#anselm_jappe

  • Procrastination nocturne 2. Quand tu t’endors crevé super tôt sans même l’avoir voulu, toute lumière allumée et que tu te réveilles à 1h35 la lampe dans la gueule…
    Après : https://seenthis.net/messages/753114

    Je me lève pour tout éteindre et me changer, j’envoie un message à mon amoureuse pour dire que je n’avais pas vu son mot vu que je m’étais endormi et…

    Du coup, devant l’ordi, je tombe sur l’onglet ouvert pour plus tard avec la préface par Robert Kurz au Debord d’Anselm Jappe
    https://seenthis.net/messages/782666
    http://www.palim-psao.fr/2019/05/la-societe-du-spectacle-trente-ans-plus-tard.par-robert-kurz-preface-a-l-

    Ce n’est pas très long, donc je me mets à la lire. Puis je suis un lien vers un article de Jappe de l’année dernière que j’avais déjà lu et épinglé :
    https://seenthis.net/messages/690117
    http://www.palim-psao.fr/2018/04/guy-debord.plus-que-jamais-en-situation-par-anselm-jappe-paru-dans-le-nou

    À partir de là, c’est foutu.

    Je me mets à relire sa fiche WP, pour lire des choses sur son suicide :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Debord
    https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/from-being-to-nothingness-1524917.html

    Je retombe sur cet article sur le livre à charge d’Apostolidès :
    https://next.liberation.fr/livres/2015/12/23/guy-debord-satiete-du-spectacle_1422654
    que @supergeante avait épinglé à l’époque :
    https://seenthis.net/messages/442991

    Du coup ça m’amène à lire sur Alice Becker-Ho et « l’affaire Riesel »
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Alice_Becker-Ho
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Riesel

    Là je cherche des photos d’eux tous, et je retombe sur… le journal pro-situ américain Not Bored qui contient de nombreuses correspondances de Debord traduites en anglais et disponibles sur le web. Comme je n’ai pas les livres, pour résumer, je me plonge dedans et je passe plus de 3h à lire des lettres de Debord en pleine nuit.
    http://notbored.org/debord.html

    Je ne me rappelle plus trop dans quel ordre ça s’est passé : est-ce que j’ai d’abord cherché les mots de Debord sur Jappe, puis je suis retombé sur le conflit avec René Riesel, ou bien était-ce l’inverse ?…

    Le dernier mot de Debord sur Jappe est dans une lettre pour Makoto Kinoshita :
    http://notbored.org/debord-5April1994.html

    Dis moi si un de tes amis sait lire italien. Dans ce cas, je t’enverrais un livre d’Anselm Jappe (Debord, Edizioni Tracce, Pescara). C’est sans aucun doute le livre le mieux informé sur moi, écrit par un Allemand qui assume explicitement un point de vue Hegeliano-Marxiste.

    Mais on trouve donc aussi des choses sur « l’affaire Riesel ». À commencer par sa lettre de rupture définitive à Riesel, où en goujat sans pincettes, il traite sa femme de misérable conne et de vache :
    http://notbored.org/debord-7September1971.html

    À l’inverse dans une autre lettre il s’explique très en détail sur une autre relation libertine de son couple avec Eve et Jean-Marc :
    http://notbored.org/debord-2October1971.html
    Le point commun étant qu’il haïssait absolument le mensonge (Apostolidès dit qu’il mentait et manipulait lui-même mais je n’ai pas lu de témoignage ailleurs, qu’il était excluant, violent, etc oui, mais pas menteur et Sanguinetti dit le contraire alors qu’Apostolidès est censé s’être basé sur ses sources justement). Et que donc toute relation amoureuse et/ou sexuelle doit toujours se faire sans jamais mentir à personne (y compris pendant l’acte, ce qui est le point qui a énervé Alice avec la femme de Riesel).

    Toujours autour des mêmes gens, je tombe aussi sur un article de Bourseiller, qui au milieu de notes sur Debord et le libertinage, détaille la vie de l’écrivain et pornographe Alexander Trocchi plus que sa fiche Wikipédia. À n’en pas douter c’était un aventurier… et une grosse merde qui a prostitué sa femme enceinte (et pas qu’un peu) pour se payer de l’héroine, et moult autre.
    http://christophebourseiller.fr/blog/2017/03/transgresser-ou-disparaitre-les-situationnistes-a-lepreuve-de-

    Bon, ça a dérivé (haha) et j’avoue sans mal qu’il doit y avoir du voyeurisme à être parti dans tout ça. Je préfère généralement rester sur le contenu lui-même, comme le fait très bien le livre de Jappe justement. Mais je garde toujours en tête que les idées doivent être pratiquées au quotidien, donc il y a quand même un intérêt à savoir la vie réelle des gens (et c’était très exactement le crédo principal de Debord et tous les situs, et justement lui pensait être assez en accord avec ce qu’il disait).

    Et là, il était 5h45. Et le réveil à 7h.

    #procrastination #sérendipité #Debord #Guy_Debord #Alice_Becker-Ho #René_Riesel #situationniste #internationale_situationniste #nuit #sommeil #Robert_Kurz #Anselm_Jappe #théorie_critique #libertinage #Alexander_Trocchi #Christophe_Bourseiller #Jean-Marie_Apostolidès et #dérive !!

  • La société du Spectacle trente ans plus tard..., par Robert Kurz (préface à l’édition brésilienne du Guy Debord d’Anselm Jappe)
    http://www.palim-psao.fr/2019/05/la-societe-du-spectacle-trente-ans-plus-tard.par-robert-kurz-preface-a-l-

    Le mérite du livre de Jappe est de souligner l’importance décisive de la critique radicale de l’économie moderne dans la pensée de Debord. Cette critique est encore en déshérence, malgré tous les appels lancés aux situationnistes par l’esprit du temps actuel. Quel adepte des « discours » désarmés de la critique économique contemporaine voudrait rappeler que l’intervention situationniste de 1968 a abouti à la revendication de l’extinction de l’argent et de l’Etat ? C’est cette critique radicale de la valeur de l’échange, qui vient du Marx ésotérique, qui va devenir la critique de la « société du Spectacle ». La réduction de la réalité à la fin en soi de la valorisation capitaliste de la valeur - l’inversion interne entre l’abstrait et le concret, entre le moyen et la fin - transforme les potentialités sociales en une puissance étrangère et hostile qui s’oppose aux individus. Les relations entre les êtres humains semblent des relations entre des choses mortes. Debord veut ainsi montrer comment la relation fétichiste mise en place par le capital a atteint un degré d’abstraction encore plus grand dans l’après-guerre, dans la mesure où les choses produites sous forme de marchandises étaient couvertes par des images produites aussi sous forme de marchandises. Ces images médient, depuis, les relations sociales comme réalité compensatoire apparente ; elles sont devant les individus en tant que forme d’isolement des forces sociales qu’elles ont intégrées. Il ne s’agit pas d’une « théorie des médias », mais d’une critique irrécupérable par le capitalisme de l’ère des médias - le spectacle n’est autre que « l’économie folle ».

    #Debord #Guy_Debord #Anselm_Jappe #Robert_Kurz #critique #théorie_critique #Marx #situationniste #société_du_spectacle

  • Préface à la nouvelle édition des Aventures de la marchandise d’Anselm Jappe (La Découverte, 2017)
    http://www.palim-psao.fr/2019/04/preface-a-la-nouvelle-edition-des-aventures-de-la-marchandise-d-anselm-ja

    Si l’aggravation de la crise du capitalisme a donné raison à la théorie radicale, elle n’a malheureusement pas augmenté dans la même mesure les chances d’une émancipation sociale. L’augmentation des populismes, aux traits souvent barbares, et surtout d’un « populisme transversal » réunissant des éléments de droite et de « gauche » et attribuant toutes les fautes du capitalisme aux « banquiers » et aux « spéculateurs », est jusqu’ici le résultat le plus visible du désespoir engendré par le déclin du capitalisme et la terre brûlée qu’il laisse derrière lui. L’« anticapitalisme » contemporain, même lorsqu’il est sincère, confond volontiers le capitalisme en tant que tel avec sa phase la plus récente : le néolibéralisme, qui règne depuis la fin des années 1970. Loin de reconnaître dans les convulsions actuelles la conséquence de l’épuisement de la valeur et de la marchandise, de l’argent et du travail, la grande majorité des courants de la gauche – y compris ceux qui se veulent « radicaux » – n’y voient que la nécessité de revenir à un capitalisme plus « équilibré », au keynésianisme, à un rôle fort de l’État et à un encadrement plus sévère des banques et de la finance. Les mouvements sociaux des dernières années n’ont fait généralement que formuler le souhait de restaurer une étape antérieure du développement capitaliste. Ils ont attribué explicitement ou implicitement le pouvoir actuel de la finance transnationale à une espèce de conspiration, au lieu de reconnaître dans le crédit et dans la création de sommes astronomiques de « capital fictif » une fuite en avant du système marchand, devenue inévitable après que les progrès de la technologie ont quasiment arrêté la production de survaleur.

