#auto-censure

  • En #France, les recherches sur la #question_raciale restent marginales

    Avec des relents de maccarthysme, une violente campagne politico-médiatique s’est abattue sur les chercheurs travaillant sur les questions raciales ou l’#intersectionnalité en France, les accusant de nourrir le « #séparatisme ». Dans les faits, ces recherches sont pourtant dramatiquement marginalisées.

    « L’université est une matrice intellectuelle, aujourd’hui traversée par des mouvements puissants et destructeurs qui s’appellent le #décolonialisme, le #racialisme, l’#indigénisme, l’intersectionnalité. » Lors de l’examen du projet de loi dit « séparatisme », à l’instar de la députée Les Républicains (LR) #Annie_Genevard, beaucoup d’élus se sont émus de cette nouvelle #menace pesant sur le monde académique.

    Que se passe-t-il donc à l’université ? Alors que des étudiants font aujourd’hui la queue pour obtenir des denrées alimentaires et que certains se défenestrent de désespoir, la classe politique a longuement débattu la semaine dernière de « l’#entrisme » de ces courants intellectuels aux contours pour le moins flous.

    Après les déclarations du ministre de l’éducation nationale Jean-Michel #Blanquer en novembre dernier – au lendemain de l’assassinat de #Samuel_Paty, il avait dénoncé pêle-mêle les « #thèses_intersectionnelles » et « l’#islamo-gauchisme » qui auraient fourni, selon lui, « le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes » –, Emmanuel #Macron a lui-même tancé, dans son discours des Mureaux (Yvelines), le discours « postcolonial », coupable, selon lui, de nourrir la haine de la République et le « séparatisme ».

    À l’Assemblée, Annie Genevard a invité à se référer aux « travaux » du tout récent #Observatoire_du_décolonialisme qui a publié son manifeste dans un dossier spécial du Point, le 14 janvier. Appelant à la « riposte », les signataires – des universitaires pour l’essentiel très éloignés du champ qu’ils évoquent et pour une grande partie à la retraite – décrivent ainsi le péril qui pèserait sur le monde académique français. « Un #mouvement_militant entend y imposer une critique radicale des sociétés démocratiques, au nom d’un prétendu “#décolonialisme” et d’une “intersectionnalité” qui croit combattre les #inégalités en assignant chaque personne à des identités de “#race” et de #religion, de #sexe et de “#genre”. » « Nous appelons à mettre un terme à l’#embrigadement de la recherche et de la #transmission_des_savoirs », affirment-ils.

    À Mediapart, une des figures de cette riposte, la sociologue de l’art #Nathalie_Heinich, explique ainsi que « nous assistons à la collusion des militants et des chercheurs autour d’une #conception_communautariste de la société ». Ces derniers mois, différents appels ont été publiés en ce sens, auxquels ont répondu d’autres appels. S’armant de son courage, Le Point a même, pour son dossier intitulé « Classe, race et genre à l’université », « infiltré une formation en sciences sociales à la Sorbonne, pour tenter de comprendre cette mutation ».

    Derrière le bruit et la fureur de ces débats, de quoi parle-t-on ? Quelle est la place réelle des recherches sur les questions raciales ou mobilisant les concepts d’intersectionnalité à l’université française ? La première difficulté réside dans un certain flou de l’objet incriminé – les critiques mélangent ainsi dans un grand maelström #études_de_genre, #postcolonialisme, etc.

    Pour ce qui est des recherches portant principalement sur les questions raciales, elles sont quantitativement très limitées. Lors d’un colloque qui s’est tenu à Sciences-Po le 6 mai 2020, Patrick Simon et Juliette Galonnier ont présenté les premiers résultats d’une étude ciblant une quinzaine de revues de sciences sociales. Les articles portant sur la « #race » – celle-ci étant entendue évidemment comme une construction sociale et non comme une donnée biologique, et comportant les termes habituellement utilisés par la théorie critique de la race, tels que « racisé », « #racisation », etc. – représentent de 1960 à 2020 seulement 2 % de la production.

    La tendance est certes à une nette augmentation, mais dans des proportions très limitées, montrent-ils, puisque, entre 2015 et 2020, ils comptabilisent 68 articles, soit environ 3 % de l’ensemble de la production publiée dans ces revues.

    Pour répondre à la critique souvent invoquée ces derniers temps, notamment dans le dernier livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, Race et sciences sociales (Agone), selon laquelle « race » et « genre » auraient pris le pas sur la « classe » dans les grilles d’analyses sociologiques, le sociologue #Abdellali_Hajjat a, de son côté, mené une recension des travaux de sciences sociales pour voir si la #classe était réellement détrônée au profit de la race ou du genre.

    Ce qu’il observe concernant ces deux dernières variables, c’est qu’il y a eu en France un lent rééquilibrage théorique sur ces notions, soit un timide rattrapage. « Les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe mais ce qui était auparavant marginalisé ou invisibilisé est en train de devenir (plus ou moins) légitime dans les revues de sciences sociales », relève-t-il.

    Plus difficile à cerner, et pourtant essentielle au débat : quelle est la place réelle des chercheurs travaillant sur la race dans le champ académique ? Dans un article publié en 2018 dans Mouvements, intitulé « Le sous-champ de la question raciale dans les sciences sociales française », la chercheuse #Inès_Bouzelmat montre, avec une importante base de données statistiques, que leur position reste très marginale et souligne qu’ils travaillent dans des laboratoires considérés comme périphériques ou moins prestigieux.

    « Les travaux sur la question minoritaire, la racialisation ou le #postcolonial demeurent des domaines de “niche”, largement circonscrits à des revues et des espaces académiques propres, considérés comme des objets scientifiques à la légitimité discutable et bénéficiant d’une faible audience dans le champ académique comme dans l’espace public – à l’exception de quelques productions vulgarisées », note-t-elle soulignant toutefois qu’ils commencent, encore très prudemment, à se frayer un chemin. « Si la question raciale ne semble pas près de devenir un champ d’étude légitime, son institutionnalisation a bel et bien commencé. »

    Un chemin vers la reconnaissance institutionnelle qu’ont déjà emprunté les études de genre dont la place – hormis par quelques groupuscules extrémistes – n’est plus vraiment contestée aujourd’hui dans le champ académique.

    Deux ans plus tard, Inès Bouzelmat observe que « les études raciales sortent de leur niche et [que] c’est une bonne chose ». « Le sommaire de certaines revues en témoigne. Aujourd’hui, de plus en plus, la variable de race est mobilisée de manière naturelle, ce qui n’était vraiment pas le cas il y a encore dix ans », dit-elle.

    Pour #Eric_Fassin, qui a beaucoup œuvré à la diffusion de ces travaux en France, « il y a une génération de chercheurs, ceux qui ont plus ou moins une quarantaine d’années, qui ne sursaute pas quand on utilise ces concepts ». « Il n’y a plus besoin, avec eux, de s’excuser pendant une demi-heure en expliquant qu’on ne parle pas de race au sens biologique. »

    #Fabrice_Dhume, un sociologue qui a longtemps été très seul sur le terrain des #discriminations_systémiques, confirme : « Il y a eu toute une époque où ces travaux-là ne trouvaient pas leur place, où il était impossible de faire carrière en travaillant sur ce sujet. » Ceux qui travaillent sur la question raciale et ceux qui ont été pionniers sur ces sujets, dans un pays si réticent à interroger la part d’ombre de son « #universalisme_républicain », l’ont souvent payé très cher.

    Les travaux de la sociologue #Colette_Guillaumin, autrice en 1972 de L’Idéologie raciste, genèse et langage actuel, et qui la première en France a étudié le #racisme_structurel et les #rapports_sociaux_de_race, ont longtemps été superbement ignorés par ses pairs.

    « Travailler sur la race n’est certainement pas la meilleure façon de faire carrière », euphémise Éric Fassin, professeur à Paris VIII. Lui n’a guère envie de s’attarder sur son propre cas, mais au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, il a reçu des menaces de mort par un néonazi, condamné à quatre mois de prison avec sursis en décembre dernier. Il en avait déjà reçu à son domicile. Voilà pour le climat.

    Lorsqu’on regarde les trajectoires de ceux qui se sont confrontés à ces sujets, difficile de ne pas voir les mille et un obstacles qu’ils ou elles ont souvent dû surmonter. Si la raréfaction des postes, et l’intense compétition qui en découle, invite à la prudence, comment ne pas s’étonner du fait que pratiquement toutes les carrières des chercheurs travaillant sur la race, l’intersectionnalité, soient aussi chaotiques ?

    « La panique morale de tenants de la fausse opposition entre, d’un côté, les pseudo-“décoloniaux/postcoloniaux/racialistes” et, de l’autre, les pseudo-“universalistes” renvoie à une vision conspirationniste du monde de la recherche : les premiers seraient tout-puissants alors que la recherche qui semble être ciblée par ces vagues catégories est, globalement, tenue dans les marges », affirme le sociologue #Abdellali_Hajjat.

    Le parcours de ce pionnier, avec #Marwan_Mohammed, de l’étude de l’#islamophobie comme nouvelle forme de #racisme, ne peut là aussi qu’interroger. Recruté en 2010 à l’université Paris-Nanterre, avant d’avoir commencé à travailler la question de l’islamophobie, il a fini par quitter l’université française en 2019 après avoir fait l’expérience d’un climat de plus en plus hostile à ses travaux.

