• #metoo : la Cour de cassation donne droit aux accusatrices de Pierre Joxe et Eric Brion
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2022/05/11/metoo-la-cour-de-cassation-donne-droit-aux-accusatrices-de-pierre-joxe-et-er

    Dans deux arrêts rendus mercredi 11 mai, les relaxes d’Alexandra Besson et Sandra Muller, initialement condamnées pour diffamation, ont été définitivement confirmées.

    Près de cinq ans après la vague #metoo qui avait conduit à une libération de la parole de victimes de harcèlement, d’agressions sexuelles et même de viols, la Cour de cassation a tranché, mercredi 11 mai, le cas de deux affaires emblématiques.
    La première chambre civile a rejeté les pourvois que Pierre Joxe et Eric Brion avaient formés contre les arrêts de la cour d’appel de Paris relaxant de l’accusation de diffamation leurs dénonciatrices respectives, Alexandra Besson et Sandra Muller.
    Dans ces dossiers, la justice était appelée à établir une conciliation particulièrement délicate entre le respect de deux principes que tout oppose : le droit pour une victime d’exposer son cas et de contribuer ainsi à un débat d’intérêt général sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et le droit pour toute personne de ne pas être diffamée publiquement sans preuve.

    Dans son infinie prudence sur une matière aussi inflammable dans l’opinion, la Cour de cassation a choisi de ne pas faire de communiqué mercredi. Une façon de dire qu’elle s’est prononcée sur deux cas particuliers et qu’il ne faut sans doute pas en tirer hâtivement des conclusions sur ce que pourrait être sa position sur d’autres affaires présentant des similitudes. Il n’empêche, elle apporte une réponse là où les juges avaient semblé sans boussole.

    « Le bénéfice de la bonne foi » reconnu
    Il faut se replonger dans le contexte d’octobre 2017, alors que l’affaire Harvey Weinstein, accusé de multiples agressions sexuelles et de viols, avait provoqué un séisme aux Etats-Unis. Le 13 octobre, la journaliste Sandra Muller poste sur son compte Twitter un message pour inciter les femmes à dénoncer les personnes qui les auraient harcelées dans un cadre professionnel et crée le mot-dièse #balancetonporc. Joignant les actes à la parole, elle publie un second tweet quelques heures plus tard : « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Eric Brion ex-patron de Equidia. » Le hashtag #balancetonporc est lancé, et rencontrera un immense succès sur les réseaux sociaux.

    En septembre 2019, le tribunal de Paris condamnait Mme Muller pour diffamation à verser 15 000 euros de dommages et intérêts à M. Brion à la suite de la plainte de ce dernier. L’ancien patron de la chaîne Equida avait reconnu avoir tenu des « propos déplacés » lors d’une soirée arrosée à Cannes (Alpes-Maritimes) en 2012. Mais il avait précisé s’être excusé dès le lendemain. Il a d’ailleurs publié un livre, en 2020, pour expliquer la « mort sociale » que lui a valu le déchaînement des réseaux sociaux contre le « premier porc » du versant français de la vague #metoo.
    Pourtant la cour d’appel de Paris, sur la base des mêmes faits, a jugé le 31 mars 2021 que si les propos tenus par Sandra Muller constituent bien une diffamation, elle devait bénéficier de l’excuse de la bonne foi car ils s’inscrivent « dans un débat d’intérêt général sur la libération de la parole des femmes ». Cette notion de débat d’intérêt général a été introduite par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme pour protéger le principe de liberté d’expression même si l’honneur d’une personne est mis en cause.

    La première chambre civile, présidée par Pascal Chauvin, a pris soin de rappeler mercredi que les juges sont censés examiner si l’auteur des propos diffamatoires s’est « exprimé dans un but légitime, était dénué d’animosité personnelle, s’est appuyé sur une enquête sérieuse et a conservé prudence et mesure dans l’expression ». La Cour de cassation souligne dans son arrêt que la cour d’appel a considéré « à bon droit, que les propos incriminés reposaient sur une base factuelle suffisante et demeuraient mesurés, de sorte que le bénéfice de la bonne foi devait être reconnu à Mme Muller ».

    « Base factuelle suffisante »
    L’affaire concernant Pierre Joxe est de nature différente, puisque c’est d’une infraction pénale, en l’occurrence une agression sexuelle, dont Alexandra Besson l’accusait, et il a toujours nié les faits.
    La fille de l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy Eric Besson a publié sur son blog en octobre 2017 le récit d’une agression subie sept ans plus tôt, à l’âge de 20 ans, lors d’une soirée à l’Opéra Bastille. Elle raconte un « vieux monsieur », assis dans le fauteuil voisin, qui avait exercé d’insistantes pressions sur ses cuisses et remontant à son entrejambe, jusqu’à ce qu’elle plante ses ongles dans la main baladeuse. Elle ne nomme pas son agresseur, mais donne suffisamment d’éléments pour qu’il soit rapidement identifié par L’Express.
    En première instance, là aussi, le tribunal de Paris condamne la jeune femme pour diffamation à 1 euro symbolique de dommages et intérêts. Les erreurs factuelles de son récit – elle mentionnait par exemple un entracte qui n’a pas existé – avaient convaincu le tribunal de « l’insuffisance de base factuelle » donnée au propos, ce qui écartait l’excuse de « bonne foi ».

    La cour d’appel de Paris avait donné tort à Pierre Joxe, le déboutant de sa plainte le 14 avril 2021, et aux juges du premier degré. Les juges d’appel ont estimé en effet que les erreurs de Mme Besson, qu’elle a ­reconnues à l’audience, « ne sont pas de nature à discréditer l’ensemble de ses propos, dès lors qu’elle les exprime plus de sept ans et demi après les faits, cette durée faisant également obstacle à la ­recherche de témoins directs ».
    L’arrêt de mercredi, signé du même président, M. Chauvin, donne raison à la cour d’appel qui avait estimé que « si les propos litigieux portaient atteinte à l’honneur ou à la considération de M. Joxe, ils s’inscrivaient dans un débat d’intérêt général consécutif à la libération de la parole des femmes à la suite de l’affaire Weinstein ».
    Quant au débat sur la question des preuves matérielles, la Cour de cassation préfère retenir le fait que « Mme Besson avait confié avoir subi une agression à plusieurs personnes de son entourage, à savoir ses parents, son compagnon et un ami, que son compagnon et sa mère avaient contribué à la dissuader de déposer plainte ». Une « base factuelle suffisante » qui permet de retenir la bonne foi.

    D’autres batailles judiciaires à venir
    Ces deux arrêts prennent le contre-pied de l’avocate générale qui avait conclu à la cassation lors de l’audience du 5 avril. Sur la question de la « bonne foi », Blandine Mallet-Bricout avait proposé que la Cour de cassation insiste « sur la nécessité de démontrer, pour bénéficier de cette exception, une base factuelle suffisante, c’est-à-dire des éléments de preuve permettant de caractériser la vraisemblance des faits rapportés ». Il s’agissait selon l’avocate générale de préserver l’équilibre entre « la liberté fondamentale d’expression » et la protection des droits des citoyens « notamment au travers de l’action en diffamation ». Ce qui prouve que le débat n’est peut-être pas définitivement clos.
    D’autres batailles judiciaires sont à venir sur ce terrain. Notamment un procès en appel pour Coline Berry-Rojtman, condamnée le 14 avril en première instance pour avoir accusé son ex-belle-mère Jeane Manson et son père Richard Berry d’agressions sexuelles quand elle était mineure. Par ailleurs, plusieurs plaintes en diffamation ont été déposées par Patrick Poivre d’Arvor contre ses accusatrices.

  • Pas d’#or pour #Kalsaka

    Dans les années 2000, l’Etat burkinabé délivre plusieurs permis d’exploitation minière à des sociétés multinationales, c’est le début du boom minier, ou « la ruée vers l’or ». La première mine d’or d’exploitation industrielle à ciel ouvert est construite en juin 2006 à Kalsaka par la société anglaise Kalsaka Mining SA pour exploiter 18 tonnes en 10 ans.
    Mais « l’or n’a pas brillé pour Kalsaka » car en 2013 après 6 années d’exploitation, la mine ferme ses portes et laisse dernière elle un héritage inestimable de catastrophes sociales et environnementales. Une petite ville de campagne sans infrastructures sociales de base, une population socialement désorganisée par le niveau de vie acquis pendant le fonctionnement de la mine.


    http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/55442_1

    #Burkina_Faso #extractivisme #mines #Boueré_Dohoun_Gold_Operation_SA #Boueré #or #Thiou #Kalsaka_Mining #exploitation #terres #accaparement_des_terres #orpaillage #développement_local #balance_des_paiements #promesse #promesses #indemnisation #exploitation_minière #mines_industrielles #dépossession #BCM #Séguénéga #emploi #travail #privatisation #peur #eau #eau_potable #pollution #nappe_phréatique #dynamitage
    #film #film_documentaire

  • Le #metoo de juifs ultra-orthodoxes en Israël
    https://fr.timesofisrael.com/le-metoo-de-juifs-ultra-orthodoxes-en-israel

    "Tu ne te tairas point !" Ce commandement commence à souffler au sein de la communauté en Israël, secouée par une série de révélations d’abus sexuels sans précédent

    Fin décembre, Chaim Walder, un auteur à succès ultra-orthodoxe, s’est suicidé un mois après que le quotidien Haaretz a publié des accusations, qu’il a rejetées, de crimes sexuels à son encontre sur une vingtaine de personnes dont des enfants.

    Les allégations contre cette « icône culturelle incontournable » ont eu l’effet d’un cataclysme dans la communauté ultra-orthodoxe, explique à l’AFP Avigayil Heilbronn, une militante de 33 ans se qualifiant de juive « orthodoxe moderne ».


    Des jeunes femmes ultra-orthodoxes à Borough Park, pendant, Soukkot, le 4 octobre 2020. (Crédit : AP/Kathy Willens)

    Cette mère de deux enfants divorcée a fondé en 2015 l’association « Lo Tishtok » (« Tu ne te tairas point » en hébreu) pour porter la voix des victimes d’agressions sexuelles dans le monde ultra-orthodoxe réputé fermé.

    Les Haredim, littéralement les « craignant Dieu », représentent environ 12 % des quelque neuf millions d’Israéliens. Chaque aspect de leur vie est gouverné par des principes religieux et ils vivent souvent en vase clos.


    Chaim Walder en 2009 (Crédit : CC BY-SA 3.0)

    Quand Chaim Walder, qui a vendu des centaines de milliers d’exemplaires de livres pour enfants, a été accusé dans la presse, « les gens ont pris une claque incroyable car si lui peut agresser, alors comment avoir confiance en qui que ce soit ? », poursuit Avigayil Heilbronn.

    « Par un proche »
    En mars, un premier scandale avait déjà ébranlé cette communauté après que Haaretz a publié des accusations d’agressions sexuelles et de viols sur adultes et mineurs à l’encontre de Yehuda Meshi-Zahav, autre éminente figure du monde orthodoxe.

    Quelques heures avant la diffusion de nouvelles accusations, cette fois par la chaîne N12, ce fondateur de l’organisation caritative ZAKA, qui dénonce une campagne de « mensonges », a tenté de se pendre dans son appartement.


    Yehuda Meshi-Zahav, co-fondateur de la ZAKA, s’exprime lors d’une conférence à Jérusalem, le 7 mars 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

    Un porte-parole de la police a indiqué à l’AFP qu’une enquête avait été ouverte sur les allégations contre M. Meshi-Zahav, mais n’a pas dit si des investigations étaient en cours dans l’affaire Walder au moment de sa mort.

    Par ailleurs, début janvier, le quotidien Yediot Aharonot a publié les accusations de trois femmes – dont une mineure au moment des faits allégués – à l’encontre d’un animateur de radio ultra-orthodoxe.

    Ces accusations ont rappelé de bien mauvais souvenirs à Adiel Bar Shaul, 43 ans, un orthodoxe de Bnei Brak, ville ou vivent majoritairement des Haredim, près de Tel-Aviv.

    Alors qu’il n’avait que 10 ans, Adiel a été violé chez lui, un soir de Shabbat, puis à plusieurs reprises pendant une année par un proche de la famille, également ultra-orthodoxe, qui l’hébergeait, confie-t-il à l’AFP.


    Photo d’illustration : Un enfant anxieux. (Crédit : iStock via Getty Images)

    « Il a commencé à me donner des autocollants, puis après plusieurs fois, il m’a demandé (en échange) de poser ma main sur son pantalon, j’étais enfant, je ne comprenais pas », se souvient l’homme qui s’est ensuite muré des années dans le silence avant de le briser il y a quelques années.

    « J’étais seul, j’avais extrêmement honte et je me sentais coupable car j’avais accepté » ces gestes pour des autocollants, dit celui qui vient aujourd’hui en aide à des victimes de violences sexuelles.

    Souvent, les victimes se taisent car « elles ont peur de ce que diront les gens, les voisins, à la synagogue ou à l’école », explique à l’AFP Josiane Paris, bénévole au centre de crise Tahel, basé à Jérusalem et qui vient en aide aux femmes vivant dans des milieux religieux.

    500 appels par mois
    A son ouverture il y a 30 ans, le centre a mis en place une ligne d’écoute téléphonique dédiée aux victimes de violences conjugales, d’agressions sexuelles et de viols.

    Au début, cette ligne recevait peu d’appels, mais ces dernières années, le nombre n’a fait qu’augmenter, signe selon elle que le mouvement #metoo gagne les milieux religieux.

    « Nous recevons aujourd’hui environ 500 appels par mois », chiffre-t-elle.

    « Certaines femmes restent silencieuses au bout du fil (…) on ressent la détresse, il y en a qui sont en colère, qui pleurent », confie Myriam Merzbach, une autre bénévole. « Notre rôle est de les soutenir, les encourager et de chercher des solutions », poursuit-elle.

    Le grand rabbin ashkénaze d’Israël, David Lau, critiqué pour s’être rendu au domicile de la famille Walder pour présenter ses condoléances, a publié peu après une lettre dans laquelle il assurait « être toujours du côté des victimes ». « Le cri des victimes (…) doit être entendu », avait-il écrit.

    « Déni »
    Mais pour Yair Ettinger, chercheur à l’Institut israélien pour la démocratie (IDI), un centre d’analyse de Jérusalem, si certains rabbins dénoncent les abus sexuels, l’institution religieuse dans son ensemble « reste dans le déni ».

    « C’est une société idéaliste qui se regarde difficilement dans le miroir », dit ce spécialiste de la minorité ultra-orthodoxe et journaliste pour la chaîne publique Kan.

    Au sein de cet univers, il y a toutefois « une véritable prise de conscience du problème », se félicite Yair Ettinger.

    Au lendemain du suicide de Walder, des militants de Lo Tishtok ont distribué des tracts dans les quartiers religieux du pays sur lesquels on pouvait voir la photo d’une fillette la bouche fermée par une main d’adulte, accompagné d’un texte : « Nous croyons les victimes » pour les inciter à dénoncer leurs agresseurs.

    Aujourd’hui les jeunes ultra-orthodoxes ont toutefois davantage accès aux réseaux sociaux ce qui leur permet d’être plus informés sur les réalités du monde extérieur, estime Mme Heilbronn, qui dit voir un « printemps haredi ».

    #religion #meetoo #metoo #mee_too #balancetonporc #harcèlement_sexuel #viol #culture_du_viol #patriarcat #femmes #enfants #victime #violophilie #Israel #ultra-orthodoxes #réseaux_sociaux

  • République de mecs
    #MeToo et Macron : grande cause du quinquennat ou cinq ans de « cause toujours » ?
    https://www.liberation.fr/politique/metoo-et-macron-grande-cause-du-quinquennat-ou-cinq-ans-de-cause-toujours
    Article réservé aux abonnés
    Présentée comme une priorité en 2017 et objets de plusieurs mesures lors du quinquennat Macron, les droits des femmes n’ont pourtant pas été au cœur des préoccupations politiques. La défense de ministres accusés d’agressions sexuelles par l’exécutif en témoigne.

    • La « Maison commune » de LREM est paritaire et en même temps pas du tout

      La majorité se gargarise de la parité affichée sur la photo de famille d’Ensemble citoyens lundi soir. Mais le mouvement reste piloté par des hommes, malgré les appels à une gouvernance plus égalitaire.
      https://www.liberation.fr/politique/la-maison-commune-de-lrem-est-paritaire-et-en-meme-temps-pas-du-tout-2021
      La majorité présidentielle a réalisé un véritable exploit, lundi soir, pour le lancement d’Ensemble citoyens, la fameuse « Maison commune » tant attendue : il y avait autant de femmes que d’hommes sur l’estrade pour la photo de famille et presque autant à la tribune. Ce n’était pas gagné, dans une famille politique ultra-dominée par les hommes aux postes à responsabilité, malgré une parité affichée tant à l’Assemblée nationale qu’au gouvernement. On les applaudit bien fort.

      Parmi les oratrices du soir, il y avait donc la numéro 2 de La République en marche, Marie Guévenoux, la secrétaire d’Etat Sarah El Haïry, la députée Christine Hennion, la sénatrice et vice-présidente d’Agir, Fabienne Keller, ainsi que la ministre et coprésidente d’En commun, Barbara Pompili. Cette dernière a fait une intervention remarquée sur des marqueurs de gauche (notamment la fin de vie digne) et fort applaudie pour son appel à « la parité dans la gouvernance de ce mouvement », aujourd’hui piloté à 100% par des hommes : Richard Ferrand (président…

    • #MeToo aux candidat·e·s à la présidentielle : « Qu’allez-vous faire pour que les hommes cessent de violer ? »
      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/les-mouvements-metoo-reunis-interpellent-les-candidates-a-la-presidentiel
      Un collectif agrégeant les mouvements nés au sein de différentes professions demande aux candidat·e·s à l’élection présidentielle d’entendre les victimes de harcèlement et de violences sexuelles et d’agir.