    #Anselm_Jappe #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #travail #populisme_transversal #finance

    • @rastapopoulos

      Peut-être bien que j’ai pas bien tout compris à cette brillante théorie qui nous dit depuis plus de 20 ans que le capitalisme est en train de s’effondrer sous le poids de ses contradictions (#collapsologie ?).

      Mais ce que je vois autour de moi, avec mes propres yeux, c’est que le capitalisme se porte à merveille. Qu’il dégrade constamment les conditions de la vie, biologique et sociale, c’est ce qui lui ouvre de nouveaux marchés pour la production industrielle à haute valeur ajoutée. Confondre la crise « écologique et énergétique », comme le fait Jappe, avec une crise du capitalisme montre bien qu’il n’a pas compris grand’chose à la dynamique du capitalisme.

      On trouve la même confusion chez les collapsologues... La « valeur » n’est que le travestissement progressiste de la dépossession qu’engendre partout le monopole radical de la marchandise.

      Et aussi, quelle curiosité : le capitalisme est « en crise », « menace de s’effondrer », et il n’y a aucun mouvement social pour le pousser vers la tombe. C’est vraiment pas de chance !

      Est-ce que par hasard cela ne serait pas dû à la puissance du capitalisme sur nos vies, à notre dépendance quasi totale aux marchandises ?

  • Morts à crédits | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/062941-000-A/morts-a-credits

    Crédit à mort Anselm Jappe

    « La seule chance est celle de sortir du capitalisme industriel et de ses fondements, c’est-à-dire de la marchandise et de son fétichisme, de la valeur, de l’argent, du marché, de l’État, de la concurrence, de la Nation, du patriarcat, du travail et du narcissisme, au lieu de les aménager, de s’en emparer, de les améliorer ou de s’en servir. » A. Jappe

    https://www.editions-lignes.com/CREDIT-A-MORT.html
    http://sd-1.archive-host.com/membres/up/4519779941507678/Anselm_Jappe_-_Cr-dit_-_mort.pdf
    #Anselm_Jappe #Arte_tv

  • Anselm Jappe, Capitalisme, 2018

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/06/02/jappe-esprit

    Le capitalisme a toujours aimé se présenter comme une forme d’ « ouverture ». Son discours regorge de métaphores sur l’ouvert. [...] Au début et à la fin du procès productif, se retrouve toujours la même chose : la valeur sous forme d’argent, et les différences ne sont que quantitatives. On peut qualifier ce procès de « tautologique ».
    Rien de nouveau n’arrivera, seulement davantage du même (et pas toujours). L’ouverture dont se revendique le capitalisme retombe alors dans le clos, le cercle vicieux, la répétition : une fois de plus, la vieille dialectique a montré son utilité.

    La chute de cet article est vraiment remarquable. On y voit le théoricien de la critique de la valeur (WertKritik) tellement fasciné par sa propre théorie abstraite qu’il en vient à la prendre pour la seule réalité tangible et sensible. Il en vient ainsi à retomber dans le marxisme le plus vulgaire pour qui le seul problème que pose le capitalisme est qu’il fasse du profit sur le dos des travailleurs. ...

    #Anselm_Jappe, #WertKritik, #marxisme, #idéologie.

    @rastapopoulos

  • « Plus que jamais en situation », par Anselm Jappe
    http://www.palim-psao.fr/2018/04/guy-debord.plus-que-jamais-en-situation-par-anselm-jappe-paru-dans-le-nou

    D’abord, il faut toujours rappeler que le spectacle dont il parle ne se limite pas aux médias. Il concerne toute forme de vie où intervient une séparation structurelle entre acteurs et spectateurs, organisateurs et organisés. Le spectacle consiste dans la passivité de la majorité des gens qui se borne à contempler les images , au sens large, de la vie que le système économique les empêche de vivre réellement. C’est le cas non seulement au cinéma mais dans la politique, où nous laissons d’autres agir à notre place. Nous consommons les marchandises non pas pour leur valeur d’usage, mais pour le bonheur qu’elles promettent illusoirement. Et même l’art et la culture ne font que nous montrer des passions et des « situations » que nous ne vivons pas directement - cela non pas parce que ce serait impossible, mais parce que l’économie capitaliste nous oblige à passer notre vie à travailler et à nous adapter à ses exigences. Le spectacle est une « aliénation » au sens marxiste : une projection inconsciente des forces collectives humaines sur un facteur externe qui gouverne les hommes qui l’ont créé. Et, de ce côté-ci, la société actuelle est sans doute encore plus « spectaculaire » que celle de 1967.

    […]

    Debord s’est surtout montré novateur en replaçant au centre de ses analyses les catégories marxiennes de la marchandise, de la valeur d’échange, de l’argent et du travail que le marxisme traditionnel avait presque complètement négligées. Alors que les marxistes orthodoxes pensaient en termes de distribution des fruits du travail, lui est revenu à la base productive où ceux-ci s’élaborent. Et, à partir d’elle, il déroule une critique sans concession de la « société de consommation » occidentale où l’abondance de marchandises, qu’elles soient matérielles ou qu’elles empruntent la forme d’images, remplace la vie directement vécue (le « spectaculaire diffus »). Avec une perspicacité rare à son époque, il a pu ainsi en déduire que les régimes totalitaires, parmi lesquels il comptait aussi la Chine de Mao, n’étaient que des versions plus pauvres du spectacle mondial, et non radicalement différents du monde « démocratique » (le « spectaculaire concentré »).

    #Debord #Guy_Debord #Anselm_Jappe #situationniste

  • Jappe : la vie contre la valeur | Vacarme en réunion
    https://tvnr.noblogs.org/post/2018/01/19/66-jappe-la-vie-contre-la-valeur

    Rencontre avec Anselm Jappe à la librairie La fleur qui pousse à l’intèrieur (Dijon) autour de son dernier bouquin, "La société autophage". "Sortir de l’argent et du travail n’est pas un programme « utopique ». C’est la société capitaliste même, en pleine décomposition, qui est en train de les abolir : plus de travail, plus d’argent valable. Aujourd’hui, il s’agit de trouver des stratégies pour répondre à cette situation inédite. Le défi de note époque en pleine mutation est de bâtir une vie sociale qui ne soit plus basée sur l’argent et le travail, plutôt que tenter de ranimer leurs cadavres." A.Jappe. Durée : 1h. Source : Radio Campus (...)

    https://tvnr.noblogs.org/files/2018/01/66-Jappe-La-vie-contre-la-valeur.mp3

    • Si on utilise le même mot pour 12000 trucs différents, on ne s’en sort pas. Le travail, dans le langage courant c’est depuis déjà fort longtemps le travail capitaliste précisément : du temps de dépense d’énergie humaine contre un salaire (Marx dit "une dépense de cervelle, de muscle, de chair").

      Dans tous les cas l’humain s’active, seul et à plusieurs, transforme son environnement, etc. Mais ne "travaille" pas obligatoirement. Le travail c’est une activité sociale propre au capitalisme, et appliquer cette vue à des sociétés du passé est un biais anthropologique. L’utilisation de ce mot avant le capitalisme n’avait aucunement le même sens et ne recouvrait pas du tout les mêmes activités sociales (et donc le fait d’utiliser le même mot ne veut pas dire qu’on parle de la même chose).

      Par ailleurs les robots ne créent pas de "richesses", mais le mot est un peu vague encore une fois. Les robots créent des marchandises (objets ou services), mais ne créent aucune valeur. Seul la dépense de travail humain génère de la valeur. D’où l’obligation de créer de l’argent totalement virtuel par le crédit, puisque normalement c’est la création de valeur qui aboutit à de l’argent.

