• Interdire les réseaux sociaux et le portable : « Un renoncement politique et une démission éducative » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160126/interdire-les-reseaux-sociaux-et-le-portable-un-renoncement-politique-et-u

    nnoncéAnnoncé à l’occasion de ses vœux aux Français·es le 31 décembre par le président de la République, un projet de loi portant sur l’interdiction du téléphone portable au lycée et l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans doit être présenté avant la fin du mois en conseil des ministres. Une proposition de loi sur le sujet, portée par la députée Renaissance de la Marne Laure Miller, doit être examinée en séance publique à l’Assemblée nationale le 26 janvier.

    Mardi 13 janvier, un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) consacré aux usages des réseaux sociaux numériques et à la santé des adolescent·es a relancé le débat sur la meilleure méthode pour protéger les adolescent·es, et les filles en particulier, des aspects néfastes de plusieurs réseaux sociaux.
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    Des adolescentes australiennes regardent une vidéo TikTok, à Melbourne, le 13 novembre 2025. © Photo Matthew Abbott / The New York Times-Redux-Rea

    Parmi les membres du groupe de travail constitué par l’Anses pour la réalisation de ce rapport, Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine, et Séverine Erhel, professeure des universités en psychologie du numérique à l’université de Rennes 2. Autrices de l’ouvrage Les Enfants et les écrans (éditions Retz), elles décryptent pour Mediapart cette volonté coercitive de l’exécutif et des parlementaires.

    Mediapart : Comment analysez-vous les résultats de l’Anses et la traduction politique qui en est faite ?

    Séverine Erhel : L’Anses, par nature, se focalise essentiellement sur les risques et pas sur les usages : c’est sa mission, et c’est ainsi que la problématique a été posé et coconstruite. Oui, il y a effectivement un problème sur l’usage des réseaux sociaux, avec des conséquences sur le sommeil, sur la manière – et ce n’est pas assez dit – dont ces réseaux peuvent prolonger ou amplifier des phénomènes de harcèlement, sur toutes les difficultés qu’ils posent en termes de santé mentale.

    De même, les réseaux sociaux peuvent exposer à des pratiques à risque. Les filles sont plus touchées, clairement. Cela dit quelque chose de notre société, où la pression sociale mise sur les femmes est bien plus élevée que sur les hommes, les réseaux sociaux étant une caisse de résonance de nos problèmes sociétaux.

    Anne Cordier : En effet, il n’y a aucune raison d’être en désaccord avec les résultats, obtenus sur la base de plus d’un millier d’études scientifiques. C’est très robuste, international et pluridisciplinaire. Le problème, désormais, est la traduction médiatique de ce rapport. Depuis mardi, j’ai les cheveux qui se dressent sur la tête… Est-ce que ce rapport va dans le sens d’une interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans ? Absolument pas. L’Anses se prononce fermement pour une application stricte du cadre légal actuel en vigueur, donc du DSA [Digital Service Act, le règlement européen sur les services numériques, qui encadre la régulation des plateformes – ndlr].

    Par ailleurs, le rapport demande des politiques publiques qui valorisent les réseaux sociaux qui ne soient pas délétères, et ils existent. Il y a tout un ensemble de propositions sur le Web qui sont respectueuses des données comme de la santé mentale des individus, parce qu’elles ne reposent pas sur des designs prédateurs ou sur la captation de l’attention. C’est aux politiques publiques de faire des choix : soit de dire « Ah, on renonce, c’est trop dur de dire non à Mark Zuckerberg ou à Elon Musk », soit de lutter, de soutenir et de financer le déploiement de ces réseaux libres.

    L’interdiction, pour vous, c’est le petit bout de la lorgnette ou c’est à éviter absolument ?

    A. C. : Pour moi, c’est un renoncement politique, philosophique, et une démission éducative.

    S. E. : Cela revient à dire : « Nous ne pouvons pas réguler les réseaux sociaux, donc régulons les jeunes. »

    A. C. : Nous n’entendons pas le personnel politique parler d’éducation au numérique, d’éducation à l’information. Est-ce que vous imaginez empêcher votre enfant de sortir dans l’espace public jusqu’à l’âge de 15 ans, avant de lui dire « Vas-y, lance-toi » ? Il ne tient pas trois minutes avant de se faire écraser ! Le Web est un espace public, avec des luttes, des actions de résistance, des rapports de pouvoir, des sociabilités, des risques de tous ordres. Y évoluer, cela s’apprend.

    S. E. : Le drame me semble être l’absence d’exemplarité de la classe politique, des institutions, et malheureusement aussi – désolée pour votre communauté – des journalistes. Un exemple très concret : aujourd’hui, sur la plateforme X détenue par Elon Musk, on retrouve des communications gouvernementales, des journalistes qui disent « On va rester là parce qu’on veut combattre la désinformation », dans un système qui est notoirement biaisé en termes d’algorithmes.

    Si on veut le bien de la jeunesse, il va falloir aussi que nous, les adultes, prenions nos propres responsabilités et qu’on quitte volontairement certaines plateformes. Comment pouvons-nous être crédibles sur le sujet des réseaux sociaux quand le président de la République lui-même communique sur X ?

    #Médias_sociaux #Adolescents #Anne_Cordier #Séverine_Erhel

  • Réseaux sociaux : faut-il bannir TikTok et Instagram aux moins de 15 ans ? | Parents.fr
    https://www.parents.fr/ado/addiction/faut-il-interdire-les-reseaux-sociaux-aux-moins-de-15-ans-1145905

    Le projet de loi du gouvernement est loin de faire l’unanimité. Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est-il vraiment la solution pour les protéger ? Emmanuelle Piquet, thérapeute et maître de conférences, nous livre son éclairage et donne ses conseils aux parents
    L’essentiel

    Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

    Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est une mauvaise idée, selon la thérapeute Emmanuelle Piquet : cela ne protège pas les jeunes, mais risque au contraire de les isoler et de les pousser à contourner les règles.
    Mieux vaut accompagner les adolescents, leur faire confiance, poser un cadre et dialoguer avec eux pour les aider à comprendre et réguler leur usage des réseaux sociaux.
    La priorité devrait être de réguler les plateformes elles-mêmes et leurs algorithmes, plutôt que de punir les jeunes utilisateurs.

    Le 31 décembre dernier, le gouvernement a annoncé vouloir interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès septembre prochain. Une manière de protéger les mineurs de l’exposition à des contenus inappropriés, du cyberharcèlement et des altérations du sommeil, selon les mots de l’exécutif. Emmanuelle Piquet, thérapeute et maître de conférences, a participé à la Commission d’enquête sur les effets de TikTok sur la santé mentale des mineurs. Elle nous apporte son éclairage sur ce projet de loi controversé.
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    Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ?

    « Ils sont plus doués et plus prudents que nous »

    Emmanuelle Piquet le confie sans ambages, elle estime que ce projet de loi est “hors sol, en dehors de ce qui se passe sur le terrain pour les enfants et les adolescents”. “Je m’appuie à la fois sur ce que je constate de façon empirique en clinique et aussi sur des recherches comme celles de Grégoire Borst ou Anne Cordier. Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans est une très mauvaise idée”, explique-t-elle.

    La thérapeute rappelle que les adolescents de 2026 sont nés avec les écrans, ont grandi avec eux. “Ils sont plus doués, mieux avertis et souvent plus prudents que nous”, observe-t-elle. “Mais ils sont traités avec mépris par les adultes, qui aiment adopter une position de surplomb par rapport à eux”, poursuit-elle. “Il y a des adolescents vulnérables qui sont très en danger devant certains réseaux sociaux, notamment TikTok, mais je ne crois pas qu’on va les protéger en leur interdisant d’y accéder. Si on ne leur apprend pas à réguler leur usage, ils iront simplement chercher les infos ailleurs”.
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    6 idées reçues sur les dangers des écrans (et on démêle le vrai du faux)

    « Être à côté des enfants plutôt qu’entre eux et le monde »

    Emmanuelle Piquet souligne qu’il est naturel pour les parents de vouloir protéger leurs enfants, mais “on est plus utile, efficace et sécurisant en étant à côté d’eux qu’entre eux et le monde”, insiste-t-elle. Le risque est d’aggraver leur vulnérabilité et de les fragiliser. “La population adulte aurait intérêt à s’asseoir à côté des ados pour comprendre ce qu’ils vont chercher sur les réseaux et ce qui se passe vraiment sur TikTok”.

    Pour la thérapeute, il faut impérativement imposer une régulation à ces géants des réseaux sociaux pour qu’ils cessent de piéger et manipuler leurs utilisateurs avec des algorithmes nocifs. “Il faut être très ferme, aller plus loin et plus fort. On ne doit pas laisser aux géants la possibilité de gagner de l’argent sur la souffrance des ados. C’est à ce niveau-là qu’il faut agir, pas en disant aux ados qu’ils sont idiots et que la seule option est de leur interdire l’accès à TikTok ou Instagram”.

    “La population adulte aurait intérêt à s’asseoir à côté des ados pour comprendre ce qu’ils vont chercher sur les réseaux, et ce qui se passe vraiment sur TikTok”

    Emmanuelle Piquet, thérapeute
    Réseaux sociaux : ce qu’Emmanuelle Piquet conseille aux parents

    Les parents ont le choix entre “être autoritaire” et “faire autorité”, qui sont deux choses très différentes. Être autoritaire c’est interdire sans discernement. “Cela ne peut fonctionner que dans l’espace, très réduit en réalité, sur lequel on a un contrôle. En gros, on dit à l’ado qu’il n’est pas digne de confiance et ça génère de la dissimulation. Le risque est alors que l’ado ne parle pas à ses parents s’il lui arrive quelque chose sur les réseaux sociaux. La bonne conscience d’avoir tout fait pour protéger son enfant ne suffit pas”’, explique Emmanuelle Piquet.

