• #Don_italo_Calabrò : la folle histoire du #prêtre qui a déjoué les plans de la #mafia

    Au milieu des années 1960, #Italo_Calabrò est envoyé dans un hameau de Calabre tenu par la ’#Ndrangheta, la plus puissante mafia du monde. Au cœur d’une lutte locale contre la vendetta, il est un des premiers à comprendre, en Italie, que l’#éducation est le meilleur ennemi du crime organisé.

    Lorsque Don Italo Calabrò arrive pour la première fois à San Giovanni di Sambatello, en 1964, il n’a pas encore 40 ans. L’hiver a déjà enveloppé de son air piquant ce hameau perché à 600 mètres d’altitude, sur les flancs de l’Aspromonte. À vol d’oiseau, en piqué vers la mer, sept kilomètres le séparent de Reggio de Calabre, qui s’étale le long de la côte ionienne. Pourtant, c’est comme si les deux endroits vivaient à des années-lumière de distance. « Les mentalités étaient assez rétrogrades : les filles n’allaient pas à l’école, les garçons se faisaient un peu d’argent sur les chantiers, tout le monde travaillait dans les champs », raconte Giuseppina, remuant ses souvenirs de préadolescente. À l’époque, elle avait 11 ans et la réputation d’une fille « pas très recommandable », car elle était l’une des trois seules de son âge à suivre une scolarité à Reggio.

    Don Italo, lui, sait bien pourquoi il est envoyé là. Il remonte les ruelles du village jusqu’à une bâtisse de trois niveaux dont les murs de béton, mal finis, bloquent la vue imprenable sur le détroit de Messine qui fait scintiller ses eaux, en contrebas. C’est la maison du boss local. La petite église de Santa Maria della Neve se trouve un peu plus haut, au bout de marches raides qui amènent sur les hauteurs du village. Deux autres prêtres ont récemment emprunté ce même escalier. Eux aussi sont arrivés le souffle court au pied de l’église puis, en moins d’une semaine, ont déguerpi. Don Italo doit tenir quelques jours, le temps de calmer les esprits. Là-haut, on ne lui a pas menti, l’église est bel et bien murée. Des planches de bois ont été clouées en travers de la porte. Il aura beau les retirer, cela n’y changera rien. Le boss a donné l’ordre de ne pas y mettre un pied. C’est sa vengeance pour avoir été contraint à la cavale.

    Une église sous influence

    Dans ses journaux de bord, Don Italo Calabrò consigne ce qui l’a amené dans ce village de 600 âmes : « Le 7 décembre 1964, écrit-il, l’évêque de Reggio de Calabre me demande de monter à San Giovanni car il s’y passe une chose particulière. La nuit, le prêtre cache… » Les points de suspension taisent le nom du boss local, l’un des plus importants de la mafia calabraise, qui échappe à tous les contrôles de police, trouvant refuge la nuit dans la maison paroissiale. Alors, quand le curé est relevé de ses fonctions et que le mafieux perd sa couverture, San Giovanni di Sambatello marque son mécontentement.

    Dans ce hameau comme dans bien d’autres, un boss local tient les habitants sous sa coupe. Personne ne parle encore de ’Ndrangheta, le crime organisé calabrais devenu le plus puissant d’Italie et l’un des plus redoutés du monde. Cosa Nostra, la mafia sicilienne qui sévit de l’autre côté du détroit de Messine, terrorise le pays avec sa première guerre interne et accapare l’attention. Don Italo Calabrò, sans le savoir, devient l’un des premiers à se saisir d’un problème qui n’a pas encore de nom. Il faut attendre fin novembre 1975 pour que les évêques calabrais condamnent publiquement la mafia locale.

    « Avec beaucoup de force de caractère, d’humilité et de courage, Don Italo Calabrò s’est attaché à nous et a décidé de rester pendant vingt-six ans, se souvient Giuseppina. Sa présence a changé la vie du village. » Le prêtre possède un précieux sésame : parmi les élèves de l’école où il enseigne se trouve un neveu du boss. « Si vous ne voulez pas aller à l’église, n’y allez pas, mais c’est une bonne personne, donc ne l’insultez pas », intime le jeune homme aux habitants à propos de son professeur.

