[Sans pincettes] Budget de la Sécurité sociale 2026 : « L’argument de la responsabilisation des patients est un leurre », des médecins.
Alors que sont célébrés les 80 ans de la création de la Sécurité sociale et qu’est discuté, au Parlement, le #PLFSS pour 2026, la ministre de la #santé, Stéphanie Rist, déclarait, le 22 octobre dans Le Figaro : « Il faut rappeler que le tout gratuit dans la santé est une illusion. » Ces propos reprennent l’argument des opposants à la Sécu, selon lequel ce modèle déresponsabiliserait les patients. Il est choquant d’entendre la ministre de la Santé, elle-même médecin, reprendre cet argument fallacieux.
En réalité, les patients paient quatre fois leurs #soins. Une première fois par la contribution sociale généralisée et la contribution au remboursement de la dette sociale, soustraites automatiquement tous les mois de leur salaire brut. Une deuxième fois par la cotisation volontaire, mais quasi obligatoire, à une mutuelle ou à une assurance privée. Le montant de la cotisation à cette complémentaire santé augmente avec l’âge et avec le niveau de couverture choisie, contrairement au principe d’égalité de la Sécu. Une troisième fois par la taxe sur la valeur ajoutée (#TVA), qui représente aujourd’hui plus de 20 % des recettes de l’assurance-maladie obligatoire, en compensation des exonérations et des diminutions de cotisations patronales décidées par les gouvernements successifs au nom de la défense de l’emploi. La TVA, à l’opposé du principe de solidarité de la Sécu, impacte davantage les personnes ayant de faibles revenus que celles qui bénéficient de hauts revenus. C’est la solidarité à l’envers, du bas vers le haut.
Enfin, les patients paient une quatrième fois pour les #dépassements_d’honoraires des #médecins_spécialistes, qui peuvent représenter le quadruple, voire le quintuple, du tarif conventionnel remboursé par la #Sécu. Ces dépassements, très variables d’un spécialiste à l’autre pour une même prestation, ne sont régulés ni par la loi ni par le conseil de l’ordre des médecins, pourtant censé faire respecter « le tact et la mesure ». Ils augmentent en moyenne de 5,5 % par an et atteignaient 4,5 milliards d’euros en 2024 Finalement le #reste_à_charge que les assurés paient de leur poche est en moyenne 430 euros par an et de 780 euros pour les personnes prises en charge à 100 % du tarif réglementé au titre des affections de longue durée (#ALD). Ce reste à charge peut dépasser 4 900 euros par an pour 1 % des patients en ALD.
Accroissement assumé des inégalités
En réalité, la ministre veut doubler les #franchises et #forfaits, en passant d’un maximum cumulé de 100 à 200 euros par an. « Je n’ai pas l’impression de commettre un crime », avait déclaré le président Macron lors de la conférence de presse du 16 janvier 2024, annonçant déjà un doublement des franchises. Pas un crime, en effet, mais un accroissement assumé des #inégalités_sociales_de_santé qui retardent les prises en charge médicales des patients ayant de faibles revenus et coûtent finalement plus cher que l’économie visée de 2,3 milliards d’euros. L’argument de la responsabilisation des patients est un leurre : ce ne sont pas les #malades qui prescrivent les médicaments, les examens de biologie ou de radiologie, les arrêts de travail ou les bons de transport, mais les médecins. Par définition, la responsabilisation des patients ne peut pas concerner la prescription des #médecins mais seulement l’observance des traitements et des rendez-vous – ce qu’a dû observer la docteure Rist dans sa pratique antérieure de rhumatologue.
Elle prétend par ailleurs s’attaquer à la « rente », c’est-à-dire aux tarifs très supérieurs aux coûts réels du service rendu. Le PLFSS en discussion vise la radiologie, la radiothérapie, la dialyse rénale et la biologie, mais ne s’attaque ni à #Big_Pharma ni aux chaînes de #cliniques commerciales internationales financiarisées, dont les actionnaires reçoivent des dividendes payés par la Sécu. Elle ne dit rien non plus de la spécificité française d’un double financement pour le même soin, à la fois par l’assurance-maladie obligatoire et par les #assurances complémentaires, en concurrence sur le marché. Si bien que, en matière de frais de gestion du système de santé, la France dépense le double de la moyenne des pays de l’OCDE, 6.9 milliards pour la Sécu et 8.7 milliards pour les complémentaires. Selon les calculs du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie, la fusion des complémentaires dans la Sécu permettrait d’économiser plus de 5 milliards par an.
La santé n’est gratuite pour personne. Alors que le reste à charge des patients augmente, conduisant à des renoncements aux soins, et que les cotisations aux complémentaires ne cessent de croître, pourquoi préserver cette rente ?
Mady Denantes est médecin généraliste ; Anne Gervais est hépatologue ; André Grimaldi est diabétologue ; Olivier Milleron est cardiologue.
▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/29/budget-de-la-securite-sociale-2026-l-argument-de-la-responsabilisation-des-p
#solidarité_à_l’envers #financiarisation #accès_aux_soins #retard_de_prise_en_charge_médicales #renoncements_aux_soins





















