• Il ne doit pas nécessairement en être ainsi – Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/05/04/il-ne-doit-pas-necessairement-en-etre-ainsi

    Dans son avant propos Fred Turner souligne : « Daub ne se contente pas de déboulonner ces mythes, il montre comment et pourquoi tant de personnes s’y sont laissées prendre. S’il vous est déjà arrivé de vous demander pourquoi il est devenu si difficile d’appréhender les nouvelles technologies et leurs effets sur la société, ce livre est fait pour vous ».

    Les nouvelles technologies semblent participer d’un monde enchanté et dépolitisé. Les nouvelles dépendances, bien lucratives pour certains, induites par leur utilisation – l’ordiphone semble devenu une prothèse pour beaucoup – se masquent sous les termes d’utilité et de liberté, réduites aux individus connectés mais isolés.

    La critique semble interdite, dissoute sous une modernité naturalisée. C’est pourquoi, j’apprécie le travail d’édition de C&F sur ce sujet. J’avoue avoir souvent souri à la lecture de ce livre. Adrian Daub analyse successivement un certain nombre de mythes derrière des concepts aux contours peu précis : Décrochage, Contenu, Génie, Communication, Désir, Disruption, Echec.

    #Didier_Epsztajn #Adrian_Daub #Pensée_tech

  • Faut-il se méfier du parler tech ?
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2022/04/22/faut-il-se-mefier-du-parler-tech_6123298_4500055.html

    « Révolution », « autonomie », « disruption »… Ces termes « trustés » par l’univers des nouvelles technologies sont détournés de leur sens premier et infusent les conversations du quotidien. Plusieurs universitaires relèvent les risques de ce galvaudage.

    Par Nicolas Santolaria

    Depuis que nous vivons dans une « start-up nation », nous nous sommes habitués à voir fleurir dans les discours, voire dans les conversations de tous les jours, des termes issus de l’univers des nouvelles technologies, sans en interroger la portée. On ne parle pas ici de ces expressions qui traduisent une porosité croissante entre notre vision de l’humain et celle de la machine (être « en mode veille », par exemple, utilisable aussi bien à propos de votre OS que de vous-même), mais bien de termes que les zélateurs des nouvelles technologies diffusent volontairement dans la sphère publique, tout en en modifiant parfois subrepticement leur sens. Ainsi, depuis Steve Jobs et ses harangues en col roulé, la « révolution » n’est plus ce terme qui désigne le renversement populaire du pouvoir, mais le mot-clé servant à qualifier la sortie d’un nouvel iPhone.

    « Ces concepts et idées se veulent novateurs, mais ne sont en réalité que des thèmes éculés revêtus de sweats à capuche », estime Adrian Daub, de l’université Stanford

    Dans son ouvrage Servitudes virtuelles (Seuil, 320 pages, 21 euros), l’universitaire spécialiste des nouvelles technologies Jean-Gabriel Ganascia dresse un constat similaire, qu’illustrent bien les expressions « voitures autonomes » ou « armes autonomes ». L’autonomie, cette liberté de la volonté, se trouve ici réduite à l’idée d’une tâche à accomplir, constituant un « abus de langage ». Car si la voiture était réellement autonome, note avec humour Jean-Gabriel Ganascia, elle « ne vous conduirait pas nécessairement où vous le souhaitez, mais là où elle le déciderait ».
    Opération rhétorique

    Dans La Pensée selon la tech. Le paysage intellectuel de la Silicon Valley (C&F Editions, 184 pages, 22 euros), Adrian Daub, professeur de littérature comparée à l’université Stanford, avance que l’actuelle révolution numérique est aussi, en grande partie, une opération rhétorique assurant la promotion « de concepts et d’idées qui se veulent novateurs, mais qui ne sont en réalité que des thèmes éculés revêtus de sweats à capuche ». L’exemple le plus drôle que l’on trouve dans le livre est le mot mantra « disruption », utilisé à tout bout de champ pour désigner l’innovation de rupture, mais dont la genèse conceptuelle remonte en réalité au milieu du XIXe siècle.

    « La généalogie de l’idée de disruption est assez étrange. Ses plus vieux ancêtres sont probablement Karl Marx et Friedrich Engels, qui ont écrit dans Le Manifeste du Parti communiste (1848) que le monde capitaliste moderne se caractérise par “ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social” de sorte que, selon eux, “tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée”. » On le voit ici, le terme de disruption laisse imaginer une nouveauté radicale dans les manières de faire, là où il y a en réalité une continuité.

    « Généralement, les concepts présentent de l’intérêt parce qu’ils nous aident à établir des distinctions importantes », souligne Daub, mais les concepts mis en avant par la tech, eux, « servent souvent à brouiller ces distinctions ». Le terme de « contenu », par exemple, s’il désigne une matière indispensable à l’existence des plates-formes, s’accompagne de l’idée qu’il ne s’agit pas là d’un vrai travail (donc n’implique pas de rémunération en bonne et due forme, ni de contrat).

