• Entretien avec #Mathieu_Rigouste : une #généalogie coloniale de la police française
    (2017 —> pour archivage)

    L’entretien qui suit est la transcription d’une conversation ayant eu lieu le 23 septembre 2016 afin de figurer dans le 8ème numéro de The Funambulist (disponible en ligne et dans certaines librairies) dedié a une critique de la police dans differents contextes politiques et géographiques (États-Unis, Palestine, Égypte, Allemagne, Brésil, France). https://thefunambulist.net/magazine/police

    LÉOPOLD LAMBERT : Mathieu, ton travail consiste à beaucoup d’égards de mettre à jour la #généalogie_coloniale déterminante de la #police_française. J’aimerais donc commencer cette conversation avec le #massacre du #17_octobre_1961 qui a vu la police parisienne tuer entre 40 et 100 algérien-ne-s lors de manifestations ayant rassemblé environ 30 000 personnes en solidarité avec le #FLN. Lorsque nous évoquons la répression sanglante de l’état français au moment de la révolution algérienne, nous pensons souvent aux #violences commises en Algérie mais pas nécessairement en « métropole » ; c’est pourtant là que ce se détermine la police française d’aujourd’hui en relation à la partie de la population provenant d’anciennes colonies de « l’Empire » (nous en parlerons plus tard). Peux-tu nous décrire cette relation, ainsi que de la figure déterminante de #Maurice_Papon, préfet pour le régime Vichiste, puis à #Constantine en Algérie et enfin à l’œuvre à Paris donnant l’ordre d’un tel massacre ?

    MATHIEU RIGOUSTE : Il y a plusieurs racines de l’#ordre_sécuritaire. L’axe de mes recherches, c’est la #restructuration_sécuritaire qui accompagne la restructuration néolibérale du #capitalisme à l’époque contemporaine. Dans tous mes travaux je retombe sur ce mécanisme dans lequel on voit la société impérialiste française importer dans son système de #contrôle, de #surveillance, de #répression des dispositifs qui viennent des répertoires coloniaux et militaires. Au sein de l’Algérie qui est la colonie de peuplement et d’expérimentations d’une gestion militaire de la population colonisée la plus poussée, sont développés des répertoires d’#encadrement qui vont influencer en permanence, depuis 1830, la restructuration du contrôle de la population « en métropole ». Notamment par l’application de ces dispositifs sur les populations directement désignées comme étant la continuité des indigènes en Algérie, c’est-à-dire principalement les #arabes à #Paris. On a donc des répertoires particuliers, des #régimes_policiers de #violences appliqués aux colonisés « en #métropole » qui font un usage régulier de pratiques de #coercition, d’#humiliation, de #rafles, d’#assassinats, de #tortures longtemps avant la #guerre_d’Algérie et de manière continue. On a déjà une police dans les années 30 qui s’appelle #Brigade_de_surveillance_des_Nord-Africains (#BNA) qui est donc une police opérant sous critères racistes, chargée par l’utilisation de la coercition d’encadrer les français de souche nord-africaine. Ces répertoires vont se transmettre. La continuité de l’état, ça veut dire la continuité des personnels, des administrations, des bureaucraties. Et à travers la restructuration des unités de police, se transmettent des systèmes de #discours, d’#imaginaires, d’#idéologies, et de #pratiques.

    Donc au moment du 17 octobre 1961, il y a déjà tous ces répertoires qui appartiennent à l’arsenal de l’encadrement normal et quotidien des arabes à Paris. J’essaye d’alimenter une piste un peu nouvelle qui apporte un regard supplémentaire aux travaux critiques qui avaient été faits sur la question et qui essaye de montrer comment les doctrines de #contre-insurrection dominaient la pensée militaire de l’époque et comment elles ont été importées et réagencées après leur application industrielle pendant la guerre d’Algérie, notamment à partir de 1956, pour passer du répertoire militaire et colonial dans le répertoire policier de l’écrasement des arabes à Paris. Tu l’as dit, ça passe par des personnels ; on pense à la figure de Maurice Papon en effet, mais aussi à des « étages » moyens et inférieurs de la police, les #CRS, les #gendarmes_mobiles… tout le monde fait son séjour en Algérie pendant la guerre en tant que policier en formation ou pour servir puisqu’on avait utilisé la plupart des effectifs militaires et policiers disponibles à l’époque. Il y a donc déjà une masse de policiers et de gendarmes qui ont été faire la guerre aux colonisés et ils se sont appropriés le modèle de contre-insurrection, le modèle de #terreur_d’Etat. Et puis, il y a aussi tout le contingent, les « #appelés », toute une génération de jeunes mâles qui vont se construire – certains, en opposition, mais une minorité – dans cette guerre d’Algérie, et à travers toute l’économie psychique que ça suppose, les #peurs et la #férocité que ça va engendrer dans toute une génération qui prendra ensuite les manettes de la #Cinquième_République.

    Ce que j’essaye de montrer donc, et que l’on voit bien dans le discours de Maurice Papon à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) en 1960, c’est que lui en tant que #IGAME, c’est-à-dire super préfet itinérant en Algérie, se forme à la contre-insurrection – c’était déjà un spécialiste des mécanismes de #purges, il s’était illustré par la #déportation des juifs de Bordeaux pendant l’occupation – et donc, assez logiquement, est nommé super préfet en Algérie pour organiser l’écrasement de la #révolution_algérienne. Il se forme ainsi à la contre-insurrection et expériment une forme de remodelage d’une contre-insurrection militaire et coloniale en contre-insurrection militaro-policière et administrative. Il se fascine completement pour cette doctrine qui exhorte à se saisir de l’ennemi intérieur pour pacifier la population, qui dit que le guérillero, le partisan, est comme un poisson dans l’eau, l’eau étant la population, et donc qu’il faut se saisir de la population. Ce système idéologique et technique va être élevé au rang de doctrine d’état et devenir hégémonique dans la pensée militaire francaise à partir de 1956. Dès lors, la doctrine « de la guerre (contre) révolutionnaire » alimente la restructuration des appareils de défense intérieure, « la #défense_intérieure_du_territoire » à l’époque, c’est-à-dire les grands plans de #militarisation_du_territoire en cas d’invasion soviétique. #Papon fait partie de la plateforme de propulsion d’une analyse qui dit que probablement une invasion soviétique – c’est la grille de lecture générale de toute la pensée militaire de l’époque – serait certainement précédée de manifestations géantes communistes et nord-africaines. Papon a en quelque sorte ouvert les plans de défense intérieure du territoire le 17 octobre. Il n’y avait eu que très peu de renseignements du côté de la Préfecture et ils ont été pris au dépourvu ; lorsqu’ils se sont rendus compte le 16 au soir, ou le 17 au matin qu’il y allait il y avoir des manifestations, ils sont allés chercher dans les répertoires disponibles, en l’occurrence la défense intérieure du territoire qui sont donc des plans de gestion militaire de la métropole en cas d’invasion soviétique. Ca explique pas mal de choses sur la puissance du dispositif mis en œuvre. Sur la radio de la police, on diffusait des messages d’#action_psychologique, on disait que les arabes avaient tué dix policiers à tel endroit, etc. pour exciter la #férocité des policiers. Il y a encore un autre aspect qu’il faut prendre en compte – j’y travaille en ce moment – c’est le soulèvement des masses urbaines de décembre 1960 en Algérie. C’est un peu la réponse à la #bataille_d’Alger, c’est-à-dire la réponse du peuple colonisé à la contre-insurrection. C’est un déferlement des masses (avec des enfants, des vieux, des femmes, etc.) dans les rues des grandes villes algériennes qui déborde la militarisation, déborde la contre-insurrection militaire et policière et emporte le versant politique de la guerre d’Algérie alors que le versant militaire était quasiment perdu. Le FLN et l’#Armée_de_Libération_Nationale étaient quasiment K.O. technique, militairement parlant et c’est donc le plus petit peuple qui remporte l’aspect politique de la guerre d’Algérie. Ça va marquer très très fort les administrations, les états-majors politiques, militaires et policiers et quand Papon se fait « ramener » à Paris c’est parce qu’il est reconnu comme un spécialiste de la gestion des arabes aux colonies et qu’on lui demande de faire la même chose à Paris. Il emporte donc cette mémoire avec lui et au moment où son état-major obtient l’information qu’il va il y avoir des manifestations organisées par le FLN et que des algériens vont marcher, depuis les périphéries vers le centre-ville – c’est-à-dire le même mouvement qu’en décembre 1960 en Algérie – il va utiliser l’arsenal d’écrasement qui est à sa disposition.