    « On ne mesure pas encore les effets des attentats terroristes de 2015 sur le champ intellectuel. Depuis 2015, on n’est plus dans la #disputatio académique. On est même passés au-delà du stade des obstacles à la recherche ou des critiques classiques de tout travail de recherche. On est plutôt passés au stade de la #censure et de l’établissement de “listes” d’universitaires à bannir », explique-t-il, égrenant la #liste des colloques sur l’islamophobie, l’intersectionnalité ou le racisme annulés ou menacés d’annulation, les demandes de financements refusées, etc.

    En 2016, il fait l’objet d’une accusation d’antisémitisme sur la liste de diffusion de l’#ANCMSP (#Association_nationale_des_candidats_aux_métiers_de_la_science_politique) en étant comparé à Dieudonné et à Houria Bouteldja. Certains universitaires l’accusent, par exemple, d’avoir participé en 2015 à un colloque sur les luttes de l’immigration à l’université Paris-Diderot, où étaient aussi invités des représentants du Parti des indigènes de la République. Qu’importe que ce chercheur n’ait aucun rapport avec ce mouvement et que ce dernier l’attaque publiquement depuis 2008… « Je suis devenu un indigéniste, dit-il en souriant. Pour moi, c’est une forme de racisme puisque, sans aucun lien avec la réalité de mes travaux, cela revient à m’assigner à une identité du musulman antisémite. »

    Abdellali Hajjat travaille aujourd’hui à l’Université libre de Bruxelles. « Lorsque l’on va à l’étranger, on se rend compte que, contrairement au monde académique français, l’on n’a pas constamment à se battre sur la #légitimité du champ des études sur les questions raciales ou l’islamophobie. Sachant bien que ce n’est pas satisfaisant d’un point de vue collectif, la solution que j’ai trouvée pour poursuivre mes recherches est l’exil », raconte-t-il.

    « Moi, j’ai choisi de m’autocensurer »

    #Fabrice_Dhume, qui mène depuis plus de 15 ans des recherches aussi originales que précieuses sur les #discriminations_raciales, notamment dans le milieu scolaire, a lui aussi un parcours assez révélateur. Après des années de statut précaire, jonglant avec des financements divers, celui qui a été un temps maître de conférences associé à Paris-Diderot, c’est-à-dire pas titulaire, est aujourd’hui redevenu « free lance ».

    Malgré la grande qualité de ses travaux, la sociologue #Sarah_Mazouz, autrice de Race (Anamosa, 2020) a, elle, enchaîné les post-doctorats, avant d’être finalement recrutée comme chargée de recherche au CNRS.

    Autrice d’une thèse remarquée en 2015, intitulée Lesbiennes de l’immigration. Construction de soi et relations familiales, publiée aux éditions du Croquant en 2018, #Salima_Amari n’a toujours pas trouvé de poste en France et est aujourd’hui chargée de cours à Lausanne (Suisse). Beaucoup de chercheurs nous ont cité le cas d’étudiants prometteurs préférant quitter l’Hexagone, à l’image de #Joao_Gabriel, qui travaille sur les questions raciales et le colonialisme, et qui poursuit aujourd’hui ses études à Baltimore (États-Unis).

    Derrière ces parcours semés d’obstacles, combien surtout se sont découragés ? Inès Bouzelmat a choisi de se réorienter, raconte-t-elle, lucide sur le peu de perspectives que lui ouvraient l’université et la recherche françaises.

    Certains adoptent une autre stratégie, elle aussi coûteuse. « Moi, j’ai choisi de m’autocensurer », nous raconte une chercheuse qui ne veut pas être citée car elle est encore en recherche de poste. « Dans ma thèse, je n’utilise jamais le mot “race”, je parle “d’origines”, de personnes “issues de l’immigration”… Alors que cela m’aurait été très utile de parler des rapports sociaux de race. Même le terme “intersectionnalité” – qui consiste simplement à réfléchir ensemble classe-race et genre –, je me le suis interdit. Je préfère parler “d’imbrication des rapports sociaux”. Cela revient au même, mais c’est moins immédiatement clivant », nous confie cette sociologue. « Le pire, c’est parler de “#Blancs”… Là, c’est carrément impossible ! Alors je dis “les Franco-Français”, ce qui n’est pas satisfaisant », s’amuse-t-elle.

    « Oui, il y a eu des générations d’étudiants découragés de travailler sur ces thématiques. On leur a dit : “Tu vas te griller !”… Déjà qu’il est très dur de trouver un poste mais alors si c’est pour, en plus, être face à une institution qui ne cesse de disqualifier votre objet, cela devient compliqué ! », raconte le socio-démographe Patrick Simon, qui dirige le projet Global Race de l’Agence nationale pour la recherche (ANR).

    La #double_peine des #chercheurs_racisés

    L’accès au financement lorsqu’on traite de la « race » est particulièrement ardu, l’important projet de Patrick Simon représentant, à cet égard, une récente exception. « On m’a accusé d’être financé par la French American Fondation : c’est faux. Mes recherches ont bénéficié exclusivement de financements publics – et ils sont plutôt rares dans nos domaines », indique Éric Fassin.

    « Il est difficile d’obtenir des financements pour des travaux portant explicitement sur les rapports sociaux de race. Concernant le genre, c’est désormais beaucoup plus admis. Travailler sur les rapports sociaux de race reste clivant, et souvent moins pris au sérieux. On va soupçonner systématiquement les chercheurs de parti-pris militant », affirme la sociologue Amélie Le Renard, qui se définit comme défendant une approche féministe et postcoloniale dans sa recherche. « Nous avons aussi du mal à accéder aux grandes maisons d’édition, ce qui contribue à renforcer la hiérarchisation sociale des chercheurs », ajoute-t-elle.

    https://www.youtube.com/watch?v=spfIKVjGkEo&feature=emb_logo

    Certains se tournent donc vers des #maisons_d’édition « militantes », ce qui, dans un milieu universitaire très concurrentiel, n’a pas du tout le même prestige… Et alimente le cercle vicieux de la #marginalisation de ces travaux comme leur procès en « #militantisme ».

    Pourquoi les signataires des différentes tribunes s’inquiétant d’un raz-de-marée d’universitaires travaillant sur la race, l’intersectionnalité, se sentent-ils donc assaillis, alors que factuellement ces chercheurs sont peu nombreux et pour la plupart largement marginalisés ?

    « J’ai tendance à analyser ces débats en termes de rapports sociaux. Quel est le groupe qui n’a pas intérêt à ce qu’émergent ces questions ? Ce sont ceux qui ne sont pas exposés au racisme, me semble-t-il », avance le sociologue Fabrice Dhume, pour qui les cris d’orfraie de ceux qui s’insurgent de l’émergence – timide – de ces sujets visent à faire taire des acteurs qui risqueraient d’interroger trop frontalement le fonctionnement de l’institution elle-même et son propre rapport à la racisation. « Dans ce débat, il s’agit soit de réduire ceux qui parlent au silence, soit de noyer leur parole par le bruit », affirme-t-il.

    « Il y a aussi une hiérarchie implicite : tant que ces recherches étaient cantonnées à Paris VIII, “chez les indigènes”, cela ne faisait peur à personne, mais qu’elles commencent à en sortir… », s’agace-t-il, en référence à une université historiquement marquée à gauche et fréquentée par beaucoup d’étudiants issus de l’immigration ou étrangers.

    Dans ce paysage, les chercheurs eux-mêmes racisés et travaillant sur les discriminations raciales subissent souvent une forme de double peine. « Ils sont soupçonnés d’être trop proches de leur objet. Comme si Bourdieu n’avait pas construit tout son parcours intellectuel autour de questions qui le concernent directement, lui, le fils de paysans », souligne Patrick Simon.

    La sociologue #Rachida_Brahim, autrice de La Race tue deux fois (Syllepse, 2021), raconte comment, lors de sa soutenance de doctorat, son directeur de thèse, Laurent Mucchielli, et le président du jury, Stéphane Beaud, lui ont expliqué qu’en allant sur le terrain racial, elle était « hors sujet ». « Le fait que je sois moi-même d’origine algérienne m’aurait empêchée de prendre de la distance avec mon sujet », écrit-elle.

    Au cours de notre enquête, nous avons recueilli plusieurs témoignages en ce sens de la part de chercheurs et singulièrement de chercheuses qui, pour être restés dans l’institution, ne souhaitent pas citer nommément leur cas (voir notre Boîte noire). « Ce sont des petites remarques, une façon insistante de vous demander de vous situer par rapport à votre sujet de recherche », raconte une chercheuse.

    De la même manière que les féministes ont longtemps dû répondre à l’accusation de confondre militantisme et sciences au sein des études de genres, les chercheurs racisés osant s’aventurer sur un terrain aussi miné que le « racisme systémique » doivent constamment montrer des gages de leur #objectivité et de leur #rigueur_scientifique.

    « Le procès en militantisme est un lieu commun de la manière dont ces travaux ont été disqualifiés. C’est la façon de traiter l’objet qui définit le clivage entre ce qui est militant et ce qui est académique. Sont en réalité qualifiés de “militants” les travaux qui entrent par effraction dans un champ qui ne reconnaît pas la légitimité de l’objet », analyse Patrick Simon.

    Comme les études de genre ont massivement été portées par des femmes, les questions raciales intéressent particulièrement ceux qui ont eu à connaître de près le racisme. Ce qui n’est pas, manifestement, sans inquiéter un monde universitaire encore ultra-majoritairement blanc. « Les chercheurs assignés à des identités minoritaires sont souvent discrédités au prétexte qu’ils seraient trop proches de leur sujet d’étude ; en miroir, la figure du chercheur homme blanc est, de manière implicite, considérée comme neutre et les effets sur l’enquête et l’analyse d’une position dominante dans plusieurs rapports sociaux sont rarement interrogés », souligne de son côté Amélie Le Renard.

