• La crise de la vérité

    Johannes Vogele

    https://lavoiedujaguar.net/La-crise-de-la-verite

    http://www.palim-psao.fr/2021/04/la-crise-de-la-verite-par-johannes-vogele.html#_ftnref3

    L’action ne se passe nulle part, c’est-à-dire dans le monde réel. L’année 2020 n’a pas seulement été celle de la redécouverte de la pandémie, mais aussi un grand festival de théories du complot, dans toutes leurs diversités et sensibilités. Non pas que ces formes d’interprétation de la réalité soient nouvelles ; elles s’inscrivent dans une longue histoire, ont certainement une préhistoire et sans doute de l’avenir.

    À une époque où l’idée même de vérité est déjà bien abîmée, où les explications, les promesses et autres prévisions de la part des « sources autorisées » ont du plomb dans l’aile et où l’idée de l’avenir est devenue une question de croyance, le marché aux récits « alternatifs » est devenu florissant. Puisque la vérité sortant de la bouche des politiques, des économistes et des scientifiques a perdu le statut de la parole de l’oracle, il s’agit de chercher ailleurs et, surprise, l’offre dépasse tous les espoirs. De l’autre côté, l’on s’offusque : la démocratie, la science sont attaquées et comme un seul homme, nous devons les protéger à nos corps défendant. La critique si nécessaire de freedom and democracy, de l’idéologie et de la pratique dominantes, éveille aujourd’hui le soupçon de conspiration contre la sécurité de l’État et de la société. Et nous voilà enfermé·e·s à nouveau dans la binarité caractérisant toute la modernité capitaliste : démocratie ou dictature, Bien ou Mal, les Lumières ou l’obscurité. Ce texte tente de comprendre sur quel terrain commun ces ennemi·e·s juré·e·s se placent et si une critique dialectique peut — sinon en finir tout de suite — au moins déstabiliser des formes de pensée se croyant indépassables. (...)

    #crise #vérité #complotisme #conspiration #mystification #capitalisme #racisme #antisémitisme #sorcières #pogroms #Thomas_Mann #QAnon

  • Un « Deux poids deux mesures », mais lequel ? | Noémie Emmanuel
    https://lmsi.net/Un-Deux-poids-deux-mesures-mais-lequel

    Mercredi dernier est paru, en une de Siné mensuel, une caricature du président Macron qui a provoqué un malaise certain, et même une légitime indignation, du fait de ses profonds relents antisémites. C’est sur cette caricature et sur les différentes réactions qu’elle a suscitées que nous voudrions revenir, mais aussi sur quelques autres dessins ou écrits du même tonneau, parus récemment. Car c’est bel et bien un « Deux poids deux mesures », pour reprendre une formule consacrée, qui s’est manifesté une fois de plus, mais pas au sens où on l’entend souvent : la ligne de partage ne passe pas entre un antisémitisme qui serait unanimement et constamment combattu et d’autres racismes qui le seraient moins, mais entre deux antisémitismes, inégalement réprouvés. Source : Les mots sont (...)

    • Oui, faire comme si, rien que pour rappeler que Darmanin est malfaisant, c’est une erreur à mon sens aussi.
      (je précise que je suis comme @jeanno, la première idée qui me vient en voyant ce dessin, cette couronne, ce roi, c’est Robin des Bois, mais après tout, faisons comme si les caricatures étaient nauséabondes par définition... on pourrait peut-être de la sorte une bonne foi cesser de disserter sur celles qui sont autorisées, et celles qui ne le sont pas !)

    • iconographie antisémite, suite
      https://hyperbate.fr/castagne/2021/04/11/liconographie-antisemite-suite/#comment-16762

      On m’a beaucoup parlé d’un rapport à la banque, à la finance, qui me semble objectivement absent de l’image, mais vous avez raison : cette référence est sans doute déclenchée par le « coûte », je n’y avais pas pensé !

      [...]
      Et la phrase ajoutée au dessin par la rédac, sans qu’elle fût dans le projet du dessinateur

      #lapsus

    • A nos lecteurs
      La Rédaction, avril 2021
      https://www.sinemensuel.com/non-classe/a-nos-lecteurs

      La une de Siné Mensuel caricaturant Macron en roi de France avec une couronne sur la tête n’a pas plu à tout le monde. Certains ont même qualifié cette caricature d’antisémite. Pourquoi ? On a beau s’être creusé la tête, au journal, impossible de trouver la moindre once d’antisémitisme dans notre une. Souvenez-vous des caricatures de Louis-Philippe par Daumier. Macron avec un nez de Bourbon, ce sont les royalistes qui pourraient râler. On a même scruté les unes de Charlie Hebdo pour voir quelle gueule ils lui faisaient. Résultat : peu ou prou la même. Mais l’indignation des belles âmes étant réservée à Siné Mensuel, difficile de ne pas y voir une très mauvaise foi.

      Il s’agit donc d’une attaque politique franchement dégueulasse. Il est tellement plus simple de couvrir d’infamie un adversaire politique plutôt que d’argumenter. Plus simple de qualifier l’adversaire d’islamo-gauchiste ou d’antisémite : c’est une arme de destruction massive. Ils sont tombés sur la tête, et c’est un bien mauvais calcul d’instrumentaliser ainsi la lutte contre l’antisémitisme. Notre haine envers celui-ci n’est pas moins grande que celle que lui vouent BHL ou Enthoven (qui, les premiers, nous ont jetés en pâture sur les réseaux sociaux, aussitôt relayés par d’autres).

      Dans un premier temps, nous n’avons pas voulu entrer dans la polémique tant elle nous paraissait absurde et ridicule. Il faut croire que ce pays est en train de devenir dingue. Mais il nous a semblé que nous devions faire une mise au point pour ceux qui nous soutiennent.

      Macron est le président de ce pays et, à ce titre, Siné Mensuel continuera à jouer son rôle contestataire, n’en déplaise aux chiens de garde du pouvoir.

      Certains sont choqués par les caricatures et n’aiment pas ce genre de dessin. Ils en ont parfaitement le droit. La caricature accentue les traits, déforme les corps et ne plaît pas à tout le monde. C’est ainsi. Ça ne rend pas le dessin antisémite. Son auteur, le grand Solé, en assume la responsabilité et récuse, justement écœuré, tout soupçon à cet égard : nous défions quiconque de trouver la moindre trace de racisme ou d’antisémitisme dans son œuvre, commencée il y a cinquante ans dans Pilote.

      Qualifier un journal d’antisémite est une diffamation, qui peut faire l’objet de poursuites et être condamnée. Il est à remarquer que ceux qui ont sonné l’hallali se sont bien gardés d’utiliser le mot d’antisémitisme, laissant ce soin à leurs followers qui, eux, sont ainsi susceptibles de se voir traînés devant un tribunal. Quel courage…

      Quant à Siné, on vous rappelle, puisque certains continuent à l’ignorer, qu’il a gagné tous ses procès en 2008.

      Banzaï !

  • Le modèle #Sciences_Po dans la tourmente avec les #polémiques sur la « #culture_du_viol » et l’« #islamophobie »

    Quelque chose serait-il cassé, dans le monde feutré des #instituts_d'études_politiques (#IEP) ? Depuis la déflagration qui a touché début janvier le vaisseau amiral Sciences Po Paris, entraînant la démission à un mois d’intervalle des deux têtes dirigeantes de l’école le directeur, #Frédéric_Mion, a menti en assurant ne pas connaître les accusations d’#inceste visant le président, #Olivier_Duhamel , pas une semaine ne s’écoule sans que « la maison », composée de dix établissements, ne fasse parler d’elle.

    Dernier épisode en date, lundi 22 mars, le collectif féministe de l’IEP de Lyon Pamplemousse et le syndicat Solidaires-Etudiants ont demandé l’exclusion de la #Ligue_internationale_contre_le_racisme_et_l'antisémitisme (#Licra) d’un partenariat noué par leur école. En cause : les « nombreuses ambiguïtés vis-à-vis de son rapport à l’islamophobie, ainsi qu’à la #laïcité » que la Licra aurait manifestées lors d’un débat dans un lycée de Besançon en décembre, donnant lieu à une requête de parents d’élèves et d’enseignants auprès du recteur. « Nous estimons que la lutte contre l’islamophobie, l’#antisémitisme, la #négrophobie ou toute autre forme de #racisme doit être une priorité et qu’à ce titre, les institutions comme Sciences Po Lyon doivent s’entourer de collectifs et associations dont le travail se montre à la hauteur de la lutte. La Licra n’en fait pas partie », soutiennent ces étudiants dans leur communiqué.

    Le 18 mars, à Strasbourg cette fois, le syndicat étudiant UNI a pris à partie la direction de l’IEP qui aurait, selon le syndicat, interdit d’attribuer « #Samuel_Paty » comme nom de promotion, au motif qu’il fallait alterner chaque année entre un homme et une femme. « Ce procédé est révélateur de ce qui se passe à #Sciences_Po_Strasbourg depuis des années. L’#idéologie et les #militants d’#extrême_gauche font la loi et n’hésitent plus à fouler du pied la mémoire d’un martyr de la liberté », affirme François Blumenroeder, président de l’UNI Strasbourg.

    Ces épisodes font suite à deux autres événements à très haute tension : la vague #sciencesporcs, lancée le 7 février par une ancienne élève de l’IEP de Toulouse, la blogueuse féministe #Anna_Toumazoff, pour dénoncer « la culture du viol » dont se rendraient « complices » les directions des IEP en ne sanctionnant pas systématiquement les auteurs de #violences_sexistes et sexuelles. Enfin, le 4 mars, le placardage des noms de deux professeurs d’allemand et de science politique sur les murs de l’IEP de Grenoble, accusés de « fascisme » et d’ « islamophobie », après avoir signifié, avec véhémence parfois, leur opposition à une collègue sociologue sur la notion d’islamophobie. Le syndicat étudiant US a appelé à suspendre un cours d’un de ces enseignants dans le cas où son appel à témoignages lancé sur Facebook permettrait d’établir le caractère islamophobe de certains contenus.

    Cette escalade subite de #tensions s’enracine dans la communauté des étudiants de Sciences Po, lauréats d’un concours aussi sélectif que prestigieux. L’attractivité des instituts, fondés entre 1945 et 1956 puis en 1991 pour les deux derniers (Lille et Rennes), ne s’est jamais démentie et atteint même des sommets depuis leur entrée sur la plate-forme d’affectation dans l’enseignement supérieur Parcoursup en 2020. « Tout ce qui nous est tombé sur la figure depuis janvier a eu pour conséquence 54 % d’augmentation du nombre de candidats », ironise Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, à propos du concours commun des sept instituts de région qui attire cette année 17 000 candidats pour un total de 1 150 places. Hors concours commun, Sciences Po Bordeaux enregistre aussi une poussée sur deux ans, passant de 2 800 à 6 000 candidatures pour 275 places, quand Paris en comptabilise 19 000 pour 1 500 places, en hausse de 50 % sur un an.

