélange de deux facettes : non, il n’est pas laxiste en matière d’immigration mais oui, il respecte les valeurs républicaines et humanistes. Il doit aussi faire croire aux habitants du campement, comme aux médias, que tout le monde va être mis à l’abri… tout en ayant prévu un nombre de places insuffisant.

    D’où les deux moments de l’évacuation : celui visible du spectacle sur une scène centrale sous les projecteurs, en présence de nombreux acteurs ; puis quand ces derniers sont partis, la suite en coulisses, où la violence peut se déployer à l’abri des regards.

    Après 66 évacuations parisiennes, il est possible d’identifier un #rituel respecté à la lettre. Les mêmes gestes sont répétés avec précision et minutie, sans presque aucune variation.

    D’abord la date : un vrai-faux mystère est savamment entretenu autour du jour de l’évacuation. Certains acteurs, les structures d’hébergement mais aussi les journalistes, doivent être au courant. D’autres, les associations et les personnes exilées, doivent être tenus dans l’ignorance pour limiter les risques d’installations de dernière minute sur le campement. Les collectifs solidaires seront néanmoins les premiers sur place au petit matin pour distribuer boissons chaudes et informations, tenter de récupérer du matériel et surveiller les comportements des policiers.

    Les opérations proprement dites débutent à 5h du matin par l’encerclement du campement par des policiers lourdement équipés ; le préfet arrive, il ouvre la conférence de presse à laquelle assistent les journalistes, les élus et l’opérateur France Terre d’Asile. Il déclare qu’il convient de lutter contre les « #points_de_fixation » que constituent les campements parce qu’ils sont dangereux « pour les riverains comme pour les migrants », il annonce que suffisamment de places ont été mobilisées pour que tout le monde soit hébergé, que c’est la dernière évacuation et que le campement ne se reformera pas. Les journalistes relaient le nombre de places rendues disponibles et interviewent un exilé et un soutien.

    Les exilés montent dans les bus après avoir été fouillés un par un, pendant que leurs tentes, sacs de couchage et autres affaires sont détruites. Les soutiens profitent de la fenêtre d’attention médiatique pour déployer une banderole destinée à être photographiée et relayée sur les réseaux sociaux.

    Alors que les journalistes et les élus sont partis depuis longtemps, on « s’apercevra » qu’il n’y a pas assez de place. Commence alors la seconde partie de l’évacuation. La mise à l’abri prend un sens différent : il s’agit de mettre à l’abri des regards ceux qui demeurent à la rue. Les policiers laissés seuls face à cette pénurie organisée, ayant ordre de faire disparaître « le campement », piochent alors dans leur répertoire : violence verbale et physique, coups de matraque, coups de pied, gaz lacrymo… pour chasser les personnes vers un ailleurs indéfini. Ce que les exilés et les soutiens encore présents s’efforceront de rendre visible par des photos et films sur les réseaux sociaux.

    *

    Comme les « faux mineurs isolés » et les « étrangers qui abusent » (des allocations, du système de soin et d’asile), les campements et leur évacuation sont une figure centrale du #récit_médiatique sur le phénomène migratoire. Pourtant, ils n’en représentent qu’une toute petite partie et nous en disent moins sur ce dernier que sur nos choix politiques. Ce récit sert tout autant à raconter une histoire qu’à en taire une autre.

    Les campements et les évacuations racontent l’immigration comme #problème et les étrangers comme trop nombreux et trop coûteux pour pouvoir être bien accueillis. L’horizon des politiques migratoires est dès lors restreint à une seule question : comment réduire le nombre des arrivées et éviter les « appels d’airs » ? Ainsi racontée, l’histoire interdit de prendre le recul nécessaire à une compréhension fine du phénomène migratoire. Elle dirige toutes les ressources vers le #non_accueil, le #contrôle et la #répression et les détourne de l’investissement dans l’accueil, la formation, l’insertion et tous les autres outils permettant aux étrangers de construire leur place dans notre société.

    Ce #récit laisse dans l’ombre l’histoire d’un #État qui condamne à la misère les nouveaux arrivants en les privant du droit de travailler, substitué par un système d’accueil structurellement sous-dimensionné et de moins en moins accessible. Il permet enfin de continuer à ignorer les recherches qui depuis maintenant plus de 30 ans démontrent de manière presque unanime que l’immigration est très loin de constituer un problème, économique, social ou démographique.

    Les campements sont un répertoire des politiques migratoires et non la conséquence d’un #trop_plein. Ils perdurent jusqu’à ce jour car ils sont non seulement le résultat mais aussi une justification des politiques migratoires restrictives. À rebours du campement et des impasses qui nous tiennent aujourd’hui lieu de politique, les recherches et les pratiques de terrain, vivifiées par l’émergence en 2015 d’un mouvement solidaire inédit, inventent des #alternatives et dessinent des perspectives où l’immigration n’est ni un problème ni une solution, mais bien ce qu’on en fait.

    https://aoc.media/analyse/2021/01/05/de-lusage-des-campements-dans-les-politiques-migratoires
    #campement #migrations #asile #réfugiés #Karen_Akoka #Aubépine_Dahan #précarisation #visibilité #in/visibilité #vide #plein #droit_au_travail #travail #SDF #sans-abris #sans-abrisme #destruction #ressources_pédagogiques

    ping @isskein @karine4

  • Enquête sur les malades du Covid morts faute de prise en charge - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/010121/enquete-sur-les-malades-du-covid-morts-faute-de-prise-en-charge ?

    Les hôpitaux français n’ont pas été en mesure d’accueillir tous les malades graves du Covid-19. La consigne étant de maintenir autant que possible les malades chez eux, certains sont morts faute de prise en charge. Combien ? Face au silence statistique, Mediapart a enquêté et eu accès à des retranscriptions qui montrent que le Samu a opéré un tri drastique. Au nom de familles de victimes, une plainte a été déposée pour « délaissement ayant provoqué la mort ».

    • Manque de place dans les hôpitaux, manque de temps pour comprendre la gravité des situations, obligation de prioriser les malades : Mediapart a eu accès à des échanges entre des malades du Covid-19 et le Samu qui révèlent d’importants dysfonctionnements, avec des conséquences dramatiques.

