• #Denis_Salas : « La #justice se trouve confrontée à un phénomène totalement inédit »

    Pour le magistrat et président de l’association française pour l’histoire de la justice, "l’#état_d'urgence_sanitaire" instauré pour deux mois doit nous inciter à réfléchir aux #libertés_individuelles et au maintien du #débat_démocratique.

    La France est officiellement en "état d’urgence sanitaire" pour une durée de deux mois. La loi publiée ce mardi au Journal Officiel encadre notamment le #confinement décidé par le gouvernement mais également un certain nombre de mesures de #restriction_des_libertés. Denis Salas, magistrat, essayiste et président de l’association française pour l’histoire de la justice se penche sur le rôle dévolu à l’institution judiciaire, son rapport au pouvoir politique et s’interroge également sur cette remise en question des libertés individuelles dictée par la nécessité sanitaire.

    Denis Salas, quel rôle particulier incombe à l’institution judiciaire dans ce contexte de pandémie ?

    L’institution judiciaire tourne actuellement au ralenti. Les tribunaux sont pratiquement à l’arrêt, même si subsistent des audiences en urgence, comme les comparutions immédiates ou certaines audiences en matière civile. En matière de politique pénale, on voit apparaître ce que l’on pourrait appeler une #justice_prophylactique qui cherche à prévenir les risques à travers des notions juridiques nouvelles comme la #mise_en_danger_de_la_vie_d’autrui, #infraction utilisée pour tous ceux qui sortent sans autorisation ou encore des sanctions relatives au marché noir, par exemple pour ceux qui revendent des masques ou des caducées. De nouveaux #délits apparaissent pour violation des règles de confinement avec des peines d’#amende aggravées, voire des peines d’#emprisonnement de six mois en cas de réitération des infractions.

    D’un point de vue philosophique, je dirais que c’est un usage de la #fonction_dissuasive_de_la_peine qui consiste à afficher une volonté répressive mais l’application avec des tribunaux à l’arrêt se situe au second plan.

    Autrement dit, des mesures difficiles à mettre en œuvre ?

    Oui. Les tribunaux étant à l’arrêt, même si certaines urgences sont maintenues, je ne vois pas comment obtenir une application réaliste de ces infractions. Je pense donc que la fonction d’annonce de ces nouvelles infractions est en soi un but recherché par le législateur. On espère que cet affichage va dissuader des personnes de se comporter de manière illicite face au confinement : un moyen pénal d’obtenir la docilité de la population. La dissuasion reste une fonction classique de la peine mais en l’occurrence elle est pleinement utilisée pour obtenir la docilité de la population.

    J’ignore ce que diront les historiens plus tard mais je pense que c’est une forme de criminalité nouvelle en période de pandémie qui apparaît sur fond d’urgence sanitaire.

    La justice a-t-elle déjà été confrontée dans le passé à une situation similaire ?

    Concernant une pandémie, il faut remonter au XIXe siècle, à la grippe espagnole durant la Première Guerre mondiale, mais en France, à des périodes beaucoup plus anciennes, voire au Moyen Âge. La justice se trouve confrontée à un phénomène totalement inédit, ce qui explique les hésitations, les types de réponses qui sont apportées et son fonctionnement même qui peut en être affecté.

    Une justice confrontée néanmoins à un certain nombre de situations d’urgence : comparutions immédiates ou encore situations de violences conjugales ou familiales pour lesquelles les associations ont tiré la sonnette d’alarme.

    Nous verrons quel contentieux va nourrir les comparutions immédiates, sans doute un contentieux lié aux infractions au confinement : attroupements, déplacements abusifs, usage du marché noir pour revendre des masques ou d’autres produits de ce type. C’est un contentieux qui rappelle celui de l’Occupation. En travaillant sur la justice des "années sombres", nous y avions trouvé nombre d’affaires issues de la répression de la Résistance mais beaucoup d’autres de la répression du marché noir, une analogie que l’on retrouve aujourd’hui.

    Concernant les violences conjugales et familiales, les procès en cours d’assises, que ce soient viols ou « féminicides », sont reportés. Ce qui constitue une non-réponse à la situation de fait. Mais certains tribunaux maintiennent des permanences au civil où des Juges aux Affaires familiales (JAF) peuvent décider d’éloigner par exemple un mari violent. Il appartient aux magistrats d’apprécier l’urgence des situations.

    Sur la question de la détention, vous avez co-signé une tribune publiée par le journal Le Monde la semaine dernière.

    Il s’agit d’une question très préoccupante. Des révoltes ont eu lieu dans plusieurs prisons françaises, des mutineries en Italie, notamment à Naples. Dans ce texte commun, nous demandons la réduction des courtes peines par le biais de circulaires de politique pénale prises par la Chancellerie, le juge restant libre de prendre la décision, ou encore l’examen de la sortie en libération conditionnelle des détenus malades ou âgés, afin de réduire la surpopulation carcérale. D’autant que nous avons été condamnés récemment par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La situation s’avère surtout préoccupante dans les maisons d’arrêt, avec le problème de la détention provisoire dont l’on pourrait dépasser exceptionnellement les délais légaux vu l’état d’urgence. Mais n’y a-t-il pas une violation des droits constitutionnels liés aux libertés individuelles si l’on prolonge les détentions provisoires au-delà du délai fixé par la loi ? L’état d’urgence autorise-t-il de telles dérogations qui pourraient porter atteinte gravement aux libertés individuelles ?

    Les dispositions prévues dans le texte sur l’état d’urgence sanitaire publié au Journal Officiel peuvent faire l’objet d’un recours devant le juge administratif.