      La fin du travail n’est pas une expression criminelle, c’est la description factuelle du capitalisme qui s’auto-dissout puisqu’il réduit chaque année un peu plus ce qui fait sa propre substance : l’automatisation réduit le travail humain, et donc réduit la création de valeur : ça va dans le mur. Il faut arrêter de défendre ça, déjà passer par une étape intellectuelle de prise de conscience de ça, et s’activer à construire des relations sociales débarrassées du travail, de la marchandise, de la valeur. Un monde libéré du travail a donc tout à fait un sens, et c’est un monde débarrassé du capitalisme.

      Voir : Le groupe Krisis/Exit et son fameux "Manifeste contre le travail", #Robert_Kurz, #Roswitha_Scholz, #Anselm_Jappe, Lohoff&Trenkle, André Gorz… (suivre les tags, pas mal de sources référencées ici)

      Sur le fait que le travail n’est pas transhistorique, entretien récent d’Anselm Jappe pour La société autophage
      http://www.hors-serie.net/Dans-le-Texte/2017-12-16/La-societe-autophage-id278

      Et l’entretien avec Harribey
      https://seenthis.net/messages/655411
      http://www.palim-psao.fr/2017/12/fetichisme-et-dynamique-autodestructrice-du-capitalisme-entretien-d-ansel

      Bien sûr, une précision « sémantique » s’impose : le travail dont nous mettons en doute le caractère universellement humain ne peut pas être identique à ce que Marx appelle « le métabolisme avec la nature » ou aux activités productives en général. Ici, nous ne discutons que de la forme sociale qu’ont prise historiquement ces activités. Dire que la forme sociale capitaliste du métabolisme avec la nature n’est qu’une forme spécifique de la nécessité éternelle d’assurer ce métabolisme est un truisme vide de sens : c’est comme dire que l’agriculture capitaliste est un développement de la nécessité humaine d’avoir un apport journalier en calories. C’est indubitablement vrai, mais ne signifie rien. Cette base commune à toute existence humaine n’a aucun pouvoir spécifique d’explication.

      La question n’est donc pas de savoir si, dans toute société humaine, les êtres s’affairent pour tirer de la nature ce dont ils ont besoin, mais s’ils ont toujours opéré à l’intérieur de leurs activités une coupure entre le « travail » d’un côté et le reste (jeu, aventure, reproduction domestique, rituel, guerre, etc.). Et je pense qu’on peut dire « non ».

      Extrait de l’entretien publié en guise de présentation du livre de Kurz, « Vies et mort du capitalisme. Chroniques de la crise »
      http://www.palim-psao.fr/article-theorie-de-marx-crise-et-depassement-du-capitalisme-a-propos-de-l

      Traditionnellement, la critique du capitalisme se faisait au nom du travail. Or vous, Robert Kurz, vous n’opposez pas le capital au travail. Vous considérez au contraire le capitalisme comme société de travail. Pourquoi rejetez-vous le travail ?

      R. Kurz : Le concept marxien manifestement critique et négatif de travail abstrait peut être défini comme synonyme de la catégorie moderne de « travail ». Dans des conditions prémodernes, cette abstraction universelle soit n’existait pas, soit était déterminée négativement d’une autre façon : en tant qu’activité d’individus dépendants et soumis (esclaves). Le « travail » n’est pas identique avec la production tout court ou avec « le métabolisme entre l’homme et la nature » (Marx), même si, à ce propos, la terminologie de Marx reste imprécise. Le capitalisme a généralisé pour la première fois la catégorie négative de « travail ». Il l’a idéologisée positivement, entraînant ainsi une inflation du concept de travail. Au centre de cette généralisation et de cette fausse ontologisation du travail, il y a la réduction historiquement nouvelle du processus de production à une dépense complètement indifférente par rapport à son contenu d’énergie humaine abstraite ou de « cerveau, de nerf, de muscle » (Marx). Socialement, les produits ne « valent » pas en tant que biens d’Usage, mais en ce qu’ils représentent du travail abstrait passé. Leur expression générale est l’argent. C’est en ce sens que, chez Marx, le travail abstrait (ou l’énergie humaine abstraite) est la « substance » du capital. La fin en soi fétichiste de la valorisation, qui consiste à faire d’un euro deux euros, est fondée sur cette autre fin en soi qui est d’accroître à l’infini la dépense de travail abstrait sans tenir compte des besoins. Mais cet impératif absurde est en contradiction avec l’augmentation permanente de la productivité, imposée par la concurrence. Critiquer le capitalisme du point de vue du travail est une impossibilité logique, car on ne peut critiquer le capital du point de vue de sa propre substance. Une critique du capitalisme doit remettre en cause cette substance même et donc libérer l’humanité de sa soumission à la contrainte du travail abstrait. C’est seulement alors que l’on pourra supprimer l’indifférence par rapport au contenu de la reproduction et prendre au sérieux ce contenu lui-même. Lorsqu’on comprend le capital au sens étroit comme capital-argent et capital physique (« capital constant » chez Marx), il y a certes une contradiction fonctionnelle entre le capital et le travail. Ce sont des intérêts capitalistes différents au sein d’un même système de référence. Mais lorsqu’on comprend le capital au sens plus large de Marx, alors le travail n’est que l’autre composante du capital.

      Sur la théorie de la crise, le crédit, la dévalorisation du capital qui s’auto-détruit (en détruisant le monde du coup) : La Grande Dévalorisation, de Lohoff et Trenkle
      https://www.post-editions.fr/LA-GRANDE-DEVALORISATION.html

      Qu’est-ce que la valeur ?
      http://www.palim-psao.fr/article-35929096.html

      Contrairement à un produit, la marchandise se définit par le fait qu’elle peut s’échanger contre une autre marchandise. La marchandise, un marteau par exemple, n’a donc pas seulement la qualité d’être faite de bois et d’acier et de permettre d’enfoncer des clous dans le mur. En tant que marchandise, le marteau possède la « qualité » d’être échangeable. Qu’est ce que ça signifie ?

      Pour garder cet exemple, comment échanger un marteau contre une bouteille de bière ? Bière et marteau sont deux objets totalement différents qui ne servent pas à satisfaire le même besoin. Leur différence peut être d’importance pour celui qui veut boire une bière ou celui qui veut planter un clou dans un mur. Mais pour l’échange, en tant qu’opération logique, leur utilité concrète n’est pas pertinente. Dans l’acte d’échange, il s’agit d’échanger des choses égales ou des équivalents. Si ce n’était pas le cas, on échangerait sans hésiter un morceau de beurre contre une voiture. Mais tout enfant sait qu’une voiture a plus de valeur. Manifestement ce n’est donc pas l’attribut qualitatif d’une marchandise (sa nature concrète ou sensible) qui rend l’échange possible. Bière, marteau et voiture doivent donc posséder quelque chose qui les rend semblables et ainsi comparables.

      @ktche :)

    • En effet, nous assistons à une crise du « travail capitaliste ». Le capitalisme va être remplacé par autre chose. Le mot « travail » ne va pour autant disparaître. Son sens est simplement appelé à changer. L’expression « fin du travail » est donc impropre. Il faut parler de la « fin du travail capitaliste ».

      La liste des mots que le capitalisme s’est approprié est infinie. Par exemple le mot « élite » (voir l’article de wikipédia qui retrace bien son histoire). De même, ce n’est pas parce que la capitalisme s’effondre que ce mot va disparaître.

      Un objet n’a en effet aucune valeur intrinsèque. Il n’a qu’une valeur relative négociée au cours des échanges. Cependant, les catégories habituelles de « valeur d’usage » et « valeur d’échange » devraient être complétées de la notion de « valeur d’otage » qui traduit mieux à mon avis le rapport dominant à l’économie. Par exemple, Facebook a de la valeur parce qu’il a pris 2 milliards d’individus en otages, l’énergie nucléaire nous a pris en otages, etc. Le sens du mot « otage » qui est rejeté par la société capitaliste sur les vilains terroristes est donc amené à changer. Il va s’appliquer à ses propres pratiques !


