• Faire barrage aux travaux du Drac

    Youpi youpla, cette année toutes les institutions fêtent le centenaire de « l’exposition internationale de la #houille_blanche », qui a eu lieu à Grenoble en 1925. L’occasion de célébrer encore et encore cette fameuse « houille blanche », surnom donné à l’#hydroélectricité, qu’on présente encore aujourd’hui comme de « l’#énergie_verte ».
    Bien entendu, les hourras de la communication ne s’intéressent jamais aux #dégâts considérables créés sur les #rivières par cette hydroélectricité. Pourtant les exemples ne manquent pas. Ainsi, dans la métropole grenobloise, le Drac s’apprête à subir cinq années de travaux afin de « réduire les #risques_d’inondation », entraînant notamment la #destruction de quantité d’#espaces_naturels sauvages tout le long de la rivière. C’est en tout cas ce que prévoit l’avant-projet, qui programme 86 millions d’euros de travaux à partir de 2027. Il reste un an et demi pour empêcher ce désastre.

    Connaissez-vous le #Drakistan ? C’est le nom – non officiel – donné à toutes ces bandes de terre, presqu’îles ou îlots le long du Drac, du côté de #Fontaine et #Seyssinet-Pariset. Des endroits situés dans le lit de la rivière et donc susceptibles d’être submergés en cas de #montée_des_eaux, par exemple suite à un lâcher d’un des nombreux barrages présents en amont.

    Ces lieux ont le charme des endroits non aménagés. Juste au-dessus, il y a la #digue, avec sa bande d’#asphalte bien droite, lieu de passage ou de promenade fonctionnel mais dénué d’enchantement. La digue est dédiée aux « modes doux » mais trace tout droit comme l’autoroute, on ne s’y perd pas, on reste bien sagement sur le chemin. Il faut emprunter une des nombreuses sentes pour descendre quelques mètres afin d’arriver au Drakistan. Ici aucun urbaniste ou paysagiste n’a planifié quoi que ce soit. Ici, la seule créatrice, c’est la rivière, qui façonne ces espaces au fil de ses #crues et de ses #retraits. Et a priori, elle se débrouille plutôt pas mal. En tous cas, malgré l’interdiction, ces lieux attirent – et pas seulement des animaux sauvages (voir Le Postillon n°75). Des chiens et leurs maîtres, des familles et leur barbecue, des solitaires, des en-couples ou des en‑groupes. Il y a l’impressionnante « Platane cabane » pour les enfants et puis des restes d’habitations utilisées par des sans-toits. Le Drakistan de Fontaine n’est pas loin du local du Postillon, on y vient souvent manger un sandwich ou faire une pause, regarder dévaler l’eau pour se laver le cerveau des heures passées devant l’ordinateur.

    En fonction des jours et même des heures, ces lieux ne sont jamais vraiment identiques. Un passage à sec peut se retrouver sous un demi-mètre d’eau une heure plus tard, des rives aperçues un jour peuvent avoir été « mangées » par la rivière la semaine d’après, un nouvel espace pour se poser peut émerger en quelques mois. Mais ce qui est sûr, c’est que globalement, les bandes de terre, presqu’îles ou îles grossissent d’année en année, à cause de tous ces cailloux que la rivière charrie et qui sont empêchés d’aller plus bas par le barrage de #Saint-Égrève. Comme on le racontait dans Le Postillon n°73, quand le #barrage a été construit à la fin des années 1980, les cailloux du Drac étaient « dragués », sortis de la rivière pour alimenter les besoins nombreux en construction. Mais dans les années 1990, différentes lois sur l’eau interdisent d’exploiter les rivières dans leur « #lit_mineur » – pour d’évidentes raisons écologiques et sécuritaires (plus la rivière se creuse, plus ça peut fragiliser des ponts). Alors depuis une trentaine d’années, les cailloux du Drac s’accumulent dans les kilomètres avant le barrage de Saint-Égrève, et font grossir peu à peu le Drakistan.

    Pour nous, simples flâneurs inconscients, c’est plutôt charmant, mais pour les autorités c’est un sacré problème. Pas tant parce que de plus en plus de monde fréquente ces zones, mais parce qu’en toute logique, ça augmente considérablement le #risque_d’inondation : vu qu’il y a plus de matériaux solides dans le lit de la rivière, l’eau a moins de place pour circuler et en cas de crue exceptionnelle (on redoute surtout la « crue bicentennale »), risque de passer par‑dessus les digues et d’inonder les milliers d’habitations présentes de part et d’autre, voire de faire céder une digue (« 31 000 habitants et 25 000 emplois concernés » en cas de rupture de digue).

    Alors ça fait un moment que ça turbine sévère afin de préparer les « travaux de protection contre les #inondations du Drac » aussi connus sous le nom de « #programmes_d’actions_de_préventions_des_inondations » (#Papi du Drac), portés par le #Symbhi (#Syndicat_mixte_des_bassins_hydrauliques_de_l’Isère). La déclaration d’intention de juin 2025, disponible sur le site de la préfecture, nous apprend par exemple que depuis 2018, ce ne sont pas moins de 181 réunions qui se sont tenues entre les différents « acteurs » du projet (Métropole, différents services de l’État, #EDF, acteurs environnementaux, etc.). On vous passe les détails de la « gouvernance » (comités techniques restreints et élargis, comité de pilotage, comité consultatif, etc.) et de la « stratégie de concertation et de communication ambitieuse » mise en place les sept dernières années. Tous ces comités, ces réunions publiques, ces « balades pédagogiques » ont donc abouti à la #planification de #travaux_d’aménagements prévus sur cinq années, entre 2027 et 2031, validés notamment par le vote en faveur de l’avant-projet par la #Métropole en avril dernier.

    Pour saisir leur importance, un chiffre suffit : 86 millions d’euros d’argent public sont pour l’instant budgétés (selon le site du Symbhi). Concrètement, ça veut dire que pendant cinq ans, un paquet de machines, de moteurs, de camions vont venir triturer le lit du Drac. Et anéantir – ou radicalement bouleverser – les charmants espaces du Drakistan.

    Dans le langage technocratique, on parle de « rajeunissement des bancs et îlots sur le linéaire de la traversée urbaine du Drac ». « #Rajeunissement » (détaillé en « enlèvement de la végétation et abaissement du banc ou îlot »), c’est un joli mot pour désigner la #dévastation de beaucoup de ces bancs ou îlots. Concrètement, la #déclaration_d’intention nous apprend que si certains #bancs, très minoritaires, restent « sans modification à l’étude », la plupart vont être « arasés » (soit « mis à ras, aplanis ») de façon plus ou moins importante : certains pour être en « immersion 80 % du temps », d’autres « 50 % du temps » (sachant que pour l’instant la plupart de ces bancs ne sont presque jamais immergés).

    Il n’y a pas que dans sa « traversée urbaine » que le Drac va subir les assauts des pelleteuses et des pompes de dragage. Les travaux envisagés concernent la vingtaine de kilomètres entre le barrage de #Notre-Dame-de-Commiers et la confluence avec l’Isère, les machines devant autant s’activer au niveau de #Comboire ou des champs captants de #Rochefort pour extraire des cailloux et aménager des « espaces de bon fonctionnement » de cette rivière autrefois sauvage et aujourd’hui corsetée et maltraitée tout du long.

    Mais qu’est-ce qu’on va faire de tous les matériaux enlevés ? Un peu plus haut, la réserve naturelle des #Isles_du_Drac (voir dernier numéro) est « déficitaire en sédiments grossiers du fait de la présence de la chaîne hydroélectrique en amont ». En clair : comme les quatre grands barrages du Drac empêchent les #cailloux de passer (la majorité des sédiments arrivant en ville proviennent en fait de la Romanche, affluent du Drac), il n’y a pas assez de sédiments dans cette zone, ce qui fait que « tous les milieux et espèces associés sont menacés sans action de réinjection de sédiments ».

    Alors le Symbhi prévoit des « #recharges_sédimentaires » dans cette zone, c’est-à-dire de transporter en camion des cailloux qui étaient auparavant transportés par la rivière. Et forcément, ça signifie pas mal de va-et-vient. Il est question d’une première recharge de « 37 000 m3 », suivie d’apports de « 4 000 m3 par an ». Sachant qu’un camion-benne peut transporter « environ 10 à 16 m3 », la première recharge nécessitera environ 2 800 aller-retours en camion. Merci « l’énergie verte » !
    Face aux grands dégâts annoncés, pas de panique ! Le Symbhi prétend bien entendu faire au moins pire. Toujours selon sa novlangue, si le « processus de rajeunissement » va entraîner un « éclaircissement de la végétation », il est quand même prévu de « replanter des arbres une fois les travaux terminés », ceci « afin de limiter l’impact sur le #paysage, la #végétation d’ambiance et le maintien d’#îlots_de_fraîcheur dans l’agglomération ». Par contre, il n’est pas précisé comment compenser la perte des « boisements développés dans l’espace intra-digues » qui « représentent également un enjeu écologique non négligeable », notamment parce qu’ils « hébergent une #biodiversité remarquable : de nombreux #oiseaux, le Castor d’Europe, l’Inule de Suisse, ainsi que des milieux variés tels que pelouses sableuses, bras secondaires ou zones humides phréatiques ». Ça va prendre un paquet d’années « une fois les travaux terminés » pour que toutes ces espèces repointent le bout de leur nez… On pourra toujours se consoler en posant des questions à ChatGPT et en se disant que les supercalculateurs nécessaires au développement de l’IA, comme celui en construction à Eybens, sont peut-être alimentés par « l’énergie verte » des barrages.

    Pour ne pas nommer « #désastre_environnemental » ce qui est un désastre environnemental, le Symbhi agite quelques mesurettes : « Afin de limiter les émissions de CO2 et de micro-particules liées au transport », le syndicat promet de « favoriser les circuits courts », « d’utiliser des véhicules à faibles émissions », d’arroser les pistes au niveau des zones de chargement/déchargement pour « limiter les émissions de poussière » et même – ultime audace – de « former les conducteurs à l’écoconduite ». C’est quelle part du budget sur les 86 millions d’euros ?

    Pour une telle somme d’#argent_public, il est quand même prévu quelques travaux pour le bien-être des simples habitants. Ainsi entre Champagnier et Fontaine, une vingtaine de « haltes paysagères » devraient être aménagées, notamment afin de « renforcer les îlots de fraîcheur le long de la rivière »… Pour être plus précis, il s’agit d’abord de raser la plupart des « îlots de fraicheur » et ensuite de les « renforcer ».

    La seule bonne nouvelle dans cette affaire, c’est que ce programme n’est pour l’instant qu’un « avant-projet ». Même s’il a déjà été voté par la Métropole, il reste encore un an et demi avant le début annoncé des travaux, autant de temps pour essayer de mettre la pression sur le Symbhi pour qu’il revoie à la baisse ses projets destructeurs ou qu’il les abandonne. À ce propos, une réunion publique sur les travaux est annoncée le 8 octobre à 18h30 à la mairie de Fontaine.

    Comment croire qu’il n’y ait pas d’autre solution, face au risque d’inondation, que l’ « #arasement » de ce qui constitue aujourd’hui les seuls endroits encore sauvages dans notre cuvette en béton ? Allons-nous vraiment supporter la vue, pendant cinq ans, des bulldozers du Symbhi écrasant à l’ancienne les îles du Drac, ses forêts, ses bras morts, et toutes les bestioles qui y font leur vie ?
    Si la raison principale du projet est la protection de l’agglo face au risque de « #crue_bicentennale », n’y a-t-il vraiment pas d’autre option à envisager que ce désastre écologique à 86 millions d’euros ?

    Le débit du Drac, faut-il le rappeler, est entièrement asservi par EDF et ses quatre grands lacs de barrages en amont de Grenoble : le #Sautet (1 077 millions de m3), #Saint-Pierre-Cognet (28 millions de m3), #Monteynard (275 millions de m3) et #Notre-Dame-de-Commiers (34 millions de m3). Sur les affluents du Drac, il y a aussi les grands lacs de barrage présents sur la #Romanche (le #Chambon) ou l’#Eau_d’Olle (#Grand’Maison). Serait-il délirant d’imaginer fermer les bonnes vannes au bon moment (en cas d’épisode hydro­logique faisant redouter une « crue bicentennale »), pour faire monter de quelques mètres le niveau des retenues afin de « lisser » la crue, comme ils disent ? Et si cela implique, une fois par siècle, une production d’#électricité dégradée pendant quelques jours, des pertes d’argent sur le « marché de l’énergie », voire des coupures d’électricité ciblées, on pourrait arriver à s’en remettre, non ?

    Dans la « déclaration d’intention », on apprend qu’un autre scénario « reposait sur une intervention minimale visant à préserver l’état actuel du lit du Drac, notamment en conservant les bancs végétalisés. Il comprenait le confortement et la sécurisation des ouvrages de protection contre les inondations ainsi que des solutions de gestion des excédents sédimentaires. » Si ce scénario n’a pas été retenu, c’est parce qu’il ne « permettait pas l’abaissement des lignes d’eau en crue de contribuer au déficit sédimentaire au sein de la réserve naturelle des Isles du Drac et il n’apportait qu’une faible contribution à la biodiversité, impliquant des compensations hors site ». Ce charabia difficilement compréhensible affirme néanmoins que pour le risque d’inondation, on peut ne pas raser le Drakistan même si les technocrates écrivent que laisser ces espaces naturels n’apporterait « qu’une faible contribution à la biodiversité » (!). Si ce scénario n’a pas été choisi, c’est uniquement pour résoudre les problèmes de « déficit sédimentaire » causés par les barrages. Encore et toujours, la rivière est considérée pour les seuls intérêts de la « houille blanche ».

    Ce nouvel épisode à venir du saccage du Drac devrait donc d’abord inciter à réfléchir sur le véritable bilan de la « houille blanche » et d’un siècle d’électrification [1]. Avec le centenaire de « l’exposition internationale de la houille blanche », la mairie de Grenoble, comme toutes les institutions locales, préfère célébrer sans retenue cette pseudo « énergie verte » qui a en réalité contribué à saccager l’environnement.

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    Le « #collectif_des_gens_qui_ont_chaud » prié d’aller se rhabiller (pour l’instant)

    86 millions d’euros de travaux, mais rien de prévu pour permettre la #baignade dans ces millions de mètres cubes d’eau dévalant depuis les montagnes. Cet été, le « collectif des gens qui ont chaud » a organisé deux #baignades_sauvages dans le Drac (voir photo page 28) afin de « montrer que la baignade dans les lieux naturels est possible et mettre le débat sur la place publique ». Une initiative qui a entraîné des arrêtés municipaux de la part des maires de Fontaine et Seyssinet-Pariset pour « interdire la baignade » et même un tweet de la préfète de l’Isère afin d’inciter à « privilégier les zones réglementées pour vous baigner en toute sécurité » et de déconseiller la baignade « dans ce cours d’eau particulièrement instable dont la variation de débit peut fluctuer très vite ». Pour les autorités, même après plusieurs étés caniculaires, il n’est toujours pas envisageable que les 400 000 habitants de la cuvette puissent profiter de la fraîcheur des cours d’eau qui la traversent... Si 181 réunions et 86 millions d’euros ne prévoient rien pour la baignade, c’est que sur cette rivière comme sur les autres, c’est la fameuse « houille blanche » qui dicte sa loi. On reviendra sur la baignade dans un prochain numéro.

    https://lepostillon.org/Faire-barrage-aux-travaux-du-Drac.html

    #rivière #Drac #Grenoble #Isère #castors #budget #coût

  • Les députés ouvrent les débats sur l’avenir des barrages français
    https://www.connaissancedesenergies.org/afp/les-deputes-ouvrent-les-debats-sur-lavenir-des-barrages-fra

    Connaissance des Énergies avec AFP parue le 05 février 2026

    Les députés mettront-ils un terme à un litige vieux de dix ans avec Bruxelles ? Ils ont commencé mercredi à débattre d’une proposition de loi sur l’avenir des barrages français, censée permettre de relancer l’investissement dans ce secteur stratégique.

    « Nous avons enfin l’occasion de sortir de quinze années d’impasse qui ont pesé sur tout le secteur », a lancé en ouverture des débats Marie-Noëlle Battistel (PS), co-rapporteure avec Philippe Bolo (MoDem).

    (...)

    Mais les investissements, indispensables pour ces ouvrages parfois vieillissants, sont actuellement empêchés à cause d’insécurités juridiques liées à deux procédures de la Commission européenne contre la France.

    (...)

    Une « situation qui bloque toute modernisation, toute extension, tout investissement », a déploré le ministre de l’Economie Roland Lescure, favorable à la proposition de loi.

    Reste que le texte ne fait pas l’unanimité, les écologistes, LFI et le RN, se montrant inquiets d’un risque de privatisation. Pour l’Union syndicale Solidaires et SUD énergie, il représente aussi « une perte grave de contrôle public sur les barrages ».

    Les blocages ce sont lézextrêmes.

  • #barrages hydroélectriques : le discret retour de la #privatisation voulue par l’UE
    https://lvsl.fr/barrages-hydroelectriques-le-discret-retour-de-la-privatisation-voulue-par-lue

    Depuis au moins dix ans, la Commission européenne presse Paris d’ouvrir à la #concurrence les concessions des barrages hydroélectriques. Deuxième source d’électricité, amortis et rentables, pilotables et jouant un rôle central dans la gestion de l’eau, ceux-ci ont été préservés de la rapacité du secteur privé depuis un siècle. Tout en prétendant maintenir les barrages dans le giron public, une proposition de loi directement issue des négociations avec l’UE prépare en réalité leur privatisation rampante et instaure un mécanisme similaire à l’ARENH, qui a ruiné #EDF. Alors que la bataille pour sauver nos barrages va reprendre, l’option alternative de la quasi-régie et surtout la désobéissance à l’idéologie du marché continuent à être (...)

    #Économie #alstom #Engie #General_Electric #Grenoble #hydroélectricité #Macron #néolibéralisme #Union_Européenne

  • La guerre de l’#eau, un conflit explosif dans les #Pyrénées-Orientales

    Face à la #sécheresse dans les Pyrénées-Orientales, les pouvoirs publics misent sur l’#irrigation. Au risque de provoquer une #guerre_de_l’eau. #Omerta, #pressions politiques, maraîchers inquiets... Le sujet est explosif.

    « Vous voulez nous piquer notre eau ! » Ce mercredi de novembre, l’élégante salle des fêtes de #Latour-de-France bruisse d’indignation. Jardiniers ou paysans, ils sont venus en nombre exprimer leurs craintes. En face, représentants de la #FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et productiviste, et services de l’État peinent à cacher leur impatience. « C’est une des premières guerres de l’eau du département », commente un des participants.

    Au cœur de la discorde hydraulique : un #tuyau de 10 km qui permettrait d’amener davantage d’or bleu aux #vignes et #abricotiers de la plaine de #Rivesaltes. « Un projet qui va bénéficier à toute la vallée », selon Jean Bertrand, salarié de la chambre d’agriculture catalane, dirigée par la FNSEA. Mais pour les habitants de l’amont, chez qui la précieuse ressource va être puisée, l’inquiétude est palpable : « Avec le peu d’eau que vous allez nous laisser, c’est la mort pour nous. »

    Tous les ingrédients sont réunis pour rendre le sujet explosif. Une ressource en chute libre et une demande en eau qui explose, des agriculteurs exsangues et des petits jardiniers inquiets... Le tout saupoudré d’omerta et enrobé de #pressions_politiques.

    La #rivière disparaît sous terre

    Pour bien comprendre le problème, il faut remonter deux ans en arrière. Les Pyrénées-Orientales traversaient alors une sécheresse historique. Entre avril 2023 et mars 2024, le déficit de pluie a atteint jusqu’à 70 % dans l’est du département. Avec des conséquences catastrophiques pour l’#agriculture : des abricotiers morts sur pied, des vignes desséchées… En pleine mobilisation agricole, l’État a redouté une crise potentiellement explosive. Il fallait répondre, vite et fort.

    Le 22 mai 2024, le ministre de la Transition écologique de l’époque, #Christophe_Béchu, lançait en grande pompe un #plan_de_résilience pour l’eau, assorti d’un chèque de 10 millions d’euros. Dans la foulée, il annonçait soutenir « sept projets concrets faisant consensus » dans le département, dont plusieurs portés par la chambre d’agriculture. Parmi eux, la « priorité des priorités », selon la directrice du plan eau, #Christine_Portero-Espert : « La sécurisation de l’alimentation des #réseaux_d’irrigation de l’#Agly aval. » Notre fameux tuyau.

    S’il y a urgence, c’est que la #vallée_de_l’Agly est la zone la plus affectée par la sécheresse. À Rivesaltes, les habitants n’ont pas vu couler le fleuve de décembre 2022 à octobre 2024. Une situation exceptionnelle, mais pas surprenante : en un demi-siècle, « le débit des fleuves côtiers méditerranéens a diminué de 30 à 40 %, dont au moins 20 % directement lié au changement climatique », explique l’hydrologue Wolfgang Ludwig, qui prévoit la quasi-disparition de ces #cours_d’eau d’ici la fin du siècle, dans les pires scénarios climatiques.

    Un séisme hydrologique au pays catalan. « Historiquement, il y a de l’eau dans les Pyrénées-Orientales, grâce à la fonte des neiges, rappelle le chercheur. Il y a donc ici une #culture_de_l’irrigation très développée, qui a été une chance, mais qui est aujourd’hui une grande vulnérabilité. » Car l’abondance hydrique a retardé l’adaptation au #changement_climatique — et poussé une partie des agriculteurs du Rivesaltais à miser sur l’#abricot, une culture très gourmande en eau.