    Evolution de la #politisation

    Ces histoires révèlent surtout que la politisation des étudiants, constante, voit ses formes et expressions considérablement évo luer, les IEP se faisant le miroir de la société. « Je vois se former de véritables militants dont les objectifs ont changé. C’est un marqueur générationnel qui n’est pas propre à notre formation », analyse Jean-Philippe Heurtin, directeur de l’IEP de Strasbourg. C’en est fini ou presque de l’engagement dans les partis ou syndicats traditionnels, note Anthonin Minier, étudiant en première année à Sciences Po Paris et représentant des écologistes. « Je pensais arriver dans une école où tout le monde serait encarté ! En fait, il y en a 5 % au plus qui se disent proches d’un parti », rapporte-t-il. Les #discriminations sociales, et plus encore sexuelles et raciales, focalisent l’attention de ceux qui bénéficient la plupart du temps d’enseignements sur les études de genre et sur l’#intersectionnalité, ce qui place les IEP parmi les suspects de militantisme « islamo-gauchiste » dont la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, cherche à établir une liste. « Les IEP ne sont plus des boys’clubs et #Parcoursup n’a fait qu’accentuer le changement, avec des promotions composées à 70 % ou 75 % de filles, relève Vincent Tiberj, professeur à Sciences Po Bordeaux. Le #genre est désormais quelque chose d’important et nos instituts tels qu’ils fonctionnent n’ont peut-être pas bougé assez vite face à des étudiantes qui intègrent complètement ces problématiques. #sciencesporcs raconte aussi cela. » « Le type de débat en classe est différent d’il y a quelques années, et il faut se battre contre des habitudes qui ont été développées par les réseaux sociaux, mais cela ne touche vraiment pas que Sciences Po », relativise Anne Boring, qui dirige la chaire pour l’entrepreneuriat des femmes à Sciences Po Paris.

    L’#année_à_l'étranger, obligatoire depuis le début des années 2000, explique en partie ces nouveaux comportements, note Francis Vérillaud qui a dirigé pendant vingt-cinq ans les relations internationales de l’institut parisien. « Sciences Po est challengé depuis longtemps par ses propres #étudiants parce qu’ils sont très internationalisés. Quand ils rentrent d’un an au Canada, aux Etats-Unis, aux Pays-Bas ou en Allemagne, où les sujets des violences sexuelles et sexistes sont traités dans les universités, ils viennent avec un apport. Je me souviens de discussions compliquées, car ce n’était pas évident dans la #culture_française. »

    Les IEP ont bien changé depuis leur création, précisément lors du passage de la scolarité de trois à cinq ans pour se conformer aux standards internationaux, à partir de l’an 2000. Les fondamentaux demeurent, autour des cours d’histoire, de sociologie, de science politique et de droit, mais il a fallu revoir les maquettes, notamment en master, là où les étudiants se spécialisent, chaque école proposant des dizaines de voies différentes. « Penser qu’on fait Sciences Po uniquement pour passer le concours de l’Ecole nationale d’administration est une image d’Epinal, relève Yves Déloye, directeur de l’IEP de Bordeaux. Les concours administratifs, qui étaient au coeur de la création des instituts après la guerre, n’attirent qu’un tiers de nos étudiants. Les autres aspirent à des carrières de plus en plus diversifiées en entreprise, dans des ONG, dans l’économie sociale et solidaire. »

    Enseignement passe-temps

    Le profil des enseignants a lui aussi évolué, les instituts cherchant à « s’académiser » en recrutant davantage d’enseignants-chercheurs que de personnalités politiques et économiques vacataires, qui prenaient comme un passe-temps le fait d’enseigner à Sciences Po. « Je me souviens du grand cours d’économie de deuxième année fait par Michel Pébereau [président de la Banque nationale de Paris qui deviendra BNP Paribas], sourit Vincent Tiberj, ex-étudiant de l’IEP parisien. Il distribuait un polycopié qui datait de 1986. Or nous étions en 1993 et entre-temps, il y avait eu la chute du mur de Berlin, mais dans ce monde élitaire classique, le temps était suspendu. » Ce décalage entre l’élite dirigeante et l’apport en temps réel des #recherches en #sciences_sociales fonde l’#incompréhension actuelle autour des accusations d’ « islamo-gauchisme . Les #gender_studies se banalisent, Sciences Po Toulouse ayant même constitué un master dédié tandis que presque tous les autres IEP en font des modules ou des thématiques abordés en cours de sociologie. « Ces questions sont analysées au même titre que d’autres formes de discriminations, ce qui est tout à fait légitime », appuie Jean-Philippe Heurtin, à Strasbourg.

    Le débat est pourtant loin d’être clos parmi les étudiants : « Se présenter en fonction de son sexe, de sa position sociale et de sa couleur est une pratique en vogue dans ce type d’enseignement, ce que je trouve ahurissant, lâche Quentin Coton, étudiant de Sciences Po Paris et membre de l’UNI. Ce sont des questions que les gens ne se posaient même plus dans la société française et qui reviennent à Sciences Po. Elle n’est pas là, la déconnexion de notre école ? » L’objet des débats politiques change, mais le ton reste vif.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/31/polemiques-sur-la-culture-du-viol-l-islamophobie-le-modele-sciences-po-dans-

    Et cette phrase prononcée par un étudiant... au demeurant, évidemment, (certainement) un homme (très probablement) blanc et (probablement) d’origine sociale pas vraiment modeste...

    « Se présenter en fonction de son sexe, de sa position sociale et de sa couleur est une pratique en vogue dans ce type d’enseignement, ce que je trouve ahurissant, lâche Quentin Coton, étudiant de Sciences Po Paris et membre de l’UNI. Ce sont des questions que les gens ne se posaient même plus dans la société française et qui reviennent à Sciences Po. Elle n’est pas là, la déconnexion de notre école ? ».

    #déni

    Ajouté à ce fil de discussion sur les événements qui ont eu lieu à #Sciences_Po_Grenoble :
    https://seenthis.net/messages/905509

    ping @karine4 @cede

  • La Déclaration de Jérusalem sur l’Antisémitisme

    Nous, les soussignés, présentons la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, produit d’une initiative qui a vu le jour à Jérusalem. Nous comptons parmi nous des chercheurs internationaux du monde entier travaillant sur l’antisémitisme et les domaines connexes, notamment les études sur les Juifs, l’Holocauste, Israël, la Palestine et le Moyen-Orient. Le texte de la Déclaration a bénéficié de la consultation de juristes et de membres de la société civile.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/03/31/la-declaration-de-jerusalem-sur-lantisemitisme

    #racisme #antisémitisme

  • Silence autour des écrits antisémites de Gérald Darmanin | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/merome-jardin/blog/230321/silence-autour-des-ecrits-antisemites-de-gerald-darmanin

    Dans le silence quasi total des médias, politiques et grandes organisations antiracistes, le ministre de l’Intérieur a écrit des propos antisémites sur lesquels il fonde son actuelle loi contre le séparatisme visant les musulman-es.

  • Darmanin cite les propos antisémites de Napoléon à son ministre de l’intérieur pour illustrer « une lutte pour l’intégration avant l’heure », Noé Emmanuel, @NoEmmanuel1 sur touiteur

    https://twitter.com/NoEmmanuel1/status/1373367611036217355

    Le séparatisme islamiste : Manifeste pour la laïcité, G. #Darmanin, fev 2021, Eds de L’ observatoire

    Fin tacticien, Gérald Darmanin sait (...)
    https://www.lepoint.fr/debats/separatisme-darmanin-la-loi-divine-et-les-manquements-de-la-republique-11-02

    Le livre surprise de Gérald Darmanin
    https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Le-livre-surprise-de-Gerald-Darmanin-1721352

    SÉPARATISME : MARINE LE PEN DIT À GÉRALD DARMANIN QU’ELLE AURAIT PU « SIGNER » SON LIVRE, 12/02/2021
    https://www.lepoint.fr/debats/separatisme-darmanin-la-loi-divine-et-les-manquements-de-la-republique-11-02

    #antisémitisme #racisme

    • Ces rapprochements ne viennent pas de nulle part. Au sein de l’#extrême-droite, il y a souvent eu des hésitations sur la politique à adopter à l’encontre des #juifs, et notamment après la création de l’État d’Israël. Certains perçoivent en effet le pays comme une nation de culture européenne, dotée d’un réel esprit national et d’une volonté de « lutter contre les arabes ». Il n’en faut pas beaucoup plus pour en fasciner quelques uns.

      Du reste, ces mouvements ont parfois eux aussi quelques intérêts en commun. Le départ pour Israël des juifs qui vivent en France, qui est l’objectif revendiqué de quelques groupuscules #sionistes très minoritaires, est une idée qui peut aussi contenter certains #néonazis, qui ont envie de voir une France « libérée des juifs ». Le plus souvent, c’est tout de même la volonté de lutter contre l’Islam qui mène des juifs de droite dure à se rapprocher de l’extrême-droite hostile aux juifs.

      Le phénomène reste anecdotique, et ne doit pas être surestimé. Certains épisodes n’en restent pas moins assez marquants. On peut par exemple être étonné de voir que Gilles-William Goldnadel a été l’avocat de quelqu’un comme Anne Kling, qui a écrit le livre La France LICRAtisée [il défend aussi G.I, ndc]. Cet essai, préfacé par Alain Soral, va en effet très loin dans l’idée d’une France sous emprise juive.

      #antisémitisme

  • Frédérique Vidal et sa gâchette | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2021/02/17/frederique-vidal-et-sa-gachette/?loggedin=true

    Politique
    Frédérique Vidal et sa gâchette
    Par Lionel Ruffel
    Théoricien de la littérature
    Lorsque Jean-Pierre Elkabbach, tout à son rôle d’incendiaire, reprend le titre du Figaro « L’islamo-gauchisme gangrène l’université », la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche opine du chef, et va même plus loin, en disant que « l’islamo-gauchisme gangrène toute la société ». C’est à ce moment-là qu’elle appuie sur la gâchette. Qu’elle se décharge et qu’elle peut jouir de s’être abandonnée à des pulsions qui certainement la taraudaient. Après cela, plus rien ne compte, elle peut littéralement dire n’importe quoi, elle a franchi cette fameuse limite des personnalités liminales, où le langage et la raison se sont effondrées, peu importe.
    Je n’ai pas lu Mein Kampf d’Adolf Hitler mais je pense le faire depuis que j’ai lu hier, le 16 février 2021 Manipuler et stigmatiser, Démystifier Mein Kampf de Albrecht Koschorke qui a paru en traduction française en 2018 après une première parution en allemand en 2016. [1]

