• trigger point 28-5-26
    https://radioblackout.org/podcast/trigger-point-28-5-26

    TRACKLIST Vanfleet – euclid GANJ – Sortie nocturne featuring Wonky Ouija Azemad – أوضة – Oda ft. Siko Slam Damos Room – Dust 4 Dust Amando x Miles Won – Einskommafünf Makumbo – Pavone escha – loe horror show escha edit Damos Room – Molars Azemad – شكوى – Shakwa Modern Collapse – ZEROXL S.Murk […]

    #artigianato #Bass #hip-hop #industrial #obscure
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/05/trggrpnt_42_280526.mp3

  • Démolition des navires au Bangladesh : les syndicats du secteur intensifient leur campagne de syndicalisation en vue de salaires décents et de chantiers plus sûrs

    IndustriALL vient de clôturer un séminaire de syndicalisation de trois jours destiné aux travailleuses et travailleurs de la démolition des navires à Chattogram, au Bangladesh, permettant ainsi aux syndicats de cibler pour la première fois les employeurs les plus influents du secteur.

    Cet atelier de formation, qui s’est déroulé du 18 au 20 juin, a réuni des recruteurs de deux fédérations affiliées : la Fédération des travailleurs de la métallurgie, de la chimie, de l’habillement et de la confection du Bangladesh (BMCGTWF) et la Fédération des métallurgistes du Bangladesh (BMF). Ces deux structures représentent les travailleuses et travailleurs des chantiers de démantèlement de Sitakunda, près de Chattogram, qui traitent environ un tiers des navires en fin de vie dans le monde.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/08/06/demolition-des-navires-au-bangladesh-les-syndi

    #bangladesh

  • #Castel_Volturno, continuano gli abbattimenti sulla spiaggia di #Bagnara
    https://informareonline.com/castel-volturno-continuano-gli-abbattimenti-sulla-spiaggia-di-bagna

    Sono iniziate questa mattina, a Bagnara, le operazioni di abbattimento di alcuni ruderi presenti sull’arenile di #castel_volturno. Un intervento realizzato con il supporto operativo della Polizia Municipale di Castel Volturno e finalizzato a rimuovere strutture in stato di degrado e incompatibili con la tutela del litorale. Le demolizioni riguardano alcuni manufatti abbandonati a ridosso […] L’articolo Castel Volturno, continuano gli abbattimenti sulla spiaggia di Bagnara proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

  • Devenir une « #ville_éponge » : la solution de #Berlin face à la #sécheresse

    Face aux extrêmes climatiques, Berlin accélère sa mutation en « ville éponge », mêlant #végétalisation, #rétention_des_eaux et #mobilisation_citoyenne. Une ambition politique inédite qui essaime.

    Il est rare qu’une activiste environnementale se retrouve mandatée par ses « adversaires » pour mener la politique qu’elle défend. C’est pourtant ce qui est arrivé à la géographe Lisa Junghans dans le cadre du projet de transformation de la ville de Berlin en « ville éponge ».

    Après avoir travaillé pour une ONG spécialisée sur les questions d’#eau, elle a participé à l’initiative populaire #BaumEntscheid, en corédigeant une proposition de loi d’#adaptation de Berlin au #changement_climatique. « Nous comptions appeler les Berlinois à se prononcer via un référendum sur la question en septembre 2026. Mais, contre toute attente, le Sénat de Berlin a décidé de reprendre notre projet à 99 % et d’en faire une loi qui a été votée fin 2025 ! » raconte la jeune femme.

    Elle a depuis été nommée à la direction de l’Agence pour l’eau de pluie du Land de Berlin (Regenwasseragentur), un organisme assez récent qui joue un rôle important en tant qu’agence-conseil sur la gestion des #eaux_de_pluie pour les particuliers et les entreprises. « Ma nomination était pour le moins inhabituelle. Pour ma part, j’y vois une volonté politique de faire avancer les choses », explique-t-elle.

    Sur le papier, le concept de ville éponge est simple. Il s’agit de transformer le #piège_à_chaleur qu’est une ville classique, colonisée par la voiture, les routes et les nombreux espaces bétonnés, en un #piège_à_fraîcheur et à eau. Et ceci avec des moyens vieux comme le monde : la végétalisation du tissu urbain et la rétention maximale de l’eau. « Berlin est une ville assez verte irriguée par une rivière. On pense que la capitale et sa région s’en sortent bien. Mais ce n’est pas le cas et la situation se détériore. D’où notre réaction », précise Lisa Junghans.

    Comparé à Paris, et si l’on ne tient pas compte de leurs histoires très différentes dans cette mise en parallèle, Berlin pourrait faire figure de havre de verdure, avec 28 % de sa surface couverte par des espaces verts (12 %) et des bois (16 %) ! Pendant que seulement 5,6 % de la surface de Paris est recouverte d’espaces verts.

    Récupérer l’eau

    En réalité, la région Berlin-Brandebourg est en situation de #stress_hydrique important. Le réchauffement climatique, associé à une pluviométrie naturellement faible, renforce la succession dévastatrice d’épisodes de sécheresse et de pluies violentes. Par ailleurs, la #consommation_d’eau est poussée par de nouvelles implantations industrielles, telle la Gigafactory de Tesla et ses sous-traitants.

    « L’arrêt de l’extraction du charbon des mines à ciel ouvert de lignite de la Lusace, au sud de la capitale, est aussi une raison majeure », ajoute Lisa Junghans.

    Pour être parfaitement exploitées, les couches de lignite doivent en effet être sèches et libres des eaux souterraines. Pour cela, et depuis le XIXe siècle, des milliers de pompes ont évacué près de 58 milliards de m3 d’eau dans la #Spree, explique un rapport de l’Agence fédérale pour l’environnement (UBA) qui a fait grand bruit lors de sa publication en 2023 : « Une bonne moitié de l’eau qui coule aujourd’hui dans la Spree près de Cottbus provient d’eaux souterraines pompées. Pendant les mois chauds d’été, cette proportion augmente jusqu’à 75 %. » Or, avec la « sortie » totale du charbon d’ici à 2038 et l’arrêt progressif des mines, le pompage sera bientôt complètement stoppé. Berlin tire pourtant de 50 à 75 % de son #eau_potable de la Spree !

    La même année, Berlin a commencé à mettre en place un #Masterplan_Wasser (Schéma directeur de l’eau) qui prévoit la construction de nouvelles #stations_d’épuration, ainsi que le forage de nouvelles sources. Par ailleurs, tout nouveau projet immobilier doit « végétaliser » une partie de ses toits et conserver les eaux de pluie. Libre au promoteur de construire des bassins, d’irriguer des espaces verts ou d’opter pour l’infiltration dans le sol.

    Plusieurs projets de taille ont enfin été lancés. La construction d’un vaste système de #récupération d’eau par rigoles sous la prestigieuse place du Gendarmenmarkt au cœur de Berlin. Ou celle d’un bassin de 16 750 m3 pour éviter que le trop-plein d’eaux usées ne se déverse dans les rivières en cas d’orages violents. Mais tout ceci est insuffisant.

    Désimperméabiliser Berlin

    D’où la mise en œuvre du concept de ville éponge : « La nouvelle loi a pour objectif que 200 000 arbres soient plantés par la ville et ses habitants dans les prochaines années, détaille Lisa Junghans. Il est aussi prévu de créer des #îlots_verts tous les 150 mètres. Et surtout, 50 % des #espaces_publics doivent être déconnectés du réseau d’assainissement d’ici à 2040, avec une #désimperméabilisation des #sols en conséquence. C’est très ambitieux. »

    L’administration municipale a dix-huit mois pour se préparer avec un lancement des grandes manœuvres à partir de 2027. Mais les quartiers de Berlin, cheville ouvrière du processus, sont déjà sur la brèche, comme dans celui de Charlottenburg-Wilmersdorf.

    « Dans la Sömmeringstrasse, par exemple, nous avons renforcé les #pistes_cyclables puis désimperméabilisé et végétalisé une partie des trottoirs. Ce qui nous a conduits à supprimer pas mal de #places_de_parkings. Et quand on supprime des places, c’est le #conflit garanti », explique Jochen Flenker, responsable des #espaces_verts de ce quartier de l’ouest peuplé de 350 000 habitants. Charlottenburg est le seul quartier de Berlin qui possède encore une pépinière municipale qui alimente ses espaces verts et permet au quartier de fournir des plants gratuits aux habitants qui le demandent.

    La mairie de quartier s’est fixé entre 1 000 et 5 000 m² de désimperméabilisation par an. Cela paraît peu. Mais c’est beaucoup : « Un égout végétalisé de quelques mètres carrés conduit 20 % de l’eau dans les canalisations, mais en infiltre 80 % dans la terre et peut drainer une surface de plus de 500 m2 », précisent les services de l’Agence pour l’#eau_de_pluie.

    Les voisins acteurs d’initiatives

    Ingénieur agronome, Jochen Flenker croit dur en l’avenir de la capitale-éponge. Mais il sait que Berlin en est à ses débuts : « C’est un combat incessant qui doit conduire à un changement de perspective à tous les niveaux. Prenez la question de la maintenance des sols de l’espace public. Mon quartier reçoit de la ville 3 euros par an pour 1 m² d’asphalte ou de béton, mais seulement 0,72 euro pour 1 m² d’espace vert. Ce devrait être l’inverse. Heureusement qu’il y a de nombreuses associations locales qui nous facilitent la tâche et ouvrent parfois le chemin », explique-t-il.

    Il évoque notamment l’initiative #Fritschestrasse, lancée par deux voisins et copains hauts en couleur : Jörg Winners, producteur de films, et Hans Jürgen Zschäbitz, corniste retraité de l’orchestre du Deutsches Oper.

    Coupée en deux par le grand boulevard de la Bismarckstrasse, le segment nord de la Fritschestrasse, où l’on retrouve quelques immeubles wilhelminiens, est un microcosme bien rafraîchissant. « Notre projet est parti de rien, pendant le Covid. Nous avons décidé de verdir les parterres d’arbres de la rue, de les entourer avec des pierres et d’installer des bancs ici et là. Mais aussi un “mini-parc” dégoulinant de verdure qui occupe deux places de parking », se rappelle Jörg Winners.

    Puis le groupe de voisins a grandi et l’action s’est structurée : « Chaque #arbre a un parrain ou une marraine qui veille au grain. C’est essentiel pour la pérennité du projet et de l’engagement. En 2023, nous avons installé plusieurs réservoirs le long des murs qui récupèrent une partie de l’eau de pluie. Chacun peut ainsi arroser à son gré », explique Hans Jürgen Zschäbitz en montrant un grand monolithe doté d’un robinet et devant lequel attendent des arrosoirs.

    Mais les deux compères, qui travaillent depuis activement avec Jochen Flenker et ses services, ne se sont pas arrêtés là. « Nous avons conçu un parterre entouré de branchages, d’une haie sèche, bordée de deux grosses pierres faites pour les chiens et qui évitent que l’urine ne tombe sur les plantes. Cela marche tellement bien qu’il y en a maintenant une cinquantaine et le quartier a officiellement adopté le modèle pour tous les futurs parterres du quartier », ajoute Jörg Winners.

    Il évoque ainsi le passage fréquent de journalistes, mais aussi de délégations d’autres villes, au point que l’initiative, déjà primée, est désormais reprise dans plusieurs autres villes, dont Hamburg, sous le nom du modèle berlinois. « Notre prochain objectif est d’augmenter les espaces verts en réduisant le nombre de voitures via la mise en place un système d’autopartage pour le voisinage », disent les deux amis avant de partir arroser leur rue.

    https://reporterre.net/Devenir-une-ville-eponge-le-combat-de-Berlin-contre-la-secheresse
    #urbanisme #aménagement_du_territoire #pluie

  • COPERTINA – America’s Cup: i nodi e le potenzialità di una Napoli a vele spiegate
    https://informareonline.com/copertina-americas-cup-i-nodi-e-le-potenzialita-di-una-napoli-a-vel

    L’America’s Cup torna a Napoli, ma questa volta lo fa indossando la sua veste più importante. L’anno prossimo il capoluogo partenopeo sarà il palcoscenico del match finale della manifestazione velica più prestigiosa al mondo, dove il team di Emirates New Zeland dovrà difendere il titolo conquistato a Barcellona nel 2024. Per la prima volta il […] L’articolo COPERTINA – America’s Cup: i nodi e le potenzialità di una Napoli a vele spiegate proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

    #Approfondimenti #Attualità #EVIDENZA #Magazine_Agosto_2026 #america's_cup #Bagnoli #Bonifica_Bagnoli #colmata

  • La résurgence de l’extrémisme islamiste au Bangladesh pousse les féministes à tirer la sonnette d’alarme

    Alors que les groupes extrémistes islamistes de droite gagnent du terrain au Bangladesh, les féministes se battent pour les droits des femmes et l’égalité des sexes, dans un contexte caractérisé par la déception face au gouvernement du Parti nationaliste du Bangladesh

    Au Bangladesh, des partis comme le Jamaat-e-Islami mettent en avant des responsables féminines pour donner une nouvelle définition de l’égalité des droits dans un cadre islamiste radical – et les féministes doivent relever le défi de trouver une réponse.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/08/05/la-resurgence-de-lextremisme-islamiste-au-bang

    #feminisme #bangladesh

  • La plus grande victoire de la #mafia est d’avoir cessé de ressembler à la mafia

    Aujourd’hui, la mafia semble plus puissante que jamais – il suffit de regarder les chiffres de la #cocaïne pour s’en rendre compte –, mais aussi plus invisible. Comment en est-on arrivé là ?

    Quand j’ai écrit Extra pure en 2020, la cocaïne était déjà partout ; aujourd’hui, elle est partout et coûte moins cher. La production mondiale a plus que triplé et les saisies atteignent des niveaux records. C’est justement là le problème : saisir des tonnes sans faire grimper le prix revient à vider l’océan à la cuillère.

    La structure a changé : on n’a plus de cartels verticaux, mais un système de courtage, des cellules interchangeables, l’Équateur devenu une plaque tournante, l’Europe du Nord avec Anvers et Rotterdam comme portes d’entrée, la ‘Ndrangheta en tant que banquier du système. Et puis les drogues de synthèse, qui n’ont besoin ni de terre ni d’agriculteurs, mais seulement d’un hangar.

    Mais la véritable nouveauté se trouve là où l’on ne regarde pas.
    Quel est cet angle mort ?

    Oliver Bullough l’a baptisé « Moneyland », un pays sans frontières où l’argent sale circule librement tandis que les lois censées le traquer restent nationales. Le criminologue Michael Levi répète depuis des années que, en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, on mesure l’activité et jamais le résultat : on compte le nombre de signalements envoyés et non la quantité de crimes qui ont été empêchés.

    Il en résulte que l’on récupère 0,05 % des produits du crime et que les coûts de mise en conformité dépassent de cent fois l’argent saisi
    1
    . C’est le paradoxe du réverbère : nous cherchons les clefs là où il y a de la lumière, dans les formulaires, dans les signalements des banques, dans la bureaucratie de la conformité, alors que les clefs se trouvent dans l’obscurité et que personne ne veut s’y aventurer.
    Quels signaux plus ou moins faibles voyez-vous en France où l’on parle de plus en plus d’une mexicanisation du pays ?

    Chaque fois qu’un jeune meurt à Marseille, la France regarde le cadavre et dit : « Le Mexique ». C’est là que réside l’erreur. Le mort est la seule partie du trafic de drogue qui accepte de se laisser photographier. C’est le résidu, le bilan des erreurs, le coût d’un marché qui n’a pas encore trouvé son équilibre. Un marché qui tue est un marché immature. Quand le système fonctionne vraiment, personne ne meurt : on signe un acte notarié. Le sang n’est pas le signe de la puissance criminelle, c’est le signe de son adolescence.

    Le signal grave, c’est l’autre, et par définition, on ne le voit pas, car sa réussite coïncide exactement avec son invisibilité.