    Bien entendu, tout cela va semer des graines dans toute la Cinquième République qui est fondée autour du coup d’état militaire qui porte De Gaulle au pouvoir en 1958 et à travers toute cette grammaire idéologique qui considère les arabes et les communistes comme un #ennemi_intérieur dont il faudrait se saisir pour protéger la France et « le monde libre ». Voilà pour le contexte idéologique.

    LÉOPOLD LAMBERT : Dans le livre qu’est devenu ta thèse, L’ennemi intérieur (La Découverte, 2009), tu décris cette généalogie dans de grands détails. Peux-tu nous parler en particulier de la manière dont la doctrine de contre-insurrection coloniale française, élaborée d’abord par des militaires comme le Maréchal #Bugeaud au moment de la colonisation de l’Algérie, puis par d’autres comme #Roger_Trinquier, ou #Jacques_Massu au moment de la guerre de son indépendance a par la suite influencé d’autres polices et armées à l’échelle internationale – on pense notamment à Ariel Sharon ou David Petraeus ?

    MATHIEU RIGOUSTE : On peut dire que c’est à l’origine même de la construction de l’Etat. L’Etat se forge comme #contre-révolution. C’est un appareil qui permet aux classes dominantes de refermer soit le mouvement révolutionnaire soit le temps et l’espace de la guerre pour asseoir leur domination. Tout état se forme donc sur des appareils de contre-insurrection. Du coup, on trouve une pensée contre-insurrectionnelle chez #Sun_Tzu ou dans toute autre philosophie politique. Mais effectivement avec l’avènement de l’état nation moderne, du capitalisme et de sa version impérialiste, la contre-insurrection va elle-même prendre des formes modernes, industrielles, va se mondialiser, va se techniciser, va se rationaliser, et va évoluer en même temps que les systèmes technologiques. Du coup on a des formes modernes de doctrines de contre-insurrection chez le Maréchal Bugeaud en effet. Lui-même, son parcours et sa pensée reproduisent le mécanisme de restructuration impériale, c’est-à-dire l’importation de dispositifs issus de l’expérimentation coloniale et militaire vers le domaine du contrôle. Il va ainsi pouvoir expérimenter des pratiques contre-insurrectionelles à travers la conquête de l’Algérie avec toute sortes de dispositifs qui vont perdurer, comme les rafles, les déplacements de population, etc. et d’autres qui vont être mis de côté comme les enfumades, mais il y reste bien une logique d’extermination durant toute la conquête de l’Algérie.

    Pendant les dernières décennies de sa vie, Bugeaud ne cesse d’insister sur le fait qu’il a constitué une doctrine de contre-insurrection applicable au mouvement ouvrier en métropole. Il passe également beaucoup de temps à démontrer les similarités qu’il y aurait entre le processus révolutionnaire – ce que lui appelle « les insurrections » – au XIXe siècle en métropole et les révoltes aux colonies. À la fin de sa vie, il écrit même un livre (qui ne sera pas distribué) qui s’appelle La guerre des rues et des maisons dans lequel il propose de transférer son répertoire de contre-insurrection à la guerre en ville en métropole contre le peuple et dans lequel il développe une théorie d’architecture qui va se croiser avec toute l’hausmannisation et qui correspond à l’application de la révolution industrielle à la ville capitaliste. On va donc voir des doctrines militaires et coloniales passer dans le domaine policier en même temps que Hausmann « perce la citrouille » comme il dit ; c’est-à-dire en même temps qu’il trace les grandes avenues qui permettent à la police ou l’armée de charger les mouvements ouvriers. On introduit également tout cet imaginaire de la tuberculose, des miasmes, etc. On assimile les misérables à une maladie se répandant dans Paris et il faudrait donc faire circuler l’air. C’est comme aujourd’hui dans la rénovation urbaine, on ouvre des grands axes pour que la police puisse entrer dans les quartiers populaires le plus facilement possible et aussi pour les enfermer. Et on invoque la circulation de l’air. On a donc ces logiques avec tout un imaginaire prophylactique, hygiéniste, qui se met en place en même temps qu’on importe le répertoire contre-insurrectionnel dans le domaine de la police sur toute la seconde partie du XIXe siècle.

    Avec la restructuration impérialiste, les Etats-nation, les grandes puissances impérialistes du monde occidental vont s’échanger en permanence leurs retours d’expériences. On en a des traces dès 1917 après la révolution russe, où on voit donc les polices et les armées du monde occidental se faire des comptes rendus, s’échanger des synthèses d’expérience. Et c’est comme ça tout au long du XXe siècle. Tu parlais d’Ariel Sharon ; on a des traces du fait que des envoyés spéciaux de l’armée (et peut-être aussi de la police) israélienne qui ont été en contact et qui ont sans doute été également formés au Centre d’Instruction à la Pacification et à la contre-Guérilla (CIPCG) en Algérie. Les spécialistes de la contre-insurrection français et israéliens s’échangent donc, dès la guerre d’Algérie, des modèles d’écrasement de leurs ennemis intérieurs respectifs. On a donc une sorte de circulation permanente des textes révolutionnaires et contre-révolutionnaires. J’avais travaillé là-dessus pour une préface que j’ai écrite pour la réédition du Manuel du guérillero urbain ; on pense que ce manuel a beaucoup plus circulé dans les milieux contre-insurrectionnels que dans les mouvements révolutionnaires – ceux-ci disaient d’ailleurs qu’il n’avaient pas vraiment eu besoin d’un manuel de guérilla urbaine dans les années 1970. On a donc une circulation permanente et parfois paradoxale des textes révolutionnaires et contre-révolutionnaires, et des expériences.

    LÉOPOLD LAMBERT : Et des films comme La bataille d’Alger !

    MATHIEU RIGOUSTE : Exactement ; j’allais y venir. Ce film est d’abord censuré les premières années mais il va circuler en sous-main et il va être validé très rapidement par l’armée française qui dit que les choses se sont passées de manière très proche de ce qu’on voit dans le film. Celui-ci va donc à la fois permettre d’introduire la question contre-insurrectionnelle et le modèle français notamment. Bien que ça n’ait pas forcément forcé l’application exacte de ce modèle dans toutes les armées occidentales, on retrouve ce film dans beaucoup de formations militaires étrangères. On retrouve le film dans des mouvements révolutionnaires également : on sait par exemple que les zapatistes le projettent de temps en temps et s’en servent, d’autant que l’armée mexicaine est une grande collaboratrice de l’armée française. La gendarmerie mexicaine qui a tué des enseignants à Oaxaca il y a trois mois venait d’être formée par la gendarmerie française à ce modèle de gestion des foules, mais aussi au maniement des armes que la France vend avec.

    LÉOPOLD LAMBERT : Dans un autre livre, La domination policière (La Fabrique, 2012), tu dédies un chapitre entier à une branche de la police française qui est sans doute celle contribuant le plus à la continuation de la ségrégation coloniale de la société française, en particulier dans les banlieues, la Brigade AntiCriminalité (BAC). Quelqu’un comme Didier Fassin a fait une étude anthropologique très utile mais, somme toute assez académique puisque venant de l’extérieur, mais toi-même a vécu la plus grosse partie de ta vie en banlieue parisienne, à Gennevilliers et tes écrits peuvent ainsi nous donner un regard plus incarné à la violence raciste (et souvent sexiste et homophobe) qu’une telle branche de la police développe. Peux-tu brièvement nous retracer l’histoire de la BAC et nous parler de son action en banlieue ces dix dernières années (cad, depuis les révoltes de 2005) ?

    MATHIEU RIGOUSTE : Les Brigades AntiCriminalités représentent assez bien ce que j’essaye de démontrer dans mes travaux sur le capitalisme sécuritaire parce qu’elle a deux origines ; c’est la fusion des polices endo-coloniales et de la restructuration néolibérale de l’État. Ce sont des polices qui vont être formées au début des années 1970 et qui vont aller puiser dans les personnels, dans les grilles idéologiques, dans les boites à outils pratiques des polices endocoloniales. Je dis endocolonial pour parler de ces polices comme la Brigade de surveillance des Nord-Africains, et par la suite les Brigades Agression et Violence qui déploient les repertoires coloniaux sur des populations internes au pays sur des critères socio-racistes. Je parle d’endocolonialisme car ce ne sont pas les mêmes régimes de violence que ce qui est appliqué aux colonies et ce ne sont pas les mêmes régimes de violence appliqués aux classes populaires blanches – les Black Panthers ne se prenaient pas tellement la tête ; ils parlaient juste de colonies intérieures. Et parce que la société impérialiste a besoin de maintenir la surexploitation et la surdomination d’une partie des classes populaires, la partie racisée, elle a aussi besoin d’une police spécifique pour ça. C’est pour ça qu’après 1945, c’est-à-dire après le vrai-faux scandale de la collaboration de la police française à la destruction des juifs d’Europe, la bourgeoisie Gaulienne invente « la France résistante » et tente de faire croire que ce racisme a été renvoyé aux oubliettes. Mais bien-sûr on va reproduire les mêmes types de dispositifs avec souvent les mêmes personnels – on va aller rechercher les gens qui étaient dans les BNA vu qu’ils savent faire et qu’on va leur refiler le même boulot – et on va trouver une nouvelle dénomination, celle des Brigades Agression et Violence. Un appareil de gestion socio-raciste va ainsi être mystifié par cette dénomination, ce qu’on retrouve également dans la dénomination d’AntiCriminalité aujourd’hui dans cette rhétorique de la « guerre à la délinquance » qui permet de cacher les appareils de production du socio-apartheid derrière des mythes légalistes.

