#anne_cordier

  • L’actualité à hauteur d’enfant
    https://www.franceinter.fr/emissions/barbatruc/barbatruc-du-samedi-02-octobre-2021

    Comment parler de sujets d’actualité avec les enfants ? De quelle manière leur expliquer les évènements graves, et comment rester attentif à ce qui les intéresse, eux ? Barbatruc explore le sujet avec un journaliste et une professeure en sciences de l’information et de la communication.

    Le procès des attentats du 13 novembre fait ressurgir une question difficile : comment parler des événements graves avec les enfants ? Que faire de notre émotion d’adulte et de notre peur de les effrayer ? A quelle distance se placer ?

    Actualité politique, internationale, culturelle, sanitaire… est-ce le rôle des parents que d’expliquer l’actualité aux enfants et aux ados ? Comment les aider à s’informer ? Mais aussi, comment s’intéresser à la façon dont ils s’informent ?

    Et si on évitait de se placer dans une position de surplomb ? Et si on s’interrogeait avec eux sur l’actualité ?
    Nos invité.e.s

    Julien Moch, journaliste et fondateur du studio indépendant de podcast jeunesse “Billy the cast”, consacré à l’animation et au développement de contenus jeunesse. Il produit “Qui a inventé”, podcast d’Images doc à destination des 8-12 ans

    Anne Cordier, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, chercheuse au centre de recherche sur les Médiations et autrice de Grandir connectés : les enfants et la recherche d’information, éditions C&F

    Au téléphone, Antoine Devos, pédopsychiatre au centre hospitalier de Bayeux et membre du conseil scientifique de la fédération nationale de l’école des parents et des éducateurs.

    #Anne_Cordier #Podcast #France_Inter #Barbatruc

  • Comment lutter contre la surexposition des écrans pour les enfants
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/comment-lutter-contre-la-surexposition-des-ecrans-pour-
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/image/-lUnxb55uqkZKqIzWLrxuML9Log/930x620/regions/2021/06/25/60d5d249c1692_boy-3826015-1920-5370706.jpg

    La place des écrans évolue chez les jeunes

    Anne Cordier, enseignante-chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication, observe que les jeunes ont l’habitude d’échanger entre eux sur l’usage et le temps passé sur les écrans. Personne ne peut se passer des écrans à l’heure actuelle. Elle s’interroge sur « Comment on s’en empare et comment on arrive à réguler les usages et les temps ? »

    Pour cela, il faut distinguer l’usage des écrans pour se divertir, pour travailler ou pour s’informer. Ainsi elle conseille de discuter avec le jeune de son usage des écrans, pour mieux le comprendre.
    5 astuces pour limiter les écrans de nos enfants

    Privilégier le jeu libre

    Au lieu de divertir les enfants avec des écrans, Isabelle Kratz conseille le jeu libre. « Jouer avec trois fois rien » explique l’orthophoniste. En jouant librement, l’enfant crée son propre jeu et décide de son fonctionnement. Vous pouvez disposer de nombreux jeux autour de l’enfant. Il est libre d’en choisir un pour explorer, déplacer des objets et laisser libre cours à son imagination. Un bout de tissu peut devenir une nappe pour la dinette ou une cape de super-héros par exemple. L’idée est de pousser l’enfant à développer sa créativité à partir d’un jouet.

    S’intéresser à ce qu’ils font sur les écrans.

    Nos enfants ne sont pas des « crétins digitaux » illustre Anne Cordier. Elle conseille de « voir le sens que certaines de ces pratiques ont pour eux ». Au-delà de l’écran, n’hésitez pas à échanger avec eux sur les liens sociaux qu’ils ont créés à travers les écrans. Être à l’écoute de leur usage permet de connaître comment ils se représentent les usages des écrans.

    #Anne_Cordier #Usage_numérique #Jeunes #Enfants

  • Réseaux sociaux : faut-il en finir avec les « likes » et l’économie de l’attention ? – Libération
    https://www.liberation.fr/economie/economie-numerique/reseaux-sociaux-faut-il-en-finir-avec-les-likes-et-leconomie-de-lattentio
    https://www.liberation.fr/resizer/BEyWyK_M28Ff825uWRpfwwW1xp0=/1200x630/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/OVQSOMG24NA6DH3V4XX74WPANA.JPG

    Ancien symbole de l’ère numérique, le « like » est accusé de tous les maux : course à la popularité, addiction… Facebook et Instagram proposent désormais de cacher les « likes » aux internautes qui se sentent sous pression. Mais à qui cela sert-il vraiment ?

    Popularisé par Facebook, où l’on peut « aimer » des contenus depuis 2009, le geste est devenu une norme sur les réseaux sociaux. (Aly Song/Reuters)

    par Lucie Ronfaut
    publié le 7 juin 2021 à 15h49

    Une cousine qui annonce sa grossesse ? J’aime. Un article que vous voulez mettre de côté pour lire plus tard ? Un cœur. Une vidéo que vous n’avez pas eu le temps de regarder, mais dont le sujet vous semble intéressant ? Pouce en l’air quand même. Des dizaines de publications Instagram que vous faites rapidement défiler, sans vraiment les regarder ? Pourtant, vous les « likez » toutes, un peu par réflexe.

    #Médias_sociaux #Like #Culture_numérique #Anne_Cordier #Anthony_Masure #Lucie_Ronfaut

  • Sommes-nous vraiment en train de fabriquer des “crétins digitaux" ?
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-code-a-change/sommes-nous-vraiment-en-train-de-fabriquer-des-cretins-digitaux

    J’ai l’impression que le discours sur les jeunes et les écrans est en train de changer. Alors qu’il y a quelques années, on vantait les compétences de ces digital natives - certes un peu accro à leurs écrans, mais tellement habiles à les manipuler - aujourd’hui, ce qu’on entend, ce sont le plus souvent des discours très alarmistes.

    Pour ne prendre qu’un exemple, en septembre dernier, un livre a connu un gros succès commercial et médiatique “La fabrique du crétin digital”, d’un neuroscientifique du nom de Michel Desmurget. Sa thèse : les écrans sont un danger pour les jeunes - enfants et ados -, les études neuroscientifiques le prouvent.

