• Affaires privées – Blog Politique étrangère
    http://politique-etrangere.com/2021/04/26/affaires-privees

    Christophe Masutti allie le regard de l’historien, l’expérience du praticien et la démarche militante dans cette somme sur la surveillance numérique et la vie privée en ligne : universitaire, hacktiviste et administrateur du réseau Framasoft dédié au logiciel libre, l’auteur s’approprie, autant qu’il déconstruit, le concept de « capitalisme de surveillance ».

    Introduit par la Monthly Review en 2014 pour décrire les stratégies d’hégémonie américaine via le numérique et popularisé par Soshanna Zuboff dans The Age of Surveillance Capitalism (2019), il désigne à la fois un modèle d’économie numérique, un état de marchandisation invasive de l’espace en ligne, et une source de connaissances, de profit et de pouvoir convoitée. Pour Soshanna Zuboff, si le capitalisme du XXe siècle reposait sur la production de masse et la montée des revenus de la classe moyenne, le capitalisme du XXIe siècle reposerait sur la surveillance : l’extraction de données personnelles à l’insu des usagers.

    Mais là où celle-ci voit un ensemble de pratiques coercitives à l’égard des individus, qui les contraint à vivre dans une économie immorale – avec l’idée toutefois qu’une réforme est possible –, Christophe Masutti envisage un prisme plus global. Ainsi, une « culture de la surveillance » – partagée par tous les acteurs du système international – structurerait nos sociétés et imposerait les technologies numériques comme moyens d’appréhender le monde. En d’autres termes, l’économie numérique s’appuierait essentiellement sur des processus culturels et des choix collectifs qui constituent non des contraintes, mais des propositions de vie. Dans sa dernière partie, l’auteur considère les modèles issus du logiciel libre et des services ouverts comme une résistance à ce capitalisme de surveillance, mais aussi comme une préfiguration de ce que pourrait être une économie de la contribution généralisée.

    Pour Masutti, la surveillance est un enjeu organisationnel : les projets de contrôle à grande échelle des populations, exercés au moyen de traitements massifs et automatisés de l’information furent, à l’origine, conçus plus pour créer des schémas de gouvernance profitables que pour devenir des instruments de pouvoir. Les techniques d’acquisition et de gestion de l’information en masse servent, avant tout, à la rationalisation des procédures, à la gestion des services, et à construire des modèles spécifiques de relations, de travail, etc.

    Mais la rationalisation a ouvert les portes d’une nouvelle forme de pouvoir, à la fois pour les géants du numérique qui savent exploiter les données, et pour les pouvoirs politiques. Il n’est pas anodin qu’un phénomène comme le nudge, à l’origine propre au marketing et destiné à provoquer une décision du consommateur, soit devenu un outil des campagnes électorales : les phénomènes de rationalisation internes aux entreprises se sont étendus aux institutions et aux processus politiques. Les récentes élections américaines en constituent une parfaite illustration.

    Masutti n’élude pas la problématique du « solutionnisme technologique », revenue dans le débat depuis la crise du COVID-19 : le capitalisme de surveillance « transforme la politique lorsque les monopoles technologiques font assimiler aux États une doctrine qui stipule que chaque problème a une solution technique » (qu’ils sont à même de produire). Le succès apparent des « doctrines » montre bien, in fine, la sensibilité des interactions entre États et Big Tech.

    Julien Nocetti

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #Surveillance #Capitalisme_surveillance

  • Critiques (Cause commune n°21) - Cause commune
    https://www.causecommune-larevue.fr/critiques_cause_commune_n_21