    On se retrouve donc avec une police qui fait à peu près la même chose, qui se rationalise, se modernise, et au tout début des années 1970, c’est-à-dire juste après 1968 – parce que dans tous ces ennemis intérieurs, il y a aussi le gauchiste, la figure qui n’avait jamais complètement disparue du révolutionnaire qu’incarnait la figure du fellagha – on considère qu’il faut des polices modernes qui vont aller dans les quartiers populaires installer la nouvelle société rationnelle, optimisée, néolibérale, etc. On va donc aller chercher dans les répertoires d’idées, de pratiques, de personnels, pour forger une nouvelle police. La première expérimentation se fait en Seine-Saint-Denis, c’est pas un hasard et en 1973, on file à un ancien des Brigades Agression et Violence la charge de policer les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis et son unité va donc s’appeler la Brigade AntiCriminalité. Il va mettre à profit tout ce qu’on apprend à l’époque dans les grandes écoles de la nouvelle société, c’est-à-dire, ce qui s’appellera bientôt le néomanagement : l’application aux appareils d’état de la restructuration néolibérale dans les entreprises en quelques sortes. D’ailleurs, la doctrine de la guerre contre-révolutionnaire va elle-même être transposée dans les théories néolibérales et on parlera de doctrines de « guerre économique » par exemple. Il s’agit de détruire l’entreprise ennemie, en l’empoisonnant, en quadrillant son marché, en utilisant des agents de renseignement, tout ça nait au cours des années 1970. Cette première BAC va influencer la naissance d’autres unités sur le même mode dans différente villes et on va ainsi appliquer aux quartiers populaires des méthodes de gestion endocoloniales ce qui va mener aux premières grandes révoltes contre les violences policières dans les cités.

    Il apparait également une nouvelle logique comptable qu’on va appeler aujourd’hui « la politique du chiffre » qui consiste à optimiser le rendement, la productivité de la machine policière. Faire du chiffre, ça veut dire faire le plus possible de « bâtons », c’est-à-dire des « mises-à-disposition ». Ils appellent ça « faire une affaire » ; une affaire, c’est ramener quelqu’un et une histoire à traiter pour l’Officier de Police Judiciaire (OPJ) et si cette histoire est suffisamment utilisable pour en faire une affaire auprès du procureur et du coup aller jusqu’en justice et mettre cette personne en prison ou en tout cas essayer, ça fera un « bâton ». Ces bâtons gonflent une carrière et donc par exemple un commissaire qui veut « grimper », devenir préfet ou je ne sais quoi, il a tout intérêt à développer des unités de BAC dans son commissariat parce que celles-ci font beaucoup de mises-à-disposition puisqu’elles fonctionnent sur le principe du flagrant délit – les Brigades Nord-Africaines fonctionnaient déjà sur cette idée. Le principe du flagrant délit, c’est un principe de proaction. On va laisser faire l’acte illégal, on va l’encadrer, voire l’alimenter, voire même le suggérer ou le produire complétement pour pouvoir se saisir du « délinquant » au moment où il passe à l’action. La BAC est donc un appareil qui tourne beaucoup autour de la production de ses propres conditions d’extension. Cette logique de fond, c’est notamment ça qui va faire que les BAC vont se développer dans l’ère sécuritaire, c’est parce qu’elles font beaucoup de chiffre et qu’elles produisent également beaucoup de domination socioraciste, dont l’Etat a besoin pour contenir le socio-apartheid. Ceci se trouve dans le fait que le plus facile pour faire des mises-à-disposition et remplir ainsi cette mission néolibérale consiste à « faire » des ILS et des ILE : des Infractions à la Législation sur les Stupéfiants – des mecs qui fument des joints – et des Infractions à la Législation sur les Étrangers – des sans-papiers. Comment on trouve du shit et des gens qui n’ont pas de papiers ? Eh bien on arrête les noirs et les arabes. On traine donc autour des quartiers populaires pour faire des arrestations au faciès sur les classes populaires de couleur.

    Voilà comment nait en gros la BAC dans les années 1970 ; elle s’est ensuite développée tout au long des années 1980, d’abord par l’intermédiaire des BAC de Surveillance de Nuit (BSN) et au début des années 1990 et l’avènement de Charles Pasqua – le symbole le plus caricaturale des logiques politiques, policières et militaires de la guerre d’Algérie et dont la carrière politique est structurée autour de la chasse à l’ennemi intérieur – au Ministère de l’Intérieur, il va intensifier cette utilisation des répertoires de contre-insurrection et va être à la pointe de la genèse du système sécuritaire français. C’est lui notamment qui va rendre possible que toutes les villes de France puisse développer des BAC. Ce qui est à nouveau très intéressant du point de vue du capitalisme sécuritaire c’est que les BAC sont des unités qui utilisent beaucoup de matériel, et qui en revendiquent beaucoup, qui « gueulent » pour être de plus en plus armées. Ça c’est très intéressant pour les industriels de la sécurité. Pour les flashballs par exemple ; les BAC ont demandé à en être armées très vite, elles veulent les nouveaux modèles et elles participent avec les industriels à créer les nouveaux modèles et, bien-sûr, c’est elles qui utilisent le plus de munitions : le flashball est utilisé tous les soirs pour tirer dans les quartiers populaires de France. C’est la même chose pour les grenades lacrymogènes ; on en voit beaucoup dans le maintien de l’ordre des manifestations de mouvements sociaux dans les centre-villes mais les gaz sont utilisés quotidiennement dans les quartiers populaires.

    Le phénomène continue de se développer dans les dix dernières années. La BAC semble vraiment caractéristique de ce capitalisme sécuritaire, notamment par sa férocité mais aussi par son aspect ultralibéral, ultraproductif, ultraoptimisé, ultraviril, ultramédiatique : la BAC se met en scène, les agents s’inspirent énormément de ce qu’ils voient à la télévision… On a même une extension de ce qu’elle a inventé comme système de domination et d’écrasement des quartiers populaires vers la gestion des autres mouvements sociaux, comme récemment des luttes contre la loi travail. Généralement, la BAC est utilisée comme dispositif de pénétration, de saisie, de capture et elle est de plus en plus combinée à des dispositifs d’encerclement, d’enfermement, d’étranglement dans lesquels on utilise plutôt les CRS, les gardes mobiles. On a vu pendant le mouvement contre la loi travail, les BAC qui étaient employées à faire « du maintien de l’ordre ». À Toulouse, on a vu les effectifs des BAC sont utilisés dans l’expérimentation de nouveaux dispositifs hybrides : capable de faire et du maintien de l’ordre et de la capture, de l’intervention, de passer de l’un à l’autre en permanence, et de passer à des niveaux d’intensité très hauts très rapidement. La BAC rejoint ainsi la logique de restructuration de tous les appareils en ce moment qui consiste à devenir rhéostatique : être capable de s’adapter comme le mode de production toyotiste, c’est-à-dire s’adapter le plus instantanément à la demande, avec le moins de stock et de dépenses possibles et de la manière la plus rationalisée qui soit.

    LÉOPOLD LAMBERT : Tout comme Hacène Belmessous dans le deuxième numéro de The Funambulist, tu décris la manière dont « la rénovation urbaine » enclenchée en 2003 constitue à beaucoup d’égards une manière pour la police de s’approprier l’espace urbain des banlieues. Peux-tu nous en dire plus ? Cela intéressera sans doute beaucoup la moitié (ou le tiers) des lecteurs/-trices de The Funambulist qui sont architectes ou urbanistes !

