• « Pour sortir de l’imaginaire #touristique, il faut revaloriser la vie quotidienne » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/210826/pour-sortir-de-l-imaginaire-touristique-il-faut-revaloriser-la-vie-quotidi

    Le tourisme a-t-il seulement encore un avenir ? En partie responsable de la #crise_climatique, il est aussi la victime de ses effets, des grands feux à l’assèchement des ressources. Pourtant, notre société a du mal à renoncer à l’appel du #voyage et des vacances ailleurs, explique l’essayiste #Aude_Vidal.

    #tourisme

  • Le Problème à trois corps du capitalisme
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-Probleme-a-trois-corps-du-capitalisme

    La force du livre de Godin est de montrer que le changement de paradigme en cours et la faillite du néolibéralisme sont des nécessités, plutôt que le résultat de volontés très malignes. Il des airs de déjà-vu, une phase du capitalisme que l’historien de l’économie Arnaud Orain nomme « capitalisme de la finitude ». Godin l’appelle « capitalisme d’État d’urgence », une hybridation accrue entre intérêts de l’État et du capital, la dimension martiale en plus et l’état de droit en moins. Pour préserver le taux de profit, il reste à entrer en guerre pour les ressources et les marchés. À ce capitalisme-là, il n’y a pas d’autre alternative que d’en finir avec le régime d’accumulation car « ce qui gouverne est une force irrésistible qui, si l’on ne rejette pas sa domination, finira par emporter tout sur son passage ». Pour avoir la moindre chance de répondre sérieusement à cette articulation de crises, il faut cesser de naturaliser le capitalisme et envisager son dépassement, pas seulement son aménagement ou la défense de quelques acquis, minuscules victoires qui préservent le principal ou sont vite rattrapées par le problème à trois corps.

    #capitalisme #anti-capitalisme #livre #recension #Romaric_Godin #Aude_Vidal

  • La climatisation pour tou·tes ? - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/La-climatisation-pour-tou-tes

    Et quand il fait trop chaud, je rumine aussi ces questions : pourquoi presque toutes ces voitures ont la clim alors que peu de bus et de métros en sont équipés ? N’est-il pas aberrant d’utiliser de l’énergie pour rafraîchir 1,2 personne par bagnole tandis que des centaines s’entassent dans des wagons étouffants alors que, par civisme ou contrainte, elles utilisent un moyen de déplacement plus vertueux ? Comment peut-on désavantager ainsi les usagèr·es du bus et du RER alors que la dépendance automobile tue autant de gens chaque année, directement ou par la mauvaise qualité de l’air, nous rend si vulnérables à une crise énergétique et a une si grande part dans le changement climatique ?

    #climatisation #écologie #Aude_Vidal

  • Quels futurs pour les « alternatives » écolo ?
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Quels-futurs-pour-les-alternatives-ecolo

    La vision d’un changement de société qui passe par une somme de changements individuels s’expliquerait rationnellement par des mécanismes de diffusion des idées, des modes de vie, un changement de culture fondé sur des exemples désirables. Mais elle puise également ses racines dans une vision un peu magique qui nous vient des sociétés dont l’ontologie procède par analogisme, comme ce fut longtemps le cas dans les sociétés occidentales (voir ici pour une explication rapide des quatre ontologies de l’anthropologue Philippe Descola). Le microcosme résonne avec le macrocosme. Les princes indianisés construisaient des villes au plan régulier pour apporter de l’ordre dans le monde, comme aujourd’hui les jardinier·es en permaculture influencent le macrocosme en cultivant leurs mandala (un petit monde qui représente le plus grand monde, l’échelle varie mais l’objet est au fond le même et en soignant l’un on soigne aussi l’autre). La surestimation de l’influence des comportements individuels sur l’ordre du monde a une très longue histoire.

    […]

    Sans les dénigrer entièrement, l’Atelier paysan a remis les « alternatives » à leur place, celle d’expérimentations, d’exemples du caractère réaliste des propositions écologistes, d’initiatives qui permettent de travailler les retours d’expérience pour renforcer un projet politique. L’éducation populaire, la diffusion des constats et des propositions, la montée en compétences des militant·es comme du plus grand public sont un autre levier pour espérer provoquer un changement social. Le dernier enfin est le rapport de force, les luttes politiques. Les trois leviers se nourrissent l’un de l’autre. Les « alternatives » donnent une idée des futurs désirables, avec l’éducation populaire elles mobilisent les forces de progrès social qui doivent peser dans les luttes.

    #alternatives #écologie #rapport_de_force #Aude_Vidal

  • Sobres pour la révolution - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Sobres-pour-la-revolution

    Certainement mais la révolution ne se fera pas dans une telle dépendance à l’alcool, il semble donc qu’il faille dès maintenant en libérer les travailleurs pour ouvrir des horizons politiques. Mais là encore, la question n’est pas si simple car de quels outils collectifs se doter pour s’attaquer à un fait culturel aussi implanté dans la vie quotidienne ? Les anarchistes individualistes parient sur un changement culturel et réinventent les modes de vie mais ils peinent à convaincre leurs contemporains des mérites d’une vie végétarienne et sans alcool. C’est une autre question qui divise : modération ou sobriété complète, l’alcool est-il acceptable à petites doses ?

    Au-delà du contexte français, des expériences de prohibition ont été menées dans divers contextes (impérial, bourgeois, soviétique) et les anarchistes ont écrit dessus, la plupart étant sceptiques sur l’intervention de l’État, son efficacité douteuse et au fond son hypocrisie car l’alcool a toujours été disponible pour les classes dominantes. La Commune et la République espagnole ont été moins frontales pour divertir la classe ouvrière de l’alcool et la seconde s’est heurtée à l’importance du vignoble dans le paysage agricole et à la difficulté à se priver de cette production alors que l’aliment manquait. Dans les régions aujourd’hui tenues par les néo-zapatistes, ce sont les femmes qui défendent la prohibition (mise en œuvre avec sévérité mais sans coercition) dans l’objectif principal de se protéger des violences de genre dues à l’ébriété, une décision cohérente avec les objectifs militaires du mouvement. (On apprendra au passage que Pancho Villa était abstème et aimait beaucoup le milk-shake aux fraises.)

