• La crise financière qui vient | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient

    Elle revient, et elle n’est pas contente — la crise financière. L’animal est de forte taille, il va faire du dégât sur son passage. Nous nous dirigeons vers des événements de format « subprime ».

    Certains la guettaient depuis un moment, croyaient la voir venir, mais regardaient dans la mauvaise direction : la bulle IA. Comme en 2000 au moment de la bulle « Internet » : de folles valorisations boursières, enivrées par d’affolantes démonstrations de cash burning — le monde à l’envers : plus on jette de l’argent par les fenêtres plus on est considéré — sans perspectives de profit a minima consistantes. Ça n’était pas raisonnable, ça ne pouvait pas durer ; ça ne dura pas. La bulle finit par éclater. Mais sans grand dommage — disons : rien qui puisse se comparer à ce qui suivit la chute de Lehman Brothers. En réalité les krachs dans les marchés d’actions ont rarement de spectaculaires conséquences. Celui d’octobre 1987, qui vit pourtant les indices perdre 20 % en une journée, fut absorbé avec une aisance déconcertante.

    Non, les crises qui tapent viennent toujours du même secteur : le crédit. Les crises financières dévastatrices sont des crises de la dette — et, il n’est pas superflu de le souligner : de la dette privée (quand on nous rebat les oreilles H24 des terrifiants périls de la dette publique). Telle fut la crise des subprimes. Telle est la crise qui vient. Comme toujours issue d’une certaine manière de la précédente : la manière de l’évasion. Évasion de quoi ? De la régulation, bien sûr. La bulle des subprimes elle-même s’était formée par explosion d’une « innovation » financière destinée à contourner les « insupportables » restrictions qui pesaient sur les crédits bancaires. Et l’on connut la titrisation, avec ses crédits bancaires poolés, tranchés, structurés, et rendus négociables sur les marchés, pour pouvoir être sortis des bilans des banques… et qu’elles puissent recommencer. Toute une petite industrie, merveilleusement profitable, qui permettait, disait le prospectus, de transformer le junk en or, c’est-à-dire les crédits immobiliers les plus foireux — sub-prime — en actifs hautement rémunérateurs, supposément liquides, supposément sans risque. Las, tout ça finit mal — mal finir signifiant pour la finance : avec de la re-régulation. Tellement peu de chose en fait, mais comme toujours « insupportable », donc préparant le mouvement d’après pour s’y soustraire à nouveau. Nous y voilà.

    • Comment tout ceci peut-il tourner ? Voyons, concentrons-nous, réfléchissons bien : plutôt mal. Des événements comme les limitations de retrait font des dommages considérables dans les esprits. Le fund run va comparativement donner à un lever de rideau de grand magasin un jour de soldes des airs de rêveries du promeneur solitaire. La dernière chose qui pouvait (éventuellement) convaincre de garder son calme, à savoir la conjoncture économique générale, est désormais enfouie sous les ruines au Proche-Orient. Il faut admettre que le commander in chief est un sacré farceur. Aurait-il eu le projet de tout faire aller au pire qu’il ne s’y serait pas pris autrement. C’est que les interactions entre la crise financière gouvernée par le private credit et la situation géopolitique guerrière sont violentissimes. On pouvait difficilement trouver meilleur moment pour bombarder, et faire bombarder, tout le Proche-Orient. Le Financial Times parle de « désorganisation historique » du marché du pétrole, sans compter la dislocation des chaînes d’approvisionnement — car il n’y a pas que du pétrole qui passe par le détroit d’Ormuz, et des secteurs entiers seront bientôt à l’arrêt faute de leurs matières premières usuelles.
      La géopolitique étant ipso facto de la géoéconomie, évidence élémentaire qui n’est plus à la portée des braindead de Washington, la guerre contre l’Iran est assurée d’une crise économique mondiale de première grandeur. Quelle bonne idée au moment où, précisément, le doute qui pèse sur tout le private credit (PC) a pour unique objet le taux de défaut des actifs sous-jacents, c’est-à-dire des entreprises moyennes-grandes (le PC concerne des entreprises qui font entre quelques dizaines et quelques centaines de millions de dollars d’EBITDA (2)), non-cotées — de qualité… inégale, dira-t-on. Mettre l’économie mondiale à l’arrêt, en un moment où la menace des défauts est partout, voilà qui va bien arranger les private bidons.