    • j’aime bien le fait de comparer les salarié.es à des otages. Je dois développer une sorte de #syndrome_de_Stockholm car immanquablement va falloir que je retourne au #charbon. #Otage au chômage c’est pas terrible non plus mais je n’ai pas encore embrasser mon conseiller pôle-emploi.
      #Terrorisme_patronal
      http://www.cnt-f.org/subrp
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_Stockholm

    • Et si le nouveau fil d’actualité de #Facebook marquait le début d’une nouvelle période de choix mûris pour l’entreprise de Mark Zuckerberg ?

      https://www.numerama.com/business/321313-le-jour-ou-facebook-a-enfin-choisi-ses-utilisateurs-face-a-la-bours

      Pour le dire brièvement, Facebook va préférer notre famille, nos proches, et leurs émotions, à l’information, la pub, et bien sûr, la désinformation. Bien que cela puisse apparaître comme une évidence pour ce type de réseau social, l’entreprise prend là probablement plus de risques qu’elle n’en a jamais pris avec ses changements passés. Au fil des versions, et surtout des enjeux économiques, Facebook avait fini par mélanger la chèvre et le chou, quitte à devenir le fourre-tout qu’est aujourd’hui le réseau, de moins en moins, social.

    • c’est peut-être le moment de lui faire connaître le prix de nos « strong ties » dont il admet qu’ils ont beaucoup de « value » ?
      Pour ma part, disons que je passais environ une heure par jour sur Facebook à développer ces liens et ma propre documentation professionnelle (En dehors de cela, j’y passais aussi du temps à titre « récréatif ». Ce point est évoqué plus bas*). Comme mes liens et ma documentation sont irrécupérables par la système backup de Facebook, je suis obligé de constater que Facebook se les est appropriés contre mon gré. Voyons combien cela coûte...

      365 heures par an. Arrondissons à 50 jours par an.
      Si je compte mon prix de journée à 1 K$/jour (c’est très raisonnable, les avocats de FB sont payé 1 K$ de l’heure), ça fait 50 K$ par an. Comme j’ai été sur Facebook pendant 7 ans, ça fait une facture de 350 K$.

      Imaginons que je suis dans la moyenne des utilisateurs de Facebook en terme de durée d’utilisation et d’ancienneté. On pourrait donc multiplier ce coût par le nombre d’utilisateurs (non pas les 2 milliards actuels mais disons 1 milliard pour faire bonne mesure). On obtient donc le chiffre de 350 000 000 000 000 $ (Trois cent cinquante mille milliards de Dollar).

      Mark, tu fournis une véritable interopérabilité des données personnelles, ou bien tu rembourses. Salut !

      (*) Le temps récréatif n’est pas décompté. En effet, le divertissement fourni par Facebook est financé par la publicité. Chacun paie pour ce divertissement à travers sa consommation quotidienne de produits surfacturés à cause de la pub.

    • @olivier8 je n’ai jamais eu de compte facebook et vu tes avertissements, c’est pas demain la veille que je vais m’inscrire.
      Déjà link-guedin (linkedin) ça m’a bien gonflé et je suis smicard, les sommes que tu annonces disent bien ce qu’il y a de pourri dans ce bizzness.

    • Avant de quitter Facebook, voici la facture.
      USD 350.000.000.000.000
      Trois Cent Cinquante Mille Milliards de Dollar

      Lettre ouverte à Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook.

      Objet : Quitter Facebook

      Salut Mark !

      meilleurs voeux et toutes mes félicitations pour tes bonnes résolutions 2018 !

      1) tu nous dis que tu as pris conscience « qu’avec l’émergence d’un petit nombre de grandes entreprises technologiques - et les gouvernements utilisant la technologie pour surveiller leurs citoyens - beaucoup de gens croient maintenant que la technologie centralise le pouvoir plutôt qu’elle ne le décentralise. »

      Ce n’est pas qu’une croyance, c’est un peu vrai non ? Et tu y es un peu pour quelque chose n’est-ce pas ?

      Là dessus, tu nous dis être « intéressé à approfondir et étudier les aspects positifs et négatifs des technologies de décentralisation. »

      C’est cool ! Tu dois savoir que d’autres travaillent depuis longtemps ces questions - déjà bien avant la création de Facebook - en vue de créer les conditions d’une société plus équitable. Si ta prise de conscience est réelle, tu pourras sans doute nous aider. On manque de développeurs !

      2) tu sembles aussi avoir compris que tes algorithmes rendaient les gens fous en les inondant de posts sponsorisés et de fake news. Tu dis : « le renforcement de nos relations améliore notre bien-être et notre bonheur ». Tu vas donc modifier quelques lignes de code pour renforcer ce que tu appelles nos « liens forts » (strong ties) qui selon toi ont beaucoup de « valeur » (high value). Au final tu veux que le temps que les gens « dépensent » sur Facebook soit « plus précieux ».

      C’est cool ! Cependant, mon cher Mark, il faut que tu comprennes que ce temps est bien plus précieux encore que ce que tu imagines.

      Pour ma part, disons que je passe(ais) environ une heure par jour sur Facebook à développer ces liens et ma propre documentation professionnelle. En dehors de cela, j’y passe(ais) aussi du temps à titre « récréatif ». Ce point est évoqué plus bas*.

      Or comme mes liens et ma documentation sont irrécupérables par le système backup de Facebook comme je l’ai expliqué à ton collège Yann LeCun ? , je suis obligé de constater que Facebook me les a volés.

      Voyons combien cela coûte...

      365 heures par an. Arrondissons à 50 jours par an. Si je compte mon prix de journée à USD 1.000 /jour (c’est très raisonnable, les avocats de FB sont payés USD 1.000 de l’heure), ça fait USD 50.000 par an. Comme je suis sur Facebook depuis 7 ans, je t’adresserai une facture de USD 350.000.

      Les statistiques montrent que je suis dans la moyenne des utilisateurs de Facebook en terme de durée d’utilisation et d’ancienneté. On peut donc multiplier ce coût par le nombre d’utilisateurs (non pas les 2 milliards actuels mais disons 1 milliard pour faire bonne mesure sur les 7 dernières années). On obtient donc une facture globale de :

      USD 350.000.000.000.000
      (Trois Cent Cinquante Mille Milliards de Dollar).

      En conclusion, mon cher Mark, tu fournis une véritable interopérabilité des données personnelles qui permettrait aux gens de ne pas être otages de Facebook et de sa centrallisation, ou bien tu rembourses !

      Bien à toi

      Olivier Auber

      () Le temps récréatif n’est pas décompté. En effet, le divertissement fourni par Facebook est financé par la publicité. C’est-à-dire que chacun paie pour ce divertissement à travers sa consommation quotidienne de produits surfacturés à cause des budgets publicitaires des marques captés pour une bonne part par Facebook..

      ( *) Lettre ouverte à YannLeCun, ancien Professeur au Collège de France, responsable de la recherche en Intelligence Artificielle de Facebook.
      http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=YannLeCun

      1) Résolution 1 : https://www.facebook.com/zuck/posts/10104380170714571
      2) Résolution 2 : https://www.facebook.com/zuck/posts/10104413015393571

  • Entretien d’Anselm Jappe avec Jean-Marie Harribey
    http://www.palim-psao.fr/2017/12/fetichisme-et-dynamique-autodestructrice-du-capitalisme-entretien-d-ansel

    On a parfois l’impression que de nombreuses discussions – dans tous les champs et tous les milieux - tournent finalement autour des mots et se réduisent largement au fait que les participants associent des sens très différents aux mêmes mots. Cependant, on se tromperait si on disait alors que les divergences ne sont que sémantiques et qu’au fond ceux qui s’opposent dans les débats sont plus proches qu’ils ne croient. Certains se réjouiraient de pouvoir dissoudre ainsi la réalité dans les discours. Mais ils se trompent, parce qu’en vérité, les différences sémantiques couvrent souvent des différences bien « essentielles ».

    Il en est ainsi pour un mot parmi les plus répandus au monde, et le plus chargé de signification : « travail ». On aurait eu le plus grand mal pour expliquer ce mot, dans le sens où nous l’employons, à – je ne dis pas à un Indien d’une tribu amazonienne – mais simplement à Cicéron ou à Thomas d’Aquin. Mais, depuis les quelques siècles – un demi-millénaire au plus, dans plusieurs régions du monde – que dure maintenant la société de travail, ce concept s’est si profondément ancré dans nos têtes, qu’il semble impossible de ne pas l’utiliser. On accepte alors de discuter de ses mille formes particulières, mais en nier l’existence transhistorique semble tout aussi insensé que nier la nécessité universelle de respirer.