    #anarchisme #alcool #histoire #recension #livre #Mathieu_Léonard #Aude_Vidal

  • Des électeurs ordinaires - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Des-electeurs-ordinaires

    La détermination de Faury à comprendre les ressorts du vote RN et à donner la parole à des personnes racistes peut choquer mais préfère-t-on l’ignorance ? Depuis des années, ce qui me choque, c’est plutôt le mépris avec lequel sont traités les gens qui votent FN ou RN. Entendu, ce sont des idées moisies, violentes et bêtes, mais traiter comme des pestiférés les gens qui les soutiennent, est-ce si malin, quand on n’a pas la baguette magique pour les déporter en masse sur la Lune et vivre entre nous, entre gens bien ? Est-ce si malin de ne penser le dialogue avec elles et eux que sous la forme de leçons de morale impossibles à recevoir, surtout quand on considère les riantes perspectives qu’offre la gauche, les trahisons à intervalle régulier du PS, l’incapacité des écolos à envisager la question sociale et le grand-guignol de LFI ? Mépriser sans s’y intéresser l’électorat RN, c’est une bonne conscience en toc, qui interdit de comprendre le continuum qui va de la droite à l’extrême droite et de lutter contre les deux avec des armes un peu opérantes. Lire Faury, c’est comprendre que beaucoup de nos arguments ne marchent pas devant une personne qui vote RN. Et c’est nous obliger à en chercher d’autres.

    #livre #recension #Félicien_Faury #RN #racisme #sociologie #élection #Aude_Vidal

  • Le Triomphe des égoïsmes - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-Triomphe-des-egoismes

    Peugny décrit bien les conditions matérielles de la lutte des places et l’importance des stratégies individuelles dans un monde social plus dur et compétitif mais ce n’est que dans le deuxième chapitre et la conclusion qu’il répond véritablement à Tiberj.

    Dans « Le virage à droite des classes moyennes supérieures » (allusion au « virage à gauche » qui s’était opéré dans les classes les plus aisées à la fin des années 1970), il analyse les attitudes des Français·es vis-à-vis des politiques de redistribution. Selon lui, les données manquent pour établir avec Tiberj que les demandes de redistribution se maintiennent dans le temps et si les conclusions de politiste sont crédibles, c’est seulement sur les questions sociétales. Et de fait, Peugny a lui aussi peu de matière, par exemple il exploite les questions sur le mérite individuel ou la redistribution directe (à travers des aides à la personne) et montre ainsi que la société s’est grandement droitisée. Enfin, le mouvement vient surtout des classes les plus prescriptrices, celles qui votent le plus, les CSP+. Pire, ce sont les cadres du secteur public qui se sont le plus vite (vingt points en vingt ans) converti·es aux idées moisies selon lesquelles l’État ne devrait pas entretenir la paresse des personnes sans emploi ou on doit sa position sociale avant tout à son mérite (alors que tant de travaux, comme ceux de Peugny, montrent que la position sociale des parents est déterminante dans la plupart des cas (3)). Mais j’aurais aimé que l’auteur abordât la question de la redistribution indirecte. Car si la redistribution directe coince (et encore, pas tout le temps, voir le consensus contre les réformes des retraites de 2019 et 2023), la demande de services publics me semble néanmoins toujours forte et il s’agit d’une forme de redistribution. Ces derniers temps les analyses sur l’électorat RN sont nombreuses et celles dont j’ai connaissance montrent que si la critique des « parasites » est assez commune en leur sein, elle ne se porte pas contre les services publics, qui restent toujours largement plébiscités hors des libertariens purs et durs. C’est un bon point de levier.

    […]

    Alors, Peugny ou Tiberj pour nous aider à penser cette situation ? Les deux, et on aimerait assister à leurs échanges.

    #politique #France #droitisation #Vincent_Tiberj #Camille_Peugny #débat #recension #livre #sociologie #gauche #droite #Aude_Vidal

  • Des lobbys au comptoir - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Des-lobbys-au-comptoir

    Les lobbys opèrent donc ce que les auteurs appellent un recadrage du débat, c’est à dire une translation des termes du débat de « est-ce que l’alcool est bon pour la santé ? non » à « le vin, c’est aussi une culture et des terroirs à défendre » et là d’autres acteurs (élu·es de régions viticoles, chercheurs en sciences sociales, médias plutôt marqués à droite) peuvent s’engouffrer dans le débat et conspuer le « lobby médical » (les auteurs notent le retournement du stigmate du lobbying alors que les agences et asso de santé publiques œuvrent pour le bien commun avec des budgets bien moindres que les associations de filières, Vin et Société, Brasseurs de France et autres). Benamouzig et Muñoz donnent deux exemples de recadrage dans le dernier chapitre, co-écrit avec Félix Viaud. En 2015, le lobby de l’alcool, avec à sa tête celui du vin, s’attaque à l’interdiction de publicité pour l’alcool dans certains espaces dont l’affichage public. Si la fiscalité est bien différente d’un type d’alcool à l’autre, plutôt aimable avec les vins tranquilles (non-mousseux) et sévère avec les spiritueux, l’activisme du lobby du vin permet d’ouvrir des portes pour le reste de l’industrie. Suite à la mobilisation d’élu·es de régions viticoles, du jeune-vieux ministre de l’économie et du président de la République, le lobby du vin obtient sous prétexte de promotion de l’œnotourisme et de défense d’une viticulture fragile, au cœur des territoires et de l’art de vivre français, une mesure transpartisane (alors que la gauche est majoritaire, rappelons cet énième sacrifice par François Hollande de nos vies au capital). Aujourd’hui les publicités pour l’alcool dans la rue ne sont pas spécialement patrimoniales (voir ci-dessus une pub qui moque cet angle, en théorie le seul autorisé) et de la loi Évin il ne reste que quelques lambeaux comme l’interdiction de représenter des personnes en train de consommer (les personnages des publicités sont barmen, sommelières ou vigneron·nes).

    #livre #recension #alcool #lobby #France #sociologie #Daniel_Benamouzig #Joan_Cortinas_Muñoz #Aude_Vidal

  • Faut-il rire de l’extrême droite ? - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Faut-il-rire-de-l-extreme-droite

    Ce qui m’interroge, c’est le temps que nous passons à réagir au spectacle affligeant des surenchères fascistes, c’est cette attention peut-être excessive à scruter leurs paroles et leurs prochaines sorties. Ne suis-je pas fascinée par l’« inondation de la zone » théorisée par Steve Bannon, inspiration de Trump lors de son premier mandat ? C’est la question que se posent toutes les personnes gourmandes d’actualité, qui aiment savoir ce qui se passe dans le monde. J’en fais partie, même si je m’intéresse moins à l’actualité chaude qu’à tout ce qui l’explique dans notre histoire très récente. Mais à quoi bon m’infliger tout ça ?

    […]

    Cela m’entraîne vers une deuxième objection devant l’idée de rire de l’extrême droite. Comme beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux (la télé des gens pressés mais qui vont y perdre à peu près autant de temps chaque jour), j’ai rigolé en voyant Roselyne Bachelot moquer le manque de répartie de Jordan Bardella

    […]

    Hélas la scène entre Bachelot et Bardella ressemblait plutôt à une pharmacienne, ministre sous Chirac, Sarkozy et Macron dont elle a joué la caution humaniste, aujourd’hui abonnée des plateaux télé et radio où elle trimbale son aisance bourgeoise, qui se moquait (sans non plus faire preuve de trop d’esprit) d’un petit-fils de classe ouvrière exilée n’ayant pas brillé à la fac, représentant d’un parti qui piaffe aux portes du pouvoir depuis dix ans (4). Je n’ai aucune complaisance pour Bardella, je ne vais pas pleurer car il n’a pas de métier (dans tous les sens du terme) ou parce qu’il manque d’intelligence et de répartie. J’ai même bien ricané en me passant la vidéo une deuxième fois. Mais la scène m’interroge.