    C’était une belle journée d’étude et de recherche, comme je n’en vis presque jamais plus. J’ai lu un livre, certes court, mais en intégralité, de la première à la dernière ligne, je n’ai pas été interrompu mille fois, j’ai souligné des passages j’ai pris des notes, cherché les références mentionnées, j’ai un peu divagué, en pensant aux objets actuels de mes recherches, à un moment où rien ne les a encore cristallisés : la résurgence de la figure de Victor Klemperer, le « fascisme de la langue », les différentes significations culturelles et politiques du mot genre, le sommeil. Tout ça bien sûr, à partir de la littérature. C’était vraiment une belle journée, pas vraiment efficace, mais prometteuse. J’ai même eu le temps de lire doucement et attentivement quelques travaux d’étudiant.e.s.
    Et puis, le soir venu, le brouhaha du monde est venu me percuter et saturer mon attention en même temps que celle de mes contemporains.
    Comme tout le monde j’imagine, j’ai entendu parler de, lu des articles sur, puis finalement, le lendemain matin, vu l’interview de Frédérique Vidal lorsqu’elle expose son nouveau combat à Jean-Pierre Elkabbach.
    Je déteste regarder des images animées d’actualité le matin.
    Mais en tant qu’universitaire, professeur dans une université régulièrement mise à l’index (Paris 8), ne rechignant pas à utiliser les outils du genre, de la race et de l’intersectionnalité dans mes recherches et mon enseignement sur la littérature, je me sens bien sûr concerné lorsque ma ministre de tutelle vient me chercher dans ma tanière et dit publiquement qu’il va falloir désormais mettre en place des instances qui viennent nous traquer, nous sortir de nos tanières et peut-être, je ne sais pas, nous enfermer ou nous révoquer. Et comme c’est déjà arrivé et que ça continue d’arriver sans cesse partout dans le monde, qu’on sorte les universitaires de leur tanière pour les mettre à l’ombre, je ne suis pas senti vraiment rassuré.
    C’est peut-être aussi et surtout que, sans faire aucun amalgame, comme pas mal d’autres, je lis beaucoup Victor Klemperer depuis deux ans, ce savant que les « aryens » qualifiaient de « juif » lorsque lui ne se voyait qu’en héritier germanique des Lumières françaises : un patriote, comme il aimait à se présenter lui-même.
    Lui aussi, enfin lui vraiment, on est venu le chercher dans sa hutte de savant, pour le destituer de sa chaire fissa en 1935, puis pour le destituer d’à peu près tout ce qui fait une vie, puis pour l’enfermer dans des « maisons de juifs », puis pour le battre, l’humilier, le torturer, le terroriser, le réduire au silence. Mais heureusement pour lui, et pour nous, il a survécu en écrivant dans les conditions les plus précaires qui soient des milliers de pages de journal, ce balancier auquel il se raccrochait [2].
    Donc ces choses-là arrivent, y compris aux plus intégrés de ceux qui sont mis à l’index et rejetés hors de la communauté politique. Comme Rousseau le dit des hommes dans ses Rêveries, Klemperer aura aimé les allemands « en dépit d’eux-mêmes ».
    Ces choses-là, qu’on finisse par destituer des savants, puis les enfermer, les battre à mort, les tuer, les déporter, les exterminer, arrivent donc, et souvent plus vite qu’on ne croit.
    Il faut voir la séquence pour comprendre que le contenu est presque secondaire, tant il est brouillon et incohérent, pour comprendre que seuls les affects comptent.
    Albrecht Koschorke, dans son passionnant livre, nous dit comment c’est arrivé après 1933 en Allemagne et c’est précieux. Je ne sais pas si c’est par déformation professionnelle, ou si nous avons fondamentalement raison, mais les gens comme Koschorke, Klemperer et d’autres, dont moi, des universitaires spécialistes de langue et de littérature, nous accordons une grande importance aux évolutions linguistiques et à leur formation médiatique, le plus souvent en étudiant des livres, mais pas uniquement. Et comme l’analyse des eaux usées nous renseigne sur l’évolution d’un virus, l’attention à la pollution de la parole médiatique nous informe des politiques à venir.
    Dans l’analyse que Koschorke propose sur la poétique et la réception de Mein Kampf, il y a un concept qui me semble déterminant pour nos temps incertains. Il le nomme en anglais trigger, la gâchette ou la détente.
    C’est à cette image que j’ai pensé en regardant l’interview que Frédérique Vidal a accordé à Jean-Pierre Elkabbach le 14 février ; ce moment où un.e responsable politique appuie sur la détente, et en tire une jouissance non dissimulée. Au contraire, la jouissance vient de ce moment, elle en est même constitutive, où on accepte d’appuyer sur la gâchette, et on est comme soulagés, c’est fait, il n’y aura plus de retour en arrière, vers quelque chose comme la raison. Donald Trump nous a offerts pendant quatre ans le spectacle fascinant de cette jouissance au moment d’appuyer sur la détente, une jouissance communicative, qui donne une joie à ceux qui la reçoivent qui n’auront plus à se sentir coupables de renoncer à tout contrôle.
    Frédérique Vidal a donc appuyé sur la gâchette en direct. Et ce qui suscite l’enthousiasme et l’adhésion, ce n’est pas la fermeté de leur conviction, la profondeur de l’analyse, puisqu’elle dit littéralement n’importe quoi, mais au contraire leur abandon, leur confusion, leur décharge, et elle était tellement soulagée sur le plateau télévisé, la Ministre, ça se voyait. Les plus empathiques parmi nous pourraient presque lui pardonner tant son soulagement était évident, non joué, profondément vécu. Mais les plus lucides n’oublient pas quand même que les gâchettes, ça sert à tirer des munitions.
    Même s’il est très parlant et, si j’ose dire, très percutant, le concept de trigger chez Koschorke n’est pas si évident à saisir. Bien sûr, il désigne la personne ou l’action qui va mettre le « feu à la poudrière sociale » (p. 23). Mais comme il l’écrit lui-même « reste à savoir d’où viennent ces idées inflammables » (ibid.). Car Koschorke ne veut pas faire d’Hitler une sorte de « génie » ou de démon isolé qui par la seule force de son verbe incarné aurait allumé les bâtons de dynamite. Ou s’il les a allumés, c’est qu’on les avait portés là, et que l’amorce en avait été faite par tout un groupe de « publicistes, de littérateurs, d’artistes, de bohèmes besogneux, d’intellectuels intermittents, de drop-outs du système éducatif et autres institutions nationales » (p. 26), dont le pamphlétaire est « la figure caractéristique ». Koschorke nous rappelle que l’historien du livre Robert Darnton avait repéré cette « élite précaire » au cœur du Paris des Lumières avant la Révolution[3]. Lui renvoie à la vie des cafés de Vienne. Quant à nous, nous avons sous nos yeux tous les jours pour peu qu’on leur prête attention sur les plateaux télévisés des chaînes d’information en continue, cette élite précaire (pas économiquement, mais intellectuellement et symboliquement) d’éditocrates qui forment, attention, les concepts se corsent, « un conglomérat d’idéologèmes à la cohérence plus ou moins lâche et au potentiel hégémonique » (p. 22).
    Mais c’est vrai que la plupart du temps, ce n’est pas à eux que revient d’appuyer sur la gâchette, ils ne peuvent que l’amorcer. Pour leur rendre hommage et enfin se décharger et montrer au public sa conversion, après avoir contesté les thèses sur l’islamo-gauchisme (la conversion à l’antisémitisme d’Hitler étant un des ressorts de Mein Kampf selon Koschorke) Frédérique Vidal a choisi une version ancienne, presque historique de cette élite d’éditocrates : Jean-Pierre Elkabbach (j’ignorais pour ma part qu’il officiait encore, j’étais presque ému de le retrouver, comme si je rencontrais un fantôme).
    Et ce n’est pas anodin que leur entretien courtois menant à la déclaration du nouveau combat de la ministre commence par citer un lieu où ces éditocrates se rassemblent lorsqu’ils se sont embourgeoisés, pour paraître plus convenable : Le Figaro. Le mouvement est peu ou prou toujours le même : d’abord les lieux où les personnalités liminales (« Cette notion, que l’on doit à l’ethnologue Victor Turner, traduit l’état limite où se trouvent certains groupes ou individus traversant des phases critiques », p. 35) s’expérimentent et se renforcent, les « rézosociaux », Valeurs actuelles, CNews puis on franchit le seuil de respectabilité (Le Point en tête de pont puis les autres magazines) et enfin l’embourgeoisement, Le Figaro. Là des responsables politiques y prêtent vraiment attention, l’entendent, et comme ils ont les armes dans leurs mains, à défaut des éditocrates liminaux, ils peuvent appuyer sur la gâchette, et le faire là y compris dans des endroits peu recommandables : le jour de la Saint-Valentin, Frédérique Vidal passe sur CNews et elle n’a pas beaucoup d’amour à transmettre.
    Il faut voir la séquence pour comprendre que le contenu est presque secondaire, tant il est brouillon et incohérent, pour comprendre que seuls les affects comptent. Il faut voir le sourire de la ministre, son impatience à répondre lorsque le grand-père des éditocrates, calme comme une momie, aborde le sujet : « l’islamo-gauchisme gangrène l’université ». La preuve c’est sur cinq colonnes à la Une du Figaro.
    Ce qui frappe c’est que le mot gangrène n’est pas interrogé. Il relève pourtant d’une stratégie dont on pourrait penser, à la lecture de Koschorke qu’Adolf Hitler en fut le premier théoricien. On se souvient de la phrase désormais si souvent citée de Victor Klemperer sur le fait que « le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du plus grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. » (p. 40) On se souvient peut-être que la présidente du tribunal lors du procès de France Télécom rappela cette phrase encore plus célèbre du philologue allemand : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir. » (ibid.)
    Personnellement je ne savais pas que Klemperer répondait presque point par point à Mein Kampf qui comparait le langage des sociaux-démocrates à un gaz toxique et proposait de « combattre le gaz toxique par le gaz toxique. » Et Hitler poursuivait : « La terreur dans les lieux de travail, dans l’usine, dans le local de rassemblement et à l’occasion de manifestations de masse sera toujours couronnée de succès tant qu’une terreur d’égale intensité n’y sera pas opposée. » Face aux mots, ces doses d’arsenic qui peuvent semer la terreur, on peut choisir la stratégie de Klemperer, mettre en évidence le poison et finir par « mettre beaucoup de mots en usage chez les nazis, pour longtemps, et certains pour toujours dans la fosse commune. » On peut choisir la stratégie d’Hitler et répandre une terreur supposément d’égale intensité pour éteindre le vocabulaire de ses adversaires dont on décrète la terreur.
    Donc lorsque Jean-Pierre Elkabbach, tout à son rôle d’incendiaire, reprend la phrase « L’islamo-gauchisme gangrène l’université », la ministre opine du chef, et va même plus loin, en disant que « l’islamo-gauchisme gangrène toute la société ».
    Bien sûr, on pourrait attendre d’une responsable politique de haut niveau qu’elle choisisse Klemperer et qu’elle enfouisse dans la terre ces mots toxiques que sont islamo-gauchisme et gangrène. Puisqu’elle rappelle plus tard dans l’interview qu’elle est biologiste, on pourrait attendre d’elle qu’elle dise que la gangrène est une pathologie médicale et non sociale, et que ce type de métaphores renvoie à l’eugénisme nazi. Non, au contraire, elle maximalise avec le sourire. Elle aurait pu choisir Klemperer, elle choisit Hitler. C’est à ce moment-là qu’elle appuie sur la gâchette. Qu’elle se décharge et qu’elle peut jouir de s’être abandonnée à des pulsions qui certainement la taraudaient.
    Après cela, plus rien ne compte, elle peut littéralement dire n’importe quoi, elle a franchi cette fameuse limite des personnalités liminales, où le langage et la raison se sont effondrées, peu importe. « Ce qu’on [qui ?] observe [comment ? avec quels outils ?] dans les universités [lesquelles], c’est qu’il y a des gens [qui ?] qui peuvent utiliser leurs titres [lesquels ?] et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales [lesquelles ?] ou pour porter des idées militantes [lesquelles ?] »
    Pour confondre biologie et construction sociale, objectivement il n’y a que deux solutions : soit être malhonnête, soit être limité intellectuellement, on se demande ce qu’on préfère penser de quelqu’un qui a tous les titres et diplômes que l’université peut accorder.
    Ce que je fais là, demander des précisions à ma ministre, n’a plus aucune importance lorsqu’on est entré dans la logique complotiste qui anime son discours. Rien n’est réfutable puisque rien n’est étayé.
    La momie marmonne une demande de précision, et elle répond qu’elle parle « de l’islamo-gauchisme vraiment » (je souligne) comme Hitler parlait de la juiverie qu’il convenait de démasquer et on connaît la suite. Donc « de l’islamo-gauchisme vraiment » dit-elle, et là elle ne sait plus comment définir ce « vraiment » alors elle passe à l’incantation, elle dégage le gaz toxique en s’accrochant comme elle peut à des branches dont elle ne connaît apparemment pas grand-chose tant son argumentaire flotte : « en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi. » Si d’aventure, il y a un sujet, individuel et collectif derrière ce « leur », il aura pris dans sa face une bonne dose de terreur d’égale intensité, mais quand même un peu plus que la sienne supposée car elle est menée avec les outils de l’État.
    La momie la relance « sans compter les indigiénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale, tout ça ça forme un tout », et là elle est vraiment complètement d’accord, elle a un grand mouvement approbateur de tête pour dire « absolument » et d’ailleurs elle le dit en faisant traîner la dernière syllabe. Et elle se rappelle qu’elle est biologiste et qu’il n’y a qu’une espèce humaine et pas de race et donc elle est « tranquille ».
    Pour dire ça, pour confondre biologie et construction sociale, objectivement il n’y a que deux solutions : soit être malhonnête, soit être limité intellectuellement, on se demande ce qu’on préfère penser de quelqu’un qui a tous les titres et diplômes que l’université peut accorder.
    On pourrait tout décrire mais il y a un morceau de choix, tout le monde en a déjà entendu parler désormais, lorsque la momie, toute à ses propres références historiques (avant Mitterrand) dit qu’il y a « comme une alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong l’Ayatollah Khomeini ». Eh bien, ça fait sourire la ministre qui rétorque « Mais vous avez raison. »
    Koschorke nous dit que ce qui a assuré l’efficace de Mein Kampf ce n’est pas de s’appuyer sur un quelconque savoir ou une science mais au contraire c’est son « ton antiacadémique qui méprise ouvertement l’intelligence scientifique » (p. 65) qui a emporté l’adhésion. Y compris et surtout dans les milieux académiques allemands qui ont appliqué un programme qui contredisait leurs fondements scientifiques.
    C’est en fin d’interview ce que propose la ministre en demandant au CNRS de mener « une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université. »
    Dans le monde universitaire français, une instance est en relation directe avec le ou la ministre et travaille généralement en bonne intelligence avec lui ou elle. C’est la Conférence des Présidents d’Université (CPU). On peut difficilement faire plus respectable comme instance. Deux jours après cette interview, en urgence, elle s’adresse par communiqué de presse à sa ministre en disant ceci, en conclusion et sans formule de politesse : « Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi. »
    Espérons que cette réaction marque un éveil. Nous devons considérer que nous marchons désormais avec une cible dans le dos, que nous sommes directement menacés, pas seulement par une « élite précaire » d’éditocrates mais par notre propre ministre qui, après d’autres, pour certains ses collègues au gouvernement, non seulement ne peut plus nous représenter ni nous défendre, mais nous attaque. Rappelons-nous surtout que cette attaque n’est que la partie culturelle et n’est peut-être même qu’une diversion de la guerre économique (LRU) que ce gouvernement nous mène. Mais cette diversion a des effets lorsque certains d’entre nous sont menacés et vivent sous protection fonctionnelle.
    On peut comme moi vouer une forme de culte à la figure et l’œuvre de Victor Klemperer. Il aurait quand même certainement préféré vivre une vie banale de savant et qu’on « coupe la mèche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite »[4], pour citer un autre de ces brillants esprits, Walter Benjamin, qui, lui, n’a pas survécu à la terreur nazie.
    Quelles que soient ses fins, vraie conviction ou calcul politique pour faire passer une réforme dans le bruit et la fureur, il se trouve que notre ministre a officiellement allumé une mèche fasciste (« danger, vigilance, action » sera ainsi la nouvelle trinité du ministère) et que c’est dans cet univers que nous vivons désormais. Appeler un chat un chat me semble être la moindre des choses lorsqu’on se soucie du langage. En tout cas un préalable à l’action.

