• La garantie d’emploi, un outil au potentiel révolutionnaire | Romaric Godin
    http://www.contretemps.eu/chomage-economie-garantie-emploi-depassement-capitalisme

    L’ouvrage de Pavlina Tcherneva qui inaugure la collection « Économie politique » avance une proposition qui peut paraître a priori insensée : fournir à tous les citoyens qui le souhaitent un travail rémunéré, permettant de vivre décemment. Tout l’intérêt de son propos est de montrer que, précisément, cette proposition n’a rien d’insensé, mais qu’elle est parfaitement réalisable pour peu que l’on se libère de certaines certitudes qui ne sont que des constructions politiques. L’idée que le chômage soit le mode d’ajustement « normal » de l’économie est déjà un choix politique remarquablement déconstruit par l’autrice. Source : (...)

  • Sixième opus de la série « Perspectives » de Frédéric Lordon qui reprends les thèses de Bernard Friot et affirme la nécessité de se détoxiquer de la finance et de la dette afin de redonner aux producteur·rices-salarié·es leur légitimité et le pouvoir de décider d’un avenir commun et soutenable.

    Fermer la finance, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 4 juillet 2020)
    https://blog.mondediplo.net/fermer-la-finance

    On ne mesure pas toujours en effet le caractère absolument névralgique de la finance dans la configuration institutionnelle d’ensemble du néolibéralisme, et ses propriétés d’intensification de tous les mécanismes de la coercition capitaliste. Elle est presque à elle seule — il y a la concurrence aussi — la source du double fléau néolibéral, celui qui détruit les salariés du privé sous la contrainte de la rentabilité, celui qui détruit les services publics sous la contrainte de l’austérité. Le premier est lié au pouvoir des actionnaires formé dans le marché des droits de propriété, le second au pouvoir des créanciers formé dans les marchés obligataires.

    Pour rappel :

    Série Perspectives

    Quatre hypothèses sur la situation économique
    Frédéric Lordon 28 avril 2020
    De nombreuses personnes n’auront bientôt plus le choix qu’entre sombrer dans la misère ou bien en venir à des impayés systématiques qui, par effet de report entre agents, iront se propager n’importe où dans (...) → https://blog.mondediplo.net/quatre-hypotheses-sur-la-situation-economique

    Ils ne lâcheront rien
    F. L. 5 mai 2020
    Partout de salutaires appels, des tribunes, des textes : après devra être différent, nous ne retournerons pas à la normale, il faut ne pas redémarrer comme avant. C’est bien. L’ennui peut-être, c’est qu’on ne (...) → https://blog.mondediplo.net/ils-ne-lacheront-rien

    « En sortir » — mais de quoi et par où ?
    F. L. 10 mai 2020
    Sauf les demeurés, tout le monde comprend maintenant qu’on ne se tirera pas véritablement de la situation présente par des rustines de politique monétaire ou de report de taxes. L’origine de ce virus, son lien (...) → https://blog.mondediplo.net/en-sortir-mais-de-quoi-et-par-ou

    Problèmes de la transition
    F. L. 16 mai 2020
    Nicolas Hulot, passé à l’état de flaque de sirop, est répandu partout dans la presse. Macron laisse entendre qu’il réfléchit à un « green deal à la française ». Sur l’échelle ouverte de Richter du foutage de gueule, (...) → https://blog.mondediplo.net/problemes-de-la-transition

    Ouvertures
    F. L. 29 mai 2020
    Il n’y a pas de plan tout armé. Il n’y a que des exercices de méthode, et de conséquence. D’abord poser ce que nous tenons pour nos orientations fondamentales ou nos urgences catégoriques. Ensuite, enchaîner (...) → https://blog.mondediplo.net/ouvertures

  • Ouvertures | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/ouvertures

    ... Or voilà : le capitalisme n’est pas « sport ». Que sa proposition soit merdique pour la majorité de la population, le cas échéant pour la planète ou l’univers entier, il s’en contre-tape : c’est la sienne, et ça lui semble une raison tout à fait suffisante pour la maintenir. Envers et contre tout s’il le faut. En conséquence, il regroupera ses forces pour écrabouiller tout ce qui montrera quelque chance de s’y opposer — et qui ne serait pas prêt à se défendre avec les moyens adéquats. Inutile de dire que toute proposition communiste, quelle que soit sa variante, fera l’objet de la plus grande attention, et d’un traitement spécial, quand bien même elle rallierait une vaste majorité électorale.