    Affaires privées
    Aux sources du capitalisme de surveillance

    de Christophe Masutti

    C&F éditions, 2020
    par Yannis Hausberg

    Historien et philosophe des sciences et des techniques, membre de l’association d’éducation populaire Framasoft, Christophe Masutti signe ici un ouvrage précieux. Le sous-titre résume assez bien l’ambition générale du livre : reconstruire les grandes étapes historiques qui ont présidé à l’avènement d’une nouvelle forme d’économie fondée sur la valorisation des données et l’essor concomitant d’une « société de surveillance » numérique généralisée, dont les effets affectent et transforment à peu près tous les secteurs de la vie individuelle et collective.
    S’inspirant de la méthode archéologique de Michel Foucault, l’auteur prête une attention particulière aux discours émanant de tous les secteurs de la société et mobilise des savoirs en provenance de différents horizons disciplinaires (sociologie, philosophie, histoire économique, institutionnelle, technologique, culturelle, etc.) au service d’une analyse critique, soucieuse d’embrasser au mieux la complexité du développement historique de ce nouveau « style » de capitalisme. Le concept de surveillance, notion relativement classique dans les sciences politiques, se trouve redéfini dans le contexte de la société de l’information, il passe du statut de composante matricielle de l’exercice du pouvoir à celui, plus général, de procédure systématique visant à « extraire, produire et traiter de l’information », dans le but d’influencer directement les décisions et les comportements.
    La structure du livre comprend trois grands moments. Le premier analyse la progressive informatisation de la société : invention des premiers ordinateurs, techniques de rationalisation (automatisation) des procédures de recueil et de gestion de l’information au sein de structures privées (bases de données et méthodes de profilage associées, développement de nouvelles techniques marketing, etc.). Cela devient finalement un véritable instrument de pouvoir pour les puissances politiques et économiques.
    Dans un second temps, Christophe Masutti s’attache à mettre en évidence l’émergence plus ou moins larvée d’une économie de la surveillance qui se présente comme un nouveau modèle économique. L’information, produite par l’utilisation généralisée – tout aussi bien imposée que consentie – d’outils informatiques, y devient une ressource privée et lucrative, un capital en somme, génératrice de juteux profits, notamment pour les grandes multinationales du numérique (GAFAM). En effet, cette information, ou ces « données » selon le terme consacré, est ensuite traitée massivement afin d’en extraire le sel – monnayable : il peut s’agir de prédiction sur les comportements d’achat lorsqu’elle est vendue à des entreprises privées, de support à la décision et de levier d’influence pour les pouvoirs publics, les banques ou les compagnies d’assurances.
    Enfin, la dernière partie analyse les ressorts idéologiques du capitalisme de surveillance proprement dit, « conçu comme une nouvelle forme d’impérialisme ». Cet impérialisme se manifeste aussi bien au sein des structures mêmes du capitalisme mondialisé que dans les dimensions les plus intimes de nos existences individuelles et collectives. La politique, dans sa conception même, se réduirait alors à une gestion et à une action technocratiques, où tous les problèmes auxquels font face les sociétés contemporaines (écologiques, sanitaires, économiques, éthiques, etc.) seraient par principe résolubles techniquement (pensons à l’application « StopCovid »).
    Ainsi, la critique du capitalisme – et les luttes qu’elle induit – ne peut désormais faire l’économie d’une critique des structures technologiques, normatives, institutionnelles, voire culturelles, de la surveillance numérique qui en font un phénomène social total. Le capitalisme a su se doter d’instruments de pouvoir d’une puissance inouïe ; toutefois, il demeure possible d’y résister. Les dernières pages du livre donnent des pistes alternatives, directement inspirées des principes issus des réflexions autour du logiciel libre, afin de nousbataille réapproprier les technologies numériques et ainsi de « transformer la société de la surveillance en une société de la confiance et de l’émancipation technologique ». L’idéal qu’il appelle de ses vœux, se nomme « société de la contribution » et prend pour modèle de nombreuses pratiques sociales « dont l’éthos commun consiste à contribuer en savoirs, en biens, en créations, en expressions, à tous les niveaux et de manière égalitaire ».

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées

  • Centre d’Action Laïque - Gouvernance numérique et résistances
    https://www.laicite.be/magazine-article/gouvernance-numerique-resistances

    Dans «  Affaires privées. Aux sources du capitalisme de surveillance  »1, le philosophe des sciences et des techniques et «  hacktiviste  » Christophe Masutti retrace l’évolution de la surveillance de masse, du marketing au contrôle social. Tout en défendant des solutions alternatives.

    Du capitalisme de surveillance à des fins publicitaires au contrôle des populations, l’outil numérique ne cesse de transcender les limites éthiques. Comment en est-on arrivé là  ? Et que recouvre le concept de capitalisme de surveillance  ? «  Les moyens pour élaborer la surveillance et le traitement de l’information par l’économie numérique consistent à extraire de la société des informations qui ont une valeur (en matière de connaissance, d’intérêts financiers…), explique Christophe Masutti. «  La surveillance répond alors à une logique capitaliste dans laquelle l’information serait le capital, généré par la production, l’utilisation et la consommation des outils numériques.  »

    #Christophe_Masutti #Capitalisme_surveillance #Affaires_privées

  • Le capitalisme de surveillance [La voix est libre]
    https://radio.picasoft.net/co/2020-04-24.html

    Émission réalisée à l’occasion de la publication du livre Affaires privées - Aux sources du capitalisme de surveillance de Christophe Masutti, aux éditions C&F Éditions.

