• « Il y a une telle impunité que les artistes se croient au-dessus de tout, comme s’ils faisaient partie d’une société à part : le monde de l’art »

    https://www.streetpress.com/sujet/1612782917-metoo-harcelement-sexuel-beaux-arts-etudiantes-professeur-ag

    Le monde de l’art... Je me grille définitivement tout de suite ou j’essaie de m’y faire une place ? Je ne plaisante pas, c’est une question permanente dans mon esprit.

    Il y a quelques années maintenant chez un ami avocat, j’ai croisé un peintre catégorie « art contemporain ». Quand je lui ai demandé de quel catégorie d’art contemporain il se réclamait, il m’a répondu « de celle qui se vend. »

    Il y un truc que les gens comprennent mal de moi, c’est que je suis une personne qui essaie à chaque instant de ne pas sortir d’une ligne de conduite. J’ai des croyances, des certitudes, sur ce que la société doit être pour qu’on y soit bien. Féminisme, écologie par exemple. Mais pas seulement. J’ai un rapport à l’argent très compliqué. C’est simple, on se déteste lui et moi. Et moi plus que lui je pense car à chaque fois que je m’en éloigne, il revient à la charge. Bref...

    Donc un « artiste » s’était présenté à moi comme le font les représentants de commerce. T’imagines si je n’en avais jamais rencontré d’autres avant lui ? Déjà que d’être un working class hero c’est pas facile, alors si en plus il faut devenir un enfoiré pour en sortir, ça désabuse vite fait.

    Bon, lui c’est pas le pire. Lui il m’a seulement parlé de pognon. Un cran au-dessus il y en a une ribambelle d’autres qui t’expliquent leur technique en long, en large et en travers. C’est une façon comme une autre de combler le vide de leur message. Je les apprécie à leur juste valeur, du peintre sur parquet vernis jusqu’au sculpteur sur chewing-gum mastiqué. Mais bon, déjà ceux-ci ne parlent plus d’argent, c’est appréciable.

    Il y a l’immense marécage de ceux qui peignent des culs, des teuchs et des teubs. « C’est ce qui ce vend le mieux. » m’a dit un jour l’un de ceux qui les exposent. Je comprend bien. Ça vous explique pourquoi on voit des culs partout : c’est vendeur.

    Je vais pas être courtois ; ça participe à l’abrutissement des masses. J’ai mis des siècles à le comprendre mais yo la tengo maintenant. Si t’es seulement cap’ de peindre des culs, ton travail ne m’éduque pas à penser à autre chose qu’à mon propre cul. Et à être malheureux plus tard quand je serai trop frippé.

    Et puis voilà, on a fait presque tout le tour, il reste les autres. Les autres qui sont un peu tout ça mais beaucoup autre chose. Et là, tu peux tranquillement écrire au féminin. Et comme je suis feignant et que j’ai pas envie de donner de leçons essaie de comprendre tout seul le lien entre mon verbiage et la citation du départ

    François Isabel, artiste.

    PS : En France, une étudiante sur 10 est victime d’agression sexuelle

    • Le monde de l’art... Je me grille définitivement tout de suite ou j’essaie de m’y faire une place ? Je ne plaisante pas, c’est une question permanente dans mon esprit.

      Ne t’en fait pas ce n’est pas en critiquant le coté mercantil de l’art que tu va te grillé dans l’art, à mon avis c’est un lieu commun de la profession pour exhibé sa pureté sacrée (l’art est à la croisée du religieux et du mércantilisme) mais en fait l’art dans un monde capitaliste est de l’art capitaliste et c’est pas une activité détachée du matérialisme, c’est une activité qui fait semblant d’en être détaché. Il y a beaucoup de mondes de l’art, ou de milieux artistiques et ils ne sont pas tous aussi spéculatifs les uns que les autres, même si il s’agit tout de même d’un milieu marchand. Il y a une idéalisation de l’art et de la culture comme si c’etait une activité noble et qui élevait l’esprit, mais il ne s’agit peut être au fond que de signes appartenance de classe (art spéculatif, art institutionnel, art brut, art naïf, art et de propagande capitaliste. Dans un monde patriarcale, l’art dominant sera de la propagande patriarcale, d’ou ton impression que le cul fait vendre, mais c’est pas vraiment le cul qui fait vendre, c’est l’humiliation sexuelle des groupes dominés qui l’est. Je te recommande cet entertiens de G. de Lagagnerie que j’ai mis plusieurs fois sur seenthis mais qui m’a beaucoup apporté en prescision sur ces questions
      https://www.youtube.com/watch?v=FH5liBXAMIY

    • Pour le coté faussement détaché de l’argent de l’art, je suis toujours épatée par la question que les gens me posent systématiquement lorsque je dit que je suis artiste.
      Immanquablement on me demande si j’en vie, et là selon les réponses
      A- Oui, on me questionne sur ce que c’est comme art et on poursuit sur le sujet avec intérêt.
      B-Non, la personne n’en a plus rien à fiche et change de sujet, car si tu fait pas d’argent avec ton art alors il n’a aucune valeur et plus la peine de perdre du temps à en discuté.
      Et c’est pas le milieu qui réagit ainsi, c’est la grande majorité de la population. En somme c’est que la grande majorité ne s’interesse qu’à la création artistique « de celle qui se vend. » mais ils te le dirons de manière plus détourné que ton exemple.

    • Merci @mad_meg :)

      C’est vrai que j’ai commencé par l’aspect capitaliste du « monde de l’art » et que je n’ai abordé que le coté mercantile de ceux qui peignent des zizis et des zezettes. Mais j’aurais peut-être du insister sur les peintres en zizis. C’est surtout ceux-là qui m’agacent. Je me retiens d’écrire des noms, ça ne serait pas correct, il ont le droit de manger après tout.
      J’imagine que la vocation leur est venue tôt, sur les bancs de l’école en dessinant des bites à la point du compas sur leur table. Ils ont transformé ce loisir en activité lucrative. Moi, pauvre naze, j’envoyais des poèmes à une fille de ma classe, ça n’a jamais rapporté un centime la poésie.
      Souvent ce sont les mêmes qui te disent qu’ils n’aimaient pas l’école. En fait ils devraient plutôt dire qu’ils n’avaient pas le temps de l’aimer, leur bite les occupait beaucoup trop.
      Ce sont les mêmes que tu retrouves dans tous les milieux/mouvements politico-culturels, les mêmes qui se disent « hors systèmes » ou « esprits libres ». Tu parles... Ce sont juste des obsédés derrière un masque d’artiste militant. Je les déteste vicéralement parce qu’ils prennent la place d’autres bien moins tarés.

      ça fait 4 ans que je fréquente un peu certains auxquels je pense. Je commence à les voir s’empoisonner d’avoir trop mangé le foie de leurs amis. C’est bien. Karma !

    • les dessinateurs de kiki vendent bien ; mais à qui ?

      ça serait intéressant de savoir qui c’est qui aime tant les images de kiki qu’ils/elles les affichent qui dans leur salons et qui dans leur bureaux.

      et encore plus hilarant de savoir ce que ça dit d’eux

    • Ca a l’air interessant @val_k
      je colle ici le texte pour archivage

      Laurent Cauwet
      La domestication
      de l’art
      Politique et mécénat

      Les poètes et les artistes sont comme tout le monde, ils doivent se nourrir et se loger, ils ont besoin d’argent. Mais la marchandisation générale a bouleversé la relation qu’ils avaient nouée avec le pouvoir politique et les mécènes depuis le temps des Médicis. La culture – le ministère de la Culture, mais pas seulement – est devenue une entreprise, explique Laurent Cauwet. Les poètes et les artistes sont ses employés, qui ont des comptes à rendre à leur employeur. « La prolétarisation des savoir-faire de l’art et de la pensée oblige à pratiquer avec plus ou moins de subtilité l’autocensure et le formatage des œuvres commandées. » L’entreprise culture, qui prône un humanisme universel, va exporter le bon art et la bonne parole dans les quartiers populaires pour éduquer la plèbe – dès lors, on peut se demander « quelle peut être la place d’un artiste ou d’un poète, rémunéré par ce même État qui rémunère les policiers qui insultent, frappent, emprisonnent et tuent ? »

      Le mécénat privé est l’autre face de l’entreprise culture : Vuitton (LVMH, Bernard Arnault) et son « grand oiseau blanc » au bois de Boulogne, « cadeau aux Parisiens » ; Benetton et son projet Imago Mundi, collection de petites œuvres commandées à des artistes du monde entier, mais pas aux ouvrières d’Asie, d’Afrique et d’Europe de l’Est qu’il exploite, ni aux indiens Mapuches de Patagonie qu’il chasse de leurs terres ; la fondation Cartier s’opposant à ce que Frank Smith lise un texte où il est question de Gaza (« On ne peut pas aborder un tel sujet à la fondation »), etc.

      La culture, qu’elle soit une commande publique ou un investissement privé, est devenue une « entreprise » de pacification tout à fait profitable.

      « L’art reste avant tout une industrie qui participe à la pacification sociale. » Zones Subversives, janvier 2018

      « L’écoute du monde par l’art est devenu un bruit où résonnent les discours de politiques économiques et culturelles qui aliènent l’art et perdent le monde. » Diacritik, septembre 2017
      Laurent Cauwet

      Laurent Cauwet est responsable de la cellule éditoriale Al Dante (publication de livres, journaux d’interventions poétiques et/ou politiques, organisations de rencontres, festivals et autres manifestations, ouverture de l’espace culturel autonome Manifesten/ Marseille...) depuis 1994.

    • Je repasse par ici et ton dernier message me pose pas mal de question @fsoulabaille
      Je croi pas qu’il y a eu une époque dans laquelle les artistes étaient des femmes, et je parle de croyances car ca me semble pas possible d’avoir de certitude sur ce point. Je ne croie pas à un matriarcat originel. Je me demande si cette image, fort belle, est vraiment comparable à ce qu’on appelle de l’art en occident dans la période moderne. Définir ce qu’est l’art est en soi une question insoluble. Admettons que ca soit des silhouettes de mains de femmes. Dans ce cas ca pourrait très bien etre les traces faites par des femmes juste après qu’on les aient excisées et j’y verrai pas l’expression d’une age ou les femmes étaient artistes même si les traces de leur souffrances sont très décorative, mystérieuses et émouvantes pour nous aujourd’hui.

    • @mad_meg Sincèrement, j’admire ton pessimisme. J’ai beau me forcer je n’y arrive pas :) J’ai toujours envie de croire à d’autres sociétés moins horribles.
      Sinon, je pense aussi qu’à aucune période les artistes étaient uniquement des femmes. Ces mains par exemple sont un mélange de maines de femmes et d’hommes (à priori car on n’en a aucune certitude). Je pensais faire un peu d’humour sur les artistes non domestiquéEs, c’est tout.

  • Sciences-Po Bordeaux : « J’ai été violée et l’administration a répondu par de la violence supplémentaire » – Libération
    https://www.liberation.fr/societe/sciences-po-bordeaux-jai-ete-violee-et-ladministration-a-repondu-par-de-l

    « Libération » a pu s’entretenir avec une dizaine d’étudiantes de l’institut d’études politiques victimes d’agressions sexuelles ou de viols, le plus souvent lors de séjours académiques à l’étranger. Dans certains cas, ils auraient été perpétrés par leurs camarades. Toutes questionnent la prise en charge par l’institution.

    Elle n’oubliera jamais la couleur bleue du mur. Le sentiment de « tétanie ». « L’humiliation. » Puis « l’anéantissement ». Ce mois de septembre 2016, Brune (1) le garde gravé au fer rouge dans sa mémoire. La jeune étudiante de Sciences-Po Bordeaux explique avoir été violée à plusieurs reprises par un étudiant d’un autre institut d’études politiques (IEP) français, durant son année de mobilité dans un pays européen, lorsqu’elle était à peine majeure. Quatre années plus tard, le 23 janvier, Brune a choisi de briser le silence sur un groupe Facebook privé des étudiants de l’institut bordelais, galvanisée par la publication d’un autre témoignage. Libérée d’un poids, elle pointe en revanche la responsabilité de l’établissement dans l’aggravation de son mal-être : « J’ai été violée et l’administration a répondu par de la violence supplémentaire. […] Je me suis sentie abandonnée et niée dans ma chair et dans ma souffrance. »

    #sciencesporcs sur touiteur accompagne de nombreux témoignages dans divers #IEP. La complicité de directions d’instituts ("pas de vagues") y est régulièrement invoquée.
    #paywall #viol #culture_du_viol

    • Sciences-Po SCIENCES-PO BORDEAUX « J’ai été violée et l’administration a répondu par de la violence supplémentaire » « Libération » a pu s’entretenir avec une dizaine d’étudiantes de l’institut d’études politiques victimes d’#agressions_sexuelles ou de #viols, le plus souvent lors de séjours académiques à l’étranger. Toutes questionnent la prise en charge par l’institution.

      Elle n’oubliera jamais la couleur bleue du mur. Le sentiment de « #tétanie ». « L’#humiliation. » Puis « l’#anéantissement ». Ce mois de septembre 2016, Brune (1) le garde gravé au fer rouge dans sa mémoire. La jeune étudiante de #Sciences-Po #Bordeaux explique avoir été violée à plusieurs reprises par un étudiant d’un autre institut d’études politiques (IEP) français, durant son année de mobilité dans un pays européen, lorsqu’elle était à peine majeure.

      Quatre années plus tard, le 23 janvier, Brune a choisi de briser le silence sur un groupe Facebook privé des étudiants de l’institut bordelais, galvanisée par la publication d’un autre témoignage. Libérée d’un poids, elle pointe en revanche la de l’établissement dans l’aggravation de son mal-être : « J’ai été violée et l’administration a répondu par de la #violence supplémentaire. [ ] Je me suis sentie abandonnée et niée dans ma chair et dans ma souffrance. » Créé il y a deux semaines, ce groupe Facebook privé dédié à des étudiants de l’école accueille désormais près de 200 #témoignages de victimes de #violences_sexuelles, avec cette phrase en étendard : « La honte change de camp. » Y sont relatés des viols, des agressions sexuelles, des affaires d’inceste, de revenge porn, de zones grises ou encore de stealthing (le retrait du préservatif sans l’accord du ou de la partenaire) Seize étudiants mis en cause étaient scolarisés dans un IEP français au moment des faits, et certains le sont toujours. Seule une petite minorité de victimes a porté plainte. Au-delà des faits rapportés, c’est un système défaillant qui est mis au jour. Comment accueillir la parole des #victimes ? Comment détecter leurs souffrances ? Ou, plus simplement : comment leur venir en aide ? Libération a pu s’entretenir avec une dizaine de jeunes femmes, actuellement étudiantes ou récemment diplômées de l’institut bordelais, pour tenter de comprendre les dysfonctionnements dans la prévention et la prise en charge des violences sexuelles. Toutes, anonymement, réclament a minima davantage d’« empathie », d’« écoute », d’« aménagements scolaires », et dénoncent un climat « peu propice à la prise de parole ».

      « NE PAS "SALIR" L’IMAGE DE SCIENCES-PO » « Nous sommes stupéfaits par l’ampleur du phénomène. Encore plus face à cette nouvelle vague de témoignages », a réagi la direction de l’établissement auprès de Libération. Mardi, après une rencontre avec l’association féministe de l’institut, #Sexprimons-nous, très mobilisée sur le sujet, le directeur, Yves Déloye, a tenu à saluer « le courage de toutes celles et tous ceux qui ont choisi de témoigner de ces actes odieux ». Il a condamné fermement ces faits et leurs auteurs. Plusieurs dispositifs ont été déployés ces dernières années (cellule de veille, affichages, discours ), a-t-il rappelé, tout en ajoutant qu’il fallait « en poursuivre le développement, en ajouter de nouveaux et les adapter pour saisir tous les cas avérés ». « Il faut une prise de conscience à la hauteur des drames », a-t-il martelé.

      Les témoignages sont glaçants. Il y a celui d’Anouk, qui a fait une énorme crise de panique pendant un cours après son agression sexuelle lors d’un échange académique à l’étranger. Elle a tenté de s’ouvrir à une professeure qui, raconte-t-elle, n’a pas su quoi lui dire et a même eu un mouvement de recul en le mot « traumatisme ». L’étudiante est restée dans son mutisme. Il y a aussi Marie, violée à plusieurs reprises par un proche durant son année de mobilité à Sciences-Po, qui s’est sentie « démunie » à l’autre bout du monde, sans savoir vers qui se tourner - « j’aurais aimé que l’école nous arme mieux avant de nous envoyer si jeunes et si vulnérables ». Alice, agressée sexuellement, a préféré garder le silence : « Avec le recul, je sais que je n’ai pas parlé car on nous avait martelé en cours, lors des discours de rentrée, dans les couloirs, qu’il ne fallait surtout pas "salir" l’image de la maison Sciences-Po. » Chloé, violée par un camarade pendant une soirée, n’a pas parlé ni porté plainte, notamment par peur de « créer un esclandre ». Ou de se « voir coller une étiquette de victime qui [la] définirait pour le reste de sa scolarité ». Depuis la parution, le 7 janvier, du livre de Camille Kouchner la Familia grande, dans lequel elle accuse son beau-père Olivier Duhamel -qui était entre autres président de la Fondation nationale des sciences politiques- de viols répétés sur son frère jumeau, alors adolescent, une onde de choc secoue Sciences-Po Paris. Les étudiants appellent à une « réforme des structures de gouvernance » ainsi qu’à la démission de leur directeur, Frédéric Mion, alerté il y a quelques années.

      POLÉMIQUE VIRILISTE Sur le groupe Facebook privé des étudiants de Sciences-Po Bordeaux, ce sont désormais des dizaines de victimes de violences sexuelles qui ont, elles aussi, décidé de prendre la parole. Toutes racontent la déflagration entraînée parle viol, l’impact sur leur #santé_mentale, leurs études. Beaucoup remettent en cause la mauvaise gestion de l’administration de l’école et l’absence totale de prévention. Une libération de la parole d’autant plus salutaire que l’IEP a souffert, il y a quelques années, d’une vive polémique aux relents virilistes. En février 2013, dix étudiants passaient en conseil de discipline pour avoir créé une page Facebook sexiste et homophobe intitulée « Osez le masculinisme », utilisant le nom et le logo de l’école. Défendu par l’ex-avocat Pierre Hurmic - désormais maire écologiste de la ville -, Sciences-Po Bordeaux déposait également une plainte en diffamation contre X visant le Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur, mobilisé contre cette page.

      Sarah, l’une des femmes ayant témoigné sur le groupe Facebook, pointe du doigt les « #micro-violences » de l’administration. Agée de 23 ans, la jeune femme, diplômée de l’IEP l’an dernier, nous raconte avoir été violée pendant l’été 2017 par « un jeune homme croisé en soirée qu’[elle] ne connaissait pas ». Elle n’a pas porté plainte. A cette époque, elle part pour la seconde fois étudier à Madrid lors d’un échange. Alors qu’elle tarde à faire une démarche administrative (sans rapport avec l’affaire),

      Sciences-Po Bordeaux lui demande des explications. Encore très affectée, elle leur fait part, dans un mail envoyé le 1er octobre 2018, de sa « grande anxiété » et raconte être très « éprouvée sur le plan psychologique », sans toutefois mentionner ce viol. L’étudiante explique aussi avoir des difficultés à trouver un suivi sur place. Côté administration, la réponse est laconique : on se dit « désolé » et on lui indique avoir prévenu sa professeure référente. « Elle pensait certainement bien faire, mais elle ne m’a pas demandé mon autorisation pour en parler à une tierce personne », regrette aujourd’hui Sarah.

      Personne ne reviendra vers elle par la suite. Du moins jusqu’à ce jour d’avril 2019, lors d’un entretien de sélection en vue d’une année d’étude à l’université colombienne de Bogotá : « C’est une ville difficile, et je ne pense pas que tu sois prête, tu es trop fragile psychologiquement », aurait estimé sa professeure référente. Des propos douloureux qui blessent l’étudiante : « Elle n’est pas médecin, ce n’était pas à elle de juger de ça. » Ce manque d’attention, Victoria l’a aussi vécu durant sa scolarité. Eté 2016, l’étudiante alors âgée de 19 ans est en deuxième année en échange à l’étranger. « Un étudiant m’a violée pendant une soirée », confie-t-elle. A l’époque, elle n’en parle à personne, ni à la police ni à son école - « je n’avais pas la force, pas l’argent ». Aujourd’hui, elle témoigne pour communiquer sa « rage » et sa « colère » contre un système « déficient qui perpétue les agressions ». Deux ans plus tard, un événement l’a particulièrement heurtée, ravivant ses souvenirs alors qu’elle étudiait dans un autre pays. Elle a appris que deux élèves avaient déposé plainte après avoir été droguées à leur insu et violées par un étudiant étranger. « Sa garde à vue levée, il est revenu à l’université. J’étais très angoissée, je restais prostrée dans ma chambre », se souvient-elle. Le 24 septembre 2018, elle en informe par mail le service des relations internationales de Sciences-Po Bordeaux et l’enjoint de contacter l’université de l’agresseur pour « prendre des mesures et garantir la sécurité des étudiants ». Une nouvelle fois, la réponse est succincte : l’administration de Sciences-Po Bordeaux informera la faculté concernée « le moment venu ». A aucun moment, ils ne reviendront vers elle à ce sujet.

      De plus en plus conscient du #sexisme et des violences sexuelles qui gangrènent la société, et n’épargnent pas l’institut de Bordeaux, l’établissement crée en décembre 2018 une cellule de veille et d’écoute. Depuis sa création, celle-ci a été saisie une vingtaine de fois. Deux cas ont abouti au licenciement d’un agent pour #harcèlement_sexuel et à une procédure judiciaire contre un étudiant. Mais des failles ont perduré.

      En janvier 2019, après plus de deux années de « terreurs » entrecoupées de « flashs », de phases de « dépression » et de « troubles alimentaires » liées à son viol par un camarade, Brune a elle aussi cherché de l’aide auprès de Sciences-Po Bordeaux, encore « trop fragile psychologiquement » pour porter plainte au commissariat. L’étudiante veut « connaître ses droits » et savoir s’il est possible d’« avertir » l’IEP où celui qu’elle accuse d’être son agresseur est scolarisé. Elle obtient un premier rendez-vous avec la chargée de mission égalité femmes-hommes de son école.

      Puis un deuxième. Dans un échange de mails du 6 mars 2019 que Libération a pu consulter, Brune explique s’être sentie « peu considérée et soutenue ». Surtout, l’étudiante regrette que son interlocutrice ait « insisté » pour qu’elle porte plainte et qu’elle ait « pointé du doigt [ses] émotions pour remettre en cause [sa] lucidité et la pertinence de [sa] démarche ».

      « MA DOULEUR ÉTAIT PIÉTINÉE » Dans un nouveau mail, la chargée de mission s’excuse de l’avoir blessée « sans le vouloir ». Elle nie en revanche avoir « questionné la légitimité de sa demande », puis précise : « Oui, je me suis permis de partager avec vous ce que je ferais personnellement. [ ] Je pense que cela ne doit sans doute pas être à moi de vous recevoir par rapport à votre situation douloureuse mais à un·e professionnel·le, formé·e dans ces questions. » Son conseil : contacter la nouvelle cellule de veille et d’écoute.

      Malgré cette mauvaise expérience, qui la « fragilise davantage », Brune s’exécute.

      Elle contacte une première fois la cellule le 7 mars. Un échange qu’elle juge a posteriori « traumatisant ». « On m’a demandé de tout raconter en détail, de donner un nom. On m’a expliqué que la cellule était dans l’obligation légale de prévenir le procureur, qu’une enquête allait peut-être être ouverte, que je serais peut-être amenée à témoigner, que ça ne serait plus de leur ressort. Tout est allé trop vite, j’ai paniqué. En sortant, j’avais l’impression que ma volonté, mon courage et ma douleur étaient piétinés. » Sur ce point, la direction s’appuie sur l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige « les autorités à saisir la #justice en cas de crime ou délit quand elles ont pu en avoir connaissance ». Le dossier de Brune a-t-il créé un précédent ? Toujours est-il qu’aujourd’hui, l’administration concède à Libération « être plus souple » et faire « du cas par cas » avec les élèves.

      Dans un mail du 17 mars, Brune demande un nouveau rendez-vous avec la cellule car elle a d’autres interrogations. Le lendemain, pour insister sur le caractère urgent de sa demande, elle précise dans un mail avoir été prise de « crises de tétanie ». Un message qui restera sans réponse. Il faudra attendre plus d’un mois, le 29 avril, pour qu’on lui propose une rencontre. Sur ce délai, la direction reconnaît « une malheureuse erreur » - la cellule n’aurait pas vu le mail à temps. A bout de force, Brune finira par abandonner Sciences-Po quelques jours plus tard. Le 5 mai, l’administration « accuse réception de sa décision » dans un courrier et lui souhaite « bonne continuation ».

      « [La direction] pensait certainement bien faire, mais elle ne m’a pas demandé mon autorisation pour en parler à une tierce personne. » Sarah

    • Sexprimons-Nous

      Sexprimons-Nous est l’association féministe mixte à vocation intersectionnelle en faveur de l’égalité des genres et des sexualités à Sciences Po Bordeaux et sur le campus de Pessac. Fondée en 2015 à Sciences Po Bordeaux, Sexprimons-Nous veille à promouvoir les valeurs de l’égalité et du respect entre les genres et les sexualités sur le campus. Notre démarche est mixte, pro-choix et à vocation intersectionnelle. Nous organisons divers événements dans l’année : rencontres, conférences, projections, lectures, échanges entre membres, organisation de la journée du 8 mars, et autres.

      Mais nous sommes aussi actif·ve·s sur Facebook et Instagram, où nous partageons des avis, des articles et de la documentation sur les luttes contre les inégalités. Nous soutenons au quotidien les étudiant·e·s afin de lutter à notre échelle contre le sexisme sous toutes ses formes dans la bienveillance et le respect des personnes. Pour nous rejoindre ou pour plus d’infos, n’hésitez pas à nous contacter et nous suivre !

      https://www.sciencespobordeaux.fr/fr/vie-etudiante/vie-associative/les-associations-de-sciences-po-bordeaux/sexprimons-nous.html

    • Bien vu par Willem, ce qui touche de plein fouet Sciences Po, et qui est au cœur du récit de Camille Kouchner, c’est la destruction de la respectabilité bourgeoise, confrontée à la révélation de ses violences cachées…

      Mon propos n’est en rien celui d’une spécificité de classe des violences sexuelles. Mais ce dont bénéficie la bourgeoisie, à l’inverse des classes pop., c’est d’une protection institutionnelle a priori, qui la met à l’abri des mises en cause. D’où l’intérêt du dévoilement actuel .

      https://twitter.com/gunthert/status/1359759773076516864

  • Janvier 2017 : Témoignage d’agression à Bure – Manif’Est
    https://manif-est.info/Janvier-2017-Temoignage-d-agression-a-Bure-1670.html
    https://infokiosques.net/spip.php?article1391

    Il y a 4 ans, en janvier 2017, la brochure Pour une fois j’ai dit non était publiée sur infokiosques.net. @infokiosques

    « Dans cette brochure il est question de viol. Pas d’un viol dans une ruelle sombre, tard le soir, par un inconnu violent et déséquilibré. Non, il y est question d’un viol commis par un "camarade" sur un lieu de lutte. »

    https://bureburebure.info/janvier-2017-temoignage-dagression-a-bure
    #Metoo #culture_du_viol

    • (...) le choix, politique, a été fait de dégager l’agresseur des espaces collectifs de Bure, afin de permettre à la personne agressée de continuer à y militer sans avoir à subir sa présence [1].

      Le but était aussi d’affirmer clairement et politiquement que les #agressions_sexuelles n’ont pas leur place, ni dans les luttes, ni ailleurs.

      Du fait qu’il s’agissait d’un homme très actif dans la lutte, porte-parole du mouvement à certains moments et présent dans beaucoup de commissions ou réunions, l’ensemble de ses mandats lui ont été retirés et interdiction lui a été faite de parler au nom du mouvement ou de le représenter d’une quelconque façon.

      Par la suite, la brochure restera diffusée en version papier dans les espaces collectifs et elle sera aussi publiée sur le site internet du mouvement, vmc.camp.

      [...]

      Pour une fois, j’ai dit non
      https://infokiosques.net/spip.php?article1391
      (...) au fur et à mesure que je décrivais ma relation avec cet homme qui m’a violée, que j’y réfléchissais et en parlais, plein de liens se sont faits avec mon éducation, la société dans laquelle j’ai grandi, l’intégration de certaines normes en bref avec ce qu’on appelle la « culture du viol ». Ce ne sont pas « que » des situations individuelles, elles s’inscrivent dans un contexte social sexiste que je tenais donc à repréciser.

      En tout cas, j’espère que par ce témoignage et ces réflexions j’ai réussi à transmettre un peu de cette force, cette conviction que ce n’est pas encore perdu, nous sommes nombreus.es, on ne pourra pas nous faire taire, nous ne sommes pas les coupables et nous méritons tou.te.s d’être respecté.e.s et considéré.e.s. »

      #viol #militantisme #activisme #brochure

  • Georges Tron rejugé pour viols en réunion - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190121/georges-tron-rejuge-pour-viols-en-reunion#at_medium=custom7&at_campaign=10

    Trois ans après un premier procès avorté, près de deux ans après son acquittement à Bobigny, dont le parquet général a fait appel, #Georges_Tron est de retour devant une cour d’assises. L’actuel maire (LR) de Draveil et conseiller départemental de l’Essonne, 63 ans, ainsi que son ancienne adjointe à la culture #Brigitte_Gruel, 63 ans, elle aussi acquittée en novembre 2018, sont rejugés par la cour d’assises d’appel de Paris à partir de mardi et pendant quatre semaines. Jugés pour « viols en réunion » et « #agressions_sexuelles en réunion », les deux accusés – qui comparaissent libres – encourent 20 ans de réclusion criminelle.

    Devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, l’avocat général Frédéric Bernardo avait requis six ans de prison ferme contre Georges Tron et quatre contre Brigitte Gruel, en utilisant des termes très sévères pour le maire de Draveil. L’édile était alors défendu par Éric #Dupond-Moretti et Antoine Vey. Cette fois-ci, Antoine Vey et Solange Doumic assureront sa défense.

    #viol

  • « Tout le monde savait » : Claude Lévêque, une omerta au nom de l’art
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/01/15/tout-le-monde-savait-claude-leveque-une-omerta-au-nom-de-l-art_6066318_3246.

    Qui n’a jamais aperçu l’artiste entouré d’adolescents plus ou moins jeunes, à un vernissage, un dîner de galerie ? Qui n’a jamais entendu de rumeurs ? « C’était comme un nuage flottant autour de lui, reconnaît une conseillère de collectionneurs qui le connaît, et s’en méfie, depuis trente ans. Tout le monde savait qu’il aimait s’entourer de jeunes éphèbes, et un bon nombre craignait le pire. Mais comment agir contre un homme qui a une telle aura, quand on n’a que des rumeurs, et qu’on n’est pas témoin de ses manœuvres ? Contre un artiste qui exerce une telle fascination, car il a produit une œuvre incroyable ? »

    • Claude Lévêque, une omerta au nom de l’#art

      Alors qu’une partie du milieu est sidérée d’apprendre que le plasticien fait l’objet, depuis 2019, d’une enquête préliminaire pour « #viols et #agressions_sexuelles sur mineurs », d’autres semblent moins surpris.

      Alors qu’une partie du milieu est sidérée d’apprendre que le plasticien fait l’objet, depuis 2019, d’une enquête préliminaire pour « viols et agressions sexuelles sur mineurs », d’autres semblent moins surpris.

      Au milieu des années 1980, une artiste qui préfère rester anonyme s’était aventurée à demander à un galeriste parisien qui exposait Claude Lévêque pourquoi il ne représentait aucune femme artiste : « Je n’ai peut-être pas d’artiste femme, mais j’ai un pédophile », s’était-elle entendu rétorquer. Plaisanterie tordue, aveu, provocation ? « En tout cas, ça résume bien le contexte, raconte-t-elle aujourd’hui. Je m’étais tue, mais, quand je visitais les expositions, je vous assure que je ne lâchais pas mon petit garçon de l’oeil. »

      « Comment une telle carrière est-elle possible, alors que depuis des années "ÇA SE SAVAIT ?" », interroge la critique d’art Marie Chênel dans un Tweet très relayé. Il résume la sidération du milieu de l’art depuis les révélations du Monde, le 10 janvier, concernant la plainte du plasticien Laurent Faulon contre l’artiste Claude Lévêque et l’enquête ouverte par le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis), en mai 2019, pour « viols et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans . M. Faulon, un sculpteur de 51 ans, dénonce des « abus sexuels » subis entre ses 10 et 17 ans de la part de M. Lévêque, assurant qu’il était, comme sa famille, sous son « emprise . Le journal en ligne Mediapart a lui aussi publié une longue enquête, le 13 janvier, qui accable l’artiste.

      L’enquête judiciaire est en cours, et la présomption d’innocence prévaut. Mais dans le milieu de l’art, où Claude Lévêque était si connu, chacun s’interroge. Qui n’a jamais aperçu l’artiste entouré d’adolescents plus ou moins jeunes, à un vernissage, un dîner de galerie ? Qui n’a jamais entendu de rumeurs ? « C’était comme un nuage flottant autour de lui, reconnaît une conseillère de collectionneurs qui le connaît, et s’en méfie, depuis trente ans. Tout le monde savait qu’il aimait s’entourer de jeunes éphèbes, et un bon nombre craignait le pire. Mais comment agir contre un homme qui a une telle aura, quand on n’a que des rumeurs, et qu’on n’est pas témoin de ses manoeuvres ? Contre un artiste qui exerce une telle fascination, car il a produit une oeuvre incroyable ? »

      Filleuls, neveux, assistants...

      Ces adolescents qui l’entourent, Claude Lévêque les présente comme ses filleuls, ses neveux, ses assistants, voir comme ses « fils . Ces doudous et nounours qu’il trimballe autour du monde, qu’il sort en plein repas, qu’il déploie dans chaque recoin de ses deux maisons, ont été, selon l’artiste, dans ses interviews, « donnés par des amis, souvenirs trop intimes pour en parler . Son obsession pour le monde de l’enfance est considérée comme une « sublimation artistique », la part de fantasme d’un adulte qui est bien plus à l’aise avec les enfants qu’avec le monde des grands.