    Commençons par la langue, qui trahit toujours. Les Français parlent de « blanchiment ». En Italie, nous parlons de « recyclage ». Ce sont deux philosophies opposées.
    C’est-à-dire ?

    Le blanchiment promet la purification, la tache qui disparaît, l’argent qui redevient innocent. Le recyclage admet au contraire que la substance reste et ne change que de forme. La France s’est bercée pendant des décennies de l’illusion de pouvoir « laver » ; l’Italie a appris à ses dépens que rien ne se lave, mais se transforme. Ce n’est pas un détail lexical : Tracfin appelle encore aujourd’hui « sociétés lessiveuses » les entités qui blanchissent les fonds du crime organisé. Toute la métaphore de la lessive est présente dans le vocabulaire administratif de l’État.

    Et voici la partie historique que la France refuse de lire. Le trafic qui a inondé l’Amérique d’héroïne pendant trente ans s’appelait la « French Connection ». Le mot « français » figurait dans son nom, les laboratoires se trouvaient à Marseille, et la France a tout de même réussi à considérer cela comme l’affaire des autres : d’abord des Corses, puis des Italiens, ensuite des Maghrébins, aujourd’hui des Slaves et des Albanais.

    Chaque génération a eu son étiquette ethnique, et chaque étiquette a servi à ne pas nommer la structure. Car si les laboratoires étaient marseillais, l’argent ne restait jamais dans le milieu : il passait par des banques, des biens immobiliers sur la Côte d’Azur, des casinos, des chantiers. Le trafic peut être étranger.
    Et le blanchiment ?

    Le blanchiment, non. Le blanchiment est toujours local, par nécessité technique : pour blanchir de l’argent, il faut un notaire, un expert-comptable, un établissement de crédit, un marché public, un cadastre. Il faut donc les institutions de ce pays et les professionnels de ce pays.

    Les chiffres le montrent avec une brutalité que les chroniques n’ont pas. La Cour des comptes européenne a estimé le blanchiment à 1,3 % du PIB de l’Union chaque année, soit environ 38 milliards d’euros pour la seule France. La commission d’enquête du Sénat évalue à 50 milliards le chiffre d’affaires des réseaux spécialisés dans le blanchiment de capitaux d’origine criminelle dans le pays. Le chiffre d’affaires du trafic de drogue français est estimé par les autorités entre trois et six milliards.

    Mettons ces chiffres côte à côte : la drogue n’en représente qu’une fraction. Le Sénat l’écrit sans détours dans son rapport du 18 juin 2025 : le blanchiment d’argent est aujourd’hui le trafic le plus lucratif de France, et il n’existe pas de stratégie cohérente pour le combattre ; le système n’est qu’un assemblage de dispositifs disparates. Le titre du rapport est déjà un verdict : « Ces dizaines de milliards qui gangrènent la société. »
    Qu’en est-il des chiffres sur la supposée origine étrangère du problème ?

    Nous avons un chiffre qui met fin à tout débat sur l’origine étrangère du problème. En 2024, Tracfin a reçu plus de 215 000 déclarations de soupçons, mais le secteur non financier — notaires, greffiers, maisons de jeux — ne représente que 7 % du total. Les avocats n’en ont transmis que quinze. Les agents sportifs, une catégorie à très haut risque, n’en ont jamais transmis une seule.

    Quinze signalements pour toute une profession. Ce n’est pas un problème de frontières : c’est un problème de classe professionnelle. La ligne qui sépare l’argent sale du patrimoine propre passe par les cabinets du centre de Paris, pas par les ports. Le cas le plus révélateur remonte à sept semaines.
    Que s’est-il passé ?

    Le 9 juin 2026, la JIRS de Marseille a démantelé un réseau de blanchiment d’argent en bande organisée : treize interpellations, cinq personnes mises en examen, des sommes réinvesties dans l’immobilier ou transférées à l’étranger. 2,7 millions d’euros, des lingots d’or et quatorze voitures de luxe ont été saisis. Tout avait commencé au printemps 2024 par un simple contrôle fiscal dans la banlieue de Narbonne.

    Les sociétés utilisées comme écrans étaient des entreprises de construction de Perpignan, Narbonne et Béziers, avec une activité économique réelle et un chiffre d’affaires réel. Pas de sociétés fantômes aux Seychelles : des chantiers français qui construisaient réellement. Le président de la fédération du bâtiment des Bouches-du-Rhône admet que ces entreprises remportent les appels d’offres avec des propositions inférieures de 25, 30, voire 40 % au prix du marché, et que le secteur subit des menaces et du racket concernant les embauches sur les chantiers autour de Marseille.

    Autrement dit : l’argent de la drogue remporte des marchés publics français en vendant à perte. Il élimine les entreprises légales pour cette raison même : sa rentabilité, il l’a déjà faite ailleurs. C’est la définition parfaite d’une méthode mafieuse, et personne ne l’a importée de l’extérieur.

    Le nouveau Parquet national anticriminalité organisée a saisi, en cinq mois, près de 990 millions.
    Ce n’est donc pas suffisant…

    C’est un bon début. Mais il faut le mettre en perspective avec les 38 milliards estimés chaque année. Le rapport entre ces deux chiffres résume tout le problème français.

    C’est pourquoi le terme de « mexicanisation » est réconfortant, et doit être rejeté précisément par ceux qui dénoncent ces pratiques. Parler du Mexique revient à dire : « Ils nous importent leur violence. » Cela déplace le centre de gravité vers l’extérieur, vers l’ethnie, vers l’immigration, et transforme un problème de système économique en un problème d’ordre public.

    Les mafias ne se mesurent pas au nombre de morts qu’elles causent : elles se mesurent aux patrimoines qu’elles parviennent à blanchir. Les meurtres, c’est ce que le trafic de drogue perd. Le blanchiment d’argent, c’est ce qu’il gagne. Et aucun État n’a jamais été détruit par ce que les criminels perdent.
    La déstabilisation de certains pays européens pourrait-elle atteindre les niveaux que l’on a connus en Amérique latine ?

    La différence est structurelle, et non de degré. En Amérique latine, le trafic de drogue a érodé le monopole de l’État sur la violence, avec des territoires où l’État ne pénètre pas, des taux d’homicides à deux chiffres pour 100 000 habitants, des forces de police infiltrées jusqu’aux plus hauts échelons, des candidats assassinés en pleine campagne électorale.

    En Europe, ce n’est pas le cas. Ici, les mafias ne défient pas l’État, elles le traversent. Elles achètent des marchés publics, blanchissent des capitaux, s’immiscent dans la logistique portuaire et dans le secteur du bâtiment. Peu de violence, forte pénétration économique. Un modèle opposé, et justement pour cette raison plus difficile à percevoir.
    Quelle devrait être la réponse à adopter ?

    La dérive autoritaire n’est la réponse à aucun de ces deux modèles. Les mafias n’ont jamais eu peur d’un État fort. Elles ont peur de l’État qui contrôle l’argent. Ce qui les touche, ce sont une magistrature indépendante, les enquêtes patrimoniales, les confiscations, la transparence des marchés publics, un journalisme capable d’écrire sans craindre de poursuites abusives. Ce sont les mêmes outils que tout gouvernement autoritaire s’empresse d’affaiblir en premier lieu, car ils peuvent aussi le toucher.

    Deux exemples historiques. Le fascisme s’est vanté d’avoir vaincu la mafia grâce au préfet Mori, mais il n’a frappé que la base et a laissé intacte, voire favorisée, la bourgeoisie mafieuse qui avait rejoint le régime, à tel point qu’en 1943, ce réseau était prêt à se reconstituer. Aujourd’hui, le modèle Bukele, avec ses prisons de masse et son état d’exception permanent, a fait chuter le nombre d’homicides sans toucher au trafic de drogue ni au blanchiment d’argent. On arrête la rue, on laisse le capital intact.

    L’autoritarisme produit une sécurité perçue et une impunité réelle aux échelons supérieurs. Contre les mafias, c’est le contraire qu’il faut. Moins de spectacle, plus de bilans.
    En matière de lutte contre le crime organisé, l’Italie a une certaine expérience (notamment depuis les années 1980). Pensez-vous qu’elle est assez étudiée par les autres pays européens ?

    Absolument pas. L’Europe est à la traîne, le reste du monde l’est encore plus.

    L’Italie possède le meilleur savoir-faire au monde, et c’est un savoir-faire né du sang : l’article 416-bis existe parce que Pio La Torre a été assassiné ; l’article 41-bis et le système des collaborateurs de justice existent parce que Falcone et Borsellino ont été assassinés. Derrière chaque instrument législatif italien se cache un cercueil. C’est une législation écrite dans le deuil, et c’est pour cela qu’elle fonctionne : elle n’est pas née dans un séminaire, mais de l’urgence d’un État qui était en train de perdre pied.

    Presque aucun autre pays européen ne connaît le délit d’association de type mafieux. On juge les délits individuels – le trafic, le meurtre, le blanchiment d’argent –, mais pas l’organisation en tant que telle, ni la méthode, ni la force d’intimidation que représente le lien d’appartenance. Et presque partout, l’attaque contre le patrimoine fait défaut : mesures de prévention, confiscation élargie, administration judiciaire des entreprises. Le reste de l’Europe arrête des personnes ; l’Italie a compris qu’il fallait leur retirer leur argent, car un parrain en prison dont le patrimoine reste intact continue de diriger.

    Y a-t-il à ce niveau un décalage entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud ?

    L’Europe du Nord a longtemps entretenu un malentendu : celui selon lequel la mafia serait un problème folklorique du Sud, fait de casquettes et de fusils. Pendant qu’on pensait cela, la cocaïne est entrée par Rotterdam et Anvers, la ‘ndrangheta a investi dans toute l’Allemagne (Duisbourg 2007 n’a rien enseigné) et à Marseille, la DZ Mafia a mis en place un système de violence que la France peine même à nommer. Ce n’est pas que les mafias soient arrivées en Europe : c’est que l’Europe ne disposait pas des catégories pour les percevoir.

    Car le véritable phénomène est tout autre : ce ne sont pas seulement les mafias qui se sont capitalisées, c’est le capitalisme qui s’est mafiosisé. Les organisations criminelles ne sont plus le corps étranger qui s’attaque à l’économie légale. Elles sont le fournisseur de liquidités le plus fiable du marché : elles ne demandent pas de garanties, paient en espèces, et en cas de crise, elles arrivent avant les banques. Et l’économie légale a cessé de se demander d’où vient cet argent.

    Tant que l’Europe traitera la mafia comme une question d’ordre public et non de marché, de marchés publics, de logistique portuaire, de fonds publics, elle restera structurellement sans défense, et continuera à demander conseil à l’Italie sur les morts sans en copier les lois.
    S’il ne fallait retenir qu’une seule leçon de votre travail et de vos livres, laquelle ce serait ?

    La leçon est simple. On ne peut pas changer ce qu’on ne connaît pas.

    Le capitalisme criminel existe parce qu’il reste indéchiffrable. On ne peut pas le combattre si l’on ne comprend pas son mécanisme, conçu exprès pour passer inaperçu.

    Il est très facile de dire que ce sont les immigrés qui s’en prennent aux villes. La détresse a un corps, un visage, elle est dans la rue, on peut la photographier. L’argent, non. Il passe par des virements, des sociétés écrans, des marchés publics, et ne fait pas la une des journaux télévisés. Ainsi, l’indignation se porte toujours sur le pauvre visible et jamais sur le flux invisible — ce qui est exactement ce que ce flux souhaite.

    Mon travail a consisté à mettre en lumière cette ombre. J’en ai payé le prix. Chaque jour, je me demande si cela en valait la peine.
    Comment comprendre la fascination que suscitent les narcotrafiquants ? Netflix, par exemple, semble en avoir fait son fond de commerce.

    Le trafiquant de drogue ne fascine pas parce qu’il se tient en marge du système. Il fascine parce qu’il incarne le système débarrassé de toute hypocrisie. L’entrepreneur légal doit présenter un récit moral de son enrichissement : le mérite, l’innovation, la valeur apportée au territoire, et aujourd’hui, le bilan de développement durable. Le trafiquant de drogue en est dispensé. Son capital n’a pas besoin de s’excuser. Le spectateur reconnaît une structure qu’il connaît déjà : l’ascension, le risque, le capital réinvesti, l’élimination du concurrent, débarrassée des mots qui la rendent méconnaissable lorsqu’elle revêt une veste. Ce n’est pas le revers de notre monde, c’est notre monde dont on a coupé le son de la justification.

    De là naît un plaisir que j’appellerais gnostique, et c’est le véritable moteur de la série. Celui qui regarde a le sentiment d’avoir été admis au secret, d’avoir enfin vu comment fonctionne vraiment le monde. C’est la face B. Mais c’est un plaisir épistémologique, non moral, et pour cette raison dangereusement compatible avec l’inertie. Comprendre comment fonctionne la machine procure une satisfaction qui ressemble beaucoup à la capitulation.
    Que faudrait-il faire ?

    Il y a une objection à se faire à soi-même, et c’est la partie qui fait tenir tout le reste. Le narcotrafiquant n’est pas du tout dépourvu d’hypocrisie. Il dispose d’un appareil de légitimation extrêmement raffiné : la famille, l’honneur, le terrain de foot construit dans la commune, le pauvre qui se venge de l’oligarchie, la Vierge sur le mur.

    Escobar avait un discours politique, pas seulement une fortune. Il ne dit pas la vérité sur le capital : il raconte un autre mensonge, archaïque plutôt que managérial, et justement pour cela plus séduisant, car il parle le langage du mythe et non celui du communiqué de presse.

    Et là, le piège réside dans le récit lui-même. La véritable face cachée n’est pas spectaculaire. C’est le notaire, la facture gonflée, le transporteur, la société écran à Malte. La série raconte l’exception, le parrain, la fusillade, le charisme, et finit ainsi par protéger la règle, qui est la continuité parfaite entre l’économie criminelle et l’économie légale. Le narcotrafiquant représenté comme un monstre est un alibi. Si le narcotrafiquant était présenté comme un collègue, ce serait alors vraiment insupportable.
    Qu’a pu apporter en plus du livre, selon vous, l’adaptation de Gomorra aux écrans ?

    Je ne pense pas que la série apporte quelque chose : je pense qu’elle enlève. Elle enlève le « je », elle enlève la voix off, elle enlève le témoin. Il ne reste que le monde, sans personne pour le juger à notre place.

    C’est par cette soustraction que Gomorra est devenue une grammaire visuelle mondiale — au point d’universaliser Scampia. PNL tourne le clip Le monde ou rien aux Vele parce que cette banlieue est déjà la leur : Manille, Philadelphie, Paris, Le Caire… toutes les banlieues obéissent à la même logique.
    La légalisation représente-t-elle une solution pour casser les trafics de drogue ?

    Non, la légalisation ne met pas fin au trafic de drogue. Elle en élimine une partie, et il faut préciser laquelle.

    En ce qui concerne les drogues douces, l’expérience a déjà été menée et elle a fonctionné. Après la légalisation au Colorado et dans l’État de Washington, le trafic de cannabis mexicain s’est effondré : les saisies à la frontière ont été réduites à une fraction négligeable. Aucune opération de police n’avait jamais obtenu un résultat similaire. La légalisation a accompli ce que quarante ans de guerre contre la drogue n’avaient pas réussi à faire.

    Le pire modèle est celui qui reste à mi-chemin : une demande tolérée, une offre illégale. Le backdoor problem néerlandais a alimenté pendant quarante ans la filière à partir de laquelle s’est développée la Mocro Maffia. Dépénaliser la consommation sans réglementer la production est le cadeau idéal pour le crime organisé. Les Néerlandais ont reconnu le problème et tentent d’y remédier. Depuis 2023, l’Experiment gesloten coffeeshopketen, la « chaîne fermée », est en cours : dix communes — dont Breda, Tilburg, Arnhem, Groningue, Maastricht et Nimègue — où les coffee shops ne vendent que du cannabis issu d’une production légale, provenant de cultivateurs privés agréés, sous le contrôle de l’Inspection et de l’autorité alimentaire. À partir d’avril 2025, la vente de tout autre produit est interdite. Durée prévue : quatre ans.
    Quel rapport entretenez-vous maintenant avec Naples, vos terres natales mais terres où vous êtes en permanence menacé ? Comment se manifeste chez vous cette ambivalence ?

