#anne_cordier

  • Smashphone !
    https://lundi.am/Smashphone

    Les experts de la question (ici la chercheuse Anne Cordier) disqualifient ainsi toute tentative d’intrusion dans leur pré-carré (c’est nous qui soulignons) : « Les détracteurs des réseaux sociaux sont en réalité des détracteurs des ados, de l’éducation, de la recherche, celle qui se construit patiemment, rigoureusement, avec des protocoles répliqués. Ils jouent de cet amalgame et nourrissent une panique morale qui leur est profitable. »

    En renvoyant toute critique non scientifique au domaine de l’irrationnel, au mieux celle de parents trop paniqués qui n’ont rien compris, au pire celles de journalistes du Figaro prêts à faire feu de tout bois pour que progresse la réaction, ces scientifiques suppriment le débat (ou se le gardent pour eux) : il faudrait leur laisser le temps de terminer leurs études, puis de rejoindre d’obscurs conseils convoqués par le(ur)s dirigeants afin qu’ils puissent, à l’aune de leur compréhension incomparable du phénomène, éclairer la société en préconisant des mesures que ces mêmes dirigeants reprendront, ou non, à leur compte. La même Anne Cordier préconise ainsi d’attendre qu’elle et ses collègues aient statué avant de prendre des mesures conséquentes : « Si demain le consensus scientifique considère que les réseaux sociaux sont addictifs, alors effectivement, on basculera dans une tout autre discussion. Mais il faut dans un premier temps que les experts statuent sur cette question. »

    Ce prétexte du manque d’études scientifiques (sans parler de la production d’études bidons) pour délayer le passage à l’action est maintenant bien connu : il a servi à retarder l’interdiction du plomb et de l’amiante, la prise en compte du changement climatique dans l’agenda politique, à fabriquer du doute quand à la nocivité de la clope, et sert encore aujourd’hui de prétexte contre le bannissement du glyphosate.

    Cet article s’emploie donc à une critique du smartphone selon d’autres procédés que ceux de l’exercice pur de la rationalité scientifique : outre l’existence de preuves scientifiques (car il y en a quand même quelques unes), des enquêtes journalistiques, des sondages, notre propre expérience, le principe de précaution, l’intuition, la détestation de la situation actuelle, l’amour de la critique critique ou l’empathie pour ses concitoyens ont été des carburants très efficaces pour l’écriture de ce texte.

    Au risque de décevoir les personnes en recherche de cohérence d’impartialité, les processus décrits ne sont pas tous cohérents, ni observables en même temps chez un même usager de smartphone, et n’opèrent pas tous dans la même direction ou selon une même logique. Et puisqu’on ne manque pas de discours, d’articles, d’œuvres, de penseurs, de dirigeants politiques et économiques (sans parler du fonctionnement matériel même de la société) qui légitiment l’usage du smartphone, cet article est uniquement à charge.

    #smartphone #critique_techno #recherche #journalisme et #Anne_Cordier #acceptabilité

  • Les clubs de lecture, des salons littéraires remis à la mode par les réseaux sociaux - Reportage culture - RFI
    https://www.rfi.fr/fr/podcasts/reportage-culture/20260403-les-clubs-de-lecture-des-salons-litt%C3%A9raires-remis-%C3%A0-la-mode-p

    Alexandre, le fondateur de ce club de lecture, abonde : « La lecture, c’est quelque chose qu’on fait seul. Pourtant, on adore en parler. Les gens adorent parler de ce qu’ils ont lu, donc le fait de savoir qu’on va pouvoir se retrouver dans un mois pour parler d’un même bouquin, se recommander des livres. Cela fait du bien. » Pour ce jeune homme, tout a commencé sur les réseaux sociaux il y a quelques mois : pour son trentième anniversaire, ses proches lui offrent une trentaine de livres, qu’il décide de faire découvrir à d’autres internautes sur les réseaux sociaux. En quelques semaines, plus de 7 000 personnes se sont mises à le suivre. « Dès que j’ai commencé à créer du contenu sur les réseaux, reprend-il, j’ai constaté qu’il y avait une vraie demande de rencontre dans mes commentaires. »

    Ce phénomène, assez récent, a tout à voir avec les plateformes sociales et l’omniprésence des nouvelles technologies. Anne Cordier est sociologue, spécialiste des usages numériques de la jeunesse. Selon elle, cette tendance « est liée à l’hyperconnexion, rendue nécessaire notamment dans les cadres professionnels. Il y a besoin de s’en libérer. Cela passe par des moyens d’évasion, en l’occurrence ces clubs de lecture in situ, entre individus. »
    Sortir de la polarisation

    Les clubs de lecture sont aussi une manière, pour ces jeunes adultes, de « reprendre le pouvoir, estime encore Anne Cordier. Il y a une question de pouvoir d’agir ici. Réorganiser ensemble, mais tel qu’on le souhaite, des échanges, dans un cadre à la fois incarnant et incarné. »

    Il s’agit aussi de faire renaître la flamme du débat, mais loin de la polarisation qui règne sur les réseaux sociaux. « Le principe de base, c’est de se disputer dans le bon sens du terme : confronter des avis, des opinions et trouver – ou pas – un terrain d’entente, mais toujours dans des espaces d’échange qui reposent sur l’écoute et le respect. »

    Clémence, venue pour la deuxième fois au bookclub d’Alexandre, ne l’aurait pas dit autrement : « C’est vrai que c’est sympa, de confronter nos points de vue, de se dire qu’on n’est pas d’accord. » Mais l’écoute demeure le maître mot, et là-dessus, le fondateur du bookclub est implacable : « Dans le cadre du club, on a le droit d’avoir des avis tranchés, mais on a surtout le droit de le dire à d’autres gens dans le respect et le calme. L’esprit, ce n’est pas de s’écharper, chacun doit avoir la place d’exposer ses arguments. » En bref : les polars, c’est oui. La polarisation, c’est non.

    #Lecture #Anne_Cordier

  • Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? | France Inter
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat-de-la-grande-matinale/le-debat-du-7-10-du-mardi-25-novembre-2025-4515351

    Publié le mardi 25 novembre 2025 à 09:07
    Provenant du podcast
    Le débat de la Grande Matinale

    Avec : Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication, spécialiste des usages numériques des jeunes. Co-auteure de « Faut-interdire les réseaux sociaux aux jeunes » (Robert Laffont) Laure Miller, députée Ensemble pour la République (EPR) de la Marne

    On peut dire que le débat a été chaud...

    #Anne_Cordier #Laure_Miller #Jeunes #Médias_sociaux

  • Interdire les réseaux sociaux et le portable : « Un renoncement politique et une démission éducative » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160126/interdire-les-reseaux-sociaux-et-le-portable-un-renoncement-politique-et-u

    nnoncéAnnoncé à l’occasion de ses vœux aux Français·es le 31 décembre par le président de la République, un projet de loi portant sur l’interdiction du téléphone portable au lycée et l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans doit être présenté avant la fin du mois en conseil des ministres. Une proposition de loi sur le sujet, portée par la députée Renaissance de la Marne Laure Miller, doit être examinée en séance publique à l’Assemblée nationale le 26 janvier.

    Mardi 13 janvier, un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) consacré aux usages des réseaux sociaux numériques et à la santé des adolescent·es a relancé le débat sur la meilleure méthode pour protéger les adolescent·es, et les filles en particulier, des aspects néfastes de plusieurs réseaux sociaux.
    Illustration 1
    Des adolescentes australiennes regardent une vidéo TikTok, à Melbourne, le 13 novembre 2025. © Photo Matthew Abbott / The New York Times-Redux-Rea

    Parmi les membres du groupe de travail constitué par l’Anses pour la réalisation de ce rapport, Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine, et Séverine Erhel, professeure des universités en psychologie du numérique à l’université de Rennes 2. Autrices de l’ouvrage Les Enfants et les écrans (éditions Retz), elles décryptent pour Mediapart cette volonté coercitive de l’exécutif et des parlementaires.

    Mediapart : Comment analysez-vous les résultats de l’Anses et la traduction politique qui en est faite ?

    Séverine Erhel : L’Anses, par nature, se focalise essentiellement sur les risques et pas sur les usages : c’est sa mission, et c’est ainsi que la problématique a été posé et coconstruite. Oui, il y a effectivement un problème sur l’usage des réseaux sociaux, avec des conséquences sur le sommeil, sur la manière – et ce n’est pas assez dit – dont ces réseaux peuvent prolonger ou amplifier des phénomènes de harcèlement, sur toutes les difficultés qu’ils posent en termes de santé mentale.

    De même, les réseaux sociaux peuvent exposer à des pratiques à risque. Les filles sont plus touchées, clairement. Cela dit quelque chose de notre société, où la pression sociale mise sur les femmes est bien plus élevée que sur les hommes, les réseaux sociaux étant une caisse de résonance de nos problèmes sociétaux.

    Anne Cordier : En effet, il n’y a aucune raison d’être en désaccord avec les résultats, obtenus sur la base de plus d’un millier d’études scientifiques. C’est très robuste, international et pluridisciplinaire. Le problème, désormais, est la traduction médiatique de ce rapport. Depuis mardi, j’ai les cheveux qui se dressent sur la tête… Est-ce que ce rapport va dans le sens d’une interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans ? Absolument pas. L’Anses se prononce fermement pour une application stricte du cadre légal actuel en vigueur, donc du DSA [Digital Service Act, le règlement européen sur les services numériques, qui encadre la régulation des plateformes – ndlr].

    Par ailleurs, le rapport demande des politiques publiques qui valorisent les réseaux sociaux qui ne soient pas délétères, et ils existent. Il y a tout un ensemble de propositions sur le Web qui sont respectueuses des données comme de la santé mentale des individus, parce qu’elles ne reposent pas sur des designs prédateurs ou sur la captation de l’attention. C’est aux politiques publiques de faire des choix : soit de dire « Ah, on renonce, c’est trop dur de dire non à Mark Zuckerberg ou à Elon Musk », soit de lutter, de soutenir et de financer le déploiement de ces réseaux libres.

    L’interdiction, pour vous, c’est le petit bout de la lorgnette ou c’est à éviter absolument ?

    A. C. : Pour moi, c’est un renoncement politique, philosophique, et une démission éducative.

    S. E. : Cela revient à dire : « Nous ne pouvons pas réguler les réseaux sociaux, donc régulons les jeunes. »

    A. C. : Nous n’entendons pas le personnel politique parler d’éducation au numérique, d’éducation à l’information. Est-ce que vous imaginez empêcher votre enfant de sortir dans l’espace public jusqu’à l’âge de 15 ans, avant de lui dire « Vas-y, lance-toi » ? Il ne tient pas trois minutes avant de se faire écraser ! Le Web est un espace public, avec des luttes, des actions de résistance, des rapports de pouvoir, des sociabilités, des risques de tous ordres. Y évoluer, cela s’apprend.

    S. E. : Le drame me semble être l’absence d’exemplarité de la classe politique, des institutions, et malheureusement aussi – désolée pour votre communauté – des journalistes. Un exemple très concret : aujourd’hui, sur la plateforme X détenue par Elon Musk, on retrouve des communications gouvernementales, des journalistes qui disent « On va rester là parce qu’on veut combattre la désinformation », dans un système qui est notoirement biaisé en termes d’algorithmes.

    Si on veut le bien de la jeunesse, il va falloir aussi que nous, les adultes, prenions nos propres responsabilités et qu’on quitte volontairement certaines plateformes. Comment pouvons-nous être crédibles sur le sujet des réseaux sociaux quand le président de la République lui-même communique sur X ?

    #Médias_sociaux #Adolescents #Anne_Cordier #Séverine_Erhel

  • Entre dépendance et soif de régulation, 29% des Français estiment passer trop de temps sur les réseaux sociaux, dont ils se lassent
    https://www.bfmtv.com/tech/actualites/reseaux-sociaux/entre-dependance-et-soif-de-regulation-29-des-francais-estiment-passer-trop-d

    Si les réseaux sociaux restent centraux dans le quotidien des Français, notamment chez les jeunes, une lassitude croissante s’installe. Selon un sondage Ipsos-BVA, 58% des Français considèrent que les réseaux sociaux occupent une place importante dans leur vie. Résultat, ils sont nombreux à vouloir réduire leur temps d’écran et à appeler à une meilleure régulation.

    Un sentiment de saturation commence à se faire sentir chez les Français, et plus encore chez les jeunes. Selon un sondage Ipsos-BVA « Les Français et les plateformes digitales » pour le festival Médias en Seine (Le Parisien et Radio France), près d’un tiers des Français (29%) estiment passer trop de temps sur les réseaux sociaux. Un chiffre qui atteint 57% chez les 18-24 ans.

    L’étude, publiée le jeudi 15 janvier, a été réalisée en ligne sur un échantillon représentatif de 1.000 personnes. Elle confirme que l’omniprésence des plateformes ne se fait pas sans effet sur le quotidien et le bien-être des internautes.
    Un paradoxe

    Pour la chercheuse Anne Cordier, spécialisée dans les usages numériques des adolescents, cette lassitude n’a rien d’étonnant. « On assiste parfois à des discours très négatifs sur les ados qui passeraient leur journée à scroller bêtement sur leur portable. Ce qui est faux et caricatural ! (...) Ils sont pris comme tout le monde dans le fonctionnement prédateur des plateformes et en ont conscience », analyse-t-elle pour Le Parisien.

    Effectivement, les réseaux sociaux reposent sur un modèle économique de captation de l’attention. Les plateformes tentent donc par tous les moyens de retenir leurs utilisateurs, notamment grâce à des algorithmes addictifs ou encore des dark patterns, des dispositifs qui manipulent les utilisateurs. Par exemple, des notifications incessantes ou l’enchaînement des vidéos automatiques.

    Les Français ne remettent pas en cause l’utilité des plateformes dans leur vie quotidienne. 58% d’entre eux considèrent que les réseaux sociaux occupent une place importante dans leur vie, selon le sondage. Un chiffre qui atteint les 85% chez les 18-34 ans. Mais ce rapport au numérique est marqué par un paradoxe.
    Réduire le temps d’écran

    Si les Français reconnaissent les bénéfices personnels des plateformes, ils s’inquiètent de leurs effets sur la société. Ainsi, 85% des sondés estiment que les plateformes exposent les mineurs à des risques graves. Près de deux tiers (73%) perçoivent un impact négatif sur les comportements individuels.

    Résultat, près de quatre Français sur 10 souhaitent réduire leur temps d’écran à l’avenir. Certains utilisateurs tentent donc de se déconnecter des réseaux sociaux et de faire une pause loin des likes, commentaires et autres algorithmes addictifs.