    Don Italo rouvre l’église et échappe aux insultes et aux menaces que ses prédécesseurs ont reçues. Les premières messes qu’il célèbre comptent deux ou trois fidèles. Il comprend que c’est en dehors de l’église qu’il gagnera la partie. Il parcourt les rues, a un mot pour chacun, plaisante avec les hommes, fait installer des haut-parleurs sur les murs de l’église pour que les femmes, contraintes de travailler aux champs le dimanche matin, écoutent son homélie tout en s’occupant des légumes. En à peine deux mois, les rangs des fidèles grossissent, timidement mais sûrement.

    L’antimafia sociale

    « Don Italo a découvert une grande pauvreté, un isolement total et un contexte culturel très dégradé », raconte Domenico Nasone, président de l’association antimafia Libera à Reggio de Calabre, qui a travaillé aux côtés du prêtre pendant près de vingt ans. « Il n’y avait pas d’eau courante, pas d’égouts, l’électricité n’arrivait que dans quelques maisons, le bus s’arrêtait à cinq kilomètres du village, qu’il fallait ensuite parcourir par un chemin muletier. Pas de boîte postale, et le boss empêchait l’État de construire une école publique. »

    Dans les registres de l’église, la faim est encore une cause de décès que l’on consigne à côté du nom du défunt. Don Calabrò met alors en marche ce que, cinquante ans plus tard, Domenico Nasone qualifie de « révolution » : le prêtre fait étudier les filles – certaines poursuivent même au collège – et engage ainsi « une formation religieuse, mais aussi morale de ce peuple, en lui apprenant à lutter pour ses droits et à regagner sa dignité ». « Il a fait comprendre aux habitants que la présence de mafieux dans leur village empêchait son développement », résume Domenico Nasone.

    « Il nous a responsabilisés et rendus autonomes », abonde Giuseppina, qui raconte les premières grèves des habitants pour exiger l’eau courante, le prolongement de la ligne de bus ou l’ouverture d’une véritable école. « On a même fait venir la télévision locale pour couvrir nos actions, continue la sexagénaire, le sourire aux lèvres. Don Calabrò répétait inlassablement que le monde ne commençait pas et ne s’arrêtait pas à San Giovanni. Il nous a appris à nous ouvrir, à voir au-delà des frontières du village. » L’intuition du prêtre est celle qui guide aujourd’hui la plupart des politiques de lutte contre la mafia en Italie, ce qu’on appelle « l’antimafia sociale » : l’une des clés pour briser le cercle de la criminalité est de proposer un modèle différent à des enfants et des familles qui vivent souvent en vase clos.

    Don Italo récupère un vidéoprojecteur et transforme la maison paroissiale en ciné-forum après l’école. Il apporte des magazines pour faire lire les enfants, installe un babyfoot et une télévision, fait aménager un terrain de sport, invite les paroissiens à participer à des pèlerinages mixtes, à une époque où hommes et femmes ne se côtoient jamais au village. Derrière la grille du confessionnal, les femmes se laissent aller à toutes les confidences. Elles racontent comment la ’Ndrangheta brise leurs familles, la douleur des maris assassinés, de ceux en cavale, leur impuissance lorsque leurs fils décident de prendre la relève, aveuglés par le pouvoir et l’argent. Le prêtre comprend avant les autres que ce sont elles qui peuvent changer la donne au sein de cette organisation criminelle basée sur les liens du sang et dans laquelle les fils sont destinés à reprendre le flambeau des pères et les femmes à nourrir l’omerta et l’esprit de vengeance.

    « Ne cherche pas à savoir qui a mis cette bombe sous ta voiture »

    Après chaque assassinat – et ils se sont comptés par dizaines –, à la fin de ses oraisons funèbres, Don Calabrò parcourt les ruelles escarpées de San Giovanni et des villages alentour, frappe aux portes des mères endeuillées : « Ne pensez pas à la vengeance », répète-t-il, ou bien : « Ne cherche pas à savoir qui a mis cette bombe sous ta voiture », demande-t-il au survivant d’un attentat qui se démène dans le village pour savoir qui a voulu le tuer. « Si ce qui te dérange, c’est que ta voiture ait brûlé, je préfère t’en racheter une », lui dit le prêtre.