      Les signataires de cette tribune soutiennent ou sont investi·e·s dans les mouvements suivants : #MeTooMedias #MusicToo #MeTooPolitique #MeTooInceste #BalanceTonCirque #MeTooEP #MeTooVin #PayeTonTournage #PayeTonPinard #MeTooTheatre #MeTooGay #MeTooESR #PayeTaFac

      Longtemps, nous n’avons pas voulu faire de vague, nous sommes resté·e·s isolé·e·s, nous avions honte, nous avons gardé le silence. Nous avons laissé le doute nous envahir, avant de nous rendre compte que nous étions des dizaines, des centaines, des milliers, à enfin oser dire « moi aussi ». Moi aussi j’ai été harcelé·e, moi aussi j’ai été agressé·e, moi aussi j’ai été violé·e.

      Celles et ceux qui ont courageusement pris la parole peinent encore à être entendu·e·s et cru·e·s. Certaines et certains ont vu leur voix systématiquement remise en question, leur existence mise sous pression, leurs perspectives professionnelles se réduire et des portes définitivement se fermer. Face à ce constat commun à tous les milieux, nous souhaitons aujourd’hui unir nos voix afin qu’elles portent davantage. Pour permettre à d’autres d’oser parler, pour faire en sorte d’être enfin entendu·e·s.
      Interview

      Depuis cinq ans que la parole se propage au prix de risques parfois immenses pour les victimes, peu d’agresseurs ont été inquiétés, quelques-uns ont été promus, presque aucun n’a été condamné. Ils sont les membres respectés de nos familles, de nos entourages, de nos institutions. Et alors que nos souffrances peinent encore à être entendues, certains de nos agresseurs continuent de disposer de leur place de pouvoir, certains trinquent ensemble, s’applaudissent au théâtre, s’invitent dans les médias, se soutiennent et trouvent un soutien plus large encore dans le dénigrement constant de nos paroles, le mépris de nos vécus.

      D’aucuns dénoncent un tribunal populaire, un lynchage médiatique, une inquisition 2.0. D’autres veulent nous faire passer pour des groupuscules radicaux, des hystériques lancé·e·s dans des velléités pusillanimes et revanchardes sur les réseaux sociaux. Tous nous indiquent le chemin de la justice, quand #MeToo est né de la débâcle des institutions judiciaires et policières. Parcours culpabilisants et dissuasifs, exigences démesurées de preuves accablantes, magistrats débordés, enquêtes bâclées et classées, préjugés toxiques, résultats minables. Les condamnations sont l’exception. L’incapacité, la norme. Prenons le consentement. Pour les plus de 15 ans, la loi conçoit le viol en cas de menace, violence, contrainte ou surprise. Hors de ces cas, point de discussion. La loi, comme l’imaginaire collectif, nous accable d’une présomption de consentement archaïque et vivace.

      Si les revendications et témoignages des différents mouvements #MeToo étaient entendus, les mentalités, les lois, les pratiques auraient évolué.

      2 à 3 enfants par classe ne seraient pas victimes d’inceste, et tous les adultes travaillant auprès d’enfants seraient formés à repérer les signaux permettant de détecter ces violences.

      Plus de 100 féminicides n’auraient pas été commis depuis le début de l’année 2021.

      100 % des professionnels en lien avec l’enfance seraient formés sur le sujet.

      100 % des établissements scolaires, des entreprises, des institutions prévoiraient des actions de prévention et disposeraient de lieux d’écoute pour accueillir les victimes.

      90 % des victimes de violences sexuelles n’hésiteraient pas à porter plainte.

      70 % des plaintes pour viol ne seraient pas classées sans suite.

      80 % des victimes ne regretteraient pas d’avoir saisi la justice, le parcours judiciaire ne serait pas vécu comme une violence supplémentaire (1).

      Les victimes de violences sexuelles seraient prises en charge et accompagnées.

      On cesserait de nous accuser de briser des vies ou des carrières pour se focaliser sur l’impunité de nos agresseurs…

      On cesserait de nous accuser de mentir.

      On cesserait de remettre en doute notre parole alors que dans les faits les fausses accusations représentent 2 % à 10 % des cas.

      Au moins 1 milliard d’euros seraient consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, les moyens de la justice seraient renforcés ainsi que le dispositif de prise en charge des victimes.

      Nos agresseurs cesseraient d’être invités sur les plateaux télé pour se plaindre d’être des victimes, d’être promus, réélus, subventionnés, la culture du viol cesserait d’être véhiculée dans les représentations médiatiques et artistiques, nous sortirions enfin du mythe de la séduction à la française pour admettre que la société française n’a toujours pas compris #MeToo.

      Ce quinquennat est celui d’une grande promesse non tenue concernant la lutte contre les violences sexuelles. Qu’en sera-t-il du suivant ? A quand des engagements fermes, concrets pour apporter des réponses ? N’entendez-vous pas nos voix ? Il est plus que temps que les pratiques changent, que les coupables, les complicités et les complaisances soient sanctionnés, juridiquement, professionnellement et socialement.

      #MeToo est la photographie crue d’inégalités sordides.

      La campagne pour l’élection présidentielle commence. Les mouvements #MeToo réunis interpellent les candidat·e·s et leur posent une simple question : qu’allez-vous faire pour que les hommes cessent de harceler, d’agresser et de violer ?

      (1) Une enquête menée par l’association Mémoire traumatique et victimologie auprès de 1214 victimes donne des résultats accablants : 82 % des victimes ont mal vécu leur dépôt de plaintes, 77 % la procédure judiciaire, 89 % le procès. Citée ici.

      Signataires

      Léane Alestra, créatrice de Mécréantes ; Nora Arbelbide Lete, journaliste ; Manon Aubry, femme politique ; Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis ; Lauren Bastide, journaliste ; Karin Bernfeld, autrice ; Andrea Bescond, réalisatrice ; Anne Boistard, créatrice du compte Instagram Balancetonagency ; Claire Bourdille, militante féministe et droits des enfants #NousToutes ; Marylie Breuil, militante féministe #NousToutes ; Louise Brzezowska-Dudek ; Liam Carré ; Margot Cauquil-Gleizes, professeure ; Agathe Charnet ; Marie Coquille-Chambel ; Emmanuelle Dancourt, journaliste ; Aude Darlet, psycho-énergéticienne ; Madeline Da Silva, femme politique ; Clémence de Blasi, journaliste ; Caroline De Haas, militante féministe ; Cécile Delarue, journaliste. Hélène Devynck, journaliste ; Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice ; Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France ; Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine ; Camille Froidevaux-Metterie, philosophe et professeure de science politique ; Ninon Guinel, ancienne collaboratrice d’élu.es ; Fleur Godart, Alice Godart, Séphora Haymann, Jean-Michel Journet, manager d’artistes, cofondateur de @musicTooFrance ; Stéphanie Khayat, journaliste ; Annie Lahmer conseillère régionale ; Rose Lamy, créatrice du compte Instagram « Préparez-vous pour la bagarre » ; Céline Langlois, Julie Ménard, Camille Pascaud, commerciale chez Intersport ; Isabelle Perraud, Sophie Rauszer du Parlement européen ; Florence Rochefort, historienne, chargée de recherche au CNRS ; Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise ; Sandrine Rousseau, femme politique, écologiste ; Eva San Martín, docteure géographie du genre, cadre pédagogique CFTS Là Rouatiere ; Réjane Sénac, politologue, directrice de recherche CNRS au Cevipof ; Fiona Texeire, collaboratrice d’élu·e·s, Marion Tillous, géographe ; Aurélie Trouvé, militante altermondialiste ; Mathilde Viot, Alice Zeniter, écrivaine.

  • #BalanceTonBar : la parole se libère à #Montpellier au sujet des violences sexuelles commises dans le monde de la nuit
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/montpellier/balancetonbar-la-parole-se-libere-a-montpellier-au-suje

    L’anonymat des victimes est préservé mais les lieux des dangers sont bien sûr cités. Certains bars reviennent à plusieurs reprises dans les témoignages montpelliérains : le Rockstore, le Panama et le Chupitos. 

    Contacté, le gérant du Panama n’a pas souhaité répondre à nos questions car cela « ne [l’] intéresse pas. »

    Le Rockstore est le bar le plus mentionné dans les messages que reçoit Anaïs : « Beaucoup de filles, victimes du videur, sont en train de contacter l’établissement et vont lancer une procédure judicaire. »

  • En 2017, ce n’est pas la parole des femmes qui s’est libérée, c’est nous qui avons commencé à écouter

    Les victimes d’Harvey Weinstein parlaient depuis des années. Pourquoi n’ont-elles pas été prises au sérieux ?

    https://www.buzzfeed.com/fr/mariekirschen/ce-nest-pas-la-parole-des-femmes-qui-sest-liberee-cest-nous

    « 2017, l’année qui a libéré la parole des femmes », « L’année où la parole des femmes s’est libérée », « Et la parole des femmes se libéra ». L’affaire Weinstein et ses suites, selon l’expression consacrée, ont provoqué un ouragan, à l’échelle mondiale. On sait déjà qu’il y aura un avant et un après Weinstein. Mais « l’année de la libération de la parole », vraiment ? A force de voir l’expression martelée en titre de journaux — y compris sur BuzzFeed – on finirait par croire qu’avant ce fameux article du New York Times révélant les accusations contre le producteur hollywoodien, les femmes préféraient se murer dans le silence.

    Pourtant, les femmes n’ont pas attendu ce mois d’octobre 2017 pour dénoncer les viols, le harcèlement sexuel au travail, ni pour tweeter sur le sujet. En France, on se souvient, entre autres exemples, des grandes mobilisations féministes contre le viol dans les années 1970 et 1980, des mobilisations au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn puis de l’affaire Denis Baupin. Aux Etats-Unis, le témoignage d’Anita Hill avait secoué la société américaine et mis sur le devant de la scène la question du harcèlement sexuel au travail en 1991… soit il y a bientôt trente ans !
    Nous n’avons pas su écouter

    Plus récemment et sur internet, les hashtags #YesAllWomen, #EverydaySexism, #rapeculture ou encore #StopHDR avaient déjà vu passer leurs lots de tweets décrivant des agressions. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil à des Tumblr comme Paye ta shnek, Paye ton taf ou Coupable de mon viol pour voir que la parole des femmes était bien libérée. Quant au désormais célèbre #MeToo, on s’est rapidement souvenu qu’il avait été lancé, non pas par Alyssa Milano cet automne, mais onze ans auparavant, par Tarana Burke, une militante afro-américaine qui travaille sur les violences sexuelles. Alors pourquoi un tel changement de perspective médiatique ? Qu’est-ce qui a fait la différence cette fois-ci ?

    Si #MeToo et #balancetonporc ont eu un tel impact, c’est surtout parce que l’écoute a changé. À plusieurs reprises aux cours de ces derniers mois, j’ai eu l’occasion de discuter avec des militantes féministes qui, bien qu’agréablement surprises par le traitement médiatique actuel, ne pouvaient s’empêcher d’être un peu étonnées : « On nous dit que les femmes "parlent enfin". Mais les femmes ont toujours parlé ».

    C’est nous qui n’avons pas su écouter.

    Cela fait des années que les victimes de Harvey Weinstein parlent : la mannequin italienne Ambra Battilana Gutierrez s’est rendue à la police. L’actrice Rose McGowan, a expliqué qu’elle avait confié au responsable des studios Amazon que Harvey Weinstein l’avait violée. « Je l’ai dit, encore et encore », a-t-elle tweeté. Mira Sorvino en a parlé à ses proches et notamment à son compagnon de l’époque, Quentin Tarantino, qui a continué à travailler avec Harvey Weinstein, et a reconnu de lui-même : « j’en savais assez pour faire plus que ce que j’ai fait ». Dans cette affaire – comme dans de nombreuses autres – si « tout le monde savait », c’est bien que des femmes l’avaient dit.

    Dans l’affaire Charlie Rose, une de ses anciennes assistantes, qui dit avoir été victime de harcèlement sexuel de la part du célèbre journaliste américain, a spécifié qu’elle en avait parlé à la productrice executive, qui lui a répondu « c’est juste Charlie qui fait du Charlie ». Quand le duo de comédienne Min Goodman et Julia Wolov ont raconté autour d’elles que Louis C.K. s’était masturbé devant elles sans leur consentement, le manager de ce dernier leur a fait passer le message d’arrêter.

    On retrouve des situations similaires de notre côté de l’Atlantique. Libération a récemment publié une enquête sur des accusations d’agressions sexuelles à l’encontre de Thierry Marchal-Beck, un ancien président du Mouvement des jeunes socialistes (qui s’est dit « sidéré » par ces accusations et a prévenu se « réserver le droit d’engager toute procédure »). Le journal évoque des « années d’omerta et de duplicité » au MJS : « Pendant des mois, les alertes vont sonner dans le vide ».

    Une plainte pour agression sexuelle a été déposée (puis classée sans suite pour cause de prescription) contre Éric Monnier, l’ex-ponte de France 2 aujourd’hui à LCI, qui nie les faits qui lui sont reprochés. Plusieurs journalistes ont raconté à BuzzFeed News que « tout le monde était au courant » de son comportement avec les femmes. Autre exemple : Astrid de Villaines, qui a récemment porté plainte contre le journaliste de La Chaîne parlementaire (LCP), Frédéric Haziza, en avait déjà à l’époque discuté avec sa rédaction, qui n’avait pourtant adressé qu’un simple « avertissement » à l’accusé.
    « Pour avoir parlé, j’étais soudainement devenue radioactive »

    Très souvent, les femmes parlent. Elles se confient à leurs proches, à un-e ami-e, à des collègues… Mais, fréquemment, leur parole n’est pas bien accueillie. Comme quand l’actrice Mira Sorvino prévient une employée de Miramax, l’entreprise cofondée par Harvey Weinstein, du comportement de celui-ci. « Sa réaction c’était comme si j’étais soudainement devenue radioactive pour avoir osé en parler, ce qui ne m’a pas vraiment encouragée ».

    Lors du rassemblement MeToo à Paris, le 29 octobre 2017.

    C’est parce que les femmes sont reçues par de l’embarras, de la suspicion, voire une franche hostilité, qu’elles vont arrêter de parler. Les victimes intègrent très rapidement que la société n’a pas envie de les écouter et qu’il sera moins coûteux pour elles, désormais, de se taire.

    Il serait extrêmement naïf de croire que, alors que nous avons grandi dans une société imprégnée par la culture du viol, nous savons bien réagir face à une personne qui nous confie avoir été victime d’une agression sexuelle. Personne ne nous apprend à le faire. Nous avons peut-être les meilleures intentions du monde, mais cela ne suffit pas.

    Il est très fréquent que, même malgré nous, on minimise. Qu’on se dise qu’il n’y a rien à faire – « de toute façon c’est connu qu’il est comme ça ». Qu’on rejette la responsabilité sur la victime – « quelle idée, aussi, d’aller aussi tard chez cet homme vu sa réputation ». Qu’on immisce le doute dans son esprit sur sa légitimité à parler – « franchement le mieux pour toi, c’est encore de passer à autre chose ». D’où l’importance, comme Sandrine Rousseau tentait de l’expliquer sur le plateau d’« On n’est pas couché » seulement six jours avant que l’affaire Weinstein éclate, de former des gens pour savoir « accueillir la parole ».

    Les manquements de la presse

    Dans ce refus d’accorder une écoute attentive aux victimes de violences sexuelles, les journalistes ont leur part de responsabilité. Ces dernières décennies, on ne peut pas vraiment dire que la presse française a brillé par sa volonté de couvrir le sujet des agressions sexistes, hormis les habituels papiers un peu paresseux tous les 25 novembre, lors de la Journée internationale pour l’éradication des violences contre les femmes. Les médias ont longtemps fait la sourde oreille. Ils ont peu enquêté. Et quand ils se sont intéressés au sujet, le résultat a parfois été catastrophique.

    Pour avoir une petite idée de ce que pouvait donner la couverture journalistique du harcèlement sexuel dans le milieu du cinéma il y a une quinzaine d’années, il suffit de regarder le traitement de l’affaire Brisseau. Aux débuts des années 2000, Noémie Kocher et Véronique H., qui ont fait des essais pour le film Choses secrètes, portent plainte pour harcèlement sexuel contre le réalisateur, Jean-Claude Brisseau. Elles sont rejointes dans leur plainte, dans un second temps, par deux autres comédiennes. En 2005, le réalisateur de Noce blanche est condamné pour harcèlement sexuel à l’égard de Noémie Kocher et de Véronique H., les deux autres femmes sont déboutées. L’une d’elles, qui lui reproche notamment de lui avoir mis un doigt dans le vagin, fait appel, et Jean-Claude Brisseau est condamné l’année suivante pour atteinte sexuelle.

    Lors de l’enquête, comme le rappelle L’Obs qui a eu la bonne idée de se repencher récemment sur l’affaire, plusieurs témoignages, comme ceux de Marion Cotillard ou de Hélène de Fougerolles, vont dans le sens des plaignantes. La mère de Vanessa Paradis aussi, qui mentionne « un incident » lors du tournage du film qui a fait connaître sa fille, Noce blanche.