    On se demandait s’il n’y allait pas y avoir des recours « liberté » pour protester contre le confinement. Or, c’est l’inverse qui s’est produit avec ce recours devant le Conseil d’Etat, formulé par un syndicat de jeunes médecins qui réclamait un durcissement des mesures actuelles et un confinement total. Le juge n’est donc pas sollicité comme un défenseur des libertés mais comme un agent de durcissement des atteintes aux libertés. Et en l’occurrence, le Conseil d’Etat décide de ne pas aller jusqu’à un confinement total mais enjoint le gouvernement à durcir certaines dispositions, relatives à la pratique des activités sportives ou les marchés ouverts. Le Conseil d’Etat considère que c’est l’atteinte à la vie qui est en jeu, atteinte grave et manifeste à la sécurité et à la vie des personnes, article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme.

    En fait, le juge ne se positionne pas par rapport aux libertés classiques d’aller et venir, actuellement très restreintes mais par rapport à une autre liberté fondamentale qui est l’atteinte à la vie. En cette période exceptionnelle, il se positionne non pas comme un agent de contrôle d’activités gouvernementales au nom des libertés en général mais comme un agent de défense de la société.

    La justice avait eu à traiter récemment d’un autre état d’urgence, celui lié à la menace terroriste en novembre 2015.

    Oui et on peut se poser cette question : allons-nous vers un état d’exception permanent ? Car les principales mesures de l’état d’urgence promulgué en 2015 sont depuis inscrites dans le droit commun. Questionnement soulevé par le philosophe italien Giorgio Agamben qui théorise l’état d’exception. Pour lui, nous vivons dans des sociétés confrontées au risque en permanence et la tentation des gouvernements peut être de s’installer dans un régime d’exception permanent afin de neutraliser ces risques. Le principe de précaution devient alors déterminant.

    Dans la vision d’un état d’exception permanent, il n’existe plus d’infractions, seulement des menaces, plus de délinquants mais des groupes-cibles, les personnes infectées par exemple et des territoires concernés. Il y a là quelque chose d’extrêmement périlleux pour les libertés.

    Il s’agit donc d’un risque important selon vous ?

    Le risque de pérenniser l’exception dans le droit existe parce que l’état d’exception s’étend considérablement pour des raisons légitimes évidemment. Il est limité par le fait que les institutions de contrôle subsistent et par la notion de proportionnalité. Toutes les mesures doivent être proportionnelles par rapport aux exigences sanitaires et des contre feux, des contre-pouvoirs peuvent être soulevés.

    Je voudrais citer l’exemple de la Corée du Sud qui ne pratique pas le confinement mais le dépistage massif et le traçage de la population dépistée, en repérant les cercles de proximité où la personne a pu contaminer ses proches. Le contrôle sanitaire ne porte que sur cette population à risque avec une géolocalisation, une traçabilité, une visibilité de tous ses déplacements, via une plateforme numérique. Cela a représenté un travail très long car il y a 51 millions d’habitants en Corée du Sud. La population vit dans la sécurité, l’activité économique globale continue. Le suivi des personnes confinées est extrêmement pointu et offre en même temps une visibilité à l’ensemble de la population. Quand on va travailler, on sait qui est contaminé, qui ne l’est pas, à proximité. On a donc un modèle alternatif de gestion de l’épidémie, opposé au confinement mais au prix d’une atteinte grave aux libertés individuelles pour une durée indéterminée.

    La lecture de Michel Foucault vous inspire également une réflexion particulière.

    Je suis en train de relire les Anormaux, un cours au Collège de France de 1975. Dans sa première leçon, il oppose deux grands modèles de leçon à l’épidémie : celui de la lèpre, dès le Moyen Âge, où l’on exclut les personnes infectées aux marches de la cité, et celui de la peste, à la fin du Moyen Âge, qui est à l’inverse un modèle d’inclusion. On n’exclut pas les malades des villes, on les garde avec nous, afin d’accumuler un savoir biomédical sur cette population ciblée afin de lutter contre l’épidémie. Cette fresque de Foucault est lumineuse pour expliquer dans quelle mesure nous sommes aujourd’hui dans le modèle de la peste, un modèle presque mondialisé. "La peste, écrit Foucault, c’est le moment où le quadrillage d’une population se fait jusqu’à son point extrême. Où rien des communications dangereuses, des communautés confuses, des contacts interdits, ne peut se produire. Le moment de la peste est celui du quadrillage exhaustif d’une population par un pouvoir politique dont les ramifications atteignent sans arrêt le grain des individus eux-mêmes, leur temps, leur habitat, leur localisation, leur corps. La peste porte aussi le rêve politique d’un pouvoir exhaustif, d’un pouvoir sans obstacle, d’un pouvoir entièrement transparent à son objet, d’un pouvoir qui s’exerce à plein."

    Cette citation explique ce que Foucault appelle la biopolitique. Actuellement, nous assistons à une médicalisation du pouvoir politique et judiciaire, y compris pour la politique pénale avec des savoirs médicaux, statistiques, juridiques, des mesures qui sont prises au nom d’une logique prophylactique afin d’éliminer le danger. Et ce que craint Foucault, c’est que cette biopolitique, cette gestion massive d’une population, au nom de sa santé, crée un pouvoir exorbitant des politiques où le savoir scientifique et le pouvoir politique s’additionnent. Au nom du bien public, bien sûr, mais c’est un pouvoir énorme qui se crée, un pouvoir disciplinaire qui s’étend à l’ensemble de la population.

