• La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? - Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/2019/02/08/la-ligue-du-lol-a-t-elle-vraiment-existe-et-harcele-des-feministes-sur-le

    Une autre explique avoir été harcelée par des membres de ce groupe pendant des années, en raison de son sexe, de sa couleur de peau, et de ses positions politiques. Elle décrit une forme de harcèlement très semblable à celui décrit dans les précédents témoignages. « J’avais des positions féministes et antiracistes que j’exprimais ouvertement. Et à chaque fois que je les exprimais, ces gens-là me tombaient dessus, et amenaient plein de personnes dans leur dos. Les attaques étaient customisées en plus : comme je suis noire, j’avais le droit à un peu de racisme, en plus du sexiste. »

    En 2013, elle a décidé de quitter Twitter. « Il y avait une grosse dominante d’humiliation. Je me sentais humiliée par des gens de mon métier. Je me sentais exclue de la sphère journalistique par mes propres confrères. Qui aujourd’hui ont tous, ou presque, accédé à des postes élevés et écrivent, pour certains, des articles sur le féminisme. » Une pigiste abonde : « Aujourd’hui, quand je propose des piges sur le féminisme aux Inrocks, à Slate, à Libération, où ces personnes occupent désormais des postes à responsabilité, c’est un peu surréaliste. »

  • Contre le bizutage | Binge Actu
    https://shows.pippa.io/bingeactu/le-bizutage-m-a-marque-a-vie

    François Bon avait un avenir tout tracé : il était destiné à devenir ingénieur en usine. Marchant ainsi dans les traces de son père. Il n’avait rien d’un écrivain, si ce n’est, déjà, la passion de la lecture. Et puis, un jour de septembre 1973, il est entré à l’ENSAM (Ecole Nationale des Arts et Métiers) de Bordeaux et cela a changé sa vie. Pourquoi ? Parce qu’il a refusé l’humiliation du bizutage, parce qu’il s’est dressé contre ces pratiques d’un autre temps, ce qui l’a amené à quitter cette école sans obtenir son diplôme et à travailler en usine. Une expérience qui l’a poussé vers l’écriture, qui a forgé ce qui fait de lui un auteur de talent qui a raconté le monde ouvrier comme personne. La blessure est toujours à vif. Pour la première fois, il a accepté d’en parler et de revenir sur cette période de sa (...)

    https://assets.pippa.io/shows/5b0e92711f85233603f8be00/1527747227357-5e61f72591c0bc60471777eb181def16.mp3

  • #Bizutage en fac de #médecine à Caen : « J’ai mis du temps à parler »
    https://www.ouest-france.fr/education/universites/bizutages-en-medecine-caen-du-temps-pour-admettre-que-j-avais-subi-des-

    Je me suis aperçue que nous étions tous très limite sur la notion de consentement, entre nous. Ça m’a conduite à m’interroger sur nos futures pratiques de soignants : quelles conséquences sur notre comportement envers nos patients ?

    On parle souvent du machisme ou du sexisme du monde médical. Ça démarre dès les études de médecine. Mais la plupart des étudiants n’ont aucune conscience des dérives possibles, de la gravité de ce qu’ils font. Le côté excessif, transgressif, ça les fait plutôt rire. Ils ne pensent pas aux conséquences, aux risques. Ils vivent dans une bulle. En tant que futur médecin, ça n’est pas le milieu dans lequel j’ai envie d’évoluer.

    Je veux que chacun prenne conscience du ridicule du bizutage. Et qu’on n’arrête de dire que ça n’est pas grave. Si, c’est grave de subir autant puis de reproduire, au nom de la tradition. Si, c’est grave qu’une jeune fille se sente obligée de photocopier ses seins pour s’intégrer. Et c’est grave aussi de ne rien dire, même si on reste en marge. »

    • « Pas grave, » mais il faut voir aussi ce qui se passe si quelqu’un parle : alors là ça devient grave, les grands pontes s’en mêlent et peuvent aller jusqu’à te virer et menacer tes proches.

  • Malgré les lois, le #bizutage reste difficile à endiguer
    https://www.mediapart.fr/journal/france/261017/malgre-les-lois-le-bizutage-reste-difficile-endiguer

    Une enquête a été ouverte après des soupçons de bizutage au sein de la faculté de médecine de #Caen. Le week-end d’intégration a été annulé dans la foulée. Interdite par la loi et moins systématique qu’auparavant, la pratique perdure dans les grandes écoles et les #universités.

    #France #étudiants #week-end_d'intégration

  • Election de Miss Chaudasse, réalisation d’un film porno... Un syndicat dénonce le bizutage à la fac de médecine de Caen
    http://www.francetvinfo.fr/societe/justice/election-de-miss-chaudasse-realisation-d-un-film-porno-un-syndicat-deno

    Que se passe-t-il à la fac de médecine de Caen ? La présidence de l’université a annulé le week-end d’intégration des étudiants après des soupçons de bizutage potentiellement graves, rapporte France Bleu Normandie, mardi 24 octobre. A la fin septembre, le syndicat SUD Education Calvados avait envoyé un dossier avec des témoignages, photographies et vidéos pour alerter les autorités. Franceinfo revient sur ces actions qui pourraient tomber sous le coup de la loi.
    Une affiche « incitant au viol »

    L’enquête du syndicat remonte à février dernier. A cette époque, deux jeunes étudiantes alertent le syndicat SUD-éducation, après la diffusion d’une affiche faisant la promotion du gala des étudiants en médecine. L’image est inspirée d’une toile du XIXe siècle représentant une scène de martyre chrétien, sur laquelle avait été ajoutée des scènes grivoises « représentant Marisol Touraine, un professeur de l’université et la responsable de la prévention », révèle Le Monde. Au centre, une femme nue entourée d’hommes la montrant du doigt était représentée. « Une quasi-incitation au viol », selon le syndicat.

    Le président de l’université ordonne alors le retrait de l’affiche et l’élaboration d’une charte sur l’organisation des événements festifs par les instances étudiantes. Mais le syndicat d’étudiants va constater des actions de bizutage encore plus graves, héritées des promotions précédentes et qui auraient dû probablement se renouveler cette année.
    Soixante-neuf commandements

    Sur un groupe Facebook privé, le syndicat découvre l’existence de « commandements » imaginés par « La Corpo », l’association des étudiants en médecine qui organise le week-end d’intégration. Il s’agit de soixante-neuf actions, en majorité à caractère sexuel et délictuel, que les étudiants de deuxième année étaient incités à réaliser et à filmer, en vue de gagner des points pour le week-end bizutage, en 2016, rapporte Le Monde.

    Parmi ces actions, les étudiants devaient mimer une masturbation, exploser un préservatif avec le nez, exhiber leur pénis en regardant une fille droit dans les yeux, courir nu en centre-ville, ou encore, "se faire bifler par Rosy [un salarié de « La Corpo »] avec son gode", selon un étudiant. « J’ai pris plaisir à réaliser les commandements », écrit un étudiant en sixième année, au Monde.

    Parmi les « activités » proposées aux étudiants de deuxième année par la promo précédente, on retrouve aussi l’élection de « Miss Chaudasse » et l’affichage de photocopies de la poitrine d’étudiantes. « Ça va jusqu’à la réalisation d’un film porno », s’alarme notamment Clément, membre du syndicat étudiant, à Sud Ouest.

    #bizutage #sexisme #misogynie #médecine #violences_médicales #culture_du_viol #domination_masculine #violences_sexuelles #université

    Exemple de la formation d’agresseurs sexuels par milliers en 2017.
    #éducation

    • En fac de médecine, de l’« intégration » à l’« humiliation »
      http://www.liberation.fr/france/2017/10/24/en-fac-de-medecine-de-l-integration-a-l-humiliation_1605453

      Ces week-ends, plus ou moins extrêmes, ont lieu dans la plupart des facs de médecine. Interrogée par Libération, une ancienne étudiante de Lille explique ainsi : « Quand on passe en deuxième année, on ne connaît pas beaucoup de monde car il y a très peu de gens de la première année qui réussissent. On se met dans des groupes d’intégration où chacun a son parrain ou sa marraine. C’est un moyen de se faire des amis. » Pendant une semaine, il y a donc les fameux défis et beaucoup de soirées qui débouchent sur le week-end d’intégration. « On commence à boire dès le début de la journée mais ce n’est pas forcé. » Rien d’ailleurs, selon elle, n’est imposé. Ni les flambys gobés sur les seins des étudiantes - elles peuvent demander que l’on réalise l’opération sur leur ventre - ni les séances de verres avalés cul sec sur un tourniquet. Selon l’étudiante lilloise, il y a bien des rumeurs - un étudiant aurait sodomisé un poulet l’année avant la sienne -, des actes de violence - un autre s’est vu « enfoncer une fourchette dans les fesses » l’année après la sienne -, mais généralement « c’est bon enfant ». « Il faut se mettre dans l’esprit », juge-t-elle.