    C’est ce qu’a fait Théophile, 25 ans. « Mon rapport aux réseaux est très paradoxal. D’un côté, je stresse quand je reçois des dizaines de notifications car je n’ai pas le temps d’y répondre. Mais de l’autre, quand je n’en reçois pas je suis en manque », expliquait-il à BFM Tech en août dernier. Il a donc préféré arrêter les réseaux graduellement.

    « Au début, j’ai limité les réseaux à une heure par jour. Maintenant, je les utilise uniquement le week-end. » Et les résultats se sont rapidement faits sentir. « J’ai remarqué que j’étais plus impliqué dans les conversations avec mes amis ou même quand je regardais une série », avoue-t-il.
    Une volonté de réguler

    Avec un objectif : réduire progressivement leur temps d’écran, sans tout couper de manière draconienne. Car ceux qui tentent de tout couper du jour au lendemain finissent généralement par réinstaller leurs applications. C’est ce qui s’est passé pour Léna. Après six mois sans aucune plateforme, la jeune femme a fini par réinstaller Instagram. Mais cette fois-ci, pas question de répéter ses erreurs du passé. « Maintenant, je me suis imposée une limite de 30 minutes par jour. Juste histoire de regarder quelques stories d’amies », précisait-elle à BFM Tech en août dernier.

    En parallèle, 9 Français sur 10 jugent la régulation des plateformes indispensable ou importante. 79% préfèrent un contrôle extérieur, quitte à accepter le risque de censure, plutôt que de laisser les plateformes évoluer librement. Parmi les mesures plébiscitées, des obligations strictes de modération, la transparence des algorithmes et de l’IA (92 %) ou encore le couvre-feu numérique pour les mineurs.

    En Europe, plusieurs pays, dont la France, planchent justement sur une interdiction des réseaux sociaux aux adolescents. Un projet de loi du gouvernement pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et interdire les portables au lycée est arrivé devant le Parlement en janvier.

    Une proposition de loi similaire des députés Renaissance a de son côté été adoptée le 13 janvier en commission par les députés. Elle doit être présentée et votée lors de la niche parlementaire du groupe Renaissance au premier trimestre 2026. Mais les textes pourraient se heurter au droit européen, et plus particulièrement au Digital Services Act (DSA).

    #Médias_sociaux #Lassitude #Usage #Anne_Cordier

  • Que font vraiment les ados sur TikTok, YouTube, Instagram ? On leur a posé la question
    https://www.telerama.fr/enfants/que-font-vraiment-les-ados-sur-tiktok-youtube-instagram-on-leur-a-pose-la-q

    “Il faudrait aussi que les adultes s’interrogent sur leurs propres usages”
    Anne Cordier, enseignante-chercheuse spécialiste des usages numériques des jeunes à l’université de Lorraine : « Le téléphone, et tout ce à quoi il donne accès, est un levier d’intégration et de socialisation adolescentes. Il faut avoir les “références”, au même titre, il y a vingt-cinq ans, qu’il fallait avoir vu le dernier épisode d’une série ou d’un programme de télé-réalité. Aujourd’hui, cela se passe sur un autre espace. On note également, dans ces témoignages, que les ados se rendent compte que le temps passé à scroller n’est pas pleinement investi. Cela n’en reste pas moins une grande partie de leur expérience de vie : ils parlent de plaisir, de curiosité, de découvertes… Le scroll peut être une façon de relâcher la pression, comme avant la télévision — la difficulté sur les réseaux, évidemment, étant l’effet de boucle infinie. Ils cherchent parfois des solutions par eux-mêmes, en supprimant les notifications, les applications, en limitant l’accès ; cependant, c’est très compliqué. Quand on interroge les jeunes, ils reconnaissent que certains sont vulnérables, mais rarement eux-mêmes. Ils ressentent en revanche la dépendance et sont en demande d’encadrement, mais pour cela, il faudrait aussi que les adultes s’interrogent sur leurs propres usages, eux qui, parfois, regardent des chaînes d’info en continu sans explorer d’autres sources d’information. La volonté d’interdire l’accès des réseaux sociaux trahit surtout notre incapacité à en réguler le contenu. Pourtant, l’arsenal juridique pour contraindre les plateformes existe. Il faut l’appliquer. »

    #Anne_Cordier #Adolescents #Téléphone_mobile

  • La « digital detox », nouveau symbole hypocrite de la réussite
    https://www.huffingtonpost.fr/tech-futurs/video/la-digital-detox-nouveau-symbole-hypocrite-de-la-reussite_255213.html

    La détox numérique promet de vous rendre votre liberté et d’améliorer votre santé mentale en vous forçant à stopper le scroll infini. Est-ce trop beau pour être vrai ?
    Par Emma Ramont

    TECH - Pour Inoxtag, « le téléphone c’est un poison, c’est une drogue ». Pour Lena Situations, c’est plutôt une « addiction », sur laquelle il faut régulièrement reprendre le contrôle. D’autres influenceurs parlent d’être « accros » aux réseaux sociaux, ou encore d’un temps d’écran qui rend « dépressif ». Mais au fond, le propos reste le même : les smartphones nous abrutissent, et la solution n’est autre que la « digital detox ».

    Ce terme est très populaire chez les influenceurs, mais pas que. L’industrie du tourisme s’y met aussi, avec des séjours zéro écrans que même la SNCF met en avant, et des cabanes de luxe sans réseau. Comme vous pouvez le voir dans notre vidéo ci-dessus, sur TikTok, la Gen Z repopularise les téléphones à clapet et les « dumbphones », téléphones minimalistes sans connexion internet, tandis que les trucs et astuces pour arrêter d’être « addict » et les soirées « sans portables » se multiplient.
    Lire aussi
    À quel âge donner son premier portable à un ado ? Une question épineuse pour les parents

    Mais arrêter les écrans, est-ce vraiment réaliste pour la plupart d’entre nous ? Et surtout, est-ce que ça fonctionne ? Pour les chercheurs, le premier souci c’est déjà la façon dont on en parle. « Le terme d’addiction, c’est un terme sur lequel il n’y a vraiment pas de consensus dans la communauté scientifique », explique au HuffPost Anne Cordier, enseignante et chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Lorraine. Celle qui travaille sur le rapport des jeunes au numérique rappelle d’ailleurs que l’addiction au téléphone portable « n’est pas reconnue par l’Organisation mondiale de la santé ».

    Et c’est pareil pour les fameuses « digital detox » : les études sur le sujet se contredisent, et ses bienfaits vantés en ligne n’ont pas été concrètement prouvés. Comme le précise David Ellis, professeur en Sciences comportementales à l’Université de Bath, « la plupart des grosses études autour des digital detox n’ont pas montré de bienfaits significatifs. Et même quand les études sont intéressantes, elles surinterprètent des tailles d’effets très faibles ».

    #Téléphone_mobile #Anne_Cordier

  • Téléphoner : Une pratique spontanée devenue trop intrusive - Blick
    https://www.blick.ch/fr/suisse/telephoner-une-pratique-spontanee-devenue-trop-intrusive-id21230110.html

    Les générations plus anciennes se souviennent des heures passées au téléphone, en fonction de l’endroit où le câble s’étendait.
    Photo : Getty Images/Westend61
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    Karen Schärer

    Aujourd’hui, si tout le monde possède un téléphone, peu de gens l’utilisent vraiment. Beaucoup disent ne pas aimer téléphoner. Des études montrent que les moins de 30 ans considèrent souvent les appels téléphoniques comme stressants, certains en ont même peur. Qui n’a pas déjà « manqué » un appel et s’est empressé de prendre des nouvelles par message au lieu de simplement rappeler ?

    Autrefois, le téléphone était considéré comme le moyen moderne de communication, car c’était un lien direct avec l’extérieur. On ne pouvait toutefois être joint qu’à proximité de l’appareil fixe – et seulement par ceux qui connaissaient le numéro. « Il y avait ainsi régulièrement des phases d’injoignabilité », explique l’experte en numérique Sarah Genner. Même lorsque les téléphones portables sont devenus populaires, ce sont d’abord les SMS qui se sont imposés La téléphonie mobile était encore chère.
    Qui est au bout du fil ?

    Du point de vue actuel, la téléphonie fixe peut être perçue comme une véritable aventure . Aucun écran n’indiquait qui appelait. Etait-ce la grand-mère d’Outre-mer qui téléphonait une fois par an, un élève de la classe qui voulait nous avertir que l’enseignant était malade ou un ex-compagnon que l’on préférait éviter ? Les appels frauduleux de prétendus policiers et les appels publicitaires étaient beaucoup plus rares.

    Téléphoner est devenu angoissant et on risque de ne pas avoir de réponse. Aujourd’hui, un numéro inconnu déclenche une réaction de stress. Nombreux sont ceux qui ne répondent plus à ces appels. Ce qui faisait partie du quotidien à l’époque paraît aujourd’hui impertinent. L’exemple type est d’appeler quelqu’un spontanément le soir et l’entraîner dans une longue conversation. « Beaucoup considèrent les appels téléphoniques spontanés comme invasifs, car ils communiquent de toute façon en permanence », explique Sarah Genner. Plusieurs appels sans réponse, à la suite, agissent « comme un SOS moderne », explique la conférencière et auteure qui s’intéresse aux effets des médias numériques sur l’Homme et la société.

    C’est pourquoi, aujourd’hui, les individus préfèrent d’abord se demander par écrit s’ils peuvent s’appeler. « Nous passons étonnamment beaucoup de temps à coordonner des rendez-vous téléphoniques par écrit », observe Sarah Genner. Les appels spontanés ne sont presque plus courants, à l’exception des membres de la famille ou des amitiés proches. Mais, même là, on constate un fossé entre les générations.

    De nouvelles règles de comportement

    La chercheuse en communication Anne Cordier écrit dans « The Conversation » que « les adolescents ne téléphonent qu’en cas d’urgence ou lorsqu’ils ont besoin de réconfort ». Ils considèrent l’immédiateté d’un appel téléphonique comme stressante et comme une perte de contrôle. Pour eux, un appel spontané semble aller à l’encontre des règles de savoir-vivre numériques. « Si un appel était autrefois considéré comme un signe de sollicitude, il peut désormais être perçu comme intrusif », explique la chercheuse française. Selon elle, si un adolescent ne répond pas à un appel, cela ne doit pas être interprété comme un rejet, mais comme l’expression de nouvelles règles de comportement.

    Cela signifie-t-il que nous perdons la capacité de communiquer spontanément et directement ? « Non », répond Sarah Genner. La forme de la communication spontanée s’est plutôt élargie : les messages vocaux et les photos en direct sont les appels téléphoniques 2.0. « Les jeunes en particulier utilisent ces canaux de manière intensive, avec plus de contrôle sur le moment. »

    Malgré la multitude de nouveaux outils de communication, le téléphone ne disparaît pas pour autant. « A l’ère de la joignabilité permanente qui favorise le stress, il devient un instrument choisi consciemment pour les conversations importantes ou intimes », explique Sarah Genner. Et peut-être même que le simple appel fera un jour son come-back. A l’heure du déluge d’informations numériques, sa simplicité pourrait retrouver tout son attrait.

    #Téléphone #Comportement #Anne_Cordier

  • « Les élèves méritent mieux que l’interdiction de leur portable au collège »
    https://www.la-croix.com/a-vif/les-eleves-meritent-mieux-que-l-interdiction-de-leur-portable-au-college-2

    Anne Cordier
    Professeure en Sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine, Crem – Centre de recherche sur les médiations
    Publié le 1 septembre 2025 à 13h15 Lecture : 3 min
    « Plus qu’une question technique ou administrative, l’éducation au numérique est une éducation à la citoyenneté. »
    « Plus qu’une question technique ou administrative, l’éducation au numérique est une éducation à la citoyenneté. » THOMAS SAMSON / LE PARISIEN/MAXPPP
    L’interdiction des smartphones au collège, déjà prévue par la loi depuis 2018, est mise en place à partir de ce 1er septembre. Elle ne représente pas une solution pérenne, selon la chercheuse Anne Cordier, qui défend une éducation aux usages du numérique plutôt qu’une privation stérile.

    En cette rentrée 2025, l’interdiction du téléphone portable à l’école et au collège revient au premier plan, désormais accompagnée du dispositif « portable en pause ». L’intention est louable : garantir des conditions d’apprentissage sereines. Mais cette mesure est surtout un trompe-l’œil. Interdire rassure, donne l’illusion que l’on agit, tout en masquant une réalité plus dérangeante : l’absence d’imagination et de puissance d’action des politiques publiques pour inventer et mettre en œuvre des réponses éducatives fortes et durables, capables d’accompagner les enfants et les adolescents dans leur rapport au numérique, jour après jour.

    L’interdiction n’est pas nouvelle : la loi du 3 août 2018 la prévoit déjà dans les établissements scolaires. En soulignant à nouveau son urgence, les discours officiels laissent croire que les écoles et collèges seraient des lieux de laxisme, où directions et enseignants seraient débordés. Ce n’est pas rendre justice au travail considérable réalisé depuis plusieurs années pour faire respecter la règle.

    Surtout, l’interdiction s’accompagne d’un emballage discursif qui interroge. Lors de son discours de rentrée, la ministre de l’éducation nationale a évoqué un « fléau de la surexposition aux écrans » et les « dégâts du cyberharcèlement ». Bien sûr, les inquiétudes sont légitimes : personne ne nie les faces sombres, très sombres, du numérique. Mais la recherche est claire : chez les enfants et adolescents, le cyberharcèlement, par exemple, relève d’abord et avant tout du harcèlement.

    C’est sur ce socle qu’il faut agir, avec dialogue et prévention, bien davantage que sur l’accès à l’objet technique par lequel il se prolonge. Concentrer l’attention sur le portable, c’est risquer de détourner le regard de ce qui fait vraiment la différence : apprendre à vivre ensemble, à se respecter et à comprendre et soigner les interactions humaines, en ligne comme hors ligne.

    Comprendre le monde numérique

    De même, l’addiction aux écrans, qui fait couler tant d’encre hautement lucrative, n’existe pas dans le DSM-5, la classification internationale des troubles mentaux. Parler d’« épidémie » ou de « pathologie » nourrit un climat anxiogène et peu respectueux des jeunes, au lieu de poser sereinement la question de leurs usages. Il y a pourtant tant à faire : comprendre et accompagner ce fameux Fomo (« fear of missing out », la peur de manquer quelque chose) qui alimente les usages compulsifs ; aider à résister aux stratégies de captation de l’attention, ressource si précieuse pour apprendre ; donner des clés pour comprendre les logiques de fonctionnement des plateformes.

