• Il y a 40 ans sortait « The Burning », premier film produit par Harvey Weinstein, concentré de la culture du viol  Nicolas Dufour

    Première production de Harvey Weinstein avec son frère Bob, le film d’horreur « The Burning » sortait le 8 mai 1981. Slasher dans le sillage de « Halloween », il comprenait aussi des échos de l’idéologie d’assaut sexuel de l’époque

    Elles s’agitent dans la prairie à jouer au baseball en petite tenue. Elles se trémoussent en courant. La caméra serre les jeunes poitrines et fesses. Sur un bord du terrain, les garçons se mettent en appétit en se chambrant sur leurs prochaines audaces, leurs hypothétiques consommations charnelles.

    Après une scène d’ouverture horrifique, ainsi commence The Burning (Carnage), un film de Tony Maylam sorti il y a juste 40 ans, le 8 mai 1981. Il s’agit du premier long métrage produit par Harvey Weinstein, et il est impossible, aujourd’hui, de ne pas le voir en pensant à la tempête #MeToo déclenchée par les révélations sur le producteur, en 2017. Certains amateurs ont (re)découvert le film en 2018, lors d’une soirée spéciale au Festival du film fantastique de Neuchâtel.

    Les Weinstein veulent entrer au cinéma
    A l’orée des années 1980, Harvey Weinstein et son frère Bob cherchent à tout prix à entrer dans le business du cinéma. Enfin, à bas prix surtout : il faut trouver le moyen de produire un film bon marché qui rapporte un maximum d’argent. Ils viennent de créer leur première société, Miramax, et s’intéressent à un genre montant, le slasher, film de tueurs en série en général circonscrits à un lieu ou une ville. En 1978, John Carpenter avait fait peur au monde entier avec Halloween , dont une suite se préparait alors. En 1980, Sean S. Cunningham avait dupliqué l’expérience dans Vendredi 13 , dans lequel Jason Voorhees trucidait des ados dans un camp de vacances. Pour une mise de moins de 600 000 dollars, le long métrage faisait jackpot – à cette heure, il aurait rapporté plus de 58 millions de dollars.

    Pourquoi ne pas retenter le coup ? Les Weinstein se lancent. Harvey se souvient d’une légende urbaine sur un gardien d’un camp de loisir qui aurait agressé des jeunes dans l’Etat de New York. L’histoire est toute trouvée, c’est celle de Cropsy, le concierge à qui des gamins ont mis le feu en voulant lui faire peur, que la médecine a sauvé et qui veut se venger.

    Quelques valeurs sûres
    Malgré tout, les frères se donnent les moyens de leurs ambitions. Quelques jeunes talents – le film révèle notamment Holly Hunter et Jason Alexander – sont dirigés par l’Anglais Tony Maylam, que les Weinstein connaissent pour avoir acheté les droits de films sur Genesis qu’il a réalisés. A la musique, donc aux synthétiseurs, un Anglais aussi : Rick Wakeman, pape du rock progressif passé par Yes. Au montage, Jack Sholder, qui fera l’un des films de la franchise Freddy, Hidden puis Arachnid . Aux effets spéciaux, Tom Savini, déjà une vedette, qui a fait les grimaces et les jets de sang de Zombie de George A. Romero et qui est passé par le tournage de Vendredi 13.

    Le film dépeint de manière bien particulière les relations entre garçons et filles. Réaliste, peut-être, pour les années 1980, mais avec le « bigger than life » cinématographique. Jusqu’à la caricature prémonitoire, s’agissant d’une œuvre « créée par Harvey Weinstein » – le producteur est ainsi crédité au générique.

    A-t-on raison après coup ?
    Bien sûr, il est facile de se donner raison après coup. Mais à voir certaines scènes de The Burning, il est impossible de ne pas penser aux sordides révélations qui tomberont près de quatre décennies plus tard.
    Certes, les filles du Carnage ne sont pas dépeintes comme des sottes. Elles résistent aux jeunes mâles, se rient de leurs maladresses, poussent à l’eau le playboy musclé qui prend d’abordage leur plateforme, sur le lac au bord duquel se trouve le camp. Pourtant, The Burning reflète bien une culture masculine apposée sur ses personnages boutonneux.

    L’obsession de l’assaut sexuel
    Dans la scène du baseball, le dragueur principal, celui qui ose aborder les filles, reluque les fesses de la blonde qu’il convoite en lançant qu’elle lui « appartient de droit divin ». Il rigole, mais est-ce un gag ? Peu après, le maladroit du groupe fait le voyeur dans les douches. Il est enguirlandé par le musclé, celui de la plateforme, pas pour ce qu’il a fait, mais parce qu’il l’a fait en épiant sa présumée copine.

    Plus tard, le musclé, encore lui, n’est pas loin de violer sa soi-disant amie. Dans l’eau, elle se refuse en lui rappelant qu’il « a promis » de se tenir correctement. Mais « elle l’a laissé l’approcher », se défend-t-il, elle « en a envie ». Il la colle, l’enlace avec force. Elle s’en dégage – elle se défile, donc.

    Entre eux, les garçons digressent sur les manières de conquérir les filles, au sens plutôt littéral : les prendre d’assaut, les assiéger, afin d’obtenir l’objet de leurs obsessions.
    Source : https://www.letemps.ch/culture/y-40-ans-sortait-the-burning-premier-film-produit-harvey-weinstein-concentre

    #balancetonporc #culture_du_viol #viol #harcèlement_sexuel #violences_sexuelles #femmes #sexisme #weinstein #harcèlement #féminisme #domination_masculine #harvey_weinstein #cinéma #médias #déni #film #slasher

    • A lire aussi : Harvey Weinstein, vu par ses proies
      https://www.letemps.ch/societe/harvey-weinstein-proies

      Réalisé par Ursula Macfarlane, le documentaire « Untouchable » donne la parole aux femmes victimes du producteur d’Hollywood, dont le procès pour viol et agression sexuelle débutera en septembre à New York.

      https://www.youtube.com/watch?v=b-1fKna9l38

      Un prédateur sexuel assoiffé de pouvoir, aux méthodes de shérif. Untouchable, le documentaire réalisé par la Britannique Ursula Macfarlane, livre un portrait sans concession de Harvey Weinstein. Des témoignages, glaçants, constituent son fil rouge. Des femmes victimes de ses agressions sexuelles se confient, mais également des journalistes, d’anciens collaborateurs et sa secrétaire.

    • Ce qui est parlant aussi c’est le succès de ces films violophiles. Les phallosophe appelent ca « la catharsis », une soit disant purge de l’âme, mais en fait c’est seulement le plaisir sadique des dominants à se donner des idées de sévices à faire subir aux dominées.

  • « Le baby-foot, c’est cool, mais le droit du travail, c’est encore mieux » : dans les start-up, des salariés dénoncent un management toxique
    https://www.lemonde.fr/emploi/article/2021/03/03/dans-les-start-up-la-frontiere-est-tenue-entre-engagement-total-et-managemen

    Depuis deux mois, une page Instagram recueille des témoignages accablants sur les conditions de travail dans ces petites entreprises.

    « L’un des patrons appelait un manager “mon toutou” devant tout le monde, alors qu’il faisait juste bien son travail, raconte au Monde Vincent (les prénoms ont été modifiés), un ancien salarié de la start-up d’intérim Iziwork. Après six mois d’humiliation, ils ont imprimé un t-shirt avec une photo de chien, et au verso la phrase “bonne petite bête or go home (rentre chez toi)” ».

    La victime présumée de cette anecdocte s’incrit en faux et la qualifie de « plaisanterie entre amis ». « Il y a bien eu un t-shirt, mais jamais je n’ai été appelé toutou, et jamais je ne me suis senti humilié. Quant à l’expression “bonne petite bête or go home” c’est un détournement humoristique de notre mantra “go big or go home” ».

    De son côté, Chloé, ex-chargée de recrutement dans la même entreprise, se souvient : « On me faisait travailler en arrêt de travail. Un jour, je me suis fait renverser par une voiture, ma manageuse m’a demandé de bosser ». Chez Iziwork comme ailleurs, les témoignages de mauvaises pratiques pleuvent sur le réseau social Instagram.

    Créé le 25 décembre 2020 par une ancienne employée de start-up, le compte Balance ta start-up (BTS) relaie, depuis deux mois, la parole de centaines de salariés qui dénoncent anonymement les méthodes de management toxiques des start-up. « J’ai été témoin d’abus. Souvent, les mêmes schémas s’y reproduisent, liés au non-respect du droit du travail », explique Louise, la fondatrice de BTS, qui tient à rester anonyme.

    Eviter la diffamation

    Balance ta start-up s’inscrit dans une lignée de libération de la parole amorcée par #balancetonporc en 2018. « Il y a une grande omerta. Quand on est bloqué, les réseaux sociaux sont le dernier recours », observe Louise. Pour vérifier l’authenticité des témoignages et éviter la diffamation, « je demande si la personne a bien travaillé dans l’entreprise, elle doit m’envoyer une preuve : un extrait de profil LinkedIn, un contrat de travail… », explique cette trentenaire. Au 25 février, quelque 147 start-up sont mises en cause par plus de 1 200 témoignages. Parmi elles, les très populaires Lou Yetu, Lydia, Swile et Doctolib.Retour ligne automatique
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi A l’agence Campus France, accusations de harcèlement moral et d’ambiance de travail toxique

    BTS invite évidemment les entreprises à exercer leur droit de réponse, mais sans grand succès. Seules quatre ont répondu, dont une seule reconnaît le problème. Lou Yetu, qui vend des bijoux, dénonce une « campagne de dénigrement » et parle de « choses fausses et infondées ». Pour y voir plus clair, elle a toutefois annoncé le lancement d’un « audit indépendant ».

    My Jolie Candle, également dans la bijouterie, évoque des « propos alarmants, loin de notre réalité », et souligne que « dans une entreprise, la perception de la réalité peut être différente d’une personne à une autre ».Retour ligne automatique
    Procédure judiciaire

    Iziwork, qui a répondu au Monde, dénonce des « accusations graves ». Dans la même veine, l’application de titres-restaurant Swile s’est dite « choquée » par ces témoignages. Toutes deux ont décidé de prendre des mesures immédiates : « un dispositif d’écoute pour mettre en œuvre des réponses appropriées au plus vite » chez Iziwork.

    Chez Swile : « Nous espérons être plus constructifs et transparents au quotidien. Nous avons un devoir d’exemplarité sur le bien-être au travail », déclare la start-up qui a annoncé qu’elle prendrait les « mesures nécessaires » après s’être assurée de la « véracité » des faits. Pour Iziwork, il n’y a pas de doute, la start-up qualifie certains propos de « faux, injurieux et diffamatoires » et a entamé une procédure judiciaire.

    Seule Stella & Suzie, dans le prêt-à-porter, a présenté ses excuses : sa fondatrice s’est engagée à « mettre des choses en place » et à accueillir les avocates en droit social qui soutiennent BTS pour « avancer ensemble ».

    Les faits dénoncés par les témoignages sont, pêle-mêle, une surcharge de travail, des cas de chantage affectif, des humiliations récurrentes, discrimination à l’embauche, sexisme ou de racisme. Chloé, d’Iziwork, évoque des remarques « constantes », devant tout le monde : un cadre s’écriant par exemple « je ne veux pas de petite pétasse dans mon équipe », ou la réalisation par les manageurs, durant un séminaire, d’un « classement des filles les plus “bonnes” ».