      La plupart des étudiants interrogés ont le même discours : ce sont simplement « deux ou trois connards qui font n’importe quoi ». Normalement, rien n’est jamais forcé et il est de toute façon possible de ne pas aller aux soirées. « Le nouveau n’a pas vraiment le choix, il n’a pas envie de se mettre en marge », juge de son côté Marie-France Henry, présidente du Comité national contre le bizutage.

      Chaque année offre en tout cas son lot de faits divers sordides et certains récits décrivent ce qui s’apparente plutôt à un système. Se répètent, comme une tradition, les insultes et les défis humiliants et écœurants, le tout sur fond de sexisme. Il y a par exemple l’élection de « miss chaudasse ». « Il y a des femmes qui se font harceler, voire agresser sexuellement, et ce dans le plus grand secret. Enfin non, en fait, parce que ce n’est pas secret pour les autres étudiants qui parfois assistent à la scène sans broncher. Mais il règne dans ce milieu un tel déni de considération des femmes et un tel système de protection des personnalités "populaires" de la promo ou des supérieurs, que c’est souvent la victime elle-même qui est blâmée dans ces cas-là », décrit ainsi une étudiante.

      « Défouloir ».
      « En médecine, il y a un type de bizutage assez tourné sur la nudité, des bizutages sexistes et sexuels », confirme Marie-France Henry. En guise de défense, beaucoup d’étudiants convoquent « l’esprit carabin ». Les carabins, ce sont les aspirants médecins et l’esprit qui va avec, un concentré de blagues sexuelles et morbides. « Dès que l’internat a été créé, au début du XIXe siècle, des activités sont nées pour faire office de défouloir et se sont ritualisées, explique Emmanuelle Godeau, anthropologue et médecin qui a travaillé sur le sujet. Ce sont des études pendant lesquelles on travaille sur des gens morts, nus. On est confrontés à des tabous qui s’expriment ensuite dans le groupe par des pratiques coutumières. Les étudiants aujourd’hui vont chercher dans ces rites qui participent à la construction symbolique du personnage du médecin ».

      « On aime bien les trucs à connotation sexuelle, teintés de tradition carabine, confirme un ancien étudiant, aujourd’hui médecin. On a beaucoup de chansons paillardes par exemple. Il y a un folklore autour du sexe et de la mort censé être un exutoire. » Un « folklore » qui, parfois, franchit les limites.

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      Etre "intégré" dans la corporation médical c’est donc apprendre à se défoulé sur les femmes via la violence sexuelle. Le rituel de bizutage permet d’éduquer à la domination. Les étudiant·e·s qui arrivent et ne sont pas encore admis dans la corporation sont humilié. Ca envoie le message que l’humiliation des personne qui ne sont pas diplomés de médecine est normal/possible et ca envoie aussi le message que selon la hierarchie, les individus du bas de la pyramide sont là pour que le haut de la pyramide se "défoule".
      C’est pas par hasard que la plus parts des étudiants interrogés parlent d’amusement bon enfant et que la plus part des étudiantes parlent de violences sexuelle, de honte et de dégoût.

    • “Bourrées, elles sont plus faciles à bourrer.”
      Ecole - Aube - Une phrase parmi d’autres, sur un post du groupe Facebook de l’école, accompagné d’une photo de l’auteur de la “blague”, tout fier, avec des bouteilles de bière à la main.

      “Je les fait boire pour les faire taire.”
      “L’alcool c’est comme les femmes, il faut les déboucher pour que ça mousse.”
      https://payetafac.tumblr.com/post/166812717826/bourr%C3%A9es-elles-sont-plus-faciles-%C3%A0-bourrer

  • Aux Arts et métiers, une enquête ouverte pour des faits de #bizutage
    https://www.mediapart.fr/journal/france/080716/aux-arts-et-metiers-une-enquete-ouverte-pour-des-faits-de-bizutage

    L’école Arts et métiers ParisTech (ex-Ensam), régulièrement épinglée pour sa pratique de l’usinage, apparenté au bizutage, fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, à la suite du signalement du ministère de l’éducation nationale.

    #France #Ecole_nationale_des_Arts_et_métiers #ENSAM #enseignement_supérieur #usinage

    • Pas une fois le mot #sadisme dans cet (excellent au demeurant) article, et c’est dommage, parce qu’il s’agit en fait de tout un système basé sur des pratiques sadiques et complètement rétrogrades.

      Un article qui montre bien le côté bien pourrave du truc avec comme explication à la poursuite dette grosse merde, comme toujours, le cocktail « garder le pouvoir et argent ».

      Je me suis toujours demandé pourquoi les directeurs d’établissements étaient incapables de faire cesser ou au mieux évoluer ces pratiques sadiques. La réponse est dans le papier, à lire absolument.

    • spécialement pour @mad_meg et exceptionnellement, je poste l’article complet, il me semble être juste et une bonne base pour un débat sur la question. et si vous avez envie de voir ou revoir wei or die c’est là http://wei-or-die.nouvelles-ecritures.francetv.fr

      Juste pour voir ce que nos élites soutiennent.

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      enseignement supérieur Enquête

      Aux Arts et métiers, une enquête ouverte pour des faits de bizutage
      8 juillet 2016 | Par Faïza Zerouala

      L’école Arts et métiers ParisTech (ex-Ensam), régulièrement épinglée pour sa pratique de l’usinage, apparenté au bizutage, fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, à la suite du signalement du ministère de l’éducation nationale.

      Le geste est fort et en dit long sur la gravité de dérives persistantes. Le 24 février 2016, le ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur a dénoncé auprès du procureur de la République de Paris des pratiques assimilées au bizutage ayant cours à l’école Arts et métiers ParisTech (ex-Ensam). Des actes humiliants ou dégradants seraient imposés aux nouvelles recrues lors de manifestations liées au milieu scolaire, selon une source proche de l’enquête. Le parquet de Paris a ouvert, dans la foulée, une enquête préliminaire confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

      Ce signalement du ministère est fait en vertu de l’article 40.1 du code pénal, qui stipule que : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

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      Harcèlement moral : quatre plaintes visent l’école des avocats Par Michel Deléan

      En parallèle, selon nos informations, une enquête administrative a été lancée au sein de l’école au début du mois de juin par Laurent Carraro, le directeur général, après qu’il a été avisé de l’existence de trafics de drogue sur les campus, organisés par des étudiants qui en discutent dans des courriers électroniques. Certains élèves seraient initiés aux drogues dures par leurs pairs. En fonction des résultats de l’enquête, le directeur pourrait à son tour signaler ces faits au parquet, qui jugera des suites à donner à l’affaire.

      Interrogé par Mediapart, Laurent Carraro s’inquiète également de conduites addictives des étudiants, qui consomment alcool et drogues en grande quantité. « C’est un vrai problème dans toutes les grandes écoles, explique-t-il. Ici, vu la vie collective très riche, le terreau est fertile. Je m’inquiète pour la santé de mes étudiants. »

      L’école des Arts et métiers © DR L’école des Arts et métiers © DR
      La vie mondaine aux Arts et métiers est en effet foisonnante. L’école se targue même de cette attention portée à la perpétuation des traditions. Et glorifie des valeurs a priori positives comme l’entraide, la solidarité ou la fraternité. La tradition au sein de l’Ensam et l’esprit d’appartenance sont très forts, dans la lignée de ce qui existe dans toutes les grandes écoles. Un établissement prestigieux, plutôt bien classé en 2016. Il pointe à la quatorzième place du classement des écoles d’ingénieurs réalisé par L’Usine nouvelle.

      À l’école des Arts et métiers, passer le concours pour intégrer l’établissement n’est pas le seul préalable : un autre rite de passage officieux consacre le nouvel étudiant comme étant membre à part entière de la communauté estudiantine. Ceci se pratique durant six à huit semaines, au cours desquelles les valeurs propres à l’école sont perpétuées lors de la « période de transmission des valeurs », indispensable à l’intégration. Ce moment a longtemps porté le vocable d’« usinage ».

      En l’occurrence, il s’agit de transformer le néo-étudiant en « Gadzart », c’est-à-dire en « gars des Arts », comme se surnomment avec fierté les élèves de l’école fondée en 1780. Ils l’inscrivent ainsi dans une histoire prestigieuse, constituée de codes avec un lexique quasiment indéchiffrable pour les béotiens, et l’intègrent à une famille. Certains jeunes gens considèrent l’obtention de ce titre comme un aboutissement, presque plus précieux que leur diplôme. Mais le terme historique n’est guère plus usité car trop associé au délit de bizutage, y compris par sa rime.

      Durant cette « période de transmission de valeurs » (PTV), organisée par les étudiants de deuxième année, les jeunes gens sont invités à boire lors de jeux d’alcool, se font hurler dessus tous les soirs au cours de cérémonies secrètes, doivent rester debout ou être accroupis pendant des heures, longer les murs en chantant des chansons paillardes. Les jeunes étudiants sont tenus d’apprendre les chants des Gadzarts ou de porter sans discontinuer la blouse grise. En 1982, un article du Monde en deux volets (ici et là) épinglait ces pratiques.