    Voilà donc la seule hypothèse raisonnable dont il faut partir : le capitalisme ne cohabitera pas avec ce qui peut le nier victorieusement, ni ne contemplera passivement sa progressive sortie de la scène de l’histoire. Nous nous trouvons donc à devoir distinguer deux formes de la transition : la « petite » et la « grande ». La « petite » est une transition depuis le capitalisme, la « grande » hors et contre. La « petite » transition croit pouvoir commencer au-dedans, s’y installer comme un germe qui va croître par son dynamisme spontané, pour finir par emporter le morceau. C’est typiquement ce qu’envisage Bookchin quand il imagine d’abord des ilots municipalistes isolés, puis qui vont pousser des synapses et former une série d’archipels, lesquels par croissance continue finiront par percoler à l’échelle de l’ensemble — et ça sera gagné ! C’est, formellement parlant, la même dynamique que Bernard Friot a en tête, réglée dans son cas par l’unique paramètre du taux de cotisation sociale que, par victoires successives, on va graduellement pousser — et à 100 %, ce sera fait.

    Là-contre, l’hypothèse raisonnable dit ceci : rien de tout ça n’arrivera. De transition, il n’y aura que la « grande », ou pas de transition du tout. Bien sûr il est de la prime importance de nous activer déjà de l’intérieur pour faire notre pelote : vertu préparatrice des vacuoles de possible qui, dès maintenant, se donnent vie localement. Mais en sachant qu’à un moment, c’est en passant par le dehors qu’il faudra renverser tout le dedans — à l’intérieur duquel, en fait, il y a trop peu de possible. Le grand possible, c’est le dehors : c’est ça l’idée en matière de transition...

    • Pas encore lu l’article de Lordon, mais pour mémoire, le point de vue de Bookchin :

      Ce que Bookchin nommait « vider l’État » mérite alors toute notre attention : une insurrection frontale, estimait-il, est condamnée à l’échec au regard des effectifs répressifs en présence. Il faut donc, par le patient processus communaliste, saper « matériellement et moralement » l’ensemble des institutions étatiques afin, le jour venu, de provoquer sa chute « sans trop de difficultés ». « Que le peuple dispose ou non du pouvoir repose finalement sur la question de savoir s’il dispose d’armes », assurait Bookchin, liant ainsi, fidèle à son inspiration grecque, la démocratie populaire à l’autodéfense. En 1995, dans From urbanization to cities, il en précisait les contours : « [U]ne garde civile composée de patrouilles tournantes, à des fins de police, et des contingents militaires bien entraînés pour répondre aux menaces extérieures. »

      https://www.revue-ballast.fr/le-moment-communaliste

      #écologie_sociale #écologie_politique #communalisme

    • Pour l’instant, historiquement, les expériences d’autonomie (matérielle ET politique) existantes n’ont toujours pu se faire que parce que la population de tout un territoire donné avait des armes et a pris le contrôle de ce territoire : zapatistes, Rojava, Espagne 36… Sans accès pérenne à la terre, en s’assurant de ne pouvoir en être chassé, et donc en ayant le temps de mettre en place une vie différente, peu de choses possibles… Tierra y libertad…

      Sinon ça fait les ZAD : des cailloux contre des chars, ça tient quelques temps tant que l’État décide pas d’envoyer les chars, et une fois ce choix entériné, c’est fini.

      Évidemment la stratégie ne peut être la même partout suivant la géographie et la situation (les zapatistes ont mis 20 ans entiers à préparer le soulèvement en cachette, et ont pu défendre un territoire car montagneux, par ex). C’est forcément totalement différent en France de 2020. Il ne va pas y avoir tout d’un coup une partie significative (et pour l’émancipation) de la population qui va accéder à des armes… En tout cas il faut des terres, de très nombreuses terres, pas un lopin de potager pour 10, pour avoir de l’autonomie politique (pas d’autonomie politique sans autonomie matérielle, cf l’article de Reporterre sur les quelques conflits qui ont un peu amélioré les choses, parce que les gens pouvaient vivre des mois sans leur salaire).

