• Micrologies policières et crise de régime. Sur Gazer, mutiler, soumettre de Paul Rocher
    https://www.contretemps.eu/violences-policieres-crise-regime

    Tailler dans la chair. Choquer les esprits. Marquer à jamais des vies. De quoi la brutalisation croissante du maintien de l’ordre est-elle le nom ? Que se cache-t-il derrière la diffusion d’abord et l’usage massif ensuite d’armes dites non létales de la part de la police et de la gendarmerie ? Comment expliquer la nouvelle escalade de ces crimes d’État depuis quelques temps dans l’espace public français ? De quelle façon éclaircir la couverture épaisse d’enfumage idéologique qui l’entoure ?

    Le livre sort aujourd’hui, et donc :

    Cet article a été rédigé avant le début du grand mouvement états-unien et international déclenché par l’assassinat de George Floyd.

    #maintien_de_l'ordre #violences_policieres #armes_non-létales

    • Violences policières : “Le ministère de l’Intérieur organise l’opacité sur le nombre de blessés”
      D’abord expérimentées dans les colonies et les quartiers populaires, banalisées aujourd’hui, les armes "non létales" aggravent les violences policières.
      Interview de Paul Rocher par Olivier Tesquet autour du livre : Gazer, mutiler, soumettre aux éditions la fabrique :

      https://www.telerama.fr/idees/violences-policieres-le-ministere-de-linterieur-organise-lopacite-sur-le-no

      Elles sont censées neutraliser et irriter plutôt que tuer, et font exploser le nombre de blessures irréversibles… Dans un essai percutant, “Gazer, mutiler, soumettre”, en librairie le 5 juin, l’économiste Paul Rocher examine la généralisation de l’utilisation des armes dites non létales par les forces de l’ordre. Plaidant pour un contrôle citoyen de l’équipement de la police.

    • POLITIQUE DE L’ARME NON LÉTALE
      https://acta.zone/politique-de-larme-non-letale-entretien-avec-paul-rocher

      Les noms de George Floyd et d’Adama Traoré ont récemment remis en avant la question des violences et des crimes policiers des deux côtés de l’Atlantique. Ils ont aussi conduit à s’interroger sur les méthodes qu’emploient les forces de l’ordre dans nos démocraties néolibérales. C’est à cela que s’attache Paul Rocher dans un livre qui paraît aujourd’hui aux éditons La fabrique, et en particulier à la croissance affolante de l’usage des armes dites non létales dans nos démocraties occidentales. Retraçant la généalogie coloniale de ces armes, il montre combien l’extension progressive de son usage à quasiment l’ensemble de la population correspond au type spécifique d’hégémonie induit par les régimes néolibéraux. Pour autant, il montre aussi combien l’autodéfense populaire qui circule des luttes des banlieues aux Gilets jaunes en passant par la ZAD et le cortège de tête esquisse la possibilité d’un front dont le mot d’ordre pourrait être le « contrôle populaire de l’armement ».

      Dans ton livre tu pointes un paradoxe apparent de la catégorie d’« arme non létale » : le fait que le caractère « non létal » de ces armes est loin d’être assuré. Tu soulignes également que la présentation de l’« arme non létale » comme incapacitante mais non meurtrière encourage leur utilisation démesurée par les forces de police. Pourquoi alors avoir décidé de consacrer un ouvrage spécifiquement à ce type d’arme – en d’autres termes, pourquoi n’avoir pas écrit une « politique de l’arme » tout court ?

      Depuis l’irruption des Gilets Jaunes la question des violences policières ne cesse d’alimenter le débat public. Le journaliste David Dufresne a recensé plus de 800 blessés, dont plus de 300 à la tête, deux décès, 25 éborgnés, 5 mains arrachées, et le chiffre réel est sans doute plus élevé. Ces blessures ont été infligées par des armes non létales, dont l’utilisation a explosé ces dix dernières années. Pour prendre un exemple des statistiques mobilisées dans le livre, en 2018 les forces de l’ordre ont tiré environ 480 fois plus sur des manifestants qu’en 2009 pour atteindre le chiffre extrêmement élevé de 19 071 tirs sur des civils. Inversement, d’autres armes comme le pistolet ne font en principe pas partie de l’arsenal du maintien de l’ordre et leur utilisation est relativement stable sur la même période. Il y a donc une spécificité des armes non létales.

