#aide_au_développement

  • La face obscure de l’aide française au développement en Afrique
    https://disclose.ngo/fr/article/face-obscure-de-laide-francaise-au-developpement-en-afrique

    L’Agence française d’aide au développement (AFD) finance à coups de milliards d’euros des projets opaques en Afrique. Pour ne pas dévoiler ses pratiques, l’organisme public s’abrite derrière le secret bancaire. Lire l’article

  • En RDC, la France a soutenu une entreprise d’huile de palme accusée de violences
    https://disclose.ngo/fr/article/la-france-a-soutenu-une-entreprise-dhuile-de-palme

    Pendant huit ans, l’Agence française de développement (AFD) a investi 25 millions d’euros dans une plantation d’huile de palme accusée de meurtres et d’accaparement des terres en République démocratique du Congo. Lire l’article

  • L’aide française au développement arme des militaires accusés d’exactions au Sahel
    https://disclose.ngo/fr/article/afd-arme-des-militaires-accuses-dexactions-au-sahel

    Expertise France, un établissement public lié à l’Agence française de développement (AFD), fournit des armes à des militaires sahéliens impliqués dans des exécutions sommaires et des viols. Lire l’article

  • Penser la place des femmes rurales des Suds dans la justice climatique

    La justice climatique, c’est penser l’#égalité de tous et de toutes face aux #changements_climatiques et à leurs effets. L’action des femmes en faveur de la justice climatique est au cœur d’une des Coalitions d’action du Forum Génération Egalité, dont la conclusion est attendue à Paris début juillet 2021. L’« action féministe pour le climat et la justice » cible notamment le milieu rural, et mentionne explicitement les enjeux liés à l’accès à la #terre et aux #droits_fonciers des femmes et des filles. En effet, dans les régions où l’#agriculture_familiale domine, ces dernières sont souvent très fortement exposées aux changements climatiques.

    Depuis une trentaine d’années, l’articulation entre les questions de #genre et d’égalité femmes-hommes, d’une part, et les questions environnementales, d’autre part, a gagné en importance dans les discussions internationales : références au rôle des femmes dans le développement durable lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, objectifs détaillés sur les femmes et l’environnement dans le Programme d’Action de Beijing en 1995, adoption d’un plan d’action genre pour la CCNUCC et les COP à Lima en 2014, etc. En ce qui concerne plus spécifiquement l’aide au développement, la prise en compte conjointe du « genre » et du « climat » fait désormais l’objet d’une attention croissante dans les stratégies et les financements des bailleurs de fonds, approche qui se répercute sur les politiques des pays récipiendaires de l’aide.

    Basé sur un travail de recherche portant sur l’articulation entre genre et adaptation aux changements climatiques dans l’aide publique au développement, réalisé à travers l’exemple du secteur agricole malien, cet article présente un état des lieux des principaux enjeux à l’intersection du genre, de l’agriculture familiale et des changements climatiques. Il analyse ensuite les réponses apportées par l’aide au développement, afin d’esquisser les principales priorités en termes de justice climatique pour les femmes rurales des Suds.

    Les femmes rurales maliennes en première ligne des changements climatiques

    Généralement présenté comme appartenant à la catégorie des PMA, les pays les moins avancés, ou, moins pire, à celles des pays en développement, le Mali, ancienne colonie française, est un pays continental sahélien d’Afrique de l’Ouest qui s’étend sur 1,24 million de km². Plus de la moitié de la population malienne, estimée à 19,6 millions d’habitant·e·s par la Banque mondiale en 2019, vit en milieu rural, et le secteur agricole mobilise 60 à 70% de la population active (Leyronas, Boche et Baudet, 2020). Malgré cela, la population malienne fait régulièrement face à l’insécurité alimentaire et la production agricole domestique ne permet pas de couvrir la totalité des besoins de la population. Adoptée en 2013, la Politique de Développement Agricole du Mali vise à répondre à ces besoins de manière durable, et est mise en œuvre en grande partie à travers des projets financés, pour la plupart, par l’aide publique au développement.

    Compte tenu de l’étendue du territoire national et de la diversité de l’organisation sociale, il existe au Mali une grande variété de systèmes agraires. A l’exception de la zone saharienne, au Nord du pays, ces systèmes agraires sont de type sahélo-soudaniens, c’est-à-dire définis par l’existence de systèmes de culture à jachère et élevage associé, et caractérisés par une saison sèche et une saison des pluies marquées (Dufumier, 2004). L’agriculture est essentiellement familiale, c’est-à-dire qu’elle repose sur l’interdépendance de la production agricole et de la cellule familiale, et absorbe une main d’œuvre familiale non salariée, notamment les femmes. Faible consommatrice d’intrants, cette agriculture dépend souvent fortement des ressources naturelles, et, par conséquent, est significativement impactée par les effets directs ou indirects des changements climatiques : sécheresses ou variations de la pluviométrie, invasions acridiennes, etc. Dans ce contexte, l’adaptation aux changements climatiques, en d’autres termes l’ajustement au climat actuel ou attendu et à ses conséquences (GIEC, 2014), est devenue un enjeu majeur pour l’agriculture et, plus globalement, le secteur primaire du Mali.

    A l’instar de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, il règne au sein de la plupart des systèmes agraires maliens une division sexuée du travail agricole : selon leur genre, et parfois d’autres caractéristiques comme leur âge, les membres de la famille ont des responsabilités différenciées en termes de production, voire de tâches au sein des itinéraires techniques. Par exemple, dans les systèmes agraires soudano-sahéliens, on retrouve souvent le chef de famille à la tête de la production principale, céréales et/ou filière de rente, tandis que les femmes sont en charge des activités essentiellement destinées à la reproduction de la famille, comme le maraîchage et le petit élevage. En résultent des inégalités dans l’accès aux moyens de production (semences et autres intrants, outils et matériel agricole, etc.) et, de fait, des capacités à faire face aux effets des changements climatiques qui varient selon les personnes : c’est la vulnérabilité différenciée aux changements climatiques. L’analyse en termes de vulnérabilité aux changements climatiques différenciée selon le genre met en évidence des impacts négatifs de l’évolution du climat plus importants pour les femmes que pour les hommes. Au-delà des moyens de production, capital physique, les différences structurelles entre les femmes et les hommes en termes d’accès aux ressources telles que le capital humain, financier, social et politique (Goh, 2012) influent sur le niveau de vulnérabilité aux changement climatiques.

    Les solutions insatisfaisantes de l’aide publique au développement

    L’aide publique au développement, à travers le financement de projets, participe à la mise en œuvre de la politique agricole du Mali. Ces projets sont déterminés par un certain nombre d’engagements stratégiques, qui influencent l’intégration des enjeux de genre et d’égalité femmes-hommes, d’une part, et des enjeux d’adaptation aux changements climatiques, d’autre part. Il s’agit notamment des engagements internationaux pris par le Mali sur le genre et le climat, et des politiques et stratégies genre des organismes financeurs de l’aide au développement. On observe une prise en compte croissante des enjeux de genre et de climat dans les projets de développement agricole mis en œuvre au Mali, avec l’intégration transversale des enjeux de genre dans les projets (gender mainstreaming), et/ou la définition de projets dont l’objectif est justement l’autonomisation des femmes (women empowerment) et leur renforcement de capacités face aux enjeux climatiques. L’analyse permet ainsi d’identifier trois grands types de projets de développement agricole associant enjeux de genre et enjeux climatiques :

    Les projets dont l’objectif principal est de réduire les inégalités de genre en termes de vulnérabilités aux changements climatiques : renforcement de capacités et appui aux activités féminines, en particulier celles qui sont particulièrement exposées aux effets des changements climatiques ;
    Les projets dont l’objectif principal est la réduction des inégalités de genre dans le secteur agricole, notamment à travers l’autonomisation économique des femmes, et qui intègrent une dimension d’adaptation aux changements climatiques : appui aux activités et aux organisations professionnelles de femmes, avec une composante spécifique sur l’adaptation (sensibilisation aux enjeux, diffusion de nouvelles techniques, par exemple) ;
    Les projets qui visent d’abord l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques, et qui ont un impact secondaire en termes de genre et d’égalité femmes-hommes : par exemple, un projet visant à renforcer des services d’information météorologiques qui intégrerait des formations spécifiquement dédiées aux femmes.

    L’étude des résultats des projets révèle toutefois un certain nombre de limites, qui ne permettent pas de généraliser quant à la prise en compte conjointe des enjeux de genre et des enjeux climatiques dans les projets agricoles. En effet, les deux thématiques demeurent fortement cloisonnées. Généralement, les objectifs liés au genre et au climat ne sont pas intégrés dès la conception des projets et, lorsque c’est le cas, sont souvent traités séparément. Dans le document de Politique de développement agricole du Mali, le genre, comme le climat, n’apparaissent que ponctuellement et, de plus, que comme des « co-bénéfices » : si les projets ont des impacts positifs d’un point de vue environnemental et/ou social, tant mieux, mais leur prise en compte n’est pas présentée comme la condition sine qua non à un développement économique durable. En parallèle, dans la Politique Nationale Genre de 2011, l’agriculture, le développement rural et la préservation de l’environnement ne constituent pas des priorités pour le Mali, ces dernières se concentrant sur l’éducation et la santé, notamment maternelle et infantile. En résulte un manque de moyens dédiés aux enjeux agricoles et environnementaux au niveau du Ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille (MPFEF), en charge de la mise en œuvre de cette politique. Ce cloisonnement entre les thématiques ne permet pas de penser systématiquement la résilience des femmes rurales aux changements climatiques.

    Plus largement, ce sont les approches encouragées par l’aide au développement qui posent problème. D’une part, les approches projets, qui ont des impacts limités dans l’espace et dans le temps alors même qu’il s’agit de penser des changements structurels, que l’on s’intéresse aux rapports sociaux de sexe, à l’adaptation aux changements climatiques, à la vigueur de l’agriculture ou aux trois à la fois. D’autre part, une partie des approches des bailleurs de fonds en termes d’aide au développement se concentre sur des objectifs de croissance économique avant tout, qui ne permettent pas de s’adresser prioritairement aux enjeux environnementaux et sociaux.

    Repolitiser les approches genre et climat dans l’agriculture

    Ainsi, il apparaît indispensable de repenser les enjeux de genre et les enjeux climatiques et leur articulation, en particulier dans les interventions liées au secteur agricole. Tantôt « vulnérable », tantôt « agente de changement », la femme malienne est toujours présentée comme ayant trop d’enfants – une entrave certaine au bon développement économique de son pays (Traoré, 2018 ; Dorlin, 2017) – et peu impactée par les questions environnementales. D’après la littérature de l’aide, il n’existerait qu’une seule façon d’être femme au Mali, en témoigne l’usage récurrent du singulier. Uniformes, décontextualisées et déconnectées des pratiques locales, les approches genre portées par l’aide au développement participent à une institutionnalisation du genre, ignorant les contextes sociaux et politiques et dépolitisant le concept de genre (Cirstocea, Lacombe et Marteu, 2018). Or, la société malienne, à l’instar de toutes les sociétés humaines, n’est ni homogène ni figée. Le groupe « femmes rurales » ne fait pas exception. D’âges différents, instruites ou non, appartenant à différentes classes sociales ou communautés, mariées ou non, mères ou non, etc. : de fait, les femmes rurales maliennes ne sont pas toutes confrontées de la même manière aux changements climatiques et à leurs effets. Il est urgent de systématiser une perspective intersectionnelle dans l’analyse, afin de pouvoir mieux identifier la diversité des besoins rencontrés par les femmes rurales maliennes face aux changements climatiques (Gonda, 2019).

    Peut-être est-il aussi temps d’écouter réellement les premières concernées. En effet, l’étude de l’articulation des enjeux de genre et de climat dans la mise en œuvre de l’aide au développement révèle généralement un manque voire une absence de prise en compte de la parole des femmes rurales dans la définition des approches et programmes. Des approches imposées par le haut, qui font souvent fi de réalité locales et intègrent insuffisamment les organisations de base et leurs expériences dans les actions de développement agricole. D’après une étude conduite en 2016 par l’OCDE, seulement 2% des financements « climat » de l’aide publique au développement sensibles au genre étaient orientés vers les organisations de la société civile. Or, ce sont bien ces organisations, en particulier celles bénéficiant d’un ancrage local solide, qui accompagnent les femmes rurales vers une meilleure prise en compte de leurs besoins, notamment par le plaidoyer auprès d’institutions locales et nationales sur des thématiques telles que l’accès au foncier et aux moyens de production, le renforcement de capacités, le développement et la mise en œuvre d’activités agricoles résilientes aux changements climatiques et à leurs effets. L’urgence est donc de cibler prioritairement ce type d’organisations dans le déploiement de l’aide.

    Enfin, l’analyse de la prise en compte des enjeux de genre et de climat dans l’aide au développement plaide pour une refonte globale de cette dernière. Les retours d’expérience mettent en évidence l’efficacité limitée de l’approche par projets, qui constituent une réponse de court ou moyen terme à des transformations nécessaires sur le long terme. Il en va de même quant au périmètre géographique des interventions, souvent trop limité pour amorcer de véritables changements structurels. De plus, il importe aujourd’hui d’abandonner les schémas néolibéraux, basés prioritairement sur la création de richesse, qui orientent encore en grande partie l’aide au développement. Dans ces perspectives, l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un moyen au service de la croissance économique, et non une fin en soi, et l’objectif économique prime sur la préservation de l’environnement. Dès lors, le concept de genre est dépolitisé et la promotion de l’intégration du genre peut même s’inscrire dans le paradigme néolibéral dominant. Afin que les femmes rurales soient au premier plan de la justice climatique, il convient donc de systématiser une approche par les droits, et de mettre de véritables moyens au service de celle-ci.

    Ainsi, en dépit d’ambitions significatives affichées en matière de genre et de climat, l’aide au développement parvient peu à répondre aux besoins réels des femmes rurales et à dépasser une vision souvent réductrice de l’organisation sociale du pays. Affichant des engagements forts et basés sur des partenariats entre, notamment, les Etats, la société civile, les organisations internationales et philanthropiques, espérons que le Forum Génération Egalité aboutisse sur un changement de paradigme en ce qui concerne la place des femmes rurales des Suds dans l’aide au développement.

    https://agrigenre.hypotheses.org/3374

    #femmes #femmes_rurales #Suds #justice_climatique #rural #Mali #APD #aide_au_développement #coopération_au_développement

  • The power of private philanthropy in international development

    In 1959, the Ford and Rockefeller Foundations pledged seven million US$ to establish the International Rice Research Institute (IRRI) at Los Baños in the Philippines. They planted technologies originating in the US into the Philippines landscape, along with new institutions, infrastructures, and attitudes. Yet this intervention was far from unique, nor was it spectacular relative to other philanthropic ‘missions’ from the 20th century.

    How did philanthropic foundations come to wield such influence over how we think about and do development, despite being so far removed from the poor and their poverty in the Global South?

    In a recent paper published in the journal Economy and Society, we suggest that metaphors – bridge, leapfrog, platform, satellite, interdigitate – are useful for thinking about the machinations of philanthropic foundations. In the Philippines, for example, the Ford and Rockefeller foundations were trying to bridge what they saw as a developmental lag. In endowing new scientific institutions such as IRRI that juxtaposed spaces of modernity and underdevelopment, they saw themselves bringing so-called third world countries into present–day modernity from elsewhere by leapfrogging historical time. In so doing, they purposively bypassed actors that might otherwise have been central: such as post–colonial governments, trade unions, and peasantry, along with their respective interests and demands, while providing platforms for other – preferred – ideas, institutions, and interests to dominate.

    We offer examples, below, from three developmental epochs.

    Scientific development (1940s – 70s)

    From the 1920s, the ‘big three’ US foundations (Ford, Rockefeller, Carnegie) moved away from traditional notions of charity towards a more systematic approach to grant-making that involved diagnosing and attacking the ‘root causes’ of poverty. These foundations went on to prescribe the transfer of models of science and development that had evolved within a US context – but were nevertheless considered universally applicable – to solve problems in diverse and distant lands. In public health, for example, ‘success against hookworm in the United States helped inspire the belief that such programs could be replicated in other parts of the world, and were indeed expanded to include malaria and yellow fever, among others’. Similarly, the Tennessee Valley Authority’s model of river–basin integrated regional development was replicated in India, Laos, Vietnam, Egypt, Lebanon, Tanzania, and Brazil.

    The chosen strategy of institutional replication can be understood as the development of satellites––as new scientific institutions invested with a distinct local/regional identity remained, nonetheless, within the orbit of the ‘metropolis’. US foundations’ preference for satellite creation was exemplified by the ‘Green Revolution’—an ambitious programme of agricultural modernization in South and Southeast Asia spearheaded by the Rockefeller and Ford Foundations and implemented through international institutions for whom IRRI was the template.

    Such large-scale funding was justified as essential in the fight against communism.

    The Green Revolution offered a technocratic solution to the problem of food shortage in South and Southeast Asia—the frontier of the Cold War. Meanwhile, for developmentalist regimes that, in the Philippines as elsewhere, had superseded post-independence socialist governments, these programmes provided a welcome diversion from redistributive politics. In this context, institutions like IRRI and their ‘miracle seeds’ were showcased as investments in and symbols of modernity and development. Meanwhile, an increasingly transnational agribusiness sector expanded into new markets for seeds, agrichemicals, machinery, and, ultimately, land.

    The turn to partnerships (1970s – 2000s)

    By the 1970s, the era of large–scale investment in technical assistance to developing country governments and public bureaucracies was coming to an end. The Ford Foundation led the way in pioneering a new approach through its population programmes in South Asia. This new ‘partnership’ mode of intervention was a more arms-length form of satellite creation which emphasised the value of local experience. Rather than obstacles to progress, local communities were reimagined as ‘potential reservoirs of entrepreneurship’ that could be mobilized for economic development.

    In Bangladesh, for example, the Ford Foundation partnered with NGOs such as the Bangladesh Rural Advancement Committee (BRAC) and Concerned Women for Family Planning (CWFP) to mainstream ‘economic empowerment’ programmes that co-opted local NGOs into service provision to citizens-as-consumers. This approach was epitomised by the rise of microfinance, which merged women’s empowerment with hard-headed pragmatism that saw women as reliable borrowers and opened up new areas of social life to marketization.

    By the late-1990s private sector actors had begun to overshadow civil society organizations in the constitution of development partnerships, where state intervention was necessary to support the market if it was to deliver desirable outcomes. Foundations’ efforts were redirected towards brokering increasingly complex public-private partnerships (PPPs). This mode of philanthropy was exemplified by the Rockefeller Foundation’s role in establishing product development partnerships as the institutional blueprint for global vaccine development. Through a combination of interdigitating (embedding itself in the partnership) and platforming (ensuring its preferred model became the global standard), it enabled the Foundation to continue to wield ‘influence in the health sphere, despite its relative decline in assets’.

    Philanthrocapitalism (2000s – present)

    In the lead up to the 2015 UN Conference at which the Sustainable Development Goals (SDGs) were agreed, a consensus formed that private development financing was both desirable and necessary if the ‘trillions’ needed to close the ‘financing gap’ were to be found. For DAC donor countries, the privatization of aid was a way to maintain commitments while implementing economic austerity at home in the wake of the global finance crisis. Philanthrocapitalism emerged to transform philanthropic giving into a ‘profit–oriented investment process’, as grant-making gave way to impact investing.

    The idea of impact investing was hardly new, however. The term had been coined as far back as 2007 at a meeting hosted by the Rockefeller Foundation at its Bellagio Centre. Since then, the mainstreaming of impact investing has occurred in stages, beginning with the aforementioned normalisation of PPPs along with their close relative, blended finance. These strategies served as transit platforms for the formation of networks shaped by financial logics. The final step came with the shift from blended finance as a strategy to impact investing ‘as an asset class’.

    A foundation that embodies the 21st c. transition to philanthrocapitalism is the Omidyar Network, created by eBay founder Pierre Omidyar in 2004. The Network is structured both as a non–profit organization and for–profit venture that ‘invests in entities with a broad social mission’. It has successfully interdigitated with ODA agencies to further align development financing with the financial sector. In 2013, for example, the United States Agency for International Development (USAID) and UK’s Department for International Development (DFID) launched Global Development Innovation Ventures (GDIV), ‘a global investment platform, with Omidyar Network as a founding member’.

    Conclusion

    US foundations have achieved their power by forging development technoscapes centred in purportedly scale–neutral technologies and techniques – from vaccines to ‘miracle seeds’ to management’s ‘one best way’. They have become increasingly sophisticated in their development of ideational and institutional platforms from which to influence, not only how their assets are deployed, but how, when and where public funds are channelled and towards what ends. This is accompanied by strategies for creating dense, interdigitate connections between key actors and imaginaries of the respective epoch. In the process, foundations have been able to influence debates about development financing itself; presenting its own ‘success stories’ as evidence for preferred financing mechanisms, allocating respective roles of public and private sector actors, and representing the most cost–effective way to resource development.

    Whether US foundations maintain their hegemony or are eclipsed by models of elite philanthropy in East Asia and Latin America, remains to be seen. Indications are that emerging philanthropists in these regions may be well placed to leapfrog over transitioning philanthropic sectors in Western countries by ‘aligning their philanthropic giving with the new financialized paradigm’ from the outset.