    • Ce qui est aussi le discours de Georges Orwell avec la constitutions de groupe de "home guards" constitués pendant la deuxième guerre mondiale pour contrer la menace d’invasion allemande.
      "En quelques semaines, un million d’hommes se portent volontaires pour former une milice populaire, la home guard. Encadrée par des officiers de réserve, elle est entraînée au maniement d’armes légères et se prépare à une possible guerre de guérilla.

      Ancien milicien antifasciste en Espagne, Orwell appelle alors les militants anticapitalistes de toutes nuances à s’engager dans la home guard. Il estime que le capitalisme britannique, au bord d’un écroulement moral, a pris un grand risque en créant cette force armée, car elle pourrait lui échapper et devenir révolutionnaire. Aussi, dans l’hebdomadaire de gauche Tribune fustige-t-il les militants communistes ou socialistes qui restent « à l’extérieur en disant : c’est du fascisme ». Pour Orwell, leur acuité politique est limitée par des culs-de-bouteille idéologiques : ils peuvent bien « répéter : “des armes pour les travailleurs”, ils sont incapables de mettre un fusil entre les mains des travailleurs ; la home guard le peut et le fait ». Et de résumer sa pensée : « Nous vivons une période étrange de l’histoire où le révolutionnaire doit être un patriote, et le patriote un révolutionnaire. »"

  • Bernard Friot : “Nous avons des intellectuels de gauche qui se pensent anticapitalistes, qui le sont au sens de leur militance, mais qui écrivent le récit dont la bourgeoisie a besoin“ Première partie - FRUSTRATION

    Partie 1
    https://www.frustrationmagazine.fr/nous-avons-des-intellectuels-de-gauche-qui-se-pensent-anticapita

    Partie 2
    https://www.frustrationmagazine.fr/si-la-bourgeoisie-est-la-classe-dirigeante-cest-parce-quelle-dir

    On a tous quelque chose en nous de communiste. Et même que ce quelque chose réside dans des institutions que nous connaissons très bien, dont la plupart du temps nous nous félicitons de leur existence. Lesquelles ? Le statut de la fonction publique et le régime général de la sécurité sociale, bien sûr ! C’est ce que nous explique de manière évidente non sans une certaine pugnacité l’économiste et sociologue du travail Bernard Friot, que nous avons rencontré. En plein mouvement social historique contre la réforme des retraites et de débats parlementaires cette semaine, il nous semblait plus que nécessaire de dialoguer avec lui, qu’il nous insuffle ce “Désir de communisme” face au “rouleau compresseur du capitalisme néolibéral”, concrétisé dans son dernier livre co-écrit avec Judith Bernard. L’occasion de se demander pourquoi la question du travail, si centrale pourtant, est si peu ou mal abordée à gauche et même au sein de la gauche dite “radicale”, comment retrouver un second souffle de mobilisation face à la régression des retraites, et qu’est-ce qu’apporte le mouvement des Gilets jaunes au combat social ?

    #Bernard_Friot #interview #travail #capitalisme #communisme #retraite #sécurité_sociale #salaire #qualification_personnelle #auto-organisation #autogestion

  • Bernard Friot – En finir avec les luttes défensives Polémix et la Voix Off - 12 Avril 2018

    Conférence du sociologue Bernard Friot.

    Essayer d’esquiver les coups assénés aux #conquis-sociaux ne suffit pas.

    Passer à une lutte offensive commence par redonner du sens aux mots. Comme le mot « travail » : Activité consistant à produire des richesses, pas à servir le capital.
    http://polemix.dooz.org/BernardFriot1.mp3
    #Parents, #retraités, #chômeurs, #étudiants… produisent des #richesses. Et sont donc des travailleurs qui méritent un salaire.

