• Devenir une « #ville_éponge » : la solution de #Berlin face à la #sécheresse

    Face aux extrêmes climatiques, Berlin accélère sa mutation en « ville éponge », mêlant #végétalisation, #rétention_des_eaux et #mobilisation_citoyenne. Une ambition politique inédite qui essaime.

    Il est rare qu’une activiste environnementale se retrouve mandatée par ses « adversaires » pour mener la politique qu’elle défend. C’est pourtant ce qui est arrivé à la géographe Lisa Junghans dans le cadre du projet de transformation de la ville de Berlin en « ville éponge ».

    Après avoir travaillé pour une ONG spécialisée sur les questions d’#eau, elle a participé à l’initiative populaire #BaumEntscheid, en corédigeant une proposition de loi d’#adaptation de Berlin au #changement_climatique. « Nous comptions appeler les Berlinois à se prononcer via un référendum sur la question en septembre 2026. Mais, contre toute attente, le Sénat de Berlin a décidé de reprendre notre projet à 99 % et d’en faire une loi qui a été votée fin 2025 ! » raconte la jeune femme.

    Elle a depuis été nommée à la direction de l’Agence pour l’eau de pluie du Land de Berlin (Regenwasseragentur), un organisme assez récent qui joue un rôle important en tant qu’agence-conseil sur la gestion des #eaux_de_pluie pour les particuliers et les entreprises. « Ma nomination était pour le moins inhabituelle. Pour ma part, j’y vois une volonté politique de faire avancer les choses », explique-t-elle.

    Sur le papier, le concept de ville éponge est simple. Il s’agit de transformer le #piège_à_chaleur qu’est une ville classique, colonisée par la voiture, les routes et les nombreux espaces bétonnés, en un #piège_à_fraîcheur et à eau. Et ceci avec des moyens vieux comme le monde : la végétalisation du tissu urbain et la rétention maximale de l’eau. « Berlin est une ville assez verte irriguée par une rivière. On pense que la capitale et sa région s’en sortent bien. Mais ce n’est pas le cas et la situation se détériore. D’où notre réaction », précise Lisa Junghans.

    Comparé à Paris, et si l’on ne tient pas compte de leurs histoires très différentes dans cette mise en parallèle, Berlin pourrait faire figure de havre de verdure, avec 28 % de sa surface couverte par des espaces verts (12 %) et des bois (16 %) ! Pendant que seulement 5,6 % de la surface de Paris est recouverte d’espaces verts.

    Récupérer l’eau

    En réalité, la région Berlin-Brandebourg est en situation de #stress_hydrique important. Le réchauffement climatique, associé à une pluviométrie naturellement faible, renforce la succession dévastatrice d’épisodes de sécheresse et de pluies violentes. Par ailleurs, la #consommation_d’eau est poussée par de nouvelles implantations industrielles, telle la Gigafactory de Tesla et ses sous-traitants.

    « L’arrêt de l’extraction du charbon des mines à ciel ouvert de lignite de la Lusace, au sud de la capitale, est aussi une raison majeure », ajoute Lisa Junghans.

    Pour être parfaitement exploitées, les couches de lignite doivent en effet être sèches et libres des eaux souterraines. Pour cela, et depuis le XIXe siècle, des milliers de pompes ont évacué près de 58 milliards de m3 d’eau dans la #Spree, explique un rapport de l’Agence fédérale pour l’environnement (UBA) qui a fait grand bruit lors de sa publication en 2023 : « Une bonne moitié de l’eau qui coule aujourd’hui dans la Spree près de Cottbus provient d’eaux souterraines pompées. Pendant les mois chauds d’été, cette proportion augmente jusqu’à 75 %. » Or, avec la « sortie » totale du charbon d’ici à 2038 et l’arrêt progressif des mines, le pompage sera bientôt complètement stoppé. Berlin tire pourtant de 50 à 75 % de son #eau_potable de la Spree !

    La même année, Berlin a commencé à mettre en place un #Masterplan_Wasser (Schéma directeur de l’eau) qui prévoit la construction de nouvelles #stations_d’épuration, ainsi que le forage de nouvelles sources. Par ailleurs, tout nouveau projet immobilier doit « végétaliser » une partie de ses toits et conserver les eaux de pluie. Libre au promoteur de construire des bassins, d’irriguer des espaces verts ou d’opter pour l’infiltration dans le sol.

    Plusieurs projets de taille ont enfin été lancés. La construction d’un vaste système de #récupération d’eau par rigoles sous la prestigieuse place du Gendarmenmarkt au cœur de Berlin. Ou celle d’un bassin de 16 750 m3 pour éviter que le trop-plein d’eaux usées ne se déverse dans les rivières en cas d’orages violents. Mais tout ceci est insuffisant.

    Désimperméabiliser Berlin

    D’où la mise en œuvre du concept de ville éponge : « La nouvelle loi a pour objectif que 200 000 arbres soient plantés par la ville et ses habitants dans les prochaines années, détaille Lisa Junghans. Il est aussi prévu de créer des #îlots_verts tous les 150 mètres. Et surtout, 50 % des #espaces_publics doivent être déconnectés du réseau d’assainissement d’ici à 2040, avec une #désimperméabilisation des #sols en conséquence. C’est très ambitieux. »

    L’administration municipale a dix-huit mois pour se préparer avec un lancement des grandes manœuvres à partir de 2027. Mais les quartiers de Berlin, cheville ouvrière du processus, sont déjà sur la brèche, comme dans celui de Charlottenburg-Wilmersdorf.

    « Dans la Sömmeringstrasse, par exemple, nous avons renforcé les #pistes_cyclables puis désimperméabilisé et végétalisé une partie des trottoirs. Ce qui nous a conduits à supprimer pas mal de #places_de_parkings. Et quand on supprime des places, c’est le #conflit garanti », explique Jochen Flenker, responsable des #espaces_verts de ce quartier de l’ouest peuplé de 350 000 habitants. Charlottenburg est le seul quartier de Berlin qui possède encore une pépinière municipale qui alimente ses espaces verts et permet au quartier de fournir des plants gratuits aux habitants qui le demandent.

    La mairie de quartier s’est fixé entre 1 000 et 5 000 m² de désimperméabilisation par an. Cela paraît peu. Mais c’est beaucoup : « Un égout végétalisé de quelques mètres carrés conduit 20 % de l’eau dans les canalisations, mais en infiltre 80 % dans la terre et peut drainer une surface de plus de 500 m2 », précisent les services de l’Agence pour l’#eau_de_pluie.

    Les voisins acteurs d’initiatives

    Ingénieur agronome, Jochen Flenker croit dur en l’avenir de la capitale-éponge. Mais il sait que Berlin en est à ses débuts : « C’est un combat incessant qui doit conduire à un changement de perspective à tous les niveaux. Prenez la question de la maintenance des sols de l’espace public. Mon quartier reçoit de la ville 3 euros par an pour 1 m² d’asphalte ou de béton, mais seulement 0,72 euro pour 1 m² d’espace vert. Ce devrait être l’inverse. Heureusement qu’il y a de nombreuses associations locales qui nous facilitent la tâche et ouvrent parfois le chemin », explique-t-il.

    Il évoque notamment l’initiative #Fritschestrasse, lancée par deux voisins et copains hauts en couleur : Jörg Winners, producteur de films, et Hans Jürgen Zschäbitz, corniste retraité de l’orchestre du Deutsches Oper.

    Coupée en deux par le grand boulevard de la Bismarckstrasse, le segment nord de la Fritschestrasse, où l’on retrouve quelques immeubles wilhelminiens, est un microcosme bien rafraîchissant. « Notre projet est parti de rien, pendant le Covid. Nous avons décidé de verdir les parterres d’arbres de la rue, de les entourer avec des pierres et d’installer des bancs ici et là. Mais aussi un “mini-parc” dégoulinant de verdure qui occupe deux places de parking », se rappelle Jörg Winners.

    Puis le groupe de voisins a grandi et l’action s’est structurée : « Chaque #arbre a un parrain ou une marraine qui veille au grain. C’est essentiel pour la pérennité du projet et de l’engagement. En 2023, nous avons installé plusieurs réservoirs le long des murs qui récupèrent une partie de l’eau de pluie. Chacun peut ainsi arroser à son gré », explique Hans Jürgen Zschäbitz en montrant un grand monolithe doté d’un robinet et devant lequel attendent des arrosoirs.

    Mais les deux compères, qui travaillent depuis activement avec Jochen Flenker et ses services, ne se sont pas arrêtés là. « Nous avons conçu un parterre entouré de branchages, d’une haie sèche, bordée de deux grosses pierres faites pour les chiens et qui évitent que l’urine ne tombe sur les plantes. Cela marche tellement bien qu’il y en a maintenant une cinquantaine et le quartier a officiellement adopté le modèle pour tous les futurs parterres du quartier », ajoute Jörg Winners.

    Il évoque ainsi le passage fréquent de journalistes, mais aussi de délégations d’autres villes, au point que l’initiative, déjà primée, est désormais reprise dans plusieurs autres villes, dont Hamburg, sous le nom du modèle berlinois. « Notre prochain objectif est d’augmenter les espaces verts en réduisant le nombre de voitures via la mise en place un système d’autopartage pour le voisinage », disent les deux amis avant de partir arroser leur rue.

    https://reporterre.net/Devenir-une-ville-eponge-le-combat-de-Berlin-contre-la-secheresse
    #urbanisme #aménagement_du_territoire #pluie

  • Les refuges climatiques seront utiles s’ils n’oublient pas de faire de la chaleur un objet politique

    Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur en quelques semaines à peine, le concept de refuge climatique, qui s’institutionnalise dans un certain nombre de pays, cristallise les espoirs des citoyens en surchauffe. Il peut s’agir d’une réponse prometteuse, mais uniquement à certaines conditions, notamment de les concevoir et de les déployer en gardant en tête des critères d’accessibilité, d’hospitalité et de justice socioécologique. En bref, d’en faire des objets politiques.
    Notre maison brûle et nous la regardons (enfin) en face. Alors que la France vient de connaître deux séquences caniculaires précoces et intenses, la chaleur semble s’imposer comme un problème public majeur. Le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré par Météo France et une nouvelle vague de chaleur touche désormais une grande partie du pays.

    Le traitement médiatique immédiat de la canicule s’est largement détourné des enjeux de fond, privilégiant des réponses à court terme et individuelles au détriment d’une réflexion collective sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Plan massif de climatisation, mise en cause des scientifiques, légitimation de la débrouille au sein des foyers…

    Ce cadrage tend à occulter une réalité bien documentée : celle des inégalités socioécologiques. L’exposition aux fortes chaleurs, la vulnérabilité face à leurs conséquences et les capacités d’adaptation varient selon les conditions de logement, l’état de santé, les ressources économiques, l’âge ou encore l’accès aux espaces publics. Les enquêtes sociologiques, à commencer par celle d’Eric Klinenberg sur la canicule de Chicago en 1995, montrent aussi que l’isolement social constitue un facteur majeur de surmortalité.

    Contre toute solution hâtive qui pourrait participer d’une maladaptation, les sciences sociales nous invitent à politiser la chaleur, en saisissant la canicule comme un problème social collectif permettant d’articuler les enjeux d’adaptation et ceux d’atténuation.

    Ainsi, ouvrir des refuges climatiques ne suffit pas : encore faut-il que ceux qui en ont besoin les connaissent, puissent s’y sentir à l’aise et s’en saisissent pour construire collectivement les conditions d’un « bien-vivre » dans un monde plus chaud.

    Refuges climatiques : de quoi parle-t-on ?

    Le concept de refuge climatique s’institutionnalise. De Buenos Aires à Bologne, en passant par Porto et Londres, de nombreuses villes l’adoptent pour adapter leur tissu urbain à la crise climatique et protéger leurs habitants de la chaleur.

    Barcelone fait figure de référence, avec un réseau de plusieurs centaines de refuges : écoles, bibliothèques, musées, parcs et jardins, répondant à des critères de confort thermique, d’accessibilité, de repos et d’accès à l’eau.

    Le contour des refuges climatiques varie pourtant d’une ville à l’autre. Certains réseaux privilégient les parcs et jardins, d’autres des équipements climatisés. En réaction, une définition minimale s’esquisse peu à peu dans la littérature scientifique : le refuge climatique conjugue rafraîchissement et hospitalité afin d’offrir un « réconfort thermique » limitant la vulnérabilité face aux aléas climatiques pour tenter de se protéger de l’aléa météorologique.

    Mais faire du confort thermique un enjeu politique suppose de mesurer le stress thermique vécu par les habitants, en tenant compte non seulement de l’îlot de chaleur urbain, mais aussi de l’ombre, de la ventilation, de la morphologie des rues et de la qualité des logements.

    Parce qu’il résulte des interactions entre expériences de chaleur, conditions de logement, ressources socio-économiques et accès aux refuges climatiques, le confort thermique appelle des politiques d’universalisme proportionné, bénéficiant à tous, tout en accordant une attention prioritaire aux plus vulnérables.