      Le 31 août 2015, par exemple, un étudiant fait sa rentrée comme tous ses camarades avant de démissionner, relate l’Inspection générale. Ses parents, persuadés que la « période de transmission des valeurs » est fautive dans cet abandon prématuré de sa scolarité, dénoncent, par exemple, les convocations quotidiennes pour des séances de chants et de défilés par les étudiants des années supérieures. Les élèves de première année sont censés être sans cesse disponibles pour participer à des manifestations dont ils ignorent la teneur, y compris les week-ends. En cas de refus, certains organisateurs de ces rites n’hésiteraient pas à faire du chantage ou à menacer de représailles les jeunes réticents.

      Une source judiciaire rapporte que d’autres élèves ont été victimes de crises de nerfs ou d’épilepsie à l’occasion de ces rites initiatiques. Selon l’enquête interne initiée par l’école en avril 2016, dont Mediapart a pu prendre connaissance, certains ont dû cheminer à travers un parcours guidé de fers à repasser allumés, yeux bandés, leur occasionnant des brûlures à l’occasion de la rentrée 2015. Tous ont été victimes d’alcoolisation forcée. En prévention des conséquences physiologiques consécutives à une absorption massive d’alcool, les étudiants de deuxième année avaient même préparé de larges poubelles, permettant à ceux de première année d’y vomir. Certains étudiants ont été désignés pour nettoyer les dégâts. Les jeunes gens ont aussi été confinés dans des pièces exiguës, provoquant des malaises. Toutes les semaines, ils doivent aussi changer de chambre, histoire de bouleverser leurs repères. Ces faits, jugés « dégradants et humiliants » et dénoncés, ont été confirmés par l’enquête interne. À l’automne 2015, plusieurs parents d’élèves ont saisi des avocats pour les représenter et demander à la direction de faire cesser ces pratiques.

      L’école est dans le viseur de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR), qui a diligenté deux enquêtes, rendues publiques en 2015 et 2016 (à lire en PDF respectivement ici et là) et recensant ces faits, qui relèvent potentiellement du bizutage tel que la loi du 17 juin 1998 le qualifie : « Le bizutage est le fait d’amener une personne à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants, que ce soit contré son gré ou non. Le bizutage concerne généralement les étudiants mais aussi parfois les élèves d’autres établissements. C’est un délit, puni de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende, et ce, que la victime soit consentante ou non. »
      Des pratiques difficiles à faire évoluer

      Mais les autorités ont toutes les peines du monde à changer ces pratiques. D’abord parce que les témoignages sont rares, par peur des représailles et d’être ostracisé par le reste de la promotion et de l’école. Quelques élèves opposent une résistance et refusent de participer, une fois passés dans la classe supérieure, à l’usinage des petits nouveaux. D’autres demandent à être transférés dans d’autres campus afin de se soustraire à la pression de leurs camarades.

      Michel Maya, enseignant en mécanique depuis 1982 à l’école des Arts et métiers, rapporte que les élèves « hors usinage » sont très rares : « Si l’un veut sortir du groupe, les anciens s’en occupent. Ils mettent la pression à ses camarades en leur disant : “Il torpille votre groupe. Vous ne ferez pas de bons Gadzarts, s’il n’y a pas de cohésion.” » Ne pas souscrire à ces rites, c’est se placer à part et, croient-ils, compromettre leur avenir professionnel. En effet, à une époque, les étudiants « hors usinage » n’avaient pas le droit d’apparaître sur l’annuaire des Anciens. Une menace de les priver de ce réseau, l’un des atouts mis en avant dans la formation.

      Par ailleurs, il est parfois difficile de qualifier juridiquement ces pratiques, consenties par certains élèves, comme le note l’Inspection générale, et qui se situent souvent sur la ligne de crête. L’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche considère cependant clairement, dans le deuxième rapport daté de janvier 2016, que « la période de transmission des valeurs » (PTV), qui marque l’entrée à l’Ensam, « est génératrice de dérives − potentielles et avérées − assimilables à des actions de bizutage ». Elle rappelle qu’un élève est décédé lors d’une bagarre en 2013, qu’un autre a été gravement blessé en 2014 en tombant d’une fenêtre. Les deux incidents n’ont pas été à proprement parler causés par la PTV, mais se sont produits en marge de fêtes fortement alcoolisées.

      « Si ce nouveau rapport fait le constat que la direction générale de l’école s’est fortement mobilisée, non sans tensions avec l’association des anciens élèves, pour aboutir à la signature d’une charte et à la rédaction d’un nouveau règlement intérieur, il alerte surtout sur la persistance de dérives graves », écrit l’Inspection.

      À l’intérieur même de l’école, cette PTV ne fait pas l’unanimité. Michel Maya, enseignant de mécanique à l’Ensam, fait partie des contempteurs. Lui-même interdit dans sa salle de classe le port de la blouse grise, imposée en permanence aux étudiants de première année par leurs pairs pour leur inculquer l’humilité et gommer les différences sociales. Ils doivent aussi apprendre par cœur le nom d’autres élèves des promotions ou des chants propres aux Gadzarts. L’hymne célébrant les traditions, « les trad’s », s’achève par : « Les trad’s mourront quand mourront les Gadz’Arts. »

      Il fut un temps, se rappelle aussi Michel Maya, où les élèves avaient à répondre à une série de questions. En cas d’échec, ils devaient réaliser une série de pompes. « Cela a toujours eu des conséquences directes sur le travail que l’étudiant doit fournir. Il y a 15 à 20 heures par semaine consacrées à la PTV. Il faut bien les prendre quelque part, donc forcément cela a des retombées pédagogiques », explique-t-il.

      Le directeur général Laurent Carraro n’entend pas supprimer ce rituel. « Cela ne me choque pas, je n’ai rien contre sur le principe, toute la question porte sur la méthode », dit-il à Mediapart. Toutes les écoles organisent des week-ends d’intégration, dont l’objet est « de se soûler durant 48 heures », rappelle-t-il. La période de transmission des valeurs a même, selon lui, des vertus « indéniables en terme de solidarité ». « Il y a des effets positifs à cette période qui peut se passer normalement. » Mais, pour le directeur, la PTV doit évoluer et surtout être porteuse de sens.

      Il imagine par exemple qu’elle pourrait inciter les étudiants à réaliser des travaux d’intérêt général comme rafraîchir les peintures dans des EPHAD, les établissements accueillant des personnes âgées, ou débroussailler les mauvaises herbes de la commune. Des actions consensuelles en somme. Et bien plus honorables pour l’école, dont l’image a été bien abîmée par les dénonciations récurrentes de dérives lors de la PTV.

      Mais cette tradition est si fortement ancrée que la remettre en cause provoque de très vives tensions au sein de l’école, où couve une véritable crise de gouvernance. En cause : la toute-puissance de la « Soce », la société des ingénieurs Arts et métiers, qui regroupe 33 000 ingénieurs diplômés de l’Ensam. Ces anciens jouent un rôle classique : ils financent via leurs dons des résidences à destination des étudiants, et constituent un réseau pour dénicher stages et premier emploi. Mais ils vont bien au-delà.
      L’influence excessive des anciens élèves

      La « Soce » est directement investie dans la gestion opérationnelle de l’école. C’est elle qui est détentrice de la marque. Propriétaire d’un siège luxueux situé sur la très chic avenue d’Iéna, elle bénéficie d’un véritable trésor de guerre. En 2015, son budget s’élevait à 3,5 millions d’euros, et elle emploie 25 salariés. Elle est également la propriétaire des résidences dans lesquelles sont logés les étudiants. Elle s’occupe de les construire et de les rénover le cas échéant : elle va ainsi financer, à hauteur de 4,1 millions d’euros, une partie du projet de réhabilitation de la résidence étudiante de l’école au sein de la Cité internationale universitaire de Paris. La « Soce » consacre chaque année 1 million d’euros aux bourses d’études délivrées aux élèves les plus modestes, et elle finance en partie l’Union des élèves de l’école, dont le budget total s’élève quant à lui à 5,8 millions d’euros !

      Mais selon l’Inspection, c’est aussi elle qui empêche, par son influence excessive, la direction générale de s’engager dans une politique volontariste pour lutter contre ces dérives de la PTV et pour moderniser l’établissement. Dans ses rapports, l’Inspection avait donc préconisé de couper le cordon. Un décret, signé par le ministère de l’éducation nationale, et dont la publication est imminente, va modifier la composition du conseil d’administration de l’école. Huit personnalités qualifiées extérieures, non diplômées de l’Ensam et non impliquées dans sa gestion opérationnelle, vont l’intégrer. En clair, la « Soce » est boutée hors du conseil d’administration et perd ainsi voix au chapitre.

      Depuis, les anciens se sont lancés dans une vaste contre-offensive, médiatique et politique. En cause, selon son président Jacques Paccard, qui explique n’avoir eu aucun contact avec la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem : le « manque de concertation » dans la mise en œuvre de cette réforme.

