• La place du numérique à l’école relève de la place de l’école dans la société – Framablog
    https://framablog.org/2020/10/21/la-place-du-numerique-a-lecole-releve-de-la-place-de-lecole-dans-la-socie

    Début septembre, nous avons été contacté par Hervé Le Crosnier, éditeur de (l’excellente) maison d’édition C&F éditions. Il demandait si nous accepterions d’écrire un court texte sur la façon dont Framasoft avait vécu ses interactions avec le milieu éducatif pendant ce moment très particulier qu’était le confinement (entre le 17 mars et le 11 mai 2020). Ce texte servirait à alimenter l’ouvrage « L’École sans école : ce que le confinement nous apprend sur l’école » à paraître en décembre 2020 chez C&F éditions.

    Nous avons déjà énormément écrit et partagé pendant le confinement. Nos quatorze « carnets de bord du confinement » représentaient déjà pas loin de 200 pages (indispensables mèmes inclus). Cependant, il est vrai que nous n’avions évoqué qu’en pointillé nos rapports avec l’école pendant ces deux mois. Quasiment quatre ans jour pour jour après notre « billet de sécession« , et à quelques jours de la tenue des États Généraux du Numérique Éducatif, il nous a paru important de prendre un peu de recul et de documenter cette période là, et de mettre à jour notre positionnement.

    C’est Pierre-Yves Gosset, co-directeur de l’association, qui s’est chargé de la rédaction du texte qui suit. Réputé pour ses bilans trimestriels de quarante pages, il aura transformé ce qui devait être un « court texte » en un document d’une quinzaine de pages (et encore, il s’est retenu, paraît-il). La raison en est assez simple : pour comprendre les décisions et actions de Framasoft pendant le confinement, il faut non seulement avoir un contexte des relations entre l’association et « l’institution Éducation Nationale » depuis près de vingt ans, mais aussi avoir la possibilité de déployer une pensée qui s’écarte du simple solutionnisme technologique.

    La période de confinement aura été, pour Framasoft, comme pour une large partie de l’humanité, une période marquante. Pour nombre d’élèves, elle aura été une période traumatisante. Avant de parler de « continuité pédagogique » ou de « numérique éducatif », qui sont évidemment des sujets importants, il nous semblait important de donner un éclairage certes partiel, mais donnant à la fois une dimension historique et une dimension prospective. Les outils ne sont pas que des outils, comme l’écrivait Stph, un autre membre de Framasoft, dans son billet « Connaître les machines ». L’éducation aux médias et à l’information (EMI), le développement de la littératie numérique sont les véritables enjeux du numérique à l’école. Et la place de l’école – avec ou sans murs – est le véritable enjeu de notre société.
    La place du numérique à l’école est à l’image de la place de l’école dans la société.

    #C&F_éditions #Framasoft #Ecole_sans_ecole #Pierre_Yves_Gosset

  • Le capitalisme de surveillance [La voix est libre]
    https://radio.picasoft.net/co/2020-04-24.html

    Émission réalisée à l’occasion de la publication du livre Affaires privées - Aux sources du capitalisme de surveillance de Christophe Masutti, aux éditions C&F Éditions.