    Pourtant, la presse se fait bien tendre avec Brisseau, et cruelle envers ses accusatrices, qui n’auraient rien compris à l’art délicat du « tournage cinématographique comme sanctuaire artistique ». Les Inrocks tacle « les différentes parties [qui] dissimulaient leur ignorance profonde de ce qu’est le cinéma ». Un journaliste de Libération, Louis Skorecki, se fend d’une tribune intitulée « Brisseau, le faux coupable », et se lamente : « On n’aurait jamais dû juger Brisseau. » À la sortie de son film suivant, le critique Antoine de Baecque s’indigne : « Je ne crois donc pas une seconde à la vérité des accusations dont il a fait l’objet quand je vois Les Anges exterminateurs [...] Il est pour moi, c’est mon intime conviction, aux antipodes d’un harceleur, d’un violeur, d’un homme agressant une femme. [...] Jean-Claude Brisseau a été sauvé et blanchi par son cinéma. »

    « A quelques rares exceptions, la presse a été terrible, commente Noémie Kocher dans "L’Obs". Je n’imaginais pas le tsunami qui en découlerait. Notre parole a été niée, décrédibilisée. C’était violent. Et ce que j’ai vécu, à ce moment-là, ça a été presque pire que le harcèlement en lui-même. Voilà pourquoi je redoute tellement de parler. »

    Un sujet imposé parole après parole, tweet après tweet

    On est très loin des reportages de 2017 sur le cinéma, désormais qualifié de « milieu très exposé au harcèlement sexuel ». Douze ans plus tard, plus de 80 femmes ont accusé le magnat hollywoodien Harvey Weinstein. Il a fallu qu’elles soient aussi nombreuses pour qu’on écoute. Le scoop venait des vénérables New York Times et New Yorker. Bien sûr, si le retentissement médiatique a été si considérable, c’est parce que d’autres affaires ont pavé la voie. DSK, Baupin en France. Le journaliste Bill O’Reilly, l’acteur Bill Cosby et le chanteur R-Kelly aux Etats-Unis.

    Désormais, les médias ont bien intégré que ces affaires font partie de la couverture qu’ils sont tenus d’avoir. Sites, télés, radios n’ont pas hésité à reprendre l’information du New York Times, puis à apporter leur propre grain de sable à la déferlante. L’affaire Weinstein montrait à tous qu’il existait des informations à sortir, des affaires à raconter. Que, pour raconter le monde dans sa globalité, les journalistes devaient se pencher sur la question des violences sexuelles, et qu’il fallait le faire avec autant de sérieux que pour une grande enquête politique ou économique.

    Devant cet intérêt soudain, des victimes qui avaient renoncé à parler ont pris de nouveau la parole. Cette fois, elles ont été entendues. Les réseaux sociaux écoutaient. Les médias écoutaient. Les lecteurs écoutaient. Les journalistes ont enquêté, vérifié, recoupé. Et les articles se sont multipliés.

    Il ne s’agit pas, ici, de nier le choc qu’ont constitué les hastags #metoo et #balancetonporc. En 2017, les femmes ont parlé avec force et chaque témoignage a permis à d’autres victimes de se sentir un peu plus légitimes pour dire « moi aussi ». Ces dernières années, grâce à leurs paroles, ce sont les femmes – et les associations féministes – qui ont imposé, petit à petit, tweet après tweet, ces sujets sur la place publique. Mais les médias ne devraient pas s’exempter d’une autocritique sur leur difficulté à s’emparer de ces questions, alors que le grand continent des violences sexuelles était juste sous leurs yeux. L’affaire Weinstein a fait bouger les lignes du traitement journalistique. Mais ce changement s’inscrira-t-il seulement dans la durée ?
    Des oreilles décidées à ne pas tout entendre

    Il ne faudrait pas idéaliser ce moment et sous-estimer les réticences. Certaines oreilles sont bien décidées à ne pas tout entendre. Comme ces commentateurs qui, plutôt que de parler des violences sexuelles, ont insisté sur la « violence » du terme « balancer ». Comme Raphaël Enthoven qui s’est permis de demander à celles qui tweetaient leurs agressions d’aller plutôt porter plainte – alors que l’on sait que les victime de viol sont souvent mal accueillies dans les commissariats. Ou encore comme ce député La République en marche qui s’est inquiété qu’on finisse par « émasculer tous les hommes ».

    Seulement quatre petits jours jours après le premier tweet sur #balancetonporc, on atteignait déjà le point Godwin en comparant ces victimes qui osaient décrire des délits et des crimes sur les réseaux sociaux aux monstres qui ont dénoncé des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

    Jusqu’à cette séquence lunaire où, sur BFM-TV, le 26 novembre, la journaliste Anna Cabana a coupé Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes, pour lui demander, visiblement inquiète : « Mais, aujourd’hui, vous pouvez nous dire : vous aimez les hommes ? » Quand une femme ose prendre la parole contre les violences sexistes, le soupçon de misandrie n’est jamais très loin. Curieuse inversion des rôles. A l’heure où se multiplient les révélations sur des hommes qui font acte de cruauté envers des femmes, on s’étonne pourtant de ne jamais avoir entendu la question inverse posée à ces derniers.

    L’article date de 2018 et ca n’a pas changé, c’est toujours la prétendue « libération de la parole des victimes » et cela permet de maintenir le système en place. Si c’est la première fois que vous en entendez parler alors on ne peu pas vous reprocher de n’avoir rien fait auparavant.

  • Montpellier : une enquête lancée par Gérald Darmanin sur l’accueil des victimes de violences sexuelles au commissariat central
    https://www.herault-tribune.com/articles/montpellier-une-enquete-lancee-sur-laccueil-des-victimes-de-violenc

    Montpellier : une enquête lancée par Gérald Darmanin sur l’accueil des victimes de violences sexuelles au commissariat central

    Bêtement, j’avais lu : un enquête lancée sur Gérald Darmanin par les victimes de violences sexuelles.

  • En France, la police demande aux victimes de viol si elles ont joui

    https://blogs.mediapart.fr/leane-alestra/blog/300921/en-france-la-police-demande-aux-victimes-de-viol-si-elles-ont-joui

    En France, les femmes meurent brûlées vives, asphyxiées dans leur voiture ou sont écrasées devant leurs enfants, alors même qu’elles avaient supplié la police de leur venir en aide. En France, seulement 1 % des violeurs sont condamnés et une femme sur cinq victimes de féminicides avait déjà porté plainte.

    Depuis des années, les militantes féministes françaises dénoncent la mauvaise prise en charge des victimes de violences sexistes et sexuelles par les forces de l’ordre : #prendsmaplainte #balancetapolice #payetaplainte #metoo.

    Aucune mesure réelle n’a été prise. Le 28 septembre 2021, la militante féministe Anna Toumazoff a relayé sur les réseaux sociaux des témoignages accablant le Commissariat Central de Montpellier.

    De nombreuses victimes de violence ont témoigné et les tentatives de censure n’ont pas tardé. Le ministère de l’Intérieur, via la préfecture de l’Hérault, a menacé Anna Toumazoff de poursuites. Avec d’autres militantes et associations, le collectif #DoublePeine est né pour recueillir d’autres témoignages. Sans grande surprise, nous avons reçu en 24 h plus de mille témoignages de situations qui révèlent une véritable double peine : être victime de violences sexistes et sexuelles, et subir au moment de porter plainte culpabilisation, humiliation, intimidation, redirection vers une main courante et parfois même des avances de certains agents de police.

    En France, les femmes meurent brûlées vives, asphyxiées dans leur voiture ou sont écrasées devant leurs enfants, alors même qu’elles avaient supplié la police de leur venir en aide. En France, seulement 1 % des violeurs sont condamnés et une femme sur cinq victimes de féminicides avait déjà porté plainte.

    Le gouvernement avait promis de faire de l’égalité femmes-hommes sa « grande cause du quinquennat » : au-delà des stratégies de communication, cinq ans après, rien n’a changé. En dépit des nombreuses propositions des féministes, les uniques réponses : offrir aux auteurs de violences conjugales des expérimentations de réalité virtuelle, ou des solutions qui faute de moyens financiers ne sont pas mises en œuvre. Si le gouvernement n’a de cesse d’encourager les victimes à porter plainte, l’impunité est partout jusque sur les murs des commissariats où s’affiche parfois le portrait d’un ministre de l’Intérieur ayant lui-même fait l’objet d’accusations de viol.

    La France est le pays des droits de l’homme, mais certainement pas celui des femmes.

    Le collectif #DoublePeine

    Nos revendications :

    Respecter l’article 15.3 du code de procédure pénale :“Les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de recevoir les plaintes déposées par les victimes d’infractions à la loi pénale, y compris lorsque ces plaintes sont déposées dans un service ou une unité de police judiciaire territorialement incompétents.”
    Contrôler régulièrement et sanctionner les commissariats qui posent problème. Mise en place d’un système d’inspection (comme c’est le cas dans l’Éducation Nationale) afin de vérifier la bonne prise en charge des femmes victimes.
    Création d’un réseau d’accompagnatrice dans chaque commissariat, pour soutenir les victimes pendant leur dépôt de plainte et tout au long du parcours judiciaire.
    1 milliard d’euros pour lutter efficacement contre les violences sexistes et sexuelles en France : des moyens financiers, humains et matériels.

    When they receive rapes victims, French police asks them if they had an orgasm

    For years, French feminist activists have denounced the poor care of victims of gender-based and sexual violence by the police: #prendsmaplainte #balancetapolice #payetapolice #metoo. No real action was taken.

    On September 28th, 2021, feminist activist Anna Toumazoff relayed testimonies overwhelming the Central Commission of Montpellier on social networks. Many victims of violence have testified the poor treatment they received from the police. The Interior Ministry tried to censor and threatened Anna Toumazoff with prosecution. With other activists and associations, the #DoublePeine collective was born to collect other testimonies.

    Unsurprisingly, we have received in 24 hours more than a thousand testimonies revealing the existence a real double penalty (« Double Peine ») : being the victim of gender-based and sexual violence, and suffering, when filing a complaint, guilt, humiliation, intimidation and sometimes, advances from the police itself..

    In France, women are burned alive, suffocated in their cars or are crushed in front of their children, even though they have begged the police to help them. In France, only 1% of rapists are convicted, and one in five women victims of feminicides had already filed a complaint.

    The government had promised to make gender equality its “great cause of the five-year term”: beyond communication strategies, five years later, nothing has changed. Despite the many proposals of feminists, the government was only capable of offering perpetrators of domestic violence virtual reality experiments, or solutions which for lack of financial means are not implemented.

    Even though the government pretends to encourage victims to file complaints, you can find portraits of the Minister of the Interior (who has been subjected to rape charges) on the walls, which make you wonder about the impunity of the system.

    France is the « country of men rights », but certainly not the country of women’s.

    #DoublePeine collective

  • « J’ai fini par céder » : on a tous une histoire de violence sexuelle
    https://www.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20171012.OBS5907/j-ai-fini-par-ceder-on-a-tous-une-histoire-de-violence-sexuelle.html

    « J’ai fini par céder » : on a tous une histoire de violence sexuelle
    Qui n’a pas une histoire de relation sexuelle qu’elle ou il aurait préféré éviter ? Attaquons-nous ensemble au concept de zone grise (qui nous pose problème).

    Ce mardi 6 mars est diffusé à 22h55 sur France 2 un excellent documentaire sur le consentement sexuel. Face caméra, intelligentes, belles, drôles et puissantes, des femmes racontent comment elles ont « cédé » à des rapports sexuels qu’elles ne désiraient pas.

    Les blessures que cela a laissées. On en pleure et on s’étonne de rire parfois aussi. A l’origine de ce documentaire Dephine Dhilly et Blandine Grosjean (ex-rédactrice en chef de Rue89).

    « Sexe sans consentement » : « Célia parle des mille voix qui résonnaient dans sa tête »
    Blandine a signé un texte dans Le Monde pour raconter son cheminement sur le controversé concept de la « zone grise ». Elle fait notamment référence à cet article donnant la parole à des jeunes femmes qui n’avaient pas consenti.

    Si ce documentaire est essentiel, c’est qu’il pousse à une prise de conscience majeure, pour les femmes comme pour les hommes. La seule critique qu’on puisse lui faire est d’avoir offert aux femmes un confort pour témoigner auquel les hommes interviewés n’ont pas eu le droit. Si les femmes racontent leurs histoires de leur canapés, chez elle ou dans leur salon, les hommes sont cueillis dans des festivals, ivres parfois. Dommage...

    Nous profitons de cette actualité pour vous proposer de relire cet article, publié en octobre dernier, dans lequel nous nous attaquons au concept controversé de « zone grise ».

    Il y a une histoire que Charlotte (un pseudo), une étudiante de 25 ans, raconte souvent à ses copines sur le ton de la blague.

    Ça s’est passé lors de son échange universitaire en Argentine, en soirée. Elle avait 20 ans alors, elle aimait faire la fête, et elle était à ce moment-là « vraiment ivre ». Un jeune homme l’a attrapée, emmenée jusqu’au balcon, lui a baissé le T-shirt et le soutien-gorge et s’est mis à lui lécher la poitrine.
    ""Je ne bougeais pas, j’étais plutôt inconsciente. J’ai vomi juste après.""

    Mais ça n’en est pas resté là :
    ""Il était toujours là, m’a embrassée et m’a traînée dans ma chambre. Un autre garçon me plaisait à l’époque, j’ai dit que je ne voulais pas.

    Je me souviens clairement d’avoir agrippé l’encadrure de la porte de la chambre pour ne pas qu’il m’y entraîne. Ma coloc française qui était là était bourrée aussi et aux prises avec un autre gars très ivre.

    Mon Argentin m’a dit que tout le monde était adulte ici et qu’il fallait laisser les choses se faire. J’ai abandonné la lutte.""

    Comme « ça n’était pas mauvais, physiquement parlant », c’est devenu une « anecdote » avec un fort arrière-goût de malaise. « Ce truc-là », que Charlotte range dans les « expériences sexuelles foireuses », lui est arrivé plusieurs fois.
    « Enormes malentendus »

    Pour elle, ce ne sont pas des viols, « plutôt des énormes malentendus » avec « des gens qui n’étaient pas violents, plutôt très axés sur eux et qui ne se posaient pas la question de mon consentement ».

    Charlotte a toujours raconté ces histoires en rigolant et avec une bonne dose de culpabilité. « Ils devaient se dire ’tant qu’elle est là dans mon lit c’est open bar’, et je n’ai pas bataillé beaucoup pour les convaincre de l’inverse. Parce que je me disais ’ça va être chiant, il va gueuler’, etc. »

    Ce que raconte Charlotte n’est pas anecdotique. Demandez autour de vous : qui n’a pas vécu une histoire similaire ?

    Nous en avons fait l’expérience en lançant un appel à témoignages sur la « zone grise du consentement ».

    Disons-le tout de suite. Ce terme nous pose un problème, car il sous-entend que le consentement est quelque chose de compliqué, alors que quand ce n’est pas oui, c’est non.

    On a utilisé ce terme parce que si on avait sollicité des témoignages de viols, tous ces cas considérés comme limites, flous, auraient été passés sous silence. Plus de 200 histoires nous sont parvenues, écrites dans une écrasante majorité par des femmes, dans des relations hétéros.

    C’est beaucoup (et beaucoup trop pour être lu d’une traite sans se donner mal à la tête et au bide) et cela nous fait dire que c’est une expérience aussi répandue que le harcèlement de rue.
    Méconnaissance du viol

    En parcourant les témoignages, on constate qu’on entre, à votre sens, dans la « zone grise » quand il y a un ensemble de « circonstances atténuantes » à l’agression sexuelle ou au viol – ce qui, dit comme ça, est problématique.

    La plupart des personnes qui témoignent n’utilisent pas le mot « viol » pour qualifier ces expériences-là.

    Elles disent « ce n’était pas vraiment un viol », « j’ai fini par céder », « je l’avais cherché », « il fallait y passer », « je l’ai fait par devoir conjugal », « par conformisme je suis allée jusqu’au bout » ou « pour lui faire plaisir »...

    Certains parmi vous, et c’est assez parlant, l’ont appelé « viol consenti ».

    « Cette histoire de zone grise, c’est très dangereux », nous a reproché une lectrice en colère. « A partir du moment ou ce n’est pas un oui clair, c’est non. Vous êtes dégueulasses et répugnants de parler de zone grise, ou de ’consentement flou’. »

    Parce qu’un viol est un acte sexuel non consenti, de très nombreux témoignages reçus pourraient être considérés comme tels au regard de la loi.

    On ne le dit peut-être pas assez : un viol n’est pas qu’un acte sexuel imposé face auquel la victime a crié « non ». Il peut y avoir viol sans manifestation explicite d’un refus, parce que la victime est paralysée par ce qui lui arrive, inconsciente ou pas en état de donner un consentement éclairé (droguée, alcoolisée...). Ce qui compte pour la justice est le consentement au moment des faits (et pas deux heures avant).

    Un viol n’est pas non plus ce qu’en dit l’imaginaire collectif (une ruelle sombre ou un parking souterrain, par un inconnu menaçant d’un couteau). 83% des femmes victimes de viol ou de tentative de viol connaissent leur agresseur.

    La zone grise, en creux, nous amène à la méconnaissance qui entoure la définition du viol et de sa représentation.
    Culture du viol

    Comme le dit la lectrice en colère, le consentement est clair et franc ou il n’est pas. Parce qu’elle établit une hiérarchisation, la zone grise peut être dangereuse car elle est une façon de se dédouaner pour les agresseurs.

    Jean-Raphaël Bourge, chercheur à Paris-VIII qui travaille sur le consentement sexuel, parle d’une « zone de refuge pour les violeurs, qui s’abritent derrière une ambiguïté ».

    Lana le dit autrement, à propos de son violeur auquel elle a dit non, « à demi-consciente », car ivre :
    ""Il devait être dans une zone grise, perdu entre sa stupidité et son érection ? Je lui ai clairement dit le lendemain que c’était un viol.""

    Pour Jean-Raphaël Bourge, la véritable « zone grise », ce flou du consentement concerne des « cas très rares », « mais elle est considérablement étendue par ceux qui veulent empêcher les femmes de disposer de leur corps, et on la laisse exister en rendant par exemple très difficile le fait de porter plainte pour viol ».

    Car la « zone grise » profite à la « culture du viol », et la nourrit. « J’en ai tellement marre des zones grises », lâche la réalisatrice féministe Lena Dunham, dans un génial épisode de la saison 6 de « Girls », illustrant la culture du viol.