      Le 14 juin, les anciens sont parvenus à publier une lettre ouverte à François Hollande dans deux grands quotidiens, Le Figaro et Les Échos, assortie d’une pétition en ligne sur le site Change.org sobrement baptisée Sauvons Arts et métiers, signée par plus de 20 000 personnes. Dans la lettre ouverte, Jacques Paccard considère que cette réforme « aboutirait à une gouvernance hors sol, centralisée et isolée, coupée de tout lien avec les ingénieurs diplômés et les implantations territoriales ». Il explique qu’il s’agit à son sens « d’une mauvaise solution à un problème ».

      La « Soce » fait également jouer ses relais politiques. Les députés LR Bernard Accoyer, Gérard Menuel ou le sénateur UDI de la Marne Yves Detraigne se sont ainsi fendus d’un courrier à la ministre Najat Vallaud-Belkacem pour obtenir une réponse. Interrogé sur sa démarche, Yves Detraigne explique simplement l’avoir fait sur demande d’un administré, sans même connaître les détails du dossier… Il n’a jamais obtenu de réponse de la ministre. Gérard Menuel, député de l’Aube, alerté par de nombreux anciens, trouve cette mise à l’écart « dommageable ». Dans sa circonscription, les Gadzarts évoluent dans les nombreuses PME et font « un travail essentiel », explique-t-il.

      Le 24 mai, une question écrite a été posée par le député LR des Bouches-du-Rhône, Jean-Pierre Maggi, avec les mêmes arguments que ceux de l’association des anciens. « À l’heure où la réindustrialisation de notre pays est la priorité absolue du gouvernement pour relancer l’emploi et la création de richesses, il semble peu judicieux de se priver des retours d’expérience, financements, débouchés professionnels et avancées en matière de recherche scientifique que prodiguent les anciens de cette école connue pour ses formations d’excellence en matière d’ingénierie. »

      En interne, le président de la « Soce » a par ailleurs annoncé la suspension de la convention, signée entre l’association et l’établissement en septembre 2015, qui permet aux anciens d’aider l’école, à hauteur de 150 000 euros en 2015, pour améliorer la vie interne à l’école grâce à ses 2 000 bénévoles (tutorat, recherche de stages pour les étudiants, lien avec le tissu industriel local…).

      Selon un document confidentiel interne consulté par Mediapart, daté du 24 mars 2016, la « Soce » précise que « les projets et l’appui financier, pour tout ce qui concerne les PGs [les petits Gadz’arts – ndlr] continuent. Ils ne sont pas touchés par la suspension de la convention École/Soce. 
En l’espèce, par exemple, les bourses aux élèves continuent à être attribuées, l’organisation du processus d’attribution pouvant être ajusté ». Les actions de tutorat ou d’accompagnement professionnel réalisées par les bénévoles pourraient cesser, en guise de représailles. 
En revanche, la suspension de la convention entraîne l’arrêt de toute communication conjointe.

      Le geste vise clairement à mettre le directeur de l’école sous pression, et à menacer indirectement, malgré les dénégations de Jacques Paccard, de couper les cordons de la bourse. Les relations entre le directeur général et le président de l’association sont exécrables.

      Le conflit entre les deux parties se déroule, presque publiquement, à coups de correspondances assassines. Dans le dernier développement de ce feuilleton à rebondissements, Laurent Carraro, excédé par les déclarations de Jacques Paccard, lui a adressé le 7 juillet une lettre diffusée auprès de tout le personnel de l’école d’ingénieurs, que Mediapart a pu consulter. Il lui demande de cesser sa « large campagne de désinformation tant auprès de [ses] sociétaires que de différents responsables publics et privés en énonçant de multiples contre-vérités ». Dans ce document, plusieurs épisodes récents sont évoqués par l’actuel directeur.
      « Des délits imaginaires »

      Par exemple, l’initiative personnelle de Jacques Paccard d’écrire mi-juin au cabinet d’Emmanuel Macron pour placer l’école sous tutelle du ministère de l’économie et de l’industrie est vécue comme un affront supplémentaire. Enfin, la lettre « spontanée » (à découvrir ici) envoyée au président de la République par Jérôme Gavois, ancien Gadzart, au nom des enseignants des Arts et métiers pour soutenir la « Soce » creuse un peu plus le fossé entre les deux hommes. Non seulement le courrier met en cause la gestion de Laurent Carraro, mais sa rédaction serait selon ce dernier, toujours dans cette lettre interne, téléguidée par Jacques Paccard lui-même : « Je viens d’apprendre que le courrier “spontané” d’un enseignant de l’école au Président de la République s’opposant à l’évolution de nos statuts, abondamment relayé par l’association que vous présidez, implique vos collaborateurs les plus proches. J’ajoute que le message en question provient de 7 personnels de l’établissement pour un effectif avoisinant les 1 100 ! »

      Le président de la « Soce » reconnaît, dans un lapsus, que son association est « puissante », avant de se reprendre en disant « présente ». « Nous sommes présents pour prodiguer des conseils, aider à trouver des stages, le premier emploi, justifie Jacques Paccard. On est sensibles à la qualité de la formation. Tout ça dans un souci de bien-être chez les étudiants. C’est évident, on ne se désintéresse pas de la vie de l’école. On le fait bénévolement, ça nous coûte du temps, de l’énergie et de l’argent pour les bénévoles. »

      Après la publication des rapports de l’Inspection générale, il avait pris la plume à deux reprises, en 2015 et 2016, et écrit à la ministre de l’éducation nationale pour réfuter point par point, ou presque, les conclusions de ces enquêtes. Elles comprennent « des extrapolations psychologiques, des jugements moraux et un vocabulaire stigmatisant », écrit Paccard. Il est notamment furieux que l’Inspection considère que certains élèves sont en proie à un syndrome de Stockholm, ce phénomène psychologique observé chez d’anciens otages qui développent une empathie avec leurs bourreaux.

      Plus largement, le patron de la « Soce » nie en bloc les accusations de bizutage, qualifiées de « délits imaginaires ». Il n’y a jamais eu de condamnations pénales ni de conseil de discipline, insiste Paccard auprès de Mediapart, avant de renvoyer la responsabilité sur les directeurs des centres, garants du bon déroulement des pratiques internes. « Ce ne sont pas nos prérogatives », juge-t-il. Pourtant, il y a un an et demi, une charte tripartite entre la direction, l’union des élèves et la Soce avait été signée pour réglementer la PTV. « L’école complote avec le ministère pour détruire les Gadz et leurs traditions », a lancé Charles Duplaa, un autre ancien, chargé à l’école de réfléchir à l’évolution de la PTV, dans un mail interne que nous avons consulté.

      L’Union des élèves des Arts et métiers n’a pas souhaité répondre à Mediapart, en raison de « la situation et des tensions présentes », selon son responsable communication. Cependant, plus disert en interne, il a envoyé un message de dix-sept pages aux élèves afin de les éclairer sur les derniers rebondissements. Son analyse est nettement plus nuancée que celle de la « Soce » : « Que le ministère nous ait dans le collimateur, c’est une certitude. Et ce n’est pas nouveau : cela fait au moins 15 ans que c’est le cas. Mais dire que les deux rapports IGAENR qui nous sont tombés dessus sont faux, et basés sur du vent n’est pas crédible. À nous de trouver le moyen de transformer nos traditions de manière à ce qu’elles deviennent acceptables par tous, tant par les conscrits que par les personnes lambda, sans sacrifier à notre folklore et notre Histoire et surtout en faisant en sorte d’assurer la transmission de nos valeurs. De nombreux PGs s’interrogent actuellement là-dessus, je ne vous apprends donc rien. Et si on peut communiquer intelligemment dessus et redorer notre blason tant mieux ! » Le signe, peut-être, d’un renouvellement profond des traditions.

    • Merci @reka pour l’article gentilement offert :)
      Je comprend maintenant cette pression de la « Soce » sur la direction de l’école. La direction semble vouloir vraiment en finir avec ce bizutage mais elle à un adversaire plutot imposant. L’idée des travaux d’intérêt généraux à la place du parcours à l’aveugle dans les fer à repasser allumé est séduisante mais je me pose des questions sur l’intérêt de ces rituels d’intégration d’une manière général. Il y a aussi la question de l’alcoolisme promu par les associations étudiantes.
      Et je me demande comment ca se passe pour les étudiantes et les étudiant·e·s racisé·e·s dans un tel contexte.