    L’interview

    Christophe Masutti, docteur en histoire et philosophie des sciences et des techniques, chercheur associé à l’université de Strasbourg, chargé des affaires européennes au CHU de Strasbourg et co-administrateur de l’association Framasoft sous le pseudo Framatophe
    Pour quelles raisons as-tu choisi de ne donner ta définition du capitalisme de surveillance qu’à la fin de ton livre ?
    Le travail historique que tu as mené sur le capitalisme de surveillance, des années 60 à nos jours, t’a amené à montrer qu’il était d’ordre systémique. Qu’est-ce que ça veut dire ?
    Tu expliques qu’en France, on s’est beaucoup intéressé à la soumission individuelle à la surveillance, que l’on s’est limité à la surveillance du sujet, sans prêter plus d’attention aux impacts de la surveillance sur les collectifs. Pourquoi cette étude-là est-elle indispensable pour comprendre le fonctionnement du capitalisme de surveillance et défendre nos libertés collectives ?
    Quelles infrastructures techniques et, surtout, quelles organisations pouvons-nous mettre en place pour sortir du capitalisme de surveillance ?
    Pourquoi est-ce bien une société de la contribution que nous visons, et pas seulement une économie de la contribution ?
    Pourquoi lire un livre historique est-il un bon moyen de comprendre ce que nous vivons aujourd’hui ?
    Si dans les années 60 on pouvait craindre que la police installe des micros dans notre appart, aujourd’hui nous les installons nous-mêmes, avec par exemple les assistants personnels intelligents. Comment expliquer un tel changement ?
    Quels sont les différentes sortes de consentement vis-à-vis de la surveillance ?
    L’archipélisation peut-elle être une piste pour penser l’après-capitalisme de surveillance ?

    Enregistrement
    Émission enregistrée le 23 avril 2020 sur Mumble, dans le salon La voix est libre du serveur de Picasoft.

    #Christophe_Masutti #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Affaires_privées #Radio

  • Vidéo - Replay webinaire « Surveillance et numérique » | Drupal | inno³ | Open Innovation, Open Source et Open Data |
    https://inno3.fr/actualite/replay-webinaire-surveillance-et-numerique

    Replongez dans le webinaire « Surveillance et numérique : quelle implication pour et par la recherche ? » du 26 Mai 2020 avec Christophe Masutti

    Historien des sciences et des techniques, Christophe nous a présenté son dernier ouvrage Affaires privées : aux sources du capitalisme de surveillance et la place prise par l’informatique et les données dans nos sociétés actuelles en tant que leviers d’une surveillance intimement reliée aux mécanismes capitalistiques.

    #Christophe_Masutti #Vidéo #Affaires_privées #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Conférence

  • Vidéo : Rencontre avec Christophe Masutti, auteur de « Affaires privées : Aux sources du capitalisme de surveillance » - Qu’est-ce que Tu GEEKes ?
    https://peertube.qtg.fr/videos/watch/042551bb-8028-433f-9abd-9dea86774775
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    Les vidéos de Framasoft
    Par framasoft@framatube.org

    Librairie Kléber, Strasbourg (Salle blanche 20 mai 2020).

    Rencontre avec Christophe Masutti, auteur de « Affaires privées : Aux sources du capitalisme de surveillance » ; Caroline Zorn, avocate au barreau de Strasbourg ; animée par Hélène Michel...

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Vidéo

  • « La lutte contre la surveillance est un anticapitalisme » par Romain Haillard | Politis
    http://www.politis.fr/articles/2020/04/la-lutte-contre-la-surveillance-est-un-anticapitalisme-41802

    Drôle d’époque. Des drones survolent nos têtes pour nous intimer de rester chez nous ; nos téléphones caftent nos déplacements aux opérateurs télécoms, qui eux-mêmes caftent aux décideurs ; des multitudes d’acteurs économiques trouvent des « solutions » technologiques aux problématiques liées au coronavirus ; les géants du numérique épaulent nos gouvernements pour mieux nous surveiller. À la manière de Michel Foucault, Christophe Masutti réalise une archéologie du capitalisme de surveillance dans Affaires privées, chez C&F Éditions. Selon le membre administrateur du réseau d’éducation populaire Framasoft, formuler une critique de la surveillance aujourd’hui ne peut plus se faire sans l’adosser à un anticapitalisme farouche.

    Est-il toujours pertinent de différencier surveillance d’État et capitalisme de surveillance ?