    Sur les bancs de l’église, certains lui enjoignent parfois de s’en tenir à la messe. Cette simple remarque suffit à rendre chaque souffle plus pesant. Alors, Don Italo fouille dans ses souvenirs et relate le cas de ce garçon d’un quartier populaire de Reggio de Calabre dont les parents, « lorsqu’il se bagarrait avec un autre enfant, ne lui demandaient pas s’il avait raison ou tort, mais s’il avait réussi à donner plus de coups qu’à en recevoir ». Ces anecdotes, recueillies par son ancien collaborateur Piero Cipriani dans la biographie Nessuno escluso, mai. Italo Calabrò prete del Sud (non traduit), racontent « la motivation et le point de vue très particulier qui étaient les siens dans son action contre la mafia, qu’il considérait comme un système de vie, de culture, de pouvoir représentant l’anti-Évangile, la négation des valeurs les plus authentiques de l’homme et de la foi elle-même ».

    Certains prêtres engagés contre la criminalité organisée ont été assassinés ces dernières décennies en Italie. Don Italo Calabrò, lui, est mort des suites d’une maladie, en 1990. Pourtant, ses condamnations sont restées sans appel, en particulier lors des enterrements des victimes d’assassinats mafieux, qu’il était le seul à accepter de célébrer. « Sa méthode a toujours été de nous inclure dès le départ dans les changements et de ne jamais juger qui que ce soit », estime Giuseppina, très émue à l’évocation de ses souvenirs. « Lorsqu’il parlait des mafieux lors de ses homélies, il ne les jugeait pas, il disait que c’était de bonnes personnes qui s’étaient laissées piéger et que s’il était désormais trop tard pour les sortir de là, il fallait éviter que leurs fils suivent leur voie. »

    Au cimetière de San Giovanni di Sambatello que surveille un immense pin sans épines, la tombe du prêtre, entretenue par les paroissiens, est encore parfaitement lustrée et bordée de quelques vases de fleurs toujours garnis. Le hameau n’a plus grand-chose à voir avec celui que Don Calabrò a connu à son arrivée. Il s’est dépeuplé lorsque les nouvelles générations ont obtenu des diplômes, que certaines femmes sont devenues médecins ou biologistes, que d’autres habitants ont été embauchés à la poste ou aux chemins de fer italiens.

    Domenico Nasone, lui, en fait une étape obligée des visites qu’il organise avec Libera pour comprendre ce qu’est la criminalité organisée, loin du folklore des films ou des séries. Il fait partie de la petite équipe qui vient de conclure l’enquête diocésaine nécessaire à la demande de béatification de Don Calabrò, que l’Église a ouverte en 2023.

    À quelques mètres de la pierre tombale sous laquelle gît le prêtre, une photo en médaillon toise les visiteurs, celle de l’ancien boss, dont le corps repose dans l’une des niches installées en hauteur. Dans les allées du cimetière dorment aussi les victimes de son clan : un enfant de trois ans tué d’une balle perdue dans les bras de sa mère, deux jeunes hommes ayant eu le malheur de prendre en stop un mafieux qui voulait changer de vie, mais que ses anciens complices avaient condamné à mort, un autre ayant laissé derrière lui sa femme enceinte de trois mois. « C’est ça, l’histoire de la ’Ndrangheta, celle des guerres, du boss mais aussi des victimes innocentes », conclut Domenico Nasone en refermant, dans un grincement, la porte du petit cimetière.

    https://lecri.media/don-italo-calabro-la-folle-histoire-du-pretre-qui-a-dejoue-les-plans-de-la-
    #criminalité_organisée #Italie #résistance #San_Giovanni_di_Sambatello #Aspromonte #Santa_Maria_della_Neve #isolement #pauvreté #antimafia_sociale #femmes #vengeance