      Et puis, comment condamner sur la base de « racontars » ? « On lui aurait donné le bon Dieu sans confession », admet l’artiste Jonathan Loppin, dont la compagne, Julie Faitot, a envoyé un signalement à la justice concernant Claude Lévêque en février 2019. Pendant les quinze ans que dura leur amitié, il avoue avoir été subjugué par cette star prête à défendre corps et âme le moindre squat, toujours disposée à prendre fait et cause pour la veuve et l’orphelin : « Claude apparaît comme un nounours au charisme fort, et un vrai aimant à enfants. En fait, il sait les ferrer. Quand j’ai compris que ces doudous étaient sans doute ceux de ses victimes, des trophées, j’ai pris une énorme claque. »

      « Je l’ai toujours vu bouleversé par la beauté des jeunes garçons, elle le secouait, et il l’assumait, ses premières oeuvres en témoignent », souligne un habitant de Nevers (Nièvre), proche des Faulon. Enfant, il a connu Lévêque comme moniteur de centre aéré dans les années 1970, sans jamais entendre de rumeurs pouvant l’incriminer. Depuis quelques jours, il fouille dans sa mémoire. « J’essaie d’analyser le phénomène d’emprise, détaille-t-il. En abordant l’environnement de cet adulte entouré de jeunes hommes, on avait d’abord un sentiment de malaise, mais la situation était ensuite validée par les proches ; familles, amis, tous semblaient acter ce qui se passait. Le trouble ressenti était alors étouffé par cette validation collective. En outre, j’en ai été témoin à deux reprises, Claude entretient aussi une relation très forte avec les mères des enfants, dont je ne sais comment elle s’articule, une relation presque amoureuse. Mécanique qu’il semble, hélas, avoir affinée avec le temps. »

      Collectionneurs, experts, galeristes, conservateurs, critiques, artistes : cette validation a été tout aussi collective dans le milieu de l’art, même si certains tenaient scrupuleusement leurs distances. « Les institutions lui ont fait confiance, à cause de la fascination qu’exerce son oeuvre, mais aussi de son engagement pour les causes sociales, politiques, analyse une directrice de musée. Tout cela était-il un écran de fumée ? Tout comme ces références à l’enfance, sans cesse convoquée, sacralisée, sanctuarisée : elles faisaient la beauté et la pureté de son travail ; désormais, elles peuvent ressembler à un sacrifice. »

      « Si c’est vrai, c’est un séisme, auquel je peine à me résoudre, glisse un autre conservateur. Ses oeuvres des années 2000, pleines d’un danger punk qui fascine, ont été un choc esthétique pour toute une génération. Nous nous sommes construits en partie avec elles. » Un artiste éperdu d’admiration pour Claude Lévêque, « bouleversé par le témoignage de Laurent Faulon », s’avoue tout autant « blessé, et en colère » : « J’ai la sensation d’avoir été manipulé, comme tout le monde de l’art l’a été. J’ai aujourd’hui l’impression que, avec toutes ces oeuvres mettant en scène l’enfance, il nous disait : "Regardez, je vous mets ça sous le nez, et vous ne voyez rien !" »

      Qu’il mette la même énergie à préparer la Biennale de Venise (2009) qu’à exposer à l’école élémentaire Pierre-Budin, à la Goutte d’Or (Paris 18e), lors d’une résidence artistique en 2012 ? Cela relevait de son engagement social. Qu’il peigne de noir les fenêtres de l’appartement mis à disposition par l’école, juste au-dessus des salles de classe ? On y voyait sa marque punk. Qu’il se déclare, un an après, toujours ami avec l’un des bambins de 8 ou 9 ans qui collabora au projet, le plus curieux, le plus créatif ? On l’admirait alors pour n’avoir pas pris la grosse tête. Tout cela peut aujourd’hui faire frémir.

      Dans les archives du Quotidien de l’art, nous avons retrouvé les paroles de l’enfant que nous avions rencontré au sein de l’école pendant la préparation de leur exposition « Seasons in the Abyss . Il interpellait ainsi l’artiste : « Je t’ai amené mon nounours, parce que je lui ai percé le cerveau. Avant, il bougeait dans son Jacuzzi, il faisait très chaud, c’était le feu, et je lui ai percé la tête ... « Le trou dans la tête », c’est aussi une phrase gravée par Lévêque sur un lit tout rouillé d’enfant, dans une oeuvre de 1986.

      #Aveuglement_collectif

      Pour comprendre aujourd’hui ce qui a pu relever d’un aveuglement collectif, les témoignages affluent, chacun s’employant à replacer une pièce dans un puzzle qui, trop longtemps, n’a pas fait sens. L’un se rappelle cette chambre d’enfant, dans la maison de Montreuil (Seine-Saint-Denis) de #Lévêque, « avec ses petites bagnoles sur les étagères », qu’il disait destinée « aux amis qui venaient avec leurs petits . L’autre, ces manèges abandonnés dans sa maison de campagne. Une troisième, l’aveu de cette mère « manifestement perdue, dans un monde parallèle, qui me racontait que Claude Lévêque dormait dans la chambre de son fils de 15 ans, et qui semblait comme flattée qu’il ait été "choisi". J’ai pris mes distances, désespérée qu’il soit impossible de lui faire comprendre que son môme était en danger .

      Galeriste et commissaire d’exposition, Stéphane Corréard dénonce aujourd’hui ce qu’il considère comme une omerta. « Beaucoup savaient, tout le monde pouvait se douter, personne n’est surpris, résume-t-il. Alors pourquoi avons-nous toléré, abrité, protégé, pendant des décennies, un supposé prédateur sexuel, un pédocriminel récidiviste ? Parce que, dans notre milieu, personne ne dit rien, jamais. La parole est cadenassée, le fonctionnement clanique. »

      Comment l’expliquer ? « La tolérance de notre milieu pour la transgression, y compris sexuelle, y est pour beaucoup », suggère-t-il. Un artiste pourrait donc franchir toutes les lignes rouges ? Laurent Faulon se souvient en tout cas très bien « des commissaires et artistes qui venaient dîner à la maison : avec Lévêque, on était comme un couple recevant des invités. Sauf que j’avais 15-16 ans. Tous découvraient les bricolages que j’avais faits dans l’atelier, et me disaient : "Tu as une oeuvre incroyable, ne t’embête pas à faire les Beaux-Arts, tu sais déjà tout !" . C’est ainsi que Laurent Faulon s’est retrouvé exposé à la Fondation Cartier de Jouy-en-Josas (Yvelines) ou au Magasin de Grenoble, à pas même 18 ans. Sans plus de questions, juste pour la reconnaissance de son talent naissant.

      Poursuivant son analyse, Stéphane Corréard évoque aussi le « souvenir de l’époque glorieuse où l’avant-garde était menacée de toute part, notamment par les réactionnaires et l’extrême droite. Nous avons alors pris le pli d’une opposition facile entre "pro" et "anti" art contemporain qui est devenue factice, mais qui continue de structurer largement le fonctionnement de notre monde de l’art . Impossible de dénoncer sur la foi de racontars, certes. « Mais ces directeurs de musée, qui racontent de façon anonyme avoir refusé que Lévêque partage une chambre d’hôtel avec un ado, n’avaient-ils pas obligation, en tant que fonctionnaires, de dénoncer des crimes dont ils avaient eu connaissance dans le cadre de leurs fonctions ? »

      Comme tous, il en est cependant conscient : la mécanique à l’oeuvre est complexe à déconstruire. Qu’un artiste puissant s’écroule, et tout un système s’effondre : ceux qui le collectionnent, le louent, l’honorent, le capitalisent. « Les relations entre les acteurs organisent la valeur de l’oeuvre en mettant l’artiste sur un piédestal, dans une relation romantique à l’art, explique ainsi un directeur d’institution. Les jeux de pouvoir sont réels, et pas seulement financiers, à tous les maillons de la chaîne, on ne peut se permettre que l’image de l’auteur soit entachée. Les liens d’interdépendance et les rapports de domination organisent le silence, à quoi s’ajoute la peur d’être blacklisté du milieu. Ils neutralisent toute possibilité de prise de parole. L’autocensure est forte, jusqu’à se frapper soi-même de cécité. La structure protège son capital. »

      Averti de la plainte de Laurent Faulon peu après son dépôt, le Mamco de Genève a pris position dès 2020, en faisant disparaître de son site toute mention de Claude Lévêque, qui y a exposé en 2003. Il est, pour l’instant, le seul. « Avec l’équipe de conservation, nous avons décidé un moratoire immédiat sur la présence de ses oeuvres en nos murs, explicite Lionel Bovier, son actuel directeur. Je n’ai jamais travaillé avec cet artiste, ni avec ses oeuvres d’ailleurs. Mais, de mon point de vue, le discrédit qui est aujourd’hui jeté sur son travail sera absolument irrémédiable si les accusations se révèlent fondées. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur les conséquences légales des actes qui sont relatés, mais je peux témoigner de cela : je ne pourrai plus jamais regarder ce travail sans y trouver des indices des crimes qui lui sont reprochés. Par conséquent, le musée que je dirige ne montrera ni ne diffusera son travail dans le futur. »

      #pédophilie #pédocriminalité #Laurent_Faulon #abus_sexuels #emprise #rumeurs #fantasme #validation_collective #enfance #omerta #silence #impunité #transgression #domination #pouvoir #autocensure #cécité

    • Affaire Claude Lévêque : collectionneurs et musées s’accrochent aux œuvres devenues embarrassantes

      https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/01/15/affaire-claude-leveque-collectionneurs-et-musees-s-accrochent-aux-uvres-deve

      https://www.lalsace.fr/culture-loisirs/2021/01/16/l-embarrassant-claude-leveque

      #censure #appel_à_la_censure

      Je tiens à rappeler que Springora n’ a jamais exigé la disparition des livres de Matzneff, c’est Gallimard qui s’achète une conscience en le faisant.

      Par ailleurs, le type doit répondre des ses actes, et il mériterait surtout des soins et une gigantesque psychothérapie (plutôt que la taule et la censure), mais il me semble au contraire très important de pouvoir continuer à voir ses oeuvres, même et surtout les pires, en sachant ce que l’on savait déjà, certes plus ou moins, mais en sachant au moins que le type n’était pas là pour rigoler et qu’il nous parlait bien de choses sombres et dégueulasses.

    • Dager je déteste et je comprend pas pk on le voie dans toutes les expos d’art brut. Sinon par rapport à la censure de Matzneff et Leveque le plus ahurissant c’est qu’on accusera les victimes d’etre #cancel_culture alors que ce sont les liberaux qui en sont les instigateurs dans un geste revisionniste.

    • L’ancien commissaire à la carrière exemplaire, médaillé d’honneur de la police nationale, n’avait sans doute jamais imaginé se retrouver là, derrière la barre de la 28e chambre du tribunal correctionnel de Paris, quelques mois à peine après avoir quitté l’institution policière et mis un terme à près de quarante ans d’un investissement sans faille. En longue veste de cuir et costard-cravate sombre, les mains jointes et le teint blafard, il fait face à 61 ans à la présidente du tribunal qui le juge, ce mardi, pour voyeurisme. Tout juste retraité, il a été surpris cet été dans les allées du grand magasin parisien BHV en train de filmer sous les jupes de clientes à l’aide d’une microcaméra fixée sur une de ses chaussures. On n’en saura guère plus sur le dispositif technique employé, mais on sait que ce prévenu féru d’informatique dirigea, dans les années 1990, le novateur service d’enquête sur les fraudes aux technologies de l’information (Sefti) avant de devenir, vingt ans plus tard, numéro deux de la police du Val-de-Marne.

      Quand les vigiles du BHV le repèrent, il « passe son pied » doté d’une caméra micro SD sous les jupes de clientes en vue de tourner des vidéos de quelques minutes. Ce qu’il avait déjà fait, quelques semaines plus tôt, dans une autre grande surface, afin d’apercevoir, selon la présidente, « les parties intimes cachées sous les habits ». « Comment expliquer ce passage à l’acte chez une personne au parcours tout à fait exemplaire ? », lance la procureure qui ne cache pas son incompréhension face à des faits « regrettables » qui auraient pu, « si les victimes en avaient été informées, être vécues comme une atteinte sérieuse à leur personnalité et leur intimité ». D’une voix à peine audible malgré l’exiguïté de la salle, le prévenu, dos voûté, répète ce qu’il a dit, déjà, quand il a été entendu dans la foulée et a reconnu immédiatement les faits.
      « Electrochoc »

      Son masque de protection ne facilitant pas son élocution, l’ancien policier répète le « mal-être » qui l’a envahi quand, à peine retraité en juin dernier, il a quitté la police pour de bon. A cela s’est ajouté un départ de la capitale qui semble l’avoir déstabilisé. Et le passage à l’acte ? « Je ne sais pas comment l’expliquer », dit-il en se courbant un peu plus. « Quand j’ai été interpellé, lors des faits, ça m’a fait comme un électrochoc ». Il cherche ses mots :"« Je n’ai pas compris, je savais parfaitement que des vigiles se trouvaient dans ce magasin, j’étais complètement à côté de la réalité des choses »."

      L’expertise psychiatrique à laquelle il a été soumis n’a révélé ni anomalie mentale ni état dangereux. L’ancien commissaire n’a pas tardé, toutefois, à débuter une thérapie dont il dit avoir « vraiment besoin ». Il fait état d’un épisode dépressif passé lié à des problèmes de santé et une succession de décès de proches, d’une « envie d’en finir » déjà ressentie. « J’ai voulu tenir, ne pas montrer une image de faiblesse », souffle-t-il. Son départ en retraite a réactivé chez lui, avance-t-il, « ce sentiment d’une fin de vie. »

      « Quel lien faites-vous entre cet épisode dépressif et ces faits qui sont presque de nature sexuelle ? », le coupe alors la présidente. « Je ne suis pas psychiatre », répond le prévenu en évoquant pêle-mêle « une pulsion de vie, d’existence, un besoin de trouver quelque chose. » Il ajoute, hésitant : « Je ne sais pas, j’en parle beaucoup avec ma psychothérapeute ».

      La présidente : « Vous êtes-vous mis à la place de ces femmes ? »

      Le prévenu : « C’est inadmissible. »

      La présidente : « Avez-vous pensé à ce qu’elles peuvent ressentir ? »

      Le prévenu : « Je ne sais pas comment le qualifier. Du dégoût ».

      Sa femme, épousée il y a quarante ans, ne le lâche pas des yeux. « Elle m’a beaucoup soutenu, nous en avons beaucoup parlé », dit celui qui dit s’être engagé bénévolement, depuis, auprès d’une association caritative, ce qui l’aide à structurer sa nouvelle vie.
      « Mini-pétage de plombs »

      La procureure rappelle l’existence du délit de voyeurisme, punissable d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Puis revient sur le « mal-être profond » du prévenu et ce départ à la retraite qui a pu « créer une sorte d’effondrement, le sentiment d’être inutile ». Tout en maintenant son interrogation sur la relation entre cet état et le délit, elle souligne « une prise en compte des faits et une reconnaissance » et insiste sur l’importance du suivi thérapeutique. Avant de requérir la culpabilité du prévenu et l’ajournement du prononcé de la peine - soit le fait de se prononcer sur la peine dans plusieurs mois - avec mise à l’épreuve ainsi que la garantie de la poursuite des soins. « Il a vécu la fin de sa carrière dans laquelle il s’est extrêmement investi comme une petite mort », a ensuite déclaré l’avocat du prévenu, Thibault de Montbrial. « C’était quasiment voué à l’échec », poursuit celui qui qualifie les faits de « mini pétage de plombs ». Le tribunal déclare finalement son client coupable tout en le dispensant de peine au vu des « mesures » qu’il a lui-même mis en place « susceptibles de permettre qu’il n’y ait pas réitération », ainsi que de sa « situation familiale et professionnelle ». Du bout des lèvres, l’ancien commissaire remercie le tribunal puis quitte la salle à pas feutrés.

      #agression_sexuelle #police #justice #sexisme_d’état #violophilie #misogynie #culture_du_viol

    • Les femmes devraient cesser de payer leurs impôts vu qu’elles ne bénéficient pas de la protection de l’état contrairement aux hommes. Il est évident que les femmes sont de simples défouloir mis à disposition des hommes, blancs, et flics manifestement. Agresser des femmes est un divertissement pour retraités de la police, du bétail pour reprendre gout à la vie quant on peut plus tabasser des prostituées en GAV. Alors pourquoi financé cet etat misogyne qui subventionne les violences sexuelles et leur impunité ?

  • Léonore Le Caisne : « Il n’y a pas de silence de l’inceste »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100121/leonore-le-caisne-il-n-y-pas-de-silence-de-l-inceste?onglet=full
    (pas encore lu mais je me dit que ca interesserait certaines pêrsonnes par ici @tintin @touti )

    En apparence, les deux affaires n’ont rien en commun. D’un côté, le livre de Camille Kouchner La Familia grande, publié le 7 janvier au Seuil, dans lequel l’autrice écrit que son beau-père, Olivier Duhamel, constitutionnaliste, président de la Fondation nationale des sciences politiques et du club très select Le Siècle, a imposé des rapports incestueux à son frère jumeau. Une enquête pour « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans » et « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité » vient d’être ouverte par le parquet de Paris.

    De l’autre, l’affaire Gouardo, du nom, célèbre dans les années 2000, de cette famille où un père a, pendant près de trente ans, violé sa fille adoptive. Six enfants en sont nés, dans un petit village de Seine-et-Marne, près de Meaux, où les commérages allaient bon train, mais sans que la police ou la justice ne s’en mêlent.

    Il a fallu attendre la mort du père, en 1999, pour qu’une enquête soit finalement ouverte – en 2001. Dans ce cadre, la belle-mère de Lydia Gouardo sera condamnée, en 2008, à quatre ans de prison avec sursis pour des faits non prescrits (« non-empêchement de crime » et « agressions sexuelles » sur un des fils de Lydia).

    En novembre 2012, la Civi (Commission d’indemnisation des victimes d’infractions), qui n’impose pas les mêmes délais de prescription que le droit pénal, dédommage Lydia Gouardo, à partir des rapports d’expertise d’un gynécologue, d’un psychiatre et d’un médecin généraliste, de plus d’un million d’euros pour les actes de barbarie, violences et viols subis durant vingt-huit années (1971-1999).

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    Lydia Gouardo a raconté son histoire dans un livre intitulé Le Silence des autres (Michel Lafon, 2008).

    Léonore Le Caisne, directrice de recherche au CNRS, a enquêté pendant un an et publié un livre passionnant sur cette affaire Gouardo, Un inceste ordinaire. Et pourtant tout le monde savait (Belin, 2014). Elle témoigne de l’aveuglement de la société face aux violences sexuelles intrafamiliales (l’inceste), une réalité pourtant largement documentée et souvent connue de l’entourage, mais peu débattue dans la société et très peu dénoncée. Car dans ce petit village d’Île-de-France, « tout le monde savait », mais personne n’a saisi la justice.

    Vous vous êtes penchée sur une affaire spectaculaire par les faits décrits et par la médiatisation importante qu’elle a suscitée. Pourtant, vous avez intitulé votre livre Un inceste ordinaire. Pourquoi ?

    Léonore Le Caisne : Au-delà de la provocation d’un titre, la formule est juste. L’inceste subi par Lydia Gouardo, dans ce village près de Meaux [Seine-et-Marne – ndlr], a été médiatisé comme une affaire extraordinaire. Mais, en réalité, il s’agit d’un père qui viole sa fille : une fille sur dix est victime d’inceste ; c’est ordinaire.

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    Ensuite, c’est un inceste qui a été vécu par les habitants comme un fait assez ordinaire. Personne ne parlait d’« inceste ». L’expression utilisée était : « C’est lui qui fait des enfants à sa fille. » Et sa fille était considérée comme sa femme. C’était finalement assez ordinaire : cela devenait un homme qui fait des enfants à une femme ; et, finalement, un homme et une femme qui ont bâti une famille… C’est banal.

    Quant à la médiatisation, elle ne fut pas immédiate. Au départ, un journaliste local s’y est intéressé – mais son article a eu un faible écho et seule Ondine Millot de Libération a repris l’information et effectué un reportage sur cette famille et le village [en 2007 – ndlr]. Mais cela n’intéressait personne.

    Il a fallu l’affaire Fritzl en Autriche, une affaire spectaculaire [une jeune femme séquestrée à la cave par son père, qui l’avait violée, et plusieurs enfants en étaient nés – ndlr], pour que des journalistes en France se disent que nous disposions d’une affaire similaire : la presse en a alors parlé comme de l’histoire d’une séquestration, d’un silence villageois, d’un secret, d’une omerta. En réalité, c’était un inceste qui se pratiquait et qui était su de tous, comméré. Il n’y a pas eu de silence, de tabou ou d’omerta.

    Vous racontez que, lorsque vous arrivez dans ce village pour vos recherches – vous y avez passé deux ou trois jours par semaine pendant une année en 2008-2009 –, les habitants ne sont absolument pas hostiles. Ni silencieux. Comment cela s’est-il passé ?

    J’avais été mise en garde sur le silence à prévoir des villageois. D’autant que la médiatisation suscitait beaucoup de méfiance. Je me suis présentée comme une sociologue qui travaillait sur la vie d’un petit village de la région parisienne. Ils ne m’ont jamais associée à une journaliste. Et, auprès de moi, ils n’ont pas eu peur de passer pour des salauds. Pas du tout. Ils m’ont parlé de la famille Gouardo comme d’autres familles du village un peu spécifiques.

    Ils m’ont expliqué que tout le monde savait et ils n’en ressentaient aucune honte. À leurs yeux, c’était simplement une famille qui fonctionnait un peu différemment des autres. Elle faisait parler les habitants du village, mais aussi de la cité populaire de la ville voisine [Meaux]. En fait, cet inceste n’était pas pensé comme un crime, c’était juste « un père qui fait des enfants à sa fille ». Et si tout le monde le sait, et que ce n’est pas un crime, alors à qui voulez-vous que l’on dénonce et que voulez-vous que l’on dénonce ?

    L’inceste était tellement su qu’il n’y avait finalement aucune raison de le dénoncer à la justice.

    Seule la médiatisation a créé le scandale. C’est à ce moment-là que les faits ont été qualifiés d’inceste et qu’ils ont récupéré leur charge criminelle. Avant, ils ne sont pas perçus comme tels, la famille était simplement considérée comme une famille un peu différente des autres et qui faisait parler et permettait donc de créer du lien entre habitants.

    Lydia Gouardo, chez elle, à Coulommes, en Île-de-France, le 29 avril 2008. © OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP Lydia Gouardo, chez elle, à Coulommes, en Île-de-France, le 29 avril 2008. © OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

    Pourquoi l’inceste n’est-il pas un crime à leurs yeux ?

    Parce que les habitants n’ont pas su d’un coup que cette fille avait été violée par son père pendant vingt-huit ans et qu’elle en avait eu six enfants. Ça, c’est le récit qui en a été fait par les journalistes, après coup.

    Ils ont appris les faits progressivement, en observant la maison, les déplacements des membres de la famille… Ils ont vu un homme avec une femme, avec trois enfants, dont les deux premiers qui quittent la maison familiale. Puis un homme et sa femme, avec une fille qui est restée. Avec un père grande gueule, pas sympa avec les voisins, mais bon travailleur, imprimeur ambulant, qui fait des cartes de visite à Meaux, y compris pour des notables. Il est perçu comme un bosseur, un type sérieux, avec un fort caractère. Un jour, sa fille est enceinte. Pourtant, personne ne vient dans leur maison. Cela commence à parler… Les habitants ne savent pas qui est le père. Mais ils se demandent, s’interrogent. Puis un deuxième enfant naît. Et les deux ont des ressemblances avec le père… Le commérage se poursuit.

    Peu à peu, cela fait un nombre faramineux de gens qui parlent. Du village au centre commercial de Meaux en face duquel Gouardo a installé son camion d’imprimerie. Aux caisses de Super M où tout le monde fait ses courses, on en parle. Tout le monde est au courant. Progressivement, les faits et le commérage qu’ils suscitent entrent dans la vie quotidienne des habitants, des voisins, des notables de Meaux.

    C’est un commérage qui devient structurant. Il crée des sociabilités. La circulation de l’information ne s’organise pas n’importe comment. Les élus se parlent entre eux ; la secrétaire de mairie est assez fière de savoir ; les anciens du village sont aussi contents de mieux connaître l’histoire que les nouveaux arrivés, car ça montre qu’ils sont vraiment « du pays ».

    Les habitants ont des relations de commerçants avec lui, et même de voisinage, quand bien même ce sont des relations conflictuelles. Pour eux, c’est un mec courageux, qui élève ses enfants à la dure, mais qui les élève bien. Et qui tient bien sa famille.

    Et Gouardo est une grande gueule ; il est trapu, musclé. Il leur fait un peu peur. On est donc content de bien s’entendre avec lui, de pouvoir lui parler. Sans compter qu’il ne fait que des garçons – les six enfants nés des viols sont des garçons –, dans l’imaginaire, cela compte. Le fait qu’il les fasse à sa fille montre aussi qu’il se joue des lois. Il est au-dessus d’elles. Gouardo incarne finalement un certain pouvoir. En le côtoyant, ou en essayant, certains espèrent peut-être récupérer de sa force.

    L’agriculteur qui vivait en face de Gouardo était ravi de me raconter qu’il était allé dans sa maison, qu’il arrivait à parler avec lui. Cela l’intéressait bien plus que de s’inquiéter de ce que l’homme pouvait faire subir à sa fille et de ce que celle-ci subissait.

    Cela en fait-il des complices ?

    Non, pas du tout. Par contre, détenir l’information leur permet de s’élever socialement en occupant une place enviable au sein du village. Cela n’est pas de la complicité.

    Mais comment expliquez-vous que personne ne soit alarmé ? Que personne ne se soit dit qu’il s’agissait d’un crime ?

    Parce que les faits se sont sus petit à petit et qu’ils ont été sus par beaucoup, y compris par des représentants de la justice. Les magistrats du coin participaient certainement au commérage, ne serait-ce que dans leur bureau ou dans leur cercle familial et amical. J’ai également rencontré une avocate du barreau de Meaux, qui défendait des victimes d’inceste et qui, elle aussi, commérait. Elle n’a pas cru Lydia Gouardo quand elle a dénoncé son crime, elle a minimisé…

    Les policiers, aussi, savaient : quand Lydia fuguait, c’est eux qui la ramenaient chez elle. Gouardo avait de nombreux conflits de voisinage ; la police était souvent à la porte de sa maison.

    Lui-même ne se cachait pas. Ses enfants l’appelaient « papa », ils sortaient avec lui, il les emmenait à l’école. Il parlait de « ses enfants ». Les formules étaient ambiguës. Même à l’hôpital quand elle allait accoucher, le personnel demandait qui était le père. Elle disait : « C’est mon père. » Lui répondait : « Oui, car c’est moi qui vais les élever. »

    Il ne se cachait pas, parce qu’il savait que ce qu’il faisait subir à sa fille, sa paternité incestueuse, ne ferait pas scandale. Et pour les habitants, s’il ne se cache pas, c’est bien qu’il n’y a pas crime. Cela crée un brouillage dans les repères. Dans les discussions avec les habitants, certains confondaient fille et femme. Ils parlaient parfois de Lydia comme de sa femme.

    Ce qui est sidérant dans ce que vous trouvez, c’est qu’au-delà des voisins ou des commérages du village, des représentants de la police et de la justice sont, eux aussi, alertés…

    Oui, bien sûr. Gouardo était très régulièrement au tribunal pour des affaires de conflits de voisinage, de droit de passage et de parcelles communes… La belle-mère de Lydia l’avait aussi brûlée dans un bain d’eau brûlante. Lui avait porté plainte contre l’office HLM pour négligence. Donc les juges parlaient de cet homme.

    Il était connu, avec son camion devant la grande surface de Meaux où tout le monde allait faire ses courses. Les maires successifs – dont Jean-François Copé – passaient lui serrer la main. Tout le monde était pris là-dedans. Pour que cela cesse, pour que cet inceste fasse scandale, il a fallu un public extérieur, qui n’a existé qu’avec la médiatisation du procès de la belle-mère, grâce à ce journaliste local et à la reprise des articles, une année plus tard, par la presse nationale.

    Avec la presse, le regard a-t-il alors changé sur la famille ?

    Ce n’est pas parce qu’il y a eu scandale que Lydia Gouardo a été considérée comme une victime. D’une avocate défendant des victimes d’inceste à l’agriculteur d’en face, on entendait les mêmes discours : on s’interrogeait sur les révélations tardives, sur le fait que le nombre des grossesses montrait qu’elle était consentante, etc. Quelle que soit la classe sociale, les arguments sont identiques pour laisser un inceste se perpétrer.

    Et quand la presse met en cause ce « silence » ?

    Les habitants, les voisins, ne comprennent pas ce qui leur tombe dessus. On les accuse d’omerta, d’avoir tu l’inceste. Mais il n’y a pas eu de silence ! C’était pris dans le brouhaha du commérage. Le problème n’était donc pas qu’ils n’en aient pas parlé.

    Et puis, avec son père, elle a formé une famille. Avec six garçons. C’était, en apparence, une jolie famille ; le père était autoritaire, il faisait travailler ses enfants, il allait acheter les pommes de terre chez le maire. Les enfants « avaient une bonne bouille », ils allaient à l’école, ils « étaient propres », c’est ce qu’on m’en disait, il « s’en occupait bien ».

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    L’affaire Duhamel, révélatrice du « système de l’inceste » Par Lénaïg Bredoux et Marine Turchi

    Quand elle dénonce l’inceste, Lydia casse la famille et son image, et jette l’opprobre sur le village. Les victimes d’inceste qui le révèlent sont très souvent exclues de la famille. Là, les habitants ont exclu Lydia du village, peu ont continué à lui parler, alors qu’avant la famille faisait partie du village.

    Elle est brutalement devenue la salope. Dès que son père est mort, des garçons du village sont venus frapper à sa porte pour la draguer. On m’a aussi rapporté des rumeurs selon lesquelles elle allait se prostituer dans la forêt d’à côté avec une amie.

    Là encore, ce discours était porté par tous les milieux sociaux confondus. Les agriculteurs comme les enseignants. Ces habitants ne sont pas des « autres », ce sont des habitants ordinaires, de classes sociales différentes, et qui furent pris dans une configuration sociale qui intégrait cet inceste.

    Vous parlez d’enseignants, mais comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas eu de signalements auprès de la protection de l’enfance ? Des procédures existent.

    Je pense que c’est davantage le cas aujourd’hui qu’autrefois. Le père est mort en 1999. Les faits ont commencé au début des années 1970…

    De toute façon, disons-le : l’inceste a à voir avec une représentation très patriarcale de la société. L’homme dans sa famille fait ce qu’il veut chez lui ; il est autoritaire ; il fait des enfants, c’est le plus important, et les enfants vont bien, ils mangent à leur faim. Et si la femme n’est pas d’accord, elle n’a qu’à partir.

    À vos yeux, et en dépit de spécificités – le jeune âge des victimes, le lien familial et la durée des violences subies –, l’inceste est-il une « forme paroxystique » des rapports de domination au cœur des violences sexuelles ?

    J’en suis certaine. L’inceste, c’est le début des violences sexuelles, le début de la domination des femmes [les femmes sont très majoritaires parmi les victimes d’inceste, et les auteurs sont à 95 % des hommes – ndlr]. C’est une manière de former, d’élever et de socialiser des enfants.

    Si les femmes laissent faire leur mari, c’est parce que c’est lui qui tient la famille. Les hommes incesteurs, ou agresseurs, sont des hommes à qui les proches reconnaissent une espèce de force. Il s’agit souvent d’une personne respectée, quel que soit le milieu, occupant une place importante dans la famille.

    Comme je l’explique dans mon livre, cette idée est celle popularisée par les féministes nord-américaines, selon lesquelles l’inceste serait l’une des banales violences masculines perpétrées au foyer. Louise Armstrong, porte-parole de la position féministe américaine sur l’inceste, écrivait : « [La pédophilie], c’est ce que les hommes font couramment et régulièrement à la maison parce qu’ils considèrent ça comme un droit. »

    Mais, parce que cette violence est moralement intolérable et parce que trop d’hommes « normaux » devraient sinon être criminalisés et punis, et plus généralement parce qu’elle participe du maintien de la société patriarcale, il faudrait taire cette violence, notamment l’inceste, et, à partir de toutes sortes de « tactiques » et de « stratégies d’occultation », faire croire qu’elle n’existe pas ou qu’elle est rare et ponctuelle, et seulement le fait de « pervers » ou d’hommes « trop aimants ».

    © Editions du Seuil © Editions du Seuil
    On a, en effet, souvent décrit les incesteurs comme des « monstres ». Les études sur l’ampleur du phénomène prouvent que c’est faux. Comment avez-vous réagi en prenant connaissance du livre de Camille Kouchner La Familia grande ?

    J’ai travaillé sur la réception d’une affaire d’inceste dans ce village. Le contexte est ici différent. Mais dans les extraits que j’ai lus, on comprend que, là aussi, l’entourage était au courant et en parlait ou en avait parlé. Il n’y a donc pas eu de « silence », « d’omerta » au sens strict du terme – ce n’était pas un silence réfléchi face à une autre communauté. En réalité, cela se savait, les uns et les autres en parlaient, plus ou moins, selon la place de chacun. Mais cela n’a pas été dénoncé à la justice…

    Mais dans cette affaire encore, l’inceste a été comméré. La question, c’est : pourquoi l’entourage ne s’est-il pas tourné vers la justice ? Il faudrait comprendre pourquoi, selon les places occupées par chacun, cet inceste n’a pas pu être dénoncé. Comme dans l’affaire Gouardo. Parler de silence ou d’omerta conduit à passer à côté de la question fondamentale.

    Dans ce cas, cela va encore plus loin qu’une absence de dénonciation à la justice : la justice elle-même a classé l’enquête lancée en 2011… Avant d’ouvrir une nouvelle enquête, après la publication dans Le Monde et L’Obs des extraits du livre.

    L’inceste est un fait social très important, pratiqué dans tous les milieux sociaux. Malgré son ampleur, il n’est encore l’objet d’aucun grand débat public. Au-delà de leurs actes, les agresseurs occupent une place sociale importante : au sein de la famille, de leur voisinage, professionnellement. Les familiers, les proches, les amis, les voisins, les collègues ont des engagements moraux envers l’agresseur, ou même envers la victime, qui peut demander à la sœur, au frère, à l’autre parent, de ne pas « dire », et qui les empêchent de dénoncer l’agresseur à la justice. Certains peuvent aussi avoir peur de perdre des avantages liés à leur relation avec lui : leur travail, un salaire, ou l’image d’une famille unie. Beaucoup privilégient ces engagements moraux plutôt que de faire acte de citoyenneté en dénonçant les faits à la justice. L’enfant compte souvent moins que ces engagements. Et puis, les faits sont banalisés. Souvent, on entend aussi : « C’était il y a longtemps », « C’est passé », « Ce n’est pas si grave ! ».

    Je pense aussi que la justice ne sait pas bien saisir ces affaires et que ce n’est peut-être pas par elle qu’il va falloir passer pour éradiquer ces pratiques. Actuellement, je travaille sur le recueil des informations préoccupantes. Je constate les difficultés qu’ont les travailleurs sociaux, les policiers et les magistrats à saisir l’inceste : ils cherchent des « faits » et des « traces ». Dans l’inceste, bien souvent, il n’y a ni témoins ni traces. À moins qu’il ne s’agisse d’enfants très jeunes, il peut y avoir pénétration sans déchirure. Sans parler des fellations ou des attouchements… Et après, c’est « parole contre parole », expliquent les professionnels, et la parole de l’enfant n’est pas suffisamment comprise pour faire le poids face à celle de l’adulte.

    La parole des enfants n’est sans doute pas non plus toujours bien considérée.

    De nombreux dossiers sont alors classés. Et ces classements découragent par avance les particuliers et les professionnels qui voudraient dénoncer des incestes à la justice.

    • Les policiers, aussi, savaient : quand Lydia fuguait, c’est eux qui la ramenaient chez elle. Gouardo avait de nombreux conflits de voisinage ; la police était souvent à la porte de sa maison.

      Lui-même ne se cachait pas. Ses enfants l’appelaient « papa », ils sortaient avec lui, il les emmenait à l’école. Il parlait de « ses enfants ». Les formules étaient ambiguës. Même à l’hôpital quand elle allait accoucher, le personnel demandait qui était le père. Elle disait : « C’est mon père. » Lui répondait : « Oui, car c’est moi qui vais les élever. »

      Les gamins ne fuguent pas sans de très bonnes raisons. Mais la société les ramène encore et encore au point de départ.

    • De toute façon, disons-le : l’inceste a à voir avec une représentation très patriarcale de la société. L’homme dans sa famille fait ce qu’il veut chez lui ; il est autoritaire ; il fait des enfants, c’est le plus important, et les enfants vont bien, ils mangent à leur faim. Et si la femme n’est pas d’accord, elle n’a qu’à partir.

    • Je viens de le lire, une telle hypocrisie partagé c’est tellement dément. Et à part les victimes même ici toujours pas de commentaires sur un sujet aussi grave. OSEF. Ce bon père de famille laisse 6 fils probablement aussi bons pères de famille qui suivent ce bon modèle qui fonctionne si bien... pourquoi cela s’arrèterait ? Ca me rend dingue.

      Le comble c’est :

      Quand elle dénonce l’inceste, Lydia casse la famille et son image, et jette l’opprobre sur le village. Les victimes d’inceste qui le révèlent sont très souvent exclues de la famille. Là, les habitants ont exclu Lydia du village, peu ont continué à lui parler, alors qu’avant la famille faisait partie du village.

      Elle est brutalement devenue la salope. Dès que son père est mort, des garçons du village sont venus frapper à sa porte pour la draguer. On m’a aussi rapporté des rumeurs selon lesquelles elle allait se prostituer dans la forêt d’à côté avec une amie.