    Christophe Masutti : Les solutions développées par le capitalisme de surveillance deviennent des instruments de gouvernance. Ces marchands de la surveillance vont faire croire aux technocrates qu’il y aura un moyen d’automatiser des processus coûteux dans un moment où tout doit concourir à la réduction de la dépense, et donc à la réduction de l’État. Mais il y aura toujours besoin de -l’humain. Quand nous voyons l’état de l’hôpital aujourd’hui, l’utilité des machines se voit vite dépassée. Comme l’idée de faire un traçage des individus avec l’application StopCovid.

    C’est l’idée du solutionnisme technologique. Tout problème, économique ou politique, pourrait trouver une réponse technologique. Cette conception domine la Silicon Valley et a fait des émules – nos gouvernants n’y échappent pas. Cette idéologie qui ne se revendique pas comme telle affaiblit le pouvoir politique. Les décisions devraient s’enfermer dans des choix techniques dépolitisés. Macron et la startup nation se marient bien à cette dépolitisation. Mais quand nous dépolitisons, nous n’agissons plus par conviction – de droite comme de gauche. Ne reste plus que l’État seul, hors sol, plus que la technocratie.

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #Capitalisme_surveillance #C&F_éditions #Interview

  • #Biblium2020.02 : Surveillance, jeux vidéo et Cyberpunk… | by François Houste | Sep, 2020 | Medium
    https://medium.com/@fhouste/biblium2020-02-surveillance-jeux-vid%C3%A9o-et-cyberpunk-8cc1a19f0d74
    https://miro.medium.com/max/925/0*LtPK1ptYsi52itz5

    AFFAIRES PRIVÉES, Christophe Masutti chez C & F Éditions
    AFFAIRES PRIVÉES (2020 chez C & F Editions) de Christophe Masutti, s’il fait référence à Cybersyn, va beaucoup plus loin dans son analyse de la société et du Capitalisme de la Surveillance. On y dresse l’historique du suivi informatisé des populations, portée des années 1950 à 1970 par les banques et les organismes de crédit américains. On y étudie ensuite la façon dont ces méthodes de notation et d’analyse de la population ont dérivé jusqu’à nos jours, portées par l’explosion des données accessibles (Big Data) et par l’invasion de notre quotidien par les outils numérique. Et on y dénonce enfin la façon dont les GAFAM, nourries de données, ont peu à peu supplanté les gouvernements dans leurs rôles régaliens. De passionnant historiquement dans ses premiers chapitre, AFFAIRES PRIVÉES devient rapidement effrayant au fil des pages avant d’ébaucher quelques pistes pour sortir de ce Capitalisme de la surveillance qui nous encercle. Lecture utile.

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #C&F_éditions

  • 🔷 Recension du livre « Le monde selon Zuckerberg » par Lucie Ronfaut
    https://us4.campaign-archive.com/?u=9cb7510365bb64697c6c1eafc&id=9fc9513703

    Quelque chose à lire/regarder/écouter/jouer
    Il est difficile de bien écrire sur les grandes plateformes et leurs effets sur notre vie. D’un côté, il y a les gens béats, soutiens éternels et sans esprit critique de la Silicon Valley, pour qui tout progrès technologique est bon à prendre. De l’autre, les adversaires farouches aux GAFA et leurs consorts, à la référence un peu trop facile à 1984, qui aiment faire peur et culpabiliser les internautes (coucou Netflix), sans réfléchir à leurs usages et aux raisons pour laquelle, au fond, nous passons notre vie en ligne. Le monde selon Zuckerberg, un livre d’Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes, réussit à éviter les écueils habituels des critiques des technologies, tout en réfléchissant sérieusement à leurs dérives.