    #Anselm_Jappe #Jean-Marie_Harribey #économie #philosophie #travail #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • Révolution contre le travail ? La critique de la valeur et le dépassement du capitalisme, par Anselm Jappe
    http://www.palim-psao.fr/2017/10/revolution-contre-le-travail-la-critique-de-la-valeur-et-le-depassement-d

    Le Marx « ésotérique » se trouve dans une partie assez restreinte de son œuvre de la maturité et, sous sa forme la plus concentrée, dans le premier chapitre du premier volume du Capital : Marx y examine les formes de base du mode de production capitaliste, à savoir la marchandise, la valeur, l’argent et le travail abstrait. Il ne traite pas ces catégories – comme l’avaient fait Adam Smith et David Ricardo et comme le feront plus tard, implicitement, presque tous les marxistes – en tant que présupposés neutres, naturels et transhistoriques de toute vie en société, dont on peut seulement discuter les différentes formes de gestion possible, mais non l’existence elle-même. Au contraire, il les analysait, non sans hésitations et contradictions, cependant, comme des éléments appartenant à la seule société capitaliste – et en même temps comme des catégories négatives qui empêchent toute socialité consciente. La valeur, comme forme sociale, ne considère pas l’utilité réelle des marchandises, mais seulement la quantité de « travail abstrait » qu’elles contiennent, c’est-à-dire la quantité de pure dépense d’énergie humaine mesurée en temps. Elle se représente dans une quantité d’argent. Le capitalisme se caractérise à un niveau profond par le fait que la société tout entière est dominée par ces facteurs anonymes et impersonnels. C’est ce que Marx appelle « fétichisme de la marchandise », qui n’est nullement réductible à une simple « mystification » de la réalité capitaliste.

    […]

    Chez Marx, le statut théorique du travail n’est pas toujours très clair. Mais il est indéniable que le travail sous son aspect de « travail abstrait », de pure dépense d’énergie, y constitue une catégorie négative et « fétichiste ». C’est le travail abstrait – ou, pour mieux dire, le côté abstrait de chaque travail –, et lui seulement, qui donne leur « valeur » aux marchandises, et qui forme donc aussi la « substance » du capital. Le capital n’est pas le contraire du travail, mais sa forme accumulée ; le travail vivant et le travail mort ne sont pas deux entités antagonistes, mais deux « états d’agrégation » différents de la même substance de travail. En tant que travailleur, le travailleur n’est nullement hors de la société capitaliste, mais constitue l’un de ses deux pôles. Une « révolution des travailleurs contre le capitalisme » est alors une impossibilité logique ; il ne peut exister qu’une révolution contre l’assujettissement de la société et des individus à la logique de la valorisation et du travail abstrait

    […]

    On ne pourra pas abolir la valeur sans abolir le travail qui la crée – voilà pourquoi une contestation du capitalisme au nom du travail n’a pas de sens. On se trompe également en opposant le « bon » travail concret au « mauvais » travail abstrait : si l’on abolissait la réduction de tous les travaux à ce qu’ils ont en commun – la dépense d’énergie –, il ne resterait pas le travail « concret » (cette catégorie est elle-même une abstraction), mais une multiplicité d’activités qui sont liées chaque fois à un but déterminé – comme c’était le cas dans les sociétés précapitalistes qui en effet ne connaissaient pas le terme « travail » au sens moderne.

    […]

    Pendant longtemps, la diminution de la valeur (et donc de la portion de survaleur et de profit) contenue dans chaque marchandise particulière a été compensée (voire surcompensée) par l’extension absolue de la production – donc en remplissant le monde de marchandises, avec toutes les conséquences que cela a comportées. Mais avec la fin de la phase fordiste s’est épuisé le dernier modèle d’accumulation basé sur l’utilisation massive de travail vivant. Depuis lors, les technologies – qui ne créent pas de valeur – assurent l’essentiel de la production, dans presque tous les domaines. La masse absolue de valeur, et donc de survaleur, chute à pic. Cela met en crise toute la société basée sur la valeur – mais aussi les travailleurs eux-mêmes. Ce n’est plus l’exploitation qui est le problème principal créé par le capitalisme, mais les masses croissantes d’êtres humains « superflus », c’est-à-dire non nécessaires pour la production, et donc également incapables de consommer. Après sa longue phase d’expansion, le capitalisme se trouve depuis des décennies en rétrécissement, malgré la « mondialisation » : les personnes, les milieux, les régions capables de participer à un cycle « normal » de production et de consommation de valeur assument de plus en plus l’aspect d’« îles » dans une marée montante de laissés-pour compte qui ne servent même plus à être exploités. Et il est vain de revendiquer du « travail » pour eux, étant donné que la production n’en a pas besoin et qu’il serait absurde d’obliger des personnes à exécuter des travaux inutiles comme condition préliminaire de leur propre survie. Il faudrait plutôt revendiquer le droit de bien vivre pour chacun, indépendamment de la question de savoir s’il a réussi, ou pas, à vendre une force de travail dont souvent personne ne veut plus.

    […]

    Pourquoi le système capitaliste ne s’est-il pas encore complètement écroulé ? Principalement en raison de la « financiarisation », c’est-à-dire de la fuite dans le « capital fictif » (Marx). Après que l’accumulation réelle s’est presque arrêtée, c’est le recours toujours plus massif au crédit qui a permis de simuler la poursuite de l’accumulation. L’abandon de la convertibilité du dollar en or en 1971 en était une espèce de date symbolique. Cette atmosphère de simulation – on pourrait dire de virtualisation – s’est alors étendue à la société entière. Elle explique la large diffusion des approches dites « postmodernes » dans tous les domaines. Dans les crédits, des profits futurs espérés – mais qui n’arriveront plus jamais – sont consommés à l’avance et maintiennent en vie l’économie. Comme on le sait, ces crédits et les autres formes d’argent fictif (valeurs boursières, prix immobiliers) ont atteint des dimensions astronomiques et alimentent une spéculation gigantesque qui peut avoir des répercussions terribles sur l’économie « réelle », comme cela est arrivé en 2008. Mais la spéculation, loin d’être la cause des crises du capitalisme et de la pauvreté croissante, a plutôt aidé pendant des décennies à différer la grande crise. La cause réside dans le fait que toutes les marchandises et services additionnés représentent, bien que leur nombre grandisse, une quantité toujours moindre de valeur. Cela implique aussi qu’une grande partie de l’argent circulant dans le monde est « fictif », parce qu’il ne représente pas du travail effectivement dépensé de manière « productive » (productive pour la reproduction du capital).

    […]

    Si l’on entend par « révolution » une véritable rupture avec le travail comme expression fétichisée et autonomisée de la vie sociale, alors il faut conclure qu’aucune révolution n’a eu lieu pendant l’histoire du capitalisme. Une telle sortie de la « civilisation » capitaliste n’a même jamais été envisagée sérieusement. Elle est seulement apparue de temps en temps comme un éclair du possible à l’horizon. La critique de l’appareil technologique qui est le support indispensable du travail abstrait fut également très largement esquivée dans l’histoire des mouvements de contestation. On ne peut cependant pas considérer une rupture de ce genre comme purement « utopique » ou « irréaliste » : le capitalisme, où le travail abstrait, la valeur et l’argent constituent les instances de médiation sociale, est un phénomène historique. Il ne fait pas partie de la vie humaine tout court. La majorité de l’humanité ne l’a vu arriver que dans les dernières décennies.

    […]

    En général, tout recours à la « politique » (et a fortiori à l’État) est impossible, lorsque la fin de l’accumulation, et donc de l’argent « réel », prive les pouvoirs publics de tout moyen d’intervention. L’État n’a jamais été l’adversaire du capital ou du marché, mais leur a toujours préparé les bases et les infrastructures. Il n’est pas une structure « neutre » qui pourrait être mise au service de l’émancipation. Il sera inévitable de sortir du marché autant que de l’État – les deux pôles également fétichistes de la socialisation à travers la valeur – pour arriver un jour à établir un véritable accord direct entre les membres de la société. Tout en gardant évidemment des instances de médiation, une société post-capitaliste ne fera plus dépendre son destin des automatismes incontrôlables d’une médiation fétichiste autonomisée, comme le travail abstrait.