    La lecture de Foucault, en cette période de pandémie, nous invite à nous interroger, à rester vigilants du point de vue des libertés car ce pouvoir démesuré accordé aux politiques et aux scientifiques sur notre vie quotidienne peut susciter des inquiétudes, même si sur le moment il est nécessaire. Tenons compte des avertissements de Michel Foucault et de son analyse. Il faut absolument que cet état d’urgence sanitaire soit limité dans le temps, contrôlé par le Parlement et le juge et qu’au lieu d’une seule liberté fondamentale, l’atteinte à la vie, l’ensemble des libertés soit considéré comme devant être protégé, que l’on recherche davantage l’adhésion de la population que sa soumission passive. Dans ce contexte d’atteinte massive aux libertés, au nom de l’état de nécessité sanitaire, il faut que le débat démocratique reste vivant.

    https://www.franceculture.fr/droit-justice/denis-salas-la-justice-se-trouve-confrontee-a-un-phenomene-totalement-
    #coronavirus #état_d'urgence #urgence #répression #dissuasion #docilité #criminalité #pandémie #histoire #comparutions_immédiates #marché_noir #tribunaux #prisons #détention #maisons_d’arrêt #détention_provisoire #confinement_total #atteinte_à_la_vie #état_d’exception_permanent #état_d’exception #Agamben #Giorgio_Agamben #principe_de_précaution #menaces #exception #proportionnalité #Corée_du_Sud #traçage #dépistage_massif #cercles_de_proximité #géolocalisation #contrôle_sanitaire #Michel_Foucault #Foucault #lèpre #peste #quadrillage #biopolitique #médicalisation #santé #savoir_scientifique #pouvoir_politique #bien_public #pouvoir_disciplinaire #débat_démocratique

    –---

    Citation pour @etraces :

    Je voudrais citer l’exemple de la Corée du Sud qui ne pratique pas le confinement mais le dépistage massif et le traçage de la population dépistée, en repérant les cercles de proximité où la personne a pu contaminer ses proches. Le contrôle sanitaire ne porte que sur cette population à risque avec une géolocalisation, une traçabilité, une visibilité de tous ses déplacements, via une plateforme numérique. Cela a représenté un travail très long car il y a 51 millions d’habitants en Corée du Sud. La population vit dans la sécurité, l’activité économique globale continue. Le suivi des personnes confinées est extrêmement pointu et offre en même temps une visibilité à l’ensemble de la population. Quand on va travailler, on sait qui est contaminé, qui ne l’est pas, à proximité. On a donc un modèle alternatif de gestion de l’épidémie, opposé au confinement mais au prix d’une atteinte grave aux libertés individuelles pour une durée indéterminée.

  • #Coronavirus : moins d’#humanitaire, plus de #politique !

    Nous devons sortir de la pensée humanitaire qui apporte avant tout des réponses techniques et repenser en des termes politiques le #bien_public, la #solidarité et la #justice_sociale, écrit Julie Billaud, professeure adjointe d’anthropologie à l’Institut de hautes études internationales et du développement.

    Ce qui est frappant dans la manière dont les réponses à la « crise du coronavirus » sont abordées par nos gouvernements, c’est l’insistance exclusive sur les mesures biomédicales. Tout se passe comme si l’#état_d’urgence qui nous est imposé était la réponse la plus évidente dans des circonstances exceptionnelles. Autrement dit, la gestion de la « #crise » relèverait d’enjeux purement techniques. D’un côté, il s’agit de promouvoir au sein de la population le #civisme_sanitaire : se laver les mains, porter un masque, rester confinés, maintenir les distances physiques. De l’autre, la réponse médicale s’articule en termes d’#urgences : réquisitionner des lits de réanimation supplémentaires, construire des hôpitaux de campagne, appeler en renfort le personnel médical retraité et les étudiants en médecine.

    Gouvernance #biopolitique

    Ce que nous voyons à l’œuvre, c’est le passage à un mode de gouvernance humanitaire et biopolitique de la #santé dont l’objectif est d’administrer les collectivités humaines par le biais de statistiques, d’indicateurs et autres instruments de mesure. Le temps presse, nous dit-on, et la fin justifie les moyens. Il faut reprendre le contrôle sur la vie dans le sens collectif du terme et non pas sur la vie humaine individuelle. Voyons, par exemple, comment le gouvernement britannique a pour un moment soulevé la possibilité de « l’immunisation de groupe » acceptant ainsi de sacrifier la vie des personnes les plus vulnérables, notamment celle des personnes âgées, pour le bien du plus grand nombre. Voyons encore comment les migrants vivant dans les camps des îles grecques sont perçus comme un danger biomédical à contenir. Réduits à des matières polluantes, ils ont perdu leur statut d’êtres humains. Leur #isolement ne vise pas à les protéger mais plutôt à protéger la population locale, et la population européenne en général, contre ce virus « venu de l’étranger ». L’#exclusion des « autres » (c’est-à-dire des #étrangers) est justifiée comme étant le seul moyen efficace de sauver « nos vies ».

    Il faut reprendre le contrôle sur la vie dans le sens collectif du terme et non pas sur la vie humaine individuelle

    Mais au-delà des justifications humanitaires du #triage entre les vies à sauver et celles à sacrifier, la #raison_humanitaire tend à neutraliser la politique et à passer sous silence les raisons profondes pour lesquelles nous nous retrouvons dans une telle situation. L’importance croissante des arguments moraux dans les discours politiques obscurcit les conséquences disciplinaires à l’œuvre dans la manière dont les règles sont imposées au nom de la #préservation_de_la_vie. En faisant de l’#expertise la seule forme valable d’engagement démocratique, des activités qui étaient auparavant considérées comme relevant de la politique et donc soumises au débat public se sont vues réduites à des questions techniques. Essayons d’imaginer à quoi ressemblerait notre situation si la santé était encore considérée comme un bien public. Sans le cadre discursif de l’#urgence, il serait peut-être possible d’examiner de manière critique les raisons pour lesquelles une organisation comme Médecins sans frontières a décidé de lancer une mission #Covid-19 en France, un pays qui était considéré il y a encore peu comme doté d’un des meilleurs systèmes de santé du monde.