    Plusieurs dizaines d’anciens salariés de Lou Yetu déplorent le fort turnover des effectifs et des discriminations à l’embauche, notant « des standards physiques bien précis pour être recruté » et « très peu de diversité ». « Elle a trop de boutons celle-là, on ne lui prolonge pas sa période d’essai, elle passera mal sur Instagram », peut-on lire.Retour ligne automatique
    Dire « bonjour » est interdit

    La majorité des messages décrit le contraste entre le cadre de travail « cool » – baby-foot, design –, et l’exigence de se donner à fond, quelles qu’en soient les conséquences : chez Lydia, dire « bonjour » à ses collègues le matin serait interdit, car cela fait perdre du temps à l’entreprise. Chez Chefing, répondre à un message à 23 heures y est considéré comme une preuve d’engagement : « Tu vis pour le projet et c’est ça ta motivation, pas l’argent », a entendu un ex-salarié.

    Pour neutraliser ces accusations, un ancien employé de Lydia raconte que la direction leur demandait de « lâcher des avis 5 étoiles » sur la plate-forme de notation des entreprises Glassdoor. Des commentaires élogieux succèdent en effet aux témoignages de burn-out ou de harcèlement sur la page de l’entreprise : « Conditions de travail propices au travail de qualité, horaires flexibles », « on porte réellement de l’attention à l’autre, parce que “le goût du pain partagé est sans égal”, comme disait Antoine de Saint-Exupéry »…

    « Glassdoor autorise chaque utilisateur à signaler un avis s’il le trouve discutable », se défend Joe Wiggins, directeur de la communication. La plate-forme de notation donne « le droit de parler librement de ses expériences au travail, sans peur d’intimidation ou de représailles », précise-t-il.

    Le portrait du travail en start-up ne serait pas complet sans les témoignages élogieux. Car il y en a : les défenseurs du modèle y soulignent que les salariés sont au courant dès l’embauche de la quantité de travail qui leur sera demandée et appellent surtout à l’indulgence à l’égard de manageurs souvent jeunes, et confrontés à une croissance incontrôlable. « Le baby-foot, c’est cool, mais le droit du travail, c’est encore mieux », insiste Louise.Retour ligne automatique
    Les caractéristiques du harcèlement moral

    Le harcèlement moral est un délit. Si les situations de harcèlement moral au travail aboutissent souvent à des confrontations parole contre parole, il existe des critères précis pour le définir.

    Un fait de harcèlement moral correspond à une conduite abusive (gestes, paroles, attitudes…) et répétitive : ces agissements doivent être répétés dans le temps pour être qualifiés de harcèlement moral.

    D’après l’article L1152-1 du code du travail, les faits de harcèlement moral sur un salarié doivent aussi avoir « pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail ». Ils se caractérisent par : une atteinte à ses droits et à sa dignité, une altération de sa santé physique ou mentale, ou une menace pour son évolution professionnelle.

    Ces agissements sont interdits, même en l’absence de lien hiérarchique entre la victime et l’auteur des faits. Tout salarié ayant procédé à des agissements de harcèlement moral est passible d’une sanction disciplinaire par l’entreprise, et d’une sanction judiciaire jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende (article 222-33-2 du code pénal).

    Par ailleurs, un employeur a l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires en vue de prévenir le harcèlement moral sur le lieu de travail (article L1152-4 du code du travail).

    Enfin, le site de l’administration française précise que « les personnes qui dénoncent ou qui combattent le harcèlement moral ne peuvent pas être sanctionnées pour ce motif. Les sanctions sont uniquement autorisées dans l’hypothèse où le dénonciateur est de mauvaise foi, et qu’il fait la dénonciation dans le seul but de nuire, par exemple en se basant sur des faits dont il connaît pertinemment l’inexactitude ».

    #racisme #sexisme #violence #discrimination #GigEconomy #harcèlement #travail

  • « Diapason » balaye les accusations d’agressions sexuelles contre Placido Domingo | Vivien Bernard
    https://www.acrimed.org/Diapason-balaye-les-accusations-d-agressions

    Trois ans après la révélation de l’« affaire » Weinstein et les mouvements de libération de la parole des femmes qui ont suivi, illustrés par les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, le traitement médiatique des témoignages de harcèlements et agressions sexuels est toujours contestable [1]. Nouvelle illustration des écueils et des tares qui caractérisent trop souvent la couverture réservée à ces sujets, avec le dernier numéro de Diapason, un des titres du premier groupe de presse magazine en France, Reworld Media. Source : Acrimed

  • Une enquête pour traite des êtres humains expose les pratiques de l’industrie du porno - Page 2 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/231120/une-enquete-pour-traite-des-etres-humains-expose-les-pratiques-de-l-indust

    Il s’est choisi un pseudonyme féminin passe-partout. Sa photo de profil est tout aussi sobre. Une jeune femme brune aux traits fins et légèrement maquillée, vêtue d’un manteau noir, dans l’habitacle d’une voiture. Le cliché est sans artifices, presque intime. En réalité, ce compte Facebook est utilisé par J. D., 39 ans, marié et père de deux enfants

    #paywall hélas.

    #porcs.

    • Deux importants producteurs français, et deux collaborateurs, ont été mis en examen pour « viols », « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains aggravée ». Dans leur ombre, les deux leaders du secteur : Dorcel et Jacquie & Michel. Mediapart révèle le contenu des réquisitions du parquet.

      Il s’est choisi un pseudonyme féminin passe-partout. Sa photo de profil est tout aussi sobre. Une jeune femme brune aux traits fins et légèrement maquillée, vêtue d’un manteau noir, dans l’habitacle d’une voiture. Le cliché est sans artifices, presque intime. En réalité, ce compte Facebook est utilisé par J. D., 39 ans, marié et père de deux enfants. Durant sa garde à vue, il a reconnu s’en servir pour engager la conversation avec des jeunes femmes. Son but : les convaincre de se prostituer, puis de tourner des films porno avec le producteur Pascal O., connu sous le surnom de « Pascal OP ».

      Depuis samedi 17 octobre, les deux hommes sont en détention provisoire, accusés notamment de « viols », « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains aggravée ». Deux autres personnes, le producteur porno Mathieu L., dit « Mat Hadix », ainsi que N. T. T., un assistant de Pascal O., ont également été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire, pour les mêmes chefs d’accusation. Tous bénéficient de la présomption d’innocence et, pour la plupart, nient les faits qui leur sont reprochés.

      Dans ses réquisitions, consultées par Mediapart, le parquet de Paris décrit les méthodes de ce qu’il présente comme un petit groupe informel, impliqué à divers degrés dans la production de films porno, et gravitant autour de Pascal OP. Les accusations sont graves : viols répétés ; actrices alcoolisées ou droguées, parfois à leur insu ; mensonges et intimidations pour les inciter à tourner ; présentation de faux tests VIH ; racket quand elles souhaitent faire retirer les vidéos… Elles reposent sur les plaintes de cinq femmes, déposées entre 2016 et 2020, dont quatre impliquent directement les producteurs.

      À chaque fois, le même profil de plaignantes. Des femmes, nées dans les années 1990, avec des parcours de vie abîmés ou une vulnérabilité à un moment de leur existence. Et toujours le même système pour les inciter à faire du porno, comme J. D. l’a reconnu dans son interrogatoire de première comparution, en marge de sa garde à vue du 13 octobre 2020.

      Derrière son écran d’ordinateur, caché sous son pseudonyme, il raconte prendre contact avec elles sur les réseaux sociaux, en les complimentant sur leurs photos de profil. La prétendue jeune femme s’épanche sur de supposés problèmes familiaux ou financiers afin de gagner leur confiance. La relation d’amitié dure plusieurs mois, jusqu’à ce que l’appât virtuel confesse se prostituer occasionnellement et propose de les mettre, elles aussi, en relation avec des clients. Ses interlocutrices déclinent toutes, puis cèdent devant son insistance et les sommes proposées, entre 1 500 et 3 000 euros pour une soirée.

      Lorsqu’elles se présentent au lieu de rendez-vous, un hôtel de l’est de la France, payé par leurs soins, J. D. les retrouve, avec un autre pseudonyme, et se présente comme leur client. À l’une d’elles, il aurait imposé un rapport « marqué par la violence », ayant laissé la plaignante prostrée dans la chambre, selon les réquisitions du parquet. À son départ, il indique à ses proies qu’un coursier va arriver dans quelques minutes pour leur remettre une enveloppe avec la somme convenue. Un mensonge, qu’il a reconnu.

      Le stratagème est, d’après sa déposition, la première étape d’une manipulation au long cours qui vise à rabattre ces femmes vers des producteurs porno. Quand les victimes recontactent l’avatar Facebook pour lui faire part de leur détresse et de leurs difficultés financières, celui-ci leur promet d’arranger les choses. Il propose de leur présenter « son ami Pascal », un réalisateur de film X à la recherche de nouvelles actrices, pour des vidéos exclusivement diffusées au Canada. Les cachets sont alléchants.

      Dans son interrogatoire devant les gendarmes, J. D. indique avoir recruté une cinquantaine de jeunes femmes pour Pascal OP, ainsi que pour le producteur Mat Hadix. « Sans lui, ces femmes ne seraient pas entrées dans le monde de la pornographie », écrivent les enquêteurs, rapportant ses déclarations. A-t-il été rémunéré pour ce service ? Le rabatteur assure que non, ni même avoir rencontré les deux producteurs en personne. En contrepartie, cet éducateur spécialisé auprès de handicapés mentaux aurait bénéficié de vidéos sur mesure, produites par les deux hommes, ainsi qu’un abonnement gratuit au site de Pascal OP. Sollicité par Mediapart, l’avocat de J. D. n’a pas souhaité faire de déclaration.

      Des viols, de faux tests HIV et des somnifères

      Sur les tournages, un autre cycle d’abus commence, racontent les plaignantes. Au motif que son site internet est géré depuis le Québec, Pascal OP leur aurait assuré, à toutes, que leurs vidéos seraient inaccessibles depuis la France. Selon plusieurs témoignages, il promettait également de les payer entre 1 000 et 2 500 euros. En réalité, les cachets sont dérisoires, ce que certaines plaignantes assurent avoir découvert seulement après avoir tourné leur scène.

      L’une d’entre elles s’offusque de ne recevoir que 250 euros, alors que le producteur lui en avait promis 1 000. Elle raconte qu’il l’aurait contrainte à accepter la somme et à parapher un contrat de cession de droit à l’image, en la menaçant de ne plus la payer du tout, et de diffuser sa vidéo en France.

      Parfois, Pascal OP est accusé d’utiliser un autre moyen de pression. Il ne remettrait qu’une partie du cachet à ses actrices. Une manœuvre pour les obliger à une nouvelle rencontre, le lendemain, et leur imposer de nouvelles scènes qui conditionnent le versement du total de la somme.

      Les descriptions des tournages faites par les plaignantes sont glaçantes. Malgré leur refus exprimé, des pénétrations anales ou des éjaculations faciales sont systématiquement imposées aux jeunes femmes, qui s’effondrent parfois en larmes. Un matin de l’année 2017, à 8 heures, Pascal OP arrive sur le lieu d’un tournage, un appartement Airbnb où il loge également une plaignante. Il est accompagné de plusieurs hommes pour réaliser un gang-bang, une pratique mettant en scène une femme avec au moins trois hommes. La jeune femme aurait été prise au dépourvu.

      À chaque fois, les victimes déclarent céder, ne voyant pas d’autre issue. Subir est « la seule manière que cela s’arrête », dit l’une d’elles dans sa déposition aux gendarmes. Certaines « s’éteignent » ou s’obligent à sourire pour qu’on ne leur demande pas de refaire les scènes.