      Incroyable qu’on avorte les fœtus de fille par millions alors que la malédiction de cette planète ce sont les garçons sur absolument tous les terrains : pollueurs, violeurs, tueurs, agresseurs, prédateurs, pornographe, prostitueurs, viandards...

      Tous les hommes ne sont pas pères, mais 1 femme sur 10 est survivante de l’inceste... Ca fait combien de pères incesteurs ? 1 sur 5, 1 sur 2 ? Personne pour faire ce calcule de l’horreur ?

      Sans compter qu’ il ne fait que des garçons – les six enfants nés des viols sont des garçons –, dans l’imaginaire, cela compte.

      Vivement l’extinction de notre espèce de merde.
      #rage #haine #furie #all_men

    • LE SILENCE DES AUTRES - VICTIME DE SON PÈRE PENDANT 28 ANS

      Ça s’est passé en Seine-et-Marne, dans un charmant village à une demi-heure de Paris, au vu et au su de chacun, dans l’#indifférence totale des voisins, des gendarmes, des services sociaux, de la justice et des médecins... « Pourtant, tout le monde savait ». Avec la collaboration de Jean-Michel Caradec’h, grand reporter, Prix Albert-Londres.

      http://www.michel-lafon.fr/livre/572-Le_silence_des_autres_-_Victime_de_son_pere_pendant_28_ans.html

      #livre

    • Affaire Duhamel : d’autres éléments pourraient intéresser la justice
      https://www.mediapart.fr/journal/france/130121/affaire-duhamel-dautres-elements-pourraient-interesser-la-justice

      Deux jours avant la publication du livre de Camille Kouchner, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire des chefs de « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans » et « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité ».

      Les investigations ont été confiées à la Brigade de protection des mineurs (BPM). L’objectif, d’après le parquet de Paris, est de « faire la lumière » sur les accusations de viols incestueux visant Olivier Duhamel, mais aussi d’« identifier toute autre victime potentielle » et vérifier si les faits dénoncés sont prescrits.

      Dans La Familia grande, paru le 7 janvier aux éditions du Seuil, la juriste et universitaire Camille Kouchner affirme que son frère jumeau – qu’elle nomme « Victor » pour protéger son identité –, a subi, pendant plusieurs années, alors qu’il était mineur, des viols de la part de leur beau-père, le politiste Olivier Duhamel, âgé de 70 ans aujourd’hui.

      Au-delà des viols qu’aurait subis « Victor » – situés par sa sœur à partir de ses 13 ou 14 ans, « à Paris, à Sanary », pendant « des années », « deux ou trois » –, d’autres éléments relatés par Camille Kouchner pourraient intéresser les enquêteurs.

      La juriste affirme notamment que « plus tard », une enfant de douze ans lui a expliqué qu’Olivier Duhamel lui avait « roulé une pelle » « derrière le dos de ses parents » et qu’elle n’avait « rien dit ».

      Elle-même a fait l’objet, d’après son récit, de remarques sexuelles et de commentaires réguliers sur son corps, lorsqu’elle était mineure. Au moment de la baignade par exemple, « surveill[ant] l’évolution des corps », son beau-père commentait, d’après elle : « Dis-donc, ça pousse, ma Camouche ! Mais tu ne vas tout de même pas garder le haut ? T’es pas comme Mumu, la coincée ? [Muriel, la meilleure amie de sa mère, qui se veut pas exposer son corps – ndlr]. » Un autre jour, il lui lançait, selon elle, qu’il « n’aim[ait] pas [sa] bouche » : « Tes lèvres sont trop fines. C’est dérangeant. »

      Elle relate que son beau-père aimait photographier « les culs, les seins, les peaux, les caresses ». Lorsqu’elle était âgée d’« à peine 15 ans », il aurait pris en photo ses seins en gros plan et aurait affiché le cliché en « quatre par quatre » dans la cuisine de la Ferme – la maison des enfants à Sanary –, aux côtés d’autres photos, telle « une photo des fesses de ma sœur dévalant le chemin » et celle de sa « vieille mère, quasi nue dans le jacuzzi, seins flottants ».

      Le soir, après être allé dans la chambre de son jumeau « Victor » à Paris, Olivier Duhamel se rendait dans la sienne, et s’asseyait sur son lit, écrit-elle. « Il me disait : "Tu as mis une culotte ? Tu sais que je ne veux pas que tu mettes de culotte pour dormir. C’est sale. Ça doit respirer." » D’après son récit, Olivier Duhamel venait aussi « parfois » voir leur frère aîné – qu’elle nomme « Colin » –, « dans sa chambre », pour « lui mesurer le sexe avec un double décimètre » dès que leur mère « regardait ailleurs ».

      Il reviendra à la justice de qualifier ces faits. « Les investigations en cours porteront notamment sur les faits susceptibles de revêtir une qualification pénale évoqués dans l’ouvrage écrit par Camille Kouchner », fait savoir ce mercredi à Mediapart le parquet de Paris.

      Dans La Familia grande, Camille Kouchner décrit, plus largement, un climat ultra sexualisé dans lequel évoluaient adultes et enfants, notamment à l’occasion des vacances à Sanary-sur-Mer, où famille et amis se retrouvaient. Aucune frontière ne semble séparer adultes et enfants, d’après son témoignage. « À 7 ans, à 15 ou à 40 », il faut savoir débattre de politique lors de « dîners de révolte » animés. Danser et voir les couples se former. Se baigner nu. Jouer au poker et autres jeux d’argent.

      Elle rapporte cette scène, où, lors d’un jeu de mimes à Sanary, « parents et enfants mélangés », elle a dû mimer le film La Chatte sur un toit brûlant. « Tu connais pas ? C’est un film de cul. Démerde-toi », lui aurait-on expliqué. « Me voilà faisant semblant de baiser devant les parents », se souvient-elle. « Aux enfants, il n’y a rien à cacher ! »

      « À Sanary, rien n’est interdit », mais cette liberté implique de vivre « comme les grands », écrit-elle. Dans son livre se mêlent des comportements qui relèvent du libertinage ou de l’adultère, et d’autres qui peuvent poser davantage question. Là-bas, écrit-elle, « certains des parents et enfants s’embrassent sur la bouche. Mon beau-père chauffe les femmes de ses copains. Les copains draguent les nounous. Les jeunes sont offerts aux femmes plus âgées ». Elle se souvient notamment du « clin d’œil » que lui aurait adressé son beau-père lorsque, petite, elle a découvert que, « sous la table, il caressait la jambe de la femme de son copain, le communicant avec lequel nous étions en train de dîner ». « Il n’y a rien de mal à ça. [...] La baise c’est notre liberté », lui aurait rétorqué sa mère, à qui elle avait confié cet épisode.

      « Tu comprends, j’ai l’amour à l’âge de 12 ans. Faire l’amour c’est la liberté. Et toi, qu’est-ce que tu attends ? », lui aurait encore lancé sa mère, qui, comme sa tante, se « préoccupait » de sa virginité, dit-elle.

      Camille Kouchner rapporte aussi que son frère aîné est encore « un jeune adolescent » lorsque leur mère lui envoie l’une de ses amies – une Sanaryenne de vingt ans de plus – « pour le déniaiser ». Il est alors « flatté, mais largement effrayé », dit-elle.

      Ces comportements et relations sexuels étaient-ils consentis ? Pas tous, si l’on en croit son livre. Elle affirme qu’après une soirée à Sanary, « une main courante a été déposée ». « La jeune femme, à peine vingt ans, était endormie lorsqu’un garçon s’est glissé dans son lit. Elle s’était enfuie à Paris et avait prévenu ses parents. Des explications avaient suivi. La jeune femme a été répudiée, vilipendée par mon beau-père et ma mère, effarés par tant de vulgarité. Quant à moi on m’a expliqué ce qu’il fallait en comprendre : la fille avait exagéré. Mais avec mon frère, ça aussi c’est autorisé », interroge-t-elle dans La Familia grande.

      Un autre livre est susceptible d’intéresser les enquêteurs : celui d’Évelyne Pisier, la mère des jumeaux et compagne d’Olivier Duhamel jusqu’à son décès, en 2017. Dans Une question d’âge (Stock), publié en 2005 – trois ans avant les révélations de « Victor » à sa mère –, la politologue relate des accusations d’inceste de leur fille adoptive à l’encontre de son mari, « Thierry », un professeur d’économie issu de la bourgeoisie, homme de réseaux proche de Michel Rocard et des cercles de pouvoir, « chef de bande » pendant les vacances en « tribu » dans leur maison au soleil.

      Dans un « avertissement » en préambule de l’ouvrage, évoqué par Libération et que Mediapart a lu, Évelyne Pisier donne du crédit à son récit : « J’introduis des éléments autobiographiques dans un récit fictif. Pas exactement fictif. La plupart des faits et gestes de mes héros ne relèvent pas de mon imagination. À ma propre histoire, je mêle des histoires vécues par d’autres. Un entrelacs qui préserve la fonction de témoignage que j’assigne à ce roman ».

      Le livre s’adresse à sa fille adoptive à la seconde personne du singulier. Certains passages sont troublants, au regard de l’affaire que révèle aujourd’hui le livre de Camille Kouchner. Comme cet échange, entre la narratrice et « Thierry » :

      « Mes rapports avec Thierry se détériorent. Entre nous, la tension monte. Ce n’est pas la guerre, mais c’est sinistre. Il ne partage pas mes engouements associatifs. "Tu vas encore chez tes Alcooliques anonymes ?" Je rétorque, glaciale : "Tu préfères les réseaux de pédophiles ?" ».

      Ou cet extrait, au commissariat, lorsque « Thierry » fait l’objet, pendant trois mois, d’une enquête judiciaire :


      Extrait du livre d’Évelyne Pisier paru en 2005. Extrait du livre d’Évelyne Pisier paru en 2005.

      Face à ces accusations, la narratrice dit dans ce livre « tenir bon » : « Elles sont nombreuses à douter de leurs maris. D’autres tiennent bon. J’en suis, écrit-elle dans ce livre. Jusqu’à quand ? Une « amie » confie gentiment à Nina [la fille aînée d’Évelyne Pisier dans le livre, ndlr] : « Je ne crois pas au viol. Même pas aux attouchements. Mais tout de même, Thierry entretient une relation trop ambiguë avec sa fille. Je me suis toujours demandé comment ta mère le supportait… Et avec toi, comment était-il ? »

      « Trois mois plus tard, notre dossier est classé, raconte-t-elle. Le juge renonce à mettre Thierry en examen. Sur les abus sexuels, tu t’es rétractée. Comme le fils de Camille [une amie de la famille dans le livre, ndlr]. Comme tant d’autres enfants dont je fréquente désormais les parents. Rien ne prouve que tu n’as pas menti. Rien ne prouve l’inverse non plus. De cette aventure nauséabonde, quelle trace restera-t-il ? Notre couple se défait. »

      En 2011, une enquête judiciaire avait déjà été ouverte par le parquet de Paris, après la transmission d’éléments découverts en marge d’une autre enquête : celle concernant la mort de l’actrice Marie-France Pisier, 66 ans, la sœur cadette d’Évelyne Pisier.

      Le 24 avril 2011, la comédienne avait été retrouvée morte au fond de la piscine de sa résidence de Saint-Cyr-sur-Mer (Var), encastrée dans une lourde chaise en fer forgé, bottes en caoutchouc aux pieds. Accident ? Suicide ? Meurtre ? À l’époque, la presse s’interroge. D’autant que l’autopsie n’a pas décelé d’eau dans les poumons de l’actrice. Les analyses toxicologiques indiquent un taux d’alcoolémie important et la présence d’antidépresseur et d’antalgique à doses thérapeutiques.

      Dans La Familia grande, Camille Kouchner présente sa tante comme l’une de leurs rares soutiens : au fil des années, « seule Marie-France se débat », écrit-elle. « [Elle] s’est lancée dans une entreprise acharnée. Elle a lutté contre l’horreur comme elle pouvait. Elle a prévenu ses amis. Sa sœur avec un pédophile qui s’en était pris à son fils. C’était insupportable, inacceptable. Pendant des mois elle a cherché des appuis pour convaincre ma mère, pour lui ouvrir les yeux et la persuader de le quitter. » Mais l’actrice a fini par se « désespérer », et les deux sœurs Pisier « se sont fâchées ».

      Les gendarmes de la brigade de recherches de Toulon interrogent à l’époque le cercle familial et amical de Marie-France Pisier. C’est dans ce cadre qu’ils recueillent incidemment des confidences sur des violences sexuelles qu’aurait commises Olivier Duhamel sur son beau-fils.

      L’enquête n’a pas établi de lien entre la connaissance par l’actrice de ces éléments et sa mort, assure à Mediapart une source proche du dossier. Mais les enquêteurs ont à l’époque rédigé un rapport incident au procureur adjoint de Toulon, Pierre Cortès, qui dirigeait l’enquête sur la mort de l’actrice. Celui-ci transmet ces éléments au parquet de Paris, celui de Toulon n’étant pas compétent territorialement.

      Dans son livre, Camille Kouchner relate que l’ordinateur de sa tante a été exploré dans le cadre de l’enquête et que ses échanges de mails avec Évelyne Pisier ont dû être trouvés. Elle explique aussi qu’une amie de l’actrice s’était confiée aux policiers.

      Les enquêteurs auditionnent alors « Victor ». Le jeune homme de 36 ans accepte de répondre à leurs questions, mais il refuse de porter plainte. « Cette histoire ne vous regarde pas », dit-il aux policiers, d’après le récit de sa sœur. Fait étonnant, Olivier Duhamel n’a lui jamais été auditionné. « L’enquête s’est arrêtée. Sous mes yeux, le récit d’un inceste. Et l’enquête s’est arrêtée. Police partout, justice nulle part. Pas la peine de me le rappeler », écrit Camille Kouchner dans son livre.

      Selon nos informations, l’enquête a été classée sans suite en novembre 2011, par la procureure adjointe. Avec quel motif ? Questionné par Mediapart, le parquet de Paris élude, et indique simplement que « la procédure initiée en octobre 2011 n’a pas donné lieu à suites judiciaires ». Une source proche du dossier évoque auprès de Mediapart « un problème de possible prescription de l’action publique ». Il n’en demeure pas moins qu’Olivier Duhamel n’a pas été questionné par les enquêteurs.

      À l’époque, l’affaire est sensible. Certes, Olivier Duhamel n’est plus, en 2011, conseiller du président du Conseil constitutionnel (1983-1995), ni député européen PS (1997-2004). Mais il est un personnage influent, constitutionnaliste de renom, invité des médias et proche des cercles du pouvoir. Il dirige déjà la revue Pouvoirs, siège au conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), l’organe de gouvernance de Sciences-Po Paris, et est vice-président du club le Siècle, deux entités dont il prendra la tête par la suite. Quatre ans plus tôt, en 2007, il a participé au Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République, mis en place par le chef de l’État Nicolas Sarkozy et présidé par Édouard Balladur.

      Ce dossier mettant en cause une personnalité publique a-t-il été placé sous haute surveillance politique ? Le Garde des Sceaux de l’époque, Michel Mercier, affirme à Mediapart n’avoir « jamais su qu’il y avait eu cette enquête préliminaire » et n’avoir « jamais entendu parler de l’affaire de M. Duhamel », qu’il n’a « jamais rencontré et à qui [il] n’[a] jamais parlé ». « Personne ne m’a averti », dit-il. Il ajoute que, ministre, il avait « pris une position toute simple » : « Je savais bien qu’il ne fallait surtout pas que le ministre se mêle des procès, enquêtes. Donc je n’ai jamais demandé à être informé sur aucun procès. Et à l’époque la direction des affaires criminelles et des grâces n’était pas informée des classements ». Le ministre de l’intérieur de l’époque, Claude Guéant, nous répond n’avoir « aucun souvenir de cette enquête ».

      Sollicités mardi et mercredi par Mediapart, Olivier Duhamel et son avocate, Frédérique Baulieu, n’ont pas donné suite.

      L’affaire continue en tout cas de susciter des remous. Mercredi 13 janvier, le conseiller d’État Marc Guillaume – par ailleurs mis en cause par des accusations de « comportements sexistes » portées par des conseillères de l’Élysée –, a annoncé qu’il démissionnait des fonctions occupées dans « des établissements » où il a « travaillé avec Olivier Duhamel » : la FNSP, la revue Pouvoirs, qu’il a longtemps codirigée avec le constitutionnaliste, et le club Le Siècle. « Fréquentant Olivier Duhamel depuis des années, je me sens trahi et condamne absolument ces actes », a ajouté l’ancien secrétaire général du gouvernement et actuel préfet d’Ile-de-France dans un communiqué, assurant qu’il ignorait « totalement » les accusations d’inceste visant Olivier Duhamel.

  • « Diapason » balaye les accusations d’agressions sexuelles contre Placido Domingo | Vivien Bernard
    https://www.acrimed.org/Diapason-balaye-les-accusations-d-agressions

    Trois ans après la révélation de l’« affaire » Weinstein et les mouvements de libération de la parole des femmes qui ont suivi, illustrés par les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, le traitement médiatique des témoignages de harcèlements et agressions sexuels est toujours contestable [1]. Nouvelle illustration des écueils et des tares qui caractérisent trop souvent la couverture réservée à ces sujets, avec le dernier numéro de Diapason, un des titres du premier groupe de presse magazine en France, Reworld Media. Source : Acrimed

  • Accusé d’inceste sur son beau-fils, Olivier Duhamel démissionne de ses fonctions
    https://www.lefigaro.fr/flash-actu/accuse-d-inceste-sur-son-beau-fils-le-politologue-olivier-duhamel-demission

    Accusé d’inceste sur un des ses beaux-fils dans un livre à paraître jeudi, le politologue Olivier Duhamel a annoncé lundi mettre fin à l’ensemble de ses fonctions, dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP). « Étant l’objet d’attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles je travaille, j’y mets fin à mes fonctions », écrit sur Twitter le politologue, qui anime par ailleurs une émission sur Europe 1 et est chroniqueur sur LCI.

    Le Monde et L’Obs dévoilent lundi les bonnes feuilles de l’ouvrage de la juriste Camille Kouchner, « la Familia grande » (Ed. Seuil), dans lequel elle accuse son beau-père, Olivier Duhamel, d’avoir agressé sexuellement son frère jumeau quand il avait 14 ans. « J’avais 14 ans et j’ai laissé faire (...). J’avais 14 ans, je savais et je n’ai rien dit », écrit Camille Kouchner, maîtresse de conférences en droit de 45 ans, selon des extraits du livre. Elle et son frère sont les enfants de l’ex-ministre Bernard Kouchner et de la professeure de droit Evelyne Pisier (morte en 2017), qui avait ensuite épousé le politologue Olivier Duhamel. . . . . .

  • Un ex-cadre d’un lycée catholique d’excellence visé par une enquête judiciaire pour agression sexuelle et violences
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/14/un-ex-cadre-d-un-lycee-catholique-d-excellence-vise-par-une-enquete-judiciai

    Mi-novembre, le parquet de Paris a ouvert des investigations sur l’ex-directeur de l’internat des classes préparatoires de Stanislas. D’anciens étudiants dénoncent le silence de l’établissement.
    Par Cécile Chambraud

    C’est une histoire qu’un prestigieux établissement scolaire catholique parisien s’est employé à garder secrète pendant deux ans, mais sur laquelle le parquet de Paris a ouvert une enquête du chef « d’agression sexuelle par personne ayant autorité, violences dans un établissement scolaire et harcèlement moral », le 17 novembre. Elle a été confiée à la brigade de protection des mineurs, qui a commencé ses auditions. Elle concerne un ancien cadre du collège Stanislas, licencié à la Toussaint 2018 parce que la direction de l’établissement avait découvert qu’il consultait des sites pédopornographiques sur son ordinateur professionnel, comme l’indique le jugement des prud’hommes.
    Mais de cela, ni le personnel de l’établissement, ni les élèves, ni leurs parents n’ont jamais été informés. L’ayant appris incidemment fin février, d’anciens élèves demandent aujourd’hui compte de ce silence à l’établissement et l’ouverture d’un dispositif d’écoute afin que d’éventuelles victimes d’agissements de ce responsable se voient offrir une chance de parler.

    Ce cadre, « O. P. » , a été, de 2013 à 2018, le directeur de l’internat des étudiants des classes préparatoires de « Stan » et, parallèlement, professeur de musique du collège des garçons et formateur de jeunes solistes pour les messes, qu’il faisait répéter dans son bureau. Il avait été recruté par Daniel Chapellier, alors directeur à poigne de cette institution qui s’enorgueillit d’une pédagogie – et d’une sélection des élèves – très exigeante en vue de résultats d’excellence. En poste de 2002 à 2015, Daniel Chapellier connaissait O. P. pour avoir travaillé avec lui dans un autre internat catholique, Saint-Martin-de-France (Val-d’Oise), dans les années 1990.

    « Tout devait passer par lui »

    Comme directeur de l’internat, O. P. étendait sa juridiction sur les plus de 400 garçons (jusqu’en 2018, aucune fille n’était logée sur place) de 16 à 20 ans que l’établissement prépare aux grandes écoles. Pour un rendement maximum, il est demandé à ces brillants sujets d’être internes. Le règlement est drastique, tout manquement sévèrement sanctionné. Pas d’usage récréatif des ordinateurs, y compris dans les chambres, pas de sortie après 20 h 30, tenue vestimentaire codifiée. La préparation des concours détermine chaque heure de leurs journées.
    Dans cet environnement rigoureux et élitiste règne « monsieur P. » La soixantaine, grand, costaud, omniprésent, charismatique, on le craint « même sans rien avoir à se reprocher », selon plusieurs anciens étudiants que Le Monde a rencontrés. Il habite seul dans un appartement situé au cœur de l’internat, où il se déplace escorté de deux gros chiens. « C’était toute sa vie, il consacrait tout son temps aux élèves », témoignent-ils. « J’ai été très heureux à Stan, je m’y suis plu », indique l’intéressé qui, en dehors de cela, se refuse à tout commentaire sur « la procédure en cours ».

    A l’époque, il fait comprendre qu’il a toute la confiance de la direction. Et même qu’il a son mot à dire, au conseil de classe, pour le maintien dans l’établissement ou pour le passage dans une classe « étoile », la crème de la crème. Inutile, donc, de songer à se plaindre de lui. « Je suis intouchable », répète-t-il. Sur la fin, une pancarte fixée à sa porte annonçait, en latin : « Préfet de droit divin ». A son arrivée, il avait repris en main l’équipe de surveillants placée sous son autorité et mis fin toute collégialité. « Nous avons été réduits à être le prolongement de ses yeux, de ses oreilles et de sa voix. Tout devait passer par lui », raconte l’un d’eux.

    Les nouveaux pensionnaires découvrent vite que la qualité de leur quotidien dépend des relations qu’ils ont avec ce personnage perçu comme tout-puissant. Certains entretiennent avec lui « une vraie proximité », se souvient l’un d’eux avec reconnaissance. Pendant ces années intenses et psychologiquement difficiles, il sert parfois de confident, notamment quand la famille est au loin. Le soir, il convie ses favoris chez lui pour boire un verre, et même plusieurs. A certains, ce féroce misogyne aime dire : « vous êtes beau », « vous êtes joli ».

    Brimades, coups de poing

    Ceux qu’il n’aime pas, en revanche, sont exposés aux quolibets et aux brimades. Ils peuvent poireauter interminablement devant son bureau après avoir été convoqués pour les motifs les plus ténus, voir leur chambre fouillée, leurs affaires confisquées, y compris leur téléphone, se faire traiter de « tarlouze » en cas de fantaisie vestimentaire, subir un simulacre de renvoi. Pierre (les prénoms des étudiants ont été changés) raconte avoir été frappé à deux reprises. Le premier coup, « énorme », donné du poing dans l’épaule, s’est accompagné d’un « sale étranger » – Pierre n’est pas de nationalité française. Le second, un violent coup sur la nuque, d’une forme d’humiliation publique devant les nouveaux de première année, pour la simple raison de porter un bermuda avant la rentrée.

    Certains racontent avoir vécu une longue descente aux enfers. A la rentrée 2016, accepté dans la prestigieuse « prépa » BL, ultra-sélective, Cyriaque est projeté dans un environnement de classe supérieure parisienne catholique dont il ne maîtrise pas les codes. Il est d’autant plus reconnaissant à « monsieur P. » de le prendre sous son aile. « Il était musicien comme moi, passionné de voile comme moi. Nous avions une relation un peu étrange, il m’invitait à boire des coups, à aller au marché aux puces, à écouter du jazz manouche. » De quoi faciliter l’acclimatation du jeune homme.

    Mais l’année suivante, tout change. A partir d’un différend avec un surveillant, Cyriaque devient en butte à « une détestation profonde » de « monsieur P. », qui rend sa vie « infernale ». « Il m’insulte en continu : “petit con, abruti, cassez-vous”, puis parfois il fait volte-face et me dit : “vous êtes intelligent”, “vous êtes beau”. Cette double mesure, ces compliments et ces insultes, c’est très violent. Et cela se produit chaque fois que je le croise, jusqu’à dix fois par semaine. »
    Il trouve dans sa chambre des convocations, mais quand il se rend à son bureau, le directeur l’accuse « d’halluciner », d’être « fou ». Des affaires disparaissent. Un jour, en pleine période de révisions pour les concours, quand chaque heure compte, « monsieur P. » le contraint à déplacer pendant des heures des meubles dans un débarras près de son bureau. « Il me répétait qu’il pouvait me virer quand il voulait, explique-t-il. Je savais que si je partais, je ne retrouverais jamais une aussi bonne prépa. »
    L’année suivante, il est relégué dans un bâtiment où il ne connaît personne. Le directeur de l’internat accentue sa pression. « Avant Noël, il fouille ou fait fouiller ma chambre. » On y trouve, provocation de jeune homme, un drapeau soviétique et un totem balinais en forme de pénis. « Quand il a vu le totem, il a explosé. Dans la cour, il m’a pris par le cou, m’a plaqué contre le mur, m’a étranglé. J’étais tétanisé. Il fait au moins 100-120 kg. Derrière lui, un autre responsable des classes préparatoires se tenait, bras croisés, approbateur. »

    Sites à caractère pédopornographique

    Deux ans plus tard, fin septembre 2018, la direction du collège se rend compte que O. P. consulte sur son lieu de travail, de manière répétée, des sites que le directeur, Frédéric Gautier, juge pédopornographiques. Après deux constats d’huissiers, il fait un signalement au parquet le 23 octobre, avertit le rectorat et licencie O. P. le 2 novembre, pour faute grave « en raison de consultation répétée de sites Internet à caractère pédopornographique avec le matériel informatique professionnel », selon la formule du jugement des prud’hommes.

    Le 4 novembre, Frédéric Gautier informe par écrit les enseignants et salariés de « Stan » ainsi que les parents des élèves de prépa et de classe de musique du licenciement de « monsieur P. », qui « en a compris les motifs et les enjeux ». Sa lettre demande à tous « d’accueillir cette information dans le respect des personnes et de conserver l’attitude de réserve prudente qui convient ». En revanche, le motif est tenu secret. « Afin de respecter les personnes ainsi que les règles fixées par le droit du travail (violation du secret de la vie privée) et le code de procédure pénale (…) qui ne m’autorisent pas à divulguer ce type d’information », explique aujourd’hui M. Gautier. Puis l’affaire en reste là, l’enquête ouverte par le parquet de Paris le 6 décembre étant classée le 9 avril 2019.

    Un an et demi plus tard, fin février 2020, Léon et Henri, deux anciens préparationnaires, apprennent avec stupeur les véritables motifs du renvoi de « monsieur P. » Les souvenirs remontent. Ils se demandent si des élèves ont pu souffrir de comportements répréhensibles de sa part. Avec deux condisciples, ils rencontrent Frédéric Gautier. Les étudiants demandent pourquoi la direction du collège n’a pas complètement informé les parents d’élèves et lui réclament la mise en place d’une cellule d’écoute pour recueillir les éventuels témoignages. Ils lui livrent le leur.

    L’un d’eux a ainsi reçu un coup de cravache sur la cuisse. Il leur est répondu que « monsieur P. » a entre-temps saisi les prud’hommes et que divulguer l’affaire avant le jugement lui donnerait des armes dans ce contentieux. En juin, la direction leur annonce avoir eu gain de cause aux prud’hommes et leur fixe rendez-vous en septembre. Furieux de ce qu’ils jugent être des manœuvres dilatoires, les jeunes gens se renseignent. Ils lisent dans le jugement des prud’hommes que « lors de l’enquête pénale, O. P. a été signalé comme faisant l’objet de faits de viol couverts par la prescription ».

    En septembre, Frédéric Gautier écarte de nouveau toute publicité car O. P. a fait appel du jugement prud’homal. Il leur suggère de faire eux-mêmes un nouveau signalement au parquet. Mais les étudiants jugent la voie judiciaire insuffisante et souhaitent avant tout que leur ancienne école joue carte sur table et vole au secours de possibles victimes. Mi-novembre, face à ce qu’il juge être de « l’obstruction » de la part du collège, le père de Léon finit par contacter le diocèse de Paris, tutelle de l’établissement catholique. Tout comme la direction de « Stan », l’évêque auxiliaire Thibault Verny, chargé de la coordination de la lutte contre les abus au diocèse, fait à son tour un signalement au parquet de Paris, qui ouvre la nouvelle enquête le 17 novembre.

    Bonne ambiance à Stanislas, cet établissement privé catholique où le laïciste Blanquer a suivi tout le cycle secondaire jusqu’en 1982.
    #école #école_privée_catholique #agression_sexuelle #viols (prescrits) #pas_de_vagues

  • Marche des Libertés du 12 décembre jusqu’au retrait total ! - un suivi par Paris-luttes.info, @paris
    https://paris-luttes.info/suivi-de-la-marche-des-libertes-du-14580

    La marche des libertés n’est pas interdite, elle partira de Place du Châtelet à 14h30, en passant par Boulevard de Sébastopol, Boulevard Saint-Denis, Boulevard Saint-Martin, Place de la République.

    Dispositif policier important autour de la place du Châtelet : trois canons à eau sont de sortie. Fouilles de sacs pour tout le monde et pas mal de contrôles.

    [dès 14:47] Les flics, en nombre disproportionné, s’ennuient et interpellent en masse. Papa flic Darmanin se vante déjà de 24 interpellations.

    Le cortège a été entièrement nassé du début à la fin, chargé dès la place du Châtelet. Plusieurs incursions policières ont saucissonné cette nasse en tronçons. Opérant des arrestations dès l’arrivé des manifestants et durant toute la durée de la manif, les policiers ont accueillis le cortège à République au canon à eau et à la grenade lacrymogène, sans sommations là non plus.

    La « coordination contre la sécurité globale » a refusé d’appeler à cette initiative https://seenthis.net/messages/888955

    ces deux #banderoles ont été chargées puis confisquées par les #FDO, plusieurs arrestations dans ces groupes

    Matraqué, ce musicien de la #FanfareInvisible qui jouait du tambour a été présenté comme... un manifestant maquillé ("oh là. ces images sont choquantes" ont-ils dit d’abord) par BFM (Beauté Française du Maquillage ?)

    « On revient un petit instant sur ces images d’un homme maculé de sang, c’est du maquillage, on vous rassure, pour l’instant pas de blessé »

    Entretien vidéo :
    https://twitter.com/CerveauxNon/status/1337799934171635718

    « Le policier qui m’a fouillé m’a franchement fouillé le slip, le sexe, l’anus »

    Nous avons rencontré un manifestant qui s’est confié au sortir de la manifestation sur l’#agression_sexuelle qu’il venait de subir par un policier.

    Louis Witter, @LouisWitter sur cuicui

    Place de la République, canons à eau hors champ

    #PPLSécuritéGlobale #marche_des_libertés #manifestation #libertés_publiques #police #répression #arrestations #arrestations-préventives

    • Le Parisien sur touiteur

      142 personnes ont été interpellées à Paris. Pour le ministre de l’Intérieur, la « stratégie de fermeté #anti-casseurs » a « permis de les en empêcher, de protéger les commerçants »

      5000 manifestants selon la pref, « quelques centaines » selon divers #media (dont Ouest-France), 10 000 selon les organisateurs.

      À 20H, à en croire le nombre et la fréquence des sirènes de police qui retentissent dans la ville, alors que la place de la République a été évacuée par la force depuis près de deux heures, il semble que des manifestants sortis des nasses successives soient encore dans les rues de l’est parisien.

      #Paris

    • Par des charges arbitraires à Paris, la police provoque l’insécurité globale
      https://www.mediapart.fr/journal/france/121220/par-des-charges-arbitraires-paris-la-police-provoque-l-insecurite-globale

      Quelques milliers de personnes ont manifesté à Paris contre les lois « liberticides » d’Emmanuel Macron. La police a décidé de décourager les manifestants en les chargeant indistinctement dès le départ du cortège, provoquant panique et blessures.

      « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », et de vouloir manifester en France. Ce ne sont pas Jeanne, Marie, Emma et Juliette qui diront le contraire. Ces quatre amies, toutes âgées de 20 ans, ont quitté le cortège avant même la fin de la manifestation contre les projets « liberticides » du président Emmanuel Macron, samedi 12 décembre à Paris. « C’est horrible, on s’est fait charger quatre fois sans aucune raison. De samedi en samedi, c’est de pire en pire », expliquaient-elles en rentrant chez elles, désabusées.

      Les étudiantes n’étaient venues avec aucune autre intention que celle de défendre leurs libertés, pancartes en main. Elles ne ressentent « aucune haine contre la police. À un moment, on est même allées voir des CRS, en leur demandant poliment pourquoi ils faisaient cela ». Sans réponse. « Pour nous, c’est de l’intimidation », considèrent-elles. Et cela marche : « On n’ira pas à la prochaine manif. »

      Comme elles, quelques milliers de personnes se sont rassemblées, ce samedi 12 décembre, à Paris, à l’appel de différents mouvements mobilisés contre la proposition de loi « sécurité globale » mais aussi du collectif contre l’islamophobie, qui conteste la loi « confortant le respect des principes de la République » (ex-loi séparatisme). Un premier appel, à l’initiative d’un groupe de gilets jaunes, avait été interdit par la préfecture de police de Paris. En régions, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans une quarantaine de villes, à l’appel notamment de la coordination #StopLoiSécuritéGlobale qui ne s’est pas associée à la mobilisation parisienne, faute de garanties de sécurité après les échauffourées du week-end dernier.

      La manifestation parisienne a été émaillée d’incidents très tôt, quand les forces de l’ordre ont décidé de charger le cortège juste après son départ de la place du Châtelet, sans raisons apparentes. La stratégie de maintien de l’ordre déployée à Paris lors de la grande manifestation du samedi 28 novembre, où les forces de police étaient restées à distance, n’était qu’une parenthèse. Depuis la semaine dernière, sur ordre du préfet Didier Lallement, les policiers reviennent au contact, comme lors des manifestations des gilets jaunes.

      Sur son compte Twitter, la préfecture de police a expliqué que les forces de l’ordre étaient « intervenues au milieu du cortège […] pour empêcher la constitution d’un groupe de black-blocs violents ». Par vagues successives, les CRS, gendarmes mobiles, mais aussi les voltigeurs des Brigades de répression des actions violentes motorisées (BRAV-M) ont ainsi foncé dans le tas le long du boulevard de Sébastopol, sans faire le tri entre les manifestants et les personnes qu’ils souhaitaient interpeller.

      Une stratégie qui a fait monter la tension pendant de longues minutes et provoqué des blessures chez les manifestants. Comme ce musicien frappé au visage (voir photo ci-dessus). Sur BFM TV, une journaliste a expliqué en direct que le sang qui coulait sur son visage était « du maquillage, on vous rassure », avant de présenter ses excuses samedi soir. En effet, le jeune homme a bien reçu un coup de matraque alors qu’il se trouvait de dos au début d’une charge policière.
      À 17 h 50, trois heures et demie après le début de la manifestation, « 119 » personnes avaient été interpellées, selon le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, parlant de « casseurs venus nombreux ».