    Using ‘simple’ metaphors, we have explored their potential and power to map, analyse, theorize, and interpret philanthropic organizations’ disproportionate influence in development. These provide us with a conceptual language that connects with earlier and emergent critiques of philanthropy working both within and somehow above the ‘field’ of development. Use of metaphors in this way is revealing not just of developmental inclusions but also its exclusions: ideascast aside, routes not pursued, and actors excluded.

    https://developingeconomics.org/2021/05/10/the-power-of-private-philanthropy-in-international-development

    #philanthropie #philanthrocapitalisme #développement #coopération_au_développement #aide_au_développement #privatisation #influence #Ford #Rockefeller #Carnegie #soft_power #charité #root_causes #causes_profondes #pauvreté #science #tranfert #technologie #ressources_pédagogiques #réplique #modernisation #fondations #guerre_froide #green_revolution #révolution_verte #développementalisme #modernité #industrie_agro-alimentaire #partnerships #micro-finance #entrepreneuriat #entreprenariat #partenariat_public-privé (#PPP) #privatisation_de_l'aide #histoire #Omidyar_Network #Pierre_Omidyar

  • Translation as a contributor to human rights in the Global South

    This research project investigates the critical role of translation in establishing an equal, two-way dialogue between Northern NGOs and the people they work with in the Global South. The project considers translation, in written and oral form, as a contributor to communities’ empowerment in two ways: as a tool that provides access to information; and as a tool that enables people to be heard. The project focuses on human rights advocacy organisations, because language rights are part of the human rights agenda.

    https://sites.google.com/view/translation-as-empowerment
    #traduction #empowerment #développement #coopération_au_développement #aide_au_développement #empowerment #accès_à_l'information #écoute #droits_humains #interprétation

  • Denying aid on the basis of EU migration objectives is wrong

    –-> extrait du communiqué de presse de CONCORD:

    The Development Committee of the European Parliament has been working on the report “Improving development effectiveness and efficiency of aid” since January 2020. However, shortly before the plenary vote on Wednesday, #Tomas_Tobé of the EPP group, suddenly added an amendment to allow the EU to refuse to give aid to partner countries that don’t comply with EU migration requirements.

    https://concordeurope.org/2020/11/27/denying-aid-on-the-basis-of-eu-migration-objectives-is-wrong

    –---

    Le rapport du Parlement européen (novembre 2020):

    REPORT on improving development effectiveness and the efficiency of aid (2019/2184(INI))

    E. whereas aid effectiveness depends on the way the principle of Policy Coherence for Development (PCD) is implemented; whereas more efforts are still needed to comply with PCD principles, especially in the field of EU migration, trade, climate and agriculture policies;
    3. Stresses that the EU should take the lead in using the principles of aid effectiveness and aid efficiency, in order to secure real impact and the achievement of the SDGs, while leaving no-one behind, in its partner countries; stresses, in this regard, the impact that EU use of development aid and FDI could have on tackling the root causes of migration and forced displacement;
    7. Calls on the EU to engage directly with and to build inclusive sustainable partnerships with countries of origin and transit of migration, based on the specific needs of each country and the individual circumstances of migrants;
    62. Notes with grave concern that the EU and Member States are currently attaching conditions to aid related to cooperation by developing countries on migration and border control efforts, which is clearly a donor concern in contradiction with key internationally agreed development effectiveness principles; recalls that aid must keep its purposes of eradicating poverty, reducing inequality, respecting and supporting human rights and meeting humanitarian needs, and must never be conditional on migration control;
    63. Reiterates that making aid allocation conditional on cooperation with the EU on migration or security issues is not compatible with agreed development effectiveness principles;

    EXPLANATORY STATEMENT

    As agreed in the #European_Consensus_on_Development, the #EU is committed to support the implementation of the #Sustainable_Development_Goals in our development partner countries by 2030. With this report, your rapporteur would like to stress the urgency that all EU development actors strategically use the existing tools on aid effectiveness and efficiency.

    Business is not as usual. The world is becoming more complex. Geopolitical rivalry for influence and resources as well as internal conflicts are escalating. The impact of climate change affects the most vulnerable. The world’s population is growing faster than gross national income, which increases the number of people living in poverty and unemployment. As of 2030, 30 million young Africans are expected to enter the job market per year. These challenges point at the urgency for development cooperation to have a real impact and contribute to peaceful sustainable development with livelihood security and opportunities.

    Despite good intentions, EU institutions and Member States are still mainly guided by their institutional or national goals and interests. By coordinating our efforts in a comprehensive manner and by using the aid effectiveness and efficiency tools we have at our disposal our financial commitment can have a strong impact and enable our partner countries to reach the Sustainable Development Goals.

    The EU, as the world’s biggest donor, as well as the strongest international actor promoting democracy and human rights, should take the lead. We need to implement the policy objectives in the EU Consensus on Development in a more strategic and targeted manner in each partner country, reinforcing and complementing the EU foreign policy goals and values. The commitments and principles on aid effectiveness and efficiency as well as international commitments towards financing needs are in place. The Union has a powerful toolbox of instruments and aid modalities.

    There are plenty of opportunities for the EU to move forward in a more comprehensive and coordinated manner:

    First, by using the ongoing programming exercise linked to NDICI as an opportunity to reinforce coordination. Joint programming needs to go hand in hand with joint implementation: the EU should collectively set strategic priorities and identify investment needs/gaps in the pre-programming phase and subsequently look at ways to optimise the range of modalities in the EU institutions’ toolbox, including grants, budget support and EIB loans, as well as financing from EU Member States.

    Second, continue to support sectors where projects have been successful and there is a high potential for future sustainability. Use a catalyst approach: choose sectors where a partner country has incentives to continue a project in the absence of funding.

    Third, using lessons learned from a common EU knowledge base in a strategic and results-oriented manner when defining prioritised sectors in a country.

    Fourth, review assessments of successful and failed projects where the possibilities for sustainability are high. For example, choose sectors that to date have been received budget support and where investment needs can be addressed through a combination of EIB loans/Member State financial institutions and expertise.

    Fifth, using EU and Member State headquarters/delegations’ extensive knowledge of successful and unsuccessful aid modalities in certain sectors on the ground. Continue to tailor EU aid modalities to the local context reflecting the needs and capacity in the country.

    Sixth, use the aid effectiveness and efficiency tools with the aim of improving transparency with our partner countries.

    We do not need to reinvent the wheel. Given the magnitude of the funding gap and limited progress towards achieving the SDGs, it is time to be strategic and take full advantage of the combined financial weight and knowledge of all EU institutions and EU Member States - and to use the unique aid effectiveness and efficiency tools at our disposal - to achieve real impact and progress.

    https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2020-0212_EN.html

    –—

    L’#amendement de Tomas Tobé (modification de l’article 25.):
    25.Reiterates that in order for the EU’s development aid to contribute to long-term sustainable development and becompatible with agreed development effectiveness principles, aid allocation should be based on and promote the EU’s core values of the rule of law, human rights and democracy, and be aligned with its policy objectives, especially in relation to climate, trade, security and migration issues;

    Article dans le rapport:
    25.Reiterates that making aid allocation conditional on cooperation with the EU on migration issues is notcompatible with agreed development effectiveness principles;

    https://concordeurope.org/2020/11/27/denying-aid-on-the-basis-of-eu-migration-objectives-is-wrong
    https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/B-9-2019-0175-AM-001-002_EN.pdf

    –—

    Texte amendé
    https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2020-0323_EN.html
    –-> Texte adopté le 25.11.2020 par le parlement européen avec 331 votes pour 294 contre et 72 abstentions.

    https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20201120IPR92142/parliament-calls-for-better-use-of-the-eu-development-aid

    –-

    La chronologie de ce texte:

    On 29 October, the Committee on Development adopted an own-initiative report on “improving development effectiveness and efficiency of aid” presented by the Committee Chair, Tomas Tobé (EPP, Sweden). The vote was 23 in favour, 1 against and 0 abstentions: https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2020-0323_EN.html.

    According to the report, improving effectiveness and efficiency in development cooperation is vital to help partner countries to reach the Sustainable Development Goals and to realise the UN 2030 Agenda. Facing enormous development setbacks, limited resources and increasing needs in the wake of the Covid-19 pandemic, the report by the Development Committee calls for a new impetus to scale-up the effectiveness of European development assistance through better alignment and coordination with EU Member States, with other agencies, donors and with the priorities of aid recipient countries.

    On 25 November, the report was adopted by the plenary (331 in favour, 294 against, 72 abstentions): https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20201120IPR92142/parliament-calls-for-better-use-of-the-eu-development-aid

    https://www.europarl.europa.eu/committees/en/improving-development-effectiveness-and-/product-details/20200921CDT04141

    #SDGs #développement #pauvreté #chômage #coopération_au_développement #aide_au_développement #UE #Union_européenne #NDICI #Rapport_Tobé #conditionnalité_de_l'aide_au_développement #migrations #frontières #contrôles_frontaliers #root_causes #causes_profondes

    ping @_kg_ @karine4 @isskein @rhoumour

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    Ajouté dans la métaliste autour du lien développement et migrations:
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

    • Le #Parlement_européen vote pour conditionner son aide au développement au contrôle des migrations

      Le Parlement européen a adopté hier un rapport sur “l’#amélioration de l’#efficacité et de l’#efficience de l’aide au développement”, qui soutient la conditionnalité de l’aide au développement au contrôle des migrations.

      Cette position était soutenue par le gouvernement français dans une note adressée aux eurodéputés français.

      Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de ONE, réagit : « Le Parlement européen a décidé de modifier soudainement son approche et de se mettre de surcroit en porte-à-faux du #traité_européen qui définit l’objectif et les valeurs de l’aide au développement européenne. Cela pourrait encore retarder les négociations autour de ce budget, et donc repousser sa mise en œuvre, en pleine urgence sanitaire et économique. »

      « Les études montrent justement que lier l’aide au développement aux #retours et #réadmissions des ressortissants étrangers dans leurs pays d’origine ne fonctionne pas, et peut même avoir des effets contre-productifs. L’UE doit tirer les leçons de ses erreurs passées en alignant sa politique migratoire sur les besoins de ses partenaires, pas sur des priorités politiques à court terme. »

      « On prévoit que 100 millions de personnes supplémentaires tomberont dans l’extrême pauvreté à cause de la pandémie, et que fait le Parlement européen ? Il tourne le dos aux populations les plus fragiles, qui souffriraient directement de cette décision. L’aide au développement doit, sans concessions, se concentrer sur des solutions pour lutter contre l’extrême #pauvreté, renforcer les systèmes de santé et créer des emplois décents. »

      https://www.one.org/fr/press/alerte-le-parlement-europeen-vote-pour-conditionner-son-aide-au-developpement-a

  • Haïti : le peuple crève, la « communauté internationale » se tait
    https://www.cetri.be/Haiti-le-peuple-creve-la

    L’entretien de Yannick Bovy (FGTB) avec Frédéric Thomas, chercheur au CETRI, sur #La_Première le 19 novembre, dans l’émission « Opinions » Réécouter l’émission : Retrouver l’appel : Stop silence #Haïti #Le_regard_du_CETRI

    / #Le_Sud_en_mouvement, #Le_regard_du_CETRI, Haïti, #Aide_au_développement, #Corruption, #Mouvements_sociaux, Relations entre mouvements sociaux & gouvernements, La Première, #Audio

    #Relations_entre_mouvements_sociaux_&_gouvernements
    https://www.cetri.be/IMG/mp3/20201119_la_premiere_opinion_fgtb.mp3

  • De la #conditionnalité_négative de l’#aide_au_développement...

    Post de Sara Prestianni sur FB :

    Italie - #Di_Maio, ministre des Affaires Etrangeres et de la Cooperation, applique la conditionnalité négative migration/développement en gelant les fonds pour le développement a la #Tunisie (6,5M€) si elle ne s’engage pas à geler les départs. Mais ces fonds ne servent-ils pas à atténuer la crise, qui est la cause des départs ?‬

    https://www.facebook.com/isabelle.saintsaens/posts/10222038342372629
    #Italie #développement #asile #migrations #réfugiés #conditionnalité_de_l'aide #fermeture_des_frontières #flux_migratoires

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    ajouté à la métaliste du lien entre migrations et développement et plus précisément sur la conditionnalité de l’aide :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

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    • Deputato tunisino: «Prima di minacciare blocco, Di Maio pensi a accordi»

      «Il ministro degli Esteri Di Maio prima di minacciare il blocco dei fondi per la Tunisia dovrebbe pensare ai rapporti storici che ci sono tra l’Italia e la Tunisia e nello stesso tempo dovrebbe prima vedere prima cosa prevedono gli accordi presi in passato tra i due paesi». A parlare, in una intervista esclusiva all’Adnkronos, è Sami Ben Abdelaali, deputato tunisino ma che vive tra Palermo e Tunisi.

      Il deputato tunisino si dice «molto dispiaciuto» per le dichiarazioni rese oggi dal capo della Farnesina che chiede «di sospendere lo stanziamento di 6,5 milioni di euro» per la Tunisia «in attesa di un piano integrato più ampio proposto dalla viceministra del Re» e di «un risvolto nella collaborazione che abbiamo chiesto alle autorità tunisine in materia migratoria». Di Maio ha chiesto al comitato congiunto per la cooperazione allo sviluppo della Farnesina di rimandare la discussione sullo stanziamento di fondi della cooperazione in favore di Tunisi.

      «La collaborazione e la cooperazione tra due paesi è come il matrimonio - dice ancora Sami Ben Abdelaali -nella buona e nella cattiva sorte. Quando ci sono disagi in un paese bisogna intervenire con il dialogo e non minacciando di bloccare i fondi. Non è questa la condizione ottimale per i nostri rapporti». «Io sono davvero dispiaciuto per le parole espresse dal ministro Di Maio che non traducono i rapporti storici di cooperazione tra l’Italia e la Tunisia- dice ancora il politico sposato con una donna italiana- L’Italia ovviamente prima di pretendere che la Tunisia mantenga suoi impegni e i suoi accordi dovrebbe anche mantenere gli impegni presi nel 2011 nell’accordo tra governo italiano e governo tunisino. Perché dal 2017 l’Italia ha bloccato gli aiuti previsti nell’accordo, per l’acquisto di strumenti e tecnologici e per controllare le coste tunisine». «Addirittura ci sono oltre 30 milioni che dovrebbe pagare l’Italia nella tranche 2020-2022 e solo dal 2017 risultano 3 milioni di euro non pagati».

      Perché, come ricorda il deputato tunisino, «per controllare le coste tunisine ci vogliono uomini e mezzi e l’Italia non ha mantenuto i suoi impegni dal 2017. In più le condizioni climatiche ottimali hanno incoraggiato le persone a tornare in Italia, oppure persone rimpatriate o cittadini che hanno perso il lavoro. C’è un disagio sociale che ha fatto sì che la gente cerchi altre soluzioni».

      Il deputato tunisino poi parla della nuova rotta tunisina verso l’Italia. Nei giorni scorsi il Procuratore di Agrigento Luigi Patronaggio in una intervista all’Adnkronos aveva lanciato l’allarme sui flussi tunisini e aveva parlato di un «serio problema di ordine pubblico». «Il problema - dice Sami Ben Abdelaali -è che oggi c’è un governo ad interim e l’ambasciatore italiano a Tunisi sta facendo grandi sforzi per dialogare con le autorità competenti per affrontare questo flusso migratorio. Voglio anche ricordare che nei giorni scorsi la ministra dell’Interno Lamorgese è volata a Tunisi». «C’è un disagio sociale notevole, dovuto al coronavirus e alla disoccupazione che aumenta giornalmente - spiega ancora il politico - Per noi l’Italia è il nostro primo partner commerciale e non vogliamo perdere i rapporti con questo paese».

      Ma qual è la soluzione? «Rafforzare i controlli, ma prima di arrivare in Italia - dice - oggi controllare dalla Tunisia è complicato, bisogna controllare al confine delle acque internazionali. Bisogna aumentare la sicurezza e superare questa fase finché non nasca il nuovo governo con cui poi avviare delle interlocuzioni. E bisogna anche intervenire con aiuti concreti sui giovani, ad esempio, per bloccare l’immigrazione verso l’Italia, anche attraverso l’aiuto l’Unione europea».

      Sulla convocazione di Di Maio dell’ambasciatore tunisino per accelerare i rimpatri, il deputato dice: «Per il numero dei rimpatri l’accordo già c’è, bisogna intervenire con il governo. Appena intorno al 20 agosto si farà il nuovo governo si può provare a trovare delle soluzioni. Ma nel frattempo bisogna avviare i canali diplomatici». Per ci tiene a sottolineare: «I numeri dei flussi migratori di oggi non sono eccezionali, ricordo che in passato erano molto più alti».

      https://www.adnkronos.com/fatti/esteri/2020/07/31/deputato-tunisino-prima-minacciare-blocco-maio-pensi-accordi_TVw9cXKeB197

    • Migranti e Tunisia, le Ong danno lezioni a Di Maio e Conte. Ma le capiranno?

      Già nel 2016 le Ong di “Link 2007" dicendo: «“Agli Stati conviene prevenire piuttosto che rincorrere gli eventi e spendere molto di più per cercare di tamponare i conflitti e gli esodi»

      “Agli Stati conviene prevenire, spendendo quanto necessario, piuttosto che rincorrere gli eventi e spendere molto di più intervenendo per cercare di tamponare i conflitti, con le distruzioni, le indicibili sofferenze, i massacri, gli esodi di persone e le insicurezze e destabilizzazioni che essi provocano ovunque. L’Ue, gli Stati membri e le Istituzioni finanziarie e di sviluppo internazionali sono invitate a muoversi, finché si è ancora in tempo, per contenere le periodiche ribellioni in Tunisia, a pochi chilometri dall’Italia, e prevenire una possibile destabilizzazione del paese, sostenendone decisamente l’esemplare ma fragile democrazia, l’unica realizzata con le ‘primavere arabe. La Tunisia, il paese mediterraneo più vicino all’Italia, è oggi in bilico tra il rafforzamento del processo democratico e la destabilizzazione con prevedibili e devastanti conseguenze su migrazioni e terrorismo. Investire sulla Tunisia e i paesi limitrofi, anche sostenendo gli sforzi della società civile, è investire sul nostro futuro di stabilità e di pace. Un tracollo della Tunisia metterebbe infatti a rischio la stessa sicurezza e stabilità in Italia e in Europa, e non sarà a costo zero”.

      Sembrano considerazioni dell’oggi. Ma non è così. Perché questo argomentato grido d’allarme lanciato dalle Ong di “Link 2007” data 16 febbraio 2016. Sono trascorsi quattro anni e mezzo d’allora, si sono succeduti primi ministri, cambiate maggioranze, ma nessuno ha raccolto questi preziosi suggerimenti.

      “La via che le Ong di ‘Link 2007’ propongono è quella della costituzione, in tempi rapidi, di uno specifico Fondo internazionale formato da contributi della Commissione europea, degli Stati membri, di tutti i paesi interessati, delle Istituzioni finanziarie e di sviluppo europee e internazionali, comprese quelle arabe e islamiche, prendendo in considerazione la Tunisia insieme ai due paesi confinanti, Libia e Algeria. Un fondo fiduciario per la realizzazione di un ‘piano Marshall’, di cui l’Italia, data la vicinanza, potrebbe farsi promotrice. Per la sola Tunisia serviranno, secondo le stime di Link 2007 basate sul bilancio dello Stato, almeno 20 miliardi di euro all’anno per i prossimi cinque anni, finalizzati agli investimenti prioritari, con lo scopo di restringere la forbice delle disuguaglianze che pesano in particolare sulle regioni interne e le periferie urbane degradate, di ridurre drasticamente la disoccupazione e di attrarre nuovi capitali e investitori esterni. Senza interventi rapidi e significativi la Tunisia potrebbe vivere una nuova rivoluzione popolare: molto probabilmente distruttiva, questa volta, che metterebbe a rischio tutta l’area euro-mediterranea, a partire dalla vicina Italia”.

      Questa proposta è caduto nel vuoto, e oggi c’è un ministro degli Esteri che fa la voce grossa e decide di “punire” la Tunisia per un presunto lassismo nel contrastare il flusso di migranti verso le coste siciliane, bloccando i finanziamenti destinati alla cooperazione allo sviluppo destinati al Paese nordafricano.

      La situazione è rimasta esplosiva

      Ma torniamo a quel documento, assolutamente “profetico”. Per il presidente del Forum tunisino per i diritti economici e sociali, Abderrahman Hedhili, le proteste erano prevedibili: “Abbiamo segnalato che la situazione sociale sarebbe esplosa; l’esclusione sociale e le disparità regionali sono pesanti ma il governo non è riuscito a definire strategie e programmi per le regioni interne”. Il 15% della popolazione è disoccupata. La percentuale sale al 25% in regioni periferiche come quella di Kasserine e a tassi ben superiori per i giovani. Spesso il lavoro è legato ad intermediazioni corruttive. La situazione è ulteriormente peggiorata a causa degli attacchi terroristici del 2015 contro obiettivi turistici quali il museo del Bardo a Tunisi e il resort di Susa (Sousse): l’industria turistica con i suoi 400 mila lavoratori è stata pesantemente colpita. Le regioni costiere sono le più sviluppate: investimenti pubblici e privati si sono susseguiti nel tempo, anche per favorire il turismo, e in esse è localizzato l’80% delle industrie tunisine. Buono è quindi, in esse, il tasso di occupazione e di reddito medio. Nei governatorati centro meridionali lontani dalla costa, invece, la gente si sente abbandonata per la mancanza di investimenti produttivi e di servizi, dai trasporti ai servizi essenziali come l’acqua, la salute, l’istruzione.