    MATHIEU RIGOUSTE : Il y a effectivement un sursaut en 2003, mais ça avait commencé bien avant. Un des premiers grands quartiers qui est soumis à une politique de ce qu’ils appellent « la rénovation urbaine », mais ce qui est en fait de la destruction et du réaménagement, c’est le quartier où je suis né ; le Luth à Gennevilliers. Il s’agissait d’une coopération du Plan Pasqua et du Parti Communiste Français (PCF) qui gère la ville depuis les années 1930, tous deux ravis de se débarrasser des familles les plus pauvres et d’essayer une nouvelle forme de gestion des quartiers populaires. C’est un processus constant : la ville capitaliste au gré des crises de suraccumulation du capital, se restructure pour continuer à concentrer des masses de travailleurs pauvres autour de ses centres d’accumulation du capital. Et dans ces quartiers populaires, ces campements, ces bidonvilles, ces territoires misérables, les dominé-e-s, les exploité-e-s, les opprimé-e-s, les damné-e-s, inventent en permanence des formes d’auto-organisation, d’autonomisation, de fuites et de contre-attaques, des cultures d’insoumission et des manières de se rendre ingouvernables. Il faut donc en permanence, pour le pouvoir, à la fois une police qui permette de détruire cette dynamique d’autonomisation récurrente et de survie – parce qu’en fait les gens n’ont pas le choix – et un réaménagement des territoires : il faut à la fois ségréguer et pénétrer ces territoires pour aller y détruire tout ce qui peut émerger de subversif. Et l’urbanisme tient un rôle fondamental dans la restructuration sécuritaire de la ville capitaliste. Cette logique est déjà à l’œuvre dans les bidonvilles durant la guerre d’Algérie ; on a des polices spécialisées à la gestion des bidonvilles, c’est-à-dire au harcèlement, à la brutalisation, à la surveillance, au fichage, parfois à la torture, parfois même aux assassinats et aux disparitions d’habitants du bidonville et qui détruisent les cabanes des habitant.e.s parce que même dans le bidonville, on voit ré-émerger des formes de mises-en-commun, d’auto-organisation, de politisation révolutionnaire, de colère, d’entraide, toute sorte de choses qui menace le pouvoir et qui nécessite donc une intervention. En plus d’intervenir avec de l’idéologie, du divertissement ou de l’aménagement, il faut intervenir avec de la coercition.

    On retrouve ce processus dans toute l’histoire de la ville capitaliste ; c’est une dialectique permanente. Sauf que ce qui nait dans les années 1970, c’est un schéma qu’on va voir apparaître ; à partir du moment où on met des polices féroces, comme la BAC, autour des quartiers populaires, celles-ci produisent de la violence policière et donc produisent de la colère. Les dominé-e-s, face à ça, vont produire des tactiques, des techniques, des stratégies, des pratiques de résistance et de contre-attaque. Ça va donner lieu à des révoltes, parfois très spontanées, parfois plus organisées : une histoire des contre-attaques face à la police nait dans les années 1970 et on se rend compte, au gré de ces révoltes et de leur répression et de leur gestion médiatique que des municipalités en collaboration avec la police et les média sont capables de désigner aux pouvoirs publics et au reste de la population en général un quartier populaire comme ingérable, infâme, irrécupérable. Ceci s’accompagne d’une logique humanitaire ; aller « sauver des gens » alors que les revendications pour des meilleures conditions de vie sont permanentes et que les habitants n’obtiennent jamais rien.

    Toute cette logique va activer au cours des années 1970 la reconnaissance par les pouvoirs publics et par le capital industriel et financier du fait que lorsqu’on est capable de désigner un quartier populaire comme infâme, on va pouvoir activer un circuit de capitaux financiers d’abord, puis industriels, liés à ce qu’on va appeler de manière publicitaire « la rénovation urbaine », c’est-à-dire un protocole de restructuration de ce quartier qui peut aller jusqu’à sa destruction complète. Il va ainsi apparaitre beaucoup de régimes de restructuration : certains consistent à éloigner les populations les plus pauvres ou les moins gouvernables, d’autres vont organiser l’évacuation totale de ces populations, d’autre encore qu’on observe beaucoup depuis le début des années 2000 à travers la mystification de la mixité sociale consistent à parler de réhabilitation mais à en fait déplacer les plus pauvres, sans détruire le quartier. On fait ça à la fois avec de la police et de la prison, mais aussi avec la hausse des loyers provoquée par l’arrivée de nœuds de transports en commun qui permet de faire venir des cadres qui ne se seraient pas déplacés jusque-là ; la petite bourgeoisie à laquelle on veut permettre de venir s’installer à la place des quartiers populaires. Bref, à travers tout ce programme publicitaire qu’est la rénovation urbaine, la transformation des quartiers populaires en quartiers petits-bourgeois va attirer des flux de capitaux gigantesques, notamment liés au fait que depuis le début des années 2000, l’État investit énormément pour appuyer les pouvoirs locaux dans leur politiques de restructurations urbaines. C’est de l’argent qui va retomber immédiatement dans les poches des industriels du bâtiment et aussi dans celles des industriels de la sécurité, encore une fois, parce qu’on voit qu’une fois que la police, les média, la prison et les autorités municipales ont réussi à « déblayer le terrain », le réaménagement des quartiers se fait en partenariat avec tous les industriels du bâtiment mais aussi des technologies de surveillance, de design – les cliques du néo-urbanisme – les publicitaires, les commerces, bref tout un système d’entreprises qui vivent autour de ça. La logique de fond est à la fois le renforcement du socio-apartheid, mais aussi une forme de colonisation interne à travers l’expansion de la ville capitaliste et l’invention de nouvelles formes d’encadrement de la vie sociale.

    LÉOPOLD LAMBERT : À l’heure où nous parlons, l’état d’urgence promulgué par François Hollande au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 a déjà été renouvelé trois fois. Pour un certain nombre de francais-e-s blanc-he-s de classe moyenne ou riches, cela ne représente qu’une nuisance négligeable mais pour la population racisée française, en particulier ceux et celles que l’on nomme pudiquement « musulman-ne-s d’apparence » ce régime légal donnant une latitude encore plus importante à la police insiste encore d’avantage sur l’existence d’une sous-citoyenneté qui ne dit pas son nom. Travailles-tu actuellement sur la manière dont l’état d’urgence agit comme précédent à la fois légal et dans les pratiques policières ? Peux-tu nous en parler ?

    MATHIEU RIGOUSTE : Je ne travaille pas précisément sur cet aspect des choses mais bien-sûr, je suis ce qui est en train de se passer, notamment au sein des luttes dans lesquelles on avance et on réfléchit sur cet aspect-là. Et effectivement, tu le résumes bien, il y a toute une partie des strates privilégiées, même des classes populaires qui ne se rend pas compte de ce à quoi sert l’état d’urgence parce qu’il ne le voit pas et les média ont vraiment un rôle fondamental là-dedans. C’est ça aussi le socio-apartheid : les vies sont séparées, elles ne se croisent pas. Effectivement l’état d’urgence a permis une intensification de la ségrégation mais aussi de mécanismes d’oppression contre les quartiers populaires, ce qui peut rester complétement invisible pour le reste de la population. L’angle d’attaque, c’est l’Islam et les violences, ce sont des perquisitions fracassantes : explosion de la porte, on met tout le monde a terre et en joue, parfois on gaze à l’intérieur des appartements, parfois on tabasse. Ca provoque des traumatismes très forts dans les familles ; on a des récits de perquisitions en pleine nuit et les enfants, la maman, la grand-mère, plusieurs mois après, cherchent à être suivis par des psychologues. À l’école, c’est dramatique, les enfants n’y arrivent pas, après que des unités militaro-policières ont débarqué chez eux en mode anti-terrorisme. Les violences, ce sont aussi des assignations à résidence ; on a du mal à le saisir lorsqu’on ne le vit pas, mais il s’agit d’un système d’encadrement très dur car il faut aller pointer régulièrement. La plupart de ces histoires, je tiens à le dire, se dégonflent après ; il y a déjà des victoires dans les tribunaux parce que l’immense majorité de ces assignations à résidence sont fondées sur rien du tout, surtout par le fait que la personne a été désignée par quelqu’un comme étant « très pratiquante », possiblement « radicalisée », c’est de l’ordre de la délation. Ce sont donc des violences très fortes et très profondes dans les familles, principalement musulmanes à travers ces perquisitions, ces assignations à résidence et ces procédures judiciaires qui durent bien-sûr et qui épuisent. Les noms des gens sont lâchés dans la presse, toute une ville peut d’un seul coup vous considérer comme un probable terroriste.