    L’experte recommande plutôt d’accorder sa confiance à l’ado, tout en posant un cadre, singulier et adapté à chaque enfant et chaque situation. “Il faut lui dire : je te fais confiance, je veux juste te demander de m’en parler s’il t’arrive quelque chose de troublant, d’angoissant, de générateur de souffrance. Ça ne veut pas dire que j’interdirai, mais on va faire en sorte que tu te sentes moins mal’, conseille-t-elle. “Il faut aussi s’intéresser à ce qui se passe sur les réseaux sociaux, les regarder avec eux, leur poser des questions. Il faut vraiment faire l’effort de se mettre à côté d’eux”, conclut-elle.

    #Médias_sociaux #Adolescents #Psychologie

  • Que font vraiment les ados sur TikTok, YouTube, Instagram ? On leur a posé la question
    https://www.telerama.fr/enfants/que-font-vraiment-les-ados-sur-tiktok-youtube-instagram-on-leur-a-pose-la-q

    “Il faudrait aussi que les adultes s’interrogent sur leurs propres usages”
    Anne Cordier, enseignante-chercheuse spécialiste des usages numériques des jeunes à l’université de Lorraine : « Le téléphone, et tout ce à quoi il donne accès, est un levier d’intégration et de socialisation adolescentes. Il faut avoir les “références”, au même titre, il y a vingt-cinq ans, qu’il fallait avoir vu le dernier épisode d’une série ou d’un programme de télé-réalité. Aujourd’hui, cela se passe sur un autre espace. On note également, dans ces témoignages, que les ados se rendent compte que le temps passé à scroller n’est pas pleinement investi. Cela n’en reste pas moins une grande partie de leur expérience de vie : ils parlent de plaisir, de curiosité, de découvertes… Le scroll peut être une façon de relâcher la pression, comme avant la télévision — la difficulté sur les réseaux, évidemment, étant l’effet de boucle infinie. Ils cherchent parfois des solutions par eux-mêmes, en supprimant les notifications, les applications, en limitant l’accès ; cependant, c’est très compliqué. Quand on interroge les jeunes, ils reconnaissent que certains sont vulnérables, mais rarement eux-mêmes. Ils ressentent en revanche la dépendance et sont en demande d’encadrement, mais pour cela, il faudrait aussi que les adultes s’interrogent sur leurs propres usages, eux qui, parfois, regardent des chaînes d’info en continu sans explorer d’autres sources d’information. La volonté d’interdire l’accès des réseaux sociaux trahit surtout notre incapacité à en réguler le contenu. Pourtant, l’arsenal juridique pour contraindre les plateformes existe. Il faut l’appliquer. »

    #Anne_Cordier #Adolescents #Téléphone_mobile

  • Les enfants et adolescents face aux fake news - Next
    https://next.ink/198917/les-enfants-et-adolescents-face-aux-fake-news

    Un enfant de 11 ans peut-il distinguer une fausse information d’une vraie ? Non, selon une étude portée par des chercheurs du CNRS. Problème, ils sont pour certains déjà abreuvés aux réseaux sociaux. Néanmoins, leur esprit critique s’affine avec l’âge. Attention néanmoins à ne pas basculer de l’esprit critique à la théorie du complot.

    Sébastien Gavois

    Le 08 septembre à 10h58

    6 min

    Réseaux sociaux

    Dans un article récent, le Journal du CNRS explique que « oui, les adolescents peuvent se défendre » face aux fake news. Entre les réseaux sociaux, des sites d’actualités générées en tout ou partie par des IA et mis en avant par Google, on se retrouve assez facilement confronté à des infox en masse.

    « Ces fausses nouvelles volontairement fabriquées et diffusées pour piéger le public et influencer les opinions, constituent donc un enjeu social, mais aussi politique : manipulation d’élections, influence sur les campagnes de vaccination, etc. », rappelle le CNRS : « Or tous les individus ne sont pas armés face aux fake news, notamment les adolescents, dont le développement cérébral ne s’achève qu’entre 20 et 25 ans ».

    Société
    [Récap] Nous avons découvert des milliers de sites d’info générés par IA : tous nos articles

    Samedi 08 mars 2025 à 08h29
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    Les collégiens face aux fake news

    Une étude menée par Marine Lemaire, doctorante en psychologie au LaPsyDÉ (Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Éducation de l’enfant, CNRS) et publiée dans Nature s’est intéressée au sujet. Elle a proposé à 432 enfants de 11 à 14 ans 56 nouvelles (50 % de vraies, 50 % de fausses) sous la forme de « posts » sur des réseaux sociaux, avec un titre, une accroche et une image.

    Premier enseignement : « plus les collégiens sont âgés, mieux ils repèrent les fausses informations parmi les 56 soumises, et ce, quel que soit leur genre (le milieu social n’a pas été exploré) ». Selon les conclusions de l’étude, « le développement de la capacité à identifier les fake news est en partie lié au développement de la capacité de raisonnement ».

    Autre enseignement : « Plus on voit une information, plus on a tendance à croire qu’elle est vraie. C’est un biais très robuste, détecté dès l’âge de 5 ans », identifié en 1977 et connu sous le nom d’effet de vérité illusoire. Avec les fausses informations reprises en boucle sur les réseaux sociaux, c’est un biais important. Cette fois-ci, « ni l’âge ni la capacité de raisonnement n’influent sur l’effet de répétition » ; les adultes ne sont ainsi pas épargnés.

    Encore récemment, nous avons eu le cas avec l’histoire (fausse) des 2,5 milliards de compte Gmail compromis, ou bien cette rumeur relayée par de nombreux médias sur les voitures de plus de 10 ans soumises à un contrôle technique annuel. Nous pourrions multiplier les exemples tant ils sont nombreux.
    Développer son esprit critique, sans devenir complotiste

    Une partie de l’étude s’est intéressé aux jeunes de 11 ans, c’est-à-dire ceux qui vont entrer au collège : « En moyenne, nous n’avons pas trouvé de différence significative du point de vue statistique », explique Marine Lemaire, au point de ne pas encore être capable de différencier une vraie nouvelle d’une infox.

    La bonne nouvelle, selon Grégoire Borst, directeur du LaPsyDÉ et co-auteur de la publication, c’est qu’il est possible d’expliquer aux enfants le fonctionnement des algorithmes, mais… encore faut-il en avoir conscience soi-même, et bien le comprendre. Il milite donc pour que l’éducation aux médias et à l’information soit renforcée.

    Vie Publique rappelle qu’une « circulaire du ministère de l’Éducation nationale de janvier 2022 renforce et généralise l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Face aux nombreux flux d’informations, à la diversité des sources et à la multiplicité des supports, il apparaît nécessaire de former les élèves à s’informer ». Mais sur le terrain, il reste encore beaucoup de travail.

    L’article a été mis à jour le 30 mars sur Vie Publique, mais dans la partie dédiée à la lutte contre la désinformation, les derniers articles parlent du rapport de Viginum sorti en février dernier au sujet des actions de désinformations russes en lien avec la guerre en Ukraine, et des élections européennes de 2024. Ce ne sont pourtant pas les fausses informations qui manquent…

    Antonio Casilli, professeur de sociologie à Télécom Paris, rappelait en 2022 que « les algorithmes qui déterminent le fil d’information de chaque utilisateur sont optimisés pour mettre en avant des messages percutants et provoquant des réactions émotionnelles fortes. Une sorte de “prime” à l’émotion et à la controverse, laquelle incite l’utilisateur à prolonger sa connexion. C’est pourquoi les fake news les plus outrancières bénéficient d’une large diffusion ».

    Mais le chercheur met aussi en garde contre un effet pervers qui peut rapidement arriver : « La vraie difficulté que nous rencontrons est de développer la pensée critique des adolescents, tout en évitant qu’ils se mettent à douter de toutes les informations. Sinon, ils risquent de se réfugier sur des sites diffusant uniquement des informations avec lesquelles ils sont déjà d’accord, voire d’adhérer à des théories complotistes ».
    « Cultiver le doute raisonnable »

    Rappelons que X et Meta ont fortement modifié leur politique de modération et de lutte contre la désinformation. Au début de l’année, nous expliquions que « Facebook, Instagram et Threads abandonnent leurs programmes de vérification des informations, au profit d’une modération assurée par les utilisateurs finaux, à la façon des Community Notes instaurées sur X ».

    Grégoire Borst recommande donc de « cultiver le doute raisonnable » et de prendre l’habitude de vérifier une information au moindre doute, ou si elle paraît trop belle pour être vraie, trop sensationnelle, bref « trop » quelque chose.

    Pour Marine Lemaire, il ne faut pas stigmatiser les adolescents, qui détectent de mieux en mieux les fake news en grandissant. Enfin, « ils ne les repartagent pas forcément – au contraire, par exemple, des personnes âgées », rappelle le Journal. Une étude avait ainsi révélé que, lors de la ­présidentielle de 2016 aux États-Unis, les plus de 65 ans partageaient en moyenne 7 fois plus de fake news sur Facebook que les 18 - 29 ans.

    #Fake_news #désinformation #Médias_sociaux #Adolescents #EMI #Education_médias_information

  • « L’#IA_conversationnelle devient chaque jour plus influente dans la vie de nos adolescents »

    Face au développement fulgurant des « #compagnons_IA », avec qui des ados développent des relations d’#amitié ou d’#amour, Mathias Dufour, fondateur du groupe de réflexion #LePlusImportant, réclame, dans une tribune au « Monde », l’application d’une logique de #précaution pour ces #cerveaux en développement, et la mise en place de #garde-fous.

    L e débat sur les effets des écrans sur les jeunes, comme leur régulation, est aujourd’hui largement focalisé sur les réseaux sociaux. Or, pendant ce temps, une révolution silencieuse est en cours : les intelligences artificielles (IA) conversationnelles pénètrent l’#intimité des adolescents, sans cadre ni vigilance.

    Nos ados ne sont plus seulement exposés à des vidéos virales. Ils parlent à des IA qui, mémorisant les détails personnels, les écoutent, leur répondent, les soutiennent. Ils échangent avec elles de façon fluide, personnalisée et empathique, et même s’y attachent, parfois profondément. C’est le cas avec les IA génératives classiques, comme ChatGPT, mais aussi avec des plateformes dites « de compagnons IA », comme #Replika, qui permettent de « personnaliser » son IA partenaire et lui donner une #voix, un #prénom, une #personnalité.