    […]

    On se le dit pourtant, qu’il faudrait aller vers les gens, ouvrir des espaces où on peut discuter sereinement, retisser des liens de voisinage abîmés, que c’est notre seule chance devant l’étau entre néolibéralisme et fascisme. Mais à la moindre occasion de prouver sa haute valeur en se moquant de l’autre, le sarcasme fuse là où on avait dit qu’on ferait de l’éduc pop, qu’on s’appuierait les un·es sur les autres pour comprendre et grandir.

    #rire #humour #sarcasme #éducation_populaire #mépris_de_classe #débat #Aude_Vidal

  • Contre la ville durable - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Contre-la-ville-durable

    La ville durable est opposée dans les discours de ses promoteurs (élu·es, technicien·nes et promoteurs immobiliers) aux grands ensembles, accusés d’être en soi peu écologiques (1) ou bien des ghettos (une contre-vérité communément acceptée). Mais la véritable différence entre les deux modèles est d’ordre économique. « Dans l’urbanisme (keynésien) de la demande, les collectivités territoriales étaient les clientes : elles mettaient en concurrence les groupements pour réaliser les opérations d’urbanisme ou d’architecture dont elles avaient établi le cahier des charges, en principe pour répondre aux besoins de leur population. Dans l’urbanisme (néolibéral) de l’offre, ce sont les territoires qui sont en concurrence pour attirer les investisseurs et les promoteurs en leur faisant miroiter les avantages de leur territoire ou de leur réserve foncière en leur expliquant comment il sera possible d’y générer un maximum de profits. »

    La ville durable est attractive ou n’est pas. Au fond c’est une suite de projets immobiliers qui s’inscrivent dans l’économie capitaliste et contribuent à l’image positive du territoire en déployant un imaginaire désirable pour les classes qui la conçoivent, la mettent en œuvre ou font le choix d’y habiter. Elle ainsi « devenue l’une des incarnations urbaines du néolibéralisme, entre partenariats public-privé, course à l’attractivité territoriale et gouvernement (plus ou moins à distance) des conduites ». Ces petites poches de vertu faciles à marketer cohabitent avec d’autres formes urbaines as usual (centres commerciaux, parkings, voies rapides encore en construction aujourd’hui) beaucoup moins soutenables. En vertu de quoi les habitant·es des écoquartiers ne sont pas moins motorisé·es que les autres, soit qu’ils et elles y soient contraint·es par l’organisation de l’espace urbain, dans le cas des plus pauvres, locataires du parc social, soit qu’ils et elles aient les moyens de se payer à la fois une place de parking et des véhicules électriques (subventionnés), l’un lourd, la voiture, et l’autre léger, le vélo-cargo. Les voitures n’ont pas disparu de l’espace public, leur place a simplement été mieux encadrée et le parking est privé et souterrain.

    #urbanisme #ville #urban_matters #ville_durable #recension #Aude_Vidal #Matthieu_Adam

  • Analyse comparative et retour d’expérience sur l’autodétermination :

    Peut-on autodéterminer sa race ? - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Peut-on-autodeterminer-sa-race

    Peut-on autodéterminer son genre ? - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Peut-on-autodeterminer-son-genre

    #Aude_Vidal #autodétermination #race #genre #fait_social #libéralisme

  • Le Désir de nouveautés - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-Desir-de-nouveautes

    La philosophe Jeanne Guien, engagée dans des mouvements écologistes et critiques du consumérisme, prend de nouveau au sérieux, après Le Consumérisme à travers ses objets et Une histoire des produits menstruels (tous deux publiés aux éditions Divergence), l’histoire des objets. Cette fois elle analyse la néophilie, ou culte de la nouveauté, appliquée aux objets et qui justifie leur production à grands coûts écologiques et humains. L’ouvrage est composé de cinq chapitres : le premier sur la circulation et la production de marchandises coloniales, le deuxième sur l’innovation technique, le troisième sur la mode vestimentaire, le quatrième sur l’invention du consumérisme et le dernier enfin sur les produits jetables. Dans chacun d’eux, la philosophe se fait historienne pour tenter de comprendre comment la nouveauté s’est imposée au monde. Je retiens de ces chapitres thématiques plusieurs idées.

    […]

    Guien montre la capacité de l’industrie à modifier notre environnement (matériel ou psychique) pour nous vendre du nouveau. Elle donne l’exemple de produits perçus comme « pratiques » et dont la production répondrait à une demande préexistante. Leur adoption est pourtant loin d’être garantie. L’industrie travaille alors à créer le contexte dans lequel cet objet pourrait être considéré comme pratique. Dans le cas des produits jetables : « Un produit jetable n’est "pratique" que là où il existe des structures et des modèles organisationnels permettant de jeter facilement à tout moment. » Des poubelles, par exemple, un système de collecte et de traitement des déchets… Sans ça, il est plus « pratique » d’entretenir les objets, de les laver, réutiliser, réparer, etc.

    […]

    La volonté de faire consommer plus pour assurer des débouchés à la surproduction industrielle s’est accomplie aux dépens d’un autre modèle de société où chacun·e pourrait travailler moins et garder du temps pour ses autres activités (politiques, de care, de subsistance, etc.). Elle a servi des intérêts particuliers à une époque où les ressources naturelles pouvaient être présentées comme illimitées : « Je ne vois pas du tout pourquoi des matériaux qui sont remplaçables à l’infini ne pourraient pas être "gaspillés" de manière créative », dit ainsi la publicitaire Christine Frederick dans les années 1930. Outre que les nuisances environnementales de l’industrie ont été combattues de longue date (voir L’Apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz) et n’ont pas été découvertes dans les années 1970, les impacts sociaux étaient encore moins mystérieux et on ne pouvait alors que feindre d’ignorer la souffrance des classes laborieuses qui produisaient ces objets, quand bien mêmes elles étaient éloignées et altérisées par le mépris de classe ou par le fait colonial.