    [1] Albrecht Koschorke, Manipuler et stigmatiser, Démystifier Mein Kampf, traduit de l’allemand et présenté par Christophe Lucchese, CNRS Éditions, 2018 [2016]
    [2] « Mon journal était dans ces années-là, à tout moment, le balancier sans lequel je serais cent fois tombé », Victor Klemperer, LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d’un philologue, traduit de l’allemand et annoté par Elisabeth Guillot, présenté par Sonia Combe et Alain Brossat, Paris, Albin-Michel, coll. Bibliothèque Idées, 1996, réédition en livre de poche, Agora Pocket n° 2002
    [3] Robert Darnton, Édition et sédition ; l’univers de la littérature clandestine au XVIIIe siècle, Gallimard, NRF essais, 1991
    [4] Walter Benjamin, « Avertisseur d’incendie », Sens unique précédé de Enfance berlinoise et suivi de Paysages urbains, traduit de l’allemand par Jean Lacoste, nouvelle édition revue, Maurice Nadeau, 1988.

    Lionel Ruffel
    Théoricien de la littérature, Professeur à l’Université Paris 8

    Voir aussi : https://seenthis.net/messages/902231

    #islamo-gauchisme #délit d’opinion #liberté_de_recherche #chasse_aux_sorcière #maccarthisme #Frédérique_Vidal #Universités #cryptofascisme #La_république_en_miettes #le_ventre_de_la_bête
    #Victor_Kemplerer ~#Albrecht_Koschorke

    Pour compléter :

    https://journals.openedition.org/rgi/1470

    Dans cette étude, on s’attache à mettre en évidence ce qui lie, dans le travail de Victor Klemperer : LTI, la langue du troisième Reich, l’expérience de la violence, l’analyse du langage et l’écriture. Il s’agit de comprendre comment la violence ici se dédouble entre la « violence faite à la langue » et la violence, autrement plus meurtrière, qu’elle sert et dont elle vise à préparer et accompagner le « consentement meurtrier ».

    https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/manipuler-et-stigmatiser

    (A propos de « Mein Kampf ») En s’immergeant dans le livre, Albrecht Koschorke fait ressortir les procédés visant à rendre irréfutables les propos avancés, attire l’attention sur la construction de l’ouvrage, les transitions des expériences personnelles aux stigmatisations globalisantes, les changements de registres d’écriture, désintrique les niveaux de lecture et éclaire les divers publics visés.

    • le jour de la Saint-Valentin, Frédérique Vidal passe sur CNews et elle n’a pas beaucoup d’amour à transmettre.

      La Saint-Valentin est la date anniversaire du massacre de 2000 juives et juifs à Strasbourg en prévention de la peste car les strasbourgeoises et strasbourgeois croyaient que la peste était propagée par les juives et les juifs. La peste n’est d’ailleurs pas passé à Strasbourg. En temps de Covid c’est tout de même vertigineux.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_de_Strasbourg

      C’est aussi le jour ou les forces de police tirèrent sur la foule en Guadeloupe
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_la_Saint-Valentin_(Guadeloupe)

      Il y a aussi une augmentation des violences par conjoints à la Saint Valentin
      https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1152794/violence-domestique-conjugale-agression-14-fevrier-refuge

      Tout ceci en dit long sur l’amour.
      #amour #antisémitisme #racisme #peste #violences_conjugales #violences_policières #colonialisme #pogrom

    • elle relance avec la une du JDD de demain...

      Edit


      cette une JDD est trompeuse, Vidal est plus emberlificotée et contradictoire sur ce « fait social total » (Blanquer) qui ne serait qu’un « ressenti », concluant que la priorité c’est la situation des étudiants. un résumé
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/21/islamo-gauchisme-frederique-vidal-denonce-un-proces-d-intention-a-son-egard_

    • « Islamo-gauchisme : Frédérique Vidal souhaite qu’on relève le débat » titre le Huffpost ce matin. Ça c’est sûr, elle est partie de loin non sans un certain handicap.

      Quant à « Malheurs Actuels », ils dénoncent une certaine « mollesse » dans l’entreprise de la ministre et pourraient même être tentés de l’ affubler du qualificatif ignominieux de « judéo-bolchevique » :

      Le lundi 15 février dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, annonçait le lancement d’une enquête sur l’influence de l’islamo-gauchisme à l’Université. Une enquête qu’elle a confiée… au CNRS, pourtant largement favorable aux nouvelles thèses racialistes et décoloniales.

    • Et comme l’analyse des eaux usées nous renseigne sur l’évolution d’un virus, l’attention à la pollution de la parole médiatique nous informe des politiques à venir.

    • Est-ce que vous vous rendez compte que pas un seul minable pris sur le fait d’une énormité n’a été mis hors d’état de nuire définitivement, avec pour la plupart des promotions, et pour d’autres, des mises à l’écart discrètes ? Ferrand, Bennalla... Même Griveaux a eu droit à des missions sympathiques, pour lui arrondir ses fins de mois (mission Alimentation des jeunes, en Août 2020 me dit le moteur de recherche).
      Macron, pour gouverner, met un point d’honneur à ne jamais lâcher ses subordonnés, même quand ceux-ci se comportent illégalement. Et ils le lui rendent bien.
      Cette méthode de gouvernement nous mène à une situation où ce sont des zombies qui mènent les politiques. Des individus sans épaisseurs qui manient des idées qu’ils ne comprennent pas pour aboutir à des fins dont ils n’ont pas idée.

    • J’ai lu beaucoup de tribunes sur les propos de Vidal et celle ci comporte des choses intéressantes mais j’ai été mal à l’aise avec la sexualisation présente dans celle ci.
      Ce malaise est accentué avec la lecture d’une autre tribune publié sur libé et mise en partage par @cdb_77 https://seenthis.net/messages/902062#message902948

      Qui met en avant le fait que ce gouvernement était coutumier du fait d’envoyer sur le front les femmes issue du civile faire le sale boulot pour préservé les politiciens - C’est probablement une technique de McKinsley & co comme ca à été le cas avec Buyzin, Ndiaye et même Schiappa. Je ne dit pas ca pour dérésponsabilisé ses femmes juste pour mettre en avant une technique de Macron pour préservé les plus immondes de ses hommes de main (ici Darmanin et Blanquer). Et du coup cette tribune tombe dans ce piège en croyant que Vidal est soulagée par la jouissance sexuelle, elle est probablement soulagé de faire ce que Jupiter lui à ordonné de faire. Ca ne la rachète pas, c’est juste qu’elle n’est qu’un fusible qui protège les véritables prédateurs (Macron, Blanquer, Darmanin, Lemaire). Il y a du sexisme dans cette instrumentalisation et il y a aussi du sexisme dans cette tribune.
      Vidal aura probablement aussi sa mission en récompense une fois qu’elle aura sauté comme tu le pointe @biggrizzly je voulais juste souligné le malaise que je ressent vis à vis de ce texte.