    Sortir de la pensée humanitaire

    La crise du coronavirus met en évidence comment quatre décennies de #politiques_néolibérales ont détruit nos #systèmes_de_santé et, plus largement, ont diminué nos capacités de #résilience. Les scientifiques ces derniers jours ont rappelé que la recherche sur le coronavirus nécessite du temps et des moyens et ne peut pas se faire dans l’urgence, comme le modèle néolibéral de financement de la recherche le souhaiterait. Les services de santé, déjà surchargés avant la crise, ont besoin de moyens décents pour ne pas avoir à faire le #tri cruel entre les vies. Finalement, l’#environnement (non pas le profit) doit être notre priorité absolue à l’heure de l’effondrement des écosystèmes essentiels à la vie sur terre.

    En d’autres termes, nous devons sortir de la pensée humanitaire qui apporte avant tout des réponses techniques et repenser en des termes politiques le bien public, la solidarité et la justice sociale.

    https://www.letemps.ch/opinions/coronavirus-dhumanitaire-plus-politique
    #immunité_de_groupe #néolibéralisme

  • Coronavirus

    Raoul Vaneigem

    https://lavoiedujaguar.net/Coronavirus

    Contester le danger du coronavirus relève à coup sûr de l’absurdité. En revanche, n’est-il pas tout aussi absurde qu’une perturbation du cours habituel des maladies fasse l’objet d’une pareille exploitation émotionnelle et rameute cette incompétence arrogante qui bouta jadis hors de France le nuage de Tchernobyl ? Certes, nous savons avec quelle facilité le spectre de l’apocalypse sort de sa boîte pour s’emparer du premier cataclysme venu, rafistoler l’imagerie du déluge universel et enfoncer le soc de la culpabilité dans le sol stérile de Sodome et Gomorrhe.

    La malédiction divine secondait utilement le pouvoir. Du moins jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne en 1755, lorsque le marquis de Pombal, ami de Voltaire, tire parti du séisme pour massacrer les jésuites, reconstruire la ville selon ses conceptions et liquider allègrement ses rivaux politiques à coups de procès « proto-staliniens ». On ne fera pas l’injure à Pombal, si odieux qu’il soit, de comparer son coup d’éclat dictatorial aux misérables mesures que le totalitarisme démocratique applique mondialement à l’épidémie de coronavirus.

    Quel cynisme que d’imputer à la propagation du fléau la déplorable insuffisance des moyens médicaux mis en œuvre ! Cela fait des décennies que le bien public est mis à mal (...)

    #coronavirus #apocalypse #Vaneigem #Tchernobyl #totalitarisme #bien_public #catastrophisme #capitalisme #vache_folle #dénaturation #peste_émotionnelle #Espagne #réflexion

  • Unité et différences dans les insurrections de France et du Chili

    Raoul Vaneigem

    https://lavoiedujaguar.net/Unite-et-differences-dans-les-insurrections-de-France-et-du-Chili

    Lettre de Raoul Vaneigem aux insurgées et aux insurgés du Chili, pour faire suite à une demande de précision sur la notion de « bien public » (31 janvier 2020), suivie de « Réponse et nouvelles du Chili ».

    La France a occupé et continue d’occuper dans l’imaginaire des révolutions une place particulière. Elle est le pays où pour la première fois dans l’histoire une révolution a brisé l’immobilisme et l’obscurantisme qu’imposait la prépondérance d’une économie essentiellement fondée sur l’agriculture. Sa victoire n’a pas signifié le triomphe de la liberté, elle a seulement marqué la victoire d’une économie de libre-échange qui, très vite, a étouffé les aspirations à une vraie liberté.

    La vraie liberté, c’est la liberté vécue. Les philosophes des Lumières en avaient pris conscience. Les Diderot, d’Holbach, Rousseau, Voltaire en avaient gravé l’évidence dans la mémoire universelle, et avant eux les principaux penseurs de la Renaissance, Montaigne, La Boétie, Rabelais, Castellion (à qui l’on doit le propos « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme »).

    Bien que présente dans nombre de pays d’Europe, la lutte pour la liberté revêt en France une singulière acuité. Dès les XIe et XIIe siècles les insurrections communalistes se multiplient et s’intensifient. Elles ont pour but de libérer les villes de l’autorité tyrannique de la classe aristocratique, dont les revenus viennent principalement des paysans, des serfs qui travaillent leurs terres. (...)