    #Jeanne_Guien #recension #livre #Aude_Vidal #nouveauté #innovation #critique_techno #anti-industriel #capitalisme

  • Trois articles « phares » concernant notre temps où « de noirs tempêtes font rien qu’à agiter les airs » et c’est dans le Blog de l’écologie politique, par #Aude_Vidal :

    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Reductio-ad-generationem

    Les yeux de Chimène de la bourgeoisie pour « la nouvelle génération » ressemblent férocement à de la complaisance pour ses propres gosses. Au mépris parfois de la réalité. La « génération climat » est aussi celle qui s’est habituée à voir l’Europe à 50 € l’aller dans les publicités des avionneurs, elle n’a jamais vécu sans smartphone et c’est celle qui consomme le plus de viande (5). Des caractéristiques qui compliquent fortement la descente énergétique. Pourtant, l’optimisme est à son comble et des idées se sont imposées au sujet de cette génération comme le fait que grâce à elle le genre (ce rapport social entre classes d’hommes et des femmes) serait bientôt une notion dépassée car les garçons aujourd’hui se vernissent les ongles en violet. Et ça va tout changer. C’est bien une vue de l’esprit et une grande méconnaissance du reste de la société car pendant ce temps le sexisme progresse globalement dans les classes d’âge les plus jeunes, au point de normaliser les violences sexuelles et le travail domestique gratuit des femmes. On se regardait le nombril, on se félicitait de voir la fille d’Apolline assumer à 16 ans d’être lesbienne ou le·a gosse de Louise et Thomas être en trouple avec deux adelphes mais pendant ce temps, les gamines de prolos avaient pour modèle des femmes soumises aux diktats de la beauté, de la bonne tenue de leur ménage et/ou du registre de la sexualité pornographique. Surprise ! Et gueule de bois car ça pourrait nous retomber sur la gueule, le jour hypothétique où le Planning familial pourrait éventuellement voir dans certaines régions ses subventions rognées ou coupées, les gamines de classe populaire étant encore une fois au premier rang des personnes lésées.

    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Lessivee

    C’est dans les années 1990 que j’ai découvert Alison Bechdel et ses lesbiennes à suivre (dykes to watch out for) à la bibliothèque municipale, dans des petits recueils à l’italienne qui reprenaient ses strips pour des magazines états-uniens alternatifs. Depuis, Bechdel a connu le succès avec Fun Home, une autobiographie sur son enfance qui fait la part belle à son père, prof de lettres et entrepreneur de pompes funèbres (le funeral home du titre). Elle a enchaîné avec C’est toi ma maman ? qui explore cette fois la relation avec sa mère puis Le Secret de la force surhumaine qui rend compte de son addiction au sport, de l’enfance jusqu’à sa vie actuelle dans le Vermont rural (l’État très au nord et très à gauche de Bernie Sanders) avec sa compagne artiste Holly. C’est dans ce cadre-là qu’elle place un nouvel opus autobiographique qui a la volonté d’être aussi une réflexion politique en explorant les questions économiques.

    Et n°3, à propos de #violences_politiques aux États-Unis.

    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-choix-de-ses-martyrs

    Les deux assassinats montrent l’ambiguïté de nos sociétés face à la violence politique, tantôt acceptable, tantôt inquiétante et condamnable, qu’elle touche des opposant·es ou des allié·es, que l’on soit minoritaire ou majoritaire. Vaste question, sur laquelle je suis moi aussi traversée d’idées et d’affects contradictoires. Pour nous en tenir à ces deux seuls actes, leur réception offre des contrastes inquiétants (2). Mais les deux ont en commun d’être le mode d’expression d’hommes blancs en échec, qui connaissent des difficultés sociales et/ou psychiques et agissent seuls.

  • Dévorer le monde. #Voyage, #capitalisme et #domination

    À l’heure où les déplacements contrariés (guerres, épidémies), les réalités économiques et les désastres environnementaux nous obligent à reconsidérer nos manières de voyager, Aude Vidal pointe notre grande #ambivalence à ce sujet et les dégâts écologiques, culturels et sociaux que nous causons, à l’étranger comme en France, quand nous satisfaisons notre « #besoin_d’ailleurs ».
    Si penser le #tourisme et le #voyage modernes, c’est penser une « #économie_du_surplus » qui privilégie les #désirs des uns aux dépens des #besoins des autres, c’est aussi s’attaquer aux #inégalités qui minent nos sociétés et à celles qui continuent de croître entre les sociétés.

    https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/d%C3%A9vorer-le-monde-9782228936538
    #livre #Aude_Vidal #voyages
    –-
    @rastapopoulos en parle ici :
    https://seenthis.net/messages/1071845

  • Les Irresponsables - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Les-Irresponsables

    « Comme on le sait, Hitler a été élu démocratiquement », lisais-je il y a quelques jours à peine dans un article par ailleurs très fin sur la montée du fascisme. Voilà un topos auquel on espère échapper maintenant que l’historien Johann Chapoutot, une référence sur la période nazie, s’est attaqué aux mois qui ont précédé l’accession au pouvoir de Hitler.

    #recension #livre #Johann_Chapoutot #Aude_Vidal #nazi #Hitler #démocratie #élection #Allemagne #Histoire

    • Merci d’attirer l’attention vers un livre qui en finit avec le mensonge qu’on nous a enseigné dès l’école primaire. On ne le répète jamais assez souvent : Hilter n’a pas été élu démocratiquement. Il n’a même pas été élu du tout mais nommé par le représentant de la fraction la plus réactionnaire des riches, les Junker propriétaires de grandes terres à l’Est de l’Elbe (ostelbiischer Adel). L’élection qui a consolidé son pouvoir n’a eu lieu qu"après le coup d’état nazi après l’incendie du Reichstag le 27 février 1933 deux moi après la nomination d’Hitler comme Reichskanzler par le président allemand, le général dément Hindenburg.

      A mon avis nos enseignants nous ont enseigné le mythe de l’élection légale d’Hitler afin de se disculper eux-mêmes et toute leur génération qui suivant ce récit n’a pu se rendre compte de ce qui se passait qu’une fois qu’il a été trop tard pour encore s’opposer aux hordes nazies désormais au pouvoir.

      Si ce mythe fait partie des « vérités » enseignées en France aussi c’est sans doute pour éviter de parler des classes sociales qui ont porté au pouvoir les nazis. Il faut bien donner une explication quelconque si on veut embrouiller les faits historiques.

      #Allemagne #nazis #histoire

    • Ici, ce n’est pas ce qui est dans les manuels où le fait qu’il soit nommé est souligné. Mais à simplifier abusivement, ou à régurgiter les cours suivis des décennies plus tôt, dire "Hitler élu" (on l’entend y compris de la part de profs d’histoire "de gauche") épargne pas mal d’efforts. (On peut aussi entendre dans un cours de 3ème sur la Guerre de 14 que la Révolution de 1905 était une sorte de révolution bourgeoise, un peu comme notre 1789).

      Sans être de gauche, on peut aller beaucoup plus loin.

      Non, François Bayrou, Hitler n’a pas vraiment été « élu » avec plus de 90% des voix (2017)
      https://www.liberation.fr/desintox/2017/02/06/non-francois-bayrou-hitler-n-a-pas-vraiment-ete-elu-avec-plus-de-90-des-v

      Sinon, Chapoutot est mentionné ici 19 fois depuis 2020, flux en crue depuis son dernier ouvrage.