    L’interview

    Christophe Masutti, docteur en histoire et philosophie des sciences et des techniques, chercheur associé à l’université de Strasbourg, chargé des affaires européennes au CHU de Strasbourg et co-administrateur de l’association Framasoft sous le pseudo Framatophe
    Pour quelles raisons as-tu choisi de ne donner ta définition du capitalisme de surveillance qu’à la fin de ton livre ?
    Le travail historique que tu as mené sur le capitalisme de surveillance, des années 60 à nos jours, t’a amené à montrer qu’il était d’ordre systémique. Qu’est-ce que ça veut dire ?
    Tu expliques qu’en France, on s’est beaucoup intéressé à la soumission individuelle à la surveillance, que l’on s’est limité à la surveillance du sujet, sans prêter plus d’attention aux impacts de la surveillance sur les collectifs. Pourquoi cette étude-là est-elle indispensable pour comprendre le fonctionnement du capitalisme de surveillance et défendre nos libertés collectives ?
    Quelles infrastructures techniques et, surtout, quelles organisations pouvons-nous mettre en place pour sortir du capitalisme de surveillance ?
    Pourquoi est-ce bien une société de la contribution que nous visons, et pas seulement une économie de la contribution ?
    Pourquoi lire un livre historique est-il un bon moyen de comprendre ce que nous vivons aujourd’hui ?
    Si dans les années 60 on pouvait craindre que la police installe des micros dans notre appart, aujourd’hui nous les installons nous-mêmes, avec par exemple les assistants personnels intelligents. Comment expliquer un tel changement ?
    Quels sont les différentes sortes de consentement vis-à-vis de la surveillance ?
    L’archipélisation peut-elle être une piste pour penser l’après-capitalisme de surveillance ?

    Enregistrement
    Émission enregistrée le 23 avril 2020 sur Mumble, dans le salon La voix est libre du serveur de Picasoft.

    #Christophe_Masutti #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Affaires_privées #Radio

  • Vidéo - Replay webinaire « Surveillance et numérique » | Drupal | inno³ | Open Innovation, Open Source et Open Data |
    https://inno3.fr/actualite/replay-webinaire-surveillance-et-numerique

    Replongez dans le webinaire « Surveillance et numérique : quelle implication pour et par la recherche ? » du 26 Mai 2020 avec Christophe Masutti

    Historien des sciences et des techniques, Christophe nous a présenté son dernier ouvrage Affaires privées : aux sources du capitalisme de surveillance et la place prise par l’informatique et les données dans nos sociétés actuelles en tant que leviers d’une surveillance intimement reliée aux mécanismes capitalistiques.

    #Christophe_Masutti #Vidéo #Affaires_privées #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Conférence

  • Vidéo : Rencontre avec Christophe Masutti, auteur de « Affaires privées : Aux sources du capitalisme de surveillance » - Qu’est-ce que Tu GEEKes ?
    https://peertube.qtg.fr/videos/watch/042551bb-8028-433f-9abd-9dea86774775
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    Les vidéos de Framasoft
    Par framasoft@framatube.org

    Librairie Kléber, Strasbourg (Salle blanche 20 mai 2020).

    Rencontre avec Christophe Masutti, auteur de « Affaires privées : Aux sources du capitalisme de surveillance » ; Caroline Zorn, avocate au barreau de Strasbourg ; animée par Hélène Michel...

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Vidéo

  • « La lutte contre la surveillance est un anticapitalisme » par Romain Haillard | Politis
    http://www.politis.fr/articles/2020/04/la-lutte-contre-la-surveillance-est-un-anticapitalisme-41802

    Drôle d’époque. Des drones survolent nos têtes pour nous intimer de rester chez nous ; nos téléphones caftent nos déplacements aux opérateurs télécoms, qui eux-mêmes caftent aux décideurs ; des multitudes d’acteurs économiques trouvent des « solutions » technologiques aux problématiques liées au coronavirus ; les géants du numérique épaulent nos gouvernements pour mieux nous surveiller. À la manière de Michel Foucault, Christophe Masutti réalise une archéologie du capitalisme de surveillance dans Affaires privées, chez C&F Éditions. Selon le membre administrateur du réseau d’éducation populaire Framasoft, formuler une critique de la surveillance aujourd’hui ne peut plus se faire sans l’adosser à un anticapitalisme farouche.