    On est en train de fabriquer une génération perdue, qui aura le choix entre l’obésité, l’addiction, et toutes sortes de troubles émotionnels et cognitifs. 
    Evidemment, ce discours me parle. Parce que je regarde le monde autour de moi, je vois bien que les jeunes passent beaucoup de temps devant leurs écrans, dès tout petits parfois. Je me dis que ça ne doit pas être sans conséquence… D’autant qu’on sait bien que les acteurs économiques du numérique créent des outils pour séduire les plus jeunes, pour capter leur attention…

    #Anne_Cordier #Xavier_de_La_Porte #Le_code_a_changé #Podcast

  • Anne Cordier : “Les activités sur écran font partie de l’univers de nos enfants” - enfants
    https://bayam.tv/fr/blog/enfants-et-ecrans/anne-cordier-les-activites-sur-ecran-font-partie-de-lunivers-de-nos-enfants

    Avec les divers confinements, le numérique a pris une nouvelle place au sein des familles. Comment protéger et accompagner nos enfants ? Anne Cordier, maîtresse de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication, nous éclaire sur notre rôle de parents… tout en nous déculpabilisant.

    Anne cordier chercheuse

    Les différents confinements ont-ils changé le rapport aux écrans au sein de la famille ?

    Les questions se sont posées différemment. Il me semble que les adultes parlent autrement des pratiques des enfants. Pendant le confinement, on a pris conscience que les écrans pouvaient être créateurs de lien social. On a vu se développer des liens intrafamiliaux, les parents se sont plus intéressés à ce que faisaient les enfants sur les écrans.

    Mais on a aussi entendu des parents culpabiliser parce que le temps que leurs enfants passaient devant un écran avait augmenté…

    Eh bien je voudrais leur dire qu’ils ne sont pas de mauvais parents pour autant ! De manière générale, on tient à leur encontre un discours très culpabilisant. Ils ne feraient jamais ce qu’il faut ! Si un parent met son enfant devant un écran le temps qu’il prépare à manger pour toute la famille, où est le drame ?

    D’autant qu’il faut mesurer le caractère exceptionnel de la période que nous vivons. Nous avons un fonctionnement très différent de la normale. Nous sommes beaucoup les uns sur les autres, c’est normal qu’on cherche des îlots d’isolement. Et puis, avec le retour à l’école, les choses se sont déjà rééquilibrées.

    Lire aussi : Les écrans dans les familles pendant le confinement, entretien avec Serge Tisseron

    Est-ce que le critère du temps passé devant un écran est parlant ?

    Il ne me semble pas très signifiant. Ce qui l’est davantage, c’est l’activité qui est réalisée. Rappelons quand même que ce critère du temps ne repose sur rien de scientifique. Il n’y a aucune étude qui nous dise que tant de temps passé provoque tel effet. Si un parent me dit “mon enfant a joué tout l’après-midi avec son train électrique”, tout va bien parce que cela répond à notre image d’Épinal qui veut qu’il joue avec du concret.

    Mais déplacer un bonhomme sur un écran, c’est concret aussi !

    Il ne s’agit pas de remplacer l’un par l’autre, mais ces activités sont complémentaires. Finalement, c’est le même discours que celui que nous tenaient nos parents sur la télé. Personnellement, je suis de la génération Loft Story, cela ne m’a pas empêchée de devenir prof !

    Comment faire pour que, dans le rapport aux écrans, la relation parents/enfants soit apaisée ?

    Il nous faut déjà entendre que les codes culturels et de socialisation ont évolué. Interdire ne sert à rien. Au contraire, cela poussera plutôt l’enfant à s’y précipiter. Quand un parent reproche à un enfant “c’est n’importe quoi ce que tu regardes, ce à quoi tu joues”, on crée un fossé d’incompréhension qui rompt la possibilité de dialogue. On a le droit d’avoir un temps de sidération. Mais ensuite, il faut demander “pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que ça t’apporte ?”

    Lire aussi : Pourquoi accuser l’écran est un faux débat ?

    Mais le rôle du parent est aussi de protéger face à des contenus qui peuvent ne pas être adaptés…

    Bien sûr. Et l’éducation, ce n’est pas juste “vas-y, épanouis-toi !” Le parent est aussi là comme garde-fou. Le processus de surveillance est essentiel. On peut dire à notre enfant que ce n’est pas pour l’embêter, mais qu’on est inquiet. On peut aussi lui demander son avis, comment il se prémunit contre ça. Et lui dire de ne pas hésiter à nous en parler s’il tombe sur un contenu pas adapté. En lui rappelant que ce n’est pas de sa faute. Car, quand cela survient, les enfants ont tendance à culpabiliser.

    Le contrôle parental sur les écrans peut-il être la solution ?
    Personnellement, je n’y suis pas favorable, si la démarche n’est pas expliquée. Il faut éclairer l’enfant sur le comment et le pourquoi.

    La question des écrans peut aussi constituer un point de crispation entre les parents…

    Oui car elle éprouve notre rapport à la parentalité, à notre propre enfance. Elle cristallise le “être ensemble” entre le “je” et le “nous”. Dans les études, on voit d’ailleurs que ce sont souvent les mères qui prennent la charge des règles à mettre en place et à appliquer. Il y a vraiment un enjeu genré autour de cette question.

    Selon vous, il convient de reconsidérer le regard que nous, adultes, portons sur les écrans ?

    Oui, il nous faut apprendre à considérer ces activités comme aussi importantes que celles de la “vraie vie”. Si votre enfant perd un match de foot, vous allez le consoler. Eh bien si ce match se déroule sur un écran, il nous faut aussi prendre sa déception en charge car l’émotion n’en est pas moins réelle. Il nous faut considérer ces activités sur écran comme faisant partie de leur univers.