    Comment configurer les refuges climatiques ?

    Les villes font face à plusieurs défis. Le premier porte sur les infrastructures : faut-il créer de nouveaux espaces refuges ou bien adapter les services existants ?

    Le choix des techniques de rafraîchissement soulève en outre des enjeux environnementaux et politiques. La climatisation en est l’exemple emblématique : si son rôle dans l’accentuation de l’îlot de chaleur urbain est bien documenté, un usage ciblé reste indispensable pour les publics les plus vulnérables (seniors, enfants, SDF…).

    La recherche souligne aussi la nécessité d’adopter des pratiques architecturales favorisant le confort d’été : matériaux biosourcés, protections solaires (volets, stores) et solutions passives de rafraîchissement, comme les réseaux de froid urbain. Autant de leviers pour concevoir des refuges climatiques et adapter les villes.

    Ainsi, un réseau de refuges climatiques ne se réduit pas à des lieux frais. Ceux-ci doivent aussi proposer des services (eau, wifi, etc.) et être pensés, dès leur conception, comme des espaces d’hospitalité, ce qui suppose une animation et des personnels formés à ces nouveaux usages.

    L’enjeu de l’accessibilité

    La question de l’accessibilité du refuge est un élément clé à intégrer dans une perspective de justice socioécologique.

    - Cette accessibilité est d’abord temporelle : fréquemment, les équipements publics sont fermés lors des pics de chaleurs, et les espaces verts restent inaccessibles aux heures nocturnes les plus fraîches.

    - Elle est également spatiale : ignorer les frontières physiques ou symboliques limitant l’accès à ces infrastructures revient à renforcer les inégalités socioécologiques.

    - Elle est, enfin, territoriale : l’exemple de Bologne, en Italie, montre que les refuges climatiques gagnent à être pensés comme un réseau, relié par des cheminements rafraîchis. En Émilie-Romagne, le projet « Green Cells » s’appuie ainsi sur les coursives historiques ombragées pour rendre ce maillage praticable.

    Une question également culturelle

    Mais le défi à relever est également culturel. Concevoir des refuges climatiques suppose d’abord de les penser comme des lieux d’hospitalité et d’entraide.

    Les recherches montrent que leur conception mérite d’être pensée à partir des quartiers et des communautés concernées afin d’identifier les besoins des habitants et de favoriser leur appropriation. Dès leur conception, l’implication des réseaux de proximité est essentielle, comme à Porto, où le design et localisation des refuges climatiques s’inscrivent dans une méthodologie participative qui tient compte de la connaissance préexistante des lieux par les habitants.

    Autre changement culturel complémentaire : la diffusion d’une culture de rafraîchissement des corps. Au Japon, la démarche « Cool Biz » adapte les normes vestimentaires en été ; à Genève, l’interdiction du travail en extérieur l’après-midi en période de canicule s’accompagne de pédagogie quant aux gestes de rafraîchissement.

    Veut-on vraiment parler de « refuges » climatiques ?

    Le terme de « refuges climatiques » mérite qu’on s’y arrête : il est très largement associé à des représentations liées à la catastrophe, en lien avec les notions de « refuges » et de « réfugiés ». Or, si l’on veut penser ces lieux comme des espaces de solidarité, d’entraide et de soutien, il importe de dépasser cet imaginaire.

    Ils comportent aussi un potentiel effet repoussoir, lié à l’imaginaire néolibéral d’un individu autonome et puissant, peinant à se reconnaître comme vulnérable et interdépendant. Qui souhaite se dire « réfugié » climatique ? Et comment désigner ceux qui le sont réellement ? Les enquêtes montrent que les plus vulnérables, notamment les personnes âgées ou malades, sous-estiment leur propre vulnérabilité tout en l’identifiant plus facilement chez les autres. Faut-il y voir le signe du refus d’un potentiel stigmate associé à cette vulnérabilité ?

    Le choix des mots n’a rien de neutre au moment de concevoir des dispositifs d’action publique : faut-il parler de « haltes fraîcheurs », se limiter à la chaleur, intégrer aussi la protection contre le froid en hiver, ou viser plus largement des « lieux du bien vivre » ?

    La qualification retenue oriente les usages auxquels ces espaces sont destinés : simples réponses à une crise ou lieux de solidarité, de convivialité et de délibération sur nos manières d’habiter un monde où de nombreux seuils socioécologiques ont déjà été franchis. Plus qu’un changement de vocabulaire, elle engage un projet politique : faire de ces lieux des espaces où se renforcent les liens socioécologiques et où se construit, à partir des réalités locales, une conception partagée du bien vivre.

    Ainsi, les refuges climatiques ne seront à la hauteur du problème qu’à condition d’être plus que des points frais sur une carte : des lieux accessibles, intégrés aux pratiques habitantes, capables d’accueillir des publics vulnérables sans les stigmatiser, et de soutenir des apprentissages collectifs face à la crise socioécologique.

    https://theconversation.com/les-refuges-climatiques-seront-utiles-sils-noublient-pas-de-faire-d

    #villes #urbanisme #politique #refuges_climatiques #chaleur #urban_matter #canicule #accessibilité #hospitalité #justice_socioécologique #changement_climatique #atténuation #adaptation #climatisation #vulnérabilité #inégalités #isolement #isolement_social #surmortalité #politisation #politisation_de_la_chaleur #rafraîchissement #fraîcheur #réconfort_thermique #stress_thermique #îlots_de_chaleur #logement #infrastructure #architecture #entraide #corps

  • Towards a Commons of Urban Microclimates: Thermal Communities in Berlin

    The climate crisis is the most urgent planetary threat and presents specific challenges for urban planning and governance. European cities are particularly affected by rising temperatures, and there is a growing necessity to adapt them to warming summer conditions while retaining their capacity to withstand cold winters (IPCC 2022). This project argues that access to microclimatic commons and ‘thermal communities’ – a new concept that will be used to define informal communities constructed around thermal conditions – are important and overlooked elements driving both city-led responses and bottom-up initiatives that form part of climate adaptation. The project combines theoretical and ethnographic methods to examine the Heat Network (Netzwerk der Wärme), a municipal initiative for public heated spaces launched in Berlin during the energy crisis of winter 2022, as a case study. The Network, which included over 400 facilities, provided warm public spaces for residents who could not afford to heat their homes and led to the foundation of a civil-society crisis association (Krisenstab der Zivilgesellschaft Berlin) which aims to strengthen the city’s resilience to the climate crisis. While research on microclimates usually focuses exclusively on exteriors, this project highlights the continuity between indoor and outdoor spaces (Roesler 2022) and focuses on interior microclimates. Based on this case study, the project suggests that access to shared comfortable microclimates should be guaranteed to all, and especially to vulnerable residents, who are often most affected by the changing climate conditions (Saverino et all 2021, Hsu et all 2021, Li 2018). By considering microclimates as commons, departing from the idea of the urban commons as a collective practice and social relation rather than a resource (Harvey 2012, Federici 2019), the project demonstrates the crucial role of thermal communities in equitable urban climate adaptation processes.

    https://cmb.hu-berlin.de/events/thermal-communities-in-times-of-climate-crisis-a-berlin-case-study

    #Berlin #chaleur #canicule #villes #urbanisme #micro-climat_urbain #communautés_thermiques #microclimatic_commons #communs_micro-climatiques #communs #commun #adaptation #changement_climatique #Netzwerk_der_Wärme

    voir aussi:
    Rifugi climatici a Napoli: dalla mappatura civica alla rete cittadina
    https://seenthis.net/messages/1181883

  • Entretien avec #Assa_Traoré : 10 ans de combat pour #Adama
    https://histoirescrepues.fr/entretien-avec-assa-traore-10-ans-de-combat-pour-adama

    Assa Traoré était l’invitée d’#Histoires_Crépues. Dix ans après la mort de son frère Adama, elle revient sur le combat du comité Vérité pour Adama, le non-lieu prononcé par la justice française et l’héritage politique de cette lutte contre les violences policières.

  • #Canicule : la #charge_écologique pèse lourdement sur les #femmes

    Alors que la France traverse une canicule historique, les appels à adapter nos modes de vie s’intensifient. Mais les #écogestes reposent de manière disproportionnée sur les épaules des femmes rappelle une étude de la Fondation Jean-Jaurès, jusqu’au #risque_de_décrochage.

    Avec la canicule, impossible d’accueillir les enfants dans près de 2000 #écoles en France… Et ce sont majoritairement les femmes qui vont les garder à la maison sous des températures éprouvantes. Un #poids de plus sur leurs épaules.

    Depuis que les températures record rappellent l’urgence climatique, les appels à « #faire_des_efforts » pour la planète se multiplient. Mais derrière ces #injonctions, une réalité invisibilisée : ces efforts reposent encore très majoritairement sur les femmes. C’est ce que met en lumière une étude de la Fondation Jean-Jaurès, menée avec L’ObSoCo et Citeo, publiée le 25 juin 2026.

    #Argent, #temps, #équipement : ce sont généralement les obstacles invoqués avant d’entreprendre des efforts d’#adaptation. Pourtant, l’analyse menée par Diane Blanchard, Marie Gariazzo (L’ObSoCo) et Rozenn Nardin (Citeo) lève le voile sur un angle mort majeur de cette transition : l’#éco-citoyenneté se traduit trop souvent par un surcroît de #travail_domestique invisible majoritairement pris en charge par les femmes.

    #Fatigue

    Faire ses produits ménagers, acheter en vrac, cuisiner davantage ou encore gérer le tri et le compost demandent une #organisation complexe et chronophage. Résultat : une #fatigue_écologique s’installe. Certaines femmes interrogées évoquent un sentiment d’#épuisement, voire de #décrochage.

    « C’est très bien le #do-it-yourself, mais qui prend l’initiative de cela ? […] La question environnementale, c’est une #charge supplémentaire dans la besace de la #charge_mentale et dans les #tâches_domestiques pour les femmes. » note Amandine Clavaud, directrice de l’Observatoire égalité femmes-hommes à la Fondation Jean-Jaurès.

    Injonctions et #culpabilité

    L’étude décortique les #conditions_psychologiques dans lesquelles s’implantent ces nouvelles pratiques : « les hommes et les femmes rencontrés évoluent dans un univers saturé d’attentes, d’exigences et de rôles à tenir ». Les femmes sont face à une accumulation d’#injonctions : être une bonne mère, une professionnelle investie, et désormais une consommatrice exemplaire sur le plan environnemental

    Beaucoup des participantes décrivent un sentiment de fatigue, voire d’épuisement. Elles disent avoir l’impression que leurs #efforts ne sont jamais suffisants. Cette culpabilité est renforcée par une #inquiétude réelle face au dérèglement climatique, particulièrement chez les #mères qui associent directement la dégradation de l’environnement à l’avenir de leurs enfants.

    Répartition inégale

    L’étude montre que les écogestes sont loin d’être répartis équitablement au sein des couples. Les femmes réalisent encore majoritairement les #courses alimentaires, choisissent les produits, surveillent les emballages, organisent les repas et gèrent le tri des déchets. Elles sont aussi les premières à initier de nouvelles pratiques plus durables : achats en vrac, fabrication de produits ménagers, réduction des déchets ou compostage.

    Selon les données citées, 72 % des femmes déclarent s’occuper principalement des courses alimentaires, contre seulement 42 % des hommes.

    Travail invisible des femmes

    Et cette implication reste largement invisible. Les familles disent volontiers « on » « on trie », « on mange bio ». Les autrices analysent que « ce « on » ne révèle rien du « qui fait quoi ? » et agit comme un facteur de minimisation du rôle de chacun ». Derrière cette illusion de partage, elles tranchent : « derrière le « on est écolo », c’est souvent le #travail_invisible des femmes qui en est à l’origine. Les entretiens montrent que beaucoup de femmes minimisent elles-mêmes cette différence avant de reconnaître qu’elles sont celles qui pensent au compost, surveillent le tri ou rappellent les consignes au reste de la famille.

    Politique des écogestes

    L’étude insiste sur un point clé : la #transition_écologique ne pourra pas reposer uniquement sur les efforts individuels, et encore moins sur ceux des femmes.