    Dans la vallée de l’Agly, le #fleuve alimente tout un #réseau_d’irrigation, dont une partie héritée du Moyen-Âge. Autour de Latour-de-France et d’#Estagel, quelque 280 hectares — de petits potagers comme des exploitations viticoles — sont ainsi arrosés. À Rivesaltes, près de 400 hectares en bénéficient.

    Cerise sur le gâteau aride, le cours d’eau traverse — entre Latour-de-France et Rivesaltes — une zone rocheuse comparable à un gruyère : le #karst des #Corbières. En clair, une grande partie de la rivière disparaît sous terre. En période de sécheresse, le karst pourrait absorber jusqu’à 3 000 litres par seconde, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Résultat, en aval, les canaux d’irrigation alimentés par l’Agly sont régulièrement vides.

    Jusqu’ici, la parade consistait à lâcher d’importantes quantités d’eau depuis le #barrage_de_Caramany, à 30 km en amont, pour « passer le karst ». Sauf que la réserve se vidait à vue d’œil. D’où l’idée — apparemment simple — des élus de la chambre d’agriculture : court-circuiter la zone poreuse grâce à un tuyau. « On aura besoin de lâcher moins d’eau en période sèche pour assurer les besoins agricoles », se réjouit Jean Bertrand.

    Selon les calculs du cabinet BRL Ingénierie — mandaté pour étudier le projet —, entre 1 et 4 millions de m3 seraient ainsi « économisés » les années sèches, sauvegardés dans le barrage. Et le tour est joué ! Pas si simple, mettent en garde plusieurs experts — qui souhaitent tous rester anonymes, signe que le sujet est tendu. Car le karst alimente les nappes du #Roussillon — précieuses réserves d’eau douce pour le littoral catalan, menacées par l’intrusion saline —, mais également l’étang de #Salses-Leucate. Pour « sécuriser » son #accès_à_l’eau, la métropole de #Perpignan projette aussi de multiplier par quatre ses prélèvements dans cette zone calcaire décidément très convoitée.

    « Qui pourra se payer l’eau ? »

    Interrogés par Reporterre quant aux incidences de ce projet sur l’alimentation en #eau_douce du territoire, les acteurs locaux bottent en touche. La métropole ne nous a pas répondu. Le syndicat de l’étang de Leucate indique qu’« à ce stade, la commission locale de l’eau [qui réunit élus et usagers] n’a pas été consultée sur ce dossier ». Pour le syndicat du bassin de l’Agly, « de nombreux points techniques et opérationnels doivent encore être étudiés et précisés » avant qu’il puisse « s’exprimer publiquement ». Rien d’officiel donc, mais en coulisses, plusieurs acteurs publics de l’eau nous ont fait part de leur « vive inquiétude ».

    « Il s’agit d’un système complexe et fragile, qui n’a pas du tout été pris en compte dans sa globalité », nous indique un connaisseur du dossier. Les interactions du karst avec les #nappes et des cours d’eau catalans sont encore mal connues. « On joue aux apprentis sorciers. »

    Côté préfecture et chambre d’agriculture, on se veut rassurant : si le besoin s’en fait sentir, on lâchera davantage d’eau du #barrage pour renflouer les réseaux souterrains. Circulez, il n’y a rien à voir.

    Mais le problème ne s’arrête pas là. Car construire un #adducteur — et toutes les infrastructures autour — coûte cher, très cher. Entre 12 et 18 millions d’euros selon BRL Ingénierie. Sans oublier quelque 200 000 euros annuels pour faire fonctionner l’ouvrage. Un #prix potentiellement insoutenable pour les quelque 1 400 propriétaires reliés aux différents canaux et organisés en Association syndicale autorisée (ASA).

    D’où la volonté des porteurs du projet d’étendre le réseau d’irrigation. 250 hectares supplémentaires — de la vigne principalement, selon la chambre d’agriculture — pourraient ainsi être reliés et abreuvés. Ainsi qu’une centaine d’hectares, notamment des abricotiers, aujourd’hui arrosés grâce à des forages. « Pour atteindre la soutenabilité économique, il est en effet nécessaire d’ouvrir le réseau à de nouveaux enjeux et à un plus grand nombre d’agriculteurs pour augmenter le nombre de cotisants », indique Jean Bertrand.

    Mais même dans ce scénario, il est probable que le prix de l’eau s’envole de plusieurs centaines d’euros : qui pourra encore se la payer ? « Le risque, c’est que seuls les plus grands arboriculteurs ou viticulteurs puissent avoir accès à l’irrigation », craint Jacques de Chancel, vigneron et membre de la Confédération paysanne.

    Et c’est là que le bât blesse. « Tant qu’il s’agissait de soutenir les réseaux existants, pourquoi pas, mais là, on a l’impression d’un projet qui va profiter surtout à l’agriculture industrielle », soulève-t-il. D’autant que pour pouvoir satisfaire tous les besoins, les porteurs du projet envisagent également de réduire le robinet des petits agriculteurs et des jardiniers en amont du tuyau.

    C’est le cas de Luc, maraîcher installé depuis cinq ans à Estagel. Il cultive aujourd’hui 3 hectares de légumes, vendus ensuite localement, via une Amap. Pour arroser ses parcelles, il utilise notamment l’eau du canal voisin — qui pourrait donc diminuer voire disparaître en période sèche. « Avec ce projet, je risque de fermer boutique », alerte-t-il.

    Côté chambre d’agriculture et services de l’État, on fait valoir un projet « global », qui consiste également à moderniser les réseaux, colmater les fuites, automatiser la distribution d’eau… Autant d’économies qui « bénéficieront à tout le monde », assure Christine Portero-Espert. Pour elle, 250 hectares irrigués en plus — comparés aux 1 100 ha déjà reliés aux canaux — ce n’est pas « déraisonnable », surtout si ça permet de « sécuriser des filières », et donc de préserver des emplois.

    Omerta

    Face au flou, les relations se tendent entre habitants de l’amont et de l’aval. Rares sont les personnes qui acceptent de prendre publiquement position pour ou contre le projet. Nous avons pu contacter un des viticulteurs qui pourrait être raccordé au tuyau — aujourd’hui, il n’irrigue pas. « On touche aux limites de ce qu’on peut faire sans arroser, raconte-t-il de manière anonyme. Alors je me dis qu’avec un peu d’eau, on pourrait retrouver un équilibre économique. » S’il accueille le projet avec un œil plutôt bienveillant — « il a le mérite d’exister » —, il met aussi en garde : « Au-delà de 500 euros par hectare et par an, le prix de l’irrigation sera trop cher. »

    Interrogée sur le prix final pour les usagers, la chambre d’agriculture élude — les calculs sont toujours en cours. Mais une chose paraît certaine : « Ce sera de l’eau chère, reconnaît Jean Bertrand. La part du #coût de l’eau dans les budgets des exploitations augmente et va augmenter, il ne faut pas ignorer cette réalité. » Façon d’admettre que certains seront laissés sur le bas-côté de l’adducteur ? « C’est le risque des #solutions_techniques, souvent coûteuses, souligne Wolfgang Ludwig. Elles peuvent favoriser une #agriculture_intensive, très spécialisée, seule capable de produire les ressources financières pour payer cette eau. »

    Les questions s’accumulent, mais le projet progresse, coûte que coûte. Une des chevilles ouvrières du projet nous a fait part de « grosses pressions pour que le dossier avance vite ». « Il faut bien que les services de l’État et la chambre parviennent à sortir quelque chose pour montrer qu’ils agissent », remarque Joseph Genebrier, de la #Frene_66, une association environnementale. Quitte à prendre des décisions avant que toutes les études ne soient réalisées. Quitte à établir un « rapport de force » avec les plus réfractaires, selon les participants de la réunion publique.

    Des arguments qui ne convainquent pas les opposants, dont certains pointent une « #mal_adaptation ». Comme l’expliquait l’économiste Marielle Montginoul à propos d’un autre mégaprojet de tuyau occitan, « on assiste à une sécurisation de l’accès à la ressource plus qu’à une réflexion sur un nouveau modèle plus économe en eau ». Une « #course_en_avant, sans se poser les bonnes questions, comme le choix du type de cultures qu’on irrigue ». On se retrouve ainsi à arroser des vignes, en pleine crise de surproduction du #vin. Ou à faire perdurer la culture d’abricots, très exigeante en eau.

    « Si les #solutions_techniques permettent de se protéger contre les aléas, un peu comme le camion de pompiers qu’on ne sort qu’en cas d’urgence, pourquoi pas, indique Wolfgang Ludwig. Mais si on les utilise pour développer des #pratiques_agricoles, alors on augmente notre #dépendance et notre #vulnérabilité. » Le risque, pour le chercheur, est de louper le coche essentiel de l’adaptation : « Tant qu’on se repose sur des #outils_techniques, on ne s’adapte pas à la ressource qui baisse. »

    Penser la #transition_agricole vers des cultures de climat semi-aride, diversifier les fermes pour les rendre plus résilientes, encourager le travail des sols… Autant de pistes « explorées aussi par la chambre d’agriculture », assure Jean Bertrand. Mais qui ne font pas partie des sept projets « prioritaires » du plan de résilience pour l’eau.

    https://reporterre.net/La-guerre-de-l-eau-un-conflit-explosif-dans-les-Pyrenees-Orientales

  • #Empires. Une #histoire_sociale de l’#environnement

    Qu’est-ce que les empires et le #colonial font aux environnements qu’ils rencontrent, conquièrent puis gouvernent ? En répondant à cette question, l’#histoire_environnementale permet de renouveler la compréhension des territoires impériaux car partout, étudier la #nature, c’est étudier le #pouvoir.
    Ce livre rend accessible en français des textes pionniers de cette histoire encore trop méconnue. Les auteurs réunis ici montrent comment le rapport des sociétés colonisées à leur environnement a été bouleversé par l’irruption coloniale, mais aussi comment la #prédation est toujours contrariée. L’implantation du #thé dans le nord de l’Inde, l’introduction du #figuier_de_Barbarie à Madagascar, la création de #réserves_de_chasse dans l’actuelle Tanzanie, les transformations des #forêts au Vietnam ou la construction d’un #barrage au Mozambique suscitent une renégociation permanente des #rapports_de_force sur le terrain : des #résistances quotidiennes feutrées jusqu’aux #révoltes ouvertes.
    L’histoire environnementale des empires est bien en cela une histoire sociale. Elle éclaire également notre présent. Car, aujourd’hui encore, les #paysages portent la trace indélébile de l’occupation coloniale et des luttes sociales qui s’y sont déroulées pour l’accès, le #contrôle et le #gouvernement de la nature.

    https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/empires
    #livre #colonisation

    • Comment la nature est devenue un champ de bataille colonial

      Plantations, barrages, réserves : les empires coloniaux ont façonné la nature autant que les sociétés. Une domination parsemée de révoltes et de négociations, montrent les historiens Guillaume Blanc et Antonin Plarier dans un livre collectif.

      Et si l’on relisait l’histoire coloniale par ses forêts, ses rivières, ses plantations et ses animaux ? C’est l’ambition d’Empires. Une histoire sociale de l’environnement, un livre collectif coordonné par l’historien Guillaume Blanc, professeur à Sciences Po Bordeaux, spécialiste des empires coloniaux et des politiques de conservation, et par Antonin Plarier, maître de conférences à l’université Lyon 3, qui travaille sur l’histoire environnementale et sociale des sociétés africaines.

      L’ouvrage rassemble des textes fondateurs, pour la première fois traduits en français, et montre comment les entreprises coloniales ont profondément transformé les environnements qu’elles ont conquis. Des forêts indiennes mises sous contrôle à la création de réserves de chasse en Tanzanie, des plantations d’hévéa au Vietnam au barrage de Cahora Bassa au Mozambique, ces histoires révèlent un fait central : gouverner les hommes passait aussi par gouverner la nature.

      Mais la domination n’a jamais été totale. Les populations colonisées ont résisté, négocié, parfois retourné les logiques coloniales contre elles-mêmes. Les paysages d’aujourd’hui portent encore l’empreinte de ces affrontements, et éclairent les inégalités environnementales actuelles. Nous avons interviewé Guillaume Blanc et Antonin Plarier pour comprendre ce que l’histoire environnementale des empires dit du passé colonial, et ce qu’elle révèle de notre présent.

      Reporterre — Qu’est-ce qui vous a conduits à concevoir ce livre collectif ?

      Guillaume Blanc — L’histoire environnementale de l’empire français reste encore largement à écrire. Alors qu’à l’inverse, celle de l’empire britannique est abondamment étudiée et enseignée.

      Des chercheuses comme Hélène Blais ont ouvert des pistes, par exemple sur les jardins botaniques coloniaux, mais dans l’ensemble la recherche française a pris du retard. Avec Antonin, nous avons voulu contribuer à combler ce manque en rendant accessibles en français des textes majeurs qui font autorité dans le champ. Car nous avons aussi constaté que nos étudiantes et étudiants connaissaient très peu l’histoire environnementale des empires.

      Pour comprendre en profondeur les rapports entre sociétés et nature, il faut pourtant saisir combien la colonisation a façonné ces rapports. C’est pourquoi nous avons sélectionné et traduit des textes importants, proposant un regard sur une pluralité de situations coloniales —françaises, mais aussi britanniques, portugaises ou allemandes —, et en assumant une perspective très claire : l’environnement est toujours un fait social. Notre fil directeur a été cette question : qu’ont fait les empires coloniaux à la nature, et qu’a fait la nature aux empires coloniaux ?

      Concrètement, que signifie l’idée que « l’environnement est un fait social » ?

      Antonin Plarier — Cela veut dire que la nature est toujours traversée par des usages, des conflits, des hiérarchies. Prenons l’exemple des forêts indiennes sous domination britannique : pour les populations locales, elles servaient à la culture sur brûlis, au pâturage, à l’artisanat, au bois de construction.

      Les colons, eux, y voyaient avant tout une ressource commerciale, destinée notamment à l’exportation. Ces usages divergents ont créé une conflictualité permanente, parfois qualifiée de « guerre des forêts ».

      On pourrait dire la même chose des rivières. Le barrage de Cahora Bassa au Mozambique, construit par les Portugais, en est un exemple frappant. Il a bouleversé non seulement les écosystèmes du fleuve Zambèze, mais aussi les modes de vie des populations rurales, en amont comme en aval.

      Ce que nous voulons montrer, c’est que l’exploitation de la nature ne peut être dissociée de l’exploitation des humains. Les deux sont intimement liées en contexte colonial.

      Vous montrez que la nature a été au cœur du projet colonial : à la fois ressource à exploiter et objet de contrôle social. Pouvez-vous expliquer ce que vous appelez « écologie impériale », et comment cela s’est traduit dans la vie des populations colonisées ?

      Guillaume Blanc — Les sociétés coloniales ont bien sûr été diverses — l’Indochine française ne ressemblait pas au Nigeria britannique ou au Mozambique portugais —, mais elles reposaient toutes sur un projet commun : placer la nature au cœur de l’entreprise impériale.

      Cela se traduisait par un double mouvement. D’un côté, une prédation systématique des ressources : bois, minerais, plantes, animaux sauvages. De l’autre, la mise en place de dispositifs de protection — forêts réservées, parcs naturels, règlements de chasse — qui visaient à contrôler l’accès aux ressources et à légitimer cette prédation. Protection et exploitation marchaient de pair : on préservait certaines ressources ici pour mieux continuer à les exploiter là-bas.

      Mais cette logique n’était pas seulement matérielle. Elle était aussi idéologique. En définissant ce qui relevait de la nature à sanctuariser et ce qui devait être exploité comme ressource, les colons imposaient un ordre écologique parallèle à l’ordre social. Ils décidaient quels étaient les bons et les mauvais usages, qui avait ou non le droit d’accéder à tel espace.

      C’est cela que nous appelons « écologie impériale » : une science coloniale, celle de la « nouvelle écologie humaine » qui, dès les années 1920-1930, conceptualise la société comme un organisme vivant, avec ses équilibres et ses déséquilibres.

      Les élites scientifiques et administratives se donnaient alors pour mission de planifier rationnellement l’exploitation de la nature et, par là même, le contrôle des hommes. Gouverner les populations colonisées passait par gouverner leur environnement.

      Cette écologie impériale n’est pas une simple arrière-pensée du projet colonial : elle en est un pilier. La comprendre, c’est prendre au sérieux les bâtisseurs d’empire et leur ambition de gouverner — et de dominer — à la fois les hommes et la nature.

      Vos récits montrent que les ambitions coloniales ont souvent été déjouées ou détournées : le figuier de Barbarie à Madagascar, le thé en Assam… Que racontent ces histoires sur la fragilité de la domination coloniale ?

      Antonin Plarier — Le projet colonial n’a jamais été une machine parfaitement huilée. Les ingénieurs, agronomes ou gouverneurs généraux qui rêvaient de mettre la nature en ordre se heurtaient sans cesse aux réalités écologiques.

      Prenons l’exemple du thé d’Assam, dans l’Inde britannique. Les théiers y existaient à l’état endémique, mais les colons britanniques refusaient d’y voir une production digne de l’Empire. Ils ont donc importé des plants et des experts chinois, au prix de décennies d’efforts et de dépenses colossales. Ce n’est qu’à la fin du XIXᵉ siècle qu’ils admettront que les plantes d’Assam étaient bien des théiers…indiens.

      Quant au figuier de Barbarie, introduit par les Français à Madagascar au XVIIIᵉ siècle, il devait d’abord servir les besoins des colons. Le projet colonial échoua, mais la plante s’implanta durablement et fut utilisée par les populations locales pour l’élevage et même comme barrière défensive contre l’avancée coloniale. On a donc là un retournement complet de son usage.

      Ces exemples rappellent que la domination coloniale, malgré sa violence, n’était pas toute-puissante. La nature et les sociétés locales imposaient sans cesse des marges d’incertitude.

      Vous montrez également que les colonisés n’ont pas seulement subi : ils ont résisté, négocié…

      Guillaume Blanc — La conclusion à laquelle nous arrivons, c’est qu’il y a toujours domination, mais qu’elle ne prend jamais la forme que l’on croit. Car le projet impérial est aussi mis en œuvre, quoique sous la contrainte, par les colonisés eux-mêmes. Cela crée une conflictualité permanente, à la fois sociale et environnementale.

      L’exemple des forêts indiennes, étudié par Ramachandra Guha et Madhav Gadgil, est éclairant. Officiellement, l’ordre colonial britannique était vertical : des élites européennes appuyées sur des élites indiennes dominaient les populations rurales. En réalité, les élites indiennes oscillaient : parfois elles soutenaient les Britanniques, parfois elles rejoignaient les paysans qui protestaient contre les impôts ou l’exploitation forestière.

      Elles tiraient parti de cette situation, devenant elles-mêmes des intermédiaires du capitalisme impérial. La domination coloniale n’était donc pas monolithique, mais traversée par des négociations et des conflits.

      Un autre exemple vient de l’anthropologue Lynn Shumaker, qui a travaillé sur une mine de la Copperbelt, en actuelle Zambie. Pour expliquer la mortalité des mineurs, ceux-ci évoquent dans leurs récits oraux des serpents menaçants, symboles d’une propriété et d’un usage des sols et des sous-sols bouleversés par l’ouverture de la mine.

      Les propriétaires britanniques, eux, se présentaient comme des sauveurs face à ces dangers, en construisant d’autres récits légendaires — des récits de chasseurs européens — pour légitimer leur présence. On voit là une hybridité culturelle et écologique : la représentation de la nature dans ce contexte illustre des conflits de propriété et d’appropriations des ressources naturelles.

      Certaines populations ont même utilisé l’environnement comme arme. Que nous apprennent ces luttes sur la dimension écologique des révoltes coloniales ?

      Antonin Plarier — Dans la dernière partie du livre, nous avons choisi trois luttes emblématiques. Le premier est l’insurrection « Maji Maji » en Afrique orientale allemande, au début du XXᵉ siècle. Elle est souvent présentée comme une révolte politique contre la domination coloniale. Mais si l’on regarde de près, elle est indissociable de la mise en place de réserves de chasse qui limitaient brutalement les pratiques locales de chasse. Sans cet aspect environnemental, on ne comprend pas la colère des populations.

      Deuxième exemple : la guerre d’Indochine. Les plantations de caoutchouc y tenaient une place centrale. Elles symbolisaient l’exploitation coloniale la plus brutale, avec des taux de mortalité parfois effroyables parmi les ouvriers. Elles étaient aussi des espaces de monoculture intensive, où une espèce venue du Brésil — l’hevea brasiliensis — avait remplacé les forêts tropicales.

      Au début de la guerre, le Vietminh a choisi d’attaquer ces plantations, en détruisant massivement des hévéas, parce qu’elles incarnaient le cœur économique du pouvoir colonial. Mais à mesure que la perspective de l’indépendance se rapprochait, leur attitude a changé : ces plantations sont devenues un symbole national, une ressource économique à préserver pour le futur Vietnam. On voit bien ici que la lutte politique et la lutte écologique sont imbriquées.

      Au Mozambique, dans les années 1960-1970, le barrage de Cahora Bassa représentait pour les Portugais la puissance coloniale à son apogée : domestiquer un fleuve, transformer la nature et déplacer des populations. Les nationalistes du Front de libération du Mozambique l’ont combattu, en tentant de saboter le chantier.

      Une fois au pouvoir, en revanche, ils ont à leur tour repris ce barrage, en l’intégrant au projet national postcolonial. Là encore, on voit que les symboles de la domination coloniale pouvaient être renversés, mais sans pour autant rompre avec la logique de mise en ordre de la nature.

      Vous établissez enfin un lien entre colonialisme environnemental et inégalités écologiques actuelles. Comment cette continuité éclaire-t-elle notre monde ?

