#atténuation

  • Les refuges climatiques seront utiles s’ils n’oublient pas de faire de la chaleur un objet politique

    Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur en quelques semaines à peine, le concept de refuge climatique, qui s’institutionnalise dans un certain nombre de pays, cristallise les espoirs des citoyens en surchauffe. Il peut s’agir d’une réponse prometteuse, mais uniquement à certaines conditions, notamment de les concevoir et de les déployer en gardant en tête des critères d’accessibilité, d’hospitalité et de justice socioécologique. En bref, d’en faire des objets politiques.
    Notre maison brûle et nous la regardons (enfin) en face. Alors que la France vient de connaître deux séquences caniculaires précoces et intenses, la chaleur semble s’imposer comme un problème public majeur. Le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré par Météo France et une nouvelle vague de chaleur touche désormais une grande partie du pays.

    Le traitement médiatique immédiat de la canicule s’est largement détourné des enjeux de fond, privilégiant des réponses à court terme et individuelles au détriment d’une réflexion collective sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Plan massif de climatisation, mise en cause des scientifiques, légitimation de la débrouille au sein des foyers…

    Ce cadrage tend à occulter une réalité bien documentée : celle des inégalités socioécologiques. L’exposition aux fortes chaleurs, la vulnérabilité face à leurs conséquences et les capacités d’adaptation varient selon les conditions de logement, l’état de santé, les ressources économiques, l’âge ou encore l’accès aux espaces publics. Les enquêtes sociologiques, à commencer par celle d’Eric Klinenberg sur la canicule de Chicago en 1995, montrent aussi que l’isolement social constitue un facteur majeur de surmortalité.

    Contre toute solution hâtive qui pourrait participer d’une maladaptation, les sciences sociales nous invitent à politiser la chaleur, en saisissant la canicule comme un problème social collectif permettant d’articuler les enjeux d’adaptation et ceux d’atténuation.

    Ainsi, ouvrir des refuges climatiques ne suffit pas : encore faut-il que ceux qui en ont besoin les connaissent, puissent s’y sentir à l’aise et s’en saisissent pour construire collectivement les conditions d’un « bien-vivre » dans un monde plus chaud.

    Refuges climatiques : de quoi parle-t-on ?

    Le concept de refuge climatique s’institutionnalise. De Buenos Aires à Bologne, en passant par Porto et Londres, de nombreuses villes l’adoptent pour adapter leur tissu urbain à la crise climatique et protéger leurs habitants de la chaleur.

    Barcelone fait figure de référence, avec un réseau de plusieurs centaines de refuges : écoles, bibliothèques, musées, parcs et jardins, répondant à des critères de confort thermique, d’accessibilité, de repos et d’accès à l’eau.

    Le contour des refuges climatiques varie pourtant d’une ville à l’autre. Certains réseaux privilégient les parcs et jardins, d’autres des équipements climatisés. En réaction, une définition minimale s’esquisse peu à peu dans la littérature scientifique : le refuge climatique conjugue rafraîchissement et hospitalité afin d’offrir un « réconfort thermique » limitant la vulnérabilité face aux aléas climatiques pour tenter de se protéger de l’aléa météorologique.

    Mais faire du confort thermique un enjeu politique suppose de mesurer le stress thermique vécu par les habitants, en tenant compte non seulement de l’îlot de chaleur urbain, mais aussi de l’ombre, de la ventilation, de la morphologie des rues et de la qualité des logements.

    Parce qu’il résulte des interactions entre expériences de chaleur, conditions de logement, ressources socio-économiques et accès aux refuges climatiques, le confort thermique appelle des politiques d’universalisme proportionné, bénéficiant à tous, tout en accordant une attention prioritaire aux plus vulnérables.

    Comment configurer les refuges climatiques ?

    Les villes font face à plusieurs défis. Le premier porte sur les infrastructures : faut-il créer de nouveaux espaces refuges ou bien adapter les services existants ?

    Le choix des techniques de rafraîchissement soulève en outre des enjeux environnementaux et politiques. La climatisation en est l’exemple emblématique : si son rôle dans l’accentuation de l’îlot de chaleur urbain est bien documenté, un usage ciblé reste indispensable pour les publics les plus vulnérables (seniors, enfants, SDF…).