      Prise dans un engrenage où l’argent avait pris une place excessive et où son corps n’avait plus d’importance, une plaignante indique aux policiers avoir accepté de tourner un bukkake, malgré ses réticences. Cette pratique extrême désigne l’éjaculation de plusieurs hommes sur le visage d’une femme. La scène a lieu dans un hangar de Seine-Saint-Denis. En guise de lit, un caisson recouvert d’un drap. La plaignante a « envie de fuir ». Les participants cagoulés – une vingtaine – la tirent vers eux alors que son corps se rigidifie. Elle se décrit comme « anesthésiée », s’étant « mise en off pour ne pas craquer ».

      Dans son dépôt de plainte, elle raconte avoir découvert après le tournage qu’elle ne sera payée que 450 euros, à la place des 600 euros initialement prévus. Puis le producteur Mat Hadix, présent lors de la scène, lui administre une pilule d’azithromycine, un antibiotique contre les infections sexuellement transmissibles (IST), ce qu’il reconnaît lors de son interrogatoire de première comparution, en marge de sa garde à vue du 13 octobre 2020.

      Pour supporter les tournages, les plaignantes s’alcoolisent, parfois jusqu’à se sentir « détachées » de leur corps. Le producteur leur aurait également fourni de la cocaïne. Dans son interrogatoire, N. T. T., un des abonnés de Pascal OP devenu son assistant, reconnaît avoir acquis un générateur de faux tests sérologiques. Ce subterfuge devait permettre à ses acteurs, et au producteur, de tourner sans préservatifs, tout en n’ayant pas à réaliser de dépistages de maladies sexuellement transmissibles (MST).

      Le témoignage d’une des plaignantes est particulièrement éprouvant. Maintenue sous pression par le reliquat d’argent qu’il lui doit et le contrat qu’il lui a fait signer lors d’un précédent tournage, elle raconte que Pascal OP lui aurait imposé plusieurs nouvelles scènes. Lors de l’une d’entre elles, courant juin 2020, il lui aurait appris, une fois sur place, qu’une soixantaine d’hommes l’attendaient pour un bukkake. Face à son refus, elle raconte que le producteur lui aurait crié dessus, puis proposé un verre de jus de fruit, l’invitant à se détendre.

      Une analyse capillaire effectuée par les gendarmes révélera la présence de Zolpidem dans son organisme, un puissant somnifère détourné à des fins de soumission chimique, sans que la date d’ingestion ne soit néanmoins précisément déterminée. Pendant un précédent tournage où il lui avait également fait boire une boisson, elle s’était sentie dans « un état second » et Pascal OP aurait essayé d’en profiter pour lui demander d’avoir un rapport sexuel avec son chien, avant de réaliser une scène avec le producteur Mat Hadix.

      Lors du bukkake de juin 2020, la tête de la jeune femme est maintenue fermement par une autre actrice, qui lui impose de garder les yeux ouverts. « Pour la soulager, et non pour la bloquer », assure N. T. T., l’assistant de Pascal OP, dans son audition. La jeune femme est en sanglots puis entre en état de sidération, note le parquet dans son réquisitoire. Son beau-frère parviendra à faire retirer la vidéo du site web de Pascal OP, après lui avoir remis la somme de 4 500 euros, comme il l’indique dans sa déposition aux gendarmes de la section recherche.

      Dans son interrogatoire en marge de sa garde à vue, Pascal O. accuse les plaignantes de mentir, affirmant que certaines sont des « escorts ». Il assure qu’elles connaissaient à l’avance toutes les conditions de tournage, qu’elles n’étaient ni menacées, ni isolées, ni contraintes, que des dépistages de MST étaient systématiquement réalisés par tous et que les actrices recevaient un bonus pour simuler les pleurs ou le refus d’un acte sexuel.

      À chaque question susceptible de lui porter préjudice, « il se retranche derrière son droit au silence », ajoutent les enquêteurs. Sollicité par Mediapart, son avocat n’a pas souhaité faire de déclaration.
      Des accusations qui éclaboussent le porno français

      Les vidéos de Pascal OP sont principalement commercialisées sur son propre site web, French Bukkake. Ses abonnés peuvent participer aux scènes contre le versement de 29,90 euros par mois. Ce procédé alerte les gendarmes de la section Recherche de Paris, dans le cadre de leur activité de veille du réseau internet, qui ouvrent une enquête en mars 2020 pour des faits de proxénétisme. L’exploitation des centaines de vidéos du site suggère que des pratiques sexuelles sont régulièrement imposées aux femmes qui y participent.

      Ces constatations amènent les enquêteurs à verser à la procédure les cinq plaintes des plaignantes, déposées entre 2016 et 2020 indépendamment de cette nouvelle enquête. Trois d’entre elles avaient été initialement classées sans suite, comme à Bobigny en 2017, le parquet invoquant un « litige commercial » entre la plaignante et le producteur.

      Bien qu’il en tire des revenus confortables – 240 000 euros de bénéfice depuis 2015, d’après les gendarmes –, l’audience du site de Pascal OP reste confidentielle, avec 280 000 visiteurs par mois. Le producteur n’en est pas moins inséré dans le circuit du porno français. Jusqu’à peu, il bénéficiait de sa propre fiche sur le site Dorcelvision, la plateforme de VOD de Dorcel, le leader français du secteur.

      Dans un entretien réalisé en juillet 2018 (voir notre Boîte noire), un responsable du groupe reconnaissait d’ailleurs être en discussion avec lui pour distribuer ses productions. « Pour le moment, il n’est pas revenu vers nous mais s’il m’envoie un projet et que tout est aux normes, moi, je n’ai aucun problème à lui dire OK. »

      Des propos qui font écho à ceux du directeur général du groupe, Grégory Dorcel, à qui l’on demandait au printemps 2018 s’il s’intéressait aux conditions de tournage des films qu’il distribue : « Absolument pas », répondait-il.

      Marc Dorcel, un des leaders du porno en France, au festival de Cannes le 20 mai 2015. © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP Marc Dorcel, un des leaders du porno en France, au festival de Cannes le 20 mai 2015. © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

      Pascal OP a également collaboré avec le site Jacquie & Michel (J&M), l’autre locomotive du secteur. Il bénéficie même de son propre personnage récurrent, « l’abominable David Grumeau », camouflé sous une perruque années 1980 et ses lunettes de soleil aux verres polarisés. En toute discrétion, il leur a produit également des dizaines de vidéos, comme l’attestent ses échanges par écrit avec Michel Piron, le fondateur de J&M, que Mediapart a pu consulter.

      Son fils Thibault Piron, directeur général de J&M, minimisait maladroitement cette collaboration lors d’un entretien réalisé en mai 2018. « Ça fait plus d’un an que Pascal OP n’est pas apparu dans nos vidéos, admettait-il. Par contre, ce qui est vrai, c’est que s’il trouve une nana, il peut faire le tournage mais ce n’est pas lui qui dirige, ni ne joue l’acteur. On n’en veut pas pour notre image. Nous aussi, on évolue. Ça n’a aucun sens, après tout ce qui s’est passé récemment. » Une allusion à #MeToo et #BalanceTonPorc.

      Le profil du quatrième mis en examen, Mathieu L., dit « Mat Hadix », éclabousse aussi les deux leaders du secteur. Depuis 2013, il est l’un des principaux producteurs pour Jacquie & Michel, ses vidéos se comptant par centaines. Au point qu’en 2015, le groupe lui confie l’organisation de ses lucratives soirées en discothèque, puis le présente en 2017 comme « l’incontournable ambassadeur de la marque » dans un article de Jacquie & Michel Le Mag.

      En mai 2018, Thibault Piron, en disait plus sur son rôle. « On a toujours cinq ou six producteurs qui bossent en même temps mais Mat est vraiment le seul régulier qui n’arrête jamais, précisait-il. Les trois quarts du temps, ça se passe comme ça : il dégote une nouvelle nana, il nous envoie les photos en nous demandant combien de scènes on veut. Puis après, on fait une avance et une fois qu’il a filmé, la vidéo arrive chez nous et le monteur s’en occupe. »

      Mathieu L. est aussi l’un des principaux prestataires français de Dorcel, chez qui il dispose de ses propres labels. Des productions réalisées pour la marque « Porno chic », sur lesquelles n’apparaît jamais le nom Dorcel, pour des questions d’image. « Mais en théorie, et même en pratique, Dorcel est le producteur à 100 % de ses films », concédait, en juillet 2018, un responsable du groupe.

      Les enquêteurs estiment que le producteur mutualisait ses tournages avec Pascal OP, les deux hommes se partageant recrues, décors et caméras, depuis les années 2015-2016. « Mathieu L. était présent sur toutes les scènes qualifiées de casting et gang-bang et, de façon plus occasionnelle, sur les bukkake », indique le réquisitoire, rapportant des propos de Pascal O. Dans leurs témoignages, certaines plaignantes déclarent ainsi ne pas savoir si elles tournaient pour l’un ou pour l’autre, Mat Hadix déléguant parfois la production de ses scènes à Pascal OP, ce dernier le prenant à son tour comme cadreur ou acteur.

      Le chef d’accusation de viol à l’encontre de Mat Hadix a été retenu pour une plaignante, contre quatre pour Pascal OP. Les deux producteurs sont également accusés de « diffusion de l’enregistrement d’images relatives à la commission d’une atteinte volontaire à l’intégrité de la personne » et « d’exécution d’un travail dissimulé », en plus des chefs de « proxénétisme aggravé » et « traite d’êtres humains aggravée ». Pascal OP doit également répondre des chefs de « blanchiment d’un délit de proxénétisme » et « blanchiment d’un délit de fraude fiscale ».

      « Il n’est pas le seul qui mutualisait des dépenses avec Pascal O. et pour une raison qui m’échappe, lui seul est accusé, s’offusque Me Wilner, l’avocat de Mathieu L. Mon client est une victime collatérale. Il n’a jamais participé de près ou de loin à la production ou à la commercialisation des films de Pascal OP. »

      De son côté, Me Mugerin, l’avocat de N. T. T., opticien de profession et assistant informel de Pascal OP, indique que son client « a été extrêmement naïf en se rendant à ces tournages ». « Il n’avait pas pris la mesure de ce qu’il y avait derrière, et s’est rendu compte de la gravité pendant sa garde à vue. »

      Depuis septembre 2020, et l’ouverture concomitante d’une autre enquête du parquet de Paris impliquant Jacquie & Michel pour « viols » et « proxénétisme », les labels de Mat Hadix ont disparu de la plateforme VOD de Dorcel. Désormais, ce sont tous les films où il apparaît en tant qu’acteur, ainsi que ceux avec Pascal OP, qui ont été rayés du catalogue.

      « Depuis juin 2019, nous avons enquêté et commencé à stopper la distribution de plusieurs producteurs français dont les conditions de travail semblaient troubles, précise Dorcel, dans un communiqué adressé à Mediapart (à lire en intégralité sous l’onglet Prolonger). Ce travail est long et délicat, car tous ces producteurs ont des sociétés établies, sont diffusés historiquement par de nombreux diffuseurs français réputés et n’ont, à notre connaissance, jamais fait l’objet de décision de justice qui auraient pu justifier une rupture de contrat. »

      #viol #pornographie #prostitution #proxenetisme #violences_sexuelles

  • Le Ministre de l’Éducation Nationale et la culture du viol

    Le 3 mars 2020, Jean-Michel Blanquer a déclaré (citation intégrale) :

    « Il faut être attentif à toujours bien distinguer l’œuvre de l’auteur. Je continuerais à regarder la Joconde même si j’apprenais beaucoup de défauts de Léonard de Vinci »

    Sources :
    https://www.lci.fr/politique/video-interview-lci-elizabeth-martichoux-jean-michel-blanquer-ministre-de-l-educ
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/03/04032020Article637189045896448212.aspx

    À part Nous toutes, personne ne semble choqué.
    https://www.facebook.com/NousToutesOrg/photos/a.273814676794302/668537550655344

    Je ne comprends pas qu’aujourd’hui les appels à une démission ne se multiplient pas…
    Ce Ministre qui participe par ses propos à la culture du viol en réduisant des faits avérés (et jugés, non ?) de viol et de pédophilie à un défaut, ce Ministre est celui de l’Éducation, garant :
    – de la sécurité et de l’intégrité des élèves ;
    – de la mise en œuvre de la prévention des comportements sexistes et des violences sexuelles.
    https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Sante/44/9/Guide_comportements-sexistes-violences-sexuelles_-_edi

    #éducation #culture_du_viol #sexisme #pédophilie #violences_sexuelles

  • VIOLÉES, BATTUES, MENACÉES, LES FEMMES NE SE TAIRONT PLUS
    https://www.youtube.com/watch?v=-uFfrEjR_Po

    En septembre 2019, Sandra Muller, initiatrice du hashtag #balancetonporc, a été condamnée pour diffamation. En cause, un tweet relatant des propos sexistes tenus, et reconnus, par Eric Brion.
    Plus de 200 femmes ont signé la tribune, « nous ne nous tairons plus » dans un but précis : dénoncer les pirouettes juridiques et chipotages lexicaux utilisés pour réduire au silence les victimes qui osent dénoncer haut et fort leurs agresseurs.