    Hannah, le personnage qu’elle incarne, est chez un auteur qu’elle admire, accusé par plusieurs femmes d’abus sexuels. Quand il lui propose de venir près d’elle sur le lit, après une longue discussion, il sort par surprise son sexe et lui colle sur la cuisse. Comme par automatisme, elle le prend un instant dans sa main, avant de s’exclamer, en se relevant :
    " « Oh my fucking god ! » "

    Lena Dunham montre dans cet épisode qu’il peut y avoir agression sexuelle sans contrainte physique, relatait « les Inrocks », et que « les femmes se sentent obligées de rendre la pareille en faveurs sexuelles lorsqu’un homme, considéré plus puissant ou important, passe du temps à s’intéresser à elles ».
    « Résister pour mieux céder »

    La « culture du viol », c’est l’ensemble des représentations genrées de la sexualité et de la séduction qui permettent et encouragent les violences sexuelles. Laura (un pseudo), 26 ans, pour qui la zone grise n’existe pas, raconte distinctement comment la « culture du viol » a pu influer sur sa sexualité :
    ""Inconsciemment, je fonctionnais de cette manière : si un homme manifeste du désir pour moi, c’est que je l’ai provoqué, que je dois en être flattée et saisir l’opportunité. J’ai donc couché avec plusieurs personnes dont je n’avais pas réellement envie, à cause de ça.""

    Pour illustrer la culture du viol, Jean-Raphaël Bourge parle des manuels d’éducation à la sexualité du XIXe siècle, où on conseillait aux femmes « de résister pour mieux céder ». Citons aussi le porno ou les scènes de film et de série où « la fille finit par céder sous les baisers de son agresseur… hum... séducteur ».

    Tant que cette représentation existera, les cas de zone grise aussi. Car finalement, le consentement des femmes, dont la notion n’a émergé que très récemment, est encore un « assentiment au désir des hommes », explique Jean-Raphaël Bourge.

    Pendant longtemps, les femmes n’avaient pas voix au chapitre et le viol conjugal était institutionnalisé – le fameux « devoir conjugal ».

    Jean-Raphaël Bourge développe : « Il y a eu une première vague de prise de conscience avec le débat pour la vraie reconnaissance du viol dans les années 1970, et la lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps. Avant ça, le viol était une atteinte à l’honneur ou à la famille, bref au ’possesseur’ de la femme, mais pas à la victime. »
    Culpabilité

    Plus récemment, un assaut contre la zone grise est parti des campus américains. Des universités ont réglementé les relations sexuelles dans leurs établissements, après plusieurs affaires de viols en soirée étudiante, en obligeant chaque partenaire à vérifier le consentement de l’autre, avant mais aussi après la relation. « Ça peut paraître jusqu’au-boutiste, mais ça a été radical », complète Jean-Raphaël Bourge.

    Ce questionnement est arrivé jusqu’en France via les militantes féministes. Les affaires médiatiques (les affaires DSK, Baupin ou plus récemment les révélations sur Harvey Weinstein) contribuent aussi à faire émerger la question du consentement dans l’espace public.

    On pourrait donc conclure que la zone grise est un mythe et s’arrêter là, mais il ressort autre chose des témoignages lus et entendus.

    La « zone grise » est décrite, parfois, comme un refuge. Comme Fanny, 25 ans, qui parle « d’un mécanisme de protection » :
    ""Je voulais me dire que j’étais consentante, parce que je sentais que les choses pouvaient déraper, que je pouvais être violée." "

    Entrer dans des histoires de « zone grise » – la police judiciaire utilise le néologisme « miol » – nous amène vite en eaux troubles. « C’est le moment où on est mentalement engagée et où on ne se sent pas ou plus en capacité ou légitimité de dire non », résume Fanny.

    Viol ou rapport sexuel consenti ? Dans le doute, la police dit « miol »
    "C’est le moment où on dit oui parce qu’on n’ose pas dire non, où un silence ou une absence de réponse est interprété comme un oui", explique Lorene Carlin, sage-femme, qui a participé à une campagne sur le consentement à l’université de Bordeaux.

    Lucie (un pseudo) nous parle dans le questionnaire d’"un moment de fragilité et d’incertitude où le corps, le cœur et la tête envoient des messages contradictoires et où on ne parvient pas à dire son désarroi et où l’autre ne l’entend pas".

    Dénominateur commun de toutes ces histoires : un sentiment de culpabilité, où la victime a l’impression d’avoir en quelque sorte autorisé l’agression. Et donc de s’être privée du droit de se plaindre. Une des victimes d’Harvey Weinstein, l’actrice Lucie Evans, qui a subi une fellation forcée, l’exprime ainsi : « Je ne voulais pas le frapper ou me battre avec lui », puis « c’est un mec costaud, il était plus fort que moi », et enfin :
    " « J’ai en quelque sorte abandonné. C’est la partie la plus horrible de ça, et c’est pour ça qu’il a été capable de faire ça aussi longtemps à de si nombreuses femmes ; on abandonne et on a l’impression que c’est de notre faute. »"
    « Ça arrive avec mon conjoint »

    De nombreux récits reçus se situent au début de la vie sexuelle, en phase d’apprentissage.

    Ça peut commencer au premier baiser, celui dont on n’avait pas très envie, mais qu’on a fini par accepter, sous la petite pression des copains et copines ("allez, allez !").

    C’est la première fois « forcée », par le partenaire ou la pression sociale ("il faut le faire"). « J’avais 14 ans. Mon petit copain de l’époque savait parfaitement que je ne me sentais pas prête, et pourtant j’ai ’accepté’ pour qu’il reste avec moi », a-t-on lu par exemple.
    ""Je ne sais pas encore bien si cette relation évoquée juste au-dessus est incluse dans la zone grise ou si c’est carrément du viol.""

    Il y a tous ces cas où on « cède » pour être tranquille. Comme Amélie (un pseudo), hébergée chez un de ses collègues, qui s’est fait réveiller par des attouchements :
    ""Je commence à sombrer dans le sommeil, je pense même rêver qu’on me caresse et je trouve ça agréable... jusqu’à ce que je prenne conscience qu’il s’agit bien de la réalité.

    Je le repousse mollement, je n’ai que des bonnes raisons pour ne pas coucher avec lui mais j’en ai physiquement envie. Je finis par lui enfiler une capote, histoire d’avoir la paix.""

    Plus tard, Amélie, 24 ans, s’est mise en couple avec cette « relation malsaine », mais a fini par le quitter.

    Il y a aussi les pratiques imposées pendant un acte consenti. Il y a un an, bien après l’Argentine, Charlotte a été « sodomisée par surprise » par un plan de soirée « somme toute assez gentil ».

    Enfin, et c’est édifiant à la lecture, une majorité des expériences relatées prennent place au sein du couple. C’est Roxane, 30 ans, qui raconte :
    «  »Ça peut arriver avec mon conjoint, neuf ans de vie commune. Certains soirs où t’as pas tant envie que ça. Je le fais quand même mais en plein acte je me rends compte que j’ai qu’une envie, lui planter mes ongles dans le dos. Ça paraît bête mais en fait je n’avais pas envie."
    "

    Elle ajoute (et cela peut choquer) : « Ce n’est pas si grave, l’amour reprend le dessus. »

    Ou Catherine (un pseudo), 49 ans, prof : « Cela m’est arrivé de le faire ’pour faire plaisir’ à mon ou ma partenaire avant mes 30 ans. Cela m’arrive encore parfois parce que je n’ai pas envie de parler de mon absence de désir et que l’accord des désirs ça peut être compliqué (en fonction de l’état physique ou psychologique). »

    Bref, c’est gris, c’est flou, alors on se tait.
    « C’était pas agréable »

    Mais la notion de « zone grise », dans certains cas, déclenche une prise de conscience ("Il s’est passé un truc pas net pour moi").

    Certains nous ont remerciés d’avoir mis un mot sur leurs expériences, qu’ils ne veulent pas qualifier de « viol » ou même d’agression sexuelle, mais dont ils ne savaient pas quoi faire. C’est le cas de Charlotte, mais aussi de Victor (ce n’est pas son vrai prénom), dans le social.

    Cet homme de 41 ans s’est forcé avec sa partenaire actuelle, un matin où il n’en avait pas envie, mais où elle lui a sauté dessus ("gentiment, et avec beaucoup de tendresse", précise-t-il).
    " « J’avais honte de ne pas avoir su dire non, et c’était pas agréable. » "

    Coincé dans « les images de la virilité », il a hésité à nous appeler, mais avant de raccrocher, il nous glisse : « Votre zone grise, là, ça m’a tout de suite flashé. C’est chouette. »

    « Définir les différences entre zone grise et viol, c’est accepter que j’ai pu être violée », dit au téléphone Odile (un pseudo), une assistante de gestion de 38 ans, qui fait référence à une « relation malsaine » avec un ex-compagnon.

    Pendant ces moments, son corps tout entier exprimait son non-consentement. Il était rigide, sans élan, dans « une position d’acceptation mutique ». « N’importe quelle personne bien intentionnée devinerait facilement que je n’en avais pas envie. Il ne s’en souciait pas. »
    Banalité du mal

    « Cette notion de zone grise permet d’ouvrir la discussion et peut donc permettre de réaliser, de retravailler certaines situations pas/peu claires », résume Lorene Carlin, sage-femme à l’université de Bordeaux.
    «  »’J’ai été violée’ est une annonce qui peut être lourde de conséquence et stigmatisante.""

    Ça permet déjà d’en parler, comme un « marchepied ».

    Ella, 20 ans, le dit : « Pendant longtemps, c’était trop dur pour moi d’admettre que j’avais été violée et on ne pense pas à ce mot-là quand on a 15 ans. »

    Son premier petit copain la pressait de coucher pour la première fois. On le fait ? « Je lui avais répondu ’je ne sais pas’, il a insisté plusieurs fois, je l’ai laissé faire, paralysée. » La jeune femme a gardé peu de souvenirs du moment. « Je me suis sentie déchirée, c’était horrible. »

    A l’inverse, s’avouer à soi-même qu’on est un agresseur peut être très compliqué. Nicolas (un pseudo), 28 ans, cadre sup’, se souvient d’avoir lourdement insisté en lendemain de soirée, auprès de la fille avec qui il sortait.

    « J’estime avoir été dans cette zone grise, voire même plus car ne me suis pas posé la question de son consentement à ce moment-là », admet-il. « C’était purement égoïste, centré sur mon plaisir. »

    Plus tard, c’est en lisant un article sur la « zone grise » qu’il a identifié ce qu’il s’est passé. Récemment, Nicolas a envoyé à cette fille un mail d’excuses (resté sans réponse).

    Imaginer que le violeur est toujours un monstre pervers nous fait passer à côté de la banalité de la violence (Hannah Arendt disait « la banalité du mal »), de cette fameuse « zone grise ». Où il n’y a pas les méchants d’un côté, les gentils de l’autre.

    « Un acte de pénétration non consenti est un viol. Et ça peut arriver de façon involontaire de la part des différents individus au sein d’une relation. Il n’y a pas forcement volonté de malveillance », rappelle Lorene Carlin.
    Et la relation à soi

    Bref, pour faire reculer la zone grise, il faut que tous soient sensibilisés et éduqués au consentement.

    « Dans ma famille ou à l’école, personne ne m’a dit que si je disais oui pour un baiser ou un flirt en soirée je n’étais pas obligée d’aller jusqu’au bout et que ça ne faisait pas de moi une allumeuse », explique Fanny.

    Ella non plus ne se souvient pas avoir entendu ce mot à l’école. Pendant les cours d’éducation sexuelle, il était surtout question de « techniques » et d’apprentissage de la contraception.
    ""Il faudrait dans les cours d’éducation à la sexualité parler encore plus de consentement, de la relation à soi, à l’autre et du respect de tout ça", abonde Lorene Carlin. "

    Le consentement sexuel peut être simplement expliqué avec une tasse de thé, comme dans ce fantastique petit spot anglais. Est-ce qu’il viendrait à l’idée de forcer quelqu’un à en boire ?

    Le consentement peut être retiré à tout moment : on peut vouloir boire du thé mais changer d’avis ; on peut même proposer à l’autre de partager une tasse et pendant que l’eau bout, ne plus en vouloir. On peut accepter la tasse mais refuser le gâteau proposé avec. Cela va de soi : quelqu’un d’endormi ou d’inconscient n’a pas envie de thé. Consentir, c’est faire un choix libre et éclairé. Et « céder n’est pas consentir ».

    La plupart du temps, on apprend sur le tas, et à coups d’expériences douloureuses, à dire « non ». Fanny raconte qu’elle « date » beaucoup via des applications, et que ça lui permet de « s’entraîner » :
    ""Je m’affirme, je pose mes limites, c’est un apprentissage." "
    D’autres femmes sur l’épaule

    L’histoire d’une autre Fanny, 26 ans, surveillante, est parlante. Pendant ses années lycée, elle avait « une petite attirance » pour un garçon. Quand elle s’est retrouvée dans sa chambre, elle « ne savait plus » si elle avait vraiment envie de coucher avec lui.

    Si une copine l’avait appelée à ce moment, elle aurait eu une excuse pour partir, et s’il lui avait posé la question, elle aurait peut-être dit « non ». Mais elle s’est « mis la pression » pour « aller jusqu’au bout ». Le soir, elle a pleuré dans son lit :
    ""Je me sentais sale et je me demandais pourquoi je m’étais rabaissée à coucher avec ce type." "

    Pour la jeune femme, le féminisme, découvert plus tard, a été un déclic. Elle rit : elle a l’impression aujourd’hui d’avoir toujours une bande de meufs derrière son épaule qui l’avisent « ce n’est pas normal, ça ».

    Parce qu’elles sont là, Fanny ne se sent pas seule au moment de donner ou pas son consentement. Cet été, elle a d’ailleurs dit « non » (et ça s’est très bien passé). « Dire non, c’est faire confiance à l’autre. C’est aussi faire preuve de sincérité que de dire ’là je ne le sens pas, je n’ai plus envie »", ajoute-t-elle.
    Qui ne dit mot ne consent pas

    Mais c’est aussi OK de ne pas en être toujours capable. Et surtout, il ne s’agit pas seulement de savoir dire, mais avant tout d’entendre et de se soucier du consentement de l’autre.

    « Il y a du langage non verbal. Si je fais la gueule quand tu me souris dans la rue, ça veut dire que je ne veux pas que tu viennes me parler par exemple. Dans la sexualité, c’est la même chose », explique Jean-Raphaël Bourge. Qui ne dit mot ne consent pas par principe, contrairement à ce que dit le proverbe.

    En couple, on peut utiliser des codes qu’on a établis ensemble. Pour le reste, la première des choses est de parler, communiquer. « Avant de partir dans l’espace, on discute, on réfléchit », sourit Lorene Carlin, pour qui c’est faux de dire que discuter casse tout.
    " « Echanger, ça peut être romantique, doux, subtil, voire érotique. » "

    Au moindre doute sur les envies de l’autre, c’est pas compliqué : il faut poser la question.
    –—
    #viol #culture_du_viol

    • Une enquête pour traite des êtres humains expose les pratiques de l’industrie du porno

      Deux producteurs français, et deux collaborateurs, ont été mis en examen pour « viols », « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains aggravée ». Dans leur ombre, les leaders du secteur : Dorcel et Jacquie & Michel. Mediapart révèle le contenu des réquisitions du parquet.

      Il s’est choisi un pseudonyme féminin passe-partout. Sa photo de profil est tout aussi sobre. Une jeune femme brune aux traits fins et légèrement maquillée, vêtue d’un manteau noir, dans l’habitacle d’une voiture. Le cliché est sans artifices, presque intime. En réalité, ce compte Facebook est utilisé par J. D., 39 ans, marié et père de deux enfants. Durant sa garde à vue, il a reconnu s’en servir pour engager la conversation avec des jeunes femmes. Son but : les convaincre de se prostituer, puis de tourner des films porno avec le producteur Pascal O., connu sous le surnom de « Pascal OP ».

      Depuis samedi 17 octobre, les deux hommes sont en détention provisoire, accusés notamment de « viols », « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains aggravée ». Deux autres personnes, le producteur porno Mathieu L., dit « Mat Hadix », ainsi que N. T. T., un assistant de Pascal O., ont également été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire, pour les mêmes chefs d’accusation. Tous bénéficient de la présomption d’innocence et, pour la plupart, nient les faits qui leur sont reprochés.
      Mathieu L. et Pascal O. © Capture d’écran, compte Instagram

      Dans ses réquisitions, consultées par Mediapart, le parquet de Paris décrit les méthodes de ce qu’il présente comme un petit groupe informel, impliqué à divers degrés dans la production de films porno, et gravitant autour de Pascal OP. Les accusations sont graves : viols répétés ; actrices alcoolisées ou droguées, parfois à leur insu ; mensonges et intimidations pour les inciter à tourner ; présentation de faux tests VIH ; racket quand elles souhaitent faire retirer les vidéos… Elles reposent sur les plaintes de cinq femmes, déposées entre 2016 et 2020, dont quatre impliquent directement les producteurs.

      À chaque fois, le même profil de plaignantes. Des femmes, nées dans les années 1990, avec des parcours de vie abîmés ou une vulnérabilité à un moment de leur existence. Et toujours le même système pour les inciter à faire du porno, comme J. D. l’a reconnu dans son interrogatoire de première comparution, en marge de sa garde à vue du 13 octobre 2020.

      Derrière son écran d’ordinateur, caché sous son pseudonyme, il raconte prendre contact avec elles sur les réseaux sociaux, en les complimentant sur leurs photos de profil. La prétendue jeune femme s’épanche sur de supposés problèmes familiaux ou financiers afin de gagner leur confiance. La relation d’amitié dure plusieurs mois, jusqu’à ce que l’appât virtuel confesse se prostituer occasionnellement et propose de les mettre, elles aussi, en relation avec des clients. Ses interlocutrices déclinent toutes, puis cèdent devant son insistance et les sommes proposées, entre 1 500 et 3 000 euros pour une soirée.

      Lorsqu’elles se présentent au lieu de rendez-vous, un hôtel de l’est de la France, payé par leurs soins, J. D. les retrouve, avec un autre pseudonyme, et se présente comme leur client. À l’une d’elles, il aurait imposé un rapport « marqué par la violence », ayant laissé la plaignante prostrée dans la chambre, selon les réquisitions du parquet. À son départ, il indique à ses proies qu’un coursier va arriver dans quelques minutes pour leur remettre une enveloppe avec la somme convenue. Un mensonge, qu’il a reconnu.