    La recherche souligne aussi la nécessité d’adopter des pratiques architecturales favorisant le confort d’été : matériaux biosourcés, protections solaires (volets, stores) et solutions passives de rafraîchissement, comme les réseaux de froid urbain. Autant de leviers pour concevoir des refuges climatiques et adapter les villes.

    Ainsi, un réseau de refuges climatiques ne se réduit pas à des lieux frais. Ceux-ci doivent aussi proposer des services (eau, wifi, etc.) et être pensés, dès leur conception, comme des espaces d’hospitalité, ce qui suppose une animation et des personnels formés à ces nouveaux usages.

    L’enjeu de l’accessibilité

    La question de l’accessibilité du refuge est un élément clé à intégrer dans une perspective de justice socioécologique.

    - Cette accessibilité est d’abord temporelle : fréquemment, les équipements publics sont fermés lors des pics de chaleurs, et les espaces verts restent inaccessibles aux heures nocturnes les plus fraîches.

    - Elle est également spatiale : ignorer les frontières physiques ou symboliques limitant l’accès à ces infrastructures revient à renforcer les inégalités socioécologiques.

    - Elle est, enfin, territoriale : l’exemple de Bologne, en Italie, montre que les refuges climatiques gagnent à être pensés comme un réseau, relié par des cheminements rafraîchis. En Émilie-Romagne, le projet « Green Cells » s’appuie ainsi sur les coursives historiques ombragées pour rendre ce maillage praticable.

    Une question également culturelle

    Mais le défi à relever est également culturel. Concevoir des refuges climatiques suppose d’abord de les penser comme des lieux d’hospitalité et d’entraide.

    Les recherches montrent que leur conception mérite d’être pensée à partir des quartiers et des communautés concernées afin d’identifier les besoins des habitants et de favoriser leur appropriation. Dès leur conception, l’implication des réseaux de proximité est essentielle, comme à Porto, où le design et localisation des refuges climatiques s’inscrivent dans une méthodologie participative qui tient compte de la connaissance préexistante des lieux par les habitants.

    Autre changement culturel complémentaire : la diffusion d’une culture de rafraîchissement des corps. Au Japon, la démarche « Cool Biz » adapte les normes vestimentaires en été ; à Genève, l’interdiction du travail en extérieur l’après-midi en période de canicule s’accompagne de pédagogie quant aux gestes de rafraîchissement.

    Veut-on vraiment parler de « refuges » climatiques ?

    Le terme de « refuges climatiques » mérite qu’on s’y arrête : il est très largement associé à des représentations liées à la catastrophe, en lien avec les notions de « refuges » et de « réfugiés ». Or, si l’on veut penser ces lieux comme des espaces de solidarité, d’entraide et de soutien, il importe de dépasser cet imaginaire.

    Ils comportent aussi un potentiel effet repoussoir, lié à l’imaginaire néolibéral d’un individu autonome et puissant, peinant à se reconnaître comme vulnérable et interdépendant. Qui souhaite se dire « réfugié » climatique ? Et comment désigner ceux qui le sont réellement ? Les enquêtes montrent que les plus vulnérables, notamment les personnes âgées ou malades, sous-estiment leur propre vulnérabilité tout en l’identifiant plus facilement chez les autres. Faut-il y voir le signe du refus d’un potentiel stigmate associé à cette vulnérabilité ?

    Le choix des mots n’a rien de neutre au moment de concevoir des dispositifs d’action publique : faut-il parler de « haltes fraîcheurs », se limiter à la chaleur, intégrer aussi la protection contre le froid en hiver, ou viser plus largement des « lieux du bien vivre » ?

    La qualification retenue oriente les usages auxquels ces espaces sont destinés : simples réponses à une crise ou lieux de solidarité, de convivialité et de délibération sur nos manières d’habiter un monde où de nombreux seuils socioécologiques ont déjà été franchis. Plus qu’un changement de vocabulaire, elle engage un projet politique : faire de ces lieux des espaces où se renforcent les liens socioécologiques et où se construit, à partir des réalités locales, une conception partagée du bien vivre.