    Il ne suffit pas d’additionner les révoltes et les mécontentements qui secouent actuellement le monde entier pour conclure que la révolution est à la porte. […] Les exploités de jadis s’organisaient pour défendre leurs intérêts, même en restant dans le cadre du système : par contre, la rage des « superflus », le désespoir de ceux dont le système n’a plus besoin, risquent de devenir aveugles. Il ne faut pas s’y tromper : il est de plus en plus difficile de détecter des contenus émancipateurs dans les contestations qui courent dans le monde.

    […]

    La théorie seule ne suffit pas, mais le militantisme sans concept sert encore moins. Pour trouver une alternative au capitalisme, il faut d’abord comprendre la nature de la marchandise et de l’argent, du travail et de la valeur. Ces catégories semblent bien « théoriques », mais leurs conséquences déterminent finalement chacun de nos actes quotidiens.

    #Marx #révolution #travail #critique_du_travail #critique_de_la_valeur #wertkritik #Anselm_Jappe #économie #capitalisme #croissance #automatisation #surnuméraires #crédit

    • les progrès technologiques, et surtout l’application de la micro-électronique à la production, ont réduit le rôle du travail vivant de manière continuelle

      Peut-être dans la production, mais pas dans la consommation et l’usage des technologies. C’est depuis plusieurs décennies que le #travail_fantôme (cf. l’ouvrage éponyme d’Ivan Illich) ne cesse d’augmenter et que le travail vivant résiduel est de plus en plus capté par ce côté là.

      Détail qui crève les yeux quant on pense comment notre rapport à la technologie à transformé nos usages quotidiens, mais que ces brillants théoriciens n’ont toujours pas vu, et moins encore compris.

      La « valeur » n’est, encore et toujours, que le travestissement progressiste de la #dépossession...

      @rastapopoulos, et vlan !

    • Je ne comprends toujours pas ce que tu veux dire. On peut difficilement affirmer que Jappe ne comprends pas l’usage quotidien des technologies, aussi bien dans la production que dans la consommation.

      Déjà la première phrase je ne comprends pas « Peut-être dans la production, mais pas dans la consommation et l’usage des technologies. » Euuuh, le travail vivant on parle bien du travail donc qui produit… c’est le principe du travail dans la production capitaliste, donc je ne vois pas ce que la consommation vient faire là dedans. Le travail fantôme augmente (y compris tout le « digital labor ») mais c’est sans commune mesure avec tout ce qui a été automatisé dans tous les domaines, pas juste là où il y a de la consommation directe ensuite. Le travail fantôme est du travail vivant, et de fait il participe à la création de valeur (@ktche ?), mais dans des proportions infimes par rapport à tout le travail vivant enlevé de l’ensemble des chaînes de production par la robotique et l’informatique.

      La valeur capitaliste est créée intégralement et uniquement par le travail vivant (= la dépense d’énergie humaine). À partir du moment où on automatise de plus en plus, il y a de moins en moins de création de valeur (chaque marchandise contient moins de valeur). L’argent existant actuellement, qui à la base est une représentation de la valeur marchande (et donc du travail vivant) ne représente plus rien et est créé par le crédit et le capital financier. Bref, c’est du grand n’importe quoi.

  • « La seule option raisonnable est l’abolition du #Capitalisme »
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/131117/la-seule-option-raisonnable-est-labolition-du-capitalisme

    Anselm Jappe est un des représentants les plus importants en France de la #théorie_critique_de_la_valeur, une théorie de critique radicale du capitalisme inspirée par #Karl_Marx, mais qui s’oppose au marxisme traditionnel. Entretien avec l’auteur de La Société autophage, qui trace les traits d’une société en proie à une pulsion autodestructrice.

    #Economie #Culture-Idées #Anselm_Jappe

    • Autrement dit, une révolutionnaire prolétarienne mondiale. Sans quoi cette option restera au stade de l’invocation discursive d’intellectuels « marxistes » étrangers à la classe ouvrière et au mouvement ouvrier.

  • Recension : Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003

    http://sniadecki.wordpress.com/2017/11/07/recension-jappe

    Il y a deux choses que je trouve infiniment précieuses dans un essai de philosophie politique : la clarté et la précision. Ces deux qualités sont largement absentes du texte complexe et rebutant d’#Anselm_Jappe. Les Aventures de la marchandise prétendent formuler, à la suite de Marx (1818-1883), une nouvelle théorie critique de la valeur, dont l’actualité serait plus criante que jamais, et tirer les implications polémiques de cette reformulation, c’est-à-dire que Jappe entend confondre ceux qui imaginent une forme de critique sociale sans se référer à ce point central. [...]

    Le grossier schématisme polémique et la légèreté dont Jappe fait preuve quand il aborde l’histoire découle de la nouvelle forme de marxisme dont il a entrepris de se faire le théoricien. En réanimant le « fantasme d’Archimède » (« Trouvez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ») vivace dans les anciens milieux révolutionnaires, on peut présumer que les travaux de Jappe trouveront un écho certain, bien que limité. Leur caractère à la fois simplificateur (tout ramener à un point crucial) et sophistiqué se prête bien à ce qu’ils servent d’ idéologie de substitution .

    #WertKritik, #idéologie.

    Pas plus qu’on ne peut lutter contre l’#aliénation par des moyens eux-mêmes aliénés, on ne peut critiquer la valorisation abstraite des conditions de notre existence avec une théorie elle-même passablement abstraite et à prétention scientifique... J’aurais l’occasion d’y revenir.

    • C’est la définition même de la philosophie de créer des concepts (idée abstraite), pour parler du monde. Donc à moins de ne plus parler de philosophie… :p
      « prétention scientifique » ? Citation prétendant cela ?

      Je préfère la critique de Semprun, plus claire dans ce quoi elle cherche à pointer, je trouve. Même si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il comprend (ce qu’il ne comprend pas plutôt, sur le travail abstrait qui n’est pas le travail sans qualité, c’est autre chose qui est dans tout travail capitaliste, qualifié ou pas).
      Fézons des liens tant qu’à faire : https://seenthis.net/messages/78417

      cc @ktche :)

  • La société autophage. Anselm Jappe - autrefutur.net
    http://www.autrefutur.net/La-societe-autophage-Anselm-Jappe

    Dans "La société autophage", le philosophe allemand Anselm Jappe livre une proposition théorique originale et très radicale du #capitalisme ainsi qu’une analyse des formes de violence extrêmes. En s’intéressant au sujet narcissique-fétichiste, qu’il identifie comme la subjectivité propre au capitalisme de crise. La « critique de la valeur » élargit ici son discours à la sphère des structures psychiques, à la recherche du sujet même de la fétichisation de la marchandise. Ce livre s’adresse à tous ceux qui se préoccupent de la « pulsion de mort » de la #société actuelle et qui pensent qu’elle est le résultat d’une véritable crise de #civilisation. [1]

    #livre

  • La violence, mais pour quoi faire ?, par Anselm Jappe [Pour « aller au-delà du cortège de tête »]
    http://www.palim-psao.fr/article-34399246.html

    Nous republions ici ce texte de 2009 dans le cadre des discussions et contributions actuelles pour aller « au-delà du cortège de tête ».

    L’État laisse donc tomber tous les jolis oripeaux dont il s’est revêtu depuis plus d’un siècle. Mais ce n’est pas un retour en arrière. La situation historique est inédite : l’État s’installe en seul maître du jeu. Dans les trente dernières années, il s’est forgé un arsenal de surveillance et de répression qui dépasse tout ce qu’on a vu, même à l’époque des États dits « totalitaires ». A-t-on déjà imaginé ce qui serait arrivé si les nazis et leurs alliés avaient disposé des mêmes instruments de surveillance et de répression que les démocraties d’aujourd’hui ? Entre surveillance vidéo et bracelets électroniques, échantillons d’ADN et contrôle de toutes les communications écrites et verbales, aucun juif ou gitan n’en aurait réchappé, aucune résistance n’aurait pu naître, tout évadé d’un camp de concentration aurait été repris immédiatement. L’État démocratique actuel est bien plus équipé que les États totalitaires d’antan pour faire du mal et pour traquer et éliminer tout ce qui peut lui faire opposition. Apparemment, il n’a pas encore la volonté d’en faire le même usage que ses prédécesseurs, mais demain ? Une logique fatale pousse les États à faire tout ce qui peut être fait, d’autant plus qu’ils sont les gérants d’un système technologique qui obéit à la même logique. Et on le voit tous les jours dans l’usage des moyens de répression : les prélèvements d’ADN, utilisés au début seulement pour les cas les plus graves, comme les meurtres d’enfants, sont maintenant appliqués couramment pour des vols de scooter ou pour les faucheurs volontaires, et finalement pour tout délit sauf pour les délits financiers (les bonnes âmes de gauche limiteront leur protestation à en demander l’extension à cette catégorie pour lutter contre les « privilèges »).