    • Merci beaucoup pour l’article de Mediapart.
      Quelques commentaires, en vrac, d’un gadzarts (promo 1997-2000) :
      – Je suis très dubitatif quant à certains faits rapportés, l’histoire des fers à repasser notamment ; si c’est avéré, ça relève du pénal et les crétins qui ont organisé ou permis ça doivent être poursuivis et condamnés ; mais ce ne serait pas la première fois que des accusations très graves seraient formulées et pourtant basées sur du vent. Je parle d’expérience, ma promo ayant eu le plaisir d’étrenner la ligne SOS Bizuthage mise en place par Royal en 97. Concernant mon centre, une dizaine de signalements ont été faits, qui allaient du défilé forcé en caleçon jaune dans la ville à l’imposition d’attouchement sexuels, tous faux. Vrais ou faux, qu’importe, ministère et police partent du principe qu’il n’y a pas de fumée sans feu, nous avons eu droit à des fermetures, des exclusions temporaires des supposés « meneurs », même des gardes à vue (six mois après les faits présumés, sans suite bien sûr, le but étant d’intimider la promo suivante qui préparait la suite).
      – De mon expérience toujours, qui n’a pas prétention universelle, ceux qui refusent l’usinage ou ultérieurement toute participation aux activités de l’association des élèves, ne sont pas osctracisés. Je ne nie pas que la majorité, au moins dans un premier temps, suit et subit sans trop se poser de question, sans avoir le couteau sous la gorge non plus : il faut relativiser le poids qu’on prête à la Soce pour faire carrière une fois diplômé et en première année, pour la plupart, c’est encore un concept très abstrait. A titre d’exemple, sur ma promo, 120 élèves : 5 n’ont pas suivi l’usinage jusqu’au « baptême » ; parmi ceux-ci, que nous fréquentions tous les jours en cours, dans l’asso sportive indépendante, lors des repas, dans la résidence universitaire, 3 ont finalement demandé à intégrer l’association des élèves dans les deux ans qui ont suivi ; les 3 ont été admis comme membres de plein droit - et il est difficile de les accuser de carriérisme vu que deux ont enchaîné avec l’ENS pour devenir profs, l’influence de la Soce sur l’admission au concours étant nulle évidemment. À l’inverse, 3 autres se sont déclarés « hors promotion » en deuxième année car ils ne voulaient pas participer à l’usinage, sans conséquence sur leur scolarité ni leur empoyabilité à priori ; il y a cinq ou six ans l’un d’entre eux a souhaité adhérer à la Soce, son « retour » s’est fait sans problème.
      – Il y a bien un problème culturel d’alcoolisme, il n’est malheureusement pas spécifique aux Arts&Métiers ni lié à l’usinage mais généralisé dans toutes les strates étudiantes que j’ai pu fréquenter.
      – Concernant le supposé laisser-faire de la direction, historiquement la perpétuation des traditions s’est toujours faite contre l’administration, certes plus ou moins active mais toujours hostile. L’avantage de ce conflit latent, c’est qu’il évite de se poser des questions sur le cursus pédagogique, sur lequel il y aurait pourtant beaucoup à dire...
      – Concernant les étudiants racisés, je n’ai jamais eu l’occasion de constater de problème, ça ne veut pas dire qu’il n’y en pas mais je pense que parmi les bons côtés de l’usinage, il y a un véritable apprentissage de la tolérance et de l’ouverture d’esprit. Ceci étant dit, deux mois d’usinage ne peuvent pas venir à bout de vingt ans de préjugés.
      – J’ai volontairement parlé ci-dessus d’étudiants et pas d’étudiantes car du fait du déséquilibre (moins de 10 % de femmes !) des formes de sexisme se développent inévitablement, ne serait-ce qu’un paternalisme lourdingue : « on a peu de filles, alors on les choie... »
      – J’ai participé activement à l’usinage des deux promotions qui ont suivi, j’essaie de prendre et de garder le contact chaque année avec mes nouveaux-elles filleul-les et je n’ai pas l’impression d’être un sadique, pour reprendre le mot de Reka. Encore une fois mon expérience n’est pas universelle, il faut cependant comprendre que l’usinage n’est pas un calvaire de deux mois pendant lequel les deuxièmes années se défouleraient sur les premières, c’est un jeu de rôles grandeur nature auquel sont invités à participer les nouveaux, qui demande plusieurs mois de préparation, pendant lequel les 2e année se réunissent matin et soir pour se briefer et débriefer, et qui est beaucoup plus éprouvant, physiquement et mentalement, quand on usine que quand on est usiné car on est responsable de tout ce qui peut arriver.

      J’ai déjà écrit un long pavé, je vais m’arrêter là mais n’hésitez pas à me poser des questions plus précises si vous le souhaitez.

    • Merci beaucoup @iyhel pour le témoignage, toujours très utile de lire, d’échanger et d’écouter, de rechercher, de garder les canaux de dialogues ouverts, et de réfléchir et essayer de comprendre les liens de ce « système social » complexe.

      Je peux bien comprendre et admettre ton vécu, j’imagine que la biodiversité des élèves et étudiant(e)s « bizutables » fraîchement arrivé(e)s du lycée est très variée et que chacun doit s’accommoder de cette « épreuve » un peu comme il/elle peut (accepter de mauvais gré, trouver que c’est rigolo quand c’est pas sadique, y aller en se bouchant le nez en espérant que le mauvais moment passe vite, penser que c’est un formidable moyen de s’intégrer à une communauté/groupe", perdre ses repères en acceptant d’être soumis et/ou humilié).

      Je n’ai pas de bons souvenir de ms propres « baptêmes du feu », et j’ai entendu d’autres témoignages beaucoup plus inquiétants que le tien :) Ça fait longtemps que cette question me turlupine, de même que le « mobbing » à l’école pour mes enfants, si difficile à prévenir et pourtant si présent (oui, même en Norvège...).

      Pour revenir au bizutage, j’ai entendu des amis forts, d’autres plus vulnérables (tout le monde n’est pas forcément armé pour affronter ce genre de trucs et peuvent être profondément déstabilisé, et je trouve ça vraiment sadique parce que comme êtres sociaux, nous devrions plutôt faire attention et protéger les personnes vulnérables, pour moi c’est juste la base du respect humain) et sensibles en parler, et décrire cette expérience comme au mieux « désagréable » et au pire une vraie torture morale (et physique quand il s’agissait d’épreuves dites « sportives » - sic).

      Je n’arrive toujours pas à m’expliquer pourquoi les étudiants travaillent si dur (comme tu as l’air de le dire) pour perpétuer une tradition aussi destructive et inutile (comme si on avait le temps). Pourquoi faudrait-il que les assoss d’élèves et/où d’étudiants cherchent à tout prix à asservir les nouveaux, à les soumettre à leur ordre et leurs « traditions » ? Pourquoi, depuis toutes ces décennies, on a pas penser à transformer ce truc en quelque chose de plus constructif, culturel, festif ? ou alors ce qui se fait dans les bizutages, c’est le reflet de ce qu’est notre société, alors mieux vaut y être préparé le plus tôt possible ? :) Quand j’étais étudiant à Paris, ça ma vraiment fait chier d’entendre « allez les mecs, on va jouer à la guerre sur le terrain de paint ball, ça va être cool et on va vraiment se marrer ». Mais je n’ai jamais entendu « allez, rendez vous au tas de sable avec vos instruments et on se fait le mouvement lent du quintet de Schubert » (ou sans instrument, répèt de choeur). Pour moi ça aurait eu plus d’allure, mais je dois être très vieux-jeu.

      Ce qui est intéressant dans ton témoignage, c’est que c’est pour moi la première fois que j’en lis un aussi positif qui semble dire que ces pratiques sont finalement bonnes pour la tolérance et l’ouverture, et ça c’est assez nouveaux. Mais comme toi, mon expérience est loin d’être universelle et je n’ai peut-être pas eu tous les sons de cloches. Mais les expériences de mes copines victimes de sexisme et de harcèlement, j’ai entendu. Et ça m’a effrayé. Je ne fais pas vraiment confiance à des étudiant(e)s de deuxième année qui « usinent » les petits nouveaux sans aucuns contrôle (et au nom d quoi ont-ils ce pouvoir d’ailleurs ? de l’imposer aux autres ?).

      Bref, c’est en vrac, mais je mets ça au débat aussi (et comme je ne suis pas un ancien gadzart, sur cette école en particulier, je ne peux pas en dire plus bien entendu, ne connaissant pas l’école de l’intérieur, mais seulement quelques amis qui en sont sorti - et qui ont détesté ce bordel, raison pour laquelle cet article m’a interpellé :)

    • Concernant mon centre, une dizaine de signalements ont été faits, qui allaient du défilé forcé en caleçon jaune dans la ville à l’imposition d’attouchement sexuels, tous faux. Vrais ou faux, qu’importe, ministère et police partent du principe qu’il n’y a pas de fumée sans feu, nous avons eu droit à des fermetures, des exclusions temporaires des supposés « meneurs », même des gardes à vue (six mois après les faits présumés, sans suite bien sûr, le but étant d’intimider la promo suivante qui préparait la suite).

      Merci pour tes explications @iyhel mais je me demande comment tu peu affirmer avec autant de certitude que les agressions sexuelles étaient fausses. A part si c’est toi qui avait fait ces fausses déclarations ca me semble pas possible d’être aussi affirmatif.

      Pour le sexisme tu dit qu’il y a seulement du paternalisme. Mais comment ca se passe un défilé forcé en caleçon jaune en ville pour les étudiantes ?

      Je sais d’expérience que les hommes sont aveugle au sexisme et à la misogynie. Il n’y a qu’a les écouté faire les ahuris quant on aborde le sujet du harcèlement de rue.

