#ambivalence

  • « De trop nombreuses discussions à propos de technologie tendent à se polariser, et ça a le don de me rendre dingue. Il suffit de dire le mot 5G pour que ça parte en vrille. Mais je vous rassure, ça marche aussi avec le nucléaire ! » Une tentative de remettre le débat sur des rails propres.

    https://standblog.org/blog/post/2020/10/04/Devenir-technolucide

    #5G (mais en fait, c’est plus général que ça) #technocritique #Amish (non, ça, c’est du troll) #technolucidité

    • Je répondis

      Si on en est encore à « oui mais cette techno à des avantages » et de l’autre « oui mais cette techno a des inconvénients », en 2020, bah on n’est pas sorti du sable…

      Cependant il ne me semble pas que ce soit tant que ça le cas. La majorité du temps, les technocritiques voient parfaitement les avantages de telle technique en particulier, mais pourquoi insisteraient-elles pour les lister alors que justement c’est déjà ce qui est listé partout, ce dont il y a la pub partout ? Le temps est donc passé à argumenter sur les inconvénients qui vont venir avec, et sur le fait que ceux-ci ont parfois (souvent ?) l’air plus lourd, plus important, plus dangereux à long terme, que les avantages vendus.

      Ça fait plus de 50 ans que Jacques Ellul a montré que toute technique, et plus encore toute technique complexe, est ambivalente, et vient avec un tout, d’avantages (dans la plupart des cas rapidement visibles et publicisés) et d’inconvénients (parfois très graves, et qu’on ne voit qu’après un certain temps). Les deux, toujours. Il s’agit donc de faire de la politique, et non de la technocratie, c’est-à-dire permettre aux gens, de faire la balance, et de décider (c’est un des points principaux : la non démocratie, qui décide de l’innovation et de suivre ou pas telle direction) de vivre ou pas avec des risques qui iront forcément avec. Risques qui ne sont que rarement résolus avec une autre technique future qui viendra corriger, Ellul a montré aussi qu’à peu près toujours, on ajoute des problèmes plus importants et plus complexes encore, à ce qui précède.

      Bref, c’est pas l’un ou l’autre. Mais les deux. Et on doit faire avec, et prendre des décisions en conséquence.

      #critique_techno #Jacques_Ellul #ambivalence

  • « Gilets jaunes » : un an après les brutalités commises par la police dans un Burger King, les ambivalences de l’IGPN
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/26/gilets-jaunes-le-piege-du-burger-king-le-1er-decembre-2018_6020509_3224.html


    Boivin Samuel/ABACA

    Le dossier, dont Le Monde a pris connaissance, témoigne de la façon ambivalente dont ont été menées les premières investigations de la police des polices.

    D’un côté, les enquêteurs ont établi avec une grande précision la violence des faits, dont le déroulé fait apparaître un emploi de la force par les CRS qualifié à plusieurs reprises d’« injustifié ». Les coups y sont détaillés pour chaque manifestant, notamment grâce à la vidéosurveillance du restaurant, un document jusque-là inédit. La grande pression à laquelle ont été soumises les forces de l’ordre ce jour-là est également parfaitement documentée, à l’aide de rapports confidentiels dont Le Monde dévoile le contenu.

    De l’autre, les agents de l’IGPN ont échoué pour le moment à identifier la quasi-totalité des CRS impliqués, ainsi qu’une bonne partie des victimes. L’impossibilité de désigner les auteurs des violences semble davantage due au manque d’empressement des enquêteurs qu’à la confusion des événements : un an après les faits, sur les 14 fonctionnaires qui ont pénétré dans le fast-food, seul le capitaine a été interrogé. La justice dispose pourtant de la liste nominative des 13 autres polic[…]

    #paywall

    #ambivalence ? vraiment ?
    On peut dire beaucoup plus nettement que l’IGPN n’enquête que très, très mollement sur les cas flagrants de non respect de bla, bla, bla,…

    Enfin, l’IGPN est chargée de veiller au respect, par les fonctionnaires de police, des lois et des règlements et du code de déontologie de la police nationale. Dans ce cadre, elle effectue les enquêtes qui lui sont confiées par les autorités administratives et judiciaires qui seules peuvent la saisir.

  • Slacktivism is having a powerful real-world impact, new research shows
    http://qz.com/570009/slacktivism-is-having-a-powerful-real-world-impact-new-research-shows

    The symbiotic relationship these “active” activists have with their online supporters, a phenomenon the researchers term “core-periphery dynamics,” turns out to be instrumental for a movement to gain traction. Photo and video content created by people willing to sleep outside and hold up signs leads to lots of sharing, researchers found, which helps spread the message around.

    bon alors #internet ce serait pas que de la merde en fait

    #militer

  • La civilisation libérale réalise le fondement social de tout régime totalitaire - L’Etat, Bernard Charbonneau, 1949

