• De l’automatisation des inégalités | InternetActu.net
    http://www.internetactu.net/2018/01/15/de-lautomatisation-des-inegalites

    Les processus de décision sont de plus en plus confiés à des machines, rappelle la chercheuse. « Des systèmes d’éligibilité automatisés, des algorithmes de classements, des modèles de prédiction des risques contrôlent les quartiers qui doivent être policés, quelles familles peuvent obtenir des aides, qui peut accéder à un emploi, qui doit être contrôlé pour fraude. (…) Notre monde est parcouru de sentinelles informationnelles (…) : d’agents de sécurité numérique qui collectent de l’information sur nous, qui fabriquent des inférences à partir de nos comportements et contrôlent l’accès aux ressources ». Si certains sont visibles, la plupart sont impénétrables et invisibles. « Ces outils sont si profondément tissés dans la fabrique de la vie sociale, que la plupart du temps, nous ne remarquons même pas que nous avons été surveillés et analysés ».

    Comme le confesse Eubanks : « Je trouve troublant la philosophie qui voit les êtres humains comme des boites noires inconnaissables et les machines comme transparentes. Ce me semble être un point de vue qui renonce à toute tentative d’empathie et qui verrouille toute possibilité de développement éthique. L’hypothèse qui veut que la décision humaine soit opaque et inaccessible est un aveu que nous avons abandonné la responsabilité que nous avons à nous comprendre les uns les autres. »

    #inegalites #automatisation


  • #API Days : neutre, l’informatique ?
    http://www.internetactu.net/2018/02/12/api-days-neutre-linformatique

    Par nature, les interfaces de programmation (API) proposent des modalités d’interaction assez définies pour les services qui souhaitent les utiliser. Elles reposent sur des autorisations spécifiques et proposent des modalités d’échanges balisées, normalisées. La grande question qui se pose alors est de savoir si elles permettent vraiment d’innover. Elles permettent (...)

    #Articles #Débats #automatisation #neutralité


  • La déliquescence sociale des États-Unis, par Olivier Raguenes (repris sur le Blog de Paul Jorion) medium.com - 15 Janvier 2018
    https://www.pauljorion.com/blog/2018/01/16/la-deliquescence-sociale-des-etats-unis-par-olivier-raguenes
    https://medium.com/@olivierraguenes/la-d%C3%A9liquescence-sociale-des-%C3%A9tats-unis-e3b0549be879

    • L’espace médiatique consacré aux États-Unis, dans la presse du monde entier, est monopolisé par les polémiques causées par Donald Trump. Au-delà du caractère dangereux et imprévisible du personnage, son élection est un symptôme parmi d’autres d’une société en déliquescence. L’arbre incandescent Trump dissimule une forêt en flammes : celle de la société états-unienne. Un système social en lambeaux, des écoles délabrées, des ponts et des barrages qui ne tiennent plus qu’à un fil, des centres commerciaux qui ferment par centaines… différents pans de la société états-unienne sont fragilisés, notamment par les coupes budgétaires des administrations publiques.

    • Il ne sera pas question ici d’envisager un effondrement des États-Unis à proprement parler, ni même de prétendre à un quelconque diagnostic de la misère sociale de certaines populations états-uniennes ; mais plutôt d’envisager plusieurs facettes d’un phénomène de décomposition sociale au cœur de la première puissance mondiale.

    LE “CROWDFUNDING” COMME MODÈLE SOCIAL

    • Le système social états-unien d’abord lancé par Truman puis réduit en cendres par Reagan, est un enjeu du débat politique entre Républicains et Démocrates depuis près d’un siècle. En 2008, le gouvernement fédéral démocrate avait fait de l’”Obamacare” un axe fort de sa politique sociale. Dès lors, les États-Uniens devaient bénéficier d’un système de couverture maladie efficace et ouvert à toutes et tous. Malheureusement inaboutie, cette réforme n’a pas réussi à répondre aux coûts de soin croissants des plus graves maladies, à commencer par les cancers. Les frais médicaux sont la première cause de faillite des ménages aux États-Unis nous indique le professeur de droit Daniel A. Austin. Pour faire face à la nécessité de soins quand le budget des malades est insuffisant, nombreux sont contraints de recourir au “crowdfunding” (ou financement participatif) pour payer leurs frais de santé. L’auteur Stephen Marche montre comment cette démarche est devenue un concours de popularité où les malades tentent dramatiquement de susciter l’identification des internautes afin de récolter de l’argent. Pourtant, près de 90% de ces tentatives ne lèvent pas les fonds nécessaires aux soins. Des entreprises comme GoFundMe ou YouCaring font de cette faille abyssale du système de santé un modèle économique en prélevant leur part sur les dons. Dans le même temps, l’administration Trump tente de détricoter les maigres avancées de l’Obamacare en renforçant cette dynamique mortifère. L’accès aux soins de santé devient un enjeu sanitaire majeur pour les classes populaires des États-Unis, et les inégalités sont exacerbées, aux dépens des minorités. D’autres secteurs publics sont dans une situation précaire dans le pays, à commencer par les écoles.

    • La précarité des bâtiments scolaires a été soulevée par ces images partagées sur les réseaux sociaux, où l’on voit des élèves de Baltimore en classe par des températures glaciales, parfois inférieures à 6°C. C’est l’occasion d’une empoignade entre politiques, mais les raisons tiennent bien davantage aux budgets très restreints des infrastructures publiques aux États-Unis, et ce, peu importe la couleur du maire ou du gouverneur. La situation est bien plus grave qu’une panne de chauffage ponctuelle lors d’un événement météorologique extrême. Une commission menée par la structure gérant les écoles publiques de Baltimore a estimé que deux tiers des écoles de l’agglomération étaient dans un état “très précaire”, nécessitant pour plus de cinq milliards de dollars de travaux. Au-delà du cas devenu emblématique de Baltimore, ou encore de Detroit, les écoles publiques de l’ensemble du pays sont pour beaucoup délabrées. Plus de la moitié d’entre elles ont besoin de travaux pour revenir à un “bon état”. La réussite scolaire est pourtant liée à la qualité des infrastructures. Les familles aisées préfèrent inscrire leurs enfants dans le privé, quitte parfois à s’endetter pour le faire. Cette situation précaire ne date pas d’aujourd’hui, déjà en 1995 le gouvernement fédéral estimait nécessaires des investissements majeurs pour rétablir une école publique viable dans le pays. Depuis, face aux coupes des finances publiques, les budgets consacrés aux écoles n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2008. Les citoyens de Baltimore ont pour l’instant lancé une campagne de financement participatif afin de garantir un service décent dans les écoles. Donald Trump a promis un investissement de plus de mille milliards de dollars dans les infrastructures considérées prioritaires, dont les écoles. Mais elles ne sont pas seules à être dans un état déplorable, le système des transports souffre aussi d’un manque de moyens.

    INFRASTRUCTURES OBSOLÈTES ET HAUSSE DES COÛTS D’ENTRETIEN

    • Le ministère des transports fédéral reconnaît sur son site un cruel manque d’investissement public et appelle à une vision à long terme du réseau de routes et de ponts. Au Massachusetts ou à Rhode Island, plus d’un pont sur deux est déficient ou obsolète. Le Colorado ne dispose plus d’un budget suffisant pour maintenir en état son système routier. Le problème des infrastructures aux États-Unis se pose déjà sur le plan de l’efficacité du réseau, le temps perdu dans les transports par les foyers états-uniens est important, ce coût financier est estimé à 3400$ par an et par ménage. Mais ce problème se pose aussi au sujet de la sécurité des usagers. Les infrastructures sont dans un état très précaire, un barrage a même menacé de céder en février 2017, nécessitant l’évacuation de 200 000 personnes en Californie. La force publique peine donc déjà à entretenir les réseaux existants pour assurer leurs usages habituels. Si les structures sont en plus dégradées, le coût devient alors insupportable. La récurrence accrue des épisodes météorologiques extrêmes cause des dégâts matériels importants. Aux États-Unis, le coût des événements “naturels”, rendus plus forts à cause du dérèglement climatique provoqué notamment par l’activité économique états-unienne, a atteint un record en 2017. Ces dégâts sont cent fois plus coûteux que dans les années 1980 ! Le Wall Street Journal présente comment les assureurs, face aux incendies qui sont de plus en plus fréquents, emploient leurs propres pompiers pour préserver les maisons les plus coûteuses. La lutte anti-incendie n’est alors plus publique, mais bien privée, et devient un facteur supplémentaire d’inégalité.