    « Il y a eu des générations de chercheurs qui n’ont pas réussi à trouver leur place dans l’institution. Ce qui est intéressant, c’est que certains commencent à émerger et qu’ils appartiennent à des minorités. Et c’est à ce moment-là que des universitaires s’élèvent pour dire “ça suffit, c’est déjà trop”, alors qu’ils devraient dire “enfin !” », insiste Éric Fassin.

    Depuis quelques mois, et le tragique assassinat de Samuel Paty par un islamiste, les attaques à l’encontre de ces chercheurs ont pris un tour plus violent. Ceux qui travaillent sur l’islamophobie s’y sont presque habitués, mais c’est désormais tous ceux qui travaillent sur les discriminations ethno-raciales, la #colonisation, qui sont accusés d’entretenir un #esprit_victimaire et une rancœur à l’égard de l’État français qui armerait le terrorisme.

    « Quand le ministre de l’éducation nationale vous associe à des idéologues qui outillent intellectuellement les terroristes, c’est très violent », affirme une chercheuse qui a particulièrement travaillé sur la question de l’islamophobie et a, dans certains articles, été qualifiée de « décoloniale ».

    « Les termes employés sont intéressants. Qu’est-ce qu’on sous-entend quand on dit que les “décoloniaux infiltrent l’université” ou qu’on reprend le terme d’“entrisme” ? Cela dit que je n’y ai pas ma place. Alors que je suis pourtant un pur produit de l’université », analyse cette maîtresse de conférences d’origine maghrébine, qui ne souhaite plus intervenir dans les médias pour ne pas subir une campagne de dénigrement comme elle en a déjà connu. « C’est terrible parce qu’au fond, ils arrivent à nous réduire au #silence », ajoute-t-elle en référence à ceux qui demandent que le monde académique construise des digues pour les protéger.

    Le grand paradoxe est aussi l’immense intérêt des étudiants pour ces thématiques encore peu représentées dans l’institution. En attendant, l’université semble organiser – avec le soutien explicite du sommet de l’État – sa propre cécité sur les questions raciales. Comme si la France pouvait vraiment se payer encore longtemps le luxe d’un tel #aveuglement.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/080221/en-france-les-recherches-sur-la-question-raciale-restent-marginales?onglet

    #recherche #université #auto-censure #autocensure #assignation_à_identité #neutralité #décolonial

    ping @karine4 @cede

    • La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf

      Pendant ces dernières heures, j’ai pris le temps de tenter une approche purement « comptable » (urgh) concernant la fameuse et néanmoins ridicule polémique à propos de la supposée « gangrène islamogauchiste » qui serait à l’œuvre au sein de nos respectables universités. Ce billet de recherche sera simple, et je vais d’abord dire ce qu’il n’est pas, suite aux quelques échanges bienveillants que j’ai pu avoir avec certain.e.s collègues qui auront le plaisir de se reconnaître – et je les remercie d’ailleurs sincèrement pour leurs remarques.

      Disclaimer, donc (comme on dit en bon français) : cette mini-étude n’a pas pour vocation à consolider les arguments des pourfendeurs de l’islamogauchisme. Il part simplement de l’expression « gangrène » et tend à leur montrer, chiffres à l’appui, qu’on est très très loin d’une explosion de ces concepts qu’ils ne maîtrisent pas (comme « intersectionnalité » ou « décolonial », qui renvoient par exemple tous deux à des positionnements épistémologiques et des fondements théoriques bien précis, n’en déplaisent à ceux qui sont trop fainéants pour n’y voir qu’une bouillasse méprisable, là où se trouve un champ d’intérêt extrêmement fécond et inspirant). En gros, l’idée n’est pas de dire « ne vous alarmez pas, confrères conservateurs, c’est en fait une idéologie marginale« , mais plutôt de dire « 1. il n’y a pas d’idéologie, mais de la recherche et 2. si on s’amusait à la compter, on obtient des résultats ridicules qui n’autorisent ni vos invectives, ni votre inculture sur ces sujets ».

      Et au passage, la grenouille dans le titre (pour être clair), ce sont bien ceux qui accusent l’université de dérives idéologiques. Spoiler : tout est idéologie de toute manière puisque tout peut être politique, et tous les corps de métier sont d’ailleurs traversés par des expériences militantes – et heureusement, c’est ça la démocratie ! Il y a autant de militantisme possible à l’université que dans la culture, le milieu associatif, le journalisme et même (mais si si si) le monde de l’entreprise. Donc cessons d’agiter des fantômes pour nous faire peur, et surtout cessons les chasses aux sorcières qui visent précisément les universitaires – les régimes qui organisent cela n’ont rien de démocratique, et ma crainte principale se loge bien là, d’ailleurs. Ma démarche est donc la suivante : vous voulez du sérieux ? On va faire la base de la démarche scientifique : regarder les faits et compter. Cela ne devrait pas être si compliqué que cela, tout le monde peut suivre.

      Je l’exprime ici, en tant que chercheur : ce que des esprits mal intentionnés et peu curieux nomment « islamogauchisme » constitue un ensemble d’études interdisciplinaires que je vous encourage à aller explorer, au moins par pure curiosité intellectuelle – comme je m’évertue, autant que faire ce peut, à lire un maximum d’approches variées. C’est tout le principe de la recherche. Pour pouvoir effectuer mon étude arithmétique, j’ai choisi d’utiliser quelques mots-clé souvent réexploités pour accuser les universitaires d’islamogauchisme : « décolonial », « intersectionnel », « intersectionnalité », « racisé », « racialisé » – puis, pour la blague, « islamogauchisme » et « islamogauchiste ». Je suis donc allé voir ce que nous donnaient 4 des moteurs de recherche scientifiques les plus utilisés : theses.fr et HAL pour la partie générale, puis CAIRN et Open Edition pour la partie plus directement dédiée aux sciences humaines.

      Pourquoi les sciences humaines et pas la sociologie, arguera l’esprit pingre ? Parce que les études dites intersectionnelles ou décoloniales occupent en fait un champ interdisciplinaire très vaste : on y retrouve les études anglophones, la sociologie, la géographie, la démographie, le droit, les sciences du langage, la philosophie, l’anthropologie, les sciences de l’information et de la communication, l’économie, la psychologie, les études littéraires ou encore les arts. Bref, inutile de taper comme un sourd sur cette pauvre sociologie qui se donne pourtant beaucoup de mal (avec des moyens dérisoires) pour comprendre la société qui nous entoure. Nous autres, scientifiques des SHS, sommes donc toutes et tous coupables, rassurez-vous. Et pourquoi, comme on me l’a demandé, ne pas inclure les expressions « gender studies » ou « écriture inclusive » ? Parce que faut pas non plus exagérer : faites donc une liste de toutes les notions de sciences humaines que vous ne comprenez pas et que donc, par définition, il faudrait arrêter d’étudier, et ça sera plus simple. Et si vous ne comprenez pas pourquoi « race », « postcolonial » ou « islam » n’y figurent pas, j’ai des réponses, mais elles ne sont pas dignes d’un carnet de recherche.

      Voici donc la première partie de cette rapide étude : elle est assez simple, puisqu’elle donne des données plutôt brutes. Pour chaque portail dédié à l’archivage des publications scientifiques, il s’est agi de rentrer simplement les mots-clé pour une simple recherche, puis de les transformer en pourcentage par rapport au total de publications répertoriées. De ce point de vue, on est loin du calcul statistique complexe (je rappelle à mon lectorat que je suis linguiste, que j’ai fait un Bac L à l’époque, et que je fais ce que je peux pour ne pas sombrer). Mais comme les pourfendeurs de l’islamogauchisme brandissent souvent la neutralité de la raison face à des chercheur.e.s qui, selon eux, auraient succombé à l’idéologie et à l’émotion, alors chiche : voici des chiffres, soit les représentants les plus aboutis du mythe de la prétendue neutralité scientifique et de l’objectivité rationnelle. Mieux : des données, de la data. Et le tout dans une infographie avec des couleurs et des dessins.

      Premier à passer sur le grill d’un simple comptage, le portail HAL répertorie un ensemble plutôt impressionnant de références scientifiques déposées. Toutes disciplines confondues, on arrive à un pourcentage excessivement faible concernant les mots-clés proposés. Ironie du sort : la seule publication qui sort lorsqu’on rentre le terme « islamogauchiste » est celle de Pierre-André Taguieff, à qui l’on attribue souvent à tort la naissance de cette expression bien connue des milieux d’extrême-droite (il n’en reste pas moins qu’il a largement participé à sa popularisation et à sa normalisation médiatique, sans être lui-même d’ailleurs sympathisant des milieux d’extrême-droite – je tiens ici à le préciser, avant qu’on ne m’accuse de manœuvre diffamatoire). Il convient également de signaler qu’on retrouve également dans ces publications des travaux qui critiquent justement les études décoloniales et intersectionnelles, ce qui fait monter artificiellement les chiffres – sans compter le fait que certaines publications cumulent plusieurs de ces mots-clés. Bref, pour le dire vite : ce pourcentage de 0,038 % est donc probablement surévalué.