    Le développement du #réemploi, par exemple, suppose une réorganisation complète du quotidien -stocker, rapporter, laver les contenants. Cette #réorganisation nécessite une réflexion sur le partage des tâches au sein des familles mais aussi et surtout sur les infrastructures avec des points de collecte accessibles, des services adaptés. Faute de quoi, ces nouvelles pratiques risquent d’aggraver les déséquilibres existants et d’être impossibles à faire tenir sur la durée.

    https://www.lesnouvellesnews.fr/canicule-la-charge-ecologique-pese-lourdement-sur-les-femmes
    #genre

    • L’#écologie du #quotidien : les femmes en première ligne

      Alors que la France connaît une canicule historique, force est de constater que l’écologie du quotidien se heurte à un triptyque structurant : argent, temps, équipement. Mais à ces marqueurs sociaux et économiques s’ajoute un angle mort : celui du genre. À partir d’entretiens qualitatifs, Diane Blanchard, cheffe de projet à L’ObSoCo, Marie Gariazzo, directrice à L’ObSoCo, et Rozenn Nardin, directrice innovation et anticipation à Citeo, montrent que la charge écologique repose principalement sur les femmes dans les ménages, accentuant les inégalités femmes-hommes, la fatigue, voire le décrochage.

      https://www.jean-jaures.org/publication/lecologie-du-quotidien-les-femmes-en-premiere-ligne
      #rapport

  • L’adaptation climatique : une question d’échelles
    https://lvsl.fr/ladaptation-climatique-une-question-dechelles

    L’adaptation au changement climatique est un sujet qu’il est parfois tentant de réduire à des comportements individuels. Il suffirait de végétaliser quelques espaces et d’inciter les citoyens à fermer les volets pendant la journée pour se protéger des fortes chaleurs – de même qu’il suffirait d’éduquer la population aux risques d’inondations pour éviter les situations de mise en danger. Mais la généralisation du dérèglement climatique et les effets d’interdépendance entre territoires semblent disqualifier une politique d’adaptation qui se contenterait de quelques modifications locales. Chaque #échelle du maillage institutionnel français est ainsi confrontée à des défis qui appellent l’action de l’échelle supérieure – et notamment du cadre national, souvent boudé par les mouvements (…)

    #Écologie #Adaptation_climatique #transition_écologique

  • Quarant’anni dopo, Chernobyl è un laboratorio naturale

    A quarant’anni dal disastro nucleare, flora e fauna selvatica hanno ricolonizzato l’area. L’esposizione prolungata alle radiazioni ha creato un luogo unico per studiare la tossicologia genetica. La rivista di Legambiente «Nuova Ecologia» lancia l’ebook «Figli della nube»

    Oltre alla tragedia umana, le conseguenze immediate dell’incidente del 26 aprile 1986 hanno portato alla distruzione completa della natura e della biodiversità della zona circostante la centrale nucleare di Cernobyl (Ucraina). A lungo termine, l’impatto sulla fauna selvatica e sulla vegetazione ha creato un laboratorio naturale unico nel suo genere per lo studio della tossicologia genetica in condizioni di esposizione cronica alle radiazioni. Con il passare degli anni, però, l’assenza di attività umana ha offerto anche alla flora e alle specie selvatiche l’opportunità straordinaria di ricolonizzare in maniera indipendente la cosiddetta “zona di esclusione”.

    Dal collasso ecologico all’adattamento

    L’esempio più eclatante dei danni generati nella fase acuta del disastro è stata la formazione della Foresta rossa, una pineta situata a circa quattro chilometri dal reattore, che ha ricevuto le dosi di radiazioni dirette più elevate. Nel giro di pochi giorni, gli alberi sono diventati di colore bruno-rossastro: la rappresentazione visiva di un’ecatombe annunciata. Insieme alla pineta hanno perso la vita tutte le specie, compresi i microrganismi del suolo. L’esposizione acuta alle radiazioni ha causato in quei giorni danni genetici diffusi nelle piante e negli animali, come hanno dimostrato le indagini sperimentali rivelando un’alta frequenza di aberrazioni cromosomiche, mutazioni genetiche e irregolarità nella divisione cellulare, oltre che una ridotta vitalità dei semi nella flora locale.

    Alcune specie animali hanno mostrato anche problemi riproduttivi, malformazioni dello sviluppo, insorgenza di cataratta e un aumento della mortalità embrionale. Tutti questi segnali avrebbero fatto credere che l’area di Cernobyl sarebbe rimasta deserta e inabitata per sempre. In un tempo relativamente breve, la natura si è invece ripresa i suoi spazi e sono emerse prove di risposte adattative efficaci. Alcune popolazioni di insetti, anfibi e roditori hanno mostrato segni di tolleranza e adattamenti importanti alle nuove condizioni.

    Vita nuova

    Un caso significativo è quello delle raganelle orientali (rane delle specie Hyla orientalis), che hanno mostrato una pigmentazione cutanea più scura. «I nostri monitoraggi dimostrano che le rane di Cernobyl sono molto più scure di quelle che vivono in altre zone dell’Ucraina – spiega Germán Orizaola Pereda, professore di Zoologia dell’Università di Oviedo, che dal 2016 studia lo sviluppo degli ecosistemi nell’area –. Questa condizione non è legata ai livelli di radiazione attuali, ma a quelli esistenti nel momento dell’incidente. Le rane melaniche si trovano proprio nelle zone che avevano i maggiori livelli di radiazioni nel 1986. Non dobbiamo quindi pensare che siano avvenute mutazioni in conseguenza delle radiazioni, ma che all’interno della variabilità cromatica di questa specie gli individui più scuri sono stati favoriti nella sopravvivenza e nella riproduzione perché la melanina blocca parzialmente il danno delle radiazioni. In poche generazioni, le rane verdi ’normali’ hanno lasciato il posto a queste più scure. Un esempio perfetto di selezione naturale, in piena ottica darwiniana». Sopravvivono, insomma, i più adattabili.

    Secondo l’esperto, tornare a vivere oggi nella zona di Cernobyl, con tutte le accortezze necessarie, non sarebbe più pericoloso che vivere in una qualsiasi grande città, inquinata e contraddistinta da diversi fattori di stress. «Quando parliamo di Cernobyl – insiste – ci riferiamo a una regione più grande di qualsiasi parco nazionale in Spagna o in Italia. Con la parte bielorussa al Nord e quella ucraina al Sud, parliamo di circa 4.500 km². Dopo l’incidente, la zona a Nord della centrale ha avuto impatti maggiori a causa del movimento dei venti. Ma oggi la zona sud, circa il 75 per cento della zona di esclusione, mostra livelli di radiazioni non particolarmente elevati. I composti radioattivi sono instabili e con il tempo si trasformano. Alcuni durano migliaia di anni, ma c’è una relazione diretta tra quanto rapidamente si trasforma un composto radioattivo e la sua capacità di generare danni: i più nocivi sono quelli che si trasformano più velocemente. Per questo – continua – a oggi la situazione è di gran lunga migliore di quanto pensavamo. C’è stato un processo di naturalizzazione che ha portato un’abbondanza di specie selvatiche».

    Nell’area di Chernobyl si registrano alci, caprioli, cervi, cinghiali, linci, orsi e altri animali che prosperano in assenza di attività umane, come i cavalli di Przewalski e i lupi. Anche le popolazioni di questi predatori sono state studiate a livello genetico: alcuni marcatori associati alla resistenza a determinati tumori sono risultati maggiori rispetto agli individui che vivono fuori dalla zona. Significa che i lupi con questo tipo di costituzione genetica, più resistenti alle radiazioni, sono quelli che hanno avuto il miglior risultato adattativo. «La natura della zona di Cernobyl è molto complessa: ci sono alcuni punti con radiazioni ancora elevate, che potrebbero influire su soggetti specifici. Ma uno dei problemi maggiori nell’area è che ancora cerchiamo di associare ogni elemento a un fattore negativo, come a voler ricercare una nostra conferma. Così facendo spesso si tende a semplificare – conclude il professore –, quando invece bisognerebbe analizzare bene le situazioni e metterle in prospettiva»

    https://lavialibera.it/it-schede-2632-quarant_anni_dopo_cernobyl_e_un_laboratorio_naturale
    #Tchernobyl #nature #adaptation #nucléaire #faune #flore #toxicologie_génétique #radiations #zone_d'exclusion

  • Nei campi della #Piana_del_Sele si continua a morire di sfruttamento e indifferenza

    A metà aprile un uomo di 36 anni di nazionalità indiana sarebbe stato abbandonato davanti all’ospedale Ruggi di Salerno con le gambe in cancrena e l’infezione agli organi interni. Un orrore che ricorda i fatti di #Satnam_Singh, il giovane lavoratore morto nell’Agro Pontino nell’estate 2024. La risposta della istituzioni è ancora oggi stentata, l’#omertà domina, in una delle aree agricole più produttive del Paese, regno della cosiddetta “#quarta_gamma

    Venerdì 17 aprile alcuni articoli della stampa locale diffondono la notizia che un uomo di 36 anni di nazionalità indiana sarebbe stato abbandonato davanti al Pronto soccorso dell’ospedale #Ruggi_di_Salerno con le gambe in avanzato stato di cancrena e l’infezione che avrebbe toccato gli organi interni. L’ennesima tragedia dello sfruttamento nei campi d’Italia.

    Sembra un fulmine a ciel sereno che scatena un piccolo terremoto, portando ad un’interrogazione parlamentare ai ministri del Lavoro e dell’Agricoltura da parte del deputato di Avs Franco Mari, a un appello della responsabile Lavoro nella segreteria nazionale del Partito democratico Maria Cecilia Guerra che richiede un solido programma di contrasto che parta dall’abolizione della Bossi-Fini e promuova controlli sistematici sul lavoro irregolare, e a uno della Cgil. Risposte ai quesiti posti non ne sono ancora arrivate.

    Le indagini della Squadra mobile di #Salerno sono in corso e secondo fonti della questura l’uomo sarebbe stato accompagnato al Ps nella notte tra il 10 e l’11 aprile da persone che lo conoscevano. Sarebbe in possesso di documenti ma non è possibile conoscere né l’identità della persona né chi l’abbia accompagnato. Secondo le notizie più recenti, che filtrano a fatica, le condizioni di questa persona sarebbero in leggero miglioramento. Ogni ipotesi è ancora sul tavolo degli inquirenti, compresa quella di un incidente sul lavoro non denunciato, e di un trasporto in ospedale tardivo dopo qualche tentativo di curare le ferite.

    A provocare un quadro clinico di tale gravità potrebbe essere stato il contatto non protetto e prolungato con diserbanti o altre sostanze chimiche utilizzate in agricoltura o in zootecnia.

    “Dobbiamo avere risposte da istituzioni e organismi inquirenti. Non possiamo abbandonare e dimenticare questa persona e i motivi per cui si trova in questo stato. Sfruttamento, caporalato, povertà? Non sappiamo, ma dobbiamo sapere e con certezza”, spiega il sociologo Gennaro Avallone, docente dell’Università di Salerno da anni impegnato a studiare le condizioni di vita e di lavoro dei lavoratori migranti della piana.

    “Voci e ipotesi aiutano all’inizio ma, poi, se non si trasformano in certezza, possono diventare un motivo per abbassare l’attenzione pubblica e politica. Abbiamo bisogno di sapere, ne abbiamo bisogno tutti, a partire dalla popolazione immigrata e da chi vive di lavoro. Mi aspetto, pertanto, risposte istituzionali a breve, a partire dagli esiti delle indagini di polizia”.

    Sono parole forti che spiegano anche come mai quello che sembrava un terremoto non sembra aver scosso più di tanto l’ambiente istituzionale. Aleggia un’ombra di omertà, un muro di gomma che attutisce ogni episodio riguardante i lavoratori migranti della zona rendendolo un piccolo sommovimento. E facendo cadere nel dimenticatoio questa terra in cui i fratelli di Satnam Singh muoiono da anni nel silenzio, lontano dai riflettori, ed insieme a loro tanti altri lavoratori migranti.

    La Piana del Sele, così poco conosciuta, con i suoi circa 450 chilometri di estensione, è una delle aree agricole più produttive d’Italia. Non è l’oceano di plastica che sommerge Almeria, in Spagna, ma un mare relativamente più piccolo di estensione, oltre seimila ettari di serre a costellare lo spazio che va da #Pontecagnano a #Capaccio dall’altra lungo il mare, spingendosi all’interno fino a #Montecorvino e #Battipaglia. Regno della cosiddetta “quarta gamma” italiana, rappresenta un avamposto dell’agro-industria nazionale che per quote di esportazione primeggia sui mercati europei, oltre ad essere uno dei centri della zootecnia di qualità.

    Un mare che dietro a onde apparentemente più tranquille sommerge tra sfruttamento ed indifferenza centinaia di lavoratori migranti.
    Quanti? È difficile da capire, con una comunità indiana di oltre tremila persone e quasi duemila lavoratori migranti di altre nazionalità che vivono nel solo territorio di #Eboli. Tanti vivono all’interno delle aziende, in catapecchie disseminate nel territorio tra le strade strette che portano da una serra all’altra e quelle che si inerpicano tra campagna, allevamenti e caseifici. O in luoghi come #Campolongo, nella periferia di Eboli, dove i lavoratori migranti trovano un alloggio, per quanto precario, tra case abusive e baracche. Tanti sono morti nei campi o per cause non ancora accertate ma strettamente legate alle condizioni di vita. Almeno sei solo in questo anno e mezzo ma le organizzazioni del territorio ne segnalano un numero maggiore, anche se difficilmente verificabile senza l’aiuto delle autorità locali.