      Récemment, nous avons vu l’augmentation d’articles de presse mettant en cause des membres individuels des forces de l’ordre sur la légalité d’un tir, la proportionnalité de certains coups de matraque ou la nécessité d’envoyer massivement du gaz lacrymogène dans une situation donnée. La documentation de ces phénomènes est évidemment très importante mais elle reste à la surface d’un phénomène plus profond. L’objectif de Gazer, mutiler, soumettre est d’expliquer la logique profonde qui anime l’escalade de la violence par armes non létales. Pour faire cela j’ai appliqué la théorie de l’arme à un ensemble de données statistiques et qualitatives. Cette théorie postule d’interroger dans quelle mesure les caractéristiques propres d’un outil ont des implications sur l’action dont il est le moyen. Dans cette perspective, une arme n’est pas seulement un moyen rendant possible la poursuite d’un but, c’est aussi une contrainte qui pèse sur cette poursuite. Dans le livre je montre comment la qualification de « non létal » mène à la brutalisation du maintien de l’ordre. Au passage le mythe d’un instrument technologique garantissant un maintien de l’ordre plus humain vole en éclats. Donc une idée centrale est la suivante : La disponibilité des armes non létales conduit les forces de l’ordre à frapper, à gazer et à tirer davantage et plus vite.

      D’ailleurs, tout au long du livre tu insistes sur le fait qu’étudier les armes non létales permet de mettre en lumière « l’autonomie relative des forces de l’ordre. » Qu’entends-tu par là et qu’est-ce que cela implique dans notre rapport à l’État ? En quel sens ce type d’arme influe-t-il sur les comportements policiers ?

      Dans la mesure où l’arme non létale façonne le comportement de son utilisateur les actions de ce dernier ne peuvent pas être pleinement comprises sous angle exclusif de l’exécution des ordres. Dans le débat public les violences policières ont souvent été imputées au gouvernement qui aurait donné les ordres. Ces analyses sont justes mais n’épuisent pas la question. En réalité, et c’est assez bien étudié, les forces de l’ordre disposent d’une marge de manœuvre propre dans l’exécution des ordres. Et cela est d’autant plus le cas lorsque les forces de l’ordre assurent des interventions complexes et peu prévisibles comme à l’occasion des manifestations et savent que des sanctions en cas de violences documentées sont rares.

      On sait aussi que membres des forces de l’ordre ne sont pas des citoyens modèle, ils sont imprégnés de conceptions stéréotypées qui peuvent avoir des conséquences considérables. Herbert J. Gans, ancien président de la prestigieuse American Sociological Association , insiste sur une sorte de prophétie auto réalisatrice policière : l’anticipation de révoltes par les policiers augmente d’autant leur niveau de violence. Dans cette lignée, la sociologie de la police a identifié un autre phénomène important, à savoir que le niveau de violence employé par la police varie en fonction de son public.

      Dans le premier chapitre, tu reviens sur les origines militaires (et donc aussi coloniales) des armes non létales. En quoi l’apparition et la généralisation de ce type d’arme relèvent-elles également d’un choix tactique des forces colonisatrices – et non, comme cela est parfois présenté, par un souci éthique ? Comment le passage de ces armes « non létales » des colonies aux métropoles a-t-il été géré par les forces répressives ?

      Pendant la Première guerre mondiale les armes chimiques, dont le gaz lacrymogène, sont utilisées pour la première fois à grande échelle, et cela notamment dans le cadre de la guerre des tranchées pour asphyxier ou contraindre les soldats ennemis de sortir des tranchées pour mieux pouvoir les abattre. Rien de très éthique et les soldats en gardent un souvenir terrible qui décrédibilise cette arme. En 1925, le gaz lacrymogène sera interdit en guerre. Par contre, la domination coloniale n’étant pas considérée comme un conflit militaire entre deux puissances souveraines le recours au gaz lacrymogène s’y développe, notamment pour faire face au développement des insurrections anticoloniales. Winston Churchill vantait les mérites de cette arme pour répandre une « terreur salutaire » auprès des peuples colonisés. A nouveau, ce n’est pas le souci étique qui guide le choix de l’arme mais son efficacité politique.

      Dans les pays les plus riches les armes non létales font leur retour opérationnel au cours des années 1960. A l’époque, en France mais aussi dans d’autres pays comme les États-Unis les mobilisations populaires s’intensifient et placent les gouvernements devant une contradiction : Comment éviter de céder politiquement sans pour autant tuer des personnes, ce qui décrédibiliserait fortement le soutien à l’ordre établi ? La réponse se trouve dans le développement d’armes non létales. Les fabricants d’armes commencent à commercialiser de nouveaux types de gaz lacrymogène et de nouvelles armes comme le pistolet à impulsion électrique et les fusils à balles en caoutchouc qui vont rapidement causer des morts aux États-Unis, en Irlande ou en Palestine.

      Les armes que les forces de l’ordre utilisent aujourd’hui ont été mis en place à partir des années 1990. Sans entrer dans les détails du livre, l’histoire des armes non létales nous renseigne que leur développement répond toujours à une crise du maintien de l’ordre établi.