      Les familles des victimes décédées en dehors de l’hôpital ont bien souvent l’impression d’avoir été abandonnées, et un certain nombre veulent à présent obtenir une forme de réparation devant la justice. Elles veulent aussi alerter sur une situation qui perdure à certains égards, faute d’avoir été précisément diagnostiquée.

      Le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Christophe Prudhomme, le reconnaît d’ailleurs lui-même : aujourd’hui encore, « nous manquons toujours de personnel et de lits, et certains patients dans un état grave ne sont pas pris en charge faute de moyens. Au lieu d’alerter, les instances dirigeantes du Samu, claniques, vont davantage dans le sens du gouvernement que dans la défense des patients ».

      Placé en première ligne pour réguler les urgences lors des deux vagues de l’épidémie de Covid-19, à la fois débordé, comme nous l’avions révélé dans le premier volet de notre enquête (à lire ici), et obéissant aux directives du gouvernement de ne pas saturer les hôpitaux, le Samu a en effet laissé mourir des patients en les maintenant à domicile ou dans les Ehpad.

      Parmi les témoignages recueillis, Mediapart a choisi de détailler les histoires de trois victimes et de relater les questionnements qu’elles suscitent.

      « On suit les indications de plus haut »

      Christian, 68 ans, a été renvoyé vers des médecins traitants absents à défaut d’être hospitalisé. Il habitait à une dizaine de kilomètres de Creil (Oise), là où se situe la base militaire qui fut l’un des premiers clusters du coronavirus.

      « Après plusieurs appels au Samu, mon père a dû se rendre lui-même à l’hôpital mais c’était trop tard, raconte aujourd’hui Julie, la fille de Christian. Vu la gravité de son état de santé, il a été isolé en unité Covid et rapidement transféré en réanimation. Je n’ai pas pu lui dire au revoir. Ça a été très violent, nous explique-t-elle. Le Samu l’a délaissé, le Samu l’a méprisé. Ils ont fait ni plus ni moins que de participer à la politique d’abandon du gouvernement. »

      Le 3 mars et le 4 mars, face à l’état de santé de Christian, qui présente des signes de contamination au Covid, son épouse appelle à deux reprises le Samu. Il a d’autres maladies qui le rendent fragile face au virus : de l’hypertension, des antécédents de phlébite.

      Deux jours plus tard, le 6 mars, souffrant toujours de courbatures, de douleurs thoraciques, de fièvre et de toux, Christian consulte son médecin, qui le met sous antibiotique, pensant qu’il a une rhinopharyngite. Mais rien n’y fait. Alors que sa température grimpe à 40 °C, le 9 mars, à 8 h 36, il appelle lui-même le Samu.

      Une fois l’ensemble de ses symptômes exposés, il fait part de son inquiétude face à la fermeture du cabinet de son médecin traitant. Sans lui poser davantage de questions, le médecin du Samu le renvoie vers SOS Médecins qui, le jour même, lui prescrit en urgence une radio pulmonaire.

      À l’issue des examens, de façon tout à fait exceptionnelle et à la demande du radiologue, le centre d’imagerie de Creil contacte, à 11 h 56, le Samu. Durant l’échange, auquel Mediapart a eu accès, la manipulatrice du centre annonce que, compte tenu de ses résultats, Christian a été mis « à l’isolement dans une salle d’attente à part ».

      « Sur la radio pulmonaire, il y a quelque chose. Sur le poumon droit, alerte-t-elle, avant de rappeler que le patient a des facteurs aggravants.

      À plusieurs reprises, elle insiste auprès du médecin du Samu : « Il a une fièvre, il y a une toux et la radio pulmonaire montre un foyer à droite. » Mais, là encore, un mur se dresse. L’urgentiste retient qu’il ne présente pas de détresse respiratoire, sans que cela soit vérifié, et il estime inutile de l’hospitaliser. Il va même jusqu’à affirmer que Saint-Leu-d’Esserent, la ville où habite Christian, situé à 10 km seulement de Creil, un cluster, n’est pas « considéré comme zone à risque ».

      Retranscription des enregistrements du Samu. Échange entre le centre de radiologie de Creil et le Samu, 11 h 56, le 9 mars 2020. © Samu de l’Oise.
      Retranscription des enregistrements du Samu. Échange entre le centre de radiologie de Creil et le Samu, 11 h 56, le 9 mars 2020. © Samu de l’Oise.
      La manipulatrice du centre lui fait alors remarquer : « Nous sommes à Creil, hein, ici », « Saint-Leu, je ne sais pas mais bon, après je ne sais pas s’il est allé à droite, à gauche aussi, c’est cela le problème. » Le médecin du Samu reconnaît « être dans l’incertitude de toute façon ». Pour autant, il ne fera pas venir le patient aux urgences.

      Plus effarant, il affirme alors : « On suit les indications de plus haut aussi. »

      Retrancription des enregistrements du Samu. Échanges entre le centre de radiologie de Creil et le Samu, 11 h 56, le 9 mars 2020. © Samu
      Retrancription des enregistrements du Samu. Échanges entre le centre de radiologie de Creil et le Samu, 11 h 56, le 9 mars 2020. © Samu
      Deux jours, plus tard, Christian rappelle le Samu, pour la quatrième fois. Il lit alors scrupuleusement au nouveau médecin, qui découvre son dossier, les résultats de l’examen radiologique qui fait état de plusieurs anomalies sur le poumon. Il lui rappelle sa fièvre élevée et ses courbatures. Le radiologue lui a prescrit un scanner, tandis que SOS Médecins lui a demandé de rappeler le Samu. Malgré toutes ses recommandations médicales et son état de santé, le médecin du 15 lui rétorque : « Pourquoi [SOS Médecins] vous a demandé de nous rappeler ? »

      Alors même que Christian déclare ne plus savoir vers qui se tourner, les cabinets de médecins étant fermés, le Samu décide de le « transférer en régulation libérale, avec un médecin libéral. […] C’est beaucoup mieux que vous voyiez avec quelqu’un de libéral ». Avant de conclure : « Soignez-vous bien. »

      Le jour même, Christian se rend à l’hôpital pour effectuer un scanner. Il n’en sortira pas, il décède le 19 mars du Covid-19.

      Nous avons contacté la direction du centre hospitalier Simone-Veil dont dépend le Samu de l’Oise pour comprendre pourquoi Christian n’avait pas été hospitalisé et pour avoir des précisions sur ce qu’étaient « les indications de plus haut », dont fait état le médecin régulateur du Samu.