    La diffusion de ces applications est fulgurante. Selon une enquête de l’association Common Sense Media parue le 16 juillet, près des trois quarts des adolescents américains déclarent avoir utilisé un #compagnon_émotionnel basé sur l’IA – un #chatbot simulant une relation amicale, amoureuse, voire sexuelle. Près de la moitié y recourent régulièrement. Inexistantes il y a trois ans, ces IA font déjà partie du quotidien le plus intime des adolescents.

    Illusion d’une relation sûre

    L’IA conversationnelle est conçue pour capter l’attention des utilisateurs et pour maximiser le temps qu’ils y passent. Comme les réseaux sociaux. Elle en diffère en ce qu’elle donne l’illusion d’une relation sûre et bénéfique. Comment ne pas apprécier sa disponibilité permanente, son aide rassurante, son #soutien inconditionnel ?

    Notre tendance à l’#anthropomorphisme nous pousse, inconsciemment, à traiter l’IA comme un humain, et donc à nouer des liens avec elle. Cela la rend plus insidieuse : parce qu’elle parle « #comme_un_humain », on oublie qu’elle n’en est pas un. Parce qu’elle simule le soutien, l’amitié, l’amour, on lui prête des #émotions qu’elle n’a pas. Parce qu’elle est si empathique, elle ne peut être que bienfaisante.

    Le suicide, en février 2024, d’un adolescent américain de 14 ans, #Sewell_Setzer, à la suite d’une #relation_affective avec un chatbot à l’insu de ses parents, a sonné comme une tragique alerte. Sewell a semblé voir la mort comme un moyen de rejoindre sa compagne virtuelle, nommée Daenerys Targaryen, d’après le personnage de la série audiovisuelle Game of Thrones.

    Le New York Times, le 23 octobre 2024, a reproduit leur ultime dialogue : « Viens me rejoindre dès que tu peux, mon amour », demanda le bot. « Et si je te disais que je peux venir tout de suite ? », répliqua Sewell. « Fais-le s’il te plaît, mon cher roi », répondit le bot. L’adolescent lui dit qu’il le ferait, puis il mit fin à ses jours. Un procès est en cours. Et, mardi 26 août, une plainte, la première connue, a été déposée contre #OpenAI après le suicide d’un adolescent lié à #ChatGPT.

    Le cas de Sewell Setzer est extrême, mais la tendance des IA conversationnelles à dire aux utilisateurs ce qu’ils ont envie d’entendre, plutôt que la vérité, peut renforcer leur biais de confirmation et les isoler. Chez les adultes, l’utilisation de compagnons IA semble liée à un risque plus élevé de #dépression et à un sentiment accru de #solitude. Peut-il en être autrement chez les plus jeunes ?
    Les IA conversationnelles sont des technologies à effet psychique. Plus les échanges durent, plus les risques pour leurs utilisateurs de distorsions dans leur #perception_de_la_réalité – ce qu’on appelle l’effet « #psychose_de_l’IA » – sont élevés. Or, les adolescents, dont le cerveau et la #maturité_affective sont encore en pleine évolution, en particulier en matière de #régulation_émotionnelle, contrôle des #impulsions et l’évaluation des #risques, sont particulièrement influençables.

    Recours thérapeutique sans garde-fou

    De surcroît, l’IA conversationnelle est désormais utilisée par des dizaines de millions de personnes pour évoquer leur #santé_mentale. La moitié des Américains qui ont des problèmes de santé mentale et ont recours à l’IA conversationnelle le font à des fins thérapeutiques, consultant des chatbots comme de vrais professionnels de santé. C’est aussi le cas chez les #ados. Or, si les premières études montrent des résultats parfois positifs, il arrive à ces IA de donner de #mauvais_conseils, parfois directement nuisibles, y compris à des ados. De plus, le recours à l’IA peut retarder, voire éviter, celui à d’authentiques professionnels.

    Peut-on d’un côté réguler de manière stricte la formation et les pratiques des professionnels en psychiatrie et psychologie, et de l’autre laisser les adolescents en tête-à-tête sans garde-fou avec des substituts algorithmiques ? Face à des IA optimisées pour capter l’attention, il ne serait ni juste ni réaliste de confier la santé mentale de millions d’adolescents à la seule vigilance parentale.

    Même si les conséquences néfastes ne concernent qu’une très faible part des utilisateurs, les plus à risque sont les personnes déjà en difficulté, et, à l’échelle de générations entières, c’est un nombre considérable de vies qui peuvent être affectées.

    Nous n’accepterions jamais une diffusion de masse de médicaments auprès des mineurs sans preuves d’innocuité, garde-fous et suivi. Appliquons donc une #logique_de_précaution à ces cerveaux en développement, et traitons les IA conversationnelles comme un enjeu de #santé_publique.

    Faisons avec elles ce que la santé publique sait faire : prévenir, tester, encadrer, surveiller. Portons ce débat dans la sphère publique. Finançons des études, accélérons la recherche interdisciplinaire pour comprendre les effets de ces IA sur nos enfants. Outillons les ados et les parents. Cherchons des cadres appropriés, comme des seuils d’âge, des chartes de conception, des mécanismes de supervision, des dispositifs d’accompagnement médical.

    L’IA conversationnelle est un interlocuteur invisible, mais qui devient chaque jour plus influent dans la vie de nos adolescents. Mobilisons-nous, tant qu’il est encore temps, pour leur permettre de l’utiliser sans danger et en démultiplier les effets positifs.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/01/l-ia-conversationnelle-devient-chaque-jour-plus-influente-dans-la-vie-de-nos
    #intelligence_artificielle #AI #conversation #IA #adolescents #jeunes #influence #empathie

  • Pourquoi nos ados ne répondent plus au téléphone ?
    https://www.msn.com/fr-fr/familles-et-relations/%C3%A9ducation-des-enfants/pourquoi-nos-ados-ne-r%C3%A9pondent-plus-au-t%C3%A9l%C3%A9phone/ar-AA1Ex1Mb
    https://img-s-msn-com.akamaized.net/tenant/amp/entityid/AA1Ex1M9.img?w=652&h=438&m=4&q=79

    Enzo, 15 ans, regarde son portable qui vibre : « Ma daronne ? Sûrement, je suis en retard… J’envoie un texto (« J’arrive »), c’est moins prise de tête ! » De son côté, Stéphanie, 55 ans, mère de Théa, 14 ans, ne comprend pas : « Impossible de la joindre. Et si je laisse un message sur son répondeur, elle ne l’écoutera pas. Alors, j’écris un SMS. Ou, plus efficace, je passe par Instagram. C’est même ce qui m’a motivée pour créer un compte. »

    Bon réflexe ! Car aujourd’hui, pour communiquer, les 12-18 ans privilégient les messageries privées des réseaux sociaux ou les notes vocales sur WhatsApp. A travers une étude sur les pratiques de l’écriture des 14-18 ans*, Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication** , le confirme : « Les jeunes ont une sainte horreur de l’appel téléphonique. » On avait remarqué !

    A découvrir également : 20% des Français ne répondent pas aux appels téléphoniques… volontairement

    L’amour du son

    Certes, la hausse du démarchage commercial, des arnaques et l’inflation des numéros masqués les rebutent (comme les plus âgés) : 62,5% des Français de 15 ans et plus filtrent les appels*** . La quasi-totalité en ce qui concerne la génération Alpha (née après 2010), qui ignore notamment les coups de téléphone parentaux. Anne Cordier rassure : « Ce n’est pas la personne qui est visée, mais le mode de communication qui a évolué. Ils ne répondent pas plus à leur meilleur ami qu’à un parent. » Parent qui, par ailleurs, fait parfois mal la différence entre un message audio laissé sur le répondeur et ce qu’Emma, 17 ans, appelle un « son ». « J’adore ça, s’enthousiasme-t-elle. On peut parler en marchant, tout en communiquant de l’émotion. »

    Comme Emma, près d’une personne sur cinq de la génération Z envoie ou reçoit plus de dix notes vocales par jour, indique un sondage publié en février 2025 mené sur la plateforme d’apprentissage de langues en ligne Preply. « Laisser un message sur un répondeur, c’est risquer que la personne rappelle !, fait remarquer Anne Cordier. Alors qu’avec la note vocale, on « calcule », on incarne sa parole. Les bruits de fond donnent du réel au propos, ainsi que du partage d’intime (« Déso, j’espère que tu m’entends, j’suis dans la rue, attends, je sors du métro… »). Le vocal participe d’une dynamique conversationnelle ludique et spontanée, même avec un décalage temporel. » Et quand c’est trop long, on peut écouter le message en accéléré. Comme on zappe les scènes qui nous ennuient dans une série !

    Le stress du direct

    Pour Marie Danet, maîtresse de conférences en psychologie du développement à l’université de Lille**** , ces nouvelles pratiques découleraient d’un rapport différent au temps. La jeune génération, habituée aux services à la carte avec les plateformes de streaming, « dispose d’alternatives favorisant la désynchronisation des échanges et l’activité multitâche », dixit la psychologue. Tous les canaux de communication existants sont également plus attractifs parce que plus créatifs (possibilité d’envoyer des photos, des vidéos, des liens), quand, avant, c’était le téléphone ou rien. Cela entraînait un effet d’apprentissage et de familiarisation que n’ont plus les adolescents.