    Propos recueillis par Joséphine Lebard

    Crédits : Benoît Teillet – © Bayard jeunesse 2020

    #Anne_Cordier #Confinement #Médias_sociaux #Culture_numérique #Enfants

  • Lettre ouverte aux élèves qui sont devant les professeur·es documentalistes - Doc pour docs
    http://docpourdocs.fr/spip.php?article655

    Pourquoi cette démarche ? Pour tout t’avouer, elle me taraude depuis plusieurs semaines. Depuis le 28 novembre 2020 précisément. Ce jour-là, l’on apprend que les professeur·es documentalistes sont exclu·es de l’attribution d’une prime d’équipement de 150 euros destinée aux enseignant·es, parce qu’ils ne sont pas "devant les élèves" [2].

    À ce moment-là, Anaïs, la première personne à laquelle j’ai pensé, c’est toi. Toi qui déclarais lors d’un entretien en 2017 : « Je crois que moi je peux dire que j’ai eu beaucoup de chance, avec des professeurs très présents, qui voulaient qu’on réussisse… Il y a surtout eu (Pr-Doc) [3] au lycée, franchement, lui, c’était super important. Je trouve qu’au niveau de l’accès à l’information, il nous aide à trier, mais aussi à réfléchir en fait. Il nous amène à nous questionner sur l’information, comment on s’approprie tout ça parce que c’est vrai qu’on est surchargé d’informations de la télé au smartphone, et voilà. Ses cours étaient très riches et j’adorais ses cours en fait. Je les ai gardés (...) C’est une référence que j’ai. Je pense qu’il y a des profs comme ça qui nous marquent dans notre scolarité ».
    Cet enseignant qui t’a marqué à ce point, Anaïs, au moment même où tu apprenais à ses côtés, se battait pour ne plus être rattaché dans les listes de diffusion au « personnel administratif », alors qu’il était titulaire d’un CAPES de documentation, formé en Sciences de l’information et de la communication. Il y a plus encore : l’effacement du statut d’enseignant·e est presque naturel dans le langage courant du système éducatif. Ainsi on anthropomorphise volontiers le CDI : ce lieu, au même titre que la salle D 24 dans laquelle un·e professeur·e de Français va dispenser ses cours, se substitue dans les discours à l’humain, au professionnel. Combien d’emplois du temps d’élèves comportent l’appellation « cours de CDI » ? De la même façon, on va volontiers « demander au CDI » d’intervenir lors des temps de pré-rentrée à destination des nouveaux personnels. Il ne s’agit pas d’une question de langage. Il s’agit bien d’une question de fond. De considération. Tant humaine que professionnelle, et même sociale.

    #Anne_Cordier #Professeur_documentaliste #Enseignement_médias_information

  • Le dialogue comme remède au « crétinisme digital » ? - Compétences numériques - Pédagogie - Académie de Poitiers
    http://ww2.ac-poitiers.fr/competences-numeriques/spip.php?article192

    Réflexions partagées entre une enseignante curieuse et informée, invitée par le journaliste Xavier de la Porte sur France Inter le 10 novembre 2020, sur le thème Sommes-nous vraiment en train de fabriquer des “crétins digitaux" ?

    Anne Cordier, auteure de "grandir connectés", est maîtresse de conférences en sciences de l’Information et de la communication à l’Université de Rouen. Elle a réalisé de nombreuses enquêtes de terrain auprès des publics jeunes, notamment au sein de l’école, sur leurs usages et pratiques numériques.

    L’émission part d’un constat :
    le discours sur les jeunes et les écrans est en train de changer. Alors qu’il y a quelques années, on vantait les compétences de ces digital natives - certes un peu accro à leurs écrans, mais tellement habiles à les manipuler - aujourd’hui, les discours sont souvent très alarmistes.

    Malentendus sur la vraie vie

    Anne Cordier décrit notamment ce que font les jeunes quand ils "scrollent", activité qui s’apparente au fait de "trainer ensemble", dans laquelle se jouent bien des relations et se construisent des compétences sociales.
    Elle explique ce qu’elle observe de leurs manières de s’informer sur l’actualité, et du malentendu à ce sujet entre les générations.
    Elle analyse également la question des transferts de compétence, et celle du plaisir apporté par la flânerie sur internet, qui permet des découvertes sans pression.

    #Anne_Cordier #Xavier_de_La_Porte #Le_code_a_changé #Podcast

    • C’est assez ouf quand même à quel point elle défend le moindre millimètre des pratiques des jeunes, comme si pour chaque pratique une par une, yavait à chaque fois un « malentendu » impossible ou difficile à dépasser et que les plus âgés peuvent rien comprendre… comme s’il était au final impossible d’avoir une critique de ces pratiques. Avec un « c’est comme ça, ça évolue »… (mais bon c’est assez souvent le cas de Xavier de la Porte en général, j’ai remarqué que quasiment à chaque émission de ce genre, depuis des années, il fait mine de poser un interrogation critique, puis ensuite n’interviewe ou ne relaie des articles que des gens qui vont aller dans le sens d’un techno-progressisme) Au lieu d’une critique historique, comparative…

      Par exemple comparer un sport (co ou pas), qu’on peut quasi à coup sûr faire gratuitement ou presque, qu’on peut pratiquer n’importe où, avec un jeu vidéo multijoueur en ligne produit par une entreprise avec un modèle économique, qui fait tout pour créer de l’addiction forte, avec des psys dans les équipes, etc : c’est incroyablement malhonnête il me semble, c’est vraiment tellement différent comme pratiques… Franchement, comparer du foot, basket, parkour, roller-derbie ou danse, avec Fortnite ou Brawl Stars et leur système d’addiction et de micro-paiement ?
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Free-to-play

      Après ya des morceaux plus intéressants, oui on les laisse moins faire qu’avant, d’autant moins en milieu urbain. Et donc beaucoup moins de temps pour sociabiliser en face à face, et ça c’est triste (et sûrement très mal à long terme pour la société entière). Moi dès CM1 CM2 je partais des heures en vélo avec un copain dans le quartier, et yavait aucun téléphone mobile ni rien pour savoir où on était.

      #techno-béat #techno-progressime

  • Comment les très jeunes s’informent sur les réseaux comme Instagram et TikTok
    https://bienvivreledigital.orange.fr/vie-perso/blacklivesmatter-jeunes-information-reseaux-sociaux-instag

    Les plateformes sociales sont devenues les premières sources d’infos pour les collégiens. Sans complexe, c’est sur TikTok, Insta et Snapchat qu’ils suivent l’actualité et qu’ils développent leurs propres formes de débats par story... avec ou sans émoji.