      #au_pays_des_lumières_éteintes

    • J’ai souvent lu ou entendu ce mythe des nazis arrivés au pouvoir par les urnes utilisé comme un argument, en période électorale, pour encourager le vote contre le FN/RN. En mode : « allez voter pour faire barrage, souvenez vous qu’en Allemagne etc. »

    • Il serait presque tentant de faire un parallèle avec ce qui se passe actuellement en France et plus généralement en Europe. L’Histoire, la tragédie, la farce, toussa ... Toujours les mêmes enjeux (capitalistes) avec des dynasties de propriétaires (du foncier, de la finance ou de l’appareil de production) qui rechignent à lâcher le bout de gras et s’accrochent comme des morbacs à leurs prérogatives et à leurs « notoriétés ».

    • Je crois que l’intention de Chapoutot est de considérer l’histoire de la montée du nazisme du point de vue contemporain, c’est-à-dire depuis le monde d’aujourd’hui, il s’agit de parler du présent aussi et de ce qui pourrait être évité.

      Aussi, c’est intéressant de démontrer - ou de rappeller car la thèse n’est pas nouvelle - que le nazisme résulte d’un choix de la bourgeosie mais le parti nazi n’était pas rien sur le plan électoral et il me semble, mais je ne suis pas spécialiste, que la gauche - parti communiste stalinisé et soc-dems penchant vers le centre - peinait à s’unir.

      Les travaux de Chapoutot sont brillants. Mais je me demande quelle utilité cela peut avoir face à l’extrême droite, ses moyens, ses soutiens, son électorat, sa façon de falsifier, détourner, inverser, récupérer, ignorer, moquer les faits.

      L’histoire consiste à établir un récit en interrogeant, critiquant et croisant archives, objets, témoignages, sources etc. C’est une méthode d’investigation critique. Mais son usage est souvent politique, en un sens l’histoire est celle de l’État.

      En 1988, Debord commentait :

      On croyait savoir que l’histoire était apparue, en Grèce, avec la démocratie. On peut vérifier qu’elle disparaît du monde avec elle.

      Il faut pourtant ajouter, à cette liste des triomphes du pouvoir, un résultat pour lui négatif : un État, dans la gestion duquel s’installe durablement un grand déficit de connaissances historiques, ne peut plus être conduit stratégiquement.

      Un article du Monde s’alarme des lacunes de l’enseignement de l’histoire de la guerre civile et de la dictature franquiste en Espagne :

      https://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/02/en-espagne-l-ecole-fait-l-impasse-sur-franco_6589695_3210.html

      En France, l’histoire de la guerre d’Algérie est un sujet de grands débats.

      Hier Macron laissait le soin aux historiens de dire si c’était bien un génocide qui se déroulait à Gaza. Il s’indignait mais ne proposait ni sanction contre Israël ni reconnaissance de la Palestine :

      https://www.humanite.fr/monde/bande-de-gaza/sur-la-situation-a-gaza-macron-laisse-aux-historiens-le-soin-de-parler-de-g

  • Questions de classe en milieu militant
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Questions-de-classe-en-milieu-militant

    Aude quelque peu agacée, entre autre, de la recension de son dernier livre par La Décroissance, qui la traite de bourgeoise pour ses voyages alors que au moment de ceux-ci, elle avait 200 par mois de revenus… et que c’est seulement maintenant, des années plus tard, qu’elle vit plus décemment.

    Si on arrête de se mentir, on observera que, dans les milieux militants qui ne s’attachent pas explicitement à faire bouger les quartiers populaires, tout le monde ou presque a du capital, économique ou culturel, que les classes populaires y sont rares et que la bourgeoisie et la petite bourgeoisie y sont surreprésentées. Cette appartenance sociale est peut-être indispensable pour avoir la motivation, le temps, la vision critique du monde nécessaires pour militer (et surtout l’illusion très bourgeoise que sa parole et ses actes ont de l’importance et vont changer la société). Ces formes de capital sont souvent transmises par la famille et les personnes qui ont dû les acquérir sont rares. Les quelques fil·les d’ouvriers ou de femmes de ménage de ces milieux sont de plus invisibilisé·es par les tentatives des autres de faire croire qu’ils et elles viennent de la plèbe. Cela ne les empêche pas de vite se reconnaître entre elles et eux, comme dit un camarade, et de facilement renifler l’imposture des autres.

    […]

    C’est important de parler des privilèges de classe des personnes qui constituent le milieu militant ou ont une parole publique politisée, j’ai déjà fait plusieurs allusions ici à l’auto-détermination de la classe sociale et je suis contente d’enfin faire le point sur cette question. Mais il faudrait faire attention à ne pas tomber dans quelques écueils. Le premier, c’est la démagogie. Une ex-députée me racontait qu’un député de gauche avait réclamé pour les parlementaires une rémunération au Smic alors que nous répétons partout que cette somme ne permet pas de vivre décemment et qui lui-même était propriétaire de son logement (surprise, il avait fait le fameux lycée catho amiénois avec Macron et J’aurais). Elle, divorcée avec trois gosses à charge, qui payait un loyer, trouvait la mesure un brin démago.

    L’autre écueil, c’est d’en faire une question de vertu individuelle. C’est bien de faire son « check ton privilège » comme nous y invite ce journal par ailleurs anti-« woke », mais qu’en fait-on après ? Puisque l’impact écologique est assez lié au revenu, on invite chacun·e à léguer la part au-dessus du Smic de sa rémunération et à imposer à ses gosses des conditions de vie que par ailleurs on dénonce ?

    […]

    Je pense aussi qu’un préalable pour cette discussion est de cultiver la franchise sur notre position sociale et économique. À la sortie d’Égologie, j’ai souvent fait passer ma critique de la petite bourgeoisie écolo-alternative en disant que moi aussi, je me sentais visée, et je pratique la même franchise en présentant Dévorer le monde. J’invite en conséquence à ne pas projeter ses fantasmes sur moi ni produire d’erreurs factuelles. Et j’exige la même franchise de ceux qui dénoncent la bourgeoisie des autres, surtout si (je n’en sais rien) ils sont familiers des cousinades en Cyrillus dans le parc familial chez bonne maman. Un peu de lucidité pourrait nous aider à faire des espaces militants plus accueillants et inclusifs.

    #Aude_Vidal #classes_sociales #privilèges #bourgeoisie #honnêteté #militantisme

  • Confinement : refaire le match - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Confinement-refaire-le-match

    Une petite musique commence à s’imposer à propos de la période : franchement, on a été cons de se laisser confiner. Et de refaire le match en oubliant des petits détails. Le système hospitalier « risquait » la saturation ? Non, il était bien saturé, des tris ont été effectués entre patient·es et des personnes sont mortes chez elles sans soins. Le Monde diplomatique sort une carte des pires pays où passer mars-mai 2020 ? Aucun lien de cause à effet n’est esquissé entre la surmortalité importante et la dureté du confinement, il semble que ce soient simplement deux trucs pénibles alors que le deuxième a dans certains pays été une conséquence du premier. Le confinement ressemble à les entendre à un exercice parfaitement arbitraire de manipulation des foules.