    « La galère quand je dois répondre à des parents qui me proposent du baby-sitting ou prendre rendez-vous avec un médecin qui n’est pas sur Doctolib !, s’exclame Inès, 14 ans. J’ai peur de ne pas savoir quoi dire et d’être prise pour une teubé ! » Idem pour Louise, 13 ans, pour qui parler au téléphone vire au calvaire : « Je perds mes moyens, surtout quand l’autre me coupe ou s’impatiente », confie-t-elle. Vu ainsi, il y a moins de pression avec les notes vocales. « On peut effacer et recommencer », confirme Louise. Anne Cordier l’a observé : « Le coup de fil est presque toujours associé à une prise de risque pour les adolescents. Parler en direct revient à se mettre à nu. Choisir le différé, c’est prendre le temps de réfléchir à ce que l’on va dire, se réécouter, peaufiner l’idée ou l’image que l’on veut renvoyer. Une façon de garder le contrôle dans un monde menaçant et incertain. »

    Des modalités à inventer

    Car, à la vérité, il n’y a pas de réel refus d’échanger. « Parents et enfants n’ont jamais autant communiqué, estime Anne Cordier. Mais, en se raréfiant, le coup de fil est devenu un « événement » à forte pression émotionnelle. Il annonce une nouvelle potentiellement importante. » Léonard, 16 ans, ajoute : « Ça tombe toujours mal. Soit je suis avec mes potes, soit en train d’écouter de la musique ou de scroller, je n’ai pas envie d’être dérangé. » Emile, 18 ans, pense que s’il répond, « ça va durer des plombes ».

    « Et l’appel spontané, ils en font quoi ? s’agace Nathalie, 58 ans. Il faut prendre rendez-vous pour se parler, un comble ! » Anne Cordier et Marie Danet sont formelles : mieux vaut passer un contrat avec l’ado pour préciser les règles conversationnelles. Par exemple, pour une information factuelle, on privilégiera les textos ; pour un message plus sensible, la note vocale. Avec son fils, Laurence a banni des SMS les points d’exclamation ou de suspension, trop sujets à interprétation, et réclame au minimum un émoji en accusé de réception. Des modalités à inventer qui, parfois, peuvent inverser les situations, comme le raconte Stéphanie : « L’autre jour, j’ai juste écrit « ok. » à ma fille, et elle a cru que j’étais fâchée ! »

    «  T’es où  ?  »

    Autre constat qui n’incite pas les ados à répondre au téléphone : ils sont supposés être joignables tout le temps. « A force de fluidifier la communication, les outils numériques l’ont rendue envahissante », souligne Anne Cordier. Avec des parents facilement inquiets ou très contrôlants, l’ado est prié de rendre des comptes toute la journée. « Ma mère ne se rend pas compte à quel point elle est relou avec tous ses appels, s’énerve Arthur, 17 ans. A la sortie des cours, devant les potes, comme si j’étais un gamin ! » C’est alors qu’une non-réponse en dit long : indifférence, agacement ou juste le besoin de se préserver… « Les outils numériques peuvent même ralentir le processus d’autonomisation d’un jeune qui a besoin de se tester et de trouver ses propres solutions en notre absence », met en garde Marie Danet.

    Avec le recul, Anne, 64 ans, en convient : « J’appelais Lily pour savoir où elle était, ce qu’elle faisait, avec qui. Résultat, ce que je craignais le plus est arrivé : elle s’est mise à faire le mur la nuit, pour vivre sa vie ! » D’où l’importance de respecter une distance de sécurité : ni trop loin, ni trop près. « Et cela marche dans les deux sens », remarque Marie Danet. Qu’ils ne nous utilisent pas comme un couteau suisse en nous sommant de répondre dès que, eux, en ont besoin !

    Donnez-leur un coup de pouce pour leur coup de fil

    « La peur de prendre la parole en public, soit l’importance accordée au regard des autres, est le propre de l’adolescence, souligne Marie Danet. Et cela s’accentue. Si 90% de mes étudiants de première année participent à des quiz sur leur téléphone, seuls un ou deux lèvent la main quand je pose une question en cours. » Cette anxiété sociale pousserait des parents à passer certains appels importants à leur place, renforçant les stratégies d’évitement. « Il est plus éducatif de les aider à préparer leur coup de fil, poursuit-elle. Car, dans leur vie professionnelle, ils auront peut-être encore à téléphoner… »

    Mongenot C., Cordier A., Les adolescents et leurs pratiques de l’écriture au XXIe siècle : nouveaux pouvoirs de l’écriture ?, Injep, novembre 2023

    **Auteure de Grandir informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes (C&F).

    **« 94% des 15-29 ans ont un smartphone en 2021 », Insee Focus, no 259, 24 janvier 2022

    ****Auteure d’Ecrans et familles (UGA).

    #Anne_Cordier #Téléphone #Adolescents

    • Le fait d’hésiter à se téléphoner, ça a plusieurs conséquences négatives qu’on constate ici à la maison :

      – récupérer un devoir ou un cours qu’on n’a pas, c’est devenu quasiment impossible, parce qu’on n’ose pas téléphoner à un·e copain·e pour demander à se faire expédier fissa le truc ;

      – organiser une sortie du week-end, ça passe assez systématiquement par un débat interminable sur un groupe Whatsapp, et forcément c’est quasiment impossible d’organiser quoi que ce soit avec un groupe Whatsapp (discussions noyées dans les private jokes, multiplication des messages vocaux qui ne permettent jamais de synthétiser, timidité à proposer un horaire, mais facilité à dire que tel horaire ça va pas être possible…)

      – et de manière plus personnelle, quand l’ado a un coup de déprime, ne pas oser téléphoner à un·e copain·e pour discuter en direct, ça n’aide pas.

    • J’avais pas repéré :

      La quasi-totalité en ce qui concerne la génération Alpha (née après 2010), qui ignore notamment les coups de téléphone parentaux.

      Des mouflets qu’ont pas encore 14 ans et c’en est déjà à snober ses darons au téléphone ? (Les gens s’inventent des problèmes, là, parce que c’est pas super-compliqué, en général, de poser des limites à un·e pisseu·se de 12-13 ans.)

    • Vous me rassurez. J’expliquerai le phénomène à l’arrière grand mère de 90 ans qui s’inquiète toujours lors ce qu’elle n’arrive pas à joinde les petits.


      Cadran Téléphonique Modèle Administratif 1927

      Pour quelqu’un qui a grandi à l’époque des téléphone à cadran c’est toujours une obligation morale de répondre aux appels parce qu’autrement on ne pouvait ni savoir qui avait appellé ni pourquoi.

      Quand quelqu’un ne répondait pas c’était parce qu’il ne se trouvait pas à proximité du combiné ou parce qu’il était en train de parler avec une personne sur place. Préférer la communication avec la personne présente était une obligation morale car faire attendre quelqu’un à cause d’un appel téléphonique était l’expression (et l’est toujours) de la supériorité hierarchique de celui qui ignorait l’autre au profit de l’appareil.

      L’introduction à grande échelle du répondeur automatique dans les années 1980 ouvrait la possibilité d’ignorer les appels afin de choisir les personnes qu’on rappellait et de sélectionner les victimes de la prétendue panne du répondeur. Il y avait un prix à payer pour l’excuse facile car on se montrait comme personne qui violait l’obligation de respecter le correspondamt téléphonique potentiel.

      Avec la généralisation des téléphones portables à partir de 1995 ce devoir s’est transformé en obligation culturelle générale car être joignable partout et à toute heure de la journée était considéré comme caractéristique des hommes d’affaires à succès.

      A partir de ce moment les numéros des appels manqués étaient visibles et le refus de prendre les appels exprimait de plus en plus souvent le refus de se plier aux contraintes du job voire à l’autorité parentale .

      Depuis les voies de communication se sont multipliées à cause des frénétiques efforts des entreprises « startup » de réinventer la roue de la communication et de se démarquer des concurrents. Cette course à vitesse folle a produit un nombre illimité de manières de ne plus s’entendre. J’ai l’impression qu’il y a un équilibre précaire entre innovation acharnée et besoin de repos qui forment un couple d’antagonistes irréconciliables.

      Le dernier cri sont forcément, je le suppose, les bots IA personnalisés qui remplacent le répondeur automatique en se faisant passer pour la personne qu’on appelle. Plus jamais tu ne seras laissé sur ta faim de communication car il n’y aura plus d’appel manqué. Le bot ne dort jamais. Il aura toujours un message positif pour calmer les parents inquiets.

      Je m’en accomode et me demande quel effet cet « overkill » en armes de la communication a pour les jeunes qui sont nés dans l’écosystème actuel marqué par le chaos technologique et moral..

      #communication #kafka #technologie #capitalisme #néolibéralisme

    • Je connais un paquet de monde, pas forcément jeune, qui déteste le téléphone (enfin au moins les appels vocaux, quoique certain⋅e⋅s ont bien du mal avec les textos aussi :)). Et effectivement comme le dit @arno les textos/whatsapp/signal/etc. ont largement leurs limites, dès que la conversation demande un peu plus de complexité que de savoir « où t’es » ou ce genre de trucs. Idem au taf, y a des spécialistes des messages sur chat qui n’en finissent pas, pour expliquer des trucs compliqués (je finis par appeler assez rapidement...).
      Mais alors ce qui me tue, c’est effectivement de voir les plus jeunes (mais pas que, ça contamine des gens plus vieux) communiquer à coup de « vocaux », quel enfer ! La « conversation » prend des plombes pour rien. On se retrouve avec les défauts des 2 modes de communication (impossible de rechercher dans les vocaux ce qui a été dit, contrairement à l’écrit, et c’est ultra compliqué de parler de choses complexes).

    • s’il y a un truc qui me dépasse totalement dans l’usage des RS, c’est bien l’usage des « vocaux » !
      (full disclosure : ma fille commence à m’envoyer des vocaux…-

      et merci @klaus, pour le rappel du mode d’emploi du téléphone incorporé dans le cadran !
      Annoncez : ici, le ABC 12 34 , j’écoute.
      (version parisienne)
      ou
      Annoncez : ici, le 22 à Asnières , j’écoute.
      (partout ailleurs)

    • – Il y a la génération de mes parents, le téléphone était facturé à la minute, alors ma mère est toujours aussi pressée de raccrocher.

      – Ensuite il y a ma génération, baisse des prix. Je passais un temps fou le soir debout dans l’entrée, ou assis aussi loin que le câble torsadé de l’appareil le permettait, pour se dicter les niveaux d’Ultima III. (Dans l’entrée de mes parents, il y avait un minuteur pour la lumière, alors en téléphonant je devais régulièrement rallumer la lumière. Et au bout d’un moment, un peu moins trouille-cul, j’ai pris l’habitude de rester assis dans le noir.)