    Ainsi, les refuges climatiques ne seront à la hauteur du problème qu’à condition d’être plus que des points frais sur une carte : des lieux accessibles, intégrés aux pratiques habitantes, capables d’accueillir des publics vulnérables sans les stigmatiser, et de soutenir des apprentissages collectifs face à la crise socioécologique.

    https://theconversation.com/les-refuges-climatiques-seront-utiles-sils-noublient-pas-de-faire-d

    #villes #urbanisme #politique #refuges_climatiques #chaleur #urban_matter #canicule #accessibilité #hospitalité #justice_socioécologique #changement_climatique #atténuation #adaptation #climatisation #vulnérabilité #inégalités #isolement #isolement_social #surmortalité #politisation #politisation_de_la_chaleur #rafraîchissement #fraîcheur #réconfort_thermique #stress_thermique #îlots_de_chaleur #logement #infrastructure #architecture #entraide #corps

  • « S’adapter à un monde invivable n’est pas une option ». Sur l’#IA et l’#enseignement

    Le discours fataliste de l’adaptation à un monde envahi par les intelligences artificielles est un #renoncement aux objectifs émancipateurs du #service_public de l’éducation. On peut le mettre en parallèle avec le discours de l’#adaptation au #changement_climatique qui fait oublier l’objectif prioritaire : son #atténuation.

    C’est un article de plus, un article de trop, un énième éloge de la disruption des pratiques pédagogiques par l’IA. Avec une phrase qui revient à chaque fois que le thème est abordé, que ce soit institutionnellement, médiatiquement, politiquement : « la question n’est plus de savoir s’il faut s’opposer aux IA, mais comment on va #vivre_avec ces outils que les étudiants utilisent dorénavant massivement »

    Ce discours d’un apparent bon sens (on n’arrête pas le progrès) dissimule mal le fait que la question de s’opposer aux IA n’a, en réalité, jamais été politiquement, économiquement posée, comme nous l’avons déjà écrit ici (https://blogs.mediapart.fr/amelie-hart/blog/090225/education-nationale-there-no-ia-alternative) par exemple. De multiples ouvrages, articles, travaux documentaires sont parus et paraissent chaque jour encore pour analyser avec la plus grande précision les mécanismes et les enjeux du développement des IA. Cette abondante production intellectuelle montre bien l’existence d’arguments qui DEVRAIENT être pris au sérieux dans le cadre de la prise de décision politique, par exemple quand il s’agit d’ouvrir massivement la porte aux IA dans les #services_publics en général et celui de l’éducation en particulier. Pourtant, dans une réalité parallèle, de réunions de « concertation » ministérielles en webinaires et autres formations à destination des enseignant·es, il est toujours question d’un débat désormais dépassé – avant d’avoir eu lieu. Il existe un « phénomène », présent dans nos vies comme la pluie ou le soleil, on n’y peut rien, pas plus qu’on ne peut agir sur la météo, ou le climat… Ah bon, vraiment ?

    IA et #climat : un même renoncement

    Ce discours de la #fatalité rappelle la manière dont sont pris en compte aujourd’hui les enjeux du changement climatique et de ses conséquences dramatiques pour l’humanité. Les pouvoirs publics main dans la main avec les intérêts économiques capitalistes ne veulent plus réfléchir aux moyens de freiner le réchauffement global et l’effondrement du vivant (si tant est qu’ils aient un jour été sincères dans leur volonté de s’attaquer aux causes de ces deux problèmes). Il ne s’agit plus que de « s’adapter », dans une logique techno-solutionniste mortifère.

    Le discours de l’adaptation est un discours de renoncement à la lutte, un discours de #lâcheté. En tant qu’enseignant·es, du primaire jusqu’au supérieur, notre devoir moral envers les enfants, adolescent·es et jeunes adultes que nous formons n’est pas de les préparer à construire leur vie sur une planète rendue invivable par notre inaction, en « s’adaptant ». Pas plus qu’il n’est de les former à un monde totalement envahi par les intelligences artificielles, en particulier génératives. Notre devoir moral est de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ATTÉNUER de toute urgence le dérèglement climatique, le frein au développement tous azimuts des IA jouant d’ailleurs un rôle dans cette atténuation.