    Naples m’a chassé. C’est la blessure la plus profonde, car elle ne vient pas de mes ennemis. De la part de mes ennemis, on s’y attend, ça fait partie du jeu. Elle vient de chez moi. D’une partie de ma ville qui a décidé que le problème n’était pas la camorra, mais ceux qui en parlaient.

    Et on m’a chassé sur la base d’une fausse accusation : celle selon laquelle parler du mal détruirait le lieu qui l’abrite. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Après ces récits, le tourisme a explosé, les ruelles dont j’avais parlé se sont remplies. Ce n’est pas à moi qu’en revient le mérite. Mais cette théorie, selon laquelle le silence protège et la parole détruit, est le mensonge le plus ancien du pouvoir criminel. Naples en est la réfutation vivante.

    C’est là que réside le paradoxe le plus obscène : ceux qui m’accusent d’avoir diffamé Naples sont très souvent ceux qui ont tiré profit de cette transformation. Ceux qui ont acheté, ceux qui ont vu la valeur d’un bien immobilier tripler dans un quartier que personne ne voulait traverser il y a vingt ans. Ils vivent de ce changement et crachent sur ceux qui l’ont déclenché.
    Si c’était à refaire, écririez-vous et publieriez-vous de nouveau vos livres à cause desquels vous êtes aujourd’hui menacé ?

    Non. Je ne le referais pas. Non pas parce que je renie quoi que ce soit de ce que j’ai écrit, mais parce que je n’ai pas été le seul à en payer le prix. Le livre est vivant et continue son chemin ; moi, je suis resté figé depuis vingt ans et ma famille s’est effondrée.
    Les derniers mots de Gomorra (« Fils de pute, je suis encore vivant ! ») sont-ils devenus, de façon presque performative, les mots qui caractérisent votre vie ?

    Je les ai écrits à 26 ans et ils sont devenus une prophétie sur ma vie.
    Quel est le lieu le plus important pour vous à Naples ? Y avez-vous un beau souvenir ?

    Je répondrais à ces deux dernières questions en citant Dante : « Il n’est pas de plus grande douleur que de se souvenir des temps heureux dans la misère »…

    https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/02/la-plus-grande-victoire-de-la-mafia-est-davoir-cesse-de-ressembler-
    #criminalité_organisée #Roberto_Saviano #in/visibilité #drogue #ndrangheta #Moneyland #blanchiment_d'argent #mort #puissance #invisibilité #lessive #vocabulaire #terminologie #mots #Marseille #France #French_connection #trafic_de_drogue #argent_sale #BTP #bâtiment #appels_d'offre #marchés_publics #mexicanisation #économie #pénétration_économique #autoritarisme #loi #législation #patrimoine #argent #Rotterdam #Anvers #capitalisme #fonds_publics #lutte_contre_la_mafia #logistique #narcotrafique #mythe #légalisation #légalisation_de_la_drogue #coffee_shops #Pays-Bas

  • Pour la rupture écologique : écorégions, le projet radical de Mélenchon | Claire Lejeune, Julien Théry
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/pour-la-rupture-ecologique-ecoregions-le-projet-radical-de-melenchon-clair

    Pour rompre avec la logique suicidaire du productivisme, LFI propose un nouveau découpage régional conditionné par l’objectif de la transition écologique. Les éco-régions seront définies en relation avec les équilibres environnementaux

    #Écologie #Politique

    • à 21’

      On n’a pas encore tranché le sujet de la cartographie à ce stade. Et donc la carte qui a été présentée par Jean-Luc Mélenchon, c’est une des hypothèses possibles. Mais il pourrait aussi y avoir une cartographie qui suive les bassins versants de rivières, et donc ça correspondrait davantage à 23-24 écorégions qu’à 13...

      Claire Lejeune est en charge du dossier à LFI

    • Pourquoi Jean-Luc Mélenchon et LFI proposent de « restructurer les régions françaises autour des fleuves » – franceinfo
      https://www.franceinfo.fr/environnement/actions-ecologiques/jean-luc-melenchon-et-lfi-veulent-restructurer-les-regions-autour-des-fle

      Dans le projet imaginé par le binôme, les limites des nouvelles collectivités seraient calquées sur celles des 24 sous-bassins qui structurent la métropole. « Les fleuves, les rivières et les affluents déterminent des formes de paysage et des géologies spécifiques. Mais aussi différents types d’organisation de l’activité et de l’installation humaine, justifie Claire Lejeune. Ça donne donc une cohérence en termes de protection des rivières et des fleuves tout le long de leurs tracés. »

    • Hello ! ah non, je n’ai pas suivi ni étudié leur projet, mais il faudrait que je le fasse et que je confronte leurs idées avec mon petit background de géographie régionale. J’ai passé les 5 années de mes études de géo avec des géographes qui discutaient de la taille pertinent et des paramètres qui faisait une région la plus gouvernable. Et on a fait plu d’une analyse multifactorielle :-) sur cette question, en fait complètement fascinante et qui me donne une idée pour un billet visionscarto d’ailleurs.

      Merci pour l’inspiration !

    • J’essaie de mettre ci-dessous quelques idées, un peu en vrac (veuillez en excuser) et rapidement...

      L’origine de cette idée est intéressante. Le concept de #biorégion (pensé comme #bassin_versant) est né aux Etats-Unis à la fin des années 1970 sous la plume de #Peter_Berg et #Raymond_Dasmann. C’est le texte fondateur du #biorégionalisme (aujourd’hui très à la mode en Italie, par ailleurs, voir notamment #Alberto_Magnaghi) :
      https://cascadiaunderground.org/reinhabiting-california

      Le mouvement biorégionaliste se rattache à la #deep_ecology, qui a connu des dérives racistes... en effet, on tombe vite dans « tout ce qui est de la biorégion est bon, tout ce qui vient de l’extérieur est mauvais », pour la faune et la flore, mais aussi pour les êtres humains.

      Personnellement, je ne pense pas que la solution est dans les « bonnes frontières », je ne pense pas que les « bonnes frontières » existent, les découpages sont toujours arbitraires, toujours « artificiels », la question est politique, et ce qui doit guider c’est le projet commun à l’intérieur du découpage choisi et en lien (de manière non coloniale, non violente, non extractiviste, etc.) avec les autres territoires.

      Des chercheureuses ont fait des analyses critiques intéressantes du concept.

      Meredith fait une critique en 6 points du biorégionalisme, dont le danger des dérives fascistes :

      The micro-regional focus of bioregionalism is a small unit of physical space, typically a watershed region. In bioregional discourse, natural systems become metaphors for cultural coherence. However, when we look for laws embedded in the natural world, those that are found do not then reveal themselves as principles which apply to systems of culture. Further, within most individuals, the sense of regional identity spans several scales because our past narratives and present affiliations span several localities. Humans are not immersed in singular niches, nor is the bioregionalist an existential, primordial localist, for his or her choice has been crafted.

      https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13668790500115755

      Olsen en a également fait une critique dans un autre article scientifique :
      The Perils of Rootedness : On Bioregionalism and Right Wing Ecology in Germany

      https://www.jstor.org/stable/43324334

      Sur les #frontières_artificielles (en Afrique) l’édifiante analyse de #Camille_Lefebvre :
      https://seenthis.net/messages/868129#message868130

      Et aussi cet autre article édifiant de Gonon et Lasserre :
      Une critique de la notion de frontières artificielles à travers le cas de l’Asie centrale

      Depuis la disparition de l’URSS, en 1991, l’Asie centrale est partagée entre cinq États. Complexes, ses frontières sont passées brutalement du statut de frontières intérieures à celui de frontières internationales. Certains auteurs n’hésitent pas à recourir à la catégorie de « frontière artificielle » pour les décrire. Pourtant, ce concept est fort réducteur et contestable, tout autant que celui de « frontière naturelle » : tous les deux renvoient à des représentations très idéologiques des frontières étudiées. Par ailleurs, l’histoire des tracés témoigne des préoccupations qui ont présidé au découpage de l’Asie centrale à l’époque soviétique : elle révèle des critères de gestion qui ne font pas des frontières de l’Asie centrale des tracés ontologiquement différents des autres frontières du monde. Les États nouvellement indépendants d’Asie centrale ont, certes, hérité de frontières complexes, mais la question de leur gestion pacifique relève beaucoup plus des volontés politiques des gouvernements que d’une prétendue nature artificielle des tracés.

      https://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2003-v47-n132-cgq720/008090ar

      >> En gros, je pense que c’est une illusion et une idée simpliste celle de croire qu’on peut résoudre les problèmes écologiques (mais également sociaux et politiques) juste en déplaçant les frontières.

      #écorégions

    • Une réponse plus structurée de #Frédéric_Giraut :

      Le géographe Frédéric Giraut réagit aux « écorégions » promues par Jean-Luc Mélenchon : « Le biorégionalisme ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs »

      La proposition du candidat « insoumis » à l’élection présidentielle de redessiner la carte de France autour de 13 nouvelles zones s’inscrit dans une tradition de pensée qui fait primer les données naturelles et de supposés héritages culturels sur les réalités sociales et économiques, estime le géographe dans une tribune au « Monde ».

      La proposition de revoir le gabarit et la taille moyenne des régions françaises n’apparaît pas comme exaltante pour une campagne électorale présidentielle, sauf à la lier à une philosophie du rapport à l’#environnement. C’est ce que propose Jean-Luc Mélenchon en s’inscrivant dans un courant idéologique états-unien, celui du biorégionalisme.
      En effet, c’est dans le contexte américain, c’est-à-dire d’une société de pionniers, qu’a été formalisé dans les années 1970 ce courant de réforme radicale et utopiste, antimoderne et anti-urbain. Il propose de substituer au découpage en Etats fédérés, largement fondé sur des blocs géométriques constitués au fur et à mesure de la conquête, un découpage naturel censé être également plus proche des cadres de peuplement amérindiens.
      Il s’agit, autrement dit, de retrouver une logique territoriale organique pour effacer le cadre abstrait imposé par la colonisation, et fonder une société régionale solidaire, en harmonie avec les cadres de vie à préserver. La figure la plus fameuse d’une telle écorégion est la #Cascadia, qui réunirait des espaces de la côte Pacifique jusqu’au cœur des Rocheuses à cheval sur la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. C’est donc aussi le cadre national qui est remis en cause dans une sorte de panaméricanisme de petites éco-nations.

      Ce courant de pensée utopiste, jamais repris par les grands partis, postule l’#autarcie comme idéal social et environnemental. Il a certainement le mérite de pousser à prendre en compte les #bassins_versants [ensembles naturels drainés par un fleuve ou une rivière avec les crêtes ou les lignes de partage des eaux comme frontières] et les massifs comme des entités incontournables pour une gestion environnementale, au-delà du seul aménagement des fleuves par les grands travaux, et de mettre en débat les logiques productivistes, extractivistes et fonctionnalistes. Mais il ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu’en termes négatifs. C’est bien là sa limite fondamentale, y compris pour les projets politiques transformateurs, décoloniaux et écologistes.

      En Europe, la #régionalisation, ou division des territoires en régions, a combiné références historiques héritées et aires de polarisation des grandes villes, ceci aussi bien dans les systèmes fédéraux, régionalistes que centralisés. Le biorégionalisme reste cantonné aux questions de gestion des ressources naturelles, avec notamment les agences de l’eau françaises (ex-agences de bassins) qui constituent un modèle et se déclinent au niveau local en périmètres de contrats de rivière ou de milieu.

      Mais vouloir faire du bassin versant l’alpha et l’oméga de l’#organisation_territoriale régionale promeut cette figure « naturelle » hors de sa fonction actuelle. Elle devient alors une alternative radicale à l’organisation territoriale fondée sur des solidarités historiques et culturelles et sur des réalités fonctionnelles (emplois, transports, échanges économiques, fournitures de grands équipements) autour de #métropoles étendues et polarisantes. Ce deuxième point était au centre de la définition initiale des périmètres de régions françaises.
      Les « #métropoles_d’équilibre », dotées de grands équipements aux grandes heures de l’#aménagement_du_territoire, trônaient alors au cœur de régions polarisées, dont les dénominations ne s’interdisaient plus des références aux provinces historiques. L’agrandissement-fusion des régions en 2016 a éloigné le lien systématique à la métropole chef-lieu, mais le cadre de référence reste celui des solidarités historiques qui ont pu construire des bassins économiques couplé aux logiques métropolitaines.

      Dès lors, quel serait l’enjeu de refonder un découpage régional sur le principe biorégional ? Changer d’échelle pour concevoir la #transition_écologique impérative ? Mais cela est plus une question de changement institutionnel que de découpage, et nécessiterait plutôt d’instaurer des sortes de puissantes régions-Länder sur le modèle allemand ou régions-generalidades sur le modèle espagnol. Ceci en supprimant les départements et en instaurant une tutelle sur les municipalités. Ce n’est pas dans le projet mélenchonien.

      La #coopération_métropolitaine dans le viseur

      S’agit-il de mettre les logiques environnementales au cœur des politiques publiques ? Mais la question centrale est la question énergétique et, sauf à croire que l’on reviendra à l’âge des grands travaux hydrauliques et nucléaires de la source à l’embouchure des fleuves comme priorité d’aménagement, les enjeux sont avant tout métropolitains, qu’il s’agisse du logement et des systèmes de mobilités décarbonées.

      Or, dans le découpage esquissé en écorégions, les cadres départementaux subsistent et des espaces métropolitains sont éclatés entre plusieurs régions, comme la métropole lyonnaise et la partie française de l’aire genevoise notamment, ou restent coupés de leur arrière-pays comme Nantes, ou encore sont dissous dans un gigantesque ensemble comme la région parisienne rattachée aux confins normands bien éloignés de la Seine.

      Outre ces aspects liés au découpage, une telle réforme attaquerait avant tout l’idée de gouvernement métropolitain, qui a déjà tant de mal à exister en France. La proposition mélenchonienne rejoint, par cet aspect, la vision territoriale de la droite et de l’extrême droite, qui ont également la coopération métropolitaine dans le viseur. Ceci pour des raisons très différentes : promotion de clubs de communes nanties, refus des solidarités dans l’allocation des ressources et de la localisation des équipements, et plus fondamentalement croyance dans l’idéologie de la fragmentation concurrentielle des aires urbaines par « communautés d’intérêts » avec recours massif aux services privés à la carte.

      A d’autres échelles, on sait la pensée de Jean-Luc Mélenchon adepte de concepts « réalistes », qui expliquent les logiques géopolitiques par les seuls rapports de force et les supposées légitimités culturelles de grandes puissances. Particulièrement celui de « zone tampon légitime » pour certains impérialismes, à condition qu’ils s’appuient sur l’argument de la proximité culturelle et historique.

      Ainsi, le Donbass et une bonne partie des pays baltes pour la Russie ou Taïwan pour la Chine, et leurs millions de citoyens, pourraient légitimement basculer dans les pires dictatures en exercice à l’issue de « conférences des frontières ». Celles-ci étant forcément dominées par ces mêmes concepts réalistes censés fonder les principes de légitimité indépendamment du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. On pense alors aux funestes expériences qui constituent les modèles : Berlin (1885), Yalta (1945) ou récemment Dayton pour la Bosnie-Herzégovine (1995) et ses déplacements de population.

      La campagne sera territoriale à toutes les échelles, et certaines convergences paradoxales sont à noter. A la social-démocratie maintenant de décliner son projet territorial et environnemental loin des facilités simplificatrices qui pourraient dissoudre les rares cadres métropolitains de redistribution et de planification de la transition, et loin du fantasme mortifère des zones tampons impérialistes légitimes.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/07/22/le-geographe-frederic-giraut-reagit-aux-ecoregions-promues-par-jean-luc-mele

    • Je ne suis pas sur qu’une fois au pouvoir, ils veuillent le faire.