    Tra questi #Manjinder_Singh_Rimpa, lavoratore indiano morto schiacciato da un trattore l’8 novembre 2024 in un’azienda della zona. Era originario del villaggio di Tashpur, nel Punjab e da tempo viveva in Italia insieme alla sua famiglia. Le reali circostanze della morte sono ancora oggi da chiarire. Come quelle se possibile ancora più inquietanti che riguardano un altro lavoratore indiano, il cui corpo è stato ritrovato all’interno di una vasca di raccolta del letame l’8 luglio scorso, in un’azienda bufalina in località Borgo San Lazzaro a Serre, poco distante da Eboli. Secondo le ricostruzioni, il corpo ormai in avanzato stato di decomposizione è stato ritrovato quando alcuni lavoratori hanno attivato un macchinario per svuotare la vasca allagata dall’abbondante acqua piovana caduta nelle ore precedenti.

    Tra questi due episodi, almeno altre due morti, una il 13 maggio 2025 a Positano che ha riguardato un lavoratore di origine indiana di 54 anni, e quella del venticinquenne #Sandhu_Gurmeet_Singh, lavoratore sempre indiano che abitava e lavorava in un’azienda agricola ad #Altavilla_Silentina, paese confinante con Serre, ritrovato senza vita lungo le rive del fiume Calore, nascosto tra i rami. Attivisti e realtà del territorio sono impegnate da tempo alla ricerca di risposte ma fino ad ora non hanno ricevuto nulla, mentre la piana del Sele sta diventando un buco nero che inghiotte al suo interno vite, diritti e verità.

    E non bisogna neanche andare così indietro nel tempo per rendersi conto della drammaticità della situazione. Il 14 aprile, mentre il lavoratore indiano portato al Ruggi stava lottando tra la vita e la morte, in una catapecchia nei pressi di Campolongo veniva infatti ritrovato il corpo di un giovane cittadino straniero, in avanzato stato di decomposizione. Quando sono arrivate le forze dell’ordine hanno potuto constatare come il corpo si trovasse lì da almeno un paio di settimane ma al momento le autorità non hanno ancora reso note le generalità ufficiali del giovane. Secondo fonti locali si tratterebbe di #Adama_Coulibaly, un ragazzo di origine maliana, costretto a nascondersi perché privo di regolare titolo di soggiorno e a lavorare accontentandosi di qualche impiego in nero nelle aziende della zona. Mary Coulibaly, cugino del ragazzo, lui sì fortunato possessore di titolo di soggiorno, racconta che negli ultimi tempi non si vedeva molto in giro, aveva detto che sarebbe partito altrove in cerca di qualche altro lavoro. Lo shock è stato forte, e forse appellandosi a questo motivo si rifiuta di riconoscere quel corpo come quello di Adama.

    Resta il dramma e la sensazione che si poteva fare qualcosa per aiutarlo, come sicuramente si poteva fare qualcosa per aiutare #Badhan_Sameer, un ragazzo indiano che viveva per strada, trovato morto in piazza della Repubblica ad Eboli il 2 marzo scorso. Aveva da poco compiuto 40 anni, le prime valutazioni del medico legale e degli inquirenti parlano di cause naturali, aggravate dalle precarie condizioni di vita all’aperto e dal freddo del periodo. Anche in questo caso, ci vorrà tempo per chiarire le cause materiali di queste morti, non è difficile però legarle alla disumana realtà con cui i lavoratori migranti sono costretti a confrontarsi in Italia. Ma tutte, sono storie che ci parlano di condizioni di lavoro precarie, emarginazione, sofferenza, sfruttamento, mancate risposte da parte delle istituzioni.

    Fino ad ora, malgrado alcuni progetti siano in fase di definizione, non ci sono strutture in grado di fornire soluzioni a chi vive queste condizioni di marginalità estrema. Fonti del’amministrazione comunale ebolitana indicano come almeno il progetto legato ai fondi Pnrr della misura dedicata alla fuoriuscita dagli insediamenti abusivi si stia avviando verso la sua definizione, ma anche su questo ci sono poche certezze. L’unica cosa certa è che i fondi sono stati autorizzati dalla struttura commissariale ma che il Comune non ha mai ritenuto necessario rispondere alle richieste di accesso civico generalizzaato presentategli nel corso dell’ultimo anno.

    https://altreconomia.it/nei-campi-della-piana-del-sele-si-continua-a-morire-di-sfruttamento-e-i

    #exploitation #agriculture #Italie #décès #industrie_agro-alimentaire #travailleurs_immigrés #conditions_de_travail #conditions_de_vie

  • #Intoxication durable : comment les cultivateurs de cacao de #Lindt & #Sprüngli sont exposés à des #pesticides hautement toxiques

    Dans le cadre du programme de durabilité de Lindt & Sprüngli, des cultivatrices et cultivateurs de cacao ghanéen·ne·s utilisent des pesticides interdits dans l’UE et en Suisse, mettant ainsi leur #santé en danger. Pendant des années, l’intermédiaire suisse #Ecom a même activement distribué des pesticides dangereux lors de formations aux agricultrices et agriculteurs cultivant du cacao pour #Lindt_&_Sprüngli.

    « Cela me rend triste de voir ma ferme dans cet état », déplore Osei Kwame Williams. Nous avons rendez-vous avec le cultivateur de cacao sur sa ferme à Mfanibu. Le petit village se trouve dans la région d’Ashanti, au Ghana, connue pour son cacao. Des milliers de petit·e·s agricultrices et agriculteurs en cultivent ici sur de petites parcelles, qui ressemblent à des forêts basses avec une seule espèce d’arbre. Le cacao n’est pas une espèce indigène du Ghana et il est principalement cultivé en monocultures. Pour ce faire, la forêt tropicale est souvent déboisée. Les arbres de Williams sont grands et ramifiés ; on voit qu’ils n’ont plus été taillés depuis longtemps. L’élagage est essentiel pour la santé des cacaoyers et une bonne récolte. « Mais c’est trop tard maintenant », indique Williams. L’herbe et les mauvaises herbes sont également hautes sous les arbres. Elles puisent l’eau du sol, laquelle serait nécessaire aux arbres, étant donné qu’il n’a pas assez plu ces derniers mois. La crise climatique affecte de plus en plus les agricultrices et agriculteurs. Les périodes où les températures maximales quotidiennes dépassent les 32 °C se sont allongées de trois semaines par année lors de la dernière décennie. Il fait trop chaud pour les cacaoyers.

    Williams montre un petit insecte sur une jeune cabosse (fruit du cacaoyer) encore verte poussant sur le tronc d’un cacaoyer. C’est une espèce de #punaise, appelée « #Akate » au Ghana. « Elles détruisent tout ici », relève-t-il. Sous l’un des arbres gisent deux récipients en plastique vides d’un #insecticide nommé « #Akate_Star ». Il semble ne pas avoir fait effet. Les punaises ne sont pas le seul fléau contre lequel se bat l’agriculteur : la pourriture brune des #cabosses du #cacaoyer lui pose aussi problème. Dans l’herbe, il y a des cabosses noires, qu’on dirait brûlées. Elles sont infectées par un #champignon. De plus, des #termites se sont installées dans certains troncs d’arbres et les creusent depuis l’intérieur. Au Ghana, le secteur du cacao traverse une crise sans précédent. Les personnes qui en souffrent le plus sont les petit·e·s cultivatrices et cultivateurs, comme Osei Kwame Williams. La plupart vivent dans la #pauvreté, car ils n’arrivent pas à vendre leurs #fèves à des #prix leur permettant de couvrir leurs besoins vitaux.

    Sur le site Internet, des cultivatrices de cacao qui dansent

    Sur le papier, la ferme de Williams est une « demo plot », une ferme de démonstration de la #multinationale suisse du chocolat Lindt & Sprüngli. Aux abords de la ferme, vers la route, un panneau métallique caché dans les hautes herbes met en évidence cette collaboration. La pluie a effacé le logo du « Lindt & Sprüngli Farming Program », qu’on ne reconnaît presque plus. La multinationale suisse se procure la plupart de ses fèves de cacao au Ghana, lesquelles sont ensuite transformées à Kilchberg (ZH) et dans d’autres usines dans le monde entier en plaques de chocolat, lapins de Pâques et pralinés. Selon ses propres informations, la multinationale travaille avec 61 000 cultivatrices et cultivateurs de cacao ghanéen·ne·s. C’est plus que dans n’importe quel autre pays d’où Lindt & Sprüngli importe du cacao.

    Tous font partie du « Farming Program ». « Le Farming Program vise à créer des conditions de vie décentes et durables pour les producteurs de cacao et leurs familles, mais aussi à promouvoir des pratiques agricoles plus durables », écrit à notre demande une porte-parole de Lindt & Sprüngli. Le logo du programme, une cabosse jaune sur fond brun, figure sur la plupart des produits de Lindt & Sprüngli. Il est censé garantir aux consommatrices et consommateurs, surtout en Europe et aux États-Unis, que le cacao est issu d’une production durable et équitable. Sur le site Internet du programme, on voit des photos de cultivatrices de cacao qui sourient et dansent. Tout est très coloré et positif. Si l’on croit le fabricant de chocolat de Kilchberg, la ferme aux apparences abandonnées d’Osei Kwame Williams serait le reflet d’une collaboration fructueuse.

    « Par le passé, Lindt était le plus grand acheteur de cacao de la région », raconte Williams. En 2014, il a été contacté par des agronomes d’Ecom. Cette multinationale #suisse de matières premières est le principal partenaire de Lindt & Sprüngli au Ghana et met en œuvre son programme de durabilité . Les agronomes cherchaient une ferme de cacao facilement accessible en voiture, à proximité de la route. L’agriculteur leur a loué une partie de son terrain. En échange, il a reçu 250 cedis ghanéens par mois, soit environ 20 dollars américains. Il a aussi reçu gratuitement des engrais synthétiques et des insecticides. Lindt & Sprüngli a financé une petite école dans le village et a promis aussi, selon Williams, de construire un puits. Mais celui-ci n’existerait pas encore à ce jour. Les agronomes d’Ecom ont pris des échantillons du sol, ont taillé les arbres et ont apporté des pulvérisateurs pour traiter les arbres avec des insecticides. L’agriculteur se souvient des produits utilisés : « Confidor » et « Akate Master ». « Ils ont sprayé les arbres chaque mois, d’avril à novembre, à un rythme que je n’aurais jamais pu me permettre. » Les récoltes sur la « demo plot » étaient bonnes, bien meilleures que sur le reste du terrain. Ecom a utilisé la ferme de Williams pour donner des formations à des agricultrices et agriculteurs de la région. Ils y apprenaient non seulement la théorie d’une lutte durable contre les nuisibles, mais aussi comment utiliser des engrais synthétiques et des pesticides pour maximiser les rendements. À l’époque, il récoltait dix sacs de cacao sur un peu moins d’un demi-hectare, raconte Williams. « Aujourd’hui, j’arrive tout juste à quatre sacs. »

    Risque pour le système nerveux et la capacité de développement

    Les insecticides « #Confidor » et « #Akate_Master », que les agronomes d’Ecom ont apportés sur la ferme de Williams, contiennent des substances interdites dans l’UE et en Suisse en raison de leur dangerosité pour la santé humaine et l’environnement. Le « Pesticide Action Network » (PAN), réseau international d’action contre les pesticides, dont les recommandations sont suivies par de nombreux scientifiques et ONG, classe ces produits dans la catégorie des « #highly_hazardous_pesticides » (#HHP), soit des pesticides hautement dangereux. « Certains HHP sont connus pour provoquer des dommages à la santé sévères et chroniques », affirme Joey Salmon de la section britannique du PAN. « Ils peuvent nuire aux fonctions du système nerveux et à la capacité de reproduction et de développement. » Le recours généralisé à ces pesticides dans la production ghanéenne de cacao est alarmant, surtout en ce qui concerne la santé des communautés cultivant cette plante. « Elles doivent d’urgence passer à des méthodes moins nocives pour la santé, basées sur des principes agroécologiques. »

    À cela s’ajoute encore le fait que le produit Confidor contient de l’#imidaclopride. Ce principe actif fait partie de la catégorie des #néonicotinoïdes, connus pour tuer les abeilles. Ils attaquent le système nerveux central des insectes, ce qui a pour conséquence de les faire mourir. En 2018, l’imidaclopride a été interdit dans l’UE en raison des risques « inacceptables » pour les abeilles.

    Dans le cadre de la présente enquête, nous avons interviewé dix-sept cultivatrices et cultivateurs de cacao autour de #Tepa et de #Goaso, deux districts au nord-ouest de la capitale provinciale #Kumasi. Sept d’entre eux vendent leurs fèves à Ecom, le plus important partenaire local et acheteur de Lindt & Sprüngli au Ghana. Et quatre d’entre eux, dont Osei Kwame Williams, faisaient ou font partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Toutes les personnes interrogées nous ont raconté avoir régulièrement utilisé des pesticides, certes autorisés au Ghana, mais classés comme hautement dangereux par le réseau PAN et interdits dans l’UE et en Suisse.