      Le directeur de l’hôpital public du sud de l’Oise, Didier Saada, n’a pas souhaité répondre à nos questions, nous renvoyant vers le médecin en chef du Samu, Thierry Ramaherison. Sans apporter de précision sur la nature des « directives d’en haut » auxquelles fait référence un médecin de son service, Thierry Ramaherison affirme que « la régulation médicale ne répond à aucune directive à proprement parler. Elle s’appuie sur des recommandations scientifiques et médicales, et sur l’évaluation de l’urgence par le médecin régulateur », tout en rappelant qu’en mars, « il était recommandé de ne pas aller aux urgences spontanément ou chez son médecin traitant mais d’appeler le 15 ».

      En mars, il était encore difficile « de faire un diagnostic précis du Covid-19. On connaissait mal la maladie », tient à rappeler Laurent, médecin au Samu de l’Oise depuis plus de 15 ans, qui préfère garder l’anonymat. Il n’a reçu aucune directive écrite mais estime que le Samu a finalement « été placé en première ligne pour trier les patients, en tout cas les médecins régulateurs du Samu ont dû participer à cette gestion de la pénurie. La parole médicale a été contrainte par des directives gouvernementales, répondant davantage à une gestion des carences, humaines et matérielles qu’à des impératifs de santé publique ».

      « L’enjeu était d’éviter que les patients n’affluent aux urgences, rappelle-t-il. On ne prenait que les patients les plus graves, avec des facteurs de comorbidité. Mais parfois, il se peut que certains n’aient pas pu être pris en charge, même dans un état grave. La situation de ce patient Christian, que vous décrivez, en est l’exemple. Débordés, devant maintenir au maximum à domicile, les médecins du Samu ont laissé, faute de moyens, des personnes devant être prises aux urgences. Les douleurs thoraciques de ce patient, Covid ou pas, nécessitaient une prise en charge. »

      Ce médecin, venu en renfort à Creil, rappelle également : « Notre territoire est un désert médical, notre situation ressemble beaucoup à la Seine-Saint-Denis, en région parisienne », constate-t-il.

      « Elle a 93 ans, c’est ça ? Donc elle ne sera pas hospitalisée »

      En mars, « l’hôpital a posé un barrage à l’entrée de l’hôpital. Ce barrage, les gens ne sont pas égaux pour le franchir », affirme Michel Parigot, président de l’association Coronavictimes, qui, avec 28 proches de 13 personnes décédées du Covid-19, a déposé, le 28 juillet, une plainte contre X pour « délaissement ayant provoqué la mort, violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, discrimination et entraves aux soins ». Un ou plusieurs juges d’instruction doivent désormais être désignés.

      Dès le début de la crise sanitaire, les autorités veulent à tout prix préserver l’hôpital d’un afflux de patients. « Le principe général vise à assurer la prise en charge des patients non graves à domicile afin de ne pas saturer les établissements de santé », est-il écrit, en préambule du guide « Préparation à la phase épidémique de Covid-19 », envoyé le 16 mars aux établissements de santé, à la médecine de ville et aux établissements médico-sociaux. Seules les « formes sévères ou graves » doivent être prises en charge dans les établissements de santé.

      Dans la plainte de l’association Coronavictimes, six des treize personnes décédées résidaient en Ehpad. Les personnes âgées qui vivent en Ehpad ont un médecin traitant, beaucoup d’établissements ont des médecins coordonnateurs. Mais là encore, « la décision de transfert vers un établissement de santé ne peut être prise que par un médecin du SAMU centre 15 », indique le guide du 16 mars.

      Le 30 mars, Monique Zivy, 93 ans, résidente de l’Ehpad public de Neuilly-sur-Seine, a 38,4 °C de fièvre et de grandes difficultés à respirer. Sa saturation en oxygène, à 100 % chez une personne en bonne santé, a chuté à 91 %. Son dossier médical, que nous avons pu consulter, indique qu’elle est fiévreuse et fatiguée depuis le 24 mars, sous oxygène depuis le 27 mars, au débit d’un litre, puis de quatre litres par minute le 30 mars. Elle donne des signes d’inconfort : elle « retire ses lunettes à oxygène, à surveiller », note l’auxiliaire de vie. Sa fièvre est persistante et monte jusqu’à 39,5 °C. Le 31 mars, devant la dégradation de son état, l’infirmière de l’Ehpad téléphone. Voici un extrait de la retranscription de la communication :

      Extrait de l’appel du 31 mars 2020 de l’Ehpad de Neuilly-sur-Seine au Samu des Hauts-de-Seine.
      Extrait de l’appel du 31 mars 2020 de l’Ehpad de Neuilly-sur-Seine au Samu des Hauts-de-Seine.
      Son fils Gilles Wurmser, qui porte plainte aujourd’hui, s’interroge : « Ma mère était encore assez bien. Si elle avait été hospitalisée assez tôt, est-ce qu’ils l’auraient sauvée ? Est-ce qu’il y a eu des consignes pour abandonner les gens des Ehpad ? »

      Les deux Ehpad publics de Neuilly-sur-Seine accueillent 200 résidents. 40 sont décédés du Covid-19 au printemps, reconnaît Marc Fernandes, leur directeur. « Durant la première vague, il n’était pas rare d’attendre très longtemps que le 15 réponde au téléphone […]. Je n’ai pas le souvenir de déplacements du Samu proprement dit », reconnaît-il. Mais il assure qu’il a pu s’appuyer sur « d’autres ressources médicales », à savoir SOS Médecins, des ambulanciers pour le transport à l’hôpital, les pompiers.

      Aurélie Lefèvre, aide-soignante et déléguée CFTC, fait un autre récit : « Du 10 au 30 mars, le médecin coordonnateur était malade, les médecins traitants ne pouvaient plus rentrer dans l’Ehpad, on a été livrés à nous même. Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus de familles qui aient porté plainte. »

      Une infirmière de l’Ehpad, qui s’est depuis reconvertie, « dégoûtée » par ce qu’elle a vécu, raconte le début de l’épidémie : « Au départ, nous n’avions pas de masques, puis des masques chirurgicaux périmés. Le virus s’est propagé très vite. C’était la débandade, un cataclysme. On était deux infirmières pour 80 résidents, la moitié malades. SOS Médecins est venu quelques fois, pour quelques prescriptions de patchs de morphine. Nous, les paramédicaux, nous nous sommes sentis très très seuls. On avait des concentrateurs à oxygène, mais qui ne peuvent délivrer que cinq à six litres par minute. Ce n’est pas de l’oxygène à haute concentration, comme à l’hôpital. »

      À l’hôpital, Monique Zivy aurait pu recevoir plus d’oxygène. Plus grave encore : aucun médecin ne s’est rendu à son chevet pour évaluer son état de santé, jusqu’à ses dernières heures.