      Guillaume Blanc — Le concept d’« échange écologique inégal » permet de comprendre ce lien. L’idée vient du sociologue Immanuel Wallerstein, qui a montré que le système-monde reposait sur un échange économique inégal entre un centre et des périphéries. L’historien Alf Hornborg a prolongé ce raisonnement en montrant que cet échange était aussi écologique : certaines régions fournissent les ressources, d’autres en récoltent les profits.

      Prenons l’exemple de la Tanzanie : les réserves et les parcs créés par les colons allemands puis britanniques pour contrôler l’ivoire sont devenues sources de revenus touristiques. Mais depuis l’indépendance, l’économie nationale repose toujours sur la satisfaction du besoin occidental de « nature africaine », au détriment, sur place, de l’agriculture ou de l’urbanisation.

      Cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres. On pourrait évoquer le caoutchouc vietnamien grâce auquel Michelin a construit une bonne part de sa fortune, jusqu’en 1975, ou encore l’uranium du Gabon et du Niger grâce auquel les foyers français ont de l’électricité. Autant d’exemples qui montrent que nos sociétés contemporaines prolongent des logiques héritées de l’époque coloniale, même si elles prennent de nouvelles formes.

      Ce n’est plus du colonialisme environnemental à proprement parler, car les États africains et asiatiques sont souverains. Mais c’est bien une continuité dans les rapports inégaux, qui révèle à quel point l’écologie reste au cœur des relations de pouvoir mondiales.

      Peut-on parler pour autant de néocolonialisme environnemental ?

      Antonin Plarier — Le terme pose problème. L’époque coloniale est révolue et les élites locales sont devenues des acteurs à part entière. Elles reprennent parfois des politiques coloniales, mais dans une configuration nouvelle où elles ont leur propre pouvoir de décision.

      Comme historiens, nous insistons sur la continuité des logiques, sans nier les ruptures. Autrement dit, si les indépendances n’ont pas fait table rase, il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité d’agir des élites postcoloniales, qui jouent désormais un rôle central.

      Et, au-delà du regard historien, il y a une question politique : comment transformer ces rapports de domination hérités du passé ? Les enjeux extractivistes et écologiques actuels ont une profondeur historique, et le comprendre n’est pas qu’affaire d’érudition, c’est aussi regarder dans le rétroviseur pour mieux transformer nos sociétés actuelles.

      https://reporterre.net/Comment-la-nature-est-devenue-un-champ-de-bataille-colonial

  • #Eyal_Weizman : Israël déploie à #Gaza une « #architecture_de_la_mort »

    Comment établir la #matérialité du #génocide ? Depuis le 7 octobre 2023, Forensic Architecture travaille à dévoiler par la #cartographie la #destruction_systématique, par #Israël, des #infrastructures de la société palestinienne, qui s’en trouve « déracinée ». Entretien avec son fondateur.

    Regroupant des architectes, des journalistes, des universitaires comme des artistes, le laboratoire pluridisciplinaire #Forensic_Architecture s’est illustré ces dernières années en enquêtant sur différents crimes de guerre, en Syrie ou en Ukraine, ou encore sur des violences policières. En septembre 2022, Forensic Architecture avait notamment montré comment l’armée israélienne a sciemment exécuté la journaliste Shireen Abu Akleh (Al Jazeera) au cours d’un reportage à Jénine (Cisjordanie).

    Au lendemain du 7-Octobre, l’équipe a commencé à travailler sur l’offensive israélienne contre Gaza, convaincue que s’y déroulait une entreprise de #destruction d’une ampleur inédite.

    Ce travail a abouti à la publication de plusieurs rapports visant à mener une « #cartographie_du_génocide ». L’un de ces rapports a montré en juillet l’organisation de la #famine par Israël, notamment à travers les attaques contre l’#agriculture.

    Le fondateur de Forensic Architecture, l’architecte israélien Eyal Weizman, explique à Mediapart pourquoi son organisation, basée à l’université Goldsmiths à Londres (Royaume-Uni), et qui compte désormais une douzaine de bureaux dans le monde, a choisi d’accompagner la plainte pour génocide déposée contre Israël devant la Cour internationale de justice à La Haye (Pays-Bas). Il revient sur la notion de « #génocide_colonial » au cœur de son prochain livre. Entretien.

    Mediapart : Forensic Architecture a commencé à documenter le génocide perpétré à Gaza juste après le 7-Octobre. De quelle manière travaillez-vous sur ce terrain ? Est-ce un travail de même nature que les enquêtes que vous avez menées jusque-là ?

    Eyal Weizman : Non, c’est complètement différent. Normalement, Forensic Architecture peut passer un an à travailler sur une séquence d’une seconde. Dans un cas de violence policière, par exemple, comme on l’a fait en France avec notre partenaire #Index, c’est dans cette temporalité que nous travaillons.

    Concernant le génocide en cours à Gaza, on ne peut évidemment pas fonctionner comme ça. Nous avons donc commencé par collecter des informations sur des dizaines de milliers d’événements, puis nous avons essayé de comprendre quels liens existaient entre toutes ces situations.

    Face à des #crimes_de_guerre, nous essayons d’établir si ce sont des civils ou des combattants qui ont été tués, si c’était proportionné, etc. Dans le cas d’un génocide, c’est la relation entre une énorme multiplicité de cas qui est déterminante. Est-ce qu’il y a un #système, un #dessein, un #plan ?

    L’#intentionnalité est au cœur de la notion de génocide, selon la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide. Elle peut être établie par des #schémas_d’action qui donnent un sens à des cas a priori isolés. Au-delà de toutes les déclarations génocidaires du gouvernement israélien depuis le 7-Octobre, notre travail a consisté à faire apparaître ces schémas sur nos cartes.

    De quelle manière ? Quels sont vos outils ?

    Concrètement, dans chaque cas que nous investiguons, le bombardement de tel centre alimentaire, la destruction de tel terrain agricole, nous sauvegardons les vidéos, les images que nous recevons, nous les authentifions et nous analysons « l’#incident » : cela s’est passé là à telle heure, tel jour, etc.

    Ensuite, nous avons différents #modèles_mathématiques pour regarder les relations entre ces différents événements. Quel est le système derrière ? Pouvons-nous établir qu’il y a un plan visant à détruire le peuple palestinien en tout ou en partie, ce qui est la définition du génocide ?

    Si nous voyons qu’Israël détruit systématiquement les #terres_agricoles, qu’ensuite il empêche l’#aide_alimentaire d’entrer dans Gaza et cible les centres de #distribution_alimentaire, le #dessein qui apparaît alors est celui d’affamer la population. La famine à Gaza est créée par cette multiplicité d’actions.

    L’article II, c) de la convention des Nations unies mentionne la « #soumission_intentionnelle » de la population à « à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ». Vous ne tuez pas les gens directement, mais vous les tuez en détruisant l’#infrastructure qui rend leur vie possible.

    Si vous détruisez l’accès à la #nourriture, si vous détruisez les #hôpitaux, si vous détruisez les #écoles, si vous détruisez les #maisons, ce que j’appelle une « #violence_architecturale », alors les conditions de vie sont anéanties et la mort arrive lentement, parfois indirectement.

    La famine ravage aujourd’hui Gaza. Or vous montrez, notamment dans le dernier rapport de Forensic Architecture, qui couvre la période du 18 mars au 1er août, comment cela correspond à un objectif d’#anéantissement méthodiquement poursuivi.

    Gaza est une bande de terre longue et fine qui a deux types de sols. Des #sols sablonneux, du côté ouest, et des sols argileux à l’est. Quasiment toute l’agriculture à Gaza se situe à l’est de la route Salah al-Din, artère principale de la bande de Gaza. Et c’est cette partie qui a justement été la plus ciblée pour pousser la population vers les terres les plus difficiles à cultiver.

    Ce que nous avons vu depuis le début du génocide, c’est une campagne systématique pour détruire la #souveraineté_alimentaire palestinienne, par la destruction des #champs, des #vergers, la destruction des moyens de pêcher – tous les bateaux ont été détruits…

    Les Palestiniens n’ont plus les moyens de se nourrir. Ils dépendent entièrement de l’#aide_humanitaire qui passe par les checkpoints contrôlés par Israël. Israël a un contrôle total, peut ouvrir ou fermer le robinet. Parfois, il a dû l’ouvrir un peu sous la pression internationale, mais jamais assez.

    Toute la matrice de la société palestinienne, tous les lieux de distribution de la nourriture, les familles, les associations caritatives, les mosquées, les boulangeries, tout ce qui permet la #résilience de la population, a été systématiquement ciblé. C’est une tentative de détruire la société palestinienne, en attaquant les #liens_invisibles qui la constitue.

    À la place, Israël a construit des espaces nouveaux pour la distribution de nourriture qui sont en réalité des trappes de la mort.

    C’est-à-dire ?

    Vous devez penser Gaza à la fois comme une zone de #démolition et comme une zone de #construction. Parce que les #bulldozers israéliens détruisent les bâtiments palestiniens, mais avec les décombres, ils construisent une #architecture complètement nouvelle.

    Par exemple, ils ont construit des centres de distribution alimentaire à partir des gravats des maisons détruites, selon ce que j’appelle une architecture de la mort. Ils le font dans une petite enceinte qui devient un genre de « #trappe_de_mort » où les gens peuvent se faire facilement tirer dessus par les forces israéliennes. Tout est fait pour qu’il soit très compliqué et très dangereux d’essayer d’y obtenir de la nourriture.

    Les #gravats des maisons servent aussi à construire des jetées dans la mer, des petites #collines qui permettent à l’armée de surveiller Gaza, un territoire globalement plat.

    L’architecture, en tant qu’#organisation_de_l’espace, est un très bon cadre pour analyser le génocide car elle est basée, elle aussi, sur une intention.

    C’est ce qui forme la base de votre contribution à la plainte de l’Afrique du Sud contre Israël, devant la Cour internationale de justice, pour génocide.

    Oui, c’est tout ce travail qui a permis de produire un rapport de 825 pages pour l’équipe juridique de l’Afrique du Sud, qui sert de base factuelle dans cette procédure.

    Nous amenons des éléments de #preuve concernant la destruction des hôpitaux, de l’agriculture, de l’#éducation, l’organisation de la famine, et nous montrons comment tout cela marche ensemble.

    Nous considérons le procès intenté par l’Afrique du Sud contre Israël comme une chance pour les droits humains et le droit international. Ce qui s’y joue est, selon nous, très important. Qu’un pays qui a souffert de l’apartheid, qui a expérimenté le colonialisme de peuplement, un pays du Sud, attaque Israël, défendu par les pays occidentaux dans leur ensemble…, c’est un événement historique. C’est pourquoi nous sommes très engagés dans cette plainte.

    Nous n’avons pas l’illusion que la Cour puisse avoir un impact sur les événements en cours, mais il existe une puissance historique, symbolique dans cette affaire.

    Dans l’enquête que vous avez menée sur l’assassinat de la photojournaliste #Fatma_Hassona, vous dites que les forces israéliennes ont pixelisé l’image satellitaire de la toiture de sa maison pour brouiller les preuves. Est-ce de plus en plus compliqué pour vous de travailler avec les #images ? Les témoins qui vous envoient des photos, des vidéos, prennent aussi des risques énormes.

    Oui, c’est un enjeu. C’est très difficile de télécharger des vidéos à Gaza. Les connexions sont systématiquement coupées, trouver du réseau est difficile. Mais malgré les difficultés, malgré le fait que les personnes risquent leur vie pour tourner des images, les gens continuent à nous envoyer des #vidéos de Gaza comme des bouteilles à la mer.

    Vous ouvrez la bouteille, vous lisez ce message avec un soin infini pour honorer le risque qu’ils ont pris. Nous avons donc des protocoles très précis pour ne pas exposer nos sources sur le terrain. Nous faisons très attention à retirer toutes les indications qui pourraient permettre d’identifier ou de localiser nos sources.

    Nous ne sollicitons jamais de vidéos, de photos. Les gens nous les envoient parce qu’ils nous connaissent et qu’ils nous font confiance. Mais nous préférons encore les prendre lorsqu’elles sont déjà en ligne, parce que cela assure mieux la sécurité des personnes.

    Le climat dans lequel vous travaillez sur Gaza est particulièrement difficile. Votre bureau allemand a dû récemment fermer.

    L’État allemand a retiré les financements et, effectivement, cela a conduit à fermer ce bureau en janvier. De façon générale, après le 7-Octobre, j’ai été accusé d’être antisémite dans plusieurs pays où nous travaillons, en Israël bien sûr mais particulièrement en Allemagne. Pour moi qui viens d’une famille juive rescapée d’Auschwitz, entendre cela dans ce pays est particulièrement douloureux.

    Cela dit, nous avons encore une très petite équipe dans ce pays, qui vient juste de dévoiler un très important cas de violence policière lié aux manifestations de soutien à Gaza. La police avait accusé des manifestants d’avoir violemment molesté un policier à Berlin. Le gouvernement en avait profité pour interdire les manifestations de soutien à la Palestine. Nous avons pu établir que les faits étaient à l’opposé de la version officielle. En réalité, le policier a frappé un manifestant tellement fort qu’il s’est cassé la main. Donc, ils pensaient se débarrasser de nous mais ils n’ont pas complètement réussi…

    Concernant le climat, mon université à Londres est actuellement sous enquête pour antisémitisme et je sais que c’est en partie à cause de l’activité de Forensic Architecture.

    Je veux être très sérieux sur ce sujet, parce qu’il y a vraiment de l’antisémitisme, notamment en France, et il est meurtrier. La sécurité des juifs là où ils vivent doit être garantie.

    Mais Israël, à force de faire passer la défense des droits humains, le droit international pour de l’antisémitisme, crée encore plus d’#antisémitisme. Ce qui me donne de l’espoir, ce sont ces jeunes juifs dans différents pays qui rejettent l’État génocidaire. Ils sont le futur.

    Vous travaillez à un livre qui sortira dans quelques mois. Vous y parlez de ce que vous appelez « le génocide colonial ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept ?

    Quand on pense au génocide, nous avons en tête l’Holocauste. Un crime perpétré sur un temps et un espace resserré. Mais un génocide peut prendre différentes formes.

    Le génocide des Palestiniens n’a pas commencé le 7-Octobre. Pour le comprendre, il faut regarder l’#histoire_longue et la transformation de l’environnement, des lieux de vie palestiniens.

    Je voudrais, à travers un travail sur les cartes, sur les sols, revenir sur l’histoire de la création de la bande de Gaza, de l’expulsion des Palestiniens du sud de la Palestine et la façon dont les villages palestiniens ont été littéralement rayés de la carte. Il faut comprendre comment les #colonies_israéliennes ont été localisées sur ce territoire, en particulier les #kibboutz, construits sur les ruines des #villages_palestiniens.

    Ce sera, à travers l’#histoire_de_l’environnement et l’histoire des sols, une longue histoire de Gaza. Une grande partie des habitants de Gaza étaient auparavant des #bédouins. Pas des nomades, mais des #agriculteurs qui habitaient autour du fleuve #Waadi_Gaza. Ils y avaient élaboré des #techniques_agricoles très sophistiquées. Je travaille en particulier sur le village d’#Al-Ma’in, d’où viennent l’historien Salman Abu Sitta et le célèbre médecin palestinien Ghassan Abu Sitta.

    Nous essayons de reconstruire précisément la manière dont la colonisation a transformé le #paysage, l’#environnement. C’est ce qui permet d’inscrire le génocide post 7-Octobre dans un bien plus long processus de #colonialisme_de_peuplement, qui est une forme de génocide.

    Après le 7-Octobre, Israël a transformé Gaza en #désert. Mais là encore, c’est une histoire bien plus longue. On connaît le slogan revendiqué en Israël d’avoir fait « #fleurir_le_désert ». Mais Gaza n’a jamais été un désert. La région a toujours été habitée par des bédouins palestiniens qui cultivaient notamment de l’#orge à destination des Britanniques, qui s’en servaient pour la #bière. Jusqu’en 1948, c’était un territoire luxuriant.

    Vous travaillez sur l’#effacement de ces #traces. Voire, sur l’#effacement_des_traces_de_l’effacement, qui est aussi une caractéristique des entreprises génocidaires.

    Quand les Israéliens détruisaient un village palestinien, ils ne détruisaient pas seulement les bâtiments. Ils labouraient la terre, et même les #cimetières et les #routes.

    Et, s’il y avait un champ qui était labouré dans un sens, ils le labouraient dans l’autre sens. Pour effacer toute trace, effectivement, des formes de vie qui existaient jusque-là. Aujourd’hui, j’observe les mêmes phénomènes, à la différence que le labour est fait par des bulldozers.

    La destruction, c’est une chose. Par mon activité au sein de Forensic Architecture, j’ai vu beaucoup de destructions de bâtiments. Mais ce que je vois à Gaza, ce n’est pas simplement des bâtiments détruits, je vois la destruction des sols eux-mêmes, de la terre, ce que j’appelle « déraciner » Gaza.

    À l’époque de la création d’Israël, une forme de #torture vis-à-vis des Palestiniens était de les amener sur les lieux où leur village avait été rasé et dont il ne restait rien. Pas même une trace.

    C’est pour cela que vous avez voulu vous focaliser sur les sols, la #terre ?

    Oui, parce que organiser la #désertification à Gaza est politique. Construire des #barrages pour détourner l’#eau au profit d’Israël, c’est utiliser l’environnement pour expulser les Palestiniens de leurs #terres.

    #Créer_le_désert est une caractéristique continuelle du génocide. C’est la destruction des formes d’#habitabilité. D’abord Israël crée un désert, puis y envoie les Palestiniens. Si l’on pense au génocide arménien et au génocide en #Namibie par les Allemands, dans ces deux cas le désert a été un « outil » de destruction.

    Je travaille aussi sur les dommages causés en profondeur aux sols. Depuis le 7-Octobre, Israël a lancé des bombes qui explosent à 30 mètres sous terre, officiellement pour détruire les tunnels du Hamas.

    Ces bombes contiennent énormément de #produits_chimiques qui contaminent en profondeur les sols, et ce, pour des décennies. De l’eau salée a aussi été injectée dans la terre, ce qui a endommagé l’aquifère. La poussière de tous les bâtiments détruits à Gaza s’est infiltrée en profondeur et, là encore, va créer une pollution pour de très nombreuses années. C’est aussi politique. Contaminer les #sous-sols, c’est aussi détruire les capacités d’habiter des générations à venir.

    Je pense que le colonialisme de peuplement, comme l’a dit l’anthropologue Patrick Wolfe, a une logique d’#élimination. La plupart des gens qui meurent dans le génocide colonial ne meurent pas de façon violente. Bien sûr, il y a des #massacres. Mais les gens meurent de #causes_secondaires. C’est comme un génocide sur la durée.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/010925/eyal-weizman-israel-deploie-gaza-une-architecture-de-la-mort

    #architecture_Forensique #ressources_pédagogiques #contamination #pollution #bombes #verticalité

    voir aussi :
    DIAGRAMMES - INTENTION GÉNOCIDAIRE
    https://seenthis.net/messages/1118337
    signalé par @reka

    ping @isskein

  • Rés(is)ter… jusqu’au moment où il n’y a plus que la montagne comme refuge

    Cristina del Biaggio

    https://doi.org/10.4000/14gq5
    http://journals.openedition.org/rga/15061

    Rés(is)ter… jusqu’au moment où il n’y a plus que la montagne comme refuge

    Le livre, dont le titre dans sa version française1, Je reste ici, est traduit littéralement de l’italien2, commence par raconter l’amour d’une femme pour un homme : Erich, menuisier, le seul homme qu’elle ait jamais regardé, dit-elle (p. 7). Les hommes, dans le village de montagne où elle habite, sont soit trop maladroits, soit trop poilus, soit trop rustres (p. 7) pour qu’elle s’y intéresse. Trina est jeune, quand elle se lie à Erich, elle vit encore chez ses parents et elle s’apprête à devenir institutrice. Après le mariage, naissent deux enfants : Michael et Marica. Une vie comme tant d’autres semble se dessiner.

    • Un très beau et émouvant #livre, dont je conseille la lecture :
      Je reste ici, de #Marco_Balzano

      Trina s’adresse à sa fille, Marica, dont elle est séparée depuis de nombreuses années, et lui raconte sa vie. Elle a dix-sept ans au début du texte et vit à #Curon, village de montagne dans le #Haut-Adige, avec ses parents. En 1923, ce territoire autrichien, annexé par l’Italie à la suite de la Première Guerre mondiale, fait l’objet d’une #italianisation forcée : la langue allemande, qu’on y parle, est bannie au profit de l’italien. Trina entre alors en résistance et enseigne l’allemand aux enfants du bourg, dans l’espoir aussi de se faire remarquer par Erich, solitaire aux yeux gris qu’elle finira par épouser et dont elle aura deux enfants, Michael et Marica.

      Au début de la guerre, tandis qu’Erich s’active dans une farouche opposition aux mussoliniens et au projet de barrage qui menace d’immerger le village, la petite Marica est enlevée par sa tante, et emmenée en Allemagne. Cette absence, vive blessure jamais guérie chez Trina, sera le moteur de son récit. Elle ne cachera rien des fractures apparaissant dans la famille ou dans le village, des trahisons, des violences, mais aussi des joies, traitées avec finesse et pudeur.

      http://www.philippe-rey.fr/livre-Je_reste_ici-387-1-1-0-1.html
      #roman #Tyrol_du_sud #fascisme #nazisme #barrage_hydro-électrique #modernisation #Italie #montagne #Alpes #résistance

  • Morire a #Mattmark. L’ultima tragedia dell’emigrazione italiana

    A Mattmark non ci si fermava mai, si lavorava giorno e notte per costruire un’imponente diga capace di produrre l’energia necessaria a un paese, la Svizzera, che stava vivendo una crescita economica senza precedenti. Nel cantiere lavoravano più di mille persone, in maggioranza straniere e provenienti soprattutto dalla provincia italiana. La «piccola» Svizzera accoglieva da sola quasi il 50 per cento dell’intero flusso migratorio italiano, dando occupazione a operai impegnati in grandi opere, come la diga di Mattmark.

