• Le confinement amplifie la numérisation du monde
    https://reporterre.net/Le-confinement-amplifie-la-numerisation-du-monde

    Le confinement tend à nous priver de monde, au sens qu’Hannah Arendt donne à cette notion, dans La Condition de l’homme moderne (Calmann Levy, 1958). Un sens à la fois culturel et politique. Elle estimait que la civilisation moderne, tournée vers la production et la consommation de masse, faisait globalement rétrécir notre monde commun, qui existe pour elle par l’action et la délibération politiques.

    Avec l’épidémie et le confinement, nous sommes non seulement privés de monde au sens culturel et politique, mais aussi de monde sensible : les rassemblements sont interdits — mêmes les cérémonies funéraires —, de nombreux marchés sont fermés, et les randonnées en forêt ou en montagne peuvent être sanctionnées. La seule chose qu’on nous laisse, notre seul accès au monde, c’est l’écran d’ordinateur. On s’y engouffre d’autant mieux que les outils numériques ont cette capacité de donner l’illusion qu’ils maintiennent ou recréent le monde autour de nous – l’illusion d’être ensemble, alors que nous sommes isolés.

    #Numérisation_du_monde #Confinement #Covid-19 #Amiech

  • A propos du Cauchemar de Don Quichotte, sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui, de Mathieu #Amiech et Julien Mattern, republié sous le titre « Cauchemar de Don Quichotte. Retraites, productivisme et impuissance populaire », vanté ici http://seenthis.net/messages/211776 :

    Prenons l’un des objets d’horrification favori d’Amiech et Mattern  : le téléphone portable. Nous serions tous partie prenante d’une résistance au portable, et encore plus d’une lutte collective contre lui, en tant que dispositif de traçabilité des individus. Pour le reste, chacun a sa sensibilité… Concernant ce gadget en tant que moyen de communication, qui est le seul aspect sous lequel Amiech et Mattern l’exècrent, quelques-uns (minoritaires) parmi nous pourraient reprendre ce propos de Giorgio Agamben  : «  Vivant (…) dans un pays où les gestes et les comportements des individus ont été refaçonnés de fond en comble par les téléphones portables, j’ai fini par nourrir une haine implacable pour ce dispositif qui a rendu les rapports entre les personnes encore plus abstraits.  » (4) Mais, à part l’évident mais dérisoire refus d’en posséder un, que faire  ? Agamben poursuit comme ceci  :  «   Même si je me suis surpris à me demander plusieurs fois comment détruire ou désactiver les téléphones portables, je ne crois pas qu’on puisse trouver là la bonne solution.  » Nous ne le croyons pas non plus, du moins pour l’instant. Compte tenu du fait que le procédé technique qui permet aux portables de communiquer entre eux est aussi celui qui permet de les localiser, nous nous surprenons parfois à nous dire que dans le cadre (qu’on excuse cet horrible mot) d’une guerre révolutionnaire il faudra peut-être se poser la question en ces termes. Mais nous n’en sommes pas là. Si l’on s’effraie de l’abstraction que produit le portable, on ne peut aujourd’hui que s’efforcer d’imaginer quelle véritable résistance pourrait lui être opposée. Le Cauchemar de Don Quichotte n’est d’aucune aide, mais Agamben non plus. Il explique que ce ne pourrait être un usage nouveau du portable, et il cherche lequel ce pourrait être en méditant sur la notion de profanation. C’est très intéressant, mais n’étant pas plus avancés que lui dans l’imagination de ce que serait une profanation du portable, ceux qui parmi nous supportent mal l’abstraction des rapports personnels que selon eux il induit en restent à ne pas l’utiliser, et à tenir autant que possible leur perception éveillée pour repérer d’éventuelles profanations qu’inventeraient des gens plus imaginatifs qu’eux. Voilà  ! Tirez-en s’il vous plaît la conclusion qu’en ce qui concerne au moins le portable nous ne sommes pas tous modernistes. Mais, surtout, comprenez pourquoi nous ne faisons des éventuelles sensibilités antimodernistes des uns ou des autres ni l’occasion d’un jugement moral, ni le principe du choix de nos alliés ou de nos ennemis politiques.
    Libre à vous de penser que nous sommes donc tous en fait d’affreux modernistes, puisque les plus antimodernistes d’entre nous ne le sont, et reconnaissent ne l’être, que par goût. Et alors  ? Que vous importe le degré d’authenticité ou d’intensité de notre antimodernisme pour mener un combat politique avec nous  ? Admettons que celle qui ne mange pas de viandes uniquement parce qu’il se trouve qu’aucune n’est à son goût n’est pas une authentique végétarienne  : est-ce une raison pour ne pas s’asseoir à sa table  ? Le combat, pour revenir à l’exemple des portables, contre le contrôle par traçabilité ne mériterait-il pas quelque compromission avec des modernistes tels que nous  ? Si ce genre de compromission est au-delà de vos forces, dans quelles luttes allez-vous lutter ? Que dites-vous des luttes qui mettent en mouvement des gens qui ont dans leur vie ordinaire de tout autres goûts ou dégoûts que les vôtres  ? Il n’y en a d’ailleurs pas d’autres – à moins de croire qu’on lutte en fréquentant les bars alternatifs et les épiceries bio.