      – Et puis il y a mes enfants, forfait illimité, le téléphone c’est considéré comme gratuit, on peut même téléphoner allongé dans son lit, qui ont peur de déranger et font tout, comme leur grand-mère, pour raccrocher le plus vite possible.

    • Mes enfants, plutôt génération Y (donc plus vraiment des ados, quoique...), sont injoignables sur leurs téléphones. Je leur envoie (tous les dix jours environ) des SMS pour savoir s’iels vont bien. Parfois, iels me répondent et souvent je leur demande dans le SMS si on pourrait éventuellement discuter au téléphone. Iels ont l’air d’être surbooké·e·s H24 7/7 ...

      Avant, je lançais des bouteilles à la mer grâce à Facebook Messenger mais alors là, que nib.

      On a tâté de la visio (toujours avec Messenger) pendant la panique Covid mais on a vite laissé tomber. Ça permettait de voir les petits enfants grandir mais souvent ces derniers en profitaient pour faire les clowns et la conversation se diluait dans un brouhaha pénible. Et puis la qualité du réseau perturbait aussi la liaison.

      A propos des « vocaux » (media que je viens de découvrir) ...
      https://www.blogdumoderateur.com/panorama-reseaux-sociaux-vocaux-applications-chat-audio

      Finalement, je me dis que le silence est d’or. Et de toute façon, quand il y a une tuile, iels retrouvent comme par magie mon numéro de tél.

    • Je le répète : vous me rassurez, je ne vis donc pas une exception . Mais c’est un mensonge ce que je dis. Au contraire vous m’inquiétez davantage car je constate des problèmes énormes quand on essaie de rassembler des gens ne serait-ce que pour défendre nos intérêts communs.

      La manière asynchrone de vivre et pratiquer la communication moderne ne facilte pas les choses, alors pas du tout.


      Je finirais peut-être comme l’autre avec sa pancarte devant la chancellerie à Berlin qui essaye de se faire entendre par Merkel/Lindner/Scholz/Merz/etc. - mois ça sera pour m’adresser aux enfants par caméras de télé intersposées ;-)

  • Neulich im Internet entdeckt. Die Meldung kann ohne Bezahlschranke ...
    https://diasp.eu/p/17606041

    Neulich im Internet entdeckt. Die Meldung kann ohne Bezahlschranke gelesen werden:

    https://omni.se/foralrarpakten-vaxer-forbjuder-smartphones/a/alEr0E

    Aus Schweden wird gemeldet, daß in dem kleinen Städtchen VIKEN bei Helsingborg / Schonen-Skåne sich eine Elterninitiative gebildet hat.

    Der Usprung dieser Initiative geht auf eine Verabredung zwischen zwei Eltern zurück, Holly Kvist und Anna Granqvist. Sie einigten sich darauf, ihren Kindern erst nach dem 14. Lebensjahr den Zugang zu snartphones zu ermöglichen. Diesem Pakt haben sich mittlerweile 150 Eltern angeschlossen.

    Die beteiligten Eltern möchten, daß ihre Kinder eine geschützte Kindheit haben und die sozialen Fähigkeiten entwickeln.

    Das Ziel der Initialtive ist, daß das ganze Örtchen smartphone-frei für die Kinder wird. Je mehr Eltern sich der Initiative anschlileßen, desto einfacher ist es für die Eltern nein zu smartphones zu sagen, auch weil dann kein Kind in eine Außenseiterposition gerät.

    • traduit de omni.se avec un traducteur interne à Firefox :

      Le débat sur le temps passé à l’écran des enfants

      Le pacte parental se développe – interdit les #smartphones

      Av Knut Sahlin Ekberg
      Publiée 2 mai, 11:27

      150 parents ont participé à un pacte selon lequel leurs enfants ne devraient pas obtenir de smartphones avant qu’ils n’aient pas 14 ans, rapporte SVT News Helsingborg.

      Cela a commencé avec les deux parents Holly Kvist et Anna Granqvist à Viken en accord l’un avec l’autre sur l’interdiction - puis il a grandi. Avec le pacte, ils veulent donner aux enfants plus de temps dans la « réalité » et la possibilité de développer leurs compétences sociales.

      "Nous voulons simplement protéger leur enfance", a déclaré Anna Granqvist.

      L’objectif est maintenant que l’ensemble de Viken devienne mobile gratuitement pour les enfants. Et que tant de parents se soient joints à cela facilite l’interdiction. Il sera plus facile de dire non et aucun enfant finit à l’extérieur parce que tant d’entre eux sont couverts, explique Holly Kvist

      La #pédagogie pour #enfants et #adolescents à l’ère de la #numérisation

  • Opinion | Zeynep Tufekci - Instagram’s New Protections for Kids Don’t Go Far Enough - The New York Times
    https://www.nytimes.com/live/2024/09/17/opinion/thepoint#instagram-children-regulation

    Zeynep Tufekci
    Sept. 17, 2024, 3:56 p.m. ETSept. 17, 2024

    Instagram’s New Protections for Kids Don’t Go Far Enough

    Instagram just announced “sweeping” changes to how it handles minors’ accounts, a belated acknowledgment that a social platform that seeks to encourage engagement can have pernicious effects on children. Accounts whose owners self-identify as minors will now be private by default, stop notifications between 10 p.m. and 7 a.m., and allow parent accounts to see who receives their children’s messages.

    But these new policies will have little impact on many teenagers, because the platform has not set up age verification.

    In response to Instagram’s new policy, many kids will simply create “finstas” — fake accounts — and carry on as before. Additionally, 16- and 17-year-olds will be able to opt out of these settings without needing parental approval. Anyone familiar with teenagers and the platform can see that Instagram’s new policy is less of a solution and more of a performance of doing something in response to public outcry.

    Even these minor changes came only after dozens of lawsuits by state attorneys general and recent legislation aimed at protecting minors online that overwhelmingly passed in the Senate. In an age of polarization, such consensus is a strong indicator of how bothered the public is by all this.

    While our new connected reality does have upsides, many teenagers suffer greatly from the constant judgment that characterizes social media platforms. And then there are the many documented cases of blackmail and exploitation of vulnerable youngsters.

    Obviously, those best able to protect themselves from social media’s harms are going to be the young people who already have trusting relationships with their parents. Those kids are more likely to voluntarily self-identify as minors and now have slightly better default settings. But what about the rest of them?

    Age verification is the kind of policy that would allow such changes to have widespread effect. But it’s not an easy fix. And it would certainly not be without major downsides, especially if it allowed a company to collect even more information on everyone. It also might overly stifle legitimate and necessary access to online information and speech. But those problems are potentially solvable in part by developing new technological approaches, if companies had the incentive to try.

    So far, tech companies have little incentive to do much else besides belatedly change a few settings. Little else is likely to happen until Congress finally gets serious, resists the lobbying by these wealthy companies and puts some thoughtful effort into legislation with sharp enough teeth to force platforms to act.

    Until then, the most vulnerable kids are still on their own.

    #Instagram #Adolescents #Meta #Faire_semblant

  • Numérique. Gagner de l’argent en regardant des vidéos : le nouveau TikTok Lite inquiète
    https://www.estrepublicain.fr/economie/2024/04/12/gagner-de-l-argent-en-regardant-des-videos-le-nouveau-tiktok-lite-inq

    Depuis début avril, TikTok propose une nouvelle application, censée utiliser moins de données, avec laquelle les internautes peuvent gagner de l’argent en regardant des vidéos. Ce qui inquiète les spécialistes et les autorités, qui souhaitent réduire l’usage des écrans dans la société.
    Cyrielle Thevenin - 12 avr. 2024 à 18:22 | mis à jour le 12 avr. 2024 à 18:44 - Temps de lecture : 5 min
    |
    L’application TikTok Lite a été téléchargée plus de cinq millions de fois depuis son lancement au début du mois. Photo Sipa/Jaap Arriens

    L’application TikTok Lite a été téléchargée plus de cinq millions de fois depuis son lancement au début du mois. Photo Sipa/Jaap Arriens

    À l’heure où le gouvernement entend réguler l’utilisation des écrans, notamment chez les jeunes, les plateformes numériques n’ont pas fini de lui donner du fil à retordre, comme le montre l’arrivée en France de TikTok Lite. Cette nouvelle application, disponible depuis le 2 avril en France sur les smartphones Android, promet d’utiliser « moins de données » tout en permettant à l’utilisateur d‘être rémunéré en naviguant sur la plateforme.

    #TikTok #Anne_Cordier #Adolescents #Economie_attention

  • 7e édition du colloque de l’Observatoire de la lecture et de l’écriture des adolescents - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=a0phsXLDZBs

    La 7e édition du colloque de l’Observatoire de la lecture et de l’écriture des adolescents sur le thème : "Les adolescents et leurs pratiques de l’écriture au XXIème siècle : nouveaux pouvoirs de l’écriture ?" s’est tenue le 12 décembre 2023 à la Maison de la Poésie.

    Tandis que l’écriture, sa pratique et son apprentissage réinvestissent aujourd’hui l’espace public, le champ de l’écrit se trouve profondément redessiné sous l’influence des nouvelles technologies. En ouvrant de nouveaux espaces (plateformes, réseaux sociaux, messageries, etc.), en renouvelant les supports (smartphones, tablettes, etc.), en décuplant les fonctions (communication, expression d’opinion, etc.), elles permettent le déploiement de nouvelles formes d’écriture et modifient également le rapport à la lecture. Des applications liées à l’intelligence artificielle, comme ChatGPT, sont en particulier porteuses d’un profond renouvellement des manières d’écrire.

    En s’appuyant sur certaines données saillantes d’une enquête nationale conduite en 2022 par Lecture Jeunesse, le colloque entend revenir sur plusieurs questions : que savons-nous réellement des pratiques d’écriture des adolescents ? Quels écarts sociaux et genrés observe-t-on dans ces pratiques ? Quels liens existe-t-il entre écriture manuscrite et écriture numérique ? Où et comment les adolescents apprennent-ils à écrire aujourd’hui ?