    On a été cons de se laisser confiner ? Parlez pour vous et parlez au présent.

    #santé #confinement #covid #Aude_Vidal #solidarité

  • À propos d’une modeste proposition sur la fin de vie - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/A-propos-d-une-modeste-proposition-sur-la-fin-de-vie

    C’est un deux poids, deux mesures étonnant, dont il est permis de conclure que les attentes du pouvoir dans les deux cas étaient bien différentes. Dans le cas de la préservation des conditions de vie sur une Terre menacée par le chaos climatique, la commande très exigeante (le consensus de cent cinquante personnes issues de milieux très différents) et la mise à la poubelle subséquente témoignent d’un manque de volonté politique certain. L’aide à mourir a semblé quant à elle faire l’objet d’une plus grande complaisance de la part d’un président acharné depuis des années à détruire ce qui reste du système de santé après des décennies de néolibéralisme, d’asphyxie programmée et de formations médicales dispensées au compte-goutte, et qui ce faisant précarise les vies les plus vulnérables. Certes le texte de la convention dit bien la nécessité d’offrir des soins adaptés, y compris palliatifs, à toutes et tous, et des conditions décentes aux personnes malades ou handicapées, pour ne pas faire de la décision de mourir le renoncement à vivre une vie délibérément dégradée par la pauvreté ou le manque d’accès aux soins. Mais la convention n’y peut pas grand-chose si, dans la vraie vie, là où vivent et meurent de vrais gens, l’accès aux dits soins est déjà mal en point et devrait encore empirer sous le coup de nouvelles politiques d’austérité.

    […]

    Dans ce dossier, le philosophe Patrick Marcolini revenait sur les écrits du dernier Foucault, qui prônait sans complexe l’euthanasie en guise de limite à l’augmentation des coûts des soins de santé. Ces situations dans lesquelles on pèse le coût-bénéfice d’une vie et où on décide lesquelles sont surnuméraires et dispensables paraissaient alors une science-fiction riche de questionnements abstraits. Moins de dix ans plus tard, nous y sommes presque. Aussi j’ai souhaité republier ce texte, avec l’accord de son auteur que je remercie, pour ne pas oublier les extrémités auxquelles un libéralisme économique forcené peut nous réduire.

    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Euthanasie-et-neoliberalisme

    #euthanasie #fin_de_vie #mort #débat #Michel_Foucault #Patrick_Marcolini #Aude_Vidal

    • Foucault ne déclarait pas, en 1983, dans « Un système fini face à une demande infinie » (entretien avec R. Bono *), in Sécurité sociale : l’enjeu, Paris, Syros, 1983, pp. 39-63 [repris ultérieurement dans Dits et écrits Tome IV] ce qui lui est attribué mais :

      http://1libertaire.free.fr/MFoucault276.html

      On assiste, à cet égard aussi, à un phénomène important : jusqu’à ce qu’on appelle « la crise » et plus précisément jusqu’à ces butoirs auxquels on se heurte maintenant, j’ai l’impression que l’individu ne se posait guère la question de son rapport avec l’État dans la mesure où ce rapport, compte tenu du mode de fonctionnement des grandes institutions centralisatrices, était fait d’un input -les cotisations qu’il versait - et d’un output - les prestations qui lui étaient servies. Les effets de dépendance étaient surtout sensibles au niveau de l’entourage immédiat.

      Aujourd’hui intervient un problème de limites. Ce qui est en cause, ce n’est plus l’accès égal de tous à la sécurité, mais l’accès infini de chacun à un certain nombre de prestations possibles. On dit aux gens : « Vous ne pouvez pas consommer indéfiniment. » Et quand l’autorité proclame : « À cela vous n’avez plus droit » ; ou bien : « Pour telles opérations vous ne serez plus couverts » ; ou encore : « Vous paierez une part des frais d’hospitalisation » ; et à la limite : « Il ne servirait à rien de prolonger votre vie de trois mois ; on va vous laisser mourir... », alors l’individu s’interroge sur la nature de son rapport à l’État et commence d’éprouver sa dépendance vis-à-vis d’une institution dont il avait mal perçu jusque-là le pouvoir de décision.

      et, plus loin

      Sans compter tous les éléments de réponse à cette question [d’une éventuelle contribution de la Sécurité sociale à une éthique de la personne humaine] apportés dans le courant de cet entretien, je dirai qu’elle y contribue au moins en posant un certain nombre de problèmes, et notamment en posant la question de ce que vaut la vie et de la manière dont on peut affronter la mort.

      L’idée d’un rapprochement entre les individus et les centres de décision devrait impliquer, à titre de conséquence au moins, le droit enfin reconnu à chacun de se tuer quand il voudra dans des conditions décentes... Si je gagnais quelques milliards au Loto, je créerais un institut où les gens qui voudraient mourir viendraient passer un week-end, une semaine ou un mois dans le plaisir, dans la drogue peut-être, pour disparaître ensuite, comme par effacement...

      – [R.B.] Un droit au suicide ?

      – Oui.

      C’est avant cet entretien que l’année 1983 débute avec l’instauration par le gouvernent Beregovoy du "forfait hospitalier".

      Plutôt que de faire de M.F. un acteur de l’esprit des contre réformes, on gagnerait à interroger ce que devient cette dépendance à l’État, par intégration, par exclusion et par marginalisation (pour reprendre les trois catégories de M.F.) avec l’instauration probable de la "loi sur la fin de vie".

      #suicide #assitance_au_suicide #euthanasie #loi_sur_la_fin_de_vie #eugénisme #État

    • Je vais lire cet article mais dès l’ouverture, les propos de Marcolini sont rigoureusement intenables : [M.F.] « le théoricien des résistances, le défenseur des prisonniers, celui qui invoquait hier encore la lutte des classes et la dictature du prolétariat. » ? Wtf, M.F, lorsqu’il s’est référé au(x) marxisme(s) l’a fait de manière distante et critique, il n’a jamais « invoqué la lutte des classe et la dictature du prolétariat ».

      #nawak

  • Sur l’impossibilité de penser la démocratie des autres
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Penser-la-democratie-des-autres

    Il y a huit ans paraissait un ouvrage passionnant, écrit par les chercheurs en science politique Adam Baczko, Gilles Dorronsoro et Arthur Quesnay : Syrie. Anatomie d’une guerre civile (CNRS Éditions, 2016). Tiré d’une recherche de terrain dans un pays en guerre, cet ouvrage consacre quelques chapitres aux premiers temps de la révolution syrienne, en 2011-2012, avant qu’elle ne sombre dans la guerre civile vers 2013. C’est un régime très dur qui est au pouvoir en Syrie en 2011 alors, loin de prendre pour acquis qu’un peuple se soulève dans ces conditions, les auteurs rappellent dans un développement très intéressant le risque pris par les opposant·es d’un État autoritaire où critiques publiques comme manifestations de rue sont interdites. Qu’est-ce qui peut amorcer une révolution ?