    • L’approvisionnement en eau est un problème dans le Sud-Ouest des États-Unis. Le débit du fleuve Colorado a baissé de 19% depuis les années 1990, et les experts estiment qu’à l’avenir, il faudra s’attendre à des restrictions de consommation de l’ordre de 35%. L’activité agricole est concernée, les prélèvements lui sont vitaux mais affectent les réserves d’eau. Située dans le désert, une ville comme Las Vegas demeure l’un des pôles touristiques et médiatiques forts des États-Unis. La “capitale du jeu” est aujourd’hui une agglomération menacée par le dérèglement climatique à travers les sécheresses. Soumise à de réels problèmes d’approvisionnement en eau, les investissements de la ville se multiplient pour tenter de repousser le problème, en utilisant toujours davantage d’énergie pour pomper l’eau depuis des réserves éloignées. Pour l’instant, bien aidés par des épisodes pluvieux, les efforts pour limiter les prélèvements du lac Mead donnent des résultats positifs, mais jusqu’à quand ?

    LE “RETAIL APOCALYPSE” OU LA DÉSERTION COMMERCIALE ET SOCIALE

    • Un nouveau phénomène affecte les tissus économiques, sociaux et ruraux des États-Unis. Appelé “retail apocalypse”, il s’agit en fait de la fermeture par centaines de centres commerciaux à travers le pays, les fameux “malls”. En 2017, Business Insider estime à 9 000 le nombre d’enseignes disparues, en 2018 cet effondrement pourrait provoquer la fermeture de 12 000 magasins. L’impact social de ces fermetures est très lourd localement, la situation du comté de McDowell est à ce titre éclairante mais dramatique. Déjà, les communautés rurales avaient accueilli l’arrivée de grandes structures commerciales avec enthousiasme. Des enseignes comme Walmart représentaient pour eux des opportunités d’emplois inespérées. Malheureusement, les populations locales sont entrées dans un état de dépendance vis-à-vis de ces structures. Walmart remplace les commerces de proximité, fournit aux gens des salaires et tous leurs biens de consommation (notamment la nourriture), mais accapare le lien social entier d’une communauté. Un instituteur indique même : “qu’il n’y a plus d’endroit pour rester et discuter”. Ces structures endossent dans les territoires nord-américains un rôle de centralité. Si elles viennent à disparaître, le maillage territorial se décompose. De plus, une fois que Walmart a fermé, les impôts versés localement s’envolent, réduisant le budget des écoles de 10%. En quelques mois, les emplois directs y sont passés de trois cent à zéro.

    • Les distributeurs sont des pourvoyeurs importants d’emplois aux États-Unis, la faillite de ces magasins représente donc une perte d’emplois considérable. Les femmes sont bien plus concernées que les hommes par ces suppressions de postes. Entre novembre 2016 et novembre 2017, 129 000 femmes ont perdu leur emploi dans la vente d’après les statistiques officielles du département du travail états-unien. Les hommes eux, ont assez largement l’opportunité de se tourner vers l’industrie.

    • Les secteurs d’activité autrefois créateurs d’emplois se tournent désormais vers l’automatisation, à commencer par l’industrie pétrolière. Les nombreux emplois supprimés par les majors lors de l’épisode de bas prix du pétrole, n’ont pas été recréés suite à la hausse des cours, les industriels investissant très largement dans les machines pour assurer l’exploitation.

    • La déception de nombreux électeurs de Trump en 2016 a été illustrée par l’élection d’un démocrate à la tête de l’État d’Alabama. Les électeurs blancs de l’État ont préféré rester chez eux plutôt que de soutenir le candidat républicain accusé d’agression sexuelle. A contrario, les populations afro-américaines se sont plutôt mobilisées pour faire élire un démocrate. Cette société est toujours aussi divisée. Les hommes blancs plutôt âgés qui se sont déplacés ont voté à 70% pour le candidat républicain quand les femmes afro-américaines ont voté à près de 98% pour le candidat démocrate. Plus généralement, cet État illustre les tensions raciales, mais aussi la misère rurale de nombreuses régions des États-Unis. Des représentants de l’Organisation des Nations Unies ont visité le pays et notamment l’Alabama pour enquêter sur la pauvreté dans les pays développés. Le rapporteur, le professeur de droit Philip Alston, a été suivi par le Guardian lors de son voyage à travers les États-Unis. Il dit avoir vu “l’échec d’une société”. Cette misère, particulièrement criante dans les États du Sud, se perçoit à l’aide de l’habitat, des infrastructures, de la culture, mais aussi à travers les données sanitaires.

    DE L’ABANDON SANITAIRE ET SOCIAL

    • L’ankylostomose, une maladie qui concerne d’habitude les pays les plus pauvres et qui avait été éradiquée dans les années 1980 des États-Unis, est réapparue depuis quelques années dans la “blackbelt”, en particulier dans l’Alabama. Les systèmes d’égouts et de traitement des eaux y sont très largement défaillants, les bactéries et les parasites prolifèrent. Là encore, les Afro-américains sont les principaux touchés, leur situation économique et sanitaire est parfois déplorable. Le docteur Peter Hotez estime que douze millions de personnes pourraient souffrir de maladies tropicales dans le Sud des États-Unis. La maladie de Lyme se développe de façon incontrôlée dans tout l’Est du pays, en région rurale. Un élément principal de cette prolifération est l’anéantissement de la grande faune sauvage depuis plusieurs siècles. Les victimes font face, comme en France, à un aveuglement des autorités sanitaires.

    • La misère sociale affecte aussi des mégapoles à l’image plutôt riche. Ainsi à Los Angeles, le nombre de personnes sans domicile fixe a bondi de 25% en un an, concernant 55 000 personnes en 2017. Cette situation est aussi empirée par l’administration Trump, qui ne cesse d’amputer les budgets en faveur du logement des plus précaires. Les villes sont donc aussi concernées par ce phénomène de déclassement social. Le film The Florida Project aborde la problématique sociale des Millenials (ou Génération Y) États-uniens, en particulier celle des jeunes mères. Elles y apparaissent sans diplôme, sans emploi stable, sans source de revenus, sans contact avec leur famille, bref en rupture totale avec la société. Le lien social se limite pour elles à leur voisinage. Pourtant, la protagoniste vit aux portes de Disneyland, symbole de la puissance culturelle et de la vitalité économique états-unienne. Son seul contact avec l’administration a pour visée de lui retirer la garde de sa fille. Ce film met des visages sur cette dégradation sociale qui devient très prégnante aux États-Unis. Ceci dit, les personnes les plus en rupture avec la société états-unienne vivent majoritairement dans les milieux ruraux.

    LE NAUFRAGE RURAL

    • Le Wisconsin est à cet égard un exemple marquant. État rural très agricole, il est le lieu depuis plusieurs années d’un drame social. De nombreux hommes blancs relativement âgés s’y donnent la mort. En pleine crise agricole, en 1982, le taux de suicide des agriculteurs avait atteint un premier record. En 2016, ce taux est 50% supérieur ! Pis, en 2017 ce taux est deux fois supérieur à celui des militaires vétérans, et trois fois supérieur à l’ensemble de la population. Le psychologue Mike Rosmann parle des agriculteurs comme d’une “espèce en danger”. Plus la région est rurale, plus le nombre de suicides y est élevé. Le docteur John Frey livre son explication, selon lui les facteurs sociaux qui affectent la durée de vie (santé, salaire, lien social) empirent, il pointe aussi du doigt la “désintégration de la communauté”, estimant que “le suicide est un acte de colère”. Il assimile ce phénomène à une ”épidémie invisible”. Aux États-Unis, bien que contestée, la liberté d’acheter et de porter une arme est pour beaucoup fondamentale. Plutôt qu’un moyen de défense, c’est un outil d’auto-destruction puisque 60% des décès causés par les armes à feu sont des suicides. La pygargue à tête blanche, emblème de la force états-unienne, a du plomb dans l’aile. Au-delà du suicide par arme à feu, d’autres comportements individuels destructeurs se multiplient aux États-Unis.