    C’est dans l’#économie libérale que s’est élaboré le plus efficacement le monde totalitaire. Dès le début du XIXème siècle la centralisation politique s’est renforcée d’une organisation économique qui tendait à concentrer la puissance en un seul point d’où dépendait tout le reste. Ainsi s’est formée une #humanité habituée à subir, et à subir sans comprendre, pour laquelle le mot de #liberté s’est vidé progressivement de tout contenu. Si nous considérons la tendance de la #technique actuelle à réserver la connaissance à une minorité de spécialistes comme elle réserve la puissance à quelques patrons ou directeurs, sa tendance à s’étendre méthodiquement à tout, sans autre principe que celui de l’efficacité pratique, alors nous pouvons bien affirmer qu’en dehors de toute volonté politique consciente le monde libéral tendait bien à devenir un monde totalitaire, où la #démocratie sociale devenait aussi absurde que la démocratie politique.

    La démocratie tend au partage de la vérité et de la puissance entre tous les #citoyens, la technique tend au #monopole de la vérité autant qu’à celui du pouvoir. Nous payons chaque perfectionnement d’une complication et d’une contrainte, - le tout est de savoir si ce perfectionnement vaut ce prix. Comme le rouage s’ajoute au rouage, l’explication s’ajoute à l’explication, et dans la mesure où l’organisation englobe de nouveaux domaines, elle multiplie les interférences. Ainsi, le sens commun à tous les hommes ne suffit plus, l’individu ne peut plus réaliser la condition de base de toute démocratie : une connaissance élémentaire de ses intérêts matériels, car ceux-ci dépendent d’une foule d’éléments qu’il ne peut plus atteindre directement. Pour juger sérieusement de son #salaire, il lui faut désormais connaître le mécanisme de la #monnaie, le système fiscal, l’économie française et sa situation dans l’économie européenne : une #culture politique et juridique du niveau de la licence en #droit. Dans ces conditions le citoyen ordinaire n’essaie même plus de comprendre, il se jette sur l’explication que lui prépare la #propagande ; atrophiant son aptitude à s’expliquer, la complexité du monde actuel le livre au simplisme du #slogan. Plus les techniques deviennent hermétiques et rigoureuses, plus leur vulgarisation devient vulgaire : l’image ou l’incantation qui s’adresse aux nerfs de la foule compense la formule mathématique qui s’adresse à l’intellect du technicien.

    Submergé par la multiplicité des faits où l’économie complique la #politique et la politique l’économie, l’individu se détourne d’un #pouvoir qui n’a plus de sens pour lui ; sa condition étant d’être dépassé, sa réaction est de s’abandonner. Dans la #nation, dans l’#armée, dans le parti, et dans un #syndicalisme bureaucratisé, il n’est plus qu’un rouage habitué à subir l’impulsion d’un état-major d’administrateurs. Le sens commun - et son représentant le Parlement - n’a plus d’autorité ; dans une société technicisée, ce sont les bureaux qui gouvernent. Le Parlement n’est que le mensonge [...] qui permet aux hommes d’esquiver le problème posé par la fin du bon sens.

    Partout où pénètre la technique recule la liberté, car à la différence de la pensée libérale, ses vérités sont sans appel et leur exécution automatique. La technique comme la #loi impose à tous la même discipline, et partout où elle s’établit, s’établit la loi qui peut seule rendre ses applications possibles : la discipline totalitaire dans ce qu’elle a d’apparemment légitime ne fait qu’exprimer en clair la discipline industrielle. Ainsi sous le couvert du #libéralisme, l’évolution économique réalise dans la vie quotidienne des individus la condition fondamentale du #régime_totalitaire : la démission de l’homme, qu’il s’agisse de l’#indifférence atone du plus grand nombre à des déterminations qui les dépassent ou de la participation frénétique de quelques-uns.

    [...] L’#impuissance individuelle mène au culte de la puissance collective. Quand l’#individu se tourne vers lui-même, il ne trouve qu’incertitude, vide et débilité ; mais quand il considère le monde qui le domine il voit triompher la force. Tout le dissuade de chercher l’autorité autant que le pouvoir en lui-même pour le tourner vers la puissance collective. Tandis que se dressent toujours plus haut des buildings ; dans la fissure de la rue passe l’individu, perdu dans la foule, mais suivi par les contraintes de l’argent et de la loi comme par son ombre ; et sur lui s’effondrent guerres et révolutions, qu’il ne peut que suivre. Alors écrasé, il compense ses complexes d’infériorité individuelle par ses complexes de supériorité collective : celle de sa nation, de son parti ou de sa classe. La révolte de l’individu alimente ainsi les forces qui l’anéantissent.