    Est-il toujours pertinent de différencier surveillance d’État et capitalisme de surveillance ?

    Christophe Masutti : Les solutions développées par le capitalisme de surveillance deviennent des instruments de gouvernance. Ces marchands de la surveillance vont faire croire aux technocrates qu’il y aura un moyen d’automatiser des processus coûteux dans un moment où tout doit concourir à la réduction de la dépense, et donc à la réduction de l’État. Mais il y aura toujours besoin de -l’humain. Quand nous voyons l’état de l’hôpital aujourd’hui, l’utilité des machines se voit vite dépassée. Comme l’idée de faire un traçage des individus avec l’application StopCovid.

    C’est l’idée du solutionnisme technologique. Tout problème, économique ou politique, pourrait trouver une réponse technologique. Cette conception domine la Silicon Valley et a fait des émules – nos gouvernants n’y échappent pas. Cette idéologie qui ne se revendique pas comme telle affaiblit le pouvoir politique. Les décisions devraient s’enfermer dans des choix techniques dépolitisés. Macron et la startup nation se marient bien à cette dépolitisation. Mais quand nous dépolitisons, nous n’agissons plus par conviction – de droite comme de gauche. Ne reste plus que l’État seul, hors sol, plus que la technocratie.

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Interview

  • #Biblium2020.02 : Surveillance, jeux vidéo et Cyberpunk… | by François Houste | Sep, 2020 | Medium
    https://medium.com/@fhouste/biblium2020-02-surveillance-jeux-vid%C3%A9o-et-cyberpunk-8cc1a19f0d74
    https://miro.medium.com/max/925/0*LtPK1ptYsi52itz5

    AFFAIRES PRIVÉES, Christophe Masutti chez C & F Éditions
    AFFAIRES PRIVÉES (2020 chez C & F Editions) de Christophe Masutti, s’il fait référence à Cybersyn, va beaucoup plus loin dans son analyse de la société et du Capitalisme de la Surveillance. On y dresse l’historique du suivi informatisé des populations, portée des années 1950 à 1970 par les banques et les organismes de crédit américains. On y étudie ensuite la façon dont ces méthodes de notation et d’analyse de la population ont dérivé jusqu’à nos jours, portées par l’explosion des données accessibles (Big Data) et par l’invasion de notre quotidien par les outils numérique. Et on y dénonce enfin la façon dont les GAFAM, nourries de données, ont peu à peu supplanté les gouvernements dans leurs rôles régaliens. De passionnant historiquement dans ses premiers chapitre, AFFAIRES PRIVÉES devient rapidement effrayant au fil des pages avant d’ébaucher quelques pistes pour sortir de ce Capitalisme de la surveillance qui nous encercle. Lecture utile.

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #C&F_éditions

  • « La surveillance est un mode du capitalisme » - Entretien avec Christophe Masutti
    https://lvsl.fr/aux-sources-du-capitalisme-de-surveillance-entretien-avec-christophe-masutti

    Dans le monde informatisé que nous habitons, chacune de nos conversations, de nos recherches et de nos rencontres est enregistrée, analysée et ses données sont exploitées pour prédire et influencer nos choix. Plus encore, c’est l’espace d’interaction lui-même, ce sont nos formes de sociabilité qui sont organisées de sorte à extraire le plus possible de données : la surveillance et le marché ne cessent de s’immiscer dans notre milieu de vie et nos rapports sociaux. L’enjeu, en ce sens, est-il réellement celui de la protection de la vie privée, ou même de la défense de la souveraineté des États ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’identifier un système économique et politique qui repose sur l’appropriation et sur l’exploitation par les entreprises du numérique des données personnelles et de comportement de leurs utilisateurs ? Ce système a un nom : le capitalisme de surveillance, auquel le chercheur Christophe Masutti a consacré un ouvrage, Affaires privées, Aux sources du capitalisme de surveillance, paru en mai 2020. Historien et philosophe des sciences et des techniques, administrateur du réseau Framasoft dédié au logiciel libre et hacktiviste, Christophe Masutti entend présenter ses analyses et ses recherches, autant que des pistes d’émancipation collective. Entretien réalisé par Maud Barret Bertelloni.

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #C&F_éditions