      Le stratagème est, d’après sa déposition, la première étape d’une manipulation au long cours qui vise à rabattre ces femmes vers des producteurs porno. Quand les victimes recontactent l’avatar Facebook pour lui faire part de leur détresse et de leurs difficultés financières, celui-ci leur promet d’arranger les choses. Il propose de leur présenter « son ami Pascal », un réalisateur de film X à la recherche de nouvelles actrices, pour des vidéos exclusivement diffusées au Canada. Les cachets sont alléchants.

      Dans son interrogatoire devant les gendarmes, J. D. indique avoir recruté une cinquantaine de jeunes femmes pour Pascal OP, ainsi que pour le producteur Mat Hadix. « Sans lui, ces femmes ne seraient pas entrées dans le monde de la pornographie », écrivent les enquêteurs, rapportant ses déclarations. A-t-il été rémunéré pour ce service ? Le rabatteur assure que non, ni même avoir rencontré les deux producteurs en personne. En contrepartie, cet éducateur spécialisé auprès de handicapés mentaux aurait bénéficié de vidéos sur mesure, produites par les deux hommes, ainsi qu’un abonnement gratuit au site de Pascal OP. Sollicité par Mediapart, l’avocat de J. D. n’a pas souhaité faire de déclaration.
      Des viols, de faux tests HIV et des somnifères

      Sur les tournages, un autre cycle d’abus commence, racontent les plaignantes. Au motif que son site internet est géré depuis le Québec, Pascal OP leur aurait assuré, à toutes, que leurs vidéos seraient inaccessibles depuis la France. Selon plusieurs témoignages, il promettait également de les payer entre 1 000 et 2 500 euros. En réalité, les cachets sont dérisoires, ce que certaines plaignantes assurent avoir découvert seulement après avoir tourné leur scène.

      L’une d’entre elles s’offusque de ne recevoir que 250 euros, alors que le producteur lui en avait promis 1 000. Elle raconte qu’il l’aurait contrainte à accepter la somme et à parapher un contrat de cession de droit à l’image, en la menaçant de ne plus la payer du tout, et de diffuser sa vidéo en France.

      Parfois, Pascal OP est accusé d’utiliser un autre moyen de pression. Il ne remettrait qu’une partie du cachet à ses actrices. Une manœuvre pour les obliger à une nouvelle rencontre, le lendemain, et leur imposer de nouvelles scènes qui conditionnent le versement du total de la somme.

      Les descriptions des tournages faites par les plaignantes sont glaçantes. Malgré leur refus exprimé, des pénétrations anales ou des éjaculations faciales sont systématiquement imposées aux jeunes femmes, qui s’effondrent parfois en larmes. Un matin de l’année 2017, à 8 heures, Pascal OP arrive sur le lieu d’un tournage, un appartement Airbnb où il loge également une plaignante. Il est accompagné de plusieurs hommes pour réaliser un gang-bang, une pratique mettant en scène une femme avec au moins trois hommes. La jeune femme aurait été prise au dépourvu.

      À chaque fois, les victimes déclarent céder, ne voyant pas d’autre issue. Subir est « la seule manière que cela s’arrête », dit l’une d’elles dans sa déposition aux gendarmes. Certaines « s’éteignent » ou s’obligent à sourire pour qu’on ne leur demande pas de refaire les scènes.

      Prise dans un engrenage où l’argent avait pris une place excessive et où son corps n’avait plus d’importance, une plaignante indique aux policiers avoir accepté de tourner un bukkake, malgré ses réticences. Cette pratique extrême désigne l’éjaculation de plusieurs hommes sur le visage d’une femme. La scène a lieu dans un hangar de Seine-Saint-Denis. En guise de lit, un caisson recouvert d’un drap. La plaignante a « envie de fuir ». Les participants cagoulés – une vingtaine – la tirent vers eux alors que son corps se rigidifie. Elle se décrit comme « anesthésiée », s’étant « mise en off pour ne pas craquer ».

      Dans son dépôt de plainte, elle raconte avoir découvert après le tournage qu’elle ne sera payée que 450 euros, à la place des 600 euros initialement prévus. Puis le producteur Mat Hadix, présent lors de la scène, lui administre une pilule d’azithromycine, un antibiotique contre les infections sexuellement transmissibles (IST), ce qu’il reconnaît lors de son interrogatoire de première comparution, en marge de sa garde à vue du 13 octobre 2020.

      Pour supporter les tournages, les plaignantes s’alcoolisent, parfois jusqu’à se sentir « détachées » de leur corps. Le producteur leur aurait également fourni de la cocaïne. Dans son interrogatoire, N. T. T., un des abonnés de Pascal OP devenu son assistant, reconnaît avoir acquis un générateur de faux tests sérologiques. Ce subterfuge devait permettre à ses acteurs, et au producteur, de tourner sans préservatifs, tout en n’ayant pas à réaliser de dépistages de maladies sexuellement transmissibles (MST).

      Le témoignage d’une des plaignantes est particulièrement éprouvant. Maintenue sous pression par le reliquat d’argent qu’il lui doit et le contrat qu’il lui a fait signer lors d’un précédent tournage, elle raconte que Pascal OP lui aurait imposé plusieurs nouvelles scènes. Lors de l’une d’entre elles, courant juin 2020, il lui aurait appris, une fois sur place, qu’une soixantaine d’hommes l’attendaient pour un bukkake. Face à son refus, elle raconte que le producteur lui aurait crié dessus, puis proposé un verre de jus de fruit, l’invitant à se détendre.

      Une analyse capillaire effectuée par les gendarmes révélera la présence de Zolpidem dans son organisme, un puissant somnifère détourné à des fins de soumission chimique, sans que la date d’ingestion ne soit néanmoins précisément déterminée. Pendant un précédent tournage où il lui avait également fait boire une boisson, elle s’était sentie dans « un état second » et Pascal OP aurait essayé d’en profiter pour lui demander d’avoir un rapport sexuel avec son chien, avant de réaliser une scène avec le producteur Mat Hadix.

      Lors du bukkake de juin 2020, la tête de la jeune femme est maintenue fermement par une autre actrice, qui lui impose de garder les yeux ouverts. « Pour la soulager, et non pour la bloquer », assure N. T. T., l’assistant de Pascal OP, dans son audition. La jeune femme est en sanglots puis entre en état de sidération, note le parquet dans son réquisitoire. Son beau-frère parviendra à faire retirer la vidéo du site web de Pascal OP, après lui avoir remis la somme de 4 500 euros, comme il l’indique dans sa déposition aux gendarmes de la section recherche.

      Dans son interrogatoire en marge de sa garde à vue, Pascal O. accuse les plaignantes de mentir, affirmant que certaines sont des « escorts ». Il assure qu’elles connaissaient à l’avance toutes les conditions de tournage, qu’elles n’étaient ni menacées, ni isolées, ni contraintes, que des dépistages de MST étaient systématiquement réalisés par tous et que les actrices recevaient un bonus pour simuler les pleurs ou le refus d’un acte sexuel.

      À chaque question susceptible de lui porter préjudice, « il se retranche derrière son droit au silence », ajoutent les enquêteurs. Sollicité par Mediapart, son avocat n’a pas souhaité faire de déclaration.
      Des accusations qui éclaboussent le porno français

      Les vidéos de Pascal OP sont principalement commercialisées sur son propre site web, French Bukkake. Ses abonnés peuvent participer aux scènes contre le versement de 29,90 euros par mois. Ce procédé alerte les gendarmes de la section Recherche de Paris, dans le cadre de leur activité de veille du réseau internet, qui ouvrent une enquête en mars 2020 pour des faits de proxénétisme. L’exploitation des centaines de vidéos du site suggère que des pratiques sexuelles sont régulièrement imposées aux femmes qui y participent.

      Ces constatations amènent les enquêteurs à verser à la procédure les cinq plaintes des plaignantes, déposées entre 2016 et 2020 indépendamment de cette nouvelle enquête. Trois d’entre elles avaient été initialement classées sans suite, comme à Bobigny en 2017, le parquet invoquant un « litige commercial » entre la plaignante et le producteur.

      Bien qu’il en tire des revenus confortables – 240 000 euros de bénéfice depuis 2015, d’après les gendarmes –, l’audience du site de Pascal OP reste confidentielle, avec 280 000 visiteurs par mois. Le producteur n’en est pas moins inséré dans le circuit du porno français. Jusqu’à peu, il bénéficiait de sa propre fiche sur le site Dorcelvision, la plateforme de VOD de Dorcel, le leader français du secteur.

      Dans un entretien réalisé en juillet 2018 (voir notre Boîte noire), un responsable du groupe reconnaissait d’ailleurs être en discussion avec lui pour distribuer ses productions. « Pour le moment, il n’est pas revenu vers nous mais s’il m’envoie un projet et que tout est aux normes, moi, je n’ai aucun problème à lui dire OK. »

      Des propos qui font écho à ceux du directeur général du groupe, Grégory Dorcel, à qui l’on demandait au printemps 2018 s’il s’intéressait aux conditions de tournage des films qu’il distribue : « Absolument pas, répondait-il. Nous ce qu’on réclame et qui est imposé contractuellement, c’est qu’on nous délivre un contenu légal et que cela corresponde à notre ligne éditoriale (…) Je ne peux pas m’occuper de savoir comment ça a été fait. »
      Marc Dorcel, un des leaders du porno en France, au festival de Cannes le 20 mai 2015. © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

      Pascal OP a également collaboré avec le site Jacquie & Michel (J&M), l’autre locomotive du secteur. Il bénéficie même de son propre personnage récurrent, « l’abominable David Grumeau », camouflé sous une perruque années 1980 et ses lunettes de soleil aux verres polarisés. En toute discrétion, il leur a produit également des dizaines de vidéos, comme l’attestent ses échanges par écrit avec Michel Piron, le fondateur de J&M, que Mediapart a pu consulter.

      Son fils Thibault Piron, directeur général de J&M, minimisait maladroitement cette collaboration lors d’un entretien réalisé en mai 2018. « Ça fait plus d’un an que Pascal OP n’est pas apparu dans nos vidéos, admettait-il. Par contre, ce qui est vrai, c’est que s’il trouve une nana, il peut faire le tournage mais ce n’est pas lui qui dirige, ni ne joue l’acteur. On n’en veut pas pour notre image. Nous aussi, on évolue. Ça n’a aucun sens, après tout ce qui s’est passé récemment. » Une allusion à #MeToo et #BalanceTonPorc.

      Le profil du quatrième mis en examen, Mathieu L., dit « Mat Hadix », éclabousse aussi les deux leaders du secteur. Depuis 2013, il est l’un des principaux producteurs pour Jacquie & Michel, ses vidéos se comptant par centaines. Au point qu’en 2015, le groupe lui confie l’organisation de ses lucratives soirées en discothèque, puis le présente en 2017 comme « l’incontournable ambassadeur de la marque » dans un article de Jacquie & Michel Le Mag.

      En mai 2018, Thibault Piron, en disait plus sur son rôle. « On a toujours cinq ou six producteurs qui bossent en même temps mais Mat est vraiment le seul régulier qui n’arrête jamais, précisait-il. Les trois quarts du temps, ça se passe comme ça : il dégote une nouvelle nana, il nous envoie les photos en nous demandant combien de scènes on veut. Puis après, on fait une avance et une fois qu’il a filmé, la vidéo arrive chez nous et le monteur s’en occupe. »

      Mathieu L. est aussi l’un des principaux prestataires français de Dorcel, chez qui il dispose de ses propres labels. Des productions réalisées pour la marque « Porno chic », sur lesquelles n’apparaît jamais le nom Dorcel, pour des questions d’image. « Mais en théorie, et même en pratique, Dorcel est le producteur à 100 % de ses films », concédait, en juillet 2018, un responsable du groupe.

      Les enquêteurs estiment que le producteur mutualisait ses tournages avec Pascal OP, les deux hommes se partageant recrues, décors et caméras, depuis les années 2015-2016. « Mathieu L. était présent sur toutes les scènes qualifiées de casting et gang-bang et, de façon plus occasionnelle, sur les bukkake », indique le réquisitoire, rapportant des propos de Pascal O. Dans leurs témoignages, certaines plaignantes déclarent ainsi ne pas savoir si elles tournaient pour l’un ou pour l’autre, Mat Hadix déléguant parfois la production de ses scènes à Pascal OP, ce dernier le prenant à son tour comme cadreur ou acteur.
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      Le chef d’accusation de viol à l’encontre de Mat Hadix a été retenu pour une plaignante, contre quatre pour Pascal OP. Les deux producteurs sont également accusés de « diffusion de l’enregistrement d’images relatives à la commission d’une atteinte volontaire à l’intégrité de la personne » et « d’exécution d’un travail dissimulé », en plus des chefs de « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains aggravée ». Pascal OP doit également répondre des chefs de « blanchiment d’un délit de proxénétisme » et « blanchiment d’un délit de fraude fiscale ».

      « Il n’est pas le seul qui mutualisait des dépenses avec Pascal O. et pour une raison qui m’échappe, lui seul est accusé, s’offusque Me Wilner, l’avocat de Mathieu L. Mon client est une victime collatérale. Il n’a jamais participé de près ou de loin à la production ou à la commercialisation des films de Pascal OP. »

      De son côté, Me Mugerin, l’avocat de N. T. T., opticien de profession et assistant informel de Pascal OP, indique que son client « a été extrêmement naïf en se rendant à ces tournages ». « Il n’avait pas pris la mesure de ce qu’il y avait derrière, et s’est rendu compte de la gravité pendant sa garde à vue. »

      Depuis septembre 2020, et l’ouverture concomitante d’une autre enquête du parquet de Paris impliquant Jacquie & Michel pour « viols » et « proxénétisme », les labels de Mat Hadix ont disparu de la plateforme VOD de Dorcel. Désormais, ce sont tous les films où il apparaît en tant qu’acteur, ainsi que ceux avec Pascal OP, qui ont été rayés du catalogue.

      « Depuis juin 2019, nous avons enquêté et commencé à stopper la distribution de plusieurs producteurs français dont les conditions de travail semblaient troubles, précise Dorcel, dans un communiqué adressé à Mediapart (à lire en intégralité sous l’onglet Prolonger). Ce travail est long et délicat, car tous ces producteurs ont des sociétés établies, sont diffusés historiquement par de nombreux diffuseurs français réputés et n’ont, à notre connaissance, jamais fait l’objet de décision de justice qui auraient pu justifier une rupture de contrat. »

      Sollicités par Mediapart, les représentants du groupe Jacquie & Michel ne nous ont pas répondu. Les dirigeants du groupe et la société elle-même n’ont jamais été soupçonnés ni inquiétés par la justice dans cette affaire.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/231120/une-enquete-pour-traite-des-etres-humains-expose-les-pratiques-de-l-indust

      J’ai déplacé ca ici pour des raison d’érgonomie et d’autonomie de mes contenus ainsi que moyen de lutte contre la censure masculiniste.

  • Les étudiant·es et artistes de cirque lancent un appel contre le harcèlement et les violences

    Chères et chers artistes, compagnies, professionnel.le.s de la culture et tous leurs soutiens,

    Le collectif Balance Ton Cirque est né le 2 juillet 2021 pour agir contre toutes formes de violences physiques et psychologiques (humiliation, injure, harcèlement moral, abus de pouvoir, discrimination, outrage sexiste…) exercées dans l’enceinte du centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne.

    Nous voulions agir vite, et nous avons profité d’une des soirées des Échappées 2021 pour rendre publiques nos revendications et lancer un mouvement d’étudiant.e.s et d’artistes ayant subi des violences au CNAC. En parallèle à cette action, la page Instagram @balancetoncirque a été créée pour regrouper des témoignages de victimes, élèves et ancien.ne.s élèves d’école de cirque à l’international. En trois semaines, nous avons reçu plus de 100 témoignages provenant de sept écoles différentes ce qui démontre bien que les violences sont un problème structurel ancré dans le fonctionnement des écoles de cirque. Elles sont systémiques et institutionnalisées et le cas du CNAC n’est pas isolé. Cet appel a vocation à susciter des réactions dans d’autres écoles professionnelles de cirque en France et en Europe.

    Nous appelons à signer le texte (voir ci-dessous) pour manifester votre soutien au mouvement. Les signatures récoltées permettront d’appuyer nos revendications et de nous donner de la force lors des discussions à venir avec le ministère, la direction et les professeurs.

    Cet appel servira d’appui pour engager un dialogue favorable à une école où chacune et chacun puisse se former dans le respect de son intégrité morale et physique.

    Parce que nos blessures sont politiques, nos récits seront publics.

    Le collectif Balance Ton Cirque, 16.08.2021

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    Lettre de soutien – Balance Ton Cirque

    Nous dénonçons l’apprentissage sous pression et l’école de la course à la performance. La compétition entre élèves n’est pas une pédagogie. Nous dénonçons le fait que, dans une école supérieure d’art dont le cursus est “dédiée au développement de l’identité d’artiste [des élèves], ainsi qu’à l’expérimentation en piste”, il soit aussi difficile d’affirmer des pratiques, des corps ou des esthétiques qui sortent des canons de la tradition du cirque contemporain. Les discriminations et les outrances répétées de la direction et des professeur.e.s impactent les élèves dans leur parcours et entravent leur créativité, ainsi que leur capacité à développer un langage artistique qui leur soit propre. Nous refusons d’être des produits mis à disposition des metteur.e.s en scène d’un réseau prédéfini.

    Nous avons rapporté les commentaires dégradants et les discriminations tenus à répétition par des professeurs. On nous a répondu qu’il fallait les accepter parce qu’ils venaient de personnes qualifiées pour leur travail de coaching “que de toute manière ce serait pire dans le monde professionnel”.