    http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/12/les-mauvais-reves-des-antitech

    #moralistes #technocentrisme #dépolitisation

    • Le Cauchemar de Don Quichotte est très parcimonieux en faits précis concernant des problèmes particuliers, et singulièrement en faits précis se rapportant aux problèmes particuliers posés par la #lutte qui lui donna son impulsion  : la lutte de 2003 contre la loi Fillon. Il est vrai qu’Amiech et Mattern n’ont aucune raison d’utiliser l’#arme que Roy tient pour la plus efficace dans la lutte, puisqu’ils ne s’inscrivent plus dans cette lutte  : ils adoptent au contraire une posture de juges, extérieurs et supérieurs à elle et à ses acteurs et actrices, en posant non pas la question de comment la poursuivre minoritairement alors qu’elle est en reflux, mais celle des raisons de son échec présumé définitif. Pour eux, d’ailleurs, les problèmes ne sont pas posés par la lutte, mais à l’occasion de la lutte   ; on ne saurait s’étonner alors que celle-ci soit présentée comme la rencontre par une subjectivité encline aux vastes questions existentielles d’un événement qui la porte à réactiver l’interrogation socratique sur la valeur des différents genres de vie  : « Pour tous ceux qui (…) n’entendent pas se résoudre à une soumission complète, ce conflit était à nouveau l’occasion de poser un certain nombre de problèmes fondamentaux, au premier rang desquels celui de savoir quelle sorte de vie nous voulons mener  » (p.14).

      Mais ce qui m’intéresse, c’est, je dirais, l’esprit dans lequel cette démonstration est faite. Kropotkine défend fermement la thèse de son «  école  », l’une de ces «  vingt écoles différentes (…) qui répondent à des manières particulières de concevoir l’étendue, la portée, le devoir de la révolution  ». C’est donc, si vous voulez, l’exposition d’un programme, en ce sens que c’est ce que cette école conçoit quant à ce que la #révolution devra faire. Dans le cas de l’école anarchiste, sa manière particulière de concevoir est que nul n’est mieux en situation de définir ses «  devoirs  » que le peuple insurgé lui-même. Ce n’est donc un programme qu’au sens où c’est ce pour quoi les anarchistes agiront, ce qu’ils soutiendront dans les «  clubs  improvisés discutant des affaires publiques ». Ce ne l’est pas au sens où ce serait ce pour quoi ils intrigueraient dans les instances substitutives du pouvoir déchu. Mais d’autres écoles pourraient écrire d’autres livres dans le même esprit  : je n’ai pris qu’un exemple. Roy est d’une autre école, elle écrit cependant dans un esprit semblable  : poser des questions et diffuser un savoir qui ont été produits par un mouvement. La Conquête du pain est bien autre chose que le programme d’action qu’une élite éclairée définit selon sa philosophie du «  devoir de la révolution  ». Elle est l’un des produits actuels d’un mouvement – en l’occurrence  : le mouvement ouvrier – au sein d’une certaine école qui en fait partie. Elle est avant tout l’un des moyens par lesquels cette école met en circulation le savoir et l’intelligence du mouvement qui sont les siens. Savoir et intelligence du mouvement : au sens où ce sont une intelligence et un savoir que le mouvement produit, chez Roy comme chez Kropotkine, mais aussi, chez ce dernier, au sens où ils ont ce même mouvement comme objet. Cela en prévision des questions qu’il se posera. Ces questions, l’école anarchiste suppose qu’elles seront – dans une certaine conjoncture prévisible justement grâce à l’expérience et à l’intelligence des luttes antérieures – des questions relatives à la conquête du pain  : d’où la nécessité pour elle d’écrire La Conquête du pain .