      La realtà e le crescenti difficoltà

      “La realtà - proseguiva il report di Link 2007 - è che lo Stato non ha i fondi necessari per potere impegnarsi in un piano di sviluppo per creare lavoro e servizi essenziali. La mancanza di investitori, l’instabilità politica, il terrorismo stanno bloccando il paese costretto a contare, più che mai, sull’aiuto esterno. Come si dirà più avanti,servirebbe un ‘piano Marshall’ da 20 miliardi di euro per alcuni anni: quei fondi cioè che mancano al bilancio dello Stato per lanciare gli investimenti necessari. Un piano coordinato e finalizzato in particolare alle aree più depresse, all’occupazione e alla lotta alla corruzione. L’Europa, per la vicinanza e i legami storici, deve riuscire ad intervenire presto, molto di più rispetto al passato. Impegni limitati a qualche centinaia di milioni, spesso ripartiti su più anni, non corrispondono alla gravità della situazione e dei bisogni. La democrazia tunisina è reale, radicata, la sola ad essere sopravvissuta alle ‘primavere arabe’. Se sparisse o se cadesse sotto l’influenza di paesi spinti da valori lontani da quelli su cui è basata la nostra convivenza o di movimenti terroristici, la responsabilità non sarà solo del governo tunisino. L’esperienza della Tunisia è importante anche perché rappresenta la sintesi tra i valori occidentali e i valori islamici. Non si possono conservare i valori delle rivoluzioni e la democrazia solo con riconoscimenti internazionali, incontri, convegni, parole di amicizia e vicinanza. “La libertà c’è ma manca il pane” si sente ripetere in tutto il paese. Le ‘rivolte del pane’ rischiano di ripetersi ciclicamente, con conseguenze facilmente prevedibili. Occorre investire sulla Tunisia, con una cooperazione duratura, con una visione e una strategia di lungo periodo, con fondi strutturali e ampi investimenti nelle regioni più arretrate, favorendo l’occupazione e l’equità sociale e tra le regioni. Un paese che è riuscito a gestire con successo e in modo democratico la rivoluzione del 2011 doveva essere aiutato subito con ingenti risorse e continuare ad essere sostenuto senza interruzione. Nell’interesse del consolidamento del processo democratico tunisino ma anche nel nostro stesso interesse, italiano ed europeo. Una grave crisi in Tunisia potrebbe avere conseguenze deleterie anche per noi. L’impegno per la Tunisia è un impegno per noi stessi e la nostra stabilità. Investire sulla Tunisia e i paesi limitrofi è investire sul nostro futuro di stabilità e di pace. Non farlo significa danneggiare noi stessi. Limitare gli aiuti o ritardarli potrebbe avere un costo di gran lunga superiore in un futuro ravvicinato, non solo finanziariamente ma anche in conflitti, vite umane, distruzioni, consolidamento e diffusione del terrorismo, come la recente storia insegna. Un tracollo della Tunisia avrebbe anche conseguenze nefaste per la stessa sicurezza e stabilità europea. È dunque nel nostro interesse, italiano ed europeo, intervenire con investimenti adeguati e risoluti di cooperazione con la Tunisia. E occorre farlo subito”.

      Ma così non è stato.

      Quattro anni e mezzo dopo, Nino Sergi, presidente emerito di Intersos e policy advisor di Liink 2007), rivolge questo post al titolare della Farnesina: “Caro ministro Luigi Di Maio, non ci siamo proprio. Mi è difficile anche in questa occasione, chiamarla ministro, e per di più degli affari esteri e della cooperazione internazionale, dato che con le sue parole intende piuttosto presentarsi come capo-popolo, di quella parte di popolo che lei pensa di riuscire a conquistare. ‘Ci sono delle regole in Italia che vanno rispettate. Anche l’Europa deve rispondere concretamente,. Non c’è tempo da perdere’.

      Sul ‘non c’è tempo da perdere’ le ricordo che nei molti anni di sue responsabilità nel parlamento e nel governo, sul tema delle politiche migratorie lei ha perso tutto il tempo che ha avuto a disposizione. Sull’Europa che deve rispondere concretamente, le ho già scritto un post il 31 luglio: spero che qualcuno del suo staff glielo faccia vedere. Mi soffermo sul ‘ci sono delle regole che in Italia vanno rispettate’. Da chi, signor ministro? Stando al suo diktat, dal governo tunisino? Lei sembra esprimere una concezione delle relazioni internazionali dell’Italia ferma al periodo coloniale, in cui era chiaro chi decideva e chi obbediva. Le relazioni internazionali sono una cosa seria e delicatissima, soprattutto per un paese come il nostro, inserito in un Mediterraneo problematico e carico di tensioni. Occorre ‘fermare i fondi per la cooperazione se non c’è collaborazione con l’Italia, afferma con fermezza. Eh no. Le intese e gli impegni vanno onorati, pur nel dialogo politico per migliorarli. A meno di pensare arrogantemente di potere fare a meno di relazioni divenute preziose e indispensabili per il bene dell’Italia – Cooperazione e collaborazione – rimarca ancora Sergi – non significano più, da tempo, imposizione. Lo dicono le leggi italiane e le normative internazionali dal dopo-guerra in poi. Lo dice lei (lo ricorda’) ogni volta che presiede il Comitato congiunto, il Consiglio nazionale, il Comitato interministeriale per la cooperazione allo sviluppo; e ogni volta che incontra i suoi colleghi ministri dell’area mediterranea. Non imiti altri personaggi politici. Continui a fare il ministro degli esteri: stava imparando e stava dimostrando capacità. Non si distrugga per un po’ di effimero consenso. Sulla Tunisia, la sua situazione sociale e politica, la sua fragilità, le consiglio un breve studio della rete di Ong Link 2007: ‘Aiutare Tunisia per aiutare l’Europa’. E’ del 2016 ma rimane attuale. Se lo vorrà, siamo pronti a discuterne approfonditamente “.

      “Quella che sembrava un’uscita infelice del Ministro degli Esteri, si è invece rivelata essere la linea dell’intero governo, viste le dichiarazioni del Premier Conte e il silenzio degli esponenti PD. Tocca prendere atto che il Governo stia continuando ad appiattarsi su posizioni utili più al prossimo sondaggio che a rafforzare una visione strategica nel mediterraneo e nel Nord Africa – dice a Globalist Paolo Pezzati, Humanitarian Policy Advisor di Oxfam Italia-. La decisione di applicare una #condizionalità_negativa_migrazione-sviluppo con il blocco dei fondi per la cooperazione allo sviluppo qualora la Tunisia non si impegnasse nel blocco delle partenze - potrebbe rivelarsi un autogol di quelli che si ricordano nel tempo. In prima ragione perché la cooperazione ha come obiettivo , qualora negoziata con i partner e la società civile, quello di attaccare proprio le cause alla radice della migrazione che viene chiamata “economica”; e poi perché in un momento di difficoltà – si è dimesso il primo ministro, la crisi economica e sociale è acuta come non mai – e in un contesto geopolitico molto fluido nell’area dove Turchia ed Egitto stanno provando ad allargare la loro egemonia, di solito i partner si sostengono, non si puniscono. La soluzione – prosegue Pezzati - ancora una volta è data dalla combinazione dell’avvio di un nuovo dialogo con Tunisi per un piano strategico condiviso – con un impegno finanziario abbondantemente superiore ai 6,5 milioni - volto a sostenere il paese nord africano e dall’approvare finalmente una legge che superi la Bossi Fini, per istituire nuovi canali di ingresso regolari grazie alla quale finalmente l’Italia si organizzi nel decidere come gestire i flussi migratori invece che preoccuparsi solo come interromperli. Gli ingressi irregolari, gli arrivi con i barconi si contrastano aumentando i canali di ingresso regolari, non alzando muri in terra e in mare. Alla Camera giace la proposta di legge della Campagna ‘Ero Straniero’ che ha proprio questo obiettivo, i partiti della maggioranza cosa stanno aspettando?”.

      Ma discutere non sembra essere oggi nelle intenzioni di chi governa l’Italia. Oggi, per costoro, è tempo di esibire i muscoli (verbali) e di provare a fare la voce grossa con i più debole, il “ruggito del coniglio”. E così, ecco a voi il presidente del Consiglio che ieri, da Cerignola, veste i panni del commander in chief e proclama: «Non possiamo tollerare che si entri in Italia in modo irregolare, tanto più non possiamo tollerare che in questo momento in cui la comunità nazionale intera ha fatto tantissimi sacrifici questi risultati siano vanificati da migranti che tentano di sfuggire alla sorveglianza sanitaria». E ancora: «Non ce lo possiamo permettere, quindi dobbiamo essere duri, inflessibili – dice Conte -. Stiamo collaborando con le autorità tunisine, è quella la strada. Io stesso l’altro giorno ho scritto al presidente tunisino Kais Saied una lettera e sono contento che abbia fatto visita ai porti per rafforzare la sorveglianza costiera. Noi dobbiamo contrastare i traffici e l’incremento degli utili da parte dei gruppi criminali che alimentano questi traffici illeciti. Dobbiamo continuare in questa direzione, dobbiamo intensificare i rimpatri. Abbiamo fatto una riunione con i ministri competenti, Di Maio, Lamorgese, Guerini e De Micheli, stiamo lavorando per evitare che questi traffici continuino. Non si entra in Italia in questo modo e non possiamo permettere che la nostra comunità sia esposta a pericoli».

      Il nemico è stato inquadrato: è il migrante portatore di virus. Ai tempi del Conte I, l’equazione era migrante=criminale, invasore, parassita e, se islamico, terrorista. Col Conte II l’equazione è adattata all’emergenza virale. E questa vergogna la spacciano per “discontinuità”.

      https://www.globalist.it/world/2020/08/04/migranti-e-tunisia-le-ong-danno-lezioni-a-di-maio-e-conte-ma-le-capiranno-

  • Budget européen pour la migration : plus de contrôles aux frontières, moins de respect pour les droits humains

    Le 17 juillet 2020, le Conseil européen examinera le #cadre_financier_pluriannuel (#CFP) pour la période #2021-2027. À cette occasion, les dirigeants de l’UE discuteront des aspects tant internes qu’externes du budget alloué aux migrations et à l’#asile.

    En l’état actuel, la #Commission_européenne propose une #enveloppe_budgétaire totale de 40,62 milliards d’euros pour les programmes portant sur la migration et l’asile, répartis comme suit : 31,12 milliards d’euros pour la dimension interne et environ 10 milliards d’euros pour la dimension externe. Il s’agit d’une augmentation de 441% en valeur monétaire par rapport à la proposition faite en 2014 pour le budget 2014-2020 et d’une augmentation de 78% par rapport à la révision budgétaire de 2015 pour ce même budget.

    Une réalité déguisée

    Est-ce une bonne nouvelle qui permettra d’assurer dignement le bien-être de milliers de migrant.e.s et de réfugié.e.s actuellement abandonné.e.s à la rue ou bloqué.e.s dans des centres d’accueil surpeuplés de certains pays européens ? En réalité, cette augmentation est principalement destinée à renforcer l’#approche_sécuritaire : dans la proposition actuelle, environ 75% du budget de l’UE consacré à la migration et à l’asile serait alloué aux #retours, à la #gestion_des_frontières et à l’#externalisation des contrôles. Ceci s’effectue au détriment des programmes d’asile et d’#intégration dans les États membres ; programmes qui se voient attribuer 25% du budget global.

    Le budget 2014 ne comprenait pas de dimension extérieure. Cette variable n’a été introduite qu’en 2015 avec la création du #Fonds_fiduciaire_de_l’UE_pour_l’Afrique (4,7 milliards d’euros) et une enveloppe financière destinée à soutenir la mise en œuvre de la #déclaration_UE-Turquie de mars 2016 (6 milliards d’euros), qui a été tant décriée. Ces deux lignes budgétaires s’inscrivent dans la dangereuse logique de #conditionnalité entre migration et #développement : l’#aide_au_développement est liée à l’acceptation, par les pays tiers concernés, de #contrôles_migratoires ou d’autres tâches liées aux migrations. En outre, au moins 10% du budget prévu pour l’Instrument de voisinage, de développement et de coopération internationale (#NDICI) est réservé pour des projets de gestion des migrations dans les pays d’origine et de transit. Ces projets ont rarement un rapport avec les activités de développement.

    Au-delà des chiffres, des violations des #droits_humains

    L’augmentation inquiétante de la dimension sécuritaire du budget de l’UE correspond, sur le terrain, à une hausse des violations des #droits_fondamentaux. Par exemple, plus les fonds alloués aux « #gardes-côtes_libyens » sont importants, plus on observe de #refoulements sur la route de la Méditerranée centrale. Depuis 2014, le nombre de refoulements vers la #Libye s’élève à 62 474 personnes, soit plus de 60 000 personnes qui ont tenté d’échapper à des violences bien documentées en Libye et qui ont mis leur vie en danger mais ont été ramenées dans des centres de détention indignes, indirectement financés par l’UE.

    En #Turquie, autre partenaire à long terme de l’UE en matière d’externalisation des contrôles, les autorités n’hésitent pas à jouer avec la vie des migrant.e.s et des réfugié.e.s, en ouvrant et en fermant les frontières, pour négocier le versement de fonds, comme en témoigne l’exemple récent à la frontière gréco-turque.

    Un budget opaque

    « EuroMed Droits s’inquiète de l’#opacité des allocations de fonds dans le budget courant et demande à l’Union européenne de garantir des mécanismes de responsabilité et de transparence sur l’utilisation des fonds, en particulier lorsqu’il s’agit de pays où la corruption est endémique et qui violent régulièrement les droits des personnes migrantes et réfugiées, mais aussi les droits de leurs propres citoyen.ne.s », a déclaré Wadih Al-Asmar, président d’EuroMed Droits.

    « Alors que les dirigeants européens se réunissent à Bruxelles pour discuter du prochain cadre financier pluriannuel, EuroMed Droits demande qu’une approche plus humaine et basée sur les droits soit adoptée envers les migrant.e.s et les réfugié.e.s, afin que les appels à l’empathie et à l’action résolue de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen ne restent pas lettre morte ».

    https://euromedrights.org/fr/publication/budget-europeen-pour-la-migration-plus-de-controles-aux-frontieres-mo


    https://twitter.com/EuroMedRights/status/1283759540740096001

    #budget #migrations #EU #UE #Union_européenne #frontières #Fonds_fiduciaire_pour_l’Afrique #Fonds_fiduciaire #sécurité #réfugiés #accord_UE-Turquie #chiffres #infographie #renvois #expulsions #Neighbourhood_Development_and_International_Cooperation_Instrument

    Ajouté à la métaliste sur la #conditionnalité_de_l'aide_au_développement :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

    Et à la métaliste sur l’externalisation des contrôles frontaliers :
    https://seenthis.net/messages/731749#message765319

    ping @karine4 @rhoumour @reka @_kg_

  • EU: Damning draft report on the implementation of the Return Directive

    Tineke Strik, the Green MEP responsible for overseeing the passage through the European Parliament of the ’recast Return Directive’, which governs certain common procedures regarding the detention and expulsion of non-EU nationals, has prepared a report on the implementation of the original 2008 Return Directive. It criticises the Commission’s emphasis, since 2017, on punitive enforcement measures, at the expense of alternatives that have not been fully explored or implemented by the Commission or the member states, despite the 2008 legislation providing for them.

    See: DRAFT REPORT on the implementation of the Return Directive (2019/2208(INI)): https://www.statewatch.org/media/documents/news/2020/jun/ep-libe-returns-directive-implementation-draft-rep-9-6-20.pdf

    From the explanatory statement:

    “This Report, highlighting several gaps in the implementation of the Return Directive, is not intended to substitute the still overdue fully-fledged implementation assessment of the Commission. It calls on Member States to ensure compliance with the Return Directive and on the Commission to ensure timely and proper monitoring and support for its implementation, and to enforce compliance if necessary.

    (...)

    With a view to the dual objective of the Return Directive, notably promoting effective returns and ensuring that returns comply with fundamental rights and procedural safeguards, this Report shows that the Directive allows for and supports effective returns, but that most factors impeding effective return are absent in the current discourse, as the effectiveness is mainly stressed and understood as return rate.”

    Parliamentary procedure page: Implementation report on the Return Directive (European Parliament, link: https://oeil.secure.europarl.europa.eu/oeil/popups/ficheprocedure.do?reference=2019/2208(INI)&l=en)

    https://www.statewatch.org/news/2020/june/eu-damning-draft-report-on-the-implementation-of-the-return-directive
    #Directive_Retour #EU #Europe #Union_européenne #asile #migrations #réfugiés #renvois #expulsions #rétention #détention_administrative #évaluation #identification #efficacité #2008_Return_Directive #régimes_parallèles #retour_volontaire #déboutés #sans-papiers #permis_de_résidence #régularisation #proportionnalité #principe_de_proportionnalité #AVR_programmes #AVR #interdiction_d'entrée_sur_le_territoire #externalisation #Gambie #Bangladesh #Turquie #Ethiopie #Afghanistan #Guinée #Côte_d'Ivoire #droits_humains #Tineke_Strik #risque_de_fuite #fuite #accord #réadmission

    –—

    Quelques passages intéressants tirés du rapport:

    The study shows that Member States make use of the possibility offered in Article 2(2)(a) not to apply the Directive in “border cases”, by creating parallel regimes, where procedures falling outside the scope of the Directive offer less safeguards compared to the regular return procedure, for instance no voluntary return term, no suspensive effect of an appeal and less restrictions on the length of detention. This lower level of protection gives serious reasons for concern, as the fact that border situations may remain outside the scope of the Directive also enhances the risks of push backs and refoulement. (...) Your Rapporteur considers that it is key to ensure a proper assessment of the risk of refoulement prior to the issuance of a return decision. This already takes place in Sweden and France. Although unaccompanied minors are rarely returned, most Member States do not officially ban their return. Their being subject to a return procedure adds vulnerability to their situation, due to the lack of safeguards and legal certainty.

    (p.4)
    #frontières #zones_frontalières #push-backs #refoulement

    Sur les #statistiques et #chiffres de #Eurostat:

    According to Eurostat, Member States issued over 490.000 return decisions in 2019, of which 85% were issued by the ten Member States under the current study. These figures are less reliable then they seem, due to the divergent practices. In some Member States, migrants are issued with a return decision more than once, children are not issued a decision separately, and refusals at the border are excluded.

    Statistics on the percentage of departure being voluntary show significant varieties between the Member States: from 96% in Poland to 7% in Spain and Italy. Germany and the Netherlands have reported not being able to collect data of non-assisted voluntary returns, which is remarkable in the light of the information provided by other Member States. According to Frontex, almost half of the departures are voluntary.

    (p.5)

    As Article 7(4) is often applied in an automatic way, and as the voluntary departure period is often insufficient to organise the departure, many returnees are automatically subject to an entry ban. Due to the different interpretations of a risk of absconding, the scope of the mandatory imposition of an entry ban may vary considerably between the countries. The legislation and practice in Belgium, Bulgaria, France, the Netherlands and Sweden provides for an automatic entry ban if the term for voluntary departure was not granted or respected by the returnee and in other cases, the imposition is optional. In Germany, Spain, Italy, Poland and Bulgaria however, legislation or practice provides for an automatic imposition of entry bans in all cases, including cases in which the returnee has left during the voluntary departure period. Also in the Netherlands, migrants with a voluntary departure term can be issued with an entry ban before the term is expired. This raises questions on the purpose and effectiveness of imposing an entry ban, as it can have a discouraging effect if imposed at an early stage. Why leave the territory in time on a voluntary basis if that is not rewarded with the possibility to re-enter? This approach is also at odds with the administrative and non-punitive approach taken in the Directive.

    (p.6)

    National legislation transposing the definition of “risk of absconding” significantly differs, and while several Member States have long lists of criteria which justify finding a risk of absconding (Belgium has 11, France 8, Germany 7, The Netherlands 19), other Member States (Bulgaria, Greece, Poland) do not enumerate the criteria in an exhaustive manner. A broad legal basis for detention allows detention to be imposed in a systematic manner, while individual circumstances are marginally assessed. National practices highlighted in this context also confirm previous studies that most returns take place in the first few weeks and that longer detention hardly has an added value.

    (p.6)

    In its 2016 Communication on establishing a new Partnership Framework with third countries under the European Agenda on Migration, the Commission recognised that cooperation with third countries is essential in ensuring effective and sustainable returns. Since the adoption of this Communication, several informal arrangements have been concluded with third countries, including Gambia, Bangladesh, Turkey, Ethiopia, Afghanistan, Guinea and Ivory Coast. The Rapporteur regrets that such informal deals are concluded in the complete absence of duly parliamentary scrutiny and democratic and judicial oversight that according to the Treaties the conclusion of formal readmission agreements would warrant.

    (p.7)

    With the informalisation of cooperation with third countries in the field of migration, including with transit countries, also came an increased emphasis on conditionality in terms of return and readmission. The Rapporteur is concerned that funding earmarked for development cooperation is increasingly being redirected away from development and poverty eradication goals.

    (p.7)
    #développement #aide_au_développement #conditionnalité_de_l'aide

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  • Migrants : les échecs d’un #programme_de_retour_volontaire financé par l’#UE

    Alors qu’il embarque sur un vol de la Libye vers le Nigeria à la fin 2018, James a déjà survécu à un naufrage en Méditerranée, traversé une demi-douzaine d’États africains, été la cible de coups de feu et passé deux ans à être maltraité et torturé dans les centres de détention libyens connus pour la brutalité qui y règne.

    En 2020, de retour dans sa ville de Benin City (Etat d’Edo au Nigéria), James se retrouve expulsé de sa maison après n’avoir pas pu payer son loyer. Il dort désormais à même le sol de son salon de coiffure.

    Sa famille et ses amis l’ont tous rejeté parce qu’il n’a pas réussi à rejoindre l’Europe.

    « Le fait que tu sois de retour n’est source de bonheur pour personne ici. Personne ne semble se soucier de toi [...]. Tu es revenu les #mains_vides », raconte-t-il à Euronews.

    James est l’un des quelque 81 000 migrants africains qui sont rentrés dans leur pays d’origine avec l’aide de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies et le #soutien_financier de l’Union européenne, dans le cadre d’une initiative conjointe de 357 millions d’euros (https://migrationjointinitiative.org). Outre une place sur un vol au départ de la Libye ou de plusieurs autres pays de transit, les migrants se voient promettre de l’argent, un #soutien et des #conseils pour leur permettre de se réintégrer dans leur pays d’origine une fois rentrés chez eux.

    Mais une enquête d’Euronews menée dans sept pays africains a révélé des lacunes importantes dans ce programme, considéré comme la réponse phare de l’UE pour empêcher les migrants d’essayer de se rendre en Europe.

    Des dizaines de migrants ayant participé au programme ont déclaré à Euronews qu’une fois rentrés chez eux, ils ne recevaient aucune aide. Et ceux qui ont reçu une aide financière, comme James, ont déclaré qu’elle était insuffisante.