    • Aussi la mission est accomplie
      – les profs, et chercheur·euses et les médias (et nous aussi ici) ne sont plus occupé du triste sorte des étudiant·es ni de la gestion criminelle du Covid
      – les universitaires et le CNRS sont occupés à se défendre de cette sois disant complaisance avec le terrorisme islamique.
      – les propos racistes se normalisent et le programme du RN deviens réalité
      – le variant anglais fait son chemin main dans la main avec l’épidémie deja en place
      – les soignant·es sont invisible, les vaccins et manque de moyens le sont aussi.
      – Macron et ses soldats sont protégés

    • @mad_meg : oui, ce sont des faits qui se répètent très souvent en Macronie pour que ce soit fortuit, à savoir envoyer des femmes faire le sale boulot et cela valide ta lecture de l’article que j’ai linké ici. Ceci dit, il y eut des précédents sous Hollande avec Myriam El Khomri et la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (2016). Et comme un malheur arrive rarement seul, instrumentaliser des femmes amène fatalement à un regain de discrimination sexiste. La politique politicienne c’est un « métier » au masculin.

  • The International Jew by Henry Ford
    https://archive.org/download/the-international-jew-henry-ford/TheInternationalJew_HenryFord.epub


    J’ai toujours voulu savoir si HF était vraiment antisemite. Voilá, j’en ai trouvé la preuve. Maintenant il faudra suivre la piste vers ses successeurs et identifier les liens entre leurs intérêts économiques et leurs penchants idéologiques.

    https://archive.org/details/the-international-jew-henry-ford

    “Among the distinguishing mental and moral traits of the Jews may be mentioned: distaste for hard or violent physical labor; a strong family sense and philoprogenitiveness; a marked religious instinct; the courage of the prophet and martyr rather than of the pioneer and soldier; remarkable power to survive in adverse environments, combined with great ability to retain racial solidarity; capacity for exploitation, both individual and social; shrewdness and astuteness in speculation and money matters generally; an Oriental love of display and a full appreciation of the power and pleasure of social position; a very high average of intellectual ability.”
    –- The New International Encyclopedia.
    The Jew in Character and Business

    #antisemitisme

  • Les Noirs sont antisémites parce qu’ils sont antiblancs, par James Baldwin, Stoff | Materiau |
    https://www.stoff.fr/materiau/les-noirs-sont-antisemites-parce-quils-sont-antiblancs

    À partir de 1966, le magazine nationaliste noir états-unien Liberator publia une série d’articles autour du « sémitisme dans le ghetto noir ». En raison du caractère antisémite de ces textes, et en particulier celui d’Eddie Ellis, les écrivains James Baldwin et Ossie Davis décidèrent de mettre fin à leur collaboration avec Liberator. Le quotidien The New York Times a alors proposé à Baldwin de rédiger un article sur l’#antisémitisme parmi les #Afro-américains. Le texte qui suit, dont un camarade a proposé une nouvelle traduction, est le résultat de cette commande, initialement publiée dans le New York Times du 9 avril 1967.

    [...]

    Là où Baldwin critiquait implicitement la figure simplifiée du juif propriétaire d’un capital économique qui lui offrirait une position de dominant racial, il lui substitue l’image du juif honoré d’un supposé capital symbolique de « rescapé des camps ». Ce capital garantirait moralement au juif un droit de participation au rêve américain, à l’inverse du paria noir qui en est de facto exclu. Cet argument repose implicitement sur l’idée qu’une faveur morale aurait été accordée aux juifs suite à l’épreuve de leur destruction en Europe, destruction dont ils seraient, malgré tout, sortis « victorieux ». Étrange énoncé qui, en plus de confondre le vainqueur et le rescapé, passe sous silence les vagues d’émigration juive ayant débuté bien avant la Seconde Guerre mondiale, alors que les populations juives d’Europe de l’Est et de Russie tentaient d’échapper aux pogroms, sans qu’aucune conscience d’un malheur à réparer n’ait commencé à émerger aux États-Unis.

    #USA #race

  • « On a sous-estimé l’élément antisémite du soulèvement du Capitole », Pierre Birnbaum
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/01/19/pierre-birnbaum-on-a-sous-estime-l-element-antisemite-du-soulevement-du-capi

    Pierre Birnbaum, historien spécialiste de l’histoire des juifs de France, revient sur l’attaque du Capitole, à Washington, le 6 janvier, par des sympathisants du président Donald Trump.

    L’historien et sociologue Pierre Birnbaum, professeur émérite à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et spécialiste de l’histoire des juifs de France, travaille à un ouvrage à paraître sur l’histoire de l’antisémitisme aux Etats-Unis. Il commente l’assaut du Capitole par des groupes d’extrême droite enhardis par la rhétorique du président Donald Trump.

    Quelle est la teneur antisémite du soulèvement qui a eu lieu à Washington ?

    On a sous-estimé l’élément antisémite de cette mobilisation. Nombre de personnes arboraient des pancartes antisémites, brandissaient The Turner Diaries , la « bible » de l’alt-right américaine qui prévoit la destruction de Washington, l’enfermement des juifs et des Noirs dans de gigantesques camps de concentration. Les néonazis du NSC-131 étaient présents tout comme les Proud Boys qui revêtent parfois des tee-shirts sur lesquels figure « 6MWE » pour « 6 Millions Wasn’t Enough » (« 6 millions ne suffisaient pas », en référence au nombre de juifs tués par les nazis).

    On trouve plusieurs signes d’une présence antisémite très forte qui s’est illustrée depuis vingt ans par tout un ensemble d’attentats. La logique du défilé de l’extrême droite blanche néonazie de Charlottesville (Virginie), en 2017, est poussée à son extrême, et a menacé, durant ces quelques heures dramatiques, d’emporter les symboles de la démocratie américaine et de réduire à néant son exceptionnalisme.

    En quoi consiste cet exceptionnalisme américain ?

    La rencontre entre le puritanisme et le judaïsme a été harmonieuse, les Américains se voient longtemps comme « sortis d’Egypte », c’est-à-dire d’Angleterre, ils se reconnaissent dans l’Ancien Testament. Les Pères fondateurs ont proclamé haut et fort leur identification à l’histoire juive. Dès lors, c’est essentiellement un antisémitisme social qui se fait jour dans cette société dominée par une classe supérieure peu sensible au sort des immigrés et attentive à défendre ses privilèges. Socialement, les juifs étaient exclus des clubs, des universités de l’Ivy League, des fraternités étudiantes, de certains hôtels, de plages…

    Il existait aussi une rivalité économique. Mais aucun massacre ne s’est produit, aucun pogrom, aucune remise en question de leur citoyenneté : on trouve depuis la fin du XIXe siècle des députés et de sénateurs juifs, leur intégration à la cité est entière. Aucune loi ségrégationniste à leur encontre. La dimension violente, le rejet de l’espace public et les préjugés liés à la sexualité qui ont existé contre les Noirs américains n’ont pas concerné les juifs. Présents aux Etats-Unis depuis des siècles, les juifs n’ont jamais été tués en tant que tels.

    A quand remonte la fin de cet exceptionnalisme ?

    Les années 1930 voient une explosion de l’antisémitisme. Le New Deal, surnommé le « Jew Deal », mis en place par Roosevelt, fait figure d’une nouvelle « République juive » contrôlée par les juifs. Des penseurs français, comme Edouard Drumont (1844-1917), vont inspirer ce renouveau de la pensée d’extrême droite. Adoptant la vision complotiste de l’auteur de La France juive , nombreux sont ceux qui dénoncent le pouvoir omnipotent d’un Etat juif dominant cette fois la société américaine. On assiste donc à l’émergence d’un antisémitisme européen, avec pour la première fois, transposé sur la scène américaine l’antisémitisme politique issu d’une tradition contre-révolutionnaire catholique française ignorée jusque-là aux Etats-Unis tant elle lui est étrangère.

    A l’importation des fantasmes d’Edouard Drumont succède celle des délires d’Hitler. De manière symbolique, l’attentat de 1958 contre une synagogue à Atlanta marque cette mutation profonde de l’antisémitisme qui mène tout droit à Charlottesville, en 2017 et, un an plus tard, au massacre de Pittsburgh. On n’assiste pas aux grands mouvements extrémistes de la France de la fin du XIXe siècle ou des années 1930 ou encore de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, ces mouvements et partis recrutent peu de monde, mais leurs militants partagent des valeurs extrêmes. Et ils sont dangereux. La preuve en est qu’à Pittsburgh, en 2018, pour la première fois, un véritable massacre se produit, et nombreux sont ceux qui le rapprochent du pogrom emblématique de Kishinev, en 1903, tant la stupeur et l’effroi des juifs américains sont grands. L’événement semble mettre un terme à l’exceptionnalisme américain.

    Ces groupes sont d’autant plus dangereux que ce terrorisme suprémaciste intérieur focalise beaucoup moins l’attention des services de renseignement, alors qu’il fait bien plus de morts sur le sol américain que le terrorisme islamiste par exemple…

    Bien sûr, il est responsable de très nombreux morts, pensez à l’attentat d’Oklahoma City, en avril 1995, dont l’auteur se réclame lui aussi des Turner Diaries. Et ils ne visent pas que les juifs, mais aussi les Latinos et les Noirs. Le 17 juin 2015, Dylann Roof, un Blanc suprémaciste brandissant le drapeau de la Confédération assassine neuf Noirs américains ainsi que leur pasteur lors d’une prière collective dans l’église African Methodist Episcopal, à Charleston (Caroline du Sud), la plus ancienne église épiscopalienne de ce Sud profond qui a connu tant de lynchages.

    Encore plus meurtrier, celui, en août 2019, d’El Paso (Texas), où un suprémaciste blanc, Patrick Crusius, ouvre le feu et tue 23 personnes originaires de l’Amérique du Sud au nom de la théorie du « grand remplacement » élaborée par Renaud Camus et importée aux Etats-Unis. Camus a donné à ces mouvements radicaux leur mot d’ordre : « You will not replace us » (« vous ne nous remplacerez pas »), c’est ce que proclament les extrémistes qui défilent en uniforme à Charlottesville, cette nation nous appartient. C’est un slogan qui se comprend tout de suite, il entraîne la conviction et donne l’impression d’appréhender ce complot qui vise à éliminer les Blancs. Quelle surprise de voir le nom de Renaud Camus si souvent cité par ces extrémistes !

    Comment l’élection de Trump a-t-elle agi sur l’expression de l’antisémitisme ?

    Les discours de Trump sont émaillés d’allusions antisémites : dans son ultime discours de campagne présidentielle, il dénonce « le pouvoir global qui vole la classe ouvrière, dépouille le pays de ses richesses ». Dès son élection, des militants se réunissent à Washington, crient « Heil Hitler », font le salut nazi. Richard Spencer, l’un de leurs chefs lance : « Heil Trump, Heil au peuple, Heil à la victoire ». Puis il y a le 12 août 2017, le choc de Charlottesville. Dans cette région du Sud profond attaché à la Confédération, au [Ku Klux] Klan, plusieurs centaines de militants d’extrême droite se rassemblent pour protester contre le déboulonnement de la statue du général Robert Lee, un héros sudiste et esclavagiste qui menait les armées confédérées durant la guerre de Sécession. Ils crient « Jews will not replace us » (« les juifs ne nous remplaceront pas ») et « White lives matter » (« les vies blanches comptent »).

    Le renforcement impensable d’une extrême droite américaine reprenant ouvertement le flambeau des années 1930 éclate au grand jour. Le Klan est là mais aussi les groupes néonazis, les Confederate White Knights, ceux du Blood and Honor Club, de la Christian Identity, on distribue le Daily Stormer conçu sur son modèle hitlérien, on brandit les drapeaux nazis avec les svastikas. Le président Trump trouve qu’il y a des « gens bien » des deux côtés à Charlottesville et, peu après, lance un « Je vous aime » aux envahisseurs extrémistes du Capitole.