    Le livre prend la forme d’une série de courts essais, rangés en deux catégories : les portraits et les préjudices. La première moitié de l’ouvrage imagine le monde vu par différentes personnalités du numérique, Mark Zuckerberg (cofondateur et PDG de Facebook), Sergeï Brin et Larry Page (cofondateurs de Google), mais aussi Tim Berners-Lee, le papa du web. La partie sur les préjudices se concentre elle sur les manières dont les grandes plateformes ont transformé notre quotidien, plutôt pour le pire. On y parle de nombreux sujets déjà abordés dans cette newsletter ; le racisme des algorithmes ; les combats politiques cachés derrière le ciblage publicitaire (avec la fameuse bataille autour du mot-clé “avortement” sur Google) ; la polarisation des opinions en ligne.

    Contrairement aux autres ouvrages du genre, j’ai apprécié l’optimisme d’Olivier Ertzscheid qui, même s’il détricote les menaces du numérique d’aujourd’hui, croit encore qu’il peut changer grâce à un effort collectif. Malheureusement, le livre n’évite pas un autre écueil classique : des références quasi-exclusivement masculines. Et si, justement, les femmes sauvaient le numérique ?

    Le monde selon Zuckerberg, d’Olivier Ertzscheid, éditions C&F
    Lucie Ronfaut est journaliste indépendante spécialisée dans les nouvelles technologies et la culture web. Vous pouvez suivre son travail sur Twitter.

    #Le_Monde_selon_Zuckerberg #Olivier_Ertzscheid #C&F_éditions

  • Leur pouvoir c’est le nombre | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/06/leur-pouvoir-cest-le-nombre

    Des portraits et les réalités de projets politiques qui ne peuvent être considérés comme émancipateurs. Des technologies qui enserrent et réduisent les possibles sous les masques prometteurs de la liberté et du partage. Olivier Ertzscheid à travers une série de portraits (le monde selon Mark Zuckerberg, Sergueï Brin et Larry Page, des névrosés obsessionnels, Apostolos Gerasoulis, mon quadrisaïeul, selon Tim Berners-Lee, les lanceurs d’alerte) puis de préjudices (La fonction crée l’organe et l’architecture (technique) les usages ; Quand les mots ont un prix, ils cessent d’avoir un sens ; L’enfer, c’est le numérique des autres ; Ce qui est « donnée » n’est pas ce qui est obtenu ; Des technologies et des hommes ; Citoyens dans la brume de la surveillance ; Du cyberespace aux réseaux sociaux : itinéraire d’une régression ; Trois grandes révolutions ; Espace public, espace privé ; Le monde selon « l’opinion » ; La guerre c’est la paix et la démocratie c’est la publicité ; Une urgence démocratique) redonne une vision politique d’un monde numérique trop souvent réduit à de simples technologies. L’auteur décrypte le rôle des méga-plateformes, la captation de l’attention, l’exploitation lucrative des données, les prétentions à la chose et à l’utilité publique, etc.

    L’auteur propose aussi des alternatives et des pistes de réflexions pour le démantèlement de ces monstres privatifs et pour l’appropriation collective.

    #Olivier_Ertzscheid #Le_Monde_selon_Zuckerberg #C&F_éditions

  • « Bananas (and kings) », Julie Timmerman : Le rire anti-trust par Gilles Costaz | Politis
    https://www.politis.fr/articles/2020/09/bananas-and-kings-julie-timmerman-le-rire-anti-trust-42348

    Très bel article dans Politis sur le travail politique et théâtral de Julie Timmerman. J’ai vu la pièce qui réussit à parler d’une situation dramatique sans ennuyer. Jeu d’acteur + mise en scène inventive, une belle soirée assurée.

    Et pour continuer le plaisir, n’hésitez pas à vous plonger dans "Un démocrate" (https://cfeditions.com/bernays).

