• Macron et Pétain : la curieuse rhétorique
    https://www.fnlp.fr/news/596/17/Macron-et-Petain-la-curieuse-rhetorique/d,lp_detail.html

    Quand le général Pershing débarqua à Saint-Nazaire en 1917 à la tête du corps expéditionnaire US, la légende dit qu’il cria « La Fayette, nous voilà ! » Avec #Emmanuel_Macron pour le 100e anniversaire du 11 novembre 1918, c’est plutôt :  « La boulette, nous voici ! ». Mais y aurait-il une simple erreur de communication dans son hommage rendu à #pétain. Qui suit qui ?

    Si l’on en croit le Point : « Alors qu’Emmanuel Macron avait soutenu cette idée de rendre hommage au maréchal Pétain ce samedi aux Invalides, en début de soirée, l’Élysée a assuré le contraire. Le chef de l’État avait notamment jugé « légitime » de rendre hommage au maréchal Pétain samedi aux Invalides, soulignant que le dirigeant du régime de Vichy avait été « pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat », même s’il a « conduit des choix funestes pendant la Seconde. » Et à propos de celui qui fut condamné en 1945 à l’indignité nationale et à la mort pour « collaboration avec l’Allemagne nazie » il rajouta : « Il a été un grand soldat, c’est une réalité. »

    Rappelons aussi que parler sans cesse du « maréchal » Pétain est un faux juridique, il a été condamné à l’indignité nationale en 1945 et déchu du titre de maréchal et. Il ne peut donc plus être question de lui décerner ce titre aujourd’hui. Il n’y a pas plus de « maréchal Pétain » que de beurre en branche. Mais tout cela est-il aussi innocent qu’il y paraît ?

    La version officielle macronesque est donc (au mépris de la vérité) : « Pétain a été un grand chef de guerre en 1914-1918, il s’est mal comporté ensuite. Il faut distinguer 1914-1918 de 1939-1945 ». Voici ce qu’en dit sa biographe réputée : « L’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, auteure d’une biographie de Pétain (éditions Perrin, 2014), écorne cependant le mythe du héros et du « plus humain des chefs ». Si Pétain économise la vie des soldats, explique-t-elle en substance, ce n’est ni par humanisme ni par compassion, mais parce qu’il dispose de ressources humaines limitées. Pour mater les mutineries de 1917, il améliorera le quotidien du poilu, mais continuera de faire fusiller « pour l’exemple ». (Source : Le Point)

    Appliquons le raisonnement macronesque à d’autres cas célèbres

    « Il faut distinguer le #Hitler du début du XXe siècle à l’horrible dirigeant #nazi qu’il fut ensuite. Il fut un aquarelliste honorable à Vienne et un excellent caporal en 1914-1918. La Guerre de 1939, les pogromes contre les Juifs, Auschwitz et les 6 millions de #Juifs assassinés sont à examiner à part. » Qui pourrait colporter une telle version ignoble ? Qui ne serait pas légitimement indigné d’une telle déclaration ?

    « Il faut distinguer le #Staline au XIXe siècle qui fut un pas-très-brillant #séminariste et le Staline après 1924 qui fut un assassin patenté, qui a plus de sang de #communistes sur les mains qu’’Hitler et qui a persécuté le clergé orthodoxe, comme il a persécuté tout le monde. » Qui pourrait croire à une telle fadaise ?

    C’est pourtant bien la curieuse rhétorique que nous sert Emmanuel Macron à propos du chef de l’Etat français condamné pour collaboration avec l’#Allemagne nazie. Qui n’y voit pas une réhabilitation larvée du Pétain de #Vichy avec tous les crimes qui vont avec ?

    Il y a quand même de curieux points de convergence entre Pétain et Macron

    Il y a le logo de #En_marche ! Le même que celui du régime de Vichy. Il y a ensuite aujourd’hui la volonté de disloquer la loi de 1905 de Séparation des #Églises et de l’#Etat, en reprenant les mêmes dispositions financières et réglementaires que la loi du 25 décembre 1942 de Pétain.

    Il y a ensuite toute la conception sociale et économique de la société : le corporatisme issu de la Doctrine sociale de l’Eglise catholique qui fut mis en œuvre par Pétain, à l’instar de Salazar, Franco, Mussolini, Hitler. Voici ce qu’en dit La Croix du 26 juin 2018 (que l’on ne peut suspecter d’#anticléricalisme primaire) : « Son action montre qu’il [Macron-NDLR] est certes sensible aux thèses libérales d’amélioration des performances de notre #économie, mais aussi attentif aux mécanismes de solidarité collective, dont il conviendrait d’améliorer l’efficacité. Au fond, cela rejoint le discours de la Doctrine sociale qui, de Léon XIII jusqu’à François, s’est toujours prononcé pour une solidarité institutionnellement organisée sans pour autant tomber dans l’écueil de l’assistanat contre quoi Jean-Paul II cherchait à nous prémunir : « L’État a par ailleurs le devoir de surveiller et de conduire l’application des droits humains dans le secteur économique, (…) mais en intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l’état de l’assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses » (Centesimus annus). »

    On peut remarquer que la stigmatisation "l’état assistance" tout comme la prétendue "hypertrophie des appareils publics" inspire directement la remise en cause des services publics, leurs #privatisations ou la réduction de leurs budgets de fonctionnement.