    Ma il 30 agosto 1965, in pochi secondi, accadde l’irreparabile: «Niente rumore. Solo, un vento terribile e i miei compagni volavano come farfalle. Poi ci fu un gran boato, e la fine. Autocarri e bulldozer scaraventati lontano». A parlare è uno dei sopravvissuti intervistati nel libro, uno dei testimoni della valanga di più di 2 milioni di metri cubi di ghiaccio che seppellì 88 lavoratori. Di questi, 56 erano italiani.

    Come a Marcinelle, la tragedia rappresentò una cesura nella lunga e travagliata storia dell’emigrazione italiana, segnando un punto di non ritorno. Inoltre, suscitò molto scalpore in tutta Europa: per la prima volta, stranieri e svizzeri morivano l’uno a fianco all’altro. Nei giorni successivi si scavò senza sosta con la speranza di trovare ancora vivi amici, padri, fratelli, figli. Ci vollero quasi due anni per recuperare i resti dell’ultima salma.

    Questa storia si concluse nel modo peggiore: i tempi dell’inchiesta furono lunghissimi, oltre sei anni, e i diciassette imputati chiamati a rispondere dell’accusa di omicidio colposo furono tutti assolti, nonostante l’instabilità del ghiacciaio fosse nota da secoli. In appello andò anche peggio, con la conferma dell’assoluzione e la condanna dei familiari delle vittime al pagamento delle spese processuali.

    A sessant’anni di distanza, come scrive Toni Ricciardi nell’introduzione a questa nuova edizione, se Mattmark non è più una «Marcinelle dimenticata», resta ancora un interrogativo: l’Italia e anche la stessa Svizzera sono state all’altezza della storia?

    https://www.liberainformazione.org/2025/08/05/morire-a-mattmark-lultima-tragedia-dellemigrazione-italiana
    #histoire #Suisse #tragédie #décès #livre #conditions_de_travail #migrations #migrants_italiens #travailleurs_étrangers #barrage_hydroélectrique #30_août_1965 #glacier #avalanche #justice

    • Morire a Mattmark. L’ultima tragedia dell’emigrazione italiana

      A Mattmark non ci si fermava mai, si lavorava giorno e notte per costruire un’imponente diga capace di produrre l’energia necessaria a un paese, la Svizzera, che stava vivendo una crescita economica senza precedenti. Nel cantiere lavoravano più di mille persone, in maggioranza straniere e provenienti soprattutto dalla provincia italiana. La «piccola» Svizzera accoglieva da sola quasi il 50 per cento dell’intero flusso migratorio italiano, dando occupazione a operai impegnati in grandi opere, come la diga di Mattmark. Ma il 30 agosto 1965, in pochi secondi, accadde l’irreparabile: «Niente rumore. Solo, un vento terribile e i miei compagni volavano come farfalle. Poi ci fu un gran boato, e la fine. Autocarri e bulldozer scaraventati lontano». A parlare è uno dei sopravvissuti intervistati nel libro, uno dei testimoni della valanga di più di 2 milioni di metri cubi di ghiaccio che seppellì 88 lavoratori. Di questi, 56 erano italiani. Come a Marcinelle, la tragedia rappresentò una cesura nella lunga e travagliata storia dell’emigrazione italiana, segnando un punto di non ritorno. Inoltre, suscitò molto scalpore in tutta Europa: per la prima volta, stranieri e svizzeri morivano l’uno a fianco all’altro. Nei giorni successivi si scavò senza sosta con la speranza di trovare ancora vivi amici, padri, fratelli, figli. Ci vollero quasi due anni per recuperare i resti dell’ultima salma. Questa storia si concluse nel modo peggiore: i tempi dell’inchiesta furono lunghissimi, oltre sei anni, e i diciassette imputati chiamati a rispondere dell’accusa di omicidio colposo furono tutti assolti, nonostante l’instabilità del ghiacciaio fosse nota da secoli. In appello andò anche peggio, con la conferma dell’assoluzione e la condanna dei familiari delle vittime al pagamento delle spese processuali. A sessant’anni di distanza, come scrive Toni Ricciardi nell’introduzione a questa nuova edizione, se Mattmark non è più una «Marcinelle dimenticata», resta ancora un interrogativo: l’Italia e anche la stessa Svizzera sono state all’altezza della storia?

      https://www.donzelli.it/libro/9788855227414

  • L’industrie “verte” s’accapare les terres des #Samis, dernier peuple autochtone d’Europe

    « Une mine dans cette zone causerait des dommages environnementaux graves et irréversibles, avec des conséquences considérables pour la faune, les communautés locales et, en particulier, pour l’#élevage traditionnel de #rennes »

    Installé depuis près de 10 000 ans en #Laponie, les Samis sont considérés comme le dernier peuple autochtone d’Europe. Mais leur activité traditionnelle, l’élevage de rennes, est menacée par des projets industriels présentés comme essentiels à la croissance verte.

    La #colonisation des territoires Samis

    Pendant près de 10 000 ans, les Samis et leurs ancêtres ont vécu sur un territoire appelé #Sápmi, à cheval entre la #Norvège, la #Suède, la #Finlande et la #péninsule_de_Kola (#Russie). Nomades vivants en petits groupes familiaux, les Samis étaient animistes et vivaient de cueillette, de pêche et de chasse aux rennes sauvages.

    Ils occupaient une zone difficile à contrôler par des États, relativement à l’écart des dynamiques de #sédentarisation, de construction étatique et de #christianisation du reste de l’Europe.

    Mais à partir du XVIIe siècle, les royaumes scandinaves s’étendent vers le nord et cherchent à intégrer le Sápmi à leurs frontières. Les Samis, appelés péjorativement Lapons – d’où le terme Laponie -, subissent alors la soumission à l’impôt, la christianisation forcée et sont chassés de leurs terres.

    L’intensification des interactions entre les Samis et les Scandinaves, décuple aussi la pression sur les #écosystèmes. Pour faire face à la baisse du nombre de proies sauvages et à l’intégration progressive dans un système marchand, les chasseurs de rennes se convertissent à l’élevage.

    Au XIXe siècle, des #mines, des #lignes_ferroviaires et des #villes se développent pour exploiter le riche #sous-sol du Sápmi. La région perd sa difficulté d’accès et se peuple de Scandinaves. En parallèle, les Samis subissent la politique de « #norvégianisation ».

    « Ils ont été méprisés, cette politique les obligeait à parler uniquement norvégien et visait à éradiquer leur #culture », explique Marie Roué, éco-anthropologue, directrice de recherche émérite au CNRS et au Muséum National d’Histoire Naturelle, pour La Relève et La Peste.

    Au XXe siècle, l’exploitation du Grand Nord devient l’un des principaux moteurs de croissance des États scandinaves. Les Samis sont chassés de leurs terres pour l’#exploitation_minière, les #barrages_hydrauliques engloutissent des #pâturages, l’#exploitation_forestière s’industrialise.

    Le 11 octobre 2021, la Cour suprême de Norvège conclut que deux #parcs_éoliens violent les droits du peuple Sami. Deux ans plus tard, en octobre 2023, une centaine de militants samis, habillés en tenue traditionnelle, bloquent à plusieurs reprises l’entrée de ministères pour réclamer le démantèlement des éoliennes toujours en activité.

    La militante suédoise Greta Thunberg, qui a rejoint la lutte, dénonce alors une « colonisation systématique », ajoutant que « la violation des #droits_humains et l’#oppression demeurent une réalité pour les Samis aujourd’hui ».

    Entre adaptation et conservation d’un mode de vie

    Face à ces bouleversements les Samis ont dû s’adapter tout en essayant de conserver leurs modes de vie. Certains, vivant près des côtes, ont dû se spécialiser dans la pêche, d’autres dans l’élevage de rennes.

    Aujourd’hui moins de 10 % des 80 000 à 100 000 samis, vivent encore de cette activité. Les éleveurs restants ont dû augmenter la taille de leurs troupeaux : notamment pour investir dans les voitures et motoneiges aujourd’hui essentielles à l’élevage. Beaucoup ont également une activité annexe, souvent liées au #tourisme.

    « Ils maintiennent souvent une multi activité pour ne pas être dépendants ni d’une ressource, ni d’un marché. Ils ont donc une très forte résilience, explique Marie Roué. Aujourd’hui, c’est une économie mixte. C’est une continuation d’une #tradition et en même temps une adaptation à l’époque moderne. Les éleveurs continuent à manger leurs rennes et à utiliser la peau, mais la vendent aussi comme viande de boucherie. »

    « Je mange de la viande de renne, et ma femme fait des chaussures avec la peau » témoigne Per Olof Kuhmunen, éleveur de rennes dans le nord de la Suède, pour la Relève et La Peste.

    Avec son épouse, ils passent l’été près des #montagnes du parc national de #Sarek où paissent les rennes. Ils vivent dans des mobil-homes modernes, à côté des anciennes #goahti, des huttes à armatures de bois, recouvertes de mousses, de tourbe ou de terre.

    Tandis que Per Olof part durant plusieurs jours pour marquer les jeunes rennes dans la montagne, sa compagne pêche dans le grand lac à côté du campement. L’hiver, ils habitent dans la ville de Jokkmokk, peuplée par de nombreux éleveurs de rennes Samis.

    Si une petite minorité de Samis sont encore éleveurs de rennes, ces cervidés continuent d’occuper une place centrale dans leur culture. La perte de pâturage au profit d’autres activités économiques – minières, forestières ou production d’électricité – est ainsi mise en avant pour illustrer les menaces qui pèsent sur l’ensemble des Samis.

    L’étau du #colonialisme_vert et le réchauffement climatique

    La pratique du pastoralisme semi-nomade rend les Samis dépendants des conditions de pâturage et de circulation des troupeaux sur de vastes territoires. Ainsi, dans le nord de la Suède, les rennes pâturent l’été dans les montagnes et descendent passer l’hiver dans les forêts.

    Ils subissent donc l’industrialisation de la gestion forestière qui détruit les lichens dont se nourrissent les rennes. Ils sont aussi impactés par les conséquences de l’exploitation minière qui empiète sur leurs territoires, coupant les voies de migration des rennes.

    Ces mines sont aujourd’hui présentées comme essentielles à la transition énergétique et comme neutres en carbone. La société Beowulf Mining, qui prévoit d’exploiter la mine de fer de Gállok, près de Jokkmokk, promet ainsi une « exploitation minière durable alimentée par de l’électricité renouvelable. »

    « Une mine dans cette zone causerait des dommages environnementaux graves et irréversibles, avec des conséquences considérables pour la faune, les communautés locales et, en particulier, pour l’élevage traditionnel de rennes » réplique le groupe Jåhkågaska tjiellde, la communauté sami locale.

    La justification de l’exploitation des territoires samis par le développement durable est également très utilisée dans le pays voisin.

    « En Norvège, le principal problème réside dans les éoliennes, mais aussi dans l’exploitation minière. Nous luttons contre le « colonialisme vert » », affirme Petter, Sami habitant le comté de Troms, dans le nord de la Norvège.

    Deux parcs éoliens ont par exemple été construits par le groupe énergétique public Statkraft sur des zones d’élevage de rennes de la péninsule de Fosen, à l’ouest du pays. La construction de ces 151 éoliennes a été déclarée illégale en 2021 par la Cour suprême de Norvège, les juges estimant que « les parcs éoliens portaient atteinte au droit des éleveurs de rennes à jouir de leur propre culture ».

    « En juillet 2025, près de quatre ans après la décision, les éoliennes fonctionnent toujours », constate pourtant Petter. « Le gouvernement ne respecte pas la décision de la Cour suprême » ajoute ce militant, qui lutte aussi contre un projet de mine de cuivre, matériau très prisé pour la transition énergétique.

    En effet, si l’économie norvégienne repose en grande partie sur l’exportation de pétrole et de gaz naturel, le pays se présente désormais comme un champion de la décarbonation. Près de la moitié du mix énergétique intérieur repose sur l’électricité, dont environ 90 % provient de l’hydroélectrique.

    « La Norvège et la Suède ont construit toute leur richesse de l’extractivisme dans les territoires samis, explique Marie Roué. Le pétrole a rendu les Norvégiens riches et ils le savent. Aujourd’hui il y a une volonté d’exploiter les ressources jusqu’au bout pour conserver leur niveau de vie. »

    Pour la chercheuse, l’exploitation des territoires samis pour des projets éoliens, miniers et hydroélectriques se place dans la continuité de l’histoire coloniale du Sápmi.

    « La Norvège prétend imposer un verdissement de sa politique, dénonce-t-elle. Mais comme par hasard, ça veut dire 150 éoliennes sur un territoire d’élevage de renne sami. En réalité, c’est un colonialisme vert. »

    En parallèle, les éleveurs de rennes samis subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique, la région Arctique se réchauffant deux fois plus vite que le reste du globe.

    Les redoux et les pluies hivernales provoquent des épisodes de fonte des neiges puis de regel, créant une couche de glace empêchant aux rennes d’accéder au lichen dont ils se nourrissent, ce qui obligent les éleveurs à acheter des aliments pour leurs animaux.

    Dans leur ouvrage Future in Sápmi (AgroParisTech, 2025), Marie Roué et ses quatre coéditeurs mentionnent l’inquiétude des samis face à cette double menace climatique et coloniale. Mais les chercheurs soulignent aussi les résistances : car les Samis tentent de s’organiser collectivement pour obtenir le droit à la terre.

    « Ces projets d’exploitation alimentent aussi les revendications à plus d’autonomie et les luttes pour affirmer les droits autochtones au sein de sociétés dominantes » affirment-ils.

    https://lareleveetlapeste.fr/lindustrie-verte-saccapare-les-terres-des-samis-dernier-peuple-aut
    #peuples_autochtones #barrages_hydroélectriques #exploitation #extractivisme #Scandinavie #énergie #énergie_verte #green-washing #menaces #industrialisation #forêt #exploitation_minière #transition_énergétique #Beowulf_Mining #Jokkmokk #Gállok #énergie_éolienne #éoliennes #résistance #Statkraft #Fosen #cuivre #décarbonation #électricité #pétrole #climat #changement_climatique #droits #autonomie

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  • The environmental blockade of #Kozhuv Mountain in North Macedonia: ‘We will stand here until the end’

    1,000 cubic meters of forest have already been cut down

    The announcement of the construction of two small hydroelectric plants on the Došnica River (also called Doshnica) has raised the alarm for environmental organizations and local activists who are currently blocking access. The river is located on Kožuv Mountain (also called Kozhuv) in the southern part of North Macedonia near the Greek border; its source lies below the Zelen Breg (Green Hill) peak, near a ski resort that was never opened. Activists say that in preparation for the construction alone, as much as 1,000 cubic meters of forest have been felled.

    It’s a hot July day as the Meta.mk team drives slowly along the road to Smrdliva Voda, the site where a large protest against the construction of the power plants took place on June 29. The landscape is picturesque, full of tall, verdant trees.

    A few kilometers away from Smrdliva Voda (Stinky Water), a popular tourist site with hot springs, the team heads towards Asan Cheshma, where there are several parked vehicles and dozens of eco-activists, citizens, and well-wishers from different parts of North Macedonia. People from Delčevo, Skopje, and Gevgelija are all united by a single goal — to oppose any construction on the mountain that would destroy nature and its treasures. They have been firmly positioned at their roadblock, day and night for nearly a month now.
    Losing forest

    Kristijan Alchinov, a professional beekeeper, apitherapist, and longtime Kožuv Mountain activist, is distressed about the large area of trees that has already been cut down.

    He explains:

    “If construction were to proceed, the Došnica River would have to be dredged along a four-kilometer stretch and widened to eight meters. This means that all flora, fauna, and endemic species would be destroyed. Došnica is the cleanest river in Macedonia, from which you can drink water, and it is our treasure, therefore its diversity must not be disturbed. In addition to fish, trout, various crustaceans, endemic mosses, one of the most important species is the honey bee Apis mellifera macedonica, whose habitat is Crveni Steni [Red Rocks], which stretches along a long area of the Došnica River. They would be literally wiped out from their habitat, and that wealth is priceless. It is beyond any measure of state, social, or economic interests and profit.”

    Alchinov and the other activists say they will not back down; will not allow such “malicious projects” to be carried out.
    The environment minister should keep his word

    Marina Tomova, an activist from Gevgelija connected to the civil society organization Change Makers, says that when they were notified that a truck and tractor-trailer were on their way to the area, they blocked them near Smrdliva Voda.

    “[T]he contractor company came with a tractor with the intention of loading the machines that [were] already on the ground. They said that their permit had been revoked and that they were going to take the machines. But unfortunately, that was a lie. Until the moment the building permit is revoked, we will stay here,” Tomova says. “The Minister of Environment and Physical Planning, Izet Medziti, said that he would do everything for the benefit of the citizens. We are taking him at his word, although the government, unfortunately, decided that the building permit will last until April 2026.” Tomova is determined to remain at the blockade until the end, doing whatever she can to block construction activities at the site.

    Eco-activist Risto Kamov says that the protesters have submitted a request to the country’s parliament, beseeching the government to respect the international agreements it has signed, which require public consultation with regard to the construction of any projects that threaten the environment:

    “ Based on these agreements, such hydropower plants have not been built in Montenegro and Bosnia and Herzegovina since 2022. Unfortunately, we started protecting Doshnica because of a megalomaniacal project to build hydropower plants that want to pipe the river for 20 kilometers, which will mean the destruction of all biodiversity and endemic species — not only bees [and] trout, but also other endemic animals that are only found on Kozhuv Mountain. We demand that the conventions be respected because everywhere in Europe, pipes are being removed from rivers, and the rivers are being left to follow their natural course. Let’s stop these devastating projects once and for all.”

    Katerina Ilijovska, a technologist and activist from Skopje who is connected with the environmental association Yes for Less, was also part of the roadblock:

    “ I lived in Spain; I returned here a few months ago. I formed an eco-association. This is my first time in Kožuv and I can’t understand how people from this region aren’t here in larger numbers. Last year in Spain they had a drought caused by climate change; public areas couldn’t be irrigated, restrictions were imposed, there was no water. That’s where the idea of preserving nature comes from. We’re not aware of the treasure we have here. We don’t understand how important the mountain is. I believe that we will succeed in preventing the construction of [these] facilities. There are many examples from Montenegro and Bosnia and Herzegovina, laws were passed that banned the construction of small hydropower plants. There are also documentaries with people who sat on such blockades for 365 days, and in the end their activism bore fruit. We believe that we will succeed too.”
    The activists stand guard at the mountain around the clock, taking turns to sleep in tents. Well-wishers from different cities come to support them by bringing them water and food.

    Although the mayors of the nearby municipalities of Demir Kapija, Gevgelija, and Kavadarci initiated a proposal to declare Kožuv a national park, only Lazar Petrov, the mayor of Demir Kapija, attended the last protest in Smrdliva Voda, despite all three having being invited.

    Across the Balkans, various groups of activists have been protesting the construction of more than 2,700 small hydroelectric power plants, which experts say threaten the environment and freshwater sources.

    https://globalvoices.org/2025/07/22/the-environmental-blockade-of-kozhuv-mountain-in-north-macedonia-we-wi
    #montagne #Macédoine_du_Nord #résistance #déforestation #eau #rivière #Došnica_River #Zelen_Breg #barrage_hydroélectrique #Smrdliva_Voda #Asan_Cheshma

  • À #Kobané, l’#eau et la #nature au cœur de la #guerre en #Syrie

    Dix ans après les combats contre l’État islamique, la ville kurde de Kobané tente difficilement de se reconstruire. L’agriculture est à la peine, et une partie de l’eau reste captée par le #conflit.

    Un chant s’élève dans l’immensité bleue de l’#Euphrate, bordée de #montagnes arides. Sur sa barque de pêcheur, Armanj, jeune lycéen kurde de 17 ans, chante une romance désespérée entre deux amants séparés par la guerre, au rythme du clapotis des rames. Avec son cousin Mohammad, il #pêche dans le #fleuve mythique depuis son enfance, afin de s’assurer un revenu. Mais la #guerre_civile syrienne et le #réchauffement_climatique ont chamboulé le quotidien de #Boraz, leur paisible village syrien bordé de champs, d’arbres fruitiers et de fleurs situé à une heure de Kobané.

    « J’ai perdu mon père, mon frère et ma mère à la guerre ; il ne me reste que ma sœur. Je pêche pour qu’on puisse survivre », témoigne Mohammad, 17 ans lui aussi, en montrant ses prises du jour. « Le problème, c’est que le niveau de l’#eau a tellement baissé que les #poissons locaux, comme les #carpes, sont devenus rares ou ont été remplacés par de nouvelles espèces étranges », soupire Armanj.

    L’Euphrate contrôlée

    Les autorités et habitants du nord-est syrien, le #Rojava, accusent la #Turquie de faire de la rétention avec leurs #barrages construits en amont, dans le cadre de leur guerre contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde.

    « La Turquie retient beaucoup l’eau de l’Euphrate. D’une part pour sa propre #agriculture, qui souffre aussi de la #sécheresse, mais aussi pour essayer d’étouffer l’#économie_agricole dans les parties de la Syrie contrôlées par les Kurdes », explique Peter Schwartzstein, journaliste et chercheur au Centre pour la sécurité et le climat.

    « On se sent comme des pions dans un jeu politique. On a peur, on vit sous les bombardements et les menaces des forces proturques, qui peuvent nous tirer dessus depuis l’autre côté de la rivière », témoigne Armanj. L’#Armée_nationale_syrienne (#ANS), une milice affiliée à Ankara, la capitale turque, a pris le contrôle de la rive ouest de l’Euphrate fin décembre lors d’une offensive surprise contre les FDS à Manbij, plus à l’ouest.