      Nnoman / Collectif Oeil

  • Castanerie : néologisme ; utiliser un mensonge par omission ou un arrangement avec la vérité en le faisant passer pour une annonce d’importance et, ce faisant, biaiser pour désamorcer une crise.
    Cela se vérifie encore une fois avec l’annonce du retrait « immédiat » de la #GLIF4, ce dimanche, dans son émission préférée pour ce type de menteries :
    https://www.france.tv/france-3/dimanche-en-politique/1151765-dimanche-en-politique.html
    Sauf que c’est une grenade
    qui n’est plus fabriquée depuis 2014 :

    Elle équipe les forces de l’ordre depuis 2011 et n’est plus produite depuis 2014, elle reste cependant encore utilisée par le gouvernement jusqu’à épuisement des stocks et est remplacée progressivement par la grenade GM2L de Alsetex.
    https://maintiendelordre.fr/grenade-instantanee-gli-f4-sae-810-alsetex

    qui a été officiellement remplacée par la #GL2M après la mutilation de Maxime sur la zad

    Sa remplaçante, la GM2L, déjà en dotation, est par exemple utilisée à Notre-Dame-des-Landes dans les opérations actuelles.
    mai 2018, journal de la gendarmerie nationale : https://lessor.org/a-la-une/la-gli-f4-une-grenade-sur-la-voie-de-garage

    (la ZAD avait d’ailleurs servi de test grandeur nature de pas mal de saloperies : https://desarmons.net/index.php/2019/01/24/sur-les-nouvelles-grenades-lacrymogenes-de-40-mm-cm3-et-mp3 )

    dont les stocks sont réduits à peau de chagrin après plus d’un an de gazage intensif des Gilets Jaunes et autres mouvements sociaux...

    Je ne sais même pas si certains les utilisaient encore.
    Du moment que l’on nous laisse les GMD et CM6, le retrait de la GLI-F4 ne me fait ni chaud ni froid.
    Mais c’est un avis très personnel 😉
    Uniform 17👮 : https://twitter.com/17Uniform/status/1221402966319673344

    et dont la remplaçante et tout aussi, si ce n’est plus, dangereuse

    Contrairement à la GLI-F4, la GM2L ne contient pas de TNT mais des éléments pyrotechniques sans effet de souffle surement 48 g d’Hexocire, un mélange de cire et d’héxogène (un explosif plus puissant que la TNT).
    https://maintiendelordre.fr/grenade-lacrymogene-gm2l-sae-820

    Beaucoup tombent dans le panneau de l’annonce, et même si le #fact_checking autonome a fort heureusement progressé (c’est surement la meilleure nouvelle de 2019) cette annonce convaincra uniquement celleux à qui elle est adressée : les personnes susceptibles de voter pour LREM mais qui doutaient un peu quand même à force d’infos sanguinolentes...
    Mettons en perspective 3 faits récents pour mieux voir ce qu’il y a à gazer sous les fumées lacrymos :
    1/ des candidats #LREM qui n’osent pas s’afficher car ils se font chahuter : carte des LREM sans étiquette https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1jZx-vCMTIvDgvBSV_vwMtYdyUw9ee1xh&ll=46.962141096506784%2C2.43753 (à relativiser un peu mais pas tant que ça : https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/25/cette-carte-participative-des-candidats-lrem-sans-etiquette-est-elle-fiab )
    2/ la modification de la visualisation des résultats des #Municipales2020 : carte des municipales 2020 : un changement de regle qui risque de modifier la geographie electorale
    /.../ le ministère de l’Intérieur en charge de l’organisation des élections et scrutins en France fait le choix de ne plus prendre en compte la couleur politique des candidats dans les villes de moins de 9 000 habitants (1000 habitants auparavant). /.../ : http://www.chroniques-cartographiques.fr/2020/01/carte-des-municipales-2020-un-changement-de-regle-qui-ris
    (voir aussi la discussion avec @odilon ici https://seenthis.net/messages/821675 )
    3/ panique d’un certain « gratin » sur les conséquences d’une débacle : Macron sommé de réagir sur une note très embarrassante du ministère de la Justice : https://www.huffingtonpost.fr/entry/macron-somme-de-reagir-sur-une-note-tres-embarrassante-pour-le-minist

    J’avais prévu un dimanche de calme et de recueillement... Pas merci Castaner. Cet énième mensonge me touche de trop près pour que je me taise mais... j’espère vraiment qu’on va tou-te-s s’engouffrer dans la pseudo brèche de désescalade dans les #Violences_policières pour te faire tomber de ton estrade.

    Bref, rien de nouveau dans la dégueulasserie politicarde du pouvoir

    #armes #armes_non-létales #armement #maintien_de_l'ordre #guerre_aux_pauvres #enfarinage #infox_ministérielle #Castaner_le_menteur

  • Non, les #grenades offensives n’ont jamais été interdites par l’État français
    https://reflets.info/grenades-offensives-jamais-interdites

    L’arsenal déversé le mardi 15 août par la gendarmerie dans les rues et les champs de Saudron, non loin de Bure (Meuse), a une nouvelle fois montré comment le « maintien de l’ordre » se traduit maintenant […]

    #France #Politique #Société #armes_non-létales #Manifestations #Nucléaire #Police