    Comment ne pas voir aussi que la destruction du #Code_du_Travail par les lois Travail de #Hollande et de Macron est directement inspirée des #encycliques sociales papales ? Tout cela commence à faire beaucoup. Il n’y a donc peut-être pas qu’une « boulette » ou un faux pas dans tout ce scénario grotesque d’hommage à Pétain par Emmanuel Macron.

    Si vous voulez en savoir plus, la #Libre_Pensée vous conseille de vous procurer le volume IV (Tome 6) des Actes du Colloque tenu à #Lyon sur Pétain. C’est un ouvrage complet et complété qui fait suite aux trois premiers volumes déjà publiés.

    • A propos du 11 novembre, savez-vous que… FNLP
      https://www.fnlp.fr/news/590/17/A-propos-du-11-novembre-savez-vous-que/d,lp_detail.html

      Il a été annoncé sur un air de sonnerie militaire que #Donald_Trump allait participer au défilé et à la parade pour le centième anniversaire du #11_novembre 1918. Cela n’a l’air de rien, mais c’est très significatif. Depuis 1918, il n’y a jamais eu de défilé militaire pour le 11 novembre, sauf le 11 novembre 1944, qui a mélangé les civils et les militaires. C’était la Libération. Mais autrement, JAMAIS il n’y a eu de parade militaire à cette occasion. Les anciens combattants, les soldats, les victimes de guerre, les « #gueules_cassées » ont interdit depuis 1918, la glorification de la guerre le 11 novembre. Le défilé de la « Victoire », c’était le 14 juillet 1919. Les 14 juillet, il y a depuis le défilé militaire pour « exalter » la force militaire de l’#impérialisme français.

      Les survivants de la boucherie impérialiste de 1914-1918 ont imposé que le 11 novembre prenne un caractère contre la guerre, pour la paix et l’entente entre les peuples. « Plus jamais cela ! ». Et on nous annonce qu’Emmanuel Macron et Donald Trump vont présider un défilé militaire à Paris le 11 novembre 2018 !

      Et aussi :
      Le symbole est clair : c’est la guerre qui dure, c’est la guerre qui vient. C’est la guerre comme seul horizon

      Quelle autre signification que le maintien de la guerre et de l’exploitation ?

      A la recherche d’une commémoration

      Le 11 novembre : Commémoration religieuse ou journée des Poilus ?

      Trois ans d’attente

      Qui a fait le 11 novembre ?

      Qu’ont-ils fait du 11 novembre ?