      Tout au long du défilé dans le centre de Paris, un impressionnant dispositif policier a été déployé pour contrôler les moindres faits et gestes des manifestants. Des barrages avaient été disposés (fouille de tous les manifestants) aux entrées de la place du Châtelet, cernée par les cordons de CRS et les canons à eau. Même dispositif à l’arrivée de la manifestation, place de la République, cerclée de grilles anti-émeutes. Entre les deux dispositifs, les manifestants ont pu défiler en rangs d’oignons, encadrés par les contingents de CRS et gendarmes mobiles qui sont même allés jusqu’à rythmer l’avancée du cortège. Au premier coup de sifflet : on avance. Au second : on s’arrête. Et ainsi de suite, jusqu’à faire perdre au cortège, déjà sonné par les charges du départ, tout son dynamisme.

      À l’avant de la manifestation, le camion n’a pour autant pas cessé de cracher des slogans : « Y’en a marre, y’en a marre ! Stop aux lois liberticides ! Stop à l’islamophobie ! » Lucien, 23 ans, se réjouit que la contestation converge entre la PPL Sécurité globale et la loi séparatisme : « Nous sommes face à un seul phénomène : le développement d’un État policier qui se construit à l’encontre des minorités, et principalement des musulmans », estime-t-il. Pierre, un « jeune cadre dynamique » de 26 ans venu de Lyon, conteste cette approche : « J’ai un positionnement plus nuancé, je manifeste contre la loi sécurité globale, qui peut servir à maîtriser les mouvements sociaux, pas contre la loi séparatisme. »

      Une des charges au début de la manifestation sur le boulevard de Sébastopol. © AR

      Les raisons de manifester sont en réalité multiples. « Nous sommes une génération qui n’a jamais eu d’acquis, on n’a plus de but. Nos parents ont travaillé pour offrir une meilleure éducation à leurs enfants, nous on est face à la crise sociale, climatique, sanitaire, on ne connaît pas la notion de “monde meilleur”, on essaie juste de retenir nos libertés », analyse pour sa part Michèle, urbaniste de 27 ans, en relevant le nombre important de jeunes dans le cortège. À l’inverse, les drapeaux de syndicats ou d’organisations politiques se font rares, à l’exception d’un fourgon du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

      « On ne se sent pas en sécurité mais nous n’avons pas d’autres choix que de manifester. Ce qu’il se passe en ce moment est très grave. Dans dix ans, je veux pouvoir me dire que j’étais là, pour défendre nos droits et libertés », abonde Mila, 23 ans, en service civique chez France Terre d’asile, en listant l’accumulation de violences policières dont se sont fait l’écho les médias ces dernières semaines. « J’étais place de la République avec Utopia 56 [lors de l’évacuation brutale d’un campement de migrants – ndlr], je n’avais jamais ressenti une telle violence », explique-t-elle.

      Un peu plus loin, Magalie se tient sur le bord de la manifestation, « j’essaie de me protéger des charges ». À 41 ans, cette enseignante en Seine-Saint-Denis, « militante de longue date », ne cache pas son inquiétude : « Plus cela va, moins on a de droits. Je n’ai vraiment pas envie que tout parte à vau-l’eau, mais je crois que nous sommes proches de la révolte. »

    • « Régler par tous les moyens le problème [du #black_bloc]. » aurait dit Macron après la manifestation du 5 décembre dernier. Et le Canard de prédire, à l’instar d’un syndicat de police, « un résultat judiciaire proche de zéro », faisant mine de ne pas savoir, par exemple, que 500 personnes ont été condamnées à de la taule lors du mouvement des Gilets jaunes.

      Ce soir, 42 #GAV sur les 147 interpellations. Dont bon nombre pour « visage dissimulé » (bonnet + masque...), selon Vies Volées (collectif de familles victimes de crimes policiers https://www.viesvolees.org/le-collectif), @ViesVolees sur cui.

      Trumpisation chez les amis d’Action française ? Aujourd’hui, Darmanin publie 4 tweets et en retweete 4 autre pour vanter l’action des FDO à Paris.

    • Libérez nos camarades ! [reçu par mel]

      Aujourd’hui, à la manifestation parisienne contre les lois liberticides et racistes, contre les violences policières et l’islamophobie, notre camarade Ahamada Siby, du Collectif des Sans-Papiers de Montreuil (CSPM), a été arrêté par la police et emmené au commissariat du 13ème arrondissement. Nous apprenons qu’il a été arrêté parce que, selon la police, il aurait agressé un flic ? C’est rigoureusement impossible. D’autant plus que, quelques minutes plus tôt, il était allé voir tranquillement la police pour demander à pouvoir quitter la manifestation, en raison de sa blessure au genou.

      Pour nous qui connaissons Ahamada Siby, cette accusation est ridicule. Malheureusement nous savons parfaitement que dans ce régime, avec ce gouvernement, les flics pensent pouvoir agir comme bon leur semble, et qu’ils seront protégés. Ils inventent, et sauf vidéo démontant leur version, leur parole fait foi. C’est ainsi que cela se passe jusqu’à présent, et c’est aussi pour ça qu’Ahamada manifeste contre la loi sécurité globale comme contre la loi séparatisme.

      Ahamada Siby est l’un des 273 habitants du hangar situé au 138 rue de Stalingrad, un lieu qui sert de foyer après leur expulsion de l’AFPA en octobre 2019, et où l’électricité ne fonctionne plus depuis plusieurs mois.

      C’est un camarade très actif dans toutes les luttes actuelles. Celles des sans-papiers bien sûr, à Montreuil comme ailleurs, mais aussi contre les violences policières et les lois liberticides : il a fait toutes les manifestations contre la loi « sécurité globale ». Il a également participé à la marche pour Adama Traoré le 18 juillet dernier, animant comme souvent le cortège du CSPM, ou encore à des manifestations pour l’hôpital public.

      À travers lui, c’est tout le mouvement social qui est visé.

      Hier soir encore, vendredi 11 décembre à #Montreuil, il animait au mégaphone le cortège de la marche des sans-papiers.

      Nous lançons donc un appel à témoins : si vous avez filmé la scène de l’arrestation, ou les minutes qui ont précédé, contactez-nous.

      Nous savons qu’il ne suffit pas d’expliquer qu’il s’agit une fois de plus d’un abus de pouvoir ; pour obtenir la libération d’Ahamada Siby, nous devons manifester notre solidarité.

      Nous apprenons également ce soir que plusieurs membres des Brigades de Solidarité Populaire de Montreuil sont en garde à vue au commissariat du 13ème arrondissement.

      Nous exigeons la libération immédiate de nos camarades Ahamada Siby et BSP.
      Une présence bruyante en soutien est la bienvenue dès maintenant.

      🔊🔥Nous appelons surtout à un rassemblement de TOUTES et TOUS devant le commissariat du 13ème arrondissement (métro Place d’Italie) DEMAIN dimanche 13 décembre à 12h.🔥🔥🔥

      Collectif des Sans-Papiers de Montreuil (CSPM), Montreuil Rebelle, NPA Montreuil

      #délits_imaginaires

    • Stratégie des forces de l’ordre à Paris : « Efficace d’un point de vue technique, mais inquiétant d’un point de vue politique », selon un sociologue [Olivier Fillieule]
      https://www.francetvinfo.fr/politique/proposition-de-loi-sur-la-securite-globale/strategie-des-forces-de-l-ordre-a-paris-c-est-efficace-d-un-point-de-vu

      Pourquoi aujourd’hui, a-t-on autant de violences dans les manifestations ? Parce que le pouvoir ne veut plus tolérer des illégalismes en manifestation qui, jusqu’à présent, étaient considérés dans la doctrine du maintien de l’ordre comme des soupapes de sécurité. Il vaut mieux avoir un abribus qui pète et qui brûle, voire dans les manifestations d’agriculteurs, une grille de préfecture arrachée et 3 tonnes de purin dans la cour qui vont coûter un million d’euros que d’avoir un blessé. C’est cette manière de penser le maintien de l’ordre sur laquelle on a fonctionné pendant les 40 dernières années. Aujourd’hui, on s’achemine vers quelque chose de beaucoup plus dur, de plus en plus tendu, avec un risque de mort d’un côté comme de l’autre. Ce qui n’est pas souhaitable.

      note : les 42 personnes gardées à vue ont été dispersées dans un grand nombre de commissariats parisiens de 10 arrondissements (5e, 7e, 8e, 11e, 12e, 13e, 14e, 15e, 18e et 20e), ce qui complique la solidarité et la défense.
      à 13h ce dimanche, au moins un avocat et un journaliste ont été libérés

      #maintien_de_l'ordre #illégalismes

    • DÉFOULOIR RÉPRESSIF CONTRE LA MARCHE DES LIBERTÉS À PARIS - Acta
      https://acta.zone/defouloir-repressif-contre-la-marche-des-libertes-a-paris

      (...) la Loi Sécurité Globale est une réponse politique directe à l’intensification de la conflictualité sociale caractéristique de la dernière séquence (2016-2020) ; elle est aussi plus profondément le symptôme de la crise de légitimité d’un État français incapable de produire du consentement. On ne peut toutefois pas l’envisager sans considérer sa combinaison avec la Loi Séparatisme dont l’objectif évident est d’empêcher toute convergence entre l’ébullition que connaissent les classes populaires blanches et la révolte du prolétariat non-blanc.

      Dans un tel contexte, la gauche – Jean-Luc Mélenchon en tête – montre, une fois de plus, son aveuglement vis-à-vis de la réalité effective du tournant autoritaire et sa déconnexion avec le mouvement réel. Son incapacité à en saisir les dynamiques l’amène à une position de complicité objective avec le gouvernement. La répression qui s’est abattue aujourd’hui est aussi le fruit de cette complicité, et de la défection des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier. Face à cela, on se réjouit que les rencontres entre l’anti-racisme politique, les gilets jaunes et les différentes formes d’auto-organisation de la jeunesse issue du cortège de tête soient en capacité de tenir la rue et de ne pas glisser dans la tombe que la gauche est en train de nous creuser.

      Une charge policière s’empare de la banderole des brigades de solidarité populaire

  • Fouilles à nu et agressions sexuelles : flics violeurs au Mesnil-Amelot
    https://paris-luttes.info/fouilles-a-nu-et-agressions-14554

    En quelques semaines plusieurs personnes prisonnières ou proches de prisonniers au CRA du Mesnil Amelot avec qui nous avons été en contact nous ont raconté qu’elles avaient subi des violences sexuelles de la part des flics. A chaque fois, c’est les mêmes flics : ceux d’une des deux équipes du CRA 3 qui visiblement sont, encore plus que les autres, de sales violeurs racistes. Source : Paris-luttes.info

  • « Il fait ça depuis quand papa ? » : avec la brigade de protection des mineurs, qui aide les victimes d’inceste
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/23/a-la-brigade-de-protection-des-mineurs-la-parole-pour-faire-emerger-les-affa

    « L’intra » de la brigade, là où se traitent les cas d’enfants battus, agressés, violés à l’intérieur de la famille, a accepté d’ouvrir ses portes au « Monde ».

    #paywall

    • « L’intra » de la brigade, là où se traitent les cas d’enfants battus, agressés, violés à l’intérieur de la famille, a accepté d’ouvrir ses portes au « Monde ».

      Elle a de longs cheveux bruns attachés par un élastique, remontés par des barrettes roses. Une veste beige, une robe, des collants violets et des baskets blanches. Ce jour de septembre, la caméra de la salle d’audition de la brigade de protection des mineurs (BPM) de la police judiciaire de Paris filme Louise (tous les prénoms des victimes ont été modifiés) en gros plan. Elle a 5 ans. Sa mère, qui soupçonne des agressions sur sa fille, l’a accompagnée. L’enquêtrice commence : « Tu sais pourquoi on est là Louise ? » « Non, je ne sais pas », répond-elle, un peu évanescente. « On est là pour avoir une discussion, pour que tu dises la vérité. Tu sais ce que c’est la vérité ? », poursuit la policière. « C’est dire ce qui est vrai, et le mensonge ce n’est pas vrai », explique Louise. « Qu’est-ce que tu fais comme activités Louise ? » « Du cirque, de l’escalade, de la danse, de la chorale », énumère l’élève de grande section de maternelle, presque souriante. Ses mains cherchent le mur auquel elle est adossée. Ses jambes se croisent et se décroisent.

      « Comment c’est ta chambre à Paris ? », continue l’enquêtrice. « J’ai ma chambre, et il y a un tapis multicolore, comme ici », décrit-elle en montrant le tapis chatoyant qui tente de réchauffer une pièce où des faits si traumatisants sont verbalisés. « Est-ce que tu t’entends bien avec maman ? » « Oui. » « Et avec papa ? Tu peux me dire des choses. S’il y a des choses qui te dérangent ?… », esquisse la policière. La petite fille se cambre, puis se balance sur le banc. Elle dit : « Tu vois les chaises là, eh bien j’ai les mêmes à la maison. » Premier changement de sujet de Louise.

      L’enquêtrice tente de contrer les stratégies de diversion de l’enfant : « Je me demande si tu as des choses à dire, s’il y a un secret que tu n’arriverais pas à dire, quelque chose de pas normal à la maison ? », relance-t-elle d’une voix calme et maternante. « Non, il n’y a rien », persiste l’enfant, en basculant sa tête dans ses mains. « Et quand maman n’est pas là, ça se passe comment avec papa ? » « Tu sais, dimanche, c’est l’anniversaire de ma copine Anna, on va lui acheter un porte-clés et un livre de princesses », esquive Louise. « Pour en revenir à notre discussion, j’ai une question indiscrète, insiste doucement la policière, est-ce que quelqu’un touche tes parties intimes ? Tes fesses ? Ta nénette ? »

      « Il me caresse sur la nénette pour m’endormir »

      Louise regarde ses chaussures. Ses doigts s’entortillent dans ses chaussettes. D’un coup, son petit corps, qui parle plus qu’elle depuis le début de l’audition, lâche. Sa tête s’échappe contre le mur : « Il me caresse sur la nénette pour m’endormir. » « Qui il ? » « Papa. » « Il met la main sur ou dans le pyjama ? » « Dans le pyjama. Papa, il m’a dit qu’il ne faut pas le dire, que c’est qu’entre nous deux. » Louise tente d’enfouir son visage dans la table blanche de la salle d’audition. « Je n’aime pas trop parler de ça. Il me demande de toucher ma partie intime mais moi je ne veux pas. Il me demande de monter et de descendre », exprime-t-elle en mimant avec sa main un geste de masturbation.

      Le pied de Louise tape contre la table. « Quand il le fait, le pipi sur moi il est blanc. Alors que dans les toilettes, il est jaune. Parfois, il me met le doigt dans la nénette, ça fait mal. » Elle se retourne à nouveau contre le mur, comme si elle voulait s’y cacher. « Il fait ça depuis quand papa ? », continue l’enquêtrice. « Depuis la petite section. Il veut que je suce son zizi, mais j’ai dit non. » « Tu as très bien parlé Louise », termine la policière, pendant que la fillette enroule son pull autour de sa tête.

      « J’ai eu des frissons quand je l’ai vue faire ce geste, ça a été déterminant dans l’enquête. Ça ne s’invente pas ça à 5 ans, un geste masturbatoire, comme le pipi jaune et le pipi blanc », décode Guy Bertrand, chef de la section « intra » de la BPM qui a accepté d’ouvrir ses portes durant plusieurs jours au Monde. L’intra, en opposition à l’extra, là où se traitent les atteintes aux enfants commises à l’intérieur de la famille. Enfants battus, agressés, violés, derrière les portes fermées des chambres à coucher, sous le sceau du secret. L’inceste est un interdit anthropologique universel, pourtant, la prévalence du phénomène est massive : les spécialistes estiment que ce qui est arrivé à Louise concerne deux à trois enfants par classe de CM2. Derrière les figures repoussoirs des grands prédateurs pédocriminels, de Marc Dutroux, d’Emile Louis ou de Michel Fourniret, les atteintes sexuelles sur mineurs sont perpétrées à 80 % par des proches.

      « On plonge dans l’horreur, mais on se sent utile »

      « Les vraies bombes atomiques de l’avenir, elles sont chez nous, si on ne s’en occupe pas maintenant, il faudra le faire dans vingt ans, on n’échappe pas à l’inceste », défend le commandant divisionnaire Guy Bertrand, qui dirige l’intra depuis sept ans. « On plonge dans l’horreur, mais on se sent utile. Quand je faisais du “stup”, je ne me rendais pas compte de ce à quoi je servais, j’avais l’impression de vider l’océan à la petite cuillère. »

      Travailler à l’intra de la BPM, c’est arpenter ces couloirs du troisième étage du siège de la police judiciaire (PJ) parisienne, décorés d’affiches de super-héros, et « pointer là où ça fait très mal », déclare Mylène, une enquêtrice de 38 ans. La matière dérange. Chaque année, lors du repas de la brigade, les « stups » remplacent le temps d’une soirée la BPM pour leurs permanences, et « ils n’aiment pas ça, ils ont tout de suite envie d’aller interpeller les auteurs », décrit Vianney Dyèvre, le commissaire divisionnaire de la brigade. « Les policiers qui postulent en nous disant qu’ils adorent les enfants, on ne les prend pas, ils ne supportent pas après. »

      Au fil de ces textes administratifs, les mêmes trajectoires percutées par la prédation sexuelle.

      Les 264 enquêtes menées pour viol et agression sexuelle en 2019 de l’intra sont résumées dans des synthèses, rédigées à l’imparfait et en lettres capitales. Le Monde a pu en lire certaines. Au fil de ces textes administratifs, les mêmes trajectoires percutées par la prédation sexuelle. Le dossier de Cécile, 23 ans, qui « déposait plainte contre son père pour viol. Il reconnaissait les agressions sexuelles sur sa fille précisant qu’il s’agissait d’une erreur et qu’il était normal que sa fille remplace le manque d’affection de sa femme à l’époque, niant les fellations et les tentatives de pénétration. Monsieur déclarait que si sa fille le disait c’est que tout cela devait être vrai, mais qu’il ne s’en souvenait plus ».

      La page d’après, Marine, 22 ans, victime de son beau-père : « Selon lui, il ne faisait que subir le jeu qu’elle avait instauré, la considérant comme une nymphomane qui prenait l’initiative de pratiquer les fellations. »

      La suivante, Justine, 15 ans, « expliquait avec difficulté qu’elle avait été victime d’agression sexuelle et d’une vingtaine de viols par son père. Placé en garde à vue, le mis en cause niait l’intégralité des faits évoquant une vengeance de sa fille à qui il avait interdit une sortie ».

      Chloé, 15 ans, témoigne que son père, qu’elle voit en garde alternée, « lui caresse les fesses, les seins et le sexe et la force à garder la porte de la salle de bains ouverte quand elle se lave ».

      Le service de communication de la PJ parisienne ne sait lui-même pas quoi faire de ces notes produites par les vingt-cinq enquêteurs de l’intra. Parfois, quand les « stups », la « crim » ou la brigade de répression du banditisme (BRB) qui s’occupe des braqueurs font de belles affaires, les informations contenues dans de telles synthèses peuvent être communiquées à la presse. Pour l’inceste et la BPM, il y a rarement une ligne dans les journaux sur les enquêtes concernant Cécile, Marine, Justine ou Chloé.

      Ce crime prospère sur cette gêne, sur ce silence. « C’est le seul où l’auteur se déclare innocent et la victime se sent coupable », expose Guy Bertrand. Aussi parce qu’il est commis sans traces, sans aucune preuve pour l’objectiver. Dans les dossiers d’inceste, il n’y a presque jamais ces éléments qui permettent aux policiers de résoudre leurs autres affaires. Pas d’ADN, de blessures, de vidéosurveillance, de relevés téléphoniques ou de témoins qui attesteraient de quoi que ce soit. Comment alors documenter ces faits ? Comment les sortir de l’ornière judiciaire du parole contre parole et permettre le passage de la justice dans ces histoires douloureuses, ou la reconnaissance par les institutions est l’une des seules voies de guérison ?

      « C’est le seul crime où l’auteur se déclare innocent et la victime se sent coupable », expose Guy Bertrand, chef de la section « intra » de la BPM

      De toute la police française, l’intra de la BPM est le lieu où les dossiers reposent le plus sur la parole, cette parole si fragile des victimes, trop jeunes, ou trop traumatisées pour que les enquêteurs puissent y adosser des procédures qui tiennent devant les tribunaux. D’où une certaine frustration. Le taux de classement des plaintes recueillies y est plus élevé qu’ailleurs : dans la majorité des cas, le parquet des mineurs de Paris, la section P4, classe sans suite.

      Mais ces policiers ont développé une vraie technicité dans le recueil de la parole. Vianney Dyèvre, le patron de la BPM, l’affirme : « Mes équipes ne sont peut-être pas les meilleures pour interpeller un dealeur au milieu d’une cité, mais pour faire parler les victimes, oui. » Et de citer les nombreuses affaires où ils ont été sollicités par leurs collègues d’autres services pour interroger des enfants projetés dans des affaires criminelles, comme la fille de Mickaël Harpon, l’auteur de l’attentat de la Préfecture de police de Paris en octobre 2019, ou ce frère et cette sœur seuls témoins de l’étranglement de leur mère par leur père.

      Le séisme d’Outreau

      A 31 ans, Sophie entend des victimes d’inceste depuis sept ans déjà. Dans son bureau avec vue sur la porte de Clichy du Bastion, ce grand bâtiment bleu et métallique de la police judiciaire, elle parle de cette matière qui a fait bouger ses « curseurs » personnels : « Mon mari, policier comme moi, me dit souvent que je ne me rends plus compte de ce que je raconte, de ce qui est grave ou pas. »

      Elle poursuit sur ces « bouts de chou » pour lesquels elle veut se battre, même si cela implique d’affronter la sacralité de l’institution familiale, en libérant la parole. « Je me sens briseuse de familles, et ça me travaille parfois le soir quand je rentre en métro. » Mais c’est surtout pour cela qu’elle est devenue policière, pour faire émerger ces crimes. « Un enfant qui se fait sodomiser par son père, il ne voit pas le mal puisque ça vient de ses parents. Pour lui, ça peut être aussi normal que d’aller acheter des bonbons. » Sophie note autant les déclarations des victimes que le non-verbal, les changements de faciès, les mains qui se crispent sur les vêtements, les pieds qui tapent contre les chaises, les ongles qui d’un coup sont rongés.

      Le recueil de la parole a été « protocolisé » pour tenter de répondre aux exigences probatoires plus fortes des tribunaux.

      Depuis le séisme d’Outreau, le « Léviathan » des affaires d’inceste, et la baisse d’un quart des condamnations judiciaires pour violences sexuelles sur mineurs en une décennie qui s’en est suivie, le recueil de la parole a été « protocolisé » pour tenter de répondre aux exigences probatoires plus fortes des tribunaux. Signalés par l’école ou par leurs proches, les enfants arrivent à la BPM. A chaque début d’audition, les policiers de l’intra font le test du mensonge. Ils demandent aux petits « comment s’appelle mon chat ? » ou si leur pantalon est jaune alors qu’il est bleu. Il s’agit de mesurer le niveau d’induction de la victime, s’il répond que le chat s’appelle « Polo » ou que le pantalon est jaune, au lieu de dire « je ne sais pas » pour le nom du chat, ou bleu pour le pantalon, cela montre que l’enfant est « induit », c’est-à-dire qu’il fait primer la parole de l’adulte sur la vérité.

      L’enjeu, c’est d’avoir accès à une parole de victime la moins contaminée possible par d’autres récits, explique Sophie :

      « Quand j’entends un enfant, je fais comme si je ne sais pas pourquoi il est là. Et je suis seule avec lui, il n’y a aucun autre adulte, parce que sinon il va dire ce qui fait plaisir à l’adulte référent. Je le rassure, je le félicite quand il parle. S’il change de sujet, ce qu’ils font souvent, je ne le suis pas, je reviens ».

      Ces auditions sont d’autant plus cruciales qu’elles ne peuvent n’avoir lieu qu’une fois – après le témoignage risque d’être contaminé justement – et ne durent en général que quarante minutes maximum, durée au-delà de laquelle l’attention des enfants se dissipe. D’autres règles empiriques existent : ne pas laisser jouer l’enfant pendant des heures dans la salle d’attente, parce qu’au moment de l’audition, il ne pensera qu’à y retourner et ne se concentrera donc pas. Eviter de l’interroger le soir, il est fatigué, ou le mercredi après-midi, moment habituel de son activité préférée.

      Mylène, une autre enquêtrice de l’intra, a entendu Malia, une fillette de 5 ans, comme Louise. Elle a une robe jaune avec des papillons multicolores dessus. Dans la salle d’audition de la BPM, elle boit sa brique de jus de pomme à la paille et joue avec son sac à main turquoise. Pour la policière, comme pour les autres, il y a une autre règle absolue : ne jamais évoquer l’auteur. « On ne doit surtout pas dire “raconte-moi ce que ton cousin a fait”, il doit y aller tout seul. » Ce qui est le cas pour Malia. A la question : « Est-ce que tu sais pour quelle raison tu es là ? », elle a répondu :

      « Tonton Fred, il m’a montré son zizi et ses fesses et il ne m’a même pas dit pardon. »

      Mylène a ensuite convoqué « tonton Fred » pour le faire avouer et consolider la parole de Malia. « C’est très long, je lui fais parler de sa relation aux enfants, de sa vie sexuelle, de ses pratiques et ses rencontres, et je me rapproche doucement des faits, je cherche les failles », explique l’enquêtrice :

      « Je l’interroge sur sa relation à sa nièce, comment il la considère. Il me répond qu’il l’aime, et je m’en sers comme point d’entrée : “Si vous l’aimez, elle a besoin de la vérité.” Ça prend souvent des heures pour que les auteurs assument. Malia avait raison sur toute la ligne : son oncle lui avait bien touché le sexe. »

      « Papa, il me viole »

      D’autres auteurs d’inceste sont plus retors. Il a fallu une garde à vue et trois interrogatoires pour que le père de Roxane reconnaisse avoir violé sa fille de 12 ans. D’origine chinoise, Roxane est au collège et vit à Belleville. Un jour, elle veut sortir avec ses copines. Sa mère lui répond que c’est dangereux dehors, il faut faire attention aux garçons, elle peut tomber enceinte. Roxane est pétrifiée et raconte à sa mère que son père, ouvrier dans le bâtiment, a mal au dos et lui réclame des massages le matin quand tout le monde dort. Il en profite pour l’agresser. La mère de Roxane l’emmène en urgence à l’hôpital, pour « vérifier son corps ». L’adolescente est signalée à la BPM. Elle confirme ses propos :

      « Papa, il me viole

      – C’est quoi un viol Roxane ?

      – C’est toucher au corps de quelqu’un sans qu’il soit d’accord. Papa me prend dans ses bras, me met sous la couette et fait ses actes.

      – Tu ressens quoi Roxane ?

      – C’est dégueulasse. Il y a du liquide blanc dans ma zézette.

      – Tu es en colère ? » La jeune fille pleure, et fait oui de la tête.

      Son père nie d’abord farouchement. « Je suis père, comment je pourrais faire ce genre de gestes ? » « Ici, c’est la brigade des mineurs et nous voyons des pères faire ça. » « Je suis père, je ne peux pas faire ce genre de choses. Je ne peux pas faire perdre la face à mes parents. » Troisième audition, le père de Roxane est acculé par les détails réunis par les policiers. « Votre fille a un récit précis, papa met son zizi dans sa zézette, elle parle de la couette mouillée, du blanc sur la couette, comment est-ce qu’elle connaît ça ? Elle ment ? » « Non, c’est moi qui mens », finit-il par craquer. « J’ai un tout petit peu essayé, je n’ai pas réussi. Je voulais juste me masturber et pas rentrer complètement, je ne suis pas aussi cruel. »

      Les auteurs d’inceste n’ont pas forcément une inclinaison sexuelle pour les mineurs, comme ceux qui regardent compulsivement des vidéos pédopornographiques. Ils peuvent aussi être des violeurs d’opportunité, qui revendiquent une possession et une toute-puissance sur les corps des membres de leur famille. Par exemple, le père de Roxane se justifie avec cet argument mentionné dans plusieurs dossiers de l’intra :

      « Si je demande à ma femme, elle ne va pas accepter tout de suite. C’est pour ça que j’ai fait des choses pas bien avec ma fille. »

      La difficulté de « sortir » les vieilles affaires

      Dans les affaires d’inceste, l’écrasante majorité des auteurs de l’intra sont des hommes : 96,5 % en 2019. Les victimes sont à 75 % des filles, 25 % des garçons. Le mouvement #metoo a entraîné une inflation des plaintes pour violences sexuelles à la BPM. Surtout celles de mineurs devenus majeurs. En 2019, il y a eu 408 saisines du service pour agressions sexuelles et viols, un chiffre en progression. « La parole se libère, les déclarations augmentent, mais pas les interpellations, car les vieilles affaires sont très difficiles à sortir », indique Guy Bertrand.

      Qu’est-ce qu’une vieille affaire ? « Des jeunes filles qui rencontrent leur premier amour et qui se rendent compte que ce n’est pas normal ce qui leur est arrivé, quelque chose se déclenche. Ou la première maternité. Ou quand son propre enfant atteint l’âge où ont eu lieu les agressions. Parfois même les victimes viennent à la veille de leurs 38 ans et de la prescription », liste dans son confortable bureau de la BPM, agrémenté d’un canapé et de bonbons, Corinne Bertrand, la psychologue de la brigade. Depuis la nouvelle loi de 2018 et le rallongement de la prescription, une victime peut porter plainte jusqu’à ses 48 ans pour des atteintes survenues pendant l’enfance.

      D’un point de vue policier, ces procédures sont compliquées : les faits sont anciens, les victimes débarquent à la BPM après des années d’amnésie traumatique et de conduites à risque, avec des flashs de viol ou des hallucinations olfactives de sperme. Il s’est passé quelque chose, mais comment le prouver et le « judiciariser » ? « Les vieilles affaires sont toutes vraies », certifie Mylène. « Les victimes sont toutes brisées, elles n’arrêtent pas de pleurer, comme un enfant qui aurait un gros chagrin. Il n’y a pas de fausses affaires dans ces cas-là, mais beaucoup de boulot pour nous », corrobore sa collègue Sophie.

      Parfois, le dossier tient à une gourmette à grosses mailles. Celle dont Stéphanie se souvient, attachée au poignet de son agresseur

      Les enquêteurs se lancent alors dans un travail d’archéologie familiale. Photos jaunies, journaux intimes, témoignage de la nourrice de l’époque, notes sur les bulletins scolaires qui auraient décroché d’un coup, hospitalisations en psychiatrie, tentatives de suicide, fugues, ils ramassent tout pour documenter l’inceste.

      Parfois, le dossier tient à une gourmette à grosses mailles. Celle dont Stéphanie se souvient, attachée au poignet de son agresseur dont elle a oublié le visage, lorsqu’elle était contrainte de pratiquer des fellations à l’âge de 5 ans. Trente ans plus tard, Stéphanie tombe enceinte et décompense : « J’étais effondrée en apprenant que j’allais avoir une fille car les filles, elles se font agresser », décrit cette infirmière en maison de retraite. Elle porte plainte et raconte ses réminiscences à la BPM, incriminant son beau-père de l’époque. Elle fait l’objet d’un examen psychiatrique, qui établit qu’elle souffre d’un « état fragile dépressif » et que « la grande part de reconstruction de son récit ne permet pas d’exclure l’affabulation ».

      Auditionné, son ancien beau-père avoue spontanément « s’être fait pratiquer des fellations par la petite Stéphanie. Il n’était pas en mesure de dire combien de fois il l’avait contrainte à ces actes sexuels mais donnait une fréquence d’environ deux à trois fois par semaine », écrit l’enquêteur. L’agresseur explique avoir été attiré par son côté petite enfant « blonde » et portait « effectivement une gourmette en argent au poignet, offerte par la mère de la victime ». Confronté à Stéphanie, il ne cesse de répéter qu’il a fait « une grosse bêtise », exprime ses regrets, mais ne parvient pas à fournir d’explications malgré les demandes insistantes de la jeune femme.

      Parole coconstruite

      Ouvriers, cadres, généraux de l’armée, instituteurs ou encore patrons de start-up, tous les milieux sociaux défilent à l’intra. « J’ai plus d’empathie pour le toxicomane du coin, le pauvre hère qui fait ça. Je ne plains pas celui qui vit bien, qui a les armes intellectuelles et qui sait qu’on ne touche pas aux enfants », indique Guy Bertrand, le chef de section.

      Florence a grandi derrière les hauts murs des beaux immeubles haussmanniens d’un quartier huppé de Paris. A 34 ans, elle écrit au procureur de la République de Paris, et dénonce des viols imposés par son grand frère de 1985 à 1997. Ses deux parents sont médecins, ses deux frères le sont devenus, sa sœur est religieuse, elle institutrice. Dans ses souvenirs, il y a un livre de physique de 2de, qu’elle lisait quand son frère serait venu lui faire réviser son contrôle et en aurait profité pour l’agresser. Il y a les draps d’une chambre qui sont défaits et qu’elle regarde avec honte le lendemain matin. Il y a surtout des années passées dans les arcanes des services de psychiatrie, à affronter les ressacs de son traumatisme à coups de dépressions et de tentatives de suicide. Avant la plainte, son frère lui a bien écrit une lettre :

      « Florence, je me permets de t’écrire simplement pour te dire que je regrette très profondément les actes ignobles que je t’avais fait subir il y a quelques années. J’ai conscience de tout le mal que je t’ai fait. Je voulais que tu saches que j’étais prêt à reconnaître mes actes devant qui tu le souhaiterais et à faire face aux conséquences. Je te demande pardon, même si je sais que cela est impossible. »

      Dans les locaux de la BPM, Florence et son frère sont confrontés. Comme souvent, l’auteur d’inceste avoue les agressions sexuelles mais pas les viols, plus condamnés. « Mais on sait que quand les faits minimaux sont reconnus, la suite de ce que dit la victime a eu lieu aussi », relate Guy Bertrand. Toutes ces affaires, ces spécialistes du recueil de la parole les débriefent entre eux, réfléchissent à chaque fois à ce qui aurait pu être amélioré. Ils le savent : la parole est coconstruite. Il y a la victime qui réussit à parler et l’enquêteur qui installe des conditions propices pour l’entendre. Tous pointent la nécessité vitale de porter plainte, « même si c’est prescrit, même si c’est flou », car, selon le chef de l’intra :

      « Un violeur ne viole jamais qu’une fois, c’est comme un carnivore, le goût du sang reste. Si ça ne marche pas cette fois-là, ça servira pour la prochaine victime. »

    • 20 ans de délai pour les délits, 30 ans pour les crimes, c’est ce que j’ai retenu...
      https://www.franceinter.fr/justice/atteinte-sexuelle-viol-age-et-consentement-de-quoi-parle-t-on

      atteinte sexuelle : Elle est définie par l’article 227-25 du code pénal : « le fait, par un majeur, d’exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise, une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de 15 ans, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »

      C’est un délit, l’auteur est donc jugé devant un tribunal correctionnel.

    • Chez Médiapart on parle aussi de cette brigade mais c’est pas un communiqué du gouvernement contrairement au papier de l’e-monde.fr

      Pédocriminalité : fiasco policier dans une école parisienne
      23 novembre 2020 Par Marine Turchi et Patricia Neves

      Treize enfants d’une école maternelle parisienne ont été auditionnés dans une enquête pour « agression sexuelle et viol sur mineurs » visant un animateur. Classé sans suite après seulement trois mois d’investigation, ce dossier a été rouvert et confié à une juge d’instruction. Notre enquête révèle des dysfonctionnements majeurs et des refus d’enregistrement de plaintes.


      Mise en garde : cet article fait état de faits présumés de pédocriminalité, sa lecture peut être particulièrement difficile et choquante.

      « Pour l’instant non, cela ne m’intéresse pas. » Ce 24 avril 2019, la policière de la brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris est claire au téléphone. À ce stade de la procédure, elle ne souhaite pas recevoir les autres familles de victimes présumées. À l’autre bout du fil, l’avocate Marie Grimaud est interloquée. Elle vient de lui dire qu’elle était désormais mandatée par « sept autres familles », et proposait une rencontre pour enregistrer « quatre » nouvelles plaintes. Dans ce dossier, trois plaintes pour « agression sexuelle sur mineur de 15 ans » ont déjà été déposées contre un animateur d’une école maternelle, à Paris. Au téléphone, le ton monte. « Madame, vous n’allez pas nous apprendre notre travail », s’agace la policière, qui rappelle la nécessité de respecter « la présomption d’innocence » et d’enquêter « à charge et à décharge ».