    Les adolescents eux-mêmes en sont conscients. Ils sont nombreux à confier leur désarroi face aux heures passées à scroller, à reconnaître la force d’attraction des réseaux sociaux numériques et à dire combien il leur est difficile de résister à la notification qui clignote. Beaucoup accueillent même l’interdiction sans hostilité : ils savent qu’ils ont besoin de concentration pour leurs apprentissages, et qu’un soutien collectif est précieux pour trouver un équilibre. Ce ne sont pas des enfants perdus : ce sont des personnes désireuses de comprendre ce monde numérique, d’en percer les mécanismes, et d’apprendre à en faire un allié plutôt qu’un obstacle.

    Leurs usages en témoignent : loin de se limiter à « scroller » passivement, beaucoup s’informent, lisent la presse en ligne, échangent autour de leurs mangas et animes préférés, écrivent de la fiction, seuls ou à plusieurs. Comment aborder ces pratiques de façon apaisée et dialoguée sous le spectre d’une interdiction brandie sous prétexte de pratiques déviantes ?

    L’absence d’ambition éducative

    Dans les établissements, la mise en œuvre concrète du dispositif « portable en pause » est tout sauf secondaire. Elle requiert des investissements matériels – casiers, pochettes, parfois financés par les familles – et une logistique quotidienne lourde pour les équipes éducatives. Les chefs d’établissement, personnels d’éducation et enseignants, loin d’être dupes, rappellent dans la presse que leur mission n’est pas de confisquer, mais de faire grandir, d’ouvrir les horizons. Ils savent que le vrai défi n’est pas de ranger les portables, mais d’accompagner les élèves dans l’apprentissage d’un usage réfléchi et autonome du numérique.

    Il faut donc leur faire confiance. Confiance pour appliquer la mesure avec discernement, non comme une fin en soi, mais comme un levier d’éducation. Confiance pour dépasser les projets ponctuels ou les « journées spéciales » dont est si friande l’institution scolaire, et construire une véritable progression d’apprentissage au numérique, aux médias et à l’information tout au long de la scolarité.

    Plus qu’une question technique ou administrative, l’éducation au numérique est une éducation à la citoyenneté. Elle doit être émancipatrice, tournée vers l’avenir, et portée par une véritable ambition éducative. (Faire) croire qu’une interdiction suffira, c’est renoncer à cette ambition. Les enfants et les adolescents méritent mieux : un accompagnement solide, respectueux et enthousiaste, qui leur donne les moyens de comprendre, de résister et de créer dans le monde numérique qu’ils habitent déjà.

    #Anne_Cordier #Education #Médias_sociaux #Téméphone_mobile

  • Enfants et écrans : « Refusons que la peur devienne le seul moteur de l’action publique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/07/21/enfants-et-ecrans-refusons-que-la-peur-devienne-le-seul-moteur-de-l-action-p

    es discours alarmistes, parfois relayés par des scientifiques eux-mêmes, qui ne cessent de se diffuser dans l’espace public, aggravent les angoisses et la culpabilité des parents, s’inquiète un collectif de chercheurs dans une tribune au « Monde ».

    Publié le 21 juillet 2025 à 05h30, modifié le 21 juillet 2025 à 09h47 Temps de Lecture 3 min.

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    Depuis quelques années, des chercheurs et des professionnels de terrain désireux de modifier les comportements familiaux vis-à-vis des écrans, et de forcer la décision publique, ont adopté un langage de combat. Le sujet voit alors s’installer un récit univoque fondé sur la peur, jugée seule capable de provoquer les changements souhaités.

    Cela a commencé le 8 février 2013. Une tribune au Monde, signée par plusieurs scientifiques, attaque l’avis de l’Académie des sciences intitulé « L’enfant et les écrans », en particulier la présentation qu’il ferait des travaux de la chercheuse Linda Pagani. La tribune cite l’avis ainsi : « Au-delà de deux heures par jour passées devant un écran non interactif par un enfant en bas âge, et pour chaque heure supplémentaire, il a été noté une diminution de 6 % sur les habiletés mathématiques à 10 ans. »

    La tribune, à charge, affirme y voir la preuve de l’incompétence de l’Académie et prétend rétablir la vérité : ces chiffres seraient, en réalité, mesurés dès la première heure et par semaine, ce qui provoquerait des retards de développement de 42 % pour chaque heure de télévision quotidienne en plus ! Une interprétation démentie par la chercheuse elle-même, qui confirme : « Chaque heure supplémentaire de télévision par jour au-delà de la moyenne », donc ni par semaine ni dès la première heure. Mais le message de peur a été relayé, et l’avis raisonné de l’Académie des sciences disqualifié.
    Problème d’éthique et d’efficacité

    Un second épisode de cette stratégie concerne la publicité donnée en 2015 à quelques dessins d’enfants publiés en 2006 par le pédiatre autrichien Peter Winterstein. Il en avait recueilli quelque 1 500, tout en notant le temps d’écran quotidien de chaque enfant, sans autre précision. Quatre de ces dessins, très peu structurés, et associés à des enfants « regardant la télévision plus de trois heures par jour », ont été largement relayés par des chercheurs comme preuve de l’impact terrible des écrans.
    Un enfant regarde l’écran d’une tablette à Paris, en février 2024.
    Un enfant regarde l’écran d’une tablette à Paris, en février 2024. JOËL SAGET/AFP
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    Ils n’ont pourtant aucune valeur scientifique, dans la mesure où aucune indication psychopathologique n’était précisée concernant ces enfants. Ils ont même été présentés sur Internet comme émanant d’une « étude de l’Inserm sur l’impact de la télévision sur les enfants » ! Des responsables d’écoles, de crèches et de PMI [centres de protection maternelle et infantile] les ont affichés à la porte de leur établissement, provoquant la panique de nombreux parents. Et, malgré des études qui en ont montré depuis leur caractère fantaisiste, ces dessins continuent à être relayés par les mêmes chercheurs.

    Citons également les affirmations accusant les écrans d’être responsables de l’augmentation du nombre d’enfants diagnostiqués autistes, ce qui a incité la Haute Autorité de santé à dénoncer l’absence de preuve. Plus récemment, les premiers résultats issus de la cohorte ELFE (Etude longitudinale française depuis l’enfance) [un suivi dans le temps de près de 18 000 enfants nés en 2011] ont été accusés de minimiser les dangers des écrans, parce qu’ils s’attachent à prendre en compte le contexte socio-éducatif dans la compréhension des effets des écrans.
    Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés L’impact des écrans sur le développement de l’enfant dépend de l’environnement familial et du mode de vie, selon une étude

    Ainsi, une posture problématique est en train de faire son chemin parmi certains scientifiques : l’objectif n’est plus d’informer, mais d’alarmer, et tous les moyens semblent bons. En matière d’éthique scientifique, cette attitude est problématique, puisqu’elle vise à empêcher les citoyens de choisir librement, en connaissance de cause. En matière d’efficacité, elle ne l’est pas moins.
    Revenir à une logique de l’accompagnement

    D’ores et déjà, les travailleurs de terrain constatent que ces discours alarmistes aggravent les angoisses des parents. Beaucoup se sentent coupables. Ils n’osent plus venir demander l’aide de professionnels par crainte d’être stigmatisés. En même temps, le stress intrafamilial encourage les pratiques éducatives coercitives, pourtant parmi les moins efficaces dans la gestion des écrans. Et les écrans deviennent, dans le débat public, le bouc émissaire parfait, alors que le malaise qui règne au sein de la société a des causes multiples, et qu’il n’existe, pour beaucoup de familles, notamment défavorisées, aucune alternative aux écrans parmi les activités à proposer à leurs enfants.
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    Il est temps de quitter la spirale du soupçon et du spectaculaire pour retrouver le sens de notre responsabilité collective et revenir à une logique de l’accompagnement et du « prendre soin ». Personne ne nie l’urgence de mesures de régulation, mais nous refusons que la peur devienne le seul moteur de l’action publique.

    Quand des chercheurs mentent ou relayent des études sans valeur, quand ils demandent que des résultats soient occultés pour ne pas risquer de faire relativiser la dangerosité des écrans, quand ils font planer la suspicion de conflits d’intérêts pour disqualifier les travaux d’autres scientifiques, quand c’est aux accusés de prouver leur innocence, quand les arguments basés sur les données probantes sont remplacés par ceux basés sur l’émotion, une ligne rouge est franchie.
    Lire l’analyse (2024) | Article réservé à nos abonnés Ecrans et risques pour la santé des enfants : ce que dit la science

    Dans son ouvrage de 1972 Du mensonge à la violence, la philosophe et théoricienne politique Hannah Arendt montre comment le mensonge constitue une forme de violence qui en entraîne d’autres et fragilise les démocraties. Qui y a intérêt ?

    Premiers signataires : François-Marie Caron, pédiatre, ancien président de l’Association française de pédiatrie ambulatoire ; Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine ; Marie Danet, maîtresse de conférences en psychologie du développement et psychologue clinicienne à l’université de Lille ; Axelle Desaint, directrice du programme Internet sans crainte ; Laure Deschamps, fondatrice de l’organisme Souris grise ; Olivier Duris, psychologue clinicien, docteur en psychopathologie et psychanalyse ; Séverine Erhel, maîtresse de conférences en psychologie cognitive et ergonomie à l’université Rennes-II ; Marie-Caroline Missir, membre de la commission d’experts sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans ; Georges Picherot, pédiatre, ancien président du groupe de pédiatrie générale de la Société française de pédiatrie ; Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie, créateur des balises 3-6-9-12.

    #Ecrans #Demarche_scientifique #Anne_Cordier #Serge_Tisseron

  • Faut-il interdire les réseaux sociaux avant 15 ans ? (2/2) - L’Humanité
    https://www.humanite.fr/en-debat/ecrans/faut-il-interdire-les-reseaux-sociaux-avant-15-ans-2-2

    Interdire, c’est faire croire qu’on peut régler une question de société par décret. C’est renoncer à éduquer et à mettre en œuvre les lois de protection

    Anne Cordier

    Professeure des universités en sciences de l’information et de la communication

    L’idée peut sembler séduisante : interdire les réseaux sociaux numériques aux moins de 15 ans. Simple, claire, efficace, voilà que nous avons trouvé la solution pour résoudre les vulnérabilités psychosociales des adolescentes et adolescents, le (cyber) harcèlement, l’exposition à des contenus violents, la désinformation… Quelle illusion ! Une illusion qui laisse à penser qu’il existe à ce sujet un vide juridique. Or, la loi française fixe déjà une majorité numérique à 15 ans. En dessous de cet âge, l’autorisation parentale est obligatoire pour ouvrir un compte. Encore faut-il que cette loi, poussée par les mêmes hommes et femmes politiques qui aujourd’hui entretiennent le sentiment d’un laxisme juridique, soit connue, et appliquée.

    Au niveau européen, le Digital Services Act (DSA) est clair : obligation de modération renforcée, interdiction de ciblage publicitaire des mineurs, transparence des algorithmes, tests d’impact… Ces mesures peuvent protéger efficacement les jeunes internautes… si elles sont mises en œuvre. Mais les plateformes traînent, évidemment. Et les États, eux, préfèrent parfois les slogans à l’action. Parmi ces slogans, l’illusion, encore : celle de faire croire que les technologies de vérification d’âge sont fiables, et éthiques.

    Faut-il rappeler que les interdictions contournées isolent les acteurs au lieu de les protéger ? Que bannir les réseaux, c’est aussi retirer à ces adolescentes et adolescents des espaces de découverte, d’information, de culture, de lien social ? Oui, les jeunes lisent la presse en ligne. Oui, ils s’ouvrent au monde grâce aux réseaux sociaux numériques, s’engagent dans des mouvements en ligne qui ont un impact réel sur le monde physique. Évidemment, point d’illusion non plus de la part de l’autrice de ces lignes : les dangers sont réels. Contenus violents, algorithmes délétères, effets problématiques sur la santé psychique : nul ne les nie. Mais interdire en bloc, c’est faire croire qu’on peut régler une question de société par décret. C’est refuser d’affronter la richesse des pratiques numériques. C’est renoncer à éduquer.
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    Les réseaux sociaux nuisent-ils à la démocratie ?

    L’éducation, justement. Parlons-en. Vraiment. L’accompagnement, le dialogue, la coéducation. Ce sont nos responsabilités collectives. Et si on les assumait ? La convention internationale des droits de l’enfant reconnaît aux adolescents le droit à l’information. Offrons-leur, dans notre régime démocratique, la liberté d’en disposer, accompagnés, encadrés, respectés.

    Et puis, fin de l’illusion, disons-le franchement : ce ne sont pas les ados qui ont inventé la dépendance à des modèles économiques toxiques, les appels visio à des heures indues, ni les scrolls nocturnes sans fin. À tout âge, l’attention est convoitée, captée, monétisée. La déconnexion est un droit. L’apprendre est un devoir. Pour tous. Alors, surtout, ne levons pas les yeux. Ne détournons pas le regard. Regardons le monde. En face. Ensemble.

    Pour aller plus loin

    Numérique. On arrête tout et on réfléchit !, d’Yves Marry, éditions Rue de l’échiquier, 2024.
    Les Enfants et les écrans. Mythes et réalités, d’Anne Cordier, éditions Retz, 2023.
    Grandir informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes, d’Anne Cordier, C & F éditions, 2023.
    Derrière l’écran. Combattre l’explosion de la pédocriminalité en ligne, de Véronique Béchu, Stock, 2024.
    Barbarie numérique. Une autre histoire du monde connecté, de Fabien Lebrun, éditions l’Échappée, 2025

    #Anne_Cordier

  • Pourquoi nos ados ne répondent plus au téléphone ?
    https://www.msn.com/fr-fr/familles-et-relations/%C3%A9ducation-des-enfants/pourquoi-nos-ados-ne-r%C3%A9pondent-plus-au-t%C3%A9l%C3%A9phone/ar-AA1Ex1Mb
    https://img-s-msn-com.akamaized.net/tenant/amp/entityid/AA1Ex1M9.img?w=652&h=438&m=4&q=79

    Enzo, 15 ans, regarde son portable qui vibre : « Ma daronne ? Sûrement, je suis en retard… J’envoie un texto (« J’arrive »), c’est moins prise de tête ! » De son côté, Stéphanie, 55 ans, mère de Théa, 14 ans, ne comprend pas : « Impossible de la joindre. Et si je laisse un message sur son répondeur, elle ne l’écoutera pas. Alors, j’écris un SMS. Ou, plus efficace, je passe par Instagram. C’est même ce qui m’a motivée pour créer un compte. »

    Bon réflexe ! Car aujourd’hui, pour communiquer, les 12-18 ans privilégient les messageries privées des réseaux sociaux ou les notes vocales sur WhatsApp. A travers une étude sur les pratiques de l’écriture des 14-18 ans*, Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication** , le confirme : « Les jeunes ont une sainte horreur de l’appel téléphonique. » On avait remarqué !