      Sur Theses.fr, on remarque une légère augmentation des résultats en terme de pourcentages. Il faut dire ici, de surcroît, que le portail doctoral en question répertorie à la fois les thèses soutenues et les thèses démarrées, ce qui fait que là aussi, on se retrouve avec un cumul de travaux qui n’en sont pas tous au même stade – ce qui est à la fois heureux et bien normal, quand on connaît le processus doctoral, ses exigences et ses coups du sort. Quoiqu’il arrive, vous me direz (et vous aurez raison) que c’est bien gentil de mélanger des concepts de sciences humaines à des thèses de médecine ou de biologie moléculaire, mais qu’il faut être un peu sérieux – et que si pluridisciplinarité il y a, il faut donc aller regarder plus précisément du côté des domaines de recherche concernés. Je suis entièrement d’accord, donc allons-y.

      Et là, pas de surprise : sur CAIRN comme sur Open Edition, qui totalisent tous deux une masse non négligeable de publications répertoriées et accessibles pour les adeptes des sciences dites « molles » ou « subtiles », évidemment, le pourcentage augmente. Mais vous l’aurez remarqué : le pourcentage sur le total de publications répertoriées est très très loin d’être significatif, tout au contraire : on reste aux alentours des 2%, ce qui montre la faible représentativité des études décoloniales ou intersectionnelles. Et là, autre contre-argument : mais c’est facile de prendre le nombre de publications sur le total ! Evidemment, en 1992, on n’utilisait probablement pas ces notions en France ! Tout juste : attardons-nous donc sur l’évolution de ces mots-clé depuis 2011, histoire d’avoir une représentativité plus fine sur le total de publications. Mais même là, il faut se rendre à l’évidence : on est loin d’une écrasante hégémonie des études intersectionnelles, par exemple.

      CAIRN ne figure pas dans les résultats, tout simplement parce que son moteur de recherche ne permet pas de faire émerger des résultats annuels – sinon je l’aurais fait. Mais déjà, avec HAL, Theses.fr et Open Edition, on remarque les mots-clé incriminés sont bel et bien en augmentation depuis 2011, mais qu’ils rencontrent aussi un certain tassement depuis deux ans – ce qui est à vrai dire plutôt inquiétant, car cela souligne le retard de la France sur des questions de recherche qui sont assez largement investies ailleurs dans le monde (et pas qu’aux Etats-Unis, le grand Satan des néoréacs français) – sans pour autant que cela soit d’ailleurs associé à des postures militantes. Cela étant, le tassement de ces mots-clés depuis 2011 n’a de sens que si on regarde leur pourcentage total par rapport à l’évolution de l’ensemble des publications sur les portails en question. Regardons un peu.

      Les accusateurs d’islamogauchisme pourront se réjouir et pointer du doigt une tendance à la hausse ; cela dit, on remarque une dynamique différente en fonction du portail. Là où le nombre de thèses marque une augmentation qui reste régulière, par exemple, on ne peut que constater la faiblesse des pourcentages par an. C’est sur Open Edition que ce type de courbe reste le plus intéressant à analyser : on voit une évolution croissante, bien que timide, de l’intérêt pour les sujets que permettent d’analyser les études intersectionnelles et décoloniales, quelle que soit la discipline d’ancrage. Mais attention aussi : sur Open Edition, on se bat à coups de revues scientifiques notamment, et en regardant sur ce portail, vous trouverez une évolution nette des publications scientifiques qui critiquent en fait les études décoloniales et intersectionnelles – en d’autres termes, l’augmentation de publication n’est pas tant dû à l’ancrage épistémologique dans ces champs, mais aux débats interdisciplinaires qui surgissent en raison de leurs méthodes ou de leurs concepts. En bref, cette évolution montre plus une vitalité des débats (tiens tiens) qu’une homogénéisation des épistémologies et des méthodologies.

      Que dire après tout cela ? Qu’avant de juger un terme sur de simples rumeurs colportées sur une chaîne de télé trop racoleuse ou un réseau social trop électrique, il suffit d’aller lire. Parce que lire reste encore la meilleure réponse à apporter à l’ignorance, aux idées reçues, aux raccourcis commodes, aux paresses intellectuelles ou aux ignorances légitimes. Ne pas savoir, ce n’est pas grave : nous sommes toutes et tous ignares sur bien des sujets. Ne pas savoir et prétendre que l’on a pas besoin de savoir pour se faire une idée, c’est non seulement bête à manger du foin et dommage en général, mais c’est surtout dangereux pour nos fragiles régimes démocratiques – et surtout pour l’indépendance de la recherche. Au final, on a le droit de questionner, de débattre et de discuter autour de ces questions (et encore heureux) : mais faisons-le dignement.

      PS : Au passage, ce n’est plus la peine de commander une étude au CNRS concernant l’islamogauchisme, du coup.

      PS bis : Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec ma démarche, bien entendu. Depuis la première publication de cette mini-étude sur Twitter, j’ai eu quelques messages un peu vifs : ceux qui disent que l’islamogauchisme n’aiment pas mes chiffres et m’accusent de ne pas mesurer « l’impact » par exemple, ou encore de ne pas vouloir voir la réalité derrière les chiffres (???). Et celles et ceux qui pensent qu’il ne faut pas donner du grain à moudre avec des chiffres. J’ai envie de répondre que dans ce genre de situation, il peut y avoir une pluralité de méthodes et de démarches, et que rien ne leur empêche de concorder à des moments opportuns. En tout cas, c’est ma modeste contribution, et ma modeste démarche.

      https://sysdiscours.hypotheses.org/352

      déjà signalé par @marielle ici :
      https://seenthis.net/messages/904269

  • Correspondant en Chine : un métier éprouvant et dangereux - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2020/09/11/chine-correspondant-metier-eprouvant-dangereux

    Avec le départ précipité cette semaine de deux journalistes australiens basés en Chine, pour la première fois depuis 1973, il n’existe plus aucun correspondant de ce pays en activité sur le sol chinois. Le résultat d’une politique chinoise particulièrement difficile, voire dangereuse, à l’égard de journalistes occidentaux de moins en moins tolérés par le régime de Xi Jinping.

    #censure #auto-censure #Chine #journalisme

  • China : Government Threats to Academic Freedom Abroad

    New 12-Point Code of Conduct to Help Educational Institutions Respond.

    Institutions of higher learning around the world should resist the Chinese government’s efforts to undermine academic freedom abroad, Human Rights Watch said today. On March 21, 2019, Human Rights Watch published a 12-point Code of Conduct for colleges and universities to adopt to respond to Chinese government threats to the academic freedom of students, scholars, and educational institutions.

    Many colleges and universities around the world with ties to the Chinese government, or with large student populations from China, are unprepared to address threats to academic freedom in a systematic way, Human Rights Watch said. Few have moved to protect academic freedom against longstanding problems, such as visa bans on scholars working on China or surveillance and self-censorship on their campuses.

    “Colleges and universities that stand together are better equipped to resist Chinese government harassment and surveillance on campuses, visa denials, and pressures to censor or self-censor,” said Sophie Richardson, China director at Human Rights Watch. “Most important, they will be better prepared to ensure academic freedom on their campuses for all students and scholars, particularly those from China.”

    The proposed Code of Conduct is based on more than 100 interviews between 2015 and 2018 in Australia, Canada, France, the United Kingdom, and the United States with academics, graduate and undergraduate students, and administrators, some of them from China. The people interviewed came from a range of institutions, including globally known universities, large public institutions, and small, private colleges. Almost all were from or study China, or have operated academic programs on behalf of their institutions in China.

    Human Rights Watch found various threats to academic freedom resulting from Chinese government pressure. Chinese authorities have long monitored and conducted surveillance on students and academics from China and those studying China on campuses around the world. Chinese diplomats have also complained to university officials about hosting speakers – such as the Dalai Lama – whom the Chinese government considers “sensitive.”

    Academics told Human Rights Watch that students from China have described threats to their families in China in response to what those students had said in the classroom. Scholars from China detailed being directly threatened outside the country by Chinese officials to refrain from criticizing the Chinese government in classroom lectures or other talks. Others described students from China remaining silent in their classrooms, fearful that their speech was being monitored and reported to Chinese authorities by other students from China. One student from China at a university in the United States summed up his concerns about classroom surveillance, noting: “This isn’t a free space.”

    Many of the academics interviewed identified censorship and self-censorship as serious concerns. One said a senior administrator has asked them “as a personal favor” to decline media requests during a visit by Chinese President Xi Jinping, fearing that it could have ramifications for their university.

    At two US universities, senior administrators cancelled appearances by speakers they believed the Chinese government would deem “sensitive,” and in one of those cases, the dean explained to a faculty member that the school did not want to lose its growing number of students from China. In another case, colleagues discouraged a scholar at a university with a large population of students from China from assigning his classes potentially “sensitive” titles. Two described academics participating in hiring panels in which the candidates were questioned during job interviews about their views on Confucius Institutes, which are effectively international outposts of China’s Ministry of Education that offer classes in Chinese language and culture.

    Many of those interviewed said they modified their remarks inside and outside classrooms because of fears of being denied access to China or to funding sources, of causing problems for students or scholars from China or their family members, or of offending or irking students or scholars from China.

    Many expressed discomfort with the presence of Confucius Institutes on their campuses. They said the presence of such institutions fundamentally compromised their institution’s commitment to academic freedom, especially when Confucius Institutes had been invited to their campuses without broad faculty consultation. In 2019, Victoria University cancelled the screening of a documentary critical of Confucius Institutes after the university’s Confucius Institute complained.