    #harcelement_judiciaire #injustice #sexisme_d'etat #vocabulaire #fraternité #déni #silenciation
    #droit_de_harceler #interdiction_de_nommer #diffamation #honneur #viol #culture_du_viol

  • L’initiatrice de #BalanceTonPorc condamnée pour diffamation
    https://www.mediapart.fr/journal/france/250919/l-initiatrice-de-balancetonporc-condamnee-pour-diffamation

    La journaliste Sandra Muller avait accusé sur Twitter l’ancien patron de la chaîne Equidia Éric Brion d’avoir tenu des propos sexistes. Son tweet, accompagné du mot-dièse #BalanceTonPorc, avait lancé un mouvement mondial de libération de la parole des femmes.

    #Violences_sexistes #violences_sexistes,_#metoo,_violences_sexuelles,_#balancetonporc,_médias,_Harvey_Weinstein

  • La culture française banalise-t-elle le viol ?
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-01-juillet-2019

    Mais quelle idée de vouloir consacrer un débat à la culture du viol ? Comment peut-il y avoir un quelconque désaccord sur le sujet ? Evidemment que le viol est un crime, évidemment que c’est abominable. Mais si la victime était court vêtue au moment des faits ? Et si elle avait accepté de boire un verre chez l’agresseur ? Est-on sûr que tout le monde trouvera ça toujours aussi grave ?

    Les idées reçues, les préjugés autour des violences sexuelles, c’est ce qu’on appelle la culture du viol. Quel est le poids de cette culture du viol ? Les mouvements #MeToo et #Balancetonporc y ont-ils changé quelque chose ? Y a-t-il une culture du viol typiquement française ? Mais on peut également se demander si la lutte contre ces préjugés ne risque-t-elle pas d’enfermer les femmes dans le rôle de victime ? Est-ce le premier pas vers une forme de puritanisme ?

    #culture_du_viol

    • Les invités

      Valérie Reyrobert - Responsable de la modération chez Concileo, modérateur de communautés interactives (je croi que c’est la blogueuse « CrèpeGeorgette »)
      Sylvie Le Bihan - Auteure
      Philippe-Henry Honegger - Avocat pénaliste au barreau de Paris (connais pas mais je présume que c’est celui qui se pose ses question là : « Mais on peut également se demander si la lutte contre ces préjugés ne risque-t-elle pas d’enfermer les femmes dans le rôle de victime ? Est-ce le premier pas vers une forme de puritanisme ? »)

  • #Nousaussi ! | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/261017/nousaussi

    Grâce au courage de dizaines de femmes, notamment actrices, et malgré le risque réel de mettre, au mieux, leur carrière en péril, les agressions répétées de Harvey Weinstein, producteur à Hollywood, ont pu être révélées au grand public. Aujourd’hui, il existe peu d’occasions dans l’espace social et public qui permettent aux femmes de se retrouver et d’éprouver la solidarité féminine. Avec le mouvement #Balancetonporc #Balancetonagresseur, internet apparaît comme l’espace d’accueil inattendu d’une prise de conscience collective de la situation d’oppression sexuelle des femmes. Ce qui était subi intimement et de manière isolée apparaît partagé par toutes et émerge dans l’espace public. Ces dernières années, en France, après l’espace privé dans l’affaire DSK, la vie conjugale avec l’affaire Jacqueline Sauvage, l’espace professionnel dans les affaires Polanski ou Baupin, l’espace public avec la mobilisation contre le harcèlement de rue, la vague immense des #Balancetonporc et autres #MeToo met au jour une réalité et un quotidien sordides vécus par toutes les femmes. Pourtant, à lire ou entendre certaines réactions publiques ou privées, les hommes ont bien du mal à prendre conscience du quotidien de celles qui représentent 52% de la population. Soyons clair·e·s : tous les hommes ne sont pas des agresseurs sexuels, mais tous les agresseurs agissent impunément et à répétition, les faits étant généralement qualifiés de courants et donc d’insignifiants. Cela doit absolument cesser. Les femmes elles-mêmes ont trop souvent intériorisé une oppression vécue comme banale et ordinaire. Pourtant, quelle femme peut dire qu’elle n’a jamais été agressée dans l’espace privé (familial, amical, conjugal…), professionnel ou public et, cela, dès son plus jeune âge ? Et combien faut-il encore de témoignages pour sortir de l’omerta, du déni, du « elle l’a bien cherché », du « pourquoi elle n’a pas dit non ? », « pourquoi elle n’a pas porté plainte ? »… Force est de constater le seuil de tolérance extrêmement élevé de la société vis-à-vis des violences faites aux femmes. Nous voulons que ce mouvement #Balancetonporc marque ici « la fin d’un cycle et le début d’un autre », comme le dit la philosophe Geneviève Fraisse dans l’interview du Monde du 19 octobre 2017. Nous agirons pour que ce mouvement aboutisse à une réelle prise de conscience, et une remise en question du système d’oppression institutionnalisé des hommes sur les femmes par une révolution en profondeur des mentalités. En effet, l’Histoire nous enseigne que les femmes, bien qu’elles aient toujours été protagonistes, voire à l’initiative des mouvements révolutionnaires, (cf. Les luttes et les rêves, de Michelle Zancarini-Fournel, éditions La Découverte, 2016 ou Caliban et la sorcière, de Silvia Federici, éditions Senonevero, 2014) se sont toujours retrouvées, au pire, réprimées et reléguées et, au mieux, dépossédées des avancées réalisées par ces révolutions. L’exemple le plus flagrant est, en France, celui de la Révolution française qui a abouti à la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, déniant aux femmes leurs droits civiques. Face à ce mouvement d’ampleur salvateur des dénonciations des agresseurs sexuels, il ne faudrait pas que la société permette le « sacrifice » ponctuel de quelques-uns pour protéger le plus grand nombre et la perpétuation du système. Nous alertons également sur la tentation d’expliquer ces comportements par des cas isolés ou de les justifier par une déviance quelconque, explications ou justifications qui masqueraient l’aspect systémique et endémique du phénomène. Cette fois-ci, ne laissons pas cette révolte des femmes, émancipatrice et mobilisatrice, passer sans changer la société en profondeur. Le Mouvement HF, association féministe qui lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, dénonce, avec d’autres et depuis son origine en 2008, des pratiques sexistes intolérables et répandues dans nos milieux. Nous sommes écoeuré·es de recueillir ; quotidiennement des cas de violences sexistes dans tous les secteurs des arts et de la culture, des arts vivants (théâtre, musique,…) aux arts visuels, en passant par le cinéma ou l’audiovisuel. Et même, plus précisément, dans la formation professionnelle, dans des festivals d’écritures contemporaines ou de musiques actuelles, dans des créations d’artistes traitant de violences faites aux femmes, etc. Bref, aucun domaine lié aux arts et à la culture n’y échappe, qu’il soit amateur ou professionnel. C’est pourquoi :

    – Nous soutenons sans réserve le mouvement #Balancetonporc #Balancetonagresseur

    – Nous exigeons une prise de position claire des pouvoirs publics, et notamment du Ministère de la Culture et de la Communication, afin que soit mis en place un plan d’action concret et d’ampleur (éducation, formation, prévention, répression) pour éradiquer le sexisme, traduisant enfin la tolérance « zéro » à l’égard de toutes les violences contre les femmes.

    – Nous réaffirmons, comme l’a déjà dit la campagne conjointe d’Osez le féminisme !, de Mix-Cité et du Collectif féministe contre le viol. : « La honte doit changer de camp ».

    – Nous appelons toutes les femmes, dans ce grand élan de sororité qui nait, à continuer à porter à la lumière les violences qu’elles ont subies, par leur témoignage et, le cas échéant, devant la Justice, en faisant appel aux associations, aux syndicats et aux aides juridiques appropriées, afin de ne pas se mettre en danger.

    – Nous donnons ici des exemples d’outils à leur disposition pour porter plainte afin d’être soutenues dans cette démarche difficile et indispensable :

    Le numéro vert de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, 3919, numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés. Appel anonyme et gratuit.
    L’AVFT, Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail,
    Le CLASCHES, Collectif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur,
    Le CNIDFF, Centre National d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles,
    Le CFCV, Collectif Féministe Contre le Viol, numéro vert national 0 800 05 95 95,
    HF Mouvement, contact@mouvement-hf.org.

    Signez la pétition : https://www.change.org/p/blandine-p%C3%A9lissier-pour-le-mouvement-hf-balancetonporc-le-mouvement-hf-

    • #metoo, le théâtre français aussi
      https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/210619/metoo-le-theatre-francais-aussi

      Il lui a sauté dessus. Violemment. Sans la moindre approche préalable, le moindre mot de séduction. Comme une bête se jette sur sa proie, il lui a sauté dessus. Elle était tétanisée, comme paralysée. Elle a dit non et encore non. Il a continué. Cela se passait chez elle, elle avait peur, elle ne le désirait pas, pas du tout, elle sortait d’une histoire difficile, une connaissance de cet homme qui maintenant la triturait, la caressait de force. Et a fini par la violer. C’était un soir de septembre 2011.

      –----

      Inégalité hommes-femmes : le monde de la culture veut faire sa révolution
      https://blogs.mediapart.fr/nicole-en-scene/blog/030817/inegalite-hommes-femmes-le-monde-de-la-culture-veut-faire-sa-revolut

      En 2006, le rapport Reine Prat, commandité par le ministère de la Culture, fait l’effet d’une bombe en révélant des discriminations criantes entre les hommes et les femmes du secteur du spectacle vivant.

      Ainsi, les hommes dirigent :

      92% des théâtres consacrés à la création dramatique
      89% des institutions musicales
      86% des établissements d’enseignement
      97% des compositeurs
      94% des chefs d’orchestre
      85% des auteurs des textes
      78% des metteurs en scène des théâtres du secteur public étaient des hommes.

      Surprise. La culture, réputée libre et ouverte, était un milieu aussi sexiste que les autres.

  • #BalanceTonPorc : à Paris, un hashtag mondial devant la justice
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300519/balancetonporc-paris-un-hashtag-mondial-devant-la-justice

    La journaliste Sandra Muller a comparu mercredi, attaquée en diffamation par l’ancien directeur général de la chaîne Equidia Éric Brion. En cause : un tweet accusant ce dernier d’un comportement déplacé.