    #système_technicien #brown_tech

    • Le régime totalitaire vient comme un voleur ; il nous surprend à coup sûr parce-que nous l’attendons monstrueux alors qu’il n’a rien d’étonnant. Progressivement, dans le calme de ce que nous croyons être le temps normal, il s’est adapté à nous, et surtout nous nous sommes adaptés à lui. Il n’est plus loin ; au jour le jour il a déjà fait presque tout le chemin et il n’a plus qu’un pas à faire pour être là.
      [...] Le mal totalitaire n’est pas un fléau étranger qui fondra sur nous à la fin des temps, il grandit en nous dans le silence. Dans la vie quotidienne et dans l’esprit - ou plutôt dans l’absence d’esprit qui y préside : plus que dans nos fureurs, dans notre ennui ; plus que dans nos crises, dans nos petites habitudes. C’est là qu’il nous faudra le découvrir et le combattre. Tout homme doit se préparer à ce jour, et ce jour c’est aujourd’hui.

      #totalitarisme

    • Celui qui voudra résister le moment venu doit savoir qu’il ne sera pas placé d’un coup en face du choix. Le régime totalitaire consacrera l’état de fait plus qu’il ne rompra avec lui ; il nous aura lentement possédés de l’intérieur plus qu’il ne nous forcera de l’extérieur. [...] Songeons que notre régime totalitaire ne se présentera pas sous l’uniforme de l’envahisseur, mais dans l’exaltation de la puissance nationale ; non comme une subversion, mais un effort vers l’ordre universel. En apparence il sera moins un déchaînement de haine que l’irrésistible jaillissement d’un hymne de fraternité ; une unanimité dans laquelle le refus de l’individu ne sera plus affirmation légitime mais scandale.

    • Relu encore à l’instant.

      « perfectionnement » me semble ici très bon et très juste, mais « technique », « la technique » (ne parlons pas du « sens commun » et du « bon sens ») ne passent décidément pas.

      Termes décidément bien trop fourre-tout, qui recèlent autant sinon plus de problèmes cruciaux qu’ils n’apportent de clarifications - en particulier, dans ce que les premiers participent d’un dualisme « nature » vs « artifice » non dit ni assumé qui vient conditionner l’entendement beaucoup trop à mon goût.. (comme on le peut constater régulièrement dans les prises de position des militants « anti-industriels » qui se réclament de ce même Charbonneau).

      de même, l’emploi des catégories « totalitaires » et « libéralisme » me semble ici des plus casse-gueule - et aujourd’hui dépassé pour essayer de saisir les rapports sociaux que nous vivons.

    • Je suis assez d’accord sur l’opposition nature vs artifice, opposition que dépasse le concept d’#écoumène (dont les techniques humaines sont partie prenante cf http://seenthis.net/messages/166201). Cela dit quand Charbonneau parle de technique (même si c’est pas explicite) il parle de technique hétéronome, qui s’autonomise et échappe à la maîtrise commune, par opposition à l’outil convivial (concept forgé plus tard par Illich).
      Sur le glissement vers le totalitarisme en revanche l’analyse de Charbonneau me semble garder sa pertinence. Je trouve que le dernier paragraphe mentionné donne un éclairage saisissant à « l’esprit charlie » et aux derniers propos bellicistes de l’exécutif.

    • @paulo merci

      @koldobika

      Je me suis plongé il y a des mois dans tout ce que j’ai pu lire de Berque sur le web (il y a de la matière), et c’est passionnant, mais je pense que, de par sa singularité dans le paysage intellectuel, (en tout cas, dans le mien), c’est un auteur qui mérite d’être médité et digéré. Je n’ai pas fini d’y revenir.
      Son point de vue déplacé par rapport à la tradition occidentale « classique » et l’étendue de sa culture sont stimulants par l’emploi créatif qu’il en fait, et la notion d’écoumène m’a évidemment beaucoup plu.

      Mais il me semble que son travail reproduit néanmoins des biais fondamentaux, à travers une forme - c’est ce qu’il me semble y lire, je reste néanmoins prudent - d’humanisme universaliste abstrait. Par exemple, je n’ai pas lu chez lui de réflexion sur les rapports humains, les rapports sociaux de domination, (lesquels mettent pourtant en scène la notion de nature de façon récurrente) - j’ai l’impression qu’il y a là l’habituel point aveugle masculin et blanc, aisé, que l’on rencontre trop souvent. Dans ce que j’ai lu, les rapports de domination - sexe, race, exploitation économique - sont quasi-absents, sinon, pour les derniers, du point de vue de leurs conséquences écologiques. Je peux me tromper et avoir manqué cela. Mais j’aimerais les voir explicitement pris en compte : il font partie du milieu, de « l’écoumène », non ? Nous n’appréhendons pas le milieu tou-te-s depuis le même point.

      Pour se déprendre un peu plus du piège de ce dualisme nature-culture, pour être intellectuellement mieux armés face à lui, à défaut de prétendre en finir, les travaux de Colette Guillaumin, qui partent justement des rapports de domination, et en particulier d’appropriation, et qui lient la catégorie « nature » et son emploi à ces rapports sociaux, me semble ouvrir des pistes plus intéressantes dans ce qu’elle proposerait une explication matérialiste de l’existence de cette catégorie - la « nature » ne devant alors son caractère distinct, extérieur... qu’au fait de son appropriation par les humains. Mais là aussi, c’est une lecture que j’ai besoin de digérer - et aussi, en partie, de parvenir à mettre la main dessus (bouquins épuisés, hélas).