    Lutter, c’est aussi redonner du sens à notre Histoire populaire :

    Comment, dans la France ruinée de 1946, le ministre communiste

    Ambroise Croizat construit le Régime Général de la Sécurité Sociale, conformément au Programme du CNR – Conseil National de la Résistance…

    #Plainte #Dénonciation #Construction- d-alternatives #travail #capitalisme #économie #critique_de_la_valeur #bernard_friot #salariat #emploi #politique #salaire #allocations_familiales #audio #radio

    • Dans le pipeline de la pensée managériale, qui crache du bullshit à jet continu, la dernière trouvaille à la con a pour nom la « holacratie ». Comme les penseurs du management sont pressés et ne regardent pas trop au détail, ils ont cru pouvoir décalquer à l’identique, et à leur propre usage, la holarchie d’Arthur Koestler, mais sans voir que le mot procédait par contraction pour éviter le hiatus holo-archie – le pouvoir (archie) du tout (holon). Dans l’entreprise holocrate (et non holacrate – il ne s’agit pas du pouvoir de la holà...), il n’y a supposément plus de pouvoir central, car le pouvoir appartient à tous : plus de de hiérarchie, plus de commandement, autonomie partout. Les plus idiots se sont empressés de conclure qu’on avait enfin trouvé la formule vraie du capitalisme à visage humain. Il faudrait leur demander d’imaginer ce qui se passera au moment où un retournement de conjoncture enverra l’entreprise dans le rouge, et où et comment les actionnaires, et le dirigeant nommé par eux, suggéreront aux salariés de s’administrer la holocratie.

      […]

      On pouvait pourtant trouver, et de longue date, de quoi nous prévenir de cette épouvante en marche, et plus généralement des prétentions contemporaines de l’entreprise de fonctionner à la joie, à l’amour et à la concorde. On peut ainsi lire ceci dans les Pensées de Pascal : « Es-tu moins esclave pour être aimé et flatté de ton maître ? Tu as bien du bien esclave, ton maître te flatte. Il te battra tantôt ».

      Plus près de nous, voici ce que Marguerite Yourcenar met dans la bouche d’un de ses personnages antiques dans Les mémoires d’Hadrien : « Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l’esclavage : on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d’imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses : soit qu’on réussisse à transformer les hommes en machine stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu’elles sont asservies, soit qu’on développe chez eux, à l’exception des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares. À cette servitude de l’esprit ou de l’imagination humaine, je préfère encore notre esclavage de fait ».

      […]

      Et ça c’est ce que je dis depuis des années à propos des coopératives VS toutes les autres entreprises (mais sans oublier que ça reste dans le capitalisme, du capitalisme plus ou moins démocratique donc) :

      Il y a ainsi de quoi rire beaucoup à l’expérience de pensée qui imagine Laurent Joffrin ou l’éditorialiste du Monde, dont les suites de mots ne sont qu’un long gargarisme sur le thème de la « démocratie », sommés de se prononcer sur ce fait étonnant que, dans la société de leur gargarisme, les hommes passent la moitié de leur temps éveillé sous des rapports d’obéissance, et puis, ceci aperçu, qui leur demanderait ce qu’ils pensent d’un projet politique, somme toute logique, d’extension réelle de la pratique démocratique à toutes les sphères de la vie commune – y compris, donc, la sphère de la production.

      […]

      Mais la difficulté de ces questions offre peut-être la raison même de commencer à les poser, et à les poser avec insistance, comme le seul moyen de hâter quelque chose qui nous ferait échapper à cette fulgurante prédiction, qui ne sort pas de quelque traité théorique mais d’un ouvrage d’un tout autre genre, célébrant à sa manière la préscience, pour ne pas dire les vertus oraculaires, du Côtes du Rhône, je veux bien sûr parler des Brèves de Comptoir, dans le millésime 1995 desquelles on trouve ceci : « On finira qu’on nous dira de nous torcher le cul les uns les autres, et ils diront on leur a donné du boulot ». 1995… Et qui ne voit que nous y sommes quasiment. Car, logiquement, en prolongeant la série : après Uber Drive et Uber Eat devraient venir Uber Poop ou Uber Wipe. Heureusement, ce tome 1995, particulièrement riche, ne nous laisse pas complètement désespéré, puisqu’on peut aussi y lire ceci : « À partir de dix millions de chômeurs, je crois qu’on peut sortir le soleil et les parasols ». L’idée générale, donc, ce serait bien ça : qu’on n’ait pas à attendre d’en arriver là pour sortir les parasols.