    […]

    Le récit de cette révolution réprimée à de quoi faire honte à la plupart d’entre nous en France. Le pays champion de la démocratie et des droits humains n’a pas une vie publique aussi riche que la Syrie de la révolution. Il soutient un gouvernement d’extrême droite à qui sa volonté d’en finir avec l’État de droit avait valu des manifestations monstre en 2023 et qui aujourd’hui réconcilie son monde autour d’un génocide. Il ne cesse de dire qu’il n’est pas raciste et que le problème, c’est plutôt une certaine religion mais juge acceptable qu’on bombarde des églises chrétiennes à partir du moment où les coreligionnaires sont arabes. Arabes aussi, les Syrien·nes qui ont tenu bon pendant deux ans leurs exigences démocratiques mais dont on craindra a priori le pire.

    #Syrie #démocratie #révolution #sciences_sociales #Aude_Vidal

  • Quand le gagnant emporte tout - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Quand-le-gagnant-emporte-tout

    Depuis l’établissement de ce mode de scrutin, 156 grands électeurs se sont ainsi permis de partir avec leur mandat sous le bras et surtout quatre élections ont vu le vote populaire défait par le collège électoral, dont deux depuis 2000. Sans compter les grands électeurs qui font défection, il est possible d’emporter l’élection présidentielle du pays le plus puissant du monde avec seulement 23 % à peine des suffrages exprimés dans quelques États surreprésentés. Le winner takes all, une prime majoritaire poussée à son extrême, met à mal la proportionnalité et génère par essence de l’incertitude. Même quand ce système ne dysfonctionne pas tout à fait, il est peu lisible et générateur de méfiance. L’historienne états-unienne Jill Lepore, qui a étudié les soirées électorales depuis l’avènement de la télévision, a même suggéré que les fantasmes de complot concernant l’élection de 2020 prétendument volée à Donald Trump seraient une conséquence du manque de lisibilité du scrutin.

    #démocratie #élection #États-Unis #mode_de_scrutin #Aude_Vidal

  • Un petit détour par l’univers des complots.

    Le Double - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Le-Double?pub=0#pr

    Lors du confinement, en mars 2020, je me souviens avoir bien vite écarté les soupçons d’après lesquels le surgissement du Covid serait dû aux mauvaises intentions de la Chine (ou, plus étrangement, d’Emmanuel Macron), aidée notamment par l’idée popularisée par Naomi Klein dans La Stratégie du choc que les acteurs politiques et économiques les plus puissants n’ont pas besoin de manufacturer des catastrophes pour en profiter. Il leur suffit d’attendre qu’elles arrivent, ce qu’elles ne manquent pas de faire. Je me demandais alors ce que Klein aurait à dire de la période.

    Complété par cet autre article où il est fait mention de l’ouvrage de Naomi Klein Doppelgänger. A trip into the mirror world (chapitre l’anticapitalisme et son double ).
    https://lundi.am/Quelque-chose-de-grave-se-passe-dans-le-ciel

  • Accident ou agression ? À propos de la violence contre les personnes à vélo - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Accident-ou-agression

    Une agression violente, une enquête pas faite, une autre à l’efficacité très douteuse. Voilà comment on traite les crimes de haine dans ce pays, des crimes contre des inconnu·es dont on a repéré une caractéristique qui ne nous agrée pas. Dans mon cas : rouler avec un ami qui a tapé du plat de la main contre un objet en métal d’une tonne. Ou plutôt : rouler à vélo et réclamer un peu de place sur la chaussée.

    Est-ce que ce sont des crimes si rares ? Mon père est cycliste sportif et il a lui aussi été agressé à vélo. À la campagne, sur une route quasi-déserte et suffisamment large, un automobiliste est passé bien plus près de lui que le mètre cinquante réglementaire, si près qu’il l’a fait chuter dans le souffle de son véhicule. Ça fait beaucoup, même si nous sommes une grande famille.

    #vélo #voiture #bagnole #Aude_Vidal #violence

  • Le Double
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Le-Double

    L’extrême droite ramasse aujourd’hui les fruits pourris d’une grave dépolitisation de l’ensemble du corps social, en grande part incapable désormais de comprendre l’interdépendance entre ses membres, qui éprouve le besoin de boucs émissaires et tend à interpréter tout ce qui nous arrive, qui est inquiétant et déstabilisant, comme le résultat de méfaits individuels (il suffirait de remplacer des pourris par d’autres qui sont vertueux) et non d’une structure de pouvoir – que l’extrême droite ne prétend pas changer. Klein cite Jack Bratich, un spécialiste du conspirationnisme, pour lequel, quand on a en tête ces représentations du monde social, les fadaises libérales selon lesquelles des individus peuvent changer le monde en bien peuvent aussi bien se muer en histoires de méchants tout occupés à le changer pour le pire. Les fantaisies de complot sont le double demeuré, impuissant mais toxique de la pensée critique avec laquelle elles ont en commun quelques constats que l’auteur italien Wu Ming 1 appelle des « noyaux de vérité ». Les deux valorisent un rapport de méfiance et des capacités d’opposition au courant dominant mais chez les complotistes cette posture ne remet pas en cause les logiques sociales dominantes. Tout en soutenant le racisme d’État qui prévaut aux États-Unis, tout en dénonçant les manifestations Black Lives Matter, nombre de Blanc·hes dans le déni du Covid ont pu se comparer, comme le fit Naomi Wolf, aux militant·es pour les droits civiques des années 1960. Un retournement vertigineux.

    #Naomi_Klein #Naomi_Wolf #double #livre #recension #Aude_Vidal #fantasme_de_complot #extrême_droite

  • Surtourisme : derrière un mot
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Surtourisme-derriere-un-mot

    L’expression surtourisme suggère plutôt que pour résoudre le problème il faudrait seulement baisser le nombre des touristes. Oui mais lesquel·les ? Et comment ?

    La discrimination entre touristes est un réflexe classique. Puisque l’activité, dont la genèse est aristocratique, sert entre autres à distinguer les classes sociales entre elles (les voyages en Norvège et les séjours à Bray-Dunes sont bien marqués socialement), on s’est beaucoup occupé de fermer la porte au nez des autres, les mauvais·es touristes. La lutte contre le tourisme de masse est un objectif plutôt consensuel chez celles et ceux qui auront toujours les moyens de partir. Mais les croisières très exclusives en Antarctique n’ont pas besoin de transporter des milliers d’élu·es pour impacter gravement un écosystème fragile.