    Nombreux sont ceux qui envisagent de tenter à nouveau de se rendre en Europe dès que l’occasion se présente.

    « Je ne me sens pas à ma place ici », confie James. « Si l’occasion se présente, je quitte le pays ».

    Sur les 81 000 migrants qui ont été rapatriés depuis 2017, près de 33 000 ont été renvoyés de Libye par avion. Parmi eux, beaucoup ont été victimes de détention, d’abus et de violences de la part de passeurs, de milices et de bandes criminelles. Les conditions sont si mauvaises dans le pays d’Afrique du Nord que le programme est appelé « retour humanitaire volontaire » (VHR), plutôt que programme de « retour volontaire assisté » (AVR) comme ailleurs en Afrique.

    Après trois ans passés en Libye, Mohi, 24 ans, a accepté l’offre d’un vol de retour en 2019. Mais, une fois de retour dans son pays, son programme de réintégration ne s’est jamais concrétisé. « Rien ne nous a été fourni ; ils continuent à nous dire ’demain’ », raconte-t-il à Euronews depuis le nord du Darfour, au Soudan.

    Mohi n’est pas seul. Les propres statistiques de l’OIM sur les rapatriés au Soudan révèlent que seuls 766 personnes sur plus de 2 600 ont reçu un soutien économique. L’OIM attribue cette situation à des taux d’inflation élevés et à une pénurie de biens et d’argent sur place.

    Mais M. Kwaku Arhin-Sam, spécialiste des projets de développement et directeur de l’Institut d’évaluation Friedensau, estime de manière plus générale que la moitié des programmes de réintégration de l’OIM échouent.

    « La plupart des gens sont perdus au bout de quelques jours », explique-t-il.
    Deux tiers des migrants ne terminent pas les programmes de réintégration

    L’OIM elle-même revoit cette estimation à la baisse : l’agence des Nations unies a déclaré à Euronews que jusqu’à présent, seul un tiers des migrants qui ont commencé à bénéficier d’une aide à la réintégration sont allés au bout du processus. Un porte-parole a déclaré que l’initiative conjointe OIM/EU étant un processus volontaire, « les migrants peuvent décider de se désister à tout moment, ou de ne pas s’engager du tout ».

    Un porte-parole de l’OIM ajoute que la réintégration des migrants une fois qu’ils sont rentrés chez eux va bien au-delà du mandat de l’organisation, et « nécessite un leadership fort de la part des autorités nationales », ainsi que « des contributions actives à tous les niveaux de la société ».

    Entre mai 2017 et février 2019, l’OIM a aidé plus de 12 000 personnes à rentrer au Nigeria. Parmi elles, 9 000 étaient « joignables » lorsqu’elles sont rentrées chez elles, 5 000 ont reçu une formation professionnelle et 4 300 ont bénéficié d’une « aide à la réintégration ». Si l’on inclut l’accès aux services de conseil ou de santé, selon l’OIM Nigéria, un total de 7 000 sur 12 000 rapatriés – soit 58 % – ont reçu une aide à la réintégration.

    Mais le nombre de personnes classées comme ayant terminé le programme d’aide à la réintégration n’était que de 1 289. De plus, les recherches de Jill Alpes, experte en migration et chercheuse associée au Centre de recherche sur les frontières de Nimègue, ont révélé que des enquêtes visant à vérifier l’efficacité de ces programmes n’ont été menées qu’auprès de 136 rapatriés.

    Parallèlement, une étude de Harvard sur les Nigérians de retour de Libye (https://cdn1.sph.harvard.edu/wp-content/uploads/sites/2464/2019/11/Harvard-FXB-Center-Returning-Home-FINAL.pdf) estime que 61,3 % des personnes interrogées ne travaillaient pas après leur retour, et que quelque 16,8 % supplémentaires ne travaillaient que pendant une courte période, pas assez longue pour générer une source de revenus stable. À leur retour, la grande majorité des rapatriés, 98,3 %, ne suivaient aucune forme d’enseignement régulier.

    La commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, a admis à Euronews que « c’est un domaine dans lequel nous avons besoin d’améliorations ». Mme Johansson a déclaré qu’il était trop tôt pour dire quelles pourraient être ces améliorations, mais a maintenu que l’UE avait de bonnes relations avec l’OIM.

    Sandrine, Rachel et Berline, originaires du Cameroun, ont elles accepté de prendre un vol de l’OIM de Misrata, en Libye, à Yaoundé, la capitale camerounaise, en septembre 2018.

    En Libye, elles disent avoir subi des violences, des abus sexuels et avoir déjà risqué leur vie en tentant de traverser la Méditerranée. À cette occasion, elles ont été interceptées par les garde-côtes libyens et renvoyées en Libye.

    Une fois rentrées au Cameroun, Berline et Rachel disent n’avoir reçu ni argent ni soutien de l’OIM. Sandrine a reçu environ 900 000 fcfa (1 373,20 euros) pour payer l’éducation de ses enfants et lancer une petite entreprise – mais cela n’a pas duré longtemps.

    « Je vendais du poulet au bord de la route à Yaoundé, mais le projet ne s’est pas bien déroulé et je l’ai abandonné », confie-t-elle.

    Elle se souvient aussi d’avoir accouché dans un centre de détention de Tripoli avec des fusillades comme fond sonore.

    Toutes les trois ont affirmé qu’au moment de leur départ pour le Cameroun, elles n’avaient aucune idée de l’endroit où elles allaient dormir une fois arrivées et qu’elles n’avaient même pas d’argent pour appeler leur famille afin de les informer de leur retour.

    « Nous avons quitté le pays, et quand nous y sommes revenues, nous avons trouvé la même situation, parfois même pire. C’est pourquoi les gens décident de repartir », explique Berline.

    En novembre 2019, moins de la moitié des 3 514 migrants camerounais qui ont reçu une forme ou une autre de soutien de la part de l’OIM étaient considérés comme « véritablement intégrés » (https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/ENG_Press%20release%20COPIL_EUTF%20UE_IOM_Cameroon.pdf).

    Seydou, un rapatrié malien, a reçu de l’argent de l’OIM pour payer son loyer pendant trois mois et les factures médicales de sa femme malade. Il a également reçu une formation commerciale et un moto-taxi.

    Mais au Mali, il gagne environ 15 euros par jour, alors qu’en Algérie, où il travaillait illégalement, il avait été capable de renvoyer chez lui plus de 1 300 euros au total, ce qui a permis de financer la construction d’une maison pour son frère dans leur village.

    Il tente actuellement d’obtenir un visa qui lui permettrait de rejoindre un autre de ses frères en France.

    Seydou est cependant l’un des rares Maliens chanceux. Les recherches de Jill Alpes, publiées par Brot für die Welt et Medico (l’agence humanitaire des Églises protestantes en Allemagne), ont révélé que seuls 10 % des migrants retournés au Mali jusqu’en janvier 2019 avaient reçu un soutien quelconque de l’OIM.

    L’OIM, quant à elle, affirme que 14 879 Maliens ont entamé le processus de réintégration – mais ce chiffre ne révèle pas combien de personnes l’ont achevé.
    Les stigmates du retour

    Dans certains cas, l’argent que les migrants reçoivent est utilisé pour financer une nouvelle tentative pour rejoindre l’Europe.

    Dans un des cas, une douzaine de personnes qui avaient atteint l’Europe et avaient été renvoyées chez elles ont été découvertes parmi les survivants du naufrage d’un bateau en 2019 (https://www.infomigrants.net/en/post/21407/mauritanian-coast-guard-intercepts-boat-carrying-around-190-migrants-i se dirigeait vers les îles Canaries. « Ils étaient revenus et ils avaient décidé de reprendre la route », a déclaré Laura Lungarotti, chef de la mission de l’OIM en Mauritanie.

    Safa Msehli, porte-parole de l’OIM, a déclaré à Euronews que l’organisation ne pouvait pas empêcher des personnes de tenter de repartir vers l’Europe une fois revenues.

    « C’est aux gens de décider s’ils veulent ou non émigrer et dans aucun de ses différents programmes, l’OIM ne prévoit pas d’empêcher les gens de repartir », a-t-elle expliqué.

    Qu’est-ce que l’OIM ?

    A partir de 2016, l’OIM s’est redéfinie comme agence des Nations unies pour les migrations, et en parallèle son budget a augmenté rapidement (https://governingbodies.iom.int/system/files/en/council/110/C-110-10%20-%20Director%20General%27s%20report%20to%20the%20110). Il est passé de 242,2 millions de dollars US (213 millions d’euros) en 1998 à plus de 2 milliards de dollars US (1,7 milliard d’euros) à l’automne 2019, soit une multiplication par huit. Bien qu’elle ne fasse pas partie des Nations unies, l’OIM est désormais une « organisation apparentée », avec un statut similaire à celui d’un prestataire privé.

    L’UE et ses États membres sont collectivement les principaux contributeurs au budget de l’OIM (https://governingbodies.iom.int/system/files/en/council/110/Statements/EU%20coordinated%20statement%20-%20Point%2013%20-%20final%20IOM), leurs dons représentant près de la moitié de son financement opérationnel.

    De son côté, l’OIM tient à mettre en évidence sur son site web les cas où son programme de retour volontaire a été couronné de succès, notamment celui de Khadeejah Shaeban, une rapatriée soudanaise revenue de Libye qui a pu monter un atelier de couture.

    –-
    Comment fonctionne le processus d’aide à la réintégration ?
    Les migrants embarquent dans un avion de l’OIM sur la base du volontariat et retournent dans leur pays ;
    Ils ont droit à des conseils avant et après le voyage ;
    Chaque « rapatrié » peut bénéficier de l’aide de bureaux locaux, en partenariat avec des ONG locales ;
    L’assistance à l’accueil après l’arrivée peut comprendre l’accueil à l’aéroport, l’hébergement pour la nuit, une allocation en espèces pour les besoins immédiats, une première assistance médicale, une aide pour le voyage suivant, une assistance matérielle ;
    Une fois arrivés, les migrants sont enregistrés et vont dans un centre d’hébergement temporaire où ils restent jusqu’à ce qu’ils puissent participer à des séances de conseil avec le personnel de l’OIM. Des entretiens individuels doivent aider les migrants à identifier leurs besoins. Les migrants en situation vulnérable reçoivent des conseils supplémentaires, adaptés à leur situation spécifique ;
    Cette assistance est généralement non monétaire et consiste en des cours de création d’entreprise, des formations professionnelles (de quelques jours à six mois/un an), des salons de l’emploi, des groupes de discussion ou des séances de conseil ; l’aide à la création de micro-entreprises. Toutefois, pour certains cas vulnérables, une assistance en espèces est fournie pour faire face aux dépenses quotidiennes et aux besoins médicaux ;
    Chaque module comprend des activités de suivi et d’évaluation afin de déterminer l’efficacité des programmes de réintégration.

    –-

    Des migrants d’#Afghanistan et du #Yémen ont été renvoyés dans ces pays dans le cadre de ce programme, ainsi que vers la Somalie, l’Érythrée et le Sud-Soudan, malgré le fait que les pays de l’UE découragent tout voyage dans ces régions.

    En vertu du droit international relatif aux Droits de l’homme, le principe de « #non-refoulement » garantit que nul ne doit être renvoyé dans un pays où il risque d’être torturé, d’être soumis à des traitements cruels, inhumains ou dégradants ou de subir d’autres préjudices irréparables. Ce principe s’applique à tous les migrants, à tout moment et quel que soit leur statut migratoire.

    L’OIM fait valoir que des procédures sont en place pour informer les migrants pendant toutes les phases précédant leur départ, y compris pour ceux qui sont vulnérables, en leur expliquant le soutien que l’organisation peut leur apporter une fois arrivés au pays.

    Mais même lorsque les migrants atterrissent dans des pays qui ne sont pas en proie à des conflits de longue durée, comme le Nigeria, certains risquent d’être confrontés à des dangers et des menaces bien réelles.

    Les principes directeurs du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) sur la protection internationale considèrent que les femmes ou les mineurs victimes de trafic ont le droit de demander le statut de réfugié. Ces populations vulnérables risquent d’être persécutées à leur retour, y compris au Nigeria, voire même d’être à nouveau victime de traite.
    Forcer la main ?

    Le caractère volontaire contestable des opérations de retour s’étend également au Niger voisin, pays qui compte le plus grand nombre de migrants assistés par l’OIM et qui est présenté comme la nouvelle frontière méridionale de l’Europe.

    En 2015, le Niger s’est montré disposé à lutter contre la migration en échange d’un dédommagement de l’UE, mais des centaines de milliers de migrants continuent de suivre les routes à travers le désert en direction du nord pendant que le business du trafic d’êtres humains est florissant.

    Selon le Conseil européen sur les réfugiés et les exilés, une moyenne de 500 personnes sont expulsées d’Algérie vers le Niger chaque semaine, au mépris du droit international.

    La police algérienne détient, identifie et achemine les migrants vers ce qu’ils appellent le « #point zéro », situé à 15 km de la frontière avec le Niger. De là, les hommes, femmes et enfants sont contraints de marcher dans le désert pendant environ 25 km pour atteindre le campement le plus proche.

    « Ils arrivent à un campement frontalier géré par l’OIM (Assamaka) dans des conditions épouvantables, notamment des femmes enceintes souffrant d’hémorragies et en état de choc complet », a constaté Felipe González Morales, le rapporteur spécial des Nations unies, après sa visite en octobre 2018 (https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=23698%26LangID).

    Jill Alpes, au Centre de recherche sur les frontières de Nimègue, estime que ces expulsions sont la raison principale pour laquelle les migrants acceptent d’être renvoyés du Niger. Souvent repérés lors d’opérations de recherche et de sauvetage de l’OIM dans le désert, ces migrants n’ont guère d’autre choix que d’accepter l’aide de l’organisation et l’offre de rapatriement qui s’ensuit.

    Dans ses travaux de recherche, Mme Alpes écrit que « seuls les migrants qui acceptent de rentrer au pays peuvent devenir bénéficiaire du travail humanitaire de l’OIM. Bien que des exceptions existent, l’OIM offre en principe le transport d’Assamakka à Arlit uniquement aux personnes expulsées qui acceptent de retourner dans leur pays d’origine ».

    Les opérations de l’IOM au Niger

    M. Morales, le rapporteur spécial des Nations unies, semble être d’accord (https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=23698%26LangID). Il a constaté que « de nombreux migrants qui ont souscrit à l’aide au retour volontaire sont victimes de multiples violations des droits de l’Homme et ont besoin d’une protection fondée sur le droit international », et qu’ils ne devraient donc pas être renvoyés dans leur pays. « Cependant, très peu d’entre eux sont orientés vers une procédure de détermination du statut de réfugié ou d’asile, et les autres cas sont traités en vue de leur retour ».

    « Le fait que le Fonds fiduciaire de l’Union européenne apporte un soutien financier à l’OIM en grande partie pour sensibiliser les migrants et les renvoyer dans leur pays d’origine, même lorsque le caractère volontaire est souvent douteux, compromet son approche de la coopération au développement fondée sur les droits », indique le rapporteur spécial des Nations unies.
    Des contrôles insuffisants

    Loren Landau, professeur spécialiste des migrations et du développement au Département du développement international d’Oxford, affirme que le travail de l’OIM souffre en plus d’un manque de supervision indépendante.

    « Il y a très peu de recherches indépendantes et beaucoup de rapports. Mais ce sont tous des rapports écrits par l’OIM. Ils commandent eux-même leur propre évaluation , et ce, depuis des années », détaille le professeur.

    Dans le même temps, le Dr. Arhin-Sam, spécialiste lui de l’évaluation des programmes de développement, remet en question la responsabilité et la redevabilité de l’ensemble de la structure, arguant que les institutions et agences locales dépendent financièrement de l’OIM.

    « Cela a créé un haut niveau de dépendance pour les agences nationales qui doivent évaluer le travail des agences internationales comme l’OIM : elles ne peuvent pas être critiques envers l’OIM. Alors que font-elles ? Elles continuent à dire dans leurs rapports que l’OIM fonctionne bien. De cette façon, l’OIM peut ensuite se tourner vers l’UE et dire que tout va bien ».

    Selon M. Arhin-Sam, les ONG locales et les agences qui aident les rapatriés « sont dans une compétition très dangereuse entre elles » pour obtenir le plus de travail possible des agences des Nations unies et entrer dans leurs bonnes grâces.

    « Si l’OIM travaille avec une ONG locale, celle-ci ne peut plus travailler avec le HCR. Elle se considère alors chanceuse d’être financée par l’OIM et ne peuvent donc pas la critiquer », affirme-t-il.

    Par ailleurs, l’UE participe en tant qu’observateur aux organes de décision du HCR et de l’OIM, sans droit de vote, et tous les États membres de l’UE sont également membres de l’OIM.

    « Le principal bailleur de fonds de l’OIM est l’UE, et ils doivent se soumettre aux exigences de leur client. Cela rend le partenariat très suspect », souligne M. Arhin-Sam. « [Lorsque les fonctionnaires européens] viennent évaluer les projets, ils vérifient si tout ce qui est écrit dans le contrat a été fourni. Mais que cela corresponde à la volonté des gens et aux complexités de la réalité sur le terrain, c’est une autre histoire ».
    Une relation abusive

    « Les États africains ne sont pas nécessairement eux-mêmes favorables aux migrants », estime le professeur Landau. « L’UE a convaincu ces États avec des accords bilatéraux. S’ils s’opposent à l’UE, ils perdront l’aide internationale dont ils bénéficient aujourd’hui. Malgré le langage du partenariat, il est évident que la relation entre l’UE et les États africains ressemble à une relation abusive, dans laquelle un partenaire est dépendant de l’autre ».

    Les chercheurs soulignent que si les retours de Libye offrent une voie de sortie essentielle pour les migrants en situation d’extrême danger, la question de savoir pourquoi les gens sont allés en Libye en premier lieu n’est jamais abordée.

    Une étude réalisée par l’activiste humanitaire libyenne Amera Markous (https://www.cerahgeneve.ch/files/6115/7235/2489/Amera_Markous_-_MAS_Dissertation_2019.pdf) affirme que les migrants et les réfugiés sont dans l’impossibilité d’évaluer en connaissance de cause s’ils doivent retourner dans leur pays quand ils se trouvent dans une situation de détresse, comme par exemple dans un centre de détention libyen.

    « Comment faites-vous en sorte qu’ils partent parce qu’ils le veulent, ou simplement parce qu’ils sont désespérés et que l’OIM leur offre cette seule alternative ? » souligne la chercheuse.

    En plus des abus, le stress et le manque de soins médicaux peuvent influencer la décision des migrants de rentrer chez eux. Jean-Pierre Gauci, chercheur principal à l’Institut britannique de droit international et comparé, estime, lui, que ceux qui gèrent les centres de détention peuvent faire pression sur un migrant emprisonné pour qu’il s’inscrive au programme.

    « Il existe une situation de pouvoir, perçu ou réel, qui peut entraver le consentement effectif et véritablement libre », explique-t-il.

    En réponse, l’OIM affirme que le programme Retour Humanitaire Volontaire est bien volontaire, que les migrants peuvent changer d’avis avant d’embarquer et décider de rester sur place.

    « Il n’est pas rare que des migrants qui soient prêts à voyager, avec des billets d’avion et des documents de voyage, changent d’avis et restent en Libye », déclare un porte-parole de l’OIM.

    Mais M. Landau affirme que l’initiative UE-OIM n’a pas été conçue dans le but d’améliorer la vie des migrants.

    « L’objectif n’est pas de rendre les migrants heureux ou de les réintégrer réellement, mais de s’en débarrasser d’une manière qui soit acceptable pour les Européens », affirme le chercheur.

    « Si par ’fonctionner’, nous entendons se débarrasser de ces personnes, alors le projet fonctionne pour l’UE. C’est une bonne affaire. Il ne vise pas à résoudre les causes profondes des migrations, mais crée une excuse pour ce genre d’expulsions ».

    https://fr.euronews.com/2020/06/22/migrants-les-echecs-d-un-programme-de-retour-volontaire-finance-par-l-u
    #retour_volontaire #échec #campagne #dissuasion #migrations #asile #réfugiés #IOM #renvois #expulsions #efficacité #réintégration #EU #Union_européenne #Niger #Libye #retour_humanitaire_volontaire (#VHR) #retour_volontaire_assisté (#AVR) #statistiques #chiffres #aide_à_la_réintégration #Nigeria #réfugiés_nigérians #travail #Cameroun #migrerrance #stigmates #stigmatisation #Assamaka #choix #rapatriement #Fonds_fiduciaire_de_l'Union européenne #fonds_fiduciaire #coopération_au_développement #aide_au_développement #HCR #partenariat #pouvoir

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    Ajouté à la métaliste migrations & développement (et plus précisément en lien avec la #conditionnalité_de_l'aide) :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768702

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  • Chronique Monde | #Mauritanie. Un partenariat européen au goût amer

    La Mauritanie fait figure d’exception au Sahel pour sa relative stabilité. Contrairement à d’autres États de la région, ce pays grand comme presque deux fois la France, à cheval entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, n’a pas connu d’attentat terroriste depuis 2011. Dans ce contexte, Nouakchott est devenu un partenaire de choix dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme et l’immigration irrégulière. Face à de tels impératifs, le respect des droits humains sur place passe largement au second plan.

    Tour d’horizon des droits humains

    Depuis le 1er août 2019, la Mauritanie est dirigée par Mohamed Ould El-Ghazaouani. Même si son élection au premier tour est contestée par l’opposition, elle marque la première transition présidentielle pacifique de l’histoire politique mauritanienne. Lors de son investiture, Amnesty International a qualifié de « déplorable » le bilan en matière de droits humains laissé par son prédécesseur, Mohamed Ould Abdel Aziz, citant notamment l’esclavage, les discriminations raciales ainsi que les atteintes à la liberté d’expression, d’association et de réunion.