    Illustration crée par Louis Bolla pour Bien Vivre le Digital

    On les croit déconnectés de la réalité, à se dandiner sur les derniers tubes à la mode sur TikTok, ou cachés derrière leurs filtres « rabbit » sur Snap. Vous pensez que la Gen Z ne pense qu’à sa prochaine paire de snickers fluo ? Vous avez tout faux. Ceux qui sont nés entre 1996 et 2015 vont entrer dans l’âge adulte en ayant connu une pandémie, une récession et un temps à faire des barbeuk’ en Alaska. Alors, loin des images colorées et flashy qu’ils se partagent d’habitude en longue conversation ininterrompue avec leurs amis, la jeune génération a affiché son soutien politique sur les réseaux sociaux via une flopée de carrés noirs le 2 juin dernier. Noire, comme la couleur de peau de George Floyd, asphyxié par un policier blanc aux États-Unis pendant son arrestation. Un événement qui a secoué le monde entier, et révélé que les jeunes ont une conscience politique forte qu’ils n’hésitent pas à afficher sur TikTok, Snapchat ou Instagram, leurs premiers lieux de revendication.

    Des pavés… au hashtag

    Alors que leurs grands-parents balançaient des pavés en cherchant la plage, que leurs aînés sont descendus dans la rue contre les CPE, pour Charlie et contre les « porcs », les jeunes eux, s’arment de leur clavier et affichent leurs revendications sur les réseaux, comme un premier moyen d’appartenir à une mouvance. Le slogan même de « Black Lives Matter » est né d’un post Facebook.

    Retour en juillet 2013. Le jeune afro-américain, Trayvon Martin, 17 ans, désarmé, est abattu. L’acquittement de George Zimmerman, le meurtrier du jeune homme déclenche la colère d’Alicia Garza, activiste pour les droits homosexuels.

    Sous le coup de l’émotion, elle publie un post Facebook : « Black People. I love you. I love us. Our lives matter » (« Personnes noires. Je vous aime. Je nous aime. Nos vies comptent »). L’artiste et activiste Patrisse Khan-Cullors lui répond alors : « Black Lives Matter ».

    Depuis la mort de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis, le mouvement Black Lives Matter s’est répandu comme une traînée de poudre sur les autres continents, via les réseaux. Pour autant, s’il est né sur les réseaux, le mouvement ne s’y est pas cantonné. Il a connu un immense écho en France. Lors des dernières manifestations contre le racisme et les violences policières le 2, le 9 et le 13 juin dernier, de nombreux collégiens et collégiennes sont venus grossir les rangs des manifestants.

    Des millions de vues sur TikTok, Snapchat et Instagram

    Les chiffres confirment l’engouement des jeunes pour le sujet. Sur TikTok, le réseau social préféré des moins de 13 ans (puisque 45,7% l’utilisent selon l’agence Heaven), la page #BlackLivesMatters a comptabilisé 10,2 milliards de vues. Même constat d’une montée en puissance de thèmes plus politiques sur Snapchat et Instagram, où le hashtag a comptabilisé près 22,1 millions de vues.

    #BLM n’est pas le seul sujet de société a avoir suscité l’attention des jeunes. #ImComingOut rassemble les personnes qui révèlent leur homosexualité avec un total de 10,1 millards de vues.

    Tiktok, Insta, Snap, le nouveau 20h

    Camille : “ Les grandes chaînes de télévision ne montrent pas tout, je préfère Snap” A 15 ans, Camille, élève de 3ème en Seine-Saint-Denis, s’informe surtout via Snapchat et uniquement grâce aux stories et aux posts des personnes auxquelles elle est abonnée. Les réseaux sociaux lui permettent, dit-elle, d’avoir une plus grande vision plus large sur l’actualité. « Sur Instagram, il y a du positif comme du négatif tandis que sur les grandes chaînes, on ne montre pas tout » explique la collégienne en région parisienne, « on a l’impression de voir plus de choses et de vraiment être au courant de ce qu’il se passe. »

    Ce shift dans la manière de s’informer et de s’engager n’est pas passé aperçu aux yeux des médias traditionnels. Après avoir investi Facebook, Snapchat ou Instagram, Le Monde réalise aujourd’hui de petites vidéos pédagos sur Tiktok. Dans le cas de #BLM, le quotidien a choisi d’expliquer les inégalités de peine de prison aux Etats-Unis… avec un rouleau de scotch. Et ça marche. A peine créé depuis quelques jours, Le Monde comptabilise déjà plusieurs milliers d’abonnés et l’une des vidéos (sur le port du masque) comptabilise même plus de 160.000 vues.

    Et les médias ne sont pas les seuls à s’y mettre. Le tout jeune Hugo Décrypte distille tous les jours les 5 infos à retenir de l’actu sur Insta et ouvre le débat quotidiennement sur une question d’actualité. Preuve que les jeunes adhèrent, le concept fédère plus de 500 000 personnes sur Insta. Hugo a même décliné le concept en version « Pop » pour la culture (100.000 abonnés) et pour le sport (59.000 abonnés). Et bien sûr sur Tiktok avec 175.000 abonnés et plus de 2 millions de like au total sur ses vidéos. Preuve que si les jeunes boudent les médias classiques, comme Camille, ils aiment être informés et exprimer leurs opinions.
    « Il faut que ça se sache »

    Ce combo info/réaction semble d’ailleurs être le moteur de l’expression politique des jeunes. Et le partage de contenus atteste d’une nouvelle forme de mobilisation. C’est d’ailleurs l’avis d’Inès, élève de seconde dans u lycée du sud de Paris, « partager ce genre de contenus est presque un geste politique », qui compense son absence aux manifestations. Même si l’interdiction de ses parents n’est pas un frein, la jeune fille ne se sent pas prête à se rassembler et trouve dans les réseaux sociaux une façon de participer à son échelle.