    Nous avons pointé du doigt le stress et la pression comme source de blessures, celles qui sont nommées : blessures de fatigue. On nous a répondu “qu’à l’époque c’était bien pire et qu’il fallait s’estimer heureux.euse d’être là”.

    Ces commentaires, remarques et insultes touchent à nos corps et nous accompagnent par la suite dans tout notre parcours, à chaque fois que nous mettons un pied sur scène.

    Quand on dit qu’on a mal, c’est qu’on a mal.

    Quand on veut une deuxième parade, c’est qu’on a besoin d’une deuxième parade.

    Quand on ne veut pas qu’on nous touche, c’est qu’on ne veut pas.

    Quand on dit non, c’est non.

    Nous dénonçons encore l’immobilité de la direction, des professeurs, des professionnel.le.s, du conseil d’administration et du ministère face aux déclarations de harcèlements et de discriminations au sein de l’établissement.

    Au CNAC, des affaires judiciaires ont été passées sous silence, des violences sexuelles ont été réglées en interne, des personnes ont subi un harcèlement moral continu, d’autres des outrages répétés sans que rien ne soit mis en place.

    A chaque fois, les affaires sont “réglées” en interne, prenant grand soin de ne pas salir la réputation de la “maison”.

    L’environnement dans lequel nous étudions et évoluons comme artistes n’est pas à la hauteur d’un centre national.

    Nous sommes témoin.te.s de malaises, de départs soudains, d’arrêts maladies prolongés au sein de l’équipe administrative et enseignante. La fragilité et l’effacement des employé.e.s favorisent la centralité du pouvoir.

    Ces situations de dysfonctionnements se répercutent sur nous, car nous n’avons plus de référent.e.s administratif, et sur notre formation artistique dont le suivi pédagogique n’est plus assuré.

    Les aménagements mis en place : groupe d’écoute, charte éthique pour l’égalité, semblent davantage être des invitations à étouffer les affaires et à décrédibiliser nos dénonciations. Ils ne protègent en aucun cas les victimes.

    Les personnes aux postes de pouvoir restent intouchables.

    Le centre national des arts du cirque a une réputation à tenir. Et cette réputation nécessite notre silence.

    Nous dénonçons les menaces et le climat de peur qui règnent au sein de l’école mais aussi l’élitisme, le favoritisme et le copinage qui permettent de mettre en avant certain.e.s artistes, d’en couler d’autres ou encore d’étouffer des violences.

    Nous dénonçons le fonctionnement en réseau et la dépendance des élèves vis-à-vis de la direction, de l’ensemble des professeur.e.s, des intervenant.e.s artistiques, des metteur.e.s en scène et autres professionnel.le.s, qu’iels soient membre d’un jury ou programmateur.trice.s. Nos carrières sont liées de trop près à ces commentaires, remarques et insultes. Ce contexte de dépendance est particulièrement propice aux abus de pouvoir, au harcèlement et aux discriminations.

    Finalement, nous dénonçons la structure hiérarchique permettant la toute-puissance des postes de direction (direction générale, pédagogique et artistique).

    Plus jamais ça.

    Parmi les missions formulées dans la fiche de recrutement du poste de Direction Générale, publiée par le ministère de la culture, figure celle de : “garantir la qualité du dialogue social au sein de l’établissement, faire respecter les principes d’égalité entre les femmes et les hommes, et lutter contre toutes les formes de violence et discrimination”. L’actuelle direction n’a pas respecté la mission pour laquelle elle était engagée et les mesures mises en place par le ministère de la Culture n’ont pas permis de remédier à cette situation.

    Nous exigeons de la part du ministère de la Culture et de la nouvelle Direction Générale que cette mission soit respectée.

    Nous exigeons qu’une réelle écoute et prise en compte soit établie envers les personnes ayant subi des violences et discriminations. Qu’elles soient accompagnées dans leurs démarches et que ces situations ne soient plus réglées en interne.

    Nous exigeons une restructuration de la hiérarchie interne du CNAC pour que cessent les abus de pouvoir ainsi que toutes les formes de harcèlements.

    Nous exigeons la mise en place d’un protocole pour assurer notre consentement et définir le cadre des contacts physiques entre les professeur.e.s et les élèves (parades, corrections de mouvements, assouplissements, etc). Nous sommes dépendants des professeur.e.s qui nous assurent (parfois au risque de blessures graves) et nous devons pouvoir exprimer librement nos limites et nos besoins.

    Nous exigeons que le corps enseignant, les intervenant.e.s ainsi que l’administration et les élèves soient formé.e.s à réagir et à reconnaître les violences, les abus et le harcèlement.

    Nous vivons une période historique, où “on se lève et on se casse“, où la page instagram @victims_voices_circus a déjà ouvert la voie, où différents comités #balancetonecoledart ont été créés et ont obtenu la démission des personnes mises en cause, où il n’est plus possible d’ignorer la maltraitance structurelle du monde du cirque, du sport, du théâtre, de la danse et du cinéma.

    Cette fois-ci nous n’allons pas régler l’affaire ensemble, en interne, à coup de dialogue social et de groupe parité. Nous ne nous tairons plus. Pas tant que la parole des victimes ne sera ni soutenue ni entendue.

    Nous rappelons aussi que toutes les victimes ne parlent pas.

    Nous rappelons que nous avons tous.tes une responsabilité face à la violence.


    Nous rappelons enfin qu’une école d’art ne doit jamais apprendre à se taire.

    Cette année, la direction du CNAC sera renouvelée et nous exigeons que plus rien de tout cela ne puisse se reproduire à l’avenir. Nous souhaitons réaffirmer l’importance de cette école publique sur le territoire français et notre volonté pour qu’elle puisse être à nouveau un lieu d’innovation et de diversité, ouvert sur le monde où chacune et chacun puisse se former dans le respect de son intégrité morale et physique.

    Voici quelques-unes de nos propositions à mettre en place pour garantir le respect et l’intégrité des élèves et professeur.e.s au sein de l’école. Nous nous assurerons de l’assimilation de ces propositions pour de réels changements :

    - Mettre en place une formation ou atelier corporel sur le consentement assuré par une structure externe à l’école
    - Mettre en place une formation sur la communication non violente assurée par une structure externe à l’école
    - Appliquer un protocole de parade sûr et respectueux
    - Appliquer des méthodes de retour suite aux présentations des élèves au sein de l’école, sans la présence de la direction
    – Avoir un.e référent.e externe à l’écoute de problèmes de harcèlement au sein de l’école
    - Décentraliser le pouvoir décisionnel de la direction, ne pas avoir à passer par eux pour des demandes de stages, travail. Plus de transparence

    Pour signer l’appel :
    https://framaforms.org/lettre-de-soutien-balance-ton-cirque-1628615396

    https://academia.hypotheses.org/32711

    #cirque #BalanceTonCrique #MeeTooCirque #me_too #écoles_de_cirque #France #harcèlement_sexuel #viols #arts_du_cirque #infantilisation #manipulation #corps #Balance_ton_cirque #Centre_national_des_arts_du_cirque (#Cnac) #violences_sexuelles #écoles_circassiennes #violences #balancetoncirque

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    voir aussi :
    D’anciens étudiants balancent leurs écoles de cirque
    https://seenthis.net/messages/922352

  • D’anciens étudiants balancent leurs écoles de cirque

    Après un #happening à Châlons pour sensibiliser l’opinion publique, le collectif « #Balance_ton_cirque », dont la plupart des membres sont issus du #Centre_national_des_arts_du_cirque (#Cnac), souhaite libérer la parole des étudiants victimes de #violences_sexuelles, sexistes ou morales dans leurs écoles. Et surtout, faire en sorte qu’elles cessent.

    L’année se termine sur une note amère pour le Centre national des arts du cirque (Cnac). Vendredi dernier, à l’issue des #Echappées, représentations individuelles des étudiants en piste, un happening s’organisait devant le cirque historique de Châlons, porté par une vingtaine de personnes, anciens étudiants et artistes confondus. Dans un silence sépulcral, toutes pancartes brandies, le collectif « balance ton cirque » a dénoncé ce que beaucoup ne soupçonnaient pas, ou de loin : les #violences verbales, physiques, sexuelles et morales subies dans les #écoles_circassiennes. Toutes les écoles, le Cnac y compris. Et les témoignages, que certains classeraient volontiers dans la catégorie du #sexisme_ordinaire, sont glaçants. Sur les écriteaux, des propos rapportés de professeurs ou de directeurs à l’encontre des étudiants donnent le ton : « Ton corps change, tu deviens une femme », « C’est pas gagné, t’as pas un corps de danseur », ou encore « Tu as mis une petite culotte rose aujourd’hui. Demain, ce sera quelle couleur ? »

    Près d’une centaine de témoignages recueillis

    Ledit collectif, principalement constitué d’anciens du Cnac, revendique son indépendance et son envie de faire bouger les lignes. « Pour éviter à d’autres de vivre ce qu’on a vécu, expliquent ses membres. On imagine que certaines personnes de l’équipe pédagogique du Cnac ont pris notre démarche pour elles, mais on ne les vise pas. On souhaite que la parole se libère. Et si on a choisi les Echappées pour notre action publique, c’est aussi parce que le jury pluridisciplinaire qui évalue les étudiants était présent à Châlons ce jour-là. Il se compose de tout un tas de profils. Des gens qui n’ont absolument rien vu ou au contraire qui ont fermé les yeux, d’autres qui ont aussi subi ces violences et qui nous soutiennent. » Depuis cette mobilisation, près d’une centaine de témoignages issus du monde circassien européen ont été recueillis et publiés de façon anonymisée via le compte Instagram #balancetoncirque. Pas simple à gérer émotionnellement pour les lanceurs d’alerte, eux-mêmes victimes et / ou témoins. « On parle d’#agressions_sexuelles, mais également de #harcèlement_moral et d’#emprise_psychologique, parfois même de violences entre les élèves. On sait que des promotions actuelles y sont toujours confrontées. C’est incroyable que des écoles supérieures, des institutions comme le Cnac ou d’autres, ne le dénoncent pas et restent dans le déni. » Puis d’évoquer une « #omerta » et une « #pression permanente » entretenues par les directions. « Tout se règle en interne. On s’est déjà entendu dire : « si tu veux réussir, il va falloir te taire ». Les dirigeants ont les pleins pouvoirs et se permettent tout, même en dehors de l’école. »

    « C’était un rêve d’enfant, c’est devenu un cauchemar d’adulte. »

    Certains membres du collectif, par exemple, se sont vus interpeller à Châlons dans un cadre personnel et ont reçu des remarques désobligeantes concernant leur vie privée. D’autres ont été interrogés sur leur orientation sexuelle lors des auditions de sélection du Cnac. « Avec le recul et en échangeant tous ensemble, on réalise la gravité de ces faits, la façon dont on nous infantilise, dont on nous manipule. Pourtant, on a la chance de suivre une formation incroyable. Mais elle est gâchée à cause de quelques personnes seulement. C’était un rêve d’enfant, c’est devenu un #cauchemar d’adulte. » Plusieurs courriers adressés par des étudiants au ministère de la Culture ainsi qu’aux fédérations française et européenne des écoles de cirque sont restés sans réponse.

    Des actions en justice ?

    Prochaines étapes pour #balancetoncirque : prendre attache avec les associations référentes sur ces questions et suivre des formations d’écoutant(e)s afin de mieux orienter et accompagner les témoins. Des actions en #justice sont-elles envisagées ? « Ce n’est pas la vocation première de notre collectif, mais il n’est pas exclu que des démarches soient entreprises individuellement. Elles auront tout notre appui. On veut surtout que les gens parlent, se réunissent, pour changer les choses. » Et puisque la direction du Cnac doit être renouvelée d’ici la fin de l’année, le timing s’avère on ne peut mieux choisi.

    http://www.lhebdoduvendredi.com/article/40942/danciens-etudiants-balancent-leurs-ecoles-de-cirque

    #cirque #BalanceTonCrique #MeeTooCirque #me_too #écoles_de_cirque #France #harcèlement_sexuel #viols #arts_du_cirque #infantilisation #manipulation #corps

  • En #Guadeloupe, l’#eau_courante, potable, est devenue un luxe

    En Guadeloupe, des milliers d’habitants vivent au rythme des « #tours_d’eau », des #coupures programmées, ou n’ont tout simplement pas d’eau au robinet depuis plusieurs années. Les habitants subissent des coupures prolongées, même en pleine pandémie de Covid-19. Face à la catastrophe sanitaire, les pouvoirs publics sont accusés d’#incurie. Premier volet de notre série.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/120721/en-guadeloupe-l-eau-courante-potable-est-devenue-un-luxe
    #eau_potable #eau_de_robinet #eau

    by @wereport photos @albertocampiphoto

  • L’école d’art de #Fribourg ébranlée par la vague #Balancetonprof - Le Temps
    https://www.letemps.ch/suisse/lecole-dart-fribourg-ebranlee-vague-balancetonprof

    Le mouvement #Balancetonprof n’en finit pas de secouer Fribourg et en particulier son Ecole professionnelle en arts appliqués (Eikon), dans la tourmente après une vague de dénonciations publiées sur les réseaux sociaux. Au terme d’une enquête administrative, la Direction de l’économie et de l’emploi (DEE) a annoncé ce vendredi après-midi se séparer de deux de ses enseignants. Certains comportements, « assimilés parfois à du #harcèlement_sexuel », sont « constitutifs de fautes professionnelles graves » aux yeux de l’Etat. De son côté, bien que mis hors de cause par cette même enquête, le directeur de l’établissement, affecté par cette histoire, a préféré donner sa démission.

    Le début de l’affaire remonte à quelques mois. L’étincelle est venue de la forte indignation suscitée par le cas d’une élève du collège de Gambach à qui son maître principal avait reproché de ne pas porter de soutien-gorge. Le collectif de la Grève des femmes de Fribourg a alors lancé un compte Instagram avec le hashtag #Balancetonprof. C’est un déferlement. Plus de 400 témoignages sont recueillis, dont une trentaine concernant la seule Eikon. Certaines accusations sont graves. Elles font l’effet d’une bombe. Par mesure de prévention, en février dernier, le DEE suspend trois enseignants visés par les dénonciations, ainsi que le directeur, au vu de ses fonctions dirigeantes.
    Cellule psychologique et enquête

    Dans la foulée, une cellule de soutien psychologique est mise sur pied, tant pour les apprentis que pour les enseignants. Une enquête administrative est également ouverte, confiée à une avocate indépendante. Une cinquantaine d’auditions sont effectuées. Ces entretiens permettent de blanchir le troisième enseignant et le directeur. Quant aux deux professeurs aux comportements répréhensibles, le canton a ouvert une procédure de résiliation des rapports de service à leur encontre. « Une décision de licenciement ne pourra éventuellement intervenir qu’à l’issue de cette procédure durant laquelle les enseignants concernés resteront suspendus », précise le conseiller d’Etat Olivier Curty, chargé de la DEE.

    #Suisse

  • Il y a 40 ans sortait « The Burning », premier film produit par Harvey Weinstein, concentré de la culture du viol  Nicolas Dufour

    Première production de Harvey Weinstein avec son frère Bob, le film d’horreur « The Burning » sortait le 8 mai 1981. Slasher dans le sillage de « Halloween », il comprenait aussi des échos de l’idéologie d’assaut sexuel de l’époque

    Elles s’agitent dans la prairie à jouer au baseball en petite tenue. Elles se trémoussent en courant. La caméra serre les jeunes poitrines et fesses. Sur un bord du terrain, les garçons se mettent en appétit en se chambrant sur leurs prochaines audaces, leurs hypothétiques consommations charnelles.

    Après une scène d’ouverture horrifique, ainsi commence The Burning (Carnage), un film de Tony Maylam sorti il y a juste 40 ans, le 8 mai 1981. Il s’agit du premier long métrage produit par Harvey Weinstein, et il est impossible, aujourd’hui, de ne pas le voir en pensant à la tempête #MeToo déclenchée par les révélations sur le producteur, en 2017. Certains amateurs ont (re)découvert le film en 2018, lors d’une soirée spéciale au Festival du film fantastique de Neuchâtel.

    Les Weinstein veulent entrer au cinéma
    A l’orée des années 1980, Harvey Weinstein et son frère Bob cherchent à tout prix à entrer dans le business du cinéma. Enfin, à bas prix surtout : il faut trouver le moyen de produire un film bon marché qui rapporte un maximum d’argent. Ils viennent de créer leur première société, Miramax, et s’intéressent à un genre montant, le slasher, film de tueurs en série en général circonscrits à un lieu ou une ville. En 1978, John Carpenter avait fait peur au monde entier avec Halloween , dont une suite se préparait alors. En 1980, Sean S. Cunningham avait dupliqué l’expérience dans Vendredi 13 , dans lequel Jason Voorhees trucidait des ados dans un camp de vacances. Pour une mise de moins de 600 000 dollars, le long métrage faisait jackpot – à cette heure, il aurait rapporté plus de 58 millions de dollars.

    Pourquoi ne pas retenter le coup ? Les Weinstein se lancent. Harvey se souvient d’une légende urbaine sur un gardien d’un camp de loisir qui aurait agressé des jeunes dans l’Etat de New York. L’histoire est toute trouvée, c’est celle de Cropsy, le concierge à qui des gamins ont mis le feu en voulant lui faire peur, que la médecine a sauvé et qui veut se venger.

    Quelques valeurs sûres
    Malgré tout, les frères se donnent les moyens de leurs ambitions. Quelques jeunes talents – le film révèle notamment Holly Hunter et Jason Alexander – sont dirigés par l’Anglais Tony Maylam, que les Weinstein connaissent pour avoir acheté les droits de films sur Genesis qu’il a réalisés. A la musique, donc aux synthétiseurs, un Anglais aussi : Rick Wakeman, pape du rock progressif passé par Yes. Au montage, Jack Sholder, qui fera l’un des films de la franchise Freddy, Hidden puis Arachnid . Aux effets spéciaux, Tom Savini, déjà une vedette, qui a fait les grimaces et les jets de sang de Zombie de George A. Romero et qui est passé par le tournage de Vendredi 13.