    Donc voilà, l’état d’urgence permet l’intensification du socio-apartheid, de l’islamophobie et des racismes d’état, ce qui se conjugue assez bien à la gestion quotidienne des quartiers populaires dans la France impérialiste.

    https://blogs.mediapart.fr/leopold-lambert/blog/200117/entretien-avec-mathieu-rigouste-une-genealogie-coloniale-de-la-polic
    #colonialisme #colonisation #bac #police #Algérie #France #histoire #entretien #interview

  • [Bruxelles nous appartient] La Base, émission n°73
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n73

    Une émission qui interroge et décrypte le sens et les moyens de la #révolte chez les jeunes. Désobéissance civile, action directe, anarchie, violence, engagement, black bloc, comment amorcer un changement ? ( Une émission radio enregistrée en télé-conférence sous les conditions du confinement lié au covid-19).

    Avec Nicole Gualteros Urrea, Luce Guldemont ; Harrison Mandaka, Berenice Hamza , Joachim Galoul, Sylvain Poivre, étudiants à l’Université Saint-Louis dans le cadre de l’édition 2019/2020 Bruxitizen. Un atelier radio encadré par l’Agence Alter (M-E Merckx) et #BNA-BBOT (Flavien Gillié)

    #agence_alter #usl #révolte,agence_alter,BNA-BBOT,usl
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n73_09109__1.mp3

  • [Bruxelles nous appartient] La Base, émission n°72
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/our-common-isolation

    For 60 minutes, we will focus on public space sounds during #covid-19-confinement time. If the sound environment of the common spaces has changed, so too has our listening. We hear other things, we discover other forms of life. Here we propose a circular travel around a padded capital. Soundmap contributors : Rik De Bruycker, Philippe Delchambre, Flavien Gillié, Omar Hobo, Séverine Janssen, Federica Palmieri, Nicolas Pommier, Simon Terre Solaire

    A creation from #BNA-BBOT for the Oscillation Festival curated by q-o2.

    #field_recording #virus #Coronavirus #pandémie #confinement #épidémie #field_recording,BNA-BBOT,virus,Coronavirus,pandémie,confinement,épidémie,covid-19
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/our-common-isolation_08916__1.mp3

  • [Bruxelles m’habite] Morceaux choisis de la collection #covid19 de la carte #sonore participative de #bna-bbot (Flavien) - #36
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-36-2/#8849

    Morceaux choisis de la collection #covid19 de la carte sonore participative de BNA-BBOT (Flavien)

    ce soir une émission préparée dès l’aube. Le soleil se lève sur tois gars pas frais dont les oreilles découvrent une biodiversité des voix et des sons, une jungle de possibles quand la ville s’est arrêtée de nous battre les tympans. franco-faune, chronique sonore et enquête d’Ophélie Bouffil et Nicolas Kekatos produit dans le cadre du projet #bruxelles babeleer Arthur monte sur son vélo avec son casque audio ; il se fait paysager sonore du centre-ville, en suivant le son qui parle et ce que ceux qui y vivent lui racontent, sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer. Notre invité, Flavien de bna-bbot.be nous amène un morceau de la collection #covid19 de la carte sonore participative que son asso de (...)

    #langues #enseignement #coronavirus #paysages_sonores #covid19 #dualisation_sociale #francophones #sondscape #langues,enseignement,bruxelles,sonore,bna-bbot,coronavirus,paysages_sonores,covid19,dualisation_sociale,francophones,sondscape
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-36-2_08849__0.mp3

  • [Bruxelles m’habite] Chronique : paysage #sonore vers le centre-ville de #bruxelles sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer (Arthur) - #36
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-36-2/#8848

    Chronique : paysage sonore vers le centre-ville de Bruxelles sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer (Arthur)

    ce soir une émission préparée dès l’aube. Le soleil se lève sur tois gars pas frais dont les oreilles découvrent une biodiversité des voix et des sons, une jungle de possibles quand la ville s’est arrêtée de nous battre les tympans. franco-faune, chronique sonore et enquête d’Ophélie Bouffil et Nicolas Kekatos produit dans le cadre du projet Bruxelles babeleer Arthur monte sur son vélo avec son casque audio ; il se fait paysager sonore du centre-ville, en suivant le son qui parle et ce que ceux qui y vivent lui racontent, sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer. Notre invité, Flavien de #bna-bbot.be nous amène un morceau de la collection #covid19 de la carte sonore participative (...)

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    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-36-2_08848__0.mp3

  • [Bruxelles m’habite] Jean-Baptiste, l’instit des confinés - Liévin - #36
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-36-2/#8810

    Jean-Baptiste, l’instit des confinés - Liévin

    ce soir une émission préparée dès l’aube. Le soleil se lève sur tois gars pas frais dont les oreilles découvrent une biodiversité des voix et des sons, une jungle de possibles quand la ville s’est arrêtée de nous battre les tympans. franco-faune, chronique #sonore et enquête d’Ophélie Bouffil et Nicolas Kekatos produit dans le cadre du projet #bruxelles babeleer Arthur monte sur son vélo avec son casque audio ; il se fait paysager sonore du centre-ville, en suivant le son qui parle et ce que ceux qui y vivent lui racontent, sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer. Notre invité, Flavien de #bna-bbot.be nous amène un morceau de la collection #covid19 de la carte sonore participative que son asso de collecteurs de mémoire sonore dresse tels des (...)

    #langues #enseignement #coronavirus #paysages_sonores #covid19 #dualisation_sociale #francophones #sondscape #langues,enseignement,bruxelles,sonore,bna-bbot,coronavirus,paysages_sonores,covid19,dualisation_sociale,francophones,sondscape
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-36-2_08810__0.mp3

  • [Bruxelles m’habite] Francofaune | #bruxelles Babbeleer - Ophélie Bouffil, Nicolas Kekatos - #36
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-36-2/#8811

    Francofaune | Bruxelles Babbeleer - Ophélie Bouffil, Nicolas Kekatos

    ce soir une émission préparée dès l’aube. Le soleil se lève sur tois gars pas frais dont les oreilles découvrent une biodiversité des voix et des sons, une jungle de possibles quand la ville s’est arrêtée de nous battre les tympans. franco-faune, chronique #sonore et enquête d’Ophélie Bouffil et Nicolas Kekatos produit dans le cadre du projet Bruxelles babeleer Arthur monte sur son vélo avec son casque audio ; il se fait paysager sonore du centre-ville, en suivant le son qui parle et ce que ceux qui y vivent lui racontent, sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer. Notre invité, Flavien de #bna-bbot.be nous amène un morceau de la collection #covid19 de la carte sonore participative que son asso de collecteurs de mémoire sonore (...)

    #langues #enseignement #coronavirus #paysages_sonores #covid19 #dualisation_sociale #francophones #sondscape #langues,enseignement,bruxelles,sonore,bna-bbot,coronavirus,paysages_sonores,covid19,dualisation_sociale,francophones,sondscape
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-36-2_08811__0.mp3

  • [Bruxelles m’habite] #36
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-36-2

    ce soir une émission préparée dès l’aube. Le soleil se lève sur tois gars pas frais dont les oreilles découvrent une biodiversité des voix et des sons, une jungle de possibles quand la ville s’est arrêtée de nous battre les tympans. franco-faune, chronique #sonore et enquête d’Ophélie Bouffil et Nicolas Kekatos produit dans le cadre du projet #bruxelles babeleer Arthur monte sur son vélo avec son casque audio ; il se fait paysager sonore du centre-ville, en suivant le son qui parle et ce que ceux qui y vivent lui racontent, sur fond de lectures de Raymond Murray Schafer. Notre invité, Flavien de #bna-bbot.be nous amène un morceau de la collection #covid19 de la carte sonore participation que son asso de collecteurs de mémoire sonore dresse tels des jardinniers de l’écoute de notre ville

    Flavien nous (...)

    #langues #enseignement #coronavirus #paysages_sonores #covid19 #dualisation_sociale #francophones #sondscape #langues,enseignement,bruxelles,sonore,bna-bbot,coronavirus,paysages_sonores,covid19,dualisation_sociale,francophones,sondscape
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-36-2_08803__1.mp3

  • [Bruxelles nous appartient] La Base, émission n°71
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n71

    Le #confinement – (encore) un journal de bord audio collectif

    Entre SF et film apocalyptique, je n’avais pas imaginé un effondrement invisible et silencieux.

    Car c’est un peu ça non ? Privés de se mouvoir librement, contraints à garder une distance entre nous, nous, les êtres humains, sommes devenus des pestiférés. On dirait vraiment que l’humanité a été mise sous cloche pour laisser la planète respirer un peu.

    J’avais envie de savoir comment chacun vit cet isolement forcé, cette situation étrange et paradoxale qui soulève bien des questions. Et comment on évolue, jour après jour. Alors, j’ai demandé à des proches et des connaissances de m’envoyer un message audio dans lequel ils disent ce qu’ils veulent. Quotidiennement, je récolte plusieurs récits auxquels je rajoute les miens ainsi que des bribes (...)