      Et si j’ai bien compris, c’est pas un découpage uniquement selon les bassins versants (t’as vu la gueule des formes que ca fait), ca prend en compte plus de critères (comme les bonnes vieilles distances aux sous préfectures, mais de nos jours, on s’en fout. Et puis on accepte que les gens fassent 200km pour un hôpital, alors ... (troll) ).
      C’est plus dans le cadre d’une grande décentralisation. Si des régions doivent s’auto gérer, alors autant de pas leurs donner de contraintes trop artificielles.
      Déjà, ils veulent garder les départements (pas vu d’avis contraire). Or les départements de Napoléon ont souvent leurs limites sur les courts d’eau, donc ca contredit la création de zone par bassin versant.

      Je suis surpris que ca prenne une tournure fasciste directement. A croire que tout peut devenir fasciste quand c’est utilisé par des fascistes. Limite vs frontière...

      Mais je pense qu’ils vont dérouler tout le programme de la FI au fil des mois avant les elections, surtout pour montrer qu’ils ont bossé.
      Et ils commencent par les sujets sûrement les moins névralgiques. Y’en a au moins 40... on a le temps.
      https://melenchon2027.fr/livrets-2022

    • Pour moi l’objectif 1 de ce projet, c’est de faire rallier EELV rapidement pour enfoncer le clou de « la gauche c’est nous et c’est nous qu’on a une dynamique de rassemblement », pour le vote utile y compris législatives. Objectif électoral à court terme.

      L’objectif 2, c’est de faire sauter les baronnies LR et PS et que LFI (+ verts) gagnent une poignée de régions. C’est un projet qui va pousser encore plus le PS à s’allier avec LR pour les achever. Une telle refonte entraînerait au passage le rebrassage de gouvernance des agences de l’eau, ARS, CA d’hôpitaux, chambres consulaires, PNR, ONF, etc... Sans compter que la redéfinition des compétences régionales entraîne un redispatching de compétences sur les autres échelons (départements : lycées, formation et développement économique par ex...). Objectif électoral à moyen et long terme.

      Le reste c’est les objectifs tertiaires, mais de façade (résilience et régénération, air, santé...) Objectifs politiques. Mise en œuvre et efficacité pas garantie, c’est un euphémisme.

      M’enfin dans le contexte de verrouillage socio technique et politico économique dans lequel nous baignons et qui nous mène à l’extinction, je trouve ça sympa des gens qui veulent faire (un peu) bouger les lignes du business as usual. Pas de quoi sauter au plafond, mais sympa.

  • San Ferdinando, sgombero della tendopoli
    https://www.meltingpot.org/2026/07/san-ferdinando-sgombero-della-tendopoli

    Piana di Gioia Tauro – Il superamento dell’insediamento informale è una notizia attesa da anni. Restano però senza risposta questioni decisive per le condizioni di vita dei lavoratori braccianti: dove andranno le persone che le palazzine non potranno contenere, e con quali garanzie di lavoro, residenza e continuità di soggiorno? È iniziato il 29 luglio lo sgombero della tendopoli di San Ferdinando, nella Piana di Gioia Tauro. Circa cento persone lasceranno l’insediamento informale e una parte di loro sarà ricollocata nelle palazzine di Contrada Serricella, a Rosarno, costruite con fondi europei per l’immigrazione e rimaste per anni vuote in attesa

    • È iniziato il 29 luglio lo sgombero della tendopoli di San Ferdinando, nella Piana di Gioia Tauro. Circa cento persone lasceranno l’insediamento informale e una parte di loro sarà ricollocata nelle palazzine di Contrada Serricella, a Rosarno, costruite con fondi europei per l’immigrazione e rimaste per anni vuote in attesa di assegnazione. Il provvedimento dà attuazione ai decreti 228 e 238 del 6 e 23 marzo 2026, adottati nell’ambito del cosiddetto “#Decreto_Caivano” – convertito in legge il 13 novembre 2023 e presentato dal Governo Meloni come risposta al disagio giovanile e alla criminalità nelle periferie.

      La tendopoli nacque dopo la rivolta di Rosarno del gennaio 2010 e fu realizzata dal Ministero dell’Interno come soluzione emergenziale. Da allora è stata smantellata e ricostruita più volte: l’ultimo grande sgombero risale al marzo 2019, quando l’allora ministro dell’Interno Matteo Salvini in un impeto di propaganda fece arrivare le #ruspe. Ogni volta, alla distruzione è seguita la rinascita dell’insediamento, in un ciclo che associazioni e sindacati denunciano da oltre un decennio.

      Nel mezzo, una scia di incendi e di morti: nelle baracche di legno e lamiera, scaldate d’inverno da bracieri e stufe di fortuna, hanno perso la vita #Becky_Moses, #Suruwa_Jaiteh e #Moussa_Ba. Le gravi condizioni igienico-sanitarie in cui le persone sono state costrette a vivere per anni, senza acqua potabile né corrente elettrica, sono l’esito di un percorso di accoglienza fallimentare, deterioratosi nel tempo fino al completo abbandono istituzionale.

      Il superamento del modello della tendopoli è in sé uno sviluppo positivo. Ma la mancanza di percorsi certi, individualizzati e di lungo periodo per gli abitanti rischia di riprodurre, ancora una volta, marginalità, esclusione e ghettizzazione.

      Emergency che lavora accanto alla popolazione della tendopoli dal 2011 con uno sportello di orientamento socio-sanitario, continua a chiedere soluzioni strutturali per chi lavora nel territorio della Piana. Si tratta di #braccianti che risiedono stabilmente da anni in Italia, in regola con le norme in materia di immigrazione. L’organizzazione esprime preoccupazione per la ricollocazione e la presa in carico delle persone più fragili presenti nell’insediamento.

      A oggi, sottolinea Emergency, gli enti competenti non hanno ancora illustrato quali misure intendano adottare nei prossimi mesi, in vista di una nuova stagione di raccolta e dell’arrivo di centinaia di lavoratori migranti. Molte persone non sanno ancora quando verranno trasferite, dove saranno ricollocate e con quali garanzie rispetto al lavoro, alla residenza e ai servizi. Per questo l’organizzazione ritiene che non si possa procedere con ulteriori trasferimenti o con la chiusura definitiva finché tutte le persone coinvolte non siano state adeguatamente informate, ascoltate e destinate a una soluzione concreta e sostenibile.

      «Il diritto alla salute non può essere garantito se le persone sono costrette a vivere in condizioni abitative disumane e precarie, in luoghi isolati, privi di collegamenti e lontani dai servizi essenziali», dichiara Mauro Destefano, coordinatore del progetto in Calabria. «Tutelare la salute e la dignità delle persone significa superare definitivamente il sistema dei grandi insediamenti, accompagnandole verso soluzioni abitative diffuse e reali percorsi di inclusione, costruiti insieme alle comunità locali».

      Il coordinatore punta il dito sui progetti annunciati come definitivi: «L’investimento di circa 3,6 milioni di euro per la costruzione della #Fattoria_Solidale, che non sarà pronta prima di un anno e mezzo, sembra essere l’ennesima costruzione di un ghetto nel quale le persone vivranno nuove forme di marginalizzazione e isolamento». Restano poco chiare, prosegue l’Ong, le ragioni del carattere temporaneo attribuito alle palazzine di Serricella, così come le modalità di gestione e i requisiti di accesso. Il tutto, conclude Mauro Destefano, deciso «senza interlocuzioni con le associazioni del terzo settore che popolano il territorio e senza un confronto con le persone migranti che vivono nella tendopoli»: l’ennesimo fallimento di una politica che continua a gestire un fenomeno radicato come se fosse un’emergenza improvvisa.

      Che dopo circa dieci anni le istituzioni calabresi aprano finalmente le palazzine di Rosarno può essere vista come una buona notizia: centinaia di lavoratori potranno vivere in condizioni migliori, anche grazie alla pressione esercitata negli anni da sindacati e società civile. Rimane però un problema tutt’altro che secondario, e riguarda i numeri. Lo sgombero eseguito ora, in piena bassa stagione, consente di gestire le poche decine di braccianti rimasti sul territorio a raccolta finita. Ma quando arriverà l’inverno, e con esso la stagione degli agrumi, la Piana torna a riempirsi: negli anni di picco San Ferdinando ha ospitato fino a mille persone. Le palazzine, che possono accogliere all’incirca 180 lavoratori, non basteranno.

      Saprà in questo lasso di tempo la politica istituzionale ascoltare le proposte – come l’ostello diffuso o la gestione pubblica degli affitti per citare due esempi – che arrivano dal basso, ossia da chi vive il territorio e ha proposto in questi anni soluzioni alternative e durature?

      #San_Ferdinando #tendopoli #migrations #Calabre #Rosarno #Piana_di_Gioia_Tauro #démantèlement #destruction #baraquement #travailleurs_étrangers #agrumes #agriculture

  • Pour la série... les murs ne servent à rien...

    Schätzungsweise 49.000 Migranten erreichen spanische Exklave Ceuta

    In Nordafrika sind laut spanischer Regierung innerhalb von 24 Stunden schätzungsweise 49.000 Migranten von Marokko aus in der Exklave Ceuta angekommen. Mehrere Menschen kamen beim Versuch ums Leben, das EU-Gebiet zu erreichen.

    In der spanischen Exklave Ceuta ist die Lage weiter angespannt. Mit etwa 49.000 Migranten ist die Zahl der Angekommenen deutlich höher als zunächst angenommen. Aus Polizeikreisen hieß es zudem, es sei unmöglich, genaue Zahlen zu nennen. Auch zum Zeitraum gab es zuletzt unterschiedliche Angaben. Der Regionalpräsident von Ceuta, Vivas, sprach von einem humanitären und sozialen Notstand. Nach Angaben des Innenministeriums in Madrid sind mindestens 18 Menschen beim Versuch ums Leben gekommen, in das Gebiet zu gelangen.
    Der Großteil schwamm von marokkanischem Gebiet aus. Auslöser war offenbar eine Entscheidung des spanischen Obersten Gerichts, dass über das Meer eintreffende Migranten nicht ohne ordnungsgemäßes Verfahren zurückgeschickt werden dürfen. Der Vorsitzende der Gewerkschaft der Guardia Civil erklärte, seit dem Urteil Anfang Juli habe es einen stetigen Zustrom gegeben, gestern sei es jedoch zu einem sprunghaften Anstieg gekommen. Das spanische Innenministerium warf Schlepperbanden vor, das Urteil auszunutzen.
    Auch in der Exklave Melilla hätten inzwischen etwa 400 Menschen die Grenze auf dem Landweg oder über einen Damm überwunden, teilte der Präsident der autonomen Stadt, Imbroda, mit. Die Sicherheitskräfte hätten die Situation wieder unter Kontrolle.
    Nach der Ankunft der Migranten hat die spanische Regierung Soldaten nach Ceuta entsandt. Derweil machen sich weiter viele Menschen auf den Weg in die spanische Exklave.
    EU-Kommission bietet Hilfe an
    Der Grenzschutz der Exklave brach aufgrund des hohen Andrangs zusammen. Die spanische Regierung hatte einen Einsatz des Militärs angekündigt. Unter anderem sollen Dutzende Soldaten und ein Militärschiff nach Ceuta verlegt werden. Regierungschef Sánchez und Innenminister Grande-Marlaska sollen heute nach Ceuta reisen.
    Die EU-Kommission bot Spanien Hilfe an. Der für Migration zuständige Kommissar Brunner erklärte, man könne etwa die Europäische Grenzschutzagentur Frontex einsetzen, um die Lage unter Kontrolle zu bringen. Außerdem stehe man mit marokkanischen Behörden in Kontakt.
    Italien fordert Ausschluss Spaniens aus Schengen-Raum
    Wie die Nachrichtenagentur AFP berichtet, forderte Italiens rechtsgerichtete Regierung angesichts der Bilder aus Ceuta, Spanien aus dem Schengen-Raum auszuschließen. Spanien bestellte daraufhin den italienischen Botschafter ein.
    Die Exklaven Ceuta und Melilla sind offiziell EU-Gebiet, gehören aber nicht zum Schengen-Raum.

    https://www.deutschlandfunk.de/schaetzungsweise-49-000-migranten-erreichen-spanische-exklave-ceuta-
    #Ceuta #Espagne #Maroc #frontières #murs #barrières_frontalières #migrations #réfugiés #les_murs_ne_servent_à_rien

    • Spain sending troops as thousands enter enclave of Ceuta from Morocco

      Spain is sending troops to bolster security in its North African enclave of Ceuta after thousands of migrants swam from Morocco into the territory on Thursday.

      At least 18 people drowned while trying to reach Ceuta. Local officials had appealed to Madrid for help after a recent rise in attempted crossings, but there were chaotic scenes on Thursday as border controls apparently broke down.

      Spain’s Supreme Court ruled this month that migrants stopped at sea while trying to reach Ceuta or Melilla, another Spanish enclave, cannot be summarily returned to Morocco.

      Spain’s interior ministry accused human trafficking networks of exploiting that to “encourage the flow of undocumented migrants”.

      “The armed forces will reinforce the Civil Guard in the exercise of its powers and any others that may be necessary to maintain security in the city of Ceuta,” the ministry said.

      In a later statement, the ministry said it was working together with Morocco to ensure the return of all people who crossed into its territory “as soon as possible”.

      Ceuta, on Morocco’s northern coast, is separated from mainland Spain by the Strait of Gibraltar and has long been a focal point for migrants attempting to reach Europe.

      Along with its larger sister city Melilla, Ceuta has long been a flashpoint in diplomatic relations between Morocco and Spain. Madrid asserts that both territories are integral parts of Spain and have the same status as the semi-autonomous regions on its mainland.

      Local authorities reported crossings continued overnight into Friday, with some clashes between police and migrants.

      Pictures and videos shared online appeared to show rocks being thrown across border gates and thousands of young migrants sleeping on the streets.

      Some 300 to 400 people also crossed into Melilla, Spain’s second autonomous city in northern Africa, from Morocco, according to local officials.

      The breach prompted Italy’s government to say it was considering “extraordinary measures” including closing the open border Schengen agreement with Spain.

      Italy and Spain do not share a land border, so Italy would likely need to get other European countries on board to be able to enforce this.

      The number of migrants attempting to reach the Spanish enclave of Ceuta had been rising for several days.

      Then on Thursday, thousands of people slid down concrete embankments into the sea in order to swim around the jetty that marks the border.

      On the Spanish side, the beaches were soon covered in rubber rings and flippers. While some migrants were celebrating their arrival, more than a dozen drowned trying.

      It’s not yet clear what prompted this surge in illegal crossings from Morocco, or how hard the authorities there tried to prevent it. At one point, a Spanish official said the border was in total collapse.

      Spain’s Prime Minister, Pedro Sánchez, is due in the territory on Friday and has pledged to return things to normal immediately.

      Migrant reception centres are overwhelmed, and the local authorities have accused Madrid of being too slow to react.

      Juan Jesús Vivas, the leader of Ceuta, said the influx was overwhelming resources and urged the Spanish government to intervene.

      The breach has also prompted a political spat with Italy, where Prime Minister Giorgia Meloni says she’s considering suspending the open border Schengen agreement with Spain.

      In a post on X, she said the images from Ceuta were “striking”, and show that “uncontrolled illegal immigration poses a concrete threat to the security of Europe’s borders”.

      Her comments echoed similar remarks made earlier in the day by Foreign Minister Antonio Tajani.

      However, it is a threat that seems impossible to enforce.

      Spanish Foreign Minister José Manuel Albares accused Tajani of weaponising immigration for political ends.

      He said such remarks were “improper” for “a partner and friendly country from which we expect European solidarity and not partisan demagoguery”.

      He also summoned the Italian ambassador to Madrid on Friday.

      The Schengen Area is a system of open borders spanning 29 European countries that have officially abolished controls at their common borders.

