• Depuis sa prison, le bandit corse déclarait des troupeaux fictifs

    Affilié au grand #banditisme, #Dominique_Costa, 71 ans, a été condamné, mercredi 17 juin, pour #escroquerie aux #aides_agricoles_européennes par le #tribunal correctionnel de Paris.

    La manne européenne a du bon. Chaque année, depuis sa cellule de prison, Dominique Costa, dit « Mimi », adressait soigneusement sa déclaration à la chambre d’agriculture de Haute-Corse. En tant qu’éleveur de bovins, il demandait à bénéficier de plusieurs types d’#aides liées à la #politique_agricole_commune (#PAC), qui sont assez généreusement répandues en Corse : à savoir des « aides découplées de la production », une « aide pour les vaches allaitantes », et enfin une « subvention compensatoire pour handicap naturel ».

    L’éleveur consciencieux a perçu en retour quelque 120 000 euros d’aides entre 2017 et 2021, selon les calculs de l’Agence de services et de paiement (ASP), chargée de répartir les fonds européens. C’était l’essentiel de ses revenus. À cette période, #Mimi_Costa était détenu d’abord à Ajaccio, puis à Borgo et enfin à Marseille, dans des dossiers criminels.

    C’est une lettre anonyme adressée au parquet européen en 2022 qui a dévoilé le pot aux roses. En décembre, quand les gendarmes se sont rendus au village de #Moltifao, le fief du clan Costa, pour contrôler le cheptel de l’éleveur, ils n’ont trouvé qu’une vingtaine de bovins, dont certains qui divaguaient, au lieu des cinquante-six déclarés.

    Personne n’était sur place pour s’occuper des bêtes, et une carcasse sans tête d’un bovin pris dans une clôture n’avait pas été débarrassée. Aucun camion à bestiaux ni machine agricole appartenant à Dominique Costa n’a été retrouvé. L’enquête des gendarmes avait pointé par la suite un #taux_de_mortalité inquiétant de 85 % dans le #troupeau depuis 2015, alors que la moyenne nationale varie entre 1 % et 2 %, et reste sous les 15 % en Haute-Corse.

    Interrogé par les enquêteurs en 2023, Dominique Costa n’a pas été très loquace. Il a expliqué que sa compagne et son fils s’occupaient du troupeau pendant sa détention, qu’il ignorait les raisons du taux de mortalité très élevé, et ne savait d’ailleurs pas grand-chose de son activité d’éleveur. Il a contesté catégoriquement toute forme d’escroquerie à la PAC, assurant n’avoir fait que suivre les instructions de la chambre d’agriculture et du vétérinaire. Il déclarait pourtant une centaine de bêtes en 2015.

    Six condamnations au compteur

    Il faut dire que Mimi Costa, 71 ans, a un profil d’éleveur un peu particulier. Réputé proche de l’ancien gang de la « #Brise_de_mer », il a déjà été condamné à une demi-douzaine de reprises depuis 1997 dans des dossiers d’association de malfaiteurs, détention d’armes, dégradation du bien d’autrui par un moyen dangereux, blanchiment aggravé, abus de biens sociaux et extorsion (dans une affaire de machines à sous), notamment.

    Son dernier procès remontait à septembre 2025. Accusé d’un assassinat commis en 2019 en Haute-Corse et d’une tentative de meurtre en bande organisée, Mimi Costa s’en était tiré avec une simple #condamnation pour association de malfaiteurs, et une peine de dix ans de réclusion au lieu des vingt-cinq réclamés par l’avocat général. Selon l’accusation, il est impliqué dans une longue série de règlements de comptes au sein du milieu corse, depuis l’assassinat de son neveu, commis en 2010, puis celui de son frère, Maurice Costa, en 2012.

    La famille Costa a une certaine renommée en Haute-Corse. Membre éminent de la Brise de mer, feu Maurice Costa avait eu son heure de gloire en 2001, en réussissant à s’évader de la prison de Borgo grâce à un faux ordre de libération envoyé par fax. L’autre frère, Jacques Costa, après avoir été conseiller général de Haute-Corse, est maire de Moltifao et président du parc naturel régional de Corse. En 2015, il a par ailleurs été condamné pour abus de biens sociaux commis dans son entreprise de travaux publics.

    Les 26 et 27 mai, Dominique Costa a de nouveau été jugé, pour l’affaire des #aides_agricoles cette fois, en visioconférence depuis sa cellule des Baumettes. Devant la 11e chambre correctionnelle de Paris, la représentante du Parquet européen a requis sa condamnation à une peine d’un an de prison, 50 000 euros d’amende, et une interdiction définitive d’exercer l’activité d’agriculteur. Dominique Costa a de nouveau protesté de sa bonne foi et de son innocence.

    Il a finalement été reconnu coupable d’escroquerie au préjudice d’un organisme public, et a été condamné mercredi 17 juin à une peine d’un an de prison, 10 000 euros d’amende, une interdiction définitive d’exercer l’activité d’agriculteur, et cinq ans d’inéligibilité. Il s’est en ouvre vu confisquer 63.000 euros, et devra rembourser 120.000 euros à l’ASP. Il a dix jours pour faire appel du jugement.

    Dans ses attendus, dont Mediapart a pris connaissance, le tribunal a estimé que les demandes d’aides de Dominique Costa étaient frauduleuses, car son activité agricole n’était pas effective, et qu’il « a fait usage de la fausse qualité d’agriculteur pour solliciter le paiement de #subventions agricoles ».

    Trois hauts fonctionnaires du ministère de l’agriculture devaient par ailleurs être jugés à Paris en avril pour détournements de fonds publics. Ils sont accusés d’avoir fait octroyer trop généreusement des aides européennes à des éleveurs porcins corses, en 2016, pour un préjudice estimé entre 370 000 euros et 1,2 million d’euros. Le procès a finalement été renvoyé à septembre 2027.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/180626/depuis-sa-prison-le-bandit-corse-declarait-des-troupeaux-fictifs

    #justice #agriculture #élevage

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    voir aussi :
    Pascoli di carta
    https://seenthis.net/messages/1128629