    • Le nombre d’overdoses générées par la surconsommation d’opioïdes a augmenté de 21% entre 2015 et 2016 aux États-Unis. Le nombre de décès causés par ce phénomène a été multiplié par six entre 2013 et 2016. Ce fléau qui concerne de plus en plus de jeunes adultes, bénéficie aux entreprises qui vendent ces produits. Et c’est là tout le paradoxe de ce pays : une minorité génère son profit aux dépens des classes populaires. Le New Yorker détaille la manière dont la famille Sackler s’enrichit de cette explosion de la consommation d’opioïdes.

    • La conjugaison de la hausse des suicides en milieu rural et de la crise d’opioïdes, a fait reculer l’espérance de vie états-unienne pour la deuxième année consécutive. En 1974, Emmanuel Todd anticipait l’effondrement de l’URSS en se basant sur un certain nombre de facteurs, dont le recul de l’espérance de vie. Sa démarche a inspiré l’ingénieur Dmitry Orlov, qui a tenté de définir Les Cinq Stades de l’Effondrement en appliquant son raisonnement aux États-Unis. Plutôt que de considérer ses travaux comme prophétiques, il convient toutefois de réaliser que l’effondrement social est a minima partiel, et que les budgets alloués aux politiques sociales ne cessent de fondre. La presse anglo-saxonne grand public ne rejette plus la perspective d’un ”collapse”. Parmi les facteurs qui ont causé l’effondrement de plusieurs sociétés par le passé, les inégalités de revenus apparaissent déterminantes. Cela se traduit déjà pour l’espérance de vie aux États-Unis : dix ans d’écart séparent le quart le plus riche et le quart le plus pauvre de la population.

    LE GOUFFRE DES INÉGALITÉS 

    • Les inégalités aux États-Unis concernent la santé, l’accès aux services élémentaires, l’accès à l’emploi, la couleur de peau, le sexe… mais aussi les revenus. D’après le rapport mondial des inégalités 2018 coordonné notamment par Thomas Piketty, le pourcent le plus riche concentre aujourd’hui plus de 20% des richesses, contre moins de 11% en 1980. À l’inverse, la moitié la plus pauvre du pays représentait près de 21% des richesses en 1980 contre à peine 13% en 2016. Ces deux dynamiques opposées ne se retrouvent pas dans les pays d’Europe de l’Ouest, pourtant, en 1980 ces mesures statistiques donnaient des résultats très proches des deux côtés de l’Atlantique. Mais ce qui est plus intéressant encore, c’est d’observer la perception qu’ont les États-Uniens de cette répartition des richesses. Michael I. Norton et Dan Ariely montrent qu’aux yeux des cinq mille sondés de leur étude, les 20% les plus riches capteraient moins de 60% des richesses. Selon la logique du “winners take it all”, les 20% les plus fortunés représentent en fait près de 90% des richesses. Enfin, le ratio entre les revenus des dirigeants des entreprises et les salariés est passé de 20 en 1965 à près de 1000 au cours des années 2010 dans certains secteurs d’activité ! Dans son rapport annuel sur les risques, le Forum économique mondial alerte sur la hausse des inégalités dans plusieurs pays, dont les États-Unis. L’économiste Robert J. Gordon s’inquiète de la baisse du niveau de vie des ménages les plus pauvres des États-Unis. Mais il note aussi une certaine convergence entre les franges les plus pauvres des différentes communautés, une forme d’égalité relativement nouvelle entre Blancs, Hispaniques et Afro-américains face à la misère.

    • Certes, le chômage est revenu à un taux historiquement bas et continue globalement à baisser, mais le taux de délinquance qui avait une évolution similaire jusqu’au milieu des années 2010, ne baisse plus. D’une part, de nombreux foyers sont toujours dans une situation de détresse financière, et d’autre part, les catégories les plus jeunes sont elles aussi étranglées par les prêts (études, logement, consommation). La réserve fédérale estime même que 38% des prêts étudiants ne sont pas remboursés, ce qui est une source de déséquilibre pour les banques. Le taux de chômage bas cache aussi la vague d’emplois à temps partiel qui a déferlé à partir de 2010. Près de six millions d’États-Uniens travaillant à temps partiel souhaitent passer à temps plein. Un quart des travailleurs à temps partiel serait en situation de pauvreté. Au-delà du salaire forcément réduit, certain⋅e⋅s employé⋅e⋅s à temps partiel perdent aussi leur couverture maladie. Incité⋅e⋅s par leurs employeurs à recourir à l’Obamacare avant l’élection de Donald Trump, qu’adviendra-t-il de ces populations quand le système entier aura été mis à sac ?

    • Le soulman Sam Cooke chantait son espoir de jours meilleurs dans A Change Is Gonna Come en 1963, et fut (vraisemblablement) assassiné quelques années plus tard. Charles Bradley, l’un de ses héritiers sur le plan artistique, lui répondit dans Why Is It So Hard ? en 2011. Désabusé de sa condition d’Afro-américain aux États-Unis, Bradley chanta alors : “on dirait que rien ne va changer”. De nombreux Afro-américains sont encore considérés comme des citoyens de seconde zone, le mouvement Black Lives Matter a permis de mettre en avant les violences dont ils font l’objet. D’après le rapport sur les inégalités publié chaque année par l’Université des Standford, environ 25% des Hispaniques, des Afro-américains, et des Amérindiens sont pauvres, contre 10% seulement pour les communautés asiatique et blanche. Sur ce plan, il n’y a pas eu d’évolution significative depuis 1980 !

    • Les discriminations et les traitements inégaux sont des composantes intrinsèques de la culture états-unienne. Cependant, des démarches existent pour tenter de renverser le paradigme racial. Aussi, le mouvement #MeToo permet de libérer la parole des femmes à travers le pays, ainsi que de faire trembler beaucoup d’hommes de pouvoir qui ont très largement abusé de leurs positions, parfois de manière criminelle.

    VERS UN RETOUR À LA TERRE ?

    • Plus qu’une période de crise, c’est une situation qui empire progressivement au cours des années. En matière sociale, les deux mandats de Barack Obama n’ont pas permis de réduire les inégalités géographiques, salariales, raciales, et sexuelles, ni même d’atténuer la tension entre policiers et communauté afro-américaine. Les politiques menées par Donald Trump ne permettront pas non plus de résoudre ces problèmes, ni de les mitiger. Même les classes moyennes, qui depuis l’essor du “American way of life” semblaient profiter d’une croissance économique régulière, sont en grande partie des perdants des évolutions du pays ces dernières années. Certains rejoignent la “classe moyenne supérieure”, mais la majorité rejoint de fait les classes populaires. Quelques privilégiés prétendent encore au “rêve américain”, mais la majorité vit quelque chose qui ressemble plutôt à une dystopie états-unienne.

    • Alors, nombreux sont ceux à envisager un retour à la terre. Pour la deuxième fois au cours du dernier siècle, le nombre d’agriculteurs de moins de 35 ans a augmenté aux États-Unis en 2017, dont 69% de diplômés du supérieur. Ces jeunes promeuvent une agriculture plus résiliente, indépendante des pesticides et de l’agro-industrie. Ils ne remplacent en rien les agriculteurs plus âgés qui abandonnent leurs exploitations dans les milieux plus ruraux, mais ils offrent une nouvelle dynamique aux espaces périurbains. L’effondrement industriel de Detroit et sa renaissance par l’agriculture urbaine forment un exemple de transition difficile mais médiatisée et vectrice d’espoir. Les communautés abandonnées par les constructeurs automobiles, qui constituaient pendant le XXème siècle l’alpha et l’oméga de la “Motor Town”, dont de très nombreux Afro-américains, y ont réussi à développer une agriculture vivrière low-tech, résiliente et saine.