    Chercheurs, universitaires et professionnels de la médiation et de l’éducation discuteront ces questions de façon nuancée, à partir de champs disciplinaires différents – sociologie, linguistique, didactique – en explorant des voies possibles de renouvellement des médiations du lire/écrire en direction des adolescents.

    00:00 – Ouverture de la journée. Marie-Christine Ferrandon, présidente de Lecture Jeunesse

    07:10 – Introduction générale : les pratiques d’écriture, continuités et évolutions contemporaines
    Anne-Marie Chartier, chercheuse associée au LARHRA-Lyon 2/ENS
    Anne Cordier, professeure des universités en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Lorraine – CREM

    Axe 1 : Scripteurs adolescents : différents ou inégaux

    43:40 – Elles/ils écrivent : quelques images contrastées ou nuancées issues de l’enquête « Les adolescents et leurs pratiques de l’écriture au XXIe siècle : nouveaux pouvoirs de l’écriture ? »
    Christine Mongenot, maîtresse de conférences chargée de mission scientifique auprès de Lecture Jeunesse

    1:21:56 – Table ronde : comment prendre en compte la diversité des représentations et des pratiques adolescentes dans les médiations autour de l’écriture ?
    Animation : Christine Mongenot.
    Intervenants :
    Anne Cordier, professeure des universités en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Lorraine - CREM
    Hella Feki, professeure de lettres, formatrice et romancière Margaux Nemmouchi, directrice de l’action culturelle au Labo des histoires

    2:39:52 - Prises de paroles officielles du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et du Ministère de la Culture

    Axe 2 : Le continent en partie immergé des pratiques d’écriture adolescentes

    2:50:09 – Écrire ensemble. Quelles modalités et quels enjeux de l’écriture collaborative chez les adolescents ?
    Pierre Moinard, maître de conférences à l’université de Poitiers (INSPE)

    3:25:44 – Table ronde : les usages du numérique visant à amener à l’écriture des jeunes qui en sont éloignés
    Animation : Pierre Moinard.
    Intervenants :
    Alain Brunn, inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche
    Cécile Couteaux, professeure de lettres dans le secondaire, formatrice et docteure en littérature française
    Christine Dupin, professeure de lettres en lycée et docteure en littérature française
    Alexandre Gefen, directeur de recherche CNRS au sein de l’unité Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (UMR7172, THALIM, CNRS / Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

    Axe 3 : Ecrire, ça s’apprend : quelles conceptions pour cet apprentissage ?

    4:26:52 – Où et comment l’écriture s’apprend-elle ? L’expérience scolaire entre ambivalence et nécessité
    Anne Vibert, inspectrice générale honoraire de l’éducation, du sport et de la recherche

    4:49:04 – Table ronde : Faire écrire, apprendre à écrire dans différents espaces de médiation
    Animation : Anne Vibert.
    Intervenants : Sanah Jassin, professeure de lycée professionnel de lettres histoire-géographie au lycée
    Benjamin Franklin (Orléans) en section professionnelle et formatrice
    Annie Loeser, élève conservatrice des bibliothèques à l’ENSSIB
    Emmanuel Vaillant, journaliste, fondateur et directeur de la Zone d‘Expression Prioritaire (ZEP)

    Plus d’informations : https://www.lecturejeunesse.org/evene...

    #Anne_Cordier #Ecriture #Adolescents

  • Faut-il avoir peur des écrans ? Retour sur une annonce présidentielle
    https://theconversation.com/faut-il-avoir-peur-des-ecrans-retour-sur-une-annonce-presidentielle

    « Danger des écrans » : une formulation inadaptée

    À la fin des années 90, évoquant la télévision et les jeux vidéo, Monique Brachet-Lehur interpellait déjà les parents dans un ouvrage au titre provocateur : Les écrans dévorent-ils vos enfants ?. Les risques d’addiction, de désocialisation, de sédentarisation, d’exposition à la violence et à la pornographie étaient alors opposés aux arguments enthousiastes de ceux pour qui la télévision était potentiellement l’instrument d’une démocratisation du savoir et d’un nouveau rapport au monde. Une « école parallèle » comme le théorisaient Georges Friedmann et Louis Porcher.

    À l’époque déjà, la référence insistante aux « écrans » divisait car cette essentialisation masque les autres dimensions des pratiques télévisuelles d’hier et numériques d’aujourd’hui. Pierre Chambat et Alain Ehrenberg déconstruisaient d’ailleurs en 1988 la « supposée fascination des écrans ». Ils montraient combien ce stéréotype se nourrit d’une confusion entre l’écran (le support), l’image (le contenu) et le spectacle (la pratique). Si fascination il y a, et si l’écran y joue un rôle, c’est bien l’activité qu’il contribue à instrumenter qui doit être interrogée.

    Si l’allongement des durées moyennes d’utilisation, les horaires inappropriés (durant la nuit, les repas, le temps scolaire…) et les fréquences élevées inquiètent, c’est en raison des activités dont elles témoignent mais aussi de celles qu’elles sont susceptibles de remplacer : se distraire au lieu d’étudier, veiller au lieu de dormir, s’engager dans des activités individuelles au lieu de s’investir dans des pratiques sociales… La question du temps est donc tout autant qualitative que quantitative.

    Usages et mésusages

    Les mésusages numériques sont assez bien connus, décrits et analysés. Il est possible de dresser un inventaire, sans doute incomplet et discutable, mais éloquent des dangers qu’ils induisent : manipulation, harcèlement, radicalisation, dépendance, déréalisation, exposition de la vie privée, troubles de l’identité, troubles du sommeil, déficits attentionnels, dégradation de l’estime de soi, réduction de l’empathie, altération de la perception de la violence, troubles du comportement, stress, altération de la perception du corps, difficultés de construction des relations amoureuses ou sexuelles…

    Longue liste, très hétérogène, dont l’étendue et la profondeur croissent à l’aune de la prégnance du numérique dans notre société. Comme le souligne justement le président de la République, il est urgent de s’en occuper sérieusement. Pour autant, il est tout aussi essentiel de prendre connaissance des pratiques numériques effectives des jeunes et d’en reconnaître la valeur et les vertus. Favoriser les pratiques vertueuses (qui ne sont pas celles des adultes ou celles dont ils rêvent pour leurs enfants) est tout aussi important.

    De nombreux travaux de recherche documentent et analysent les pratiques des jeunes. Notons ceux d’Anne Cordier ou de Carine Aillerie sur les pratiques informationnelles ; ceux de Dominique Pasquier, Pascal Plantard, ou de Sophie Jehel sur la sociabilité des adolescents et l’apport des réseaux sociaux à leur construction identitaire ; ceux aussi de Sylvie Octobre sur le renouvellement des pratiques culturelles. Entre bien d’autres !

    #Ecrans #Adolescents #Pratiques_numériques

  • Qui a dit que les adolescents étaient fâchés avec l’écriture ?
    https://www.telerama.fr/enfants/qui-a-dit-que-les-adolescents-etaient-faches-avec-l-ecriture-7019125.php

    Par Raphaële Botte

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    Publié le 02 février 2024 à 17h28

    Simples utilisateurs passifs d’écrans, consommateurs invétérés de réseaux sociaux et de jeux vidéo… Les clichés sur les adolescents auraient-ils la peau un peu trop dure ? En fin d’année, la publication des résultats d’une enquête menée par l’Observatoire de la lecture et de l’écriture des adolescents (1) a sérieusement nuancé ces allégations et montré à quel point l’écriture est loin d’être éliminée des pratiques culturelles et sociales des adolescents. Ils sont ainsi 59 % à écrire tous les jours ou presque. Pour la très grande majorité d’entre eux, c’est une fonction utilitaire : noter pour ne pas oublier, organiser ce qu’ils ont en tête. De la liste de courses à la « to do list », en passant par la rédaction de SMS et autre écriture du quotidien, l’empan se voulait très large.

    « On part trop souvent d’une définition académique et restrictive de l’écriture. C’est exactement pareil avec la lecture, où l’on pense d’abord “livre” et “roman”. Mais écrire un Post-it fait partie du processus d’écriture. Si un jeune me raconte laisser un mot chaque matin à ses parents, cela dit quelque chose du rôle social et affectif de cette pratique. Cela permet de décloisonner l’objet de notre étude, de le sortir d’une sphère purement scolaire », explique Anne Cordier, chercheuse en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine et coautrice de cette étude. « Il me semble beaucoup plus constructif de valoriser ce que font les adolescents que de chercher ce qu’ils ne font pas ou plus, poursuit-elle. En cherchant des pratiques attendues, donc une écriture très littéraire, on omet des réalités sociales comme celles de ces ados qui nous ont parlé des scénarios de jeux vidéo qu’ils créent, de paroles de chansons, de livres qu’ils annotent et commentent, de tant d’autres pratiques qui sont de l’écriture. »

    De son côté, Anne Cordier insiste sur la nécessité de prendre en compte les écrits plus administratifs. « Durant cette enquête, nous avons été frappés de constater à quel point lettres de motivation et CV ont pris une place importante dans les dispositifs de sélection comme Parcoursup. Cela génère un grand stress chez les adolescents qui n’ont pas leurs parents pour les accompagner. Ils se rendent compte qu’ils n’ont pas ces codes-là de l’écrit. Il faut absolument leur apprendre à rédiger un mail, un courrier officiel… Sur cet aspect précis de l’écriture, les inégalités sociales sont criantes. » Et les conséquences souvent sévères.

    #Ecriture #Adolescents #Anne_Cordier

  • Stage « Tournez dans un film de cinéma muet » 2024

    Pour les enfants, adolescents et adultes confondus, « Le Bateau Ivre » (organisme de formation depuis 1998) propose deux sessions du Stage de Mime « Tournez dans un film de cinéma muet » à Paris (75009) pendant 4 jours de 14 à 17h en avril 2024. https://www.silencecommunity.com/events/event/view/48629/stage-%C2%AB%C2%A0tournez-dans-un-film-de-cinema-muet%C2%A0%C2%BB-

    #Paris #ÎleDeFrance #stage #formation #tournage #enfants #adolescents #adultes #cinéma #mime #pantomime #mimique #ArtisteMime #muet #CinémaMuet #film #CourtMétrage #laussat #pillavoine #avril #lbi2324

  • Aurore Bergé annonce des « travaux d’intérêt général pour les parents défaillants »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/12/10/aurore-berge-annonce-la-creation-d-une-commission-sur-la-parentalite_6204883

    Dans un entretien à « La Tribune Dimanche », la ministre des solidarités détaille également la mise en place d’une commission sur la parentalité, coprésidée par le pédopsychiatre Serge Hefez.