    Ces médias basés sur le flux et la réactivité font surgir « un sentiment de malaise face à des images sans filtre » qui touche les jeunes utilisateurs. « Ils éprouvent le besoin de les rediffuser [en disant], « il faut que ça se sache », « on ne peut pas le cacher »” explique Anne Cordier, Maîtresse de Conférence HDR en Sciences de l’Information et de la communication à l’Université de Rouen. Et ce relais massif de vidéos, au départ porté par une forte émotion, fait naître une forme de “conscience collective” chez les jeunes.

    #Engagement #Activisme #Tik_Tok #Snapchat #Anne_Cordier

  • Instagram, Facebook : Jeunes et réseaux sociaux, clap de fin ?
    https://www.femina.fr/article/instagram-facebook-jeunes-et-reseaux-sociaux-clap-de-fin

    Certes, ils quittent Facebook, un « truc de vieux » – comprendre « un truc de parents » – pour Gabin, 17 ans. D’après une étude Diplomeo publiée en 2019, c’est un fait : le réseau social aux 2,5 milliards d’utilisateurs dans le monde, dont 37 millions en France, n’attire plus les ados. Près de 17 % des jeunes Français confient avoir supprimé Facebook de leur smartphone, 22 % chez les 16-18 ans et 15 % chez les 19-25 ans. Plus surprenant, ils auraient aussi tendance à bouder leur smart-phone et même à quitter Instagram et Snapchat. « Je n’y crois pas ! » tranche la mère de Gabin. Et pourtant… Tous les jeunes ne forment pas un groupe uniforme de « digital natives » (enfants du numérique) scotchés à leur portable. Certains, en effet, se déconnectent et d’autres refusent d’être trop connectés.
    Les prémices du ras-le-bol

    Une étude publiée en 2018 dans le quotidien britannique The Guardian avait déjà confirmé cette tendance, précisant même que 63 % des collégiens et lycéens britanniques seraient contents si les réseaux sociaux n’avaient jamais été inventés ! Parmi eux, Amanuel, une lycéenne de 16 ans, qui expliquait : « Sur Instagram, je présentais comme la plupart des gens une version malhonnête de moi-même. » Mais aussi Sharp, 13 ans : « Je préfère ne pas savoir ce que les autres pensent de moi. » Et en France ? « Je préfère passer mon temps dans le monde réel plutôt que sur mon téléphone, assure Khady, 19 ans, qui, au passage, confie avoir rencontré une situation de cyberharcèlement quand elle était au collège. Forcément, ça m’a vaccinée… » Les jeunes se déclarent rarement anti-réseaux sociaux sans un déclic. Parfois, la prise de conscience peut aussi prendre du temps. Quand, pour leur livre-enquête Portables : la face cachée des ados (Flammarion), les journalistes Céline Cabourg et Boris Manenti ont rencontré des centaines d’ados, ceux-ci s’interrogeaient moins sur une possible déconnexion que sur leurs usages hyperconnectés. « Mais c’était en 2016 », nuance Boris Manenti. Depuis, une enquête de l’institut de recherche Ampere Analysis, menée auprès de 9 000 internautes, a confirmé que les 18-24 ans avaient considérablement changé d’attitude à l’égard des médias sociaux en peu de temps. Alors que 66 % de cette tranche d’âge étaient d’accord en 2016 avec l’affrmation « les médias sociaux sont importants pour moi », ils ne sont plus que 57 % en 2018.

    Une saturation observée par Anne Cordier, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication et auteure de Grandir connectés (C & F) : « Depuis sept ans, je surveille l’évolution d’une quinzaine de jeunes, actuellement âgés de 24 ans et plutôt issus de milieux défavorisés. Tous évoquent depuis leurs 17 ans ce flux d’informations qui les bombarde, des diffcultés à se concentrer, ainsi que le désir de renouer avec des liens qu’ils estiment plus authentiques. Ils ont commencé par mettre en place des rituels de déconnexion très ponctuels, comme “oublier” le portable dans une autre pièce lorsqu’ils travaillent ou le retourner pour être tranquilles et ne pas être dérangés par les alertes de notifications. Une jeune fille me confiait : “C’est comme la glace. Quand on en mange trop et que l’on a fait le tour de tous les parfums, on frôle l’indigestion !” »

    La chercheuse Mary Jane Kwok Choon montre ainsi que tous les étudiants qui ont déconnecté finissent certes par revenir sur les réseaux sociaux au bout de cinq à quatorze jours mais toujours plus « responsables ». « Par exemple, ils “nettoient” leur profil sur Facebook ou ailleurs, veillent à ne pas être identifiés sur les photos, à moins publier ou à moins “liker” les statuts des autres », détaille Anne Cordier, pour qui la déconnexion absolue serait au fond un fantasme d’adulte. Lola, 18 ans, qui organise régulièrement chez elle des soirées détox digitale pour doper l’ambiance, l’a bien compris : « On éteint nos portables… seulement après avoir prévenu nos parents qui pourraient s’inquiéter ! » sourit-elle. D’après un rapport américain**, quatre adolescents sur dix ont peur que leur père ou leur mère soit « accro » au portable !

    #Médias_sociaux #Culture_numérique #Anne_Cordier #Adolescents

    • à 20 piges je détestais les forums et refusais d’avoir un mail. En vrai l’équation sous-jacente jeune-alors-devrait-aimer-la-tech n’a évidemment aucun fondement, à part la tech qui se croit jeune parce que toujours plus neuve.

    • Je me souviens un jour d’une couv de Télérama sur « les jeunes » : n’étaient figurés que des appareils électroniques. J’étais encore à peu près jeune à l’époque, et je ne comprenais pas pourquoi il n’y avait pas de bières et de capotes sur leur couv de vieux cons néophiles.