    A number of US institutions, including the University of Chicago, North Carolina State University, and the University of Massachusetts Boston have closed or announced they will close the Confucius Institutes on their campuses because of concerns about academic freedom, among other reasons.

    Few of those interviewed believed that their institutions offered any guidance or practical protections to enable them to speak freely.

    “Universities can’t continue to rely solely on honor codes or other statements of principle designed to address issues like cheating, plagiarism, or tenure to address pressure from the Chinese government on academic freedom abroad,” Richardson said. “Those don’t envision – let alone set out remedies for – the kinds of threats to academic freedom now widely reported.”

    As concerns about the Chinese government undermining human rights around the world have grown, students and scholars from China told Human Rights Watch they increasingly feel they are regarded with suspicion within their educational institutions.

    A recent Wilson Center study of Chinese political influence in higher education in the US found it important that “countermeasures neither vilify PRC [mainland] students as a group, nor lose sight of the fact that these students, along with faculty members of Chinese descent, are often the victims of influence and interference activities perpetrated by PRC diplomats and nationalistic peers.” Academic institutions should ensure that students and scholars from China feel welcomed, integrated, and protected, Human Rights Watch said.

    “President Xi’s moves to strangle academic freedom inside China makes it all the more urgent to ensure that students and scholars of and from China can enjoy academic freedom abroad,” Richardson said. “Institutions can demonstrate their commitment to peaceful, critical expression by adopting smart, robust protections, and keeping their gates open to all who seek academic freedom.”

    –-

    Resisting Chinese Government Efforts to Undermine Academic Freedom Abroad
    A Code of Conduct for Colleges, Universities, and Academic Institutions Worldwide

    Large numbers of students, scholars, scientists, and professors from China now study or work at colleges and universities abroad. In recent years, Chinese government authorities have grown bolder in trying to shape global perceptions of China on campuses and in academic institutions outside China. These authorities have sought to influence academic discussions, monitor overseas students from China, censor scholarly inquiry, or otherwise interfere with academic freedom.

    Human Rights Watch investigations found that the Chinese government attempts to restrict academic freedom beyond its borders. To counter such pressures, ensure the integrity of academic institutions, and protect the academic freedom and free expression rights of students, scholars, and administrators, particularly those who work on China or are from China, Human Rights Watch proposes the following Code of Conduct. While the impetus for and focus of the provisions that follow is pressure emanating from China, academic institutions should apply the same principles to interactions with all governments that threaten academic freedom on their campuses.

    All institutions of higher education should:

    Speak out for academic freedom. Publicly commit to supporting academic freedom and freedom of expression through public statements at the highest institutional levels, institutional policies, and internal guidelines. Explicitly recognize threats posed to academic freedom and freedom of expression by the Chinese government seeking to shape discussions, teaching, and scholarship on campus. Reaffirm a commitment to freedom of inquiry, enabling scholars and students to freely conduct research, and make clear that opposing direct and indirect censorship pressures or retaliation by third parties, including national and foreign governments, is integral to academic freedom.
    Strengthen academic freedom on campus. Emphasize the commitments and policies in support of academic freedom in student orientation, faculty hiring, handbooks and honor codes, and public gatherings. To avoid self-censorship or retaliation for stating opinions, academic institutions should publicize a policy that classroom discussions are meant to stay on campus, and never to be reported to foreign missions.
    Counter threats to academic freedom. Encourage students and faculty members to recognize that direct and indirect censorship pressures, threats, or acts of retaliation by Chinese government authorities or their agents against students or scholars for what they write or say threaten academic freedom. Develop and implement effective mechanisms, such as an ombudsperson, to whom such pressures, threats, or acts of retaliation can be privately or anonymously reported.
    Record incidents of Chinese government infringement of academic freedom. Actively track instances of direct or indirect Chinese government harassment, surveillance, or threats on campuses. Where warranted, they should be reported to law enforcement. Report annually the number and nature of these kinds of incidents.
    Join with other academic institutions to promote research in China. Academic institutions should work in concert, including by making public statements and complaints where appropriate, in the event of unwarranted visa denials or prolonged delays for research in China. Academic institutions should consider joint actions against Chinese government entities in response to visa denials or other obstacles to academic research.
    Offer flexibility for scholars and students working on China. Ensure that a scholar’s career advancement or a student’s progress will not be compromised if their research has to change direction due to Chinese government restrictions on research or access to source material in China. Institutions should consider steps, such as granting the scholar or student extra time to finish their research, supporting alternative research strategies, or publishing using pseudonyms, in the face of Chinese government obstacles, harassment, or reprisals. Academic institutions should be open to alternative research strategies when funding or receiving funds for academic work that has been rejected by a Chinese entity. Funders and review boards should provide comparable flexibility.
    Reject Confucius Institutes. Refrain from having Confucius Institutes on campuses, as they are fundamentally incompatible with a robust commitment to academic freedom. Confucius Institutes are extensions of the Chinese government that censor certain topics and perspectives in course materials on political grounds, and use hiring practices that take political loyalty into consideration.
    Monitor Chinese government-linked organizations. Require that all campus organizations, including the Chinese Students and Scholars Association (CSSA), that receive funding or support from Chinese diplomatic missions and other Chinese government-linked entities, report such information.
    Promote academic freedom of students and scholars from China. Inform students and scholars from China that they are not required to join any organizations, and help mentor and support them to ensure they can enjoy full academic freedom.
    Disclose all Chinese government funding. Publicly disclose, on an annual basis, all sources and amounts of funding that come directly or indirectly from the Chinese government. Publish lists of all projects and exchanges with Chinese government counterparts.
    Ensure academic freedom in exchange programs and on satellite campuses. Exchange programs and satellite campuses in China should only be undertaken after the completion of a memorandum of understanding with the Chinese counterpart that has been transparently discussed by relevant faculty members and ensures the protection of academic freedom, including control over hiring and firing, and the curriculum.
    Monitor impact of Chinese government interference in academic freedom. Work with academic institutions, professional associations, and funders to systematically study and regularly publicly report on: a) areas of research that have received less attention because of fears about access; b) decline of on-campus discussions of topics deemed sensitive by the Chinese government, such as the 1989 Tiananmen Square Massacre; c) efforts by academic institutions to curtail Chinese government threats to academic freedom; and 4) strategies collectively pursued by institutions to defend and promote academic freedom.

    https://www.hrw.org/news/2019/03/21/china-government-threats-academic-freedom-abroad
    #Chine #liberté_académique #surveillance #espions #étranger #censure #auto-censure

    Ajouté à cette métaliste sur la censure et le monde académique :
    https://seenthis.net/messages/784716

  • Patrick Chappatte sur la décision du NY Times d’arrêter les dessins de presse : « il y a de quoi s’inquiéter »

    Le New York Times ne publiera plus de #dessin_politique dans son édition internationale. Une décision drastique qui arrive après une #polémique en avril sur un dessin sur Benyamin Netanyahou, jugé antisémite. Patrick Chappatte, dessinateur suisse, publie deux dessins par semaine dans le quotidien. Interview.

    https://www.franceinter.fr/culture/patrick-chapatte-sur-la-decision-du-ny-times-d-arreter-les-dessins-de-pr
    #New_York_Times #dessin_de_presse #it_has_begun #NYT #auto-censure

    • États-Unis.La fin du dessin de presse au “New York Times”, symbole d’une liberté attaquée

      L’emblématique quotidien américain ne publiera plus aucune caricature à compter du 1er juillet. Le dessinateur Patrick Chappatte, qui dessine pour le New York Times et pour le quotidien suisse Le Temps, sonne l’alarme : nés avec la démocratie, les dessins politiques sont attaqués quand la liberté l’est.

      https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-la-fin-du-dessin-de-presse-au-new-york-times-symbo
      #the_end

    • Dessin de presse : #fini_de_rire

      Le « New York Times » déclenche de vives réactions en renonçant aux caricatures politiques. Directement visé par la mesure, Patrick Chappatte s’inquiète pour la liberté d’expression. Et celle des dessinateurs de presse

      Quand l’humour est stoppé dans son élan, que reste-t-il ? « Il n’y a pas de limites à l’humour qui est au service de la liberté d’expression car, là où l’humour s’arrête, bien souvent, la place est laissée à la censure ou à l’autocensure », disait Cabu, en 2012, trois ans avant de mourir assassiné dans l’attentat djihadiste contre la rédaction de Charlie Hebdo. La décision du New York Times de renoncer aux caricatures politiques provoque un déluge de réactions. Et des craintes, surtout. Pour la liberté d’expression, l’indépendance des médias et la démocratie. Le dessin de presse est-il mort ? Ou, au contraire, plus puissant que jamais ?

      Un dessin jugé antisémite

      Plusieurs fois primé, Patrick Chappatte collaborait depuis plus de vingt ans avec l’International Herald Tribune d’abord, puis le New York Times, dans sa version en ligne et internationale. Il doit désormais en faire le deuil. Il s’est fendu d’une longue explication sur son blog. « Peut-être devrions-nous commencer à nous inquiéter. Et nous rebeller. Les dessins de presse sont nés avec la démocratie et ils sont attaqués quand la liberté l’est », écrit-il. Patrick Chappatte, qui croque régulièrement l’actualité pour Le Temps, est l’un des deux dessinateurs touchés. L’autre est le Singapourien Heng Kim Song.