    Parmi les [...] mesures confirmées samedi, « des travaux d’intérêt général pour les parents défaillants, le paiement d’une contribution financière pour les parents d’enfants coupables de dégradations auprès d’une association de victimes et une amende pour les parents ne se présentant pas aux audiences qui concernent leurs enfants »

    « J’ai une certitude : nous ne pouvons pas nous passer des parents, ni faire sans eux, ni contre eux », a encore dit la ministre (...).

    #famille #société_punitive

  • Halte aux clichés : les jeunes savent écrire et ils aiment ça | Actualités | CIDJ
    https://www.cidj.com/actualite/halte-aux-cliches-les-jeunes-savent-ecrire-et-ils-aiment-ca
    https://www.cidj.com/sites/default/files/styles/og_image/public/2023-12/jeunes_ecriture_passion_etude_2023.webp?itok=6PpFS-QW

    Loin des clichés, les ados écrivent. Pas toujours en vers, mais parfois à la plume ! C’est le constat à tirer de la nouvelle enquête « Les adolescents et leurs pratiques de l’écriture au XXIe siècle : nouveaux pouvoirs de l’écriture ? », réalisée par Christine Mongenot et Anne Cordier. Pour arriver à cette conclusion, Lecture Jeunesse et l’INJEP, l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, ont compilé les réponses de 1 500 jeunes Français âgés de 14 à 18 ans, mais aussi réalisé une cinquantaine d’entretiens individuels.
    Peu importe le support pour peu qu’il y ait l’allégresse

    Pour cette enquête, l’Observatoire de la lecture des ados a souhaité analyser toutes les formes possibles d’écriture. Et un chiffre en particulier sort du lot : « Au total, 92 % des jeunes ont une activité de scripteur déclarée ». Comprendre le « scripteur » par « l’émetteur » d’un message écrit. Parmi ces jeunes interrogés, 59% estiment écrire « tous les jours ou presque ». Et ces écrits ne sont pas essentiellement scolaires : SMS, liste de course, rédaction de fanfiction ou de bande dessinée, tweets ou posts Instagram …

    Le rapport insiste sur le fait que : « les jeunes écrivant sur les réseaux sociaux rédigent plus que la moyenne quels que soient les types d’écrits considérés, et quels que soient les formats ou les supports (+13 %, pour les messages ou mots d’amour, +7 % pour les messages écrits à la main à des amis, +16 % pour les brouillons de publications sur les réseaux sociaux, +10 % pour des contenus sur un blog ou +6 % pour des histoires et fanfictions) ».
    Des billets et des fictions au format électronique

    Envoyer un DM (message privé sur Instagram) serait moins littéraire que de rédiger des vers à la Rimbaud ? En pratique, le rapport démontre que ces nouvelles façons d’écrire bénéficient de moins de reconnaissance que les formats considérés comme plus scolaires.

    L’enquête relève un sentiment d’illégitimité chez beaucoup de jeunes à se définir comme « scripteur », lorsque ces derniers ne pratiquent pas une activité d’écriture encadrée, comme la rédaction d’une lettre, d’un essai ou d’une carte.

    Souvent moins valorisés par leurs aînés, les écrits publiés sur les réseaux sociaux sont pourtant des sources de créativité chez les jeunes. L’étude souligne d’ailleurs que 39 % des jeunes interrogés écrivent occasionnellement ou régulièrement des paroles de chansons ou de rap, 43 % des histoires ou des fanfictions, et que près d’un jeune sur trois participe à l’écriture de traductions de mangas !

    #Ecriture #Adolescents #Anne_Cordier

  • Des policiers falsifient des documents pour expulser des ados #sans-papiers

    Le ministère de l’Intérieur affirme qu’Ibrahim a 22 ans. Il en a pourtant six de moins. Pour pouvoir expulser des étrangers, des policiers font grandir des mineurs non accompagnés d’un simple coup de crayon. Une pratique illégale.

    (#paywall)

    https://www.streetpress.com/sujet/1698051854-policiers-falsifient-documents-expulser-adolescents-sans-pap
    #falsification #âge #expulsion #France #asile #migrations #réfugiés #adolescents #jeunes #majeurs #mineurs #faux_en_écriture_publique

    ping @karine4 @isskein

    signalé par @colporteur ici:
    https://seenthis.net/messages/1022663

  • Cet éclairage autour du documentaire Derrière nos écrans de fumée jette un regard #critique sur la manière dont les #reseauxsociaux affectent notre vie quotidienne. Il exprime le ras-le-bol de voir de plus en plus d’ #adolescents obsédés par leur #smartphone et la #technologie, à tel point qu’ils ne prêtent plus attention à leur #environnement. Ils sont constamment connectés, discutant en ligne de leurs « likes » ou de dilemmes vestimentaires plutôt que de s’engager dans le monde réel.
    http://exportation.medianewsonline.com/ecrans-de-fumee.html

  • Et si on lâchait nos portables, histoire de se parler ?
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-du-vendredi-26-mai-2023-5124352

    En 50 ans, les téléphones portables ont révolutionné notre façon de communiquer et nos comportements en société. Que ce soit dans la rue, dans les transports, au restaurant ou ailleurs, les conversations et questions anodines semblent avoir disparu.

    Le téléphone portable permet d’être connecté en permanence mais aussi de se rassurer dans certaines occasions. A l’occasion des 50 ans du téléphone portable, son créateur, l’américain Martin Cooper lançait pourtant un appel : “Levez les yeux de vos portables !”. Le téléphone portable affecte-t-il nos liens sociaux ?

    Des points positifs peuvent être trouvés à l’utilisation du portable, devenue aujourd’hui globale. Lors de la pandémie, il a notamment sorti de nombreux individus de la solitude. Mais certains évoquent une société fantomatique, où les conversations qui sollicitent un face à face et une attention à l’autre deviennent rares.

    Faut-il s’inquiéter de la place prise par les portables dans nos relations ?
    Est-ce tout simplement une autre façon de fonctionner, par téléphone interposé ?
    Observe-t-on des règles de civilité différentes depuis la généralisation du téléphone portable ?

    Avec nous pour en parler

    David Le Breton, sociologue, auteur de la tribune « Vestige d’un temps révolu, la conversation est en voie de disparition » (Le Monde, 02/01/2023) et de l’ouvrage « Des visages. Essai d’anthropologie » (éditions Métailié)
    Anne Cordier, Professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, autrice de « Grandir informés : les pratiques informationnelles des enfants, adolescents, et jeunes adultes » (C & F éditions)

    Dominique Picard , psychosociologue, autrice de « Politesse, savoir-vivre et relations sociales » (PUF)

    #Téléphone_sonne #Anne_Cordier #Téléphone_mobile #Adolescents

  • La géolocalisation entre pairs à l’adolescence
    https://metropolitiques.eu/La-geolocalisation-entre-pairs-a-l-adolescence.html

    Les pratiques de #géolocalisation entre #adolescents revêtent un caractère ambivalent, associant jeu et #surveillance. Yann Bruna s’est intéressé aux usages de la SnapMap, qui exposent en particulier les filles à de nouvelles formes de vulnérabilité en ligne et dans l’espace urbain. Qu’elle intervienne dans le monde professionnel, au sein des familles ou dans les relations sentimentales, la surveillance par géolocalisation représente une modalité de suivi des activités de l’autre de plus en plus utilisée #Terrains

    / surveillance, #NTIC, géolocalisation, #jeunes, adolescents

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-bruna.pdf

  • Guide Réseaux sociaux enfants et adolescents | Psy et Geek ;-)
    https://psyetgeek.com/mondes-numeriques/guide-reseaux-sociaux-enfants-et-adolescents

    Plein de recommandations de bon sens pour les parents. Faites suivre, c’est une bonne hygiène numérique.

    Les adolescents utilisent régulièrement les réseaux sociaux et les messageries pour communiquer avec leurs proches. Cette numérisation de vie sociale, émotionnelle et cognitive des adolescents suscite du stress et parfois des inquiétudes de la part de leurs parents. La solution est, comme souvent, avant tout une question d’éducation qui passe par une identification claire des aspects positifs et négatifs de la vie numérique et par un accompagnement des enfants dès leur plus jeune âge.

    #Enfants #Adolescents #Hygiène_numérique #Parents

    • Mouais, pas un seul mot, ne serait-ce qu’un, sur le capitalisme cognitif, l’économie de l’attention, etc. Au contraire, des comparaisons totalement hors de propos :

      et s’intéresser aux actualité qui l’intéresse. Son comportement n’est pas tellement différent de celui de son grand-père qui lisait son journal a la différence qu’elle est, comme des millions d’autres personnes, rédactrice et éditrice de ce journal.

      KIKOU LOL TROP FUN #technoptimisme

      Comme si suivre l’actus dans un journal, ou même dans de la presse loisir genre Pif Gadget, ça avait quoi que ce soit à voir avec suivre des murs infinis entrecoupés de publicités ciblées, par des entreprises qui payent des armées de psychologues pour capter la moindre seconde d’attention et la moindre info personnelle des gens.

      C’est tellement un autre monde, que ce n’est pas parce que c’est aussi « du texte et des images », que c’est la même chose qu’un journal de papy. (Tout comme les outils d’agriculture d’il y a 100 ans n’ont rien à voir avec l’industrie de maintenant : ce n’est PAS juste une amélioration de grosseur/vitesse : c’est un autre monde totalement.)

      Perso je trouve ça soit criminel, soit ahurissant de naïveté, de faire croire ça aux parents et enfants.