    • Nessuno escluso, mai. Italo Calabrò prete del Sud

      Don Italo Calabrò non è solo una persona cara, che rimane nella memoria e nel cuore di quanti lo hanno conosciuto; è anche un maestro, di quelli credibili, che hanno percorso le strade, prima di indicarle ad altri: un maestro-testimone. (dalla prefazione di Giuseppe Pasini)

      A quasi dieci anni dalla scomparsa di don Italo Calabrò, questo libro vuole rappresentare l’esperienza e la testimonianza di una straordinaria figura della Chiesa del Sud. Una spiritualità incarnata nella Storia e nelle contraddizioni del Mezzogiorno, una vita spesa per i poveri e la loro liberazione, un impegno per la pace e contro la violenza mafiosa che ha percorso i tempi: questi i segni distintivi di un itinerario personale e comunitario vissuto nella duplice fedeltà a Dio e all’uomo. Una solidarietà intelligente, creativa, popolare e dalla forte dimensione politica, che costituì l’anima dell’esperienza di don Italo, è un messaggio ancor oggi vivo e dirompente. Contro ogni torpore e perbenismo borghese, contro ogni tentativo di compromesso al ribasso, nella società e nella Chiesa.

      https://www.lameridiana.it/nessuno-escluso-mai.html

    • Quando un uomo vale. Don Italo Calabrò profeta di speranza

      Don Italo Calabrò (1925-1990) è stato un sacerdote della Diocesi di Reggio Calabria-Bova. Con la sua azione profetica ha dato un forte impulso al cammino della Chiesa nella “lotta non violenta” alla ’ndrangheta – da lui considerata anti-Vangelo, negazione dei valori autentici dell’uomo e della fede – con l’impegno di promuovere il valore sacro della dignità di ogni persona, sempre, perché «l’uomo vale sempre», diceva. Nel suo ministero – come vicario generale, parroco, professore, direttore e animatore della Caritas e di opere caritative – attraverso la pedagogia dei fatti ha vissuto e proposto a intere generazioni la spiritualità dell’incarnazione e il Vangelo della carità, quali vie per la costruzione di una società basata sui valori dell’essere, della fraternità e della solidarietà. Rimane attuale il suo invito ai giovani a impegnarsi con speranza nell’edificazione di un mondo migliore: «Fate tutto con fiducia, con coraggio, con speranza. Fiducia, coraggio e speranza sono le basi dalle quali dovete partire».

      https://www.store.rubbettinoeditore.it/catalogo/quando-un-uomo-vale

    • Don Italo Calabrò. Un prete di fronte alla ’ndrangheta

      La resistenza nonviolenta alla mafia di cui parlavano due decenni fa don Italo Calabrò e i suoi collaboratori del Centro Comunitario Agape , fondato significativamente nel 1968 , che poteva apparire come utopia o astrazione, si è fatta strategia capace di vincere, anzi di con-vincere: perché appunto si vince veramente solo quando si vince assieme, quando si lavora“per” e non“contro”, quando si costruisce scommettendo sulla responsabilità piuttosto che sulla forza. […] Non servono eroi: don Calabrò non lo era, come non lo erano don Peppino Puglisi e don Giuseppe Diana, uccisi dalle mafie. Servono cittadini e sacerdoti capaci di essere veri, di riconoscere e di testimoniare la verità, di fare semplicemente il proprio dovere, di scegliere da che parte stare.

      https://www.store.rubbettinoeditore.it/catalogo/don-italo-calabro

  • En Italie, une mozzarella bio fabriquée sur les terres confisquées à la mafia

    De la #mozzarella_de_bufflonne biologique, fabriquée sur des terres confisquées à la #mafia italienne : c’est le défi que s’est lancé une coopérative sociale agricole dans une région historique pour la #Camorra.

    « Ici, la Camorra a perdu ! » Tel est le message en grosses lettres noires affiché sur le portail de la coopérative sociale Les Terres de Don #Peppe_Diana, située à #Castel_Volturno (Campanie), dans le sud de l’Italie. Sur ces terres, donc, la célèbre organisation mafieuse implantée notamment dans cette région n’a plus la mainmise. Il est 7 heures du matin en cette journée d’été et Massimo Rocco, le directeur du site, accueille les visiteurs désireux d’assister à la production de la seule mozzarella d’#Italie à revendiquer le label « antimafia ».