    • Et si chacune et chacun trouvait sa place grâce à la terre ? Et si cette transition agro-écologique était le meilleur moyen de lutter contre les inégalités ? Et si finalement, Sam Cooke avait raison ?

    • RESUME

      Le système social états-unien . . .
      La #précarité des bâtiments scolaires . . . .

      INFRASTRUCTURES OBSOLÈTES ET HAUSSE DES COÛTS D’ENTRETIEN
      Un cruel manque d’investissement public . . . . .
      . . . . .
      L’approvisionnement en #eau est un problème dans le Sud-Ouest des États-Unis. . . .
      . . . . .

      LE “RETAIL APOCALYPSE” OU LA DÉSERTION COMMERCIALE ET SOCIALE
      il s’agit en fait de la fermeture par centaines de #centres-commerciaux à travers le pays, les fameux “malls”. En 2017, Business Insider estime à 9 000 le nombre d’enseignes disparues, en 2018 cet effondrement pourrait provoquer la fermeture de 12 000 magasins. . . .
      . . . . .
      Les distributeurs sont des pourvoyeurs importants d’emplois aux États-Unis, la faillite de ces magasins représente donc une perte d’emplois considérable. Les femmes sont bien plus concernées que les hommes par ces suppressions de postes. Entre novembre 2016 et novembre 2017, 129 000 femmes ont perdu leur emploi dans la vente d’après les statistiques officielles du département du travail états-unien. Les hommes eux, ont assez largement l’opportunité de se tourner vers l’industrie. . . . . .
      . . . . .
      Les secteurs d’activité autrefois créateurs d’emplois se tournent désormais vers l’#automatisation, . . .
      . . . . .
      La déception de nombreux électeurs de #Trump en 2016 a été illustrée par l’élection d’un démocrate à la tête de l’État d’#Alabama. . . . .
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      DE L’ABANDON SANITAIRE ET SOCIAL
      L’#ankylostomose, une maladie qui concerne d’habitude les pays les plus pauvres et qui avait été éradiquée dans les années 1980 des États-Unis, est réapparue depuis quelques années dans la “blackbelt”, . . . .
      . . . . .
      La misère sociale affecte aussi des mégapoles à l’image plutôt riche. Ainsi à Los Angeles, le nombre de personnes sans domicile fixe a bondi de 25% en un an, concernant 55 000 personnes en 2017. . . .
      . . . . . ⁃
      LE NAUFRAGE RURAL
      Le Wisconsin est à cet égard un exemple marquant. . . . . .
      . . . . .
      Le nombre d’overdoses générées par la surconsommation d’#opioïdes a augmenté de 21% entre 2015 et 2016 aux États-Unis. Le nombre de décès causés par ce phénomène a été multiplié par six entre 2013 et 2016. . . . . .
      . . . . .
      La conjugaison de la hausse des #suicides en milieu rural et de la crise d’opioïdes, a fait reculer l’espérance de vie états-unienne pour la deuxième année consécutive.
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      LE GOUFFRE DES INÉGALITÉS 
      Les inégalités aux États-Unis concernent la santé, l’accès aux services élémentaires, l’accès à l’emploi, la couleur de peau, le sexe… mais aussi les revenus. . . . . .
      . . . . .
      Certes, le chômage est revenu à un taux historiquement bas et continue globalement à baisser, mais le taux de #délinquance qui avait une évolution similaire jusqu’au milieu des années 2010, ne baisse plus. . . . . .
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      D’après le rapport sur les #inégalités publié chaque année par l’Université des Standford, environ 25% des Hispaniques, des Afro-américains, et des Amérindiens sont pauvres, contre 10% seulement pour les communautés asiatique et blanche. Sur ce plan, il n’y a pas eu d’évolution significative depuis 1980 !. . . . .
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      Les #discriminations et les traitements inégaux sont des composantes intrinsèques de la culture états-unienne. . . . . .
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      VERS UN RETOUR À LA TERRE ?
      Plus qu’une période de crise, c’est une situation qui empire progressivement au cours des années. En matière sociale, les deux mandats de Barack Obama n’ont pas permis de réduire les inégalités géographiques, salariales, raciales, et sexuelles, ni même d’atténuer la tension entre policiers et communauté afro-américaine. . . . . .
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      Alors, nombreux sont ceux à envisager un retour à la terre. Pour la deuxième fois au cours du dernier siècle, le nombre d’agriculteurs de moins de 35 ans a augmenté aux États-Unis en 2017, dont 69% de diplômés du supérieur. . . . . .
      . . . . .
      Et si chacune et chacun trouvait sa place grâce à la terre ? Et si cette transition agro-écologique était le meilleur moyen de lutter contre les inégalités ? Et si finalement, Sam Cooke avait raison ? . . . . .


  • « Pour #Amazon, on est des robots »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/140118/pour-amazon-est-des-robots

    Après le scandale provoqué par l’enquête de l’émission « Cash Investigation » sur #Lidl, les salariés de la distribution #low_cost et des entrepôts ont commencé à témoigner du caractère déshumanisant de leur #Travail. Élodie Kahit, préparatrice chez Amazon, et Cyrine Gardes, doctorante en sociologie, racontent les coulisses du commerce à bas coût.

    #France #automatisation #hard_discount #luttes #salaires #sante #syndicalisme


  • Driverless Hotel Rooms: The End of Uber, Airbnb and Human Landlords

    https://hackernoon.com/driverless-hotel-rooms-the-end-of-uber-airbnb-and-human-landlords-e39f92

    “Good evening ladies and gentlemen, we’re about to begin our descent into Sydney. Please fasten your seatbelts and place your trays in the upright position. Local time is 8:42pm and a humid 27 degrees. Our flight crew wishes you a Happy New Year, and we hope you fly with us again in 2025.”

    Screeech. You’ve landed. Time to relax those butt cheeks.

    It was only this morning you booked this flight, and now you’re on the other side of the planet. Amazing. You’re nervous but excited to visit Australia for the first time. One week to explore the city and five weeks on a new design project. When that project match showed up in your feed you claimed it in two seconds. You’ve already earned 24,000 $design in the peerism economy.

    #uber #automatisation #robots #disparition_humaine


  • rapport McKinsey : automatisation : 375 millions de personnes forcées de changer d’emploi d’ici 2030 ?
    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/automatisation-375-millions-de-personnes-forcees-de-changer-d-emploi-d-ici

    Dans une étude, le cabinet McKinsey estime que l’automatisation pourrait avoir des conséquences sur 60% des emplois dans le monde. Face à ces mutations, les experts recommandent aux Etats d’investir dans la formation des travailleurs pour qu’ils acquièrent de nouvelles compétences rapidement.
    Selon la dernière étude du cabinet McKinsey, l’automatisation du travail pourrait avoir des conséquences sur une large part de la population active mondiale d’ici 2030. D’après des estimations évoquées dans le rapport intitulé « Emplois perdus, emplois gagnés : l’évolution des forces de travail au moment de l’automatisation », entre 400 et 800 millions d’actifs pourraient être touchés par cette transformation alors que la population active mondiale est estimée à 2,6 milliards selon des chiffres cités dans le document.