    Des substances toxiques dans la chaîne d’approvisionnement

    Sur son site Internet, Lindt & Sprüngli cite cinq principes pour un approvisionnement responsable en cacao, notamment « les partenariats sur le long terme » avec les fournisseurs, un « programme d’approvisionnement responsable » et « la traçabilité et la transparence des chaînes d’approvisionnement ». Nous avons demandé à Lindt & Sprüngli dans quelle mesure l’utilisation de pesticides hautement toxiques dans le cadre de son programme de durabilité était compatible avec le principe d’un « programme d’approvisionnement responsable ». « Un contrôle du respect de la liste des pesticides est une exigence importante qui doit être garantie par les fournisseurs (y compris Ecom) », écrit la porte-parole. Toutefois, cette « liste des pesticides » n’est ni accessible au public, ni fournie sur demande par Lindt & Sprüngli. « Ceci n’est pas possible en raison d’obligations contractuelles », précise la porte-parole. Nous aurions aussi voulu savoir où se trouvent les 1060 « demo plots » au Ghana qui, selon Lindt, accueillent des formations sur le développement durable et promeuvent « la production et l’utilisation de produits et engrais organiques ». Sur cette question aussi, la multinationale fait blocage. La liste des fermes de démonstration ne peut pas être rendue publique « pour des raisons de protection des données », affirme la porte-parole.

    Lindt & Sprüngli a entièrement externalisé la mise en œuvre de son « Farming Program ». Au Ghana, ce sont plusieurs entreprises de matières premières actives dans le pays qui s’en chargent, notamment « #Olam_International_Limited », « #Touton_SA » et « #Ecom_Agrotrade Ltd. ». D’une part, elles organisent sur place les formations avec les agricultrices et agriculteurs ; d’autre part, elles leur achètent les #fèves_de_cacao sur mandat de Lindt & Sprüngli. La multinationale du chocolat, quant à elle, emploie au Ghana un seul et unique collaborateur, qui surveille la mise en œuvre du programme. Le contact direct avec les agricultrices et agriculteurs est assuré par 360 employé·e·s des trois entreprises de négoce précitées, qui sont entièrement payé·e·s par Lindt & Sprüngli. Le partenaire le plus important au Ghana est Ecom. Multinationale de matières premières active dans le monde entier et dont le siège principal se trouve à Pully, dans le canton de Vaud, Ecom s’est spécialisée dans le négoce de cacao, de café et de coton. Sa valeur se chiffre en milliards.

    Selon ses propres informations, Lindt & Sprüngli travaille avec 2400 agricultrices et agriculteurs à Tepa et à Goaso, deux districts au nord-ouest de la capitale provinciale Kumasi. Toutefois, il est difficile de déceler sur place des signes de la présence de Lindt. Nous trouvons le logo du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli seulement dans les dépôts d’Ecom à Tepa, là où les fèves sont emballées dans des sacs en vue de leur exportation. Pratiquement toutes les agricultrices et tous les agriculteurs à Tepa et à Goaso à qui nous avons montré le logo sur notre smartphone nous ont dit ne l’avoir jamais vu ni avoir entendu parler de ce programme.

    Nous ne trouvons sur place aucune trace de la collaboration étroite avec les producteurs que l’entreprise aime suggérer dans sa communication. La plupart des agricultrices et agriculteurs n’ont aucune idée de ce qu’il advient de leurs fèves. Ils les vendent à un acheteur local (local buying clerk), qui reçoit de l’argent d’une société d’achat agréée par l’État (licenced buying company), par exemple Ecom, pour se procurer des fèves de cacao auprès des agricultrices et agriculteurs. Cependant, Ecom ne peut pas exporter les fèves directement en Suisse, mais les vend tout d’abord à l’entreprise étatique « #Ghana_Cocoa_Board » (#Cocobod), qui règle l’ensemble des exportations. La plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao connaissent le nom de la société agréée par l’État à qui ils vendent leurs fèves. Mais seule une minorité connaît la multinationale qui produit du chocolat à partir de leur matière première. La chaîne d’approvisionnement du cacao manque notoirement de #transparence. Malgré cela, Lindt & Sprüngli vante son approche « #Bean_to_Bar » (de l’achat des fèves à la production des tablettes de chocolat). Sur le site Internet de la multinationale, on peut lire : « Ce n’est qu’en sachant où nos fèves de cacao sont cultivées que nous pouvons avoir une influence sur les conditions de vie des familles d’agriculteurs dans les pays producteurs de cacao. »

    Des #primes bienvenues, mais pas de #prix_équitable

    Joseph, dont le vrai nom nous est connu, mais que nous ne mentionnerons pas ici pour sa sécurité, fait partie de ceux qui connaissent Lindt & Sprüngli. Il vit à #Akwaiase, qui se trouve à quelques kilomètres de Tepa. Lorsque nous arrivons chez lui, il est assis sur une chaise en plastique sous un manguier. Devant lui, un grand tas de cabosses noires, pourries. Derrière lui, un puits, une moto, une remise et une maison simple faite en briques brutes avec un toit de tôle. Il y vit avec sa femme et ses huit enfants. Il porte des sandales noires, un pantalon en toile beige et un t-shirt sale. Au-dessus de sa barbe noire sourient deux yeux fatigués.

    Il a participé à plusieurs formations organisées par Ecom dans le cadre du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. En contrepartie, il a reçu en automne dernier une prime d’environ 150 dollars américains, versés sur son téléphone portable, pour 18 sacs de cacao livrés à Ecom. Il était très heureux de recevoir cette prime et il espère qu’elle sera encore un peu plus élevée cette année. Car il ne parvient pas encore à atteindre un prix équitable pour son cacao, raconte Joseph. Le prix par sac s’élevait en juin 2025 à 3100 cedis ghanéens (environ 250 dollars américains). Ce prix est établi par l’entreprise étatique Ghana Cocoa Board (Cocobod). Pour Joseph, un prix équitable serait d’environ 7000 cedis ghanéens (570 dollars américains). La « prime de durabilité » d’environ 8 dollars américains par sac versée par Lindt ne comble que peu cet écart.

    Outre les prix bas, ce sont surtout les nuisibles qui préoccupent Joseph. « Nous pulvérisons les arbres presque chaque mois, et si les produits n’étaient pas aussi chers, nous le ferions même deux fois par mois. » Il nous conduit dans une remise en bois devant la maison. Une femme y prépare à manger sur un foyer ouvert. Dans la remise, Joseph stocke ses produits agrochimiques et une combinaison qu’il porte lorsqu’il traite ses arbres. Il va chercher un sac en jute et nous montre son contenu : des récipients en plastique contenant les insecticides « #Acati_Power », « #Konmidor » et « #Akate_King ». Ces trois produits ont comme principes actifs de la #thiaméthoxame, de l’imidaclopride et de la #bifenthrine, trois substances qui ne sont plus autorisées dans l’UE ni en Suisse car elles sont dangereuses pour la santé et l’environnement.

    Et aussi du paraquat pour cultiver le cacao

    « Aujourd’hui, la plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao au Ghana ne voient plus d’alternative à l’utilisation de pesticides », affirme Issifu Issake, président de la « Ghana Cooperative Cocoa Farmers Association », une organisation faîtière représentant 75 associations et des milliers de cultivatrices et cultivateurs de cacao dans neuf régions. Parmi ces cultivateurs, certains vendent leurs fèves à Ecom et Lindt & Sprüngli. « Mais seule une minorité utilise un équipement de protection pour pulvériser les arbres, ce qui met fortement leur santé en danger », relève-t-il. Pour sortir de cette spirale négative, il a quant à lui commencé à produire de manière biologique et a renoncé aux pesticides chimiques, raconte Issake. Au début, cela demandait plus de travail et coûtait plus cher, mais sur le long terme c’est mieux pour la santé, les sols et la résilience vis-à-vis de la crise climatique. Son organisation essaie de sensibiliser les agricultrices et agriculteurs aux dangers liés à l’utilisation de pesticides sans équipement de protection. « Mais la plupart des agriculteurs sont désespérés. Ils utilisent dans leurs champs tout ce qu’ils trouvent dans les magasins agricoles. »

    Pour cette enquête, nous nous sommes rendus dans cinq magasins agricoles de la région d’#Ashanti, dont l’un collabore avec le « Ghana Cocoa Board » (Cocobod). Cette autorité publique fait des recherches et donne des recommandations sur les produits agrochimiques à utiliser pour la culture du cacao. La plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao s’y réfèrent. Tous les magasins visités vendent de nombreux pesticides dont les principes actifs ne sont plus autorisés dans l’UE ni en Suisse. Les produits s’appellent « Akate Star », « #Akate_Rock_Star » ou « #Aceta_Star » (contenant de la bifenthrine), « #Galil_300_SC » (contenant de l’imidaclopride) ou encore « #Actara_240_SC » et « #Acati_Power » (contenant du #thiaméthoxame). Ce qui est frappant dans les magasins et dans les champs, c’est la forte présence de pesticides de la marque « #Adama ». La multinationale israélienne de l’agrochimie appartient depuis 2017 à #Syngenta Group, dont le siège principal est à Bâle.

    Dans les magasins, on trouve aussi une série de produits à base de #paraquat avec des noms tels que « #Gramostrong », « #ParaeForce » et « #Haouquat ». Ce sont des copies du produit original de Syngenta « #Gramoxone », principalement fabriquées par des producteurs chinois ou indiens. Le Paraquat est aujourd’hui interdit dans plus de 70 pays ; en Suisse, l’interdiction date de 1989 et dans l’UE, de 2007. La raison principale de cette décision : la haute #toxicité du produit. Il suffit d’une petite gorgée de paraquat pour que les organes humains cessent de fonctionner. Le paraquat est connu pour être utilisé par des petits agriculteurs désespérés dans les pays du Sud pour se suicider. Ce produit est surtout utilisé dans la culture maraîchère, mais plusieurs cultivateurs nous ont raconté avoir utilisé le paraquat contre les mauvaises herbes poussant sous les cacaoyers.

    Irritation de la peau, yeux qui brûlent et difficultés respiratoires

    Au Ghana, le recours aux pesticides a fortement augmenté ces dernières années. Selon un rapport de la FAO datant de 2023, 9700 tonnes de pesticides sont utilisées par année au Ghana ; c’est environ sept fois plus qu’en 2010. En 2020, 246 insecticides et 272 herbicides étaient autorisés au Ghana. Parmi les pesticides, on trouve de nombreux néonicotinoïdes, tenus pour responsables de la mortalité massive des abeilles en Europe. Au Ghana, la population de moustiques qui pollinisent les fleurs du cacaoyer a été à tel point décimée par l’utilisation des néonicotinoïdes que le gouvernement a décidé en 2017 de lancer un programme national de pollinisation manuelle des cacaoyers. Environ 30 000 jeunes ont été engagé·e·s à cette fin. Des enquêtes récentes montrent qu’aujourd’hui 70 à 85% des agricultrices et agriculteurs ghanéen·e·s utilisent des produits agrochimiques. Un grand nombre de cultivatrices et cultivateurs de cacao nous ont raconté consacrer environ un tiers de leurs recettes à l’achat de produits agrochimiques. Beaucoup doivent contracter des crédits et s’endettent pour pouvoir acheter ces produits.