    Dès le premier coup d’œil, cette exploitation agricole semble avoir quelque chose de particulier. Dans la petite épicerie, qui jouxte le laboratoire de la fromagerie et le bureau de Massimo, on trouve une série de denrées alimentaires labellisées #Libera_Terra, des produits de tout le pays qui, comme la mozzarella de la coopérative, sont issus d’une démarche sociale et économique, une alternative aux pratiques mafieuses. Depuis 1995, la confédération d’associations Libera, fondée par le prêtre #Don_Luigi_Ciotti, coordonne les initiatives de ce type. Parmi les nombreuses activités qu’elle accompagne se trouve la gestion de #biens_confisqués par la #justice aux personnes liées au crime organisé. Une #loi italienne permet en effet de mettre à la disposition de collectivités ou d’entreprises de l’économie sociale et solidaire ces propriétés immobilières et foncières mal acquises.

    Avant de produire du #fromage biologique et de donner du travail à des ouvriers en réinsertion, ces quelques bâtiments perdus au milieu des champs étaient la propriété d’un certain #Michele_Zaza, l’un des parrains historiques de la mafia napolitaine.

    Celui qui avait démarré sa fortune avec la contrebande de cigarettes dans les années 1970 cultivait sur ces terres une passion pour les chevaux. Les écuries ont été saisies par la justice en 1990, mais ce n’est qu’une décennie plus tard qu’elles ont définitivement été confisquées, devenant une propriété de l’État. Après une autre décennie, les écuries et quelques autres lots de terre ont finalement été mis à la disposition de la coopérative sociale montée spécialement par le réseau #Libera, via un comité local. L’objectif était d’y créer une double activité : économique, avec la production de divers fromages, légumes et fourrages ; et sociale, avec la création d’un centre d’activités pour la jeunesse.

    Légalité et circuit court

    Dans le laboratoire de la #fromagerie, alors que le lait de bufflonne livré dans la nuit se transforme en une longue pâte lisse entre les mains expertes des quatre employés, #Massimo_Rocco raconte le long chemin parcouru depuis 2010. Certes, l’État italien leur a confié un bien et des terres confisquées, mais s’opposer à la mafia demande plus que des discours et des symboles. « Ce qu’il fallait avant tout, c’était créer une entreprise qui marche, et dépasser le cap des bonnes intentions en montrant qu’on peut combattre la mafia par une entreprise saine. »

    Dans le sud de l’Italie, la production de mozzarella est un secteur qui a plusieurs fois été épinglé pour diverses formes de pratiques illégales : travail dissimulé, non-respect des normes, pollution environnementale, etc. Et la concurrence, elle, n’est pas toujours loyale. « Nous déclarons nos employés, payons nos taxes, respectons les normes sanitaires. Tout cela a un coût, mais le prix payé par le consommateur est juste », souligne la quadragénaire, qui a accepté de travailler bénévolement au début de l’aventure.

    Avant d’être en mesure de produire près de 1 200 kilogrammes de mozzarella sous appellation d’origine protégée (AOP) — et quelques kilogrammes supplémentaires de #ricotta et #scamorza, un autre fromage à pâte filée — il a fallu démarcher les producteurs de #lait locaux et gagner leur confiance. « Deux de nos quatre fournisseurs sont passés en #biologique, c’était une volonté de notre part. Le réseau les a soutenus et ils ont été certifié en 2016, car la transformation du territoire fait aussi partie du projet de la lutte antimafia, même sur le plan environnemental. »

    La production maraîchère et céréalière, autre activité de la #coopérative pratiquée sur 90 hectares, est d’ailleurs elle aussi biologique. « Nous produisons nous-mêmes le #fourrage utilisé par les éleveurs qui nous fournissent le lait. » Un bel exemple de double #circuit_court et de #traçabilité.