    Le fait de jouer ainsi sur les mots n’est pas fortuit, mais procède d’une véritable stratégie : les changements impulsés au travers du vocable sont frappés du « sceau de la loi naturelle », estime encore Daub, ce qui a pour effet de suspendre momentanément la critique, et de paralyser le régulateur, trop occupé à essayer de s’orienter dans ce nouveau brouillard sémantique. Si la production de contenu est un simple hobby, pourquoi alors la réguler ? Influencée entre autres par René Girard, Ayn Rand ou encore Marshall McLuhan, cette pensée de la tech nous invite in fine à voir le monde comme un univers empli de « problèmes » qui appellent une pressante réponse technologique ; « solutionnisme » univoque qui est déjà, en soi, problématique.

    Nicolas Santolaria

    #Adrian_Daub #Language #Disruption #Silicon_Valley

  • Les Livres de Philosophie: Adrian Daub : La pensée selon la tech. Le paysage intellectuel de la Silicon Valley
    https://les-livres-de-philosophie.blogspot.com/2022/03/adrian-daub-la-pensee-selon-la-tech-le.html

    Aimeriez-vous faire un petit tour dans la tête de Steve Jobs, Elon Musk, Jack Dorsey ou Peter Thiel ? Avec La pensée selon la tech, Adrian Daub déconstruit avec humour le paysage intellectuel de la Silicon Valley. Comprendre les éléments de langage, les lieux communs, les figures tutélaires et les idées portées par les entreprises technologiques est essentiel pour développer une critique efficace de leurs idéologies.
    Trop souvent, les prétendues idées créatives et novatrices de la tech ne sont que des résurgences de motifs anciens : du mythe du décrochage au cri de guerre de la « disruption », de l’éloge de l’échec à la manipulation du désir par l’entrepreneur, Adrian Daub dresse un panorama de la pensée de la Vallée et pointe ses ancrages dans les idées de René Girard et Ayn Rand, dans le New Age, la fondation Esalen de Big Sur et même dans les traditions américaines.

    Adrian Daub est professeur en littérature comparée à l’université Stanford. Observateur averti, il signe régulièrement des chroniques dans de nombreux journaux, notamment The Guardian et Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il est l’auteur de plusieurs essais au carrefour de la philosophie politique et de la critique artistique.

    #Adrian_Daub

  • The Wirecard Scandal Could Only Have Happened in Germany | The New Republic
    https://newrepublic.com/article/162084/weird-extremely-german-origins-wirecard-scandal

    Adrian Daub a la dent aussi dure contre l’Allemagne qu’il l’a contre les brahamanes de la Silicon Valley.

    The “global player” is enticing for Germany because it is ultimately utopian. Germany would like to have its own Uber, its own Amazon, its own Google. Wirecard promised German media and politicians exactly that. But in order to have companies of this kind, it would have to dismantle the regulatory apparatus that German unions and politicians have fought to create over the course of more than a century. A scandal like Wirecard is powered by the dream that you could have an Uber without slashing workers’ protection—that one could hold on to what remains of the German social market economy while at the same time going all-in on laissez-faire capitalism.

    Similarly, German politicians have long suggested that the country needs to have “elite” universities, which seems to mean its own Harvards and Stanfords. The shininess of the great American models is premised on absurd student debt, on universities turning themselves into some mix of tax shelter and investment bank, and on the education system essentially laundering donor money unleashed by regressive tax schemes. German politics harbors the fantasy of having Harvard without all of the ravages that make Harvard possible, because it suggests a version of globalization without any of the drawbacks.

    The Wirecard scandal could be depicted as an example of global neoliberalism run amok. But it might actually be about a country that is less neoliberal than it would like to be—that has talked itself into believing that dismantling the regulatory state and the welfare state are a good idea but can’t get itself to actually do it. A country obsessed with being a global player, but ultimately far more comfortable in its provincialism than it cares to admit.

    #Adrian_Daub #Allemagne #Scandale #Wirecard

  • Comment l’idéologie de la tech a conquis le monde
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/ideologie-silicon-valley-adrian-daub

    L’obsession pour la disruption, la fétichisation de l’échec… La Silicon Valley a semé ses concepts partout. Pourquoi, comment et pour quels résultats ? Réponses avec Adrian Daub, auteur de La pensée selon la tech.

    La disruption de tout (y compris ce qui fonctionne déjà bien), l’éloge de l’échec, le mythe du génie solitaire ou du décrochage scolaire... La Silicon Valley regorge de mythes et de mantras qui inondent ses pitchs et les déclarations de ses leaders. Cette idéologie puise ses concepts chez divers penseurs, de l’hyper libertarienne Ayn Rand à Karl Marx, en passant par l’économiste Joseph Schumpeter, la contre-culture hippie et le théoricien de la communication Marshall McLuhan. Toutes ces idées ont été passées à la moulinette des intérêts du secteur.

    Dans La pensée selon la tech, publié chez C&F Éditions en mars 2022, Adrian Daub, professeur en littérature comparée à Stanford, recense les origines de cette philosophie propre à la Silicon Valley, mais surtout ses conséquences pour la tech et tous les autres secteurs de l’économie qui s’en sont inspirés. Cet ouvrage très renseigné (tout en restant accessible et drôle) décrit surtout la manière dont cette idéologie est passée sous les radars car elle n’a longtemps pas été comprise comme telle. À la fin des années 2000, en pleine crise économique, les leaders de la tech nous ont fait croire que le capitalisme pouvait faire encore rêver grâce à ses idéaux. Aujourd’hui, si on les croit nettement moins, les conséquences de cette adhésion seraient encore parfaitement visibles.


    #Adrian_Daub #Pensée_tech #Interview