    Emplois : vers une automatisation totale sous 120 ans ?
    http://www.telecoms-media-pouvoir.net/index.php/etudes/emplois-vers-une-automatisation-totale-sous-120-ans


  • Révolution contre le travail ? La critique de la valeur et le dépassement du capitalisme, par Anselm Jappe
    http://www.palim-psao.fr/2017/10/revolution-contre-le-travail-la-critique-de-la-valeur-et-le-depassement-d

    Le Marx « ésotérique » se trouve dans une partie assez restreinte de son œuvre de la maturité et, sous sa forme la plus concentrée, dans le premier chapitre du premier volume du Capital : Marx y examine les formes de base du mode de production capitaliste, à savoir la marchandise, la valeur, l’argent et le travail abstrait. Il ne traite pas ces catégories – comme l’avaient fait Adam Smith et David Ricardo et comme le feront plus tard, implicitement, presque tous les marxistes – en tant que présupposés neutres, naturels et transhistoriques de toute vie en société, dont on peut seulement discuter les différentes formes de gestion possible, mais non l’existence elle-même. Au contraire, il les analysait, non sans hésitations et contradictions, cependant, comme des éléments appartenant à la seule société capitaliste – et en même temps comme des catégories négatives qui empêchent toute socialité consciente. La valeur, comme forme sociale, ne considère pas l’utilité réelle des marchandises, mais seulement la quantité de « travail abstrait » qu’elles contiennent, c’est-à-dire la quantité de pure dépense d’énergie humaine mesurée en temps. Elle se représente dans une quantité d’argent. Le capitalisme se caractérise à un niveau profond par le fait que la société tout entière est dominée par ces facteurs anonymes et impersonnels. C’est ce que Marx appelle « fétichisme de la marchandise », qui n’est nullement réductible à une simple « mystification » de la réalité capitaliste.

    […]

    Chez Marx, le statut théorique du travail n’est pas toujours très clair. Mais il est indéniable que le travail sous son aspect de « travail abstrait », de pure dépense d’énergie, y constitue une catégorie négative et « fétichiste ». C’est le travail abstrait – ou, pour mieux dire, le côté abstrait de chaque travail –, et lui seulement, qui donne leur « valeur » aux marchandises, et qui forme donc aussi la « substance » du capital. Le capital n’est pas le contraire du travail, mais sa forme accumulée ; le travail vivant et le travail mort ne sont pas deux entités antagonistes, mais deux « états d’agrégation » différents de la même substance de travail. En tant que travailleur, le travailleur n’est nullement hors de la société capitaliste, mais constitue l’un de ses deux pôles. Une « révolution des travailleurs contre le capitalisme » est alors une impossibilité logique ; il ne peut exister qu’une révolution contre l’assujettissement de la société et des individus à la logique de la valorisation et du travail abstrait

    […]

    On ne pourra pas abolir la valeur sans abolir le travail qui la crée – voilà pourquoi une contestation du capitalisme au nom du travail n’a pas de sens. On se trompe également en opposant le « bon » travail concret au « mauvais » travail abstrait : si l’on abolissait la réduction de tous les travaux à ce qu’ils ont en commun – la dépense d’énergie –, il ne resterait pas le travail « concret » (cette catégorie est elle-même une abstraction), mais une multiplicité d’activités qui sont liées chaque fois à un but déterminé – comme c’était le cas dans les sociétés précapitalistes qui en effet ne connaissaient pas le terme « travail » au sens moderne.

    […]

    Pendant longtemps, la diminution de la valeur (et donc de la portion de survaleur et de profit) contenue dans chaque marchandise particulière a été compensée (voire surcompensée) par l’extension absolue de la production – donc en remplissant le monde de marchandises, avec toutes les conséquences que cela a comportées. Mais avec la fin de la phase fordiste s’est épuisé le dernier modèle d’accumulation basé sur l’utilisation massive de travail vivant. Depuis lors, les technologies – qui ne créent pas de valeur – assurent l’essentiel de la production, dans presque tous les domaines. La masse absolue de valeur, et donc de survaleur, chute à pic. Cela met en crise toute la société basée sur la valeur – mais aussi les travailleurs eux-mêmes. Ce n’est plus l’exploitation qui est le problème principal créé par le capitalisme, mais les masses croissantes d’êtres humains « superflus », c’est-à-dire non nécessaires pour la production, et donc également incapables de consommer. Après sa longue phase d’expansion, le capitalisme se trouve depuis des décennies en rétrécissement, malgré la « mondialisation » : les personnes, les milieux, les régions capables de participer à un cycle « normal » de production et de consommation de valeur assument de plus en plus l’aspect d’« îles » dans une marée montante de laissés-pour compte qui ne servent même plus à être exploités. Et il est vain de revendiquer du « travail » pour eux, étant donné que la production n’en a pas besoin et qu’il serait absurde d’obliger des personnes à exécuter des travaux inutiles comme condition préliminaire de leur propre survie. Il faudrait plutôt revendiquer le droit de bien vivre pour chacun, indépendamment de la question de savoir s’il a réussi, ou pas, à vendre une force de travail dont souvent personne ne veut plus.

    […]

    Pourquoi le système capitaliste ne s’est-il pas encore complètement écroulé ? Principalement en raison de la « financiarisation », c’est-à-dire de la fuite dans le « capital fictif » (Marx). Après que l’accumulation réelle s’est presque arrêtée, c’est le recours toujours plus massif au crédit qui a permis de simuler la poursuite de l’accumulation. L’abandon de la convertibilité du dollar en or en 1971 en était une espèce de date symbolique. Cette atmosphère de simulation – on pourrait dire de virtualisation – s’est alors étendue à la société entière. Elle explique la large diffusion des approches dites « postmodernes » dans tous les domaines. Dans les crédits, des profits futurs espérés – mais qui n’arriveront plus jamais – sont consommés à l’avance et maintiennent en vie l’économie. Comme on le sait, ces crédits et les autres formes d’argent fictif (valeurs boursières, prix immobiliers) ont atteint des dimensions astronomiques et alimentent une spéculation gigantesque qui peut avoir des répercussions terribles sur l’économie « réelle », comme cela est arrivé en 2008. Mais la spéculation, loin d’être la cause des crises du capitalisme et de la pauvreté croissante, a plutôt aidé pendant des décennies à différer la grande crise. La cause réside dans le fait que toutes les marchandises et services additionnés représentent, bien que leur nombre grandisse, une quantité toujours moindre de valeur. Cela implique aussi qu’une grande partie de l’argent circulant dans le monde est « fictif », parce qu’il ne représente pas du travail effectivement dépensé de manière « productive » (productive pour la reproduction du capital).

    […]

    Si l’on entend par « révolution » une véritable rupture avec le travail comme expression fétichisée et autonomisée de la vie sociale, alors il faut conclure qu’aucune révolution n’a eu lieu pendant l’histoire du capitalisme. Une telle sortie de la « civilisation » capitaliste n’a même jamais été envisagée sérieusement. Elle est seulement apparue de temps en temps comme un éclair du possible à l’horizon. La critique de l’appareil technologique qui est le support indispensable du travail abstrait fut également très largement esquivée dans l’histoire des mouvements de contestation. On ne peut cependant pas considérer une rupture de ce genre comme purement « utopique » ou « irréaliste » : le capitalisme, où le travail abstrait, la valeur et l’argent constituent les instances de médiation sociale, est un phénomène historique. Il ne fait pas partie de la vie humaine tout court. La majorité de l’humanité ne l’a vu arriver que dans les dernières décennies.

    […]

    En général, tout recours à la « politique » (et a fortiori à l’État) est impossible, lorsque la fin de l’accumulation, et donc de l’argent « réel », prive les pouvoirs publics de tout moyen d’intervention. L’État n’a jamais été l’adversaire du capital ou du marché, mais leur a toujours préparé les bases et les infrastructures. Il n’est pas une structure « neutre » qui pourrait être mise au service de l’émancipation. Il sera inévitable de sortir du marché autant que de l’État – les deux pôles également fétichistes de la socialisation à travers la valeur – pour arriver un jour à établir un véritable accord direct entre les membres de la société. Tout en gardant évidemment des instances de médiation, une société post-capitaliste ne fera plus dépendre son destin des automatismes incontrôlables d’une médiation fétichiste autonomisée, comme le travail abstrait.

    Il ne suffit pas d’additionner les révoltes et les mécontentements qui secouent actuellement le monde entier pour conclure que la révolution est à la porte. […] Les exploités de jadis s’organisaient pour défendre leurs intérêts, même en restant dans le cadre du système : par contre, la rage des « superflus », le désespoir de ceux dont le système n’a plus besoin, risquent de devenir aveugles. Il ne faut pas s’y tromper : il est de plus en plus difficile de détecter des contenus émancipateurs dans les contestations qui courent dans le monde.