      http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/11/a-quoi-ce-cauchemar-pourrait-il-bien-servir

    • Des humains nous parlent, et nous disent qu’ils veulent se libérer de l’emprise technologique, des techniques, pour être libres. Comme ça, abstraitement, idéalement. Libres. Pour que le Contrôle sur les humains, en tout cas sur certains, n’agisse plus. Comme s’il était extérieur à nous, comme si le seul outil de liaison entre le contrôle et nous était l’action de vouloir ou non s’y soustraire.

      Mais les caméras, par exemple, ne sont pas un diable mécanique auquel on pourrait être libre de croire ou pas, que l’on choisi de vénérer ou de craindre. Les caméras sont des yeux en plus sur la planète ; elles sont les outils de vision potentiels d’autres humains avides de micros-panoramas, soucieux de remplir la tâche qu’on leur alloue avec toujours plus d’efficacité. Elles sont en quelques sorte des morceaux d’humains, qui souhaitent exploiter d’autres humains. Elles ne sont pas des organes extérieurs à nous, elles sont des orbites oculaires aveugles tant qu’un corps n’est pas posté derrière, systématiquement braquées sur nous, pour voir et être vu. Oui, comme les yeux animaux, leur rôle dans le corps de la société est bien de voir autant que de signifier qu’elles possèdent ce don naturel, la vue, pour rassurer ou intimider, en pure interaction.
      La force de ce monde est de nous retenir prisonnier, quoi qu’il arrive. Sans espoir d’évasion, sans remise de peine possible.

      http://nonsstops.noblogs.org/?p=25

  • Le revenu minimum d’existence | Charlie Hebdo

    http://www.charliehebdo.fr/news/revenu-minimum-d-existence-1073.html

    Le revenu minimum d’existence 27 Dec 2013

    Pourquoi le RME est-il une nécessité de la société postcapitaliste ?

    Encore faut-il qu’on croie à une société au-delà du capitalisme… Une société non violente, altruiste, respectueuse de l’environnement, bref, une société anti-humaine sachant que l’homme isolé ou en groupe est violent, égoïste et destructeur de l’environnement. (La Commission européenne vient d’autoriser la pêche en eaux profondes, histoire de détruire plus vite ce qui est en voie de disparition…)

    #rme

    • https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article431

      1 – Exposé sur le principe de « l’égalité des revenus »

      La problématique présentée par Castoriadis dans Autogestion et hiérarchie des salaires et des revenus (voir en ligne : http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article404) a été reprise : il n’y a aucun critère objectif pour définir une échelle des revenus : A l’époque, Castoriadis passait en revue tous les critères qui semblaient « évidents » à la plupart des gens : la compétence, le talent, la difficulté de la tâche, la responsabilité. Depuis, un grand pas a été franchi : vers la fin des années1980, les hauts salaires ont explosé, et aujourd’hui, il est évident que ce qui les justifie réellement, c’est la reconnaissance par l’oligarchie, la capacité à surnager et à évincer ses concurrents dans les luttes de clans et de pouvoir. Les justifications de pure forme elles aussi ont sauté : un dirigeant d’entreprise n’a même plus besoin de faire valoir un bon bilan pour justifier d’un pa­rachute doré. La disparité grandissante des salaires a donc eu un double effet : d’un côté, l’appartenance à l’oligarchie apparaît pour ce qu’elle est : le seul critère véritable. De l’autre, cet étalement de cynisme fait presque regretter les autres critères, qui pourtant ne sont pas plus recevables