    • @martin5 c’est vrai qu’il manque tout ce pan social chez Berque, et ça donne à son propos quelque-chose de très universitaire, qui aime bien causer au calme d’un salon. Autant il a une approche très « habitée » de la question du paysage, autant pour ce qui est des rapports sociaux c’est l’angle mort, ça donne l’impression qu’il parle du rapport d’un humain isolé avec le monde, ou alors d’une culture mais en n’en retenant que la situation géographique et historique et pas les rapports sociaux ni de genre, tout juste aborde-t-il les modes de production, à gros traits.
      J’ai déjà vu passer le nom de Colette Guillaumin, à l’occasion j’en lirai un bout (j’ai déjà une trop grosse pile de bouquins à lire qui m’attend, je m’en sors pas).

    • Du coup je suis retourné plus en profondeur à un autre de ses bouquins, plus récent, que j’ai sous la main (#Le_jardin_de_Babylone), lu il y a trop longtemps.
      Il me semble que Charbonneau - outre des formulations chrétiennes fatigantes : « fils d’Adam » toi même, Bernard ! y donne à lire sans masque la rigidité et les limites d’une pensée banalement conditionnée par les concepts auxquels elle a recours. Si dans un court prologue il semble admettre l’historicité de celui de « nature », c’est ensuite pour en faire à nouveau un absolu et recourir au détour d’un chapitre ou d’un autre à celui de « nature humaine ». Il ne s’agit pas seulement de nature vs technique hétéronome, mais bien d’une incapacité à penser les animaux humains en termes de rapports sociaux, avec leur plasticité, leur historicité.
      Sitôt qu’il s’aventure un peu trop sur ce terrain là, comme p 171 de l’édition de l’EdN :

      si le progrès est illimité, la nature humaine, heureusement, reste immuable : on ne nous a pas encore proposé un superman avec un troisième oeil et des pinces greffées

      (j’italise)
      ,
      la rigidité du paradigme chrétien dans lequel il patauge semble le réduire à recourir immédiatement à une caricature grossière - celle que l’on retrouve, intacte, chez PMO, Escudero, etc, et avec laquelle se complaisent leurs soutiens. Il me semble qu’une pensée engluée dans le dualisme nature vs artifice/technique se condamne à tomber dans ce travers - se privant de la capacité à envisager les rapports sociaux, et donc les pratiques, dans toute leur profondeur en termes de production historique, pratiquant parmi elles une coupure... artificielle entre prétendus « naturels » et soi-disant "artificiels" , absolutisant nécessairement une conception particulière de l’"humain". Sur ce sujet, la confrontation avec la pensée d’une #Hannah_Arendt (#Condition_de_l'homme_moderne) me semble assez éclairante quant à l’espèce d’archaïsme dont on peut dire qu’il caractérisait déjà à l’époque la pensée de Charbonneau.
      Comme si le renoncement à un ancrage dogmatique tel que le sien était pour lui voué à menacer la capacité de juger le présent !

      Incidemment, l’évocation de la pêche et de la chasse est pour lui l’occasion de pages consacrées à une impudente apologie de la prédation et de l’appropriation conçues comme le rapport le plus intime possible avec "la nature" , qui après tout passait peut-être inaperçue il y a quelques décennies ? (Mais qui me semble remarquablement consistante avec la critique que fait Colette Guillaumin du concept de nature comme face mentale, idéologique, de pratiques d’appropriation, comme avec la critique qu’esquisse #Florence_Burgat dans #Pourquoi_l'humanité_est_elle_carnivore )

      je cite :

      La relation du chasseur et du pêcheur à la nature est totale , parce qu’elle est une relation active . L’employé parisien qu’hypnotise le jeu de son bouchon le long des quais de la Seine est plus près de la vie primitive que le touriste qui contemple les glaciers du Spitzberg

      .
      (p 179, même édition, et j’italise à nouveau)

      L’a priori complaisant quant à une conception de « la vie primitive » se donne à lire sans fard ni doute...
      La suite qui, au prétexte de condamner « l’errance moderne », méprise grossièrement le nomadisme, n’est pas meilleure.

      Le lyrisme torrentiel et la verve de l’auteur dissimulent donc à mon sens très efficacement la superficialité et les a-priori avec lesquels sa pensée entre, comme pensée (de fait, fort peu) dans la foisonnante description qu’il donne du moment historique qu’il se trouve vivre : si son regard de chrétien contribue assurément à lui conserver une vive sensibilité à la brutalité des changements imposés par l’industrialisation, si sa culture de chrétien lui fournit la palette pour la peindre d’une façon des plus saisissantes (je ne lui conteste évidemment pas cela), se référer à lui en ignorant le lieu tout de même particulier, et lui même problématique et critiqué, depuis lequel son regard se porte , se référer à lui en ignorant ses biais, ses points aveugles pose un problème qu’il me semble nécessaire de souligner , puisqu’il s’avère qu’aujourd’hui encore, beaucoup de celleux qui disent s’en inspirer ne le remarquent pas, puisqu’ellils se satisfont de les reproduire quasiment à l’identique.