      #Lordon #Frédéric_Lordon #Bernard_Friot #capitalisme #travail #critique_du_travail éventuellement #critique_de_la_valeur mais sous un autre angle (et là il s’agit plutôt de proposition d’un autre mode de calcul de la valeur et non pas d’une abolition de la valeur)

    • À chacun des trois régimes d’#accumulation observables depuis la fin du XIXe siècle correspondent donc trois régimes d’affects de la mobilisation salariale. D’un point de vue analytique, le plus important, c’est le premier : le régime de la mobilisation par les peurs basales, les peurs de ne simplement pas pouvoir survivre – l’aiguillon de la #faim, disait Marx. Ce régime n’est pas un régime avant d’autres régimes, et comme les autres régimes. C’est le régime fondement de tous les régimes, le régime qui dit l’essence, la vérité ultime du rapport salarial comme rapport de #chantage à la survie même. S’employer ou crever : les capitalistes ont longtemps poursuivi de ramener la donnée du #travail telle qu’elle se présente aux individus à la pureté, à l’exclusivité, de cette alternative. Et comme ils n’y sont jamais complètement parvenus, ils ont été conduits à emprunter d’autres voies passionnelles, en apparence tout à fait contraires – en apparence seulement.

  • #Bernard_Friot et le #salaire_socialisé

    Texte écrit par des militantEs libertaires de montpellier. Les auteurEs reprennent l’analyse faite lors du débat « De quoi le citoyennisme est-il le nom ? ». Illes se sont fixéEs comme but de mener une critique du salaire socialisé d’un point de vue anarcho-communiste. Il s’agit de savoir s’il faut « socialiser le #salariat ou l’abolir. »

    http://lepressoir-info.org/spip.php?article428

    • Garantir un revenu à tous, de manière inconditionnelle, c’est aussi l’un des enjeux d’une proposition apparentée : celle du salaire à vie, défendu par le Réseau Salariat et son principal porte parole qu’est Bernard Friot1. Il se distingue pourtant largement des autres types de propositions de ce genre, puisqu’il vise aussi à une sortie du capitalisme…

      [...]

      Un certain nombre des questions subversives qu’ouvre la question d’un droit au revenu sont donc ici explicitement posées, et de surcroît les réponses apportées marquent clairement la dimension politique et sociale du projet. Et c’est bien là la raison principale de son rejet par un certain nombre de défenseurs du revenu de base.

    • Mais contrairement à B. Friot, Castoriadis voit là un argument déterminant en faveur de l’égalité des revenus : le maintient d’un marché « des biens de consommation individuelle » ne peut être un marché « démocratique » uniquement si chaque individu détient un pouvoir identique sur ce marché, autrement dit si chacun dispose du même revenu, et peut ainsi influencer la demande au même titre qu’un autre. Si selon lui il est « absurde » et « tyrannique » de définir politiquement ce que sont les besoins de chacun et de tous, l’égalité des revenus est alors le « seul moyen d’orienter la production d’après les besoins de la collectivité »(ibid.). L’argent, le salaire joue d’une certaine façon le même rôle qu’un bulletin de vote, s’agissant de l’offre de biens de consommation, et il faudrait d’après Castoriadis que chacun dispose du même nombre de bulletins. Dans le cas contraire, si par exemple une partie de la population reçoit un salaire 4 fois plus élevé qu’une autre partie de la population, alors son pouvoir économique, qui en un certain sens possède aussi une dimension politique, est 4 fois plus important : elle possède un pouvoir 4 fois supérieur d’orienter la production, soit non seulement le type de biens et de services produit, mais aussi, par conséquent, le type de travail, les emplois nécessaires à cette production.

      #salaire_égal

    • Je pense qu’il y a en fait deux questions différentes - de gestion de problèmes violents différents :

      - définir les types de produits qui sont utiles - cela peut passer par le marché, en fonction de ce qu’on achète ou pas.