    Depuis treize ans, la guerre civile syrienne a considérablement affecté cette vaste plaine agricole, le grenier du Moyen-Orient et lieu de naissance de l’agriculture dans le Croissant fertile, il y a plus de 10 000 ans. « À cause des substances toxiques causées par les #bombardements et les #munitions, je vois comment la nature change, les plantes faiblissent et les rendements diminuent », soupire Najah Hussein Abroush, agricultrice à Boraz.

    Elle prend une poignée de terre, asséchée, qui s’effrite entre ses doigts. « Avant, le #blé m’arrivait jusqu’à la taille en cette saison, maintenant, il n’y a que des pousses de quelques centimètres. On récolte deux fois moins de fruits qu’avant dans les #vergers, et sommes devenus dépendants des #pesticides et des #graines_hybrides de mauvaise qualité », ajoute-t-elle.

    Comme les stations de pompage d’eau sur les berges de l’Euphrate ont été bombardées pendant la guerre, Najah doit utiliser l’#eau_saline des #puits_souterrains. Et en raison des combats récents aux abords de l’Euphrate, la région est assiégée et elle ne peut plus acheter de #semences ou de matériel à l’extérieur.

    À l’unisson avec les autres agriculteurs interrogés à Boraz, elle peint l’image d’un paradis terrestre déchu, poussant nombre d’habitants à abandonner leurs champs et à fuir.

    Kobané, ville martyre de nouveau assiégée

    C’est que Kobané et sa périphérie ont été en première ligne de nombreuses batailles. Assiégée par l’État islamique (EI) entre septembre 2014 et janvier 2015, la ville porte toujours les stigmates de cette bataille féroce, durant laquelles des centaines de soldats et habitants kurdes sont morts. Afin de la reconstruire, d’importants projets immobiliers et environnementaux ont vu le jour, menés par l’Administration autonomique et démocratique du nord-est syrien (#Daanes) et la société civile.

    « L’#environnement de Kobané a été extrêmement affecté par la guerre, nous essayons de soutenir nos agriculteurs et de restaurer la #biodiversité en reboisant des forêts, des parcs et en installant des pépinières, par exemple », explique Aref Bali, coprésident de l’autorité environnementale de Kobané, lui-même originaire de Boraz.

    Las, ces projets ont été mis en pause à cause des bombardements turcs. « Ils ont systématiquement attaqué nos infrastructures publiques, même quand nous ne faisions que planter de la verdure sur un rond-point », commente-t-il.

    Reporterre a pu visiter une #pépinière municipale, dont le but est de fournir agriculteurs et espaces publics de plantes et de semences. Des avions de chasse et un drone turc passaient alors au-dessus de la ville, créant une sensation d’étouffement et de #siège.

    Pire encore : à cause d’une frappe turque sur le #barrage_hydroélectrique de #Tichrine, situé à une heure de Kobané, toute la région a été plongée dans le noir depuis octobre 2023 — l’électricité était revenue quelques jours avant notre visite. « Pendant ce temps, les habitants ont dû utiliser des générateurs à diesel extrêmement polluants, affectant la santé publique », ajoute Aref Bali. De nombreux #générateurs restent en place malgré le retour de l’électricité, crachant une fumée noire toxique.

    Le barrage de Tichrine, nerf de la guerre

    Le barrage de Tichrine, tenu par les FDS depuis 2013, est devenu la dernière ligne de front de la guerre syrienne. Lors de l’offensive surprise de l’ANS, les troupes proturques ont été repoussées. Menacé d’une attaque aérienne, le barrage a vu affluer des centaines de civils kurdes venus protester. Des #drones ont bombardé leur convoi en janvier dernier, tuant une vingtaine de personnes, un acte que Human Rights Watch qualifie de crime de guerre attribué à la Turquie.

    Quand Reporterre s’est rendu au barrage fin avril, les voitures calcinées par les bombes côtoyaient encore des graffitis célébrant la résistance populaire kurde et les combattants des YPG (Unités de protection du peuple kurde) tombés dans les combats.

    Des centaines de civils s’y trouvaient encore, dont un groupe de femmes venues de Girke Lege, une ville kurde à 400 km. « Nous sommes venues volontairement, malgré le danger, pour s’opposer à la guerre. Pour résister pacifiquement et aussi empêcher la Turquie de détruire encore une fois le barrage et l’Euphrate, qui est l’artère vitale de tous les peuples de la région », a témoigné Sharifa, fonctionnaire de 51 ans, avant d’entonner avec ses amies des chansons de résistance kurdes et arabes.

    Depuis, un accord a été trouvé entre le nouveau gouvernement syrien d’Ahmed al-Charaa, l’ASN et les FDS, permettant aux civils de rentrer chez eux et de stationner des troupes gouvernementales et étasuniennes aux abords du barrage. De quoi stabiliser un peu la région.

    « Le barrage de Tichrine et l’Euphrate sont un pilier de l’économie syrienne, autant pour l’#irrigation de l’agriculture que pour l’électricité. Il faut un accord sérieux pour permettre aux agriculteurs de rebâtir le secteur et le ramener au niveau d’avant-guerre, commente Peter Schwartzstein. Il faudrait des investissements énormes et une vraie volonté de respecter l’accord. Mais à ce stade, il pourrait s’agir d’un vœu pieux. » Les habitants de la région restent également méfiants, habitués aux sales coups du destin.

    https://reporterre.net/A-Kobane-l-eau-et-la-nature-au-coeur-de-la-guerre-en-Syrie

  • #Hydroélectricité : des pistes de députés pour relancer les investissements et sortir du blocage avec Bruxelles
    https://www.connaissancedesenergies.org/afp/hydroelectricite-des-pistes-de-deputes-pour-relancer-les-in

    (...)

    « Le pays est enlisé depuis plus de vingt ans dans un différend avec la #Commission_européenne », qui a ouvert deux procédures à l’encontre de la #France, l’une datant de 2015, l’autre de 2019, rappellent les rapporteurs.

    Ces procédures portent sur la #position_dominante d’#EDF et l’absence de remise en #concurrence des #concessions échues.

    La #France refuse cette ouverture à la concurrence, mais cette situation empêche tout investissement substantiel dans le parc #hydroélectrique.

    Revenir sur le régime de concessions ne doit pas se traduire par la mise en concurrence du secteur, plaident les rapporteurs, qui préconisent de passer du régime de concession à celui d’autorisation, ce qui permettrait d’exclure les ouvrages hydroélectriques de l’obligation de mise en concurrence.

    Et pour répondre à la crainte d’une « #privatisation » de ces installations aux concessionnaires, ils suggèrent de qualifier les #barrages d’ouvrages publics dans la loi, comme les aéroports.

    En parallèle, ils proposent une révision de la directive « concessions » en excluant les activités hydroélectriques de son champ d’application, ce qui pourrait amener la Commission européenne à lever sa procédure.

    Mais cette révision « prendra plusieurs années, au moins cinq ans, pour aboutir », admettent-ils.

  • REPORTAGE. « On n’a rien fait, car on ne savait pas si on resterait l’exploitant » : les #barrages #hydrauliques en sursis face à l’impasse des #concessions
    https://www.francetvinfo.fr/environnement/energie/energies-renouvelables/reportage-on-n-a-rien-fait-car-on-ne-savait-pas-si-on-resterait-l-explo

    Publié le 4 mai 2025

    Pourquoi le développement des barrages est bloqué en France ? L’hydraulique, deuxième source d’#électricité en #France derrière le #nucléaire, est aussi la première source d’#énergie #renouvelable. De gros travaux permettraient d’augmenter la production, sans construire de nouveaux barrages. Cela s’inscrit pleinement dans les objectifs de la sortie des énergies fossiles. Mais ces projets sont à l’arrêt, depuis des années, en raison du régime juridique en vigueur, celui de la concession, et d’un bras de fer entre la France et la #Commission_Européenne.

    Ce régime de concession concerne plus de 340 barrages français, des sites qui pourraient produire plus, mais qui représentent déjà 90% de toute notre puissance hydroélectrique installée. Un mode de gestion propre aux plus grosses centrales, mais aussi aux plus petites, c’est le cas de la chute d’eau de Jarménil, au creux des Vosges, après le confluent de la Moselle et de la Vologne. Cette centrale est exploitée par Yves Dubief, 67 ans, patron de l’entreprise de textile Tenthorey.

    #edf

  • En #Algérie, la France coloniale a aussi détruit la #nature

    L’accaparement colonial de la terre en Algérie a détruit des modes d’organisation et de gestion de la terre en commun. Le développement des monocultures et d’une agriculture d’exportation a aussi bouleversé l’environnement.

    Après avoir été suspendu de RTL début mars pour avoir évoqué les massacres français en Algérie au XIXe siècle, Jean-Michel Apathie a décidé de quitter la station. En pleine surenchère du ministre Bruno Retailleau avec l’Algérie et face à une extrême droite qui clame les bienfaits de la colonisation, le flot de réactions hostiles aux propos de l’éditorialiste rappelle que nombre de Français ne connaissent pas l’ampleur des crimes coloniaux commis par la France en Algérie.

    Face aux tentatives de révisionnisme historique, Reporterre s’est intéressé à un pan méconnu de la colonisation française en Algérie : ses dégâts sur la nature. À l’aube de la colonisation, le socle de la société algérienne reposait sur la paysannerie, l’agriculture était la principale source de richesse et rythmait la vie des populations qui alternait entre le travail de la terre et les transhumances saisonnières. Mais de 1830 jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, l’accaparement des terres par les colons a complètement bouleversé cet équilibre.

    « L’arrivée des colons en Algérie signe l’accaparement des ressources environnementales et celle du foncier. C’était une pratique d’expropriation sans explication, sans excuse et avec une grande brutalité. Pour les Algériens, c’est un monde qui s’effondre littéralement », relate Antonin Plarier, maître de conférence à l’université Lyon 3 et spécialiste de l’histoire environnementale des sociétés coloniales.

    Au total, d’après ses calculs, plus d’1,2 million d’hectares ont été transférés aux Européens entre 1830 et 1917 : soit l’équivalent de 1 000 fois la superficie de Paris, et trois fois celle de la Belgique.

    Pour réquisitionner des terres algériennes, la France a développé un arsenal juridique légalisant un paradoxe : celui d’une société qui défendait le droit à la propriété et d’une colonisation qui foulait au pied celle des Algériens. L’administration coloniale pouvait ainsi s’emparer de n’importe quelle propriété algérienne, qu’elle soit celle d’un individu comme d’une tribu entière.
    Détruire la paysannerie pour « soumettre le pays »

    La doctrine coloniale et militaire se lit à travers les écrits du maréchal Bugeaud, le militaire qui a permis d’étendre la conquête de l’Algérie. Voici notamment ce que précise cette violente figure de la colonisation, spécialiste des enfumades (pratique consistant à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte en allumant devant l’entrée des feux) : « J’y ai réfléchi bien longtemps, en me levant, en me couchant ; eh bien ! Je n’ai pu découvrir d’autre moyen de soumettre le pays que de saisir l’intérêt agricole ». Il faut donc empêcher les populations « de semer, de récolter, de pâturer », pour les priver des moyens d’existence, souligne l’historien Hosni Kitouni, chercheur en histoire à l’université d’Exeter.

    En filigrane, il s’agissait de punir tous ceux qui tentaient de se révolter, et de dissuader ceux qui en avaient l’intention. En 1838, l’ordonnance royale du maréchal Bugeaud indiquait que toute tribu s’insurgeant contre la domination française pouvait voir ses terres séquestrées. Cette politique monta encore d’un cran en 1871 à la suite d’une insurrection initiée contre la puissance coloniale.

    Cette « tempête des spoliations », selon l’expression d’Hosni Kitouni, a non seulement dispersé les populations, contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs cultures, leur bétail, mais a également entraîné leur paupérisation, voire pire, leur famine, puis leur mort. En parallèle, la violence des razzias, ces opérations militaires menées dans des campements, a détruit les habitations et les récoltes. Les arbres fruitiers étaient rasés dans les zones de guerre.
    Spoliation de l’eau et des forêts

    « Devenus des paysans sans terre, sans bétail, sans abris, n’ayant que la force de leurs bras à vendre, ils vont alimenter la masse des candidats à toutes les servitudes », écrit Hosni Kitouni. D’anciens propriétaires algériens sont alors parfois revenus sur leurs terres louer leur force de travail aux colons français. « Des paysans algériens vont revenir cultiver la terre, fournir les semences, et les instruments agraires, en échange de quoi ils vont pouvoir récupérer un ou deux cinquièmes de la récolte, le reste revenant au propriétaire », raconte à Reporterre Antonin Plarier.

    Au-delà des terres, la colonisation s’est emparée des communs que sont les forêts et l’eau. Au XIXe siècle, plusieurs opérations de maîtrise des cours d’eau ont fleuri, toujours dans le but d’irriguer les terres des colons. Dans les années 1860, un projet de barrage a vu le jour dans le département d’Oran. Antonin Plarier pointe ainsi ce qui tient de l’évidence : « Lorsqu’une source en eau est maîtrisée, elle l’est uniquement au bénéfice des colons, et donc au détriment des agriculteurs algériens qui en sont de fait dépossédés. »

    La question de l’eau a entraîné plusieurs conflits, tout comme celle des forêts. Dès les années 1830, l’imposition du Code forestier par les colons a restreint peu à peu aux Algériens l’artisanat, le passage du bétail, le ramassage du bois de chauffe, et la coupe de bois pour les diverses constructions.

    Résultat : entre un tiers et la moitié des ressources économiques de la paysannerie algérienne a été menacée par ce nouveau cadre légal, estime Antonin Plarier. Il faut dire que l’administration coloniale y a très vite vu un filon : l’exploitation des forêts en vue de leur commercialisation.

    Dans la montagne de Beni Khalfoun, dans la vallée de l’Isser, l’administration octroya par exemple une concession d’environ 1 000 hectares de chênes-lièges, un bois cher et prisé pour la fabrication de bouchons, à un exploitant français. Difficile de donner un chiffre précis, mais cet accaparement de ressources essentielles n’a pas été sans conséquences sur l’écosystème algérien.

    « C’est toute une série d’éléments liés à la colonisation qui vont contribuer à dégrader l’environnement algérien. En asséchant les sols via la déforestation, l’État colonial a par exemple favorisé l’érosion des sols », dit l’historienne Hélène Blais, professeure d’histoire contemporaine à l’ENS et autrice de L’empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux.
    Monocultures et rentabilité

    En Algérie, comme ailleurs, la colonisation s’est accompagnée de l’introduction de nouvelles espèces jugées plus rentables, et d’un bouleversement dans les pratiques agricoles tournées vers une pratique intensive et exportatrice correspondant davantage aux besoins de la métropole.

    Ce qui fait dire à Alain Ruscio, historien spécialiste de la période coloniale, que « la totalité de l’écosystème algérien a été affectée par la colonisation » : « Au fur et à mesure que l’armée française considérait qu’une région était complètement contrôlée, des monocultures étaient rapidement mises en place. D’où aussi la construction de routes servant à acheminer ces marchandises vers la France », nous explique-t-il.

    C’est l’exemple de la vigne et de sa vinification, qui priva une partie de la population d’un accès à la culture de céréales, et entraîna la disparition de terres en jachères — qui fournissaient des pâturages jusqu’ici essentiels pour le bétail des paysans algériens. Mais aussi de l’introduction massive de l’eucalyptus, cette plante endémique d’Australie, dès les années 1860 pour tenter d’assainir les zones humides dans lesquelles le paludisme décimait des colons.

    « Des millions d’arbres ont ainsi été plantés. Dans certains endroits, cela a asséché plus qu’il était nécessaire, au détriment d’autres espèces endémiques qui ont été abattues ou abandonnées dans ce cadre », analyse Hélène Blais. L’historienne a également observé des tentatives d’introduction de moutons mérinos, apporté pour sa laine prisée en Europe.
    Chasses coloniales

    Sans oublier les chasses coloniales qui attiraient des Français originaires de tout l’Hexagone venus traquer hyènes, panthères, lions et autres animaux sauvages. Considérés comme des animaux nuisibles, leurs têtes furent mises à prix via une circulaire du général Bugeaud de 1844 offrant une récompense pour tout animal tué « proportionné à la puissance de chaque bête ». D’après les recherches d’Hosni Kitouni, rien qu’en 1860, ce ne furent pas moins de 61 panthères et 38 lions qui avaient été abattus. Si bien qu’à la fin du XIXe siècle, le plus gros de la faune sauvage avait disparu. Le dernier lion fut abattu en 1958.

    « L’ordre colonial s’accommode peu avec la différence biologique, écologique, humaine qui résiste à sa domination, conclut l’historien auprès de Reporterre. D’où la politique de mise en ordre à force de violence et de juridictions d’exception, empêchant la société autochtone de se développer à son rythme selon ses lois naturelles. »

    Au-delà des crimes commis sur les Algériens, peu d’historiens se sont jusqu’ici emparés des destructions des écosystèmes. L’ampleur d’un éventuel écocide lié à la colonisation française reste à quantifier et est un angle de mort de la recherche.

    https://reporterre.net/En-Algerie-la-France-coloniale-a-aussi-detruit-la-nature
    #destruction #paysage #colonisation #France #France_coloniale #histoire #terres #accaparement_des_terres #communs #agriculture #exportation #monoculture #paysannerie #foncier #expropriation #brutalité #violence #réquisition #droit_à_la_propriété #lois #maréchal_Bugeaud #enfumades #moyens_d’existence #insurrection #paupérisation #famine #razzias #arbres_fruitiers #eau #forêts #forêt #barrage #conflits #Code_forestier #érosion_des_sols #ressources #montagne #déforestation #environnement #érosion_des_sols #rentabilité #routes #vigne #jachères #terres_en_jachères #céréales #pâturages #eucalyptus #zones_humides #paludisme #arbres #laine #chasse #chasses_coloniales #ordre_colonial #animaux_sauvages #écocide
    #géographie_culturelle #géographie_du_droit #legal_geography

  • Ils voulaient un barrage, les castors l’ont fait pour eux

    Les #castors font parfois mieux que l’humain. En #République_tchèque, au sud de Prague, une colonie de huit castors ont construit en quelques jours un réseau de #barrages à l’emplacement exact où un projet de barrage était en cours depuis sept ans. L’objectif de ce projet était de revitaliser ce tronçon de #rivière qui servait autrefois de terrain militaire, en le transformant en #zone_humide. Mais à cause de lenteurs administrative, l’ouvrage était resté dans les cartons.

    Qu’à cela ne tienne : les castors, impatients de profiter de cet « aquapark naturel », ont fait le boulot à la place des humains. En l’espace de deux nuits, fin janvier 2025, les riverains ont pu observer les premières constructions à base de pierre, de boue et de bois.

    Résultat, les rongeurs bâtisseurs ont fait économiser 30 millions de couronnes (1,2 million d’euros) aux contribuables et aux autorités locales, se réjouit l’agence tchèque pour la conservation de la nature dans un communiqué publié le 11 février (https://aopk.gov.cz/web/en/-/beavers-save-governments-money?redirect=%2Fweb%2Fen).

    https://reporterre.net/Ils-voulaient-un-barrage-les-castors-l-ont-fait-pour-eux

    • How can beavers save government‘s money

      https://www.youtube.com/watch?v=GSTw8qmBP4Y

      A beaver colony in the Brdy Protected Landscape Area in the Czech Republic has gained overnight fame by building several dams.

      The beavers created a natural wetland exactly where it was needed. It saved the local authorities 30 million crowns (1,2 mil EUR).

      They could not have chosen their location better – erecting the dams on a bypass gully that was built by soldiers in the former military base years ago, so as to drain the area. The revitalization project drafted by environmentalists was supposed to remedy this. Bohumil Fišer, head of the Brdy Protected Landscape Area from the Nature Conservation Agency of the Czech Republic says: “Nature took its course and the beavers created the necessary biotope conditions practically overnight“.

      https://aopk.gov.cz/web/en/-/beavers-save-governments-money?redirect=%2Fweb%2Fen

    • https://fr.legit.ng/vie/1475987-dou-vient-larome-de-vanille-quel-rapport-avec-les-castors

      Le #castoréum est une substance visqueuse brune ou havane fortement parfumée, sécrétée par les bourses du castor, situées à proximité de sa glande anale. Les castors utilisent le castoréum pour communiquer entre eux afin de marquer leur territoire, d’établir des colonies et de dissuader les prédateurs. Read more : https://fr.legit.ng/vie/1475987-dou-vient-larome-de-vanille-quel-rapport-avec-les-castors

      #Vanille

    • La nature se défend : quand des castors rétablissent une #zone_humide

      Comme toute histoire absurde, celle-ci commence avec l’armée. Non contentes de semer la mort lors des guerres, de dépenser des fortunes pour s’entraîner à tirer des explosifs, les armées saccagent une nature déjà en péril. C’est ainsi qu’un projet de base militaire américaine en République Tchèque avait asséché une zone humide dans la région de Brdy, en Bohême, en détournant le cours d’une rivière. Il fallait que le terrain soit sec pour les installations, et quand il s’agit de préparer la guerre le militarisme s’encombre peu de soucis écologiques.

      Le projet de système radar américain avait été particulièrement contesté en République Tchèque, et finalement abandonné. Le site était devenu un terrain d’entraînement, mais n’est plus militarisé depuis 2016. À partir de 2018, un projet de barrage émerge alors pour restaurer la zone humide. Sauf que la bureaucratie traîne des pieds lorsqu’il s’agit de financer des projets écologiques, et que la prédation capitaliste n’est jamais très loin lorsqu’on parle d’hectares de terres à couvrir d’eau. En sept années, le projet a été progressivement sous-dimensionné et n’est toujours pas validé à l’heure actuelle.