    Raymond Owusu-Achiaw est expert en matière de pesticides et de lutte intégrée contre les nuisibles auprès de l’ONG ghanéenne « Conservation Alliance International ». Depuis des années, son organisation essaie, en collaboration avec des partenaires internationaux, de rendre le secteur du cacao plus équitable et moins nocif pour l’environnement. Nous avons rendez-vous avec lui pour un entretien au siège principal de l’ONG à Accra, la capitale du Ghana. « Les conséquences sanitaires liées à l’utilisation de pesticides dans la culture du cacao sont visibles », affirme-t-il. « Les agriculteurs me parlent d’irritations cutanées, de sensation de brûlure aux yeux et de difficultés respiratoires après la pulvérisation. » La grande majorité sait maintenant que l’utilisation de pesticides hautement dangereux sans protection met leur santé en danger. « Mais la plupart des agriculteurs luttent pour leur survie et veulent pouvoir récolter à tout prix. C’est pourquoi les dommages causés à la santé sur le long terme passent souvent au second plan. »

    Les acheteurs internationaux de cacao, comme Lindt & Sprüngli, ont certes élaboré des politiques qui présentent bien sur le papier, relève Owusu-Achiaw, mais ils n’ont la plupart du temps aucun contrôle sur ce qui se passe vraiment sur place. « Ce qui compte, c’est ce qui se passe sur les fermes des cultivatrices et cultivateurs de cacao, et non pas de ce qui est écrit dans les rapports de durabilité des producteurs de chocolat. » Il critique le fait que la responsabilité soit reportée sur les intermédiaires, les entreprises appelées « Licensed Buying Companies », telles qu’Ecom au Ghana. « Les entreprises en Europe réalisent les plus grands bénéfices dans la chaîne d’approvisionnement du cacao ; elles ont par conséquent une responsabilité vis-à-vis des agriculteurs et des communautés qui cultivent le cacao. »

    Le recours aux pesticides dans la chaîne d’approvisionnement manque de transparence

    Selon l’ONG allemande « Inkota », qui travaille depuis des années sur la question de l’utilisation des pesticides en Afrique, aucun grand fabricant de chocolat n’a jusqu’à présent publié de documentation systématique sur les pesticides présents dans sa propre chaîne d’approvisionnement. « La plupart des entreprises ne savent pas quels pesticides sont utilisés par leurs agricultrices et agriculteurs et à quelle fréquence », relève Juliane Bing, chargée jusqu’en été 2025 de la question du cacao au sein d’Inkota. « Les effets sur la santé restent méconnus, car il n’y a pas de collecte systématique de données sur les problèmes de santé chroniques dus à l’exposition aux pesticides. »

    Dans le rapport de durabilité de Lindt & Sprüngli pour l’année 2024, les pesticides ne sont pas une seule fois mentionnés. En revanche, le terme de « durabilité » apparaît sur 61 pages et jusqu’à 35 fois par page. Sur le site Internet du « Farming Program », on trouve une rubrique « Foire aux questions » (FAQ), où figure notamment la question suivante : « Des pesticides sont-ils utilisés dans la chaîne d’approvisionnement de Lindt & Sprüngli ? ». On apprend notamment que les partenaires locaux de Lindt proposent des formations promouvant des techniques agricoles plus durables afin de réduire le besoin en pesticides dans la production de cacao. Plus loin, il est écrit : « Dans le cadre de nos investissements dans l’approvisionnement responsable en cacao, les agriculteurs reçoivent exclusivement des produits biologiques (« organic inputs ») pour leurs plantations de cacao. » En creusant un peu plus, on trouve dans le « Verification Guidance Document » du « Farming Program » une série de critères relatifs à l’utilisation de pesticides. Lindt & Sprüngli exige d’Ecom et des autres fournisseurs de sa chaîne d’approvisionnement de :

    – réduire au maximum l’utilisation de substances dangereuses et veiller à ce qu’elles soient utilisées en toute sécurité ;
    - garantir que les agricultrices et agriculteurs n’utilisent des « produits phytosanitaires chimiques » qu’en dernier recours (« last resort ») et qu’ils privilégient d’autres méthodes manuelles pour lutter contre les nuisibles ;
    - réduire au maximum les effets négatifs sur les ressources naturelles via un « système d’élimination des produits chimiques et des déchets » (« chemical and waste management »), notamment en éliminant correctement les contenants des pesticides ;
    – faire en sorte que tous les produits chimiques soient stockés dans des endroits bien aérés, hors de la portée des enfants et loin de la nourriture ;
    - faire en sorte que les personnes qui pulvérisent les pesticides portent un équipement de protection en bon état.

    Comme le montre notre enquête à Tepa et à Goaso, ces lignes directrices ne sont pas suivies sur le terrain. L’utilisation de pesticides hautement dangereux n’est pas réduite, mais ne cesse au contraire d’augmenter. Les pesticides ne sont pas utilisés « en dernier recours », mais constituent souvent le premier choix dans la crise actuelle. Il n’y a aucun « système d’élimination des produits chimiques et des déchets » à proprement parler. Sur les fermes visitées, des contenants vides de pesticides gisent dans l’herbe entre les arbres. Il n’y a pas de points de collecte dans les magasins agricoles. Comme le racontent les agricultrices et agriculteurs, ils ramassent de temps à autre les contenants et les brûlent. Et aucun·e des cultivatrices et cultivateurs de cacao avec qui nous avons discuté n’utilise un équipement complet de protection « en bon état » pour sprayer les arbres.

    En pleine nébuleuse toxique

    Fin juin, au cours d’un après-midi ensoleillé, Kuma Enoch nous montre comment il traite ses champs contre les punaises. Il fait environ 30° et l’humidité est tropicale. Enoch n’est pas seulement cultivateur de cacao, mais il pulvérise aussi contre rémunération les fermes d’amis agriculteurs. Il est également acheteur au niveau local : avec l’argent qu’il reçoit de son « Do », un gestionnaire de dépôt d’Ecom, il se procure des fèves séchées auprès d’agriculteurs de la région. Il ne sait pas si Ecom revend ensuite ces fèves à Lindt & Sprüngli. Il sait seulement que plusieurs des 42 agriculteurs à qui il achète des fèves ont suivi des formations de Lindt.

    Enoch va chercher dans sa maison une bouteille de « Galil 300 SC », un insecticide d’Adama contenant de l’imidaclopride et de la bifenthrine. Selon le réseau PAN, les deux produits sont hautement dangereux. Ils sont interdits dans l’UE et en Suisse. Enoch mélange le liquide clair avec un engrais d’un vert criard puis mélange le tout à main nue. Ensuite, il verse la solution dans le réservoir de son pulvérisateur fonctionnant au diesel et pouvant contenir jusqu’à 11 litres de solution aux pesticides. Il ajoute de l’eau et soulève l’engin lourd d’environ 20 kilos pour le mettre sur son dos. Puis il allume le moteur en tirant sur le cordon prévu à cet effet. Dans un bruit assourdissant, il se rend dans le champ de cacao. Quand il appuie sur le levier du pulvérisateur, une fine pluie de gouttelettes est projetée sur la cime des arbres. Il se tient là, en plein nuage toxique, vêtu d’un short gris et d’un polo rouge, pieds nus dans des bottes en caoutchouc vertes. Chargé de son lourd sac à dos et le front perlant de sueur, il va d’un cacaoyer à l’autre et respire l’air humide, imprégné de pesticides et d’engrais. En cinq minutes, le réservoir est vide.

    Lorsque les gouttelettes de la solution pulvérisée lui arrivent parfois dans les yeux, ils brûlent ensuite toute la nuit, raconte-t-il. Surtout lorsqu’il utilise du « Ridomil », un fongicide produit par Syngenta, l’un des plus grands fabricants mondiaux de pesticides, dont le siège est à Bâle. Ce fongicide contient du mancozèbe, un perturbateur endocrinien qui peut nuire non seulement à la fertilité, mais aussi au fœtus. Cette substance est interdite dans l’UE depuis 2020 et en Suisse, depuis 2021. Enoch sait qu’il devrait porter une combinaison, des gants fabriqués à partir d’un caoutchouc spécial, des lunettes pour protéger les yeux et un masque pour que les produits chimiques n’atteignent pas ses poumons. C’est ce qu’expliquent des pictogrammes et des lettres en anglais sur les emballages de « Galil 300 SC » et de « Ridomil ». Mais porter un équipement de protection sous cette chaleur serait une torture, sans compter que ces équipements sont chers et pratiquement introuvables dans les magasins agricoles de la région.

    Des tissus en coton et du beurre de karité pour se protéger

    Dans les cinq magasins agricoles que nous avons visités à Tepa et dans les environs, nous n’avons trouvé aucun équipement de protection complet conforme aux recommandations de l’OMS. Deux magasins ne vendaient même aucun vêtement de protection, et deux autres n’avaient que des bottes en caoutchouc et des combinaisons. Seul un magasin proposait aussi des masques de protection dans son assortiment, « mais nous n’en vendons presque jamais », affirmait le vendeur. De toute façon, les équipements de protection sont rarement demandés. Les agricultrices et agriculteurs seraient plus enclins à acheter une bouteille supplémentaire de pesticide afin de garantir leur récolte plutôt qu’un masque visant à protéger leur santé. Comme nous l’avons vu à Tepa, certains cultivateurs et cultivatrices – on observe aussi des femmes qui pulvérisent les champs – se protègent la bouche et le nez avec un tissu en coton et portent une casquette en toile pour se protéger comme ils le peuvent des gouttelettes de pesticides. Certains se frottent également la peau avec du beurre de karité, graisse extraite des noyaux du fruit de karité. Selon eux, la graisse apaiserait un peu les irritations cutanées.

    Lindt connaît le problème du manque d’équipements de protection et de l’exposition aux pesticides qui en résulte. Dans un entretien, une responsable de la durabilité raconte le dernier voyage d’affaires qu’elle a effectué il y a trois ans au Ghana. Lors de son séjour, elle a vu des agriculteurs sprayer les arbres en tongs. Malgré cela, la multinationale ne met aucun équipement de protection à disposition dans le cadre du « Farming Program ». À la question de savoir pourquoi, une porte-parole écrit : « Nous avons arrêté de distribuer des équipements de protection dans le cadre du programme mis en œuvre par Ecom lorsque nous sommes passés, il y a quelques années, des primes en nature à des primes en espèces, pour que les cultivatrices et cultivateurs puissent choisir librement dans quels outils ils souhaitent investir. » Ainsi, Lindt & Sprüngli considère les équipements de protection comme faisant partie de la « prime », et non pas comme un équipement de base mis à disposition de tous les agricultrices et agriculteurs cultivant du cacao pour la multinationale. Lindt écrit ensuite : « Distribuer du matériel gratuitement peut conduire à une dépendance, à la non-utilisation ou à la revente si les bénéficiaires n’accordent pas de valeur aux articles. » Lindt & Sprüngli met l’accent sur la sensibilisation à la nécessité des équipements de protection et « informe continuellement sur les dangers de certains pesticides ». Mais pour cela, la multinationale suisse du cacao mise au Ghana sur Ecom, un partenaire discutable.

    Utiliser la proximité avec les agriculteurs

    Le groupe Ecom au Ghana compte différentes filiales. Parallèlement au secteur des services de gestion durable (« Ecom Sustainable Management Services »), qui met en œuvre le « Farming Program » pour Lindt & Sprüngli, il y a aussi la filiale « Crop Doctor », spécialisée dans la vente de produits agrochimiques et de machines agricoles. Dans son assortiment, on trouve ses propres marques telles que « Commander » (contenant de l’imidaclopride), « Rockstar » (contenant de la bifenthrine) et « Skope 370 WP » (contenant du mancozèbe). Tous ces principes actifs sont hautement dangereux.

    Jessica a travaillé de 2013 à 2019 pour Ecom au Ghana et a occupé différents postes dans le domaine de la durabilité. Elle ne souhaite pas dévoiler son vrai nom. Elle raconte avoir toujours été dérangée par les affaires d’Ecom dans le domaine des pesticides. « Ecom voulait profiter de sa bonne position dans la chaîne d’approvisionnement du cacao. Et grâce aux marges importantes dans le commerce des pesticides, ils faisaient de grands bénéfices. » La direction d’Ecom a donné pour instruction à ses agronomes d’utiliser consciemment leur proximité avec les cultivatrices et cultivateurs de cacao dans le cadre du programme de Lindt pour leur vendre des produits Crop Doctor. Lors des formations, Ecom a certes enseigné aux agriculteurs la lutte intégrée contre les nuisibles, qui repose principalement sur des mesures biologiques et dans laquelle les pesticides synthétiques ne sont utilisés qu’en dernier recours. « Mais en même temps, ils vendaient aux agriculteurs les pesticides Crop Doctor en tant que produits de choix », raconte l’ex-collaboratrice d’Ecom. « C’est quand même très contradictoire. » Deux autres personnes ayant travaillé pour Ecom nous ont confirmé que, pendant des années, la multinationale a vendu des pesticides dans le cadre de ses programmes de durabilité.
    Les enfants sont eux aussi exposés aux pesticides

    Sampson ne souhaite pas non plus voir figurer son vrai nom dans cette enquête, car il craint des représailles. Il est agronome de formation et a travaillé chez Ecom de 2014 à 2019 comme agent de terrain. Dans cette fonction, il était chargé de la mise en œuvre du « Farming Program » dans le Ghana occidental. « Ecom fait partie des premières entreprises au Ghana à avoir distribué des pesticides dans le cadre de ses formations », affirme-t-il. « Ce qui de l’extérieur pouvait ressembler à une aide aux agriculteurs était en réalité une manière de faire encore plus de profits à leurs frais. » Pendant les formations pour Lindt, il était censé vendre par année pour 15 000 dollars américains de pesticides et d’engrais aux agriculteurs. « Cela faisait partie des objectifs selon lesquels mes résultats étaient évalués. » Quand il a commencé à travailler pour Ecom, seule une minorité de cultivatrices et cultivateurs de cacao pulvérisaient régulièrement leurs champs avec des pesticides, raconte Sampson. « Ils avaient leurs propres méthodes traditionnelles pour lutter contre les nuisibles. » Malgré ses objectifs de vente, il leur expliquait que les pesticides chimiques ne détruisaient pas que les nuisibles, mais aussi les espèces utiles et la microbiologie des sols. Ce qui le dérangeait en particulier, c’était de tomber régulièrement sur des enfants qui étaient exposés aux pesticides sur les fermes de cacao où il organisait les formations. « Leurs yeux coulaient, et ils disaient que leur peau brûlait. »

    Selon une étude de l’Université de Chicago, le nombre d’enfants exposés à des pesticides nocifs au Ghana et en Côte d’Ivoire a fortement augmenté ces dernières années. En 2014, 10% des travailleurs mineurs y étaient exposés ; cinq ans plus tard, le pourcentage était de 27%. Il est pour le moins plausible que parmi ces fermes, il y en a aussi qui produisent pour Lindt & Sprüngli. En 2023, des journalistes de l’émission de la SRF Rundschau ont visité différentes fermes de cacao au Ghana, qui faisaient partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Sur de nombreuses fermes, les journalistes ont constaté des cas de travail abusif des enfants.