      Sinon Sherry Turkle a déjà pas mal parlé de jeunes et des réseaux sociaux : saturation, angoisse liée à l’image, déconnexion, tout y était en 2012.
      http://blog.ecologie-politique.eu/post/Seuls-ensemble

  • POINT DE VUE. « Les jeunes et les réseaux sociaux : n’importe quoi ! Vraiment ? »
    https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-les-jeunes-et-les-reseaux-sociaux-n-importe-quoi-vraiment-
    https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMDAxYzRlZTdlMTdlZjRlZDYxN2UyMWNiY2U3YzEzNGIxNTU?width=1260&he

    Tribune par Anne Cordier

    Ah, les jeunes et les réseaux sociaux ! Combien d’heures perdues à ne rien faire ! À ne pas vivre la vraie vie ! À se gargariser d’images violentes et de sous-informations ! À chercher à faire mal aux autres par des insultes ! À s’exposer et parler de tout et surtout n’importe quoi ! Voilà bien des discours répandus, n’est-ce pas ?

    Et si l’on cessait de fantasmer les usages et pratiques juvéniles des réseaux sociaux numériques (RSN) pour les considérer dans leur réalité effective ?

    Il ne s’agit pas, surtout pas, de balayer d’un revers de main des inquiétudes, légitimes, quant aux comportements de harcèlement existant sur les réseaux, la gestion personnelle de l’identité numérique ni quant aux stratégies marchandes reposant sur la captation et l’exacerbation des émotions. Bien sûr que non. Mais il s’agit de prendre en considération véritablement ces enfants et adolescents aux prises avec ces objets qui ont intégré leur quotidien (qui est aussi le nôtre) et de comprendre le sens que l’usage des RSN a pour eux, sans les juger ni – encore moins – les condamner.

    Succès de Youtube

    Les chiffres sont sans appel : 71 % des 15-34 ans utilisent quotidiennement les réseaux sociaux pour accéder à l’information (1). Cela signifie aussi que ce sont les publications d’amis qui constituent grandement le réservoir informationnel dans lequel puisent les jeunes. Quoi qu’il en soit, ils s’y informent, et pas uniquement – comme on veut trop souvent le laisser croire – à grands coups d’images ou vidéos sensationnalistes. À ce titre, le succès de la plateforme YouTube doit retenir notre attention : que ce soit pour apprendre pour ses loisirs, son développement personnel, pour s’amuser et se détendre, mais aussi pour les apprentissages académiques, YouTube est convoqué quotidiennement.

    Ces pratiques d’information sur les réseaux sociaux se caractérisent par des émotions très positives confiées par les jeunes : plaisir d’assouvir une curiosité, plaisir d’un choix de format d’information qui les séduit (la vidéo, notamment), plaisir de découvertes. Elles se caractérisent aussi par le partage et le sens social donné à l’information ainsi accédée : des sociabilités informationnelles par le numérique s’instaurent, qui donnent sens à la pratique personnelle mais aussi responsabilisent (plusieurs expliquent qu’ils font attention de ne pas relayer d’informations qui leur paraissent suspectes, car d’autres vont les lire et ils s’en sentent responsables).

    Toutefois, ces enfants et adolescentes confient aussi leur crainte face au flux informationnel qui se déverse sur les réseaux sociaux numériques. Comment faire confiance à l’information ? Comment être certain de ne pas relayer une information fausse ? Comment réguler son activité de façon à ne pas dépendre des notifications constantes ?

    Toutes ces questions, nous ne pouvons les laisser se les poser seuls ou entre eux. Il nous revient de les accompagner, de les aider à aborder sereinement ce flux et la multitude de canaux d’information, de les outiller cognitivement et émotionnellement pour mettre à distance les stratégies de séduction des plateformes. Il nous revient aussi de nous appuyer sur ce plaisir ressenti et confié par les enfants et adolescents à propos de leurs pratiques sur les RSN, car en s’appuyant sur cette sensation de plaisir, on le sait bien, l’éducation a d’autant plus de chance d’être efficace et constructive.

    (1) Ministère de la Culture, 2018.

    (*) Maîtresse de conférences HDR en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Rouen-Normandie, Autrice de Grandir Connectés : Les adolescents et la recherche d’information.

    #Anne_Cordier #Grandir_Connectés #Médias_sociaux #Pratiques_numériques #Jeunesse

  • “Les jeunes sont de plus en plus nombreux à vouloir quitter les réseaux sociaux” - Le monde bouge - Télérama.fr
    https://www.telerama.fr/monde/les-jeunes-sont-de-plus-en-plus-nombreux-a-vouloir-quitter-les-reseaux-soci

    Une interview de Anne Cordier sur les pratiques des jeunes par Olivier Tesquet.

    Leur usage immodéré du numérique ferait-il des jeunes d’aujourd’hui des mutants,
    voire des idiots ? Rien ne le prouve, affirme Anne Cordier, spécialiste en sciences de l’information et de la communication. S’ils reconnaissent avoir du mal à se déconnecter, ils sont aussi conscients des risques qu’ils encourent.

    On les observe d’un air interdit en train de manipuler leurs téléphones avec agilité. Pour les adultes inquiets, ce serait tout vu : les adolescents et les jeunes adultes d’aujourd’hui sont des créatures numériques d’un genre nouveau, accros à des écrans qui les abrutissent. Comme le proclame le best-seller du neuroscientifique Michel Desmurget, nos enfants risqueraient de devenir des « crétins digitaux ». À rebours de ce diagnostic alarmiste, Anne Cordier, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Rouen, autrice de Grandir connectés (C&F éditions, 2015), observe et interroge les jeunes depuis une dizaine d’années, du collège aux premières aventures post-bac. Avec bienveillance, elle déconstruit l’image d’Épinal dans laquelle nous les enfermons contre leur gré. Car leurs usages sont bien plus complexes qu’il n’y paraît.

    #Anne_Cordier #Pratiques_numériques #Digital_natives #Médias_sociaux #Culture_numérique

  • Visages de la Silicon Valley | Cultures de l’Information
    https://cultinfo.hypotheses.org/407

    par Anne Cordier

    La terre promise technologique qu’est la Silicon Valley est pourtant, lorsqu’on prend la peine de gratter les mythes, une terre bien réelle, caractérisée par des paysages variés… mais aussi par un sous-sol abritant des produits chimiques hautement toxiques, utilisés pour la fabrication du matériel informatique. Cette terre est habitée. Habitée. C’est-à-dire foulée, retournée, touchée, façonnée, bref : vécue.