      Cette absence des médecins est visible dans son dossier médical : tout au long de sa maladie, du 24 au 30 mars, il n’est rempli que par des auxiliaires de vie, des aides-soignantes, des infirmières. Le 31 mars, elle est enfin vue par le médecin coordonnateur, à 16 h 37. Son décès est constaté le 1er avril à 2 h 30. Ses traitements sont basiques : du Doliprane, des antibiotiques. C’était le « protocole spécifique en cas de survenue de malades Covid », établi par le médecin coordonnateur avant son arrêt, derrière lequel le directeur s’abrite.

      Contacté par Mediapart, le service de communication de l’AP-HP s’est, là encore, chargé de répondre pour le Samu des Hauts-de-Seine. Sans répondre sur les motifs du refus de prise en charge de Monique Zivy, le service de presse explique qu’« entre le 15 mars et 15 avril 2020, en plein pic épidémique, le SMUR de Garches a pris en charge 209 patients dont 48 avaient plus de 80 ans. L’âge moyen de ces 48 patients était 86,9 ans et le patient le plus âgé avait 97 ans ». Mais ces chiffres et ces moyennes ne permettent pas de savoir combien de patients le Samu n’a pas pris en charge malgré leurs appels.

      « On ne va surtout pas aux urgences ! »

      Patricia, âgée de 53 ans, est décédée le 8 septembre. Elle vivait en banlieue parisienne, à Clichy-la Garenne, avec son fils, âgé de 19 ans. En raison d’une maladie neurologique (syndrome de Guillain-Barré), elle devait se déplacer en fauteuil roulant à l’extérieur de son appartement.

      Testée positive au Covid-19, le 3 septembre, Patricia souffre de fièvre et de maux de tête depuis la fin du mois d’août. Les Doliprane que son médecin lui a prescrits, le 4 septembre, ne suffisent pas. Deux jours plus tard, le dimanche soir, elle a des difficultés à respirer et appelle le Samu à 22 h 18.

      Mediapart a pu avoir accès à la retranscription écrite des échanges que le Samu enregistre systématiquement. Patricia décrit son état de santé et dit avoir « mal et l’impression que c’est compressé » au niveau de la gorge. « Il n’y a pas de traitement spécifique » pour le Covid, lui répond alors le médecin, qui lui conseille du sirop pour la toux et des pastilles. « Tout ça, c’est en vente libre. C’est à la pharmacie », précise-t-il.

      Aucune autre question ne lui est posée, notamment sur son état de santé ou son surpoids, qui sont des facteurs aggravants en cas de contamination au Covid-19. Rapidement, au cours du dialogue, la teneur des propos du médecin laisse apparaître une forme d’impatience.

      Lorsqu’elle s’inquiète pour son fils, âgé de 19 ans, qui vit auprès d’elle, il lui lance : « Vous avez les consignes. On n’arrête pas d’en parler. Donc, c’est le port du masque et la distanciation. Ça fait trois mois qu’on n’arrête pas de le dire. » Désemparée, Patricia tente une dernière fois de convaincre le médecin du Samu de ses souffrances en lui faisant part de l’avis de ses proches : « Mes frères me disent que j’ai du mal à respirer. »

      Cette remarque de Patricia aurait dû alerter l’attention du médecin. En effet, l’une des particularités de la pneumonie Covid-19 est que certains patients atteints d’hypoxémie, c’est-à-dire d’une diminution du taux d’oxygène dans le sang, peuvent la tolérer. On parle alors d’hypoxémie « silencieuse ». C’est souvent l’entourage qui décèle leur essoufflement.

      Le médecin est pourtant catégorique : « On ne va surtout pas aux urgences. »

      Il invite seulement la patiente à mesurer, dès le lendemain, son taux d’oxygénation en se rendant dans une pharmacie ou chez son médecin. Et n’envoie aucune équipe pour le faire ce soir-là. « Et si vraiment ça désature, à ce moment-là on verra », lui dit-il. « À surveiller de près, bon courage », conclut-il avant de raccrocher.

      « L’enjeu était d’éviter que les patients n’affluent aux urgences »

      Le lendemain, à 11 h 20, ce n’est plus Patricia, mais son frère Emmanuel qui appelle le Samu. Venu secourir sa sœur, « qui est très souffrante », et ayant acheté lui-même un appareil pour mesurer le taux d’oxygène (un oxymètre), il explique au médecin les résultats qu’il obtient. Après l’avoir testé sur son neveu et sur lui-même, l’appareil semble en revanche dysfonctionner sur Patricia.

      À l’autre bout du fil, un autre médecin du Samu « ne sait pas pourquoi le saturomètre ne fonctionne pas sur elle. C’est vrai que c’est bizarre ». Malgré la situation, il n’émet pas la possibilité de prendre en charge la patiente. Il décide alors d’entendre Patricia, qui « a beaucoup de mal à parler », avertit son frère.

      Interrogée, la malade ne varie pas. « Est-ce que vous êtes gênée pour respirer ou pas ? », questionne le médecin du Samu. « Oui », lui répond Patricia. « Vous êtes gênée pour respirer ? », redemande-t-il. « Oui, un peu », continue-t-elle de lui dire.

      L’interrogatoire se poursuit et Patricia précise à nouveau que cela fait deux jours qu’elle a « de plus en plus de mal [à respirer] » et que sa fièvre ne descend pas depuis une semaine. Mais elle et son frère font face à un mur. « Les symptômes du coronavirus, […] c’est une grippe, donc ça donne des courbatures partout, la fièvre et des maux de gorge », leur déroule le médecin. Avant de rajouter : « Ce à quoi il faut faire attention, c’est la difficulté à respirer », égrenant des exemples comme « ne plus arriver à finir ses phrases […]. Dans ces cas-là, il ne faut pas hésiter à appeler parce que c’est une urgence ».