      It was unclear how many exactly had crossed the border. Spanish media estimated between 2,000 and 3,000 people entered Ceuta on Thursday, according to Reuters, but said that the Guardia Civil had not confirmed the figure.

      As tensions rose, there were unconfirmed reports of clashes late on Thursday.

      In Fnideq, a Moroccan town near the Ceuta border, Moroccan authorities fired water cannons at migrants in an attempt to deter them from crossing, witnesses told Reuters.

      In Melilla, footage from local media and human rights organisations appeared to show clashes at the Beni Ansar border point.

      The surge has prompted comparisons with May 2021, when around 8,000 people entered Ceuta over a matter of days, exacerbating diplomatic tensions with Morocco.

      Ceuta and Melilla represent the European Union’s only land border with Africa.

      Spanish authorities have increased security around the enclaves in recent years through increased surveillance, barrier reinforcement, and improved bilateral relations with Morocco, but people continue to attempt to cross.

      https://www.bbc.com/news/articles/cg4drwzkrkxo

      #militarisation_des_frontières

  • Ie chess la realdà: l’arrivo dell’Hip Hop a #bari
    https://scomodo.org/ie-chess-la-realda-larrivo-dellhip-hop-a-bari

    Coordinatore del progetto: Giuseppe AlbergoAutori: Giuseppe Albergo, Giuseppe Misurelli, Giovanni Facchini, Andrea Longo, Davide Albergo Nello slang newyorkese degli anni ’70, to hip stava per to know, letteralmente avere consapevolezza e to hop per to do, ossia fare, muoversi. L’hip hop, nato a New York alla fine degli anni ’70, vuol dire dunque muoversi perché […] L’articolo Ie chess la realdà: l’arrivo dell’Hip Hop a Bari proviene da Scomodo.

    #Avanguardie_Culturali #hiphop #redazione_bari #subcultura

  • Xavier #Niel et Cyril #Hanouna s’associent dans l’audiovisuel

    https://www.mediapart.fr/journal/france/240726/xavier-niel-et-cyril-hanouna-s-associent-dans-l-audiovisuel

    Ce nouveau partenariat doit se concrétiser par une prise de participations croisées entre les deux entreprises, H2O Productions de l’animateur et producteur et le groupe Mediawan fondé par l’entrepreneur, dans une logique de donnant-donnant.

    • Pour sa part, Cyril Hanouna, qui a été en couple avec la belle-fille du chef de l’État, tente aujourd’hui d’effacer l’étiquette d’agent d’extrême droite qui lui colle à la peau depuis ses années de service pour Vincent #Bolloré. À l’été 2024, l’animateur était au cœur du dispositif du milliardaire d’extrême droite en faveur du Rassemblement national lors des législatives anticipées, tandis qu’il recevait secrètement à dîner Jordan #Bardella dans sa villa à Saint-Tropez (Var).

      Censé ne plus aborder de sujets politiques en rejoignant le groupe M6, Cyril #Hanouna a progressivement dérogé à la règle au cours de la saison, jusqu’à faire venir en plateau le député d’extrême droite Charles Alloncle, en avril puis en mai, pendant la finalisation de son rapport d’enquête sur l’audiovisuel public. Ironie de l’histoire : l’élu d’extrême droite s’en était alors vigoureusement pris à la place prépondérante du nouveau partenaire de Cyril Hanouna, #Mediawan, chez France Télévisions. Furieux des travaux du député, Xavier #Niel avait ensuite fait circuler des photographies volées de l’élu avec une de ses collaboratrices.

    • Sollicités par Mediapart, Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Cyril Hanouna n’ont pas souhaité commenter cette opération, qui revêt aussi un sous-texte politique, à moins d’un an du départ d’Emmanuel #Macron de l’Élysée. Soutien de l’actuel chef de l’État depuis son accession au pouvoir en 2017, Xavier Niel est resté proche du président de la République, avec lequel il échange régulièrement à l’Élysée ou par messages et qu’il accompagne souvent à l’étranger.

      Dans le même temps, la fortune estimée du fondateur du groupe télécom #Iliad et actionnaire individuel du journal #LeMonde a bondi de 9,7 milliards d’euros en 2017 à 30,1 #milliards d’euros en 2026, selon le classement annuel du magazine économique Challenges. Xavier Niel y occupe la sixième place cette année.

    • L’ancien présentateur star de l’émission « Touche pas à mon poste ! » sur la chaîne #C8, dont l’autorisation de diffusion sur la TNT n’avait pas été renouvelée par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (#Arcom) en raison de nombreux manquements constatés à l’antenne, avait rejoint le groupe #M6, majoritairement détenu par le groupe allemand #Bertelsmann, en septembre 2025, à la suite de son départ du groupe #Canal+ du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré.

      À la tête de l’émission « Tout beau, tout n9uf » sur la chaîne #W9 depuis un an, il doit aussi animer, à compter de septembre prochain et pendant toute l’année marquée par la campagne présidentielle, des soirées de divertissement directement sur M6, a annoncé le groupe, jeudi 23 juillet.

  • Bangladesh : une nouvelle justice défaillante ? (1ère partie)
    Malgré les réformes pour adapter le système judiciaire du Bangladesh aux normes internationales, le Tribunal pour les crimes internationaux applique les mêmes lois défaillantes, parfois pires, que sous le précédent régime. Dont celles qui régissent les arrestations et la détention provisoire, le refus du Tribunal d’accorder la liberté sous caution, et l’absence de droit d’appel en matière de détention ou de liberté sous caution.
    https://www.justiceinfo.net/fr/162234-bangladesh-une-nouvelle-justice-defaillante-1ere-partie.html

    Bangladesh : une nouvelle justice défaillante ? (2ème partie)
    Malgré les réformes pour adapter le système judiciaire du Bangladesh aux normes internationales, le Tribunal pour les crimes internationaux (ICT) applique les mêmes lois défaillantes, parfois pires, que sous le précédent régime. Voici les inquiétudes sur le déroulement des procès.
    https://www.justiceinfo.net/fr/162274-bangladesh-une-nouvelle-justice-defaillante-2eme-partie.html

    #bangladesh

  • Post-partum : allô, bébé bobo
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-science-cqfd/post-partum-allo-bebe-bobo-8361981

    La période qui précède une naissance est une période spécifique. L’arrivée d’un enfant est un bouleversement physiologique, intime, familial et professionnel. Que sait-on des troubles et de la dépression post-partum ?

    En France, après une naissance, 16 % des mères et 10 % des pères ont connu une #dépression_post-partum. Quant au #baby_blues, il touche la moitié, voire trois-quarts des femmes. Face à l’injonction au bonheur quand on vient d’accoucher, ces troubles sont encore tabous et restent mal diagnostiqués, alors qu’ils sont extrêmement répandus. Quels sont les principaux facteurs de risque ? Que se passe-t-il dans le cerveau quand on devient parent ? Quels sont les moyens pour prévenir ou accompagner ces troubles ?

    Pour en parler, La Science CQFD a le plaisir de recevoir Fanny Jacq, psychiatre spécialisée en #périnatalité, pour la plateforme de consultation Qare. Nous sommes également accompagnés de Maria Melchior, épidémiologiste, directrice de recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), et spécialiste des déterminants sociaux de la #santé_mentale et des addictions.

    Moi qui croyais que ça ne concernait que les mamans. Ben non ! ce qui explique pourquoi j’ai continué à chercher une amie dans le fond de mon verre il y a près de 40 ans. Aujourd’hui, j’ai échappé à la cirrhose mais je vais bientôt être grand-père. @nicole penses-tu que les papis & mamies risquent la dépression post-partum ?

  • Noisy-Le-Grand. Des jeunes témoignent de violences sexuelles répétées par la BAC
    https://www.revolutionpermanente.fr/Noisy-Le-Grand-Des-jeunes-temoignent-de-violences-sexuelles-rep

    Dans une vidéo publiée le 8 Juillet sur tiktok, Sayf raconte et dénonce des faits de violences sexuelles et d’intimidations policières lors de contrôles par la Brigade anti-criminalité (BAC) de Noisy-Le-Grand (93). La vidéo dénonce le dernier contrôle qu’il a subi, lors duquel un de ces agents va retirer sans consentement le short de Sayf puis lui toucher les parties génitales. Commise rue Charles Panard, près du groupe scolaire Jules Ferry, cette violence n’est pas la première que Sayf a subi de la part de la BAC, et démontre la volonté d’humiliation et de domination de la part de l’institution policière sur les jeunes racisés dans les quartiers populaires. Le jeune explique que, malgré la présence de personnes aux alentours et ses demandes répétées de stopper ces gestes, les agents ont continué : « T’as pas intérêt à bouger parce que si tu bouges encore une fois tu vas bouffer le sol ».

    https://www.revolutionpermanente.fr/local/cache-vignettes/L880xH495/9ff378e9b1b647fbde43831ad3e47e-1dc46.jpg

    #violences_policières #bac

  • China flattens the duck with molten salt to generate solar power at night
    https://kdwalmsley.substack.com/p/china-flattens-the-duck-with-molten

    Bullets:

    Engineers in China’s West have built a new solar plant that generates electricity after sundown.

    The facility uses liquid salt to store excess energy captured during the day, which is later released as steam, which turns turbines to generate electricity.

    In this way, grid managers in Xinjiang “flatten the duck”: the mismatch between solar power production and electricity demand, which occurs at different times of the day.

    China’s vast network of high-voltage transmission lines are crucial, by delivering power generated in far-flung areas to population centers in China’s East.

  • Et si, #Grenoble se réconciliait (enfin) avec l’#eau ?

    Dans cet épisode, habitant-es, associations, professionnel-les interrogent notre rapport à l’eau et imaginent comment Grenoble pourrait renouer avec ses cours d’eau à horizon 2040. À travers les expériences de baignade urbaine dans l’Isère et le Drac, les #initiatives_citoyennes ou encore les réflexions autour de l’urbanisme et de l’#aménagement, les intervenant-es questionnent la place que nous accordons aujourd’hui à l’eau dans la ville.

    Comment transformer des rivières longtemps perçues comme dangereuses ou repoussantes en espaces de fraîcheur, de #santé et de #lien_social ?
    Cet épisode explore aussi les grands enjeux climatiques, sociaux et politiques liés au partage de l’eau : adaptation aux canicules, gestion des crues, accès gratuit à la fraîcheur, justice sociale ou reconnexion au vivant.

    Au fil des témoignages, une conviction émerge : renouer avec l’eau, c’est aussi transformer nos imaginaires et notre manière d’habiter la ville.

    Entre culture du risque, gouvernance collective et désir de réappropriation des rivières, cet épisode esquisse le futur d’une ville où l’eau redevient un bien commun, vivant et accessible à toutes et tous.

    https://podcast.ausha.co/ville-de-grenoble/et-si-grenoble-se-reconciliait-enfin-avec-l-eau
    #baignade_urbaine #réconciliation #rivière #gouvernance_de_l'eau #baignade_citoyenne #collectif_des_gens_qui_ont_chaud #les_gens_qui_ont_chaud #Drac #Isère #chaleur #fraîcheur #canicule #villes #urbanisme #urban_matter #qualité_de_l'eau #podcast #audio

  • Gauche(s) — Parti pris

    Matthieu Pigasse, ou l’imposture d’un « banquier de gauche »

    https://www.mediapart.fr/journal/politique/200726/matthieu-pigasse-ou-l-imposture-d-un-banquier-de-gauche

    L’homme d’affaires, qui n’exclut pas d’être candidat à l’élection présidentielle, se dit proche de la gauche et même de la gauche radicale. Une plongée dans les arcanes du capitalisme parisien permet d’avoir des doutes sur la sincérité de cet engagement.

    Laurent Mauduit

    20 juillet 2026 à 09h10

    • Le haut fonctionnaire est alors étroitement associé à la politique économique conduite de 1998 jusqu’à 2002 – c’est l’époque contrastée de la « gauche plurielle » incarnée par Lionel #Jospin. Les deux rivaux qu’étaient #Strauss-Kahn et #Fabius se livrent alors à une surenchère pour apparaître le plus « blairistes » possible (en référence au premier ministre britannique Tony #Blair).

      Abaissement de la fiscalité des stock-options et du taux marginal de l’impôt sur le revenu au profit des plus riches ; ouverture du capital et même franche privatisation d’EDF ; lancement de la privatisation des autoroutes : DSK et Fabius mènent une campagne néolibérale qui va contribuer à l’élimination dès le premier tour de Lionel Jospin lors de la présidentielle de 2002. Matthieu Pigasse – qui n’a pas voulu répondre aux questions de Mediapart – n’est encore qu’une petite main, mais il est aussi un acteur de ce naufrage.

    • Manigances autour du « Monde »

      La finance n’est pas son seul plaisir. La politique en est un autre. Il a soutenu Ségolène #Royal pendant la présidentielle de 2007, dans l’espoir d’un ministère. Il fait partie des Gracques, ces hauts fonctionnaires qui ont fait la promotion d’une alliance Royal- #Bayrou. Il manque de succomber aux sirènes de #Sarkozy, qui lui propose de devenir secrétaire d’État. Mais il refuse.

      C’est à ce moment-là qu’il commence à lorgner vers la presse, et notamment vers Le Monde. Toujours très proche de #DSK, malgré le discrédit qui pèse sur l’ancien ministre, il rêve que le journal appuie la campagne présidentielle de 2012, à laquelle son ancien patron se prépare. Il n’est pas le seul à caresser ce projet – toute une petite bande commence à s’organiser pour préparer la future campagne présidentielle de leur champion.

      Dans le lot, il y a aussi Daniel Cohen (1953-2023), professeur d’économie à l’École normale supérieure, qui travaille, sans en faire la moindre publicité, pour la banque Lazard. Il y a encore Gilles Finchelstein (actuel secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès), qui prête sa plume à Pigasse quand il écrit un essai.

      Mais, pour mettre la main sur le journal, il faut beaucoup d’argent. Et si riche qu’il soit, le banquier d’affaires n’en a pas assez. Il trouve vite la solution, en la personne du richissime Xavier #Niel, pour lequel le raid sur Le Monde a un autre intérêt : lui permettre de « s’acheter » une respectabilité bien utile dans la vie des affaires, respectabilité qui a été ternie du fait de sa détention provisoire, puis de sa condamnation par le tribunal de grande instance de Paris le 27 octobre 2006 à une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis et à une amende de 250 000 euros pour des faits de « recel de bien ».

      Les deux compères s’accordent sur le projet, et y associent une troisième figure du capitalisme parisien, l’ex-patron d’Yves Saint Laurent Pierre #Bergé. Et c’est ainsi que Pigasse, avec ses deux associés, prend le contrôle en novembre 2010 du Monde, dont le fondateur Hubert Beuve-Méry avait toujours souhaité qu’il soit jalousement indépendant et qu’il se tienne à distance de ce qu’il appelait « la presse d’industrie ».

    • L’histoire se termine mal, car #Natixis ira se gorger de produits toxiques, contaminés par la crise financière aux États-Unis. En somme, Pigasse est responsable, avec d’autres, d’une des aventures #financières les plus calamiteuses de ces dernières décennies : il a œuvré à la dérégulation radicale d’une banque mutualiste, pour qu’elle mime les outrances de la finance anglo-saxonne ; laquelle #dérégulation a conduit à l’un des plus graves #sinistres bancaires que la France ait connus ces dernières années. Ce qui n’empêche pas Pigasse d’empocher plusieurs #millions d’euros pour cette mission.

  • Où va le SEO en 2026 en France ? Entretien avec Aurélien Bardon, fondateur de ASEOX
    https://oliviersauvage.com/2026/05/28/ou-va-le-seo-en-2026-en-france-entretien-avec-aurelien-bardon-fondat

    Le nouveau marché du SEO : l’achat de #citations

    Olivier : Finalement, ça revient à faire du #SEO classique, en produisant du contenu ou en obtenant des citations sur d’autres sites. Ma conclusion, c’est qu’on va passer de l’achat de #backlinks à l’achat de citations sans lien.