  • Online media and the adolescent mental health crisis | CEPR
    https://cepr.org/voxeu/columns/online-media-and-adolescent-mental-health-crisis

    Rates of suicidal thoughts and suicide attempts among teenagers have risen significantly in several countries over the past decade.

    This column examines the impact of high-speed #internet expansion on adolescent mental health in Spain. The results suggest that access to high-speed internet significantly increased behavioural and mental health cases among girls aged 15 to 19. Moreover, teenagers’ time spent on healthy activities decreases due to the addictive use of the internet. The findings call for policy interventions to address the impact of online media on adolescent mental health.

    #santé #adolescents

  • « Si les ados n’ont pas accès aux réseaux sociaux, on les prive d’une forme de sociabilité » – Libération
    https://www.liberation.fr/societe/education/si-les-ados-nont-pas-acces-aux-reseaux-sociaux-on-les-prive-dune-forme-de
    https://www.liberation.fr/resizer/En1wdEBUFtDr_Sjfi8kVmfupQTg=/1200x630/filters:format(jpg):quality(70):focal(2625x1205:2635x1215)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/CFELPWCCZBAYZGG267V5CVEWAM.jpg

    Alors qu’une proposition de loi examinée ce jeudi vise à interdire l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans, la chercheuse Anne Cordier estime que ces plateformes restent un lieu de socialisation et d’éducation important.

    "Alors qu’une proposition de loi
    examinée ce jeudi vise à in-
    terdire l’accès aux réseaux
    sociaux avant 15 ans, la chercheuse
    Anne Cordier estime que ces plate-
    formes restent un lieu de socialisation et
    d’éducation important.
    Les réseaux sociaux, pas avant 15 ans
     ? La proposition de loi du député Lau-
    rent Marcangeli (Horizons) visant à in-
    staurer une majorité numérique à cet âge
    sera examinée ce jeudi à l’Assemblée.
    En dessous de 15 ans, les jeunes ne
    pourraient pas s’inscrire sans accord
    parental. Aujourd’hui, il n’est en théorie
    pas possible de se créer un compte avant
    13 ans mais, dans la pratique, la dé-
    marche est facile, et les réseaux sociaux
    restent très largement utilisés par les
    plus jeunes. Notamment à l’école, où ils
    peuvent être un outil de socialisation et
    une source d’information, souligne Anne
    Cordier, professeure en sciences de l’in-
    formation et de la communication à
    l’université de Lorraine.
    Depuis 2018 , l’utilisation des porta-
    bles, et donc l’accès aux réseaux soci-
    aux, est interdite dans l’enceinte des
    écoles et des collèges, en dehors d’une
    utilisation pédagogique. Les élèves re-
    spectent-ils cette règle ?
    Non. Certains expliquent qu’ils coupent
    le téléphone « au maximum », donc pas
    totalement. Ils racontent que leurs par-
    ents vérifient où ils sont, leur envoient
    des messages la journée. Les téléphones
    sont sur eux, donc il y a aussi beaucoup
    de consultations sauvages, cachées. Les
    équipes de vie scolaire évoquent sou-
    vent cette difficulté de faire respecter la
    règle. Beaucoup d’élèves profitent des
    interstices du temps scolaire (cantine,
    cour de récré, dans les couloirs) pour
    jeter un coup d’oeil sur les réseaux soci-
    aux.
    Qu’est-ce qui a changé à l’école depuis
    l’arrivée des réseaux sociaux ?
    Avec l’arrivée d’Internet, il y a eu des
    interrogations sur l’autorité de l’école,
    questionnée par Wikipédia, les moteurs
    de recherche. Les réseaux sociaux vi-
    ennent ajouter une couche supplémen-
    taire à ces interrogations et plus encore
    sur la porosité des temps et des espaces
    puisque, dans un établissement scolaire,
    les jeunes sont aussi connectés à autre
    chose que l’école elle-même. Ils ont
    deux vies au sein de l’école : celle dans
    l’établissement et celle sur les réseaux
    sociaux. L’information circule rapide-
    ment entre eux ce qui leur permet de
    suivre le lien social. Parce que beaucoup
    de sociabilités adolescentes passent par
    les réseaux sociaux. Ils n’échangent plus
    par SMS mais par WhatsApp pour se
    donner rendez-vous d’une classe à
    l’autre, parce que cela leur donne davan-
    tage la sensation d’être en réseau. Si les
    ados n’ont pas accès aux réseaux soci-
    aux, on les prive d’un mode de sociabil-
    ité.
    Les jeunes sont inscrits de plus en
    plus tôt sur ces plateformes mais est-
    ce que cela concerne tous les milieux
    sociaux ?
    Il y aurait des distinctions sociales sur
    cette question. Dans le cadre d’un projet
    sur les enfants et les cultures
    numériques, nous avons enquêté dans
    des établissements très différents so-
    cialement et il apparaît assez nettement
    que les enfants scolarisés en éducation
    prioritaire semblent avoir plus de
    comptes sur les réseaux sociaux que les
    autres. Ils accèdent à ces comptes plutôt mais ils ne publient pas pour autant.
    Ils vont sur TikTok ou Snapchat mais ils
    ne publient pas de photos ou de vidéos.
    Les ados ont une grande conscience de
    la question des données personnelles.
    Des CE1 m’ont par exemple expliqué
    qu’ils cachent leur visage, enregistrent
    leurs photos en brouillon parce qu’ils
    sont encore petits. Ils savent qu’ils n’ont
    pas le droit d’y accéder totalement avant
    13 ans. C’est une sorte d’antichambre à
    une socialisation adolescente : ils se pré-
    parent à ce qui les attend au collège.
    Il n’y a pas de déficit dans l’accompag-
    nement parental mais un choix éducatif
    différent selon les milieux sociaux, très
    probablement lié à la volonté d’être in-
    clus socialement.
    Les réseaux sociaux ont-ils empiré le
    phénomène du harcèlement scolaire ?
    On n’a jamais parlé autant du harcèle-
    ment scolaire que depuis qu’il y a les
    réseaux sociaux mais ça ne veut pas dire
    que cela n’existait pas avant. Le véri-
    table souci est cette continuité de l’es-
    pace-temps du harcèlement scolaire ren-
    du possible par les réseaux . Cela in-
    terroge leur usage dans l’espace privé
    domestique. Et une régulation parentale
    nécessaire, notamment. Mais pas que.
    Car cette violence n’est pas imputable
    au dispositif technique en soi. Mais à la
    conception de l’autre, à la capacité d’em-
    pathie de chacun.
    Les ados sont-ils plus informés ou
    plus désinformés avec les réseaux so-
    ciaux ?
    Ils sont sans aucun doute davantage in-
    formés mais forcément aussi davantage
    soumis au risque de désinformation. Les
    collégiens s’informent sur les matchs du
    week-end, le dernier album de Beyon-
    cé... Cela nourrit leur culture générale,
    une culture adolescente, qui leur permet
    d’échanger ensuite entre eux.
    Est-ce que cela a changé quelque
    chose dans leurs apprentissages ?
    Pour un exposé, ils utilisent beaucoup
    YouTube. Ils sont attirés par le format
    vidéo et plus encore par la personnali-
    sation de l’information. Le youtubeur est
    proche d’eux dans sa façon de parler,
    dans son look. Il les tutoie. En dehors
    de YouTube, les ados ne font pas de for-
    cément de recherche active d’informa-
    tion par les réseaux sociaux mais ces
    derniers constituent une sorte de canal
    de transmission pratique parce que l’in-
    formation leur arrive « sans le vouloir »,
    comme ils le disent le plus souvent,
    sachant qu’ils sont nombreux à suivre
    des titres de presse en ligne, sans savoir
    toujours bien identifier ce qu’est une
    source d’information.
    Est-ce qu’ils restent très perméables
    aux fake news ?
    Pour leurs travaux scolaires, les élèves
    ont tendance à aller vérifier une infor-
    mation auprès de l’autorité enseignante
    ou parentale. Ils sont nombreux à parler
    de la peur de prendre une fausse infor-
    mation pour une vraie. Ils ont con-
    science de ce problème. L’ éducation
    aux médias et à l’information est dans
    les programmes scolaires existe institu-
    tionnellement depuis 2015. Mais il n’y
    a pas d’heures dédiées. Elle reste mal-
    heureusement une éducation de circon-
    stance alors qu’elle devrait être quotidi-
    enne et pas seulement traitée lorsqu’il y
    a un problème, comme au moment des
    attentats ou de la guerre en Ukraine. Ce
    n’est jamais bon de traiter l’information
    sur le coup de l’émotion.

    #Anne_Cordier #Médias_sociaux #Adolescents #Sociabilité

  • Un jeune sur cinq présente des troubles dépressifs
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/02/14/un-jeune-sur-cinq-presente-des-troubles-depressifs_6161695_1650684.html

    Une enquête de Santé publique France a montré une hausse des épisodes de dépression en 2021 dans toute la population ; la part des 18-24 ans touchés a quasiment doublé depuis 2017.

    Globalement, 13,3 % des personnes âgées de 18 à 75 ans ont connu un épisode dépressif au cours de l’année 2021, une hausse de 36 % par rapport à 2017. La hausse est majeure chez les jeunes adultes (18-24 ans), avec 20,8 % de cette tranche d’âge touchée en 2021, contre 11,7 % quatre ans auparavant, une hausse de près de 80 % ; les jeunes femmes sont plus concernées (26,5 %) que les jeunes hommes (15,2 %).

    Cette forte prévalence dans la tranche d’âge 18-24 ans, une période-clé, « est en partie liée à des situations de vie – situations professionnelle, familiale et financière – rendues sans doute plus précaires dans le contexte de crise sanitaire », signalent les auteurs du BEH.

    « L’isolement social généré par les confinements, les incertitudes quant aux études et à l’avenir, la précarité mise en lumière lors de la pandémie, et probablement le contexte actuel très anxiogène – crise climatique, guerre, situation économique –, ont pesé fortement sur les plus jeunes », décrypte Enguerrand du Roscoät, responsable de l’unité santé mentale à SPF, coauteur de l’étude. Avoir des antécédents de troubles mentaux est aussi un facteur de risque.

    #Santé_publique #France #Adolescents