      Qu’à cela ne tienne : les castors ont bien compris qu’ils pourraient attendre longtemps la prise de conscience écologiste du pouvoir tchèque. Il semblerait que depuis plusieurs années une famille de castors – 8 animaux seulement – se soit mise en tête de construire des barrages pour retenir l’eau en amont de la rivière. Et ces derniers jours, très rapidement, c’est toute la zone asséchée qui a retrouvé son hygrométrie naturelle, effaçant les trace de militarisation.

      Quelques castors qui règlent un problème causé par l’humain en quelques jours, alors que la « civilisation » s’était montrée incapable de le prendre en charge efficacement. La nature ne compte plus les leçons à nous donner, et il serait peut-être temps de l’écouter au lieu d’en piller les richesses.

      Dans le même registre, la réintroduction de loups dans le parc de Yellowstone, dans le nord des USA, a profondément restauré l’écosystème en 30 ans. Jean-Marc Landry, éthologue, expliquait sur France Culture : « La présence du loup a contraint les wapitis qui broutaient de façon intensive sur les bords de rivière à remonter sur les berges pour surveiller l’apparition du prédateur. Grâce à cette pression diminuée sur ces écosystèmes, les buissons ont commencé à y repousser, les oiseaux, les insectes y sont revenus, et même les castors. Les loups ont aussi fait fuir les coyotes qui consomment beaucoup de micros-mammifères. Plus de micros-mammifères signifie plus de rapaces. Le milieu a ainsi été profondément modifié La réintégration du loup dans un écosystème déséquilibré a permis un nouvel équilibre ».

      Il arrive même parfois que la faune sauvage joue des tours au capitalisme. Par exemple dans l’un des plus prestigieux quartiers privés de Buenos Aires, la capitale de l’Argentine. Pour entrer dans cette zone privée nommée Nordelta, il faut être invité, passer des contrôles de sécurité, traverser des murs et des barbelés. À l’intérieur, les riches vivent dans des résidences de luxe, avec des bureaux, un centre commercial, des lacs artificiels et entourés de terrains de golf. Cet enclos de privilégiés a été construit sur une zone humide il y a 20 ans. En septembre 2021, des centaines de capybaras ont envahi la zone, détruisant les parterres de fleurs, déféquant dans les jardins et causant des accidents de la route.

      Le capybara est un animal typique de l’Amérique du Sud qui peut peser plus de 50 kilos pour 1 mètre de longueur : c’est le plus gros rongeur du monde, qui fait penser à nos ragondins européens. Il ne s’agit pas d’une invasion mais d’une reconquête. Les capybaras sont également populaires chez les pauvres de la capitale argentine : la construction de projets immobiliers haut de gamme sur les zones humides de Buenos Aires empêchent les sols d’absorber les pluies intenses et provoquent des inondations dans les quartiers voisins. Une revanche écologique et sociale.

      En Europe, régulièrement, des sangliers dévastent des terrains de golf. Par exemple au Pays-Basque, où « au moins six sangliers » sont entrés sur les greens du golf d’Ilbarritz en août 2021, puis rebelote en septembre sur un golf 18 trous de Vieille-Toulouse, dans l’Ain en août 2023 ou en Sologne en mars 2022. Les propriétaires parlent d’organiser des battues, de mettre en place des ultrasons et même des clôtures électriques. En plus d’être un sport réservé aux bourgeois, le golf est une aberration écologique, ultra-gourmand en eau.

      Il arrive même que la nature sabote la surveillance. Les goélands sont la première menace pour les drones policiers, notamment à Paris. Le journal Le Monde expliquait en 2019 qu’aucun des « quinze multicoptères » n’avait encore été détruit, mais que les flics chargés de télépiloter « ont dû procéder à quelques replis stratégiques et atterrissages d’urgence pour échapper à la vindicte des goélands ». Depuis, à Paris comme à Rennes, les drones sont chahutés par ces oiseaux et doivent parfois arrêter de surveiller les manifestations.

      D’autres attaques, par des corneilles cette fois, avaient été recensées durant les manifestations de Gilets Jaunes. Autre exemple en Autriche, un particulier utilisait un drone dans le Tyrol. Un aigle royal avait fondu sur la proie mécanique et l’avait emmenée entre ses serres, jusqu’à son nid. En revanche, l’armée a tenté de dresser des aigles pour « intercepter des drones non identifiés », sans succès pour l’instant. Les aigles seraient « trop désobéissants » et le dressage trop coûteux.

      https://contre-attaque.net/2025/02/17/la-nature-se-defend-quand-des-castors-retablissent-une-zone-humide

  • Dam plan busted? World’s biggest hydropower project in the balance

    Driving the news: The #Grand_Inga_Dam, envisioned as the world’s largest hydropower project on the #Congo River, faces significant delays and obstacles despite decades of planning
    • With a projected $80 billion cost, the dam promises to generate twice the electricity of China’s Three Gorges Dam
    • However, concerns over governance, funding challenges, environmental harm, and equitable energy distribution have stalled progress

    🔭 The context: Planned to power much of Africa, the Grand Inga Dam has attracted global partners like the World Bank, which recently re-engaged after withdrawing in 2016, but also lost major backing from China’s Three Gorges Corporation
    • Critics argue the project disproportionately benefits foreign buyers and mining companies over the 80% of Congolese citizens lacking electricity
    • Previous projects, Inga I and II, suffered from neglect and caused displacement without compensation

    🌍 Why it matters for the planet: If realized, the Grand Inga Dam could contribute significantly to renewable energy goals and electrify vast areas of Africa
    • However, the environmental and social costs, including biodiversity loss and forced relocations, pose serious sustainability challenges
    • Addressing these issues will be critical to achieving equitable climate benefits

    ⏭️ What’s next: The project’s future hinges on securing funding and resolving governance and coordination issues among stakeholders
    • Environmental impact assessments and displacement mitigation plans are required but remain underfunded
    • Construction could begin by 2026 if barriers are overcome, but the timeline remains uncertain

    💬 One quote: “The Grand Inga is like a serpent—it is up, down, visible, not visible,” - José Ángel González Tausz, a partner in the project

    📈 One stat: The Grand Inga Dam is expected to generate up to 40,000MW of electricity—enough to power New York City during summer

    https://illuminem.com/illuminemvoices/dam-plan-busted-worlds-biggest-hydropower-project-in-the-balance

    #énergie #électricité #hydroélectricité #barrages_hydroélectriques #rivière_Congo #extractivisme #banque_mondiale #Afrique

  • Succès écologique ou géo-ingénierie un peu foireuse ?

    https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-billet-vert/au-kazakhstan-la-hausse-du-volume-d-eau-de-la-partie-nord-de-la-mer-d-a

    Cette nouvelle, annoncée lundi, redonne un peu d’espoir dans cette région d’Asie centrale particulièrement menacée par le réchauffement climatique. Le désastre dans ce qui était encore il y a 60 ans le quatrième plus grand lac du monde reste néanmoins irréversible.

    #Mer_d'Aral #Kazakhstan #géoingénierie #désastre_écologique #écocide

  • La #Chine approuve un projet de #barrage géant au #Tibet

    Le barrage de #Motuo, dont les autorités chinoises viennent d’approuver la construction sur le haut plateau tibétain, aurait une capacité de 60 gigawatts, soit le triple du barrage des Trois-Gorges, actuellement le plus puissant du monde.

    Haut sur le plateau tibétain, là où le fleuve #Brahmapoutre s’appelle encore #Yarlung_Tsangpo, la Chine ambitionne de construire un imposant et complexe barrage, possiblement le plus puissant de la planète. L’agence #Chine_nouvelle a annoncé, mercredi 25 décembre, l’approbation par le gouvernement de ce projet évoqué depuis plusieurs années, un pas de plus dans la course chinoise à la construction de #retenues_hydroélectriques sur le haut des grands fleuves d’Asie.

    La Power Construction Corporation of China estimait dès 2020 que cet ouvrage, le #barrage_de_Motuo, pourrait avoir une capacité de 60 gigawatts, soit le triple du barrage des Trois-Gorges, actuellement le plus grand du monde. « Il s’agit d’une contribution majeure à la transition de la Chine à une #énergie_verte et bas carbone », faisait valoir, mercredi, l’agence officielle.

    Le fleuve prend sa source dans la région autonome du Tibet qu’il traverse d’ouest en est. Il forme le plus profond #canyon du monde, d’où l’intérêt de la Chine pour sa pression hydraulique, en particulier sur une section où il perd 2 000 mètres de dénivelé sur une distance de seulement 50 kilomètres. C’est là, alors que le fleuve effectue un virage majeur, que les ingénieurs chinois creuseraient des tunnels d’une vingtaine de kilomètres de long à travers une montagne, le sommet himalayen #Namcha_Barwa haut de 7 782 mètres, pour détourner la moitié du courant vers des turbines et retrouver le cours plus bas. Le fleuve, le plus haut du monde, pénètre ensuite en Inde dans l’Etat d’Arunachal_Pradesh dont une zone est contestée entre Pékin et Delhi, avant de traverser l’Assam et d’arriver au Bangladesh.

    Politique du fait accompli

    La Chine ne donne pas de calendrier précis ni de détails clairs sur le projet, un flou de communication qui n’est pas anodin. L’évocation du projet dès 2020 avait suscité de vives réactions de la part de l’#Inde s’inquiétant du contrôle chinois sur des eaux vitales pour le sous-continent indien. Pékin se garde donc d’en dire trop avant que ses chantiers ne soient bien avancés, pratiquant une politique du fait accompli.

    Ce projet n’en est qu’un parmi une longue série sur les fleuves prenant leur source sur le Toit du monde, à l’heure où la Chine, encore dépendante à un peu moins de 60 % du charbon pour sa production d’#électricité, accélère ses investissements dans les #énergies_renouvelables. « La Chine considère que l’#hydroélectricité issue de cette zone et transférée ensuite vers l’est du pays est un des moyens de réduire sa dépendance aux #énergies_fossiles, même si les populations locales s’en trouvent affectées », constate Amit Ranjan, un chercheur spécialisé dans la géopolitique des cours d’eau en Asie à l’université nationale de Singapour.

    Dans un rapport rendu public le 5 décembre, l’organisation de défense des Tibétains International Campaign for Tibet relève 193 barrages construits ou en projet dans les zones tibétaines sous contrôle chinois depuis l’an 2000, dont 80 % sont de grande ampleur. Avec des risques d’exposition aux séismes, aux glissements de terrain et aux inondations, une menace pour les écosystèmes et le débit des cours d’eau et des #déplacements_de_populations tibétaines des zones concernées.

    #Répression

    Championne de l’ingénierie et des infrastructures, la Chine envisage aujourd’hui des barrages dans des zones montagneuses plus hautes, plus reculées et plus complexes alors que ses projets passés, à l’image des Trois-Gorges, quoique massifs, étaient situés plus bas sur des fleuves tels que le Yangzi et le Mékong. « La Chine a accumulé beaucoup de savoir-faire et elle est désormais convaincue de sa capacité à lancer des projets qui par le passé ne paraissaient pas envisageables », explique Dechen Palmo, une experte des barrages chinois au Tibet Policy Institute, situé dans le nord de l’Inde.

    Cette accélération inquiète les Tibétains des régions concernées. Le 14 février, plusieurs centaines de résidents s’étaient rassemblés devant le siège du gouvernement local à Dege, une région tibétaine de la province du Sichuan, pour demander la suspension du chantier de barrage de 1 100 mégawatts de #Gangtuo (Kamtok en tibétain) sur la rivière #Jinsha. Il s’agit de l’une des treize retenues prévues sur ce cours d’eau, qui n’est autre que le haut #Yangzi. Plus de 4 000 personnes doivent être déplacées. Les locaux craignent la disparition d’au moins deux communes et de six monastères, dont celui de Wontoe avec ses fresques murales datant du XIIIe siècle.

    Sur les vidéos des mobilisations de début 2024, on voit des Tibétains s’agenouiller pour implorer les officiels de suspendre le chantier. Mais sur le plateau tibétain, l’expression d’inquiétude de la population, qui ailleurs en Chine pourrait être perçue comme légitime, sur l’environnement ou la situation des personnes affectées, n’est lue qu’au prisme de la sécurité nationale, donc vivement réprimée. Des centaines de personnes ont été détenues durant les semaines qui ont suivi. Dans une lettre adressée en juillet, plusieurs rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les droits fondamentaux s’inquiétaient des violents coups subis au cours de ces détentions policières et de constater que tous les détenus n’avaient pas été libérés.

    https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/12/27/la-chine-approuve-un-projet-de-barrage-geant-au-tibet_6469838_3244.html
    #barrage_hydro-électrique #transition_énergétique #résistance

  • Nord de la France : l’État abandonne un projet de #barrage_flottant anti-migrants près de #Gravelines

    L’État a abandonné le projet d’installer un nouveau barrage flottant sur le #canal_de_l’Aa, entre Gravelines et #Grand-Fort-Philippe, dans le Nord de la France, à mi-chemin entre #Calais et #Dunkerque. Trois de ces dispositifs visant à empêcher les exilés de traverser la Manche existent déjà sur ce territoire.

    Très décrié par les associations et les plaisanciers, le projet de nouveau barrage flottant situé entre Gravelines et Grand-Fort-Philippe a été abandonné, selon le Phare dunkerquois. Ce projet avait été annoncé début novembre lors d’un déplacement de représentants de la préfecture maritime, des forces de l’ordre et du Royaume-Uni.

    Et il avait immédiatement suscité la controverse. Il a été dénoncé dans un premier temps par les plaisanciers locaux. Début novembre, environ 200 personnes se sont réunies à la marina de Gravelines pour manifester contre ce projet sur le chenal de l’#Aa.

    Les associations d’aide aux migrants sont aussi contre ces dispositifs jugés « inutiles ». « Ce genre de dispositif pousse les exilés à aller encore plus loin. Ça ne fait que doubler le temps de traversée et les risques qui vont avec », expliquait Pierre Roques, délégué général de l’Auberge des migrants, à InfoMigrants. « Il y a toujours autant de personnes qui passent quelles que soient les dispositions », résume Pierre Roques.

    « Cela va juste empêcher les départs depuis le chenal de l’Aa et déplacer l’endroit de la traversée va forcément amener les exilés à prendre plus de risques », abondait de son côté Angèle Vettorello, coordinatrice d’Utopia 56 à Calais dans la Voix du Nord.

    Contrer les « taxi-boats »

    Concrètement, le barrage consiste en l’installation d’une ligne de bouées qui traversent le fleuve de part en part, fixées à deux piliers en béton. Avec ce dispositif, les autorités visent un mode opératoire utilisé par les passeurs en particulier : celui des « taxi-boats ». Il s’agit de bateaux pneumatiques partant plus au sud du littoral, où les contrôles sont moins fréquents, avec quelques personnes seulement – passeurs ou migrants – à bord.

    Ils mettent dans un premier temps le cap au nord, vers les plages plus proches de Calais, où se cachent les passagers ayant payé pour la traversée. Ceux-ci se jettent alors à l’eau pour embarquer : selon le droit maritime, les policiers ne peuvent pas interpeller les bateaux déjà en mer. Selon la préfecture, ce phénomène « dangereux et illégal » est « monté en puissance » en 2023.

    Le nord de la France compte trois autres installations de ce type : un au niveau du #Pont_Rose_d’Étaples, sur les berges de la #Canche, un dans l’#Authie construit en amont du port de la #Madelon (près du #Fort-Mahon) et un autre dans le #canal_des_Dunes, près de Dunkerque inauguré en 2021. Selon la préfecture du département, ce genre de dispositif a « des résultats satisfaisants ».

    Année meurtrière

    En tout cas, les traversées vers le Royaume-Uni depuis le littoral français sont toujours très nombreuses. Si la semaine dernière, aucune embarcation n’est arrivée sur les côtes anglaises, la semaine d’avant a été au contraire sujettes à de nombreuses traversées, selon le Home Office. En seulement trois jours, du 12 au 14 décembre, pas moins de 1 067 personnes ont réussi à atteindre les côtes anglaises à bord de 17 embarcations. Dans le même temps, 1 140 ont été empêchés de partir par les forces de l’ordre françaises, toujours selon les chiffres des autorités anglaises.

    Et depuis janvier, plus de 30 000 personnes ont ainsi débarqué au Royaume-Uni après une périlleuse traversée de la Manche. Ce chiffre dépasse déjà celui de 2023, mais on est encore loin du record enregistré en 2022 avec l’arrivée de 45 000 personnes.

    L’année 2024 est, en revanche, la plus coûteuse en terme de vies humaines depuis l’apparition en 2018 du phénomène des traversées de la Manche sur des « small boats ». Au moins 73 candidats à l’exil sont décédés en tentant de traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre depuis le début de l’année, selon les chiffres de la préfecture du Pas-de-Calais.

    Un chiffre qui pourrait encore être revu à la hausse après l’identification des corps, pour le moment anonymes, retrouvés sur les plages. Plusieurs exilés sont notamment portés disparus, notamment depuis le naufrage du 23 octobre, lors duquel trois décès ont été officiellement déclarés.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/61884/nord-de-la-france--letat-abandonne-un-projet-de-barrage-flottant-antim
    #murs #barrières_frontalières #frontières #France #UK #Angleterre #abandon #migrations #réfugiés #murs_flottants #asile

    –-

    Août 2023 :
    Nord de la France : le barrage flottant, nouveau dispositif pour freiner les traversées de la Manche
    https://seenthis.net/messages/1013665

  • « Nous assistons à une escalade de la #prédation_minière »

    Une nouvelle #ruée_minière a commencé et touche aussi la #France. Au nom de la lutte contre la crise climatique, il faudrait extraire de plus en plus de #métaux. Celia Izoard dénonce l’impasse de cette « #transition » extractiviste. Entretien.

    Basta/Observatoire des multinationales : Il est beaucoup question aujourd’hui de renouveau minier en raison notamment des besoins de la transition énergétique, avec la perspective d’ouvrir de nouvelles mines en Europe et même en France. Vous défendez dans votre #livre qu’il ne s’agit pas du tout d’un renouveau, mais d’une trajectoire de continuité. Pourquoi ?

    #Celia_Izoard : Les volumes de #métaux extraits dans le monde aujourd’hui augmentent massivement, et n’ont jamais cessé d’augmenter. Ce qui est parfaitement logique puisqu’on ne cesse de produire de nouveaux objets et de nouveaux équipements dans nos pays riches, notamment avec la #numérisation et aujourd’hui l’#intelligence_artificielle, et qu’en plus de cela le reste du monde s’industrialise.

    En conséquence, on consomme de plus en plus de métaux, et des métaux de plus en plus variés – aussi bien des métaux de base comme le #cuivre et l’#aluminium que des métaux de spécialité comme les #terres_rares. Ces derniers sont utilisés en très petite quantité mais dans des objets qui sont partout, comme les #smartphones, et de façon trop dispersive pour permettre le #recyclage.

    Et la production de tous ces métaux devrait continuer à augmenter ?

    Oui, car rien ne freine cette production, d’autant plus qu’on y ajoute aujourd’hui une nouvelle demande qui est un véritable gouffre : celle de métaux pour le projet très technocratique de la transition. « Transition », dans l’esprit de nos élites, cela signifie le remplacement des #énergies_fossiles par l’#énergie_électrique – donc avec des #énergies_renouvelables et des #batteries – avec un modèle de société inchangé. Mais, par exemple, la batterie d’une #voiture_électrique représente souvent à elle seule 500 kg de métaux (contre moins de 3 kg pour un #vélo_électrique).

    Simon Michaux, professeur à l’Institut géologique de Finlande, a essayé d’évaluer le volume total de métaux à extraire si on voulait vraiment électrifier ne serait-ce que la #mobilité. Pour le #lithium ou le #cobalt, cela représenterait plusieurs décennies de la production métallique actuelle. On est dans un scénario complètement absurde où même pour électrifier la flotte automobile d’un seul pays, par exemple l’Angleterre ou la France, il faut déjà plus que la totalité de la production mondiale. Ce projet n’a aucun sens, même pour lutter contre le #réchauffement_climatique.

    Vous soulignez dans votre livre que l’#industrie_minière devient de plus en plus extrême à la fois dans ses techniques de plus en plus destructrices, et dans les #nouvelles_frontières qu’elle cherche à ouvrir, jusqu’au fond des #océans et dans l’#espace

    Oui, c’est le grand paradoxe. Les élites politiques et industrielles répètent que la mine n’a jamais été aussi propre, qu’elle a surmonté les problèmes qu’elle créait auparavant. Mais si l’on regarde comment fonctionne réellement le #secteur_minier, c’est exactement l’inverse que l’on constate. La mine n’a jamais été aussi énergivore, aussi polluante et aussi radicale dans ses pratiques, qui peuvent consister à décapiter des #montagnes ou à faire disparaître des #vallées sous des #déchets_toxiques.

    C’est lié au fait que les teneurs auxquelles on va chercher les métaux sont de plus en plus basses. Si on doit exploiter du cuivre avec un #filon à 0,4%, cela signifie que 99,6% de la matière extraite est du #déchet. Qui plus est, ce sont des #déchets_dangereux, qui vont le rester pour des siècles : des déchets qui peuvent acidifier les eaux, charrier des contaminants un peu partout.

    Les #résidus_miniers vont s’entasser derrière des #barrages qui peuvent provoquer de très graves #accidents, qui sont sources de #pollution, et qui sont difficilement contrôlables sur le long terme. Nous assistons aujourd’hui à une véritable #escalade_technologique qui est aussi une escalade de la #prédation_minière. La mine est aujourd’hui une des pointes avancées de ce qu’on a pu appeler le #capitalisme_par_dépossession.