    […]

    Face au sabotage ou à d’autres formes de « violence », la question est toujours : qui l’exerce, et dans quel but ? La gauche radicale a souvent confondu la violence, même employée pour des buts absolument immanents à la logique marchande, tels les revendications salariales, avec la « radicalité ». Le sabotage pourra tout aussi bien se confondre avec l’affirmation violente d’intérêts particuliers et provoquer des réactions également violentes de l’autre côté : ainsi, les exploitants de terrains cultivés en OGM et saccagés par des faucheurs, ne se sentant pas défendus par l’État, pourraient recourir à des agences de sécurité privées. Le « maintien » émancipateur d’un mouvement d’opposition, même s’il démarre sur de bonnes bases, n’est jamais garanti – il pourra toujours basculer dans un « populisme » qui dépasse tout « clivage gauche-droite ». La transformation de certains mouvements de résistance à l’État en mafias qui luttent seulement pour elles-mêmes (comme les FARC en Colombie) est hautement significative. Et une fois que les « communes » dont parle L’Insurrection (et dont la conception rappelle quelque peu quelques-uns des survivalistes nord-américains qui se préparent à l’apocalypse) constateront que le reste de la population ne se met pas sur la même voie, elles ne combattront que pour leur propre compte. Ce ne sera pas le premier cas dans l’histoire récente.

    Déjà en ce moment, au lieu d’une critique du fonctionnement du capitalisme – et donc de la valeur, de l’argent, du travail, du capital, de la concurrence –, on assiste à une « chasse aux managers », à des attaques de leurs villas, à des séquestrations. « On trouve parmi les inculpés [des actes de révolte dans les banlieues] toutes sortes de profils que n’unifie guère que la haine de la société existante, et non l’appartenance de classe, de race ou de quartier », dit L’Insurrection qui vient. Soit. Cependant, le fait de détester la société existante ne veut encore rien dire, il faut voir si c’est pour de bonnes ou de mauvaises raisons. L’islamiste aussi est mû par la haine de cette société, et les supporters fascistes dans les stades crient « All cops are bastards ». Les négristes aussi croient voir des alliances parfaitement imaginaires de tous les ennemis de ce monde, du kamikaze palestinien jusqu’au professeur en grève, des banlieues parisiennes aux mineurs boliviens – pourvu que ça pète… Les sentiments de rejet qu’engendre le monde d’aujourd’hui sont souvent beaucoup plus près de la « haine désincarnée » (Baudrillard) et sans objet que de la violence traditionnelle et ils peuvent difficilement entrer dans une stratégie « politique » quelle qu’elle soit. Et si la guerre civile – la vraie – éclatait, il n’est pas difficile d’imaginer qui seraient les premiers à se trouver réveillés en pleine nuit et collés au mur sans façon, tandis qu’on viole les femmes et qu’on tire sur les enfants…

    #violence #comité_invisible #cortège_de_tête #Anselm_Jappe

  • Square Idée | Square
    http://sites.arte.tv/square/fr/video/square-idee-23

    Un peu de critique de la valeur sur Arte… avec Laurence Boone en contrepoint libéral (toujours l’idée qu’il faut absolument 50% pour le point de vue minoritaire et 50% pour celui qu’on entend déjà partout tout le temps, dans un débat)

    De plus en plus de personnes considèrent que la course à la croissance détruit plus qu’elle ne favorise le progrès social. Le philosophe Anselm Jappe et l’économiste Laurence Boone en débattent.
    Lorsque le mot « décroissance » fut employé pour la première fois, en 1972, la France et la plupart des pays occidentaux bénéficiaient encore de la formidable croissance économique des Trente Glorieuses. Depuis, le chômage de masse, la consommation généralisée et la pollution n’ont cessé d’augmenter, et le concept de décroissance a acquis une nouvelle résonance. De plus en plus de personnes considèrent en effet que la course à la croissance détruit plus qu’elle ne favorise le progrès social. Loin du folklore du retour au feu de bois et à l’éclairage à la bougie, cette idée représente-t-elle un espoir pour la planète ? Ou la décroissance est-elle une théorie de nantis peu soucieux du développement des pays émergents ? Le philosophe Anselm Jappe et l’économiste Laurence Boone en débattent.

    #Anselm_Jappe #interview #Arte #capitalisme #croissance #critique_de_la_valeur

  • 5 ans sans Robert Kurz. Bibliographie des articles les plus fondamentaux. - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2017/07/5-ans-apres-la-mort-de-robert-kurz.bibliographie-des-articles-les-plus-fo

    Il y a cinq ans, ce 18 juillet 2012, décède à Nuremberg, Robert Kurz, un des auteurs les plus connus du courant de la critique marxienne dénommé la critique de la valeur-dissociation.

    Dans les pas tracés par Marx et au-delà, Robert Kurz était une des rares personnes ayant ces dernières décennies la capacité d’analyser dans leur très grande complexité les formations sociales capitalistes et leur dynamique autodestructrice. Par ses écrits, il a su poser les fondements solides d’une transformation rigoureuse et exigeante de la critique de l’économie politique pour le XXIe siècle, et ouvrir d’autres domaines et chantiers au-delà de la seule critique catégorielle. Auteur prolixe qui cherchait toujours à mettre à la portée de tous une compréhension en profondeur du monde contemporain, il intervenait à cette fin comme journaliste dans de nombreuses publications en Allemagne et au Brésil.

    Avec sa mort, la critique de la valeur, la critique de la valeur-dissociation, et leurs lecteurs aux quatre coins du monde, ont perdu un penseur remarquable, et pour beaucoup il s’agit aujourd’hui de diffuser au travers de nouvelles traductions (qui pour la partie française sont encore à peine esquissées) mais aussi prolonger, cette refondation théorique pour une perspective révolutionnaire au XXIe siècle.


    #Robert_Kurz #Moische_Postone #Anselm_Jappe #théorie_critique_du_capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/article-robert-kurz-voyage-au-coeur-des-tenebres-du-capitalisme-par-ansel

  • La politique n’est pas la solution !
    Avec #Anselm_Jappe pour Nuit Debout à Paris

    Même si beaucoup refusent encore de comprendre la logique inexorable qui a conduit à un état du monde si sombre, la conviction se répand que l’économie capitaliste a mis l’humanité devant de grands problèmes. Presque toujours, la première réponse est la suivante : « Il faut retourner à la politique pour donner des règles au marché. Il faut rétablir la démocratie menacée par le pouvoir des multinationales et des Bourses ».
    Mais la politique et la démocratie sont-elles, vraiment le contraire de l’économie autonomisée, sont-elles capables de la ramener dans ses « justes bornes » ?

    http://ekouter.net/la-politique-n-est-pas-la-solution-avec-anselm-jappe-pour-nuit-debout-a-par

    http://ekouter.net/audio/Anselm%20Jappe-La%20politique%20n'est%20pas%20la%20solution-Nuit%20Debout-0

    #ordre_marchand #critique_de_la_valeur #économie_politique #émancipation

  • André Gorz à propos du revenu universel d’existence / revenu garanti, par Anselm Jappe
    http://www.palim-psao.fr/2017/06/andre-gorz-le-philosophe-qui-voulait-liberer-les-individus-du-travail-ent

    C’est peu connu, mais Gorz a opéré un second revirement sur le sujet pendant les dernières années de sa vie : il a émis des réserves envers le RSG et sa glorification.

    Pourquoi ces réserves vis-à-vis d’une idée qui semblait pourtant si cohérente avec le reste de sa pensée ?