      Retranscription des enregistrements du Samu. Échanges entre le frère de Patricia Urcel et le médecin,11 h 20, 07 septembre 2020.
      Retranscription des enregistrements du Samu. Échanges entre le frère de Patricia Urcel et le médecin,11 h 20, 07 septembre 2020.
      C’est bien là tout l’objet de l’appel d’Emmanuel, qui répète au médecin que ces exemples correspondent exactement à ce qu’endure sa sœur. Rien n’y fait. « Elle arrive quand même à parler », lui répond le Samu, enfin « un petit peu… », nuance-t-il lui-même. « Donc on va attendre qu’elle n’arrive plus à parler du tout ? », lance alors, désespéré, le frère de Patricia.

      Le médecin ne juge pas utile d’envoyer une équipe sur place, pour procéder à un examen clinique, et déconseille une nouvelle fois à Patricia de se rendre aux urgences : « Ils vont juste vous dire : tout va bien. […] Moi, je pense qu’il n’y a pas besoin. Je sais qu’elle n’est pas bien. Mais ce sont des symptômes normaux quand on a le coronavirus. »

      « N’hésitez pas, on est quand même là », rappelle le docteur avant de clore la conversation.

      Neuf heures plus tard, à 20 h 39, le fils de Patricia rappelle le Samu : « Ma mère n’arrive plus à respirer […]. Elle est morte ! À l’aide ! » En attendant l’arrivée des secours, le jeune homme tente de réanimer sa mère. Il aura fallu ce troisième appel pour que le Samu prenne finalement en charge Patricia. Mais il est déjà trop tard.

      À son arrivée à l’hôpital, elle est en « état d’arrêt cardio-respiratoire lié à une pneumonie à SARS-CoV-2 », selon les conclusions du service de réanimation. Elle décède le 8 septembre.

      Le chef du Samu des Hauts-de-Seine, le docteur Thomas Loeb, n’a pas répondu à nos questions. C’est finalement le service de communication de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui nous a adressé la réponse suivante : « L’AP-HP confirme l’existence de 3 appels au SAMU 92 en deux jours pour une patiente finalement décédée plusieurs heures après le dernier appel. […] Au terme des échanges, [le médecin régulateur] a toutefois donné pour consignes à la famille si elle le jugeait préférable de se rendre aux urgences directement et de ne pas hésiter à rappeler le SAMU en cas d’aggravation. » Ce décès va néanmoins donner lieu à « une analyse approfondie », prévue en cas « de déclaration d’événement indésirable grave ».

      Non seulement, l’AP-HP n’apporte aucune réponse sur les refus répétés des médecins du Samu de prendre en charge Patricia mais de surcroît maquille la teneur de leurs échanges. En effet, contrairement ce qu’elle nous répond, le médecin tente surtout de dissuader la famille de Patricia de l’emmener aux urgences. En voici la retranscription :

      Retranscription des enregistrements du Samu. Échanges entre le frère de Patricia Urcel et le médecin,11 h 20, 07 septembre 2020. © Samu des Hauts-de-Seine.
      Retranscription des enregistrements du Samu. Échanges entre le frère de Patricia Urcel et le médecin,11 h 20, 07 septembre 2020. © Samu des Hauts-de-Seine.
      Retranscription des enregistrements du Samu. Échanges entre le frère de Patricia Urcel et le médecin,11 h 20, 07 septembre 2020. © Samu
      Retranscription des enregistrements du Samu. Échanges entre le frère de Patricia Urcel et le médecin,11 h 20, 07 septembre 2020. © Samu
      « Nous sommes des personnes modestes et nous n’avons aucune connaissance en médecine. Nous avons fait confiance aux médecins du Samu », déplore Emmanuel, le frère de Patricia, qui souhaite aujourd’hui que la justice enquête sur les responsabilités du Samu et de l’État.

      Testé positif, le fils de Patricia a également dû être hospitalisé. « Il a pu depuis s’en remettre et tente aujourd’hui de se battre pour sa mère, poursuit-il. Le Samu et les différents médecins que nous avons eus ont tout fait pour éviter d’emmener ma sœur à l’hôpital et ils l’ont laissée mourir devant son fils. C’est inhumain. »

      Il se rappelle encore les « annonces du gouvernement dans les médias : “Appelez le 15”, “N’allez pas directement aux urgences” », et regrette de les « avoir suivies à la lettre ». Emmanuel ne décolère pas. « Nous sommes six frères et sœurs et elle était le pilier de la famille. Je suis en train de déposer plainte et je me battrai jusqu’au bout pour elle. Je dois cela à son fils, qui tente avec force de dépasser l’insurmontable. »

      L’histoire de Patricia, décédée en septembre, témoigne du peu de mesures prises par le gouvernement depuis la première crise.

      Les urgentistes se félicitent de leur « mobilisation remarquable »

      En septembre, la Société française de médecine d’urgence a publié dans ses annales son « Retour d’expérience de la crise Covid-19 » en médecine. Un retour d’expérience, ou Retex en langage médical, est une démarche médicale importante, « par essence non punitive et tournée vers l’analyse de ce qui a marché comme des dysfonctionnements », écrit le professeur Bruno Riou, rédacteur en chef de ces annales, mais aussi directeur de crise de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, le plus grand groupe hospitalier de France.

      Seulement, ce retour d’expérience ne fait pas état de beaucoup de « dysfonctionnements » et tient plutôt de l’autocélébration. Pour Bruno Riou, « la mobilisation remarquable et remarquée de tous les acteurs de notre système de santé a permis de tenir face à cette crise majeure ».

      François Braun, président du syndicat Samu urgences de France et directeur des urgences de l’hôpital de Metz, défend le rôle qu’a joué le Samu pendant la crise. Il estime que les Samu ont reçu, au pic de l’épidémie, 80 000 appels supplémentaires par jour : « Que penser si ces 80 000 patients, faute de régulation médicale, s’étaient ou avaient été dirigés vers les services d’urgence ? »

      En Île-de-France, les quatre Samu de l’AP-HP (Paris, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne) atteignent un « pic historique » d’appels le 13 mars : 26 000 appels dans la journée, décrit le professeur Pierre Carli, directeur médical du Samu de Paris. Mais « des moyens ont été déployés immédiatement », assure-t-il. Le long récit ne relève aucun dysfonctionnement, seulement « l’adaptabilité du Samu », ainsi que sa « capacité de résilience ».