    #Vaneigem #insurrections #unité #différences #bien_public #France #Chili #Gilets_jaunes #communalisme #révolution #Mai68 #émancipation #totalitarisme #Résistance #acquis #autogestion #radicalité #liberté

  • Shade, by Sam Bloch
    https://placesjournal.org/article/shade-an-urban-design-mandate

    “Shade was integral, and incorporated into the urban design of southern California up until the 1930s,” [Mike] Davis said. “If you go to most of the older agricultural towns … the downtown streets were arcaded. They had the equivalent of awnings over the sidewalk.” Rancho homes had sleeping porches and shade trees, and buildings were oriented to keep their occupants cool. The original settlement of Los Angeles conformed roughly to the Law of the Indies, a royal ordinance that required streets to be laid out at a 45-degree angle, ensuring access to sun in the winter and shade in the summer (…)

    All that changed with the advent of cheap electricity. In 1936, the Los Angeles Bureau of Power and Light completed a 266-mile high-voltage transmission line from Boulder Dam (now Hoover Dam), which could supply 70 percent of the city’s power at low cost. Southern Californians bought mass-produced housing with electric heating and air conditioning. By the end of World War II, there were nearly 4 million people living in Los Angeles County, and the new neighborhoods were organized around driveways and parking lots. Parts of the city, Davis said, became “virtually treeless deserts.”

    #ombre #bien_public #urbanisme

    (un essai remarquable)

    • Il y a quelques années les 40km de Castelnaudary à Limoux se faisaient à l’ombre de grands platanes, rasés depuis peu. (cf l’image de mon pseudo) Certes les platanes ne rentreront plus dans les voitures, mais rouler sous 40° sans ombre avec le soleil dans la gueule, c’est tout aussi dangereux. Évidemment il n’y a pas eu de replantation.

  • Peer Community in … – A free recommendation process of scientific preprints (and published articles) based on peer-reviews (photo credit : Martin Grandjean : A force-based network visualization)
    https://peercommunityin.org

    Présentation complète du projet PCI (création de « communautés de pairs » pour le « reviewing » des articles scientifiques publiés en accès ouvert)

    The “Peer Community in” (PCI) is a non-profit scientific organization that aims to create specific communities of researchers reviewing and recommending, for free, unpublished preprints in their field (i.e. unpublished articles deposited on open online archives like arXiv.org and bioRxiv.org). To a lesser extent, they may also recommend articles already published in journals.

    En relation avec https://seenthis.net/messages/771342

    #PCI #Peer_Community_in #open_publication #review #open_science #bien_public

  • What if we left pharmaceutical research to scientists, not capitalists?

    Sound radical? For most of human history, that’s exactly how it worked.

    For nearly all of human history, across different cultures and governments and moral and faith traditions, medicines have been considered a public good. It was both immoral and illegal to treat medicines as a commodity to be monopolized and used to price gouge sick and desperate people.

    https://other98.com/drug-research-pharma-scientists-capitalists

    #science #université #santé #recherche #recherche_pharmaceutique #industrie_pharmaceutique #big_pharma #recherche_publique #recherche_privée #bien_public #médecine

  • Take Back the Tap: The Big Business Hustle of Bottled Water

    The new Food & Water Watch report Take Back the Tap: The Big Business Hustle of Bottled Water details the deceit and trickery of the bottled water industry. Here’s one more angle to consider: The bottled water business is closely tied to fracking.

    The report reveals that the majority of bottled water is municipal tap water, a common resource captured in plastic bottles and re-sold at an astonishing markup—as much as 2,000 times the price of tap, and even four times the price of gasoline. Besides being a rip-off, there is plenty more to loathe about the corporate water scam: The environmental impacts from pumping groundwater (especially in drought-prone areas), the plastic junk fouling up our waterways and oceans, and the air pollution created as petrochemical plants manufacture the materials necessary for making those plastic bottles filled with overpriced tap water.


    https://www.ecowatch.com/bottled-water-fracking-2547459875.html

    Lien vers le #rapport:
    https://www.foodandwaterwatch.org/sites/default/files/rpt_1802_tbttbigwaterhustle-web.pdf
    #eau_en_bouteille #business #lobby #Nestlé #bien_commun #bien_public #eau #pollution #environnement #plastique #fracturation_hydrolique #PET #eau_du_robinet

  • Château de Versailles : interdiction de partager ses connaissances - Le Point

    http://www.lepoint.fr/culture/chateau-de-versailles-interdiction-de-partager-ses-connaissances-30-10-2017-

    Quand j’ai vu passer ceci j’ai renoncé à le signaler ici, mais finalement, je référence parce qu’il me parait intéressant de relancer le débat sur les usages auxquels on a légitimement le droit d’aspirer dans l’#espace_public

    Château de Versailles : interdiction de partager ses connaissances
    Une historienne d’art a été exclue d’une salle alors qu’elle donnait des explications à ses amis sur la marqueterie, raconte "Le Parisien".

    C’est une histoire surprenante que rapporte Le Parisien . Une historienne d’art exclue du château de Versailles pour non-respect du « droit de parole ». Cette réglementation, qui s’applique aux musées et aux monuments, encadre très strictement la prise de parole « en public » pendant les visites. Seuls les guides homologués peuvent commenter à haute voix les œuvres, ce qui a donné lieu à une scène ubuesque samedi dans le célèbre château.

    Marie-Noëlle Grison, qui se présente comme conservatrice junior au Rijksmuseum d’Amsterdam, a raconté sa mésaventure sur Twitter. « J’explique le concept de la marqueterie Boulle à 3 amis américains quand soudain un garde me tombe dessus », détaille-t-elle. Alors que le garde lui explique qu’elle n’a « pas de droit de parole » et qu’il « y a des guides et des audioguides pour ça », elle rétorque qu’elle se trouve en compagnie d’amis, qu’elle n’est « pas payée » et « fait juste [son] boulot d’historienne de l’art ». Il lui est alors demandé de quitter les lieux. À la suite de son histoire, de nombreux internautes témoignent avoir vécu la même chose dans divers établissements culturels.