      Je ne leur reproche pas de lire ni de s’inspirer d’un auteur chrétien : après tout, je ne me cache pas de m’être abondamment nourri des écrits de Léon Bloy, Georges Bernanos, Simone Weil,... Jacques Ellul et Bernard Charbonneau himself, pour n’en citer que quelques un-e-s.
      Je leur reproche de le faire en perdant de vue que ceux-ci sont critiquables, aussi précieux et féconds soient-ils ; et que pour y nourrir notre pensée, nous ne sommes en rien tenus de l’encager dans ce qui fut leur paradigme.

  • « La technophobie est un leurre » - Comptoir
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/109962790638

    Le comptoir livre une longue interview de l’historien François Jarrige, auteur de Technocritiques, et spécialiste de la contestation du progrès technique. Il revient sur le mythe de la neutralité de la technique démonté par Jacques Ellul, sur l’interdépendance des systèmes techniques…

    “L’enjeu n’est pas de s’opposer radicalement à la technique, ni de choisir entre un futur high tech ou le retour aux cavernes, mais de rester conscient et de garder les yeux ouverts face à l’omniprésence des technoprophéties et des discours sacralisant l’innovation. S’opposer aux techniques comme le nucléaire, les OGM, les grands équipements inutiles – pensons à certains barrages et aéroports – n’implique pas de s’opposer à la technique de façon abstraite mais de privilégier certaines trajectoires plutôt que d’autres, des (...)

    #technologie

  • Demain, des meubles robotiques ? - CNN
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/97047732615

    CNN revient sur les Roombots de l’EPFL, des robots modulaires et adaptatifs qui s’assemblent et s’auto-organisent pour créer des meubles, se transformant ainsi à volonté, de bureau en table, de lit en fauteuil… L’objectif est de créer des meubles qui peuvent être réutilisés de multiples façons explique Auke Ijspeert, le directeur du Laboratoire de biorobotique, nous plongeant dans un environnement qui peut changer de forme et de fonctionnalité à volonté. 

    #robotique #habitat

  • Perpétuer notre chute sous le patronat grâce aux machines

    Laetitia Strauch, (scribouillarde a « Valeurs actuelles » journal très réactionnaire, et propagandiste [et patronne] de « Panaches ») vient de pondre un article en bois, en éloge aux mécanique de métal :
    La France contre les robots ? Faire entrer le pays dans la troisième révolution industrielle
    http://www.slate.fr/story/88397/france-innovation

    Sa promesse d’emploi : on va pourvoir embaucher 10 gars qui grâce aux robots qu’ils fabriquerons a la chaîne en licencierons des centaines d’autres. Elle ne prend même pas la peine de cité une étude chiffré, selon laquelle es robots créerons plus d’emploi qu’ils n’en détruirons.
    Par exemple, les emplois très qualifiés censé apparaître par l’automatisations... ne sont jamais apparu, faut-il le rapeller ? Visiblement oui. Sur ce sujet un livre : Technocritiques, de François Jarrige, fait un panorama assez complet des critiques depuis la naissance de l’industrialisation. (Empruntez-le, lisez le sur place, sinon c’est 28 euros !)

    Chaque fois qu’un robot remplace un humain, c’est la disparition du jugement et de la décision adapté, pour une exécution automatique sans distinction, sans discernement. Il vaux mieux que vous n’ayez jamais de problème face a un robot, car il ne vous aidera pas a le résoudre.

    Les machines et techniques qui remplace les humains sont la décision du patron, qui a des objectifs différents de ceux des travailleuses et travailleurs. Il veut uniquement de la production, la ou la travailleuses ou le travailleurs serait content d’un travail bien accompli, écologique, voire personnalisé pour la personne envers qui il a une demande. Lui fabriquer quelque chose qui dure et qui est robuste, et pas lui refiler un truc qui la conduira a revenir vous voir par la suite pour vous dire que c’était de la camelote. La machine, fruit du projet patronal, exécuté par des ingénieurs, relayera les intentions du patron, tout en faisant passer cette exécution pour l’objectivité de la science... voire un « progrès » !

    L’article se termine tout de même par une blague sur sa répartition des rôles : oui, bon l’entreprise se fera des bénéfices, et puis le contribuable, non seulement devra leur donner de l’argent (pour la monter) mais aussi faire des études pour écarter les effets négatifs. Hein, parce que bon, nous tant qu’on peu faire du pognon.