    Même si l’esclavage a été officiellement aboli en 1981, criminalisé en 2007 et élevé au rang de crime contre l’humanité en 2012, sa pratique touchait environ 43000 personnes en 2016. Dans le même temps, Haratines et Afro- Mauritanien-ne-s restent largement exclu·e·s des postes de responsabilité et donc moins susceptibles de faire valoir leurs droits économiques et sociaux. Depuis l’indépendance, la quasi-totalité des pouvoirs politiques, militaires et économiques est détenue par les Beydanes, une communauté elle-même extrêmement hiérarchisée.

    Celles et ceux qui s’attaquent à ces questions sensibles s’exposent aux représailles de la part de l’État. L’exemple le plus parlant est celui du blogueur Mohamed Ould Mkhaïtir, condamné à mort en 2014 pour « apostasie » après avoir dénoncé l’usage de la religion pour légitimer les pratiques discriminatoires dont est victime la communauté dite des forgerons. Sa peine a depuis été réduite à deux années de prison et il vit actuellement en exil après avoir été libéré en juillet 2019.

    Une tradition d’hospitalité remise en cause

    La Mauritanie est à la fois un pays de transit pour les réfugié-e-s et les migrant-e-s qui se rendent en Afrique du Nord et en Europe et un pays de destination pour celles et ceux à la recherche d’emplois saisonniers dans les secteurs de la pêche et de l’industrie minière ou d’une protection internationale. Signataire de la Convention relative au statut des réfugiés, la Mauritanie a ouvert ses portes en 2012 à plus de 55000 réfugié-e-s malien-ne-s installé-e-s dans le camp de Mbera situé non loin de la frontière malienne.

    Cette politique d’accueil doit néanmoins être nuancée à la lumière de l’externalisation des frontières européennes. L’#Union_européenne (UE) a fait pression sur la Mauritanie pour qu’elle signe en 2003 un #accord_de_réadmission avec l’Espagne qui l’oblige à reprendre sur son territoire non seulement ses nationaux, mais également les ressortissant-e-s de pays tiers dont il est « vérifié » ou « présumé » qu’ils ou elles auraient transité par le territoire mauritanien. Un #centre_de_rétention avait été mis sur pied à #Nouadhibou avec l’aide de l’#Espagne. Il est aujourd’hui fermé (voir VE 135 / décembre 2011 : https://asile.ch/chronique/mauritanie-nouvelle-frontiere-de-leurope).

    Parallèlement, la Mauritanie a reçu entre 2007 et 2013 huit millions d’euros dans le cadre du #Fonds_européen_de_développement afin d’« appuyer et de renforcer les capacités de gestion, de suivi et de planification des flux migratoires » à travers notamment la révision du dispositif pénal relatif aux migrations.

    Résultat : la politique migratoire s’est durcie durant la présidence Aziz. Les autorités ont multiplié les contrôles aux frontières, placé en détention et renvoyé de force des milliers de personnes et soumis certaines d’entre elles à des tortures et mauvais traitements.

    L’ensemble de ces mesures a contribué à déplacer les routes migratoires vers le désert du #Sahara et la #Méditerranée_centrale. Le nombre d’arrivées dans l’archipel espagnol des #Canaries en provenance des côtes mauritaniennes a chuté de 30 000 à moins d’un millier entre 2006 et 2015.

    Cette dynamique est néanmoins en train de s’inverser à mesure que la #Libye apparaît comme une zone de plus en plus inhospitalière. Cette reconfiguration préfigure une recrudescence des naufrages dans l’#Atlantique faute de voies migratoires sûres. Le 4 décembre 2019, une embarcation de fortune partie de #Gambie a sombré au large de #Nouadhibou provoquant la mort d’une soixantaine de personnes.

    https://asile.ch/2020/04/17/chronique-monde-mauritanie-un-partenariat-europeen-au-gout-amer
    #externalisation #asile #migrations #réfugiés #UE #EU #aide_au_développement #développement #coopération_au_développement #contrôles_frontaliers #routes_migratoires
    via @vivre
    ping @rhoumour @isskein @karine4 @_kg_

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    Ajouté à la métaliste « externalisation » :
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    Et la métaliste aide au développement et conditionnalité de l’aide :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

  • Comment l’Europe contrôle ses frontières en #Tunisie ?

    Entre les multiples programmes de coopération, les accords bilatéraux, les #équipements fournis aux #gardes-côtes, les pays européens et l’Union européenne investissent des millions d’euros en Tunisie pour la migration. Sous couvert de coopération mutuelle et de “#promotion_de_la mobilité”, la priorité des programmes migratoires européens est avant tout l’externalisation des frontières. En clair.

    À la fois pays de transit et pays de départ, nœud dans la région méditerranéenne, la Tunisie est un partenaire privilégié de l’Europe dans le cadre de ses #politiques_migratoires. L’Union européenne ou les États qui la composent -Allemagne, France, Italie, Belgique, etc.- interviennent de multiples manières en Tunisie pour servir leurs intérêts de protéger leurs frontières et lutter contre l’immigration irrégulière.

    Depuis des années, de multiples accords pour réadmettre les Tunisien·nes expulsé·es d’Europe ou encore financer du matériel aux #gardes-côtes_tunisiens sont ainsi signés, notamment avec l’#Italie ou encore avec la #Belgique. En plus de ces #partenariats_bilatéraux, l’#Union_européenne utilise ses fonds dédiés à la migration pour financer de nombreux programmes en Tunisie dans le cadre du “#partenariat_pour_la_mobilité”. Dans les faits, ces programmes servent avant tout à empêcher les gens de partir et les pousser à rester chez eux.

    L’ensemble de ces programmes mis en place avec les États européens et l’UE sont nombreux et difficiles à retracer. Dans d’autres pays, notamment au Nigeria, des journalistes ont essayé de compiler l’ensemble de ces flux financiers européens pour la migration. Dans leur article, Ils et elle soulignent la difficulté, voire l’impossibilité de véritablement comprendre tous les fonds, programmes et acteurs de ces financements.

    “C’est profondément préoccupant”, écrivent Maite Vermeulen, Ajibola Amzat et Giacomo Zandonini. “Bien que l’Europe maintienne un semblant de transparence, il est pratiquement impossible dans les faits de tenir l’UE et ses États membres responsables de leurs dépenses pour la migration, et encore moins d’évaluer leur efficacité.”

    En Tunisie, où les investissements restent moins importants que dans d’autres pays de la région comme en Libye, il a été possible d’obtenir un résumé, fourni par la Délégation de l’Union européenne, des programmes financés par l’UE et liés à la migration. Depuis 2016, cela se traduit par l’investissement de près de 58 millions d’euros à travers trois différents fonds : le #FFU (#Fonds_Fiduciaire_d’Urgence) de la Valette, l’#AMIF (Asylum, Migration and Integration Fund) et l’Instrument européen de voisinage (enveloppe régionale).

    Mais il est à noter que ces informations ne prennent pas en compte les autres investissements d’#aide_au_développement ou de soutien à la #lutte_antiterroriste dont les programmes peuvent également concerner la migration. Depuis 2011, au niveau bilatéral, l’Union européenne a ainsi investi 2,5 billions d’euros en Tunisie, toutes thématiques confondues.

    L’écrasante majorité de ces financements de l’UE - 54 200 000 euros - proviennent du #Fond_fiduciaire_d'urgence_pour_l'Afrique. Lancé en 2015, lors du #sommet_de_la_Valette, ce FFU a été créé “en faveur de la stabilité et de la lutte contre les #causes_profondes de la migration irrégulière et du phénomène des personnes déplacées en Afrique” à hauteur de 2 milliards d’euros pour toute la région.

    Ce financement a été pointé du doigt par des associations de droits humains comme Oxfam qui souligne “qu’une partie considérable de ses fonds est investie dans des mesures de #sécurité et de #gestion_des_frontières.”

    “Ces résultats montrent que l’approche des bailleurs de fonds européens vis-à-vis de la gestion des migrations est bien plus axée sur des objectifs de #confinement et de #contrôle. Cette approche est loin de l’engagement qu’ils ont pris (...) de ‘promouvoir des canaux réguliers de migration et de mobilité au départ des pays d’Europe et d’Afrique et entre ceux-ci’ (...) ou de ‘Faciliter la migration et la mobilité de façon ordonnée, sans danger, régulière et responsable’”, détaille plus loin le rapport.

    Surveiller les frontières

    Parmi la vingtaine de projets financés par l’UE, la sécurité des frontières occupe une place prépondérante. Le “#Programme_de_gestion_des_frontières_au_Maghreb” (#BMP_Maghreb) est, de loin, le plus coûteux. Pour fournir de l’équipement et des formations aux gardes-côtes tunisiens, l’UE investit 20 millions d’euros, près d’un tiers du budget en question.

    Le projet BMP Maghreb a un objectif clairement défini : protéger, surveiller et contrôler les #frontières_maritimes dans le but de réduire l’immigration irrégulière. Par exemple, trois chambres d’opération ainsi qu’un système pilote de #surveillance_maritime (#ISmariS) ont été fournis à la garde nationale tunisienne. En collaboration avec le ministère de l’Intérieur et ses différents corps - garde nationale, douane, etc. -, ce programme est géré par l’#ICMPD (#Centre_international_pour_le_développement_des_politiques_migratoires).

    “Le BMP Maghreb est mis en place au #Maroc et en Tunisie. C’est essentiellement de l’acquisition de matériel : matériel informatique, de transmission demandé par l’Etat tunisien”, détaille Donya Smida de l’ICMPD. “On a fait d’abord une première analyse des besoins, qui est complétée ensuite par les autorités tunisiennes”.

    Cette fourniture de matériel s’ajoute à des #formations dispensées par des #experts_techniques, encore une fois coordonnées par l’ICMPD. Cette organisation internationale se présente comme spécialisée dans le “renforcement de capacités” dans le domaine de la politique migratoire, “loin des débat émotionnels et politisés”.

    "Cette posture est symptomatique d’un glissement sémantique plus général. Traiter la migration comme un sujet politique serait dangereux, alors on préfère la “gérer” comme un sujet purement technique. In fine, la ’gestionnaliser’ revient surtout à dépolitiser la question migratoire", commente #Camille_Cassarini, chercheur sur les migrations subsahariennes en Tunisie. “L’ICMPD, ce sont des ‘techniciens’ de la gestion des frontières. Ils dispensent des formations aux États grâce à un réseau d’experts avec un maître-mot : #neutralité politique et idéologique et #soutien_technique."

    En plus de ce programme, la Tunisie bénéficie d’autres fonds et reçoit aussi du matériel pour veiller à la sécurité des frontières. Certains s’inscrivent dans d’autres projets financés par l’UE, comme dans le cadre de la #lutte_antiterroriste.

    Il faut aussi ajouter à cela les équipements fournis individuellement par les pays européens dans le cadre de leurs #accords_bilatéraux. En ce qui concerne la protection des frontières, on peut citer l’exemple de l’Italie qui a fourni une douzaine de bateaux à la Tunisie en 2011. En 2017, l’Italie a également soutenu la Tunisie à travers un projet de modernisation de bateaux de patrouille fournis à la garde nationale tunisienne pour environ 12 millions d’euros.

    L’#Allemagne est aussi un investisseur de plus en plus important, surtout en ce qui concerne les frontières terrestres. Entre 2015 et 2016, elle a contribué à la création d’un centre régional pour la garde nationale et la police des frontières. A la frontière tuniso-libyenne, elle fournit aussi des outils de surveillance électronique tels que des caméras thermiques, des paires de jumelles nocturnes, etc…

    L’opacité des #accords_bilatéraux

    De nombreux pays européens - Allemagne, Italie, #France, Belgique, #Autriche, etc. - coopèrent ainsi avec la Tunisie en concluant de nombreux accords sur la migration. Une grande partie de cette coopération concerne la #réadmission des expulsé·es tunisien·nes. Avec l’Italie, quatre accords ont ainsi été signés en ce sens entre 1998 et 2011. D’après le FTDES* (Forum tunisien des droits économiques et sociaux), c’est dans le cadre de ce dernier accord que la Tunisie accueillerait deux avions par semaine à l’aéroport d’Enfidha de Tunisien·nes expulsé·es depuis Palerme.

    “Ces accords jouent beaucoup sur le caractère réciproque mais dans les faits, il y a un rapport inégal et asymétrique. En termes de réadmission, il est évident que la majorité des #expulsions concernent les Tunisiens en Europe”, commente Jean-Pierre Cassarino, chercheur et spécialiste des systèmes de réadmission.

    En pratique, la Tunisie ne montre pas toujours une volonté politique d’appliquer les accords en question. Plusieurs pays européens se plaignent de la lenteur des procédures de réadmissions de l’Etat tunisien avec qui “les intérêts ne sont pas vraiment convergents”.

    Malgré cela, du côté tunisien, signer ces accords est un moyen de consolider des #alliances. “C’est un moyen d’apparaître comme un partenaire fiable et stable notamment dans la lutte contre l’extrémisme religieux, l’immigration irrégulière ou encore la protection extérieure des frontières européennes, devenus des thèmes prioritaires depuis environ la moitié des années 2000”, explique Jean-Pierre Cassarino.

    Toujours selon les chercheurs, depuis les années 90, ces accords bilatéraux seraient devenus de plus en plus informels pour éviter de longues ratifications au niveau bilatéral les rendant par conséquent, plus opaques.

    Le #soft_power : nouvel outil d’externalisation

    Tous ces exemples montrent à quel point la question de la protection des frontières et de la #lutte_contre_l’immigration_irrégulière sont au cœur des politiques européennes. Une étude de la direction générale des politiques externes du Parlement européen élaborée en 2016 souligne comment l’UE “a tendance à appuyer ses propres intérêts dans les accords, comme c’est le cas pour les sujets liés à l’immigration.” en Tunisie.

    Le rapport pointe du doigt la contradiction entre le discours de l’UE qui, depuis 2011, insiste sur sa volonté de soutenir la Tunisie dans sa #transition_démocratique, notamment dans le domaine migratoire, tandis qu’en pratique, elle reste focalisée sur le volet sécuritaire.

    “La coopération en matière de sécurité demeure fortement centrée sur le contrôle des flux de migration et la lutte contre le terrorisme” alors même que “la rhétorique de l’UE en matière de questions de sécurité (...) a évolué en un discours plus large sur l’importance de la consolidation de l’État de droit et de la garantie de la protection des droits et des libertés acquis grâce à la révolution.”, détaille le rapport.

    Mais même si ces projets ont moins de poids en termes financiers, l’UE met en place de nombreux programmes visant à “développer des initiatives socio-économiques au niveau local”, “ mobiliser la diaspora” ou encore “sensibiliser sur les risques liés à la migration irrégulière”. La priorité est de dissuader en amont les potentiel·les candidat·es à l’immigration irrégulière, au travers de l’appui institutionnel, des #campagnes de #sensibilisation...

    L’#appui_institutionnel, présenté comme une priorité par l’UE, constitue ainsi le deuxième domaine d’investissement avec près de 15% des fonds.

    Houda Ben Jeddou, responsable de la coopération internationale en matière de migration à la DGCIM du ministère des Affaires sociales, explique que le projet #ProgreSMigration, créé en 2016 avec un financement à hauteur de 12,8 millions d’euros, permet de mettre en place “ des ateliers de formations”, “des dispositifs d’aides au retour” ou encore “des enquêtes statistiques sur la migration en Tunisie”.

    Ce projet est en partenariat avec des acteurs étatiques tunisiens comme le ministère des Affaires Sociales, l’observatoire national des migrations (ONM) ou encore l’Institut national de statistiques (INS). L’un des volets prioritaires est de “soutenir la #Stratégie_nationale_migratoire_tunisienne”. Pour autant, ce type de projet ne constitue pas une priorité pour les autorités tunisiennes et cette stratégie n’a toujours pas vu le jour.

    Houda Ben Jeddou explique avoir déposé un projet à la présidence en 2018, attendant qu’elle soit validée. "Il n’y a pas de volonté politique de mettre ce dossier en priorité”, reconnaît-elle.

    Pour Camille Cassarini, ce blocage est assez révélateur de l’absence d’une politique cohérente en Tunisie. “Cela en dit long sur les stratégies de contournement que met en place l’État tunisien en refusant de faire avancer le sujet d’un point de vue politique. Malgré les investissements européens pour pousser la Tunisie à avoir une politique migratoire correspondant à ses standards, on voit que les agendas ne sont pas les mêmes à ce niveau”.

    Changer la vision des migrations

    Pour mettre en place tous ces programmes, en plus des partenariats étatiques avec la Tunisie, l’Europe travaille en étroite collaboration avec les organisations internationales telles que l’#OIM (Organisation internationale pour les migrations), l’ICMPD et le #UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), les agences de développement européennes implantées sur le territoire - #GiZ, #Expertise_France, #AfD - ainsi que la société civile tunisienne.

    Dans ses travaux, Camille Cassarini montre que les acteurs sécuritaires sont progressivement assistés par des acteurs humanitaires qui s’occupent de mener une politique gestionnaire de la migration, cohérente avec les stratégies sécuritaires. “Le rôle de ces organisations internationales, type OIM, ICMPD, etc., c’est principalement d’effectuer un transfert de normes et pratiques qui correspondent à des dispositifs de #contrôle_migratoire que les Etats européens ne peuvent pas mettre directement en oeuvre”, explique-t-il.

    Contactée à plusieurs reprises par Inkyfada, la Délégation de l’Union européenne en Tunisie a répondu en fournissant le document détaillant leurs projets dans le cadre de leur partenariat de mobilité avec la Tunisie. Elle n’a pas souhaité donner suite aux demandes d’entretiens.

    En finançant ces organisations, les Etats européens ont d’autant plus de poids dans leur orientation politique, affirme encore le chercheur en donnant l’exemple de l’OIM, une des principales organisations actives en Tunisie dans ce domaine. “De par leurs réseaux, ces organisations sont devenues des acteurs incontournables. En Tunisie, elles occupent un espace organisationnel qui n’est pas occupé par l’Etat tunisien. Ça arrange plus ou moins tout le monde : les Etats européens ont des acteurs qui véhiculent leur vision des migrations et l’État tunisien a un acteur qui s’en occupe à sa place”.

    “Dans notre langage académique, on les appelle des #acteurs_épistémologiques”, ajoute Jean-Pierre Cassarino. A travers leur langage et l’étendue de leur réseau, ces organisations arrivent à imposer une certaine vision de la gestion des migrations en Tunisie. “Il n’y a qu’à voir le #lexique de la migration publié sur le site de l’Observatoire national [tunisien] des migrations : c’est une copie de celui de l’OIM”, continue-t-il.

    Contactée également par Inkyfada, l’OIM n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

    Camille Cassarini donne aussi l’exemple des “#retours_volontaires”. L’OIM ou encore l’Office français de l’immigration (OFII) affirment que ces programmes permettent “la réinsertion sociale et économique des migrants de retour de façon à garantir la #dignité des personnes”. “Dans la réalité, la plupart des retours sont très mal ou pas suivis. On les renvoie au pays sans ressource et on renforce par là leur #précarité_économique et leur #vulnérabilité", affirme-t-il. “Et tous ces mots-clés euphémisent la réalité d’une coopération et de programmes avant tout basé sur le contrôle migratoire”.

    Bien que l’OIM existe depuis près de 20 ans en Tunisie, Camille Cassarini explique que ce système s’est surtout mis en place après la Révolution, notamment avec la société civile. “La singularité de la Tunisie, c’est sa transition démocratique : l’UE a dû adapter sa politique migratoire à ce changement politique et cela est passé notamment par la promotion de la société civile”.

    Dans leur ouvrage à paraître “Externaliser la gouvernance migratoire à travers la société tunisienne : le cas de la Tunisie” [Externalising Migration Governance through Civil Society : Tunisia as a Case Study], Sabine Didi et Caterina Giusa expliquent comment les programmes européens et les #organisations_internationales ont été implantées à travers la #société_civile.

    “Dans le cas des projets liés à la migration, le rôle déterminant de la société civile apparaît au niveau micro, en tant qu’intermédiaire entre les organisations chargées de la mise en œuvre et les différents publics catégorisés et identifiés comme des ‘#migrants_de_retour’, ‘membres de la diaspora’, ou ‘candidats potentiels à la migration irrégulière’", explique Caterina Giusa dans cet ouvrage, “L’intérêt d’inclure et et de travailler avec la société civile est de ‘faire avaler la pilule’ [aux populations locales]”.

    “Pour résumer, tous ces projets ont pour but de faire en sorte que les acteurs tunisiens aient une grille de lecture du phénomène migratoire qui correspondent aux intérêts de l’Union européenne. Et concrètement, ce qui se dessine derrière cette vision “gestionnaire”, c’est surtout une #injonction_à_l’immobilité”, termine Camille Cassarini.

    https://inkyfada.com/fr/2020/03/20/financements-ue-tunisie-migration
    #externalisation #asile #migrations #frontières #Tunisie #EU #UE #Europe #contrôles_frontaliers #politique_de_voisinage #dissuasion #IOM #HCR #immobilité

    Ajouté à la métaliste sur l’externalisation des frontières :
    https://seenthis.net/messages/731749#message765330

    Et celle sur la conditionnalité de l’aide au développement :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

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  • Une partie de l’#aide_au_développement des pays pauvres est détournée vers les paradis fiscaux

    Trois chercheurs ont étudié les #flux_financiers de vingt-deux Etats, dans un rapport publié par la Banque mondiale.

    C’est en découvrant qu’une hausse des #cours_du_pétrole entraînait un afflux de capitaux vers les paradis fiscaux que #Bob_Rijkers, économiste à la #Banque_mondiale, a eu cette idée de recherche : et si l’aide au développement produisait les mêmes effets ? La réponse est oui.