      2 – Exposé pour introduire à une discussion autour du « Revenu d’existence »

      Lors des distributions de tracts en manifestations, parmi les gens intéressés par notre mot d’ordre (et notamment des « objecteurs de croissance » - dont un(e) est parmi nous ce soir) beaucoup le rapprochaient du prin­cipe du revenu garanti : il nous a sem­blé pertinent d’engager une discussion autour de cette apparente conver­gence.

      Les deux revendications reposent sur un même constat : l’interpénétration des activités humaines (a fortiori dans nos sociétés hyper-complexes) fait que la richesse produite ne peut être objectivement attribuée à tel ou tel secteur particulier. C. Castoriadis, au hasard, le formule très clairement dans « La ‘rationalité’ du capita­lisme » (Figures du pensable, p. 76-77) : « L’imputation d’un résultat économique à une firme est purement conventionnelle et arbitraire, elle suit des frontières tracées par la loi (propriété privée), la convention ou l’habi­tude. Tout aussi arbitraire est l’imputation du résultat productif à tel ou tel facteur de production, le ‘capital’ ou le ‘travail’. Capital (au sens des moyens de production produits) et travail contribuent au résultat productif sans que l’on puisse, sauf dans les cas les plus triviaux, et encore, séparer la contribution de chacun. La même chose vaut à l’intérieur d’une usine entre les différents départements et ateliers. Et la même chose vaut pour le ‘résul­tat du travail’ de chaque individu. Personne ne pourrait faire ce qu’il fait sans la synergie de la société où il est plongé et sans l’accumulation dans ses gestes et son esprit des effets de l’histoire précédente… ».C’est sur cette évidence que reposent aussi bien le principe d’un minimum garanti tout au long de la vie indépendam­ment de toute activité, que celui d’une rétribution égale pour tous quelle que soit le travail effectué. Mais le pa­rallèle s’arrête là.

      Un coup d’oeil rapide et certainement un peu trop partial pousse à ranger le principe du revenu d’existence (ou garanti, ou citoyen, ou inconditionnel…) dans la catégorie des revendications enfermée dans l’univers men­tal de la société contemporaine et, par là, qui empêche sa transformation radicale. Son originalité est de dé­coupler le revenu d’avec le travail institué, le salariat. Mais celui-ci n’est nullement interrogé : il est dévalorisé au profit de ce qui serait son exact contraire, l’activité aujourd’hui non rémunérée. On voit qu’ici sont totale­ment confondus le travail tel qu’il existe actuellement, avec son lot de dépossession, d’aliénation, d’absurdité, avec ce qu’il pourrait être : c’est la conception chrétienne, capitaliste et marxiste du travail comme inévitable torture (tripalium) et malédiction na­turelle qui est effectivement reconduite. L’objectif n’est pas alors de révolutionner le salariat en son principe, son orga­nisation et ses finalités, mais de le fuir, ou du moins de le condenser au maximum : on retrouve là encore l’ob­session de la productivité, censée libérer l’homme du labeur harassant. Il est donc curieux que des écologistes s’en saisissent : difficile de voir, avec une telle image du tra­vail, comment lutter contre l’industrialisation de l’agriculture, par exemple, et son corollaire de machinisme, d’augmentation d’intrants, de traitements chimiques, etc. De ce point de vue-là, le revenu garanti, en occultant l’origine de l’augmentation de la productivité, qui lui est logiquement indispensable, dénote un imaginaire directement issu des trente glorieuses et aussi peu armé pour participer à l’organisation d’une société aux besoins limités que pour affronter la raréfaction en cours des ressources énergétiques non-renouvelables de la planète. Le revenu garanti semble formuler la question « écolo­gique » en des termes « individuels » : il pose la question de la production au niveau de l’individu, pas à celui de la société, et paraît entériner les mécanismes massifs de privatisation à l’oeuvre depuis au moins un demi-siècle. Est-ce si étonnant qu’avec de tels présuppo­sés, il rencontre un tel succès dans des milieux politiques que tout semble opposer ?