    Les actes antisémites avaient déjà explosé sous Obama. Pourquoi son élection avait-elle réactivé une rhétorique antisémite ?

    Pour ces mouvances extrémistes blanches, le choc de l’élection d’Obama est indescriptible. Il symbolise, aux yeux de l’alt-right, l’alliance entre les Noirs américains et les juifs qui renforcerait leur domination sur le gouvernement américain et leur règne sur la race blanche. Le New York Magazine l’a surnommé « le premier président juif », dénomination qu’il reprend à son propre compte. Il souligne « qu’il est le plus juif de tous ceux qui se sont assis dans le bureau Ovale ». Lorsqu’il met en place l’Obamacare, accentuant le rôle de l’Etat dans la gestion de l’économie, nombreux sont ceux à dénoncer, comme à l’époque du « Jew Deal », la présence à ses côtés de plusieurs conseillers juifs, la naissance d’une nouvelle « République juive ».

    On ne peut comprendre ce qui s’est passé à Charlottesville ou au Capitole, deux événements dramatiques liés étroitement l’un à l’autre, qu’en fonction de la réaction d’une Amérique blanche marginalisée par le Nord, dont les valeurs se trouvent remises en question. Une longue tradition ancrée dans le Sud n’accepte pas ce capitalisme du Nord, cosmopolite, symbolisé par « Jew York ». Le jour de l’attaque contre le Capitole, un drapeau confédéré flotte d’ailleurs sur le Museum of Jewish Heritage de New York !

    C’est toute l’ironie de cet assaut mené contre le Capitole au nom des emblèmes du Sud de se produire au moment même où, en Géorgie, un Noir et un juif viennent d’être élus au Sénat. Tous deux ont battu deux candidats réactionnaires dont l’un, David Perdue, a fait campagne à l’aide d’une rhétorique antisémite extrême, se moquant du nez de Jon Ossoff, le candidat juif démocrate, qui, symboliquement, fait basculer la majorité au Sénat. Au moment où le Sud se transforme socialement et abandonne peu à peu sa dimension hostile aux juifs et aux Noirs, ces militants s’emparent du Capitole et plantent le drapeau confédéré. Alors que Joe Biden a nommé beaucoup de juifs dans son administration, on peut craindre que l’histoire se répète.

    USA #extrême_droite #suprémacisme #antisémitisme

    • Lynchage antisémite en Géorgie
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Leo_Frank

      Leo Max Frank, né le 17 avril 1884 et mort lynché le 17 août 1915, est un directeur d’usine américain de confession juive. En 1913, une adolescente de 13 ans qui travaillait dans l’usine qu’il dirigeait à Atlanta, est retrouvée violée et assassinée. Il est interpellé comme suspect, ainsi que deux de ses employés. L’un de ces derniers, Jim Conley, avoue le crime et désigne Frank comme son complice. Frank est alors condamné à la peine capitale. Très médiatisé à l’époque, le jugement est également controversé, tandis que Leo Frank fait l’objet d’une campagne de haine à teneur antisémite.

      La peine de Leo Frank est commuée en réclusion criminelle à perpétuité par le gouverneur de Géorgie, convaincu de son innocence, mais un commando armé parvient à l’extraire de sa prison et l’exécute par pendaison à Marietta en Géorgie. Les chercheurs contemporains estiment dans leur majorité que Conley était seul coupable. Leo Frank fait l’objet d’une grâce posthume en 1986.

      Cette affaire conduit à la création de l’Anti-Defamation League en réaction à l’antisémitisme que ses fondateurs estiment régner alors aux États-Unis1.

      était-ce suprémacisme ordinaire, socialisme des imbéciles ?

    • Antisémitisme aux États-Unis
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Antisémitisme_aux_États-Unis

      Le 17 décembre 1862, pendant la guerre de Sécession, le général nordiste Ulysses Grant promulgua son ordre n° 11, qui expulsait les Juifs, considérés comme des colporteurs importunant les troupes et des contrebandiers, des régions qu’il avait conquises dans le Sud. Le président Abraham Lincoln révoqua l’ordre le 21 janvier 1863. L’ordre n° 11 reste la seule décision officielle antisémite de l’histoire de l’administration américaine.

      1913, lynchage de Leo Frank

      L’accusation se rapproche des leitmotiv de l’antisémitisme : le meurtre rituel d’enfant chrétiens, et la lubricité juive.

      Le véritable meurtrier n’était autre que Jim Conley qui avoua son crime à son propre avocat. Il y avait un autre témoin mais qui ne parle qu’en 1982 : Alonzo Mann, employé de l’usine qui n’avait que 13 ans à l’époque des faits.
      (...)Comme il était alors habituel, on fit des cartes postales des photos prises lors du lynchage, qui se vendirent très bien. Ce lynchage, en 1915, resta un des rares cas de violence sur des Juifs aux Etats-Unis, ayant provoqué la mort de la personne concernée, au xxe siècle, même s’il y eu les décennies suivantes des expulsions d’universités, de clubs, d’hôtels, etc.4, et des discours haineux.

      (...) Frank, grâce à la déposition d’Alonzo Mann (1982), fut définitivement innocenté et réhabilité en 1986 par la justice géorgienne.

      [...]

      Turner Diaries

      Il manquait à l’antisémitisme américain un ouvrage de référence. Le chef et fondateur de la National Alliance (un mouvement suprématiste blanc ouvertement raciste et adorateur d’Adolf Hitler) le lui donna en écrivant une nouvelle : les Turner Diaries (littéralement les Carnets de Turner). Le livre s’inscrit dans la plus pure tradition hitlérienne, en présentant les Juifs comme le deus ex machina du monde cherchant à éradiquer la race blanche. Pour l’auteur, il convient donc de les tuer tous.

      Le livre est interdit en France. Écrit en 1978, il ne connait qu’une diffusion limitée aux cercles d’extrême-droite jusqu’en 1994, quand une petite maison d’édition le réimprime. Le livre est un succès de librairie, qui atteint les 500 000 ventes (en l’an 2000).

      2018, fusillade de la synagogue de Pittsburgh
      Article détaillé : Fusillade de la synagogue de Pittsburgh.
      Le samedi 27 octobre 2018, pendant l’office matinal de chabbat, un tueur fait irruption dans la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh10. Selon KDKA-TV, le suspect est entré en criant : « Tous les Juifs doivent mourir » avant d’ouvrir le feu11, tuant ainsi 11 personnes. C’est la pire attaque antisémite de l’histoire des États-Unis.

      2019, fusillade de la synagogue de Poway et attaques dans le New-Jersey et l’état de New-York

      Le samedi 27 avril 2019, pendant l’office matinal de Chabbat et du huitième jour de Pessah, un tueur fait irruption dans la synagogue Chabad de Poway en Californie, dans la banlieue de San Diego, tue une fidèle qui s’était interposée entre le tueur et le rabbin, et blesse trois personnes.

      En décembre 2019, une fusillade contre les clients d’un supermarché cachère de Jersey City (en) (New-Jersey) et une attaque à l’arme blanche au domicile d’un rabbin de Monsey (état de New-York) font plusieurs morts et plusieurs blessés.

  • LES AUTORITAIRES (partie 1) : les premières enquêtes
    https://www.youtube.com/watch?v=2__Dd_KXuuU

    0:00 Introduction
    5:40 Comprendre l’indicible
    13:27 L’enquête de surface
    15:32 L’échelle de l’antisémitisme
    28:13 L’échelle d’ethnocentrisme
    36:17 L’échelle de conservatisme politico-économique
    43:30 Crédits de fin
    44:40 Prochainement, dans la 2e partie

    Quand on parle d’autoritarisme, on pense spontanément à une forme de gouvernance, on s’imagine les dérives autoritaires d’un chef, d’un gouvernement, d’une institution, etc.
    Or, cet angle nous fait parfois omettre d’autres perspectives, notamment la question de l’autoritarisme chez les individus lambda, non pas sous une perspective exclusivement idéologique, mais via un angle psycho-sociologique. Et c’est précisément à cet angle que nous allons ici nous intéresser.

    Cette vidéo est la première partie d’une série consacrée aux études portant sur la personnalité autoritaire. Dans cette partie, nous nous concentrons sur les premières enquêtes, sur les études d’Adorno et de ses collègues, initiées dans les années 40 alors que la Seconde Guerre Mondiale faisait encore rage. Nous allons y préciser leur première phase qui demeure sur le terrain des opinions, les chercheurs voulant délimiter les attitudes associées à l’autoritarisme, ce qui leur permettra d’élaborer trois échelles de mesure : une échelle de l’antisémitisme, une échelle de l’ethnocentrisme et une échelle de conservatisme politico-économique.

  • L’anti-tatarisme des Palestiniens (et des banlieues) n’existe pas - A propos de Miss Provence et de l’antisémitisme (le vrai)
    samedi 26 décembre 2020 par Houria Bouteldja - [UJFP]
    http://www.ujfp.org/spip.php?article8254

    Nous publions ce texte d’Houria Bouteldja, initialement publié sur Mediapart avant d’être dépublié, car il ne respecte pas la Charte de participation [*].

    Nous ne comprenons pas les raisons de ce qui apparaît être une censure. Médiapart a-t-il cédé à la polémique initiée par Gilles Clavreul, ex DILCRAH et grand pourfendeur devant l’Eternel de l’antiracisme politique ? A-t-il feint, comme Clavreul, de ne pas comprendre le propos de HB et de lui faire dire autre chose ?
    La Commission communication externe pour la Coordination de l’UJFP le 26 décembre 2020

    (...)

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    Clavreul, Césaire et moi. De l’Innocence des uns et de la Conscience des autres.
    mercredi 30 décembre 2020 par Houria Bouteldja
    http://www.ujfp.org/spip.php?article8260

    Nous publions ce texte d’Houria Bouteldja en réponse aux attaques infâmes dont elle fait l’objet, après la « dépublication » de son article par Médiapart. Cet article en question, L’anti-tatarisme des Palestiniens (et des banlieues) n’existe pas - A propos de Miss Provence et de l’antisémitisme (le vrai) avait été hébergé alors sur notre site.

    La Commission communication externe, pour la Coordination nationale de l’UJFP le 30-12-2020

    (...)

    #antisionisme #antisémitisme #anticolonialisme

  • République souveraine, antisémitisme et politique mémorielle, MÉRÔME JARDIN
    https://blogs.mediapart.fr/merome-jardin/blog/231220/republique-souveraine-antisemitisme-et-politique-memorielle

    Alors que Mediapart nous informe qu’un responsable du mouvement République souveraine s’occupe de politique mémorielle pour le gouvernement, il faut s’interroger sur les positions que défend ce mouvement quand on voit qu’ils ont promu à un poste de responsabilité un usager des réseaux sociaux connu pour des tweets particulièrement problématiques sur la Shoah et les juifs.