    A découvrir également : 20% des Français ne répondent pas aux appels téléphoniques… volontairement

    L’amour du son

    Certes, la hausse du démarchage commercial, des arnaques et l’inflation des numéros masqués les rebutent (comme les plus âgés) : 62,5% des Français de 15 ans et plus filtrent les appels*** . La quasi-totalité en ce qui concerne la génération Alpha (née après 2010), qui ignore notamment les coups de téléphone parentaux. Anne Cordier rassure : « Ce n’est pas la personne qui est visée, mais le mode de communication qui a évolué. Ils ne répondent pas plus à leur meilleur ami qu’à un parent. » Parent qui, par ailleurs, fait parfois mal la différence entre un message audio laissé sur le répondeur et ce qu’Emma, 17 ans, appelle un « son ». « J’adore ça, s’enthousiasme-t-elle. On peut parler en marchant, tout en communiquant de l’émotion. »

    Comme Emma, près d’une personne sur cinq de la génération Z envoie ou reçoit plus de dix notes vocales par jour, indique un sondage publié en février 2025 mené sur la plateforme d’apprentissage de langues en ligne Preply. « Laisser un message sur un répondeur, c’est risquer que la personne rappelle !, fait remarquer Anne Cordier. Alors qu’avec la note vocale, on « calcule », on incarne sa parole. Les bruits de fond donnent du réel au propos, ainsi que du partage d’intime (« Déso, j’espère que tu m’entends, j’suis dans la rue, attends, je sors du métro… »). Le vocal participe d’une dynamique conversationnelle ludique et spontanée, même avec un décalage temporel. » Et quand c’est trop long, on peut écouter le message en accéléré. Comme on zappe les scènes qui nous ennuient dans une série !

    Le stress du direct

    Pour Marie Danet, maîtresse de conférences en psychologie du développement à l’université de Lille**** , ces nouvelles pratiques découleraient d’un rapport différent au temps. La jeune génération, habituée aux services à la carte avec les plateformes de streaming, « dispose d’alternatives favorisant la désynchronisation des échanges et l’activité multitâche », dixit la psychologue. Tous les canaux de communication existants sont également plus attractifs parce que plus créatifs (possibilité d’envoyer des photos, des vidéos, des liens), quand, avant, c’était le téléphone ou rien. Cela entraînait un effet d’apprentissage et de familiarisation que n’ont plus les adolescents.

    « La galère quand je dois répondre à des parents qui me proposent du baby-sitting ou prendre rendez-vous avec un médecin qui n’est pas sur Doctolib !, s’exclame Inès, 14 ans. J’ai peur de ne pas savoir quoi dire et d’être prise pour une teubé ! » Idem pour Louise, 13 ans, pour qui parler au téléphone vire au calvaire : « Je perds mes moyens, surtout quand l’autre me coupe ou s’impatiente », confie-t-elle. Vu ainsi, il y a moins de pression avec les notes vocales. « On peut effacer et recommencer », confirme Louise. Anne Cordier l’a observé : « Le coup de fil est presque toujours associé à une prise de risque pour les adolescents. Parler en direct revient à se mettre à nu. Choisir le différé, c’est prendre le temps de réfléchir à ce que l’on va dire, se réécouter, peaufiner l’idée ou l’image que l’on veut renvoyer. Une façon de garder le contrôle dans un monde menaçant et incertain. »

    Des modalités à inventer

    Car, à la vérité, il n’y a pas de réel refus d’échanger. « Parents et enfants n’ont jamais autant communiqué, estime Anne Cordier. Mais, en se raréfiant, le coup de fil est devenu un « événement » à forte pression émotionnelle. Il annonce une nouvelle potentiellement importante. » Léonard, 16 ans, ajoute : « Ça tombe toujours mal. Soit je suis avec mes potes, soit en train d’écouter de la musique ou de scroller, je n’ai pas envie d’être dérangé. » Emile, 18 ans, pense que s’il répond, « ça va durer des plombes ».

    « Et l’appel spontané, ils en font quoi ? s’agace Nathalie, 58 ans. Il faut prendre rendez-vous pour se parler, un comble ! » Anne Cordier et Marie Danet sont formelles : mieux vaut passer un contrat avec l’ado pour préciser les règles conversationnelles. Par exemple, pour une information factuelle, on privilégiera les textos ; pour un message plus sensible, la note vocale. Avec son fils, Laurence a banni des SMS les points d’exclamation ou de suspension, trop sujets à interprétation, et réclame au minimum un émoji en accusé de réception. Des modalités à inventer qui, parfois, peuvent inverser les situations, comme le raconte Stéphanie : « L’autre jour, j’ai juste écrit « ok. » à ma fille, et elle a cru que j’étais fâchée ! »

    «  T’es où  ?  »

    Autre constat qui n’incite pas les ados à répondre au téléphone : ils sont supposés être joignables tout le temps. « A force de fluidifier la communication, les outils numériques l’ont rendue envahissante », souligne Anne Cordier. Avec des parents facilement inquiets ou très contrôlants, l’ado est prié de rendre des comptes toute la journée. « Ma mère ne se rend pas compte à quel point elle est relou avec tous ses appels, s’énerve Arthur, 17 ans. A la sortie des cours, devant les potes, comme si j’étais un gamin ! » C’est alors qu’une non-réponse en dit long : indifférence, agacement ou juste le besoin de se préserver… « Les outils numériques peuvent même ralentir le processus d’autonomisation d’un jeune qui a besoin de se tester et de trouver ses propres solutions en notre absence », met en garde Marie Danet.

    Avec le recul, Anne, 64 ans, en convient : « J’appelais Lily pour savoir où elle était, ce qu’elle faisait, avec qui. Résultat, ce que je craignais le plus est arrivé : elle s’est mise à faire le mur la nuit, pour vivre sa vie ! » D’où l’importance de respecter une distance de sécurité : ni trop loin, ni trop près. « Et cela marche dans les deux sens », remarque Marie Danet. Qu’ils ne nous utilisent pas comme un couteau suisse en nous sommant de répondre dès que, eux, en ont besoin !

    Donnez-leur un coup de pouce pour leur coup de fil

    « La peur de prendre la parole en public, soit l’importance accordée au regard des autres, est le propre de l’adolescence, souligne Marie Danet. Et cela s’accentue. Si 90% de mes étudiants de première année participent à des quiz sur leur téléphone, seuls un ou deux lèvent la main quand je pose une question en cours. » Cette anxiété sociale pousserait des parents à passer certains appels importants à leur place, renforçant les stratégies d’évitement. « Il est plus éducatif de les aider à préparer leur coup de fil, poursuit-elle. Car, dans leur vie professionnelle, ils auront peut-être encore à téléphoner… »

    Mongenot C., Cordier A., Les adolescents et leurs pratiques de l’écriture au XXIe siècle : nouveaux pouvoirs de l’écriture ?, Injep, novembre 2023

    **Auteure de Grandir informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes (C&F).

    **« 94% des 15-29 ans ont un smartphone en 2021 », Insee Focus, no 259, 24 janvier 2022

    ****Auteure d’Ecrans et familles (UGA).

    #Anne_Cordier #Téléphone #Adolescents

    • Le fait d’hésiter à se téléphoner, ça a plusieurs conséquences négatives qu’on constate ici à la maison :

      – récupérer un devoir ou un cours qu’on n’a pas, c’est devenu quasiment impossible, parce qu’on n’ose pas téléphoner à un·e copain·e pour demander à se faire expédier fissa le truc ;

      – organiser une sortie du week-end, ça passe assez systématiquement par un débat interminable sur un groupe Whatsapp, et forcément c’est quasiment impossible d’organiser quoi que ce soit avec un groupe Whatsapp (discussions noyées dans les private jokes, multiplication des messages vocaux qui ne permettent jamais de synthétiser, timidité à proposer un horaire, mais facilité à dire que tel horaire ça va pas être possible…)

      – et de manière plus personnelle, quand l’ado a un coup de déprime, ne pas oser téléphoner à un·e copain·e pour discuter en direct, ça n’aide pas.

    • J’avais pas repéré :

      La quasi-totalité en ce qui concerne la génération Alpha (née après 2010), qui ignore notamment les coups de téléphone parentaux.

      Des mouflets qu’ont pas encore 14 ans et c’en est déjà à snober ses darons au téléphone ? (Les gens s’inventent des problèmes, là, parce que c’est pas super-compliqué, en général, de poser des limites à un·e pisseu·se de 12-13 ans.)

    • Vous me rassurez. J’expliquerai le phénomène à l’arrière grand mère de 90 ans qui s’inquiète toujours lors ce qu’elle n’arrive pas à joinde les petits.


      Cadran Téléphonique Modèle Administratif 1927

      Pour quelqu’un qui a grandi à l’époque des téléphone à cadran c’est toujours une obligation morale de répondre aux appels parce qu’autrement on ne pouvait ni savoir qui avait appellé ni pourquoi.

      Quand quelqu’un ne répondait pas c’était parce qu’il ne se trouvait pas à proximité du combiné ou parce qu’il était en train de parler avec une personne sur place. Préférer la communication avec la personne présente était une obligation morale car faire attendre quelqu’un à cause d’un appel téléphonique était l’expression (et l’est toujours) de la supériorité hierarchique de celui qui ignorait l’autre au profit de l’appareil.

      L’introduction à grande échelle du répondeur automatique dans les années 1980 ouvrait la possibilité d’ignorer les appels afin de choisir les personnes qu’on rappellait et de sélectionner les victimes de la prétendue panne du répondeur. Il y avait un prix à payer pour l’excuse facile car on se montrait comme personne qui violait l’obligation de respecter le correspondamt téléphonique potentiel.

      Avec la généralisation des téléphones portables à partir de 1995 ce devoir s’est transformé en obligation culturelle générale car être joignable partout et à toute heure de la journée était considéré comme caractéristique des hommes d’affaires à succès.

      A partir de ce moment les numéros des appels manqués étaient visibles et le refus de prendre les appels exprimait de plus en plus souvent le refus de se plier aux contraintes du job voire à l’autorité parentale .

      Depuis les voies de communication se sont multipliées à cause des frénétiques efforts des entreprises « startup » de réinventer la roue de la communication et de se démarquer des concurrents. Cette course à vitesse folle a produit un nombre illimité de manières de ne plus s’entendre. J’ai l’impression qu’il y a un équilibre précaire entre innovation acharnée et besoin de repos qui forment un couple d’antagonistes irréconciliables.

      Le dernier cri sont forcément, je le suppose, les bots IA personnalisés qui remplacent le répondeur automatique en se faisant passer pour la personne qu’on appelle. Plus jamais tu ne seras laissé sur ta faim de communication car il n’y aura plus d’appel manqué. Le bot ne dort jamais. Il aura toujours un message positif pour calmer les parents inquiets.

      Je m’en accomode et me demande quel effet cet « overkill » en armes de la communication a pour les jeunes qui sont nés dans l’écosystème actuel marqué par le chaos technologique et moral..

      #communication #kafka #technologie #capitalisme #néolibéralisme

    • Je connais un paquet de monde, pas forcément jeune, qui déteste le téléphone (enfin au moins les appels vocaux, quoique certain⋅e⋅s ont bien du mal avec les textos aussi :)). Et effectivement comme le dit @arno les textos/whatsapp/signal/etc. ont largement leurs limites, dès que la conversation demande un peu plus de complexité que de savoir « où t’es » ou ce genre de trucs. Idem au taf, y a des spécialistes des messages sur chat qui n’en finissent pas, pour expliquer des trucs compliqués (je finis par appeler assez rapidement...).
      Mais alors ce qui me tue, c’est effectivement de voir les plus jeunes (mais pas que, ça contamine des gens plus vieux) communiquer à coup de « vocaux », quel enfer ! La « conversation » prend des plombes pour rien. On se retrouve avec les défauts des 2 modes de communication (impossible de rechercher dans les vocaux ce qui a été dit, contrairement à l’écrit, et c’est ultra compliqué de parler de choses complexes).

    • s’il y a un truc qui me dépasse totalement dans l’usage des RS, c’est bien l’usage des « vocaux » !
      (full disclosure : ma fille commence à m’envoyer des vocaux…-

      et merci @klaus, pour le rappel du mode d’emploi du téléphone incorporé dans le cadran !
      Annoncez : ici, le ABC 12 34 , j’écoute.
      (version parisienne)
      ou
      Annoncez : ici, le 22 à Asnières , j’écoute.
      (partout ailleurs)

    • – Il y a la génération de mes parents, le téléphone était facturé à la minute, alors ma mère est toujours aussi pressée de raccrocher.

      – Ensuite il y a ma génération, baisse des prix. Je passais un temps fou le soir debout dans l’entrée, ou assis aussi loin que le câble torsadé de l’appareil le permettait, pour se dicter les niveaux d’Ultima III. (Dans l’entrée de mes parents, il y avait un minuteur pour la lumière, alors en téléphonant je devais régulièrement rallumer la lumière. Et au bout d’un moment, un peu moins trouille-cul, j’ai pris l’habitude de rester assis dans le noir.)

      – Et puis il y a mes enfants, forfait illimité, le téléphone c’est considéré comme gratuit, on peut même téléphoner allongé dans son lit, qui ont peur de déranger et font tout, comme leur grand-mère, pour raccrocher le plus vite possible.

    • Mes enfants, plutôt génération Y (donc plus vraiment des ados, quoique...), sont injoignables sur leurs téléphones. Je leur envoie (tous les dix jours environ) des SMS pour savoir s’iels vont bien. Parfois, iels me répondent et souvent je leur demande dans le SMS si on pourrait éventuellement discuter au téléphone. Iels ont l’air d’être surbooké·e·s H24 7/7 ...

      Avant, je lançais des bouteilles à la mer grâce à Facebook Messenger mais alors là, que nib.

      On a tâté de la visio (toujours avec Messenger) pendant la panique Covid mais on a vite laissé tomber. Ça permettait de voir les petits enfants grandir mais souvent ces derniers en profitaient pour faire les clowns et la conversation se diluait dans un brouhaha pénible. Et puis la qualité du réseau perturbait aussi la liaison.