    La #consommation contre l’#émancipation

    Il est curieux que dans un monde éducatif qui se montre, heureusement, capable de s’opposer – au moins dans les programmes officiels et valeurs revendiquées – au monde tel qu’il semble aller de soi, inégalitaire, violent, machiste etc., on renonce à toute ambition émancipatrice dès qu’il s’agit d’évolutions technologiques. Même en matière d’éducation aux enjeux environnementaux et climatiques il existe des contenus, des pratiques, des formations, des projets qui tentent de faire des jeunes des acteurs et actrices d’une autre trajectoire pour la planète. En matière de formation et d’éducation au numérique en général et à l’intelligence artificielle en particulier il n’existe que le fatalisme, et le consumérisme : comment s’emparer de telle ou telle nouveauté à l’intérêt pédagogique incontesté proposée par des industriels désintéressés ? Le tout s’accompagnant d’hypocrites dénégations : bien sûr qu’il ne faut pas réfléchir à partir de l’outil, en s’obligeant à l’utiliser parce qu’il existe, mais bien à partir des besoins identifiés par les professionnel·les… Mais qui avait ressenti le besoin des IA génératives généreusement mises à disposition par OpenAI, Meta, Google etc avant qu’elles n’existent par la grâce de stratégies industrielles aux objectifs assez peu pédagogiques, on en conviendra ? Qu’importe, désormais vous apprendrez de l’école à l’université à quel point le monde ne peut se passer ces outils, et vous non plus.

    Il est urgent que le monde se défasse le plus vite et le plus largement possible de tout ce qui contribue à maintenir, a fortiori à augmenter la production de gaz à effet de serre. Il est urgent d’apprendre à se passer des IA, surtout des IA génératives, avant que nous en ayons été rendus dépendant·es, comme nous le sommes des énergies fossiles. Un enseignement émancipateur tel que, espérons-le, la majorité des professeur·es du service public le conçoit, doit libérer les esprits du fatalisme et encourager à l’#action, voire à la #lutte.

    S’adapter à un monde invivable n’est pas une option.

    https://academia.hypotheses.org/62113
    #AI #intelligence_artificielle #ESR #dépendance

  • Changement climatique : le temps de l’action - Ingenius
    https://ingenius.ecoledesponts.fr/articles/attenuation-du-changement-climatique-le-temps-de-laction

    Atténuation du changement climatique : le temps de l’action

    3000 pages, plus de 18 000 articles académiques évalués, 278 auteurs principaux et des milliers de contributeurs, le rapport du GIEC, paru en avril dernier, représente la somme la plus à jour des connaissances scientifiques sur l’atténuation [1] du changement climatique. Si vous n’avez pas le temps de vous plonger dans ce rapport foisonnant, voici ses principaux messages en quelques lignes, en espérant qu’elles vous donneront envie d’aller plus loin…

    #climat #atténuation #résumé

  • Au Canada, une société veut capturer le CO2 pour en faire du combustible

    http://www.lemonde.fr/climat/article/2016/04/27/au-canada-une-societe-veut-capturer-le-co2-pour-en-faire-du-combustible_4909

    L’air semble si pur sur la route côtière, sinueuse, qui mène de North-Vancouver à Whistler, en Colombie-Britannique. A mi-chemin, le village de Squamish est niché au fond d’une large baie, encadrée de sommets enneigés. Passé le yacht-club, un chemin se faufile entre le terrain d’une compagnie forestière et le terminal portuaire. Carbon Engineering a posé ses pénates juste avant la plage : le hangar et les quelques installations extérieures de son unité pilote réussissent déjà, après moins d’un an, à retirer de l’air ambiant 1 tonne de CO2 par jour, l’équivalent d’un vol Paris-New York aller-retour pour un passager.

    Plus de 90 millions de tonnes de CO2 sont émises chaque jour dans le monde. La petite société de Calgary (Alberta), dont le projet a été financé – entre autres – par Bill Gates, figure parmi les onze finalistes du prix Virgin Earth, récompensant les meilleures solutions d’élimination des gaz à effet de serre. Elle a de grandes ambitions : « aspirer » directement de l’atmosphère, d’ici à 2020, 1 million de tonnes de CO2 par an et le recycler pour produire 400 millions de litres de carburant synthétique, principalement pour le transport lourd (avions, camions, camionnettes…) avec de bons revenus à la clé, incluant la vente de crédits carbone.