    La Shoah ? Un « joker ’6 millions’ pour faire pleurer dans les chaumières avec un point Godwin en cas de besoin ». Auschwitz ? « Un endroit éco-responsable : récupération des cheveux et des graisses pour faire des produits ; utilisation des transports en commun (trains) ; pas de gaspillage alimentaire (+régime amincissant » ; pas de lumière la nuit, c’est pas Versailles ici. » Le négationnisme ? Intéressant sur le plan historiographique : « On pourrait se poser la question de faire la chasse aux négationnistes car pendant longtemps, on a cru qu’il y avait eu 9 millions de victimes du génocide. Finalement il y en a eu 6 millions. »

    Ces messages, et tant d’autres de la même veine, parfois sous l’alibi de l’humour, parfois très sérieux, ont été écrits par Tanguy Lacroix, qui vient d’être nommé à la tête d’un Comité Jeunesse du mouvement République Souveraine. Alors que la journaliste Ellen Salvi nous apprend sur Mediapart qu’un autre responsable de ce mouvement, Benjamin Foissey, est en charge de la politique mémorielle auprès du ministère délégué aux Anciens Combattants, il est urgent de s’interroger sur ce qu’autorise République Souveraine en matière d’antisémitisme, de galvaudage de la Shoah et le modèle d’engagement qu’elle propose aux jeunes en matière de mémoire des crimes contre l’humanité.

    Plus connu sur Twitter sous le surnom de « Camarade Charles », #Tanguy_Lacroix bénéficiait sur ce réseau social d’une visibilité indéniable, avec près de 13 000 followers. Son compte principal a été récemment suspendu. Il en dispose d’autres. Ce sont même ces multiples comptes qui sont à l’origine des Charles, la communauté qu’il a créée : « J’avais fait quelques comptes secondaires pour pouvoir répondre aux gens qui parlaient de moi en m’ayant bloqué et ainsi avoir un droit de réponse qui me semble légitime. Sauf que ça s’est vu et des SJW [=Social Justice Warrior, guerriers de la justice sociale, terme méprisant véhiculé par les conservateurs américains pour parler des antiracistes, des féministes, etc.] ont voulu faire la liste des mes comptes pour les bloquer d’avance. Un de mes amis s’est fait passer pour un de mes comptes secondaires et a encouragé d’autres gens à le faire. Moi même j’ai aussi encouragé l’initiative sur mon serveur Discord et ce fut très drôle car ces SJW pensaient que j’avais fait une trentaine de comptes secondaires. », écrit-il dans un billet de blog présentant sa communauté. C’est donc bien sur le piétinement du consentement et le contournement de blocages sur Twitter, pour imposer sa présence non souhaitée, qu’il crée ce groupe.

    « Les Charles » pratiquent le #cyberharcèlement, qualifié par euphémisme de « raids ». (...)

    #République_souveraine #antisémitisme #gouvernement_français

  • Macron, Maurras, Pétain et l’antisémitisme - Juives et juifs révolutionnaires
    https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=3571764989559921&id=795943817142066&__tn__=K-R

    Dans un récent interview a l’express , Emmanuel Macron est revenu une nouvelle fois a la charge dans sa tentative de réhabilitation de deux figures antisémites et nationalistes majeures, #Pétain et #Maurras.

    Il s’agit ici d’une stratégie claire visant a réaffirmer le « roman national » et ainsi donner des gages au #nationalisme, en entérinant sa réhabilitation définitive dans l’imaginaire politique, la période de la seconde guerre mondiale et l’#antisémitisme étant ainsi réduits a un « incident de parcours » voir a un détail de leur histoire politique. Un appel du pied très clair a l’électorat fasciste.

    Macron prétend dissocier le Pétain de 1917, présenté comme un héros de guerre, de celui de 1940. Pourtant c’est bien le même homme qui a mis fin aux sanglantes offensives du général Nivelle, réprimé les mutins de 1917, massacré des Marocains révoltés pendant la guerre du Riff, appelé a cesser le combat face a Hitler, mis en place les lois antisémites et livré les Juifs et Juives de France aux nazis.

    Si Macron ne va pas jusqu’au révisionnisme d’Éric Zemmour et qu’il prétend condamner l’antisémitisme de Pétain, Il s’inscrit bien ici dans l’offensive nationaliste de réhabilitation de Pétain qui fait de son antisémitisme et de sa participation au génocide des Juifs et des Rroms un « point de détail » de son histoire.

    Emmanuel Macron a également évoqué Charles Maurras, en prétendant dissocier l’écrivain, le théoricien monarchiste de l’antisémite virulent. Il s’inscrit ici dans une volonté de réhabiliter un référent central pour la pensée de droite en faisant comme si son antisémitisme était accessoire dans sa pensée politique, alors qu’il est central dans sa construction théorique d’un nationalisme intégral définissant le corps national français comme blanc et catholique et faisant des juifs la figure centrale de l’antifrance (le principal des 4 prétendus « états confédérés ») contre laquelle il faudrait unifier et mobiliser les « vrais français ».

    Avec une telle rhétorique de blanchiment par dissociation, il est possible de réhabiliter nombre de criminels de guerre, qu’il s’agisse de la seconde guerre mondiale ou des guerres coloniales.

    Il n’est des lors guère étonnant de voir Macron s’inscrire au cours de la même interview dans la continuité sarkozyste de la rhétorique de « l’#identité_nationale », une tentative précédente de réhabilitation et de banalisation des thèmes nationalistes.

    Quand il parle pour appuyer son propos de la place accordée à la parole des victimes, qui serait selon lui trop importante, Emmanuel Macron reprend également une version du thème de la prétendue « dictature des minorités » qui est centrale dans la pensée d’#extrême_droite. C’est une manière de nier la réalité des rapports de force et une rhétorique d’inversion du réel dans laquelle la lutte pour la reconnaissance des effets du système raciste et ses conquêtes, arrachées le plus souvent après des années de déni par la mobilisation, sont présentées comme une prétendue preuve du « pouvoir des minorités ». En faisant passer les revendications historiques de reconnaissance et de réparation pour une « dictature émotionnelle » on les disqualifie comme objectif politique.

    Un tel discours démontre bien l’hypocrisie du pouvoir politique et d’Emmanuel Macron lorsqu’ils prétendent lutter contre l’antisémitisme alors même qu’ils œuvrent a réhabiliter les bourreaux de nos familles. Il est également un indicateur fort de la période politique que nous vivons, où le retour a un discours nationaliste de plus en plus décomplexé s’inscrit dans une réhabilitation progressive de ses théoriciens et ses figures historiques et la réduction du génocide et de l’antisémitisme au rang de détail de l’histoire française et européenne.

    Cela doit sonner comme un rappel de la nécessité de reconstituer un front uni contre le racisme, dont l’antisémitisme, d’où qu’il vienne.

    #fascisation #identité_nationale #roman_national (palimpseste du)

    • Pas d’accès à l’interview de l’Express, mais je relève ce passage dans l’article du Figaro :

      Complotisme, intégration, Pétain et privilège blanc : les grands sujets de l’interview de Macron à l’Express
      https://www.lefigaro.fr/politique/complotisme-integration-petain-et-privilege-blanc-les-grands-sujets-de-l-in

      Nous sommes devenus une société victimaire et émotionnelle. La victime a raison sur tout. Bien sûr, il est très important de reconnaître les victimes, de leur donner la parole, nous le faisons. Mais dans la plupart des sociétés occidentales, nous assistons à une forme de primat de la victime. Son discours l’emporte sur tout et écrase tout, y compris celui de la raison », juge-t-il.

      « Par conséquent, celui qui a tenu un discours antisémite ou a collaboré tombe forcément dans le camp du mal radical. Je combats avec la plus grande force l’antisémitisme et le racisme, je combats toutes les idées antisémites de Maurras mais je trouve absurde de dire que Maurras ne doit plus exister », distingue Emmanuel Macron, avant de revenir sur Pétain. « Je me suis construit dans la haine, dans le rejet de l’esprit de défaite et de l’antisémitisme de Pétain mais je ne peux pas nier qu’il fut le héros de 1917 et un grand militaire. On doit pouvoir le dire. À cause de la société de l’indignation, qui est bien souvent de posture, on ne regarde plus les plis de l’Histoire et on simplifie tout ».

      Un aspect frappant c’est qu’il aborde la question de la l’antisémitisme (de Pétain et Maurras) dans la foulée de sa tirade sur la « société victimaire » (« la victime a raison sur tout », « le discours [de la victime] écrase […] celui de la raison »). Quand j’ai lu ça, les bras m’en sont tombés. Il parle de victimisation, et vlan il glisse sur l’antisémitisme et la collaboration ? Il dit quoi, là, que l’attitude « victimaire » des victimes juives du génocide nazi « écrasent » le discours de la raison qui permettrait d’affirmer que Maurras et Pétain étaient de grands Hommes ?

      Le mec est pas bien dans sa tête, c’est pas possible d’être aussi con.

    • Merci pour l’info.
      Ça m’intéresse de lire la source et de lire par moi-même à quel point il serait passé d’un sujet à l’autre. Parceque de là où je me place ça pourrait très bien être des collés de moments d’interview comme ça se voit quand même très souvent pour faire le buzz sur le net...
      Surtout de la part d’un média que je trouve douteux qu’est le Figaro,. Je ne m’appuierait pas sur un article du Figaro même pour critiquer Macron (ou autre politique) c’est dire !

    • Je pense aussi qu’il s’agit d’un remontage. Mais il me semblait que l’antisémitisme et la collaboration, c’était justement presque la définition du mal radical en Europe.

    • Je me méfie aussi de la césure entre les deux parties. Mais il y a tout de même ce passage cité d’un seul bloc, qui établit à nouveau très explicitement le lien entre les deux (avoir le droit de dire que Pétain est un Grand Homme, mais on ne plus parce que posture de l’indignation victimaire…) :

      Je me suis construit dans la haine, dans le rejet de l’esprit de défaite et de l’antisémitisme de Pétain mais je ne peux pas nier qu’il fut le héros de 1917 et un grand militaire. On doit pouvoir le dire. À cause de la société de l’indignation, qui est bien souvent de posture, on ne regarde plus les plis de l’Histoire et on simplifie tout

    • Le « mal »... c’est pleins de choses selon moi, la mal-informations en fait partie ;-)
      Macron est un imbécile et un pantin qui se fout bien de notre gueule, par contre moi j’ai aucun soucis à séparer les actes militaire qui aurait permis à une époque lointaine (de plus d’un siècle) à la France de ne pas perdre une guerre directement chez nous, et ceux qui aurait largement participer aux meurtres en grandes quantité des moins nantis de l’époque.

    • De toute façon, c’est n’importe quoi. Petain est le pelé, le galeux depuis 1945. C’est pas d’aujourd’hui. En fait c’est Macron qui a une posture victimaire (on peut plus rien dire), ce qui est assez savoureux. Sans compter que les moins de 40 ans s’en foutent de Petain. Le traditionnel faux problème complaisamment relayé par les média mainstream. Classique.

    • Oui, je suis d’accord, c’est lui qui se comporte le plus en victime (ce qui in duit que nous aussi ? ;-) ), il ramène toujours tout à lui et à des complots politique soit-disant dirigés vers lui (ce qui est un comble quand on y réfléchit).
      Le Brut montrait vraiment ça d’ailleurs.

    • Cela fait un bon moment que la « réhabilitation de Pétain » est en cours (et peu importe, et pas seulement pour Zemmour, que son zèle ait consisté à en faire davantage que ce que les nazis exigeaient), un moment aussi qu’un philosémitisme affiché va de pair avec un antisémitisme plus ou moins larvé.
      La réhabilitation de Pétain est exemplaire du culte des chefs, des grands hommes, des hommes providentiels, dont y compris l’émergence de Mélenchon relevait.
      Malin ou pas, c’est pas l’affaire d’un type, mais dune machine de pouvoir. Le bénef escompté, lorsqu’un tenant de la mondialisation affiche en même temps son nationalisme (où on embauche des identitaires et des chevenementistes), c’est de racler du souverainiste, y compris une partie de ces gilets jaunes décomposés par la défaite.
      Le slogan pour 2022 : "Nous, français" (c’est moi ! E.M !)