    #BNA-BBOT #virus #Coronavirus #pandémie #épidémie #covid-19 #BNA-BBOT,virus,Coronavirus,pandémie,confinement,épidémie,covid-19
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n71_08554__1.mp3

  • [Bruxelles m’habite] itw WOONBOX Samenlevingsopbouw Ozcan et Hanne - #35
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-35-2/#8517

    itw WOONBOX Samenlevingsopbouw Ozcan et Hanne

    ’BXLmh’ cette semaine vous invite, pour la première fois sous forme d’enregistrement, à continuer à porter l’oreille à tout ce qui vit, entre les brèches, et entre les chez-soi confinés de chacun-chacune. 08:26 -> visite de l’Aegidium, un ancien bâtiment dévoué au divertissement période art nouveau, à Saint-Gilles ; 22:10 -> quel est ce rite nouveau, aux fenêtres des bruxellois.e.s tous les soirs à 20h ? On applaudit, mais sans oublier personne ; 35:54 -> reportage : une woonbox, pour qui - pour quoi ? la façon de loger des personnes dans l’urgence causée par la crise du #logement ? 56:49 -> des #paysages_sonores aux confins connexes d’Ixelles et Auderghem, qui se vident de leur trafic. La frousse, ce #vide ; 66:45-> et encore un son de Flavien Gillié / #bna-bbot, (...)

    #coronavirus #PAD #Bruxelles_nous_appartient #aegidium #visites_de_mon_voisin #logement,bna-bbot,vide,coronavirus,PAD,Bruxelles_nous_appartient,aegidium,paysages_sonores,visites_de_mon_voisin
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-35-2_08517__0.mp3

  • [Bruxelles m’habite] #35
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-m-habite/-35-2

    ’BXLmh’ cette semaine vous invite, pour la première fois sous forme d’enregistrement, à continuer à porter l’oreille à tout ce qui vit, entre les brèches, et entre les chez-soi confinés de chacun-chacune. visite de l’Aegidium, un ancien bâtiment dévoué au divertissement période art nouveau, à Saint-Gilles quel est ce rite nouveau, aux fenêtres des bruxellois.e.s tous les soirs à 20h ? On applaudit, mais sans oublier personne. reportage : Une woonbox, pour qui - pour quoi ? la façon de loger des personnes dans l’urgence causée par la crise du #logement ? des #paysages_sonores aux confins connexes d’Ixelles et Auderghem, qui se vident de leur trafic. La frousse, ce #vide. et encre un son de #bna-bbot, à St-Géry, d’habitude animée.

    Bon écoute. La ville nous parle autrement, en mars 2020, (...)

    #coronavirus #PAD #Bruxelles_nous_appartient #aegidium #logement,bna-bbot,vide,coronavirus,PAD,Bruxelles_nous_appartient,aegidium,paysages_sonores
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-m-habite/-35-2_08505__1.mp3

  • [Bruxelles nous appartient] La Base, émission n°69
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n69

    émission en direct de l’Athénée #Andrée_Thomas avec les élèves de 5èmes secondaire qui particpent à l’atelier radio #Bruxitizen.

    #Bruxelles #jeunes #BNA-BBOT #violences_policières #Forest #voile #angence_alter #Bruxelles,jeunes,BNA-BBOT,violences_policières,Bruxitizen,Forest,Andrée_Thomas,voile,angence_alter
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n69_08158__1.mp3

  • La Base, émission n°57
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n57

    Une #installation sonore de Lukas De Clerck

    ’Are You Trying to Have a Conversation ?’ est basé sur cette question naïve de savoir si nous avons tous le même son quand nous sifflons.

    Nous ne nous donnons pas d’importance.

    Nous demeurons inaperçus.

    La voix touche à notre intériorité, fait des dégâts.

    Le sifflement, c’est simplement ouvrir une fenêtre.

    Le souffle, au moment opportun, à travers les lèvres.

    Nous entendons une personne similaire, qui siffle.

    Pour notre première VITRIEN, l’artiste sonore Lukas De Clerck s’est promené dans le quartier et a enregistré des souffles, des intonations soutenues mais aussi des #sifflements. Ces enregistrements ont donné lieu à un montage d’extraits mis bout-à-bout, collés, renversés ; un étonnant collage sonore diffusé dans la rue de (...)

    #Bruxelles #exposition #BNA-BBOT #Sound_art #Bruxelles,exposition,BNA-BBOT,sifflements,installation,Sound_art
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n57_06487__1.mp3

  • La Base, émission n°55
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n55

    Léopold Vereecken connaît bien les #Marolles, il y a travaillé toute sa vie, a animé de nombreux projets de quartiers journalistiques, radiophoniques, sociaux. Nous l’avons suivi lors de ses déambulations dans les Marolles, avons recueilli sa parole connaisseuse de cette histoires fait de petites histoires, qu’il sait transmettre avec passion et enthousiasme.

    #Bruxelles #migration #BNA-BBOT #storytelling #récits #Bruxelles,migration,Marolles,BNA-BBOT,storytelling,récits
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n55_06367__1.mp3

  • La Base, émission n°54
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n54

    Rencontre et discussion en direct chez BNA avec les membre du groupe de solidarité ’Les Quais’.

    Ce groupe cherche des sacs de couchage pour les sans-abris. La distribution aura lieu au parc Maximilien.

    Point de collecte : quai du chantier 8 Vendredi 8 février de 10h00 à 13h00

    #réfugiés #BNA-BBOT #solidarité #Maximiliaan #réfugiés,BNA-BBOT,solidarité,Maximiliaan
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n54_06149__1.mp3

  • La Base, émission n°53
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n53

    Sonorama est une agence de voyages bruxelloise qui a la particularité de proposer des voyages sonores insolites au sein de la ville et ailleurs. Un catalogue répertorie un ensemble de propositions à destination d’un public large. Tous les types de voyageurs peuvent y trouver leur compte et de nombreuses formules avantageuses sont offertes : formules familiales, formules gastronomiques, formules détente ou action, formules LGBTQ, formules citoyennes, ... et bien d’autres possibilités encore seront disponibles sur demande.

    Présentation en direct de l’atelier mené à #Genève avec des usagers de l’entreprise sociale (...)

    #radio #création #BNA-BBOT #storytelling #récits #Trajets #radio,création,BNA-BBOT,storytelling,récits,Trajets,Genève
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n53_06074__1.mp3

  • La Base, émission n°51
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n51

    On y croise touristes, antiquaires, chineurs, jeunes et moins jeunes... C’est quoi finalement les #Marolles ?

    Alain, Fany, Jean-Pierre, Louise- Marie et Myriam ont tendu leur micro à ceux qui y vivent, qui y travaillent et qui s’en souviennent. À travers leurs regards croisés et leurs petites histoires se dessine le portrait complexe d’un des cœurs de #Bruxelles.

    Personne n’est d’accord sur les limites géographiques, et là où certains voient un quartier mort, d’autres le trouvent en pleine e ervescence. Une seule chose est sûre, c’est qu’il y a autant de Marolles que de Marolliens... et c’est tant mieux !

    Ce projet a été initié par la Fédération Indépendante des #Seniors, en collaboration avec Bruxelles Nous (...)

    #BNA-BBOT #FIS #Bruxelles,Marolles,BNA-BBOT,FIS,Seniors
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n51_05861__1.mp3

  • La Base, émission n°50
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n50

    Emission en direct pour parler de l’atelier radio encadré par #BNA-BBOT et l’Agence Alter, avec les participantes à l’atelier : Chloé Le Garrec, Inès El Bakari, Julie Vervaet, Hiba Ben Kamsal, toutes quatre étudiantes à l’Université Saint-Louis. Nous serons aussi avec Marie-Eve Merckx de l’Agence Alter.

    #prison #Justice #désobéissance_civile #Agence_Alter #IPPJ #injustice #prison,BNA-BBOT,Justice,désobéissance_civile,Agence_Alter,IPPJ,injustice
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n50_05829__1.mp3

  • La Base, émission n°49
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n49

    Durant trois mois la Baby OR NOT ! Cie. a proposé des rencontres régulières entre des résidents du hôme Jourdan et quelques enfants du kid’s Motel à Koekelberg. Ces rencontres avaient pour objectif de créer un espace ou naîtraient des moments autour des mots, des histoires, des sons, des sensations et de se laisser surprendre.

    Petites bulles de Poésie au sein du quotidien. Les ateliers étaient déclinés en trois thèmes principaux : le vent, l’eau et les battements. Dans chacun d’eux, la preneuse de son a capturé des temps suspendus, délicats ou touffus... Ces Ateliers ont été clôturés par une installation visuelle et sonore qui proposait aux visiteurs de partager ces instants d’échanges privilégiés.