  • Le futur, c’était pas mieux avant ?
    http://www.rslnmag.fr/post/2013/07/01/le-futur-cetait-pas-mieux-avant.aspx

    Depuis le début de la révolution numérique, jamais nous n’avions inventé autant d’appareils et de dispositifs techniques pour nous faire gagner du temps. Et pourtant, jamais nous n’avons autant eu l’impression d’en manquer ! Un paradoxe ? Pas tant que ça, il s’agirait plutôt d’un classique des réflexions sur l’impact des technologies sur nos modes de vie. La preuve en images et citations de la première Révolution industrielle… qui n…

    #www.rslnmag.fr

    • La morale de tout ceci ? On pourrait la formuler en rappelant, avec Olivier Postel-Vinay, que « le progrès technique, en lui-même, est neutre. Tout dépend de l’usage qui est fait des nouvelles inventions ». S’il y a un véritable enjeu à rester critique vis-à-vis des nouvelles technologies, la technophobie de principe n’apporte rien, ni plus, ni moins d’ailleurs que le cyber-optimisme béat. Plutôt que de faire l’apologie des technos ou de s’en méfier, il vaut bien mieux se concentrer sur ce qu’on veut faire avec elles. Et imaginer ainsi la société que l’on veut préparer.

      #lol-jaune #neutralité-mon-cul #ambivalence #technologie #machinisme #progrès et surtout #lieu-commun...

      Continuer de balancer des inepties de lieux communs pareils après tant d’études sociologiques/philosophiques/anthropologiques/historiques sur les différentes sortes de techniques « inventées » au cours de l’histoire humaine... C’est juste... déprimant.

    • @rastapopoulos : lieu commun je veux bien, mais ineptie je vois pas pourquoi. J’ai pas lu le reste, mais l’extrait que tu remontes ne me semble pas inepte, juste un enfonçage de portes ouvertes, pourtant nécessaire selon moi.
      ça rejoint le désaccord avec @bp314 ici ou là http://seenthis.net/messages/152787#message152981
      http://seenthis.net/messages/152779#message153012
      et je dois dire que oui, c’est un peu triste, mais le débat semble s’échouer sur une opposition lieu commun / posture radicale qui débouche sur pas grand chose...

    • Enfoncer une porte ouverte signifierait que c’est un fait avéré (et ça l’est pour toi apparemment). Ce que je conteste absolument, ça ne correspond à aucune réalité. Toute technique un tant soit peu complexe induit en elle-même un contexte qui permet son utilisation : un urbanisme particulier, un mode de vie particulier, etc. Qu’on soit gentil ou méchant n’y change rien, il y a certains invariants qui suivront toujours cette technique. Et cela vaut d’autant plus pour les techniques nouvelles, industrielles, qui ne sont jamais issues d’inventions à l’intérieur d’un corps de métier, mais qui sont issues des ingénieurs et des scientifiques.

      (Je rappelle que jusqu’à pas si longtemps, la majorité des innovations étaient inventés par les travailleurs eux-mêmes dans leur corps de métier, souvent en plusieurs endroits du monde à la fois, puis se diffusaient lentement dans la société, tandis que de nos jours à peu près tout est inventé par des ingénieurs et scientifiques dédiés à ça, puis breveté ou pas, puis diffusé massivement sur fort peu de temps, entre autre grâce à la publicité. Ces deux modes d’invention n’ont rien à voir, et ne produisent pas les mêmes améliorations pour les gens.)

      Cette posture inutile du ni-ni, ni blanc ni noir, ni technophobe ni cyber-optimiste, sert juste à se parer d’une fausse objectivité comme tout « bon » élève sortant d’école de journalisme.

      Comme si être « contre la technique » voulait dire quelque chose alors que justement le propos est de dire qu’il y a des échelles incomparables et que donc « la technique », ça ne veut rien dire. À cela Jacques Ellul (entre autre) opposait (entre autre) le concept d’ambivalence, qui ne signifie pas du tout que telle technique précise pourrait être utilisée en bien ou en mal, mais que telle technique, une fois mise en place et démocratisée, induit à la fois des conséquences biens, et des conséquences mauvaises, et qu’il est impossible de les séparer. Ce qui, lorsqu’on en tire l’enseignement, oblige alors à devoir faire la balance, et si une technique apporte plus de problèmes que de solutions, il faut décider de tout arrêter et chercher d’autres chemins. Aucun rapport avec revenir en arrière sur l’ensemble, donc.

      Mais évidemment, dans une société de Progrès où l’on nous a éduqué à penser que l’Histoire est linéaire d’un point A à un point B, le concept de tout arrêter volontairement telle innovation est un peu violent (ça l’est pourtant bien moins que la violence subie par la majorité des gens à cause du nucléaire/de l’urbanisme centré sur la voiture/des OGM/de l’informatisation du monde/des périphériques mobiles/etc).

      Mais c’est toujours plus facile d’écouter les sirènes de la science-fiction (demain on va trouver une solution) ou de l’âge d’or (à telle époque tout allait bien)...