    A la question « Les élites captent-elles l’aide au développement ? », le rapport publié, mardi 18 février, par la Banque mondiale (http://documents.worldbank.org/curated/en/493201582052636710/pdf/Elite-Capture-of-Foreign-Aid-Evidence-from-Offshore-Bank-Accoun) conclut : « Les versements d’aides vers les pays les plus dépendants coïncident avec une augmentation importante de #transferts vers des #centres_financiers_offshore connus pour leur opacité et leur gestion privée de fortune. »

    Autrement dit, une partie de l’#aide_publique_au_développement dans les pays pauvres est détournée vers les paradis fiscaux. Le #taux_de_fuite présumée s’élève en moyenne à 7,5 %.

    Un article publié, le 13 février, par le magazine britannique The Economist laisse entendre que les hauts responsables de la Banque mondiale n’ont pas franchement apprécié les conclusions des trois chercheurs, dont deux sont indépendants. La publication du #rapport aurait été bloquée, en novembre 2019, par l’état-major de l’institution dont le siège est à Washington, ce qui aurait précipité le départ de son économiste en chef, #Pinelopi_Goldberg, qui a annoncé sa démission, début février, seulement quinze mois après sa nomination.

    « Coïncidence » plutôt qu’un lien de causalité

    « Il est possible que la Banque mondiale l’ait irritée en décidant de bloquer la publication d’une étude de son équipe », écrit The Economist, citant d’autres hypothèses, comme la réorganisation de la Banque, qui place désormais l’économiste en chef sous la tutelle de la nouvelle directrice opérationnelle, Mari Pangestu. Dans le courriel envoyé le 5 février en interne pour annoncer sa démission, et auquel Le Monde a eu accès, Mme Goldberg reconnaît seulement que sa décision était « difficile » à prendre, mais qu’il était temps pour elle de retourner enseigner à l’université américaine de Yale (Connecticut).

    #Niels_Johannesen, l’un des coauteurs de l’étude, qui enseigne à l’université de Copenhague et n’est pas employé à la Banque mondiale, l’a d’abord mise en ligne sur son site Internet, avant de la retirer quelques jours plus tard, afin qu’elle soit modifiée et, finalement, approuvée cette semaine par l’Institution.

    Dans la première version, les auteurs expliquent que les versements d’aides sont la « cause » des transferts d’argent vers les #centres_offshore, tandis que dans la version finale, ils préfèrent évoquer une « #coïncidence » plutôt qu’un #lien_de_causalité. « Les modifications ont été approuvées par les auteurs, et je suis satisfait du résultat final », tient à préciser Niels Johannesen. Dans un communiqué publié, mardi 18 février, la Banque mondiale, qui publie près de 400 études chaque année, explique « prendre très au sérieux la corruption et les risques fiduciaires qui lui sont liés ».

    Les chercheurs ont croisé les données de la #Banque_des_règlements_internationaux (#BRI), à savoir les flux financiers entre les paradis fiscaux et vingt-deux pays pauvres, avec les #déboursements que ces derniers reçoivent de la Banque mondiale. Les deux coïncident sur un intervalle trimestriel. Les pays pauvres qui reçoivent une aide publique au développement équivalente à 1 % de leur produit intérieur brut voient leurs transferts vers les centres offshore augmenter en moyenne de 3 % par rapport à ceux qui ne reçoivent aucune assistance.

    « Elites économiques »

    Les auteurs ont éliminé d’autres hypothèses pouvant expliquer ces transferts massifs. Ils ont vérifié qu’aucun événement exceptionnel, comme une crise économique ou une catastrophe naturelle, ne justifiait une sortie de capitaux plus élevée que d’ordinaire, et ont constaté que cette hausse ne bénéficiait pas à d’autres centres financiers plus transparents, comme l’Allemagne ou la France.

    Vingt-deux pays pauvres, dont une majorité se trouvent en #Afrique, ont été inclus dans l’étude pour donner à l’échantillon une taille suffisamment importante, d’où la difficulté d’en tirer des leçons sur un pays en particulier. Autre limite : les données sont collectées à partir de 1990 et ne vont pas au-delà de 2010. « Certains pays sont réticents à ce que la BRI nous fournisse des données récentes », regrette M. Johannesen.

    Malgré toutes ces limitations, les auteurs de l’étude estiment qu’« il est presque certain que les bénéficiaires de cet argent, envoyé vers les centres offshore au moment où leur pays reçoit une aide au développement, appartiennent à l’élite économique ». Les populations de ces pays pauvres ne détiennent souvent aucun compte bancaire, encore moins à l’étranger.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/02/21/dans-les-pays-pauvres-le-versement-de-l-aide-au-developpement-coincide-avec-
    #développement #coopération_au_développement #paradis_fiscaux #corruption #follow_the_money #détournement_d'argent #APD

    signalé par @isskein
    ping @reka @simplicissimus @fil

  • L’APD, un levier au service de la politique migratoire
    = une des 20 décisions pensées par le Comité interministériel sur l’immigration et l’intégration pour « améliorer notre politique d’immigration, d’asile et d’intégration » https://medias.amf.asso.fr/upload/files/Decisions_Immigration.pdf

    ... et c’est quand même la 2e mesure évoquée (p.5)...

    L’APD a une finalité propre qui est de lutter contre les #inégalités et de contribuer au #développement des pays, en particulier les plus vulnérables. Elle peut, à ce titre, constituer un levier au service de notre #politique_migratoire (#aide_humanitaire, renforcement capacitaire, projets sociaux-économiques). Dans ce cadre, elle doit s’inscrire dans un dialogue plus large et dans une logique d’engagements réciproques. Un dialogue annuel sera institutionnalisé avec les États bénéficiaires de l’APD française. Ce dialogue s’appuie aujourd’hui sur plusieurs instruments : le plan « migrations / asile », visant à obtenir une réduction de l’immigration irrégulière par une meilleure coopération, actuellement mis en œuvre avec plusieurs pays tiers ; le plan « migrations internationales et développement » 2018-2022, doté de 1,58 Md € afin de prendre en compte les enjeux migratoires dans les politiques de développement ; les #accords_de_gestion_concertée (#AGC) des flux migratoires (ex : avec la Tunisie, le Sénégal, etc.).

    Le Gouvernement entend également faire valoir ce lien APD / migrations dans les négociations sur les instruments européens de coopération et d’#aide_au_développement. Dans le cadre de la négociation européenne sur un nouvel instrument de « voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale » (#NDICI) pour la période 2021-2027, la France met l’accent sur les questions migratoires. Elle souhaite que 10% des fonds soient ciblés sur des projets directement liés à la gestion des flux migratoires. Elle demande aussi la création d’un mécanisme financier de réaction rapide aux crises.La France défend par ailleurs, dans le cadre des négociations du futur accord entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) – appelé à succéder à l’#accord_de_Cotonou, l’inscription d’engagements ambitieux permettant d’assurer l’effectivité de la coopération en matière migratoire et notamment la mise en œuvre de l’obligation de #réadmission.

    https://medias.amf.asso.fr/upload/files/Decisions_Immigration.pdf
    #France #asile #migrations #développement #root_causes #APD #coopération_au_développement #aide_au_développement #accords_bilatéraux

    ajouté à la métaliste :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768698

    ping @karine4 @isskein

    • A mettre en lien avec cela :
      A Dakar, l’immigration s’invite dans les débats entre gouvernements français et sénégalais

      Parmi les leviers dont dispose la France, l’aide publique au développement, dont le budget total doit atteindre 0,55% du PIB en 2022. Environ 2 milliards d’euros de cette aide ont été distribués au Sénégal depuis 2007 : des « efforts » qui doivent « produire des résultats sur l’immigration irrégulière », souligne Matignon.

      https://seenthis.net/messages/811609
      #Sénégal

  • Outrage over reports EU-funding linked to forced labour in Eritrea

    Human Rights Watch (HRW) has criticised the European Union over its funding of an infrastructure project in the brutal dictatorship of Eritrea.

    The scheme, which received €20 million from Brussels, was partially built by forced labour, according to the New York Times (https://www.nytimes.com/2020/01/08/world/europe/conscription-eritrea-eu.html).

    The newspaper also claimed the EU had no way of monitoring the project.

    “For the EU to rely on the government to do its monitoring, I think it is incredibly problematic, especially when obviously some of the issues the EU will be discussing with the government are around labour force,” said Laetitia Bader from HRW.

    “And as we know the government has quite bluntly said that it will continue to rely on national service conscripts.”

    The funding of the road project in Eritrea is part of the EU Trust Fund for Africa, created to address the #root_causes of migration.

    Yet Eritrea has an elaborate system of indefinite forced “national service” that makes people try to flee, especially youngsters.

    For the EU, democratic reforms are no longer a condition for financial aid.

    “The EU has made support for democracy a more prominent objective in its relations with African countries since the early 2000s, I would say,” said Christine Hackenesch from the German Development Institute.

    “And the EU has put more emphasis on developing its instruments to support democratic reforms. But the context now for democracy support in Africa and globally is a very different one because there is more of a competition of political models with China and other actors.”

    The EU Commission said that it was aware that conscripts were used for the road project - but that Brussels funded only material and equipment, not labour.

    https://www.euronews.com/2020/01/10/outrage-over-reports-eu-funding-linked-to-forced-labour-in-eritrea
    #asile #migrations #réfugiés #Trust_Fund #Erythrée #EU #UE #Trust_Fund_for_Africa #dictatures #travail_forcé #aide_au_développement #développement

    Ajouté à la métaliste externalisation :
    https://seenthis.net/messages/731749#message765340

    Et à la métaliste migrations/développement :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768702

    ping @isskein @karine4

    @simplicissimus : j’ai fait un petit tour sur internet à la recherche du communiqué/rapport de HRW concernant cette histoire, mais j’ai pas trouvé... pas le temps de chercher plus... si jamais tu as un peu de temps pour voir ça serait très bienvenu... merci !

    • Sur la page officielle du Trust Fund for Africa... voici ce qui est marqué pour l’Erythrée...

      Eritrea is a major source of asylum seekers, who either remain in neighbouring countries of the region or move onwards towards Europe and elsewhere. Our main aim in the country is to create an enabling environment that improves economic opportunities available to young people, including through education, incentives for private entrepreneurship, vocational training or apprenticeship programmes.

      https://ec.europa.eu/trustfundforafrica/region/horn-africa/eritrea_en

    • Érythrée : une #plainte contre l’UE, complice de « travail forcé »

      Une plainte a été déposée ce mercredi, par un collectif d’Érythréens en exil, contre plusieurs institutions de l’Union européenne. En cause : le financement par l’UE, depuis l’année dernière, de la construction en Érythrée de routes pour lesquels sont employés, en toute connaissance de cause, des appelés du très controversé service militaire obligatoire.

      Les avocats de la Fondation droits de l’homme pour les Erythréens, basée aux Pays-Bas, avaient mis en garde l’Union européenne l’année dernière. Cette fois, face à l’indifférence des institutions de Bruxelles envers leurs arguments, ils sont passés à l’acte. Selon nos informations, une plainte d’une trentaine de pages a été déposée ce mercredi matin auprès du tribunal de grande instance d’Amsterdam. Cette plainte demande deux choses au tribunal : d’abord qu’il déclare le financement européen des chantiers de routes soutenus en Érythrée comme « illégal » ; ensuite, qu’il enjoigne l’Union européenne de le stopper.

      Dans leur plainte contre la Commission européenne et son Service d’action extérieure, les avocats Emil Jurjens et Tamilla Abdul-Alyeva s’appuient évidemment sur le droit international, qui sanctionne l’usage du travail forcé. Mais aussi sur les textes de l’UE elle-même, qui s’est engagée à refuser tout soutien à d’éventuelles « violations des droits de l’homme » dans sa coopération internationale. Et ce alors même que, dans son projet d’appui aux chantiers érythréens rendu public en 2018, elle a reconnu, noir sur blanc, que des conscrits du « service national » seraient bien employés sur les chantiers qu’elle finance, à hauteur de 20 millions d’euros en 2019 et de 60 millions d’euros en 2020.

      Pour sa défense, l’UE avait répondu par lettre, l’année dernière, à la mise en demeure des plaignants. Pour elle, d’une part l’Érythrée refuse toute « condition » préalable à sa coopération. Et d’autre part, elle fait valoir que ses financements ne sont pas destinés au gouvernement d’Asmara, mais à des sous-traitants, en l’occurrence des sociétés de construction érythréennes chargées de la mise en œuvre des travaux. Et elle assure qu’une « rémunération » est bel et bien versée aux employés.

      Les terribles conditions d’emploi des conscrits de l’armée érythréenne

      Mais pour prouver sa bonne foi, soulignent les plaignants, elle s’appuie sur la communication du gouvernement érythréen. Les avocats de la Fondation droits de l’homme pour les Erythréens ajoutent enfin que les sous-traitants érythréens sont des sociétés appartenant au parti unique érythréen, le Front populaire pour la démocratie et la justice (FPDJ) ou, tout simplement, au ministère de la Défense.

      Or, les terribles conditions d’emploi des conscrits de l’armée érythréenne ont été abondamment documentées par plusieurs enquêtes, journalistiques, universitaires ou d’institutions comme le Bureau international du travail (BIT). Mais aussi par la Rapporteure spéciale de l’ONU sur les droits de l’homme en Érythrée et, surtout, la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2015, qui les a inscrit sur une liste de « possibles crimes contre l’humanité ».

      Les appelés sur « service national » érythréens sont en effet soumis à la vie, la discipline et la hiérarchie militaire. Après avoir été enrôlés avant leur dernière année de lycée, ils sont envoyés pendant 18 mois dans l’académie militaire de Sawa, dans le désert près de la frontière soudanaise, où ils sont soumis à des mauvais traitements, surtout les jeunes filles. Les réfractaires sont enrôlés de force au cours de giffas, ces rafles organisées par l’armée dans les campagnes et dans les villes pour capturer les jeunes qui se seraient soustraits à l’appel obligatoire sous les drapeaux ou qui auraient profité d’une permission pour déserter. Officiellement, il n’existe pas de limite à ce service, maintenant tous les Érythréens entre 18 ans et la cinquantaine à la disposition de l’armée, y compris lorsqu’ils sont nommés à des emploi civils.

      Hasard du calendrier : jeudi, le Parlement européen doit également se prononcer sur le sujet. Une résolution est proposée au vote par la députée française Michèle Rivasi (Verts), appelant la Commission européenne à « reporter » tout financement de tels projets, jusqu’à ce qu’une mission d’information du Parlement puisse se rendre en Érythrée. Mission parlementaire dont le principe avait été accepté en novembre, mais qui n’a pas encore eu lieu.

      http://www.rfi.fr/fr/afrique/20200513-erythr%C3%A9e-une-plainte-contre-l-ue-complice-travail-forc%C3%A9
      #justice

    • Eritrean organisation summons the EU for use of forced labour

      A case is being launched today in the court of Amsterdam, the Netherlands, that demands a halt to the European Union (EU) aid worth 80 million EUR being sent to Eritrea. The Foundation Human Rights for Eritreans has observed that the aid project financed by the EU aid relies on forced labour. The EU acknowledges this. This contradicts the most fundamental principles of international law and is unlawful towards the Foundation, which defends the fundamental rights of Eritreans in Eritrea and in the diaspora.

      The Foundation issued a summons to the European Union in April 2019 and asked the EU to end the project, which looks to rehabilitate the roads between Eritrea and Ethiopia. However, the EU refused to stop the project, even as it recognises that forced labour was (and is) used in the context of this project. At the end of 2019, the EU announced that it would provide further funding to the project. The EU funding goes to Eritrean state companies, which use it to procure materials.

      The Eritrean regime makes use of labourers in the Eritrean national service to construct the roads under the project. The circumstances under which the Eritrean population is forced to work in the national service have been described by the United Nations Human Rights Commission in detail: “Thousands of conscripts are subjected to forced labour that effectively abuses, exploits and enslaves them for years.”

      This form of national service has been described as “enslavement” and a “crime against humanity” by the United Nations. The European Parliament has denounced it as “forced labour” and “a form of slavery”. The EU was asked by the European Parliament in January 2020 to “avoid situations where the EU could indirectly finance projects that violate human rights” with specific reference to the Eritrean road building project.

      The EU claims that it has no responsibility for the forced labourers, as it “does not pay for labor under this project”, according to the European Commission. “The project only covers the procurement of material and equipment to support the rehabilitation of roads.”

      The Foundation states that the support to a project which uses forced labour is clearly in contradiction to international law and asks the Amsterdam court that the project is stopped.

      Documents relating to this case

      Press release EN
      https://kvdl.com/uploads/PRESS-RELEASE_KennedyvdLaan_FIN_13May2020.pdf

      Case summary EN
      https://kvdl.com/uploads/Case-Summary_Eritrea-Road-building_FIN_13May2020.pdf

      Writ of summons (‘dagvaarding’) EN
      https://kvdl.com/uploads/Writ-of-Summons-Foundation-HRfE-EU.pdf

      https://kvdl.com/en/articles/eritrean-organisation-summons-the-eu-for-use-of-forced-labour

    • Érythrée | L’Europe accusée de financer le travail forcé

      La Fondation des droits de l’homme pour les Érythréens, basée aux Pays-Bas, a déposé une plainte contre l’Union européenne (UE) en mai 2020, l’incriminant de financer le travail forcé en Érythrée. En cause : les investissements du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique dans des chantiers majoritairement menés par des personnes enrôlées de force pour un service militaire indéfini, avec des salaires quasi inexistants. La Suisse est associée à ce fonds d’urgence pour l’Afrique, qui a comme but premier de freiner la migration africaine vers l’Europe. Or, le règlement de l’UE interdit « tout soutien à d’éventuelles violations des droits humains ». La plainte demande aux organes concernés de l’UE de reconnaître ces financements comme illégaux et de les stopper. Les justifications, que les dirigeants européens invoquent en réponse aux critiques déjà émises, semblent jusqu’ici hasardeuses.

      Depuis quelques années l’Érythrée a entamé un mouvement d’ouverture vis-à-vis des soutiens extérieurs au sein de ce pays africain en main du même régime dictatorial depuis son indépendance. Des délégations européennes se sont rendues sur place pour négocier et contempler dans des circuits très contrôlés par les autorités l’état actuel des choses. L’Union européenne soutient financièrement des projets sur place à travers l’utilisation du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, doté de 4,6 milliards. Conçu en 2015 lors d’une augmentation du nombre de demandes d’asile en Europe, ce fonds a comme finalité une réduction des migrations vers l’Europe. Selon Radio France International (RFI), concernant l’Érythrée spécifiquement, les chantiers dévoilés en 2018 sont financés à hauteur de 20 millions de francs en 2019, et 60 millions en 2020.

      Une sommation en 2019, puis une plainte contre l’UE en 2020

      Or pour la Fondation des droits de l’homme pour les Érythréens, cette aide finance des chantiers où travailleraient des conscrits enrôlés de force et mal (ou non) rémunérés. Malgré les changements récents, le régime autoritaire d’Issayas Afewerki ne donne pas de signe de relâchement envers sa population. Le rapport 2019 de Human Rights Watch énumère encore de nombreuses exactions contre les droits humains et dénonce également le financement de ces chantiers par l’UE. En particulier à travers ce système de milice forcé qui enrôle hommes et femmes dès leur majorité, et parfois plus jeunes, pour des travaux nationaux sans véritable compensation financière ni limite de temps formelle. Les figures opposantes au régime sont muselées, emprisonnées ou trouvent comme seule échappatoire la fuite du territoire. Un reportage auprès de l’énorme diaspora érythréenne vivant de l’autre côté de la frontière en Éthiopie, paru dans Mondiaal Niews (01.11.2019) estime que « l’argent européen maintient simplement la dictature en place ». Autrement dit : « l’Europe n’arrête pas la migration d’Érythrée, elle [en] prépare le terrain ».

      Selon la Fondation, ce sont précisément des personnes enrôlées contre leur gré qui travaillent sur des chantiers titanesques, cofinancés par l’Union européenne dans le cadre de ce fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique. Elle s’était déjà adressée aux autorités européennes en avril 2019 pour dénoncer ces faits (RFI). L’UE s’était alors défendue de toute responsabilité. Reconnaissant « que l’Érythrée n’accepte aucune condition sur l’octroi des fonds », elle estimait que les salaires étaient versés, vu que l’argent était touché par des entreprises érythréennes directement. Or, ces arguments ont comme source directe le gouvernement érythréen. Selon les informations invoquées par la Fondation, les sous-traitants érythréens en charge des chantiers sont des sociétés appartenant au parti unique érythréen. Ce qui permet de mettre en doute leur indépendance.
      Restés lettre morte, les arguments de la Fondation ont cette fois été formulés sous forme de plainte déposée le 13 mai 2020 auprès du tribunal de grande instance d’Amsterdam. Un dossier de 30 pages demande à l’UE de reconnaître ce soutien comme illégal et de le stopper.

      La Suisse y est associée

      Un article paru dans Le Temps le 22 janvier 2020 révélait que la Suisse était associée à ce fonds. Si les autorités helvétiques disent avoir émis des critiques sur le programme érythréen, insistant sur la nécessité d’une surveillance étroite, leur contribution participe dans les faits à ces chantiers ayant potentiellement recours au travail forcé. L’article évoque celui nommé « de la route de la paix » permettant d’améliorer l’accès à la mer pour la très enclavée Érythrée. Le responsable de ce fonds pour la Suisse affirmait ne « financer que le matériel ».
      Une assurance peu fiable, si l’on en croit l’UNOPS, un bureau onusien chargé par l’UE de contrôler l’utilisation du fonds, pour qui il n’est pas possible d’effectuer la surveillance de manière indépendante. Selon l’article du Temps, des membres de la Commission européenne avaient finalement rétorqué : « Le gouvernement a indiqué qu’il était prêt à démobiliser les conscrits une fois que les conditions le permettront. Il faut que la création d’emplois soit suffisante. Cela ne peut se produire du jour au lendemain. Se retirer serait contre-productif […] »
      On le voit, les arguments avancés par les représentant-e-s de la Suisse ou de l’Union européenne ne tiennent pas la route. Et leur responsabilité reste entière. Pensaient-ils, pensaient-elles, que la crainte de l’arrivée de nouveaux ressortissant-e-s érythréen-ne-s en quête de protection suffirait à faire tolérer des alliances et financements inavouables ? C’était faire fi d’une diaspora érythréenne intimement soudée et organisée pour faire front face à un régime totalitaire qui rend exsangue tout un peuple encore à sa merci. Cette plainte vient rappeler leur présence essentielle et leur ténacité exemplaire.