      A propos des « vocaux » (media que je viens de découvrir) ...
      https://www.blogdumoderateur.com/panorama-reseaux-sociaux-vocaux-applications-chat-audio

      Finalement, je me dis que le silence est d’or. Et de toute façon, quand il y a une tuile, iels retrouvent comme par magie mon numéro de tél.

    • Je le répète : vous me rassurez, je ne vis donc pas une exception . Mais c’est un mensonge ce que je dis. Au contraire vous m’inquiétez davantage car je constate des problèmes énormes quand on essaie de rassembler des gens ne serait-ce que pour défendre nos intérêts communs.

      La manière asynchrone de vivre et pratiquer la communication moderne ne facilte pas les choses, alors pas du tout.


      Je finirais peut-être comme l’autre avec sa pancarte devant la chancellerie à Berlin qui essaye de se faire entendre par Merkel/Lindner/Scholz/Merz/etc. - mois ça sera pour m’adresser aux enfants par caméras de télé intersposées ;-)

  • Copier-coller, raccourcis… : l’inquiétant niveau des jeunes en informatique selon les profs
    https://www.tablette-tactile.net/tendances/copier-coller-raccourcis-linquietant-niveau-des-jeunes-en-informat
    https://www.tablette-tactile.net/wp-content/uploads/2025/04/Copier-coller-raccourcis…-linquietant-niveau-des-jeunes-en-informatique-selon-les-profs.jpg

    01/05/2025 par Mathieu Girard

    On les croit hyperconnectés, toujours les doigts sur un écran. Pourtant, les jeunes d’aujourd’hui semblent en difficulté face aux usages informatiques de base. Derrière leur aisance sur TikTok ou Instagram, les compétences techniques élémentaires sont souvent absentes — et cela commence à inquiéter sérieusement le corps enseignant.
    Des lacunes surprenantes… même chez les lycéens

    C’est un constat que beaucoup d’enseignants partagent aujourd’hui : ouvrir un fichier Word, faire un copier-coller ou envoyer un e-mail est loin d’être acquis pour une majorité d’élèves, du collège au lycée. Un paradoxe dans un monde où le numérique est omniprésent.

    La chercheuse Anne Cordier, spécialiste de la science de l’information, a mené des observations en milieu scolaire. Son verdict est sans appel : les jeunes ne maîtrisent pas les bases qui leur permettraient d’interagir efficacement avec les outils numériques. Un constat renforcé par Cécile Cathelin, professeure de lettres, qui déplore les difficultés de ses élèves à accomplir des tâches pourtant simples, surtout révélées pendant la période du confinement.
    L’illusion des « digital natives »

    La familiarité des jeunes avec les réseaux sociaux donne parfois une image trompeuse. Comme l’explique Yasmine Buono, experte en éducation numérique, il ne faut pas confondre utilisation ludique des écrans et compétences numériques réelles. Scroller sur un smartphone ou poster une vidéo ne signifie pas qu’un élève saura gérer un document texte ou comprendre les règles de base d’un outil bureautique.

    Le smartphone, omniprésent dans leur quotidien, serait même un faux ami : s’il connecte, il ne forme pas. Et dans les familles où les ordinateurs sont disponibles, le transfert de savoirs numériques intergénérationnels semble souvent absent.
    Une formation numérique à repenser dès l’école

    Le problème ne réside pas seulement dans la technique, mais aussi dans la maîtrise des codes de communication numérique. Beaucoup de jeunes ignorent comment rédiger un e-mail avec une formule d’appel et de politesse. Ils n’ont jamais appris les usages professionnels qui sont pourtant incontournables dans le monde du travail ou de l’administration.

    Pour remédier à ces lacunes, plusieurs enseignants proposent des pistes concrètes : réintégrer l’informatique dans les programmes scolaires, faire appel à des professionnels du numérique pour intervenir en classe, et surtout, ne pas attendre le lycée pour commencer cet apprentissage. Car comme le souligne Anne Cordier, ces cours se sont peu à peu effacés, alors qu’ils n’ont jamais été aussi essentiels.
    Une génération moins armée qu’on le croit

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les jeunes générations ne bénéficient pas d’un avantage technologique naturel. Bien au contraire, elles risquent d’être pénalisées si elles ne maîtrisent pas rapidement les outils devenus indispensables à la vie quotidienne, que ce soit pour remplir un formulaire administratif, rédiger un CV, ou suivre un cours en ligne.

    L’ordinateur est souvent relégué au second plan, voire absent du foyer, au profit du smartphone. Une évolution qui, si elle n’est pas accompagnée par un apprentissage structuré et encadré, risque de creuser des inégalités durables dès l’école.

    #Anne_Cordier #Usage_informatique

  • L’IA va-t-elle nous rendre crétins ? - L’Humanité
    https://www.humanite.fr/en-debat/citoyennete/lia-va-t-elle-nous-rendre-cretins

    L’outil numérique n’a ni cerveau ni valeurs. C’est à nous qu’il revient de faire société et de réfléchir à la place que nous voulons lui donner.

    Anne Cordier

    Professeure des universités en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine

    Alerte ! Après la télévision, les jeux vidéo, le rap, les réseaux sociaux numériques, voici la nouvelle innovation qui menace l’intelligence de l’humanité tout entière : l’IA. Les prophéties alarmistes réitérées à chaque nouveauté technologique, fleurissent sur la crétinisation annoncée des masses, et encore plus sur celle d’une jeunesse déjà régulièrement qualifiée de crétine (digitale).

    Selon plusieurs études récentes, l’IA séduirait la population, fascinée par les performances de l’outil. Beaucoup de bruit pour une banale évidence : l’absence ou la fragile éducation – ici, au numérique – nuit gravement à l’exercice d’un esprit critique. Immense boîte noire, nourrie par d’innombrables corpus de textes et d’images, bien souvent sans le consentement de leurs auteurs, l’usage de l’IA générative nous pousse à interroger notre rapport aux sources, à l’information, à la propriété intellectuelle. Elle nous rappelle combien l’éducation est la clé d’un regard distancié et critique, d’un pouvoir d’agir informé sur le monde. Mais l’IA ne porte aucune responsabilité. Aucune.

    Ont une responsabilité les professionnels de l’information qui jouent aux apprentis sorciers, se pâmant devant une IA « trop forte », s’émerveillant de ses performances comme s’ils assistaient à une démonstration de magie. Ont une responsabilité ceux qui s’évertuent à pointer les « erreurs » commises par une IA, surpris qu’un programme conçu pour générer du contenu à partir de modèles statistiques « se trompe », et lui reprochant de nous attirer dans les limbes des approximations, méprises et autres faussetés. Dans les deux cas est alimenté le fantasme d’une IA autonome, quasi divine, que nous utilisons, impuissants.
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    Comment remettre de l’humain dans l’intelligence artificielle

    Prenons le temps. Ne nous jetons pas à corps et esprits perdus dans les multiples potentialités et/ou affres de l’IA. Le procès en crétinisme évite le vrai procès, citoyen celui-ci : de quelle IA voulons-nous ? De celle qui récupère des données que nous cédons sur le Web à des industries sans éthique ? De celle qui, à l’empreinte écologique colossale, condamne un peu plus (vite) l’avenir de notre planète ? De celle à laquelle nous déléguons jusqu’à notre créativité singulière au profit de l’hégémonie d’un savoir standardisé, aseptisé et parfois, pour ne pas dire bien souvent, biaisé ? De celle que l’on utilise pour contribuer à cette accélération dénoncée par Hartmut Rosa qui nous asservit chaque jour davantage aux dogmes les plus avilissants qui soient ?

    Prenons le temps. Celui de mesurer des choix, vertigineux mais aussi passionnants, qui nous reviennent. Celui de prendre nos responsabilités, individuelles et collectives, en décidant de la place que nous souhaitons accorder à une innovation qui n’est en aucun cas toute-puissante. Celui de faire société, en exerçant notre capacité à « penser d’après nous-mêmes » selon l’intemporelle pensée de Condorcet. L’IA n’a ni cerveau ni valeurs. Nous si. À nous de jouer. Sérieusement.

    À lire :

    L’Homme diminué par l’IA, de Marius Bertolucci, éditions Hermann, prix Jacques-Ellul 2024, 232 pages, 22 euros.

    Grandir Informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes, d’Anne Cordier, C & F éditions, 344 pages, 27 euros.

    #Anne_Cordier #Intelligence_artificielle

  • Anne Cordier : « Tous les étudiants sont tentés de déconnecter de l’actu »
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/03/11/anne-cordier-tous-les-etudiants-sont-tentes-de-deconnecter-de-l-actu_6578493

    Dans un entretien au « Monde », cette chercheuse et enseignante souligne la nécessaire éducation des jeunes aux médias et, surtout à l’heure des fake news, à la culture des sources d’information. Elle interviendra, le 22 mars, lors du festival Nos futurs, organisé à Rennes.

    Propos recueillis par Emmanuel Davidenkoff
    Publié aujourd’hui à 06h00

    Temps de Lecture 4 min.
    Des étudiants en journalisme lors d’une opération autour de la désinformation, dans le cadre du projet européen DE FACTO, à Paris, le 6 novembre 2024.
    Des étudiants en journalisme lors d’une opération autour de la désinformation, dans le cadre du projet européen DE FACTO, à Paris, le 6 novembre 2024. KIRAN RIDLEY/AFP

    Autrice de Grandir connectés. Les adolescents et la recherche d’information (C & F éditions, 2017) et coautrice des Enfants et les Ecrans (Retz, 2023), Anne Cordier scrute le rapport des jeunes aux médias comme chercheuse mais aussi comme enseignante. Elle a créé un cours sur la culture des sources d’information à l’université de Nancy. Elle participe samedi 22 mars à une des « grandes assemblées » du Monde au festival Nos futurs, autour du thème « Déconnecter… ou pas ! Est-il égoïste de se couper du monde ? » avec Christophe Ferveur, Jean Massiet, Syrielle Mejias et Paloma Moritz.
    Dans un entretien que vous nous aviez accordé il y a deux ans, vous notiez que le sentiment de solitude face à l’information semble plus fort dans l’enseignement supérieur qu’au lycée. Repartons de là. Pourquoi ?

    C’est d’abord lié au changement de statut social des jeunes. Ils s’autonomisent non seulement vis-à-vis des parents mais aussi vis-à-vis des enseignants. A l’arrivée à l’université, et je le regrette aussi en tant qu’enseignante moi-même, les relations sont plus impersonnelles… Pour le dire en termes savants, les années lycée sont celles de la socialisation – les jeunes incorporent des normes, des discours… –, alors que les années de fac sont celles de l’acculturation – les jeunes deviennent les acteurs principaux de leurs vies sociales et de leurs pratiques informationnelles.
    Les étudiantes et étudiants qui ont eu l’idée de ce débat sur l’information insistent beaucoup sur le fait qu’il y aurait un « privilège » à savoir bien s’informer. Ont-ils raison ?

    Absolument. Je suis depuis 2012 une cohorte de jeunes issus des milieux populaires. Ceux qui ont fait des études supérieures ne parlent que de cela : leur défaut d’héritage dans ce domaine. Ils ont une conscience aiguë de devoir se débrouiller par eux-mêmes. Elle se renforce encore quand ils ont affaire à des jeunes issus de catégories favorisées qui savent ce qu’il faut lire, regarder, écouter… Ils ont encore plus le sentiment d’être mis en échec dans leur rapport à l’information.
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    Je pense à une jeune fille, Kim, grosse bosseuse, étudiante en droit qui a ensuite bifurqué en IUT. Elle avait bien compris que pour avoir des bonnes notes, il fallait donner plus d’informations que le cours dans ses copies. Mais elle ne savait pas où chercher. Elle me disait : « On ne m’a pas donné ma chance. » A l’inverse, je repense à Amélie qui est aujourd’hui devenue sous-préfète. Elle s’imposait, étudiante, des rituels très forts : elle lisait Le Monde, regardait Arte, écoutait France Culture… Elle avait eu la chance qui avait fait défaut à Kim : au lycée, des enseignants, sachant qu’elle visait Sciences Po, lui avaient conseillé de suivre ces médias.
    Comme quoi, l’éducation aux médias et à l’information (EMI), cela sert à quelque chose…

    Oui, bien sûr ! Dès lors qu’elle ne se résume pas à ce que j’appelle le « bling-bling de l’EMI » – à savoir inviter un journaliste célèbre une fois dans l’année lors de la semaine de la presse à l’école. C’est un travail de longue haleine qui implique de discuter avec les élèves de leurs pratiques, de leur indiquer les bons médias et sources de référence pour construire une culture dans un domaine disciplinaire…
    Comment font ceux qui n’en ont pas bénéficié ?

    Ils se raccrochent aux recommandations de leurs pairs et des algorithmes, tout en avouant qu’ils ne savent pas très bien selon quels critères le tri est effectué. Ils s’informent aussi beaucoup en ligne, notamment sur YouTube. Mais sans le dire. Récemment, lors d’un TD, une étudiante de L1 m’a dit : « On comprend bien que les enseignants veulent qu’on s’informe mais on n’ose pas leur dire ce qu’on fait de peur de ne pas correspondre aux attendus. »
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    Cela vaut-il dans tout l’enseignement supérieur ?

    Non, et c’est bien le problème car cela contribue à creuser les inégalités d’accès à l’information. Les étudiants de classe préparatoire aux grandes écoles, de Sciences Po, des IUT, bénéficient d’une initiation à la méthodologie qui fait trop souvent défaut à l’université. C’est la raison pour laquelle à Nancy, où j’enseigne, j’ai impulsé, avec certains de mes collègues, un cours en première année sur la culture de l’information, la culture des sources d’information plus précisément, qui vise à identifier l’environnement informationnel à disposition, les sources d’information qu’ils peuvent convoquer dans leur quotidien, que ce soit en tant qu’étudiant et en tant que citoyen bien sûr.
    Les étudiants sont-ils tentés de se déconnecter ?

    Oui. Tous ont cette tentation à un moment ou à un autre, tous connaissent un sentiment de saturation et de perte de maîtrise. Mais il existe des antidotes.
    Par exemple ?

    Un des exemples est le journalisme dit « de solution », qui parvient souvent à les raccrocher. Quasiment tous suivent au moins un média de cette famille : 2050Now, Le Média positif, Blast pour ceux qui se sentent concernés par la question climatique, mais aussi des fils Instagram comme « J’m’en bats le clito ». « C’est de l’info qui me concerne », me disent-ils, tout en précisant aussi que ce sont des contenus qui donnent un sentiment de pouvoir agir.
    Vous ne citez pas « Hugo décrypte » ?