      Mon ex beau père avait fait l’école Boule. Il me racontais avec nostalgie à quel point il avait aimer son bizutage dans cette école. Le bizutage consistait à mettre nue un étudiant et une étudiante, les peindre entièrement l’un en bleu, l’autre en jaune, les enfermé dans une pièce sans lumière et ne les laisser sortir que lorsqu’ils sont tous les deux entièrement verts. Il faut savoir que mon ex beau père est un agresseur sexuel multirécidiviste. J’ose pas imaginé ce qu’a enduré l’étudiante qui était enfermé avec lui ainsi que les autres étudiantes de cette promo.

      C’était à l’école Boule dans les années 1980 mais c’est juste pour dire que ce bizutage amusait beaucoup les mecs et que la plus part d’entre eux n’y voyaient pas de sexisme, juste un sympathique jeux des couleurs très bon enfant.

      Dans le cadre d’une structure tel que l’usinage, ou les étudiants de seconde année organisent l’humiliation des première année, ca m’étonnerais qu’il n’y ai pas des abus liée a ce déséquilibre de pouvoir.

      Tu dit que les participants sont « invités à un jeu de rôle » mais il est quant même aussi question de « marche forcée en caleçon » ca me semble pas être une invitation. Tu parle de jeu de rôle comme d’un truc inoffensif, mais le jeu de rôle du dominant-dominé peut être dangereux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Stanford

      Si les étudiant·e·s qui ont refusé ces humiliations peuvent être à la « Soce » et profiter des mêmes avantages que celleux qui ont été humilié·e·s pendant 2 mois, je me demande à quoi sert encore cette pratique et pourquoi vouloir la défendre et la conservé ?

    • Mad Meg, j’ai dû mal m’exprimer : aucune des dénonciations faites n’avait de fondement. Ni les défilés en caleçon, ni les agressions sexuelles.
      Concernant celles-ci, je n’ai pas la prétention de savoir tout ce qui a pu se passer 24 h sur 24 pendant deux mois mais il faut bien comprendre qu’on vit les uns sur les autres (le poids de cette promiscuité pendant 3 ans est une autre affaire) et que ce serait très compliqué à dissimuler - et encore plus à justifier devant le reste des élèves.
      Je n’ai connaissance que d’un cas de viol, dans un autre centre, en cours d’année, après une beuverie, d’un élève par un autre ; celui-ci a été immédiatement exclu de l’association, je ne sais pas quelles ont été les suites judiciaires.

      Je n’ai pas dit que le sexisme se manifestait uniquement sous forme de paternalisme, simplement que c’en était l’expression principale. 10 % de filles seulement, comme on l’imagine elles sont très sollicitées, surtout dans les centres comme Châlons ou Cluny où hors des A&M il n’y a pas beaucoup d’autres étudiant-e-s. Elles se retrouvent facilement cataloguées « salope » ou « allumeuse » pour peu qu’elles mettent du temps à « choisir ». Je répète mon commentaire précédent, deux mois d’usinage n’effacent pas vingt ans de préjugés sexistes d’un coup de baguette magique.

      J’en reviens à mon expérience personnelle et mes motivations pour accepter de suivre puis faire suivre l’usinage : j’ai fait mon lycée à Versailles, dans un établissement supposé fait partie des meilleurs de France. Je n’y ai pas fait ma prépa et je ne voulais surtout pas l’y faire à cause de l’ambiance qui y régnait et notamment du bizuthage qui s’y pratiquait - une semaine à faire des pompes sous les hurlements des ’spés’, à déambuler dans les rues affublé d’un sac poubelle et que sais-je encore, tout ça pour une ambiance de merde derrière, ça ne m’attirait pas vraiment. J’ai fait ma prépa dans un lycée sans bizuthage ni « période d’intégration », les interactions entrés sups et spés étaient assez limitées. Des rumeurs circulaient évidemment sur la dureté et la violence de l’usinage aux Arts&Métiers, largement alimentées par mes camarades qui étaient en internat à l’école militaire de St-Cyr et avaient eu droit à un programme copieux comme savent faire les (apprentis-)militaires. Vu mon expérience, de loin, du bizuthage en prépa, je n’avais aucune envie ni intention de participer à ça une fois en école d’autant que je cultivais les tendances asociales et ne percevais absolument pas l’attrait de la communauté gadzarts. Pour moi l’affaire était entendue, ils pouvaient bien venir me chercher, je leur expliquerais que leurs gesticulations, ça ne m’intéressait pas et qu’ils se passeraient de moi comme victime de leurs petits jeux defoulatoires.
      Las, une semaine avant mon entrée à l’école, j’ai été invité, comme tous les élèves, à un dîner d’accueil régional organisé par 1ère et 2e années. Et là je suis tombé sur des gars qui ne s’étaient pas vus depuis deux mois car éparpillés en stage dans toute la France, qui ne se connaissaient généralement que depuis un an à peine et entre lesquels je percevais pourtant un lien, très fort, de camaraderie, de complicité, de partage, que je n’avais jamais vu ailleurs.
      Ça a suffisamment éveillé ma curiosité pour que je laisse une chance à l’usinage - et je ne l’ai pas regretté.

      Il y a beaucoup à discuter sur les méthodes employées (j’y reviendrai plus tard), qui évoluent d’ailleurs énormément d’une année sur l’autre, à l’initiative des élèves et pas seulement sous la pression de l’administration qui préférerait qu’on organise un gentil week-end de débauche effrénée, de préférence loin de l’école, comme cela se fait dans beaucoup d’établissements. Mais il faut aussi garder à l’esprit que ces huit semaines ne sont qu’une partie d’un tout, l’amorce d’une vie associative très intense trois ans durant, plus distendue une voie entré-e-s dans la vie active. Supprimer la « période de transmission des traditions » (pardon, des « valeurs », c’est l’élément de langage à la mode) n’éradiquerait pas l’esprit gadzarts - qui est la véritable cible du ministère et ce depuis des décennies.

    • Ok @iyhel, merci pour ces nouvelles précisions. Mais ca consistait en quoi concrètement les épreuves initiatiques auxquel tu as participé ?

      Si la disparition de l’usinage n’éradiquerais pas l’esprit Gadzart alors pourquoi la Soce et les Gadzart veulent conserver cette tradition alors qu’elle n’a pas d’utilité ? L’article de médiapart rapporte qu’il y a de nombreuses plaintes des parents et étudiant·e·s des arts et métiers.

      Je répète mon commentaire précédent, deux mois d’usinage n’effacent pas vingt ans de préjugés sexistes d’un coup de baguette magique.

      L’usinage peut justement causé une aggravation des inégalités de genre et servir d’outil à la perpétuation de discriminations sexistes (et racistes aussi). Et le fait qu’on ne pourrais pas cacher à la collectivité des agressions sexuelles sous prétexte que ca serais difficile à dissimulé me semble vraiment douteux. Il y a 150 000 agressions sexuelles par an en France, un tiers des femmes subissent au moins une agression sexuelle au cours de leur vie en France, une sur cinq avant leur 15 ans et la très grande majorité de ces agressions sont parfaitement dissimulées et cela pendant bien plus que 3 ans et pourtant les femmes vivent cela dans une globale indifférence.

      Je ne dit pas que l’usinage est forcement toujours sexiste ou raciste mais l’usinage me semble un terrain propice a ces agressions parce que l’usinage se produisent dans un contexte patriarcale, raciste et hiérarchique qu’on efface pas d’un coup de baguette magique pour reprendre ton expression. L’usinage comporte ce risque important et rien que pour ca je pense que cette pratique ne devrais pas être conservée.

  • Aux Arts et métiers, une enquête préliminaire ouverte pour des faits de #bizutage
    https://www.mediapart.fr/journal/france/080716/aux-arts-et-metiers-une-enquete-preliminaire-ouverte-pour-des-faits-de-biz

    L’école Arts et métiers ParisTech (ex-Ensam), régulièrement épinglée pour sa pratique de l’usinage, apparenté au bizutage, fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, à la suite du signalement du ministère de l’éducation nationale.

    #France #Ecole_nationale_des_Arts_et_métiers #ENSAM #enseignement_supérieur #usinage

  • http://www.revolutionpermanente.fr/Sexisme-et-elitisme-double-peine-pour-les-etudiantes-en-medecin
    Sexisme et élitisme : double peine pour les étudiantes en médecine

    « 1 fois ! 2 fois ! 3 fois ! 4 fois ! 5 fois ! 6 fois !
    Cette fois tu m’l’as mis j’la sens bien,
    ce n’est plus ton p’tit doigt qui m’chatouille,
    je sens ton nombril contre le mien
    et la chaleur de tes deux couilles !

    Ton doigt n’était pas si mouillé,
    il allait et venait sans cadence,
    maint’nant c’est bien plus régulier,
    au nom de Dieu quelle Jouissance !