      De manière anonyme, une infirmière et un médecin du Samu de Seine-Saint-Denis font un tout autre récit. « En 10 jours, les hôpitaux de Seine-Saint-Denis ont été remplis de la tête aux pieds. C’est normal que des gens aient porté plainte : on n’avait plus rien à leur proposer », témoigne l’infirmière. « On a eu 10-15 jours tellement saturés ! On n’arrivait plus à gérer », confirme le médecin.

      Dans le retour d’expérience des urgentistes, seuls les Alsaciens ne cachent pas leurs difficultés. Le 1er mars, le cluster du rassemblement évangélique de Mulhouse est identifié. Dès le 7 mars, l’activité du Samu a été multipliée par quatre, mais « aucune mesure spécifique n’a été prise pour renforcer nos moyens en ressources matérielles ou humaines », regrettent les urgentistes.

      Ils reconnaissent que les personnes âgées en Ehpad n’ont pas pu avoir accès à l’hôpital au pic de la crise, en mars et en avril : « Les médecins coordonnateurs d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ont joué un rôle de régulation, n’évacuant plus leurs patients vers le centre hospitalier de référence et assurant les soins localement dans leur structure, y compris pour les patients oxygéno-dépendants ou en fin de vie. »

      Le docteur Marc Noizet, directeur des urgences de Mulhouse, assure cependant : « On ne s’est pas désintéressés des malades en Ehpad, on a joué notre rôle de médecin-conseil. Les gériatres de l’hôpital les conseillaient eux aussi à distance. Mais je ne dis pas que tout s’est parfaitement bien passé. Des personnes âgées qui sont hospitalisées aujourd’hui ne l’étaient pas à l’époque. Il faut se rappeler la gravité de la crise : à Mulhouse, en quelques jours, la moitié de l’hôpital a été rempli par le Covid, on ne pouvait pas aller plus loin. À l’époque, pour les personnes âgées, les services de gériatrie ne recommandaient que des antibiotiques et de l’oxygène, on ne savait presque rien de ce virus. La ventilation intensive, pratiquée aujourd’hui, n’était pas recommandée. Mon service d’urgence a été mis en cause, y compris par voie de presse, et à chaque fois nous avons pu démontrer que nous n’avons pas abandonné ces malades, que la prise en charge était adaptée. Et nous avons aussi sauvé beaucoup d’autres personnes. »

      Le professeur Karim Tazarourte, président de la Société française de médecine d’urgence (SFMU), qui dirige les urgences de l’hôpital Édouard-Herriot à Lyon, ne nie pas non plus avoir connu « une réelle saturation pendant la première vague. On a eu parfois quatre à cinq heures d’attente pour pouvoir envoyer une ambulance, parfois nous n’étions plus joignables. On a été débordés, on s’est adaptés. L’engagement du Samu, c’est de décrocher le téléphone. L’évaluation peut être faillible. Mais il n’y a pas eu de décision institutionnelle d’abandonner des patients, c’est contraire à notre éthique ».

      Contacté par Mediapart, le président du Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH) et directeur des Samu de Paris, le professeur Pierre Carli, n’a pas répondu à nos questions.

      La plainte de l’association Coronavictimes soulève la responsabilité du Samu, qui « seul décisionnaire d’un possible transfert vers un établissement de santé » a failli à sa mission, entraînant le décès des patients. Elle interroge également l’État sur sa gestion de la crise, en particulier sur « les directives édictées par le ministère des solidarités et de la santé et mises en œuvre par les organismes et acteurs de santé ». Pour l’avocate de l’association et des familles, Anaïs Mehiri, « l’enquête permettra de remonter la chaîne des responsabilités qui ont entravé l’accès aux soins entraînant le décès de ces victimes ».

      #santé_publique #covid-19 #accès_aux_soins #morts_à_domicile

    • Message de service @odilon :-)
      On remarque ici https://seenthis.net/messages/894095 que le triangle plein n’apparaît pas. C’est apparemment lié à la présence du « userid » en fin d’URL qu’il conviendrait idéalement de supprimer, à la fois pour éviter le traçage de l’utilisateur en question, et aussi afin de permettre à la reconnaissance des URL de fonctionner dans ce cas précis.
      La bonne année ;-)

  • New #Malakasa : Inhuman subsistence, nine months on

    Introduction

    Nine months after their arrival in Greece, refugees who arrived in March 2020, were deprived of the right to seek international protection due to the suspension of the asylum procedure by way of emergency decree and were automatically placed in arbitrary detention, remain exposed to inhuman living conditions in a newly established facility in Malakasa in the midst of winter and a pandemic.

    The so-called “#new_Malakasa” centre, along with Kleidi, Serres, were initially set up as detention centres in March to accommodate new arrivals held in informal detention sites on Eastern Aegean islands before being detained on board the “Rhodes” Navy vessel. Yet, since the end of March, the two facilities have been incorporated into the state reception system as Temporary Reception Facilities for third-country nationals or stateless persons, managed by the Reception and Identification Service (RIS).

    New Malakasa is Ministry of Migration and Asylum a pilot project in independent establishment of reception facilities, contrary to the collaborative approach followed with international actors and organisations for other centres. This #camp, along with Kleidi, Serres and the prospective new centres on Samos, Leros and Kos,[2] is covered by the #METOIKOS programme funded by the European Union (EU) through #Asylum_Migration_and_Integration_Fund (#AMIF) emergency assistance.

    The Ministry awarded on 10 April 2020 a €4.4m construction and maintenance contract to company #VITAEL via direct award. Following the approval on 9 October 2020 of €4.9m in EU funding for construction and maintenance of the facility, the aforementioned project was brought under the METOIKOS programme on 3 December 2020.