      Un dessin publié en avril représentant le premier ministre israélien une étoile de David autour du cou et tenu en laisse par Donald Trump a agi comme l’allumette devant un bidon d’essence. Jugée antisémite, la caricature du Portugais Antonio Moreira Antunes a déclenché une vive controverse, amplifiée par les réseaux sociaux. Très vite, le New York Times l’a censurée. Le directeur de publication A. G. Sulzberger a présenté des excuses et annoncé la fin de la collaboration avec les cartoonistes syndiqués sans lien avec le journal.

      Lundi, le New York Times a fait un pas de plus, radical. Mais James Bennet, le responsable de la section Opinions, précise, dans une déclaration écrite, que la décision était en gestation déjà avant la polémique. « Cela fait plus d’un an que nous envisageons d’aligner l’édition internationale sur la version nationale en mettant fin aux caricatures politiques quotidiennes, et nous le ferons à compter du 1er juillet », dit-il, sans donner plus dans les détails. Il assure que le journal « continuera d’investir dans des formes de journalisme d’opinion, y compris visuel, qui expriment la nuance, la complexité et une voix forte d’une diversité de points de vue ».

      ictimes de censure

      Vraiment ? Aux Etats-Unis, plusieurs cartoonistes ont été victimes de censure pour n’avoir pas ménagé Donald Trump. Nick Anderson et Rob Rogers ont même perdu leur emploi. Dans ce contexte, la décision du New York Times agit comme un clou supplémentaire enfoncé dans le cercueil du dessin politique. Ann Telnaes, caricaturiste pour le site du Washington Post et lauréate du Prix Pulitzer du dessin de presse en 2001, a dans la foulée annulé son abonnement online. « Le New York Times ne soutient plus les caricaturistes depuis des années. Sa dernière décision d’abandonner toutes les caricatures éditoriales est une indication supplémentaire de leur incompréhension de l’objectif du dessin de presse et de son rôle essentiel dans une presse libre », indique-t-elle au Temps.

      Liza Donnelly est tout aussi inquiète et amère. Elle dessine pour plusieurs médias, dont le New Yorker, le New York Times, CNN et CBS. « Chappatte est l’un des meilleurs du monde », commente-t-elle. « Les caricatures peuvent être controversées et nous, les dessinateurs, pouvons être mal compris. Mais la liberté d’expression est cruciale sous toutes ses formes – écrites ou dessinées. J’ai peur que renoncer à des dessins de presse soit un choix fondé sur la crainte de ne pas savoir comment ils seront perçus par le public. Les meilleurs caricaturistes ne travaillent pas en recourant à des stéréotypes ou à des tropes. Comme Chappatte, ce sont des gens réfléchis qui regardent le monde et donnent leur avis. Nous ne pouvons pas perdre cette précieuse contribution ! »

      Plus âgé, le dessinateur Jeff Danziger, qui a été livreur de journaux pour le New York Times, affirme avoir cessé d’essayer de comprendre le journal. « Mais je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec la liberté de la presse. Le Times est très héroïque lorsqu’il s’agit de s’opposer aux ingérences du gouvernement. L’explication est générationnelle. » Sur Twitter, Matt Wuerker, dessinateur chez Politico, lance un appel : « Nous avons besoin de @PatChappatte et d’humour politique – maintenant plus que jamais ! Faites-le savoir au Times. »
      Chappatte : « Il est temps de se réveiller pour ne pas laisser gagner ceux qui crient le plus fort »

      Le New York Times (NYT) a publié dans son édition internationale du 25 avril un dessin de presse représentant le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en chien d’aveugle, tenu en laisse par un Donald Trump aveugle et portant une kippa. Cette caricature a engendré la fureur des lecteurs, des excuses du journal, puis la suppression des dessins de presse politiques dans ses pages. Un choix « regrettable » pour Chappatte, dessinateur de presse pour le NYT, Le Temps et la NZZ.

      Le Temps : Suite à sa publication, le « NYT » a décidé de renoncer aux dessins de presse. L’avez-vous senti venir ?

      Chappatte : Depuis 2013, nous étions deux dessinateurs à l’interne : moi, qui faisais deux dessins par semaine, et un dessinateur de Singapour, qui réalisait un dessin sur l’Asie. Les autres jours, le journal reprenait des dessins d’agence du monde entier. On jouissait d’une grande visibilité, car on était repris sur le site web, les réseaux sociaux et mes dessins étaient même traduits depuis l’an dernier en espagnol et en chinois. Mais, quand ce dessin d’un collègue portugais est paru, le NYT a géré ce problème en cascade et cela a jeté un froid sur toute la profession.

      Il y a encore un mois je recevais un prix pour un dessin publié dans ce journal et les félicitations de l’éditeur. Il y a une relation de cause à effet regrettable. Je suis entré dans ce média par la fenêtre, il y a plus de vingt ans. La position historique du NYT était de ne pas avoir de dessin de presse, comme s’il n’était pas suffisamment subtil ou contrôlable. C’est un retour en arrière ! Ils en ont le droit, bien sûr, mais le contexte dans lequel ça s’est fait laisse un goût très désagréable. Le terrain est devenu très glissant. C’est dommage de réagir ainsi, car cela envoie de mauvais signaux. Le NYT est un étalon auquel les médias se réfèrent. Et il est aujourd’hui un bien triste exemple.

      Pourquoi avoir annoncé sur votre site, en primeur, l’arrêt des dessins de presse ?

      La gestion de cette crise est symptomatique. Il y a un mois, quand ce dessin sur Netanyahou est paru, des internautes étaient choqués à juste titre, et sont tombés sur le NYT. Le fils de Trump a retweeté, Trump aussi, puis Fox News et Breitbart en ont parlé. Le journal a regretté, s’est excusé, mais cela n’a pas été accepté par la foule en furie. Le NYT a publié deux éditoriaux, dont un très dur de Bret L. Stephens, mais il n’y a pas eu d’analyses, de recul, sur cette situation. Pourquoi est-ce arrivé ? Qu’est-ce qu’un dessin ? Et pourquoi celui-ci est-il problématique ? Quelques jours après, l’éditeur a annoncé l’arrêt de l’utilisation de dessins d’agence. Ils voulaient encore garder les dessinateurs internes. Je pensais que le gros de l’orage était passé.

      Mais ils avaient géré cette histoire de manière tellement défensive que je ne voyais pas comment arriver à faire du dessin de presse normalement. Cela a légitimé toutes les attaques dont les réseaux sociaux sont coutumiers. Puis, ils m’ont fait savoir qu’ils allaient arrêter les dessins de presse en juillet. J’ai décidé de partir tout de suite, car le charme était rompu. J’ai alors publié ce texte, même s’ils n’avaient pas encore communiqué sur cette décision, car cela va bien au-delà de moi et du dessin de presse. Dans ce monde on est prompt à être choqué. Les premières voix, les plus outragées, qui se font entendre sur les réseaux sociaux définissent toute la discussion. Celles qui se sont exprimées en premier, il y a un mois, ont défini ce qu’était le NYT. Le journal était emprisonné dans ces filets. Paradoxalement, les rédactions ne semblent pas être préparées face à la foule enragée qui mène des croisades morales sur internet.

      Quelle est la situation des dessinateurs de presse aux Etats-Unis ?

      Elle est inquiétante. Deux des meilleurs dessinateurs, selon moi, ont perdu leur job, car leurs éditeurs ou chefs de rubrique étaient pro-Trump et trouvaient que leurs dessins étaient trop critiques envers le président. C’est aussi arrivé à un ami du Los Angeles Times, dont le propriétaire est aussi fan de Trump, qui lui, a été contraint de partir. S’il est réélu et obtient une majorité dans la foulée au Congrès, on entrera dans une période vraiment dangereuse pour la démocratie. Les libertés sont testées, même là où on les croyait acquises.

      C’est pour cela qu’il y a de telles réactions sur les réseaux, des désabonnements et des appels à écrire au NYT. Les Américains le ressentent et s’inquiètent. En fin de compte, une caricature de Trump, pour ou contre, cela revient au même : parler de lui. Mais les hommes forts ont le cuir très fin et ses supporters arrivent à obtenir des succès en déclenchant leur furie. Il est temps qu’on se réveille pour ne pas laisser la partie être gagnée par ceux qui crient le plus fort. Les dessins sont des prétextes, il faut s’inquiéter de ce que cela révèle. Au-delà d’eux, c’est le journalisme qui est visé par cette rage. Il faut que les rédactions soient préparées et gardent leur sang-froid.

      Propos recueillis par Chamz Iaz
      Les caricaturistes sont en première ligne

      Lorsque la tempête se lève sur les médias, les caricaturistes sont souvent les premiers à sauter. C’est le constat tiré par la Fondation Cartooning for Peace (Dessins pour la paix), une organisation lancée en 2006 à l’initiative de l’ancien secrétaire général de l’ONU, décédé l’an dernier, Kofi Annan après l’affaire des caricatures de Mahomet publiées par le journal danois Jyllands-Posten et qui avaient enflammé le monde musulman.

      « Tout a changé avec les réseaux sociaux, relate Jean Plantu, le caricaturiste du journal français Le Monde et président de Cartooning for Peace. Les dessins publiés par un petit journal danois ont été vus dans le monde entier. Il a suffi d’y ajouter un commentaire pour manipuler les esprits. » Selon le dessinateur, cet effet d’amplification a créé une « nouvelle censure » contre laquelle les démocraties sont loin d’être immunisées, comme le montre la décision du New York Times. « Donald Trump en rêvait, le Times l’a fait », se désole Jean Plantu.