    #Violences_sexistes #Harvey_Weinstein,_#metoo,_médias,_#balancetonporc,_violences_sexistes,_violences_sexuelles,_A_la_Une

  • #BalanceTonPorc : à Paris, un hashtag mondial en procès
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300519/balancetonporc-paris-un-hashtag-mondial-en-proces

    La journaliste Sandra Muller a comparu mercredi, attaquée en diffamation par l’ancien directeur général de la chaîne Equidia Éric Brion. En cause : un tweet accusant ce dernier d’un comportement déplacé.

    #Violences_sexistes #médias,_#metoo,_violences_sexistes,_Harvey_Weinstein,_#balancetonporc,_violences_sexuelles,_A_la_Une

  • L’initiatrice de #Balancetonporc jugée pour diffamation
    https://www.liberation.fr/france/2019/05/28/l-initiatrice-de-balancetonporc-jugee-pour-diffamation_1730223

    C’était le 13 octobre 2017. Une semaine après l’explosif hashtag #MyHarveyWeinstein, deux jours avant la déferlante #MeToo. Ce jour-là, Sandra Muller, journaliste française installée à New York, lâche sur son compte Twitter : « #Balancetonporc ! Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d’un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends. » Puis, quelques heures plus tard : « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Eric Brion, ex-patron de Equidia. #Balancetonporc. » Son second message est rediffusé plus de 2 500 fois. Sandra Muller ne le sait pas encore, mais elle vient de créer ce qui deviendra l’emblème de la libération de la parole des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles.

    Un an et demi plus tard, la voilà poursuivie pour diffamation par l’homme qu’elle avait accusé. Eric Brion l’attaque pour s’offrir « l’occasion de se défendre devant un vrai tribunal » comme l’explique à Libération son avocate Marie Burguburu. Ce mercredi, la créatrice de #Balancetonporc sera jugée devant la 17e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris.

    A l’époque de la tornade médiatique, l’homme mis en cause par Sandra Muller avait préféré garder le silence, avant de faire le choix de s’exprimer, deux mois plus tard, dans une tribune publiée par le journal le Monde pour réclamer « le droit à la vérité et à la nuance » et présenter ses excuses. « J’ai effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise. Elle me plaisait. Je le lui ai dit, lourdement. Et une seule fois, je tiens à le préciser. Je ne veux certainement pas me disculper de ma goujaterie d’alors. Je lui réitère ici mes excuses. » Aujourd’hui, le plaignant réclame 50 000 euros de dommages et intérêts et la suppression du tweet dans lequel son nom apparaît. « #Balancetonporc est un appel à la délation et c’est une délation mensongère », insiste maître Burguburu.

    « Quelle mouche a piqué M. Brion pour qu’il change à ce point de stratégie ? » s’offusque de son côté Francis Szpiner, l’un des avocats de Sandra Muller, contacté par Libération. « M. Brion a reconnu avoir eu un comportement grossier et blâmable envers ma cliente. Au lieu de se faire discret, il l’attaque en justice. Ce procès est une "baupinade" ! » « Baupinade » en référence à Denis Baupin, l’ancien député écologiste qui avait décidé d’attaquer en diffamation six femmes l’accusant de harcèlement et d’agressions sexuelles. Et qui avait perdu en avril.

  • Plaintes pour viol : « J’avais l’impression d’être coupable » - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/plaintes-pour-viol-j-avais-l-impression-d-etre-coupable-08-03-2019-802723

    Les associations qui accompagnent les victimes de violences sexuelles sont unanimes. Un bon recueil de la parole, lors du dépôt de plainte, est fondamental dans le déroulé de la procédure. Et donc, dans la condamnation de l’agresseur.

    Si le nombre de plaintes pour viol a connu un bon inédit de 17 % en 2018, dans le sillage de #MeToo et #Balancetonporc, peu nombreuses sont celles qui aboutissent, in fine, à un renvoi devant un tribunal. Ainsi, en 2017 et en 2016, trois plaintes sur quatre ont été classées, selon les chiffres de la Chancellerie.
    Si la police et la gendarmerie assurent réaliser de gros efforts en matière de formation initiale et continue de leurs agents, lorsqu’une victime se décide enfin à franchir la porte d’un commissariat, la qualité de l’accueil et de l’écoute reste à géométrie variable. C’est ce qu’illustre la majorité des témoignages recueillis par le Parisien, grâce au concours du Collectif féministe contre le viol. Sélection.
    Lucie, 20 ans : « J’avais l’impression d’être coupable »

    Lucie avait 13 ans, son agresseur présumé, 19 ans. Selon son récit, son agresseur aurait profité de son état d’ébriété avancé pour la plaquer au sol et la violer, lors d’une soirée entre collégiens dans l’Orne. La jeune fille a mis du temps avant d’en parler à son entourage. « Je ne connaissais rien au sexe, je n’avais même pas conscience d’avoir été violée », nous confie-t-elle aujourd’hui, du haut de ses 20 ans. Un jour au lycée, pendant un cours d’éducation sexuelle, elle s’effondre. « J’ai compris que ce que j’avais vécu n’était pas normal ». Elle s’en ouvre à l’assistante sociale de l’établissement, qui la convainc d’aller déposer plainte.

    C’est un brigadier des affaires familiales qui va l’entendre. « Il me demande de lui détailler les faits d’un trait. Mais très vite, les questions tournent essentiellement autour de l’alcool », se rappelle-t-elle. Insidieusement, le ton devient culpabilisant. Le gendarme insinue qu’elle n’aurait pas dû boire autant. Qu’au fond, elle était un peu responsable de ce qu’il s’était passé. « Je voulais partir de là », lâche-t-elle. « J’avais l’impression d’être coupable. Ça a été très dur ».

    À la deuxième convocation, une brigadière est là. « Demande-lui si elle n’est pas en couple avec celui qu’elle accuse, si ce n’est pas pour se venger qu’elle fait ça », aurait lancé la gendarme à son collègue, sans un regard pour Lucie. « Comment pouvait-on imaginer ça, alors que je n’avais que 13 ans au moment des faits ? J’étais choquée ». Troisième convocation, pour une confrontation. Sans ménagement, Lucie aurait été laissée seule dans une pièce avec son violeur, porte fermée, pendant une vingtaine de minutes. « J’étais terrifiée. Je n’avais qu’une envie : fuir », relate-t-elle. Lorsque les gendarmes rouvrent la porte, la jeune fille, en larmes, préfère s’en aller. Moins de cinq mois après son dépôt de plainte, la procédure est classée. « Les faits ou les circonstances […] n’ont pas pu être clairement établis par l’enquête », écrit le procureur dans l’avis de classement, que nous avons pu consulter. « Je regarde ce courrier du parquet presque tous les jours », regrette-t-elle.
    Mélanie, 22 ans : « Elle n’avait pas de temps à perdre avec mes pleurs »

    Après son viol, par un ami de son beau-frère, le soir de la Saint-Sylvestre en Loire-Atlantique, Mélanie, 19 ans à l’époque, a fait une grosse dépression. « Mon agression a réveillé de vieux souvenirs d’attouchements sexuels, par un moniteur de colonie, lorsque j’avais 7 ans », explique-t-elle. Poussée par sa mère, la jeune femme se résout à déposer plainte. « C’est une policière qui m’a accueillie. Ça m’a mise en confiance, parce que je me suis dit qu’une femme serait plus sensible à ces questions-là », soupire-t-elle. Mais la jeune femme déchante vite. « Accueil médiocre, aucune écoute, aucune aide. Au bout d’1h30, la fonctionnaire a fini par me dire qu’elle n’avait pas de temps à perdre avec mes pleurs ». Mélanie est raccompagnée à l’accueil et invitée à reprendre rendez-vous. « Après cette expérience, j’avais laissé tomber l’idée de déposer plainte », confie-t-elle.

    La jeune femme sombre. Elle ne sort plus de chez ses parents, terrorisée à l’idée de croiser son agresseur. Elle est hospitalisée en psychiatrie pendant quinze jours et abandonne ses études. Même avec le recul, Mélanie a du mal à pardonner à cette policière. « C’est tellement difficile de porter plainte. Ces gens-là se rendent complices des agresseurs », cingle-t-elle. C’est finalement grâce à une amie, réserviste à la gendarmerie, que Mélanie retrouve le courage d’aller au bout de sa démarche.

    Cette fois, elle se rend dans une gendarmerie. Et c’est un homme qui prend sa plainte. « Ça a été long - 3 heures - et éprouvant, mais, contrairement à la première fois, je me suis sentie vraiment écoutée. Le brigadier était bienveillant, me laissait faire des pauses. Ça m’a aidée. Je me suis dit : enfin, on me croit ! » Puis, le gendarme l’a raccompagnée vers la sortie, en lui disant de ne surtout pas hésiter à le recontacter en cas d’interrogations. « Il a dit à ma mère combien il me trouvait courageuse, ça m’a fait beaucoup de bien ».

    Son agresseur présumé a fini par être mis en examen pour viol. « Pendant la confrontation, j’aurais aimé qu’il avoue devant moi. Mais il ne l’a pas fait. Il est même revenu sur ce qu’il avait reconnu, à savoir qu’il m’avait retiré le bas de mes vêtements ». Aujourd’hui, Mélanie attend de savoir si son violeur présumé va être renvoyé, ou non, en correctionnelle.
    Catherine, 51 ans : « On m’a dit de revenir quand les choses seraient plus claires »

    Catherine en est sûre : ce soir d’octobre 2013, les deux hommes qui l’auraient violée dans un bar à Paris l’avaient droguée. « Après cette soirée, j’ai eu comme des trous noirs, des maux de tête, pendant cinq jours. Comme lorsque vous ingérez des produits chimiques », raconte-t-elle. Lorsqu’elle se réveille chez elle, le lendemain, ses souvenirs sont très partiels, mais elle revoit la scène. Ces deux hommes qui la violent, l’un après l’autre. Dans sa culotte, elle retrouve des traces de sperme. « J’étais extrêmement choquée. J’ai mis cinq jours à me décider à aller porter plainte ».

    Au commissariat, l’accueil est glacial. « La policière n’était pas du tout sympathique », affirme-t-elle. « Elle avait laissé la porte du bureau ouvert. Ses collègues passaient et repassaient. J’ai vite compris qu’ils l’attendaient pour partir en intervention. » Catherine s’est sentie mise sous pression. La policière lui fait peur, lui fait comprendre qu’une plainte peut se retourner contre son auteur. « Elle m’a dit de revenir quand les choses seraient plus claires, pour transformer ma main courante en plainte ». Catherine repart. Et renonce à déposer plainte.

    « Ma vie a changé après mon agression. J’ai arrêté de sortir. Je n’ai plus confiance. J’ai une vie de grand-mère », confie la quinquagénaire. Après des années de psychothérapie, elle se sent enfin la force d’aller enfin déposer cette plainte. « C’est imminent », promet-elle. Plus de cinq ans après les faits.

  • « La Saint-Valentin fut longtemps une fête des célibataires et de la rencontre », Jean-Claude Kaufmann, auteur de « Saint-Valentin, mon amour ! », (Les Liens qui Libèrent, 2017)
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/12/jean-claude-kaufmann-nous-maintenons-dans-l-oubli-l-histoire-meconnue-de-la-

    Dans une tribune au « Monde », le sociologue Jean-Claude Kaufmann revient sur l’histoire méconnue de la fête des amoureux de février.

    Tribune. Tout événement a désormais son image, parfois très éloignée des faits réels. Celle de la Saint-Valentin est devenue de plus en plus négative ces dernières années, construisant un mur d’indifférence voire de mépris dans les milieux que l’on dit porteurs de tendances. Elle serait devenue ringarde et conformiste, mièvre et sans saveur, sans intérêt. Trois critiques se font particulièrement incisives.

    Elle serait normative, célébrant le #couple comme modèle, donc stigmatisante pour les #célibataires, rejetés des alignements de tables pour deux dans les restaurants, et contraints à raser les murs ce jour-là. C’est tout à fait vrai.