    Comment expliquer, au regard de cette puissance destructrice, que les populations occidentales aient presque totalement oublié ce qu’est la mine ?

    Il y a un #déni spectaculaire, qui repose sur deux facteurs. Le premier est la religion de la #technologie, l’une des #idéologies dominantes du monde capitaliste. Nos dirigeants et certains intellectuels ont entretenu l’idée qu’on avait, à partir des années 1970, dépassé le #capitalisme_industriel, qui avait été tellement contesté pendant la décennie précédente, et qu’on était entré dans une nouvelle ère grâce à la technologie. Le #capitalisme_post-industriel était désormais avant tout une affaire de brevets, d’idées, d’innovations et de services.

    Les mines, comme le reste de la production d’ailleurs, avaient disparu de ce paysage idéologique. Le #mythe de l’#économie_immatérielle a permis de réenchanter le #capitalisme après l’ébranlement des mouvements de 1968. Le second facteur est #géopolitique. Aux grandes heures du #néo-libéralisme, le déni de la mine était un pur produit de notre mode de vie impérial. Les puissances occidentales avaient la possibilité de s’approvisionner à bas coût, que ce soit par l’#ingérence_politique, en soutenant des dictatures, ou par le chantage à la dette et les politiques d’#ajustement_structurel. Ce sont ces politiques qui ont permis d’avoir par exemple du cuivre du #Chili, de #Zambie ou d’#Indonésie si bon marché.

    Les besoins en métaux pour la #transition_climatique, si souvent invoqués aujourd’hui, ne sont-ils donc qu’une excuse commode ?

    Invoquer la nécessité de créer des mines « pour la transition » est en effet hypocrite : c’est l’ensemble des industries européennes qui a besoin de sécuriser ses approvisionnements en métaux. La récente loi européenne sur les métaux critiques répond aux besoins des grosses entreprises européennes, que ce soit pour l’#automobile, l’#aéronautique, l’#aérospatiale, les #drones, des #data_centers.

    L’argument d’une ruée minière pour produire des énergies renouvelables permet de verdir instantanément toute mine de cuivre, de cobalt, de lithium, de #nickel ou de terres rares. Il permet de justifier les #coûts_politiques de la #diplomatie des #matières_premières : c’est-à-dire les #conflits liés aux rivalités entre grandes puissances pour accéder aux #gisements. Mais par ailleurs, cette transition fondée sur la technologie et le maintien de la #croissance est bel et bien un gouffre pour la #production_minière.

    Ce discours de réenchantement et de relégitimation de la mine auprès des populations européennes vous semble-t-il efficace ?

    On est en train de créer un #régime_d’exception minier, avec un abaissement des garde-fous réglementaires et des formes d’extractivisme de plus en plus désinhibées, et en parallèle on culpabilise les gens. La #culpabilisation est un ressort psychologique très puissant, on l’a vu durant le Covid. On dit aux gens : « Si vous n’acceptez pas des mines sur notre territoire, alors on va les faire ailleurs, aux dépens d’autres populations, dans des conditions bien pires. » Or c’est faux. D’abord, la #mine_propre n’existe pas.

    Ensuite, la #loi européenne sur les #métaux_critiques elle prévoit qu’au mieux 10% de la production minière soit relocalisée en Europe. Aujourd’hui, on en est à 3%. Ce n’est rien du tout. On va de toute façon continuer à ouvrir des mines ailleurs, dans les pays pauvres, pour répondre aux besoins des industriels européens. Si l’on voulait vraiment relocaliser la production minière en Europe, il faudrait réduire drastiquement nos besoins et prioriser les usages les plus importants des métaux.

    Peut-on imaginer qu’un jour il existe une mine propre ?

    Si l’on considère la réalité des mines aujourd’hui, les procédés utilisés, leur gigantisme, leur pouvoir de destruction, on voit bien qu’une mine est intrinsèquement problématique, intrinsèquement prédatrice : ce n’est pas qu’une question de décisions politiques ou d’#investissements. L’idée de « #mine_responsable » n’est autre qu’une tentative de faire accepter l’industrie minière à des populations en prétendant que « tout a changé.

    Ce qui m’a frappé dans les enquêtes que j’ai menées, c’est que les industriels et parfois les dirigeants politiques ne cessent d’invoquer certains concepts, par exemple la #mine_décarbonée ou le réemploi des #déchets_miniers pour produire du #ciment, comme de choses qui existent et qui sont déjà mises en pratique. À chaque fois que j’ai regardé de plus près, le constat était le même : cela n’existe pas encore. Ce ne sont que des #promesses.

    Sur le site de la nouvelle mine d’#Atalaya à #Rio_Tinto en #Espagne, on voir des panneaux publicitaires alignant des #panneaux_photovoltaïques avec des slogans du type « Rio Tinto, la première mine d’autoconsommation solaire ». Cela donne à penser que la mine est autonome énergétiquement, mais pas du tout. Il y a seulement une centrale photovoltaïque qui alimentera une fraction de ses besoins. Tout est comme ça.

    Le constat n’est-il pas le même en ce qui concerne le recyclage des métaux ?

    Il y a un effet purement incantatoire, qui consiste à se rassurer en se disant qu’un jour tout ira bien parce que l’on pourra simplement recycler les métaux dont on aura besoin. Déjà, il n’en est rien parce que les quantités colossales de métaux dont l’utilisation est planifiée pour les années à venir, ne serait-ce que pour produire des #batteries pour #véhicules_électriques, n’ont même pas encore été extraites.

    On ne peut donc pas les recycler. Il faut d’abord les produire, avec pour conséquence la #destruction de #nouveaux_territoires un peu partout sur la planète. Ensuite, le recyclage des métaux n’est pas une opération du saint-Esprit ; il repose sur la #métallurgie, il implique des usines, des besoins en énergie, et des pollutions assez semblables à celles des mines elles-mêmes.

    L’accent mis sur le besoin de métaux pour la transition ne reflète-t-il pas le fait que les #multinationales ont réussi à s’approprier ce terme même de « transition », pour lui faire signifier en réalité la poursuite du modèle actuel ?

    Le concept de transition n’a rien de nouveau, il était déjà employé au XIXe siècle. À cette époque, la transition sert à freiner les ardeurs révolutionnaires : on accepte qu’il faut des changements, mais on ajoute qu’il ne faut pas aller trop vite. Il y a donc une dimension un peu réactionnaire dans l’idée même de transition.

    Dans son dernier livre, l’historien des sciences #Jean-Baptiste_Fressoz [Sans transition - Une nouvelle histoire de l’énergie, Seuil, 2024] montre que la #transition_énergétique tel qu’on l’entend aujourd’hui est une invention des #pro-nucléaires des États-Unis dans les années 1950 pour justifier des #investissements publics colossaux dans l’#atome. Ils ont tracé des belles courbes qui montraient qu’après l’épuisement des énergies fossiles, il y aurait besoin d’une #solution_énergétique comme le #nucléaire, et qu’il fallait donc investir maintenant pour rendre le passage des unes à l’autre moins brutal.

    La transition aujourd’hui, c’est avant tout du temps gagné pour le capital et pour les grandes entreprises. Les rendez-vous qu’ils nous promettent pour 2050 et leurs promesses de #zéro_carbone sont évidemment intenables. Les technologies et l’#approvisionnement nécessaire en métaux n’existent pas, et s’ils existaient, cela nous maintiendrait sur la même trajectoire de réchauffement climatique.

    Ces promesses ne tiennent pas debout, mais elles permettent de repousser à 2050 l’heure de rendre des comptes. Ce sont plusieurs décennies de gagnées. Par ailleurs, le terme de transition est de plus en plus utilisé comme étendard pour justifier une #croisade, une politique de plus en plus agressive pour avoir accès aux gisements. Les pays européens et nord-américains ont signé un partenariat en ce sens en 2022, en prétendant que certes ils veulent des métaux, mais pour des raisons louables. La transition sert de figure de proue à ces politiques impériales.

    Vous avez mentionné que l’une des industries les plus intéressées par la sécurisation de l’#accès aux métaux est celle de l’#armement. Vous semblez suggérer que c’est l’une des dimensions négligées de la guerre en Ukraine…

    Peu de gens savent qu’en 2021, la Commission européenne a signé avec l’#Ukraine un accord de partenariat visant à faire de ce pays une sorte de paradis minier pour l’Europe. L’Ukraine possède de fait énormément de ressources convoitées par les industriels, qu’ils soient russes, européens et américains. Cela a joué un rôle dans le déclenchement de la #guerre. On voit bien que pour, pour accéder aux gisements, on va engendrer des conflits, militariser encore plus les #relations_internationales, ce qui va nécessiter de produire des #armes de plus en plus sophistiquées, et donc d’extraire de plus en plus de métaux, et donc sécuriser l’accès aux gisements, et ainsi de suite.

    C’est un #cercle_vicieux que l’on peut résumer ainsi : la ruée sur les métaux militarise les rapports entre les nations, alimentant la ruée sur les métaux pour produire des armes afin de disposer des moyens de s’emparer des métaux. Il y a un risque d’escalade dans les années à venir. On évoque trop peu la dimension matérialiste des conflits armés souvent dissimulés derrière des enjeux « ethniques ».

    Faut-il sortir des métaux tout comme il faut sortir des énergies fossiles ?

    On a besoin de sortir de l’extractivisme au sens large. Extraire du pétrole, du charbon, du gaz ou des métaux, c’est le même modèle. D’ailleurs, d’un point de vue administratif, tout ceci correspond strictement à de l’activité minière, encadrée par des #permis_miniers. Il faut cesser de traiter le #sous-sol comme un magasin, de faire primer l’exploitation du sous-sol sur tout le reste, et en particulier sur les territoires et le vivant.

    Concrètement, qu’est ce qu’on peut faire ? Pour commencer, les deux tiers des mines sur la planète devraient fermer – les #mines_métalliques comme les #mines_de_charbon. Ça paraît utopique de dire cela, mais cela répond à un problème urgent et vital : deux tiers des mines sont situées dans des zones menacées de #sécheresse, et on n’aura pas assez d’#eau pour les faire fonctionner à moins d’assoiffer les populations. En plus de cela, elles émettent du #CO2, elles détruisent des territoires, elles déplacent des populations, elles nuisent à la #démocratie. Il faut donc faire avec une quantité de métaux restreinte, et recycler ce que l’on peut recycler.

    Vous soulignez pourtant que nous n’avons pas cessé, ces dernières années, d’ajouter de nouvelles technologies et de nouveaux objets dans notre quotidien, notamment du fait de l’envahissement du numérique. Réduire notre consommation de métaux implique-t-il de renoncer à ces équipements ?

    Oui, mais au préalable, quand on dit que « nous n’avons pas cessé d’ajouter des nouvelles technologies polluantes », il faut analyser un peu ce « nous ». « Nous » n’avons pas choisi de déployer des #caméras_de_vidéosurveillance et des #écrans_publicitaires partout. Nous n’avons pas choisi le déploiement de la #5G, qui a été au contraire contesté à cause de sa consommation d’énergie.

    La plupart d’entre nous subit plutôt qu’elle ne choisit la #numérisation des #services_publics, instrument privilégié de leur démantèlement et de leur privatisation : l’usage de #Pronote à l’école, #Doctissimo et la télémédecine dont la popularité est due à l’absence de médecins, etc. Dans le secteur automobile, la responsabilité des industriels est écrasante. Depuis des décennies, ils ne cessent de bourrer les véhicules d’électronique pour augmenter leur valeur ajoutée.

    Ces dernières années, ils ont massivement vendu d’énormes voitures électriques parce qu’ils savaient que le premier marché de la voiture électrique, c’était d’abord la bourgeoisie, et que les bourgeois achèteraient des #SUV et des grosses berlines. Donc quand je dis que nous devons réduire notre #consommation de métaux, j’entends surtout par-là dénoncer les industries qui inondent le marché de produits insoutenables sur le plan des métaux (entre autres).

    Mais il est vrai que nous – et là c’est un vrai « nous » - devons réfléchir ensemble aux moyens de sortir de l’#emprise_numérique. Du point de vue des métaux, le #smartphone n’est pas viable : sa sophistication et son caractère ultra-mondialisé en font un concentré d’#exploitation et d’#intoxication, des mines aux usines d’assemblage chinoises ou indiennes.

    Et bien sûr il a des impacts socialement désastreux, des addictions à la #surveillance, en passant par la « #surmarchandisation » du quotidien qu’il induit, à chaque instant de la vie. Là-dessus, il faut agir rapidement, collectivement, ne serait-ce que pour se protéger.

    https://basta.media/nous-assistons-a-une-escalade-de-la-predation-miniere
    #extractivisme #minières #électrification #acidification #contamination #hypocrisie #relocalisation #prédation #guerre_en_Ukraine #militarisation #déplacement_de_populations #dématérialisation #industrie_automobile

  • Des institutions scientifiques entretiennent le #doute sur les bénéfices du #bio

    Une vaste #étude française de 2018, montrant un lien entre #alimentation bio et baisse de certains #cancers, a été selon ses auteurs dénigrée par des organismes comme l’#Institut_national_du_cancer ou l’#Académie_de_médecine.

    Pour peu qu’elle soit suffisamment médiatisée, toute publication mettant en évidence les bénéfices de l’alimentation bio pour la #santé se heurte à un tir de #barrage de #dénigrements et de #contrevérités. Avec comme circonstance singulière que ces #fausses_informations ne circulent pas seulement sur les réseaux sociaux ou dans la presse : ce sont parfois des #sociétés_savantes ou des #institutions_scientifiques qui produisent ou relaient ces informations trompeuses. Selon plusieurs chercheurs en #nutrition et en #santé_publique, l’Académie nationale de médecine, l’Académie d’agriculture de France (#AAF) et l’#Institut_national_du_cancer (#INCa) ont ainsi, chacun à leur manière, participé à alimenter la #confusion sur le sujet.

    En cause, une #étude_épidémiologique française publiée en 2018 dans JAMA Internal Medicine, ayant suivi 70 000 personnes pendant quatre ans et demi, et mettant en évidence une baisse significative de #lymphomes (– 75 %) et du #cancer_du_sein postménopausal (– 34 %) chez les plus gros consommateurs et consommatrices de bio, par rapport à ceux qui n’en consomment pas. Trois jours seulement après la publication, l’AAF diffuse sur son site Web un « point de vue » de deux de ses membres, qui l’éreintent.

    « Ce texte était un modèle des techniques utilisées par les industriels pour fabriquer du doute, avec un empilement de critiques méthodologiques frisant la #mauvaise_foi, mais qui parviennent à donner l’illusion d’une discussion scientifique légitime, raconte Serge Hercberg, l’une des figures de l’épidémiologie nutritionnelle, et coauteur de cette étude. Nous ne sommes évidemment pas hostiles au débat, mais il s’agissait, à l’évidence, d’une volonté de jeter le #discrédit plus que de débattre. » Interrogé, le secrétaire perpétuel de l’AAF rappelle que les « points de vue » des académiciens, bien que diffusés par la société savante, ne sont pas formellement endossés par elle.

    En avril 2019, plusieurs mois après la publication de la fameuse étude, l’Académie nationale de médecine publie un bref communiqué qui « alerte sur l’interprétation trop rapide des résultats épidémiologiques ». Le texte fait valoir que les groupes comparés (consommateurs de bio, et non-consommateurs) diffèrent par d’autres facteurs : « La consommation de fruits et légumes, le niveau socio-économique, l’activité physique… tous [sont] susceptibles d’expliquer à eux seuls une différence. »

    Une critique qui suggère que les auteurs auraient fait preuve de négligence en ne tenant pas compte de ces facteurs de confusion dans leur analyse. « C’est complètement ridicule, répond le biochimiste et nutritionniste Denis Lairon, coauteur de l’étude attaquée. Il est impensable qu’une revue comme JAMA Internal Medicine, l’une des plus réputées et exigeantes, accepte de publier une étude épidémiologique qui ne tiendrait pas compte de ces facteurs de confusion ! »

    « #Infox »

    De son côté, l’épidémiologiste Emmanuelle Kesse-Guyot de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, coautrice de l’étude, ne s’explique pas le communiqué de l’Académie. « Je suis allée présenter notre travail aux académiciens pendant plus d’une heure et demie, en leur détaillant les efforts que nous avons faits pour prendre en compte des facteurs de confusion, et les analyses de sensibilité que nous avons conduites avant de publier nos résultats », raconte-t-elle.

    Pourquoi l’Académie a-t-elle publié un communiqué qu’elle savait erroné ? La société savante n’a pas répondu aux sollicitations du Monde. Le caractère trompeur de son communiqué a été porté à l’attention de l’Académie à plusieurs reprises depuis sa publication, voilà plus de cinq ans, mais aucune modification ou rectificatif ne lui a été apportée.

    L’Institut national du cancer n’est pas en reste. En juin 2021, l’institution publie sur son site Web un « éclairage » en forme de fact-checking. L’INCa assure que l’affirmation selon laquelle « manger bio permet de diminuer le risque de cancers » relève d’une « infox ». Et de souligner les limites de l’étude française de 2018.
    Liste de griefs

    En janvier, Le Monde a soumis à l’INCa une demande d’accès aux documents administratifs pour comprendre la genèse de ce communiqué. Suite au refus de l’institution, Le Monde a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs qui a fait droit à sa demande en mars. Les correspondances internes, finalement transmises, indiquent d’abord que la publication de ce communiqué s’est faite sous la supervision du cancérologue Norbert Ifrah, le président de l’institut.

    Ensuite, elles montrent qu’en février 2022 quatre chercheurs d’institutions publiques protestent par écrit auprès de l’institut. Une protestation d’autant plus autorisée que les auteurs du courrier sont les animateurs du Réseau NACRe (Nutrition, Activité physique, Cancer, Recherche), qui fédère une quarantaine de laboratoires publics travaillant, entre autres, sur la prévention nutritionnelle des cancers. « Il nous paraît important de signaler que le fait de qualifier l’association entre alimentation bio et risque de cancer comme une “infox” n’est pas tout à fait exact, compte tenu du nombre croissant de publications sur le sujet, écrivent les chercheurs à l’INCa. Ce n’est pas encore avéré avec un niveau de preuve solide, mais cela n’est pas une infox non plus. »

    Dans leur courrier, ils soulignent que d’autres travaux vont à l’appui d’une telle association, et citent une étude française de mars 2021 sur un lien entre faible teneur en résidus de pesticides et risque diminué de cancers de sein (https://www.inrae.fr/actualites/certains-cocktails-pesticides-favoriseraient-risque-cancer-du-sein-femmes-meno), et une autre, américaine, de janvier 2022, sur un risque diminué de #gliomes (un type de cancer cérébral). L’INCa n’a pas donné de suites à l’interpellation des chercheurs. Leur critique était formulée mezza voce, mais d’autres spécialistes sont bien plus critiques.

    Denis Lairon retourne ainsi à l’INCa l’amabilité : pour le chercheur, la communication de l’institution publique « frôle la fake news ». Le chercheur transmet au Monde une longue liste de griefs sur de nombreux points du #fact-checking de l’INCa et estime que certains sont « totalement injustifiés et témoignent d’une forte ignorance des méthodologies utilisées et/ou d’un biais partisan totalement inacceptable ». L’INCa n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2024/11/04/des-institutions-scientifiques-entretiennent-le-doute-sur-les-benefices-du-b

    voir aussi ici, signalé par @colporteur
    https://seenthis.net/messages/1080446

    • Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk. Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study

      Key Points

      Question What is the association between an organic food–based diet (ie, a diet less likely to contain pesticide residues) and cancer risk?

      Findings In a population-based cohort study of 68 946 French adults, a significant reduction in the risk of cancer was observed among high consumers of organic food.

      Meaning A higher frequency of organic food consumption was associated with a reduced risk of cancer; if the findings are confirmed, research investigating the underlying factors involved with this association is needed to implement adapted and targeted public health measures for cancer prevention.
      Abstract

      Importance Although organic foods are less likely to contain pesticide residues than conventional foods, few studies have examined the association of organic food consumption with cancer risk.

      Objective To prospectively investigate the association between organic food consumption and the risk of cancer in a large cohort of French adults.

      Design, Setting, and Participants In this population-based prospective cohort study among French adult volunteers, data were included from participants with available information on organic food consumption frequency and dietary intake. For 16 products, participants reported their consumption frequency of labeled organic foods (never, occasionally, or most of the time). An organic food score was then computed (range, 0-32 points). The follow-up dates were May 10, 2009, to November 30, 2016.

      Main Outcomes and Measures This study estimated the risk of cancer in association with the organic food score (modeled as quartiles) using Cox proportional hazards regression models adjusted for potential cancer risk factors.

      Results Among 68 946 participants (78.0% female; mean [SD] age at baseline, 44.2 [14.5] years), 1340 first incident cancer cases were identified during follow-up, with the most prevalent being 459 breast cancers, 180 prostate cancers, 135 skin cancers, 99 colorectal cancers, 47 non-Hodgkin lymphomas, and 15 other lymphomas. High organic food scores were inversely associated with the overall risk of cancer (hazard ratio for quartile 4 vs quartile 1, 0.75; 95% CI, 0.63-0.88; P for trend = .001; absolute risk reduction, 0.6%; hazard ratio for a 5-point increase, 0.92; 95% CI, 0.88-0.96).