    Aurélien Bardon : Tout à fait. C’est le nouveau marché des places de netlinking, souvent à un coût un peu moindre. Les études montrent que les contenus qui performent sont ceux qui facilitent l’extraction d’information pour l’algorithme : comparatifs, données précises, et mise en forme lisible (tableaux, phrases courtes). Encore une fois, un bon article SEO intègre déjà cette clarté, l’UX, et l’accessibilité.

    Cependant, il faut noter l’impact majeur des LLM sur le SEO. Google est agacé de se faire scraper par des concurrents (comme #ChatGPT) et a pris des mesures concrètes : il a recruté pour lutter contre le #scrapping, ce qui complique aussi la vie des SEO qui scrapent pour surveiller leurs positions. #Google a même utilisé une méthode redoutable, déjà vue chez #Amazon : renvoyer de fausses données aux scrapers pour pourrir leur base, favorisant au passage ses propres services (comme #YouTube). C’est une guerre ouverte.

    (...)

    Olivier : Pour conclure, quelle recommandation globale donnerais-tu à une PME pour sa stratégie #marketing ?

    Aurélien Bardon : Le #GEO n’est pas le sujet prioritaire en France pour l’instant, mais il faut le garder sous le coude. Pour toute entreprise ayant les moyens, la veille et l’investissement exploratoire sont obligatoires. Nous faisons face à une révolution gigantesque que nous ne pouvons ignorer.

    Si Google décidait de mettre #Gemini en avant par défaut, l’usage exploserait à des milliards de requêtes par jour. Deux facteurs freinent cela :

    – Les Coûts : Traiter une requête #LLM est beaucoup plus coûteux qu’une requête de recherche classique. Ils attendent une baisse des coûts de traitement.
    – La #Publicité : Google doit réussir à intégrer la publicité dans les réponses LLM de manière rentable, sans impacter les clics sur les publicités existantes.

    Cette révolution est sociétale et impacte tout. Nous vivons une période de destruction-création, rappelant les débuts du web, mais en plus brutal. Il y a un sentiment de paralysie face à l’incertitude sur l’avenir des compétences traditionnelles.

  • How serious is Iran’s threat to disrupt shipping in the Red Sea? | Inside Story - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=FhAdVDAa9Es

    Effrayant

    Some call it the Gate of Tears.

    #Bab_al-Mandab in the Red Sea wields importance as a global shipping artery.

    This week, Iran’s Revolutionary Guard threatened to use the strait as its next front in the war with the US.

    It says regional energy exports are ’either for everyone or for no one’.

    Such a move would mean relying on its Houthi allies in Yemen to block the shipping route.

    Iran’s warning comes amid an escalation with the US, which has endangered last month’s agreement.

    What would it mean for a volatile region — and the global economy?

    Presenter: Sami Zeidan

    Guests:
    Ali Ahmadi — Executive Fellow at the Geneva Centre for Security Policy

    Ian Ralby — Senior Fellow at the Center for Maritime Strategy

    Farea Al Muslimi — Research Fellow at the Middle East and North Africa Programme at Chatham House

    • Aljazeera, BBC world service, CNN et France 24... c’est dans cet ordre que je classe la qualité du traitement de l’information sur la géopolitique du moyen orient, France 24 est très loin des 3 premier, en tout cas pour les canaux francophones et anglophones. Ne pas oublier IranWire, média d’information collaborative géré par des journalistes professionnels iraniens issus de la diaspora et par des journalistes citoyens en Iran.

  • Soutenez les agriculteurs et les communautés rurales touchés par les inondations au Bangladesh

    Chers camarades, amis, sœurs et frères,

    La Fédération des agriculteurs du Bangladesh (BKF) lance un appel urgent à votre solidarité et à votre soutien alors que le Bangladesh est confronté à une nouvelle catastrophe dévastatrice due aux inondations d’origine climatique.

    Depuis le 5 juillet 2026, des pluies de mousson incessantes et des crues en amont ont inondé de vastes régions du sud-est du Bangladesh. Plus d’un million de personnes ont été touchées, des milliers d’habitations ont été détruites, les terres agricoles ont été submergées et d’innombrables familles d’agriculteurs ont perdu leurs récoltes, leur bétail et leurs moyens de subsistance.

    Cette catastrophe survient quelques semaines seulement après que de violentes crues soudaines ont frappé les zones humides des « Haor », dans le nord-est du Bangladesh, pendant la saison pré-mousson, détruisant des milliers d’hectares de « riz Boro » et touchant des centaines de milliers de ménages agricoles. Avant même que ces communautés aient pu se remettre de ces événements, elles ont de nouveau été frappées par des inondations catastrophiques.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/11/09/bangladesh-la-crise-climatique-amplifie-la-discrimination-a-legard-des-agent·e·s-invisibles-du-secteur-de-lassainissement/#comment-75094

    #bangladesh

  • L’Ukraine face à la génération Azov
    https://revue21.fr/article/ukraine-face-generation-azov

    De part et d’autre du Hub 4308, ce café épuré au sol de béton ciré et tables de designers où Beyrouth m’a donné rendez-vous, de jeunes hommes robustes, à la barbe longue, comme lui, pianotent sur leurs MacBook tandis que des jeunes femmes à la pointe de la mode discutent en sirotant des matcha lattes ; dans un coin, un petit groupe concentré s’applique à reproduire les gestes de la cérémonie du thé tout comme au Japon. Il y a aussi Anna Vriadnik, l’éditrice de Plomin, qui, plus tôt, m’a guidée entre les portants de merchandising en pointant un t-shirt floqué d’un soldat d’Azov sous les traits du célèbre Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich. Le Hub 4308, appelé ainsi « pour éviter la censure de Meta » – les chiffres évoquent АЗОВ, Azov en cyrillique – est un « lieu public, pop et stylé », dit-elle, qui permet à tous de contribuer au financement de la brigade. « Azov n’a pas d’ambition politique, ponctue Beyrouth en hochant du menton vers les passants. Nous sommes des soldats. Ce qui nous concerne, c’est la guerre et la défense de notre pays. De toute façon, ce serait interdit par la loi martiale. La preuve, c’est que des gens de tous bords nous rejoignent. »

    Quatre ans de guerre, des mobilisations massives et le calcul pragmatique de jeunes recrues – préférant intégrer volontairement une unité d’élite plutôt que d’être arrêtés et conscrits d’office – ont profondément bouleversé la composition de ces deux formations au destin étroitement lié. De fait, qu’il s’agisse du 1er corps Azov ou du 3e corps d’armée, le même son de cloche résonne un peu partout : « Même des antifascistes les ont rejoints ! » m’assure Michael Dark, un activiste engagé auprès des syndicats anarchistes étudiants.

    #Ukraine

    • comme il faut s’inscrire et recevoir de la pub... ci-bas, il manque les photos.

      Écrit par Iris Lambert
      10 juillet 2026

      Il y a dix ans, c’était un sulfureux noyau paramilitaire, amalgame de hooligans, d’ultranationalistes et de néonazis engagés contre Poutine. Aujourd’hui, ses fondateurs dirigent des unités d’élite au sein de l’armée ukrainienne et de la garde nationale, que les volontaires de tout bord rejoignent en masse pour combattre la Russie. Des régiments high-tech qui cultivent une image à la fois guerrière et cool, et dont les idées droitières percolent dans toute la société. Jusqu’au sommet de l’État.

      Droit dans ses rangers, « Sashko » examine le pneu de notre voiture et déclare, formel : « Crevé. » [balèze le gars] Le flanc de caoutchouc n’a pas résisté aux assauts de l’asphalte défoncé, creusé par les contractions de l’hiver et les drones qui hantent l’arrière-pays de Kharkiv, au fin fond de cette Ukraine orientale blessée, usée par le froid et la peur. Par chance, Sashko – son nom de guerre – connaît un mécanicien établi au coin de la rue, au bout de ce petit village taillé dans la brique et la tôle du côté d’Izioum. C’est ici qu’il vient se reposer des atrocités de la ligne de front, aujourd’hui repoussée à plusieurs dizaines de kilomètres, où il se bat comme sergent de l’unité d’assaut du 3e corps d’armée ukrainien – une réalité « hardcore », dit-il simplement en s’enfonçant derrière un portail de fer tavelé par la rouille.

      Au travers de sa cagoule, on ne distingue que le fragment d’un tatouage qui lui barre l’arête du nez. Se découvrir peut être dangereux dans ces contrées – surtout pour un volontaire étranger venu de Finlande. Deux pistolets et un poignard ballottent à sa taille. Un chiot, prénommé Lipton, s’est hissé sur ses genoux de colosse tandis que sa voix cagneuse, économe en confessions, fend le silence pour justifier sa présence si loin de chez lui. Voilà deux ans qu’il est arrivé pour combattre la « Russie terroriste » qui menace également son pays. Il n’a pas choisi cette unité par hasard. Il croise ses gants de combat et me lance : « La corruption est omniprésente dans l’armée. Moi, je voulais servir dans une véritable force ukrainienne, sous le commandement d’Andriy Biletsky. La guerre est toujours une affaire de politique. Et nous, nous sommes un mouvement politique : celui des vrais nationalistes ukrainiens. »

      Bon père de famille ultranationaliste

      Le visage de l’homme dont parle Sashko est l’un des plus reconnaissables d’Ukraine – et sans doute l’un des plus redoutés du Kremlin. Ses yeux clairs fixent les passants du haut d’immenses affiches étalées de part et d’autre du territoire, appelant les volontaires à rejoindre ce corps d’armée devenu, au fil des batailles, l’une des formations les plus respectées du pays. Tantôt présenté en bon père de famille, tantôt en simple civil sous un slogan le décrivant comme un « commandant compatissant », Andriy Biletsky, 46 ans, doit pourtant sa notoriété à un tout autre passé. Militant ultranationaliste dès les années 2000, fondateur du sulfureux « #bataillon_Azov » avant de prendre la tête du 3e corps d’armée, il est depuis longtemps l’une des figures favorites de la propagande de Vladimir Poutine, brandie comme pièce à conviction de la prétendue « nazification » de l’#Ukraine que le président russe clame vouloir purger par salves de missiles balistiques. Une accusation qui n’a pas empêché le commandant Biletsky et ses proches de se muer en icônes de la résistance, dont l’influence et l’héritage trouble pourraient bien sculpter, en creux, le visage de l’Ukraine de demain.

      Depuis le sillon de terre qui court le long de la maison de Sashko, les voix de ses frères d’armes l’interrompent soudain dans son récit : notre voiture est réparée, et il est temps pour lui de retourner à l’entraînement. Le conflit ne tolère pas de répit. « On tient près de cent cinquante kilomètres de ligne de front, assure-t-il en reposant Lipton au sol. On va au contact en menant des opérations d’assaut efficaces, grâce à nos équipements de pointe. » L’homme déplie son corps immense, palpe ses flancs pour vérifier son attirail et s’excuse de devoir repartir si tôt. Tandis qu’il s’éloigne à pas de géant, ses semelles soulevant des volutes de poussière, il plisse les yeux et assure, ferme et serein : « Ne t’inquiète pas, on est des durs. Notre brigade est la meilleure ! »

      L’académie des drones

      À près de six cents kilomètres de là, c’est précisément cette réputation d’élite qui attire chaque semaine davantage de recrues à la Killhouse Academy, dissimulée derrière les hauts murs dévorés par le lierre d’une usine désaffectée dans les marges de Kyiv. Penchés sur des écrans d’ordinateur, les muscles raidis par la concentration, quelques apprentis s’efforcent, joystick en main, de piloter une ribambelle de petits drones au travers de pneus, de cerceaux et de vieux bidons métalliques empilés dans ce vaste hangar réhabilité. Lancés en avril 2024 par le corps d’armée d’Andriy Biletsky, ces entraînements « accessibles dès l’âge de 15 ans pour les civils avec l’autorisation des parents » ont déjà permis à « près de 6 000 personnes de se former », s’enthousiasme « Tokyo », surnommée ainsi pour sa vague ressemblance au personnage culte de La Casa de papel et déjà instructrice malgré ses 26 ans.

      C’est que « les drones, c’est l’avenir… jusqu’à ce que la guerre nucléaire éclate », lâche, fataliste, un commerçant fauché qui envisage de rejoindre l’unité, déjà forte de plusieurs dizaines de milliers de soldats – pour des raisons de sécurité, les chiffres exacts ne peuvent être divulgués. Un peu plus loin, deux combattants amputés à la recherche d’une réaffectation, stabilisés par leurs prothèses, fument des cigarettes dans le vacarme des générateurs. Des soldats de tous bords viennent ici « pour apprendre auprès des meilleurs », confie, franchement admiratif, un officier des forces spéciales Omega, une autre unité d’élite.

      En quelques jours, ils découvrent comment monter de A à Z ces engins FPV – pour first-person view, en raison de la minuscule caméra embarquée qui donne au pilote l’illusion d’être à bord –, comment les manier, puis comment y fixer « 700 grammes de charge explosive pour en faire des drones kamikazes », déroule Tokyo, comme de rien, avec ses airs de gameuse et son anglais fauché. Originaire de Lviv, près de la frontière polonaise, elle voulait avant tout rejoindre « une brigade qui sait pour quoi elle se bat et des commandants qui prennent soin de leurs gars ». Une image que Biletsky et ses fidèles auront mis près de douze ans à forger.

      La nation ukrainienne doit diriger les nations blanches du monde dans la dernière croisade contre les sous-humains.
      Andriy Biletsky, en 2007

      Leur ascension prend racine à quelques stations de métro de là. À Kyiv, sur la place de l’Indépendance, dite Maïdan, une mer de drapeaux jaune et bleu frémit comme une prière dans le vent. « Leur claquement est le murmure des héros qui continuent de nous parler », glissent ceux qui viennent panser la mémoire des milliers de combattants tués depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle, le 24 février 2022.

      L’air, grisant et triste, est chargé d’autres fantômes. Entre novembre 2013 et février 2014, là où s’étend aujourd’hui ce mémorial à ciel ouvert, des citoyens de tous bords déferlent comme une marée pour contester la décision du président prorusse, Viktor Ianoukovitch, de substituer un partenariat économique avec Moscou à un accord d’association avec l’Union européenne. Au milieu de la foule, des hooligans et des membres des groupuscules d’extrême droite – l’Assemblée sociale-nationale, Tryzoub, Sitch 14, Patriotes d’Ukraine –, tous légataires des convulsions identitaires qui avaient secoué le pays au moment de son indépendance au tournant des années 1990, prennent position, barres de fer et cocktails Molotov en main, face aux Berkout. Cette police militaire, qui brutalisait les manifestants à coups de matraque avant de mobiliser ses snipers, trouve en eux une résistance organisée : le Secteur droit.

      De cette alliance des ultras et des intellectuels patriotes naît une force horizontale et alouvie, bien décidée, selon ses militants, à arracher aux nostalgiques de l’empire bolchevique tout ce que ce dernier a pillé, écrasé, terni, saccagé de l’identité ukrainienne. Après la victoire de l’Euromaïdan et la fuite de Ianoukovitch le 22 février 2014, le Parlement passe une loi sur la libération des « détenus politiques ». Parmi eux, on retrouve Andriy Biletsky, détenu sans jugement depuis vingt-huit mois par le gouvernement déchu pour « vol avec violence et brigandage » – des accusations « politiquement motivées », clame-t-il. Et aussi l’idéologue aux inclinaisons racialistes, voire carrément néofascistes, avec qui il pilotait les Patriotes d’Ukraine : Oleg Odnorozhenko. En 2007, sur le site de l’organisation, Biletsky affirmait que « la nation ukrainienne doit être une communauté basée sur la race et le sang », puis que sa « mission historique » est de « diriger les nations blanches du monde dans la dernière croisade » contre « les sous-humains dirigés par les Sémites ».