    J’aurais pu, évidemment, tant sa popularité chez les jeunes est importante ! Il traite d’informations anxiogènes, certes, mais sur un ton qui ne dramatise pas et sur un format court (de huit à dix minutes). Ce dernier point est important. L’information fait partie de leurs sujets de conversation et, malheureusement, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne sont pas « au courant », peuvent être moqués. « Hugo décrypte », c’est la bouée de secours idéale : même quand on sature, on n’est jamais largué grâce à ces dix minutes.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « Les piou-pious, tu les serres, ils couinent un peu au début, mais ça passe ! » : les extraits du livre-enquête sur le groupe Galileo et ses « usines à étudiants »
    Face à la tentation de déconnecter, certains se reprochent leur égoïsme…

    Je comprends ce qu’ils veulent dire, et, en un sens, je trouve que cette remarque témoigne d’une posture très intéressante, bien loin des comportements précisément individualistes ou égocentrés qu’on leur prête. Ils ont conscience que s’informer, c’est être éveillé au monde, que cela permet d’agir et de réagir, qu’il est essentiel d’être en mesure d’objectiver l’information. Alors quand ils débranchent, ils s’en font le reproche. Je constate aussi que c’est souvent une affaire de dosage. Ils se déconnectent quand la pression est trop forte mais ils y retournent après. J’ajouterai néanmoins que le choix de ce mot d’égoïsme est attristant : il en dit long sur la pression que l’on met sur eux et sur la perception qu’ils ont d’eux-mêmes.

    La grande assemblée consacrée au thème « Déconnecter… ou pas ! Est-il égoïste de se couper du monde ? » a lieu samedi 22 mars, de 15 heures à 16 h 30, à l’auditorium des Champs libres (10, cours des Alliés, 35000 Rennes​). Entrée libre.

    L’intégralité du (riche) programme du festival Nos futurs est accessible en suivant ce lien.

    Cet article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec les Champs libres et Rennes Métropole.

    Emmanuel Davidenkoff

    #Anne_Cordier #Information #EMI #Le_Monde

  • Agathe, Ilyès, Loana et tous les autres : épisode 1/4 du podcast Les enfants du millénaire | France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/agathe-ilyes-loana-et-tous-les-autres-2735346

    Rencontre avec ces jeunes, enfants du numérique, en chair et en os.

    Dans cet épisode, on fait la connaissance des jeunes que nous allons suivre pendant ces quatre épisodes, des enfants du numérique, bel et bien en chair et en os. Anne Cordier situe cette génération “Quand on évoque la génération Z, on évoque généralement les enfants nés à la fin des années 90 jusqu’au début des années 2000. C’est un génération qui serait caractérisée par le fait d’être née en même temps qu’Internet” et Lua se félicite “Pendant longtemps, j’avais un peu le seum d’être née au XXIè siècle. Je trouvais que c’était un peu la loose. Je voulais naître dans les années soixante-dix, je trouvais que c’était la plus belle époque alors que je ne l’ai pas vécue. Mais plus je grandis et plus je me dis que j’ai trop de chance, je trouve qu’on est la meilleure génération, hyper matures, conscients, bienveillants”

    Ils font partie de ceux que l’on appelle la génération Z, un terme largement employé par le marketing. Anne Cordier précise "Pierre Bourdieu a écrit dans les années 80 “La jeunesse n’est qu’un mot”, et dans ce texte, il rappelle combien le fait de ramener quelqu’un à son âge était en fait une façon d’introduire un pouvoir, une sorte d’ordre de domination sur cette personne dite jeune.”

    #Anne_Cordier #France_Culture #Génération_Z

  • Anne Cordier, Grandir informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes
    https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/36027

    Cécile Dolbeau-Bandin
    p. 596-601
    https://doi.org/10.4000/11wyx
    Référence(s) :

    Anne Cordier, Grandir informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes, Caen, C&F Éd., 2023, 343 pages.
    Texte | Citation | Auteur
    Texte intégral
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    1Cet ouvrage comporte 12 parties dont une partie de et 11 thématiques avec un seul objectif : « Donner à voir et à ressentir les expériences éprouvées, au sein de la famille, du groupe de pairs, de l’école, mais aussi d’espaces comme la médiathèque de quartier, le café ou la communauté en ligne » (p. 15). Cette recherche essaie de saisir les pratiques informationnelles et communicationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes dans un contexte particulier (crise sanitaire, flambée des infox) et technologique (déploiement des médias sociaux, des applications, du smartphone et des vidéos).

    2Des échanges et des témoignages avec des enfants, adolescents et jeunes adultes, menés de 2012 à 2022, permettent de retracer leur parcours biographique informationnel et de bien distinguer le panel émotionnel engendré par l’activité informationnelle : l’information documentaire qui est l’objet d’émotions positives et l’information dite d’actualité qui génère des émotions exacerbées et est souvent rattachée à un « champ anxiogène » (p. 26). Quoi qu’il en soit, des sociabilités informationnelles se mettent en place en partageant leurs découvertes informationnelles entre pairs ou/et proches ; et une notion de plaisir est associée à cette activité informationnelle liée aux loisirs ou à la sphère académique.

    3Leurs pratiques informationnelles sont issues d’un héritage familial : « La famille tient une place importante dans leurs discours à propos de leurs pratiques informationnelles, tant passées qu’actuelles » (p. 44). Ces pratiques reposent sur une transmission d’appétence et un soutien d’appétence. L’activité informationnelle en famille est aussi ritualisée, socialisée et source d’imitation. La relation avec le numérique est relative à l’information par le biais de la famille. En outre, les pratiques informationnelles ont aussi un héritage et les répertoires de ces pratiques sont profondément culturels, ce qui induit une prise en charge informationnelle.

    4À l’école primaire, une ritualisation autour de la lecture de la presse est mise en place. On parle ainsi de sensibilisation articulée autour de la recherche d’informations en ligne et de rituels informationnels. Au collège, l’expérience informationnelle semble se concentrer sur l’année de sixième durant laquelle les élèves sont accompagnés par un documentaliste au centre de documentation et d’information (CDI). Anne Cordier insiste ainsi sur le fait qu’une éducation à l’information, aux médias et au numérique à la hauteur des enjeux sociaux, culturels et politiques doit être mise en place à l’école primaire, au collège, au lycée et à l’université.

    5Durant leur enfance, le média de référence pour accéder à la documentation reste la télévision. À l’adolescence, un détachement affectif et pragmatique vis-à-vis de la télévision s’effectue. Le Web a une place prédominante dans l’écosystème informationnel des jeunes. Les adolescents décrivent leurs démarches d’information par les médias sociaux comme non volontaristes : c’est une « activité informationnelle fortuite et souvent indécise » (p. 117). Ils utilisent aussi le moteur de recherche Google. De plus, le fil d’actualité (Discover via Snapchat) concentre voire conditionne l’accès à l’information, et notamment à la presse, comme source d’information. Ce qu’énonce clairement Théo, un élève de première économique et sociale (ES) : « J’arrive à être informé sans le vouloir » (p. 117). Ces jeunes s’informent sans obligation. La radio n’est pas partie prenante dans leur écosystème informationnel.

    6Les pratiques informationnelles juvéniles sont des pratiques quotidiennes reposant sur une grande diversité de dispositifs et d’espaces de médiation des savoirs. Les enfants et adolescents évoluent au sein d’un régime intermédiaire, fait de complémentarité et de dialogue entre espaces et ressources en ligne et hors ligne. Les fonctions socialisatrices des espaces sont démontrées : ces espaces « ancrés dans une dynamique sociale » (p. 155) témoignent d’une certaine forme de convivialité. Il est important de les penser comme des lieux d’acculturation à l’information et pas simplement comme des lieux de vie : « Les espaces documentaires ont un rôle fondamental pour l’exercice d’une pensée critique, la compréhension d’un monde complexe et le pouvoir d’agir dans ce monde. Et cela passe par une reconnaissance de l’usage du lieu comme acteur informationnel » (p. 156).

    7Cet ouvrage atteste de l’existence de culture plurielle de l’information, des médias et du numérique qui se « coconstruisent dans des processus sociaux dynamiques et évolutifs » (p. 176) en corrélation avec la biographie des acteurs, leur engagement et leurs aspirations personnelles. Il est important de plaider pour une reconnaissance effective de l’expertise informationnelle acquise et effectuée hors des murs académiques. Ainsi s’agit-il de reconnaître les individus, de prendre conscience de la mobilisation de compétences informationnelles dans des sphères diverses (professionnelles, politiques ou de loisirs). Les cultures de l’information sont multiples et se répandent dans toutes les sphères sociales. Par conséquent, l’éducation à la formation ne peut être considérée uniquement via le milieu scolaire et ses exigences.

    8Tous les récits de ces jeunes adultes démontrent la nécessaire affiliation à un monde de référence exigeant sur le plan informationnel, quelquefois éloigné des habitudes et postures des jeunes concernés. Cet engagement dans ces processus d’acculturation informationnelle sont parfois onéreux sur le plan cognitif et temporel. Il existe bien un capital informationnel ou plus exactement un « avantage informationnel » (Laura Robinson, « Information-Seeking 2.0. The effects of Informational Advantage », RESET, 1, 2012. https://doi.org​10.4000/​reset.135). L’éducation à l’information doit être une éducation qui précise les codes et les décrypte : « Prendre en compte et respecter les pratiques informationnelles de chacun, considérer avec respect toutes les ressources informationnelles que les jeunes convoquent dans leur quotidien est une chose fondamentale » (p. 209).

    9Afin de mettre en lumière à la fois des privilèges techniques et des privilèges informationnels, A. Cordier se réfère aux travaux de Dominique Pasquier (L’Internet des familles modestes. Enquête dans la France rurale, Paris, Presses des Mines, 2018) et à l’étude menée par les Emmaüs Connect et l’Observatoire des inégalités (2015). Le fait d’asséner qu’il existe des digital natives n’inclut pas tous ces jeunes adultes et même les exclut. Par exemple, l’usage du numérique dans une salle de cours peut devenir une nouvelle expérience de l’inégalité et agir comme un espace de reproduction de distinction (Pierre Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Éd. de Minuit, 1979). Il existe également des inégalités de genre comme l’expertise masculine du numérique. Ces inégalités sont encore présentes dans notre société : « Ce sont bien des connaissances techniques, informationnelles et culturelles qui vont permettre à chacun de ces jeunes adultes de s’épanouir et surtout de prendre place dans la société » (p. 231).

    10Pour ces jeunes, l’évaluation de l’information est une tâche fort complexe et leur démarche est bien souvent incertaine. Cette évaluation est surtout présente pour l’information en ligne. Dans leur imaginaire, l’imprimé serait plus fiable. Ils ne vérifient pas l’information plaisir. Leur vérification (date, références scientifiques, mention d’un auteur, etc.) est associée à un contexte plus académique. Wikipédia reste le premier site qu’ils consultent, une sorte de portail informationnel. Ces jeunes sont inquiets vis-à-vis des infox qui génèrent de l’anxiété. Ils sont sensibles au design des objets informationnels (smartphones) et à la présentation de l’information. Loin d’une soumission, ces jeunes cherchent un équilibre favorisant leur épanouissement singulier. De YouTube à TikTok, les recommandations constituent pour ces jeunes adultes des leviers d’exploitation. A. Cordier souligne l’exploitation informationnelle et l’enrichissement de l’univers personnel. Néanmoins, ils mettent tous en évidence la difficulté de conserver une certaine maîtrise en raison du système de notification qui constitue une forme d’oppression. Ils ont pleinement conscience de l’existence de la bulle de filtre et des modes de surveillance via internet. Une culture technique et économique du Web et de l’information s’avère indispensable pour la compréhension du pouvoir d’agir sur les algorithmes (Dominique Cardon, « Le pouvoir des algorithmes », Pouvoirs, 164 [1], 2018, p. 63-73).

    11Contrairement aux discours sociaux répandus sur la désaffection des jeunes pour l’information, les propos et pratiques des acteurs enquêtés témoignent d’un engagement non négligeable dans l’activité informationnelle. Seulement, la manière dont ils conçoivent et entreprennent cette activité ne correspond pas à la représentation que l’on peut traditionnellement en avoir, ni à des discours tenus par des médiateurs. Pour eux, il s’agit d’accéder à une information efficace et rapide qui serve à la fois leurs besoins académiques et personnels. Si la recherche d’informations en ligne permet de répondre à des attentes scolaires du collège au lycée, elle est conjointement associée à l’enrichissement de ses connaissances personnelles (loisir, centre d’intérêt). L’information de type documentaire est au cœur de leur exploration et ils aiment la chercher ou l’approfondir. Lorsqu’il s’agit de s’informer pour des besoins académiques, les acteurs sont vigilants à l’égard des sources d’informations et opèrent systématiquement un croisement de ces ressources. L’engagement dans l’activité informationnelle est constant et limpide entre les sphères formelles et non formelles. Au cœur de leur pratique informationnelle, YouTube paraît incontournable dans l’étude de l’écosystème informationnel personnel. Les discours des adolescents et jeunes adultes et leurs modes de gestion de l’information et des connaissances sont traversés par l’accès à l’immédiateté et la mobilité. Ce qui leur permet de satisfaire leur envie de connexion, d’interaction et d’informations. La fonction communicationnelle du smartphone est évidente ; et le rôle de cet objet connecté dans l’activité informationnelle l’est beaucoup moins. Pourtant, il favoriserait le déploiement d’une activité informationnelle fortement appuyée via les médias sociaux.

    12En définitive, cet ouvrage montre que l’information, les activités et pratiques informationnelles font intrinsèquement partie du quotidien des enfants, adolescents et jeunes adultes accompagnés d’inquiétudes, de joie et d’obstacles. Il est important d’instituer une éducation aux médias et à l’information de la maternelle à l’université. L’enseignement de la méthodologie de travail universitaire, notamment de la recherche documentaire, est nécessaire. Mais il sera important d’inclure cette notion de plaisir : le plaisir à rechercher de l’information. Négliger la pluralité de pratiques informationnelles de ces jeunes, c’est occulter les besoins fondamentaux pour l’insertion sociale et professionnelle. A. Cordier souligne que le « sentiment d’illégitimité informationnelle est prégnant dans les propos tenus par les enfants, adolescents et jeunes adultes étudiés » (p. 315). Afin d’y remédier, il serait préférable de guider et d’accompagner ce jeune public vers des offres médiatiques et informationnelles qui croisent leurs centres d’intérêt et favorisent la culturation informationnelle de ceux qui ne disposent pas des codes. Cet « immense sentiment de solitude informationnelle » (p. 316) est surtout décrit par des étudiants qui entrent à l’université. A. Cordier souligne que les discours ordinaires sur les pratiques numériques de ces jeunes opposent les parents, les enseignants et ces jeunes adultes. Alors qu’il serait temps de les reconnecter tous ensemble pour le bien de nos jeunes !