  • Homo Numericus
    http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=2297

    L’un des thèmes les plus à la mode de la vulgate idéologique actuelle, c’est celui de la mutation psychique que l’irruption massive des techniques informatiques et numériques dans la vie quotidienne aurait d’ores et déjà entraînée sur le plan des structures de l’entendement et de la sensibilité. La « culture de …

    #Blogs #La_chronique_d'Alain_Accardo #internet #numérique #technologie

    • J’avoue ne pas trop voir la raison de traiter tout rétif à Internet du nom de cet infâme personnage qu’est « Finkielkraut », ou de réactionnaire. C’est un nouveau point Godwin ?

      En l’occurrence, la critique d’Accardo (un coup de gueule, effectivement) fait toujours du bien dans le ron-ron que les thuriféraires de la technique se confectionnent sur le net en claironnant que c’est l’espace de discussion le plus ouvert qu’il ait jamais existé.

      Cette question sur le sujet est tout à fait entendable d’un point de vue émancipateur (je suis pas d’accord d’ailleurs), et même centrale pour celles et ceux dont l’horizon révolutionnaire – qui rêvent d’un monde un peu meilleur – ne s’arrête pas à leur(s) écran(s), au dernier gadget numérique ou robotique.

      Pourquoi serais-je un, quand je peux être innombrable, pourquoi resterais-je coincé en un lieu, en une classe, en un camp, en un serment, puisque grâce au virtuel je peux être partout, vivre et penser une chose et puis son contraire, ici et ailleurs, sans me soucier de logique, sans me préoccuper de synthèse, de constance ni de fidélité ?

      Questions qui recoupent par exemple celles publiées, il y a quelques années, dans un excellent journal (papier) autonome lyonnais, reproduites ici :
      http://rebellyon.info/Le-web-2-0-ou-l-ere-du-vide.html

      Une ques­tion plane au dessus de n’importe quel post sur twit­ter : « what are you doing now ? », « mais putain, qu’est ce que je suis en train de faire là ? ». C’est quoi JE, quelle FACE à JE, ça serait quoi MON ESPACE. On sent monter une pointe d’angoisse. Ce que racontent bien les faux débats où on peut à peu près tout raconter, les embrouilles bizar­res sur les forums, les ren­contres ambi­guës depuis Meetic, c’est qu’Internet a pro­duit cette curieuse pos­si­bi­lité d’une com­mu­ni­ca­tion sans la pré­sence. Le web : Utopie démo­cra­ti­que, mais également Utopie du Capital. Comme si cette grosse machine à briser les liens (…) avait finit par secré­ter un monde à son tour, mais un monde vir­tuel : où les liens n’enga­gent pas vrai­ment, où les corps sont absents, où les désirs tour­nent tris­te­ment à vide sur l’écran.

      Peut-il y avoir une critique du net sur le net ? Peut-être que non, de la même manière qu’il n’y a jamais pu y avoir de critique de la télévision à la télévision.

    • @Ari Sur la référence à Finkielkraut. Il y a pourtant bien des points communs. Pas uniquement le fait de critiquer l’Internet. La frime, tout d’abord, avec les citations répétées de vieux mâles blancs européens. Le refus du pluralisme (non, dit l’auteur, il n’y a pas plusieurs points de vue valables, juste le Vrai). La référence au monde occidental comme seul capable de pensée rationnelle. L’absence de perspective, enfin. Il y a des différences avec Finkielkraut ? Oui, la mention du capitalisme comme étant méchant. C’est mince.