    Le film dépeint de manière bien particulière les relations entre garçons et filles. Réaliste, peut-être, pour les années 1980, mais avec le « bigger than life » cinématographique. Jusqu’à la caricature prémonitoire, s’agissant d’une œuvre « créée par Harvey Weinstein » – le producteur est ainsi crédité au générique.

    A-t-on raison après coup ?
    Bien sûr, il est facile de se donner raison après coup. Mais à voir certaines scènes de The Burning, il est impossible de ne pas penser aux sordides révélations qui tomberont près de quatre décennies plus tard.
    Certes, les filles du Carnage ne sont pas dépeintes comme des sottes. Elles résistent aux jeunes mâles, se rient de leurs maladresses, poussent à l’eau le playboy musclé qui prend d’abordage leur plateforme, sur le lac au bord duquel se trouve le camp. Pourtant, The Burning reflète bien une culture masculine apposée sur ses personnages boutonneux.

    L’obsession de l’assaut sexuel
    Dans la scène du baseball, le dragueur principal, celui qui ose aborder les filles, reluque les fesses de la blonde qu’il convoite en lançant qu’elle lui « appartient de droit divin ». Il rigole, mais est-ce un gag ? Peu après, le maladroit du groupe fait le voyeur dans les douches. Il est enguirlandé par le musclé, celui de la plateforme, pas pour ce qu’il a fait, mais parce qu’il l’a fait en épiant sa présumée copine.

    Plus tard, le musclé, encore lui, n’est pas loin de violer sa soi-disant amie. Dans l’eau, elle se refuse en lui rappelant qu’il « a promis » de se tenir correctement. Mais « elle l’a laissé l’approcher », se défend-t-il, elle « en a envie ». Il la colle, l’enlace avec force. Elle s’en dégage – elle se défile, donc.

    Entre eux, les garçons digressent sur les manières de conquérir les filles, au sens plutôt littéral : les prendre d’assaut, les assiéger, afin d’obtenir l’objet de leurs obsessions.
    Source : https://www.letemps.ch/culture/y-40-ans-sortait-the-burning-premier-film-produit-harvey-weinstein-concentre

    #balancetonporc #culture_du_viol #viol #harcèlement_sexuel #violences_sexuelles #femmes #sexisme #weinstein #harcèlement #féminisme #domination_masculine #harvey_weinstein #cinéma #médias #déni #film #slasher

    • A lire aussi : Harvey Weinstein, vu par ses proies
      https://www.letemps.ch/societe/harvey-weinstein-proies

      Réalisé par Ursula Macfarlane, le documentaire « Untouchable » donne la parole aux femmes victimes du producteur d’Hollywood, dont le procès pour viol et agression sexuelle débutera en septembre à New York.

      https://www.youtube.com/watch?v=b-1fKna9l38

      Un prédateur sexuel assoiffé de pouvoir, aux méthodes de shérif. Untouchable, le documentaire réalisé par la Britannique Ursula Macfarlane, livre un portrait sans concession de Harvey Weinstein. Des témoignages, glaçants, constituent son fil rouge. Des femmes victimes de ses agressions sexuelles se confient, mais également des journalistes, d’anciens collaborateurs et sa secrétaire.

    • Ce qui est parlant aussi c’est le succès de ces films violophiles. Les phallosophe appelent ca « la catharsis », une soit disant purge de l’âme, mais en fait c’est seulement le plaisir sadique des dominants à se donner des idées de sévices à faire subir aux dominées.

  • « Le baby-foot, c’est cool, mais le droit du travail, c’est encore mieux » : dans les start-up, des salariés dénoncent un management toxique
    https://www.lemonde.fr/emploi/article/2021/03/03/dans-les-start-up-la-frontiere-est-tenue-entre-engagement-total-et-managemen

    Depuis deux mois, une page Instagram recueille des témoignages accablants sur les conditions de travail dans ces petites entreprises.

    « L’un des patrons appelait un manager “mon toutou” devant tout le monde, alors qu’il faisait juste bien son travail, raconte au Monde Vincent (les prénoms ont été modifiés), un ancien salarié de la start-up d’intérim Iziwork. Après six mois d’humiliation, ils ont imprimé un t-shirt avec une photo de chien, et au verso la phrase “bonne petite bête or go home (rentre chez toi)” ».

    La victime présumée de cette anecdocte s’incrit en faux et la qualifie de « plaisanterie entre amis ». « Il y a bien eu un t-shirt, mais jamais je n’ai été appelé toutou, et jamais je ne me suis senti humilié. Quant à l’expression “bonne petite bête or go home” c’est un détournement humoristique de notre mantra “go big or go home” ».

    De son côté, Chloé, ex-chargée de recrutement dans la même entreprise, se souvient : « On me faisait travailler en arrêt de travail. Un jour, je me suis fait renverser par une voiture, ma manageuse m’a demandé de bosser ». Chez Iziwork comme ailleurs, les témoignages de mauvaises pratiques pleuvent sur le réseau social Instagram.

    Créé le 25 décembre 2020 par une ancienne employée de start-up, le compte Balance ta start-up (BTS) relaie, depuis deux mois, la parole de centaines de salariés qui dénoncent anonymement les méthodes de management toxiques des start-up. « J’ai été témoin d’abus. Souvent, les mêmes schémas s’y reproduisent, liés au non-respect du droit du travail », explique Louise, la fondatrice de BTS, qui tient à rester anonyme.

    Eviter la diffamation

    Balance ta start-up s’inscrit dans une lignée de libération de la parole amorcée par #balancetonporc en 2018. « Il y a une grande omerta. Quand on est bloqué, les réseaux sociaux sont le dernier recours », observe Louise. Pour vérifier l’authenticité des témoignages et éviter la diffamation, « je demande si la personne a bien travaillé dans l’entreprise, elle doit m’envoyer une preuve : un extrait de profil LinkedIn, un contrat de travail… », explique cette trentenaire. Au 25 février, quelque 147 start-up sont mises en cause par plus de 1 200 témoignages. Parmi elles, les très populaires Lou Yetu, Lydia, Swile et Doctolib.Retour ligne automatique
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi A l’agence Campus France, accusations de harcèlement moral et d’ambiance de travail toxique

    BTS invite évidemment les entreprises à exercer leur droit de réponse, mais sans grand succès. Seules quatre ont répondu, dont une seule reconnaît le problème. Lou Yetu, qui vend des bijoux, dénonce une « campagne de dénigrement » et parle de « choses fausses et infondées ». Pour y voir plus clair, elle a toutefois annoncé le lancement d’un « audit indépendant ».

    My Jolie Candle, également dans la bijouterie, évoque des « propos alarmants, loin de notre réalité », et souligne que « dans une entreprise, la perception de la réalité peut être différente d’une personne à une autre ».Retour ligne automatique
    Procédure judiciaire

    Iziwork, qui a répondu au Monde, dénonce des « accusations graves ». Dans la même veine, l’application de titres-restaurant Swile s’est dite « choquée » par ces témoignages. Toutes deux ont décidé de prendre des mesures immédiates : « un dispositif d’écoute pour mettre en œuvre des réponses appropriées au plus vite » chez Iziwork.

    Chez Swile : « Nous espérons être plus constructifs et transparents au quotidien. Nous avons un devoir d’exemplarité sur le bien-être au travail », déclare la start-up qui a annoncé qu’elle prendrait les « mesures nécessaires » après s’être assurée de la « véracité » des faits. Pour Iziwork, il n’y a pas de doute, la start-up qualifie certains propos de « faux, injurieux et diffamatoires » et a entamé une procédure judiciaire.

    Seule Stella & Suzie, dans le prêt-à-porter, a présenté ses excuses : sa fondatrice s’est engagée à « mettre des choses en place » et à accueillir les avocates en droit social qui soutiennent BTS pour « avancer ensemble ».

    Les faits dénoncés par les témoignages sont, pêle-mêle, une surcharge de travail, des cas de chantage affectif, des humiliations récurrentes, discrimination à l’embauche, sexisme ou de racisme. Chloé, d’Iziwork, évoque des remarques « constantes », devant tout le monde : un cadre s’écriant par exemple « je ne veux pas de petite pétasse dans mon équipe », ou la réalisation par les manageurs, durant un séminaire, d’un « classement des filles les plus “bonnes” ».

    Plusieurs dizaines d’anciens salariés de Lou Yetu déplorent le fort turnover des effectifs et des discriminations à l’embauche, notant « des standards physiques bien précis pour être recruté » et « très peu de diversité ». « Elle a trop de boutons celle-là, on ne lui prolonge pas sa période d’essai, elle passera mal sur Instagram », peut-on lire.Retour ligne automatique
    Dire « bonjour » est interdit

    La majorité des messages décrit le contraste entre le cadre de travail « cool » – baby-foot, design –, et l’exigence de se donner à fond, quelles qu’en soient les conséquences : chez Lydia, dire « bonjour » à ses collègues le matin serait interdit, car cela fait perdre du temps à l’entreprise. Chez Chefing, répondre à un message à 23 heures y est considéré comme une preuve d’engagement : « Tu vis pour le projet et c’est ça ta motivation, pas l’argent », a entendu un ex-salarié.

    Pour neutraliser ces accusations, un ancien employé de Lydia raconte que la direction leur demandait de « lâcher des avis 5 étoiles » sur la plate-forme de notation des entreprises Glassdoor. Des commentaires élogieux succèdent en effet aux témoignages de burn-out ou de harcèlement sur la page de l’entreprise : « Conditions de travail propices au travail de qualité, horaires flexibles », « on porte réellement de l’attention à l’autre, parce que “le goût du pain partagé est sans égal”, comme disait Antoine de Saint-Exupéry »…

    « Glassdoor autorise chaque utilisateur à signaler un avis s’il le trouve discutable », se défend Joe Wiggins, directeur de la communication. La plate-forme de notation donne « le droit de parler librement de ses expériences au travail, sans peur d’intimidation ou de représailles », précise-t-il.

    Le portrait du travail en start-up ne serait pas complet sans les témoignages élogieux. Car il y en a : les défenseurs du modèle y soulignent que les salariés sont au courant dès l’embauche de la quantité de travail qui leur sera demandée et appellent surtout à l’indulgence à l’égard de manageurs souvent jeunes, et confrontés à une croissance incontrôlable. « Le baby-foot, c’est cool, mais le droit du travail, c’est encore mieux », insiste Louise.Retour ligne automatique
    Les caractéristiques du harcèlement moral

    Le harcèlement moral est un délit. Si les situations de harcèlement moral au travail aboutissent souvent à des confrontations parole contre parole, il existe des critères précis pour le définir.

    Un fait de harcèlement moral correspond à une conduite abusive (gestes, paroles, attitudes…) et répétitive : ces agissements doivent être répétés dans le temps pour être qualifiés de harcèlement moral.

    D’après l’article L1152-1 du code du travail, les faits de harcèlement moral sur un salarié doivent aussi avoir « pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail ». Ils se caractérisent par : une atteinte à ses droits et à sa dignité, une altération de sa santé physique ou mentale, ou une menace pour son évolution professionnelle.

    Ces agissements sont interdits, même en l’absence de lien hiérarchique entre la victime et l’auteur des faits. Tout salarié ayant procédé à des agissements de harcèlement moral est passible d’une sanction disciplinaire par l’entreprise, et d’une sanction judiciaire jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende (article 222-33-2 du code pénal).

    Par ailleurs, un employeur a l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires en vue de prévenir le harcèlement moral sur le lieu de travail (article L1152-4 du code du travail).

    Enfin, le site de l’administration française précise que « les personnes qui dénoncent ou qui combattent le harcèlement moral ne peuvent pas être sanctionnées pour ce motif. Les sanctions sont uniquement autorisées dans l’hypothèse où le dénonciateur est de mauvaise foi, et qu’il fait la dénonciation dans le seul but de nuire, par exemple en se basant sur des faits dont il connaît pertinemment l’inexactitude ».

    #racisme #sexisme #violence #discrimination #GigEconomy #harcèlement #travail

  • Drame de Valence : l’itinéraire meurtrier d’un ingénieur sans emploi
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/29/drame-de-valence-l-itineraire-meurtrier-d-un-ingenieur-sans-emploi_6068022_3

    L’homme de 45 ans qui a abattu une conseillère de Pôle emploi et une DRH est en garde à vue. Les enquêteurs travaillent sur des liens potentiels avec deux affaires très similaires en Alsace.

    Un parcours meurtrier lié à une vie professionnelle chaotique ? Jeudi 28 janvier, un ingénieur de 45 ans sans emploi a tué par balle une conseillère Pôle emploi, dans la Drôme, et la directrice des ressources humaines d’une entreprise dans laquelle il avait travaillé, en Ardèche. Les enquêteurs suspectent que son expédition macabre ait pu démarrer plus tôt, et font les dernières vérifications quant au lien potentiel avec le meurtre d’une DRH et une tentative de meurtre sur un autre, commis mardi 26, dans le Haut-Rhin.

    « Agence fermée jusqu’à nouvel ordre ». Une affichette témoigne sobrement de l’effroi qui a saisi l’agence Pôle emploi de Valence, jeudi. Le matin même, un homme s’y est présenté, peu après l’ouverture. Il est 8 h 30. Patiemment, l’homme attend son tour, décline une fausse identité et se dirige vers une borne de recherche d’emploi. Ni menaçant ni agressif. Jusqu’à ce qu’il se glisse dans un couloir menant aux bureaux, s’engouffre dans l’un des plus proches de la sortie et tire un coup de feu sur une conseillère de 53 ans, l’atteignant au thorax. Des collègues tenteront de la réanimer avant l’arrivée des secours, en vain.
    L’homme, lui, a déjà fui et traverse en voiture le pont qui sépare la Drôme de l’Ardèche, et la ville de Valence de sa voisine, Guilherand-Granges. De l’autre côté du Rhône, il s’arrête chez Faun Environnement, une entreprise fabriquant notamment des camions-bennes à ordures. Il y a travaillé entre 2008 et 2010, avant d’être remercié, et demande nommément un responsable, ignorant que celui-ci est depuis parti à la retraite. Il monte alors dans les étages, tire à plusieurs reprises sur la DRH du site, qu’il touche deux fois, à l’abdomen et à la tête, et reprend sa fuite, abandonnant son arme sur place, un 9 mm. L’employée de 51 ans ne survivra pas à ses blessures.
    Itinéraire réfléchi et « prémédité »

    [...]
    Son itinéraire meurtrier était réfléchi et même « prémédité », selon le procureur de la République de Valence, Alex Perrin, qui a confié l’enquête pour « assassinats » à l’antenne valentinoise de la police judiciaire de Lyon. Les motivations du suspect, elles, restent encore floues, mais sont directement « en lien avec l’emploi » pour le procureur. Connaissait-il ses victimes ? Possible qu’il ait « reconnu » la #DRH de Faun Environnement, qui travaillait déjà dans l’entreprise lorsque lui-même y a fait un passage. Sans qu’aucun conflit entre eux ne soit connu à ce stade. Quant au #Pôle_emploi de Valence, il y était inscrit jusqu’en 2013, sans, là encore, de lien direct connu avec la conseillère tuée. Ses cibles seraient donc symboliques. « Son parcours criminel est lié à sa carrière », avance une source proche de l’enquête. Et sa dérive meurtrière pourrait donc avoir commencé plus tôt que jeudi matin.
    Les enquêteurs travaillent en effet sur des liens potentiels avec deux autres affaires aux circonstances très similaires. Mardi soir, une femme a ainsi été retrouvée tuée par balle sur le parking d’une entreprise, à Wolfgantzen, dans le Haut-Rhin. Soit à environ 150 kilomètres de Nancy, d’où est originaire le suspect de Valence. Un peu plus tard, ce même soir, un autre homme a lui aussi été agressé à son domicile par un homme armé, à Wattwiller, toujours dans le Haut-Rhin. Or, rapportait alors la presse régionale, dont L’Alsace, les deux victimes étaient d’anciens collègues… aux ressources humaines de la même entreprise.
    Leurs noms avaient été épinglés sur les réseaux sociaux en 2018, lors d’une campagne intitulée #balancetonDRH où ils étaient qualifiés de « mercenaires/killers » qui « ne règnent que par la terreur ». Aucun lien n’est pour le moment établi avec la vie professionnelle du suspect, mais les enquêteurs comptent sur des « résultats scientifiques » pour pouvoir rapprocher, ou non, les affaires. Selon une source policière, les résultats des expertises ADN et balistique se faisaient toujours attendre, vendredi matin, « mais le lien avec les faits d’Alsace ne fait plus guère de doute ».

  • « Diapason » balaye les accusations d’agressions sexuelles contre Placido Domingo | Vivien Bernard
    https://www.acrimed.org/Diapason-balaye-les-accusations-d-agressions

    Trois ans après la révélation de l’« affaire » Weinstein et les mouvements de libération de la parole des femmes qui ont suivi, illustrés par les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, le traitement médiatique des témoignages de harcèlements et agressions sexuels est toujours contestable [1]. Nouvelle illustration des écueils et des tares qui caractérisent trop souvent la couverture réservée à ces sujets, avec le dernier numéro de Diapason, un des titres du premier groupe de presse magazine en France, Reworld Media. Source : Acrimed

  • Quand un animateur de talk show pousse au crime en surfant sur la vague du « sentiment d’insécurite » :

    Sur C8, le virage ultra-sécuritaire de Cyril Hanouna
    https://www.telerama.fr/ecrans/sur-c8-le-virage-ultra-securitaire-de-cyril-hanouna-6707262.php

    “Hyperviolence”, “crise d’autorité”, “laxisme de la justice”… En septembre, les émissions de Cyril Hanouna ont contribué à nourrir le “sentiment d’insécurité” martelé par une partie de la classe politique, déjà entrée en campagne pour l’élection présidentielle de 2022. Retour sur cette rentrée à droite toute !