    13Cet ouvrage se termine sur la description du travail de recherche mené par A. Cordier. Elle y décrit les tenants et aboutissants d’une recherche scientifique menée en sciences humaines et sociales et plus spécifiquement en sciences de l’information et de la communication. On y retrouve encore une fois cette notion de plaisir, de temporalité, de contexte et de respect de l’autre. Elle souligne aussi qu’il est important de diversifier les techniques d’enquête. Cela fait plus de 10 ans qu’A. Cordier enquête, observe, suit, est en contact, connaît et respecte Amélie, Anaïs, Delphine, Élise, Flavien, Guillaume, Julie, Kelly, Kim, Morgane, Reynal et Zoé…

    14Ce livre est un outil indispensable pour les enseignants du primaire, du secondaire et surtout du supérieur : c’est une clé pour accompagner, guider avec bienveillance les jeunes dans leur pratique informationnelle, en ligne et hors ligne, et développer leur sens critique. Cette enquête de terrain, met enfin un terme au débat dépassé et stérile de savoir si le numérique est positif ou négatif, aux termes réducteurs (digital natives, petite poucette, crétins digitaux, etc.). Ce qui fait écho à Hannah Arendt (Condition de l’homme moderne, Paris, Éd. Calmann-Lévy, 1961 [1958]) : nous sommes tous pareils mais tellement différents !

    15Seulement, cet ouvrage devrait insister davantage sur les pratiques des enseignants du primaire, il aurait été intéressant de décrire avec minutie leur cheminement : comment compensent-ils ? Quel est leur processus de recherche informationnelle ? Il aurait été bénéfique de développer ou d’illustrer les dimensions affectives et émotionnelles de la pratique informationnelle : ils ont plaisir à chercher, mais comment gèrent-ils leur frustration liée à cette recherche informationnelle ?

    Cécile Dolbeau-Bandin, « Anne Cordier, Grandir informés. Les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes », Questions de communication, 45 | -1, 596-601.
    Référence électronique

    Auteur
    Cécile Dolbeau-Bandin
    Cerrev, Université de Caen-Normandie, F-14000 Caen, France cecile.dolbeau[at]unicaen.fr

    #Anne_Cordier

  • Conférence Anne Cordier : le rapport des jeunes à leur téléphone portable et à l’information. - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=xKWhIegAYWo

    Dans le cadre du projet DE FACTO, Anne Cordier, professeure des universités et chercheuse en sciences de l’information et de la communication au CREM, Centre de recherche sur les médiations, à l’université de Lorraine a réalisé une étude qualitative sur la réception de la bande dessinée « Dans la tête de Juliette » par les ados.

    #Anne_Cordier #Jeunesse #Culture_numérique

  • Les professeurs tirent la sonnette d’alarme et dénoncent les lacunes des nouvelles générations !
    https://www.hommedumatch.fr/p-2797943
    https://www.hommedumatch.fr/wp-content/uploads/2024/11/Lycee_1731607967.jpg

    Le paysage numérique actuel se transforme à une vitesse inédite, mais un constat alarmant émerge : les jeunes générations semblent perdre des compétences informatiques essentielles. Des enseignants expriment leur inquiétude face à des élèves qui peinent à réaliser des tâches simples sur un ordinateur, remettant en question l’efficacité de l’éducation numérique.

    Ce phénomène, observé par des chercheurs et des enseignants, soulève des interrogations sur la véritable maîtrise des outils numériques par les « natifs du numérique ». Alors que les smartphones dominent la vie quotidienne des adolescents, leur capacité à utiliser un ordinateur pour des tâches basiques s’amenuise, ce qui pourrait nuire à leur future employabilité.

    Anne Cordier, spécialiste en sciences de l’information, a noté une baisse significative des compétences informatiques chez les élèves, de l’école primaire au lycée. Cécile Cathelin, professeure de lettres, renchérit en affirmant que même des actions élémentaires, telles que l’ouverture d’un document Word, posent problème à de nombreux lycéens.

    La crise sanitaire liée à la Covid-19 a mis en lumière ces lacunes, révélant l’impréparation des élèves face à l’enseignement à distance. Yasmine Buono, experte en éducation numérique, remet en question l’idée selon laquelle la familiarité avec les réseaux sociaux et les jeux vidéo équivaut à une compétence informatique globale.

    Le smartphone, omniprésent dès le plus jeune âge, semble être le principal facteur de cette situation. Son utilisation récréative prend le pas sur l’acquisition de compétences bureautiques et professionnelles, créant un fossé entre l’usage intuitif des applications mobiles et la maîtrise des logiciels sur ordinateur.

    Les inégalités d’accès aux technologies exacerbent les disparités entre élèves. Anne Cordier souligne que les enfants issus de milieux défavorisés sont particulièrement touchés par ce phénomène. La crise sanitaire a accentué cette fracture numérique, rendant l’ordinateur indispensable pour suivre une scolarité à distance.

    Cécile Cathelin note que même dans les établissements privés, où l’on pourrait s’attendre à une meilleure acculturation numérique, les compétences des élèves ne sont pas nécessairement supérieures. Les parents, même ceux de catégories socioprofessionnelles élevées, partagent peu leurs connaissances informatiques avec leurs enfants, posant ainsi des questions sur la transmission intergénérationnelle des compétences numériques.

    Au-delà des compétences techniques, Yasmine Buono insiste sur l’importance de la communication numérique. Les élèves, habitués à des échanges informels sur les réseaux sociaux, éprouvent des difficultés à adopter un ton professionnel dans leurs communications électroniques. Cette lacune se traduit par des problèmes pour rédiger des e-mails formels et structurer des messages de manière cohérente.

    Pour remédier à ces carences, il est crucial d’enseigner les bonnes pratiques de communication numérique adaptées aux différents contextes professionnels. Les solutions envisagées incluent l’intervention de professionnels du numérique dans les établissements scolaires, comme le suggère Cécile Cathelin avec sa plateforme Educatee, afin d’apporter une expertise pratique aux élèves.

    Anne Cordier appelle également à réintroduire l’enseignement des bases de l’informatique dans les programmes scolaires. Elle souligne l’importance de fournir un équipement adéquat, d’intégrer l’informatique dans la routine quotidienne des classes et de former les enseignants aux compétences numériques.

    Ces mesures visent à combler le fossé technologique et à préparer les jeunes générations aux exigences du monde professionnel moderne. La maîtrise des outils informatiques est essentielle pour leur avenir, soulignant ainsi la nécessité d’une réforme urgente de l’éducation numérique.

    #Education_médias_information #EMI #Anne_Cordier

  • TikTok : « Une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, il est très difficile de s’en échapper » | TF1 INFO
    https://www.tf1info.fr/high-tech/tiktok-effet-terrier-de-lapin-une-fois-qu-on-a-mis-le-doigt-dans-l-engrenage

    Interview de Anne Cordier

    Ces adolescentes ont toutes été victimes de ce qu’on appelle l’effet « terrier de lapin » (ou « rabbit hole » en anglais) qui vaut à TikTok de vives critiques, notamment aux États-Unis où des procédures judiciaires sont également en cours.

    Pour en savoir plus sur cet épiphénomène, TF1info a contacté la chercheuse Anne Cordier, spécialiste des réseaux sociaux et autrice du livre Grandir informés : les pratiques informationnelles des enfants, adolescents et jeunes adultes (aux éditions C & F, 2023).

    Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste exactement cet effet « terrier de lapin » ?

    Anne Cordier : Derrière ce concept, il y a en fait deux choses. D’abord le fait de considérer qu’un réseau social ou un outil technique, quel qu’il soit, est configuré de manière à garder les gens présents et donc à accentuer leurs émotions et leurs ressentis. Après, l’autre élément - qui est très complexe dans cette affaire-là - c’est que les adolescents concernés étaient sans aucun doute porteurs de vulnérabilité. Il y a un effet miroir créé par l’algorithme les renvoyant tout le temps à des contenus qui, de façon obsessionnelle, viennent entretenir le mal-être de l’adolescent. De la même manière que s’ils consultaient des choses plus joyeuses, cela viendrait entretenir leur intérêt pour ces contenus-là.

    Une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, il est très difficile de s’en échapper.

    Anne Cordier

    L’algorithme de TikTok est conçu pour faire en sorte que vous restiez au maximum dans le dispositif. Et donc, pour que vous y restiez, il faut vous servir des choses qui vous « conviennent ». Convenir dans le sens qui font vraiment écho à vos préoccupations du moment. En cela, la formulation de la plainte est intéressante. Il ne s’agit pas de dire TikTok rend dépressif, ce qui serait complètement absurde au vu du fonctionnement de la psychologie humaine. Par contre, cela renvoie quand même la responsabilité à la plateforme s’agissant d’un mode de fonctionnement qui ne permet pas à un utilisateur qui irait mal ou qui s’enferme dans une idéologie, quelle qu’elle soit, d’en sortir. Une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, il est très difficile de s’en échapper.

    Sur cette vidéo, une jeune femme assure ne verser qu’un litre de carburant. Le total à la pompe diffère de 14 cl, ce qui lui fait conclure à une vaste arnaque. Des accusations balayées par les spécialistes.

    À cela s’ajoute le fait que les contenus tournent en boucle à l’infini l’écran, ce qui renforce le caractère addictif…

    Au-delà du fait de scroller (faire défiler, ndlr) en continu sur l’écran, il y a aussi une boucle dans les contenus eux-mêmes. On peut même parler de boucle psychologique. C’est-à-dire qu’effectivement, ça ne s’arrête plus. Et puis l’algorithme fonctionne aussi selon ce critère : on sait que les contenus les plus choquants, violents et sombres sont ceux qui retiennent le plus d’attention. Cela va donc faire remonter d’autant plus les contenus nocifs. L’individualisation de la pratique accentue également cette boucle, l’utilisateur étant seul face à son écran. Il cherche et regarde seul les contenus, ce qui renforce son enfermement.

    Si cette plateforme inquiète davantage qu’Instagram, c’est surtout parce que les adultes y sont moins présents.

    Anne Cordier

    Pourquoi cet effet terrier de lapin est-il plus présent sur TikTok que sur les autres plateformes ?

    Si cette plateforme inquiète plus qu’Instagram, c’est surtout parce que les adultes y sont moins présents. Or, on a tendance à fantasmer davantage sur les choses qu’on ne maîtrise pas. Mais il faut quand même souligner le fait que l’algorithme conçu par TikTok est extrêmement performant.

    Si on part du principe que l’algorithme est capable de détecter ces contenus pour les proposer à l’utilisateur, on se dit que TikTok devrait être en mesure de les supprimer, non ?

    C’est toute la question de la régulation des contenus sur les réseaux sociaux et en ligne, sachant qu’on va avoir des critères qui vont changer selon les aires culturelles, les régimes politiques. L’enfer est pavé de bonnes intentions. On pourrait se dire que le problème pourrait facilement être réglé en supprimant ces contenus qui provoquent ce mal-être voire pire chez des ados. Mais la question est plus générale : elle porte sur l’ensemble des contenus. Et là, tout devient bien plus complexe. C’est la raison pour laquelle les plateformes ne s’emparent du sujet.

    Les plateformes ont tendance à se vanter de leur hyper-performance lorsqu’elles créent des fonctionnalités. Mais dès qu’on leur demande de restreindre un petit peu les contenus, elles se sentent extrêmement démunies. C’est assez surprenant comme mode de défense. On ne peut pas d’un côté dire qu’on est surpuissant et de l’autre donner l’impression d’être comme une poule qui a trouvé un couteau.

    Plutôt que de condamner la pratique, il faut comprendre qu’elles en sont les usages. Cela en dit beaucoup sur leur bien-être et leur mal-être.

    Anne Cordier

    Les parents se sentent souvent démunis. Comment agir pour désamorcer une situation avant qu’elle ne devienne problématique ?

    En fait, il y a un double problème. Le premier, qui est malheureusement assez connu sur le plan anthropologique, c’est que quand on est un ado, se confier à ses parents, ce n’est quand même pas le premier réflexe. On l’a tous été un jour, on a des ados, et on sait que les premiers confidents, ce ne sont pas les parents. Le deuxième, dont on n’a pas assez conscience, c’est que tous les discours que nous tenons en tant qu’adulte de façon générale sur les réseaux sociaux et sur l’espèce d’abêtissement que ces derniers produiraient sur la jeunesse desservent en réalité le dialogue qu’on devrait avoir avec les enfants sur ce sujet.

    Il y a deux ans, des adolescents m’avaient parlé des contenus violents sur la guerre en Ukraine qui circulaient en ligne. Elles se renvoyaient les vidéos le soir chez elles, pour partager l’émotion en fait. Et quand je leur ai demandé pourquoi elles n’en avaient pas parlé avec leurs parents, elles m’ont dit que leur réponse aurait été qu’est-ce que tu faisais encore sur TikTok ? Alors que le sujet là, ce n’est pas le fait d’être sur TikTok, mais comment appréhender un contenu choquant. La question du dialogue avec l’enfant est centrale. Plutôt que de condamner la pratique, il faut comprendre qu’elles en sont les usages. Cela en dit beaucoup sur leur ressenti, aussi leur bien-être que leur mal-être.

    #Anne_Cordier #TikTok #Effet_Terrier_de_lapin

  • Conférence n°6 - Les élèves ne s’informent plus, ou pire, ils s’informent mal ! - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=NKN9E85BhxY

    c’est quoi s’informer en fait parce que quand toutes les idées reçues ou les affirmations que vous avez dites c’est des choses qu’effectivement on entend beaucoup aujourd’hui ils se forment pas ils s’en font plus un format ils se désinforment ont les désinforme une espèce de puissance maléfique qui a géré comme ça voilà extérieur à nous-mêmes adultes bien sûr nous ne sommes jamais responsables de la désinformation des jeunes et en fait ça pose vraiment d’aller voir la question de c’est quoi s’informer et quand on interroge déjà les adolescents et quand on regarde leur pratique d’information on voit qu’en fait il y a la question des pratiques d’information sur l’actualité politique culturelle sportive nationale international fait exprès de faire les différentes échelles et puis les pratiques pardon d’informations dites documentaire plutôt sur les loisirs ou l’exposer qu’on doit faire en classe sur les pyramides ou les informations de service je cherche un stage en alternance tout ça c’est des pratiques d’information en fait donc aujourd’hui quand on dit il s’informe pas il s’informent faudrait qu’on précise de quel type à quel type d’information on fait allusion première chose ensuite une deuxième chose sur ces questions là c’est c’est comment on mesure ça et comment on peut aujourd’hui dire que les jeunes sont enclins à être dans une désinformation

    #Anne_Cordier #Information #Jeunesse #Désinformation

  • Enfants influenceurs : un début de prise de conscience mais peu de contrôles
    https://www.la-croix.com/france/enfants-influenceurs-un-debut-de-prise-de-conscience-mais-peu-de-controles

    Analyse

    Quatre ans après la promulgation d’une loi sur les enfants influenceurs en 2020, les parents semblent se conformer au cadre légal et mieux saisir les dangers liés à la surexposition de leurs enfants en ligne. Mais les contrôles de l’inspection du travail restent insuffisants.