    Mais l’histoire de la Saint-Valentin nous enseigne que pendant deux mille ans, elle fut au contraire une fête des célibataires et de la rencontre, que la célébration des couples mariés n’a commencé qu’à la fin des années 1950, et que cette forme particulière est une spécificité européenne. La fête n’est donc pas condamnée à cette normativité, rien n’interdirait qu’elle retrouve ce qui a fait son esprit à travers les siècles et aux quatre coins de la planète : fêter l’amour sous toutes ses formes.

    Elle serait répétitive et conventionnelle, pour tout dire, ennuyeuse. Peut-être, mais seulement ici. Car dans tous les pays qui la fêtent depuis peu, en Afrique, en Asie, elle déborde au contraire d’inventivité joyeuse, au point que nombre d’autorités politiques, morales et religieuses s’en inquiètent.

    Dans une trentaine de pays environ, la Saint-Valentin est désormais interdite, ou menacée par des groupes violents, le moindre petit cœur, la couleur rouge ou les couples se tenant par la main sont traqués le 14 février. Ou les ours en peluche au Moyen-Orient ; les nounours sont interdits en public ce jour-là. La jeunesse s’insurge bien sûr, au nom de l’amour. Au nom d’une sexualité plus libre et de l’expression des sentiments. Mille stratagèmes ingénieux sont développés pour contourner la censure.

    Adoucir les mœurs

    La critique des critiques enfin : elle serait devenue une fête purement commerciale, dominée par l’argent, et n’aurait donc plus aucun sens. L’emprise commerciale est en effet très forte sur la fête. Elle résulte d’un moment historique particulier : entre 1840 et 1850, les Etats-Unis, qui jusqu’alors ne connaissaient rien des deux mille ans d’histoire de la Saint-Valentin, ont eu l’impression de l’inventer.

    La Saint-Valentin est le premier « événement » commercial créé de toutes pièces, ou plutôt, que les Américains ont cru avoir créé de toutes pièces. Mais bien d’autres « événements » ainsi créés n’ont pas perduré. Car pour qu’une fête s’installe et se développe, même dominée par le commerce, il faut qu’elle exprime quelque chose et corresponde à un désir. L’idée de famille pour Noël. Le rêve d’amour pour la Saint-Valentin.

    Dire que la fête est commerciale n’est pas un argument suffisant, et ne révèle pas grand-chose des relations souvent très complexes et subtiles qui s’établissent entre argent et sentiments. Comment un bouquet de fleurs est-il offert ? S’en débarrasse-t-on (« Tiens voilà ton cadeau »), pour solde de tout compte sentimental ? Ou bien n’est-il qu’un instrument permettant d’exprimer un peu mieux et plus fort ce que l’on a souvent du mal à dire.

    Car, contrairement à une autre critique fréquente, fêter le 14 février n’est nullement incompatible avec l’amour tout au long de l’année ; ce n’est pas ou l’un ou l’autre. Dans les pays d’Afrique et d’Asie où la Saint-Valentin est récente, la pacotille amoureuse (petits cœurs fabriqués en séries industrielles) n’a pas été un frein à l’expression des sentiments. A l’inverse, elle en a été le vecteur. Car tout dépend de l’intensité du désir sentimental pour que l’emprise du commerce ne vide pas la fête de sa substance.

    En ce mois de février 2018, certains pourront dire que la Saint-Valentin apparaît encore plus désuète en regard de l’immense mouvement de révolte des femmes contre le harcèlement. Ce serait là encore ignorer la véritable histoire de la Saint-Valentin, qui pourrait se résumer ainsi : pendant plus de deux mille ans, les hommes ont progressivement appris, à travers les festivités amoureuses de février, à adoucir leurs mœurs et à respecter les femmes.

    A l’origine en effet, leur très rude brutalité sexuelle est tolérée par la société, presque reconnue comme légitime. L’historien Jean-Louis Flandrin rappelle qu’environ un jeune homme sur deux participe à des #viols_collectifs sans être jamais sanctionné à la fin du Moyen Age. La culture du viol dont on parle aujourd’hui est un héritage direct de ce passé.

    Tournant poétique

    Les fêtes de l’ours (en février les hommes se déguisaient en ours pour « attraper » des femmes), premières formes d’une Saint-Valentin qui ne s’appelait pas encore ainsi, peuvent déjà être considérées comme un léger changement. Même si, elles débouchent encore parfois sur des viols.

    Ensuite toute l’histoire de la Saint-Valentin sera celle de l’apprentissage par les hommes de la galanterie (le mot Valentin vient de galantin), des rituels de la séduction et des mots doux, de la communication intime, de la perception du #consentement chez la partenaire, du respect de la femme. Avec un moment fort, ce que j’ai appelé le tournant poétique, au XVe siècle (moment qui commence donc alors que la #culture_du_viol était encore dominante), initié en France puis qui se développa en Angleterre, héritier de l’amour courtois et qui annonce déjà le romantisme. Les hommes non seulement se font plus respectueux mais, poètes, musiciens ou peintres, ils apprennent à devenir des artistes de l’amour pour leur femme adorée.

    A l’heure de #balancetonporc et de #meToo, il est très étrange que nous maintenions dans l’oubli toute cette histoire méconnue de la Saint-Valentin au prétexte qu’aujourd’hui la fête nous déçoit, que nous jetions tout cela au panier, que nous nous refusions même à l’évoquer.

    Car au-delà de la dénonciation des abus et des crimes, du harcèlement et du viol, nous allons devoir inventer un nouveau monde amoureux, femmes et hommes ensemble, imaginer tout un univers de relations libres, respectueuses et créatives. Or nous ne partons pas de rien. Le passé de la Saint-Valentin nous éclaire à la fois sur le pire, la culture du viol, et sur le meilleur, la magie amoureuse qui ensorcelle, dans la communion intime et le consentement mutuel.

  • @raspa
    Une fille confronte une de ses anciennes relations à son comportement de l’époque, dans la foulée de #MeToo : remarques négatives, coups de pression pour coucher ensemble... et revient sur sa propre incapacité à dire non à l’époque, où elle avait 18 ans et peu d’expérience.
    Fort intéressant, avec exemple d’un gars pas le pire, mais qui rentre bien dans les critères de #BalanceTonPorc, et qui peu à peu évolue (lentement) : à écouter !
    https://www.arteradio.com/son/61660257/retrouve_ton_porc

  • Interview « Ce qui était autrefois un râteau est aujourd’hui un délit… », estime Éric Dupond-Moretti

    http://lavdn.lavoixdunord.fr/495779/article/2018-11-26/ce-qui-etait-autrefois-un-rateau-est-aujourd-hui-un-delit-estime-

    — Vous attendiez-vous à tant de réactions ?

    « Oui. Georges Tron n’a pas eu de chance : son affaire a commencé en pleine affaire DSK à New York, et son procès se tient en plein phénomène #Metoo, #Balancetonporc… »

    [...]

    –- De la même manière que d’autres, naguère, avec la parole de l’enfant ?

    « Exactement ! Et on a vu ce que cela a donné. Et comment il a fallu se battre aux côtés d’innocents, devant la cour d’assises. »

    (les extraits de son bouquin sont aussi particulièrement gratinés)

    Cf. le fil de @mad_meg sur l’affaire d’Outreau, où s’était illustré Dupond-Moretti, et en particulier la vidéo avec Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent qui font entre autres la généalogie de la constitution des assos masculinistes en France et l’histoire de leur lobbying dans les lieux de pouvoir, en particulier dans la magistrature :

    https://seenthis.net/messages/738233

    #Dupond-Lajoie-Moretti #backlash #réaction #on_sen_fout_on_va_gagner

  • http://www.etatdexception.net/un-an-apres-metoo-bilan-et-perspectives

    Il y a exactement un an, l’actrice étatsunienne Alyssa Milano reprenait une phrase lancée par l’activiste new-yorkaise Tarana Burke en 2006 et invitait les femmes à partager sur Twitter leurs témoignages sur la violence sexuelle qu’elles avaient subie. La réponse fut massive et elle donna naissance au mouvement #MeToo. En France, la journaliste Sandra Muller proposa quant à elle le hashtag #BalanceTonPorc, repris plus de 200 000 fois en quelques jours sur les réseaux sociaux.

    #féminisme

  • Le 24 novembre, grande marche nationale pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles
    https://www.bastamag.net/Le-24-novembre-grande-marche-nationale-pour-dire-stop-aux-violences-sexist

    Partant du constat qu’aucune mobilisation de terrain d’ampleur n’avait vu le jour en France à la suite des mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc, un collectif d’associations féministes, de citoyennes et de personnalités ont décidé d’organiser, une « déferlante féministe contre les violences sexistes et sexuelles ». A l’image de ce qui a pu se passer en Espagne, en Argentine ou encore au Chili, les membres du collectif #NousToutes espèrent voir des milliers de femmes défiler dans les rues le samedi 24 (...)

    ça bouge !

    / #Féminisme, #Inégalités, #Justice, #Droits_fondamentaux

    #ça_bouge_ !

    • Des fois tu te dis que la récupération du grand capital n’a ni limites, ni frontières …

      Depuis le 25 novembre 2017, 32 associations et startups, 400 000 citoyen.nes, la Fondation Kering, Facebook et la Région Île-de-France ont travaillé ensemble avec Make.org pour élaborer le premier plan d’actions de la société civile contre les violences faites aux femmes.

      Je ne sais plus si je dois déprimer ou pas. Bientôt Carrefour et La lessive Z vont organiser des manifs pour l’émancipation des femmes. Mais là, facebook, mais non, c’est le lieu privilégié de harcèlement des collégiennes et des féministes sans qu’ils ne bougent jamais et là ils veulent se redorer le blason.

      #association_de_malfaiteurs
      #boycott_facebook

  • « Aujourd’hui, l’émancipation des femmes concerne surtout les milieux favorisés »
    https://www.bastamag.net/Aujourd-hui-l-emancipation-des-femmes-concerne-surtout-les-milieux-favoris

    Voici un an que le phénomène #Metoo, suivi de son homologue français #Balancetonporc, a vu le jour. La prise de parole des femmes sur les réseaux sociaux a mis en lumière l’étendue des violences qu’elles subissent au travail, chez elles, dans la rue... Esther Benbassa, sénatrice EELV et directrice de recherche à la Sorbonne, espère que l’omerta en partie levée sur l’ampleur des violences subies ne retombera jamais. Pendant très longtemps, les femmes n’ont rien dit des violences que certains hommes leur (...)