    Au printemps, Cyril Hanouna avait cru rendre service à la France confinée en multipliant les fake news et en flirtant avec le complotisme lors de l’épidémie de Covid-19. En cette rentrée, l’animateur-producteur a décidé de mettre le paquet sur les questions de sécurité, priorité du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et obsession de l’ensemble de la droite, à dix-huit mois de l’élection présidentielle.
    L’insécurité prise par le sentiment, “Valeurs actuelles” coupable d’excès de zèle
    Samuel Gontier 10 minutes à lire

    « Montée de la violence en France : doit-on avoir peur ? », interroge ainsi l’animateur dès le 3 septembre dans Balance ton post !, sur C8. « 68 % des Français se sentent en insécurité. Agressions, rixes ou encore homicides, certains estiment qu’il y a une hausse de la violence en France. » Il fait référence au « Baromètre sécurité des Français » publié par Odoxa en juillet, mais sans préciser que la statistique a surtout bondi cette année à cause… de la pandémie. L’info est pourtant facilement vérifiable sur le site de l’institut : « L’insécurité sanitaire s’ajoute au sentiment d’insécurité physique : une deuxième vague de l’épidémie est le risque le plus redouté (66 %) devant la sécurité quotidienne (35 %) et le risque terroriste (29 %). » Peu importe : Cyril Hanouna semble avoir déjà tranché la question au doigt mouillé et affirme qu’« on voit des choses qu’on ne voyait pas avant ». « On nous aurait raconté ça y a dix ou vingt ans, on se serait dit c’est pas possible ! », assure-t-il, comme un écho aux mots de Gérald Darmanin, qui dénonçait fin juillet « l’ensauvagement d’une partie de la société » dans une rhétorique empruntée à l’extrême droite.
    Les “top tweets” comme seul horizon

    Sur l’écran géant derrière Cyril Hanouna s’affiche alors une liste d’agressions médiatisées entre début juillet et début août. « Un été de violences », lit-on. Une formule qui rappelle « l’été meurtrier » de Marine Le Pen et l’« été Orange mécanique » de Xavier Bertrand, tous deux aussi déjà bien lancés dans la course pour l’Élysée. Usant d’un mimétisme troublant avec le discours de la droite radicale, le chroniqueur Yann Moix s’alarme d’une « gratuité de la violence » inédite et prédit « la guerre civile ». Ses consœurs Agathe Auproux et Rokhaya Diallo tentent bien de relativiser, appellent à une contextualisation des chiffres, incriminent la diffusion d’images violentes sur les réseaux sociaux, qui amplifient le sentiment d’insécurité... Peine perdue. Cyril Hanouna préfère faire son fond de commerce du bruit des réseaux sociaux. Les yeux rivés à Twitter, les « top tweets » comme seul horizon.

    Les sommaires de l’émission Balance ton post ! du mois de septembre (lancée d’abord en version quotidienne avant de revenir à sa case hebdo du jeudi soir, faute d’audience) ont ressemblé à un répertoire de brutalités en tout genre, illustré dès que possible par des vidéos violentes postées sur les réseaux, passées et repassées avec supplément de musique angoissante. Au menu du vendredi 4 septembre : les agressions de maires, « nouveau fléau ». Le lundi 7 : l’interpellation filmée du rappeur Ademo, du duo PNL, par des policiers, « une histoire qui a rapidement affolé les réseaux sociaux », puis le témoignage de Raul, ancien de la BAC, « violemment agressé par une bande de douze jeunes ». Le lendemain : celui de Boubacar, un jeune homme brutalement arrêté par des policiers en juin 2019. Le jeudi 10, en prime time : celui de Véronique et Marie, veuve et fille du chauffeur de bus bayonnais Philippe Monguillot, mort des suites d’une agression cet été. Deux mois à peine après la tragédie, leur parole est emplie de chagrin, mais posée, dans l’attente que justice se fasse. « Je vous trouve très mesurées, réagit Cyril Hanouna, ému aux larmes. Moi j’aurais dit : “Je veux qu’ils prennent perpét, et vite.” Le fait que vous soyez aussi patientes, que vous disiez “on a confiance en la justice, on va la laisser faire son travail”, je pense que neuf personnes sur dix qui nous regardent ce soir n’ont pas votre indulgence », subodore l’animateur, qui a sans doute vu ça sur Twitter. Avant de prendre à son compte une rhétorique souvent portée par les élus d’extrême droite : « Vous avez le bon comportement, mais c’est vrai qu’on a envie que ces sauvages soient punis, et tout de suite ! »
    La justice forcément “laxiste”…

    Une vieille antienne de la droite revient d’émission en émission, serinée en chœur par une bonne partie des chroniqueurs : la justice est laxiste, il faut urgemment durcir les peines et leur application. Et ce n’est pas Bruno Pomart, ancien du Raid qui fait désormais des allers-retours entre les plateaux de CNews et ceux de C8 (belle synergie de groupe), qui dira le contraire. Consulté par Cyril Hanouna comme une boule de cristal sur toute question ayant à voir de près ou de loin avec la sécurité, l’ancien policier défend sa corporation mieux qu’un syndicaliste et fustige assidûment la Justice, réelle coupable du chaos décrit à longueur d’émissions. Lors du prime time du 17 septembre, Cyril Hanouna a une révélation : « Dans tous les débats qu’on fait dans Balance ton post !, on se rend compte à chaque fois que le problème c’est moins la police que la justice, le gros problème en France. Je vous le dis, je le redis. » Sans blague.
    Duel d’anthologie sur LCI, journal de haut vol sur TF1
    Samuel Gontier 10 minutes à lire

    Dans ces parodies de débat où la répétition vaut pour vérité et où le populisme pénal domine, la douleur légitime des victimes a elle souvent valeur d’argument. « 55 % des Français sont pour la peine de mort. Êtes vous d’accord ? », sonde Cyril Hanouna. Pour en débattre en tout équilibre, il a bien sûr convié Jean Messiha, membre du bureau du Rassemblement national, qui promet un référendum sur le rétablissement de la peine capitale en cas de victoire de Marine Le Pen en 2022, Claudine Verplanken, militante anti-peine de mort fiancée à un Américain en attente de son exécution, et Mustafa Kocakurt, le père d’Enis, enlevé et violé par Francis Evrard en 2007, à l’âge de 5 ans. Dévasté par le crime que son fils Enis (présent dans le public et filmé en gros plan à plusieurs reprises) a subi, Mustafa Kocakurt se dit favorable à la peine de mort, ne voyant « pas d’autre solution ». « Je ne trouve pas tellement juste de vous mettre dans la position de trouver la règle commune qui doit régir ce genre de situations, ose la chroniqueuse Raquel Garrido, membre de La France insoumise et avocate. Vous êtes personnellement affecté. Ce que vous doit la société, c’est de prendre en charge ça. »
    … et la peine de mort, forcément la solution ?

    Cyril Hanouna l’interrompt, agacé. « Là, on a envie que ça bouge, que ça ne se reproduise plus ! » Elle tente d’arguer qu’il n’existe pas d’étude prouvant l’efficacité de la peine capitale, mais est de nouveau rabrouée et coupée par l’animateur, qui en rajoute dans la démagogie compassionnelle. « C’est un multirécidiviste qui est dehors ! Comment vous voulez qu’il réagisse, le papa ? » Jean Messiha, lui, voit bien comment faire fructifier cette incurable affliction. « L’impunité judiciaire est une lointaine conséquence de l’abolition de la peine de mort », entonne-t-il, après avoir souligné que « ce que le peuple a fait, il peut le défaire ».

    Ce discours ultra-droitier s’immisce même désormais dans l’émission de pur divertissement Touche pas à mon poste. Le lundi 21 septembre, Gilles Verdez pousse un coup de gueule contre un reportage diffusé la veille dans Sept à huit, sur TF1, sur le centre de détention semi-ouvert de Mauzac, en Dordogne, où la majorité des détenus ont commis des infractions sexuelles. « Évidemment que les prisonniers qui nous regardent – ils sont nombreux – ont droit à une vie en prison tout à fait décente. Mais là, c’était des détenus qui sont à 85 % des agresseurs sexuels, qui ont tous été condamnés, mais ils se font des petits gâteaux, ils ont la clé de leur cellule en journée, ils se préparent des biscuits, ils font des randonnées, parfois même ils incriminent les enfants, aucun ne regrette ses actes ! Moi je pense aux parents des victimes et je suis extrêmement choqué par ce qui a été diffusé. » « Y en a plein sur Twitter qui ont dit : “c’est le Club Med” », renchérit Cyril Hanouna. Et la chroniqueuse Kelly Vedovelli d’asséner naturellement, avant de se reprendre : « Si on me demandait mon avis, ce serait peine de mort pour les gens qui agressent sexuellement. » Il risque décidément d’être long et pénible, le chemin jusqu’à avril 2022…

    Marie-Hélène Soenen

    Les différents articles en accès libre mis en lien dans cet article :

    https://www.telerama.fr/television/les-audiences-de-cyril-hanouna-degringolent-la-mesinformation-en-temps-de-c

    https://www.telerama.fr/television/linsecurite-prise-par-le-sentiment-valeurs-actuelles-coupable-dexces-de-zel

    #télévision #talk-show #fakenews #balance_ton_poste (ça c’est fait)...

  • #balancetaporcherie
    http://www.pikez.space/balancetaporcherie

    Un documentaire d’Adèle, Marion et Romain. Landunvez, petit village de bord de mer, aux allures de cartes postales. Oui mais voilà, à moins de 500 m du bourg se trouve l’exploitation Avel Vor, une des plus grosses porcheries industrielles de France. Voyage en pays porcin, parmi les gens qui luttent contre ce modèle, ici à Landunvez, et ailleurs… Durée : 1h. Source : Radio Pikez !

    https://hearthis.at/radiopikez/balancetaporcherie051119/download

  • Pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. François Blanchet élu président de la communauté de communes
    Élodie SARTOUX. Publié le 10/07/2020 à 20h31
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/saint-gilles-croix-de-vie-85800/pays-de-saint-gilles-croix-de-vie-francois-blanchet-elu-president-de-la

    L’élection du président de la communauté de communes du Pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie s’est déroulée ce vendredi 10 juillet, à la salle des fêtes de Landevieille. François Blanchet a obtenu 26 voix d’élus communautaires contre 21 pour Christophe Chabot, sur 47 élus communautaires.

    La victoire de François Blanchet, maire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, a été largement applaudie par la soixantaine de personnes, dont de nombreux opposants au port de Bretignolles-sur-Mer, qui attendaient en extérieur de la salle. François Blanchet, en prenant le fauteuil du président, a simplement remercié tous les élus pour leur vote, salué le travail de son prédécesseur et des services. « On va se mettre au travail rapidement, je compte sur chacun d’entre vous », affirme le nouveau président.

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    Gabi
    @SKPT_Gabi
    https://twitter.com/SKPT_Gabi/status/1281692864049819653

    Scènes de joie a l’annonce de la victoire de François Blanchet contre Christophe Chabot a la présidence de l’interco du Pays de Saint Gilles. Un grand pas vers la victoire pour les opposants au projet de port à Brétignolles #bretignolles #balancetonport #sgxv

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    Pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Christophe Chabot dénonce « une trahison »
    Claire GIOVANINETTI. Publié le 05/07/2020 à 17h30
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/saint-gilles-croix-de-vie-85800/pays-de-saint-gilles-croix-de-vie-christophe-chabot-denonce-une-trahiso

    Face à François Blanchet, Christophe Chabot maintient « plus que jamais » sa candidature à la présidence de la communauté de communes du Pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Il dénonce « la trahison d’un ami » et propose aux nouveaux maires de « décider de l’avenir du port de Brétignolles ».

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    Le blog de surveillance du site de la Normandelière à Bretignolles-sur-Mer (Vendée).
    https://veillenormandeliere.blogspot.com/2020/07/normandeliere-et-port-bretignolles-la.html

    Projet de Port Bretignolles. Après le fiasco retentissant de Christophe Chabot (2008-2014), tout nouveau projet de port à la Normandelière devient impossible. S’appuyant sur une base de données précieusement constituée, ce blog contrera systématiquement tous ceux qui voudraient relancer un nouveau projet de port à cet endroit.

    #projet_inutile #GPII

  • #BalanceTonTikTokeur : des adoelscentes témoignent de harcèlement sexuel sur TikTok
    https://www.madmoizelle.com/avec-balancetontiktokeur-des-ados-harcelees-sexuellement-temoignent-105

    Mercredi 17 juin 2020, une internaute lançait sur Twitter le hashtag #BalanceTonTiktokeur. Quasi instantanément, des milliers de tweets ont proliféré sur le sujet.

    Venez on lance le #Balancetontiktokeur pour dénoncer les tdc de ce réseau qui profite de leurs abonnés pour demander des nudes alors qu’elles sont mineurs

    — dilღ (@dilxgx) June 17, 2020

    Ces tweets contiennent des témoignages de femmes majoritairement mineures, accusant des influenceurs TikTok de harcèlement sexuel en ligne.

    Demandes de nudes, envois de dick pics non-consenties et de vidéos de masturbation…

    Léa, Audrey, Leïla, dont les prénoms ont été modifiés, âgées respectivement de 14, 13 et 13 ans au moment des faits, ont témoigné dans un article du HuffPost des agissements, répréhensibles par la loi, dont elles ont été victimes il y a quelques mois de ça.

    Je t’encourage à aller le lire !

    #BalanceTonTiktokeur : le harcèlement sexuel sur TikTok

    Suite aux nombreux témoignages de harcèlement sexuel en ligne partagés sur Twitter, la plateforme TikTok, fréquentée en majorité par des 13-26 ans, n’a pas réagi.

    Hier, mardi 30 juin 2020, la secrétaire d’État Marlène Schiappa réagissait avec colère à l’inaction du réseau social dans un article du HuffPost :

    « Je leur ai demandé ce qu’ils ont fait face à ces milliers de témoignages : ils n’ont rien fait.

    Je leur demande de bannir les personnes mises en causes de manière préventive, comme l’a fait Twitch, et de mettre les victimes en contact avec la justice ou des associations. »

    Suite aux milliers de témoignages via #balancetontiktokeur au sujet de pratiques de harcèlement sexuel sur de très jeunes filles, j’ai convoqué la direction de TikTok et exigé des mesures drastiques immédiates pour protéger nos enfants & ados.
    Détails 👇🏾https://t.co/QTrnlal798

    — 🇫🇷 MarleneSchiappa (@MarleneSchiappa) June 30, 2020

    Les échanges en question ayant souvent cours sur d’autres plateformes sur lesquelles les utilisateurs et utilisatrices échangent, TikTok France dit être impuissant dans ce même article du HuffPost :

    « Si sur notre plateforme un utilisateur enfreint les règles, il sera suspendu, mais sur une autre messagerie, non. »

    #Cyberharcèlement #TikTok

  • #VraieFemmeAfricaine, le hashtag qui renverse les clichés sexistes
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/03/05/vraiefemmeafricaine-le-hashtag-qui-prend-les-cliches-sexistes-a-contre-pied_

    Reste à savoir si ce #hashtag pourra accélérer le changement des comportements. L’exemple du #Sénégal tendrait à faire pencher la balance côté du « oui » après que #BalanceTonSaïSaï #Dafadoye et #Doyna, (« balance ton porc », « ça suffit ! » et « stop », en wolof) apparus en 2018 et 2019 suites à une série de viols et de féminicides ont contribué à changer dans la loi la qualification du #viol de « #délit » à « #crime », le 30 décembre 2019. Entre 2016 et 2019, 4 320 cas de viol avaient été recensés dans le pays et le combat sur les réseaux sociaux puis dans la rue a aidé à cette transformation majeure. Les auteurs de viol s’exposent désormais à la perpétuité et non plus à cinq à dix ans de prison.

    #femmes #Afrique #sexisme #féminisme #réseaux_sociaux

  • Le Ministre de l’Éducation Nationale et la culture du viol

    Le 3 mars 2020, Jean-Michel Blanquer a déclaré (citation intégrale) :

    « Il faut être attentif à toujours bien distinguer l’œuvre de l’auteur. Je continuerais à regarder la Joconde même si j’apprenais beaucoup de défauts de Léonard de Vinci »

    Sources :
    https://www.lci.fr/politique/video-interview-lci-elizabeth-martichoux-jean-michel-blanquer-ministre-de-l-educ
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/03/04032020Article637189045896448212.aspx

    À part Nous toutes, personne ne semble choqué.
    https://www.facebook.com/NousToutesOrg/photos/a.273814676794302/668537550655344

    Je ne comprends pas qu’aujourd’hui les appels à une démission ne se multiplient pas…
    Ce Ministre qui participe par ses propos à la culture du viol en réduisant des faits avérés (et jugés, non ?) de viol et de pédophilie à un défaut, ce Ministre est celui de l’Éducation, garant :
    – de la sécurité et de l’intégrité des élèves ;
    – de la mise en œuvre de la prévention des comportements sexistes et des violences sexuelles.
    https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Sante/44/9/Guide_comportements-sexistes-violences-sexuelles_-_edi

    #éducation #culture_du_viol #sexisme #pédophilie #violences_sexuelles

  • VIOLÉES, BATTUES, MENACÉES, LES FEMMES NE SE TAIRONT PLUS
    https://www.youtube.com/watch?v=-uFfrEjR_Po

    En septembre 2019, Sandra Muller, initiatrice du hashtag #balancetonporc, a été condamnée pour diffamation. En cause, un tweet relatant des propos sexistes tenus, et reconnus, par Eric Brion.
    Plus de 200 femmes ont signé la tribune, « nous ne nous tairons plus » dans un but précis : dénoncer les pirouettes juridiques et chipotages lexicaux utilisés pour réduire au silence les victimes qui osent dénoncer haut et fort leurs agresseurs.

    #harcelement_judiciaire #injustice #sexisme_d'etat #vocabulaire #fraternité #déni #silenciation
    #droit_de_harceler #interdiction_de_nommer #diffamation #honneur #viol #culture_du_viol