      - définir les différentes qualités de travail - cela passe par les institutions de reconnaissance des qualifications (dans le modèle Friot)

      Pour Friot, précisément, l’écart est à définir dans le cadre des institutions, 1 à 4 n’est qu’un exemple.

      Si on est dans une situation où la répartition de 1 à 4 (ou un écart plus faible) est répartit par tranches de 25% de la population. Effectivement certaines personnes auront un poids plus important sur le marché et donc la définition des biens utiles. Mais ces inégalités n’ont rien à voir avec ce que l’on peut connaître actuellement où non seulement l’écart des revenus est bien plus important (de l’ordre de 1 à 1000) mais en plus la propriété est lucrative et elle permet la subordination des travailleurs.

      Après je pense qu’il est important de considérer que les institutions paradisiaques n’existent pas et que le combat contre les inégalités etc. est permanent. Il n’y a pas d’aboutissement, pas de fin de l’histoire. Il faut constamment ré-évaluer ce qui est souhaitable et possible à un moment donné, dans un contexte donné.

    • Ce serait long, mais #Bernard_Friot, c’est du #pipo, une mystique du #salariat (qui libère) et un fétichisme de la cotisation.

      Sa définition du #salaire_social est bornée et fautive. Elle souffre d’un formalisme juridique intenable. Il exclue de son financement tout ce qui n’est pas cotisation sociale (dite « révolutionnaire » pour en vanter les mérites), c’est-à-dire tout ce qui n’est pas gagé sur le volume horaire d’#emploi, sur le #travail tel qu’il n’est que partiellement mesuré par l’emploi dans l’entreprise.

      Il prétend que le salaire social repose sur la cotisation, or ni le RSA, ni l’Aspa (ex minimum viellesse), ni l’AAH, ni l’ASS, ni l’école, ni les hôpitaux ne reposent sur les cotisations salariales.

      Sa définition du #salaire_social est donc discutable, elle est en tout cas extrêmement restrictive. Et elle fait la part belle aux formes de représentation instituées du travail (syndicats).

      – voir P. Rolle
      http://seenthis.net/messages/327286

      Par salaire social, on entend un revenu qui est détaché du travailleur particulier et qui est distribué à l’ensemble des tra- vailleurs sous la forme de dépenses pour les écoles, les hôpitaux, pour les prix aux logements, pour des subventions diverses, etc. Le terme de salaire indirect concerne plus strictement les assurances sociales. La notion de salaire social peut aussi inclure les assurances sociales. Voir à ce propos Pierre Rolle, Travail et salariat, Presses Universitaires de Grenoble, 1988, t. 1, pp. 136-138. [n.d.e.]

      – voir Conseil gratuit, CASH, journal de l’association des chômeurs et précaires de Paris, n° 1, décembre 1985
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5569

      ou encore À gauche poubelle, précaires rebelles, Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal (CARGO), mai 1998
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5374

      Oui, ce n’est pas « nouveau ». Ce qui n’est pas nouveau non plus, c’est le #socialisme_de_la_chaire, son tropisme industriel et son étatisme.

      Foin d’angélisation : les syndicats sont une institution à la double fonction : « représenter » les travailleurs / organiser le travail de ces derniers, c’est-à-dire être des organes du capitaliste collectif, des organes d’#état.

      Le succès des théories de Friot doit beaucoup au reflux des mouvement de chômeurs et précaires, à partir de 1998.

      .

    • Yo, l’Uni Pop de Bx avait invité Friot samedi dernier. J’étais pas censé y aller, mais j’ai pu au dernier moment me libérer (en arrivant en retard). Mais du coup comme c’était pas prévu j’avais rien préparé : ni questions, ni notes, etc. Donc comme je suis un peu lent du cerveau en économie/philosophie, j’ai dû juste écouter. Il y aura une trace vidéo bientôt normalement. Il n’y a malheureusement eu aucune question critique, un peu informée du sujet.