      Ces nouveaux témoignages n’arriveront pas jusqu’à la justice : moins de deux semaines plus tard, les policiers bouclent leur enquête. Une investigation close deux heures après la fin de la garde à vue de l’animateur, et au terme de seulement trois mois d’enquête. Le parquet de Paris classe l’affaire sans suite le 7 juin 2019, au motif d’une « infraction insuffisamment caractérisée ». Sans savoir que les policiers ont refusé de nouvelles plaintes.

      Aujourd’hui rouvert pour « agression sexuelle et viol sur mineurs de 15 ans », sous l’égide d’une juge d’instruction, grâce à la persévérance de parents et de leurs avocats, ce dossier est devenu synonyme de fiasco policier et judiciaire. Il compte aujourd’hui quatorze signalements, dont deux faisant état de lésions anale et vaginale sur deux enfants. Deux autres signalements vont être transmis prochainement. Le 15 septembre dernier, treize enfants ont été entendus par un nouveau service d’enquête. L’animateur, lui, conteste les faits et est présumé innocent.

      Mediapart a commencé à enquêter il y a un an sur cette affaire de pédocriminalité qui affole des dizaines de familles en plein cœur de la capitale, et a rassemblé un ensemble de documents, enregistrements et témoignages. Une partie des familles a accepté de nous rencontrer, une autre a refusé ; certaines se sont ravisées au cours de notre enquête pour différentes raisons. Pour respecter leur choix de ne pas apparaître et éviter que cet article ne soit vécu comme une deuxième violence, nous n’avons pas évoqué de situation personnelle et retiré des détails dégradants pour les enfants. Mais nous avons jugé nécessaire de ne pas écarter des éléments importants figurant dans les signalements, obtenus auprès de différentes sources.

      Sans préjuger de la culpabilité ou non de l’animateur mis en cause, l’enquête de la brigade des mineurs – qui a refusé de nous répondre, invoquant le « secret de l’enquête » – laisse à ce stade apparaître de nombreuses défaillances : refus d’enregistrement de plaintes, donc, mais aussi procès-verbal orienté à décharge, omissions, actes d’enquête non réalisés, pistes inexplorées.

      L’affaire révèle également les défaillances d’institutions comme la mairie et l’école, qu’on imagine préparées à gérer ce type de situation mais qui, selon les parents, n’ont pas su assurer leur mission d’information, d’accompagnement des familles et de remontée de la parole des enfants, suscitant désarroi et colère (lire notre enquête).

      Une affaire classée après trois mois d’enquête

      L’affaire commence fin janvier 2019. Elle part des déclarations d’un enfant de 3 ans et demi, scolarisé à l’école maternelle Paul-Dubois, dans un quartier favorisé du IIIe arrondissement de Paris, à quelques pas de la place de la République. Un soir, le garçon demande à sa mère de lui faire des « bisous sur les poches ». Cette remarque, qui s’avèrera un malentendu (il s’agit d’une histoire lue à l’école), ouvre la voie à des déclarations inquiétantes de l’enfant. Questionné par sa mère, il affirme notamment s’être fait pincer les fesses et touché « le zizi » dans les toilettes de l’école par H. F., un animateur périscolaire de 37 ans, en poste depuis la rentrée de septembre 2018. Le petit garçon développe un langage sur la sexualité qui, bientôt, inquiète les parents. Il commence à associer le sexe à la douleur.

      Deux autres familles, mises au courant, questionnent à leur tour leurs enfants scolarisés dans la même classe, en prenant soin de le faire sur chaque animateur. Une petite fille déclare à sa mère que H. F. est « méchant » car il a touché sa « pépette » et celle de trois autres enfants, dans les toilettes de la cantine ; ce qu’elle redira spontanément à sa grand-mère. Une autre affirme à ses parents, en mimant la scène, que l’animateur lui a « montr[é] son zizi », qui a « saigné » du sang « rose ». Ces trois familles portent plainte. Le 14 février, H. F. est suspendu. Une semaine plus tard, les familles de l’école, informées de la situation par un courriel des représentants des parents d’élèves, plongent dans l’inquiétude.

      Dans les semaines et mois qui suivent, les déclarations des enfants, dans des cercles différents et toutes classes confondues, se multiplient, auprès de leurs proches, à l’école ou durant les consultations avec différents pédopsychiatres. Mais durant son enquête de trois mois, la brigade des mineurs n’auditionnera, elle, qu’une partie du personnel de l’école et six des cent soixante-huit enfants de l’établissement.

      Deux signalements font basculer le dossier

      Au mois de juin 2019, deux semaines seulement après le classement sans suite de l’affaire, deux signalements de médecins font tout basculer. Adressés au procureur de la République de Paris, les 21 juin et 2 juillet 2019, ils concernent deux enfants âgés de 4 et 5 ans, scolarisés à l’école Paul-Dubois. La famille est en grande difficulté sociale et les parents, marocains, ne maîtrisent pas le français. À deux reprises en juin 2019, la mère dit s’être rendue à la brigade des mineurs (accompagnée la seconde fois d’une interprète) pour déposer plainte. À deux reprises, elle affirme s’être vu refuser l’enregistrement de sa plainte, ainsi qu’un examen dans une unité médico-judiciaire. Ce qu’a confirmé, dans une attestation écrite versée au dossier, l’assistante sociale qui suit la famille.

      C’est donc par ses propres moyens, et avec une interprète, qu’elle va faire examiner ses enfants fin juin 2019, auprès du centre médico-psychologique petite enfance (CMPP) à l’hôpital, puis auprès d’une pédiatre. Dans son signalement, la pédiatre a constaté « l’absence d’hymen » de la petite fille, qui lui a fait part de douleurs en désignant sa vulve, et chez le garçon, « une discrète béance anale » (c’est-à-dire un orifice élargi), ainsi qu’une « petite inflammation périanale ».

      Aux pédopsychiatres, à la pédiatre et aux avocats qu’ils mandatent, les parents de ces deux enfants font le même récit. Ils détaillent les « perturbations comportementales » qu’ils disent avoir observées, « fin janvier-février 2019 », chez leurs enfants, mais aussi des « lésions physiques » constatées au niveau génital et anal.

      Face à la persistance des douleurs physiques de sa fille, la mère lui aurait demandé si on lui avait fait du mal. La fillette n’aurait « accepté de s’exprimer qu’après avoir été rassurée du fait que sa mère la protégeait et qu’elle ne retournerait pas à l’école ». « Elle a alors raconté à sa mère des attouchements de nature sexuelle, réalisés par un homme à l’école », indique la pédiatre dans son signalement. Même chose pour son fils, qui, questionné, a révélé des faits, « avec peur ».

      Aux médecins, les enfants ont répété les récits qu’ils avaient livrés à leur mère. D’après les signalements, la fillette, s’exprimant « de manière claire, avec ses mots d’enfant », a détaillé des faits qui auraient eu lieu « à l’école », « dans les toilettes ». Un « monsieur » lui aurait fait « mal aux fesses » en lui faisant, à plusieurs reprises, « une grosse piqûre dans les fesses », qu’elle a décrite comme « toute blanche, avec un gant ». Il aurait aussi « mis son doigt dans son pipi », a-t-elle dit en désignant son vagin. « Elle précise qu’elle a pleuré, qu’elle a eu mal, qu’il y avait du sang “rouge comme de la tomate” et que le monsieur l’a nettoyée avec du papier », écrit la pédiatre dans son signalement. « Et il m’a embrassée sur ma bouche et m’a dit que j’étais son amoureuse, je n’ai pas aimé », a indiqué l’enfant, ajoutant que l’animateur aurait fait « pipi sur ses fesses ».

      Elle dit avoir vu cet adulte faire « la même chose à son frère, devant elle ». Se mettant « à quatre pattes », elle a mimé la scène à la pédiatre et déclaré : « Il a fait une grosse piqure à mon frère, avec quelque chose de blanc, dans les fesses, il a fait beaucoup, beaucoup ça. » Son frère aurait « pleuré beaucoup ». « Le monsieur m’a fait mal aux fesses. J’ai crié “mais arrête, arrête de me faire mal”, j’ai dit “arrête de rigoler” », a expliqué à la médecin le garçon de 4 ans, « fatigué » lors de l’examen. À sa mère, il avait raconté « qu’un grand monsieur l’aurait mis dans une cage au fond de l’école et lui aurait fait une grosse piqûre », qu’il « lui aurait baissé le pantalon et lui aurait fait bobo et lui aurait dit de ne pas le dire ».

      À l’appui de son témoignage, la mère a fourni quatre photographies des parties intimes de ses enfants, versées au dossier. Dans leur signalement, daté du 2 juillet 2019, les médecins estiment que ces clichés « appellent à un examen médico-judiciaire rapide ». Le lendemain, les avocats, Mes Marie Grimaud et Rodolphe Costantino, font état, dans un courrier à la vice-procureure chargée de la section mineurs du parquet de Paris, de la situation de treize enfants : outre les trois figurant déjà dans l’enquête préliminaire, ils évoquent sept élèves qui auraient révélé à leurs parents des faits susceptibles d’être qualifiés de « viols » ou d’« agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans par une personne ayant autorité », et trois autres qui présenteraient des « troubles majeurs du comportement […] évocateurs d’une exposition grave à la sexualité adulte » et imposant des « évaluations pédopsychiatriques ».

      Quatorze signalements entre les mains de la justice

      Les deux signalements concernant la famille marocaine entraînent la réouverture du dossier. Le 10 septembre 2019, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X des chefs d’« agression sexuelle sur mineurs de 15 ans », confiée à une juge d’instruction. Un nouveau service d’enquête est saisi pour réaliser les auditions : l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes), chargé des dossiers de pédocriminalité sensibles.

      En août 2020, l’information judiciaire a été élargie à des faits présumés de viols. Le 15 septembre, treize enfants ont été auditionnés (le quatorzième ne s’est pas présenté) par les policiers de l’OCRVP, avant de faire l’objet d’examens cliniques et psychologiques par les unités médico-judiciaires (UMJ) de l’Hôtel-Dieu. Interroger des enfants dans ce type d’affaires est toujours délicat. Mais que dire d’une audition et d’examens médicaux deux ans après le début des faits présumés ? Certains ont aujourd’hui cinq ou sept ans, un âge où le langage est bien mieux maîtrisé, mais où les souvenirs ont pu s’effacer, s’altérer ou bien être influencés dans un sens ou dans un autre. Certaines lésions corporelles éventuelles ont, elles aussi, pu disparaître. Même relancée, l’affaire ne restera-t-elle pas affectée par le fiasco initial ?

      Actuellement, le dossier compte, outre les trois plaintes initiales, quatorze signalements de pédopsychiatres ou psychologues (lire à ce sujet notre onglet Prolonger). Des propos similaires et explicites ont émergé de ces consultations, avec leurs mots d’enfants (« zizi », « pépette », « zézette », « ventre », « fesses », « choses méchantes »), accompagnés parfois de gestes clairs : l’animateur aurait « touché » ou « joué » avec leur sexe ou leurs fesses, aux « toilettes » le plus souvent, mais aussi à la « sieste », sous la cabane de la cour de l’école ou encore « dans le préau ».

      Chez certains, il est aussi question d’H. F. faisant « pipi » sur eux, ou bien de « jeux méchants », comme le « jeu du docteur » : « H. me disait qu’il avait mal là (l’enfant montre son sexe)… je devais lui donner un médicament… H. me demandait de mettre ma bouche sur son zizi », a déclaré un enfant. Une petite fille a décrit une possible agression sexuelle le jour de « la photo de classe » où elle avait « mis [sa] robe rose ». Sa mère a assuré que, depuis ce jour, elle n’a plus voulu porter de robe.

      Les « symptômes » constatés chez les enfants présentent également des similitudes. Après la révélation de l’affaire, la plupart des parents ont affirmé aux pédopsychiatres avoir observé un changement de comportement de leurs enfants à l’automne 2018, alors que leur développement était « normal » avant la rentrée scolaire de 2018, date de l’arrivée de H. F.

      Plusieurs enfants ont manifesté, d’après les signalements, des « colères » – parfois « intenses et violentes » –, de l’« anxiété », des « crises de pleurs », de l’incontinence fécale ou urinaire, des « attitudes et jeux sexualisés », des « conduites et équivalents masturbatoires » fréquents, qui ne correspondraient pas à « l’activité exploratoire » propre aux enfants de leur âge, et qui ont, souvent, envahi le « quotidien » de l’enfant et « pollu[é] la vie familiale ».

      Dans ces signalements, les exemples sont nombreux et précis. C’est un petit garçon qui aurait réclamé à plusieurs reprises à sa mère « un doigt dans les fesses » et cherché à l’embrasser sur la bouche. Un autre qui aurait tenté de « lécher l’anus de son frère » après lui avoir touché le sexe. Une petite fille, diagnostiquée en état de « stress post-traumatique », qui a développé des troubles obsessionnels compulsifs et des « angoisses de type phobique au moment de la douche ». Etc.

      Chez certains est apparue une peur d’aller à l’école, aux toilettes ou de se dénuder ; mais aussi des « lésions dermatologiques » au niveau des parties génitales, du bas-ventre, des fesses, parfois attestées, avant la révélation de l’affaire, par des certificats médicaux.

      Les dessins et « cauchemars répétitifs » de certains enfants interrogent aussi. L’une a, à partir de l’automne 2018, répété le même cauchemar – un personnage qui pique les fesses de Blanche-Neige avec un bâton et lui met une pomme empoisonnée dans la bouche. Un autre a dessiné un personnage masculin avec « un pénis proéminent », qui prenait « les enfants » pour « les emmener vers son zizi… et ses boules », a-t-il expliqué au pédopsychiatre en parlant de « secret ». « Je pensais à H. quand j’ai dessiné le zizi. H. m’a montré son zizi. Il l’a rentré vite dans son slip, il y avait [la responsable des animateurs] qui arrivait… »

      En consultation, les pédopsychiatres ont souvent constaté l’expression d’une « gêne », de « honte », de « colère » et une grande « émotion » au moment de ces récits, ainsi que, chez certains, une dimension de « secret » qui pourrait suggérer « l’existence d’un lien d’emprise » avec un adulte ayant « un ascendant ». Plusieurs ont exprimé des douleurs ou leur malaise : « C’était pas bien » ; « Ça m’a fait mal » ; « Ça ne m’a pas fait mal… ça a fait bizarre ». Pour ces psychiatres, les enfants semblent avoir été « exposés à la sexualité adulte » ou à un « vécu d’agressions de type sexuel ».

      Ces récits sont-ils le fait d’agressions subies ou d’une contamination de la parole ? Les parents ont-ils réinterprété l’attitude de leurs enfants a posteriori ou ont-ils au contraire détecté des signaux alarmants ? Il reviendra à la justice d’établir les faits. Mais deux certitudes demeurent : les conséquences de cette affaire sur les enfants et leurs proches sont considérables ; plusieurs points demandaient une enquête policière approfondie et adaptée à la gravité des faits prétendus et signalés. Celle-ci n’a, semble-t-il, pas eu lieu, comme en témoigne le dossier d’enquête préliminaire, que Mediapart s’est efforcé de décrypter et qui laisse apparaître des dysfonctionnements et pistes inexplorées.

      Une enquête préliminaire à trous

      Une première défaillance apparaît dès le démarrage de la procédure : aucun enfant n’a fait l’objet d’examens médicaux et psychologiques par les unités médico-judiciaires (UMJ). Quant aux auditions des six enfants, elles semblent avoir été expéditives. Trois ont duré autour d’un quart d’heure ou moins, les deux autres autour de 30 minutes, alors que le protocole NICHD – qui fait désormais référence dans les affaires de violences sexuelles – prévoit des auditions en trois phases, dont une première de mise en confiance pour faciliter la parole. Deux sont résumées en une dizaine de lignes à peine dans le dossier, sans retranscription des questions et réponses. L’une n’a pas été réalisée car l’enfant a refusé de suivre les policiers.

      Aucun questionnaire n’a par ailleurs été distribué à l’école Paul-Dubois – ni dans le centre de loisirs où l’animateur travaillait également. Cela aurait permis de récupérer d’autres témoignages rapidement.

      Plus grave : plusieurs familles ont affirmé avoir été découragées par la brigade des mineurs lorsqu’elles ont envisagé de porter plainte. C’est le cas de la famille marocaine qui prétend avoir essuyé deux refus d’enregistrement de plainte, comme évoqué plus haut. Ou encore d’un père joint par Mediapart, qui assure avoir contacté, après la révélation de l’affaire, la brigade des mineurs afin d’évoquer les symptômes observés chez son enfant. « Pas besoin de venir. Ça ne sert à rien », lui aurait répondu la policière, selon son récit à Mediapart. Et la policière aurait poursuivi en indiquant qu’il s’agissait « sûrement d’un malentendu » dans cette affaire, le suspect n’ayant pas d’antécédents et les enfants ayant vraisemblablement « exagéré ». Dans une attestation écrite à ses avocats et dans le signalement du pédopsychiatre au parquet, ce père a livré le même récit de cet échange avec la BPM. Sept mois plus tard, le signalement du pédopsychiatre fera état de propos de cet enfant décrivant des faits susceptibles d’être qualifiés de « viol ».

      Ce n’est pas tout : le 24 avril 2019, lorsque la policière de la brigade des mineurs a refusé d’enregistrer quatre nouvelles plaintes, elle n’en a pas fait état dans son PV rendant compte de cette conversation de sept minutes. La policière y évoque seulement la demande de l’avocate d’être reçue pour « pouvoir discuter de la procédure » et son « ton » (« Madame prétend expliquer aux policiers spécialisés la façon dont ils doivent travailler. »). Mais elle omet l’information capitale des quatre nouvelles plaintes.

      Ce que la policière ne sait pas, c’est que l’avocate a enregistré la conversation téléphonique, dont elle a transmis la retranscription à la juge d’instruction. Dans son courrier à la magistrate, le 4 octobre 2019, Me Grimaud dénonce la version « inexacte et fallacieuse » donnée de la conversation par la brigade des mineurs et estime que cela peut constituer un possible délit pénal de « faux en écriture publique ». À Mediapart, l’avocate explique avoir réalisé cet enregistrement en raison « des propos » qui auraient été tenus à leurs clients « par des enquêteurs de la BPM » et de « l’évidente inertie de l’enquête », qui fait « écho », selon elle, « à des situations déjà éprouvées dans d’autres dossiers gérés par ce même service ».

      Cet enregistrement, que Mediapart a pu écouter, montre aussi que la brigade des mineurs prête à l’avocate des propos qu’elle n’a pas tenus. Par exemple concernant « la présomption d’innocence » : dans son rapport de synthèse, la brigade écrit que l’avocate « semblait laisser entendre que dans ce type de procédure, ce principe fondamental du droit n’y avait pas forcément sa place ». Dans l’enregistrement, l’avocate indique au contraire : « Ah ! mais c’est pas à l’avocat que je suis que vous allez le rappeler [ce principe – ndlr], Madame. J’en ai bien conscience. »

      Résultat : les parents de l’école Paul-Dubois qui se sont manifestés par la suite n’ont pas souhaité se rendre à la brigade des mineurs. Cinq des familles que nous avons interviewées ont indiqué qu’elles avaient perdu « confiance » dans les policiers chargés de l’enquête, après avoir entendu les récits des « auditions » des autres parents ou de « refus d’enregistrement de plainte ».

      Quant aux familles auditionnées, elles ont confié à leurs avocats n’avoir pas toujours reconnu leurs propos dans les procès-verbaux. Certaines déclarations auraient même été déformées. Dans deux longs courriers adressés à la vice-procureure puis à la juge d’instruction, leurs avocats dénoncent un « manque absolu d’objectivité » des policiers, des « insuffisances » et « errements indignes d’un service d’enquête », « une synthèse tronquée, orientée », et une « volonté patente de décrédibiliser la parole des plaignants ».

      Sur 25 pages, ils comparent les auditions des enfants et de leurs parents au compte rendu que les policiers en font dans leur rapport de synthèse, et pointent un « décalage ». Un exemple parmi d’autres : lorsqu’une mère demande, en audition, si « un enfant peut mentir de la sorte », la policière lui répond qu’« à cet âge-là », cela peut être « l’imagination de l’enfant ». Une remarque que le rapport de synthèse attribuera à… la mère, en indiquant qu’elle « concluait son audition en disant qu’“à cet âge-là, ça peut être l’imagination de l’enfant” ». Les avocats estiment que peu d’éléments ont été retenus des dépositions, que les « éléments à décharge » ont été mis « en exergue » et « présentés comme avérés ». En partie « vidé de sa substance », le dossier était « inéluctablement voué au classement sans suite », jugent-ils.

      Des pistes inexplorées

      Parmi les griefs, également, des actes d’enquête non diligentés ou diligentés tardivement. Comme les cantinières de l’école, qui n’ont pas été auditionnées, alors qu’une partie des faits présumés se serait déroulée à la cantine, d’après plusieurs enfants. Comme la perquisition et le placement en garde à vue de l’animateur le 6 mai 2019, soit près de trois mois après sa suspension. Pourquoi une perquisition si tardive, dans ces dossiers où les policiers agissent traditionnellement en fonction du risque de dépérissement des preuves éventuelles (lire notre article) ?

      Les fils à tirer étaient nombreux pour la brigade des mineurs. Certains sont restés inexplorés, en particulier en ce qui concerne l’emploi du temps de l’animateur. Quand, exactement, était-il en contact avec la classe de petite section, celle d’où est partie l’affaire ? À la cantine ? Non, laissent entendre les policiers dans leur PV de synthèse. Ils savent pourtant, contrairement à ce qu’ils indiquent, que l’animateur a été en contact avec la classe de petite section à la cantine, à l’heure du goûter. La responsable éducatif ville (REV), chargée des animateurs de l’école, a elle-même apporté des précisions à cet égard. Pourquoi alors n’avoir pas évoqué le goûter dans le PV de synthèse ?

      Pourquoi avoir écarté d’autres pistes, comme celle du « jeu du loup » assimilé par les policiers à l’exercice antiterroriste réalisé dans toutes les écoles. Or le « jeu du loup » a bel et bien existé. L’animateur mis en cause y jouait lui-même avec les enfants, comme l’ont confirmé aux policiers la REV et une animatrice. Une petite fille a détaillé les règles du jeu à sa maman : pour ne pas être mangé par le loup « on [faisait] des bisous sur la bouche », y compris, a-t-elle précisé, à l’animateur, mais c’est un « secret ».

      Interrogé sur ce « jeu du loup » lors de sa garde à vue, l’animateur invoquera quant à lui un trou de mémoire : « Ça ne me dit rien. » Des trous de mémoire, il en aura plusieurs (sur sa présence à la bibliothèque, par exemple). Pourquoi les policiers ne l’ont-ils pas mis face à ses possibles contradictions ?

      Outre la bibliothèque, combien de fois l’animateur s’est-il par ailleurs occupé de la sieste ? Plusieurs enfants ont exprimé le souhait de ne plus y retourner. Dans l’enquête préliminaire, la question de la sieste est à peine abordée. Il y aurait eu, selon la REV, trois siestes surveillées par H. F. Sauf que l’animateur semble lui-même évoquer la possibilité d’une quatrième sieste lors de sa garde à vue. Y en aurait-il eu davantage ?

      Un élément de son audition devant les policiers est par ailleurs contredit par les récits de deux mères. Lors de son audition, l’animateur a répété qu’il se tenait « tout le temps à distance » des enfants et qu’il n’était pas « du tout » tactile. Il a notamment affirmé qu’à la bibliothèque, les enfants étaient assis « en face de [lui] » : « Si un enfant vient à poser sa tête sur mes genoux, je l’enlève tout de suite. De plus, je suis avec un livre, les coudes posés sur mes cuisses et le livre dans la main », a-t-il déclaré. Deux mères, dont l’une auditionnée par les policiers, ont indiqué à Mediapart avoir été mal à l’aise du comportement de l’animateur avec les enfants, avant l’affaire. La première a déclaré avoir vu, un « lundi soir », H. F. dans la « bibliothèque », « allongé sur un matelas » et deux enfants « allongés » de chaque côté de lui, sur ses « flancs ». La seconde a assuré avoir aperçu « deux fois » l’animateur « sous le préau, en fin de journée » lisant une histoire aux enfants en étant « littéralement collé à [eux] », qui étaient « à côté » de lui ou « sur ses genoux ».

      La réouverture de l’enquête permettra sans doute d’éclaircir les points restés en suspens. Comme elle permettra peut-être d’approfondir les investigations sur l’animateur lui-même. Car si les recherches réalisées montrent que H. F. a travaillé dans plusieurs structures de la Ville de Paris depuis 2005 sans jamais faire l’objet de signalement, le personnel de ces écoles n’a, lui, pas été questionné.

      De même, si les policiers n’ont constaté aucune « image » ou « séquence vidéo pédopornographique » dans le matériel informatique de l’animateur, ils n’évoquent pas ses comptes Facebook et Instagram, où il figure sous le pseudonyme de « Sale Doudou ». Sur sa page Facebook publique, où aucun contenu n’apparaît entre 2012 et août 2019, ses publications depuis le classement de l’affaire sont en majorité à caractère sexuel, crues. À visée « humoristique », elles interrogent par leur quantité. Elles mettent parfois en scène des personnages de dessin animé, comme Bambi et Pan Pan, pratiquant la sodomie ou d’autres actes sexuels ; parfois l’animateur lui-même.

      Contacté par Mediapart, l’animateur n’a pas souhaité nous répondre, préférant « laisser la justice faire son travail, les policiers travailler et apporter des réponses comme ils l’ont fait ». « Ils ont fait des investigations, ils ont fait tout le nécessaire », a-t-il ajouté. Son avocate, Sonia Ben Younès, souligne qu’il est « présumé innocent » et qu’il « conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés » (lire notre Boîte noire). Durant son audition, il avait dénoncé un « acharnement » et assuré avoir eu « un langage et un comportement plus que corrects » : « Je ne sors pas mon sexe, je ne montre pas mon sexe, et je ne touche pas les enfants. […] Ce truc-là, ça me dégoute. »

      Le dossier a-t-il reçu toute l’attention qu’il méritait ? Une énième scène permet d’en douter. Fin mars 2019, deux agents de la BPM se déplacent à l’école Paul-Dubois, pour effectuer « des constatations ». Dans leur compte rendu, ils se tromperont en situant l’enfant à l’origine de la procédure dans la mauvaise classe, au mauvais étage avec la mauvaise enseignante.

      Ce traitement de l’affaire s’explique-t-il par un manque de temps et de moyens des policiers ? Il intervient en tout cas dans un contexte où les services policiers chargé des dossiers de violences sexuelles sont surchargés, en manque d’effectifs et de ressources, notamment pour former leurs agents.

      Des interférences dans le dossier

      Une dernière bizarrerie apparaît cependant dans cette affaire : l’interférence d’un policier de la brigade des stupéfiants de Paris, extérieur au dossier. Informé de l’inquiétude des familles par la tante d’un enfant de l’école, ce policier, Thierry C., s’est renseigné auprès de la brigade des mineurs sur cette enquête. Puis il a rencontré, le 14 mai 2019, pendant près de trois heures, les trois familles plaignantes, en se présentant comme « un médiateur bienveillant » pouvant faire remonter « anonymement » des éléments à la brigade des mineurs.

      D’après le récit des familles (transmis dans le courrier des avocats à la vice-procureure), ce policier aurait expliqué avoir informé sa hiérarchie et la BPM de cette rencontre, par l’intermédiaire de son « chef copain avec le numéro 1 de la BPM ». Toujours selon les familles, Thierry C. leur aurait longuement fait part du sentiment supposé de la brigade des mineurs sur le dossier (« [Ils] pensent qu’il n’y a pas d’affaire »), sur les familles (des « bobos » dominés par un « sentiment anti-flic ») et sur leur avocate. Quelle était l’intention de ce policier ? Dans quel cadre agissait-il ? Questionné par Mediapart, il n’a pas répondu.

      Dans sa réponse à la vice-procureure, le chef de la brigade des mineurs, Vianney Dyevre, reconnaît quelques mois plus tard un échange de « quelques minutes » entre la BPM et ce policier au sujet de l’affaire, mais assure qu’« aucun élément d’enquête précis » n’a été divulgué et parle d’une « démarche très personnelle ». Pourtant, l’agent des stups a bien mentionné plusieurs éléments de l’enquête inconnus des parents (notamment le placement en garde à vue de l’animateur). Selon nos informations, une enquête pour « violation du secret professionnel » a été ouverte par le parquet de Paris, puis classée sans suite le 16 septembre 2019.

      Le rôle d’un autre agent – de la mairie celui-ci – suscite également des interrogations. Ancien capitaine de la brigade des mineurs détaché à la direction des affaires scolaires de la Ville de Paris (Dasco), Frédéric Régnier est chargé de mener les auditions dans le cadre de l’enquête administrative et de faire remonter les informations en sa possession vers l’enquête judiciaire.

      Plusieurs éléments dont il a eu connaissance ne figurent pourtant pas dans l’enquête préliminaire de la brigade des mineurs. C’est le cas d’un signalement qui lui a été fait par l’école, début avril 2019, concernant les propos tenus en classe par un enfant au sujet de l’animateur : « [Il] a joué avec le zizi de [prénom d’un enfant] et il lui a mis un doigt dans les fesses. » C’est le cas aussi du témoignage de la mère, qui a indiqué, lors d’une réunion avec la mairie, le 15 mars 2019, avoir vu plusieurs fois l’animateur « collé aux enfants », « ne s’exprim[ant] pas d’une façon adaptée » et avoir demandé à son fils « de ne pas s’approcher de [lui] ». Ce à quoi Frédéric Régnier avait répondu qu’il pouvait « éventuellement faire le lien avec la brigade des mineurs » pour transmettre cet élément, selon un enregistrement de la réunion que Mediapart s’est procuré.

      L’agent aurait aussi demandé à certains parents de venir avec leurs dépositions judiciaires lors de leur audition dans l’enquête administrative. Une famille a précisé à Mediapart avoir accepté « en confiance » et précise qu’il a même « fait la photocopie de [leur] audition ». Un élément problématique, selon les avocats, qui affirment que le mis en cause a pu avoir accès, comme c’est la règle, au dossier de l’enquête administrative, et donc à des éléments des dépositions judiciaires, avant sa garde à vue…

      Dans leur courrier à la vice-procureure, les avocats Mes Grimaud et Costantino se questionnent sur « l’ambiguïté de la fonction » de Frédéric Régnier et sa double casquette, qui a suscité « de l’incompréhension » chez une partie de leurs clients. Ils dénoncent aussi « l’inertie totale » de l’agent « dans le traitement de ces informations ».

      Sollicité par Mediapart, Frédéric Régnier n’a pas répondu. Le chef de la brigade des mineurs indique, lui, dans sa réponse à la vice-procureure, que sa brigade « n’intervient pas dans ce domaine » et que « l’organisation de réunions publiques au sein des écoles, la façon de mener les enquêtes administratives, les propos que M. Régnier tient aux parents et la façon dont il se présente relève de sa seule compétence ».

      Contactés par Mediapart, le parquet de Paris, la vice-procureure chargée de la section mineurs et le chef de la brigade des mineurs, Vianney Dyevre, n’ont pas répondu à nos questions précises, invoquant le « secret de l’enquête » (lire notre Boîte noire).

      Le 20 mai 2019, les deux avocats des familles avaient rencontré le commissaire Dyevre pour lui faire part des éléments récoltés, mais aussi de la série d’« incidents » avec la BPM. Dans leur courrier à la vice-procureure, Mes Grimaud et Costantino assurent que le numéro un de la BPM aurait remis en cause la crédibilité de la parole des enfants auditionnés, « contaminée par leurs parents » et donc ne « vala[nt] rien ». D’après eux, Vianney Dyevre aurait insisté sur sa conviction profonde quant à « l’innocence » de l’animateur et leur aurait demandé de faire preuve d’« empathie » à l’égard de cet homme « anéanti » par cette affaire, « à la carrière démolie ». Il serait regrettable qu’il se « suicide » du fait de « l’acharnement des familles », aurait ajouté le commissaire, concluant, selon les avocats : « À force d’auditions de centaines et centaines d’enfants, on finit bien par trouver une ou des victimes. »

    • Au fil des mois, ce sont les parents délégués qui ont continué, dans des points d’information réguliers par courriels, de répondre aux interrogations des familles, alors même que plusieurs d’entre eux découvraient que leurs propres enfants étaient potentiellement concernés.

      Plusieurs familles nous ont déclaré ne pas s’être rendues à la police après avoir entendu les récits d’autres parents ayant eu affaire à la brigade des mineurs dans ce dossier (récits des auditions ou de « refus d’enregistrer une plainte »). Ils ont préféré se tourner vers des psychologues ou pédopsychiatres, qui ont adressé des signalements directement au parquet. Au fil des mois, plusieurs médecins ont établi un « trauma » « considérable » et préconisé un « suivi », voire davantage.

      Au sein du collectif de parents, la question se pose, dès la rentrée 2019, de médiatiser l’affaire. Les familles sont divisées. Les uns disent ne plus faire confiance à la brigade des mineurs et à la justice, et souhaitent qu’un coup de projecteur soit donné sur les dysfonctionnements des institutions dans ce dossier. Les autres pensent au contraire qu’il faut laisser travailler la justice, qui vient enfin de rouvrir le dossier, cette fois confié à une juge d’instruction.

      En septembre 2019, une mère prend cependant l’initiative d’écrire à Mediapart au sujet de cette « affaire assez sensible », expliquant avoir pris contact avec la brigade des mineurs de Paris au « lendemain » de la révélation de l’affaire à l’école. « J’ai rapidement compris que cette affaire ne ferait pas l’objet d’une véritable enquête de la brigade », nous indique-t-elle, en accusant la mairie de vouloir « étouffer » le dossier. « C’est absolument l’horreur », se désespère-t-elle. En février 2020, ce sont deux autres familles qui, sans se concerter, alertent Mediapart sur ce même dossier.

      Pour l’avocate Marie Grimaud, ce sont aussi les leviers des familles – des CSP+ favorisées, pour beaucoup –, qui ont permis la réouverture du dossier par la justice en septembre 2019, alors qu’il avait été classé sans suite après trois mois d’enquête. « D’habitude, les services policiers et judiciaires sont face à moins d’esprit critique. Là, on a des gens à fort potentiel financier et intellectuel pour réagir. »

      Aujourd’hui, près de deux ans après le début des faits présumés, beaucoup de familles sont à bout de nerfs. Certaines ont implosé (séparations ou tensions conjugales, burn-out, dépressions, difficultés dans leur travail) ; d’autres tentent de rebondir avec un suivi psychologique ; d’autres encore ont choisi de partir à des centaines de kilomètres de Paris pour s’éloigner de ce huis clos infernal. Beaucoup ont changé leur enfant d’école. Plusieurs, potentiellement concernées par l’affaire, ont décidé de ne pas se constituer parties civiles ou bien de ne pas aller plus loin dans le dévoilement d’éventuels faits, pour se dégager d’une procédure qui devenait trop pesante.

      Pour l’avocat Rodolphe Costantino, « les parents font montre de beaucoup de résistances avec l’idée que leurs enfants sont peut-être victimes, à rebours du préjugé selon lequel il y aurait une hystérie collective dans cette affaire. Certains ne veulent pas être dans le dossier malgré les déclarations de leurs enfants. Si les élèves de toutes les classes avaient été auditionnés, les paroles de ces enfants-là auraient pu émerger dans le dossier ».

      L’école et les services de la mairie ont-ils pris la mesure des premières alertes, en janvier 2019 ? Pourquoi n’ont-ils pas informé plus rapidement les parents de la suspension de l’animateur ? Les moyens destinés à la gestion de cette crise et à l’accompagnement des familles ont-ils été suffisants ?

      Contactés par Mediapart, les ex-élus Pierre Aidenbaum et Yves Peschet, les agents de la Ville Catherine Hascoet et Frédéric Régnier, le directeur de l’école Dubois, Claude Monier, la REV, une enseignante et six animatrices, n’ont pas donné suite (lire notre Boîte noire).