      Contrairement aux journalistes, les statistiques manquent pour les dessinateurs emprisonnés. « Actuellement nous nous occupons de trois cas, le Turc Musa Kart, le dessinateur chinois exilé Badiucao, qui vient de révéler son identité mais qui craint d’être harcelé, ainsi que le caricaturiste nicaraguayen menacé Pedro X. Molina », informe Terry Anderson, directeur adjoint d’une autre organisation de défense des caricaturistes, Cartoonists Rights Network International. Depuis sa création, il y a vingt ans, cette association a eu connaissance d’une centaine de dessinateurs menacés dans le monde.

      https://www.letemps.ch/monde/dessin-presse-fini-rire

  • Un #journaliste du « #Financial_Times » admet avoir caché la gravité de la crise en #2008
    https://www.nouvelobs.com/economie/20180909.OBS2050/un-journaliste-du-financial-times-admet-avoir-cache-la-gravite-de-la-cris

    « Tout ce dont j’avais besoin, c’était un photographe. Quelques clichés de tous ces #banquiers bien habillés, faisant la queue pour retirer leur argent, avec une légende explicative. Nous ne l’avons pas fait. »

    Dans une série d’articles parus ces derniers jours à l’occasion du dixième anniversaire de la crise bancaire de 2008, le journaliste du « Financial Times » John Authers retrace comment le quotidien économique de référence a couvert l’événement en temps réel. Dans un billet à part publié samedi 8 septembre, il se livre à une confession éclairante sur les dilemmes du journaliste en période de crise : « Il est temps pour moi d’admettre qu’un jour, j’ai délibérément dissimulé des informations importantes à mes lecteurs », écrit-il.

    #auto-censure

    • Je crois que ce qui me choque le plus c’est ça :

      Did you consider by not telling the whole story you directly contributed to the rise of populism (including #Brexit/#Trump) and potentially undermined what would have been a much better policy response to the financial crisis

      Réponse du gars : « No »

      Dégré zéro de l’éthique : la pensée utilitariste. Bravo... Et en revanche il dit que quand ça concernera les retraites par capitalisation il ne sera plus obligé de la boucler, ce qui pose deux questions :
      – qu’est ce qui l’obligeait à la boucler ? l’article en question en va pas trop titiller la question...
      – pourquoi est-ce que dans ce qu’il croit être la prochaine crise il ne la bouclera pas ? Parce que ça ne concerne pas système bancaire ? Parce qu’il sera proche de la retraite ?

      Vu sa posture utilitariste je pencherais pour la deuxième solution (mâtinée de la première parce qu’il semble vouer une espèce de culte au système bancaire).

  • Seymour Hersh’s New Memoir Is a Fascinating, Flabbergasting Masterpiece
    https://theintercept.com/2018/06/02/seymour-hersh-memoir-reporter

    AT THE BEGINNING of Seymour Hersh’s new memoir, “Reporter,” he tells a story from his first job in journalism, at the City News Bureau of Chicago.

    City News stationed a reporter at Chicago’s police headquarters 24 hours a day to cover whatever incidents were radioed in. Hersh, then in his early 20s, was responsible for the late shift. One night, he writes, this happened:

    Two cops called in to report that a robbery suspect had been shot trying to avoid arrest. The cops who had done the shooting were driving in to make a report. … I raced down to the basement parking lot in the hope of getting some firsthand quotes before calling in the story. The driver – white, beefy, and very Irish, like far too many Chicago cops then – obviously did not see me as he parked the car. As he climbed out, a fellow cop, who clearly had heard the same radio report I had, shouted something like, “So the guy tried to run on you?” The driver said, “Naw, I told the nigger to beat it and then I plugged him.”

    What happened then? Did Hersh, who would go on to uncover the My Lai massacre in Vietnam and become one of the greatest investigative journalists in U.S. history, sprint to his publication and demand that it run this explosive scoop?

    No. Hersh spoke to his editor, who told him to do nothing, since it would be his word against the police. He didn’t try to interview the responsible cop or his partner, or dig much further. Instead, he gave up on it and soon headed off to do his required service in the Army, “full of despair at my weakness and the weakness of a profession that dealt so easily with compromise and self-censorship.”

    #Seymour_Hersh #journalisme #auto-censure

  • Marvel s’autocensure et supprime une blague sur Donald Trump
    https://www.actualitte.com/article/bd-manga-comics/marvel-s-autocensure-et-supprime-une-blague-sur-donald-trump/86447?origin=newsletter

    Quand on commence à ne plus rire du Président, cela sent mauvais pour les libertés en général.

    À quelques jours des fêtes, Marvel s’offre une belle polémique, outre-Atlantique : l’éditeur s’est autocensuré en supprimant purement et simplement une référence à Donald Trump, président des États-Unis. Dans le premier numéro de la nouvelle série Marvel Two-In-One, Spider-Man présente en effet La Chose comme « le deuxième monstre orange le plus célèbre au monde » : la blague, présente dans les extraits du comic, a disparu de la version commercialisée.

    #Censure #Auto-censure #Marvel #Disney

  • Censor or die: The death of Mexican news in the age of drug cartels - The Washington Post
    https://www.washingtonpost.com/investigations/censor-or-die-the-death-of-mexican-news-in-the-age-of-drug-cartels/2015/12/09/23acf3ae-8a26-11e5-9a07-453018f9a0ec_story.html

    Submitting to cartel demands is the only way to survive, said Hildebrando “Brando” Deandar Ayala, 39, editor in chief of El Mañana, one of the oldest and largest newspapers in the region with a print circulation of 30,000. “You do it or you die, and nobody wants to die,” he said. “Auto censura — self-censorship — that’s our shield.”

    (...) Four El Mañana journalists have been killed in the past 10 years. Others survived assassination attempts, kidnappings, and grenade and machine-gun attacks on their offices. Deandar has been shot, kidnapped and had his home set on fire, he said.

    #mexique #cartel #journalisme #auto-censure

  • Le dessinateur le mieux connu d’Allemage efface un dessin sur les curés muselmans par peur de fous dangereux

    Charlie Hebdo : Ralf König zieht kontroverse Islam-Karikatur zurück
    http://www.tagesspiegel.de/kultur/comics/nach-dem-anschlag-auf-charlie-hebdo-ralf-koenig-zieht-kontroverse-islam-karikatur-zurueck/11211122.html

    Der Comiczeichner Ralf König löscht eine kritische Islam-Zeichnung von seiner Internetseite aus Angst vor „vereinzelten kranken Irren“. Der Tagesspiegel veröffentlicht am Sonntag Karikaturen von Berliner Zeichnern.

    Ralf König ist nicht nur der wohl bekannteste und populärste Comiczeichner Deutschlands. Er ist auch einer der kritischsten und schonungslosesten Vertreter seiner Zunft, wenn es darum geht, den Missbrauch von Religion zur Ausgrenzung oder Unterdrückung anderer Menschen anzuprangern. In seinen Büchern und Strips hat er sich immer wieder kritisch sowohl mit den offiziellen oder selbsternannten Vertretern des Christentums als auch mit denen des Islam auseinandergesetzt.

    2006 war er für seine zeichnerische Reaktion auf den Karikaturenstreit um die dänischen Mohammed-Bilder mit einem Spezialpreis des Comic-Salons Erlangen geehrt worden. „Wenn der Westen da nicht gegenhält und seine demokratischen Werte ohne Wenn und Aber und Entschuldigungen verteidigt, ist’s bald vorbei mit Presse- und Meinungsfreiheit“, hat er mal gesagt.

    Nun ist er dabei nach eigener Einschätzung offenbar einen Schritt zu weit gegangen. Nach den Anschlägen auf die Zeitschrift „Charlie Hebdo“ hatte König auf seiner Facebook-Seite einen älteren Strip gepostet. Der zeigte „wie sich die Meinungsfreiheit vor einem humorbefreiten Islam klein macht“, wie die Comic-Nachrichtenseite „Dreimalalles“ schreibt. Zu sehen sind drei Menschen, die sich vor einem muslimischen Würdenträger auf den Boden werfen und sich für die westliche Meinungs- und Pressefreiheit entschuldigen. Dessen Antwort: „Und wer entschuldigt sich für euren Sinn für Humor?!!“

    Am Sonnabendvormittag jedoch löschte König den Strip wieder – auf Anraten von Freunden und aus Angst vor Fanatikern, wie er selbst auf Facebook schreibt. Außerdem habe er sich davon überzeugen lassen, in dieser aufgeheizten Situation den Medien keine aktuellen Statements zu geben. „Das mich letztlich überzeugende Argument war, dass da draußen inzwischen jede Menge vereinzelte kranke Irre rumlaufen, die sich in irgendwelchen Wüsten zu hirnlosen Zombies ausbilden lassen, zurückkehren und nun auch mal so was Tolles hinlegen wollen wie diese Mörder von Paris und anderswo, und denen es mittlerweile auch egal sein könnte, ob man konkret den Propheten gezeichnet hat oder nicht“, schreibt König.

    Le dessin en question :


    « En tant que représentants des valeurs occidentales et de la tolérance nous nous excusons pour les libertés de la presse et de l’opinion. »
    Réponse : « Et pour votre sens de l’humour ? Qui est-ce qui s’excuse pour votre sens de l’humour ? »

    Karikaturenstreit
    http://www.ralf-koenig.com/karikaturenstreit.html

    Anfang Februar 2006 reagierte Ralf König spontan mit diesen acht Karikaturen und kurzen Strips auf die Eruption der Gewalt, die zwölf dänische Mohammed-Cartoons in der arabischen Welt ausgelöst hatten.