    Confrontée aux déclarations de son ancien employé, Ecom répond par écrit que la distribution directe et la « facilitation de la vente » par les agents de terrain ont été « formellement » suspendues en 2020. Ecom confirme avoir entre autres distribué des pesticides contenant de l’imidaclopride et de la bifenthrine. En même temps, la multinationale souligne le fait que tous les pesticides commercialisés étaient parfaitement autorisés pour une utilisation dans la culture de cacao par les autorités de contrôle ghanéennes compétentes. D’ancien·ne·s employé·e·s racontent qu’Ecom n’a suspendu la distribution directe qu’en 2023. Cette décision était surtout due au fait qu’un grand nombre d’agricultrices et agriculteurs ne pouvaient plus rembourser les crédits qu’Ecom leur avait accordé pour l’achat de ses propres produits. Une situation qui n’était pas bonne pour les affaires.

    « Officiellement, Ecom et Lindt disent protéger les agricultrices et agriculteurs », relève Sampson. « Mais en visitant régulièrement les fermes, on remarque très vite que cela n’est pas le cas. » La seule chose qui comptait réellement pour Lindt & Sprüngli selon Sampson, c’était que lui et ses collègues d’Ecom s’assurent que les cultivatrices et cultivateurs fassent de grandes récoltes et qu’il y ait toujours assez de cacao à disposition. En 2022, Sampson en a eu assez des multinationales de commerce de matières premières dans son pays. Il a fondé sa propre ONG qui veut renforcer la position des femmes dans le secteur du cacao. Il leur apprend la culture biologique du cacao et comment elles peuvent tenir les nuisibles éloignés des champs grâce à des solutions faites maison à base de graines de margousier et de parties du fruit du cacaoyer. « C’est moins cher pour les agricultrices et plus sain, et les récoltes sont aussi meilleures sur le moyen terme », affirme-t-il.
    Abandonner la ferme aux nuisibles

    Osei Kwame Williams, le propriétaire de la ferme de démonstration, a depuis abandonné la culture du cacao. Il travaille maintenant cinq jours par semaine comme chauffeur de minibus. Il dit gagner ainsi plus qu’avec le cacao. Cela suffit néanmoins tout juste à nourrir sa famille de cinq enfants et à payer les frais scolaires. « Mais au moins j’ai un revenu quotidien sûr. » Maintenant, en juin, ce serait justement le moment de pulvériser les jeunes cabosses, relève-t-il, comme il l’a toujours fait par le passé. « Mais celui qui n’a pas d’argent pour s’acheter des pesticides abandonne les arbres aux nuisibles. »

    Il ne sait pas s’il fait encore partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Mais aucune formation ne se serait tenue sur sa ferme depuis des années. Après 2017, les agronomes d’Ecom et les délégations occasionnelles de Lindt & Sprüngli venant de Suisse ne lui auraient plus rendu visite. Il ne sait pas pourquoi. « Je me sens trahi », affirme-t-il. Pour Lindt & Sprüngli, en revanche, Mfanibu fait toujours partie des « demo plots » actives. À notre demande, une porte-parole écrit qu’actuellement treize « demo plots » seraient actives à Tepa et 37 à Goaso, « dont une à Mfanibu ».

    https://responsabilite-multinationales.ch/etudes-de-cas/lindt-pesticides-culture-cacao
    #chocolat #cacao #Ghana #agriculture #travail #conditions_de_travail

  • The myth of traditional Italian cuisine has seduced the world. The truth is very different

    The comforting tourist-brochure idea of what Italian food looks like obscures a story shaped by hunger, migration and innovation.

    Italy’s cuisine has now joined Unesco’s “intangible” heritage list, an announcement greeted within the country with the sort of collective euphoria usually reserved for surprise World Cup runs or the resignation of an unpopular prime minister. Not because the world needed permission to enjoy pizza – it clearly didn’t – but because the news soothed a longstanding national irritation: France and Japan, recognised in 2010 and 2013, had beaten us to it. For Italy’s culinary patriots, this had become a psychological pebble in the shoe: a tiny, persistent reminder that someone else had been validated first.

    Yet the strength of Italian cuisine has never rested on an ancient, coherent culinary canon. Most of what passes for ancient “regional tradition” was assembled in the late 20th century, largely for tourism and domestic reassurance. The real history of Italian food is turbulent: a saga of hunger, improvisation, migration, industrialisation and sheer survival instinct. It is not a serene lineage of grandmothers, sunlit tables and recipes carved in marble. It is closer to a national long-distance sprint from starvation – not quite the imagery Italy chose to present to Unesco.

    To make matters worse (or better, depending on your sense of humour), the “Italian” cuisine that conquered the world was not the one Italians carried with them when they emigrated. They had no such cuisine to carry. Those who left Italy did so because they were hungry. If they’d had daily access to tortellini, lasagne and bowls of spaghetti as later imagined, they would not have boarded ships for New York, Buenos Aires or São Paulo to face discrimination, exploitation and the occasional lynching. They arrived abroad with a handful of memories and a deep desire to never eat bad polenta again.

    And then something miraculous happened: they encountered abundance. Meat, cheese, wheat and tomatoes in quantities unimaginable in the villages they had fled. Presented with ingredients they’d never seen together in one place, they invented new dishes. These creations – not ancient recipes – are what later returned to Italy as “tradition”. In short: Italian cuisine did not migrate. It was invented abroad by people who had finally found something to eat – a truth that fits awkwardly with Unesco’s love of millennium-old continuity.

    But the most decisive transformation came not abroad but at home, during Italy’s astonishing economic boom between 1955 and 1965. In that decade, the country underwent the culinary equivalent of a religious conversion. Refrigerators appeared in kitchens, supermarkets replaced corner shops, meat ceased to be a luxury. Families who had long measured cheese by the gram discovered, with a mix of disbelief and guilt, that it could be bought whenever one wished. What the world interprets as Italy’s eternal culinary self-confidence is, in reality, the afterglow of that moment. Italians did not inherit abundance. They walked into it, slightly dazed, like people entering the wrong cinema screen and deciding to stay.

    This context makes Italy’s current wave of culinary sovereigntism particularly surreal. We hear stern warnings against “globalist contamination” from politicians who grew up eating industrial panettone and Kraft slices in school sandwiches. We are told that Italian cuisine must remain pure, fixed and inviolable – as if purity had anything to do with our past. Italian food is a champion of adaptation. It has always survived by stealing, assimilating and reinventing. The Darwinian logic is embarrassingly simple: the cuisines that change are the ones that survive. Yet sovereigntist rhetoric insists on freezing everything in place, as if the national menu were a snow globe.

    Of course, the British have helped. Britain has cultivated its own affectionate fantasy of Italy: eternal sunshine, tomatoes that taste like childhood holidays, families who spend hours eating together as if they were auditioning for a commercial. Television personalities such as Stanley Tucci have perfected this fantasy into a polished export brand – the loud, lovable Italian bursting into your kitchen to rescue you from beige British food. It’s fun, it sells and it has about as much to do with Italian history as Mamma Mia! has to do with the Greek economy.

    This British fantasy intersects perfectly with Italy’s own mythmaking instinct. For centuries, Italians were hungry – not poetically, not metaphorically, but literally hungry. Pellagra, starvation, malnutrition: these were the foundations of Italian “tradition”. And it is precisely because the past was so bleak that modern Italians felt compelled to build a golden myth of themselves. A myth in which the grandmother is an oracle, the tomato a sacred relic and “tradition” a serene and ancient truth rather than a post-1960s reconstruction.

    So what did Italy actually submit to Unesco? The real story of our cuisine, shaped by hunger, migration, innovation and sudden prosperity? The glossy tourist-brochure version, the one lit like a Netflix travel programme? Or – stranger still – what some promoters called “the relationship Italians have with food”, described in the breezy vocabulary of airport psychology? A heritage not of recipes, but of feelings; conveniently vague, pleasantly flattering and not entirely falsifiable.

    The first version would deserve recognition. The second trivialises it. The third turns heritage into national therapy.

    Italy did not need Unesco to feel important. It needed to shed the insecurity that a cuisine is only valuable when validated by an external referee. Instead, the country reached for the certificate, not the substance. And so we embalmed a living cuisine, fixing it into a museum frame just as it continues – thankfully – to evolve in real homes, restaurants and workplaces.

    This is the paradox worth remembering. The world already loves Italian food, but often loves a version shaped by television, tourism and decades of gentle mythmaking. Italians rarely resist the myth – it is flattering and profitable – but myths are fragile foundations for a Unesco bid. Because in the end, what Italy submitted was not its history but a postcard: beautifully composed, carefully lit, designed to please.

    And like all postcards, it risks being forgotten in a drawer, while the real story of Italian cuisine – restless, inventive and gloriously impure – carries on elsewhere.

    https://www.theguardian.com/commentisfree/2025/dec/15/myth-traditional-italian-cuisine-food
    #alimentation #cuisine_italienne #cucina_italiana #mythe #tradition #nationalisme #Italie #Unesco #patrimoine_mondial #tourisme #faim #migrations #improvisation #industrialisation #émigration #émigration_italienne #invention #pauvreté #adaptation

    #géographie_culturelle

  • Ada & Zangemann, le conte moderne est maintenant disponible en version bilingue allemand-français - ADEAF
    https://adeaf.net/Ada-Zangemann-le-conte-moderne-est-maintenant-disponible-en-version-bilingue

    Présentation du conte « Ada & Zangemann »

    Matthias Kirschner, président de la Free Software Foundation Europe a écrit ce conte pour expliquer son travail à ses enfants. De fil en aiguille, Ada & Zangemann est devenu un outil pour montrer aux enfants et adolescents l’importance des logiciels libres, inciter les jeunes filles à prendre toute leur place dans l’univers technique, et rendre compte des enjeux de la démocratie et des mobilisations pour faire avancer la société.
    Ce conte moderne a pour héroïne une petite fille débrouillarde et pleine de ressources qui, en s’opposant au célèbre inventeur Zangemann, réalise à quel point il est primordial pour elle et pour les autres de pouvoir adapter la technologie.

    Une très belle histoire qui existent maintenant en plusieurs versions :
    allemand (texte original) https://dpunkt.de/produkt/ada-und-zangemann
    français (projet de traduction collaborative coordonnée par l’ADEAF) https://cfeditions.com/ada
    édition bilingue français-allemand https://cfeditions.com/ada-bilingue
    édition bilingue français-anglais https://cfeditions.com/ada-bilingue

    #Ada_Zangemann

  • Beyond the Apocalypse - How visions of #catastrophe shape the ‘climate solutions’ imposed by aid agencies | #Amitav_Ghosh
    https://www.equator.org/articles/beyond-the-apocalypse

    This pattern, in which interventions spearheaded by foreign officials and experts end up by compounding problems on the ground, has repeated itself over and over again in coastal Bengal. Of these, none has been more destructive than the introduction of prawn and shrimp farming.

    The idea that shrimp farming might be a good way for farmers to earn some extra money was first suggested by Western experts in the 1960s, and the initiative was taken up enthusiastically by USAID 20 years later. Initially intended as an income-generation plan, in recent decades shrimp farming has also been strongly advocated by experts and aid agencies as a ‘climate solution’. The thinking behind it, as explained to Dewan by a Western development professional, was this: “Climate change is a fact. [All of] #Bangladesh will become saline; it is inevitable. Bangladesh should accept this and focus on cultivating saline-tolerant species such as tiger prawn…

    [...] But the ethnographic record makes it amply evident that the large-scale adoption of shrimp farming has caused an ecological and social disaster in the Bengal delta, blighting once-fertile land and further impoverishing the poor and landless.

    [...] Irony of ironies: people who are forced out of their villages because of shrimp farming are often classified as ‘climate migrants’ by aid agencies and bureaucrats, despite the fact that their displacement is the result not of global warming itself, but rather of #climate solutions advocated by credentialed experts. In effect, this is a process, as Paprocki notes, of “anticipatory ruination”, intended to ward off the possible harms of the future by causing actual harm in the present day.

    #adaptation #agriculture

  • Aux frontières de l’Europe, un arsenal technologique contre les migrants

    "L’Union européenne déploie à ses frontières des technologies civiles et militaires pour bloquer les flux migratoires. De la Pologne à la Serbie, enquête sur le complexe techno-industriel qui érige la « forteresse Europe »."