    Eeeet ça y est le livre est sorti :


    Dévorer le monde, Voyage, capitalisme et domination
    https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/d%C3%A9vorer-le-monde-9782228936538

    #tourisme #surtourisme #Aude_Vidal #essai

    • Et l’intro du livre :

      Dévorer le monde
      https://blog.ecologie-politique.eu/post/Devorer-le-monde

      Du point de vue de ceux qui le pratiquent, le tourisme est une image inversée du travail. Il vient compenser la peine accumulée de populations plutôt bénéficiaires, à l’échelle mondiale, de la guerre économique qu’engendre le capitalisme. En revanche, pour ceux qui n’en profitent pas, le tourisme peut être, de fait, le travail, voire un fléau qui, non content de les asservir, dégrade leur environnement et leurs conditions de vie. Sa dynamique profite – tout en les renforçant – d’inégalités croissantes et d’une répartition injuste des ressources, comme l’énergie, l’eau, le logement ou même les terres agricoles.

      Devant le tableau de ce que le tourisme fait au milieu naturel et social, faut-il ne s’inquiéter que du surtourisme et tenter de l’aménager ou bien critiquer de manière plus radicale les représentations sociales du voyage et sa place dans nos économies ? C’est la deuxième option que nous prendrons, dans l’espoir de dessiner ce que pourrait être une vie bonne, dans laquelle les rêves d’ailleurs nous accompagnent toujours sans plus nous obséder.

    • Bon bouquin basé sur l’auto-analyse des (fructueuses) contradictions de l’autrice par rapport à l’histoire de ses propres voyages, mais aussi face aux discours et "solutions" proposées contre le tourisme de masse, qui balancent entre greenwashing et mépris de classe.

      La critique est "radicale" dans le sens où elle remonte aux racines du problème. Mais (de manière surprenante si on regarde la couv, moins surprenante à qui lit régulièrement son blog), Aude Vidal ne conclut pas de manière extrêmement tranchée.

      Après avoir souligné les indubitables horreurs (sociales, écologiques, sexuelles…) que produit le tourisme, elle ne dit pas, par exemple, qu’il faudrait renoncer à voyager, ni ne promeut le tourisme “alternatif” comme une panacée. Au contraire, elle souligne à chaque fois qu’il s’agit de prendre le sujet comme une question collective — et non pas individuelle.

      Par exemple (ou plutôt contre-exemple) : la France mise tout sur son rang de "1ere destination touristique du monde", mais a détruit toutes ses anciennes colos de vacances (populaires) pour les remplacer par des résidences haut-de-gamme privées. (J’évoque le cas de la France mais le livre détaille surtout les enjeux et luttes en Indonésie.)

      Au passage j’ai été surpris des citations affreuses de Nicolas Bouvier sur l’usage du monde (que je n’ai jamais lu mais dont j’avais jusqu’ici entendu dire le plus grand bien).
      https://medium.com/scribe/la-litt%C3%A9rature-de-voyage-est-elle-genr%C3%A9e-72ae787c8c69

  • Producteurs et parasites
    https://blog.ecologie-politique.eu/post/Producteurs-et-parasites

    Le principal grief fait au Front national/Rassemblement national est son racisme, de l’anti-sémitisme plus du tout assumé à la haine déversée contre les musulman·es ou supposé·es tel·les, de la guerre d’Algérie où le fondateur du parti se distingua par sa capacité à déshumaniser et à torturer jusqu’à un discours d’aujourd’hui qui n’exprime plus sa haine que sous des formes acceptables, drapé dans la « laïcité républicaine » ou la défense des travailleurs et travailleuses. Beaucoup a donc été produit sur la vision nationaliste et ethnique de l’extrême droite française mais trop peu sur des questions qui furent longtemps centrales lors des élections, à savoir la répartition des richesses. C’est à cette ambition que répond le livre de Feher, philosophe et éditeur.

    […]

    Rétif à la démocratie et à l’idée même de demos, partageant les intérêts de classe des plus riches, le néolibéralisme a longtemps été très éloigné du producérisme. S’il peut partager avec lui sa condamnation des « improductifs », il défend en revanche les élites économiques et refuse même de discriminer investissement productif et pure spéculation. James Buchanan, néolibéral de l’École de Virginie, n’imagine pas qu’une telle idéologie puisse triompher sans s’appuyer sur une base populaire. Il met alors en avant une vision du peuple libéral, « amené à communier dans la célébration de son esprit d’entreprise mais aussi dans la réprobation de tous ceux qui réussissent à se dérober au jeu de la concurrence ». Il s’attaque aux rentes de toutes sortes – sans toujours toucher à la finance spéculative – et dénonce « un parasitisme toujours composé de prédateurs d’en bas et de prédateurs d’en haut » en choisissant des ennemis qui l’arrangent : chômeurs et bénéficiaires des aides sociales ; syndicalistes bénéficiant d’avantages indus ; fonction publique échappant aux règles de la concurrence ; élites culturelles portant des valeurs de justice sociale et qui défendent les trois catégories précédemment citées. Le capital peut dormir tranquille pendant qu’on laisse la haine grandir contre ce petit monde.

    #livre #Michel_Feher #recension #Aude_Vidal #extrême_droite #France #producérisme

    • Profitant de ce passage dans l’analyse de Aude Vidal, je vois une opportunité à revenir sur l’évolution du PCF depuis les années 60 jusqu’à nos jours.

      Gardien de la nation des producteurs contre deux menaces de prédation, le RN peut séduire un peuple de gauche qui a perdu sa boussole lutte des classes (2), à condition qu’il se complaise dans un certain racisme, tout en étant capable d’abandonner, sans coût électoral pour elle, ses quelques imprécations anti-capitalistes en faisant allégeance au Medef (ou en abandonnant en pleine campagne sa proposition de dispenser de TVA les produits de première nécessité).

      Et donc ma recherche me conduit à lire ces quelques textes :

      https://journals.openedition.org/lectures/15763

      Le parti communiste français (PCF) a longtemps mis en avant son ancrage – électoral et militant – au sein des classes populaires. Ambitionnant de se constituer en « parti de la classe ouvrière », l’organisation communiste a permis d’affirmer l’existence de groupes sociaux historiquement exclus des sphères de la représentation politique. Toutefois, l’organisation communiste ne peut être perçue dans une approche transhistorique. Ainsi, le PCF « ouvriériste » des années 1930 n’est pas similaire au parti déclinant des années 1990, il s’agit donc de comprendre comment s’est progressivement transformé le rapport de l’organisation à ses électeurs et à ses militant.

      https://fr.internationalism.org/brochures/pcf-lc68
      (Ou le délitement du PCF « pas à pas »).

      https://www.marxists.org/francais/4int/doc_uc/1976/01/proletariat.html
      (Où il est fait comme une sorte d’exégèse de la pensée de Marx à propos de la #dictature_du_prolétariat).