    Un projet monté et mixé au studio de (...)

    #jeune_public #poésire #BNA-BBOT #théâtre #intergénérationnel #storytelling #jeune_public,poésire,BNA-BBOT,théâtre,intergénérationnel,storytelling
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n49_05697__1.mp3

  • #Chrono-cartographie du #massacre du #17_octobre_1961

    Aux cartes minutieuses des lieux où se sont produites violences et massacres le 17 octobre 1961, Léopold Lambert, architecte, essayiste et directeur de la publication de la revue The Funambulist joint une analyse de la temporalité de cette guerre coloniale d’abord dénommée « opération de police ».

    Dans la recherche que je mène sur la structure des cinq épisodes d’#état_d’urgence déclarés par la #France depuis 1955, un événement-clé est le massacre du 17 octobre 1961 à #Paris, peu avant la fin de la révolution algérienne. Ce qui frappe dans la commémoration annuelle (bien timide au regard de l’importance de l’événement) : l’unicité supposée de lieu et de temps. Selon le récit communément admis, les scènes les plus violentes, des policiers jetant des Algérien.ne.s dans la Seine, se produisirent autour de la #place Saint_Michel, au centre de Paris, et advinrent à un moment d’exaspération où les manifestations de masse étaient interdites. Ce que révèlent au contraire les recherches, c’est la multiplicité des lieux et des moments du massacre. C’est ce qu’essaie d’illustrer cette série de cartes, qui utilise des images aériennes (à plus ou moins 3 ans de la date en question) ; j’ai suivi la méthode précédemment utilisée pour montrer la relation entre l’organisation de la ville et la sanglante répression de la Commune de Paris (voir les cartes)

    Pour comprendre l’événement, il faut le replacer dans son contexte historique : en #1961, la révolution menée par le #Front_de_Libération_Nationale (#FLN), qui vise à décoloniser l’#Algérie, entre dans sa septième année. Née dans la Casbah d’Alger, le mouvement décolonial s’étend au reste de l’Algérie, ainsi qu’aux grandes villes françaises, où vivent de nombreux Algérien.ne.s (350.000 en 1962). Bien que plusieurs administrations s’occupant des Nord-Africains vivant et travaillant en France aient déjà été créées par l’État français – pour les années 1920 et 1930 voir Policing Paris : The Origins of Modern Immigration Control Between the Wars de Clifford Rosenberg (Cornell, 2006) — les Algérien.ne.s en France ne sont pas, du point de vue administratif, considéré.e.s comme des sujets coloniaux, et avaient théoriquement les mêmes droits que tout citoyen français, l’Algérie étant considérée comme faisant partie de la France. En réalité, la ségrégation est évidente en ce qui concerne l’emploi et le logement, et la police, en particulier à Paris, pratique quotidiennement le #profilage_racial. La #Brigade_Nord-Africaine (#BNA) qui ciblait explicitement les Nord-Africains et avait été un auxiliaire de la Gestapo durant l’Occupation (1940-1944), fut dissoute en 1945 mais en 1953 est créée une nouvelle branche de la police parisienne qui fonctionne sur le même mode : la #Brigade_des_Agressions_et_Violences (#BAV). Le profilage racial comme tactique coloniale et contre-insurrectionnelle atteint son apogée lorsque le 5 octobre 1961 un #couvre-feu est déclaré par la Préfecture de Police de la Seine (zone métropolitaine de Paris) : il ne vise que les Algérien.ne.s.

    Un personnage est central, pas uniquement pour le massacre du 17 octobre 1961 mais plus généralement pour la tradition de #violence de l’État français des années 40 aux années 80 : #Maurice_Papon. Sous l’Occupation nazie (1940-1944), en tant que Secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, il organise la déportation de 1.600 juif/ve.s du Sud de la France avers le camp de Drancy, dans la banlieue parisienne ; ils seront déportés à Auschwitz. Son procès pour sa participation à l’Holocauste n’eut lieu qu’en 1998 et, après la Libération, il occupa de nombreuses responsabilités officielles, toutes en rapport avec le colonialisme français et la contre-insurrection — ce qui en fait une sorte d’alter ego historique de Robert Bugeaud (souvent cité dans les textes de The Funambulist), très actif dans la contre-insurrection et sur le front colonial, tant en France qu’en Algérie, dans les années 1830 et 1840 :
    – 1945 : chargé de la sous-direction de l’Algérie au ministère de l’Intérieur.
    – 1946 : participe à la Commission interministérielle sur les Antilles françaises.
    – 1949 : première nomination comme préfet de Constantine (Algérie).
    – 1951 : Secrétaire général de la Préfecture de police de Paris.
    – 1954 : nommé Secrétaire général du Protectorat du Maroc.
    – 1956 : revient à Constantine en tant qu’IGAME (préfet avec des pouvoirs extraordinaires) pour mener la contre-insurrection contre les mouvements décoloniaux du Nord-Est de l’Algérie. En 1956 et 1957, des rapports font état de 18.316 “rebelles” [sic] tués par la police et l’armée coloniales françaises, et de 117.000 personnes “regroupées” dans des camps — voir le livre de Samia Henni, Architecture of Counterrevolution : The French Army in Northern Algeria (gta, 2017)

    En 1958, le FLN à Paris est particulièrement actif dans son organisation politique clandestine, levant et transférant des fonds tout en exécutant ses opposant.e.s, des Algérien.ne.s considérés comme “traîtres.ses” et des officiers de police français. Le 13 mars 1958, des policiers manifestent devant l’Assemblée nationale pour exiger plus de latitude et plus d’impunité dans l’exercice de leurs fonctions. Le lendemain Papon, fort de son expérience tactique et stratégique en matière de contre-insurrection, est nommé Préfet de la Seine et est chargé d’anéantir le FLN dans la zone métropolitaine de Paris. Comme le montrent les cartes 3 et 4, le 28 août 1958 Papon organise des rafles massives d’Algérien.ne.s, dont 5.000 sont détenus dans le tristement célèbre “Vel d’Hiv,” le vélodrome où le 17 juillet 1942 12.884 juif/ve.s furent parqués avant d’être déportés à Auschwitz. En janvier 1959, Papon crée le Centre d’Identification de Vincennes (CIV) où les Algérie.ne.s peuvent être légalement “assignés à résidence” [sic] sans procès (voir la carte 18). En mars 1961, il crée une nouvelle branche de la police placée directement sous ses ordres : la Force de Police Auxiliaire, composée de harkis (des volontaires algériens de l’armée et de la police française, en France et en Algérie). On laisse à ces policiers la plus grande latitude pour anéantir le FLN et les nombreux Algérien.ne.s soupçonnés d’avoir des liens avec l’organisation décoloniale — dans la mesure où le FLN menaçait les Algérien.ne.s réticent.e.s à payer l’impôt révolutionnaire, cela voulait dire pratiquement tous les Algérien.ne.s — sont arbitrairement arrêté.e.s et torturé.e.s dans les commissariats et dans les caves d’autres bâtiments (cf cartes 5, 6, 7). Certain.e.s des torturé.e.s sont ensuite jeté.e.s à la Seine, plusieurs mois avant le massacre du 17 octobre 61, associé à cette atroce pratique.

    Les références que j’ai utilisées pour cet article (voir plus bas) sont très précises et complètes dans la description du massacre du 17 octobre 61 et de son contexte historique, mais, de façon très surprenante, elles omettent un élément important de ce contexte : le 21 avril 1961, quatre généraux de l’armée coloniale française en Algérie, Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller tentent un coup d’État contre le président, Charles De Gaulle, qui est alors en train de négocier l’indépendance algérienne avec le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA). Le 23 avril l’état d’urgence est déclaré en France, et le 26 avril les généraux sont arrêtés : le coup d’État échoue. L’état d’urgence reste néanmoins en vigueur pour prévenir d’autres tentatives, ou des actions terroristes de l’Organisation Armée Secrète (OAS) en faveur de l’Algérie française. L’état d’urgence dura jusqu’au 9 octobre 1962 (un mois après l’indépendance de l’Algérie) et n’était pas à l’origine dirigé contre les Algériens – à la différence de ceux de 1955 et de 1958 –, mais il ne fait aucun doute que les pouvoirs extra-exécutifs qu’il accordait ont influé grandement sur la conduite de Papon à la fin de l’année 1961.