    Jeune metteuse en scène et créatrice de la compagnie Idiomécanic Théâtre, Julie Timmerman ne cache pas ses intentions. En exergue de son nouveau spectacle, Bananas (and kings), elle écrit : « Qu’en est-il de nos démocraties à l’heure où les multinationales ont un tel pouvoir ? Que nous reste-t-il pour lutter contre la confiscation de notre pouvoir de citoyens ? C’est le rôle du théâtre de traquer la matrice [de la mainmise des grands groupes états-uniens sur l’économie], de la disséquer et d’exposer ses entrailles, pour armer les peuples contre elle. » Elle fait donc une forme de théâtre politique, mais limite les déclarations d’intention aux documents de communication. Sur scène, ses pièces ne sont pas discoureuses, elles dénoncent à coups de sketchs percutants, retrouvant la forme un peu disparue de l’agit-prop que pratiquaient les révolutionnaires russes et qu’ont reprise des artistes comme Erwin Piscator ou Dario Fo. Pour cette artiste, le théâtre affirme sa puissance de plaisir par le filtre pamphlétaire.

    Julie Timmerman avait déjà frappé un grand coup avec Un démocrate, écrit, mis en scène et joué à partir de 2016. Ce spectacle eut un tel retentissement qu’il continue de tourner en France. Il y avait là un gros lièvre de levé : Edward Bernays, l’un des inventeurs de la propagande moderne, l’Austro-Américain qui établit le mécanisme de la manipulation des masses. Ce parfait « démocrate », qui n’avait rien à se reprocher puisqu’il était rarement hors la loi, donna aux managers et aux hommes politiques les clés pour vendre tout ce qu’il était possible de vendre : du tabac, des produits de consommation, l’altruisme des discours et l’oppression des peuples démunis.

    Des chercheurs et des réalisateurs ont eux aussi sorti de l’oubli – récemment – ce sinistre Bernays, mais Julie Timmerman a beaucoup contribué à mettre au jour cette page d’histoire, car son spectacle repose sur une longue enquête faite en dialogue avec des sources états-uniennes. C’est d’ailleurs une maison d’édition numérique à caractère universitaire, C&F Éditions, qui a choisi d’éditer la pièce et de la faire suivre d’un dossier composé d’études sur celui qui fut le maître de la propagande dans la sphère libérale.

    La nouvelle pièce de Julie Timmerman, Bananas (and kings), naît de la précédente. Dans le premier texte, il était question rapidement du rôle de la United Fruit Company dans le coup d’État ourdi par la CIA au Guatemala en 1954, quand les États-Unis étaient parvenus à mettre fin à la réforme agraire de ce pays pour rétablir leur pouvoir commercial sur le colossal marché des fruits. Le texte, joué à présent à la Reine-Blanche, avant de tourner dans un certain nombre de villes de la banlieue parisienne et des régions, se concentre sur la banane et ses enjeux quasi mafieux.

    Ah, la banane, fruit délicieux, facile à cultiver et à exporter, alors d’un exotisme aisé à amplifier, et auquel on peut même ajouter une connotation sexuelle (ce qui, pour dire vrai, ne figure guère dans le spectacle) ! En fait, c’est moins un fruit qu’un tiroir-caisse à l’échelon mondial. Ce que conte Julie -Timmerman, dans une -succession chronologique mais avec la férocité allègre de la satire, c’est l’histoire de cette United Fruit Company, plus puissante qu’une armée en marche. Au Guatemala surtout, mais avec des réseaux qui agissent à travers les deux -Amériques.

    Les tableaux qui s’enchaînent donnent à voir les patrons voyous du groupe (disons plutôt gang-sters, c’est Chicago à Wall Street) mettant en place leur stratégie de rouleau compresseur, les petites mains qui font le sale travail, les réticents et les opposants vite rétamés, un effarant successeur du premier PDG et les élus guatémaltèques broyés tour à tour par le même pouvoir olympien.

    Allez, allez, mangez des bananes ! Ne prenez pas celles des paysans qu’on étouffe, mais celles du trust qui s’empare tranquillement de leurs terres ! Elles vont devenir d’un beau bleu, comme les pesticides qui s’y sont infiltrés et comme les hommes qui les cueillent et meurent parfois d’avoir respiré ce venin bleuté. Et toute personne qui n’applaudit pas aux méthodes de l’United Fruit Company est un communiste !