    La suite de la visite se poursuit dans une installation flambant neuve. L’entreprise vient d’investir dans des fumoirs pour la scamorza. Le directeur — et néanmoins sociétaire — explique que le prêt a été obtenu auprès d’une banque. Les aides de l’État sont en effet quasi inexistantes. Sans l’appui du réseau Libera et de #Legacoop (qui possède notamment de nombreux points de distribution), de fondations privées et des camps de jeunes venus prêter main forte lors des premiers chantiers d’installation, la mozzarella des Terres de Don Peppe Diana aurait eu du mal à se faire une place sur le marché. « On ne dégage actuellement pas un gros bénéfice, mais on peut envisager de diversifier notre activité, observe Massimo Rocco. 80 % de notre production est vendue en Italie du Nord, mais il est encore difficile de percer dans le Sud. »

    Pédagogie et sensibilisation

    L’une des missions principales des militants de l’« #antimafia_sociale » est en effet de changer les #mentalités, notamment en faisant comprendre les enjeux de la #légalité : l’opposition à la #corruption et à l’#extorsion. Un discours qui reste encore difficile à entendre dans des régions qui ont été si longtemps sous la coupe de pratiques mafieuses. Les relations avec le voisinage, elles, ont parfois été houleuses.

    « Des incendies, probablement criminels, ont été recensés et du matériel a été volé, se souvient Massimo. Ce n’est pas facile de surveiller nos parcelles disséminées sur plusieurs communes, au milieu de celles appartenant à des familles mafieuses. En revanche, pour une question de transparence, nous envoyons nos bilans économiques et sociaux aux communes et aux préfectures. » Car la sensibilisation aux #alternatives à la mafia doit se faire du fournisseur aux consommateurs, en passant par les acteurs locaux. C’est une raison pour laquelle la coopérative emploie entre autres des anciens détenus.

    Dans le but d’éduquer les futures générations, le domaine agricole accueille également des #camps_scouts. La dernière étape de la visite est d’ailleurs une grande salle de réunion aux murs couverts de livres et par des fresques peintes par les jeunes passés les précédentes années. « C’est l’un des premiers centres de ressources sur les luttes sociales, l’agriculture biologique et l’histoire de l’antimafia de la région nord de Naples », présente fièrement notre hôte. Sa coopérative a d’ailleurs pris le nom du curé de la ville voisine de Casal di Principe, Don Giuseppe Diana, assassiné dans son église par la Camorra en 1994, pour rendre hommage à son combat contre la mafia locale.

    Alors que la visite s’achève comme il se doit par la dégustation d’un fromage tout juste fabriqué, Massimo reçoit un message sur son téléphone. « Nous sommes en demi-finale du concours de la meilleure mozzarella bio de Campanie », sourit-il. Ses produits sont en compétition avec ceux de quatre-vingts autres producteurs de la région. « Cela n’a rien à voir avec les conditions de production, seuls le goût et la qualité du produit sont pris en compte. C’est important pour nous d’être reconnus comme fabricants d’un excellent produit. » Quelques semaines après notre passage, la nouvelle tombe : la mozzarella di bufala de la coopérative a décroché la première place !

    https://reporterre.net/En-Italie-une-mozzarella-bio-fabriquee-sur-les-terres-confisquees-a-la-m
    #mozzarella #mozzarella_di_bufala #terre_di_don_peppe_Diana #Castelvolturno #terre_confiscate #bio #agriculture_biologique

    pour la petite histoire... je la connais assez bien cette fromagerie :-) Et on était déjà en train d’organiser une commande groupée à Grenoble :-)

    ping @karine4 @_kg_

    • @deka —> « Depuis 1995, la confédération d’associations Libera, fondée par le prêtre #Don_Luigi_Ciotti, coordonne les initiatives de ce type. Parmi les nombreuses activités qu’elle accompagne se trouve la gestion de #biens_confisqués par la #justice aux personnes liées au crime organisé. Une #loi italienne permet en effet de mettre à la disposition de collectivités ou d’entreprises de l’économie sociale et solidaire ces propriétés immobilières et foncières mal acquises. »