    #Débattre

    / #Europe_Ecologie_-_Les_Verts, #Féminisme, #Discriminations

  • Eugénie Bastié : « Après #MeToo, il y a un climat détestable de suspicion généralisée entre les sexes »
    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-24-septembre-2018


    #backlash
    Odile Fillod partage :

    Hier matin, Eugénie Bastié était invitée sur France Inter pour parler du livre dans lequel elle fustige le mouvement #MeToo. Cette catholique conservatrice revendiquée, dont le militantisme suit consciencieusement le chemin tracé par le Vatican (anti-féministe, anti-"theorie du genre", anti-ABCD de l’égalité, pour une « écologie intégrale », etc), lancée dans l’arène médiatique en 2013 par le magazine Causeur, avait signé en avril dans ce dernier un vibrant appel : « Peggy Sastre, contre #balancetonporc, que nos luttes convergent ! ». En l’occurrence, leur point de convergence fondamental est ce qui motivait la tribune de Peggy Sastre & co : la croyance en une asymétrie naturelle du désir avec, en gros, d’un côté les hommes animés d’une pulsion sexuelle « par nature offensive et sauvage » se déclenchant à la vue du corps des femmes, et de l’autre les femmes animées du désir d’être désirées, attendant qu’un homme manifeste leur désir pour elles (c’est pourquoi il faudrait défendre la « liberté d’importuner » des hommes, qui serait « indispensable à la liberté sexuelle »). Bastié ne fait comme tant d’autres qu’afficher sans le savoir la pauvreté de sa propre sexualité, que son ignorance de la réalité biologique lui permet de prendre pour une généralité. Je la plains sincèrement de n’avoir jamais connu « l’équivalent de l’érection intempestive »... Verbatim d’un extrait de son itw :
    Léa Salamé : « Je comprends pas en quoi c’est incompatible de vouloir à la fois une liberté sexuelle et une sécurité sexuelle. Pourquoi c’est incompatible ? »
    Eugénie Bastié : « Moi, ce qui m’a marqué dans le discours de Natalie Portman, c’est cette idée... Enfin, c’est un peu son... Comment dire... Quand elle dit faisons la révolution du désir, je veux désirer, je veux afficher mon désir et en même temps que ce désir, finalement, ne suscite rien chez l’autre, et que ce désir ne... enfin... C’est la dimension complètement narcissique de cette... de cette.... de cette injonction. Finalement l’autre ne compte pas, il n’y a que ’moi moi moi’ qui expose mon désir, sans me soucier des conséquences que ça peut avoir sur l’autre. Et je pense, c’est ce que j’essaie d’expliquer dans le livre, qu’il y a une asymétrie du désir masculin et féminin et qu’en effet, la manière dont les hommes désirent et regardent le corps de la femme n’est pas la même que la manière dont les femmes désirent et regardent le corps des hommes. »
    Léa Salamé : « Pourquoi ? »
    Eugénie Bastié : « Parce que, il y a une asymétrie du désir. Par exemple, il n’y a pas l’équivalent de l’érection intempestive chez les femmes. Elle existe chez les hommes. [...] Non mais je veux dire, le corps des femmes affecte le regard des hommes, c’est une donnée. La question, c’est... évidemment, il faut empêcher ce regard, qui peut être concupiscent, de devenir un acte d’agression, c’est tout le travail de la civilisation, mais je pense qu’on peut pas effacer cette asymétrie radicale, au départ. »
    A écouter sur

    • Rappelons que la croyance affichée par Eugénie Bastié en une asymétrie naturelle fondamentale entre femmes et hommes en matière de désir sexuel (voir mon post précédent), avec les conséquences qu’elle en tire, est malheureusement largement partagée.
      Pour Bastié, cette « asymétrie radicale » a notamment pour conséquence la nécessité d’un côté d’apprendre aux hommes à « civiliser » la présumée concupiscence naturelle envahissante les poussant volontiers à l’agression, et d’autre part d’apprendre aux femmes à « se soucier des conséquences sur l’autre » - en clair, apprendre aux femmes à être pudiques, et à défaut leur faire comprendre qu’il est de leur responsabilité de soulager les hommes de l’excitation qu’elles ont causé chez eux, ou tout au moins leur apprendre à accepter sans « se victimiser » les initiatives que cela déclenche chez eux (d’ailleurs, « une main aux fesses n’a jamais tué personne », rappelle-t-elle si finement et si utilement).
      Pour Franck Ramus, membre du Conseil Scientifique de l’Education (on en frémit, mais ce n’est heureusement pas au titre de ses opinions sur ce sujet-là qu’il a été sollicité), c’est à peu près la même chose. Partant du principe que « les garçons et les filles ont des prédispositions différentes (en particulier en ce qui concerne la sexualité et la violence) », il appelle à fournir « aux hommes et aux femmes une éducation spécifique à ce sujet et en partie différenciée » : « Par exemple, éduquer les hommes 1) à mieux connaître leurs désirs sexuels, les conditions qui les déclenchent, les conséquences possibles, et les moyens de les gérer efficacement ; 2) à mieux connaître les biais cognitifs qui peuvent les conduire à mal interpréter les signaux des femmes ; et 3) les instruire de manière très explicite sur le fait qu’aucune pulsion sexuelle ne peut justifier de passer outre un consentement [...]. Symétriquement, éduquer les femmes d’une part sur les désirs sexuels des hommes et les conditions qui les déclenchent, d’autre part sur les signaux qu’elles émettent (volontairement ou pas) et la manière dont ils peuvent être interprétés (à tort ou à raison) par les hommes [...] »

      http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/ecueils-debat-differences-cognitives-cerebrales-sexes
      #victimes_bashing

    • J’ai le droit d’inventer le tag #érection_intempestive ? :-)))

      Ce qui est très frustrant quand on donne la parole à certain·e·s, c’est qu’on se dit qu’on devrait tous passer un permis d’émettre des pensées complexes et ne pouvoir parler dans le poste qu’à la condition d’avoir son permis. Et on pourrait même instituer un permis à point... comme ça, les Zemmour et cie pourraient enfin être dispensés de s’exprimer...

  • En dix ans, le nombre de personnes condamnées pour viol a chuté de 40 %
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/09/14/en-dix-ans-le-nombre-de-personnes-condamnees-pour-viol-a-chute-de-40_5354839

    Le nombre de plaintes pour viol et agression sexuelle augmente, mais, depuis l’affaire d’Outreau, les exigences en matière de preuves sont plus fortes

    Le constat a de quoi surprendre. Le nombre de condamnations pour viol par la justice française a chuté de quelque 40 % en dix ans, selon le service statistiques de la chancellerie. De 1 652 condamnations par les cours d’assises pour ce crime en 2007, dont 1 350 pour viol aggravé, on est tombé à 1 003 condamnations en 2016, dont 851 pour viol aggravé, selon des données publiées le 6 septembre, sans la moindre explication.

    La libération de la parole sur ces infractions, alors que la police estime pourtant que seule une victime de viol sur dix porte plainte, serait-elle une vue de l’esprit ? Ou la justice serait-elle sourde aux appels des gardes des sceaux successifs à une répression plus sévère de ce fléau ?

    Le contraste apparaît saisissant comparé avec l’évolution rigoureusement inverse du nombre de plaintes pour viol enregistrées par la police ou la gendarmerie : 14 130 personnes se sont déclarées victimes de tels faits en 2016, soit 40 % de plus en dix ans (un pourcentage calculé par nos soins à prendre avec précaution puisque la méthode de comptage du ministère de l’intérieur a changé au cours de la période).

    Aucun des magistrats contactés, au siège comme au parquet, pour réagir à ces chiffres-chocs ne semblait avoir conscience d’une baisse nationale du nombre de sanctions pour ce crime, et encore moins de son ampleur. Cette tendance n’a rien d’un accident statistique, elle frappe par sa régularité sur la période. Le phénomène aurait une origine multifactorielle.

    Tendance contre-intuitive

    Il serait tentant d’y voir la marque de la « correctionnalisation » dont les parquets et les juges d’instruction usent depuis quelques années. En déqualifiant des faits de viols – un crime – en agression sexuelle – un délit –, les magistrats orientent la procédure vers les juges professionnels du tribunal correctionnel, réputés moins sensibles au doute que les jurés d’assises, lorsque le dossier ou la personnalité de la victime comporte des fragilités. Ce circuit est parfois aussi choisi pour accélérer tout simplement la survenue du procès, en évitant les cours d’assises totalement débordées.

    LA PEINE PRONONCÉE POUR UN VIOL EST EN MOYENNE DE 9,6 ANNÉES DE PRISON FERME

    Or, le nombre de condamnations judiciaires pour agressions sexuelles, y compris, donc, les viols « correctionnalisés », a lui aussi chuté en dix ans, certes dans une proportion moindre : moins 20 %, à 4 602 condamnations. Cette tendance concerne également les atteintes sexuelles sur mineurs, dont on relève 332 condamnations en 2016, soit 24 % de moins en une décennie.

    Pour autant, on ne peut pas parler d’un accès de clémence de la justice puisque, dans le même temps, « on constate un alourdissement des peines prononcées au cours du temps, qui concerne aussi bien les viols que les agressions sexuelles », notent les statisticiens de la chancellerie. La peine prononcée pour un viol est en moyenne de 9,6 années de prison ferme. Dans les cas de récidive, relativement peu nombreux puisque seuls 6 % des condamnés avaient déjà un casier judiciaire avec une condamnation pour violences sexuelles, le quantum moyen de la peine est de 15,7 ans ferme.

    Au ministère de la justice, on invoque plusieurs facteurs pour expliquer cette tendance contre-intuitive. D’abord l’engorgement de la justice. En bout de chaîne, les dossiers de viols en attente de procès devant les cours d’assises s’accumuleraient (mais aucun chiffre n’est disponible), avec autant d’éventuelles condamnations reportées dans le temps. En amont, la durée des informations judiciaires s’allonge, sous le double effet de l’encombrement des cabinets de juges d’instruction et du recours croissant aux techniques scientifiques d’enquête, comme les analyses ADN.

    Enfin, l’allongement, en 2004, du délai de prescription des viols et agressions sexuelles sur mineurs à vingt ans, à compter de leur majorité de la victime, a sans doute contribué à faire émerger des plaintes pour des faits anciens, que la justice met davantage de temps à démêler.

    « L’aveu survalorisé »

    Mais Youssef Badr, porte-parole de la chancellerie, observe un « effet Outreau » : les années 1990 et le début des années 2000 avaient été marquées par une forte progression du nombre de condamnations. L’opinion publique, elle, était sidérée par le nombre de victimes dans l’affaire du « violeur et tueur de l’Est parisien », Guy Georges, dans le scandale Marc Dutroux en Belgique, et surtout dans l’affaire d’Outreau, dans laquelle dix personnes seront condamnées en première instance à de la prison ferme pour pédophilie. Mais en décembre 2005, l’acquittement général en appel avait clos cinq années de feuilleton médiatico-judiciaire.

    A partir de 2005, la chancellerie constate une diminution du nombre d’affaires nouvelles pour infractions sexuelles sur mineurs, alors que celles sur les majeurs augmentent, mais surtout une augmentation importante du nombre d’affaires non poursuivables concernant les mineurs. Les magistrats seraient ainsi sensibles aux émotions du moment, de l’opinion et des médias. Finalement, il y a moins de condamnations pour viol en 2016 qu’en 1994 !

    Selon M. Badr, l’affaire d’Outreau a « contribué à renforcer les exigences probatoires dans les enquêtes dans lesquelles les paroles de la victime et de l’auteur s’opposent. Cet effet s’est ressenti sur les infractions de viols, d’agressions sexuelles et d’atteintes sexuelles sur mineurs, avec un plus grand nombre d’acquittements et de relaxes ».

    L’échec de la justice à appréhender de façon sereine ce type de criminalité qui, souvent, a lieu dans le huis clos familial est « sans doute lié à la tradition judiciaire et policière française qui a survalorisé l’aveu », explique un magistrat chercheur qui préfère rester anonyme. « Et quand il n’y a plus d’aveu, il n’y a plus rien dans le dossier ! »

    Déperdition statistique

    D’une manière générale, le décalage entre le nombre de plaintes et le nombre de condamnations s’explique par l’importance des classements sans suite décidés par les parquets. Selon une étude publiée en mars par le ministère de la justice sur les « décisions du parquet et de l’instruction », 73 % des personnes mises en cause dans des affaires de violences sexuelles (viols, agressions sexuelles, harcèlement) bénéficient d’un classement sans suite. Le plus souvent, en raison de preuves insuffisantes pour caractériser l’infraction, de la question du consentement difficile à dénouer dans les affaires conjugales, etc.