  • Notes sur la lecture de "L’invention de la science" de Guillaume Carnino. -2-

    Partie 1 ici : http://seenthis.net/messages/428937

    Anticléricalisme . Clérical est un terme descriptif qui n’a pas de vocable opposé jusqu’en 1850 ou apparaît « anticlérical ». Les critiques de l’Église remonte au moins à la Réforme, et la Révolution française s’est positionné contre elle « en tant qu’institution politique clef de l’Ancien Régime. »
    « Le « cléricalisme », connoté péjorativement pour qualifier les prétentions illégitimes des clercs à diriger la société, émerge vers 1848, tandis que l’adjectif « anticlérical » voit le jour en 1852, et semble largement usité après 1859. »
    « La première société française de libre pensée (la Société démocratique des libres penseurs) naît le 21 mars 1848, aux premiers jours de la IIe République. La libre pensée parisienne se strucure massivement au tout début des années 1860, et forme alors une nébuleuse de multiples sociétés semi-illégales et semi-clandestines. En 1864, le pape Pie IX condamne explicitement le rationalisme comme conduisant à l’athéisme au travers de l’encyclique Syllabus. » A ce moment les scientifiques sont parfois qualifiés de « canaille scientifique » et certains demandent une « croisade militante contre la science sans Dieu »
    En 1859, le territoire papal est réduit (par l’Empire) et le pouvoir retire quelques prérogatives au clergé. « Les réseaux républicains, matérialistes et positivistes en profitent alors pour s’emparer de plusieurs débats d’actualité issus des sciences naturelles afin d’attaquer les fondements du dogme chrétien. »
    Carnino relève a cette période (autour de 1860) un ensemble de débats et personnages qui seront ré-écris plus tard pour lier la science à l’émancipation de la religion . [De fait l’allure de ce chapitre, me rappelle « Science et Religion » de Russell]
    Dans l’enjeu sur l’histoire des vivants , Darwin (non athée, « excessivement prudent », qui ne voulait « pas froisser les susceptibilités du clergé ») est transformé par Clémence Royer (à travers la 1ère traduction française) en partisan d’un anticlérical [1] et eugéniste [2]. « Sa préface cristallise immédiatement les réactions catholiques face à la théorie darwinienne. »
    L’évolution de l’homme elle-même est l’objet d’un débat entre le monogénisme (« selon lequel tous les êtres humains descendraient d’une souche originelle ») et polygénisme (« tenant d’une multiplicité originelle des races humaines »). « Le polygénisme est une opinion à connotation anticléricale, puisque les Écritures établissent que toute l’humanité descend du couple originel formé par Adam et Ève. »
    La génération de la vie sur Terre , est disputé entre autre entre hétérogénistes [3] (qui croient en la génération spontanée) et animistes (qui pensent qu’il faut un Dieu pour insuffler la vie) [En fait c’est plus compliqué, car les vitalistes sont aussi présent et sont parfois associés aux animistes, parfois aux matérialistes, selon qu’il désigne la mauvaise connaissance comme une « force vitale » ou juste pour insister sur la non réduction à des explications physico-chimique, ou encore un manque de connaissance à acquérir]. Les partisans de la génération spontanée voit l’occasion de donner une origine strictement matérielle à la vie (avec des explications plus ou moins crédibles allant de l’analogie a l’oeuf, à celle de chemise que l’on laisse moisir qui donne des rats…) Or comme le rappelle Carnino, Pasteur à montrer qu’à l’échelle macroscopique elle était impossible [aujourd’hui on s’accorde pour dire que l’origine de la vie est bien abiotique, mais juste l’origine de l’apparition de toute vie pour donner l’ancêtre commun]. Pasteur qui défend la morale catholique (contre le protestant hétérogéniste Pouchet), ne pouvais pas mieux rêver que de montrer par une méthode indéniablement scientifique que la vie ne peut venir que de la vie.
    La vie de Jésus , connaît un des premiers essais de regard historique (c’est-à-dire, non seulement basé sur les « Écritures » religieuses) avec Ernest Renan, présenté dès lors comme un partisan de l’athéisme et du matérialisme pour, entre autre, avoir dit : « s’il y a une histoire interdite à la critique et mise à part comme divine, il n’y a plus de science historique. » Carnino de rappeler, que Renan, comme beaucoup, est partisan de donner une place légitime à la science et à la religion. Il fait en effet « de la religion la racine non pas de la transcendance à venir, mais le socle de l’immanence humaine, qu’elle soit morale ou sociale. »
    « L’église catholique doit s’emparer de la science » . Devant toutefois le pouvoir de ce nouveau type de savoir non-expressément religieux, l’Église prudente commence à changer de stratégie, comme l’indique une citation de l’Abbé Isoard mis en relief par Carnino : « [Il est] indispensable que des hommes d’Église fassent eux-même de la science, qu’ils soient partie active dans ses progrès, partie prenante dans le butin. » [Il s’agit entre autre, de maintenir légitime les deux magistères (comme les appelles Dawkins, dans Pour en Finir avec Dieu) c’est-à-dire effacer les oppositions et dire que chacun a sa place, comme si le savoir religieux et le savoir scientifique étaient juste deux types de savoir différents, mais qui se valent, alors que le savoir scientifique, lui, dispose de preuves].
    « Les batailles autour de la laïcité dans les années 1902-1903 ne seront possibles qu’au nom de cette séparation, constitutive. »

    [1] Elle indique dans la préface qu’elle écrit : « le surnaturel recule dans la science à mesure que le naturel y gagne du terrain, et que la somme d’action directe attribuée à Dieu a toujours été égale à celle de notre ignorance des vraies lois du monde. »
    [2]Elle traduit sélection par « élection » et perçois elle-même l’histoire du vivant comme « la preuve de l’iniquité de la société du XIXe s., qui protège les faibles au détriment des forts, et empêche ainsi l’évolution positive de l’espèce humaine. »
    [3]Je ne suis pas totalement l’auteur ici, non pas pour exprimer un désaccord, mais pour a mon avis, mieux présenter les enjeux d’un débat d’Idées plus large que la période a l’intérieur de laquelle il se concentre.

  • #Bibliographie : #Libertinage, #libre_pensée, #irréligion, #athéisme, #anticléricalisme - 1

    La présente bibliographie, régulièrement mise à jour, ne prétend pas à l’exhaustivité, ni ne se substitue à d’autres déjà existantes sur des sujets identiques ou voisins (en particulier, Sergio Zoli, L’Europa libertina (secc. xvi-xviii). Bibliografia generale, Firenze, Nardini, 1997). Elle est aussi tributaire des recherches spécifiques présentées en séminaire et, de ce fait plus attentive à certaines thématiques qu’à d’autres, et surtout elle est centrée sur le début de l’époque moderne (xvie-xviiie siècle), tout en s’efforçant de ne pas négliger les autres périodes. Merci de nous signaler lacunes et fautes à cavaille@ehess.fr

    http://dossiersgrihl.revues.org/632

    #lecture