    Comme on l’a mentionné, l’une des mesures prises par Papon est le couvre-feu du 5 octobre 61 visant les Algériens. Cette mesure motive la Fédération française du FLN à organiser des manifestations de masse le 17 octobre. Tous les hommes algériens doivent rejoindre le cortège, sans arme — toute personne trouvée en possession d’un couteau sera sévèrement châtiée par le FLN — dans le centre de Paris dans la soirée pour former trois cortèges et protester contre le couvre-feu en particulier, et le colonialisme français en général. Ce que les cartes ci-dessous essaient de montrer est la difficulté pour les Algérien.ne.s vivant et travaillant en banlieue d’arriver en centre-ville pour rejoindre les manifestations. On peut ici insister, comme nous le faisons souvent sur The Funambulist , sur la centralité ségrégative de Paris, toujours opérationnelle aujourd’hui. Ponts et stations de métro sont des lieux de grande violence, dans la mesure où leur étroitesse permet un contrôle sévère et systématique par la police (voir les cartes 8, 9, 10, 11 et 12). Dans nombre de ces lieux, les Algérien.ne.s sont arrêtés, systématiquement tabassé.e.s avec des bâtons, parfois abattu.e.s par balles et jeté.e.s à la Seine (voir les cartes ci-dessous pour plus de détails). Bien qu’on sache que Papon n’a pas donné d’ordres directs pour le massacre, il était présent dans la salle de commandement de la Préfecture de Police, à quelques mètres du bain de sang de Saint-Michel (voir carte 12), et l’absence de tout ordre pour empêcher violences et tueries, ainsi que les fausses rumeurs, sur la radio de la police, que les Algérien.ne.s avaient tué des policiers, en fait l’officiel responsable effectif du massacre — pour lequel il ne sera jamais poursuivi.

    C’est encore plus vrai si on regarde au-delà des meurtres « de sang chaud » commis lors de la manifestation. Plus tard dans la nuit, et les jours suivants, les tabassages systématiques et même les meurtres continuent dans les centres de détention improvisés, de taille variée — les plus grands étant le State de Coubertin (1.800 détenus, voir carte 16), le Parc des Expositions (6.600 détenus, voir carte 17), et le CIV (860 détenus, voir carte 18) —, dans les opérations de police menées sur les ponts et aux portes de Paris (voir carte 19), et contre les manifestations de femmes et enfants algériens organisées par le FLN le 20 octobre (voir carte 21).

    Le nombre d’Algérien.ne.s tué.e.s ou blessé.e.s dans cette semaine sanglante d’octobre 61 demeure inconnu, entre autres du fait dont le archives de la police ont été organisées de telles façon à montrer un nombre de mort.e.s bien inférieur à la réalité — certains des mort.e.s figurent sur la liste des expulsé.e.s vers l’Algérie — mais on estime que 200 à 300 Algérien.ne.s, et que 70 à 84 autres furent tué.e.s après avoir été jeté.e.s à la Seine. Il a fallu des années pour reconnaître ces mort.e.s, contrairement aux neuf victimes du massacre du 8 février 1962, tuées par la police de Papon au métro Charonne lors de la grande manifestation contre les attentats de l’OAS. Ces neuf Français.es étaient membres du Parti Communiste et de la CGT. Leur mémoire fut saluée quatre jours plus tard dans les rues de Paris par un cortège de plus de 500.000 personnes ; aucun rassemblement de masse n’avait protesté le massacre des Algérien.ne.s. En 2001, une plaque fut apposée sur le pont Saint-Michel « À la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ». Comme c’est souvent le cas lorsqu’il s’agit de la mémoire des crimes coloniaux en France, les responsables ne sont pas nommés : c’est un crime sans criminels et, comme on l’a noté plus haut, ce mode de narration rétrécit considérablement la portée du massacre dans le temps et l’espace. C’est pourquoi l’on peut préférer une autre plaque, apposée en 2007 à Saint-Denis, en banlieue : « Le 17 octobre 1961, pendant la guerre d’Algérie, trente mille Algériennes et Algériens de la région parisienne manifestèrent pacifiquement contre le couvre-feu qui leur était imposé. Cette manifestation fut brutalement réprimée sur ordre du préfet de police de Paris. Des manifestants furent tués par balles, des centaines d’hommes et de femmes furent jetées dans la Seine et des milliers furent battus et emprisonnés. On retrouvera des cadavres dans le canal de Saint-Denis. Contre le racisme et l’oubli, pour la démocratie et les droits humains, cette plaque a été dévoilée par Didier Paillard, maire de Saint-Denis, le 21 mars 2007. » Mais néanmoins le contexte du colonialisme reste ignoré, illustrant une fois de plus que la France ne s’est jamais confrontée avec la violence de son passé, structurellement raciste et coloniale. La même ignorance prévaut pour la violence actuelle, qui en est directement issue

    Plus de 27% de la population française actuelle était en vie en 1961, et de nombreux acteurs du massacre du 17 octobre, manifestant.e.s algérien.ne.s et policiers français, en portent encore le souvenir, les blessures traumatiques (pour les premier.e.s) et la responsabilité impunie (pour les seconds). L’histoire oublie souvent de mentionner comment bourreaux et victimes ont à cohabiter dans une société indifférente à la violence de la relation qui les a liés, voire qui nie cette violence. À cet égard, la généalogie de cette violence n’est pas uniquement perpétuée au fil des générations, mais aussi par la racialisation de la société française, dirigée et contrôlée par une classe et une police en très grande majorité blanches — l’exemple le plus frappant en est la Brigade Anti-Criminalité (BAC) créée en 1971 selon la logique coloniale de la BNA et de la BAV, et particulièrement active dans les banlieues. À l’autre bout du spectre, des sujets racisés dont les vies sont souvent géographiquement, socialement et économiquement discriminées. Paris n’ayant pas structurellement évolué depuis la seconde moitié du 19e siècle, la spatialité militarisée à l’œuvre dans les cartes ci-dessous reste aujourd’hui prégnante.


    https://vacarme.org/article3082.html
    #cartographie #visualisation #police #violences_policières #colonisation #décolonisation
    cc @reka @albertocampiphoto

  • La Base, émission n°32
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n32

    Emission en direct des studios de Radio Panik avec les élèves de 5ème primaire de l’école Clarté de Jette, pour parler de leur #Création, un portrait sonore de René #Magritte.

    p margin-bottom : 0.21cm ;

    Une création des élèves de l’école Clarté, sur une idée du #Musée René Magritte de Jette et de #BNA-BBOT dans le cadre l’année Magritte 2017. Avec le soutien de la Fédération Wallonie #Bruxelles.

    #Enfants #Surréalisme #Enfants,Surréalisme,BNA-BBOT,Magritte,Création,Bruxelles,Musée
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n32_03682__1.mp3

  • La Base, émission n°31
    http://www.radiopanik.org/emissions/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n31

    Durant la semaine du son 2017, pendant 4 jours, 8 habitants de la ville de #Bruxelles, supervisés par #Monica_Fantini (RFI / Écouter Le Monde), #Christophe_Rault et #BNA-BBOT ont arpenté la ville à l’écoute de paroles errantes : monologues égarés en bordure, maelström envoûtant des foules, bribes de conversations, chants secrets ou voix synthétiques, toutes ces traces vocales appartiennent au paysage sonore de la ville. À partir des collectes, des échanges, des écoutes et des réflexions partagées tout au long du workshop, cinq pièces sonores ont été collectivement réalisées et cinq récits sonores en font l’écho ici.

    on est vivants Anna Kovaleva, Caroline Sordia, Erik Verreyken, Monica Fantini. pour 50 euros je te raconte ma vie David Trembla, Flavien Gillié le beau là-bas sûr Amélie Guyot, Jimmy (...)

    #RFI #Création #Monica_Fantini,Christophe_Rault,BNA-BBOT,RFI,Création,Bruxelles
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/bruxelles-nous-appartient/la-base-emission-n31_03661__1.mp3

  • « Bruxelles, la ville aux mille récits »
    http://syntone.fr/bruxelles-la-ville-aux-mille-recits

    Il existe à #Bruxelles depuis plus de quinze ans une structure à double tête, flamande et francophone, qui travaille inlassablement à saisir, à travers des enregistrements uniquement sonores, la #mémoire mouvante de la ville. Une collecte d’autant plus inépuisable qu’elle concerne non seulement le passé et le présent, mais aussi le futur. #BNA-BBOT (Bruxelles nous appartient – Brussel behoort ons toe), menée par Séverine Janssen, Flavien Gillié et Maud Seuntjens, constitue avec une précieuse ténacité les archives d’« une histoire mineure et granuleuse ». Mineure parce qu’elle n’est pas celle des vainqueurs, mais celle d’en bas. Granuleuse parce qu’elle est faite de la texture des mille voix de Bruxelles, de leurs modulations infimes, de leurs identités complexes. Une #histoire_orale pour dire tout autre chose que l’histoire officielle, écrite ou visuelle.

    Le site du projet
    http://www.bna-bbot.be