      Conclusions and Relevance A higher frequency of organic food consumption was associated with a reduced risk of cancer. If these findings are confirmed, further research is necessary to determine the underlying factors involved in this association.

      https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2707948

    • #Pesticides et santé – Nouvelles données (2021)

      Ce document présente la synthèse issue des travaux du groupe d’experts réunis par l’Inserm dans le cadre de la procédure d’expertise collective pour répondre à la demande de cinq directions de l’État, la Direction générale de la prévention des risques, la Direction générale de la santé, la Direction générale du travail, la Direction générale de la recherche et de l’innovation, ainsi que le secrétariat général du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Ce travail s’inscrit dans le cadre de l’actualisation du rapport d’expertise collective Inserm intitulé Pesticides : Effets sur la santé, publié en 2013 (https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-effets-sur-sante).

      https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021

    • Certains #cocktails_de_pesticides favoriseraient le risque de cancer du sein chez les #femmes ménopausées

      Certains pesticides utilisés en Europe sont suspectés d’avoir des effets néfastes sur la santé humaine. Ils provoqueraient des #perturbations_hormonales et auraient également des propriétés carcinogènes, déjà observées en milieu professionnel. Le lien entre l’exposition à ces pesticides via l’alimentation et le cancer du sein dans la population générale est encore peu étudié. Des chercheurs d’une équipe mixte INRAE, Inserm, Cnam et Université Sorbonne Paris Nord ont déjà montré que les consommatrices d’aliments issus de l’agriculture biologique de la cohorte NutriNet-Santé, avaient un moindre risque de cancer du sein en post-ménopause (1). Cette même équipe a poursuivi ses travaux en s’intéressant cette fois à l’exposition à différents cocktails de ces pesticides sur cette catégorie de la population. Leurs travaux, parus le 15 mars dans la revue International Journal of Epidemiology apportent un éclairage sur l’impact de l’exposition alimentaire aux pesticides dans la survenue de cancer du sein en post-#ménopause.

      https://www.inrae.fr/actualites/certains-cocktails-pesticides-favoriseraient-risque-cancer-du-sein-femmes-meno

  • Benjamin Biard : « Face à l’extrême droite, l’#audiovisuel_public belge a institué un #cordon_sanitaire »

    Depuis 1991, les radios et télévisions publiques belges francophones ont banni de leurs studios et plateaux tous les représentants de l’extrême droite. Résultat : celle-ci n’a jamais percé politiquement. Le politiste #Benjamin_Biard revient sur une expérience unique qu’on peut considérer comme un exemple à suivre d’urgence.

    https://aoc.media/entretien/2024/07/12/benjamin-biard-face-a-lextreme-droite-laudiovisuel-public-belge-a-institue-un

    #médias #Belgique #extrême_droite #télévision_publique #bannissement #barrage #exemple_à_suivre #bonnes_pratiques #TV #radio
    –-

    déjà signalé sur seenthis ici par @sombre, où il y a le texte complet :
    https://seenthis.net/messages/1061621

  • France : Un Disneyland sociologique, et une la farce morbide.

    L’Histoire se rit des castors qui chérissent les barrages dont ils pleurent les effets. Sans véritable surprise, yaël braun-pivet aura été réélue le jeudi 18 juillet dernier à la présidence de l’Assemblée nationale, poste surnommé dans le milieu « le perchoir ». Non pas en raison bien sûr de ses compétences politiques exceptionnelles, de ses qualités d’analyses des situations, de son charisme particulier, ou de sa probité à juger les déboires de l’Assemblée : non, encore et toujours, par la stupidité et la cécité coupable de la gauche « NFP », comme il faut désormais la labelliser, telle une marque infamante, toujours prompte à falsifier l’Histoire et les symboles.

    Un Disneyland sociologique
    Car enfin, après avoir appelé de toute la force dont est capable ses petits poumons bien malingres à voter pour des macronistes contre le RN, et avoir fait passer la projection de seulement 60 députés Ensemble ! au soir du premier tour aux 166 actuels, de quel droit osent-ils faire les étonnés, et hurler au « déni de démocratie », au « vol de l’élection », et au « mépris des électeurs » ? Il n’y a là que la conséquence parfaitement logique de leurs actions : quelle lâcheté de ne pas les assumer ! Faut-il avoir perdu tout contact avec la réalité pour oser affirmer comme a. chassaigne que l’alliance entre les macronistes et LR est une « alliance contre-nature » ? Quelle « contre-nature » ? Il s’agit de la même classe sociale, avec le même programme économique et géopolitique, et la même vision du monde. On aimerait pouvoir invoquer à la décharge du NFP un état psychiatrique dément, qui au moins aurait le mérite de susciter de la compassion chez le lecteur bienveillant envers les aliénés, qui depuis le juriste romain Ulpien sait pourquoi ils ne sont pas responsables juridiquement de leurs actes.

    Mais non : las, il faut bien reconnaître que ce non-contact avec la réalité est le produit de leur classe sociale – la petite-bourgeoisie intellectuelle, et les couches moyennes qui se sont trouvées un moyen de se créer un Disneyland sociologique. Dans ce pays de cocagne, nulle trace d’ouvriers, de pauvres sales et mal-élevés : on y vit bien dans l’entre-soi de la bien-pensance. On peut penser avoir gagné une élection en ayant rassemblé 25 % des suffrages en réunissant plus de 6 organisations politiques, et gouverner légitimement le pays avec 30 % des sièges au parlement. On peut même penser demander aux marchés financiers et à la BCE de financer le SMIC à 1600€ et payer davantage les fonctionnaires dans un pays désindustrialisé, et qui ne produit plus ce qu’il consomme.

    Ce n’est plus de la politique à ce niveau-là : c’est le Journal de Mickey mis en scène – mais avec caroline de haas en rédactrice en chef, des fois que Dingo veuille faire preuve de « masculinité toxique » à l’égard de Minnie. Leur délire est donc totalement politique, et en rien psychiatrique : la classe sociale qu’ils représentent a perdu tout pouvoir et capacité d’action réelle, et en est donc réduite à s’agiter vainement, en poussant toujours plus loin le délire de séparation avec la réalité.

    Et que dire du spectacle puéril qu’ont offert les insoumis, en érigeant comme sommet de la résistance anti-fasciste le fait de refuser de serrer la main aux députés RN ? Ils trahissent bien d’ailleurs là leur conception des choses : ils ne font même plus semblant d’essayer d’aller chercher l’électorat ouvrier du RN pour le faire changer de vote – ils lui crachent à la figure, en se drapant dans de la morale , au sens le plus abstrait et méprisable du mot. Il faudra un jour que les communistes sincères et les hommes de gauche honnêtes l’admettent : cette gauche « NFP » n’est pas simplement stupide, ni mal orientée – elle défend férocement ses intérêts de classe , qui exigent que rien dans le fond ne change. Elle veut l’UE, elle veut l’OTAN, elle veut le système économique actuel, elle veut même macron dans le fond, même si elle ne l’admet pas : elle veut tout cela, mais avec plus de dépenses publiques, pour que son Disneyland soit un peu plus fun . C’est vrai qu’on s’ennuie un peu au pays de l’OTAN, quand on a moins de moyens (c’est-à-dire pour eux, le travail des autres) pour s’amuser.

    Les suites de cette farce sont donc prévisibles à l’avance : macron macronera, yaël braun-pivet braunpivera, et peut-être même que attal attallera. Et la gauche, toujours la gauche, fera son manège bouffon, in seculum seculorum si on la laisse faire. Cette gauche aime à répéter que macron a perdu le 7 juillet : peut-être est-il temps de se rendre compte que probablement non, si tout peut continuer comme avant ?

    Il y a aussi la farce morbide.
    Mais derrière la farce grotesque, il y a aussi la farce morbide. On se souviendra longtemps que cette même journée, l’infâme ursula von der leyen a été réélue à la tête de la commission européenne pour 5 ans de plus. Vu le caractère réactionnaire de ce qu’est l’UE, cela n’est pas surprenant, mais après le désastre de son mandat précédent, et les horizons de guerre et de désolation où cette femme veut emmener les peuples européens, l’événement devrait terroriser tout honnête citoyen. La guerre et la misère sont ses seules ambitions pour les masses.

    Et de cette farce morbide, une image restera néanmoins : celle de manon aubry, tout sourire, embrassant avec un plaisir visiblement non-feint usurla von der leyen, pour la féliciter de sa réélection. Et là, les masques de la comédie sont éventés, et la vérité, la dure, la froide et cruelle vérité, vient percer à jour le théâtre, et en montrer l’abjection politique et morale – la vraie cette fois – sous son jour le plus cru : on peut embrasser avec plaisir la sanguinaire von der leyen, qui a mené tant d’ukrainiens et de russes à la mort, qui a soutenu tant de massacres immondes à Gaza et en Cisjordanie, mais on ne peut pas, au grand jamais, serrer la main d’un député RN. Mais l’électeur moyen du RN ou le député du RN ont-t-ils jamais contribué, même indirectement, à tuer un seul ukrainien, ni même un seul gazaoui ?

    Un jour, cette gauche sera réveillée par les masses laborieuses, et ce jour-là, elle se rendra compte que le sang que von der leyen a sur les mains a déteint sur les siennes, qu’elle croyait immaculées.

    Et il sera trop tard pour dire qu’elle ne la lui a jamais serrée. Il n’est pas sûr que d’avoir refusé de serrer celles du RN lui serve d’excuse ce jour-là.

    Victor Sarkis Sur le blog de Régis de Castelnau

    Source : Vu du droit https://www.vududroit.com/2024/07/maitre-castor-perche-sur-son-assemble

    #France #Farce #NFP #bourgeoisie #petite_bourgeoisie_intellectuelle #petite_bourgeoisie #rn #gôche #gauche #manon_aubry #caroline_de_haas #insoumis en peu de lapin #ue #otan #guerre #misère #ursula_von_der_leyen #classes_sociales #politique #castors #barrages #bien-pensance

  • Nord de la France : une nouvelle lignée de bouées flottantes anti-migrants installée dans la Canche - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/58019/nord-de-la-france--une-nouvelle-lignee-de-bouees-flottantes-antimigran

    Nord de la France : une nouvelle lignée de bouées flottantes anti-migrants installée dans la Canche
    Par La rédaction Publié le : 26/06/2024
    Un nouveau barrage anti-migrants va être installé dans le nord de la France, dans la Canche, vers la ville d’Étaples, d’où partent de nombreuses embarcations à destination de l’Angleterre. Deux autres dispositifs similaires sont déjà installés dans la même zone.
    Et de trois. Un nouveau barrage anti-migrants va être installé dans la Canche, ce fleuve du nord de la France qui se jette dans la Manche, a révélé la Voix du Nord, dans un article publié le 25 juin. Il sera posé, comme les précédents, sur les berges de la ville d’Étaples, dans le Nord de la France.
    Concrètement, le dispositif consiste en l’installation d’une ligne de bouées qui traversent le fleuve de part en part, fixées à deux piliers en béton. Le but : contrer le phénomène des « taxi-boats », ces embarcations qui prennent la mer depuis les cours d’eau en amont pour éviter les contrôles renforcés le long du littoral. Un premier barrage flottant avait déjà été installé l’été dernier à Étaples. Puis, une seconde ligne de bouées avait ensuite été posée au même endroit, en septembre 2023, pour renforcer ce premier dispositif.
    Pour Xavier Delrieu, chef de l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (OLTIM), qui traque les filières d’immigration clandestine dans toute la France, ces bouées permettent de contrecarrer les plans des trafiquants. « Le bateau [des passeurs] gonflé est mis à l’eau sur des cours d’eau qui rejoignent la mer. Les passeurs espèrent ensuite charger les passagers à un endroit bien précis [de la Canche], ce qui permet d’éviter l’interception sur les plages », expliquait-il à InfoMigrants l’an dernier.
    Les autorités françaises espèrent ainsi bloquer les embarcations avant que ces dernières n’atteignent la mer – et ensuite le Royaume-Uni.Mais quelques mois après leur installation, dans la nuit du 30 au 31 mars, l’un des barrages avait été détruit, puis à nouveau endommagé pendant le weekend du 11 mai. Certainement l’œuvre de passeurs, selon les autorités. Preuve que le dispositif dérange.
    Pourtant, plus de 12 000 migrants ont traversé la Manche depuis le début de l’année, un record, soit 35 % de plus qu’en 2023 à la même période.
    Le nord de la France compte deux autres installations de ce type : un dans l’Authie construit en amont du port de la Madelon (près du Fort-Mahon) en janvier, et un autre dans le canal des Dunes, près de Dunkerque inauguré en 2021.Selon les associations d’aide aux migrants, présentes dans le nord de la France, ces barrages flottants augmentent au contraire les risques liés aux traversées. En mars, un Syrien de 27 ans et une fillette irakienne de sept ans ont péri noyés dans le canal de l’Aa en tentant de monter dans une embarcation de fortune.Au total, au moins 16 exilés sont morts en tentant de traverser la Manche depuis le début de l’année 2024. Ils étaient 12 pour l’ensemble de l’année 2023, et un en 2022, selon la préfecture de la Manche et de la mer du Nord.

    #Covid-19#migrant#migration#france#rouemigratoire#traversee#barrageflottant#smallboat#migrationirreguliere#sante

  • “Sotto l’acqua”. Le storie dimenticate dei borghi alpini sommersi in nome del “progresso”

    I grandi invasi per la produzione di energia idroelettrica hanno segnato nei primi decenni del Novecento l’inizio della colonizzazione dei territori montani. #Fabio_Balocco, giornalista e scrittore di tematiche ambientali, ne ha raccolto le vicende in un libro. Un lavoro prezioso anche per comprendere l’attuale dibattito su nuove dighe e bacini a favore di agricoltura intensiva e innevamento artificiale

    Un campanile solitario emerge dalle acque del Lago di Rèsia, in Val Venosta, un invaso realizzato per produrre energia idroelettrica. Quella che per i turisti di oggi è una curiosa attrazione, è in realtà ciò che rimane di una borgata alpina sommersa in nome del “progresso”. Quella del campanile che sorge dalle acque è un’immagine iconica che in tanti conoscono. Ma non si tratta di un caso isolato: molti altri abitati alpini furono sommersi nello scorso secolo, sacrificati sullo stesso altare. Soprattutto nel Piemonte occidentale, dove subirono la sorte le borgate di Osiglia, Pontechianale, Ceresole Reale, Valgrisenche, e un intero Comune come Agàro, nell’Ossola. A raccontare queste storie pressoché dimenticate è il giornalista e scrittore Fabio Balocco nel suo recente saggio “Sotto l’acqua. Storie di invasi e di borghi sommersi” pubblicato da LAReditore.

    Balocco, perché ha scelto di raccontare queste storie?
    FB Tutto è iniziato con un’inchiesta per la rivista Alp (mensile specializzato in montagna e alpinismo, chiuso nel 2013, ndr) che feci a metà anni Novanta, incentrata proprio su queste storie dei borghi sommersi per produrre energia. Un fenomeno che caratterizzò soprattutto gli anni Venti e Trenta del Novecento per alimentare le industrie della pianura. Sono sempre stato attratto dalle storie “minime”, quelle dei perdenti, in questo caso le popolazioni alpine sacrificate appunto sull’altare dello sviluppo. È quella che io chiamo “la storia con la esse minuscola”. La nascita del libro è dovuta sia al fatto che siamo sulla soglia del secolo da quando iniziarono i primi lavori e sia dal ritorno nel dibattito politico del tema di nuovi invasi. Infine, penso sia necessario parlarne per ricordare che nessuna attività umana è esente da costi ambientali e talvolta anche sociali, come in questi casi che ho trattato.

    Nel libro afferma che l’idroelettrico ha portato ai primi conflitti nelle terre alte, tradendo la popolazione alpina. In che modo è successo?
    FB I grandi invasi per produzione di energia idroelettrica hanno segnato l’inizio della colonizzazione dei territori montani, che fino ad allora non erano stati intaccati dal punto di vista ambientale e sociale da parte del capitale della pianura. Queste opere costituirono l’inizio della colonizzazione di quelle che oggi vengono anche definite “terre alte”, colonizzazione che è proseguita soprattutto con gli impianti sciistici e le seconde case. Vale poi la pensa di sottolineare che almeno due invasi, quello di Ceresole Reale e quello di Beauregard, in Valgrisenche, comportarono la sommersione di due dei più suggestivi paesaggi delle Alpi occidentali.

    Che ruolo hanno avuto le dighe nello spopolamento delle terre alpine?
    FB È bene ricordare che nell’arco alpino occidentale lo spopolamento era già in atto agli inizi del Novecento in quanto spesso per gli abitanti delle vallate alpine era più facile trovare lavoro oltreconfine. Un caso esemplare è quello della migrazione verso la Francia che caratterizzò la Val Varaita, dove fu realizzato l’invaso di Pontechianale. Le dighe non contribuirono in modo diretto allo spopolamento ma causarono l’allontanamento di centinaia di persone dalle loro case che venivano sommerse dalle acque, e molti di questi espropriati non ricevettero neppure un compenso adeguato a comprare un nuovo alloggio, oppure persero tutto il denaro a causa dell’inflazione, come accadde a Osiglia, a seguito dello scoppio Seconda guerra mondiale. Queste popolazioni subirono passivamente le imposizioni, senza mettere in atto delle vere e proprie lotte anche se sapevano che avrebbero subito perdite enormi. Ci furono solo alcuni casi isolati di abitanti che furono portati via a forza. Questo a differenza di quanto avvenuto in Francia, a Tignes, negli anni Quaranta, dove dovette intervenire l’esercito per sgomberare la popolazione. Da noi il sentimento comune fu di rassegnazione.

    Un’altra caratteristica di queste storie è lo scarso preavviso.
    FB Tutto l’iter di approvazione di queste opere avvenne sotto traccia e gli abitanti lo vennero a sapere in modo indiretto, quasi di straforo. Semplicemente si accorgevano della presenza di “stranieri”, spesso tecnici venuti a effettuare lavori di prospezione, e solo con un passaparola successivo venivano a conoscenza dell’imminente costruzione della diga. Anche il tempo a loro lasciato per abbandonare le abitazioni fu di solito molto breve. Le imprese della pianura stavano realizzando degli interessi superiori e non erano interessate a informare adeguatamente le popolazioni coinvolte. Le opere furono realizzate da grandi imprese specializzate che si portavano dietro il loro personale. Si trattava di lavori spesso molto specialistici e solo per le mansioni di bassa manovalanza venne impegnata la popolazione locale. D’altra parte, questo incontro tra il personale delle imprese e i locali portò a conseguenze di carattere sociale in quanto i lavori durarono diversi anni e questa intrusione portò anche alla nascita di nuovi nuclei familiari.

    Differente è il caso di Badalucco, dove negli anni Sessanta gli abitanti riuscirono a opporsi alla costruzione della diga. In che modo?
    FB Badalucco è sempre un Comune alpino, sito in Valle Argentina, in provincia di Imperia e anche lì si voleva realizzare un grande invaso all’inizio degli anni Sessanta. Ma qui le cose andarono in maniera diversa, sicuramente anche perché nel 1959 c’era stata una grave tragedia in Francia quando la diga del Malpasset crollò provocando la morte di quasi 500 persone. A Badalucco ci fu quindi una vera e propria sollevazione popolare guidata dallo stesso sindaco del Comune, sollevazione che, anche attraverso scontri violenti, portò alla rinuncia da parte dell’impresa. L’Enel ha tentato di recuperare il progetto (seppure in forma ridotta) nei decenni successivi trovando però sempre a una forte opposizione locale, che dura tuttora.

    Il governo promette di realizzare nuove dighe e invasi. È una decisione sensata? Che effetti può avere sui territori montani?
    FB A parte i mini bacini per la produzione di neve artificiale nelle stazioni sciistiche, oggi vi sono due grandi filoni distinti: uno è il “vecchio” progetto “Mille dighe” voluto da Eni, Enel e Coldiretti con il supporto di Cassa depositi e prestiti, che consiste nella realizzazione di un gran numero di piccoli invasi a sostegno soprattutto dell’agricoltura, ma anche per la fornitura di acqua potabile. Poi vi sono invece i progetti di nuovi grandi sbarramenti, come quello previsto lungo il torrente Vanoi, tra Veneto e Trentino, o quelli di Combanera, in Val di Lanzo, e di Ingria, in Val Soana, in Piemonte. Come dicevo, oggi l’esigenza primaria non è tanto la produzione di elettricità quanto soprattutto l’irrigazione e, in minor misura, l’idropotabile. Si vogliono realizzare queste opere senza però affrontare i problemi delle perdite degli acquedotti (che spesso sono dei colabrodo) né il nostro modello di agricoltura. Ad esempio, la maggior parte dell’acqua utilizzata per i campi finisce in coltivazioni, come il mais, per produrre mangimi destinati agli allevamenti intensivi. Questo senza considerare gli impatti ambientali e territoriali che le nuove opere causerebbero. In buona sostanza, bisognerebbe ripensare il nostro modello di sviluppo prima di tornare a colonizzare nuovamente le terre alte.

    https://altreconomia.it/sotto-lacqua-le-storie-dimenticate-dei-borghi-alpini-sommersi-in-nome-d

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    • Sotto l’acqua. Storie di invasi e di borghi sommersi

      Circa un secolo fa iniziò, nel nostro paese, il fenomeno dell’industrializzazione. Ma questo aveva bisogno della forza trainante dell’energia elettrica. Si pensò allora al potenziale rappresentato dagli innumerevoli corsi d’acqua che innervavano le valli alpine. Ed ecco la realizzazione di grandi bacini di accumulo per produrre quella che oggi chiamiamo energia pulita o rinnovabile. Ma qualsiasi azione dell’uomo sull’ambiente non è a costo zero e, nel caso dei grandi invasi idroelettrici, il costo fu anche e soprattutto rappresentato dal sacrificio di intere borgate o comuni che venivano sommersi dalle acque. Quest’opera racconta, tramite testimonianze, ricordi e fotografie, com’erano quei luoghi, seppur limitandosi all’arco alpino occidentale. Prima che se ne perda per sempre la memoria.

      https://www.ibs.it/sotto-acqua-storie-di-invasi-libro-fabio-balocco/e/9791255450597

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