      Sur le « Peut-on critiquer l’Internet sur l’Internet ? » Je pense qu’on peut puisque c’est souvent fait. Mais je différencie la critique, qui essaie d’analyser, de comprendre et, éventuellement, de réformer, voire de combattre, de la récrimination qui confond tout (l’Internet avec le Web, le Web avec Facebook, les GAFA avec Wikipédia et SeenThis), et ne se soucie pas d’analyser et encore moins de convaincre, juste d’aligner des grands mots prétentieux. On voit bien ce que l’auteur attaque, pas ce qu’il défend. Comparons avec l’agriculture : il est évidemment souhaitable de critiquer la façon dont elle se fait, productionniste et dangereuse pour la planète. Des tas de gens font ça. Mais ils proposent tous quelque chose (typiquement, une agriculture bio, plus respectueuse de la nature). Si quelqu’un partait des défauts (bien réels) de l’agriculture pour prôner le retour à la chasse et à la cueillette, je crois que cela ne serait pas exagéré de le qualifier de réactionnaire !

    • @bortzmeyer : mince les discussions se croisent. cf. http://seenthis.net/messages/211209 En ce qui concerne les camarades qui critiquent le net comme outil d’émancipation, ils proposent réellement d’autres modes de relation, d’expression et d’organisation. Je ne crois pas qu’on puisse reprocher à ces personnes de faire une critique généralisante, c’est plus à celles et ceux qu’Internet intéresse de produire une pensée plus précise et mesurée qui prenne en compte ces critiques. Merci de l’échange en tout cas.

    • A propos de l’idéologie #anti-tech et de son voisinage avec le #moralisme de Finkelkraut, on pourra lire :
      Les mauvais rêves des antitech. Lecture critique du livre Le Cauchemar de Don Quichotte, sur l’impuissance de la jeunesse d’aujourd’hui de Matthieu #Amiech et Julien Mattern, Editions Climats.
      http://rougemecanique.noblogs.org/post/2013/01/12/les-mauvais-reves-des-antitech

      C’est leur appartenance sociale à la classe des travailleurs pauvres qui leur interdit quelque chose – ou du moins, mais c’est manifestement une litote, elle ne les aide pas  : elle les empêche de sortir d’un rapport de dominés avec leurs professeurs et avec le savoir. Leur apathie s’explique par cette domination. Pourquoi être contraint au travail salarié fait-il de son rapport avec le savoir un «  rapport de dominé à dominant  »  ? Pourquoi être dans un rapport de dominé avec le savoir entraîne-t-il l’apathie  ? Est-ce parce que tout rapport de dominé à dominant entraîne nécessairement l’apathie  ? Amiech et Mattern s’attendent curieusement à ce que nous comprenions sans avoir besoin d’explications supplémentaires, puisqu’ils n’en donnent pas. L’explication s’arrête là. Nous sommes censés admettre comme allant de soi que si nous maîtrisons le savoir universitaire, nous avons de trop bonnes raisons de nous complaire dans l’#apathie pour, sauf héroïsme moral rare, ne pas y céder  ; et que si nous ne le maîtrisons pas, nous sommes ipso facto plongés dans une apathie dont, encore une fois, seule une grâce exceptionnelle pourrait nous faire sortir. Il faut remarquer que les deux branches de la tenaille dans laquelle nous coince ce raisonnement n’exercent pas une contrainte de même nature  : pour s’en dégager, dans le premier cas il suffirait de décider de ne pas céder à des raison s  ; mais dans le second nous n’avons aucune raison d’être apathiques  : nous le sommes au moins autant, mais nous le sommes pour des causes . Bref  : aux bourgeois le libre arbitre, aux prolétaires le déterminisme social. Amiech et Mattern se proclament dans leur avant-propos «  plus ‘‘sociologues’’  » que le «  sociologue [sans guillemets, cette fois] bourdieusien engagé  » Alain Accardo (pp. 9 et 8), mais ils ne nous offrent qu’un superbe exemple de ce que Bourdieu – excusez la référence – appelait une sociologie qui néglige la sociologie de sa sociologie. Ils s’annoncent aussi (dans la même phrase) «  plus ‘‘matérialistes’’  »  ; on aimerait leur demander dans quel passage. Ils affirment que « pour ceux-là [les étudiants travailleurs précaires] – et plus généralement pour la majorité des étudiants, préoccupés avant tout par les échéances scolaires et l’obtention des diplômes –, la focalisation sur les considérations matérielles rejette [NB  : ce ne sont pas les étudiants, c’est la focalisation qui rejette] le plus souvent les questions politiques du côté des préoccupations ‘‘intellectuelles’’ et du ‘‘militantisme’’, qui sont dénigrés  » (p. 78 toujours  : cette phrase suit immédiatement celle sur les étudiants travailleurs dominés par les profs et le savoir). Leur matérialisme consiste-t-il à poser en axiome qu’un sujet qui a de préoccupantes «  considérations matérielles  » va nécessairement «  dénigrer  » tout ce qui est intellectuel  ? Et que s’il dénigre l’intellectuel il est nécessairement soumis  ? Aux bourgeois l’idéalisme tempéré par la carrière, aux prolos le matérialisme vulgaire intempérant  : est-ce là le slogan de leur matérialisme subtil  ? On les asticotait gentiment sur leur mépris d’une classe d’âge, dont nous nous contrefoutons  ; mais sur le mépris de classe social, nous sommes tentés de passer à l’insulte. La suite (p.79) ne pouvant nous apaiser – «  On atteint sans doute le comble de l’absurdité avec ces individus si désireux de paraître ‘‘dans le coup’’ qu’ils en viennent à se restreindre considérablement dans certains domaines vitaux (nourriture, logement, santé) pour pouvoir suivre le rythme insensé de la surenchère consommatrice, et que l’on retrouve régulièrement habillés à la dernière mode, équipés des toutes dernières trouvailles technologiques  » –, donnons la parole à quelqu’un qui sait garder son calme, Jacques Rancière : «  Il n’y a pas à s’étonner que les représentants de la passion consommatrice qui excitent la plus grande fureur de nos #idéologues soient en général ceux dont la capacité de consommer est la plus limitée  » (8) : il n’y a pas à s’en étonner, car les idéologues dont il parle (Finkielkraut et autres) sont des conservateurs de droite. Mais on peut s’étonner que des conservateurs révolutionnaires de gauche ne s’en distinguent pas sur ce point.