      Questionnés, le rectorat et la Ville de Paris ont souligné la difficulté d’informer les parents étant donné que la demande « de la brigade des mineurs », après les réunions, était « de cesser de communiquer publiquement pour leur permettre de mener leur enquête » sans « interférence ». Ce qui a « génér[é] incompréhension, colère et frustration chez les parents », reconnaît le rectorat. Tous deux indiquent également que tous les directeurs d’école et les REV de Paris Centre ont bénéficié d’une formation sur le « recueil de la parole de l’enfant en danger » dispensée par le Centre ressources pour intervenants auprès d’auteurs de violences sexuelles (CRIAVS), mais un an après le déclenchement de l’affaire.

      Le rectorat assure que ses services « se sont fortement et immédiatement mobilisés », en proposant « un accompagnement psychologique » et en réalisant « un travail important d’accueil de la parole des enfants ». « La crainte de tous les parents [a été] prise en compte », estime-t-il.

      La Ville de Paris nous indique avoir suspendu l’animateur dès le lendemain du signalement de l’école à la Dasco. Elle assure que Catherine Hascoet « a systématiquement répondu aux sollicitations des parents » et estime avoir délivré une « communication la plus transparente possible eu égard aux contraintes d’une enquête judiciaire pour répondre au mieux aux craintes et interrogations des parents » (lire leurs réponses intégrales ici).

      Après quatre mois de suspension, l’animateur mis en cause a été réintégré administrativement « dans l’attente de la conclusion de la procédure judiciaire », mais n’est « actuellement affecté à aucun poste à la Ville de Paris », précise celle-ci. Joint par Mediapart, il n’a pas souhaité nous répondre, préférant « laisser la justice faire son travail » (lire notre Boîte noire). Face aux enquêteurs, il avait contesté les accusations et il est présumé innocent. L’équipe pédagogique de l’école l’avait décrit aux policiers comme quelqu’un de « très professionnel », à la fois « autoritaire » et multipliant les « blagues ».

      Quelle que soit l’issue judiciaire du dossier, « cela laissera des marques aux enfants, aux parents », nous confie une mère. « Même en termes d’éducation, c’est difficile de savoir, dans le comportement de ma fille, ce qui est lié à cette affaire, ce qui relève d’un caprice ou d’une vraie peur. »

      « Certains parents arrivent à voir la vérité en face. Nous, ça nous a demandé un peu plus de temps, ajoute-t-elle. Je ne pouvais pas l’accepter, j’étais un peu dans le déni. Je n’ai pas dormi pendant six mois. Mon mari ne voulait pas y croire, il s’est réfugié dans le travail, ça lui a pris six mois de plus que moi. Aujourd’hui, il en pleure. Les parents sont pris en charge aussi par les psys, parce que c’est tellement difficile de garder les pieds sur terre. Parce que si on tombe tous en dépression, les enfants vont en pâtir. »

    • Pour une amie proche, ça c’est arrêté vite, la directrice de l’école de Clichy la garenne l’a tout de suite prévenue que si elle portait plainte pour l’agression sexuelle subit par sa fille dans son école « cela la suivrait toute sa scolarité » même chose pour le président de la FCPE qui s’est moqué d’elle et lui a dit que les jeunes agresseurs étaient déjà en difficulté sociale et que porter plainte ne mènerait à rien. Le résultat : départ de la fillette et de sa mère pour un autre département sans aucun suivi, pire, avec le sentiment d’être indésirables. Certes, c’était en 2002, mais ce principe de toujours accuser les victimes perdurent dans cette tenace #culture_du_viol et j’en suis toujours en colère.
      #sans_réparation

    • Au regard de ce qui est sorti hier sur Mediapart il est frappant de voire à quel point le papier paru le même jour sur l’e-monde est un communiqué gouvernemental pour essayé de rétablir une image positive de leurs force de l’ordre phallique.

      « À force d’auditions de centaines et centaines d’enfants, on finit bien par trouver une ou des victimes. »

      dixit les poulets de la brigade de « protection » des mineurs...

    • L’information progresse ainsi nettement moins rapidement depuis le week-end du 14 novembre que l’attaque terroriste de Nice, d’autant plus que les titres de presse n’ont strictement rien à voir avec ce que l’on peut voir habituellement : “ Double Agression mortelle à Cholet”, titre par exemple BFM TV le dimanche. Pourquoi pas “double meurtre” au moins, dans de cas ? “ Agressions à Cholet . Le suspect se dit catholique et tient un « discours de haine des non-croyants”, titrent, quant à eux, les journalistes du Courrier de l’Ouest. Le procureur de la République, Eric Bouillard, parle d’un “discours de haine, en tout cas de détestation des non-croyants”, mais la “piste terroriste” n’est pas retenue. “ Double agression mortelle à Cholet : l’homme interpellé se décrit comme un prophète catholique pour punir les incroyants”, précise France 3 Pays de la Loire dans son titre et s’aligne ainsi sur ses confrères. Quelques jours plus tard, on apprenait, dans un article un poil fouillé du Figaro, que l’auteur des meurtres avait des antécédents psychiatriques, et que sa vie était perturbé par des “déboires professionnels et sentimentaux”. On apprend également qu’il avait des antécédents judiciaires liés à un port d’armes illégales, mais cela ne semble retenir l’attention de personne.

      #déni #racisme #masculinisme #catholicisme #censure #laïcité #laïcité_mon_cul #vocabulaire #agression

    • Pourquoi un tel écart d’interprétation médiatique entre deux événements pourtant similaires ? A Nice, comme dans tous les “attentats terroristes islamistes”, nous avons le nom du suspect, celui des victimes et un emballement médiatique important, qui utilise de manière instantanée le champ lexical de l’émotion sans le moindre recul : “barbarie”, “drame”, horreur”, “terreur”… A Cholet, le nom du suspect reste inconnu, celui des victimes également et les quelques articles qui décrivent les faits sont très factuels, quasi cliniques (“une agression ayant entraîné la mort de”). Le lien entre le décès des victimes et les agressions est atténué, comme si les journalistes voulaient éviter de tirer des conclusions trop rapides, ce qui est noble, en soi.

      Pourtant, le bilan n’est pas si différent : trois morts d’un côté, deux morts et une blessée grave de l’autre. Des familles endeuillées et des traumatismes toute une vie. Pourquoi alors des réactions aussi différentes et des titres de presse pudiques qui changent tout ?

    • J’avais fait la remarque là :
      https://seenthis.net/messages/886691
      Sur une soixantaine de titres de presse, deux seulement évoquait le terrorisme, mais uniquement pour expliciter que « la piste terroriste est écartée ». Et seulement deux indiquaient explicitement qu’il s’agissant d’un catholique.

      Et de suggérer :

      si le gars (même avec un parcours psychiatrique) avait expliqué qu’il était un prophète musulman chargé de punir les incroyants, on aurait les mots « terrorisme » et « musulman » dans chacun des 60 titres

  • Je suis prof. Seize brèves réflexions contre la terreur et l’obscurantisme, en #hommage à #Samuel_Paty

    Les lignes qui suivent ont été inspirées par la nouvelle atroce de la mise à mort de mon collègue, Samuel Paty, et par la difficile semaine qui s’en est suivie. En hommage à un #enseignant qui croyait en l’#éducation, en la #raison_humaine et en la #liberté_d’expression, elles proposent une quinzaine de réflexions appelant, malgré l’émotion, à penser le présent, et en débattre, avec raison. Ces réflexions ne prétendent évidemment pas incarner la pensée de Samuel Paty, mais elles sont écrites pour lui, au sens où l’effort de pensée, de discernement, de nuances, de raison, a été fait en pensant à lui, et pour lui rendre hommage. Continuer de penser librement, d’exprimer, d’échanger les arguments, me parait le meilleur des hommages.

    1. Il y a d’abord eu, en apprenant la nouvelle, l’#horreur, la #tristesse, la #peur, devant le #crime commis, et des pensées pour les proches de Samuel Paty, ses collègues, ses élèves, toutes les communautés scolaires de France et, au-delà, toute la communauté des humains bouleversés par ce crime. Puis s’y est mêlée une #rage causée par tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, et avant même d’en savoir plus sur les tenants et aboutissants qui avaient mené au pire, se sont empressés de dégainer des kits théoriques tendant à minimiser l’#atrocité du crime ou à dissoudre toute la #responsabilité de l’assassin (ou possiblement des assassins) dans des entités excessivement extensibles (que ce soit « l’#islamisation » ou « l’#islamophobie ») – sans compter ceux qui instrumentalisent l’horreur pour des agendas qu’on connait trop bien : rétablissement de la peine de mort, chasse aux immigré.e.s, chasse aux musulman.e.s.

    2. Il y a ensuite eu une peur, ou des peurs, en voyant repartir tellement vite, et à la puissance dix, une forme de réaction gouvernementale qui a de longue date fait les preuves de son #inefficacité (contre la #violence_terroriste) et de sa #nocivité (pour l’état du vivre-ensemble et des droits humains) : au lieu d’augmenter comme il faut les moyens policiers pour enquêter plus et mieux qu’on ne le fait déjà, pour surveiller, remonter des filières bien ciblées et les démanteler, mais aussi assurer en temps réel la protection des personnes qui la demandent, au moment où elles la demandent, on fait du spectacle avec des boucs émissaires.

    Une sourde appréhension s’est donc mêlée à la peine, face au déferlement d’injures, de menaces et d’attaques islamophobes, anti-immigrés et anti-tchétchènes qui a tout de suite commencé, mais aussi face à l’éventualité d’autres attentats qui pourraient advenir dans le futur, sur la prévention desquels, c’est le moins que je puisse dire, toutes les énergies gouvernementales ne me semblent pas concentrées.

    3. Puis, au fil des lectures, une #gêne s’est installée, concernant ce que, sur les #réseaux_sociaux, je pouvais lire, « dans mon camp » cette fois-ci – c’est-à-dire principalement chez des gens dont je partage plus ou moins une certaine conception du combat antiraciste. Ce qui tout d’abord m’a gêné fut le fait d’énoncer tout de suite des analyses explicatives alors qu’au fond on ne savait à peu près rien sur le détail des faits : quel comportement avait eu précisément Samuel Paty, en montrant quels dessins, quelles interactions avaient eu lieu après-coup avec les élèves, avec les parents, qui avait protesté et en quels termes, sous quelles forme, qui avait envenimé le contentieux et comment s’était produit l’embrasement des réseaux sociaux, et enfin quel était le profil de l’assassin, quel était son vécu russe, tchétchène, français – son vécu dans toutes ses dimensions (familiale, socio-économique, scolaire, médicale), sa sociabilité et ses accointances (ou absences d’accointances) religieuses, politiques, délinquantes, terroristes ?

    J’étais gêné par exemple par le fait que soit souvent validée a priori, dès les premières heures qui suivirent le crime, l’hypothèse que Samuel Paty avait « déconné », alors qu’on n’était même pas certain par exemple que c’était le dessin dégoutant du prophète cul nu (j’y reviendrai) qui avait été montré en classe (puisqu’on lisait aussi que le professeur avait déposé plainte « pour diffamation » suite aux accusations proférées contre lui), et qu’on ne savait rien des conditions et de la manière dont il avait agencé son cours.

    4. Par ailleurs, dans l’hypothèse (qui a fini par se confirmer) que c’était bien ce dessin, effectivement problématique (j’y reviendrai), qui avait servi de déclencheur ou de prétexte pour la campagne contre Samuel Paty, autre chose me gênait. D’abord cet oubli : montrer un #dessin, aussi problématique soit-il, obscène, grossier, de mauvais goût, ou même raciste, peut très bien s’intégrer dans une #démarche_pédagogique, particulièrement en cours d’histoire – après tout, nous montrons bien des #caricatures anti-juives ignobles quand nous étudions la montée de l’antisémitisme, me confiait un collègue historien, et cela ne constitue évidemment pas en soi une pure et simple perpétuation de l’#offense_raciste. Les deux cas sont différents par bien des aspects, mais dans tous les cas tout se joue dans la manière dont les documents sont présentés et ensuite collectivement commentés, analysés, critiqués. Or, sur ladite manière, en l’occurrence, nous sommes restés longtemps sans savoir ce qui exactement s’était passé, et ce que nous avons fini par appendre est que Samuel Paty n’avait pas eu d’intention maligne : il s’agissait vraiment de discuter de la liberté d’expression, autour d’un cas particulièrement litigieux.

    5. En outre, s’il s’est avéré ensuite, dans les récits qui ont pu être reconstitués (notamment dans Libération), que Samuel Paty n’avait fait aucun usage malveillant de ces caricatures, et que les parents d’élèves qui s’étaient au départ inquiétés l’avaient assez rapidement et facilement compris après discussion, s’il s’est avéré aussi qu’au-delà de cet épisode particulier, Samuel Paty était un professeur très impliqué et apprécié, chaleureux, blagueur, il est dommageable que d’emblée, il n’ait pas été martelé ceci, aussi bien par les inconditionnels de l’ « esprit Charlie » que par les personnes légitimement choquées par certaines des caricatures : que même dans le cas contraire, même si le professeur avait « déconné », que ce soit un peu ou beaucoup, que même s’il avait manqué de précautions pédagogiques, que même s’il avait intentionnellement cherché à blesser, bref : que même s’il avait été un « mauvais prof », hautain, fumiste, ou même raciste, rien, absolument rien ne justifiait ce qui a été commis.

    Je me doute bien que, dans la plupart des réactions à chaud, cela allait sans dire, mais je pense que, dans le monde où l’on vit, et où se passent ces horreurs, tout désormais en la matière (je veux dire : en matière de mise à distance de l’hyper-violence) doit être dit, partout, même ce qui va sans dire.

    En d’autres termes, même si l’on juge nécessaire de rappeler, à l’occasion de ce crime et des discussions qu’il relance, qu’il est bon que tout ne soit pas permis en matière de liberté d’expression, cela n’est selon moi tenable que si l’on y adjoint un autre rappel : qu’il est bon aussi que tout ne soit pas permis dans la manière de limiter la liberté d’expression, dans la manière de réagir aux discours offensants, et plus précisément que doit être absolument proscrit le recours à la #violence_physique, a fortiori au #meurtre. Nous sommes malheureusement en un temps, je le répète, où cela ne va plus sans dire.

    6. La remarque qui précède est, me semble-t-il, le grand non-dit qui manque le plus dans tout le débat public tel qu’il se polarise depuis des années entre les « Charlie », inconditionnels de « la liberté d’expression », et les « pas Charlie », soucieux de poser des « #limites » à la « #liberté_d’offenser » : ni la liberté d’expression ni sa nécessaire #limitation ne doivent en fait être posées comme l’impératif catégorique et fondamental. Les deux sont plaidables, mais dans un #espace_de_parole soumis à une autre loi fondamentale, sur laquelle tout le monde pourrait et devrait se mettre d’accord au préalable, et qui est le refus absolu de la violence physique.

    Moyennant quoi, dès lors que cette loi fondamentale est respectée, et expressément rappelée, la liberté d’expression, à laquelle Samuel Paty était si attaché, peut et doit impliquer aussi le droit de dire qu’on juge certaines caricatures de Charlie Hebdo odieuses :

    – celles par exemple qui amalgament le prophète des musulmans (et donc – par une inévitable association d’idées – l’ensemble des fidèles qui le vénèrent) à un terroriste, en le figurant par exemple surarmé, le nez crochu, le regard exorbité, la mine patibulaire, ou coiffé d’un turban en forme de bombe ;

    – celle également qui blesse gratuitement les croyants (et les croyants lambda, tolérants, non-violents, tout autant voire davantage que des « djihadistes » avides de prétextes à faire couler le sang), en représentant leur prophète cul nul, testicules à l’air, une étoile musulmane à la place de l’anus ;

    – celle qui animalise une syndicaliste musulmane voilée en l’affublant d’un faciès de singe ;

    – celle qui annonce « une roumaine » (la joueuse Simona Halep), gagnante de Roland-Garros, et la représente en rom au physique disgracieux, brandissant la coupe et criant « ferraille ! ferraille ! » ;

    – celle qui nous demande d’imaginer « le petit Aylan », enfant de migrants kurdes retrouvé mort en méditerranée, « s’il avait survécu », et nous le montre devenu « tripoteur de fesses en Allemagne » (suite à une série de viols commis à Francfort) ;

    – celle qui représente les esclaves sexuelles de Boko Haram, voilées et enceintes, en train de gueuler après leurs « allocs » ;

    – celle qui fantasme une invasion ou une « islamisation » en forme de « grand remplacement », par exemple en nous montrant un musulman barbu dont la barbe démesurée envahit toute la page de Une, malgré un minuscule Macron luttant « contre le séparatisme », armé de ciseaux, mais ne parvenant qu’à en couper que quelques poils ;

    – celle qui alimente le même fantasme d’invasion en figurant un Macron, déclarant que le port du foulard par des femmes musulmanes « ne le regarde pas » en tant que président, tandis que le reste de la page n’est occupé que par des femmes voilées, avec une légende digne d’un tract d’extrême droite : « La République islamique en marche ».

    Sur chacun de ces dessins, publiés en Une pour la plupart, je pourrais argumenter en détail, pour expliquer en quoi je les juge odieux, et souvent racistes. Bien d’autres exemples pourraient d’ailleurs être évoqués, comme une couverture publiée à l’occasion d’un attentat meurtrier commis à Bruxelles en mars 2016 et revendiqué par Daesh (ayant entraîné la mort de 32 personnes et fait 340 blessés), et figurant de manière pour le moins choquante le chanteur Stromae, orphelin du génocide rwandais, en train de chanter « Papaoutai » tandis que voltigent autour de lui des morceaux de jambes et de bras déchiquetés ou d’oeil exorbité. La liste n’est pas exhaustive, d’autres unes pourraient être évoquées – celles notamment qui nous invitent à rigoler (on est tenté de dire ricaner) sur le sort des femmes violées, des enfants abusés, ou des peuples qui meurent de faim.

    On a le droit de détester cet #humour, on a le droit de considérer que certaines de ces caricatures incitent au #mépris ou à la #haine_raciste ou sexiste, entre autres griefs possibles, et on a le droit de le dire. On a le droit de l’écrire, on a le droit d’aller le dire en justice, et même en manifestation. Mais – cela allait sans dire, l’attentat de janvier 2015 oblige désormais à l’énoncer expressément – quel que soit tout le mal qu’on peut penser de ces dessins, de leur #brutalité, de leur #indélicatesse, de leur méchanceté gratuite envers des gens souvent démunis, de leur #racisme parfois, la #violence_symbolique qu’il exercent est sans commune mesure avec la violence physique extrême que constitue l’#homicide, et elle ne saurait donc lui apporter le moindre commencement de #justification.

    On a en somme le droit de dénoncer avec la plus grande vigueur la violence symbolique des caricatures quand on la juge illégitime et nocive, car elle peut l’être, à condition toutefois de dire désormais ce qui, je le répète, aurait dû continuer d’aller sans dire mais va beaucoup mieux, désormais, en le disant : qu’aucune violence symbolique ne justifie l’hyper-violence physique. Cela vaut pour les pires dessins de Charlie comme pour les pires répliques d’un Zemmour ou d’un Dieudonné, comme pour tout ce qui nous offense – du plutôt #douteux au parfaitement #abject.

    Que reste-t-il en effet de la liberté d’expression si l’on défend le #droit_à_la_caricature mais pas le droit à la #critique des caricatures ? Que devient le #débat_démocratique si toute critique radicale de #Charlie aujourd’hui, et qui sait de de Zemmour demain, de Macron après-demain, est d’office assimilée à une #incitation_à_la_violence, donc à de la complicité de terrorisme, donc proscrite ?

    Mais inversement, que devient cet espace démocratique si la dénonciation de l’intolérable et l’appel à le faire cesser ne sont pas précédés et tempérés par le rappel clair et explicite de l’interdit fondamental du meurtre ?

    7. Autre chose m’a gêné dans certaines analyses : l’interrogation sur les « #vrais_responsables », formulation qui laisse entendre que « derrière » un responsable « apparent » (l’assassin) il y aurait « les vrais responsables », qui seraient d’autres que lui. Or s’il me parait bien sûr nécessaire d’envisager dans toute sa force et toute sa complexité l’impact des #déterminismes_sociaux, il est problématique de dissoudre dans ces déterminismes toute la #responsabilité_individuelle de ce jeune de 18 ans – ce que la sociologie ne fait pas, contrairement à ce que prétendent certains polémistes, mais que certains discours peuvent parfois faire.

    Que chacun s’interroge toujours sur sa possible responsabilité est plutôt une bonne chose à mes yeux, si toutefois on ne pousse pas le zèle jusqu’à un « on est tous coupables » qui dissout toute #culpabilité réelle et arrange les affaires des principaux coupables. Ce qui m’a gêné est l’enchaînement de questions qui, en réponse à la question « qui a tué ? », met comme en concurrence, à égalité, d’une part celui qui a effectivement commis le crime, et d’autre part d’autres personnes ou groupes sociaux (la direction de l’école, la police, le père d’élève ayant lancé la campagne publique contre Samuel Paty sur Youtube, sa fille qui semble l’avoir induit en erreur sur le déroulement de ses cours) qui, quel que soit leur niveau de responsabilité, n’ont en aucun cas « tué » – la distinction peut paraitre simple, voire simpliste, mais me parait, pour ma part, cruciale à maintenir.

    8. Ce qui m’a gêné, aussi, et même écoeuré lorsque l’oubli était assumé, et que « le système » néolibéral et islamophobe devenait « le principal responsable », voire « l’ennemi qu’il nous faut combattre », au singulier, ce fut une absence, dans la liste des personnes ou des groupes sociaux pouvant, au-delà de l’individu #Abdoullakh_Abouyezidovitch, se partager une part de responsabilité. Ce qui me gêna fut l’oubli ou la minoration du rôle de l’entourage plus ou moins immédiat du tueur – qu’il s’agisse d’un groupe terroriste organisé ou d’un groupe plus informel de proches ou de moins proches (via les réseaux sociaux), sans oublier, bien entendu, l’acolyte de l’irresponsable « père en colère » : un certain #Abdelhakim_Sefrioui, entrepreneur de haine pourtant bien connu, démasqué et ostracisé de longue date dans les milieux militants, à commencer par les milieux pro-palestiniens et la militance anti-islamophobie.

    Je connais les travaux sociologiques qui critiquent à juste titre l’approche mainstream, focalisée exclusivement les techniques de propagande des organisations terroristes, et qui déplacent la focale sur l’étude des conditions sociales rendant audible et « efficace » lesdites techniques de #propagande. Mais justement, on ne peut prendre en compte ces conditions sociales sans observer aussi comment elles pèsent d’une façon singulière sur les individus, dont la responsabilité n’est pas évacuée. Et l’on ne peut pas écarter, notamment, la responsabilité des individus ou des groupes d’ « engraineurs », surtout si l’on pose la question en ces termes : « qui a tué ? ».

    9. Le temps du #choc, du #deuil et de l’#amertume « contre mon propre camp » fut cela dit parasité assez vite par un vacarme médiatique assourdissant, charriant son lot d’#infamie dans des proportions autrement plus terrifiantes. #Samuel_Gontier, fidèle « au poste », en a donné un aperçu glaçant :

    – des panels politiques dans lesquels « l’équilibre » invoqué par le présentateur (Pascal Praud) consiste en un trio droite, droite extrême et extrême droite (LREM, Les Républicains, Rassemblement national), et où les différentes familles de la gauche (Verts, PS, PCF, France insoumise, sans même parler de l’extrême gauche) sont tout simplement exclues ;

    – des « débats » où sont mis sérieusement à l’agenda l’interdiction du #voile dans tout l’espace public, l’expulsion de toutes les femmes portant le #foulard, la #déchéance_de_nationalité pour celles qui seraient françaises, la réouverture des « #bagnes » « dans îles Kerguelen », le rétablissement de la #peine_de_mort, et enfin la « #criminalisation » de toutes les idéologies musulmanes conservatrices, « pas seulement le #djihadisme mais aussi l’#islamisme » (un peu comme si, à la suite des attentats des Brigades Rouges, de la Fraction Armée Rouge ou d’Action Directe, on avait voulu criminaliser, donc interdire et dissoudre toute la gauche socialiste, communiste, écologiste ou radicale, sous prétexte qu’elle partageait avec les groupes terroristes « l’opposition au capitalisme ») ;

    – des « plateaux » sur lesquels un #Manuel_Valls peut appeler en toute conscience et en toute tranquillité, sans causer de scandale, à piétiner la Convention Européenne des Droits Humains : « S’il nous faut, dans un moment exceptionnel, s’éloigner du #droit_européen, faire évoluer notre #Constitution, il faut le faire. », « Je l’ai dit en 2015, nous sommes en #guerre. Si nous sommes en guerre, donc il faut agir, frapper. ».

    10. Puis, très vite, il y a eu cette offensive du ministre de l’Intérieur #Gérald_Darmanin contre le #CCIF (#Collectif_Contre_l’Islamophobie_en_France), dénuée de tout fondement du point de vue de la #lutte_anti-terroriste – puisque l’association n’a évidemment pris aucune part dans le crime du 17 octobre 2020, ni même dans la campagne publique (sur Youtube et Twitter) qui y a conduit.

    Cette dénonciation – proprement calomnieuse, donc – s’est autorisée en fait d’une montée en généralité, en abstraction et même en « nébulosité », et d’un grossier sophisme : le meurtre de Samuel Paty est une atteinte aux « #valeurs » et aux « institutions » de « la #République », que justement le CCIF « combat » aussi – moyennant quoi le CCIF a « quelque chose à voir » avec ce crime et il doit donc être dissous, CQFD. L’accusation n’en demeure pas moins fantaisiste autant qu’infamante, puisque le « combat » de l’association, loin de viser les principes et les institutions républicaines en tant que telles, vise tout au contraire leur manque d’effectivité : toute l’activité du CCIF (c’est vérifiable, sur le site de l’association aussi bien que dans les rapports des journalistes, au fil de l’actualité, depuis des années) consiste à combattre la #discrimination en raison de l’appartenance ou de la pratique réelle ou supposée d’une religion, donc à faire appliquer une loi de la république. Le CCIF réalise ce travail par les moyens les plus républicains qui soient, en rappelant l’état du Droit, en proposant des médiations ou en portant devant la #Justice, institution républicaine s’il en est, des cas d’atteinte au principe d’#égalité, principe républicain s’il en est.

    Ce travail fait donc du CCIF une institution précieuse (en tout cas dans une république démocratique) qu’on appelle un « #contre-pouvoir » : en d’autres termes, un ennemi de l’arbitraire d’État et non de la « République ». Son travail d’#alerte contribue même à sauver ladite République, d’elle-même pourrait-on dire, ou plutôt de ses serviteurs défaillants et de ses démons que sont le racisme et la discrimination.

    Il s’est rapidement avéré, du coup, que cette offensive sans rapport réel avec la lutte anti-terroriste s’inscrivait en fait dans un tout autre agenda, dont on avait connu les prémisses dès le début de mandat d’Emmanuel Macron, dans les injures violentes et les tentatives d’interdiction de Jean-Michel #Blanquer contre le syndicat #Sud_éducation_93, ou plus récemment dans l’acharnement haineux du député #Robin_Réda, censé diriger une audition parlementaire antiraciste, contre les associations de soutien aux immigrés, et notamment le #GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés). Cet agenda est ni plus ni moins que la mise hors-jeu des « corps intermédiaires » de la société civile, et en premier lieu des #contre-pouvoirs que sont les associations antiracistes et de défense des droits humains, ainsi que les #syndicats, en attendant le tour des partis politiques – confère, déjà, la brutalisation du débat politique, et notamment les attaques tout à fait inouïes, contraires pour le coup à la tradition républicaine, de #Gérald_Darmanin contre les écologistes (#Julien_Bayou, #Sandra_Regol et #Esther_Benbassa) puis contre la #France_insoumise et son supposé « #islamo-gauchisme qui a détruit la république », ces dernières semaines, avant donc le meurtre de Samuel Paty.

    Un agenda dans lequel figure aussi, on vient de l’apprendre, un combat judiciaire contre le site d’information #Mediapart.

    11. Il y a eu ensuite l’annonce de ces « actions coup de poing » contre des associations et des lieux de culte musulmans, dont le ministre de l’Intérieur lui-même a admis qu’elles n’avaient aucun lien avec l’enquête sur le meurtre de Samuel Paty, mais qu’elles servaient avant tout à « #adresser_un_message », afin que « la #sidération change de camp ». L’aveu est terrible : l’heure n’est pas à la défense d’un modèle (démocratique, libéral, fondé sur l’État de Droit et ouvert à la pluralité des opinions) contre un autre (obscurantiste, fascisant, fondé sur la terreur), mais à une #rivalité_mimétique. À la #terreur on répond par la terreur, sans même prétendre, comme le fit naguère un Charles Pasqua, qu’on va « terroriser les terroristes » : ceux que l’on va terroriser ne sont pas les terroristes, on le sait, on le dit, on s’en contrefout et on répond au meurtre par la #bêtise et la #brutalité, à l’#obscurantisme « religieux » par l’obscurantisme « civil », au #chaos de l’#hyper-violence par le chaos de l’#arbitraire d’État.

    12. On cible donc des #mosquées alors même qu’on apprend (notamment dans la remarquable enquête de Jean-Baptiste Naudet, dans L’Obs) que le tueur ne fréquentait aucune mosquée – ce qui était le cas, déjà, de bien d’autres tueurs lors des précédents attentats.

    On s’attaque au « #séparatisme » et au « #repli_communautaire » alors même qu’on apprend (dans la même enquête) que le tueur n’avait aucune attache ou sociabilité dans sa communauté – ce qui là encore a souvent été le cas dans le passé.

    On préconise des cours intensifs de #catéchisme_laïque dans les #écoles, des formations intensives sur la liberté d’expression, avec distribution de « caricatures » dans tous les lycées, alors que le tueur était déscolarisé depuis un moment et n’avait commencé à se « radicaliser » qu’en dehors de l’#école (et là encore se rejoue un schéma déjà connu : il se trouve qu’un des tueurs du Bataclan fut élève dans l’établissement où j’exerce, un élève dont tous les professeurs se souviennent comme d’un élève sans histoires, et dont la famille n’a pu observer des manifestations de « #radicalisation » qu’après son bac et son passage à l’université, une fois qu’il était entré dans la vie professionnelle).

    Et enfin, ultime protection : Gérald Darmanin songe à réorganiser les rayons des #supermarchés ! Il y aurait matière à rire s’il n’y avait pas péril en la demeure. On pourrait s’amuser d’une telle #absurdité, d’une telle incompétence, d’une telle disjonction entre la fin et les moyens, si l’enjeu n’était pas si grave. On pourrait sourire devant les gesticulations martiales d’un ministre qui avoue lui-même tirer « à côté » des véritables coupables et complices, lorsque par exemple il ordonne des opérations contre des #institutions_musulmanes « sans lien avec l’enquête ». On pourrait sourire s’il ne venait pas de se produire une attaque meurtrière atroce, qui advient après plusieurs autres, et s’il n’y avait pas lieu d’être sérieux, raisonnable, concentré sur quelques objectifs bien définis : mieux surveiller, repérer, voir venir, mieux prévenir, mieux intervenir dans l’urgence, mieux protéger. On pourrait se payer le luxe de se disperser et de discuter des #tenues_vestimentaires ou des #rayons_de_supermarché s’il n’y avait pas des vies humaines en jeu – certes pas la vie de nos dirigeants, surprotégés par une garde rapprochée, mais celles, notamment, des professeurs et des élèves.

    13. Cette #futilité, cette #frivolité, cette bêtise serait moins coupable s’il n’y avait pas aussi un gros soubassement de #violence_islamophobe. Cette bêtise serait innocente, elle ne porterait pas à conséquence si les mises en débat du #vêtement ou de l’#alimentation des diverses « communautés religieuses » n’étaient pas surdéterminées, depuis de longues années, par de très lourds et violents #stéréotypes racistes. On pourrait causer lingerie et régime alimentaire si les us et coutumes religieux n’étaient pas des #stigmates sur-exploités par les racistes de tout poil, si le refus du #porc ou de l’#alcool par exemple, ou bien le port d’un foulard, n’étaient pas depuis des années des motifs récurrents d’#injure, d’#agression, de discrimination dans les études ou dans l’emploi.

    Il y a donc une bêtise insondable dans cette mise en cause absolument hors-sujet des commerces ou des rayons d’ « #alimentation_communautaire » qui, dixit Darmanin, « flatteraient » les « plus bas instincts », alors que (confère toujours l’excellente enquête de Jean-Baptiste Naudet dans L’Obs) l’homme qui a tué Samuel Paty (comme l’ensemble des précédents auteurs d’attentats meurtriers) n’avait précisément pas d’ancrage dans une « communauté » – ni dans l’immigration tchétchène, ni dans une communauté religieuse localisée, puisqu’il ne fréquentait aucune mosquée.

    Et il y a dans cette bêtise une #méchanceté tout aussi insondable : un racisme sordide, à l’encontre des #musulmans bien sûr, mais pas seulement. Il y a aussi un mépris, une injure, un piétinement de la mémoire des morts #juifs – puisque parmi les victimes récentes des tueries terroristes, il y a précisément des clients d’un commerce communautaire, l’#Hyper_Cacher, choisis pour cible et tués précisément en tant que tels.

    Telle est la vérité, cruelle, qui vient d’emblée s’opposer aux élucubrations de Gérald Darmanin : en incriminant les modes de vie « communautaires », et plus précisément la fréquentation de lieux de culte ou de commerces « communautaires », le ministre stigmatise non pas les coupables de la violence terroriste (qui se caractérisent au contraire par la #solitude, l’#isolement, le surf sur #internet, l’absence d’#attaches_communautaires et de pratique religieuse assidue, l’absence en tout cas de fréquentation de #lieux_de_cultes) mais bien certaines de ses victimes (des fidèles attaqués sur leur lieu de culte, ou de courses).

    14. Puis, quelques jours à peine après l’effroyable attentat, sans aucune concertation sur le terrain, auprès de la profession concernée, est tombée par voie de presse (comme d’habitude) une stupéfiante nouvelle : l’ensemble des Conseils régionaux de France a décidé de faire distribuer un « #recueil_de_caricatures » (on ne sait pas lesquelles) dans tous les lycées. S’il faut donner son sang, allez donner le vôtre, disait la chanson. Qu’ils aillent donc, ces élus, distribuer eux-mêmes leurs petites bibles républicaines, sur les marchés. Mais non : c’est notre sang à nous, petits profs de merde, méprisés, sous-payés, insultés depuis des années, qui doit couler, a-t-il été décidé en haut lieu. Et possiblement aussi celui de nos élèves.

    Car il faut se rendre à l’évidence : si cette information est confirmée, et si nous acceptons ce rôle de héros et martyrs d’un pouvoir qui joue aux petits soldats de plomb avec des profs et des élèves de chair et d’os, nous devenons officiellement la cible privilégiée des groupes terroristes. À un ennemi qui ne fonctionne, dans ses choix de cibles et dans sa communication politique, qu’au défi, au symbole et à l’invocation de l’honneur du Prophète, nos dirigeants répondent en toute #irresponsabilité par le #défi, le #symbole, et la remise en jeu de l’image du Prophète. À quoi doit-on s’attendre ? Y sommes-nous prêts ? Moi non.

    15. Comme si tout cela ne suffisait pas, voici enfin que le leader de l’opposition de gauche, celui dont on pouvait espérer, au vu de ses engagements récents, quelques mises en garde élémentaires mais salutaires contre les #amalgames et la #stigmatisation haineuse des musulmans, n’en finit pas de nous surprendre ou plutôt de nous consterner, de nous horrifier, puisqu’il s’oppose effectivement à la chasse aux musulmans, mais pour nous inviter aussitôt à une autre chasse : la #chasse_aux_Tchétchènes :

    « Moi, je pense qu’il y a un problème avec la #communauté_tchétchène en France ».

    Il suffit donc de deux crimes, commis tous les deux par une personne d’origine tchétchène, ces dernières années (l’attentat de l’Opéra en 2018, et celui de Conflans en 2020), plus une méga-rixe à Dijon cet été impliquant quelques dizaines de #Tchétchènes, pour que notre homme de gauche infère tranquillement un « #problème_tchétchène », impliquant toute une « communauté » de plusieurs dizaines de milliers de personnes vivant en France.