      Ce qui est amusant, c’est que les gens qui préconisent le revenu garanti disent que les thèses de Réseau Salariat (faut pas tout personnaliser, c’est pas que Friot évidemment) sont pas anti-capitalistes. Et Friot et ses amis disent exactement la même chose à propos du revenu garanti, que ce n’est pas du tout anti-capitaliste.

      Bon perso, vu que je suis plus attiré par la critique de la valeur et des autres catégories de base du capitalisme (marchandise, travail, argent), j’ai plutôt tendance à penser que ni l’un ni l’autre ne sont anti-capitalistes. :D

      cc @aude_v et @ktche :)

    • @rastapopoulos, tout dépend si on considère le #revenu_garanti comme une réforme modèle (à l’instar du salaire à vie, du revenu de base), éventuellement « indolore », ou comme un point d’appui, une revendication utilisable par les précaires pour mettre en crise l’#économie, c’est à dire la #politique du capital. Ce qui est reposé, fort peu distinctement je l’admet, c’est la question de l’antagonisme.
      Les principes de 1969. La force d’une thèse honnie : le salaire variable indépendante, Paolo Virno, novembre 1998.
      Le Salaire, Nanni Ballestrini (Nous voulons tout).
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5301

  • FAUT-IL METTRE EN PLACE UN DROIT À UNE ALLOCATION UNIVERSELLE ?, par Mateo Alaluf
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=55565

    L’#allocation #universelle pose, nous l’avons vu, des questions de principe importantes jusqu’à déstabiliser les #droits sociaux qui sont issus du travail. En pratique, un tel système paraît aussi devoir produire des effets opposés aux intentions de ses promoteurs. En termes de faisabilité d’abord, dans tous les cas, les montants s’avèrent médiocres. En conséquence les perspectives d’activités libres et autonomes pour les bénéficiaires seraient illusoires. S’il devait fonctionner, le système représenterait une subvention aux employeurs et serait un facteur de dérégulation du marché de l’emploi, de #précarisation et de #dualisation de la société.

    Par contre, un revenu d’existence, dans le sens que lui avait d’ailleurs donné Beveridge dans le cadre d’un état social, peut prendre consistance par l’#universalisation des régimes de protection sociale comme c’est le cas actuellement pour les allocations familiales. On pourrait l’étendre à d’autres régimes. Une augmentation de minima sociaux, une diminution du temps de travail et de la durée de l’activité et des pensions décentes permettraient le développement d’une sphère d’activités libres, créatrices de valeurs utiles à la société et exercées de manière autonome.

    La socialisation du #salaire, selon les termes de Bernard Friot, a permis qu’une partie substantielle des revenus des salariés soit détachée du travailleur particulier et redistribuée. La distinction établie entre « le salaire direct » versé au travailleur et « le salaire indirect » formé par les prélèvements sociaux, a permis le financement du non emploi par l’emploi. Les vacances, la santé, la retraite, le chômage, la formation s’inscrivent désormais dans ce processus de socialisation. Le #travail ne procure donc pas seulement un #revenu, mais aussi des droits sociaux.

    • Ce système, selon ses promoteurs, tout en s’inscrivant dans une économie capitaliste et marchande , sauvegarderait le dynamisme économique, rétablirait la cohésion sociale et donnerait consistance aux droits de l’homme.

      Oui mais non, justement.

    • Je ne dis pas que ce n’est pas intéressant, au contraire. L’idée d’un revenu de base/allocation universelle à ceci de merveilleux qu’elle provoque généralement un débat riche et ouvert.
      Mais je trouve que Mateo Alaluf reste un peu trop dans l’optique d’un maigre coup de pinceau qui consisterait à remplacer les prestations sociales existantes par une nouvelle chose unifiée. Il me semble que ce n’est pas ce qui est défendu par les promoteurs du revenu de base à gauche.

    • Euh, pour moi il est tout simplement contre un système qui détacherait le revenu de base de l’emploi. Je lis quelque chose comme : un revenu d’existence est acceptable et peut être juste (car proportionné au revenus via l’impot) et universel (car garanti même sous condition) mais l’allocation universelle ne ferait pas ça, elle institutionnaliserait la pauvreté en faisant fi des situations personnelles et donc de la solidarité.