      Par delà ces péripéties, il y a une thèse : il faut des personnages hors du commun (qu’ils soient experts, courageux, technocrates, militaires, ...) qui aient la force de décider pour tous et toutes, pour les riens, les imbéciles, les pas assez munis pour être dignes d’une quelconque responsabilité collective.

      #haine_de_la_démocratie.

    • Cette histoire d’hommes providentiels est à la fois un truisme et une erreur d’analyse. Parce qu’en admettant qu’on ait besoin d’un HP, pourquoi ne pas en choisir un qui ne pose pas ou peu de problème, genre de Gaulle ? A part des nonagenaires ex OAS ou PSU, il ferait l’unanimité. Alors pourquoi Petain qui fait vraiment tâche ? Parce qu’il fait tâche probablement, ça donne un petit côté non conformiste du meilleur effet. Et Macron, qui tient à son côté soi disant disruptif, aime bien ce côté dessalé, je-brise-tous-les-tabous. En fait, c’est probablement juste un connard, pleurnichard comme tous les connards. On ne tient jamais assez compte du rasoir d’Hanlon.

    • Ah... le coup d’État de de Gaulle ne posait pas de problèmes en 58 et ensuite ? Passons.

      C’est Macron qui veut se poser en homme providentiel (eh oui, ils osent tout). Ils sont nombreux à penser que la crise de la démocratie représentative, de la politique, l’absence radicale de tout projet, implique de jouer cette carte. Du sanitaire à l’environnement, il y a de la place pour des formules autoritaires qui ne reposent pas seulement sur le racisme et le nationalisme.

    • Ben oui. Plus facile de se réclamer de de Gaule que de Petain, non, quand on veut s’adosser a un homme providentiel qui fait l’unanimité ? Evidemment, c’est plus gratifiant de s’imaginer Manu en Hitler et Darmanin en Kaltenbrunner, mais c’est juste du bullshit. Petain ne peut pas juste s’expliquer par la recherche d’une legitimation d’un executif fort.

    • Ah oui, au fait, en 58, c’est pas un coup d’etat de de Gaulle mais celui d’Alger qui l’a amené au pouvoir. Ca n’en fait pas un personnage sympathique pour autant, mais nettement plus que Petain.

  • RACISME EN FRANCE : ATTENTION AUX PRÉJUGÉS ANTI-BRETONS !
    Par le collectif Juives et juifs révolutionnaires
    https://fr-fr.facebook.com/permalink.php?story_fbid=3475757792493975&id=795943817142066&__tn__=

    L’ouvrage collectif Racismes de France, publié récemment sous la direction d’Omar Slaouti et d’Olivier Le Cour Grandmaison, fait l’état des lieux des différentes formes de racisme en France. Dominique Vidal a été en charge de produire un chapitre sur l’antisémitisme.
    Nous avons lu ce chapitre et nous y avons trouvé une façon d’aborder le sujet qui nous a posé de sérieux problèmes. Nous revenons dans ce texte sur les principaux défauts : la minimisation de l’antisémitisme, la logique comparatiste avec d’autres formes de racisme et le fait de passer l’essentiel des dix-sept pages à traiter d’un tout autre sujet : l’antisionisme.
    L’invisibilisation de l’antisémitisme ainsi que sa mise en compétition avec l’islamophobie sont des phénomènes habituels de la gauche antiraciste. La possibilité de trouver un chapitre comme celui-ci dans un ouvrage d’une telle ambition interroge.

    #antisémitisme #juives_et_juifs_révolutionnaires #antiracisme
    @febrile

    • Entretien avec le collectif Juives et Juifs révolutionnaires
      https://www.revue-ballast.fr/entretien-avec-le-collectif-juives-et-juifs-revolutionnaires

      Vous tenez, de l’intérieur du mouvement social, à faire émerger la lutte contre l’antisémitisme comme lutte antiraciste. La première ne relève donc pas déjà de la seconde ?

      Aujourd’hui — et depuis au moins une quinzaine d’années —, nous pouvons constater dans le champ politique deux attitudes dominantes, en apparence opposées (mais qui se rejoignent sur le fond), en termes de traitement de l’antisémitisme. L’une consiste à le voir comme quelque chose de résiduel, d’une moindre importance, qui ne ferait pas partie — en tant que tel — de l’agenda prioritaire de la lutte antiraciste. L’autre consiste au contraire à le traiter comme quelque chose de complètement à part, sans lien avec le système raciste global. Pour nous, l’antisémitisme est un des avatars du système raciste, une des formes que prend le racisme, et il n’a rien de résiduel. C’est une forme qui possède bien sûr des particularités spécifiques, qui expliquent notamment que certains et certaines peinent à l’identifier aujourd’hui : il se fonde sur la racialisation d’une identité religieuse (comme l’islamophobie) mais, à la différence des autres minorités racisées, les Juifs et Juives sont présenté·e·s comme détenant le pouvoir et l’argent, donc comme pseudo-classe dominante. Mais l’antisémitisme est lié au racisme systémique : il en est un élément, et pas un phénomène distinct. Il nous semble donc nécessaire de réaffirmer que la lutte antiraciste ne peut éluder la lutte contre l’antisémitisme, et que la lutte contre l’antisémitisme implique de s’attaquer à l’ensemble du système raciste.

  • Déclaration sur l’antisémitisme et la question de Palestine

    Plus de 120 intellectuels et intellectuelles palestiniens et arabes répondent dans une déclaration publique à l’adoption croissante de la définition de l’antisémitisme produite par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH) et à la manière dont cette définition est utilisée afin de réprimer le soutien aux droits palestiniens dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Les signataires maintiennent que le combat contre l’antisémitisme est instrumentalisé par le gouvernement israélien et ses partisans dans le but de délégitimer et de réduire au silence la défense des droits palestiniens.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/12/02/declaration-sur-lantisemitisme-et-la-question-de-palest

    #antisémitisme #palestine

  • Déclaration sur l’antisémitisme et la question de Palestine
    30 nov. 2020 Par Les invités de Mediapart | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/301120/declaration-sur-l-antisemitisme-et-la-question-de-palestine

    Cent vingt-deux intellectuels et intellectuelles palestiniens et arabes répondent à la définition de l’antisémitisme promue par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste qui est utilisée, dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique, pour réprimer le soutien aux droits palestiniens. Cette Déclaration est publiée conjointement en arabe par Al-Quds (Londres) et Al-Ayyam (Ramallah), en hébreu par Haaretz (Tel-Aviv), en anglais par The Guardian (Londres), en allemand par Die Tageszeitung (Berlin) et en français par Mediapart.

  • Un article de l’an dernier, mais qui est très intéressant, en particulier dans la comparaison avec le boycott de l’Afrique du Sud :

    Quand est-il antisémite de critiquer Israël ?
    Michael Bueckert, Africa Is A Country, mars 2019
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/10/23/quand-est-il-antisemite-de-critiquer-israel

    Beaucoup d’autres se sont demandés pourquoi « les bonnes âmes libérales » ne boycottaient pas l’Union soviétique ou d’autres États africains. Une publication contre les sanctions, publiée en novembre 1985 par le Globe and Mail et l’Ottawa Citizen, a fustigé « les menaces unilatérales de se rendre en Afrique du Sud » et « les sanctions hypocrites » du Premier ministre Mulroney, et elle demandait pourquoi le Canada ne boycottait pas la « dictature marxiste de Tanzanie ».

    Alors que les allégations d’hypocrisie s’inscrivaient pour une grande part dans une ligne idéologique anticommuniste, les défenseurs de l’Afrique du Sud s’inspiraient parfois d’autres exemples. Comme un membre de l’assistance l’a fait une fois remarquer lors d’un forum public sur la censure sud-africaine en 1988, pendant la Première Intifada, « Quelle est cette préoccupation démente avec l’Afrique du Sud en ce moment ? Je veux dire, 200 Palestiniens ont été abattus dans les rues en Cisjordanie, vous savez. J’espère que vous utiliserez la même énergie pour faire connaître ces injustices au grand public ».

    #Palestine #Afrique_du_Sud #Boycott #Antisionisme #Antisémitisme #Diabolisation #Deux_poids_deux_mesures #Délégitimation

  • Jours d’affliction : Le pogrom de Kishinev de 1903, Moisei Borisovich Slutskii (1851-1934)

    https://diacritik.com/2020/10/22/jours-daffliction-le-pogrom-de-kishinev-de-1903-moisei-borisovich-slutski

    https://i1.wp.com/diacritik.com/wp-content/uploads/2020/10/Capture-décran-2020-10-19-à-10.06.41.jpg?fit=1200%2C868&ssl=1

    Le #pogrom de #Kishinev de 1903 prend, dans le cours de l’histoire mondiale, une importance particulière. Considéré comme précurseur de l’Holocauste, c’est l’événement avec lequel l’horizon du XXᵉ siècle s’assombrit, non seulement pour les territoires de l’Empire russe mais aussi pour l’Europe. Il sonne le glas de l’ancien monde, annonçant l’avènement des nationalismes totalitaristes, la destruction des juifs d’Europe et une crise de l’humanisme similaire à celle qu’avait connue le XIXᵉ siècle.

    Dans les semaines qui suivirent, le pogrom de Kishinev eut un écho retentissant dans la presse internationale. Un des premiers reporters des ces sanglantes fêtes de Pâques 1903 fut Haïm Nahman Bialik, journaliste, prosateur, poète et cofondateur de la maison d’édition odessite « Moriah ». Au lendemain du pogrom, mandaté par le gouverneur de la ville d’Odessa, Bialik se rend à Kishinev afin de témoigner. Ce qu’il découvrit sur les lieux du carnage le révolta à un point tel qu’il écrivit non pas une chronique éditoriale mais un long et émouvant poème, intitulé « Dans la ville du massacre » :

    « Dans le fer, dans l’acier, glacé, dur et muet,
    Forge un cœur et qu’il soit le tien, homme, et viens !
    Viens dans la ville du massacre, il te faut voir,
    Avec tes yeux, éprouver de tes propres mains,
    Sur les grillages, les piquets, les portes et les murs,
    Sur le pavé des rues, sur la pierre et le bois,
    L’empreinte brune et desséchée du sang… »

    #antisémitismes #europe_centrale #ukraine

  • Facebook to ban content that denies or distorts the Holocaust
    https://www.theguardian.com/technology/2020/oct/12/facebook-to-ban-content-that-denies-or-distorts-the-holocaust?CMP=fb_a-

    Mark Zuckerberg says his thinking has evolved after increase in antisemitic violence Facebook says it is updating its hate speech policy to ban content that denies or distorts the Holocaust. The decision comes two years after its chief executive, Mark Zuckerberg, said in an interview with the tech website Recode said that while he found Holocaust denial deeply offensive, he did not believe Facebook should delete such content. “I’ve struggled with the tension between standing for free (...)

    #Facebook #antisémitisme #racisme #censure #extrême-droite #manipulation

    https://i.guim.co.uk/img/media/f6c2575b71a1787384a422dddba14f9b6f7a82cb/0_176_5285_3171/master/5285.jpg