    « Ils sont arrivés en France car le gouvernement français, qui était très hostile à Vladimir Poutine, les accueillait à bras ouverts », nous explique Jean-Luc #Mélenchon. « À bras ouverts », donc, comme dans un discours de Le Pen – le père ou la fille. Et l’on a bien entendu : le motif de l’#asile est une inexplicable « hostilité » de la France contre le pauvre Poutine – et certainement pas une persécution sanglante commise par ledit Poutine, se déclarant prêt à aller « buter » lesdits Tchétchènes « jusque dans les chiottes ».

    « Il y a sans doute de très bonnes personnes dans cette communauté » finit-il par concéder à son intervieweur interloqué. On a bien lu, là encore : « sans doute ». Ce n’est donc même pas sûr. Et « de très bonnes personnes », ce qui veut dire en bon français : quelques-unes, pas des masses.

    « Mais c’est notre #devoir_national de s’en assurer », s’empresse-t-il d’ajouter – donc même le « sans doute » n’aura pas fait long feu. Et pour finir en apothéose :

    « Il faut reprendre un par un tous les dossiers des Tchétchènes présents en France et tous ceux qui ont une activité sur les réseaux sociaux, comme c’était le cas de l’assassin ou d’autres qui ont des activités dans l’#islamisme_politique (...), doivent être capturés et expulsés ».

    Là encore, on a bien lu : « tous les dossiers des Tchétchènes présents en France », « un par un » ! Quant aux suspects, ils ne seront pas « interpellés », ni « arrêtés », mais « capturés » : le vocabulaire est celui de la #chasse, du #safari. Voici donc où nous emmène le chef du principal parti d’opposition de gauche.

    16. Enfin, quand on écrira l’histoire de ces temps obscurs, il faudra aussi raconter cela : comment, à l’heure où la nation était invitée à s’unir dans le deuil, dans la défense d’un modèle démocratique, dans le refus de la violence, une violente campagne de presse et de tweet fut menée pour que soient purement et simplement virés et remplacés les responsables de l’#Observatoire_de_la_laïcité, #Nicolas_Cadène et #Jean-Louis_Bianco, pourtant restés toujours fidèles à l’esprit et à la lettre des lois laïques, et que les deux hommes furent à cette fin accusés d’avoir « désarmé » la République et de s’être « mis au service » des « ennemis » de ladite #laïcité et de ladite république – en somme d’être les complices d’un tueur de prof, puisque c’est de cet ennemi-là qu’il était question.

    Il faudra raconter que des universitaires absolument irréprochables sur ces questions, comme #Mame_Fatou_Niang et #Éric_Fassin, furent mis en cause violemment par des tweeters, l’une en recevant d’abjectes vidéos de décapitation, l’autre en recevant des #menaces de subir la même chose, avec dans les deux cas l’accusation d’être responsables de la mort de Samuel Paty.

    Il faudra se souvenir qu’un intellectuel renommé, invité sur tous les plateaux, proféra tranquillement, là encore sans être recadré par les animateurs, le même type d’accusations à l’encontre de la journaliste et chroniqueuse #Rokhaya_Diallo : en critiquant #Charlie_Hebdo, elle aurait « poussé à armer les bras des tueurs », et « entrainé » la mort des douze de Charlie hebdo.

    Il faudra se souvenir qu’au sommet de l’État, enfin, en ces temps de deuil, de concorde nationale et de combat contre l’obscurantisme, le ministre de l’Éducation nationale lui-même attisa ce genre de mauvaise querelle et de #mauvais_procès – c’est un euphémisme – en déclarant notamment ceci :

    « Ce qu’on appelle l’#islamo-gauchisme fait des ravages, il fait des ravages à l’#université. Il fait des ravages quand l’#UNEF cède à ce type de chose, il fait des ravages quand dans les rangs de la France Insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui ensuite, de loin en loin, mène au pire. »

    Il faudra raconter ce que ces sophismes et ces purs et simples mensonges ont construit ou tenté de construire : un « #consensus_national » fondé sur une rage aveugle plutôt que sur un deuil partagé et un « plus jamais ça » sincère et réfléchi. Un « consensus » singulièrement diviseur en vérité, excluant de manière radicale et brutale tous les contre-pouvoirs humanistes et progressistes qui pourraient tempérer la violence de l’arbitraire d’État, et apporter leur contribution à l’élaboration d’une riposte anti-terroriste pertinente et efficace : le mouvement antiraciste, l’opposition de gauche, la #sociologie_critique... Et incluant en revanche, sans le moindre état d’âme, une droite républicaine radicalisée comme jamais, ainsi que l’#extrême_droite lepéniste.

    Je ne sais comment conclure, sinon en redisant mon accablement, ma tristesse, mon désarroi, ma peur – pourquoi le cacher ? – et mon sentiment d’#impuissance face à une #brutalisation en marche. La brutalisation de la #vie_politique s’était certes enclenchée bien avant ce crime atroce – l’évolution du #maintien_de l’ordre pendant tous les derniers mouvements sociaux en témoigne, et les noms de Lallement et de Benalla en sont deux bons emblèmes. Mais cet attentat, comme les précédents, nous fait évidemment franchir un cap dans l’#horreur. Quant à la réponse à cette horreur, elle s’annonce désastreuse et, loin d’opposer efficacement la force à la force (ce qui peut se faire mais suppose le discernement), elle rajoute de la violence aveugle à de la violence aveugle – tout en nous exposant et en nous fragilisant comme jamais. Naïvement, avec sans doute un peu de cet idéalisme qui animait Samuel Paty, j’en appelle au #sursaut_collectif, et à la #raison.

    Pour reprendre un mot d’ordre apparu suite à ce crime atroce, #je_suis_prof. Je suis prof au sens où je me sens solidaire de Samuel Paty, où sa mort me bouleverse et me terrifie, mais je suis prof aussi parce que c’est tout simplement le métier que j’exerce. Je suis prof et je crois donc en la raison, en l’#éducation, en la #discussion. Depuis vingt-cinq ans, j’enseigne avec passion la philosophie et je m’efforce de transmettre le goût de la pensée, de la liberté de penser, de l’échange d’arguments, du débat contradictoire. Je suis prof et je m’efforce de transmettre ces belles valeurs complémentaires que sont la #tolérance, la #capacité_d’indignation face à l’intolérable, et la #non-violence dans l’#indignation et le combat pour ses idées.

    Je suis prof et depuis vingt-cinq ans je m’efforce de promouvoir le #respect et l’#égalité_de_traitement, contre tous les racismes, tous les sexismes, toutes les homophobies, tous les systèmes inégalitaires. Et je refuse d’aller mourir au front pour une croisade faussement « républicaine », menée par un ministre de l’Intérieur qui a commencé sa carrière politique, entre 2004 et 2008, dans le girons de l’extrême droite monarchiste (auprès de #Christian_Vanneste et de #Politique_magazine, l’organe de l’#Action_française). Je suis prof et je refuse de sacrifier tout ce en quoi je crois pour la carrière d’un ministre qui en 2012, encore, militait avec acharnement, aux côtés de « La manif pour tous », pour que les homosexuels n’aient pas les mêmes droits que les autres – sans parler de son rapport aux femmes, pour le moins problématique, et de ce que notre grand républicain appelle, en un délicat euphémisme, sa « vie de jeune homme ».

    Je suis prof et j’enseigne la laïcité, la vraie, celle qui s’est incarnée dans de belles lois en 1881, 1882, 1886 et 1905, et qui n’est rien d’autre qu’une machine à produire plus de #liberté, d’#égalité et de #fraternité. Mais ce n’est pas cette laïcité, loin s’en faut, qui se donne à voir ces jours-ci, moins que jamais, quand bien même le mot est répété à l’infini. C’est au contraire une politique liberticide, discriminatoire donc inégalitaire, suspicieuse ou haineuse plutôt que fraternelle, que je vois se mettre en place, sans même l’excuse de l’efficacité face au terrorisme.

    Je suis prof, et cette #vraie_laïcité, ce goût de la pensée et de la #parole_libre, je souhaite continuer de les promouvoir. Et je souhaite pour cela rester en vie. Et je souhaite pour cela rester libre, maître de mes #choix_pédagogiques, dans des conditions matérielles qui permettent de travailler. Et je refuse donc de devenir l’otage d’un costume de héros ou de martyr taillé pour moi par des aventuriers sans jugeote, sans cœur et sans principes – ces faux amis qui ne savent qu’encenser des profs morts et mépriser les profs vivants.

    https://lmsi.net/Je-suis-prof

    #Pierre_Tevanian

    –—

    –-> déjà signalé sur seenthis :
    https://seenthis.net/messages/882390
    https://seenthis.net/messages/882583
    ... mais je voulais mettre le texte complet.

  • Paroles étudiantes sur les #violences_sexuelles et sexistes

    Notre enquête a pour objectif de lever le voile sur les violences sexistes et sexuelles qui existent au sein des établissements d’#enseignement_supérieur. Nous souhaitons déclencher une prise de conscience pour inciter les différents acteurs de l’enseignement supérieur à agir.

    https://observatoire-vss.com/notre-rapport
    #sexisme #université #facs #France #violences_sexistes #VSS #ESR #étudiants #agressions_sexuelles #viol #homophobie #violences_verbales

    –---

    aussi signalé par @colporteur
    https://seenthis.net/messages/880629

    ajouté à la métaliste :
    https://seenthis.net/messages/863594

    ping @_kg_

  • La vérité à propos de PORNHUB
    par JULIE BINDEL, dans The SPECTATOR, 2 octobre 2020

    Vous n’avez probablement jamais entendu parler de MindGeek, l’énorme société de technologie qui possède Pornhub : le site porno le plus populaire au monde. Pornhub, qui reçoit 42 milliards de visites par an, est actuellement critiquée pour son manque apparent de contrôles de sécurité. Six millions de vidéos par an sont publiées sur le site ; certaines, selon les militants anti-pornographie, montrent des viols et des gressions sexuelles. L’Internet Watch Foundation (IWF) a trouvé plus de 100 cas d’agressions d’enfants sur le site entre 2017 et 2019.

    Inspirés par la pétition créée par le mouvement Traffickinghub, qui a récemment atteint les deux millions de signatures, les militants portent la lutte contre la pornographie directement à la porte de MindGeek. Le 2 octobre, une manifestation, avec masques et distanciation sociale bien sûr, se déroule devant son siège britannique à Uxbridge, dans le Grand Londres, dans l’espoir que cette protestestation publique fasse pression sur le gouvernement pour qu’il accélère l’adoption de son règlement sur les préjudices en ligne et qu’il tienne les sites pornographiques responsables de leur complicité dans l’exploitation sexuelle. (...)
    https://tradfem.wordpress.com/2020/10/12/la-verite-a-propos-de-pornhub #pornographie #traite #agression sexuelle #pornhub #julie bindel #tradfem #pornland

  • Violences sexuelles : plongée dans l’enfer de salariées de McDo - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/121020/violences-sexuelles-plongee-dans-l-enfer-de-salariees-de-mcdo

    Mediapart et StreetPress (ici et là) ont enquêté pendant plus de deux mois sur le management au sein de différents restaurants #McDo et, notamment, sur la gestion des récits de #violences_sexistes et sexuelles faits par leurs salariées. Au total, nous avons recueilli 38 témoignages de salarié·e·s qui se présentent comme victimes d’un #management violent et, très souvent, #sexiste. Des récits parfois très durs à entendre et à lire.

    Ils s’ajoutent aux 40 collectés par le collectif McDroits et l’association React. Ceux-ci estiment que 25 d’entre eux renvoient à des faits pouvant s’apparenter à des actes de #harcèlement_sexuel, 24 à des faits de #harcèlement_moral et 7 à des #agressions_sexuelles (voir notre Boîte noire).

    #sexisme #homophobie #transphobie

  • Retour sur une exclusion à la Parole Errante
    https://laparoleerrantedemain.org/index.php/2020/09/14/retour-sur-une-exclusion-a-la-parole-errante

    Lundi 6 juillet 2020, K. de l’association les Tomates Vertes, présent dans le jardin/amphithéâtre et dans l’espace cantine de la Parole Errante a été exclu des lieux.

    Depuis des mois, des rumeurs d’agressions sexuelles émanant de différents espaces, collectifs et réseaux montreuillois circulaient à son sujet, puis des personnes nous ont contacté.es pour nous avertir plus précisément. Pour ne pas entretenir le flou propre à toute rumeur et nous en tenir aux faits, nous avons alors cherché des informations au plus près des premières concernées auxquelles nous réaffirmons ici notre soutien inconditionnel et notre solidarité.

    Il est apparu que K. avait commis différent types de violences dont un viol, avant qu’il n’arrive à la Parole errante. Cela est venu s’ajouter au fait qu’il exerçait au sein du lieu des rapports de domination et une privatisation des espaces. Dans un souci de protection, sa présence et sa participation n’étaient plus envisageables.

    La décision de pousser K. vers la sortie a été prise après plusieurs temps d’échanges parmi différent.es usager.es du lieu, non sans difficultés, désaccords et conflits sur les modalités et les effets d’une telle décision. Sans que soit mis fin aux interrogations sur, par exemple, ce que serait une autre justice ou sur le fait de nommer les auteurs d’agressions, nous avons finalement choisi de l’identifier publiquement pour que l’éviction ne lui laisse pas toute liberté de recommencer. Il ne s’agit ni de désigner une personne à la vindicte publique, ni de fabriquer une figure de monstre, mais de briser le silence qui prévaut encore massivement sur ces violences. Et par là d’attaquer, avec d’autres et à notre mesure, une culture du viol qui imprègne l’ensemble de la société.

    #viol #agression_sexuelle #culture_du_viol #éviction

  • Violences sexuelles dans le sport, l’enquête - documentaire | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/083306-000-A/violences-sexuelles-dans-le-sport-l-enquete

    Menée pendant deux ans à travers cinq pays, une enquête inédite qui démontre que les violences sexuelles dans le sport ne sont pas le résultat de dérapages ponctuels, mais révélatrices des dérives de tout un système.

    Les révélations d’agressions sexuelles se multiplient dans le sport. En France, le témoignage de l’ancienne patineuse Sarah Abitbol, violée par son entraîneur alors qu’elle était mineure, a mis le feu aux poudres et libéré la parole pour des centaines d’athlètes. Un phénomène mondial : chaque semaine ou presque, de nouvelles affaires font la une des médias aux États-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, au Brésil, en Corée du Sud… Car le sport – amateur ou professionnel, collectif ou individuel – accumule les facteurs qui facilitent les abus d’adultes sur des mineurs : soumission à l’autorité, culture de l’endurance et de la souffrance, surreprésentation masculine, culte du corps, emprise psychologique, éloignement des parents, rêve de gloire et de fortune, enjeux financiers… Aujourd’hui, toutes les études concordent : fille ou garçon, un sportif sur sept subirait des agressions sexuelles ou des viols avant ses 18 ans. En s’appuyant sur de nombreux témoignages, sans aucun sensationnalisme, ce documentaire dévoile les mécanismes qui favorisent le crime, dans un milieu où continue de régner l’omerta.

    Failles et silences
    L’origine de l’enquête remonte à l’affaire Larry Nassar, qui a éclaté à l’automne 2016 aux États-Unis. Ce soigneur de l’équipe olympique de gymnastique est accusé par plus de 300 jeunes femmes d’agressions sexuelles, puis condamné et enfermé pour le restant de ces jours. À la même époque, le Royaume-Uni vit lui aussi un scandale national, avec les révélations des abus commis sur des milliers de jeunes footballeurs, des clubs amateurs à ceux de Premiere League. Pierre-Emmanuel Luneau-Daurignac commence par rencontrer Paul Stewart. Joueur star de Manchester City et Tottenham, il fut l’un des premiers à oser révéler les viols qu’il a endurés entre ses 10 et ses 14 ans. Son récit permet de comprendre comment la compétition entre enfants et leur rêve de réussite donne tout pouvoir sur eux à l’entraîneur. Il met également en évidence les stratégies d’emprise déployées par les encadrants sportifs sur l’enfant et ses parents.
    L’enquête se poursuit en Espagne avec le portrait de Gloria Viseras. Cette ancienne championne de gymnastique, compétitrice olympique en 1980, a révélé avoir été violée par son entraîneur, Jesús Carballo, dès l’âge de 12 ans – une affaire qui a ému et déchiré le pays. Celle qui a tu son histoire pendant trente-six ans explique pourquoi elle ne pouvait pas briser le silence.
    Aux États-Unis, le film dévoile ensuite les dérives sidérantes d’une fédération sportive, USA Swimming. À l’aide de documents, de témoignages et d’enregistrements inédits, il met au jour la stratégie sophistiquée déployée par sa direction pour étouffer les affaires d’abus sexuels et empêcher les victimes d’obtenir réparation. USA Swimming a protégé ses entraîneurs au mépris de témoignages accablants, et n’a pas hésité à bloquer une loi visant à étendre le délai d’action en justice pour les mineurs victimes de violences sexuelles.
    En France, on découvre enfin le parcours de deux jeunes femmes abusées par une star du moto-cross, Michel Mérel, aujourd’hui sous les barreaux pour viols sur deux de ses élèves, dont une mineure. Il avait bénéficié de la protection non seulement de sa fédération, mais aussi de fonctionnaires du ministère des Sports appartenant à celle-ci. Pierre-Emmanuel Luneau-Daurignac révèle ainsi les défaillances de l’État face aux abus. Alors que la ministre actuelle, Roxana Maracineanu, appelle à « plus d’État dans le sport », le Comité international olympique, lui, ne semble toujours pas avoir pris la mesure du scandale. Malgré les milliards à sa disposition, son action s’est limitée jusqu’ici à des recommandations polies adressées aux fédérations sportives.

    Réalisation :
    Pierre-Emmanuel Luneau-Daurignac

  • Agression contre les communautés zapatistes,
    le Congrès national indigène appelle à la solidarité

    CNI

    https://lavoiedujaguar.net/Agression-contre-des-communautes-zapatistes-le-Congres-national-indi

    Aux peuples du Mexique et du monde,

    Le Conseil indigène de gouvernement - Congrès national indigène dénonce la lâche attaque des membres du groupe paramilitaire appelé Organisation régionale des caféiculteurs d’Ocosingo (Orcao) qui, le samedi 22 août aux environs de 11 heures du matin, ont volé et brûlé les installations du Centro de Comercio Nuevo Amanecer del Arcoiris situé sur le site connu comme « croisement » de Cuxuljá, Commune autonome Lucio Cabañas, à l’intérieur de la municipalité officielle d’Ocosingo, Chiapas.

    L’organisation paramilitaire Orcao a maintenu depuis des années une pression, et une violence constante sur les communautés zapatistes ; c’est le cas dans la Commune autonome Moisés Gandhi, pour arrêter l’organisation autonome, pour privatiser les terres qui ont coûté la lutte et l’organisation des peuples originaires bases d’appui zapatistes, pour terroriser et menacer les compañeros et compañeras qui depuis le bas ont parié sur l’espoir. C’est le cas aussi des diverses agressions contre les compañeros du Congrès national indigène qui furent violentés et séquestrés par les paramilitaires de l’Orcao, les « Chinchulines » et des gens du parti Morena.

    Nous dénonçons la guerre qui, depuis le haut, se déploie contre l’organisation des communautés zapatistes en même temps que d’en haut les mauvais gouvernements cherchent à imposer, dans tout le pays, les mégaprojets de mort auxquels nous nous opposons et nous opposerons, parce que nous ne sommes pas disposés à renoncer à nos territoires et à permettre la destruction que nous promettent les puissants. (...)

    #Mexique #Chiapas #zapatistes #paramilitaires #agression #solidarité

  • #Mesnil-Amelot : #grève_de_la_faim et blocage de la promenade !

    Depuis mars et le début des annonces de #confinement dans pas mal de pays, la volonté marquée des préfectures de garder ouverts les centres de rétentions montre l’importance de ces prisons dans la gestion des frontières et des personnes par l’état français et les autres états européens.

    Ces derniers jours des luttes pour la liberté et l’accès au soin ont eu (et ont encore) lieu aux centres de rétention de Rennes et de Vincennes.

    Depuis quelques jours à la prison pour sans papier du Mesnil-Amelot des prisonniers (et au moins trois flics) ont été testés positifs au coronavirus. Les quarante prisonniers du CRA3 ont décidé de bloquer la promenade mercredi soir juste après avoir appris la nouvelle et de lancer une grève de la faim à partir du jour suivant. Ils ont été rejoint immédiatement par l’ensemble des prisonnièr.e.s du CRA2. Comme à chaque fois la direction a décidé de ne même pas discuter avec les prisonnier.e.s qui exigeaient leurs libérations immédiates et la fermeture ces prisons, la prise en charge médicale pour les malades. Les préfectures semblent toujours autant déterminer à enfermer quoiqu’il arrive et à expulser dès que c’est possible.

    Un prisonnier du CRA2 raconte la situation tendue à Mesnil.

    Salut ca va le moral ? Tu crois que tu peux raconter un peu la situation au Mesnil ?

    Ici c’est vraiment la merde tu vois. Le bat 11 à la base c’est celui des arrivants mais là il est fermé. Le CRA 3 on est moins nombreux qu’au CRA2. La dans un batiment y a 3 personnes, au 9 et au 10 y a 10 personnes. Donc on est 23 au moins. Aujourd’hui c’est chaud au CRA3 et au CRA2 et au batiment des femmes. Aujourd’hui ils ont annoncé c’est les tests pour tout le monde. Y en a ils ont refusé parce qu’ils prefèrent le faire quand ils seront libre. C’est normal nan ?

    Oui faut faire comme vous le sentez de toute façon.

    Ouai et on sait pas ce qu’ils vont faire après. Si on est en danger faut nous libérer. Mais là franchement c’est la galère. Ils veulent libérer personne. On a fait la grève de la faim pendant deux jours. Personne est venu nous parler. La cimade est plus là on parle par téléphone, mais ça c’est quand ils répondent..

    On nous a dit qu’il y avait plus le droit de visite le temps d’avoir le résultat des tests. Mais au CRA2 ils ont le droit de faire rentrer des gateaux mais que là bas. Chez nous c’est pas possible parce qu’ils disent que c’est pas le même cra genre le CRA2 ce serait la Belgique et ici la France quoi. Mais quand les flics du cra3 ils doivent intervenir au cra2 ils le font sans problème. Tout ça c’est du foutage de gueule.

    L’equipe d’aujourd’hui (le 14.08.2020) c’est les moins racistes mais tu rien obtenir. Déjà les flics c’est quelque chose mais alors la PAF c’est vraiment quelque chose…

    Par exemple nous on mange à 18h15 le soir mais les flics des fois ils refusent que tu sortes un pain pour te faire un sandwich. Pour la tondeuse tu dois toujours demander plusieurs fois parce qu’ils mentent à chaque fois genre « elle est cassée » ou « on l’a pas ». Ici les flics disent « c’est chacun sa manière de travailler » donc les règles changent tout le temps.. Enfin ils parlent pas de règles ou de lois hein… Une fois on m’ a filé une clé usb en parloir et les flics ont refusé que je l’avais fait rentrer (alors qu’une autre équipe avait déjà accepté) en demandant si y avait pas des appels à la prière dessus. Tu vois c’est toujours comme ça ici.

    Au CRA3 y a plus de solidarité. Hier ils ont bloqué la promenade et ils sont tous en grève de la faim.Nous on a fait la grève de la faim deux jours. Mais tu vois là on va dans la promenade pour faire un foot direct les flics interviennent pour vérifier qu’on va pas bloquer. Au bat des femmes aussi elles ont fait grève. La bas c’est chaud, y a au moins deux femmes enceintes.

    Nous on veut notre liberté, y a pas de vols rien. Ils nous donnent même pas le minimum. T’es obligé de manger à la gamelle. Même l’ofii (ceux qui vendent des cigarettes dans le CRA) des fois ils sont pas là et t’es pas prévenu donc on se retrouve sans clope. Les machines pour faire de la monnaie ou récupérer du café marchent pas. Ici c’est comme ça. Y a rien. Même avec le covid on est enfermé, y a pas de geste barrière on nous met en danger en fait.

    Quand tu rentres dans les zones ou y a les flics, le greffe ou l’ofii là on te donne un masque. Mais des fois c’est le même masque pour toute la journée, pas pour quatre heure.

    Tu vois quand ils faisaient chaud y a quelques jours ? Ils nous laissaient galérer dehors 15-20 minutes au soleil jusqu’à ce que tu sois dégouté et que tu repartes.

    C’est pour tout ça qu’on a fait la grève de la faim et que ceux du CRA3 ils luttent. Il faut du soutien de dehors et que les journalistes racontent comment ça se passe ici.

    C’est grave quand même de continuer à nous enfermer avec le covid, les frontières fermées et tout..

    Merci du soutien de dehors !

    https://abaslescra.noblogs.org/mesnil-amelot-greve-de-la-faim-et-blocage-de-la-promenade

    #CRA #détention_administrative #rétention #asile #migrations #réfugiés #France #coronavirus #covid-19

    ping @thomas_lacroix

    • “Tu chantes pas, tu manges pas !” // témoignage des prisonnières du CRA du Mesnil-Amelot

      Au CRA du Mesnil-Amelot les prisonnières font face au harcèlement policier et à des conditions sanitaires insalubres. Alors qu’une prisonnière est tombée malade suite à une infection (dû au rationnement de serviettes hygiéniques), les prisonnières ont du lutter pour faire intervenir les pompiers. Elles dénoncent les multiples insultes et harcèlements – traitées notamment de « putes » par les flics- et aussi l’humiliation lorsque ils les forcent à chanter « joyeux anniversaire » au chef du centre sous peine de ne pas manger. Elle dénoncent aussi la nourriture périmée qui leur est donnée, qui s’ajoute au froid dans lequel elles vivent. Voici une retranscription de l’émission de l’Envolée du 9 octobre dans lequel une prisonnière raconte tout ça.

      Bonjour madame

      Bonjour, déjà merci de ton appel, est ce que tu vas bien ?

      Oui ça va un peu malgré le stress et tout .

      Tu voulais nous parler de choses précises aujourd’hui ?

      Ouais ouais ce que je vis depuis 2 jours là, ça a commencé avant hier et ça m’a un peu bouleversée, ça ma’a rendue triste et donc c’est pourquoi je voulais le partager avec certaines personnes aussi.

      N’hésite pas vas y on t’écoute.

      En fait ici sur le CRA des filles, parce que nous sommes aussi avec des filles qui parlent pas français – il y a les albanaises et tout- nous vivons avec elles. Alors il y a de cela 2 jours, il y a une albanaise qui est venue me voir, comme elle parle pas français, elle, elle parle anglais… bah bien que je parle pas trop français je me débrouille quand même. Elle est venue me dire qu’elle avait ses règles et elle voulait avoir des bandes hygiéniques. Elle me dit si je peux l’accompagner à la police pour aller demander des bandes hygiéniques. Là je l’ai accompagnée, arrivées là bas on a trouvé une dame, je lui ai dit voilà, la demoiselle elle a ses règles elle voulait avoir les bandes hygiéniques et la police lui a remis juste 2 bandes. Elle a négocié elle a dit avec 2 bandes qu’est-ce que je vais faire avec ? Et la police l’a grondé. La fille elle a eu peur, on est rentrées. Après dans la journée elle a utilisé les 2 serviettes, ça n’a pas suffit. Donc elle est venue me voir elle a demandé si j’en avais aussi. Moi non plus j’en avais pas. Du coup elle a pris son habit, elle a pris sa blouse, elle l’a déchiré, elle a utilisé ça comme serviette. Sans se rendre compte qu’il y avait des problème avec ça. Et comme la femme, elle est trop fragile elle a attrapé des infections. Elle a commencé à avoir trop mal au niveau du bas ventre et au niveau de la hanche. Elle pleurait tellement fort, elle est venue me dire « je me sens pas bien, j’ai trop trop trop mal », du coup elle est tombée par terre elle a commencé a crier très fort et comme dans notre bâtiment, il y a un bouton là quand vous appuyez directement ça sonne chez la police. Moi j’ai sonné et on a essayé d’appeler la police. La police nous a répondu « nous ne sommes pas là pour vos conneries, donc démerdez vous là bas ». C’est la réponse qu’ils nous ont donnés. Et du coup la fille elle a commencé à pleurer. Au départ on croyait que non ça va passer, c’est juste une douleur, comme on avait pas aussi les antidouleurs rien du tout. Elle pleurait, elle pleurait et plus le temps avançait, la fille elle devenait pale et elle avait une forte fièvre je voyais aussi ses yeux commencer déjà à changer et tout le monde était paniqué. On savait plus quoi faire. Elle pleurai tellement, elle était par terre, elle a commencé à faire… comment appeler ça…

      Des convulsions ?

      Oui. Et elle pleurai tellement fort j’ai eu peur. Après il y a une des amies ici, on l’avait rapatriée il y a pas longtemps, elle m’a appelé, j’étais tellement paniquée, je lui ai expliqué la situation, elle m’a dit « attends d’abord je t’envoie le numéro des pompiers ». C’est elle qui nous a envoyé le numéro des pompiers. On a essayé de contacter les pompiers, mais on leur a dit, dès que vous êtes là, il faut pas dire aux flics que c’est nous qui vous avons fait un signe parce que ça risque de nous créer des problèmes. Effectivement les pompiers sont arrivés, à la porte d’abord, il y a eu un peu de discussion, apparemment la police ne voulait pas que les pompiers rentre à l’intérieur pour prendre la retenue. Et à la fin les pompiers ils ont réussit à les convaincre parce que les pompiers ils sont entrés à l’intérieur ils ont pris la fille ils ont vérifié l’état de sa tension, elle était déjà en baisse, ils ont remarqué aussi qu’elle avait une forte fièvre, la fille était vraiment KO. Ils ont pris la fille et ils sont partis avec. Et puis la police est venue. Déjà les portes de ma chambre sont déjà cassées donc ça fait déjà 3 jours que je dors… on dirai que… je suis congelée en fait. Premièrement on mange pas bien et aussi tu dors dans le froid, j’imagine la suite de ma santé avec la crise sanitaire, comment je vais m’en sortir ? Donc j’ai l’impression que je vais aussi tomber malade. Et du coup les flics ils sont venus nous voir « Ouais les filles c’est vous qui avez appelé les pompiers ? On va voir. » Directement ils se sont approchés de moi, ils ont commencés à m’agresser en me disant « toi tu parle français mieux que les autres c’est à dire c’est toi qui est allé appeler les pompiers » j’ai dit « mais comment ? C’est pas moi qui ai appelé les pompiers c’est la fille elle-même, c’est elle-même qui avait mal et savait ce qu’elle sentait dans son corps. Moi je suis pas dans son corps pour sentir ce qu’elle elle sent, c’est elle qui a appelé les pompiers. » Et directement une policière s’est approchée de moi, elle a voulu me gifler, j’ai esquivé, je suis rentrée dans ma chambre. Vers 4h, ils sont venus dans ma chambre comme la porte est déjà cassée, comme toutes les portes sont déjà cassées, donc il y a même pas moyen qu’elle frappe à la porte, elle rentre, elle m’a réveillé à 4h et j’ai sursauté sur le lit il y avait déjà l’un des… [problème de téléphone] je ne comprenais rien de ce qu’il voulaient me faire en fait… Le policier il était dehors et la dame elle est rentée, elle m’a réveillé elle dit « demain tu dois te présenter au greffe » j’ai dit « bah pour quelle raison ? » « Tu n’as aucun droit de me poser des questions, demain tu te présentes au greffe. » Je lui demande « mais pourquoi ? » elle me dit « Tu dois faire le test parce qu’il y a un vol prévu pour toi » je lui ai dit « non je vais pas faire le test » « si tu oses refuser tu vas voir, de toute façon tu verras ce qu’on va te faire. » Le matin effectivement vers 10h comme ça, les gens de l’hôpital m’appellent : « mademoiselle il faut passer à l’infirmerie. » Je suis pas partie, j’ai essayé d’appeler les garçons, les amis qui sont dans l’autre CRA, ils me disent « non il faut pas y aller ». Je suis pas allé non plus. Après quelques minutes comme ça je vois qu’ils ont envoyé 4 policiers qui sont venus. Ils me disent « madame vous êtes appelée à l’infirmerie. » Comme j’ai refusé de partir du coup je vois l’un d’eux dit : « ok vous seriez poursuivie : 3 ans de prison si vous faites pas le test. » J’ai pas répondu à ça et dans la nuit encore ils sont venus là ou j’étais et ils ont commencé à me traumatiser. Il y en a un là qui m’a bousculer. Elle me dit « comme tu veux pas y aller, que ca fait 2 fois que tu as refusé le vol, tu seras escortée parce que tu dois faire le test. » J’ai dit « non c’est ma santé si je ne veux pas faire le test, je ne vais pas, je ne vais pas, de toute façon je suis pas entrain de présenter les symptômes du Covid ». Ils ont commencé à parler n’importe quoi, comme ils voulaient parler et c’était fini.

      Aujourd’hui quand on est allé mangé, vers 18h (aujourd’hui on a fini à 19h), nous sommes rentrées à l’intérieur du réfectoire comme on fait souvent, des lignes : vous montrez les cartes et puis vous vous asseyez. Du coup on voit la policière elle se lève et elle nous dit « Avant de manger vous devez d’abord chanter. » Chanter ? Chanter quoi encore ? Elle nous dit comme quoi ouais aujourd’hui c’est l’anniversaire de leur chef et nous sommes obligées de chanter. J’ai dit « est-ce que chanter pour votre chef c’est obligatoire ? »

      Elle me dit « si tu chantes pas tu manges pas ».

      C’est à dire on a commencé à prendre une personne par personne. C’est à dire vous rentrez à l’intérieur vous chantez 3 fois joyeux anniversaire, 3 fois, et puis vous partez manger. Si vous refusez on ne vous donne pas à manger. Il y a le même fille là qui était malade, celle qui avait été emmenée à l’hôpital elle ne se sentais pas bien, elle n’a pas la force de chanter et la policière lui a exiger de chanter, la fille elle dit : « j’ai très mal, je ne peux pas chanter ». Directement on a refusé de la nourrir. Jusqu’à présent la fille est est dans la maison [la chambre] et comme on a l’habitude de prendre le pain pour rentrer avec dans la chambre, ils ont remarqué que quand on prenait le pain on va donner à la fille. Ils ont refusé de nous donner même le pain … [problème de téléphone] quand la nuit elle est trop longue. Parfois la nourriture qu’on nous donne on arrive pas à manger, c’est pas du tout bon alors quand on te donne le pain ca va t’aider durant la nuit tu peux avoir faim. Ça peut t’aider, tu peux manger, tu bois de l’eau, tu dors et la nuit passe. Mais comme notre amie elle est malade, le pain là on allait amener avec nous, comme ça on peut partager avec l’autre. Mais eux ils disent non il faut pas prendre de pain parce que ils savent que au cas ou on prenait le pain on va le donner à la fille. Ça fait depuis le matin que la fille n’a pas mangé vous exigez aux gens de chanter pour votre anniversaire, vous vous êtes bien alors que nous nous sommes stressées la nuit on dors pas on ne sait pas comment on va s’en sortir. Oui on a fait des erreurs chaque personnes fait des erreurs dans la vie et toute personne à le droit à un deuxième chance…

      […]

      Je suis avec deux autres ici.

      Et ca va ? Elles ont le moral ?

      Bah on essaie un peu d’être fortes, on essaie. On a pas le choix, seulement la fille elle m’inquiète beaucoup parce que on a donné des médicaments qu’elle doit prendre ce soir mais elle n’a rien mangé, comment elle va s’en sortir ? Elle n’a rien mangé elle est devenue pale. Déjà ici je n’ai pas de pull, déjà je porte que seuls deux habits que je suis venue avec depuis que je suis venue en France. Je suis venue avec que deux habits parce que je fuyais chez moi avec la guerre qui était là bas je fuyais, je n’avais que deux habits et toutes les portes sont cassées ce qui fait qu’il fait très très très froid. Ça fait deux mois et quinze jours que j’utilise les même draps non lavés et c’est déjà troué. Donc j’arrive même pas à me couvrir comment je vais continuer à vivre comme Ça ?