    #dfs #espace_public #bien_public #art #confiscation

    • Dingue... Quand on entends le paquet de balivernes mal assemblées ou les compendiums vasariens acritiquement recrachés dont la plupart des guides abreuvent les tortillons de touristes, ça augure un rapport de plus en plus fin avec les oeuvres...
      Le tourisme culturel de masse est une machine de destruction bien plus insidieuse encore qu’on ne l’imagine et a des effets pervers sur la recherche importants : il cimente les appareils d’institutionnalisation à mort, en renforçant les protocoles nécessaires pour obtenir des conditions simplement normales de travail, de visite, d’accès légitime aux oeuvres qui doivent quitter les canaux spectaculaires. Raccourcir les temps de visite devant certaines oeuvres (chapelle Brancacci à Firenze, chambre des époux à Mantova, chapelle Scrovegni à Padova etc. limités à une demie-heure, pour des cycles qui demandent une demie-journée minimum, et ça touche même des musées comme la galerie Borghese à Roma), interdire les communications savantes devant les oeuvres non encadrées par la machine marchande (quand le travail des guides est calibré et souvent creux, faux, bâclé et que les audioguides sont des caricatures de guides sélectionnant de façon tragicomique les oeuvres au gré des modes historiques du moment), exiger des autorisations obtenues dans des rythmes sans aucun rapport avec celui du travail (la recherche en histoire de l’art est profondément sérendipienne , hasardeuse, promeneuse, fonctionne par jeux de ricochets territoriaux et d’opportunités impréparées) et dans des cadres ne correspondant qu’à une réalité ridiculement étriquée de son champ (la limitant au mouchoir géographique de l’université), voilà quelques-unes des conséquences de ce qu’on accable généralement plutôt pour la seule gêne provoquée par les trop grandes foules de visiteurs (ce dont, personnellement, je me fous ; les habituelles rengaines sur le comportement de veaux des touristes sont tenues par des petits-bourgeois à peine mieux éduqués qui tiennent à leur privilège de classe et se supposent des affinités profondes avec des oeuvres sous le seul prétexte qu’il ne les frôlent pas avec un téléphone portable mais avec des lectures accélérées et scolaires ; les entendre pontifier devant leur femme - ce sont, étrangement, toujours les hommes qui causent - et les mioches ne me fait pas moins saigner les oreilles que la litanie des guides).

      Firenze fait désormais du museo dell’opera et du battistero un truc groupé, sans aucune possibilité de faire autrement. Adieu les visites tranquilles dans ce musée où il n’y avait jamais personne et qui, désormais, est blindé de gens qui viennent simplement se soulager un peu d’une escroquerie en venant se perdre dans un truc dont depuis trente ans personne n’avait que foutre. Les tarifs réduits n’ont qu’un sens marchand (les mioches, pour que les parents se décident, et pour écourter les visites grâce à eux parce qu’ils s’y font chier) ; un étudiant en art de plus de 25 ans ans n’est plus un étudiant, et il n’est plus légitime pour un artiste de venir bosser une heure de temps en temps (étudier les oeuvres du passé fait intrinsèquement partie du boulot de tout artiste, bon sang !) sans devoir se ruiner à chaque passage...
      Il nous arrive même de nous faire engueuler quand on dessine trop longuement devant certaines oeuvres (il y a pourtant bien plus de pensée qui passe par le crayon que les formulations devant la plupart des oeuvres d’art). Et si les nombreux fauteuils et chaises qu’on pouvait trouver auparavant dans les musées a disparu - et sur lesquels nous pouvions prendre des notes et dessiner -, c’est seulement pour canaliser du flux de corps et d’argent.

  • "Des « Radio Alice 2.0 » ~ Entretien avec #François_Huguet à propos des réseaux MESH à Détroit"
    http://syntone.fr/des-radio-alice-2-0-entretien-avec-francois-huguet-a-propos-des-reseaux-mesh

    Le développement des « réseaux communautaires sans fil » (#MESH) ne peut pas manquer de faire penser aux radios amateurs et à l’histoire des #radios_libres ou de la Mini-FM. L’universitaire François Huguet nous invite à explorer les possibilités ouvertes par les nouvelles capacités d’émetteur et de récepteur de nos ordinateurs et de nos téléphones portables.

    Quelques extraits :

    « MESH » veut dire « maillage » et signifierait pour certains « MEtro Scale ad Hoc network », donc des réseaux de points à points à une échelle métropolitaine, de petite taille. On peut également traduire ce terme par l’idée de réseaux communautaires sans fil, distribués et mobiles, dans lesquels les appareils informatiques deviendraient l’infrastructure, dans lesquels on ne s’appuie plus sur une infrastructure Télécom déjà existante mais on la créée soi-même.

    Je m’y intéresse depuis 2011, au moment où les terminaux mobiles ont acquis des capacités suffisantes de « meshage ». En fait l’idée de réseau communautaire sans fil existait depuis un moment, sous la forme d’ordinateurs reliés par des antennes sur ondes radio. Mais en 2011, il est devenu possible d’avoir ces capacités à l’intérieur d’un smartphone et ces petits logiciels infrastructures locales pouvaient devenir ultra-mobiles, être émetteurs et récepteurs sans qu’il y ait besoin d’installer une antenne sur un toit. Ces capacités des terminaux mobiles ont permis de réinterroger ce genre de technologie et la notion même de média dans son ensemble.