      Ceci dit, le camarade Lordon caresse toujours l’espoir de l’avènement d’un « Grand-Soir » suite à une #crise_de_liquidités. On peut toujours rêver avec lui (ou pas).

      #bank_run #fund_run #shadow_banking_system #private_credit #braindead

  • Social Media as a Bank Run Catalyst by J. Anthony Cookson, Corbin Fox, Javier Gil-Bazo, Juan Felipe Imbet, Christoph Schiller :: SSRN
    https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4422754

    Abstract
    Social media fueled a #bank_run on Silicon Valley Bank (SVB), and the effects were felt broadly in the U.S. banking industry. We employ comprehensive Twitter data to show that preexisting exposure to social media predicts bank stock market losses in the run period even after controlling for bank characteristics related to run risk (i.e., mark-to-market losses and uninsured deposits). Moreover, we show that social media amplifies these bank run risk factors. During the run period, we find the intensity of Twitter conversation about a bank predicts stock market losses at the hourly frequency. This effect is stronger for banks with bank run risk factors. At even higher frequency, tweets in the run period with negative sentiment translate into immediate stock market losses. These high frequency effects are stronger when tweets are authored by members of the Twitter startup community (who are likely depositors) and contain keywords related to contagion. These results are consistent with depositors using Twitter to communicate in real time during the bank run.

    via @freakonometrics

  • Les capitaux fuient toujours la Grèce et vont se réfugier en… Allemagne
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/24/les-capitaux-fuient-toujours-la-grece-et-vont-se-refugier-en-allemagne_46605

    L’argent continue de sortir de Grèce, rendant prégnante la question de la mise en place d’un contrôle des capitaux. Selon des informations du Monde, 1,5 milliard d’euros ont encore été retirés des comptes en banque grecs, lundi 22 juin, sur fond d’inquiétudes sur l’avenir de la Grèce et une sortie de la zone euro. Des capitaux qui vont massivement se réfugier en Allemagne.

    Les retraits de lundi s’ajoutent aux records établis la semaine précédente, dont, selon des sources concordantes, 2 milliards d’euros vendredi 19 juin. Sur l’ensemble de la semaine dernière, les évaluations des sommes retirées des banques grecques portaient sur un montant de quelque 5 milliards d’euros, selon des sources européennes. Au total, plus de 80 milliards d’euros auraient quitté la Grèce depuis janvier 2010.

    Ces chiffres, témoins d’un bank run (panique bancaire) qui ne dit pas son nom, sont utilisés par les créanciers de la Grèce comme un argument de négociation dans le bras de fer engagé avec Athènes pour lui arracher un accord sur un compromis « argent contre réformes ».

    À force de l’appeler et d’en révéler le nom il va bien finir par faire son #épiphanie notre #bank_run

    • Suivi de l’analyse de R. Godin.

      Grèce : un accord économiquement coûteux
      http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-un-accord-economiquement-couteux-486705.html

      Le « blame game » a commencé
      Il est donc piquant de voir aujourd’hui le FMI s’inquiéter des risques sur la croissance des mesures proposées par le gouvernement grec. Ou un Pierre Moscovici affirmer mardi soir devant des députés européens grecs que le plan hellénique est « plus dur » que celui des créanciers, alors même que ce plan n’a pas été accepté par les créanciers.

      Le « blame game », consistant à trouver un coupable pour la prochaine dégradation de l’économie grecque a commencé. Les créanciers prouvent ainsi que leur but politique reste d’actualité. Si le gouvernement survit politiquement à l’accord, on prépare déjà l’étape suivante : faire reporter sur le gouvernement grec l’échec d’une politique qu’on lui a imposé.