    Et ce sont justement ces Vies de la Silicon Valley que la photographe Mary Beth Meehan nous raconte, en photos et en mots, dans cet ouvrage inédit Visages de la Silicon Valley. Des vies qui, loin de la luxuriance et du capital risque du mythe d’innovation technologique, sont marquées par la pauvreté et la peine, mais aussi le combat pour un monde meilleur, altruiste et non basé sur des profits qui n’inondent qu’une part restreinte.

    Ces deux exemples, parmi tant d’autres, de portraits d’habitants de la Silicon Valley captés par Mary Beth Meehan, pourraient laisser penser à un étalage voire à une complaisance misérabiliste. Il n’en est rien ! Chacun, chacune, est un-e combattant-e, ne rechignant guère au labeur, illuminant son existence et celle des autres de petites étincelles de joie, développant une conception politique de la Cité dans laquelle il-elle vit, et loin d’adopter une attitude passive face aux injustices vécues prend les armes, les plus belles : celles de la parole, de l’action concertée et résolument humaniste, tournée vers le bien commun.

    Visages de la Silicon Valley est un projet qui nous semble relever à la fois de l’entreprise photographique mais aussi du projet sociologique et anthropologique.

    Le choix d’une entrée par la capture photographique d’un portrait et/ou d’un instant de vie pour révéler des parcours biographiques et les ancrer dans une problématique élargie de ce qui fait un rapport au monde et aux autres mais aussi de ce qu’un mythe dissimule, est d’une force incroyable. Les portraits qui nous sont offerts ici sont empreints d’humanité, celle que la photographe porte sur ses modèles, tout autant que celle que ces habitant-es dégagent… et nous amènent à penser et à chérir.

    Vous l’aurez compris, Visages de la Silicon Valley n’est pas (uniquement) un « beau livre ». C’est un récit photo-socio-anthropologique (que l’on me pardonne ce néologisme !) puissant, qui invite à la réflexion tout autant qu’à l’évasion.

    #Visages_Silicon_Valley #Anne_Cordier #C&F_éditions

  • Anne Cordier : « Les adolescents sont conscients de leur difficulté à détacher » - La Croix
    https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/adolescents-sont-conscients-leur-difficulte-detacher-2018-01-09-1200904577

    Recueilli par Loup Besmond de Senneville , le 09/01/2018

    Peut-on parler d’addiction aux smartphones ? le point de vue d’Anne Cordier, Maîtresse de conférences en science de l’information et de la communication à l’université de Rouen

    Je pense qu’il faut différencier l’addiction, au sens médical du terme, d’une dépendance plus générale à la technologie. En l’occurrence, on peut dire que les adolescents, comme les adultes, sont dépendants de la technologie. Elle n’est pas plus forte chez les uns que chez les autres. Le rapport au téléphone, et plus généralement à la technologie, nous concerne tous. J’en veux pour preuve deux illustrations : la nécessité, souvent exprimée ces derniers mois, de réguler l’utilisation du téléphone et des mails professionnels lorsque l’on est dans la sphère privée (ce que l’on a appelé « droit à la déconnexion ») ; et les mesures de sécurité routière prises pour interdire l’utilisation du téléphone portable au volant, extrêmement accidentogène. Le rapport général à l’objet, comme prolongement de notre propre corps, n’est pas générationnel.

    Cela étant dit, cette dépendance à la technologie s’exprime d’une manière différente chez les adolescents et chez les adultes. Par nature, les ados accordent une grande importance à la socialisation. Il est essentiel pour eux de se sentir membre d’un groupe, et les smartphones contribuent à cela. On trouve en effet bon nombre d’applications qui jouent ce rôle et qui sont utilisées par cette population plus jeune. On peut aussi parler d’usages spécifiques du téléphone en fonction de l’âge : chez les adolescents, il joue un rôle prépondérant dans leur rapport à la musique, ou encore dans l’abondance de prises de photos de soi, avec les selfies. En réalité, il s’agit plus d’une dépendance au contenu qu’à l’objet lui-même.

    Lorsque je les interroge dans le cadre de mes travaux, il est intéressant d’observer que les adolescents sont de plus en plus conscients de leur difficulté à se détacher de cet objet. Les collégiens constatent la dépendance. Mais les lycéens vont plus loin que le simple constat et élaborent des stratégies pour réguler le problème. Ils peuvent par exemple désactiver les alertes de leur téléphone pendant un temps donné. D’autres décident de le ranger dans une autre pièce lorsqu’ils travaillent, pour ne pas être dérangés.

    Il est nécessaire de les amener à cette réflexion, en les invitant à travailler ce rapport avec l’objet : que m’apporte-t-il ? Dissimule-t-il quelque chose, comme une peur d’aller vers les autres ? Mais il faut aussi en voir les aspects positifs : le téléphone est-il un moyen pour moi de rompre une solitude parce que je ne trouve pas dans mon entourage direct des personnes pour échanger ? »

    #Anne_Cordier #Smartphone #Adolescents

  • Mes Datas et Moi : l’Observatoire
    https://www.mesdatasetmoi-observatoire.fr/article/adolescents-et-internet-des-pratiques-non-hegemoniques

    Par Cécile Dolbeau-bandin

    « Prendre soin, de la jeunesse et des générations »(1), c’est exactement ce que fait Anne Cordier ici. Elle s’appuie sur des observations de terrain, des rencontres et des échanges avec des adolescents âgés de 11 à 17 ans. Son enquête repose sur un travail de récolte de données commencé en 2009 et poursuivi en 2015 dans des collèges et lycées français. Elle y observe au quotidien leur rapport au numérique, aux médias sociaux et à l’information. Ses recherches qualitatives lui permettent de développer une meilleure connaissance des imaginaires et des pratiques développés par les adolescents ; et d’entrer dans « l’environnement informationnel, personnel et social de ces adolescents. » (2) Cet ouvrage s’appuie aussi sur de multiples recherches scientifiques françaises et internationales.