    • Huhu @aude_v, je pense que je dois beaucoup à Amiech en références à lire, aussi bien par sa lecture, que par sa rencontre à Bayonne il y a quelques années, invité par #Txetx (ouais, j’ai inauguré ce lien l’autre jour, pour les locaux :D). Il m’avait gentillement envoyé un numéro traduit de Los amigos de Ludd.

      Je pense que j’aurais du mal à le critiquer (enfin en tout cas à le critiquer méchamment, comme le fond les méchants rouge mécanique — qui question jargonneux font largement mieux qu’Accardo !). :)

  • Mes derniers commentaires me font immédiatement penser à cet excellent livre, à la fois clair et truffé de références pointues qui permettent d’approfondir chaque sujet : « Le cauchemar de Don Quichotte », de Matthieu #Amiech et Julien #Mattern, http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=22195&levelCode=home

    Ouverture par l’immense #Chesterton :

    Vous avez justifié le cauchemar de Don Quichotte. Les moulins sont effectivement devenus des géants.

    Extraits de la quatrième :

    Comment s’opposer au #capitalisme, lorsqu’on s’accommode, jusqu’à la fascination, du genre d’existence qu’il procure et de ce qu’il a fait accomplir aux hommes ? La disparition, sous les coups de boutoir de l’#industrie, des formes autonomes de #production et d’#échange ne semble poser aucun problème aux intellectuels « critiques » et aux jeunes qui les écoutent. Ils se féliciteraient presque de la dépendance quasi-totale de chacun vis-à-vis de l’appareil de production moderne.

    La #gauche persiste encore à promouvoir l’extension des « bienfaits de notre mode de vie » à l’ensemble de la planète.

    Mais il est crucial de souligner qu’il n’y a pas grand sens à plaquer une idéologie de fraternité universelle sur ce que nous sommes en train de faire du monde. La société non capitaliste, que tant de militants appellent de leurs vœux, pourrait bien ne pas être une société de confort et d’irresponsabilité généralisée

    #anti-industriel #anti-progressisme #liberté #autonomie