  • GRÈCE : LE COUP D’ÉTAT NE SERA PAS TÉLÉVISÉ

    Les rumeurs d’élections distillées depuis deux jours par les créanciers de la Grèce, l’inquiétude pour les « Grecs qui souffrent » exprimée avant-hier sur les ondes d’une radio française par le président de la Commission (qui a bien pris soin d’ajouter que c’était du « peuple » qu’il se souciait, et non de son « gouvernement » ni de son « Parlement »), la récente douche froide de Bruxelles (la délégation hellénique face à des interlocuteurs expliquant qu’ils n’avaient pas mandat pour négocier, l’interruption consécutive de cette réunion au bout de 45 minutes), le report des négociations à la fin juin, la campagne de dénigrement du gouvernement grec orchestrée par le FMI, la Commission européenne et les principaux quotidiens allemands et français (« Die Welt », « Bild », « Le Figaro », « Le Monde »), campagne à laquelle le chef de file des sociaux-démocrates allemands vient d’apporter une lourde pierre et dont l’intensité a manifestement franchi un cap depuis deux ou trois jours ― tout cela, combiné à la fuite des capitaux en cours et à l’effondrement de la Bourse d’Athènes, montre que ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une tentative de coup d’État financier, économique et politique perpétrée contre le gouvernement grec, un gouvernement élu par le peuple il y a à peine moins de cinq mois.

    L’objectif semble bien être de faire tomber le gouvernement d’Alexis Tsipras en utilisant le levier de la panique bancaire et, en sapant les fondements mêmes de l’économie du pays, de réduire à néant le soutien politique que le peuple grec continue d’apporter à ses représentants.

    Il s’agit d’un coup d’État invisible, sans tanks dans les rues d’Athènes, sans bain de sang, sans images, dans le droit fil de la stratégie insidieuse d’étranglement adoptée par nos « partenaires » dès le 4 février (suspension par la BCE du principal mécanisme de financement des banques grecques), dans le droit fil aussi de la stratégie qui avait conduit ces mêmes partenaires à court-circuiter en 2011 les procédures démocratiques pour placer un banquier et un technocrate (Lukas Papademos, Mario Monti) à la tête des gouvernements grec et italien.

    Une tentative de coup d’État que les peuples de l’Union européenne, et le peuple grec lui-même, sont d’ores et déjà invités à cautionner.

    Ces peuples doivent aujourd’hui prendre conscience que leurs représentants font aujourd’hui tout ce qui est en leur pouvoir pour renverser, au cœur de l’Europe, un gouvernement démocratiquement élu.

    Dimitris Alexakis, Athènes

    mardi 16 juin 2015

    https://oulaviesauvage.wordpress.com/2015/06/16/grece-le-coup-detat-ne-sera-pas-televise

    #dette #UE #FMI #Grèce #Tsipras #négociations #coup_d'Etat #bank_run #fuite_des_capitaux #krach

  • Panique bancaire au Jiangsu
    Paniqués par des rumeurs, des Chinois retirent leurs économies de deux banques
    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20140326trib000822008/paniques-par-des-rumeurs-des-chinois-retirent-leurs-economies-de-deux-banq

    Des centaines de clients de deux banques locales de la province de Jiangsu, dans l’est de la Chine, se sont rués aux guichets pour retirer leurs économies après des rumeurs sur la solvabilité des établissements. La Banque centrale chinoise a dû lancer un appel au calme.

    C’est un incident isolé, mais qui témoigne d’une certaine fébrilité en Chine. Alors que des rumeurs planaient sur la solvabilité de deux petites banques de la province de Jiangsu, dans l’est du pays, des centaines de clients se sont pressés aux guichets des établissements durant trois jours pour en retirer leurs économies.

    #bank_run

    Des images (et une vidéo, mais c’est incorporé de façon bizarre) ici
    http://news.qq.com/a/20140325/010193.htm


    Notez : on empile les billets aux fenêtres pour montrer qu’il n’y pas de souci…