      Soleils noirs et croix gammées

      Odnorozhenko, sombre et volubile, aujourd’hui revenu à ses activités d’historien traumatisé par les réécritures soviétiques du passé, exhale encore la ferveur qui les animait alors : « Le jour même de notre libération, nous avons commencé à nous organiser pour libérer nos régions du contrôle par les agents russes. Nos structures nationalistes avaient déjà des composantes paramilitaires. Nous savions qu’une guerre serait inévitable. C’est comme ça que, de manière fluide et logique, les Patriotes d’Ukraine sont devenus Azov. » Propulsés par l’annexion de la Crimée et les soulèvements chaperonnés par la Russie dans le Donbass, au printemps 2014, ces centaines de volontaires tisonnent leur rancœur et montent à l’assaut des séparatistes appuyés par l’armée russe.

      Le bataillon Azov, unité d’hommes en noir fiers et agités empruntant leur nom à la mer voisine, vient alors suppléer une armée régulière à bout de souffle, cette « vieille machine délabrée de l’ère post-soviétique », crache presque Oleksiy Kovzhun, qui, dès le départ, s’attelle à lisser l’image du groupe. Il faut dire que, dans ses rangs, d’étranges symboles ont attiré l’œil du Kremlin : des emblèmes SS – soleils noirs et croix gammées – s’étirent sur les corps et les drapeaux des combattants, et des runes inversées typiques des insignes néonazis sont brandies en emblèmes du mouvement. Les porte-parole tentent de convaincre le monde qu’il s’agit en fait d’un monogramme des lettres I et N pour « Idée de Nation », mais Kovzhun, en communicant professionnel, flaire vite le danger : « J’ai rencontré les gars d’Azov à Marioupol, juste après qu’ils ont eu libéré la ville, en juin 2014. C’était une sacrée bande. Je leur ai dit : les gars, vous avez un problème de réputation, laissez-moi vous aider avec ça ! »

      Transformer les codes esthétiques

      Le conseiller en communication d’Azov sait y faire : espiègle et provocateur sous son chapeau de feutre, il méprise la bienséance compassée des « gauchistes libéraux », vogue volontiers – pas toujours sobre – dans les cabarets de drag-queens, savoure autant Billie Eilish que de vieux 33 tours pressés dans l’Allemagne des années 1930, et se délecte de voir les yeux de ses interlocuteurs se noyer dans la confusion. Depuis une terrasse ombragée de Kyiv, dans la cour intérieure d’un immeuble où se dresse également, sans que personne n’y prête attention, une immense volière à corbeaux, il déroule sa stratégie : « On a créé le tout premier service de relations presse d’Azov. D’abord, on a travaillé à transformer les codes esthétiques, parce que rien ne collait : il y avait des vieux bedonnants en uniforme parfaitement repassé et boutonné, et des jeunes d’une vingtaine d’années en t-shirt, couverts de tatouages douteux. » Mais alors, que comprendre de cette iconographie aux airs d’apologie de crimes contre l’humanité ? « Que les gars d’Azov disposent d’un humour mordant ! Les Russes les traitent de nazis, eux répondent : Très bien ! » balaie Kovzhun, pas effrayé par les contorsions. Un ange passe.

      L’affaire est pourtant jugée suffisamment sérieuse pour que le Congrès américain vote en juin 2015 un amendement prohibant les livraisons d’armes et les formations à destination d’Azov. Entre-temps, le bataillon s’est transformé en régiment et a été intégré à la garde nationale ukrainienne, sous la supervision du ministère de l’intérieur, dans l’administration du président Porochenko élu après la fuite de Ianoukovitch. À l’époque, le poste est occupé par un proche de Biletsky, Arsen Avakov.

      En interne, les cadres continuent à instaurer des règles et de la doctrine. Malgré les sanctions imposées par les États-Unis, ils bénéficient du savoir-faire de vétérans américains conciliants qui les guident pour incorporer les standards de l’Otan à leurs pratiques. Et surtout, ajoute Oleksiy Kovzhun avant de filer sur sa trottinette électrique, « nous avons instauré deux documents programmatiques : la Prière et le Décalogue ». Soit l’équivalent des Dix Commandements pour les combattants, hérités des partisans radicaux, clandestins et controversés de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN).

      Traditions cosaques

      Au tournant des années 1930, tentant de tenir tête, d’un côté, à l’écrasement de l’identité ukrainienne par la Pologne et, de l’autre, aux exactions de masse orchestrées par Moscou – dont 3 à 5 millions de morts pendant la campagne d’extermination par la famine de l’Holodomor entre 1932 et 1933 –, les dirigeants de l’OUN s’organisent pour défendre une Ukraine indépendante. En 1940, l’organisation se divise, quelques mois avant la rupture du pacte germano-soviétique. Sous l’impulsion de Stepan Bandera, partisan d’une lutte insurrectionnelle, les militants de la faction OUN-B finissent par tendre la main au IIIe Reich et collaborent activement aux pogroms nazis avant de faire eux-mêmes l’objet d’une féroce répression – les deux frères de Bandera mourront à Auschwitz.

      Dans l’entre-deux-mondes ouvert avec les tranchées du Donbass en 2014, les penseurs d’Azov, agrégés autour d’un certain Mykola « Kruk » Kravchenko, idéologue central du mouvement et mort au combat en 2022, ont ainsi puisé dans les traditions cosaques réactivées par l’OUN avant d’être élevées en nationalisme de combat, mélancolique et résistant – et qui, arc-bouté sur son besoin d’exister face au bulldozer russe, s’accommode des compromissions passées de ses héros. Leurs faits d’armes sont enseignés lors de formations jamais rassasiées de rituels mi-païens mi-straight-edge-punk, au cours desquelles les combattants célèbrent une nouvelle société ukrainienne, fraternelle et conservatrice, pour qui, dit le premier commandement du Décalogue, « il faudra vaincre ou périr ».

      Loup empaillé

      Pour certains cadres d’Azov, ce combat idéologique doit dépasser le front et s’appliquer à « former la jeunesse pour lui inculquer une vision du monde nationaliste », raconte Serhii Filimonov, aujourd’hui commandant du bataillon Da Vinci Wolves. Joint en visio, il apparaît barricadé dans des conteneurs enfouis sous la terre du côté de Pokrovsk, déambulant dans son baraquement sans un regard pour le loup empaillé, coiffé d’une casquette de garde-frontière russe, qui trône au détour d’un couloir. Dès 2016, cet ancien ultra du club de foot Dynamo Kyiv, « engagé pour la protection des animaux, du patrimoine historique et de la langue ukrainienne », devenu star de cinéma sous la direction d’Oleg Sentsov dans son film Rhino, projeté à la Mostra de Venise en 2021, participe à l’élaboration de la branche civile d’Azov dans la capitale. Bientôt transformée en véritable formation politique sous le nom de Corps national, officiellement dirigée par Andriy Biletsky, elle avait clairement pour objectif – « comme tout parti politique », insiste Filimonov – « de conquérir le pouvoir par les urnes ».

      Ainsi, démissionnaires de leurs fonctions militaires pour se consacrer au militantisme, la loi ukrainienne interdisant le cumul, des cadres d’Azov se mobilisent à nouveau autour d’une idée de la nation racialiste – « ethnique », dans leur propre terminologie – à laquelle les étrangers pourraient éventuellement « s’assimiler », précise l’idéologue Oleg Odnorozhenko. Ils prônent également, sur le plan économique, une version du marché libre qui s’opposerait à « tout ce qui est de gauche et centralisé », et préfèrent une alliance avec les pays baltes, au sein du projet dit « Intermarium », aux institutions de Bruxelles. Ce volet est notamment piloté par la philosophe Olena Semenyaka, secrétaire internationale du Corps national et ancienne élève d’Alexandre Douguine, le célèbre théoricien moscovite d’extrême droite, grand promoteur de l’impérialisme russe, avec qui la rupture sera consommée après l’annexion de la Crimée en 2014.

      Soirées ciné et combat au couteau

      Inlassablement, les activistes nationalistes organisent dans leur QG des soirées cinéma, des formations au combat au couteau, ou encore des clubs lecture autour de textes spécialement traduits « pour aider à penser les effets de la guerre sur notre identité. Avec par exemple les ouvrages d’Ernst Jünger [soldat de la Wehrmacht et fervent défenseur du nationalisme allemand, pourtant opposant d’Adolf Hitler, ndlr] », sourit doucement Anna Vriadnik, de la maison d’édition Plomin, en haussant le ton pour se faire entendre par-dessus les bruits de percolateur dans un coffee-shop de Kyiv. Du côté des lettres françaises, elle invite, admirative, ses lecteurs à se plonger dans « les mémoires de Dominique Venner », ancien de l’OAS et héraut des thèses de la Nouvelle Droite, qui s’est donné la mort d’une balle dans la tête au pied de l’autel de Notre-Dame de Paris, en 2013, pour crier son angoisse face au « péril du grand remplacement ».

      Ces activités culturelles et sportives devaient permettre, pierre après pierre, d’édifier un « État dans l’État », comme l’espérait Mykola « Kruk » Kravchenko. Mais la greffe peine à prendre : si Biletsky était parvenu en 2014 à se faire élire député indépendant, les Ukrainiens n’ont accordé aux candidats du Corps national – coalisés au sein d’une liste nationaliste – que 4 % des suffrages lors des élections locales de 2020.

      Comme un tigre

      Avachi dans son fauteuil, les pieds croisés sur son bureau dans les locaux du Snake Island Institute, son think tank spécialisé en paradiplomatie avec les institutions américaines, Vladislav Sobolevsky joue à faire virevolter son couteau à cran d’arrêt. Il revoit les embuscades tendues du côté de Brovary, l’encerclement d’Irpin et les cadavres de la rue Yablonska à Boutcha, ces corps de civils exécutés par les Russes dans les premiers jours de l’invasion. « Ça a été des jours très durs, mais je crois que c’était le moment le plus fort de ma vie. Toute la nation s’est levée et s’est battue comme un tigre », s’émeut-il. Le 24 février 2022, à 3 h 48 du matin, des colonnes de blindés russes percent les frontières ukrainiennes saisies par la rigueur de l’hiver. À l’est, au nord, le retentissement des missiles qui s’écrasent fige les corps dans la nuit. Déjà, la capitale est menacée.

      Les jours qui suivent, Sobolevsky ne dort presque pas. Cet ancien chef d’état-major d’Azov devenu militant du Corps national, accompagné de ses anciens frères d’armes rompus aux batailles du Donbass, épaule sa mitrailleuse et sort « défendre Kyiv ». Spontanément, il prend donc, derrière Andriy Biletsky, le commandement d’une nouvelle unité de volontaires, d’abord baptisée Azov-Kyiv avant de graduellement devenir la 3e brigade d’assaut, puis le 3e corps d’armée aujourd’hui, agrégeant d’autres unités aux parcours distincts. Le régiment originel, quant à lui, ferraille sur le front est, du côté de Marioupol, sous la direction de Denys Prokopenko, dit « Redis », un homme taiseux qui se refuse à toute interview et apparition publique.

      Odeurs de sang et de soufre

      Bientôt, un déluge de feu s’abat sur eux. Les trottoirs sont jonchés de corps brûlés, la quasi-totalité de Marioupol est rasée, et des colonnes de fumée n’en finissent plus de noircir le ciel de la ville, impuissant témoin du carnage de milliers de civils – entre 8 000 et 22 000 selon les sources. Totalement assiégées, les unités d’Azov sont forcées de se replier dans les entrailles de l’aciérie d’Azovstal, où l’odeur du sang se mélange à celle du soufre emmagasiné sous les hauts fourneaux. Là, Tetiana Tepliuk sent son cœur « se solidifier comme de la pierre ». Alors âgée de 69 ans, cette infirmière engagée auprès d’Azov depuis 2015 survit « comme un robot » dans le labyrinthe souterrain privé de tout, y compris d’outils et de médicaments, obligeant les chirurgiens à amputer les blessés au couteau ou aux ciseaux d’usine.

      Au même moment, à Kyiv, Vladislav Sobolevsky et les autres gradés de l’armée craignent de « peu à peu perdre le contact avec Marioupol et Azovstal ». Par chance, « nos services de renseignement ont repéré une faille dans la défense aérienne des positions russes, ce qui nous a permis d’établir un itinéraire pour acheminer du ravitaillement », rembobine-t-il. Volant de nuit et à basse altitude, des hélicoptères « traversent plus de cent kilomètres de positions ennemies » et atteignent enfin l’aciérie, où ils déversent « des hommes, des armes antichars et des antennes Starlink ». De quoi retransmettre en direct le siège, et montrer au monde entier « que les soldats d’Azov ne sont pas des terroristes », se félicite le commandant. Quelques jours plus tard, cet assaut télévisé qui aura permis de conquérir les cœurs ne s’arrête que pour faire entrer les défenseurs dans un autre cercle de l’enfer : le 17 mai 2022, souffle Tetiana Tepliuk, « un ordre est donné de nous rendre et de partir en captivité ».

      Essorés de tristesse

      Quatre ans plus tard, juchées sur le terre-plein central de la rue Ivan Mazepa, à Kyiv, une dizaine de jeunes femmes aux profils sombres brandissent des pancartes de carton usé appelant à la « libération des défenseurs d’Azovstal ». Ce sont les mères, les sœurs, les compagnes des 700 soldats d’Azov toujours détenus par la Russie. Derrière elles, la cathédrale de la Dormition tire ses bulbes dorés vers le ciel luminescent, tandis que le carillon de ses cloches se mélange aux cris des klaxons lancés par le cortège de soutien à la manifestation. Un col clérical noir et blanc dépasse parfois sous l’uniforme de quelques soldats. Sur le côté, le regard dissimulé par ses lunettes de soleil, Evgenia espère voir apparaître le nom de son frère dans la liste des prisonniers qui doivent être échangés dans les semaines à venir. En quatre ans, elle n’a jamais eu d’autres nouvelles de lui qu’un « article dans la presse russe annonçant sa condamnation à des années de prison ». Là, dit-elle, unie aux autres proches essorés de tristesse, « il est parfois plus facile d’attendre sans savoir ».

      « Obtenir le retour des combattants d’Azov est une bataille en soi. Pour les Russes, leur valeur symbolique est immense, particulièrement depuis la bataille de Marioupol », prévient Nestor Barchuk, responsable des relations internationales et du plaidoyer pour les prisonniers de guerre chez Azov. Le premier échange d’envergure, en septembre 2022, en donne la mesure : deux cents membres de la brigade sont alors remis à l’Ukraine en contrepartie de l’oligarque ukrainien prorusse Viktor Medvedtchouk. Ce jour-là, leur leader Denys « Redis » Prokopenko, élevé au rang de héros de la résistance ukrainienne, retrouve lui aussi la liberté. Mais l’obstacle dépasse la seule dimension politique. « Depuis que la Cour suprême russe a désigné notre unité comme une organisation terroriste, nos soldats sont privés du statut de prisonniers de guerre. Pourtant, nous faisons officiellement partie de l’armée ukrainienne et cette décision est en contradiction avec les conventions de Genève », souligne Nestor Barchuk.

      « Je n’étais plus qu’un sac d’os »

      Face à eux, l’ennemi se déchaîne. Tetiana Tepliuk, l’ancienne infirmière d’Azov faite prisonnière, se souvient surtout « des yeux des jeunes femmes criant de faim ». Et puis des gémissements de ses camarades « attachés au mur et torturés dans la pièce juste à côté [d’elle] » dans le centre d’Olenivka, dans l’oblast occupé de Donetsk. Peut-être a-t-elle entendu ceux de Dmytro Morozov, un autre ancien soldat d’Azov, qui me raconte des séances de sévices « de plus de cinq ou six heures en continu, pour obtenir des aveux forcés », les peaux brûlées par les Russes « pour effacer les tatouages », et la propagande balancée en continu dans les haut-parleurs de la prison. Blessé par des shrapnels avant sa détention, ses plaies s’infectent : « Quand on m’a libéré, je pesais quarante kilos. Je n’étais plus qu’un sac d’os. »

      La nuit du 28 au 29 juillet 2022, des explosions ravagent le baraquement 200 de la prison d’Olenivka, où avaient été transférés uniquement des combattants d’Azov. Selon les autorités ukrainiennes et plusieurs enquêtes internationales, elles auraient été orchestrées par les forces russes. Cinquante-trois prisonniers meurent sur le coup ; soixante-quinze autres, brûlés ou mutilés, agonisent sous le regard d’abord impassible des geôliers. « À mes yeux, le but était de tuer le plus grand nombre possible de combattants d’Azov », souffle Tepliuk.