    • Votre échange m’amène à indiquer l’ouvrage de David Edgerton, Quoi de neuf ? Du rôle des techniques dans l’histoire globale dont Pour la Science de juillet 2013 fait la revue dans sa rubrique À lire . J’hésitais à le poster ici…

      Le texte de PLS n’est pas en ligne, en revanche, on peut trouver différentes critiques en ligne.

      Dans Le Monde (mars 2013)
      Un regard décalé sur les technologies
      http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/03/07/un-regard-decale-sur-les-technologies_1844500_1650684.html

      Le propos d’Edgerton est, in fine, politique : il n’y a aucune raison d’accepter sans examen toute innovation, bien au contraire : « Vivre à une époque inventive exige de rejeter la majorité de ce qui est proposé », estime-t-il. Dans un texte publié en 2011 dans la revue Nature, à l’occasion du bicentenaire de l’insurrection luddite contre le machinisme dans les filatures anglaises, il célébrait le rôle éminent des scientifiques dans ce tri nécessaire.

      Ou plus argumenté

      David Edgerton, Quoi de neuf ? Du rôle des techniques dans l’histoire globale
      http://lectures.revues.org/11712

      Reste que la thèse de l’auteur, historien des sciences à Imperial College (Londres), relève d’une évidence trompeuse : il s’agit de composer « l’histoire des techniques en usage », afin de montrer que « notre perception de l’importance d’une technique privilégiait jusqu’ici l’innovation et reposait sur des présentations de la modernité attribuant un rôle central à certaines techniques nouvelles » (p. 18). À l’encontre de cette focalisation sur la nouveauté et le futur, la bonne compréhension de la place des techniques passe par une réévaluation décisive : non seulement « la plupart des inventions ne sont jamais utilisées [et] nombre d’innovations échouent » (p. 22), mais il faut prêter attention aux choix technologiques, le plus souvent réalisés parmi des techniques concurrentes, et à la persistance voire la résistance des techniques « anciennes ». Un seul cas, extrait de l’impressionnante accumulation d’exemples, suggère la portée de ce propos en apparence banal : celui des transports, où les « technologies dérivées, adaptées » (p. 83) sont légion.

    • Merci de ces liens. Le journal La Décroissance dans sa recension terminait par :

      Cette idée aboutit à une conclusion radicale et très forte qui offrira des ressources à ceux qui sont en quête de chemins de traverse et de trajectoires alternatives : "Nous n’aurons plus à nous culpabiliser d’être hostiles à l’innovation ou en retard sur notre époque sous prétexte que nous refusons d’adopter une invention. Nous sommes libres de refuser les techniques que nous n’aimons pas, quand bien même des gourous de la consommation et des gouvernements nous affirment de manière intéressée qu’il est primordial d’accepter, par exemple, les cultures génétiquement modifiées. Il existe d’autres techniques, d’autres voies d’invention. L’histoire de l’invention n’est pas l’histoire d’un futur inéluctable auquel nous devons nous adapter sous peine de disparaître, mais plutôt une histoire de futurs avortés, et de futurs fermentent ancrés dans le passé" (page 276). Il ajoute : "Nous devons nous estimer libres de chercher, développer, innover,même dans des domaines jugés obsolètes par ceux qui s’enferment dans un futurisme dépassé". Ce livre lève un verrou essentiel pour penser ce que serait une politique de décroissance, une politique qui serait en réalité plus réaliste que les appels mystiques et idéologiques à s’en remettre aux inventions du futur pour résoudre les problèmes de l’humanité.

    • @rastapopoulos : bon ben ça m’embrouille, je ne vois plus trop bien sur quoi nous serions en désaccord.
      On est à peu prêt d’accord pour dire qu’être pour ou contre la technique, ça ne veut rien dire.

      Ensuite, ce qui m’importe, personnellement, c’est d’avoir une approche responsable de l’usage de nos outils.
      Je crois qu’on a raté le coche lors de l’invention du « principe de précaution ». On aurait dû plutôt inventer le « principe de responsabilité », qui obligerait toute entité qui veut introduire une invention, un concept ou une technique nouvelle à démontrer non seulement que ce n’est pas nocif pour la santé et l’environnement, mais qu’ensuite les conditions seront réunies pour que cet acteur (ou des institutions consentantes) puissent assumer les conséquences de cette innovation sociétale.
      Sachant que cela irait jusqu’au traitement des déchets ou le provisionnement des catastrophes, on verrait que l’innovation technologique futile attirerait soudainement moins les capitalistes...

  • Petite Poucette : la douteuse fable de Michel Serres | Revue Skhole.fr
    http://skhole.fr/petite-poucette-la-douteuse-fable-de-michel-serres

    C’est bien une sorte de conte, une histoire fabuleuse, comme le suggère le titre du livre, que Michel Serres nous propose, et c’est ce qui rend tout d’abord ce petit livre sympathique et enthousiasmant, et explique sans doute son succès : on aimerait y croire, alors que tant d’autres essais et débats ne cessent de nous annoncer au contraire le déclin, la catastrophe, la crise, etc. Mais cet ouvrage relève aussi, nous semble-t-il, d’un dangereux fantasme, dangereux en ce qu’il fait systématiquement l’impasse sur tous les aspects négatifs ou ambivalents des évolutions en question, produisant ainsi une sorte d’illusion idéologique conduisant à justifier l’état des choses en toute bonne conscience.