    […]

    La théorie seule ne suffit pas, mais le militantisme sans concept sert encore moins. Pour trouver une alternative au capitalisme, il faut d’abord comprendre la nature de la marchandise et de l’argent, du travail et de la valeur. Ces catégories semblent bien « théoriques », mais leurs conséquences déterminent finalement chacun de nos actes quotidiens.

    #Marx #révolution #travail #critique_du_travail #critique_de_la_valeur #wertkritik #Anselm_Jappe #économie #capitalisme #croissance #automatisation #surnuméraires #crédit

    • les progrès technologiques, et surtout l’application de la micro-électronique à la production, ont réduit le rôle du travail vivant de manière continuelle

      Peut-être dans la production, mais pas dans la consommation et l’usage des technologies. C’est depuis plusieurs décennies que le #travail_fantôme (cf. l’ouvrage éponyme d’Ivan Illich) ne cesse d’augmenter et que le travail vivant résiduel est de plus en plus capté par ce côté là.

      Détail qui crève les yeux quant on pense comment notre rapport à la technologie à transformé nos usages quotidiens, mais que ces brillants théoriciens n’ont toujours pas vu, et moins encore compris.

      La « valeur » n’est, encore et toujours, que le travestissement progressiste de la #dépossession...

      @rastapopoulos, et vlan !

    • Je ne comprends toujours pas ce que tu veux dire. On peut difficilement affirmer que Jappe ne comprends pas l’usage quotidien des technologies, aussi bien dans la production que dans la consommation.

      Déjà la première phrase je ne comprends pas « Peut-être dans la production, mais pas dans la consommation et l’usage des technologies. » Euuuh, le travail vivant on parle bien du travail donc qui produit… c’est le principe du travail dans la production capitaliste, donc je ne vois pas ce que la consommation vient faire là dedans. Le travail fantôme augmente (y compris tout le « digital labor ») mais c’est sans commune mesure avec tout ce qui a été automatisé dans tous les domaines, pas juste là où il y a de la consommation directe ensuite. Le travail fantôme est du travail vivant, et de fait il participe à la création de valeur (@ktche ?), mais dans des proportions infimes par rapport à tout le travail vivant enlevé de l’ensemble des chaînes de production par la robotique et l’informatique.

      La valeur capitaliste est créée intégralement et uniquement par le travail vivant (= la dépense d’énergie humaine). À partir du moment où on automatise de plus en plus, il y a de moins en moins de création de valeur (chaque marchandise contient moins de valeur). L’argent existant actuellement, qui à la base est une représentation de la valeur marchande (et donc du travail vivant) ne représente plus rien et est créé par le crédit et le capital financier. Bref, c’est du grand n’importe quoi.


  • The Real Story of Automation Beginning with One Simple Chart
    https://medium.com/basic-income/the-real-story-of-automation-beginning-with-one-simple-chart-8b95f9bad71b

    What should be immediately apparent is that as the number of oil rigs declined due to falling oil prices, so did the number of workers the oil industry employed. But when the number of oil rigs began to rebound, the number of workers employed didn’t. That observation itself should be extremely interesting to anyone debating whether technological unemployment exists or not, but there’s even more to glean from this chart.

    First, have you even heard of automated oil rigs, or are they new to you? They’re called “Iron Roughnecks” and they automate the extremely repetitive task of connecting drill pipe segments to each other as they’re shoved deep into the Earth.

    #automatisation #emploi


  • Peter Frase : « On ne peut pas tout résoudre par des bricolages technos »

    Dans Four Futures : Life After Capitalism (Quatre futurs : la vie après le capitalisme), publié à l’automne 2016, l’intellectuel américain Peter Frase soutient que le développement de l’automatisation et de la robotisation, associé à une pénurie croissante des ressources dans un contexte de changement climatique, va tout bouleverser. En imaginant à quoi ce monde post-capitaliste pourrait ressembler, il déploie les outils de la science sociale et de la fiction spéculative pour explorer selon deux axes, raréfaction des ressources et hiérarchie des pouvoirs, les quatre scénarios d’un futur plus ou moins pessimiste.

    @sinehebdo #futurs


  • Genève envisage un impôt punitif pour sauver les #caissiers

    Dans le canton de Genève, les détaillants qui installent des #caisses_automatiques pourraient être frappés par un impôt élevé. Avec des répercussions financières importantes pour les grands distributeurs Migros et Coop


    https://www.letemps.ch/economie/2017/07/28/geneve-envisage-un-impot-punitif-sauver-caissiers
    #caisses #automatisation #travail #Genève #supermarchés


  • Les réalités occultées du « progrès » technique : inégalités et désastres socio-écologiques (par Celia Izoard) – Le Partage
    http://partage-le.com/2017/07/les-realites-du-soi-disant-progres-technique-inegalites-et-desastres-soc

    Si les #robots ne sauraient remplacer la main-d’œuvre en totalité, à terme, ils menacent en revanche nécessairement une partie des emplois. Et le mythe de l’#automatisation totale remplit une fonction centrale dans la gestion managériale, les machines incarnant une armée de réserve susceptible de prendre la place des récalcitrants. « Si tu ne travailles pas assez dur, on va te remplacer par un robot », menace-t-on régulièrement les salariés de Foxconn. En renvoyant les travailleurs à l’idée qu’ils sont déjà superflus, la robotisation joue aussi un rôle #démoralisateur pour s’organiser et faire valoir ses droits : la force idéologique de l’automatisation, « c’est de délégitimer la défense du métier, l’idée même de discuter comment on fait le travail, puisqu’il a vocation à disparaître très rapidement », note le sociologue David Gaborieau. À quoi bon lutter quand on n’a pas d’avenir ?

    #surnuméraires #chantage #capitalisme #progrès #technologie


  • Quarante-cinq ans avant d’être dépassés par les machines
    http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2017/06/13/32001-20170613ARTFIG00073-selon-des-chercheurs-il-ne-reste-que-45-ans-aux-h

    L’étude : https://arxiv.org/pdf/1705.08807.pdf

    Le spectre du remplacement des humains par des machines fait souvent l’objet de déclarations fracassantes. Une récente étude, dirigée par Katja Grace du Future of Humanity Institute à Oxford, n’est pas de nature à rassurer. Près 350 experts de l’intelligence artificielle (IA) ont été interrogés sur le temps qu’il faudrait, selon eux, aux machines pour maîtriser des postes et des tâches actuellement attribués à des humains. Selon leurs estimations, les intelligences artificielles pourront surpasser les humains dans certains domaines dès la prochaine décennie.

    Les traducteurs de langues doivent ainsi se tenir prêts pour 2024, les conducteurs de camion pour 2027. Les journalistes et chercheurs peuvent aussi enclencher le compte à rebours : la pleine capacité artificielle à écrire un essai de qualité est prévue pour 2026. Les vendeurs tiendront pour leur part jusqu’à 2030. Tous domaines confondus, il faudra selon les chercheurs se préparer pour 2061, où les intelligences artificielles ont une chance sur deux de pouvoir surpasser les humains pour à peu près n’importe quelle tâche.

    La discussion autour de « l’automatisation intelligente » (l’utilisation conjointe de machines plus performantes et de l’intelligence artificielle pour remplacer le travail humain) passionne les grands cabinets d’audit comme les instituts de recherche reconnus. Aucun n’est totalement neutre dans ce débat : certains peuvent chercher à obtenir ou maintenir des subventions pour leurs départements de recherche, d’autres à sensibiliser de nouveaux clients à un enjeu présenté tantôt comme une menace, tantôt comme une opportunité. Cette récente étude d’Oxford sélectionne les experts en fonction de leur participation au NIPS et ICML - deux conférences très prisées des experts en « machine learning » qui se déroulent respectivement à Los Angeles et Sydney. Seuls 21% des 1634 scientifiques contactés ont répondu, mais les chercheurs montrent que le groupe de répondants est comparable, en termes de genres et d’origines des participants. L’étude ne précise pas si ces deux conférences, où l’on compte 84% d’hommes contre 10% de femmes, 34% de chercheurs asiatiques contre 6% du Moyen-Orient, sont représentatives de la communauté mondiale de chercheurs en intelligence artificielle.