    Ces résultats inattendus vont à l’encontre des discours médiatiques et marketing et des thèses de M. Prensky et M. Serres concernant les jeunes. Selon elle, « ces discours ne traitent pas en réalité d’internet mais des potentialités de changement sociétal que renfermerait le numérique. » (4) Elle préconise comme P. Breton (2000) d’adopter un discours laïque des Technologies d’Information et de Communication (TIC) ; et de s’éloigner de ces préjugés pour comprendre et surtout mieux connaître les adolescents pour (enfin) les considérer « comme des êtres sociaux aux prises avec les conflits de la réalité qu’ils veulent comprendre, expliquer. »

    Ce livre fait écho à celui de d. boyd qui considère la complexité des dynamiques interpersonnelles des adolescents lors de leurs pratiques numériques. Les adolescents soulignent le plaisir qu’ils ont à être accompagnés par un tiers. Les médiateurs (enseignants, professeurs documentalistes, éducateurs, parents) ont bien leur place dans ce processus. Proposer aux jeunes des tablettes, des cartables numériques, des ENT (espace numérique de travail), TBI (tableau blanc interactif) ne suffit pas à l’école. Il leur faut des « mentors » pour guider, éduquer, former, informer, favoriser des échanges, identifier, nommer, repérer, classer, repérer les différents types de documents, aider, « faire du lien », démystifier, favoriser un regard critique, apprendre à questionner le réseau et ses principaux acteurs (9) et écouter avec bienveillance leurs requêtes. Il faut faire des ponts entre les adultes et les adolescents tout en ayant connaissance de leur pratique ordinaire de l’information numérique, afin de mettre à distance les outils numériques et la mystification dont ils font l’objet, et de favoriser un enrichissement mutuel entre les générations.

    #C&Féditions #Anne_Cordier #Adolescents #Culture_informationnelle

  • Mes Datas et Moi : l’Observatoire
    https://www.mesdatasetmoi-observatoire.fr/article/adolescents-et-internet-des-pratiques-non-hegemoniques

    Lecture critique par Cécile Dolbeau-Bandin

    Dans son ouvrage Grandir connectés. Les adolescents et la recherche d’information, Anne Cordier nous éclaire sur la place occupée par internet dans la construction des imaginaires des adolescents et le développement de leurs pratiques d’information.

    A. Cordier montre ici que les pratiques informationnelles et communicationnelles des adolescents sont évolutives, profondément dépendantes d’un contexte à la fois social, culturel et académique.

    Ces adolescents ont bien des savoir-faire et des compétences liés au numérique mais ils ont aussi des doutes, des réticences, des inquiétudes et des comportements de fuite. Ce livre fait écho à celui de D. Boyd qui considère la complexité des dynamiques interpersonnelles des adolescents lors de leurs pratiques numériques. Les adolescents soulignent le plaisir qu’ils ont à être accompagnés par un tiers. Les médiateurs (enseignants, professeurs documentalistes, éducateurs, parents) ont bien leur place dans ce processus. Proposer aux jeunes des tablettes, des cartables numériques, des ENT (espace numérique de travail), TBI (tableau blanc interactif) ne suffit pas à l’école. Il leur faut des « mentors » pour guider, éduquer, former, informer, favoriser des échanges, identifier, nommer, repérer, classer, repérer les différents types de documents, aider, « faire du lien », démystifier, favoriser un regard critique, apprendre à questionner le réseau et ses principaux acteurs (8) et écouter avec bienveillance leurs requêtes. Il faut faire des ponts entre les adultes et les adolescents tout en ayant connaissance de leur pratique ordinaire de l’information numérique, afin de mettre à distance les outils numériques et la mystification dont ils font l’objet, et de favoriser un enrichissement mutuel entre les générations.

    #C&Féditions #Anne_Cordier #Grandir_Connectés #Education

  • Cultures de l’Information | Carnet de recherche de Anne Cordier
    https://cultinfo.hypotheses.org

    Si la socialisation primaire est incontestablement structurante pour les usages et pratiques numériques, il n’en demeure pas moins que l’individu détient une capacité d’action vis-à-vis des déterminations sociales et culturelles. La socialisation est un processus interactif par lequel les individus construisent des dispositions, acquièrent des connaissances et des gestes.

    Dans ce cadre, Je m’intéresse précisément à l’écosystème informationnel des acteurs. Cet écosystème, constitué de ressources matérielles, humaines et symboliques que l’acteur va convoquer dans une situation donnée, n’est pas un état, mais un processus, sans cesse en train de s’enrichir et se ré-agencer, qui de surcroit est multiple : il peut être hérité, projeté, prescrit, imposé, souhaité, etc., par l’acteur.

    #Anne_Cordier

  • Grandir connectés | Bulletin des bibliothèques de France
    http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2016-08-0145-004

    Lecture critique du livre de Anne Cordier « Grandir connectés »

    Grandir connectés » est déjà en réimpression chez C & F Éditions, et c’est une bonne nouvelle. On ne peut que se réjouir du fait qu’un ouvrage qui repose sur des données originales (essentiellement qualitatives), un travail de terrain rigoureux et surtout une posture de chercheuse soucieuse de ses informateurs ait pu trouver rapidement son public. Il faut dire que le sujet traité prête à questions et controverses  : les pratiques de recherche d’information des adolescents (collégiens et lycéens) ; la culture numérique qu’ils parviennent à se forger individuellement et collectivement ; la confrontation entre les pratiques non formelles ou ordinaires (essentiellement expérimentées au sein du milieu familial, par transmission et imitation) et les pratiques plus formelles ou académiques (construites en milieu scolaire). Et l’un des grands mérites de l’auteure du livre – Anne Cordier, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication après avoir été professeur documentaliste –, c’est de se tenir à bonne distance des discours globalisants sur les « digital natives » et la « rupture anthropologique » qu’ils sont censés illustrer. Des discours oublieux du fait que la culture numérique se construit, s’expérimente à travers des interactions sociales, oublieux du fait que les frontières générationnelles sur ces questions ne sont plus aussi clivantes, et enfin des discours laissant souvent de côté le fait que certains jeunes sont exclus ou fort mal insérés dans cette culture numérique.

    #C&Féditions #Anne_Cordier #Grandir_connectés