    (...) En 2011, pendant les printemps arabes, on parlait beaucoup de la liberté que permettait l’Internet, on entendait : « Facebook est une arme face aux méchants dictateurs », ce genre de choses. C’est à ce moment que la New America Foundation (une sorte de grand think-tank écologiste américain), via son projet Open Technology Initiative, a créé un logiciel baptisé Commotion, destiné à établir des réseaux MESH. Ils surfaient sur les récits et les discours de la technologie libératrice dans les pays arabes, avec l’idée de développer une technologie qui permettrait d’éviter la censure ou les coupures de l’Internet. La possibilité d’établir des réseaux MESH avec des terminaux mobiles permettait de cristalliser les enjeux de liberté : si les militants de la place Tahir utilisaient Commotion, Mubarak pouvait bien couper les tuyaux de l’Internet, les gens continueraient de discuter et de s’organisaient afin de déjouer les mécanismes de censure égyptiens.

    Du coup j’ai voulu suivre cette technologie et Commotion à partir de 2011. J’étais persuadé que j’allais partir en Égypte. Mais au final je me suis rendu compte qu’il n’y avait là que des discours, des sortes d’opérations de promotion politique qui permettaient de justifier et de légitimer l’utilité de la technologie Commotion, pour obtenir de l’argent du Département d’État américain, de Google ou de Microsoft et en faire comprendre l’intérêt au plus grand nombre. J’ai suivi tout ça et je me suis rendu compte que c’est ailleurs qu’ils déployaient ces technologies et notamment à Détroit, que les gens de l’Open Technology Initiative connaissaient bien pour avoir travaillé là-bas avec des associations de Community Organizing sur des problèmes liés à la fracture numérique. Je me suis aussi aperçu que Commotion y servait à quelque chose de complètement différent : il ne s’agissait pas de résoudre des problèmes liés à la censure d’un régime politique mais de résoudre les problèmes d’infrastructure communicationnelle d’une ville en crise.

    (...) À #Détroit, l’idée de pouvoir créer son propre réseau de communication faisait sens parce que c’est une ville immense, avec des espaces vides et abandonnés partout. Les opérateurs de télécommunication classique ne veulent pas y venir et y investir, parce que creuser une tranchée et installer du câble pour une seule maison isolée n’est pas rentable.

    (...) Je pense que la réflexion globale qui sous-tend Commotion et les réseaux communautaires sans fil en général n’est pas seulement la possibilité d’accéder à la parole, comme ce que racontent Berardi ou Guattari à propos des radios libres, ni de faire acte de « thérapie sociale » comme le raconte Kogawa. Il s’agit plutôt de se battre pour une certaine idée de ce que doit être une infrastructure #Télécom et de ce que doit être #Internet : un #bien_public.

    (...) Pour faire le parallèle avec les radios libres, il y a bien des « tactiques », au sens de De Certeau, afin de peser sur un débat politique. Mais là le débat n’est plus le même, il s’agit aujourd’hui de créer de l’ « empowerment » et de faire comprendre aux gens comment fonctionne l’architecture du Web, comment fonctionnent les infrastructures. C’est ce qui fait qu’ils seront capables de se positionner sur des débats très compliqués : on n’arrête pas de parler de la « neutralité du Net » mais peu de gens comprennent ce que ça veut dire. Avec les réseaux MESH, on a un cas d’étude précis qui permet à des utilisateurs, à partir de la compréhension de ce qu’est une infrastructure à leur niveau, peuvent mieux comprendre ces enjeux et s’opposer aux modèles dominants. En fait les réseaux MESH sont des contres-modèles.

    (...) Il y a peu de chance qu’on les retrouvent en France parce que nos infrastructures communicationnelles sont performantes et que les gens n’ont pas envie de se compliquer la vie.

    (...) D’un certain point de vue, ce qui est en train de se passer pourrait être vu comme le plus gros coup de poker de l’histoire des télécommunications : alors que les opérateurs classiques ont déboursé des millions et des millions de dollars ou d’euros pour se voir attribuer des fréquences garanties, les grands groupes d’Internet rêvent de fréquences ouvertes tombées dans le #domaine_public que leurs objets connectés pourront utiliser sans qu’ils aient eu à sortir un centime.

    cc @ari

    #Félix_Guattari #Franco_Berardi #nouvelles_transmissions #Tetsuo_Kogawa #Etats-Unis #médias_libres et peut-être aussi #cccp, @fil ?

  • #Croatie : le gouvernement veut vendre #Goli_Otok, l’ancienne #île-prison de #Tito

    L’ancienne île-prison de Tito fait partie des 100 biens publics dont Zagreb veut se débarrasser pour renflouer les caisses de l’Etat croate. Une vente qui suscite la controverse, alors que les anciens détenus et leurs familles souhaiteraient transformer l’endroit en #lieu_de_mémoire. Goli Otok va-t-elle devenir une #station_balnéaire ?


    http://balkans.courriers.info/article25381.html

    #mémoire #patrimoine #privatisation #bien_public

  • " A Tottenham, la disparition d’une œuvre de Banksy ravive la « guerre des murs » "
    http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2013/08/05/a-tottenham-la-disparition-d-une-uvre-de-banksy-ravive-la-guerre-des-murs_34

    ’tention, y a un #paywall, auquel je n’ai pas plus accès que toi, mais on a l’essentiel de l’info avant ça : le #street_art c’est tellement in qu’une compagnie découpe un bout de mur dessiné par #Banksy pour l’exposer...

    #Tottenham est l’un des quartiers les plus pauvres d’Europe. C’est là, dans le nord de la capitale britannique, qu’éclatèrent les graves émeutes raciales de l’été 2011. C’est là aussi que, grâce aux artistes de rue, cette zone qui broie du noir peut rêver en couleurs. D’où l’émotion qu’a provoqué la disparition d’une oeuvre murale intitulée No Ball Game ("ballon interdit") signée du célèbre plasticien anglais Banksy.