    D’une étude à l’autre, on peut souvent passer d’un chiffre alarmiste à un phénomène marginal. Le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger avait publié en octobre 2014 que d’ici à 2025, 20% des tâches pourraient être automatisées, menaçant 3 millions de salariés français dans les secteurs de l’agriculture, du bâtiment, des services aux entreprises et aux particuliers… Ce chiffre correspondait à l’hypothèse la plus haute du rapport. Sa méthodologie avait été vivement critiquée, car elle ne tenait pas compte des emplois créés par la robotisation et considérait qu’au sein d’une même profession, chaque emploi était identique. Cette méthodologie était elle-même tirée du travail de deux chercheurs d’Oxford en 2013, selon lesquels l’automatisation menaçait 47% des emplois aux États-Unis. La méthodologie a été par la suite déclinée dans d’autres pays, notamment par l’institut McKinsey. Résultats : 43% d’emplois en péril pour la France, 48% en Allemagne et 56% au Japon, un des pays les plus automatisables selon cette étude.

    En mai 2016, des experts de l’OCDE ont pour leur part tenté d’évaluer les tâches potentiellement automatisables. Cette adaptation a fait reculer les chiffres de la robotisation : seulement 9 % des travailleurs français présenteraient « un risque élevé de substitution », soit tout de même 2,4 millions d’emplois. Début 2017, les conclusions du rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi allaient dans la même direction : « moins de 10% des emplois cumulent des vulnérabilités qui pourraient en menacer l’existence dans un contexte d’automatisation », soit une menace réelle pour 1,49 million de salariés.

    #singularité #selon_une_étude_récente #robots #IA #travail #automatisation

    • On pourrait discuter des avantages et des inconvénients d’une telle #prédiction, si elle s’accompagnait d’une recherche du bonheur pour tou.te.s et pas seulement pour les propriétaires de ces #machines.

      Mais c’est à un autre scénario que ça m’a fait penser. Puisque, par ailleurs, la #fin_du_monde est prévue pour #2030, par conséquence d’une guerre nucléaire généralisée dont les radiations auront eu raison de nos cellules ; et puisque les machines sont dépourvues de cellules... cela veut donc dire qu’après 2030, le monde sera vidé de ses humains, mais peuplé de machines qui se traduiront entre elles, et qui conduiront des camions d’un endroit à un autre, sans aucun but, mais sans aucune raison de s’arrêter puisqu’elles sont programmées pour le faire...

      C’est con, j’aurais aimé être là pour le voir...

    • « sans aucun but », je sens un argument moral là-dessous. est-ce grave ? ne peut-on en dire autant des actions des humains de chair et d’os ? la société robotisée existera pour exister et se développer — elle représente l’avenir et réalisera le rêve d’une expansion de la #vie dans l’espace !

    • @fil : oui, c’est tout à fait cela. La prochaine civilisation, qui ira conquérir l’espace, ce sera celle des machines ! Et juste c’est Darwin qui une fois de plus ne nous contredira pas (il est plus là).

      Dans la BD « Carmen McCallum », le développement des IA est supposé cesser du fait de l’incompréhension des résultats émis par les machines, et aussi du fait que la conquête spatiale est devenue prioritaire. La série commence par la fusion IA/cerveau humain d’ailleurs, pour se terminer par son suicide, en quelque sorte... Avec pleins de thématiques actuelles sur la gestion de l’eau, les transnationales, l’ONU, la déshérence des états, le nucléaire...
      En fait, le scénariste est juste très bon. Même si ce n’est qu’une BD, et qu’il n’est évidemment pas possible d’aller au fond de chaque sujet.

    • L’IA, c’est un peu comme Trump au final, tout ce qu’ille veut c’est qu’on parle d’ellui. En bien, ou en mal, jusqu’à ce que le pour et le contre ne fassent qu’un. Jusqu’à ce que l’opinion populaire n’ait plus d’autre choix que d’y croire, et de s’y conformer.

      Dans l’idée des dystopies qui nous rongent l’imaginaire :
      The Regrettable Decline of Space Utopias, CurrentAffairs, par Brianna Rennix, le 14 juin 2017
      https://www.currentaffairs.org/2017/06/the-regrettable-decline-of-space-utopias

    • j’aime bien ce passage :

      Aspirational fiction seems especially important at this moment in our national history, when a significant number of Americans cast a ballot for a candidate they disliked, or were even disturbed by, simply because they wanted something different. There’s always been a gambling madness in the human spirit, a kind of perverse, instinctive itchiness that suddenly makes us willing to court disaster, simply on the off-chance of altering the mundane or miserable parameters of our daily lives. If we could transform some of that madness into a madness of optimism and creativity, rather than boredom, rage, and despair, that could only be a good thing.

      Sauf qu’il traduit l’apolitisme de ce genre de commentatrices américaines : « madness of optimism and creativity » ? Ca s’appelle la transformation sociale, et il y a des milliers de militants et des dizaines de groupes et de partis qui réfléchissent à ça depuis des centaines d’années, au lieu de regarder Star Trek !

      Et, en revanche, je n’aime pas beaucoup ce passage, parce que je me sens visé :

      I say faux-cynicism because I don’t believe that most people who profess to be pessimists truly believe that humanity is doomed, at least not in their lifetimes, or in their particular geographic purviews: if they did, then watching a film that features the drawn-out annihilation of a familiar American landscape would probably make them crap their pants. But telling yourself that everything is awful, and nothing can be fixed, is a marvelously expedient way to absolve yourself of personal responsibility. There is, happily, nothing about an apocalyptic worldview that obligates you to give up any of the comforts and conveniences that have accrued to you as a consequence of global injustice; and you get to feel superior to all those tender fools who still believe that a kinder world is possible! It’s a very satisfying form of moral escapism. No wonder our corporate tastemakers have been churning this stuff out.

      C’est vrai que le pessimisme pourrait conduire à l’inaction, mais à ce que je vois autour de moi, les moins actifs ne sont pas les plus pessimistes et vice versa...


  • Pierre Souyri, La généralisation de l’automation, 1979 chez @tranbert
    https://sniadecki.wordpress.com/2017/06/04/souyri-automation

    La généralisation de l’automation, c’est-à-dire sa mise en œuvre aussi bien dans le Département I que dans le Département II, dans les bureaux aussi bien que dans les ateliers, ne constitue pas seulement un nouveau pas en avant dans l’augmentation de la productivité du travail dont Marx disait qu’elle était une tendance nécessaire du développement du Capital. Elle est la réalisation de cette tendance jusqu’au point où intervient, dans le développement historique du mode de production capitaliste, une mutation qualitative qui inaugure la dissolution de ce mode de production.

    J’ai pas encore tout lu mais j’ai l’impression que ça rejoint certaines bases de la critique de la valeur, en parlant de l’automatisation croissante et du capitalisme qui scie sa branche. Non, @ktche ?