    Seine Zeichnungen wurden in etlichen Tageszeitungen und Magazinen abgedruckt, die FAZ kommentierte: „Die Reaktion auf die zwölf Karikaturen in Jyllands-Posten ließ Ralf König zu der Form greifen, die verfemt werden soll: Der Comic-Zeichner wird zum Karikaturisten, und dem Spötter ist es diesmal bitterernst: ‚Wenn der Westen da nicht gegenhält und seine demokratischen Werte ohne Wenn und Aber und Entschuldigungen verteidigt, ist’s bald vorbei mit Presse- und Meinungsfreiheit.’“

    Für seine „künstlerische Stellungnahme im Streit um die Mohammed-Karikaturen“ wurde Ralf König im Juni 2006 auf dem Internationalen Comic-Salon in Erlangen mit dem Max-und-Moritz-Preis („Spezialpreis der Jury“) ausgezeichnet. Aus der Laudatio:

    „Ralf König ist dem Versuch, eine grafisch artikulierte Meinung durch gewalttätige Proteste zu unterdrücken, seinerseits mit grafisch artikulierter Meinung entgegen getreten. Als homosexueller Künstler, der die Homosexualität zum Hauptthema seiner Arbeit erhob, hat Ralf König stets selbst in einem repressiven und Diskriminierungen ausgesetzten Klima gewirkt. Der Zuspitzung des Zensur-Falls Mohammed zu witziger Kritik liegen bei König also soziale und persönliche Erfahrungen zugrunde, die ihn die Feder gegen jede Art von Meinungsunterdrückung erheben lassen. Seine Arbeit impliziert die Forderung, dass in einer freien Gesellschaft auch die so genannte Verletzung religiöser Gefühle ausgehalten werden muss. Daher hat die Jury ihren Spezialpreis 2006 Ralf König für seine künstlerische Stellungnahme im Streit um die Mohammed-Karikaturen zuerkannt.“

    #chilling_effect #auto-censure #Allemage #Charlie_Hebdo #terrorisme

    • Ce qui est fantastique avec ce genre de présentation c’est que l’"Occident" n’y est plus que « tolérance » et n’y a que des « valeurs ».

      Exit le crime contre l’Irak, Bush, Blair, Guantanamo, les tortures, les dommages collatéraux, les migrants refoulés, les Roms persécutés, l’appui aux dictateurs musulmans (y compris les financeurs de « djihadistes ») l’appui aux criminels israéliens, l’islamophobie, les banksters, les paradis fiscaux, etc.., etc...

      « #nos_valeurs » #éclipses_amaurotiques

    • Je comprends Ralf König. Il s’est d’abord fait connaître comme chroniqueur du mouvement gay à une époque quand ses protagonistes se souvenaient encore de leurs annnées underground .

      Depuis les bobos homos ont transformé une partie de l’ancien quartier des squats à Berlin-Schöneberg en Marais berlinois. Problème : leurs voisins sont les jeunes défavorisés de la troisième génération d’immigrés qui habitent les logements sociaux du même quartier. En principe c’est calme, mais il y a des phases d’agression contre les homosexuels et les locaux de leurs associations.

      Que Ralf König ne veuille pas alimenter les sentiments haineux de quelques uns de ses voisins cela se comprend, peut-être il a compris aussi que son dessin n’avait pas sa place dans les discussions d’aujourd’hui.

      #LGBT #Berlin #homophobie

  • Huawei menace de représailles Elise Lucet après la diffusion d’une enquête sur France 2
    http://www.huffingtonpost.fr/2014/11/06/huawei-elise-lucet-travail-enfant-chine_n_6113844.html
    Elle n’est pas menacée, elle est blacklistée, nuance.

    « J’ai activé tous mes réseaux et madame Lucet n’aura plus aucun grand patron en interview, sauf ceux qui veulent des sensations extrêmes ou des cours de Media Training ! », a-t-il déclaré jeudi lors des Assises de l’industrie, organisées par L’Usine Nouvelle. Dans l’enquête de « Cash », la journaliste interpelle le dirigeant sans y avoir été invitée. Devant la caméra, elle montre à François Quentin le témoignage d’une jeune Chinoise de 13 ans qui explique travailler 13 heures par jour pour « nettoyer » les écrans.

  • The New Weapons of Mass Detection | Shoshana Zuboff’s Response to Martin Schulz
    FAZ 13/02/2014
    http://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/ueberwachung/shoshana-zuboff-s-response-to-martin-schulz-the-new-weapons-of-mass-detection-1

    #surveillance #tracking #silicon_army

    Shoshana Zuboff, author of The Summons: Our Fight for the Soul of an Information Civilization (Forthcoming, 2015), is the Charles Edward Wilson Professor of Business Administration (retired) at the Harvard Business School.

    The challenge I see is that, thanks to Edward #Snowden, we know that the technology revolution has once again been hijacked by the dream of perfect control. It’s being used as a Trojan horse for a still poorly understood convergence of public and private institutions that wield unprecedented power over information. This new power bloc operates outside our control as citizens and consumers. I’m calling it the military-informational complex, because its power derives from the production and deployment of what I call new weapons of mass detection composed of information and the technical apparatus required for its access, analysis, and storage.

    Eisenhower’s Message in a Bottle
    http://seenthis.net/messages/105043#message105105

    The military-information complex is a convergence of public and private expertise in the control and analysis of information camouflaged by a forest of excuses. The official story is that these growing powers are a necessary response to forces beyond control: technological requirements, digital proliferation, autonomous market dynamics, and security imperatives.

    (...)

    Rewind for a moment to 1961 and President Eisenhower’s farewell address to the American people. He had revised the speech many times over a two year period. In each draft he insisted on retaining a crucial passage, as if he was determined to send a message in a bottle to be discovered, read, and grasped by future generations. American society was under threat from a new “military-industrial complex,” he warned, and only “an alert and knowledgeable citizenry” could ensure that “security and liberty” would both prosper. Guardian readers will recognize the phrase “security and liberty” as the tag line on Glen Greenwald’s now immortal series. Greenwald found the bottle.

    Five years later economist John Kenneth Galbraith, elaborated his concept of the “technostructure” in The New Industrial State. “Power,” he wrote, had “passed to...a new production function... men of diverse technical knowledge, experience or other talent, which modern industrial technology and planning require.” Galbraith’s book celebrated an industrial oligarchy at the heart of the military-industrial complex, enmeshed in state functions and protected by state power, insulated from public accountability, and innocent of responsibility. Why? Because it promoted itself as the inevitable expression of technology’s indisputable “requirements.” Galbraith had fallen under the spell of technological determinism.

    «I’m all about demilitarization»

    Demilitarization had been essential for what Harvard Law Professor Jonathan Zittrain calls the “generative” capabilities of the Internet –– the ways it lends itself to trust, interaction, invention, and creativity. Militarization is already having the opposite effect, as firms withdraw their data from cloud servers and governments explore new regulations and infrastructures that enable nation-specific privacy controls.

    Of equal concern are the economic effects of information militarization. It suppresses the creative adaptation to human needs that is #capitalism’s greatest strength . In the annals of capitalism, the production of prosperity and well-being have depended on a steady flow of commercial “mutations” that better align business with the changing needs of people.

    In at least two cases, at Google and Facebook, one of the plans discussed was to build separate secure portals...in some instances on company servers.” In some cases, the New York Times reported, tech company employees have national security clearance. In others, NSA agents installed their own software on company servers, and even hung out at the company for days or weeks of system monitoring.

    Had Google and Facebook learned surveillance tactics from the NSA in the first place? Or was it the other way around? The identity of the military-informational complex was taking shape along with its assumptions, attitudes, interests, and perspectives. Armaments production was well underway.

    #auto-censure

    That self-censorship is a life sentence to an endlessly repeating present. Nothing new can happen once we curb our thoughts.

    • Je parlais plus haut d’Oppenheimer. Il faut comprendre que les grandes inventions réalisées durant la Seconde guerre mondiale, le radar, la pénicilline, la bombe atomique, les microfilms, les servo-mécanismes... étaient portés par des scientifiques et des techniciens auxquels les militaires donnaient à la fois de l’argent et des objectifs mobilisateurs. Ces scientifiques n’étaient pas a priori des techniciens des armées. Peut-on imaginer Einstein ou Wiener sous un uniforme ? Les militaires avaient les objectifs, et les scientifiques les méthodes, notamment une dont on a encore du mal à mesurer l’importance, qui est l’interdisciplinarité. Mais comme toujours avec les militaires, les objectifs prennent le pas sur les acteurs. Même Eisenhower l’a souligné dans son « testament ».
      Dans l’esprit de Brand, mais aussi des autres acteurs de la Silicon Valley, et cela dès les années cinquante, la technique et les méthodes scientifiques avaient une autonomie qui permettrait de les retourner contre les objectifs premiers des militaires et de leur appareil productif centralisé. C’était réellement une utopie, et encore une fois la surveillance généralisée exercée par la NSA vient nous le rappeler. Mais elle a joué son rôle, en produisant une forme de « démocratie technique », c’est-à-dire une méritocratie, dans laquelle les individus chercheurs ou informaticiens sont évalués en fonction de leurs apports et non des objectifs assignés. Que l’on regarde la teneur du culte de Steve Jobs au lendemain de son décès.
      http://www.davduf.net/stewart-brand-aux-sources-troubles-de-la-belle