    – Épisode 1/5 : En #Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la #forêt primaire
    – Épisode 2/5 : À Madrid, au Salon mondial de la #sécurité aux frontières, le #showroom des #technologies de #surveillance
    – Épisode 3/5 : Dans les #Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile
    – Épisode 4/5 : En #Italie, une #fouille intégrale des #téléphones
    – Épisode 5/5 : En #Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les #drones et les #gangs

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-aux-frontieres-de-l-europe-un-arsenal-technologique-contre-les-mig
    #externalisation #militarisation_des_frontières #technologie #migrations #réfugiés #Europe #Trieste #route_des_Balkans #complexe_militaro-industriel
    #podcast #audio

    ping @reka @isskein @karine4

    • Épisode 1/5 : En Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la forêt primaire

      La forêt de Białowieża est l’une des dernières forêts primaires d’Europe, préservée de l’action humaine depuis près de 12 000 ans. Mais son visage a radicalement changé depuis 2021, lorsque le Bélarus, un pays voisin de la Pologne et allié de la Russie, a créé une crise migratoire.

      Le Bélarus a entrepris de délivrer des visas à des familles venant d’Afrique et du Moyen-Orient, pour les acheminer jusqu’à Minsk, la capitale bélarusse. De là, les autorités bélarusses poussaient les exilés vers la Pologne.

      En réponse, la Pologne a entrepris d’ériger un mur à travers la forêt : une immense barrière de métal, longue de 190 kilomètres, haute de cinq mètres, protégée par trois rangées de barbelés, des caméras, des drones et des hélicoptères.

      “Il y a 5 300 caméras, le mur, des soldats, et un système de détection : si quelqu’un touche le mur, nous sommes avertis immédiatement de ce qu’il se passe”, explique Katarzyna Zdanowicz, la porte-parole des gardes frontières pour la région de Białowieża.

      On a parfois l’impression que la frontière sépare aussi deux manières de comprendre la situation. D’un côté, les activistes, qui parlent de femmes, d’enfants, et de familles qui fuient la guerre. De l’autre, le gouvernement Polonais qui dénonce une “menace” migratoire ; le premier ministre Donald Tusk va jusqu’à parler d’une “guerre hybride” dont les munitions seraient les personnes exilées envoyées sur son territoire. En conséquence, la Pologne a autorisé les gardes frontières à utiliser des armes à feu contre les réfugiés en juillet 2024. En mars 2025, le pays a carrément suspendu le droit des exilés à demander l’asile en arrivant dans le pays. Toute personne interceptée sur le territoire est systématiquement refoulée vers le Bélarus.

      Les militants sur place dénoncent des violations régulières des droits humains à l’encontre des exilés, perpétrés par les gardes frontières bélarusses, mais aussi polonais.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-pologne-un-mur-de-190-kilometres-a-travers-la-foret-primaire-7597265

      #murs #barrières_frontalières #Grupa_Granica #Belarus #caméras #caméras_de_surveillance #détection #Biélorussie #contrôles_frontaliers #militarisation_des_frontières #menaces #menace_migratoire #guerre_hybride #décès #mourir_aux_frontières #gardes-frontières #armes_à_feu #refoulements #push-backs #Krynki #drones

    • Épisode 2/5 : À Madrid, au #Salon_mondial_de_la_sécurité_aux_frontières, le #showroom des technologies de surveillance

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience à Madrid, lors du #World_Border_Security_Congress.

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception : pas le droit de photographier, pas le droit d’enregistrer avec un micro, et une liberté de circuler très relative. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience dans la capitale espagnole, lors du World Border Security Congress, le salon mondial de la sécurité aux frontières, qui réunit les acteurs majeurs de l’industrie de la surveillance et de la répression de l’immigration. L’événement est tout simplement interdit aux journalistes : il nous faut nous faire accréditer par une ONG pour pouvoir y accéder, et découvrir les dernières innovations technologiques en matière de surveillance des frontières.

      Se pensant loin des micros de la presse, #Hans_Leijten, le directeur exécutif de #Frontex, livre un discours extrêmement dur :

      “Laissez-moi être clair : dans le monde actuel, il ne peut plus y avoir de repas gratuit, expose-t-il. La coopération ne fonctionne pas à sens unique. Si un pays veut bénéficier des fonds européens, alors il doit répondre aux demandes de l’Union européenne. Cela veut dire qu’il doit accepter les protocoles de réadmission, renforcer ses contrôles aux frontières, et combattre les réseaux de passeurs”.

      Ce salon, intitulé ’Patrouiller la périphérie’, incarne aussi le plan européen consistant à “externaliser les frontières”, c’est-à-dire à s’implanter dans les pays voisins de l’Union pour y stopper l’immigration avant qu’elle atteigne son territoire.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/a-madrid-au-salon-mondial-de-la-securite-aux-frontieres-le-showroom-des-

      #régimes_d'exception #intelligence_artificielle #AI #IA #industrie_de_l'armement #surveillance_mobile #usage_dual #complexe_militaro-industriel #adaptation #façonner_le_monde #business #patrouiller_la_périphérie #gestion_des_frontières

      –-

      –-> citation, voilà ce que dit Hans Leijten dans le salon intitulé « Patrouiller la périphérie », à partir de la min 4,45 :

      « Si nous voulons de la stabilité et du contrôle, alors nous devons construire les mécanismes de sécurité, et pas seulement à nos frontières, mais aussi loin, au-delà. Cette approche a porté ses fruits en Europe, dans les Balkans, où nous avons utilisé une combinaison de gestion des frontières, d’engagement politique et de traités commerciaux qui ont donné de bons résultats »

    • Épisode 3/5 : Dans les Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile

      En s’appuyant sur l’idée “d’externalisation des frontières”, l’Union européenne justifie sa présence dans les pays hors de l’Union européenne, pour y stopper l’immigration avant même que celle-ci n’atteigne son territoire.

      "Tout ce qui concerne la migration en #Bosnie-Herzégovine est payé par l’Union européenne ou les États membres, explique la chercheuse #Nidžara_Ahmetašević, spécialisée dans la migration. Par exemple, la semaine dernière, l’Union européenne a donné des drones pour les gardes frontières. La semaine précédente, elle a donné des voitures."

      Ces #financements proviennent notamment des #Fonds_de_Pré-Accession, des fonds d’aide au développement dont la vocation initiale est d’aider les pays voisins de l’Europe à atteindre un niveau de développement économique suffisant pour devenir des partenaires commerciaux, voire pour intégrer l’Union. En se penchant sur le détail des transactions, on découvre qu’une vaste partie des financements servent en réalité à financer des infrastructures de contrôle de la migration.

      Mais en déployant des technologies de type militaire chez ses voisins aux régimes politiques instables, l’Union européenne risque de créer des situations conflictuelles : ces technologies prévues contre la migration peuvent se retourner contre la société civile.
      Nous nous sommes rendus en Serbie, où les étudiants manifestent depuis plusieurs mois contre le gouvernement d’Aleksandar Vučić. En novembre 2023, le gouvernement de Vučić a déployé une arme nouvelle contre des exilés, dans le nord du pays : un canon à son. En mars 2025, ce même canon à son a, d’après plusieurs témoignages, été utilisé contre les étudiants. “La Serbie est un laboratoire pour tester les technologies aux frontières terrestres, exopse Mila Bajić, de l’association SHARE. Puisque la Serbie ne fait pas partie du territoire européen, il n’y a pas de loi européenne pour encadrer les pratiques, tel que le règlement européen sur l’intelligence artificielle, et les demandes d’accès aux informations publiques ne fonctionnent pas. Le gouvernement peut donc agir sans rien révéler.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/dans-les-balkans-des-technologies-contre-les-migrants-qui-se-retournent-

      #externalisation_des_frontières #Balkans #route_des_Balkans #développement #aide_au_développement #intégration_européenne #drones #test #laboratoire #Serbie #frontières_terrestres #canon_à_son #armes_sonores #barrière_acoustique

      –-

      sur les #murs_sonores, voir aussi :
      La Grèce allonge son mur et le fortifie avec un #mur_acoustique...
      https://seenthis.net/messages/920711
      #mur_sonore

      et aussi :
      –> La police serbe a déjà utilisé des #armes_sonores sur des migrants
      https://seenthis.net/messages/1104712

    • Épisode 4/5 : En #Italie, une fouille intégrale des #téléphones

      L’arsenal technologique déployé aux frontières a plusieurs missions, formalisées dans les documents de la Commission européenne : détecter, contrôler, et surveiller. En Italie, dans la ville portuaire de Trieste, ces technologies ont un impact immédiat pour la vie des exilés.

      D’après de nombreux témoignages que nous avons recueillis, les policiers fouillent de manière quasi-systématique les téléphones des exilés lorsque ceux-ci effectuent leur demande d’asile.

      “Ce qu’ils font, c’est qu’ils lisent vos messages sur #WhatsApp, ils regardent vos photos, ils regardent votre historique de recherche, explique Smaïl, qui a fui le Pakistan il y a plusieurs années et vient en aide aux exilés à Trieste après avoir réussi lui-même à régulariser sa situation. S’ils voient que vous avez cherché “Milan”, ils vous disent : “Tu as cherché des informations sur Milan, alors pars à Milan”. Il y a même des gens qui m’ont dit qu’ils avaient effacé toutes les données sur leur téléphone, mais que la police a trouvé les informations quand même. S’ils font ça, c’est parce qu’ils trouvent qu’en tant que cité frontalière, ils en font déjà assez, alors ils cherchent des excuses pour renvoyer ceux qui demandent l’asile.

      Ce que décrit Smaïl ressemble point par point au logiciel #Le_Kiosk, développé par l’entreprise israélienne #Cellebrite, dont nous avons pu avoir une démonstration au cours du Salon Mondial de la Sécurité aux Frontières. En 2019, la France a annoncé équiper pas moins de 500 commissariats avec le #logiciel Le Kiosk. Ces technologies de surveillance rendent le parcours migratoire toujours plus complexe. Pourtant, les chiffres montrent que les entrées dans l’Union ne baissent pas ; en revanche, les routes sont de plus en plus dangereuses. “Vouloir stopper le mouvement des humains, c’est comme se battre contre la nature, contre la mer : les gens circulent, ils doivent trouver des moyens de passer”, regrette Smaïl.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-italie-une-fouille-integrale-des-telephones-3950382
      #smartphones #Trieste #danger #parcours_migratoire

    • Épisode 5/5 : En Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les drones et les gangs

      A ce stade de l’enquête, une question continuait de nous tarauder : comment, avec tout cet arsenal pour protéger les frontières, expliquer que les entrées illégales dans l’Union européenne continuent ?

      Un paradoxe nous apparaît à la fin de cette tournée des pays des Balkans : les drones, logiciels de surveillance, caméras thermiques et autres équipements, ne sont peut-être pas essentiels pour comprendre la réalité de la migration. Au bout de trois jours passés à #Bihac, dans le nord de la #Bosnie, on comprend déjà beaucoup de la réalité de ce petit village, dernière étape avant l’entrée dans l’Union européenne : sur la place principale, il y a des exilés qui ont été refoulés la veille, qui se reposent pendant la journée, et dont tout le monde sait qu’ils vont retenter leur chance le soir-même. Et puis, il y a ces visages de gens qui ne partent pas, pendant 6 mois, 1 an : eux, ce sont les passeurs. Ici, tout le monde les connaît, ils se baladent dans la rue principale avec leurs clients, dans l’impunité la plus totale. Petit à petit, ces passeurs se sont structurés en réseau ; ces réseaux sont devenus des gangs.

      Nous nous sommes entretenus avec Ali, un passeur qui vit à la frontière entre la Bosnie et la Croatie depuis bientôt huit ans. La première fois que nous l’avons rencontré, c’était à un arrêt de bus. Il faisait presque 40°, le soleil cognait fort, et Ali venait de récupérer un groupe d’Afghans qu’il s’apprêtait à faire traverser. Il avait un pull noir à manches longues. Il a accepté de relever une de ses manches pour nous montrer son bras - lacéré par des cicatrices, du poignet jusqu’à l’épaule.

      “Ils nous ont torturés, raconte-t-il. Ils ont appelé mes parents, ils leur ont dit : “envoyez de l’argent !”. Ils nous ont tout fait. Mais crois-moi, après ça, les cicatrices font de toi quelqu’un de respecté dans le milieu.”

      Comment les passeurs arrivent-ils à déjouer les caméras thermiques, les drones, les patrouilles ? Ali ne nous donnera pas tous ses secrets, mais il laisse en deviner quelques-uns.

      “Je connais les horaires, l’heure à laquelle les gardes frontières font leur ronde, l’heure à laquelle ils sont dans la ville, détaille Ali. Mais il faut aussi s’en remettre à la chance.Tu crois que les caméras et les senseurs pourront m’arrêter. Laisse-moi te dire quelque chose : tu viens de l’Union européenne. Il y a des caméras de surveillance dans toutes les rues, dans tous les magasins. Est-ce que ça empêche les voleurs ? Non, jamais.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-bosnie-rencontre-avec-un-passeur-entre-les-drones-et-les-gangs-839123
      #passeurs