    #capitalisme #automatisation #automation #critique_techno #critique_de_la_valeur #wertkritik #Marx #Pierre_Souyri #surnuméraires

    • Effectivement, il y a dans ce texte des descriptions assez claires des effets de l’automation sur la contraction de la masse de valeur produite et donc sur l’impossibilité de la synthèse sociale capitaliste sur ses propres bases, avec notamment la multiplication des surnuméraires.
      Avec un regard rétrospectif, il est facile de voir aussi sa limite : même s’il est indiqué que l’automation n’est pas simplement le prolongement du machinisme industriel, le contenu même de cette automation n’y est pas analysé, sauf en terme de contrôle cybernétique de la production, et donc ses conséquences sur la dynamique capitaliste sont mal cernées. Car l’automation depuis 40 ans, c’est le déploiement des techniques numériques, de l’informatique, bien au-delà du grand ordinateur du département planification des entreprises et des administrations. C’est dans des usages bien plus larges que se trouve le gisement de productivité exploité pour éjecter le capital variable.
      Ces techniques sont en effet celles qui ont permis l’explosion de la production de marchandise d’ordre 2 (dettes, titres financiers, produits dérivés), à la fois comme bases d’un appareil productif spécifique mais aussi comme porteuses d’espoirs ici et maintenant d’une survaleur hypothétique dans le futur. Ce capital fictif a maintenu la dynamique du capital, non pas par la valorisation de la valeur mais par sa simulation. Il n’en reste pas moins que le zombie du capitalisme « renversé » continue de se trainer en démultipliant le potentiel de crise et que la fin du rapport social capitaliste ne peut pas être la seule conséquence de la « mission historique » du capitalisme lui-même

    • Autre chose en passant : si l’artisanat au début de la révolution industrielle, puis les métiers au moment de l’automation généralisée sont les perdants de l’augmentation de productivité consubstantielle à la dynamique du capital, c’est bien que les uns et les autres se battent sur la même terrain de la production marchande. Si leurs moyens limités se trouvent balayés par la concurrence industrielle et automatisée, ce n’est pas seulement parce que le contenu de leurs activités seraient désuètes, mais avant tout parce qu’ils produisent formellement la même chose que les concurrents qui les dominent : des marchandises.


  • Qu’est-ce que le « capitalisme » ? Introduction à la critique de la valeur avec Anselm Jappe [vidéo, Bibliothèque associative de Malakoff, mars 2017]
    http://www.palim-psao.fr/2017/06/qu-est-ce-que-le-capitalisme-introduction-a-la-critique-de-la-valeur-avec

    A la BAM - Bibliothèque associative de Malakoff, mars 2017

    Le 11 mars 2017 à la BAM, le philosophe Anselm Jappe nous introduisait à la théorie de la critique de la valeur, une lecture du Capital de Marx radicalement distincte des approches tronquées classiques.

    https://vimeo.com/211802251

    https://vimeo.com/213580595

    https://vimeo.com/214896767

    #capitalisme #Marx #critique_de_la_valeur #wertkritik #Histoire #vulgarisation #BAM #Malakoff #travail #marchandise #finance #crédit #automatisation #Anselm_Jappe



  • Nowhere to Go: Automation, Then and Now Part Two | The Brooklyn Rail

    http://brooklynrail.org/2017/04/field-notes/Nowhere-to-Go-Automation-Then-and-Now-Part-Two

    Arithmetically, the problem is a combination of collapsing productivity and insufficient capital investment.

    — Financial Times

    On February 19, 2017, the New York Times ran a feature story on recent changes in the United States oil industry.2 The focus was on the recent “embrace” of technological innovation in the industry after the 2014 plunge in the global oil market. This was just one of a rash of such pieces in the popular press, relying, as is typical of such writing, on a smattering of skewed, decontextualized data, a healthy serving of the anecdotal, and a host of the worst tech journalism clichés (“a few icons on a computer screen,” “a click of the mouse,” video game marathons as job training, a compulsory reference to drones).

    #automatisation #capitalisme #industrie #robots #otto_neurath


  • Des robots et de l’emploi… au paradoxe de la productivité
    http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/des-robots-et-de-lemploi-au-paradoxe-de-la-productivite

    L’industrie la plus touchée par l’automatisation est la fabrication. Pour chaque robot déployé dans la fabrication, c’est 6 travailleurs qui perdent leurs emplois, estime une récente étude du Bureau de #Recherches économiques américain. L’étude des chercheurs, Daron Acemoglu (@DrDaronAcemoglu) du MIT et Pascual Restrepo (@pascualrpo) de l’université de Boston, est (...)

    #A_lire_ailleurs #automatisation #emploi #robotisation #travail


  • Qui veut des caisses automatiques ?
    https://www.lecourrier.ch/147907/qui_veut_des_caisses_automatiques


    En fait, c’est assez facile de ne pas se faire tailler des croupières par les machines : suffit d’un tout petit peu de courage politique

    A l’ordre du jour du Grand Conseil, ce texte souhaite taxer les caisses automatiques à hauteur de 10 000 francs par mois, soit l’équivalent du salaire brut de deux caissières. « Le projet de loi utilise le levier fiscal pour favoriser l’emploi et la reconversion professionnelle du personnel. » Les revenus de cette imposition seront reversés aux entreprises qui n’utiliseront pas de caisses automatiques.

    #travail #automatisation


  • Protect rights at automated borders.

    Gemma Galdon Clavell calls for checks and balances to avoid the indiscriminate sharing of personal data.

    In 2013, the European Union proposed expanding and harmonizing automated border crossings across the region. This Smart Borders initiative could soon be approved1. The automated gates (e-gates) in place in many EU airports are the first phase. The European Agency for the Operational Management of Large-scale IT Systems in the Area of Freedom, Security and Justice (eu-LISA) is testing how to link them to databases and processes region-wide. Entries and exits will be stored in a database, replacing passport stamps. This information will be made available to border-control and immigration authorities, and will be linked to fingerprint records and watch lists held by police, customs and immigration agencies.


    http://www.nature.com/news/protect-rights-at-automated-borders-1.21543
    #contrôle #surveillance #frontières #big-data #smart_borders #contrôles_frontaliers #aéroport #automatisation
    cc @reka @fil


  • Des promesses de l’automatisation du #travail
    http://www.internetactu.net/2017/02/06/des-promesses-de-lautomatisation-du-travail

    Alors que l’économie du partage repose sur l’échange entre humains, sur une meilleure mise en relation des gens entre eux, son avenir pourrait être bien différent. Pour Jeremiah Owyang (@jowyang) analyste chez Crowd Companies et observateur, toujours critique, de la première heure des évolutions de l’économie collaborative… ce secteur pourrait (...)

    #Articles #Enjeux #Futurs #automatisation #économie_de_l'attention



  • Du but de l’automatisation
    http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/du-but-de-lautomatisation

    Evoquant le fonctionnement de Facebook M, l’assistant personnel de la messagerie instantanée de Facebook, Sam Lavigne (@sam_lavigne), rappelle sur The New Inquiry (@newinquiry) que les employés de Facebook M, qui permettent au système automatisé de s’améliorer, agissent comme des tuteurs. « Chaque fois que les employés de FB approuvent ou ajustent (...)

    #A_lire_ailleurs #Gouvernance #digital_labor


  • Le tournant
    http://www.zeroseconde.com/2017/01/le-tournant

    Dans L’Être et l’écran, Stéphane Vial dit que ce qu’il y a de nouveau, c’est la « renégociation de l’acte de perception ». Nous percevons autrement le monde. De nouvelles « structures techniques de la perception », qui découlent de la présente révolution numérique, lui fait dire qu’il n’y a une « révolution phénoménologique » en cours. Et ce n’est pas le première. Les nouveaux appareils numériques, […]

    #Automatisation


  • “The networked assembly line”
    http://thenewinquiry.com/essays/the-networked-assembly-line #automation #automatisation #travail #chômage #capitalisme #inégalités

    “There is nothing fundamentally wrong with automatons taking over human labor. In fact, it is a desirable outcome if the automations are collectively owned or controlled by the labor force they replace. The tragedy of automation and #AI taking over, the fear of the “singularity,” is actually just the realization of a fundamental characteristic of #capitalism: those who don’t control the means of production will always be excluded from the benefits of their #labor


  • Le revenu de base
    https://www.youtube.com/watch?v=WUtjf5dXuig

    Le Revenu de base est-il possible ?
    Combien ça coûte et comment pourrait-on le financer ?
    Comment le revenu de base s’intègre-t-il dans la théorie économique dominante ?
    L’inflation ne risque-t-elle pas de tous nous tuer ?

    Une vidéo qui prétend balayer la question de la faisabilité ou non du revenu de base en termes macroéconomiques.

    #Automatisation #Chômage #Emploi #Inflation #Macroéconomie #Numérique #Politique #Revenu_de_base #Travail #Économie