      Elles nous ont racontées ce matin que la femme malade a été libérée hier soir, suite à l’intervention des pompiers. C’est grâce à leur lutte collective que cela a pu arriver !

      https://abaslescra.noblogs.org/tu-chantes-pas-tu-manges-pas-temoignage-des-prisonnieres-du-cra-

    • Mesnil : Greve de le Faim, Jour 3

      Dans le CRA 3 du Mesnil Amelot, une grève de la faim est en cours depuis samedi. La grève a l’air d’être généralisée dans tous les bâtiments et les prisonniers sont solidaires entre eux. Les flics et la direction du centre ne sont pas contents et essaient de casser la grève, par exemple en empêchant aux grévistes de prendre leur traitement, comme l’expliquent deux prisonniers :

      “Si tu vas à l’infirmerie prendre ton traitement ils te demandent si tu as mangé. Si tu dis que non, que tu fais la grève de la faim, ils refusent de te donner le traitement. C’est leur technique, ils utilisent ça contre la grève, pour mettre la pression pour que certains lâchent. C’est soit tu manges soit t’as pas ton traitement, t’imagines ? forcément des gens ils mangent. C’est arrivé même qu’il y ait des bagarres entre nous à cause de ça, des gens qui sont en manque de leur traitement, ils sont obligés de manger.”

      “J’ai un ami malade, il a la main cassé, ils lui donnent rien ils veulent pas donner le doliprane. Ils disent “si tu manges pas je donne pas le doliprane”. Il y a beaucoup de gens malades ici.”

      Malgré la répression la grève tient, un autre prisonnier rappelle :

      “On continue la grève de la faim, notre seule demande c’est que quelqu’un vienne nous écouter.”

      Dimanche en fin d’après-midi, plusieurs personnes sont allées derrière le CRA pour crier leur soutien aux grévistes, qui nous ont répondu par dessus les barbelés, en sortant en masse dans la promenade et en restant ensemble malgré les menaces des keufs. Un autre gréviste raconte :

      “On vous entendait dehors crier ‘Liberté, liberté !’, nous aussi on a crié. Ça nous a fait beaucoup de bien !”

      Comme d’habitude c’était un beau moment de rage, pour une fois on peut entendre les voix de ceux de l’intérieur pour de vrai et ensemble, sans le box du parloir qui isole des autres, sans le flic qui te fouille à l’entrée, sans l’intermédiaire du téléphone.
      Cette fois-ci le groupe de solidaires n’a pas échappé au contrôle d’identité à la sortie… Dommage que la plupart n’avait pas leurs papiers sur eux.elles 😉

      Les grévistes ont besoin de force, hésitez pas à appeler les cabines, à aller en visite, ou encore mieux à vous organiser collectivement pour aller gueuler dehors, devant le CRA ou ailleurs dans les rues !

      La solidarité est une arme
      Feu aux CRA, et nique la PAF

      https://abaslescra.noblogs.org/mesnil-greve-de-le-faim-jour-3

    • Au Mesnil-Amelot, les logiques d’enfermement et d’expulsion continuent de primer sur la protection de la santé

      Alors que l’épidémie de Covid-19 connaît un nouveau rebond, des personnes continuent d’être enfermées au centre de rétention du Mesnil-Amelot dans des conditions qui ne permettent pas d’empêcher la propagation du virus. La politique gouvernementale de criminalisation des personnes étrangères se poursuit au détriment des enjeux de santé publique.

      Nous alertions le 11 août dernier sur l’apparition d’un cluster au sein du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. Depuis, le ministère de l’Intérieur a refusé de fermer ce CRA, seule mesure à même de protéger la santé des personnes enfermées. Les mesures sanitaires prises n’ont manifestement pas empêché que ces personnes, victimes d’une politique d’enfermement et d’expulsion qui prime sur leur droit à la santé, soient exposées à une contamination ou aient contracté pour certaines d’entre elles le virus au sein du CRA.

      Pendant près d’un mois, les personnes ainsi exposées ont été maintenues en “quarantaine”, privées de nombre de leurs droits, sans pour autant être isolées les unes des autres. Privées de visite, d’accès au juge et à leurs avocat·e·s, elles ont par contre continué à prendre des repas en commun et à partager des sanitaires parfois insalubres. Ainsi, au vu des conditions d’enfermement, l’Agence Régionale de Santé a déclaré que toutes les personnes retenues étaient considérées comme des cas contacts. Et pour cause, le Mesnil-Amelot a comptabilisé près d’une quinzaine de personnes contaminées durant le mois d’août, fonctionnaires de police ou personnes enfermées. La privation de liberté de ces dernières a été ainsi prolongée au détriment de leur santé alors même que les expulsions étaient pour la plupart impossibles à réaliser.

      Dès le début du mois de septembre, les préfectures ont recommencé à réserver des vols pour expulser les personnes enfermées. De ce fait, nombre d’entre-elles ont refusé les tests PCR proposés par l’unité médicale du CRA puisque leur expulsion était la plupart du temps conditionnée à la présentation d’un test négatif récent.

      Alors même que l’incertitude demeurait donc sur la persistance d’un cluster en l’absence de test généralisé, le ministère de l’Intérieur a décidé de reprendre les placements de nouvelles personnes, à compter du 5 septembre, à un rythme d’une dizaine de personnes par jour. Si les personnes enfermées peuvent désormais assister à leur audience et recevoir de la visite, elles sont toujours contraintes de rester enfermées dans un espace où la circulation active du virus n’a pas cessé. En effet, nous apprenions il y a quelques jours que 6 cas positifs s’étaient déclarés du côté des effectifs policiers.

      A l’heure où de nouvelles mesures pour faire face à l’épidémie sont annoncées par le gouvernement, le centre de rétention du Mesnil-Amelot, comme l’ensemble des centres de rétention en France, continue de fonctionner en dépit des enjeux de santé publique. A noter qu’une recrudescence de l’épidémie partout dans le monde conduit les pays tiers à garder leurs frontières fermées ou bien à exiger des tests PCR négatifs avant toute expulsion. Cette exigence a conduit le gouvernement à organiser une forte pression sur les personnes enfermées pour les pousser à accepter de se faire tester, sous la menace de condamnations pénales en cas de refus qui sont allées jusqu’à 4 mois de prison ferme. Cette stratégie aboutit à criminaliser les personnes étrangères. La Cimade dénonce cette nouvelle pratique de pénalisation inacceptable, confortant la position du gouvernement dans une politique toujours plus répressive à l’égard des personnes étrangères. Ces condamnations pénales, manifestement illégales puisque contraires au principe du consentement libre et éclairé aux soins, apparaissent également disproportionnées quant au but poursuivi. En effet, plusieurs personnes purgent des peines de prison ferme ou font l’objet de mesures de bannissement, comme des interdictions définitives du territoire français, pour avoir refusé de se soumettre à un simple test PCR.

      Alors qu’il est à ce jour impossible de déterminer l’étendue de la contagion au sein du centre, c’est bien une politique répressive qui prime sur la santé et les droits des personnes enfermées.

      Par conséquent, La Cimade réitère son appel à la fermeture des centres de rétention déjà exprimé publiquement et adressé sans succès au ministère de la santé et au ministère de l’Intérieur.

      https://www.lacimade.org/au-mesnil-amelot-les-logiques-denfermement-et-dexpulsion-continuent-de-pri

    • « Il m’a descendu mon boxer et il a mis sa main, il était entrain de me frotter » K. prisonnier du Mesnil-Amelot

      Pendant les manifestations contre les CRA et pour la régularisation de tout.e.s les sans-papiers, un mouvement collectif à été lancé par les prisonniers du Mesnil-Amelot le samedi 17 octobre. Après plusieurs jours de lutte et de grève de la faim, face au silence de la préfecture, les prisonniers ont décidé de suspendre leur mouvement. La répression a encore une fois été violente, avec des refus de traitements à l’infirmerie même pour des malades chroniques. dans le témoignage qui suit, K. raconte à L’Envolée comment deux flics de la PAF l’ont agressé pendant une #fouille_à_nu.

      T’es un prisonnier du Mesnil-Amelot, tu nous appelles parce qu’il y a encore eu des violences de la part de la police là-bas. On sort d’un week-end (le 17-18 octobre) où quasiment tou·te·s les prisonnier·e·s ont lutté ensemble en se mettant en grève de la faim. On voulait revenir sur la #répression qui a suivi ces luttes. Il y a déjà eu l’histoire des refus de traitement par l’infirmerie et, là, cette #agression pendant la #fouille. Tu veux nous raconter pourquoi tu nous appelles ?

      Ouai, moi je vous appelle pour vous raconter mon histoire. Pour les violences qu’ils m’ont faites, les flics du CRA. Ça a été un cauchemar pour moi parce que ça ne m’est jamais arrivé comme ça. Et qu’en partant pour fouille ça fait vraiment mal. Ça fait vraiment mal de vivre ça en fait.

      Du coup : j’ai été attrapé pour une fouille, je rentre pour la fouille et là les policiers, ils me fouillent. J’enlève déjà mes affaires, toutes mes affaires. Je reste juste en boxer pour qu’ils me fouillent. J’enlève même mes baskets et mes chaussettes. Le policier il met sa main, il touche et là, il trouve un briquet. Il me fait me tourner contre le mur comme si j’étais un criminel. Et là, ils me menottent, ils me serrent les menottes fort. Il y en a un d’eux qui m’a tourné contre le mur. Ils étaient deux. Il y en a un d’eux qui me tient avec son épaule contre le mur. Le deuxième qui me tient par mon boxer. C’est des trucs qui se font pas par des policiers, ou ca se fait par n’importe qui, en fait.

      Il m’a enlevé mon boxer. J’étais serré contre le mur. Je ne pouvais pas bouger, j’ai pas 4 mains ou je sais pas quoi pour l’empêcher… je sais pas. Il m’a serré contre le mur, il m’a descendu mon boxer et il a mis sa main, il était en train de me frotter, il était en train de voir si j’ai fait rentré dans mon cul des trucs ou je sais pas quoi. Mais c’est vraiment un truc de fou. On se fait même pas respecter, on est comme des vaches ici ! Il y a tout le monde qui nous dit qu’on est des étrangers à chaque fois qu’on parle : « Allez, on va vous envoyer chez vous, vous allez rentrer chez vous » – avec des gros mots derrière. À chaque fois… à chaque fois… à chaque fois… Et c’est ça. Y a des trucs que je rajoute ?

      Ouai, tu dis ce que tu veux. Pour expliquer un peu : c’est un de tes co-détenus qui nous a appelé juste après ta fouille pour nous prévenir. Je vais pas parler pour toi mais t’étais hyper mal juste après et c’est normal tu vois. Du coup c’est des prisonniers du Mesnil-Amelot qui ont fait l’effort de faire sortir cette info, pour pas que ça reste entre les murs. Et pour pas que les flics se permettent de continuer à faire ça. Si je dis pas de conneries t’as porté plainte direct ?

      Oui j’ai déposé #plainte contre le CRA du Mesnil-Amelot et j’attends la réponse, sur quoi il va leur arriver. Parce que je vais jamais me taire maintenant. Je suis pas une vache pour qu’on me frotte comme ça en fait. Il faut que les gens soient au courant que les policiers, ici, ils abusent avec les gens et qu’ils laissent personne tranquille. Alors même que t’es déjà retenu – tu réfléchis pas bien – eux, ils abusent encore sur toi. C’est pas logique. Et tout ça c’est le CRA du Mesnil Amelot à Charles-de-Gaulle (l’aéroport). J’espère que dans les jours qui viennent, tout se passe bien, parce qu’ils lâchent personne ici.

      T’as porté plainte contre des flics en particulier ?

      Ouai. J’ai pas donné les noms mais c’était une équipe de flics qui change tous les trois jours mais j’ai porté contre cette équipe.

      Là, on donne pas ton nom, mais si la police essaye de te mettre la pression on rendra ton nom public. Et en attendant on va faire tourner ton témoignage un maximum. Déjà avant le CRA, t’avais eu des problèmes avec les keufs ?

      Ouai je me suis fait arrêter sur la route, à Montreuil, vers Croix-de-Chavaux. Je me suis fait arrêter par trois policiers pour un contrôle d’identité. J’ai été sympa avec eux : « bonjour », tout ça. Je leur donne mon nom, prénom. Ils regardent sur leurs téléphones, je suis pas recherché par la police. Ils me disent on va aller au commissariat pour faire une petite vérif parce que le téléphone marche. En arrivant au commissariat, il y a le policier qui déjà dans la voiture arrêtait pas de me chauffer, mais que je calculais pas parce que je savais que c’était un simple contrôle, que ça allait pas tarder, et que j’allais rentrer chez moi. Le flic, il s’est énervé, il a cassé mon téléphone devant les caméras. Du coup, je l’ai insulté. Là, ils sont rentrés dans la cellule, ils m’ont tabassé, ils m’ont humilié. Ils ont mis ma tête par terre, et ils l’ont écrasée. J’ai vu avec le médecin et le psychiatre, et ma garde-à-vue a été levée parce que j’ai été tabassé par les policiers. Je me suis fait humilier devant les OPJ aussi. Il y a avait 2 OPJ qui étaient debout, et moi, j’avais la tête par terre écrasée par deux policiers.

      Et ça c’était au commissariat de Montreuil ?

      Ouai c’est ça. J’ai eu une ITT de 5 jours parce que les policiers m’ont tabassé. J’avais mal aux côtes, des bleus sur le visage et tout. Ce qui m’a beaucoup dérangé, c’est que le policier qui avait ses pieds sur ma tête quand j’étais humilié par terre, il a dit : « Je vais t’envoyer au bled et baiser ta femme ». C’est pas des trucs qu’on dit. Ça m’a vraiment touché, et je pouvais pas réagir, j’étais par terre humilié. Du coup comme je vous ai raconté j’ai une ITT de 5 jours. Je me suis fait arrêter le 2 octobre. 2 jours plus tard, je suis reparti au commissariat, le 4 octobre, pour leur demander pourquoi ils m’avaient humilié, et pour récupérer mes affaires. L’OPJ m’a monté dans son bureau, elle me donnait mes affaires… mais parce qu’elle a vu l’ITT de 5 jours, elle a changé d’avis, elle m’a mis en garde-à-vue pour ne pas que je porte plainte contre eux, pour que rien ne se voie.

      Ouai, on t’envoie au CRA en espérant que tu te fasses expulser pour que tu fermes ta gueule.

      Ouai. En arrivant au CRA, c’est une autre histoire. Je m’appelle avec un nom et un prénom. Et en arrivant au CRA, j’ai compris qu’ils avaient changé mon nom que j’avais pas donné au commissariat.

      Ça t’a rajouté des galères administratives encore plus vénères, nan ?

      Ouai, c’est exactement ça. Ils m’ont fait des galères administratives pour que je reste au CRA, en fait. Ils ont arrêté plein de trucs et ça, ça dérange.

      Normal… Je voulais juste revenir vite fait sur l’agression que tu racontais pendant la fouille. Quand t’es allé porté plainte, c’était avec la Cimade ?

      Ouai, je suis allé porter plainte avec la Cimade. Et quand j’y suis allé la première fois, elle m’a dit qu’elle pouvait rien faire pour moi. « Demain, il vient mon avocat » : je lui ai dit ça juste exprès pour qu’elle comprenne vraiment que j’étais victime, que j’étais pas entrain de mentir sur elle.

      Ouai, pour la bouger quoi.

      Ouai pour qu’elle bouge, parce qu’elle a pas réagi en fait. Au début, elle voulait pas me faire une plainte, elle voulait rien faire pour moi. Dès qu’elle a vu qu’il y aurait un avocat, elle a préparé une plainte et tout.

      Et le psychiatre que j’ai vu ici au CRA, je lui ai expliqué que j’étais pas bien, que je dors pas bien, que je fais que réfléchir à ce que m’a fait ce policier – pardon de dire – ce policier de merde. Le psychiatre, il comprend pas que vraiment, ça m’a fait trop mal qu’un policier, il me fait ça. J’ai subi deux fois des violences, deux fois en même pas 20 jours. Au commissariat, et aussi au CRA. Du coup, jsuis mal et j’essaye de parler avec le psychiatre et il me comprend pas en fait. Il me dit tout le temps : « Non, il s’est rien passé, c’est juste une fouille. » D’un côté je lui raconte que je suis vraiment mal, et lui il me dit : « non c’est un simple contrôle » ! C’est un truc… c’est pas faisable.

      Lui, c’est le psychiatre du CRA ? C’est pas son rôle de se mettre du côté des keufs (en théorie), ou de te parler de la loi. Mais bon… ils sont tous collègues en vrai, les keufs et les psychiatres.

      Ouai, ils sont tous ensemble ici. Ils arrêtent pas de me déranger. À chaque fois, ils viennent ils mettent ma chambre… ils fouillent toute ma chambre. Ils me lâchent pas en fait. C’est les matons qui font rentrer tout ce qu’on reçoit ici, en fait, dans le centre de rétention. C’est eux qui ramènent tout ce qui rentre. Eux, ils viennent, ils nous dérangent. Surtout moi, je sais pas ce que je leur ai fait. Ils me la mettent à l’envers, vraiment, ils me la mettent à l’envers ma chambre.

      Ils t’ont choisi comme bouc émissaire pour tout ce qui c’est passé au Mesnil-Amelot. Là, ça fait quelques semaine que c’est très tendu au CRA3 au Mesnil j’ai l’impression.

      Ouai, très tendu. Nous, on a fait une grève de faim avec tout le monde, parce qu’il y a l’épidémie. Il y a le couvre-feu, et nous, on n’a pas de mesure de sécurité. On est plus de 30 personnes à la cantine en fait, il y a des gens qui sont à deux dans les cellules. Il y en a plein. C’est un truc de ouf que ça soit comme ça. Il n’y a pas de mesures de sécurité en fait.

      La grève de la faim dont tu parles, c’est celle du week-end dernier ?

      Ouai, on a fait la grève de la faim. Mais eux, ils ont rien dit. Ils ont pas fait remonter le message qu’on est en grève de la faim. Du coup, il y avait l’équipe des flics qui sont méchants. Ils ont rien dit, ils nous ont laissé comme des merdes en fait. Pour faire une grève de faim, tu peux faire un article 24 et envoyer ça. Nous on a fait des articles 24, mais ils ont rien dit qu’on avait fait des grèves de faims ou n’importe quoi.

      Ouai je vais juste préciser, en centre de rétention l’article 24 c’est ce qui permet aux prisonnier·e·s d’exiger de voir le commandant ou un gradé.

      Ouai c’est ça. Mais ils ont rien déclaré, on n’a rien eu. Du coup, on a arrêté, parce que nos feuilles elles étaient jetées. Ça se voit : on a reçu personne pour parler avec nous.

      Du coup la fouille dont tu parles c’est à un moment où ils fouillent tout le monde ?

      Non, non, ils m’ont pris de derrière ils m’ont ramené par la sortie de secours. Ils ont laissé tout le monde. D’habitude on se fait fouiller sur place. Mais moi ils m’ont pris de derrière le CRA, ils m’ont pris par une sortie de secours, ils m’ont fait faire tout le tour. Ils m’ont ramené par une chambre et direct au greffe en fait.

      https://abaslescra.noblogs.org/il-ma-descendu-mon-boxer-et-il-a-mis-sa-main-il-etait-entrain-de

      #viol #violences_sexuelles

    • Fouilles à nu et #agressions_sexuelles : flics violeurs au Mesnil-Amelot

      En quelques semaines plusieurs personnes prisonnières ou proches de prisonniers au CRA du Mesnil Amelot avec qui nous avons été en contact nous ont raconté qu’elles avaient subi des violences sexuelles de la part des flics. A chaque fois, c’est les mêmes flics : ceux d’une des deux équipes du CRA 3 qui visiblement sont, encore plus que les autres, de sales violeurs racistes.
      Flics violeurs
      Il y a K. dont on avait déjà publié le témoignage il y a quelques temps :
      « J’ai été attrapé pour une fouille, je rentre pour la fouille et là les policiers, ils me fouillent. J’enlève déjà mes affaires, toutes mes affaires. Je reste juste en boxer pour qu’ils me fouillent. J’enlève même mes baskets et mes chaussettes. Le policier il met sa main, il touche et là, il trouve un briquet. Il me fait me tourner contre le mur comme si j’étais un criminel. Et là, ils me menottent, ils me serrent les menottes fort. Il y en a un d’eux qui m’a tourné contre le mur. Ils étaient deux. Il y en a un d’eux qui me tient avec son épaule contre le mur. Le deuxième qui me tient par mon boxer. C’est des trucs qui se font pas par des policiers, ou ça se fait par n’importe qui, en fait. Il m’a enlevé mon boxer. J’étais serré contre le mur. Je ne pouvais pas bouger, j’ai pas 4 mains ou je sais pas quoi pour l’empêcher… je sais pas. Il m’a serré contre le mur, il m’a descendu mon boxer et il a mis sa main, il était entrain de me frotter, il était entrain de voir si j’ai fait rentré dans mon cul des trucs ou je sais pas quoi. Mais c’est vraiment un truc de fou. On se fait même pas respecter, on est comme des vaches ici ! Il y a tout le monde qui nous dit qu’on est des étrangers à chaque fois qu’on parle : « Allez, on va vous envoyer chez vous, vous allez rentrer chez vous » – avec des gros mots derrière. À chaque fois… à chaque fois… à chaque fois… Et c’est ça.« 


      Un prisonnier du CRA 3 raconte que les flics ont fait la même chose à un autre prisonnier ; on n’a pas pu avoir son témoignage direct car il a été envoyé en prison depuis :
      « Un gars du CRA il lui est arrivé la même chose, ils l’ont agressé pendant une fouille. Il a déposé plainte contre le flic qui a fait ça, je pense qu’il a dû donner le numéro du policier. Il a pris 6 mois de prison pour rébellion, il a été envoyé en prison. Comme il avait donné le numéro du policier c’est sûr que c’est pour ça qu’ils l’ont envoyé en prison, pour pas que le policier il soit jugé.« 
      B., un prisonnier du CRA 3, a également subi une fouille à nu violente, exécutée cette fois par un seul flic, qui est visiblement le chef de service :
      « C’était après un parloir. Celui qui m’a fouillé c’est comme le chef de service, il descend jamais de son bureau normalement, il a pas d’uniforme. Mais là après le parloir il était là et il y avait d’autres flics derrière, mais c’est lui qui m’a fouillé tout seul. On était dans une cabine tous seuls, il m’a dit de me déshabiller puis il m’a dit « lève ton slip » et il m’a touché. Tous les soirs j’y repense je suis énervé, ça me met mal. Dans le bâtiment on est au moins 3 à avoir porté plainte à la Cimade pour des fouilles à nu.« 
      En plus de ces témoignages de prisonniers, nous avons également discuté avec la compagne d’un prisonnier qui a subi une fouille à nu et une agression sexuelle alors qu’elle se rendait en visite :
      « Ils me demandent si j’ai des produits illicites. Je leur dis « Bah non mon conjoint fume pas, il fume que 4 cigarettes par jours. » On continue : donc je rentre dans le centre et là je vois 2 dames de la police ou de la PAF. Y avait les deux je crois. Après y en a d’autres qui arrivent, j’avais l’impression d’avoir commis un.. je sais pas moi. J’avais l’impression d’avoir tiré sur quelqu’un.
      La ils me fouillent mon manteau normal et la ils me disent « Retournez-vous, les bras en l’air, sortez vos fesses euh.. » Ils m’ont mis les mains dans les fesses, devant et tout. Alors que même en prison ils font pas ça. Je vais juste voir mon conjoint. Ils m’accusent d’avoir ramené des produits illicites et de l’avoir déjà fait alors que c’est faux. Ils me disent que si j’ai déjà essayé, donc là ils me fouillent de partout, les cheveux partout. Je suis choquée. Je suis traumatisée j’ai même plus envie d’aller voir mon conjoint en parloir. »

      Les flics ont leur mode opératoire bien rodé : multiplier les fouilles à nu et en profiter pour humilier voire agresser sexuellement les personnes qui les subissent.
      Les fouilles à nu : un bon outil pour réprimer les luttes et renforcer l’isolement des prisonniers
      Selon la loi, les fouilles intégrales doivent « être justifiées par la présomption d’une infraction » ou par « les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l’établissement » ; « leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues ». Dans la loi même est intégrée l’idée que la fouille intégrale sert de menace (a priori) et de punition (a posteriori) pour quiconque essaierait de perturber le « bon ordre » des taules. De fait l’agression subie par K. est intervenue juste après une grève de la faim massive au CRA 3. Celle subie par la compagne d’un prisonnier fait suite à plusieurs pratiques d’intimidation visant à empêcher ses visites trop fréquentes (notamment une amende de 135€ et de menaces d’amendes supplémentaires, la destruction systématique de la nourriture apportée et la présence continuelles de plusieurs flics durant les parloirs).
      Cette équipe de flics semble toutefois aller encore plus loin que l’usage de la fouille comme outil de répression puisque selon les témoignages des prisonniers, les fouilles à nu sont devenues quasiment systématiques avant et/ou après les parloirs. B. raconte :
      « Les flics ici ils fouillent à nu. Souvent ils font ça après les parloirs. Même les personnes de l’extérieur, ils les fouillent. Ici c’est comme des nazis. Si tu parles, ils te tapent. C’est une seule équipe qui fait les fouilles. Cette équipe elle est nazie, elle est raciste, j’ai jamais vu personne de raciste comme ça. C’est toujours eux qui décident les fouilles à nu. »
      L’excuse des flics, c’est que les parloirs peuvent servir aux prisonniers à faire rentrer des choses dans le CRA. Pourtant comme dit K., « c’est les matons qui font rentrer tout ce qu’on reçoit ici, en fait, dans le centre de rétention. C’est eux qui ramènent tout ce qui rentre« . En réalité, soumettre les prisonnier.es et les visiteur.euses à des fouilles à nu à chaque parloir, les humilier et les agresser sexuellement a une seule utilité pour les keufs : dissuader les gens de venir rendre visite aux prisonnier.es, dissuader les prisonnier.es d’aller en parloir.

      Et ça semble fonctionner, comme le montre le témoignage de la compagne d’un prisonnier : « Dans la salle du parloir après la fouille, bah voila on s’est tous engueulé. Mon conjoint bah forcement il était très énervé. (…) J’ai été faire mon parloir avec mon conjoint mais avec une dizaine de flics de chaque côté. Dans ce cas là c’est pas la peine si on peut pas… (…) Ca devient du harcèlement c’est pas possible. Moi franchement j’ai même plus envie d’y aller. » Moins de parloirs, c’est moins d’informations qui sortent du CRA donc plus d’impunité pour les flics, et c’est aussi un moyen d’isoler encore plus les prisonnier.es et de renforcer la torture psychologique de l’enfermement.
      Impunité et déni
      Les fouilles à nu et les agressions sexuelles sont une arme de plus pour les flics pour affirmer leur pouvoir sur les corps et les vies des prisonnier.es. Ce ne sont pas des dérives ou des bavures mais bien un aspect supplémentaire du fonctionnement normal des CRA. Le discours officiel prétend que les CRA ne servent qu’à expulser, et que la rétention administrative diffère en cela de la détention, qui est une punition pour qui commet un délit ou un crime. Au contraire, nous pensons que ce qui se passe dans le CRA, entre autres les agressions sexuelles et les humiliations propres aux fouilles systématiques, relèvent d’une logique de maintien de l’ordre et montre que les CRA sont aussi faits pour punir et briser ceux.celles qui n’ont pas les bons papiers.
      « J’aurais préféré qu’ils me tabassent encore plutôt qu’ils fassent ce qu’ils m’ont fait en fouille. Les jours d’après je pensais à me suicider« . C’est pratique une agression sexuelle car généralement ça ne laisse pas de trace. K. raconte comment ni la Cimade ni le psy n’ont accordé d’importance à ce qu’avaient fait les flics : « Je suis allé porter plainte avec la Cimade. Et quand j’y suis allé la première fois, elle m’a dit qu’elle pouvait rien faire pour moi. « Demain, il vient mon avocat » : je lui ai dit ça juste exprès pour qu’elle comprenne vraiment que j’étais victime, que j’étais pas en train de mentir sur elle, pour qu’elle bouge, parce qu’elle a pas réagi en fait. Au début, elle voulait pas me faire une plainte, elle voulait rien faire pour moi. Dès qu’elle a vu qu’il y aurait un avocat, elle a préparé une plainte et tout. Et le psychiatre que j’ai vu ici au CRA, je lui ai expliqué que j’étais pas bien, que je dors pas bien, que je fais que réfléchir à ce que m’a fait ce policier – pardon de dire – ce policier de merde. Le psychiatre, il comprend pas que vraiment, ça m’a fait trop mal qu’un policier, il me fasse ça. J‘suis mal et j’essaye de parler avec le psychiatre et il me comprend pas en fait. Il me dit tout le temps : « Non, il s’est rien passé, c’est juste une fouille. » D’un côté je lui raconte que je suis vraiment mal, et lui il me dit : « non c’est un simple contrôle ». »
      Les flics ont bien conscience que jamais ils ne seront punis par la justice pour ce qu’ils font. Face à ça on fait ce qu’on peut, on fait sortir l’info, on continuera à lutter contre les flics, les violeurs et les CRA. On sait ce que vous faites.

      https://abaslescra.noblogs.org/fouilles-a-nu-et-agressions-sexuelles-flics-violeurs-au-mesnil-a

  • Analysis: Hezbollah rockets put Israel in trap it can’t end, or endure - Business Insider
    https://www.businessinsider.com/analysis-hezbollah-rockets-israel-trap-cant-end-or-endure-2020-7

    “This is why the most serious people in national security know that only negotiations with Iran over time can diminish this threat, in this case the Iranians and Hezbollah have established a level of deterrence that would have been unimaginable to the Israel of the 1970s.”

    #dissuasion #agression #Liban #négociations

  • Val-d’Oise : le client d’une laverie passé à tabac après avoir demandé le port du #masque
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/val-d-oise-le-client-d-une-laverie-passe-a-tabac-apres-avoir-demande-le-por


    Finalement, on change de prétexte, mais le fond reste le même  : #domination par la #violence.

    L’#agression a eu lieu dimanche vers 16h45 dans une laverie automatique située dans un quartier populaire de cette ville, selon la plainte pour « violence aggravée » consultée par l’AFP. « J’étais en train de plier mes vêtements pour les mettre dans un sac. J’ai demandé au monsieur de porter le masque. C’est écrit que c’est obligatoire et c’est la loi », a expliqué à l’AFP la victime, un homme de 44 ans, qui était accompagné de ses deux enfants de cinq et sept ans. « Il m’a dit ’’je fais ce que je veux’’ », a-t-il poursuivi, précisant avoir réitéré cette demande vu la configuration des lieux.

  • Pas de recette miracle. Perspectives extra-judiciaires face aux agressions sexuelles
    https://expansive.info/Pas-de-recette-miracle-Perspectives-extra-judiciaires-face-aux-agression

    Ce texte a été écrit par les meufs de la Caisse de Solidarité de #Lyon (puis validé par l’ensemble du collectif), à la suite de débats qui traversent un grand nombre de collectifs militants depuis de nombreuses années. Sans prétendre apporter des solutions définitives, il vise à alimenter la réflexion sur les alternatives à la justice étatique, y compris la gestion des agressions sexuelles. #Analyse

    / #Politiques_sécuritaires_-_Surveillance, #Féminismes_-_Genres_-_Sexualités, #Répression_-_Justice_-_Prison, Lyon, #Lutte_féministes, #Dynamiques_collectives

    https://facealajustice.wordpress.com

    • Dans la discussion-atelier « Vivre sans la justice et la police », nous avions abordé l’épineuse question de la gestion de conflits et de violences et discuté des expériences de justice transformatrice, de justice communautaire dans des communautés autonomes au Chiapas, notamment d’un point de vue féministe. Aucune réponse miracle n’en est sortie, ni aucun mode d’emploi à suivre à la lettre. Quelques pistes se sont dégagées : écouter et appuyer la parole de la personne agressée dans un climat de bienveillance et non pas d’enquête, ouvrir des espaces de discussion non-mixtes de soutien et de réparation autour de la personne agressée, confronter l’agresseur à ses faits et le pousser à changer, mais aussi viser à transformer la communauté en pointant du doigt les mécanismes de domination genrés, les ressorts problématiques... et veiller à ce que les féministes ne s’épuisent pas dans ces processus longs et complexes. Reposer la question de la responsabilité collective, du genre de rapports qu’on entretient, et de comment les transformer, en parlant des choses concrètes.

      #justice #police #anarchisme

    • Ce texte de La Caisse de Solidarité de Lyon a d’abord été publié sur Rebellyon.Il citait des matériaux bibliographiques malheureusement éludés par la version de Expansive.

      C’est un texte si #toctoc qu’il est repris depuis le 20 juillet par une large série d’automedia
      https://rebellyon.info/Pas-de-recette-miracle-Perspectives-extra-22481

      Les dénonciations publiques ont libéré la parole, mais elles ont aussi, parfois, servi à construire des monstres, bien pratiques à mettre en avant, pour clamer du même coup sa propre innocence. Nous refusons cette logique qui tendrait à faire croire qu’il suffit de virer quelques anormaux pour préserver notre sécurité : nous savons trop que le problème c’est justement la “normalité” et ses rapports structurels. [...]

      Safe et sécurisation

      La sécurité nous pose problème aussi comme objectif politique. Nous souhaitons tisser de la confiance, se renforcer pour se sentir prêt·e·s à lutter, fabriquer des alliances, mais pas sécuriser nos espaces. La politique du safe comme horizon d’élimination du risque ne nous convient pas.

      Nous percevons l’intérêt de former des communautés, des amitiés, des groupes, nécessairement restreints, où l’on travaille des liens de confiance, qui nous donnent de la force pour lutter. Mais la création de ces espaces de bien-être ne sont pas le but ultime de notre politique. [...]

      Matériaux qui nous ont servi :

      • Chi-Chi SHI, “La souffrance individuelle (et collective) est-elle un critère politique ?”, revue Période (dispo sur internet)

      • Jack (Judith) Halberstam, « Tu me fais violence ! » La rhétorique néolibérale de la blessure, du danger et du traumatisme, dans Vacarme, n°72 (consultable en ligne)

      • La brochure Paranormal Tabou (qui contient : Le féminisme du ressenti, et Safety is an illusion), sur infokiosques.net

      • La brochure “Premiers pas sur une corde raide” (infokiosques.net)

      • “Que se déchaînent les victimes” (décembre 2018) et “Le néolibéralisme c’est trigger” (janvier 2017), émissions de radio de : On est pas des cadeaux ! (dispo en ligne sur leur blog)

      • Maya Dukmasova, “Tout le monde peut se passer de la police, organisations communautaires pour abolir la police à Chicago”, in Jefklak, janvier 2017 (dispo en ligne)

      • Elsa Dorlin, Se défendre, une philosophie de la violence (la partie : Autodéfense et politique de la rage)

      • bell hooks, Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme, 1981 (traduction française 2015, Cambourakis)

      • “Défaire le radicalisme rigide”, IAATA, janvier 2019 (dispo ici)

      • “Jour après jour : violences entre proches, apporter du soutien et changer les choses collectivement”, 2016, brochure dispo sur infokiosques.net

      • Laurence Ingenito et Geneviève Pagé, “Entre justice pour les victimes et transformation des communautés : des alternatives à la police qui épuisent les féministes”, Mouvements, n°92, p. 62-75 (dispo sur Internet)

      • “L’abolitionnisme pénal : une lutte féministe ? Entretien avec Gwenola Ricordeau, autour du livre Pour elles toutes. Femmes contre la prison.” sur contretemps.eu (novembre 2019)

      • “La justice : la connaître, y faire face, vivre sans”, 2018, disponible sur https://facealajustice.wordpress.com

      • Victoire Tuaillon / Binge Audio, “Qui sont les violeurs ?”, Les couilles sur la table #18, (disponible en ligne)

      • Aurore Koechlin, Quelle stratégie pour le mouvement féministe ?, extrait de La révolution féministe, éd. Amsterdam, 2019.

    • Un peu déçu par cet article qui aborde un sujet très important : parce qu’il explique très bien ce qu’il ne faut pas faire, mais il laisse un peu sur sa faim en ce qui concerne ce qu’il faudrait faire. Une suite serait bienvenue...