      –—

      Documents clés
      • 13.05.2020 Communiqué de presse relatif au dépôt de la plainte par Foundation Human Rights for Erythreans : « Eritrean organisation summons the EU for use of forced labour » (https://asile.ch/wp-content/uploads/2020/07/PRESS-RELEASE_KennedyvdLaan_FIN_13May2020.pdf)
      • 14.01.2020 Rapport publié par Human Rights Watch « Eritrea : Events of 2019 » (https://www.hrw.org/world-report/2020/country-chapters/eritrea)
      • 01.04.2019 Lettre de sommation envoyée à l’Union européenne « Foundation Human Rights for Eritreans / European Union » (https://asile.ch/wp-content/uploads/2020/07/Letter-of-Summons-EU-Emergency-Trust-Fund-for-Africa-1.pdf)

      https://asile.ch/2020/08/24/erythree-leurope-accusee-de-financer-le-travail-force

  • Europe spends billions stopping migration. Good luck figuring out where the money actually goes

    How much money exactly does Europe spend trying to curb migration from Nigeria? And what’s it used for? We tried to find out, but Europe certainly doesn’t make it easy. These flashy graphics show you just how complicated the funding is.
    In a shiny new factory in the Benin forest, a woman named Blessing slices pineapples into rings. Hundreds of miles away, at a remote border post in the Sahara, Abubakar scans travellers’ fingerprints. And in village squares across Nigeria, Usman performs his theatre show about the dangers of travelling to Europe.

    What do all these people have in common?

    All their lives are touched by the billions of euros European governments spend in an effort to curb migration from Africa.

    Since the summer of 2015,
    Read more about the influx of refugees to Europe in 2015 on the UNHCR website.
    when countless boats full of migrants began arriving on the shores of Greece and Italy, Europe has increased migration spending by billions.
    Read my guide to EU migration policy here.
    And much of this money is being spent in Africa.

    Within Europe, the political left and right have very different ways of framing the potential benefits of that funding. Those on the left say migration spending not only provides Africans with better opportunities in their home countries but also reduces migrant deaths in the Mediterranean. Those on the right say migration spending discourages Africans from making the perilous journey to Europe.

    However they spin it, the end result is the same: both left and right have embraced funding designed to reduce migration from Africa. In fact, the European Union (EU) plans to double migration spending under the new 2021-2027 budget, while quadrupling spending on border control.

    The three of us – journalists from Nigeria, Italy and the Netherlands – began asking ourselves: just how much money are we talking here?

    At first glance, it seems like a perfectly straightforward question. Just add up the migration budgets of the EU and the individual member states and you’ve got your answer, right? But after months of research, it turns out that things are nowhere near that simple.

    In fact, we discovered that European migration spending resembles nothing so much as a gigantic plate of spaghetti.

    If you try to tease out a single strand, at least three more will cling to it. Try to find where one strand begins, and you’ll find yourself tangled up in dozens of others.

    This is deeply concerning. Though Europe maintains a pretence of transparency, in practice it’s virtually impossible to hold the EU and its member states accountable for their migration expenditures, let alone assess how effective they are. If a team of journalists who have devoted months to the issue can’t manage it, then how could EU parliament members juggling multiple portfolios ever hope to?

    This lack of oversight is particularly problematic in the case of migration, an issue that ranks high on European political agendas. The subject of migration fuels a great deal of political grandstanding, populist opportunism, and social unrest. And the debate surrounding the issue is rife with misinformation.

    For an issue of this magnitude, it’s crucial to have a clear view of existing policies and to examine whether these policies make sense. But to be able to do that, we need to understand the funding streams: how much money is being spent and what is it being spent on?

    While working on this article, we spoke to researchers and officials who characterised EU migration spending as “opaque”, “unclear” and “chaotic”. We combed through countless websites, official documents, annual reports and budgets, and we submitted freedom of information requests
    in a number of European countries, in Nigeria, and to the European commission. And we discovered that the subject of migration, while not exactly cloak-and-dagger stuff, is apparently sensitive enough that most people preferred to speak off the record.

    Above all, we were troubled by the fact that no one seems to have a clear overview of European migration budgets – and by how painfully characteristic this is of European migration policy as a whole.
    Nigeria – ‘a tough cookie’

    It wasn’t long before we realised that mapping out all European cash flows to all African countries would take us years. Instead, we decided to focus on Nigeria, Africa’s most populous country and the continent’s strongest economy, as well as the country of origin of the largest group of African asylum seekers in the EU. “A tough cookie” in the words of one senior EU official, but also “our most important migration partner in the coming years”.

    But Nigeria wasn’t exactly eager to embrace the role of “most important migration partner”. After all, migration has been a lifeline for Nigeria’s economy: last year, Nigerian migrants living abroad sent home $25bn – roughly 6% of the country’s GNP.

    It took a major European charm offensive to get Nigeria on board – a “long saga” with “more than one tense meeting”, according to a high-ranking EU diplomat we spoke to.

    The European parliament invited Muhammadu Buhari, the Nigerian president, to Strasbourg in 2016. Over the next several years, one European dignitary after another visited Nigeria: from Angela Merkel,
    the German chancellor, to Matteo Renzi,
    the Italian prime minister, to Emmanuel Macron,
    the French president, to Mark Rutte,

    the Dutch prime minister.

    Three guesses as to what they all wanted to talk about.
    ‘No data available’

    But let’s get back to those funding streams.

    The EU would have you believe that everything fits neatly into a flowchart. When asked to respond to this article, the European commission told us: “We take transparency very seriously.” One spokesperson after another, all from various EU agencies, informed us that the information was “freely available online”.

    But as Wilma Haan, director of the Open State Foundation, notes: “Just throwing a bunch of stuff online doesn’t make you transparent. People have to be able to find the information and verify it.”

    Yet that’s exactly what the EU did. The EU foundations and agencies we contacted referred us to dozens of different websites. In some cases, the information was relatively easy to find,
    but in others the data was fragmented or missing entirely. All too often, our searches turned up results such as “data soon available”
    or “no data available”.

    The website of the Asylum, Migration and Integration Fund (AMIF) – worth around €3.1bn – is typical of the problems we faced. While we were able to find a list of projects funded by AMIF online,

    the list only contains the names of the projects – not the countries in which they’re carried out. As a result, there’s only one way to find out what’s going on where: by Googling each of the project names individually.

    This lack of a clear overview has major consequences for the democratic process, says Tineke Strik, member of the European parliament (Green party). Under the guise of “flexibility”, the European parliament has “no oversight over the funds whatsoever”. Strik says: “In the best-case scenario, we’ll discover them listed on the European commission’s website.”

    At the EU’s Nigerian headquarters, one official explained that she does try to keep track of European countries’ migration-related projects to identify “gaps and overlaps”. When asked why this information wasn’t published online, she responded: “It’s something I do alongside my daily work.”
    Getting a feel for Europe’s migration spaghetti

    “There’s no way you’re going to get anywhere with this.”

    This was the response from a Correspondent member who researches government funding when we announced this project several months ago. Not exactly the most encouraging words to start our journey. Still, over the past few months, we’ve done our best to make as much progress as we could.

    Let’s start in the Netherlands, Maite’s home country. When we tried to find out how much Dutch tax money is spent in Nigeria on migration-related issues, we soon found ourselves down yet another rabbit hole.

    The Dutch ministry of foreign affairs, which controls all funding for Dutch foreign policy, seemed like a good starting point. The ministry divides its budget into centralised and decentralised funds. The centralised funds are managed in the Netherlands administrative capital, The Hague, while the decentralised funds are distributed by Dutch embassies abroad.

    Exactly how much money goes to the Dutch embassy in the Nigerian capital Abuja is unclear – no information is available online. When we contacted the embassy, they weren’t able to provide us with any figures, either. According to their press officer, these budgets are “fragmented”, and the total can only be determined at the end of the year.

    The ministry of foreign affairs distributes centralised funds through its departments. But migration is a topic that spans a number of different departments: the department for stabilisation and humanitarian aid (DSH), the security policy department (DVB), the sub-Saharan Africa department (DAF), and the migration policy bureau (BMB), to name just a few. There’s no way of knowing whether each department spends money on migration, let alone how much of it goes to Nigeria.

    Not to mention the fact that other ministries, such as the ministry of economic affairs and the ministry of justice and security, also deal with migration-related issues.

    Next, we decided to check out the Dutch development aid budget
    in the hope it would clear things up a bit. Unfortunately, the budget isn’t organised by country, but by theme. And since migration isn’t one of the main themes, it’s scattered over several different sections. Luckily, the document does contain an annex (https://www.rijksoverheid.nl/documenten/begrotingen/2019/09/17/hgis---nota-homogene-groep-internationale-samenwerking-rijksbegroting-) that goes into more detail about migration.

    In this annex, we found that the Netherlands spends a substantial chunk of money on “migration cooperation”, “reception in the region” and humanitarian aid for refugees.

    And then there’s the ministry of foreign affairs’ Stability Fund,
    the ministry of justice and security’s budget for the processing and repatriation of asylum seekers, and the ministry of education, culture and science’s budget for providing asylum seekers with an education.

    But again, it’s impossible to determine just how much of this funding finds its way to Nigeria. This is partly due to the fact that many migration projects operate in multiple countries simultaneously (in Nigeria, Chad and Cameroon, for example). Regional projects such as this generally don’t share details of how funding is divided up among the participating countries.

    Using data from the Dutch embassy and an NGO that monitors Dutch projects in Nigeria, we found that €6m in aid goes specifically to Nigeria, with another €19m for the region as a whole. Dutch law enforcement also provides in-kind support to help strengthen Nigeria’s border control.

    But hold on, there’s more. We need to factor in the money that the Netherlands spends on migration through its contributions to the EU.

    The Netherlands pays hundreds of millions into the European Development Fund (EDF), which is partly used to finance migration projects. Part of that money also gets transferred to another EU migration fund: the EUTF for Africa.
    The Netherlands also contributes directly to this fund.

    But that’s not all. The Netherlands also gives (either directly or through the EU) to a variety of other EU funds and agencies that finance migration projects in Nigeria. And just as in the Netherlands, these EU funds and agencies are scattered over many different offices. There’s no single “EU ministry of migration”.

    To give you a taste of just how convoluted things can get: the AMIF falls under the EU’s home affairs “ministry”

    (DG HOME), the Development Cooperation Instrument (DCI) falls under the “ministry” for international cooperation and development (DG DEVCO), and the Instrument contributing to Stability and Peace (IcSP) falls under the European External Action Service (EEAS). The EU border agency, Frontex, is its own separate entity, and there’s also a “ministry” for humanitarian aid (DG ECHO).

    Still with me?

    Because this was just the Netherlands.

    Now let’s take a look at Giacomo’s country of origin, Italy, which is also home to one of Europe’s largest Nigerian communities (surpassed only by the UK).

    Italy’s ministry of foreign affairs funds the Italian Agency for Development Cooperation (AICS), which provides humanitarian aid in north-eastern Nigeria, where tens of thousands of people have been displaced by the Boko Haram insurgency. AICS also finances a wide range of projects aimed at raising awareness of the risks of illegal migration. It’s impossible to say how much of this money ends up in Nigeria, though, since the awareness campaigns target multiple countries at once.

    This data is all available online – though you’ll have to do some digging to find it. But when it comes to the funds managed by Italy’s ministry of the interior, things start to get a bit murkier. Despite the ministry having signed numerous agreements on migration with African countries in recent years, there’s little trace of the money online. Reference to a €92,000 donation for new computers for Nigeria’s law enforcement and immigration services was all we could find.

    Things get even more complicated when we look at Italy’s “Africa Fund”, which was launched in 2017 to foster cooperation with “priority countries along major migration routes”. The fund is jointly managed by the ministry of foreign affairs and the ministry of the interior.

    Part of the money goes to the EUTF for Africa, but the fund also contributes to United Nations (UN) organisations, such as the UN Refugee Agency (UNHCR) and the International Organization for Migration (IOM), as well as to the Italian ministry of defence and the ministry of economy and finance.

    Like most European governments, Italy also contributes to EU funds and agencies concerned with migration, such as Frontex, Europol, and the European Asylum Support Office (EASO).

    And then there are the contributions to UN agencies that deal with migration: UNHCR, the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), IOM, the UN Development Programme (UNDP), and the UN Office on Drugs and Crime (UNODC), to name just a few.

    Now multiply all of this by the number of European countries currently active in Nigeria. Oh, and let’s not forget the World Bank,

    which has only recently waded into the waters of the migration industry.

    And then there are the European development banks. And the EU’s External Investment Plan, which was launched in 2016 with the ambitious goal of generating €44bn in private investments in developing countries, with a particular focus on migrants’ countries of origin. Not to mention the regional “migration dialogues”
    organised in west Africa under the Rabat Process and the Cotonou Agreement.

    This is the European migration spaghetti.
    How we managed to compile a list nonetheless

    By now, one thing should be clear: there are a staggering number of ministries, funds and departments involved in European migration spending. It’s no wonder that no one in Europe seems to have a clear overview of the situation. But we thought that maybe, just maybe, there was one party that might have the overview we seek: Nigeria. After all, the Nigerian government has to be involved in all the projects that take place there, right?

    We decided to ask around in Nigeria’s corridors of power. Was anyone keeping track of European migration funding? The Ministry of Finance? Or maybe the Ministry of the Interior, or the Ministry of Labour and Employment?

    Nope.

    We then tried asking Nigeria’s anti-trafficking agency (NAPTIP), the Nigeria Immigration Service (NIS), the Nigerians in Diaspora Commission, and the National Commission for Refugees, Migrants and Internally Displaced Persons (NCFRMI).

    No luck there, either. When it comes to migration, things are just as fragmented under the Nigerian government as they are in Europe.

    In the meantime, we contacted each of the European embassies in Nigeria.
    This proved to be the most fruitful approach and yielded the most complete lists of projects. The database of the International Aid Transparency Initiative (IATI)
    was particularly useful in fleshing out our overview.

    So does that mean our list is now complete? Probably not.

    More to the point: the whole undertaking is highly subjective, since there’s no official definition of what qualifies as a migration project and what doesn’t.

    For example, consider initiatives to create jobs for young people in Nigeria. Would those be development projects or trade projects? Or are they actually migration projects (the idea being that young people wouldn’t migrate if they could find work)?

    What about efforts to improve border control in northern Nigeria? Would they fall under counterterrorism? Security? Institutional development? Or is this actually a migration-related issue?

    Each country has its own way of categorising projects.

    There’s no single, unified standard within the EU.

    When choosing what to include in our own overview, we limited ourselves to projects that European countries themselves designated as being migration related.

    While it’s certainly not perfect, this overview allows us to draw at least some meaningful conclusions about three key issues: where the money is going, where it isn’t going, and what this means for Nigeria.
    1) Where is the money going?

    In Nigeria, we found

    If you’d like to work with the data yourself, feel free to download the full overview here.
    50 migration projects being funded by 11 different European countries, as well as 32 migration projects that rely on EU funding. Together, they amount to more than €770m in funding.

    Most of the money from Brussels is spent on improving Nigerian border control:
    more than €378m. For example, the European Investment Bank has launched a €250m initiative

    to provide all Nigerians with biometric identity cards.

    The funding provided by individual countries largely goes to projects aimed at creating employment opportunities

    in Nigeria: at least €92m.

    Significantly, only €300,000 is spent on creating more legal opportunities to migrate – less than 0.09% of all funding.

    We also found 47 “regional” projects that are not limited to Nigeria, but also include other countries.
    Together, they amount to more than €775m in funding.
    Regional migration spending is mainly focused on migrants who have become stranded in transit and is used to return them home and help them to reintegrate when they get there. Campaigns designed to raise awareness of the dangers of travelling to Europe also receive a relatively large proportion of funding in the region.

    2) Where isn’t the money going?

    When we look at the list of institutions – or “implementing agencies”, as they’re known in policy speak – that receive money from Europe, one thing immediately stands out: virtually none of them are Nigerian organisations.

    “The EU funds projects in Nigeria, but that money doesn’t go directly to Nigerian organisations,” says Charles Nwanelo, head of migration at the NCFRMI.

    See their website here.
    “Instead, it goes to international organisations, such as the IOM, which use the money to carry out projects here. This means we actually have no idea how much money the EU is spending in Nigeria.”

    We hear the same story again and again from Nigerian government officials: they never see a cent of European funding, as it’s controlled by EU and UN organisations. This is partially a response to corruption within Nigerian institutions – Europe feels it can keep closer tabs on its money by channelling it through international organisations. As a result, these organisations are growing rapidly in Nigeria. To get an idea of just how rapidly: the number of people working for the IOM in Nigeria has more than quadrupled over the past two years.

    Of course, this doesn’t mean that Nigerian organisations are going unfunded. Implementing agencies are free to pass funding along to Nigerian groups. For example, the IOM hires Nigerian NGOs to provide training for returning migrants and sponsors a project that provides training and new software to the Nigerian immigration service.

    Nevertheless, the system has inevitably led to the emergence of a parallel aid universe in which the Nigerian government plays only a supporting role. “The Nigerian parliament should demand to see an overview of all current and upcoming projects being carried out in their country every three months,” says Bob van Dillen, migration expert at development organisation Cordaid.

    But that would be “difficult”, according to one German official we spoke to, because “this isn’t a priority for the Nigerian government. This is at the top of Europe’s agenda, not Nigeria’s.”

    Most Nigerian migrants to Europe come from Edo state, where the governor has been doing his absolute best to compile an overview of all migration projects. He set up a task force that aims to coordinate migration activities in his state. The task force has been largely unsuccessful because the EU doesn’t provide it with any direct funding and doesn’t require member states to cooperate with it.

    3) What are the real-world consequences for Nigeria?

    We’ve established that the Nigerian government isn’t involved in allocating migration spending and that local officials are struggling to keep tabs on things. So who is coordinating all those billions in funding?

    Each month, the European donors and implementing agencies mentioned above meet at the EU delegation to discuss their migration projects. However, diplomats from multiple European countries have told us that no real coordination takes place at these meetings. No one checks to see whether projects conflict or overlap. Instead, the meetings are “more on the basis of letting each other know”, as one diplomat put it.

    One German official noted: “What we should do is look together at what works, what doesn’t, and which lessons we can learn from each other. Not to mention how to prevent people from shopping around from project to project.”

    Other diplomats consider this too utopian and feel that there are far too many players to make that level of coordination feasible. In practice, then, it seems that chaotic funding streams inevitably lead to one thing: more chaos.
    And we’ve only looked at one country ...

    That giant plate of spaghetti we just sifted through only represents a single serving – other countries have their own versions of Nigeria’s migration spaghetti. Alongside Nigeria, the EU has also designated Mali, Senegal, Ethiopia and Niger as “priority countries”. The EU’s largest migration fund, the EUTF, finances projects in 26 different African countries. And the sums of money involved are only going to increase.

    When we first started this project, our aim was to chart a path through the new European zeal for funding. We wanted to track the flow of migration money to find answers to some crucial questions: will this funding help Nigerians make better lives for themselves in their own country? Will it help reduce the trafficking of women? Will it provide more safe, legal ways for Nigerians to travel to Europe?

    Or will it primarily go towards maintaining the international aid industry? Does it encourage corruption? Does it make migrants even more vulnerable to exploitation along the way?

    But we’re still far from answering these questions. Recently, a new study by the UNDP

    called into question “the notion that migration can be prevented or significantly reduced through programmatic and policy responses”.

    Nevertheless, European programming and policy responses will only increase in scope in the coming years.

    But the more Europe spends on migration, the more tangled the spaghetti becomes and the harder it gets to check whether funds are being spent wisely. With the erosion of transparency comes the erosion of democratic oversight.

    So to anyone who can figure out how to untangle the spaghetti, we say: be our guest.

    https://thecorrespondent.com/154/europe-spends-billions-stopping-migration-good-luck-figuring-out-where-the-money-actually-goes/171168048128-fac42704
    #externalisation #asile #migrations #réfugiés #Nigeria #EU #EU #Union_européenne #externalisation #frontières #contrôles_frontaliers #Frontex #Trust_fund #Pays-Bas #argent #transparence (manque de - ) #budget #remittances #AMIF #développement #aide_au_développement #European_Development_Fund (#EDF) #EUTF_for_Africa #European_Neighbourhood_Instrument (#ENI) #Development_Cooperation_Instrument (#DCI) #Italie #Banque_mondiale #External_Investment_Plan #processus_de_rabat #accords_de_Cotonou #biométrie #carte_d'identité_biométrique #travail #développement #aide_au_développement #coopération_au_développement #emploi #réintégration #campagnes #IOM #OIM

    Ajouté à la métaliste sur l’externalisation des frontières :
    https://seenthis.net/messages/731749
    Et ajouté à la métaliste développement/migrations :
    https://seenthis.net/messages/733358

    ping @isskein @isskein @pascaline @_kg_

    • Résumé en français par Jasmine Caye (@forumasile) :

      Pour freiner la migration en provenance d’Afrique les dépenses européennes explosent

      Maite Vermeulen est une journaliste hollandaise, cofondatrice du site d’information The Correspondent et spécialisée dans les questions migratoires. Avec deux autres journalistes, l’italien Giacomo Zandonini (Italie) et le nigérian Ajibola Amzat, elle a tenté de comprendre les raisons derrières la flambée des dépenses européennes sensées freiner la migration en provenance du continent africain.