    Le classement sans suite est parfois justifié par les souvenirs imprécis de la victime en raison de son état au moment des faits. Un motif qui inquiète les parquets, alors que les agressions à l’égard de personnes alcoolisées ou droguées semblent constituer un phénomène en développement. La déperdition statistique se poursuit au fil de la procédure. Un tiers des auteurs présumés qui ont franchi le premier tamis du parquet et ont été mis en examen par un juge d’instruction bénéficient d’un non-lieu total à l’issue de l’information judiciaire.

    Il est trop tôt pour savoir si l’affaire Weinstein et l’émotion provoquée par l’ampleur du mouvement #metoo et #balancetonporc de fin 2017 se traduiront par une nouvelle inversion de la courbe des condamnations à partir de 2018.

    Les chiffres de la violence sexuelle en France

    Près de neuf personnes sont violées chaque heure en France, soit 206 viols par jour.

    Le nombre de viols serait ainsi de 75 000 par an, dont seulement 16 400 ont été déclarés en 2017 (+ 12% par rapport à 2016). Une hausse notable liée à l’affaire Weinstein et à la campagne de dénonciation des violences sexuelles qui a suivi.

    78 197 personnes étaient inscrites au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV) au 31 mars 2018.

    Il y a eu 5,6% de récidives des crimes sexuels en 2016, contre 5,3% en 2015.

    1 012 personnes ont été condamnées pour viol en 2017.

    7 249 personnes étaient détenues pour viol ou délit sexuel au 1er janvier 2015 (soit 12,8% des détenus condamnés).

    90 % des violeurs ne présentent aucune pathologie mentale et 90 % des condamnés sont issus de classes populaires, selon Amnesty international.

    Sources : Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP, ministère de la justice) et Collectif féministe contre le viol (CFCV)

  • Ce n’est pas un sacre, c’est un massacre Nancy Huston - 22 Aout 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/534990/ce-n-est-pas-un-sacre-c-est-un-massacre

    Cher François,

    Ces jours-ci, le monde tangue sous le choc d’un nouveau scandale de pédophilie qui, en Pennsylvanie cette fois, vient « éclabousser » l’Église catholique : sur une période de 70 ans, 1000 enfants abusés ou violés par des prêtres, et, compte tenu de la célérité des intéressés à escamoter les preuves et de la honte des victimes à témoigner, l’on peut être certain que ce chiffre est encore inférieur à la vérité. Certain aussi que, pour nombreux qu’ils soient, les cas connus ne forment que la pointe de l’iceberg.


    Comme moi, comme d’autres, vous avez dû être frappé par la ressemblance entre cette salve de révélations « scandaleuses » et une autre, qui défraie l’actualité depuis bientôt un an : celle des témoignages #MeToo sur le harcèlement sexuel. Ici et là, même propension des hommes à profiter de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels. Si l’on mettait à la disposition des enfants du monde entier un site Internet où ils pourraient déposer leur plainte en toute sécurité, ce « #balancetonpretre » provoquerait un tsunami mondial qui, par sa violence et son volume, dépasserait à coup sûr celui de « #balancetonporc ». Seraient encore reléguées au silence, il est vrai, les nombreuses victimes qui, en raison de leur jeune âge (18 mois, exemple entendu ce matin) ou de leur misère (enfants du Tiers-Monde, illettrés et/ou non connectés), n’auraient pas accès au site.

    Ce nouveau scandale vous a poussé à publier une longue « lettre au peuple de Dieu ». Mais, François, jamais la honte, la prière, le jeûne et la repentance ne mettront fin à ce fléau. À moins de changer les données qui engendrent ces gestes intempestifs, ils continueront à se produire. Pour les harceleurs de tout poil, il serait de la toute première importance de chercher les causes de leur acting-out machiste. Pour les prêtres catholiques, en revanche, point n’est besoin de chercher. La raison est là, évidente, flagrante comme le nez au milieu du visage.

    Ils ont peur
    Pourquoi s’en prennent-ils de façon si prépondérante aux enfants et aux adolescents ? Non parce qu’ils sont pédophiles — la proportion de vrais pédophiles parmi les prêtres est sûrement aussi minuscule que dans la population générale — mais parce qu’ ils ont peur , et que les plus jeunes sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus faciles à intimider, les moins aptes donc à les dénoncer. S’ils abordaient avec leur sexe tumescent — ce pauvre sexe nié, perpétuellement réprimé — des adultes de leur paroisse, ou s’ils allaient rendre visite aux travailleur(euse)s du sexe, ils seraient « pris » tout de suite. Avec les jeunes, ça peut durer des années… des décennies. On prend les nouveaux enfants de choeur… les fillettes qui viennent de faire leur première communion… cette toute jeune femme, dans le secret du confessionnal… ce tout jeune homme, pendant les vacances en colonie… On a sur elle, sur lui, sur eux, une ascendance, un pouvoir plus qu’humain, quasi divin… Et l’année d’après on recommence, avec les mêmes ou d’autres… François, ce n’est pas un sacre, c’est un massacre.

    À moins de se dire que seuls les pédophiles et les pervers sont intéressés par le sacerdoce chrétien, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés une fois pour toutes. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Église qui est « perverse » dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement.

    Ces dernières décennies, nous autres, pays chrétiens — ou États laïques issus du christianisme —, avons pris l’habitude de dénoncer les coutumes d’autres cultures que nous considérons comme barbares ou injustes : je pense notamment à l’#excision ou au port de la #burqa. À ceux qui les pratiquent, nous aimons à faire remarquer que nulle part dans le Coran (par exemple) il n’est stipulé que l’on doive couper leur clitoris aux petites filles ou couvrir le visage des femmes, que ces pratiques ont commencé pour des raisons précises, à un moment précis de l’Histoire, afin d’aider les sociétés à mieux organiser les mariages et gérer la distribution des richesses. Les jugeant foncièrement incompatibles avec les valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité) et les droits de l’individu — notamment le droit à l’intégrité corporelle —, nous nous estimons en droit de les interdire sous nos latitudes.

    Or ceux qui les pratiquent les considèrent comme irréfragables, constitutives de leur identité… de la même manière exactement que l’Église considère le #dogme du célibat des prêtres ! N’entrons pas, ici, dans le débat byzantin des raisons plus ou moins avouables pour lesquelles, après la scission des deux Églises, orientale et latine, celle-ci a tenu à se distinguer de celle-là en rendant obligatoire le célibat de ses officiants. Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet. Si lui-même n’a pas pris femme, il y avait parmi ses apôtres des hommes mariés, et, à d’autres époques et sous d’autres formes, le christianisme a autorisé et autorise encore ses prêtres à se marier. Le dogme catholique du célibat ne remonte qu’au Moyen Âge, un grand millier d’années après la mort du Christ.

    Les dégâts d’un dogme
    Ce qu’il s’agit de souligner, c’est que ce dogme, qui fait largement autant de dégâts que l’excision ou que la burqa, est lui aussi le résultat d’une certaine évolution historique. Cela veut dire qu’elle peut être annulée par une autre décision historique, décision que vous seul, cher François, êtes en mesure de prendre. Oui, vous seul avez la possibilité de lever l’injonction au célibat sous toutes les latitudes, protégeant ainsi d’innombrables enfants, adolescents, hommes et femmes à travers le monde.

    La preuve a été refaite et refaite. Le célibat obligatoire des prêtres ne marche pas. La plupart des prêtres ne sont pas chastes. Ils n’arrivent pas à l’être. Il faut en prendre acte et enterrer une fois pour toutes ce dogme inique. Il est criminel de tergiverser alors que, partout où il sévit, le massacre continue. Vous le savez, François ; nous le savons tous. Le rôle de l’Église est de protéger non les forts mais les faibles, non les coupables, mais les #innocents. « Et Jésus dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19 : 14). Depuis mille ans, combien de millions d’enfants ont été détournés de l’Église, dégoûtés de l’Église, empêchés de venir à Jésus, en raison de ce traumatisme ?

    Alors, dites STOP, François. En tant qu’autorité suprême de l’Église catholique, ce serait de loin l’acte le plus important, le plus courageux et le plus chrétien de tout votre mandat. Vous ne le feriez pas pour votre gloire personnelle… et pourtant, cela ne fait pas de doute, cette décision vous apporterait une gloire immense. Pendant des siècles, les prêtres et leurs ouailles vous remercieraient de votre prescience, de votre humanité, de votre sagesse.
    Ayez ce courage, je vous en conjure. Le moment est venu. L’Église doit cesser de cautionner (et donc de perpétuer, c’est-à-dire de perpétrer ) des crimes qui, à travers le monde et les âges, ont bousillé des vies sans nombre. Dites BASTA, François.
    Et si vous ne le faites pas, de grâce… expliquez-nous au moins pour quelles raisons vous ne voulez pas le faire.

    #enfants #femmes #garçons #filles #pape #prêtres #viols #machisme #pédophilie #massacre #catholicisme #sexe #perversité

  • #MeToo : le retour de bâton médiatique… dans les pages de L’Obs

    http://www.slate.fr/story/165545/hommes-apres-metoo-dossier-lobs-masculinite-retour-baton-mouvement-feministe-e

    #backlash

    Les fameux hashtags ont été lancés en octobre 2017 (le mouvement Me Too, lui, existe depuis 2007). Cela fait donc dix mois, durée suffisante pour que tout être pourvu d’un cerveau puisse entreprendre une phase d’introspection. Autrement dit, depuis octobre, tout homme se sentant concerné aurait eu le loisir de se mettre enfin à réfléchir sur lui-même, de prendre conscience de ses privilèges, de réaliser qu’il a, d’une façon ou d’une autre, contribué à cette gigantesque entreprise de maltraitance des femmes.

    Il semble déjà assez aberrant que tant d’hommes aient dû attendre l’éclosion des hashtags et la prolifération de reportages dans les médias (une prolifération éphémère, comme un effet de mode) pour réaliser qu’autour d’eux, partout, tout le temps, des femmes vivaient en insécurité parce qu’elles étaient traitées comme des êtres inférieurs et/ou des objets sexuels. Mais admettons. Admettons que, par inattention, ils n’aient rien vu jusque-là (« Je ne m’étais jamais rendu compte », m’a dit un proche, un peu penaud). #MeToo et #BalanceTonPorc étaient justement là pour les aider à ouvrir enfin grand les yeux sur ce problème dont ils sont la cause.

    Dix mois après, il est temps de faire le bilan, non ? Le dossier de L’Obs est parfaitement représentatif de l’avancée (ou de la non-avancée) des opérations. Quatre pages de reportage sur un camp proposant aux hommes d’« explorer leur masculinité », durant un stage de deux jours (dont, au passage, la non-mixité ne dérange personne alors qu’elle crée la polémique ailleurs), c’est très bien, parce que la pensée masculiniste doit être combattue.

    Mais quel est l’effet de ce reportage au sein d’un tel dossier ? Détourner une nouvelle fois les yeux des problèmes du quotidien. Pour un homme, lire un article sur des types qui vivent nus dans la forêt en scandant des psaumes à la gloire de leur masculinité, c’est finalement assez rassurant. On se dit que ces types sont fêlés, que leurs femmes n’ont pas de bol, et puis on tourne la page sans se poser de question sur soi-même. Pourquoi le faire, puisqu’on est forcément moins extrême que ces mecs ?

    • Il y a une petite partie sur les #incels et la prétendue #misère_sexuelle

      Rien que la notion de « misère sexuelle » pose problème, comme l’expliquait Daphnée Leportois dans un article publié sur Slate peu après le massacre perpétré par Minassian. Sur Twitter, suite à sa lecture de l’article d’Eva Illouz, qui l’a scandalisée à juste titre, une utilisatrice résumait les choses en quelques mots : « La misère sexuelle n’existe pas, c’est la nostalgie de la domination sur les corps féminins ». On parle bien de la perte de ce que les hommes considéraient comme un acquis, et qu’ils vivent mal de voir leur échapper.