    Capucine Licoys, le 23/10/2024 à 05:20

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    Lecture en 5 min.
    Enfants influenceurs : un début de prise de conscience mais peu de contrôles
    En 2020, une loi a été adoptée pour encadrer l’activité des enfants influenceurs, souvent exposés en ligne par leurs parents. artiemedvedev / Getty

    Tiago Tanti, Cayden Correia, Ruby Guedj. Leurs noms ne vous disent peut-être rien, pourtant à eux seuls, ils cumulent près de 2,7 millions d’abonnés sur Instagram. Petite particularité de ces trois stars des réseaux sociaux, aucun n’a plus de 6 ans. Ils font partie de ce qu’on appelle les « enfants influenceurs » : ces mineurs dont la vie quotidienne est mise en scène sur Internet, souvent exploitée à des fins commerciales. Ils sont au cœur de la série Les Enfants sont rois, inspirée du roman éponyme de Delphine de Vigan, disponible ce mercredi 23 octobre sur Disney+.
    À lire aussiSérie : « Les enfants sont rois », une plongée glaçante dans l’univers des bébés influenceurs

    Outre ces comptes dont les enfants sont les héros, des parents influenceurs mettent aussi régulièrement en scène le quotidien de leur progéniture. Si ces contenus n’ont pas toujours un but lucratif, c’est le cas des trois quarts d’entre eux (77 % de ces parents disent en effet avoir un partenariat en cours avec au moins une marque, selon une étude de l’Observatoire français de la parentalité et de l’éducation numérique réalisée en 2022).

    Ces chiffres en disent long sur l’ampleur du marché lucratif reposant sur l’exposition du quotidien des enfants en ligne, à grand renfort de publications parrainées par des marques de luxe, ou de vidéos YouTube (vlogs) faisant la promotion de jeux. Avant 2020, les parents avaient le champ libre pour publier ce type de contenus mettant en scène ces petits travailleurs des plateformes en ligne, en l’absence de cadre légal.

    Jusqu’à ce que Bruno Studer, alors député Renaissance, cherche à combler ce vide législatif : « Le cœur de la loi, c’est de protéger les enfants se trouvant dans une relation de travail claire, via un partenariat de marque, mais aussi les zones plus grises d’Internet, notamment les collaborations masquées avec des plateformes qui monétisent les vues, comme YouTube », explique l’ancien élu.
    Des contrôles insuffisants

    Promulguée le 19 octobre 2020, la loi visant à encadrer l’exploitation commerciale des mineurs devient alors, selon Bruno Studer, « une première pierre dans le chantier de la protection de l’image de l’enfant en ligne ». Dorénavant, chaque mineur de moins de 16 ans bénéficie dans ce domaine d’horaires de travail encadrés et d’un droit à l’oubli numérique, qu’il peut exercer sans l’autorité d’un tuteur.

    L’activité d’un enfant influenceur tombe aussi sous le coup des règles protectrices du code du travail : à l’instar des mineurs opérant dans le monde du mannequinat, les parents doivent demander un agrément à l’administration. « Pour toute collaboration commerciale, même l’apparition minime d’un enfant, d’un de ses doigts ou de ses pieds, il faut un contrat », confirme une employée d’une agence de communication dédiée au marketing famille, qui collabore avec des influenceurs parentaux. En outre, une partie des revenus perçus par l’enfant doivent être remis à la Caisse des dépôts, afin d’être bloqués jusqu’à la majorité de l’enfant.
    À lire aussiBruno Studer : « Il faut mieux protéger les enfants filmés par leurs parents »

    Afin de s’assurer d’être en règle, les agences d’influence collaborent fréquemment avec les agences de mannequinat, et les grandes marques sont particulièrement vigilantes au respect de la réglementation. Peut-on pour autant dire que le texte a porté ses fruits et qu’il protège mieux les enfants ? « Les choses se sont améliorées puisque, avant, beaucoup de marques et de créateurs faisaient n’importe quoi, on voyait des enfants sur des comptes rémunérés sans contrat », reconnaît Oralie Guenzi, gérante de l’agence d’influence JustGo Agency, spécialisée dans la famille et la parentalité.

    Mais force est de constater que dans le monde des influenceurs, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, puisque les contrôles de l’inspection du travail restent marginaux : « Au sein de notre agence, nos contrats “enfants” n’ont jamais été vérifiés depuis le passage de la loi, et à ma connaissance, aucun influenceur n’a fait l’objet de contrôles, ni reçu d’amende, ce que j’ai plusieurs fois fait remonter aux pouvoirs publics, explique-t-elle. Depuis la création de notre agence en 2018, on ne compte pas les contrats perdus avec certaines marques, qui se tournent vers d’autres agences moins regardantes. » Contactée, l’inspection du travail n’a pas répondu à nos sollicitations.
    « Du travail potentiellement forcé ou illicite »

    Outre la question de la relation de travail, désormais codifiée, se pose aussi la question du consentement de l’enfant à être exposé en ligne. La loi de 2020 dispose qu’une visite médicale doit être effectuée et un certificat délivré, prouvant que l’enfant est apte à apparaître devant une caméra. Mais comment s’assurer, dans un contexte de manque de contrôle, de l’assentiment du mineur à voir son image exploitée ?
    À lire aussi« Parents, résistez à la tentation de trop exposer vos enfants en ligne »

    « Ce qui est en jeu, c’est du travail potentiellement forcé ou illicite », alerte Bruno Studer, qui estime que des opérations de contrôle renforcées sont nécessaires. Et même dans les cas où les parents feraient preuve d’assiduité dans les contrôles, un enfant peut difficilement se rendre compte des conséquences de sa notoriété en ligne. « Schématiquement, un enfant devient capable de réflexion sur son image en ligne et les traces qui resteront sur les réseaux sociaux, à partir de la préadolescence », analyse Anne Cordier, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, spécialiste des pratiques numériques de la jeunesse.

    Autre corollaire de cette exposition en ligne, le mineur exposé se retrouve au cœur d’une transaction, ce qui peut être néfaste pour son développement psychique. « L’enfant est une personne, pas une marchandise, souligne encore Anne Cordier. Lui faire faire de la publicité aussi jeune peut lui donner l’impression qu’il n’a pas de valeur sans les likes. » Depuis la loi de 2020, l’arsenal juridique visant à renforcer les droits des enfants influenceurs s’est musclé à deux reprises. Promulguée en juin 2023, la loi visant à encadrer l’influence commerciale prévoit une peine de cinq ans de prison ainsi qu’une amende de 75 000 € pour les représentants légaux opérant sans contrat.

    Une autre, promulguée en février 2024, inscrit la notion de vie privée de l’enfant dans le code civil. Une manière de sensibiliser les parents aux conséquences de l’exposition de leurs enfants en ligne. « C’est une première étape vers l’idée qu’être parent sur le numérique peut faire l’objet de sanctions », insiste Bruno Studer, qui a porté cette loi.
    À lire aussiArnaques et publicité déguisée : fin de partie pour les influenceurs ?

    La prise de conscience des enjeux liés à l’influence sur de jeunes cerveaux a bien commencé, « mais le vrai enjeu dorénavant, c’est de pleinement faire appliquer la loi car le marché reste incontrôlé », martèle le député socialiste Arthur Delaporte, corapporteur de la loi sur les influenceurs de 2023. « Peut-être faudra-t-il un scandale retentissant pour que les choses bougent », présume de son côté Bruno Studer. Ou peut-être que la nouvelle série Les Enfants sont rois, thriller inspiré de ces enfants célèbres en ligne, permettra de faire regagner le sujet en acuité dans le débat public.

    #Enfants #médias_sociaux #Anne_Cordier

  • Lorraine. Les jeunes ont « un sentiment d’illégitimité informationnelle » estime la chercheuse Anne Cordier
    https://www.vosgesmatin.fr/education/2023/11/08/les-jeunes-ont-un-sentiment-d-illegitimite-informationnelle-estime-la-ch

    Anne Cordier est professeure des universités en sciences de l’information et de la communication (Infocom, Nancy). Dans son dernier ouvrage, « Grandir informés », elle analyse les pratiques informationnelles des ados (10-17 ans). Elle revient sur la relation entre les jeunes, les médias et l’information.
    Propos recueillis par Carole OUDOT - 12 nov. 2023 à 06:00 | mis à jour le 15 nov. 2023 à 17:57 - Temps de lecture : 3 min
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    Selon Anne Cordier, chercheuse et professeure des universités, les ados « s’informent en sociabilité, pour le plaisir d’être avec les autres ». Photo Cédric Jacquot
    Selon Anne Cordier, chercheuse et professeure des universités, les ados « s’informent en sociabilité, pour le plaisir d’être avec les autres ». Photo Cédric Jacquot

    Comment les jeunes s’informent-ils ?

    Déjà, ils s’informent ! Par des biais multiples, mais pas uniquement sur les réseaux sociaux, ça, c’est faux. Les médias comme Konbini ou Brut, c’est le combo gagnant. On a la temporalité : c’est rapide et synthétique. Et, on a la preuve par l’image. Mais le premier moyen d’information, c’est le bouche-à-oreille, la famille. Ensuite, c’est la télévision, même si les ados regardent la télé parce que les parents la regardent. Ils insistent beaucoup sur le fait qu’ils s’informent en sociabilité, pour le plaisir d’être avec les autres. Par exemple, « je me lève plus tôt, pour regarder Télématin avec mon beau-père, c’est un moyen d’être avec lui ». Ça montre un besoin de lien social autour de l’information.
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    Pourtant, l’actualité est source d’anxiété pour la jeunesse…

    Les jeunes trouvent l’information très anxiogène. Ils vont plutôt aller chercher du média positif. Entre 10 et 17 ans, ils vont s’informer en recherchant du plaisir, sur des sujets qui les intéressent à leur âge : les loisirs, les activités culturelles. Le problème c’est qu’on ne considère pas ça comme de la « vraie actu ». Il y a un puissant sentiment d’illégitimité informationnelle. Et si leur principale source d’information, c’est par exemple, un créateur de contenu, ils ne vont pas oser le dire : ils estiment que ce n’est pas un moyen légitime de s’informer, ils savent que le discours autour peut être très négatif. Mais s’ils voient un adulte, un prof par exemple, utiliser Brut en cours, ils vont oser en parler.

    Les journalistes sont-ils légitimes pour faire de l’EMI ?

    L’éducation aux médias et à l’information (EMI) peut être faite par tout le monde : chacun a sa pierre à apporter à l’édifice. Le parent qui échange sur les images de l’actualité, fait de l’EMI. Le journaliste, quand il explique son travail et la fabrique de l’information, fait de l’EMI. À l’école, il y a un enseignant spécialisé, c’est le prof documentaliste. L’enseignant n’est pas journaliste et inversement, mais leurs interventions sont complémentaires.

    Le média idéal, ce serait quoi ?

    Un seul et unique média dont on serait sûr qu’il dise la vérité ! Cela reflète la peur des jeunes de mal s’informer. Avec un seul média, où tout est là et tout est vrai, on résoudrait le problème ! C’est surtout valable pour les plus jeunes, les lycéens se rendent compte qu’il faut du débat, de l’échange.
    Dans son ouvrage, Anne Cordier décortique les pratiques informationnelles des ados. Photo Carole Oudot

    Comment les jeunes perçoivent-ils les journalistes ?

    Les journalistes, pour les jeunes, c’est désincarné, c’est le problème. C’est important de comprendre que derrière « les journalistes », il y a de vraies personnes, avec des doutes, des questions. S’informer, ça demande de grosses compétences. Pour comprendre un fait d’aujourd’hui, il faut avoir la culture de celui d’hier : certains jeunes n’ont pas les clefs. C’est là que les adultes, notamment les journalistes, ont un rôle essentiel, pour comprendre comment l’information a été construite, comprendre qu’il y a une réflexion éthique derrière. On voit ici la complémentarité entre les regards avec l’enseignant qui va expliquer comment l’information participe au débat public et à la démocratie.

    Anne Cordier est enseignante-chercheuse au Centre de Recherche sur les Médiations (Crem) , coresponsable du master métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation à l’Université de Lorraine et autrice de l’ouvrage « Grandir informés » (C & F éditions, mai 2023).

    #Anne_Cordier #Journalisme

  • Constituer un réseau pluriel d’informations | CNNum | Traducteur et éclaireur des transformations numériques
    https://cnnumerique.fr/lettre-dinformation/constituer-un-reseau-pluriel-dinformations

    « Non seulement la jeunesse utilise de nouveaux outils pour se cultiver, mais elle produit elle-même de la culture, comme jamais auparavant. » Dans un entretien pour Le Monde, Anne Cordier revient sur l’idée selon laquelle les écrans rendraient les enfants et adolescents moins curieux et moins ouverts sur le monde qu’« avant. » Un cliché qui ne date pas d’hier, rappelle la chercheuse en sciences de l’information et de la communication, puisque déjà dans l’antiquité des textes font mention d’une inquiétude quant à « la baisse de niveau intellectuel de la jeunesse, son manquement à l’ordre social établi, son incapacité à faire lien social [...] provoquée par les comportements et les pratiques juvéniles. » L’article revient sur les nombreuses confusions qui entourent les mots-valise « écran » ou « temps d’écran » dont on ne peut se fonder pour distinguer les activités et mesurer la curiosité et la pratique culturelle. Anne Cordier avertit également sur l’erreur souvent commise de comparer trop rapidement les époques. S’appuyant sur une recherche menée avec une classe de terminale d’un lycée du Pas-de-Calais, elle affirme que les adolescents s’informent tout autant qu’il y a 20 ou 30 ans, et que leur capacité à écrire a considérablement augmenté à travers la prise de notes, la création de listes, la rédaction de récits sur des groupes Whatsapp…

    #Anne_Cordier #CNNUM