    « La machine du progrès est en marche »

    Dans l’éventail des mesures de lutte contre les changements climatiques, celle-ci aurait l’avantage d’être facile à mettre en place, n’importe où, à grande échelle et à coûts raisonnables, affirme Geoffrey Holmes. Le directeur du développement de Carbon Engineering fait le constat qu’il sera « encore pour longtemps difficile de contrôler à la source les émissions de gaz à effet de serre qui ne proviennent pas de grandes industries polluantes mais du transport, de l’agriculture... » Autant, ajoute-il, capter ce carbone dans l’air, mais sans l’emprisonner sous terre, comme le font les unités de captage de carbone existantes.

    De nombreux scientifiques sont aussi convaincus que le retrait massif de CO2 dans l’atmosphère sera nécessaire. Ce que fait Carbon Engineering est « un premier pas démontrant que la machine du progrès est en marche », estime Klaus Lackner, directeur du Center for Negative Carbon Emissions de l’université d’Arizona. Et Alan Robock, professeur en climatologie à l’université Rutgers du New Jersey, voit d’un bon œil le projet canadien : « C’est l’une des premières tentatives pour capter le carbone dans l’air et l’utiliser pour faire un nouveau produit plutôt que l’enfouir. J’espère que de tels projets se développeront à grande échelle », déclare-t-il, tout en craignant que les coûts actuels, élevés, refrènent les ardeurs. Expert de l’atmosphère à la Carnegie Institution for Science de Stanford, Ken Caldeira s’interroge aussi sur la « viabilité commerciale du projet, expérimental pour l’instant ».

    Carbon Engineering a, en tout cas, déjà commencé à recycler le CO2 capté pour produire un carburant synthétique. Elle n’a pour l’heure que deux concurrents (le californien Global Thermostat et le suisse Climeworks) mais affirme « avoir une meilleure technologie ».

    Dans la cour de l’unité-pilote, qui a coûté 7 millions d’euros, trône la pièce majeure du système. Le contacteur est une boîte de 4 mètres de côté, dont 2 mètres d’entrées d’air, avec un gros ventilateur au-dessus. « Son design est celui d’une tour de refroidissement », souligne l’ingénieur chimiste Kevin Nold. Ici s’arrête la comparaison : au lieu d’eau chaude, le système utilise une solution d’hydroxyde de sodium ou potassium qui absorbe les trois quarts du dioxyde de carbone aspiré. Son prototype a été développé par David Keith, professeur de physique à l’université de Calgary qui a créé l’entreprise. Aujourd’hui enseignant à Harvard, il a été sacré « héros de l’environnement » par le magazine Time pour ses travaux sur les changements climatiques.

    Objectif : capter 100 000 tonnes de CO2 par an

    Du contacteur, le gaz carbonique est transféré dans le hangar adjacent pour être soumis à différentes réactions chimiques. A l’état de solide, il forme des boulettes beiges, comme de gros grains de sable. Avec 1 tonne de CO2 capté, on obtient 2 tonnes de boulettes. L’idée est de
    valoriser le produit. « L’unité-pilote a démontré qu’on peut capter le carbone, puis en chauffant les boulettes à 900 degrés Celsius, obtenir par réaction avec de l’hydrogène un combustible synthétique », note M. Holmes.

    La société a déjà récolté 7 millions d’euros d’investissements privés et autant de subventions publiques. Fin 2016, elle prévoit de se doter de son unité de production de carburant synthétique. « Le plan est de sortir un baril par jour avant d’entamer la vraie phase commerciale, souligne M. Holmes. Dès 2018, nous aurons une usine de captage de carbone et de recyclage en carburant. » Objectif : capter 100 000 tonnes de CO2 par an et produire 40 millions de litres de carburant pouvant alimenter en essence 25 000 véhicules par an. Puis multiplier par dix les volumes captés et le carburant produit.

    Sa mise en marché rapporterait 28 millions d’euros par an, à 1 dollar le litre de carburant. Sans compter les revenus tirés de la vente de crédits carbone. A 84 euros la tonne, 100 000 tonnes de CO2 retirées de
    l’atmosphère donneraient droit à 8,4 millions d’euros. « A terme, on pourra capturer dix fois plus de CO2 avec une seule unité, estime M. Holmes. Imaginez si l’on commence à en installer partout sur
    la planète ! »