    Bite au Cul ! Bite au cul ! Bite au cul !
    Zob »
    La Marche Américaine – chant carabin

    C., étudiante en médecine à la faculté de Lyon

    Au commencement, la fac, ses chants, ses traditions
    Bienvenue en médecine ! A peine arrivée dans l’amphi de première année, après une lutte avec les autres étudiants pour s’assoir à la meilleure place, je me prend « l’esprit carabin » en pleine figure, celui qui m’accompagnera jusqu’à la fin de mes études, censé alléger la dureté du contenu des cours ou des situations rencontrées en stage en désacralisant l’image du corps, et en dégradant celle de la femme au passage. Si la pression pèse sur les étudiants durant les 6 ans passés en fac de médecine, sanctionnés par deux concours, une pression supplémentaire s’abat sur les étudiantes.

    Confrontées en premier lieu aux chants devenus des rengaines, qui les rendent passives entre les mains des hommes, simples objets sexuels. Confrontées ensuite aux remarques incessantes et intégrées aux cours, je me souviens d’un prof de biochimie, qui pour illustrer ses propos et nous « donner envie » d’étudier les atomes nous parlait de « l’Observatrice » qui se penchait langoureusement sur son microscope alors que sa blouse était courte, très courte, trop courte, et qu’elle ne portait pas de culotte. Confrontées enfin aux blagues issues d’un humour ultra-sexiste, loin d’être déconnecté du sexisme ordinaire de la société, mais exacerbé par ce besoin pressant de mise à distance de la réalité médicale.

    Autre tradition pour se mettre dans l’ambiance, le bizutage. J’en subirai 2, en première et deuxième année, avec une sorte d’obligation de participer pour s’intégrer à la promo, ou plutôt à la corpo des étudiants. Je me vois remettre dès mon arrivée dans le car un livret du participant. Outre les infos pratiques, un concours de points, dont les deux plus gros pôles : 50 points par fille « sautée », 100 pour avoir dépucelé une vierge. Femme-objet, sexe non-consenti, incitation au viol... Je boucle ma ceinture de chasteté pour le week-end, résistance personnelle. Arrive l’élection de mister et miss bizut, et l’incitation par les organisateurs pour les participantes à aller le plus loin possible, « allez-y, enlevez vos sous-vêtements... Embrassez-vous », certaines abandonnent, d’autres osent, la plus téméraire selon leurs codes est élue. J’assiste à tout ça, impuissante, avec l’impression de n’être encore une fois qu’un corps, un objet. Et toujours ce refrain, « cette fois tu m’l’as mise... »

    #domination #sexisme #misogynie #culture_du_viol #patriarcat #carabin #medecine

    • #éducation_au_patriarcat #études_supérieures
      Le milieu de la médecine est certainement un des pires. D’autant que cela forme des personnes qui s’arrogent le droit de maltraiter si elles ne sont pas résistantes à ce système. Beaucoup vont abandonner (ça a été le cas de mon père qui n’a pas supporté l’ambiance) et on raconte ensuite que les études sont difficiles, certes, mais à quel niveau ? La construction de cette domination est bâti sur une hiérarchie de #maltraitance qui à terme s’abat sur le patient, surtout quand il est sans défense (en général ce qu’on est quand on est malade…) mais surtout sur les enfants (qu’on oublie toujours) les femmes et les vieux.

    • J’adore l’excuse pour tous les « dérapages » sur le « lâcher de pression ». Je suppose donc que d’en coller plus à certaines pour soulager certains, ne pose pas de problème existentiel, mais revient, une fois de plus, à nier totalement le ressenti des femmes et à ne pas les traiter comme des pairs. Parce qu sinon, personne ne se permettrait de « relâcher la pression » sur elles, puisqu’il serait précisément évident qu’elles subissent déjà la fameuse pression qui autorise tant de chose aux hommes. Peut-être même plus, puisqu’elles sont — d’un point de vue essentialiste — plus « sensibles » que les « vrais bonhommes » et auraient donc encore plus besoin de se défouler.

      Ensuite, sur la charge mentale, il n’y a pas que des toubibs à avoir charge d’âmes. Les chauffeurs de bus scolaires ont donc des traditions de défoulement pour supporter la pression ? Et les sous-traitants du nucléaire arrivent bourrés faire leur garde après s’être murgés pour échapper à la pression ? les aiguilleurs du ciel, etc…

      Non, on voit bien que l’idée, exactement comme dans les grandes écoles et toutes les filières prestigieuses en statut et en fric à la sortie, c’est de s’assurer l’homogénéité du groupe, l’exclusion des outsiders , la domination et la reproduction sociale.

      J’ai une amie jeune toubib féministe qui n’a pas beaucoup apprécié ces tentatives d’intimidations, cette pression des carabins pour initier les apprentis à leur morgue et leur pratiques pourries et cette course permanente au fric et au prestige. La défense de l’exercice libéral lui semble être dans cette lignée avec cette obligation tacite de faire de sa pratique une entreprise bien capitaliste et bien rentable, alors qu’elle, ce qui l’intéresse, c’est quand même — et très connement d’après moult de ses jeunes confrères — de soigner des gens.
      Comme tous les jeunes médecins, elle a fait des « rempla » pour commencer et m’a racontée avoir été profondément écœurée par les méthodes d’abattage de certains de ses confrères généralistes qu’elle devait remplacer : des machines à chier des ordonnances à la chaine, avec des objectifs d’au moins 6 patients à l’heure, exercice médical façon dealer de seconde zone : « bonjour, elle veut quoi la petite dame, ce sera tant, merci, au revoir ! ».
      Mais que l’esprit du lucre, c’était encore pire chez les spécialistes et que les généralistes, c’est aussi considéré comme les types qui ont raté la voie royale, que tout le milieu médical français est parasité par la reproduction sociale bourgeoise et le mépris des autres.

      Bref, elle vient d’entrer comme généraliste spécialisée sur les « problèmes de gonzesses » dans la territoriale et d’avoir résilier son compte à l’URSSAF a été pour elle un soulagement : elle va pouvoir faire de la prévention et de la vraie médecine.

  • #Violences en #cuisine : les vieilles traditions ont la vie dure
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/29/violences-en-cuisine-les-vieilles-traditions-ont-la-vie-dure_4531560_3224.ht
    On dirait les justifications des conjoints ou des parents violents : inadmissibles. Ce sont des salariés, pas des #esclaves.

    Cinq chefs de renom sont ainsi venus débattre de cette question des violences dans la restauration, lundi 17 novembre, dans un amphi comble de Sciences Po. Christian Etchebest, Grégory Marchand, Ludo Lefebvre, Cyril Lignac et Adeline Grattard ont pris leurs distances avec ces méthodes, mais ces chefs qui ont réussi n’éludent pas certains aspects bénéfiques de cette formation à la dure. « Je me souviens d’avoir dû porter des choses très très lourdes, peut-être pour me faire souffrir, confie la chef Adeline Grattard (Yam’Tcha). Mais j’ai eu besoin de vivre ça pour en arriver là où je suis. Si on ne m’avait pas humiliée, peut-être que je serais restée plus timorée, que je n’aurais pas osé certaines choses. »

    Christian Etchebest (La Cantine du Troquet) partage le point de vue de sa consœur : « Oui, j’ai pris des coups de pied au cul, oui j’ai pris un carré d’agneau dans la tête, mais je ne suis pas choqué. Parce que c’est pas de la violence gratuite. » Grégory Marchand, également intervenant ce soir-là, a, lui, fait les frais de ces pratiques. Victime de « violences morales », il a claqué la porte de l’établissement britannique où il travaillait. Le chef du Frenchie ne condamne pas pour autant cette méthode, à condition qu’elle soit exercée avec « respect » . « La ligne est très fine entre une méchanceté et un apprentissage », reconnaît-il.

    À mettre en perspective avec le fameux « À bas les #restaurants » http://seenthis.net/messages/105016

    • Le syndrome de Stockholm dans l’éducation (au sens large) devrait être un peu plus étudié.
      Enfants maltraités, élèves, étudiants acceptant et, pire, remerciant leurs bourreaux, car c’est « pour leur bien », reproduiront ce système d’éducation dans leur famille et leur travail (ou alors devront faire des années d’analyse et des efforts surhumains pour ne pas le faire).
      Evidemment que si c’est de la violence gratuite. La violence pas gratuite c’est quand tu es agressé-e et que tu réponds dans le même registre.
      Le « je n’aurais pas été aussi bon » si on ne m’avait pas violenté me fait rigoler (jaune) : t’en sais quoi si tu avais eu de l’amour si tu n’aurais pas été meilleur envers toi-même et les autres, et aussi bon dans ton boulot, puisque tu n’en as pas eu, mais que toutes les études le montrent ?
      Merci pour le rappel de à bas les restaurants.