      Rendre la misère acceptable

      Le montant de l’allocation universelle est une question centrale. On estime en général qu’un revenu de base trop élevé serait inapplicable du point de vue des possibilités de financement et de la non incitation au travail. Les différentes propositions se situent dès lors en dessous du revenu d’insertion, de l’indemnité de chômage ou du salaire minimum.

      Deux conséquences en résultent. D’une part, ce revenu, si les bénéficiaires devaient s’en contenter, ne permettrait pas d’échapper à la pauvreté. Faute d’un revenu suffisant, ils seraient continuellement à la recherche d’un emploi ou d’une mission d’intérim. D’autre part, ce revenu constitue une subvention aux employeurs puisque le salaire s’ajoute au revenu de base et permet aux entreprises de rémunérer le travail en dessous du niveau de subsistance.

      La logique d’une allocation universelle financée par l’impôt conduirait en conséquence à juxtaposer un dispositif public fiscalisé (l’allocation universelle) à des régimes professionnels préfinancés par ceux qui ont la possibilité d’épargner. Cette situation conduit à l’instauration d’une allocation universelle pour tous coexistant avec des fonds de pension et des assurances privées pour ceux qui en ont les moyens. La protection sociale consisterait ainsi à terme dans l’assistance de l’état aux pauvres par une allocation universelle et un système d’assurances privées basé sur l’accumulation financière pour les plus aisés. On renouerait de cette manière avec la logique libérale basée sur le droit de tirer de son travail une propriété privée et le droit à un minimum de revenu assuré par l’état. Ce système permet de distinguer ceux qui ont pu se constituer un patrimoine par leur travail de ceux qui, dans la mesure où ils n’y sont pas parvenus, se trouvent acculés à la pauvreté. Le caractère universel du revenu permet de cacher cette stigmatisation.

      L’instauration d’un revenu d’existence peut rendre la misère acceptable dans les pays riches. Ce revenu peut être redistributif s’il devait être financé par un impôt progressif puisqu’il est forfaitaire. Il est non stigmatisant puisqu’il est universel. En détachant le revenu de base de l’emploi, l’allocation universelle s’inscrit cependant bien dans le couple propriété-solidarité qui est au cœur de la doctrine libérale. Il pourrait aussi être considéré comme le moyen le plus abouti pour institutionnaliser, selon les termes de Robert Castel, « le précariat » en permettant à des personnes de s’installer en permanence dans des activités en deçà de l’emploi classique.

    • Bernard Friot est bavard sur la question :
      L’Enjeu des retraites, 2010, éd. La Dispute
      L’Enjeu du salaire, 2012, éd. La Dispute
      Pour l’avoir reçu lors d’un Café-débat, je l’ai trouvé convaincant. Il est aussi apparu sur un « Là bas si j’y suis » il y a quelques semaines.
      Il est par ailleurs farouchement opposé au principe d’un revenu de base, ou revenu universel :

      Invité à participer à une émission télévisée consacrée au revenu de base, Bernard Friot a de nouveau prononcé son opposition au revenu de base.

      http://revenudebase.info/2013/06/bernard-friot-contre-revenu-de-base
      #Bernard_Friot #salaire #retraites

  • Revenu de base ou salaire à vie ? - Réseau français pour le revenu de base
    http://revenudebase.info/2013/01/revenu-salaire-vie-friot

    En fait, le message profond des défenseurs du revenu de base est que chacun puisse expérimenter le chemin de son propre bonheur dans le respect des humains et de la nature. Préserver le bien commun et étendre nos libertés individuelles, voilà le projet civilisationnel du revenu de base. Mettre fin à l’utilisation de l’humain comme prothèse à vie de l’appareil de production et l’utilisation de la nature comme son support, voilà leur engagement Politique avec un grand P comme dans « PAIX ».

    Ce grand article de Frédéric Bosqué et les messages de forum tout autant intéressants qui le prolongent invitent à découvrir les points d’accords et de désaccords de deux propositions que sont le « revenu de base (ou revenu d’existence) » et le « salaire à vie ».

    #revenu_de_base #salaire_à_vie #Frédéric_Bosqué #Bernard_Friot