      Depuis le Nigéria, Maite Vermeulen s’est intéressée aux causes de la migration nigériane vers l’Europe et sur les milliards d’euros déversés dans les programmes humanitaires et sécuritaires dans ce pays. Selon elle, la politique sécuritaire européenne n’empêchera pas les personnes motivées de tenter leur chance pour rejoindre l’Europe. Elle constate que les fonds destinés à freiner la migration sont toujours attribués aux mêmes grandes organisations gouvernementales ou non-gouvernementales. Les financements européens échappent aussi aux évaluations d’impact permettant de mesurer les effets des aides sur le terrain.

      Le travail de recherche des journalistes a duré six mois et se poursuit. Il est financé par Money Trail un projet qui soutient des journalistes africains, asiatiques et européens pour enquêter en réseau sur les flux financiers illicites et la corruption en Afrique, en Asie et en Europe.

      Les Nigérians ne viennent pas en Europe pour obtenir l’asile

      L’équipe a d’abord tenté d’élucider cette énigme : pourquoi tant de nigérians choisissent de migrer vers l’Europe alors qu’ils n’obtiennent quasiment jamais l’asile. Le Nigéria est un pays de plus de 190 millions d’habitants et l’économie la plus riche d’Afrique. Sa population représente le plus grand groupe de migrants africains qui arrivent en Europe de manière irrégulière. Sur les 180 000 migrants qui ont atteint les côtes italiennes en 2016, 21% étaient nigérians. Le Nigéria figure aussi régulièrement parmi les cinq premiers pays d’origine des demandeurs d’asile de l’Union européenne. Près de 60% des requérants nigérians proviennent de l’Etat d’Edo dont la capitale est Bénin City. Pourtant leurs chance d’obtenir un statut de protection sont minimes. En effet, seuls 9% des demandeurs d’asile nigérians reçoivent l’asile dans l’UE. Les 91% restants sont renvoyés chez eux ou disparaissent dans la nature.

      Dans l’article Want to make sense of migration ? Ask the people who stayed behind, Maite Vermeulen explique que Bénin City a été construite grâce aux nigérians travaillant illégalement en Italie. Et les femmes sont peut-être bien à l’origine d’un immense trafic de prostituées. Elle nous explique ceci :

      “Pour comprendre le présent, il faut revenir aux années 80. À cette époque, des entreprises italiennes étaient établies dans l’État d’Edo. Certains hommes d’affaires italiens ont épousé des femmes de Benin City, qui sont retournées en Italie avec leur conjoint. Ils ont commencé à exercer des activités commerciales, à commercialiser des textiles, de la dentelle et du cuir, de l’or et des bijoux. Ces femmes ont été les premières à faire venir d’autres femmes de leur famille en Italie – souvent légalement, car l’agriculture italienne avait cruellement besoin de travailleurs pour cueillir des tomates et des raisins. Mais lorsque, à la fin des années 80, la chute des prix du pétrole a plongé l’économie nigériane à l’arrêt, beaucoup de ces femmes d’affaires ont fait faillite. Les femmes travaillant dans l’agriculture ont également connu une période difficile : leur emploi est allé à des ouvriers d’Europe de l’Est. Ainsi, de nombreuses femmes Edo en Italie n’avaient qu’une seule alternative : la prostitution. Ce dernier recours s’est avéré être lucratif. En peu de temps, les femmes ont gagné plus que jamais auparavant. Elles sont donc retournées à Benin City dans les années 1990 avec beaucoup de devises européennes – avec plus d’argent, en fait, que beaucoup de gens de leur ville n’en avaient jamais vu. Elles ont construit des appartements pour gagner des revenus locatifs. Ces femmes étaient appelées « talos », ou mammas italiennes. Tout le monde les admirait. Les jeunes femmes les considéraient comme des modèles et voulaient également aller en Europe. Certains chercheurs appellent ce phénomène la « théorie de la causalité cumulative » : chaque migrant qui réussit entraîne plus de personnes de sa communauté à vouloir migrer. A cette époque, presque personne à Benin City ne savait d’où venait exactement l’argent. Les talos ont commencé à prêter de l’argent aux filles de leur famille afin qu’elles puissent également se rendre en Italie. Ce n’est que lorsque ces femmes sont arrivées qu’on leur a dit comment elles devaient rembourser le prêt. Certaines ont accepté, d’autres ont été forcées. Toutes gagnaient de l’argent. Dans les premières années, le secret des mammas italiennes était gardé au sein de la famille. Mais de plus en plus de femmes ont payé leurs dettes – à cette époque, cela prenait environ un an ou deux – et elles ont ensuite décidé d’aller chercher de l’argent elles-mêmes. En tant que « Mamas », elles ont commencé à recruter d’autres femmes dans leur ville natale. Puis, lentement, l’argent a commencé à manquer à Benin City : un grand nombre de leurs femmes travaillaient dans l’industrie du sexe en Italie.”

      Aujourd’hui, l’Union européenne considère le Nigéria comme son plus important “partenaire migratoire”et depuis quelques années les euros s’y déversent à flots afin de financer des programmes des sécurisation des frontières, de création d’emploi, de lutte contre la traite d’être humains et des programmes de sensibilisation sur les dangers de la migration vers l’Europe.
      Le “cartel migratoire” ou comment peu d’organisation monopolisent les projets sur le terrain

      Dans un autre article intitulé A breakdown of Europe’s € 1.5 billion migration spending in Nigeria, les journalistes se demandent comment les fonds européens sont alloués au Nigéria. Encore une fois on parle ici des projets destinés à freiner la migration. En tout ce sont 770 millions d’euros investis dans ces “projets migration”. En plus, le Nigéria bénéficie d’autres fonds supplémentaires à travers les “projets régionaux” qui s’élèvent à 775 millions d’euros destinés principalement à coordonner et organiser les retours vers les pays d’origines. Mais contrairement aux engagements de l’Union européenne les fonds alloués aux projets en faveur de la migration légale sont très inférieurs aux promesses et représentent 0.09% des aides allouées au Nigéria.

      A qui profitent ces fonds ? Au “cartel migratoire” constitué du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), de l’Organisation internationale des migrations (OIM), de l’UNICEF, de l’Organisation internationale du travail (OIL), de l’Organisation internationale des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC). Ces organisations récoltent près de 60% des fonds alloués par l’Union européenne aux “projets migration” au Nigéria et dans la région. Les ONG et les consultants privés récupèrent 13% du total des fonds alloués, soit 89 millions d’euros, le double de ce qu’elles reçoivent en Europe.
      Les montants explosent, la transparence diminue

      Où va vraiment l’argent et comment mesurer les effets réels sur les populations ciblées. Quels sont les impacts de ces projets ? Depuis 2015, l’Europe a augmenté ses dépenses allouées à la migration qui s’élèvent désormais à plusieurs milliards.

      La plus grande partie de ces fonds est attribuée à l’Afrique. Dans l’article Europe spends billions stopping migration. Good luck figuring out where the money actually goes, Maite Vermeulen, Ajibola Amzat et Giacomo Zandonini expliquent que l’UE prévoit de doubler ces dépenses dans le budget 2021-2027 et quadrupler les dépenses sur le contrôle des frontières.

      Des mois de recherche n’ont pas permis de comprendre comment étaient alloués les fonds pour la migration. Les sites internet sont flous et de nombreux bureaucrates européens se disent incapables concilier les dépenses car la transparence fait défaut. Difficile de comprendre l’allocation précise des fonds de l’Union européenne et celle des fonds des Etats européens. Le tout ressemble, selon les chercheurs, à un immense plat de spaghettis. Ils se posent une question importante : si eux n’y arrivent pas après des mois de recherche comment les députés européens pourraient s’y retrouver ? D’autres chercheurs et fonctionnaires européens qualifient les dépenses de migration de l’UE d’opaques. La consultation de nombreux sites internet, documents officiels, rapports annuels et budgets, et les nombreuses demandes d’accès à l’information auprès de plusieurs pays européens actifs au Nigéria ainsi que les demandes d’explications adressées à la Commission européenne n’ont pas permis d’arriver à une vision globale et précise des budgets attribués à la politique migratoire européenne. Selon Tineke Strik, député vert au parlement européen, ce manque de clarté a des conséquences importantes sur le processus démocratique, car sans vision globale précise, il n’y a pas vraiment de surveillance possible sur les dépenses réelles ni sur l’impact réel des programmes sur le terrain.

      https://thecorrespondent.com/154/europe-spends-billions-stopping-migration-good-luck-figuring-out-where-the-money-actually-goes/102663569008-2e2c2159

  • EU aid and development funding has provided €215 million for border security in Morocco since 2001

    Since 2001, almost €215 million has been provided to Morocco by the EU to finance border security projects. Human rights abuses against migrants and refugees committed by Moroccan authorities call into question whether financial support from the EU to Moroccan border security should continue.

    http://www.statewatch.org/analyses/no-347-eu-morocco-aid-border-security.pdf

    Initial EU funding efforts worth some €68 million took place between 2001 and 2010 and, despite an interlude in which financial support was concerned with reform of the country’s migration policy, in 2018 funding for border security returned with a vengeance, with €140 million promised to Morocco - half of which comes from the EU Trust Fund for Africa.

    The strengthening of the EU-Morocco relationship on migration control has coincided with a crackdown on migrant presence in the north of Morocco, during which at least 8,000 people have been arrested and internally displaced to the south by the Moroccan police.

    People on the move have often faced violence at the hands of the Moroccan authorities in the name of enforcing the country’s migration policy. Nevertheless, the European Commission is reticent to acknowledge that it may have contributed in some way to operations by the Moroccan security forces in which human rights have been violated - an official told Statewatch that Morocco “advocates for a humanistic approach that considers human rights and integration as its first priority.”

    There is little publicly-available information on the results of these funding programmes and the evaluation report for just one project is publicly available. However, the activities foreseen for each project - contained in documents released to Statewatch - indicate that development aid has been used to increase the capacity of Moroccan state institutions to control the country’s land and sea borders, to exchange and coordinate information with both African and European partners. It seems like that the projects currently being implemented will continue in this vein.

    http://www.statewatch.org/news/2019/nov/eu-morocco-borders.htm
    #Maroc #externalisation #externalisation_des_frontières #asile #migrations #développement #aide_au_développement #coopération_au_développement #fermeture_des_frontières #frontières

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    https://seenthis.net/messages/733358#message768702

  • The One Laptop Per Child Program Was Supposed to Revolutionize the Developing World—Then It Imploded
    https://onezero.medium.com/the-one-laptop-per-child-program-was-supposed-to-revolutionize-the-d

    OLPC did not turn out as planned: Laptops broke, and in areas with limited access to electricity, charging was a challenge. The cost of running the program and training teachers was much greater than expected. Children showed little interest in the machines, skill levels did not improve, and eventually, funding dried up.

    Many people working for OLPC really wanted to do good in the world, but they got caught up with the charisma of this project. They got blinded by it.

    Morgan Ames tells this story in her new book, The Charisma Machine: The Life, Death, and Legacy of One Laptop per Child.

  • Why return from Europe is causing problems for The Gambia

    Roughly 38,500 Gambians left the country through ‘irregular’ means between 2013 and 2017. Today, almost every family has ties abroad. The influx of immigrants to Europe and elsewhere was caused by political oppression under the long-serving former president Yahya Jammeh. His oppressive politics also severely affected the economic prospects of The Gambia’s young population.

    As a result, a large number of citizens, mostly young men, sought asylum in Europe. But very few have been allowed to stay. Even more were turned away when Jammeh was toppled after elections in 2017 and the country returned to democracy. More recently, there has been a big push from European Union (EU) member states to return failed asylum seekers back home to The Gambia.

    The question of returns is particularly volatile in the west African nation of 2 million people, reflected in the country’s and European press.

    A slight increase in Gambian deportations began in November 2018 after the EU and the government agreed on a ‘good practice’ agreement for efficient return procedures.

    This intensified cooperation became possible due to the governmental change in 2017, with President Adama Barrow becoming President after the elections, as we found in our research on the political economy of migration governance in The Gambia.

    Despite initial cooperation with the EU on returns, in March 2019 Barrow’s government imposed a moratorium on any further deportations of its nationals from the EU. After a standoff of several months, the moratorium has now been lifted. Though only temporary, the moratorium was an important tool for the government to manage problems with its domestic legitimacy.
    Relationship challenges

    Jammeh’s ousting ended years of severe repression and corruption that had discouraged donor countries from cooperating with The Gambia. When he left, the country quickly established positive relations with the EU which has become its most important development partner. It provides €55 million in budgetary support and runs three projects to address the root causes of destabilisation, forced displacement and irregular migration. But the moratorium was a stress test for this new relationship.

    Before the moratorium was imposed in March 2019, the government had started to tentatively cooperate with the EU on return matters. For example, it sent regular missions to Europe to issue nationals with identification documents to facilitate their return.

    Relations began to sour when European governments increased returns in a way that authorities in The Gambia viewed as inconsistent with the ‘good practice’ agreement. The agreement stipulates that return numbers should not overstretch the country’s capacity to receive returnees. It also states that adequate notice must be given before asylum seekers are returned. Both of these provisions were allegedly breached.
    Problems at home

    The incoming returns quickly led to heated debates among the population and on social media. The rumblings peaked in February 2019 with one particular return flight from Germany. Authorities in Banjul claimed they had not been well informed about it and initially refused entry. Public demonstrations followed in March. The moratorium, which European partners had already been notified about, was declared shortly afterwards.

    The moratorium can be linked to diplomatic and technical inefficiencies, but it is also based on a more fundamental problem for Barrow’s government. By cooperating with the EU on returns, they risk their domestic legitimacy because by and large, most Gambians in Europe do not want to return home.

    The initial euphoria that surrounded the democratic transition is wearing off. Many reform processes such as in the security sector and in the media environment are dragging. The economic situation of many has not improved. Allowing more deportations from the EU is perceived as betrayal by many migrants and their families.

    The government is frequently suspected to play an active role in returns and is accused of witholding information about their dealings with the EU and member states like Germany. Incidentally, President Barrow is currently seeking to extend his rule beyond the three-year transition period originally agreed upon, ending in January 2020. Opposition to these plans is widespread.

    In these politically tense times, pressing a pause button on returns fulfilled a symbolic function by defending Gambians against foreign national interests. The recent lifting of the moratorium is politically very risky. It paves the way for more of the deeply unpopular chartered return operations.

    What next?

    On the whole, The Gambia has little room to manoeuvre. It is highly dependent on the EU’s goodwill and financial support for its reforms process. In line with the development focus of the EU, the position of the government is to prepare the ground for more “humane” repatriations, which will need more time and joint efforts.

    This would include better and more comprehensive reintegration opportunities for returned migrants. Reintegration is already the focus of various projects funded by the European Union Trust Fund. Programmes like the International Organisation for Migration’s ‘Post-Arrival Reintegration Assistance’ for returnees from Europe are up and running. However, they only serve a limited number of returnees and cannot meet all their needs.

    It is important to note that the role of the Gambian state in providing reintegration support has been marginal.

    With the lifting of the moratorium EU-Gambia cooperation stands at a crossroads. If EU member states maintain their hardline returnee approach The Gambia’s new government will continue to struggle with its legitimacy challenges. This could potentially jeopardise democratisation efforts.

    In the alternative, the EU could take a more cooperative stance by working on more holistic, development-oriented solutions. A starting point would be to move away from plans to return high numbers of failed asylum seekers. Sending back large numbers of migrants has never been feasible.

    The Gambian government will be more honest about its migration dealings with the EU if the agreements are fair and practical. Most importantly, if Gambians had access to fair and practical migration pathways this would lessen cases of irregular migration, which continue to remain high.

    Without a greater share of legal migration, the issue of return will continue to be particularly contentious.

    https://theconversation.com/why-return-from-europe-is-causing-problems-for-the-gambia-124036
    #Gambie #retour #renvois #expulsions #réfugiés_gambiens #développement #coopération_au_développement #aide_au_développement #conditionnalité_de_l'aide #Allemagne #moratoire #réintégration #European_Union_Trust_Fund #Trust_Fund #Post-Arrival_Reintegration_Assistance #OIM #IOM
    ping @karine4 @_kg_

    J’ai ajouté « #deportees » dans la liste des #mots autour de la migration :
    https://seenthis.net/messages/414225
    Et plus précisément ici : https://seenthis.net/messages/414225#message812066
    #terminologie #vocabulaire
    ping @sinehebdo

    Ajouté à la métaliste développement-migrations, autour de la conditionnalité de l’aide :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

  • Dictators as 
Gatekeepers for Europe : 
Outsourcing EU border 
controls to Africa

    The USA is divided around the wall President Trump wants to build along the Mexican border. Europe has long answered this question at its own southern border: put up that wall but don’t make it look like one.

    Today the EU is trying to close as many deals as it can with African states, making it harder and harder for refugees to find protection and more dangerous for labour migrants to reach places where they can earn an income. But this is not the only effect: the more Europe tries to control migration from Africa, the harder it becomes for many Africans to move freely through their own continent, even within their own countries.

    Increasingly, the billions Europe pays for migration control are described as official development assistance (ODA), more widely known as development aid, supposedly for poverty relief and humanitarian assistance. The EU is spending billions buying African leaders as gatekeepers, including dictators and suspected war criminals. And the real beneficiaries are the military and technology corporations involved in the implementation.

    https://darajapress.com/publication/dictators-as-%e2%80%a8gatekeepers-for-europe-%e2%80%a8outsourcing-eu-bo
    #externalisation #asile #migrations #réfugiés #frontières #contrôles_frontaliers #dictature #dictatures #Afrique #contrôles_frontaliers #fermeture_des_frontières #aide_au_développement #coopération_au_développement #développement #livre

    Ajouté à la métaliste autour de l’externalisation des frontières :
    https://seenthis.net/messages/731749#message765340

    Et celle-ci sur le lien migrations et développement :
    https://seenthis.net/messages/733358#message768701

    ping @karine4 @isskein @pascaline

    • Op-ed: The Birth Defect of EU Migration Diplomacy

      Prevention of migration to Europe, especially from Africa, was a priority of the previous Commission and, as it looks, likely to remain as such for the new Commission.

      This makes it increasingly difficult for refugees to find protection. And it is becoming increasingly dangerous for migrant workers to reach places where they can seek income. But that is not the only consequence. The more Europe tries to control migration, the more difficult it becomes for many Africans to move freely within their own continent, even within their own country.

      The EU investment is substantial. From the beginning of the millennium until 2015, the figure was around two billion euros. By 2020, at least another 15 billion euros will have been added. The EU will pay for the costs incurred by controlling migration itself: supplying detained refugees, jeeps or ships for the border police, deportations, reception camps. But it gives even more, in a sense as a premium: an extra portion of development aid for the coalition of the willing in matters of border protection.

      Some African states, such as Tunisia, therefore make it a punishable offence to leave for Europe without papers. Some save themselves such a law and imprison migrants just like that – for example Libya. Some set up border posts where there haven’t been any so far – Sudan, for example. Some introduce biometric passports that many of their citizens cannot afford – such as the Democratic Republic of Congo, which charges 185 dollars for one of the new so-called e-passports produced by a Belgian-Arab consortium. Some take back deportees from Europe, even if they are not their own citizens – for example Morocco. Some states block migration routes with soldiers – Egypt, for example. Some allow Frontex and European Police-Officers to come and help with this – Niger, for example. And some close the borders: not only for transit migrants, but also for their own citizens if they want to enter Europe irregularly – Algeria, for example.

      More and more often, the money paid in return for controlling migration is booked as Official Development Assistance (ODA). It is a misappropriation of funds that are there to alleviate poverty and hardship. It also contradicts the sense of development aid because labour migration is a blessing for poor countries. It brings money into the coffers of small traders and farmers. This mixture of development aid and migration control will increase. “Combating the root causes” is the new paradigm of development policy.

      Günter Nooke, Chancellor Angela Merkel’s Africa Commissioner, had an idea on what Africa’s future could look like. In October 2018 he proposed that African states should give up parts of their territory against payment so that the EU could settle refugees there: “Perhaps one or the other African head of government is prepared to give up a piece of territorial sovereignty in exchange for a lease and allow free development there for 50 years. Migrants could be settled there in special economic zones, supported by the World Bank or the EU or individual states.” Such statements are hardly beneficial neither in the formal relationship between Europe and Africa nor in broader segments of the public on the African continent.

      But the cordon sanitaire that the EU is trying to weave against undesirable migration is full of holes. The blueprint agreement with Turkey is crumbling. The number of arrivals in the Aegean islands is currently higher than at any other time since the EU-Turkey deal came into force. Boats from Libya keep leaving, arrivals in Morocco increases.

      The massive political pressure that had been built up for the African states to recognise for example the EU „Laissez Passers“ – passport replacement papers that the deportation country can simply issue itself – or otherwise contribute to increasing the deportations of those obliged to leave has had only a limited effect. And last February, the African Union made it clear that it will not accept transit EU asylum camps on African soil.

      Neither the transit regions nor the regions of origin will let themselves be used in the long term as reception camps or assistant EU border guards. The consequence of this is that the EU cannot solve its migration problem outside its own territory on the long run. The old Commission had consistently refused to accept this insight. The new Commission would now have the opportunity not to repeat this mistake.

      https://www.ecre.org/op-ed-the-birth-defect-of-eu-migration-diplomacy

  • #Industrie du #développement : les mésaventures des modèles voyageurs

    Micro-crédit solidaire, titrisation foncière, paiement basé sur la performance, transferts monétaires, prévention de la transmission du Sida de la mère à l’enfant, aliments thérapeutiques contre la malnutrition infantile, promotion des pratiques familiales essentielles constituent autant de « modèles voyageurs », promus, selon les cas, par la Banque mondiale, l’OMS, l’UNICEF, MSF, et bien d’autres « partenaires du développement ». Ils consomment une grande partie de l’#aide_au_développement, et fournissent des centaines de milliers d’#emplois. Mais comment faire en sorte qu’ils s’adaptent mieux, chaque fois, aux réalités locales ?

    https://aoc.media/analyse/2019/09/25/industrie-du-developpement-les-mesaventures-des-modeles-voyageurs
    #business #coopération_au_développement #Jean-Pierre_Olivier_de_Sardan #aide_humanitaire #ONU #nations_unies