    • J’ai collé quelques fessées à ma fille, mais plus le langage a pris de la place, plus ça m’a paru débile. Je pense que si j’avais un autre enfant, ça ne serait plus possible, j’ai trop évolué sur la question. Cela dit, prendre conscience, cela veut dire qu’on admet avoir été maltraitant : je pense que beaucoup de gens ne peuvent pas assumer de n’être pas aussi beaux dans le miroir que voulu.
      Après, ça ne sert à rien de regretter sans en parler. Ma fille me répond : « oui, mais je l’avais mérité ».
      Donc, là, on en vient à déconstruire notre propre discours antérieur. Quand je raconte que ma mère me battait avec un martinet, ma fille trouve cela barbare. Je lui répond qu’à mon époque, le truc était en vente libre et que beaucoup de parents achetaient le truc à priori, comme faisant partie de « l’arsenal éducatif standard ». Ce qui n’est déjà plus le cas pour sa génération.
      « Oui, mais ça ne fait pas vraiment mal, la fessée. »
      Non, ce n’est pas le but, le but c’est l’humiliation et la domination, tu trouves ça mieux pour expliquer la vie à quelqu’un ? « Non, pas vraiment non plus. »
      Bon ben maintenant que tu es grande et que tu as tout compris, tu va faire ta part dans cette maison et faire la vaisselle. « Ah non, j’ai mieux à faire et tu ne peux plus me coller de fessée pour me contraindre. » Le but n’est pas la contrainte, mais la participation volontaire à l’effort collectif... Si tu ne nous aides pas, tu es privée d’écrans. « Mais c’est dégueulasse, c’est du chantage ! » Yep, mais sans adhésion volontaire de ta part, pour l’instant, on n’a pas encore trouvé mieux... et toi ?

    • Sur un autre registre, avec mon compagnon, on se retrouver régulièrement à expliquer à des personnes extérieures que non, se faire engueuler, insulter ou humilier n’est pas admissible en entreprise, que ce n’est pas le mode de fonctionnement normal et que rien ne les oblige à supporter ça. Pourtant, autour de nous, ça ressemble beaucoup à la manière normale de confondre ses employés avec des serpillières. Mais cette soumission totale est d’autant plus ancrée dans les esprits qu’avec l’ assouplissement du droit du #travail, les salariés sont de plus en plus fragilisés dans leur poste, que le #harcèlement est devenu le mode habituel de gestion du personnel et que partout, la violence psychologique (voire aussi physique, mais pas trop, la loi protège encore un peu quand il y a des traces) est normalisée, banalisée avec des dégâts invraisemblables dans la population.
      Ces conditions rendent les gens malades et là, la Sécu les traque à son tour comme simulateurs. Cette violence permanente en col blanc est assez terrifiante et monstrueuse.

    • Pour l’éducation des enfants avec des fessées, baffes etc, je sais surtout la difficulté de se sortir d’un schéma violent parce qu’on l’a « dans la peau », que chaque fois qu’il y a une frustration ou un énervement, ce ne sont pas les mots qui viennent mais l’envie de frapper.
      @monolecte Autant j’ai donné quelques fessées à ma fille, autant je m’en excusais ensuite, et désespérais chaque fois de ne pas y échapper, j’avais l’impression que ma mère me contrôlait et guidait mes gestes, j’étais effrayée. Je voyais des gens proches, dans ma famille, donner des fessées à leurs enfants parce qu’ils faisaient pipi au lit et je devais me sortir absolument de ce cercle, parce qu’en théorie j’avais toutes les clefs. J’en ai beaucoup parlé, de la violence que j’avais subi que je risquais de retransmettre, des moyens d’y mettre fin.
      De comment remplacer cette énergie dévastatrice par des mots avant que ça ne déborde, savoir se mettre en colère sans violence, taper sur un coussin au besoin, apprendre à dire aussi pourquoi on devient la maman gorille stupide qu’on ne veut pas être. Pis, ça a marché, j’ai trouvé le chemin des mots, incroyable et splendide, j’en suis encore émue, parce que c’est tout de même nettement plus pérenne et enrichissant comme moyen de transmission, pour tout le monde : l’enfant, le parent mais aussi l’engendrement positif de ce choix sur sa dialectique avec le monde.

      Et je mettrais le tag #sexisme aussi dans toutes ces formations violentes : gynécologie-obstétrique , médecine, cuisine …
      Car à y regarder de plus près, c’étaient et ce sont encore des activités culturellement genrées et réservées dans le quotidien aux femmes : sage-femme, soignante, cuisinière, éducation. Le basculement professionnel en fait des activités masculines, dont les formations leur sont peut-être interdites parce que construites dans cette optique de les empêcher d’approcher, car seuls les hommes sont éduqués à supporter et à valoriser une telle violence.

  • L’école des #soignants : Pourquoi tant de gynécologues-obstétriciens français sont-ils #maltraitants ?
    http://ecoledessoignants.blogspot.ca/2014/11/pourquoi-tant-de-gynecologues.html

    La maltraitance physique et verbale en #gynécologie est ouvertement alimentée par les préjugés (de sexe, de genre, d’orientation, de classe) et elle découle du concept même de spécialité médicale. Car une spécialité, c’est un champ de savoir délimité de manière arbitraire. A l’intérieur de ce champ de savoir, les pratiques devraient être guidées en permanence par une préoccupation première : soigner. En réalité, comme tous les champs de savoir, la gynécologie et sa « sœur », l’obstétrique, font l’objet de pratiques fortement imprégnées d’idéologie. En France, cette idéologie est profondément #sexiste.

  • Une enquête interne ouverte dans l’armée sur les violences aux femmes - France Info
    http://www.franceinfo.fr/faits-divers/une-enquete-interne-ouverte-dans-l-armee-sur-les-violences-aux-femmes-133
    http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/imagecache/462_ressource/2014/02/28/1334699/images/ressource/maxnewsworld144432.jpg

    Suite à la publication d’un livre intitulé « La guerre invisible », le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, a ordonné l’ouverture d’une enquête interne sur des violences sexuelles et des cas de harcèlement contre des femmes dans l’armée. Selon l’ouvrage paru, une quarantaine d’affaires se seraient produites ces dernières années.

    L’armée française est la plus féminisée d’Europe, avec un effectif de 15% de femmes. Mais le livre des journalistes Leila Minano et Julia Pascual, « La Guerre invisible », jette un regard cru sur ce constat. Elles révèlent que certaines de ces soldates subissent des violences sexuelles et des brimades relevant du harcèlement.

    Le contenu de ce livre n’a pas surpris le ministère de la Défense, selon son porte-parole Pierre Bayle : « Nous avons un contenu équivalent qui est arrivé sur le bureau du ministre la semaine dernière ». Après la parution du livre, Jean-Yves Le Drian a ordonné l’ouverture d’une enquête interne, conduite par l’Inspection générale des armées et la Contrôleur général.
    Première alerte en juin dernier

    Elle devra notamment « présenter et commenter les suites professionnelles, disciplinaires et judiciaires données notamment aux cas évoqués, tant du côté des agresseurs présumés que des victimes ». Les conclusions seront rendues fin mars et les enquêteurs préconiseront un plan d’action pour lutter contre ces agissements. Un rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire de juin 2013 soulevait déjà le problème et demandait une répression « sans hésitation ni faiblesse ».
    Brimades de « petits chef »

    L’ouvrage des deux journalistes recense une quarantaine de cas. Elles décrivent de jeunes soldates d’une vingtaine d’années aux prises avec des « petits chefs ». Celles-ci doivent supporter des remarques et des lazzis sur le fait qu’elles « cassent l’ambiance » ou « ralentissent tout le monde ». La situation est plus tendue encore en opérations ou dans certaines écoles aux « traditions » viriles.
    L’alcool, facteur aggravant

    L’alcool agit aussi comme un facteur aggravant : « Dans les grands moments d’ébriété, la cohésion se fait souvent aux dépens des femmes », écrivent les deux journalistes. Elles dénoncent aussi l’omerta, qui dissuade nombre de victimes de porter plainte, préférant abandonner leurs rêves de carrière militaires.

    Le ministère tempère en assurant avoir eu connaissance de la plupart des cas cités et les avoir transmis à la Justice. Cependant, il en existe d’autres qui « ne remontent pas, soit parce que les victimes n’osent pas, soit parce qu’elles sont barrées par les échelons intermédiaires », admet Pierre Bayle, « même si ces cas sont à la marge, cette marge est inacceptable », ajoute-t-il.

    #société
    #armée
    #bizutage
    #brimades
    #femmes
    #violences-sexuelles

  • Le #bizutage fait de la résistance en Europe
    http://fr.myeurop.info/2014/02/03/bizutage-fait-de-la-resistance-en-europe-13053

    Ludovic Clerima Benjamin Leclercq

    Et si le #Portugal rejoignait la #France ? Après la #mort de six étudiants à la suite d’un rite d’initiation, les syndicats étudiants et le Bloc de gauche tentent de faire adopter une #loi anti-bizutage. En Europe, l’Hexagone mis à part, les bizutages sont souvent tolérés.

    Un électrochoc. Il aura fallu la mort de six étudiants, sur la plage de Meco, au Portugal, pour relancer le débat sur l’interdiction du bizutage dans le pays. lire la (...)

    #EUROFOCUS #INFO #Belgique #Espagne #Royaume-Uni #alcool #coma #intégration #integration #Ségolène_Royal #Sexe #soirée #université #violence