      Ils sont nés au sein des milieux nationalistes, mais les qualifier de néonazis revient à adopter le cadrage russe.
      Le politiste américain Francis Fukuyama

      « La bataille de Marioupol a été une véritable bascule : nous avons été contraints de plaider activement à l’étranger pour nos prisonniers de guerre, et cela a marqué le début de nos campagnes internationales », me raconte « Beyrouth », ainsi surnommé en raison de sa thèse de doctorat portant sur « la place du religieux dans le conflit israélo-arabe ». Le crâne lisse et la barbe longue, le chef adjoint de la communication stratégique d’Azov déroule dans un phrasé technique, précis, les étapes de la réhabilitation du groupe aux yeux du monde : « Il y a d’abord eu une rencontre entre les femmes de détenus et le pape François, au Vatican. Nous avons compris que, pour contrer la propagande russe, si puissante, nous devions cibler certains cercles : les politiciens, les diplomates, mais aussi les chercheurs. Par exemple, l’université de Stanford pilote un programme appelé le Mapping Militants Project où ils collectent des informations sur les groupes terroristes du monde entier. Et Azov se trouvait là, entre Al-Qaïda et les talibans. »

      Il rit, puis enchaîne : « On a pu rencontrer les étudiants de Stanford lors d’une conférence à laquelle participaient aussi Michael McFaul, l’ancien ambassadeur des États-Unis à Moscou, et Francis Fukuyama. » Ce dernier, conquis, se dit alors « fier de les soutenir ». Face au tollé qui suit, le politiste superstar tranche : « Ils sont nés au sein des milieux nationalistes ukrainiens, mais les qualifier de néonazis revient à adopter le cadrage russe de ce qu’ils représentent aujourd’hui. » Et, ainsi, les efforts finissent par payer : le 11 juin 2024, le département d’État américain annonce publiquement la levée des interdictions de transfert d’armes à destination d’Azov. En avril 2025, le régiment devient le 1er corps de la garde nationale, supervisant ainsi plusieurs autres brigades.

      Pop et stylé

      De part et d’autre du Hub 4308, ce café épuré au sol de béton ciré et tables de designers où Beyrouth m’a donné rendez-vous, de jeunes hommes robustes, à la barbe longue, comme lui, pianotent sur leurs MacBook tandis que des jeunes femmes à la pointe de la mode discutent en sirotant des matcha lattes ; dans un coin, un petit groupe concentré s’applique à reproduire les gestes de la cérémonie du thé tout comme au Japon. Il y a aussi Anna Vriadnik, l’éditrice de Plomin, qui, plus tôt, m’a guidée entre les portants de merchandising en pointant un t-shirt floqué d’un soldat d’Azov sous les traits du célèbre Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich. Le Hub 4308, appelé ainsi « pour éviter la censure de Meta » – les chiffres évoquent АЗОВ, Azov en cyrillique – est un « lieu public, pop et stylé », dit-elle, qui permet à tous de contribuer au financement de la brigade. « Azov n’a pas d’ambition politique, ponctue Beyrouth en hochant du menton vers les passants. Nous sommes des soldats. Ce qui nous concerne, c’est la guerre et la défense de notre pays. De toute façon, ce serait interdit par la loi martiale. La preuve, c’est que des gens de tous bords nous rejoignent. »

      Quatre ans de guerre, des mobilisations massives et le calcul pragmatique de jeunes recrues – préférant intégrer volontairement une unité d’élite plutôt que d’être arrêtés et conscrits d’office – ont profondément bouleversé la composition de ces deux formations au destin étroitement lié. De fait, qu’il s’agisse du 1er corps Azov ou du 3e corps d’armée, le même son de cloche résonne un peu partout : « Même des antifascistes les ont rejoints ! » m’assure Michael Dark, un activiste engagé auprès des syndicats anarchistes étudiants.

      La coolitude de droite

      En permission entre deux déploiements au front, « Franz » abonde en ce sens : « On va pas se mentir, Azov c’est quand même un peu de droite, mais j’ai des amis gays et de gauche qui se sont engagés avec nous – ils ne le crient peut-être pas sur tous les toits, mais y a pas de problèmes. » Lui a grandi en France, fait des études de marketing et passé deux ans à la section culture de la mairie d’Avignon avant de se décider à prendre les armes. Il loue « leur professionnalisme » adoubé par les capitales européennes – au point d’être invités au salon mondial de l’armement Eurosatory, en Île-de-France. Et vante « l’absence de hiérarchie : on se tutoie tous, c’est pas vieux et rigide comme les unités soviétiques ». Au fond, il y voit aussi un peu de cool – de quoi alimenter son Instagram où il se déclare « From Côte d’Azur to Côte d’Azov ».

      Il ne s’agit pas là d’un hasard : « Nous avons compris que nous devions investir le champ de la culture, des livres, du cinéma », m’explique Beyrouth. Avec Oleksiy Kovzhun, qui veut « faire des t-shirts Azov assez cool pour que les adolescents les portent, comme ceux de Metallica », ils puisent dans ce que les artistes du monde entier ont fait de mieux pour penser leurs campagnes de recrutement : « Il y a un peu plus d’un an, on a fait un court-métrage, intitulé Polemos, inspiré du Septième Sceau d’Ingmar Bergman. On a aussi une pièce de théâtre en préparation, à partir de l’Odyssée, et un film pour l’année prochaine. Le responsable de ce projet est même allé à Cannes. »

      « Mentalité start-up »

      Sur ce plan, le 3e corps d’armée n’est pas en reste. La filiation des deux unités se repère aussi à leur avant-gardisme en miroir. Au mois de mai 2026, les cinémas du pays ont accueilli le film Killhouse, réalisé par Lubomir Levitsky, et dont le personnage principal est un soldat de l’unité d’Andriy Biletsky – ce qui aura permis à l’organisateur du raid héliporté d’Azovstal, Vladislav Sobolevsky, d’y faire un petit caméo pour son plus grand plaisir. D’après « Alice », responsable du recrutement du 3e corps d’armée, le succès tient aussi à la « mentalité start-up » qui irrigue son unité.

      En bon reflet de l’époque, la jeune femme férue de yoga, qui a grandi en Europe et se pensait jusque-là « pacifiste », jongle avec les mots workflow, optimize, process, innovation, et la nécessité, pour toujours progresser, de penser « out of the box », hors des sentiers battus. Puisqu’il s’agit d’un corps de volontaires, et non d’une unité où les conscrits ont été intégrés d’office, chacun « vient comme il est », avec ses compétences et ses envies, et participe à la création d’une « nouvelle culture militaire » faite pour les « cool kids ». Car après tout, malgré la guerre, « il s’agit toujours de vivre et de s’amuser ».

      Mais la mort rôde, irrémédiablement. À six cents kilomètres de Kyiv, sur la colline Kremenets juste à la sortie d’Izioum, Anton se tord les mains. En contrebas, la ville-garnison semble asphyxiée par une interminable toile scintillante, tressée de milliers de filets de pêche tendus sur de hauts pylônes de bois sec. Ils protègent les habitants de la « kill zone » des drones FPV qui plongent en kamikazes sur les usines, sur les routes, sur les soldats et parfois même sur les enfants. Assis sur le rebord du monument de l’Assaut, un mastodonte de béton élevé à la gloire des soldats de l’Armée rouge tombés contre l’Allemagne nazie, Anton ne tremble pas lorsque, tout près de nous, les échos assourdissants des bombes planantes déchirent le ciel sans trêve. C’est ici qu’il se sent bien.

      Du rap militaire

      Ancien combattant d’infanterie du côté de Bakhmout face aux milices russes de Wagner – elles-mêmes cofondées par le néonazi Dmitri Outkine –, il se souvient de missions « à la Call of Duty » et de patrouilles de reconnaissance si dures qu’il continue de se demander « si le froid sous la peau s’en ira un jour ». Il a bien tenté, il y a quelques mois, de quitter l’armée, mais la sévérité des effets du stress post-traumatique a rendu son retour à la vie civile impossible. Le service de soutien du 3e corps d’armée décide alors de le réintégrer dans ses rangs, tout en lui interdisant le port d’armes. Anton ne tarit plus d’éloges pour ses supérieurs qui lui ont offert un refuge, ainsi que pour son ami « Kucher » qui, attentif à ses talents de rappeur, le pousse à écrire de la musique « pour le prochain album de l’armée ».

      « AB3 Music est le tout premier et unique label de musique militaire ! » se félicite Kucher en faisant défiler sur son iPhone les images de leur dernier clip. L’idée, iconoclaste, leur est venue naturellement : « Au début, nous avons demandé à des artistes d’écrire des chansons sur leur perception de la guerre. On a ensuite négocié avec leurs maisons de disques pour que l’argent des streams soit directement reversé au 3e corps d’armée. C’est comme ça qu’on a sorti le premier album, Epoxa, sur toutes les plateformes, Deezer, YouTube, etc. Pour le prochain, on produira tout en interne, avec les talents des soldats ! » Au-delà d’un simple moyen de collecter des fonds, Kucher, qui a longtemps traîné « dans le milieu des groupes indie » et organise aujourd’hui des concerts avec des artistes du label, y voit surtout un « service de soutien psychologique pour les combattants ». Mais aussi, rappelle-t-il avec sérieux, une façon de « produire de la musique ukrainienne de qualité pour les prochaines générations ». Car il ne s’agit pas seulement « de se battre les armes à la main sur le front, mais aussi de contrer l’influence des Russes et les effets de leur colonisation sur notre identité ».

      Mysticisme païen et pratique de la prière

      Ce combat pour la survie de la langue et de la culture ukrainiennes, qu’Azov menait seul hier et que beaucoup voyaient comme une périlleuse croisade identitaire, est devenu sous les bombes russes un enjeu existentiel, source inépuisable d’inspiration et de fierté. Et sur ce terrain, les nationalistes se sont mués en éclaireurs : dans le 1er corps Azov comme dans le 3e corps d’armée – tous deux composants d’un « même écosystème des nationalistes ukrainiens », dit Oleksiy Kovzhun –, des soldats dits khorunzhi sont chargés d’encadrer les troupes et de veiller à la préservation des traditions, comme c’était déjà le cas au temps des cosaques. Ils sont formés au sein du khorunzha service, où ils suivent « des conférences sur l’histoire ukrainienne et la préservation des traditions », détaille Vladislav « Dotsent » Dutchak, la moustache débonnaire et la carrure solide. Face à une assemblée de jeunes recrues avachies dans des poufs aux couleurs vives, cet ancien professeur de philosophie à l’université, devenu responsable de ces enseignements chez Azov, mime les gestes essentiels aux rituels nationalistes qui empruntent au mysticisme païen, tout en flambeaux, marches nocturnes, poings serrés sur le torse et drapeaux dans le vent.

      « On enseigne aussi la pédagogie militaire, les études religieuses, la conflictologie, les pratiques de la Prière et le Décalogue des nationalistes ukrainiens », m’énumère-t-il, jovial et pédagogue. Tout un programme façonné à partir des enseignements du khorunzhi originel, Mykola « Kruk » Kravchenko, l’ancien idéologue du mouvement qui rêvait de voir advenir la révolution conservatrice, fidèle compagnon de route d’Andriy Biletsky dans ses entreprises politiques. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, ce système de formation longtemps circonscrit à Azov a progressivement essaimé : Vladislav « Dotsent » Dutchak multiplie les interventions dans « d’autres unités des forces armées ukrainiennes, de la garde nationale, des gardes-frontières, de la police et des troupes aéroportées ».

      « Combat contre l’ennemi intérieur »

      Mais la mue ne s’arrête pas aux casernes. En juin 2025, le cabinet des ministres confie ainsi les clés de l’Institut de la mémoire nationale à Oleksandr Alfyorov. Ancien attaché de presse de Biletsky à l’époque du Corps national, khorunzhi des premières heures au sein d’Azov et historien de formation suivi par plus d’un demi-million d’abonnés sur YouTube, il se félicite d’avoir déjà « renommé des dizaines de milliers de rues ». Il travaille également à l’édification d’un panthéon consacré aux « grandes figures ukrainiennes ». L’élan nationaliste gagne jusqu’aux plus hautes sphères de l’État : début juin 2026, le président Volodymyr Zelensky – dont une partie de la famille a été assassinée au cours de la Shoah – assistait à Kyiv à la réinhumation d’Andriy Melnyk, l’un des dirigeants historiques de l’OUN, dans le nouveau cimetière militaire national. Suscitant préoccupations et condamnations venues d’Israël et de Pologne.

      Côté jeunesse, l’organisation Centuria, adossée au 3e corps d’armée, s’est donné pour mission « d’entraîner et de préparer une nouvelle génération d’Ukrainiens » afin de « façonner dans la société une manière de penser juste et consciente », déroule « Danil ». Le jeune homme de 24 ans au verbe mystique, déjà vétéran, supervise la branche locale de l’organisation et forme tous ceux qui, « dès l’âge de 16 ans », souhaitent « reprendre le flambeau ». Car les fronts de la lutte sont multiples, dit-il : chacun doit se préparer à mener « combat contre l’ennemi extérieur, celui qui se trouve hors de nos frontières », mais aussi « contre l’ennemi intérieur », qui rôde « dans la tête de chacun » et empêche le peuple ukrainien de « cultiver sa propre fierté ». En attendant de pouvoir officiellement prendre les armes, les membres de Centuria patrouillent, observent, s’attaquent parfois aux trafiquants de drogue et, comme toute organisation paramilitaire qui se respecte, maintiennent l’ordre – ou du moins l’idée qu’ils s’en font. Ils se forment aussi à la « médecine tactique » pour pouvoir « être prêts » à porter secours le plus rapidement possible lorsque les Russes s’en prennent aux civils.

      Missile de croisière

      Dans les wagons du métro de Kyiv filant vers l’est de la ville, la nuit n’en finit plus de se faire sentir. Les épaules lasses et les cernes creusés, les passagers se frôlent, attentifs et solidaires, partageant en silence l’infinie tristesse des heures passées. La veille, dans la nuit du 13 au 14 mai 2026, les sirènes ont résonné beaucoup et longtemps, bien plus que d’ordinaire, alors que le ciel se striait de missiles. Les explosions se sont succédé, et personne n’a dormi. En sortant à la station Kharkivska, entourée d’immenses barres de HLM soviétiques, il me faut encore marcher quelques mètres avant de voir l’éperon de débris sur lequel s’affairent les pompiers.

      Serrés les uns contre les autres, agglutinés dans leurs vestes Adidas, quelques adolescents sidérés filment les corps qui apparaissent peu à peu sous les décombres d’un bâtiment effondré. Perçant la défense antiaérienne, un missile de croisière russe est venu frapper le bas de l’immeuble, pulvérisant les vies de vingt-quatre personnes, dont trois enfants. Dès l’impact, les vétérans du 3ᵉ corps d’armée et quelques membres de Centuria se sont organisés pour prodiguer les premiers secours, se plaçant ainsi en première ligne de la « protection du peuple ukrainien » – comme les militants nationalistes le faisaient déjà au temps de l’Euromaïdan et du Donbass. En douze ans, eux n’ont pas changé. C’est le monde autour.

    • Utiliser un mail bidon style yopmail.com marche aussi… et merci pour le partage  ; je sors d’une expo à Arles censée décrire la vie des ukrainiens pendant la guerre, en fait une grosse moitié des photos étaient de militaires. Aucune signe polémique en évidence, mais dès qu’on scrute un peu mieux, quelques symboles nazis discrets sur les uniformes…