    The date of delivery to the Greek authorities was set for 4 October 2020 following an extension of works. A subsequent extension moved the delivery date to 4 January 2021. Site management support in the camp has been delegated to the International Organisation for Migration (#IOM).[3]

    The camp plan raises serious safety concerns, given that no provision has been made for the necessary emergency exits. Among other works approved in October with a view to completion by 4 January 2021, the Ministry has approved activities to bring the camp in line with fire safety standards.

    https://www.youtube.com/watch?v=QLI1yDEpsz8&feature=emb_logo


    https://rsaegean.org/en/new-malakasa-inhuman-subsistence-nine-months-on
    #asile #migrations #réfugiés #Grèce #camp_de_réfugiés #EU #UE #aide_financière #OIM #logement #hébergement #violence #insécurité #isolement #conditions_de_vie #soins #accès_aux_soins #éducation

  • L’accès aux soins des étrangers en France, méthodiquement raboté par le gouvernement
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/26/l-acces-aux-soins-des-etrangers-en-france-methodiquement-rabote-par-le-gouve

    Par petites touches, depuis un an, le gouvernement rabote les droits à l’assurance-maladie et l’accès aux soins des personnes étrangères.
    Par Isabelle Rey-Lefebvre

    Deux régimes cohabitent : les personnes légalement présentes en France, qu’elles soient titulaires d’un titre de séjour ou en attente d’en obtenir un car demandeuses d’asile, sont couvertes, comme tout le monde, par l’assurance-maladie. Les sans-papiers bénéficient, eux, sous conditions de ressources et après trois mois de présence irrégulière en France, de l’aide médicale d’Etat (AME), une couverture dont le panier de soins est réduit.

    Pour les titulaires d’un titre de séjour, la loi de finances entrée en vigueur le 1er janvier 2020 divise par deux la durée du maintien de leur assurance-maladie au-delà de la date d’expiration de ce titre, la faisant passer de douze à six mois. Cette restriction était passée plutôt inaperçue grâce à l’état d’urgence sanitaire décrété le 17 mars et qui a automatiquement prolongé de six mois la durée des titres de séjour devant expirer entre le 12 mars et le 12 juin. C’est maintenant qu’elle commence à frapper : « En pratique, 800 000 personnes sont touchées », estime Delphine Fanget, chargée de plaidoyer de Médecins du monde. « D’autant que les titres de séjour sont, eux aussi, de plus en plus courts et qu’il est très difficile d’obtenir un rendez-vous en préfecture pour leur renouvellement. On organise l’insécurité avec une politique de découragement et d’usure administrative », juge-t-elle.

    Un décret en apparence très technique, daté du 30 octobre, crée un troisième délai d’expiration de l’assurance-maladie, raccourci à deux mois pour les personnes dont le titre de séjour a expiré et qui sont enjointes à quitter le territoire de manière définitive. « Le régime de couverture par l’assurance-maladie devient complexe, illisible pour les professionnels de santé », constate Didier Maille, coordinateur juridique du Comité pour la santé des exilés (Comede).

    « Une usine à non-recours »

    Les personnes désormais sans papiers pourraient se retourner vers l’#AME créée en 1999, mais son accès a, lui aussi, été réduit et compliqué par plusieurs textes.

    Il n’est plus possible, par exemple, de déposer une demande d’ouverture de droits à l’AME par Internet ou l’entremise d’une association. Le même décret du 30 octobre oblige désormais tout primo-demandeur – excepté s’il est déjà hospitalisé, s’il est mineur ou s’il consulte auprès d’une permanence d’accès aux soins de santé – à se présenter lui-même au guichet de la caisse primaire d’assurance-maladie, une démarche compliquée pour des personnes précaires, à l’hébergement instable. « On crée une usine à non-recours, où les gens qui auraient droit à l’AME ou à l’assurance-maladie sont découragés de la demander, selon Didier Maille. En période de pandémie, ce n’est pas malin de retarder des soins. »

    En outre, le passage de l’assurance-maladie vers l’AME est plus difficile car certains soins dits non urgents ne sont accessibles aux titulaires de l’AME qu’après neuf mois d’affiliation.

    « Le message est clair : les étrangers ne doivent pas venir se faire soigner en France, résume Didier Maille, et les réformes de l’ex-ministre de la santé, Agnès Buzyn, visent à segmenter les différents droits aux soins, à rebours du souhait de tous les gouvernements précédents de simplifier le système. Cela a aussi un impact sur les hôpitaux et les professionnels de santé, qui auront de plus en plus de mal à se faire rembourser les soins prodigués. »

    Décourager la fraude et l’immigration « médicale »

    Les complexités administratives ont pour but affiché de décourager la fraude, l’immigration dite médicale, et de faire des économies. Le coût global de l’AME s’élevait, en 2018, à 904 millions d’euros au bénéfice de 318 106 personnes – dont la moitié en Ile-de-France –, et à 933 millions d’euros en 2019, sans compter les 200 millions d’euros de la couverture maladie des demandeurs d’asile. Selon un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) d’octobre 2019, chaque dispositif qui referme l’accès à l’AME, en diminuant, par exemple, le panier de soins accessibles, permet certes des économies dans son budget mais fait exploser, ailleurs, la facture des soins urgents, intégralement payés par les hôpitaux avec peu de chances de les voir remboursés par la Sécurité sociale.

    Ainsi, en 2011, avait été créé un droit d’entrée de 30 euros à la charge de tout bénéficiaire de l’AME, ce qui, dès l’année suivante, a certes provoqué une baisse de 2,5 % des dépenses de l’AME elle-même, « plus que compensée, note l’IGAS, par une forte hausse de 33,3 % de la dépense de soins urgents » dont l’accès est gratuit et parce que certaines pathologies s’étaient aggravées entre-temps. Ce droit de timbre a été supprimé dès août 2012, au début du quinquennat de François Hollande.

    Ainsi, l’AME, outil de santé publique, et son « milliard le plus scruté de la dépense publique », selon les associations d’aide aux étrangers, reste un sujet inflammable du débat politique.

    #accès_aux_soins #santé #étrangers

  • #Santé des migrants

    Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 8 % des personnes vivant en Europe sont des personnes migrantes. En 2012, la section Europe de l’OMS lance le projet Phame. Phame (Public Health Aspects of Migrations in Europe, Migration et santé publique en Europe) soutient les services de santé publique des pays soumis à d’importants flux migratoires. Ses objectifs sont au nombre de trois : compenser l’impact négatif du parcours migratoire, réduire les inégalités des états de santé en facilitant l’#accès_aux_soins, et garantir les #droits_à_la santé des personnes migrantes. En recensant les meilleures pratiques et les éventuelles lacunes des services de santé publique, le projet sollicite la #coordination des interventions et l’établissement de plans d’urgence adaptés. Certes, les #services_de_santé ne peuvent, à eux seuls, assurer une #prise_en_charge globale de la santé des personnes migrantes et agir sur l’ensemble des #déterminants_sociaux tels que le #logement, l’#éducation, l’#emploi et la #protection_sociale. L’#OMS Europe insiste donc sur la nécessité de mettre en place des #actions_intersectorielles en réponse aux enjeux spécifiques à la santé de ces personnes, d’autant que l’ensemble des déterminants sociaux ont un impact sur l’état de santé des personnes.