    Au croisement de Tottenham High Road et de Philip Lane, le mur beige de l’épicerie a été découpé. Une compagnie événementielle, Sincura Group, a fait enlever fin juillet le graffiti réalisé en 2009 par Banksy qui montre un petit garçon et une fillette jouant au ballon. L’oeuvre de l’artiste – qui a toujours choisi de rester anonyme – doit traverser l’Atlantique en 2014 pour être vendue aux enchères à Miami. Les « muraux » de Banksy s’arrachent à prix d’or.

    « Ce dessin faisait partie de notre identité » : telle est l’antienne des habitants de Tottenham qui se sentent dépossédés d’une oeuvre que l’as du « street art » leur avait offerte. La colère est d’autant plus vive que l’auteur du coup de force, Sincura Group, est un récidiviste en la matière. En février, la société avait fait enlever d’un mur de Wood Lane, dans le nord londonien, un autre pochoir en noir et blanc de Banksy.

    Lequel pochoir, intitulé « Slave Labour », avait été vendu par le groupe pour la modique somme de £750,000.
    http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/art/news/no-ball-games-anger-as-another-banksy-removed-from-north-london-wall-

    En angliche, tu trouveras davantage d’explications, et notamment cette splendide justification du Sincura Group : mais puisqu’on vous dit que c’est pour restaurer cette oeuvre splendide, et en plus on fait don des bénéfices à une ONG
    http://www.ibtimes.co.uk/articles/494859/20130726/banksy-tottenham-sincura-art-auction.htm

    Sincura pledged to hand profits from the auction sale to a charity. A statement said: “A number of attempts have been made over the past to deface the piece. [With] further concerns about its safety, the piece has been removed to be sensitively restored to its former glory.”

    Dans un communiqué sur son site, le groupe ajoute dans un bel effort de #casuistique que 1. cette restauration parfaitement désintéressée a nécessité un gros investissement en temps et en énergie (sous-entendu en argent) ; et 2. de toutes façons, c’est le dessin qui était illégal, pas le fait de l’enlever
    http://www.thesincuragroup.com/uploads/statement_11052013.pdf

    The showing of this piece was the culmination of months of hard work and we simply wish to display it in again its home city before it disappears forever.

    It should be noted that both Scotland Yard and the FBI have issued statements that there is no evidence of criminality involved in the removal of this illegally painted mural and therefore no case to answer.

    Le Sincura Group, qui semble en effet un excellent expert en #récupération, #foutage_de_gueule et #mépris, comme en atteste son slogan

    your gateway to a VIP life

    et son manifeste pour une « conciergerie » de luxe
    http://thesincuragroup.com/about.html

    The Sincura Group started as a secret organisation opening buildings and acquiring access to the inaccessible. Having been unhappy members of other concierges in the past, the company grew to offer a full range of services worldwide, based on three simple values we felt where missing from the concierge industry.

    Value for money – we offer the best value for money service on the market; from tickets to travel, fashion to frolics we are here to offer you that VIP lifestyle at an affordable price.

    Contacts and delivery – quite simply we are the best connected network in London and indeed worldwide and our experienced and highly skilled team are hired for their connections and the doors they open.

    Old fashioned values and knowing our clients – we have met every member and every affiliate we work with and can tailor services for our members’ needs.

    Cela (re)pose l’intéressante question des #biens_communs : ce qui n’appartient à personne, n’importe qui peut-il se l’approprier pour en faire commerce ? Comment ce découpage de mur se passe-t-il sur le plan des droits : accord de Banksy, impossibilité pour lui d’agir là-dessus ? Et la ville, le proprio du bâtiment ? Tout ce qui se propose comme bien commun, dans la forme, le support, la diffusion, etc., ne devrait-il pas tomber automatiquement dans le #domaine_public ?

    #gentrification #artification

  • « J’ai travaillé comme facteur intérimaire » - enquête hallucinante d’Olivier Bailly

    Bpost – un mois dans l’univers des lettres trahies par les chiffres | jedoutedoncjecherche

    http://jedoutedoncjecherche.wordpress.com/2013/04/30/bpost-un-mois-dans-lunivers-des-lettres-trahies-par-

    Bpost – un mois dans l’univers des lettres trahies par les chiffres
    avril 30, 2013 · par olibailly · dans Reportages en Belgique. ·

    Pendant le mois d’octobre 2012, j’ai travaillé comme facteur intérimaire. Au programme, beaucoup d’heures supp’ non payées, de pubs du lundi à glisser, de coaching numérisé et de mal aux pieds.

    Un mois dans l’univers des lettres trahies par les chiffres.

    Enquête publié dans la revue Politique, n° 78, janvier-février 2013

    téléchargeable en pdf là :

    http://jedoutedoncjecherche.files.wordpress.com/2013/04/pol-78-bpost1.pdf

    #travail #emploi #belgique #travail-précaire

    • La société Bpost est emblématique des tensions entre les
      #intérêts_privés et le #bien_public. L’entreprise a une mission
      sociale primordiale, reliant, informant, socialisant des
      millions de citoyens, visitant chacun d’eux si nécessaire.
      Elle est l’entreprise qui sonne à nos portes.
      Mais elle se débat dans un marché libéralisé, où seuls les
      meilleurs émergent. Elle automatise et multiplie les tâches,
      réduit drastiquement le personnel. Bientôt, elle sera peut-
      être cotée en bourse.
      D’où cette ultime question : jusqu’où peuvent cohabiter
      service pour tous et #concurrence ?