    Ce n’est pas le radicalisme de l’idée qui l’effraie : Gorz ne faisait pas partie des penseurs qui « oublient » leur radicalisme de jeunesse au nom du pragmatisme. Ses dernières idées sont d’ailleurs bien plus radicales que ses idées antérieures. Et elles sont bien plus radicales que presque tout ce qui passe aujourd’hui pour de « l’anticapitalisme », mais qui n’est en général qu’une tiède critique du néolibéralisme.

    Dans les écrits de ses dernières années, Gorz prend simplement acte de l’impossibilité de réaliser l’« économie dualiste » qu’il préconisait dans le cadre d’une société capitaliste qui est en train de s’écrouler partout

    […]

    L’argent « fictif », n’est-ce pas très théorique ?

    Gorz a pris connaissance de la « critique de la valeur » allemande, notamment de celle de Robert Kurz, et du livre « Temps, travail et domination sociale » de Moishe Postone. Gorz partage avec cette école le constat que c’est le capitalisme lui-même qui abolit le travail ; ce capitalisme n’est pas du tout en expansion, mais rencontre depuis des décennies ses limites internes. Contester seulement la spéculation financière et les banques est trop court et peut conduire à des formes dangereuses de populisme.

    Par ailleurs, il constate que l’utilisation toujours croissante de technologies dans la production industrielle faisait diminuer nécessairement la quantité de travail utilisée, et que donc la valeur marchande de la production diminuait également. Autrement dit : puisque la quantité de travail requise dans la production diminue, on ne peut demander aux gens de « vendre » leur force de travail, de « gagner leur vie » par le travail. L’idée d’un secteur « qui travaille » et qui financerait un secteur « qui ne travaille pas » n’a pas de sens.

    Pour lui, la diminution du travail entraîne une diminution équivalente de l’argent représentant une quantité réelle de travail productif. La diminution globale du travail, de la valeur et de l’argent à partir des années 1970 – conséquence de la « troisième révolution industrielle » – a donc été faussement compensée par la création de montagnes d’« argent fictif » : crédits, bulles immobilières et boursières… C’est une illusion de croire que cet argent pourrait simplement être utilisé « différemment ».

    Il s’attendait à une grande crise financière, qui ferait s’évaporer une bonne partie de l’argent en circulation – et donc également de l’argent devant servir pour un revenu de base. A noter que la crise de 2008 est survenue un an après sa mort...

    Pour lui, s’agit-il désormais de sortir de l’argent ? Des échanges marchands ?

    Il arrive en tout cas à la conclusion que le salaire, et l’argent en général, ne peuvent jamais constituer un véritable instrument d’émancipation. Avec l’argent, on reste toujours dans une société capitaliste - une société indésirable même lorsqu’elle fonctionne, et qui maintenant ne marche même plus.

    La remise en question de son adhésion au RSG est donc directement liée à sa critique de l’argent…

    Oui. L’argent n’est que la représentation d’un processus transformant le travail en capital. Le marxisme visait à libérer le travail de l’emprise du capital. Mais pour Gorz, travail et capital, c’est la même chose : ce qui nourrit le capital, c’est le travail. Et comme le travail diminue, le système s’autodétruit. Il faut donc réfléchir à sortir du système, plutôt que de le « transformer » et créer des « niches » comme le revenu de base. Car cette méthode n’ouvre aucune perspective d’émancipation sociale véritable.

    Dans ses derniers écrits, tel l’article « Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise » (2007), Gorz affirme même que le RSG ne doit pas constituer un « transfert », c’est-à-dire une simple redistribution d’argent en faveur des plus démunis, à l’intérieur d’une société toujours basée sur le travail salarié, car on risquerait ainsi de renforcer le capitalisme en crise.

    #André_Gorz #Anselm_Jappe #critique_de_la_valeur #wertkritik #interview #capitalisme #argent #RSG #revenu_garanti #revenu_universel #revenu_de_base (revenu de tout… revenu de rien)

  • Qu’est-ce que le « capitalisme » ? Introduction à la critique de la valeur avec Anselm Jappe [vidéo, Bibliothèque associative de Malakoff, mars 2017]
    http://www.palim-psao.fr/2017/06/qu-est-ce-que-le-capitalisme-introduction-a-la-critique-de-la-valeur-avec

    A la BAM - Bibliothèque associative de Malakoff, mars 2017

    Le 11 mars 2017 à la BAM, le philosophe Anselm Jappe nous introduisait à la théorie de la critique de la valeur, une lecture du Capital de Marx radicalement distincte des approches tronquées classiques.

    https://vimeo.com/211802251

    https://vimeo.com/213580595

    https://vimeo.com/214896767

    #capitalisme #Marx #critique_de_la_valeur #wertkritik #Histoire #vulgarisation #BAM #Malakoff #travail #marchandise #finance #crédit #automatisation #Anselm_Jappe

  • Le capitalocène. Conférence filmée avec Armand Paris et Anselm Jappe
    http://www.palim-psao.fr/2016/07/le-capitalocene-conference-filmee-avec-armel-campagne-et-anselm-jappe.htm

    Avec un rappel historique de la révolution industrielle pour commencer.

    Le capitalocène. La dynamique environnementale du capitalisme et son histoire

    Conférence filmée avec Armand Paris et Anselm Jappe au Lieu-dit le 8 juin 2016.

    Nous sommes entrés dans « l’Anthropocène », nous serions collectivement, en tant qu’espèce humaine, responsables du dérèglement climatique, d’une extinction massive des espèces, d’une déforestation tropicale et d’une destruction des environnements sans précédents, d’une pollution et d’une érosion historiquement inédites. Peut-on vraiment incriminer un Anthropos indifférencié, une espèce complète, et en appeler à un « bon Anthropocène » techno-scientifique et à un capitalisme « vert » ? Et s’il s’agissait plutôt, comme l’affirment Andreas Malm, Jason Moore, John Bellamy Foster et des auteurs issus du courant dit de « critique de la valeur », d’un Capitalocène, d’une dynamique socio-historiquement spécifique aux conséquences écologiques également spécifiques, celle du capitalisme, et appelant donc à une sortie conjointe de « l’Anthropocène » et du capitalisme ? C’est cette hypothèse que développeront Armand Paris et Anselm Jappe.

    https://www.youtube.com/watch?v=xWRhgBWlmSQ

    #histoire #anthropocène (non) VS #capitalocène (oui) #révolution_industrielle #luddisme #luddites #capitalisme #critique_de_la_valeur #Anselm_Jappe

  • Une invitation qu’on me demande de faire suivre :

    Bonjour à toutes et tous.

    La Bibliothèque Associative de Malakoff invite ceux d’entre vous qui sont dans la région parisienne.

    Comme vous pouvez le constater sur le site http://www.b-a-m.org, nous accueillerons bientôt #Anselm_Jappe, #Jérôme_Baschet (autour du Zapatisme comme "expérience de sortie du capitalisme") et à une date à fixer en commun #François_Jarrige ( La modernité désenchantée. Relire l’histoire du XIXe siècle français , - Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences , - Face au Monstre mécanique. Une histoire des résistances à la technique …). Nous avons également contacté Shlomo Sand et Miguel Benasayag.

    Cette #bibliothèque associative de prêt a été fondée sans aucune subvention publique et avec pour but essentiel de lutter contre l’emprise capitaliste de diverses manières :

    – en accueillant en son sein diverses initiatives locales (alphabétisation, jazz-poésie, atelier anti-pub...),
    – en projetant des films peu vus en France (récemment la trilogie "Welcome in Vienna", bientôt « Reds »),
    – en organisant des ateliers de lecture de différents ouvrages,
    – en programmant une rencontre mensuelle sur l’histoire du mouvement ouvrier (avec un acteur qui a vécu le Front Populaire, la Résistance et la Libération dans le maquis Limousin, celui de Georges Guingouin),
    – en donnant pour la deuxième année un séminaire intitulé cette fois-ci : "Sur les traces de #Günther_Anders",
    – en proposant des réunions/discussions autour de thèmes d’actualité (la ZAD de Notre Dame des Landes, la lutte sur le site d’enfouissement de déchets nucléaire de Bure, Nuits debout, Loi Travaille !, violences policières...).

    Vous êtes toutes et tous les bien venus.