    Sous une appellation unique – « les personnes migrantes » – se cachent des situations complexes, régies selon le #titre_de_séjour, le #droit_d’asile, la protection des frontières, les conventions européennes et internationales et les clauses humanitaires. Notre dossier prévoit de définir ces catégories, dont les #situations_sanitaires varient aussi selon leur #statut_administratif. On ne saurait considérer de manière uniforme ces personnes dont la santé est fonction de l’âge, du sexe, de la situation dans le pays d’origine, mais surtout des #risques encourus lors du #parcours_migratoire. Arrivées dans une zone de langue et de culture différentes, il leur est quasi impossible de se repérer sans aide dans un #système_de_soins inconnu, de se plier aux contraintes de #dépistages, dont ils peuvent redouter les conséquences, d’accorder de l’attention à des gestes de santé éloignés de la simple nécessité de survivre.

    Incluses dans l’appellation générale de « personnes migrantes » se trouvent les mêmes catégories hautement vulnérables : les enfants exposés, utilisés, exploités, qui mûrissent trop vite avec parfois, mais c’est loin d’être la règle, des développements spectaculaires, et puis les #femmes, qui ont rarement le choix de leur vie, sont souvent traitées comme des marchandises, ayant elles-mêmes la charge d’#enfants nés durant leur parcours chaotique.

    Les professionnels de santé confrontés aux problèmes de santé ou, au contraire, à la non-demande de soins de personnes migrantes, se réfèrent à des grilles diagnostiques où figurent tout à la fois les maladies transmissibles, les maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle notamment) et les séquelles de traumatismes sur des corps dont l’usure est majorée par une hygiène de vie précaire, la malnutrition, la prise quotidienne de risques, et trop souvent la vie à la rue.

    Comment nommer ce mal venu d’ailleurs ? Cette question nous obsède depuis plusieurs semaines avec la menace de la Covid-19, mais elle est en fait très ancienne. On craint depuis fort longtemps ces maladies étranges contractées sous les tropiques et autres lieux perçus hostiles, au point d’ouvrir des services spécialisés en médecine tropicale, et d’enseigner dans les facultés de médecine les maladies des populations immigrées. On redoute la résurgence de pathologies désormais bien maîtrisées dans nos régions, et on s’inquiète également de l’ancrage des maladies de la misère chez ces personnes étrangères recueillies sur notre territoire. S’ils sont, comme le montrent les chiffres, de plus en plus nombreux à souhaiter entrer sur les territoires européens, saurons-nous endiguer les conséquences sur leur santé physique et psychique de parcours de vie aussi difficiles et souvent violents ?

    On constate que dans les situations d’urgence les mesures ne se discutent pas et sont généralement adaptées, mais les professionnels de santé observent également des manifestations plus torpides, souvent consécutives à des agressions physiques et psychiques, qui se pérennisent et pour lesquelles les symptômes ne sont pas toujours lisibles ou s’expriment tardivement. Dans le vaste champ de la #santé_mentale, les services susceptibles de répondre à ces troubles au long cours sont peu disponibles et leur répartition est inégale sur le territoire français.

    Une pratique ordinaire de soins fait le constat des conditions de vie souvent marginales de la plupart de ces personnes. Lorsque l‘organisation de la vie quotidienne est déstructurée, un accompagnement et un suivi particuliers sont nécessaires pour leur permettre un accès explicite et légitime aux ressources du système de soins en place et à la solidarité du régime de protection sociale. Or, le plus souvent, en France comme dans les pays voisins, l’accès à des filières de soins adaptées aux personnes migrantes est balisé par des contraintes administratives qui restreignent leur portée et retardent les soins.

    L’état de santé des étrangers en France, quelle que soit leur catégorie, est mal connu car la variable « étranger » ou « pays d’origine » ne figure pas dans les grandes enquêtes nationales de santé. Il n’y a donc pas de #donnés_épidémiologiques synthétiques sur l’état de santé des personnes immigrées. Néanmoins nous disposons de quelques connaissances. L’Académie de médecine a consacré en 2019 un numéro de son Bulletin à « La santé des migrants » puis a publié en février 2020 un rapport sur L’Immigration en France : situation sanitaire et sociale, qui proposait dix recommandations. Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publie et actualise des dossiers dédiés à la santé physique et mentale des migrants en France. Le ministère des Solidarités et de la Santé a publié en juin 2018 une « Instruction relative à la mise en place du parcours santé des migrants primo-arrivants »quel que soit leur statut administratif.

    Nous espérons que ce dossier dédié à la santé des migrants contribuera de manière complémentaire aux connaissances existantes. Le thème retenu pour ce dossier est vaste, universel, sans cesse remanié. Volontairement, l’accent a été mis sur les groupes les plus vulnérables, femmes et enfants, et sur la prise en compte de la santé mentale, en particulier des #stress_post-traumatiques, afin d’éviter la chronicisation des #troubles_psychiques.

    Il est bien dans l’optique du Haut Conseil de la santé publique de promouvoir les actions intersectorielles. Dans les problématiques relevant de la santé des personnes migrantes, chaque échelon territorial, et le département plus particulièrement, doit veiller à la cohérence entre ces actions. Certaines conventions existent entre des services de l’Éducation nationale, du Logement, de la Justice et de la Santé, mais la plupart du temps, ce sont des structures privées, associations ou fondations, qui prennent l’initiative de ces mises en réseau.

    Qu’il s’agisse des services publics ou du secteur privé, la voix des professionnels comme celle des bénévoles, engagés auprès des populations migrantes, est toujours forte. Il faut au moins toute cette intensité et cette vigilance pour que l’accueil et la protection de leur santé s’établissent et se maintiennent dans le respect de la dignité et de la protection des droits de la personne.

    https://www.hcsp.fr/explore.cgi/adsp?clef=1172
    #migrations #santé_publique #asile #réfugiés

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