    Mais d’autre part, les enjeux de l’éducation et de l’apprentissage, en particulier scolaires, ne peuvent être résumés à la seule « transmission du savoir », même bien comprise. « Apprendre », pour un enfant, ce n’est pas seulement acquérir des connaissances - apprendre que – mais aussi, indissociablement et souvent d’abord, développer des capacités et des savoirs-faire déterminés – apprendre à – et même adopter des lignes de conduites, acquérir certaines dispositions générales, intellectuelles et pratiques, changer de perspective, bref grandir en s’éduquant.

    Et c’est pourquoi la perspective « illitchienne » de M. Serres d’une société où règneraient les processus d’« auto-éducation » et d’ « inter-éducation » entre pairs, et où auraient disparu maîtres, disciplines et écoles - voire éducateurs et parents[29] - ne saurait être autre chose qu’une abstraite utopie. Car s’il y a des maîtres - ainsi que des parents - ce n’est pas parce que ceux-ci seraient essentiellement des autorités cherchant à maintenir leur pouvoir sur les jeunes générations, à perpétuer un monde ancien (le leur) en empêchant que la nouveauté advienne[30], et dont on pourrait désormais faire l’économie en s’en libérant enfin : c’est parce que dans toute société humaine, il y a des générations d’âge différents qui cohabitent, entre lesquelles il est nécessaire et utile d’assurer des passages, une continuité dynamique qui n’est pas obstacle mais condition du développement à venir.

    Mais tout occupé à célébrer ainsi l’agonie des sociétés disciplinaires, Serres feint d’ignorer ce qui se dessine pour leur succéder, et que Gilles Deleuze ou Antonio Negri ont pourtant commencé à penser, dès les années 90, sous le nom de « sociétés de contrôle » : un nouveau régime de domination ayant substitué à la logique visible et centralisée de l’enfermement disciplinaire, celle du contrôle instantané et continu, disséminé et réticulaire, d’une multitude d’individus atomisés, tel qu’il est rendu possible et particulièrement efficient par le développement de l’informatique en réseau dans toutes les sphères de l’existence

    • Je vais vous étonner mais je suis assez d’accord avec la critique de Julien Gautier... et avec le bouquin de Serres. Pour moi, Gautier, qui prétend démolir l’opuscule de Serres, le complète utilement. Le livre de Serres est court, très court. On ne peut pas exiger de son auteur qu’il couvre tous les cas et toutes les nuances. Aujourd’hui, dans la sphère médiatique (les autorités, ceux que Serres appelle les semi-conducteurs car leur discours ne va que dans un seul sens, celui du danger de l’Internet, de l’informatique, des nouvelles technologies, qu’il faudrait absolument civiliser). Il est donc tout à fait justifié de frapper fort en sens inverse, comme le fait Serres. Son livre est un manifeste. Reproche t-on à Marx que son Manifeste du Parti Communiste était tellement court et virant souvent au schématique et au caricatural ? Le but d’un manifeste est de réveiller. Serres proclame que les technologies de l’information et de la communication ne sont pas forcément négatives et que les inquiétudes des semi-conducteurs sont avant tout dues à leurs peurs d’être dépossédés de leur pouvoir (un aspect très concret des « conditions concrètes dominantes dans lesquelles se développent aujourd’hui les technologies numériques » dont Gautier oublie complètement de parler).

      Alors, bien sûr, c’est plus compliqué que cela, Serres est trop unilatéral, etc. C’est pour cela que j’apprécie qu’on complète et nuance sa pensée. Mais Serres a raison sur le point principal : les vieilles institutions craquent de partout et nous avons une occasion de les changer.

      Enfin, sur l’éducation, Gautier est aussi caricatural que Serres. Serres laisse en effet entendre que l’éducation peut se faire juste en laissant Petite Poucette et sa tablette devant le Web. Mais Gautier, en critiquant cette vision, défend une vision tout aussi unilatérale (et franchement corporatiste), un monde merveilleux où tous les enseignants seraient parfaits, passionnants et auraient tous à cœur le progrès de leurs élèves, vers l’état de bon citoyen heureux. Que l’école puisse servir à l’endoctrinement, à l’abrutissement, à l’apprentissage de la haine (l’école de Jules Ferry tournée vers la ligne bleue des Vosges) est complètement oublié.

      (J’ajoute que, si l’article de Gautier est bien écrit et argumenté, la grande majorité des commentaires sont ahurissants de nullité, tendance « vieux con », à faire passer Finkielkraut pour un fana d’Internet et Topaze pour un pédagogue. Involontairement, ces commentaires participent bien à la démonstration de Serres comme quoi les semi-conducteurs ont peur de la remise en cause de leur position.)