    Mais nous sommes au théâtre, sur une scène qui pourrait être dans la rue ou dans une cour d’usine, ou à un cabaret de l’histoire où l’on rêverait de voir en nombre les classes dites laborieuses. On est là pour se venger de l’injustice en riant. Dans ce style, Julie Timmerman déploie un savoir-faire qu’elle dit brechtien. Il y a de ça, en effet. Les dessins sont brossés à gros traits et les affrontements claquent comme les lanières d’un fouet. On ne peut pas se tromper sur les méchants ! Mais il y a là une épaisseur historique qui est propre à la compagnie Idiomécanic. Même réécrits, souvent tournés à la farce (farce glaçante, bien sûr), les épisodes sont vrais, contiennent des paroles et des textes qui ont vraiment été dits ou publiés.

    Les quatre interprètes jouent un grand nombre de rôles, sans en rester à leur genre. Julie Timmerman elle-même termine en homme humilié et en statue de la Liberté parodique. Elle associe étonnamment punch et sensibilité. Anne Cressent s’intègre au jeu pamphlétaire avec une forte dimension dramatique souterraine. Mathieu Desfemmes et Jean-Baptiste Verquin manifestent ensemble et séparément un art de jouer les crapules qui les situe haut dans le guignol politique. De même qu’Apollinaire disait : « Que la guerre est jolie ! », on osera dire qu’ainsi croquée cette ignominie est fort réjouissante.

    Bananas (and kings), théâtre de la Reine-Blanche, Paris, 01 40 05 06 96. Jusqu’au 1er novembre. Puis aux Rencontres Charles-Dullin (Orly, Fresnes, Le Kremlin-Bicêtre) et en tournée jusqu’au 27 mai. À lire : Un démocrate, Julie Timmerman, C&F éditions.

    #Julie_Timmerman #Un_démocrate #Bananas_and_kings #C&F_éditions

  • Mikrodystopies de François Houste - Chut Maman Lit !
    https://chutmamanlit.fr/2020/10/mikrodystopies-de-francois-houste

    A force de suivre de près l’actualité littéraire de l’Imaginaire, j’aime bien être surprise de temps en temps par des récits de SFFF que je ne connais pas et qui peuvent me surprendre. Le petit livre dont je vais vous parler : Mikrodystopies de François Houste paru chez C&F éditions, a une drôle d’histoire. Il est tiré d’un compte twitter : @mikrodystopies sur lequel François Houste imagine de courts récits de SF en moins de 280 caractères. Les thèmes : Robots, IA et dystopies.

    Une très bonne surprise avec ce recueil, c’est bien écrit, d’actualité, plein d’humour et joliment édité.

    #Mikrodystopies #François_Houste #C&F_éditions

  • Blog Stéphane Bortzmeyer : Fiche Mikrodystopies
    https://www.bortzmeyer.org/mikrodystopies.html

    Fiche de lecture : Mikrodystopies

    Auteur(s) du livre : François Houste
    Éditeur : C&F Éditions
    9-782376-620112
    Publié en 2020
    Première rédaction de cet article le 30 septembre 2020

    Beaucoup de gens sur Twitter ont déjà lu les Mikrodystopies, ces très courtes histoires d’un futur techniquement avancé mais pas forcément très heureux. Les voici réunies dans un livre, le premier livre de fiction publié chez C&F Éditions.

    Des exemples de Mikrodystopies ? « Le robot de la bibliothèque municipale aurait été l’assistant idéal s’il n’avait pas pris l’initiative de censurer certains ouvrages de science-fiction qu’il jugeait offensants. » Ou bien « La licence du logicielle était claire : pour chaque faute d’orthographe corrigée, le romancier devait reverser une partie de ses droits d’auteur à la société qui avait créé ce traitement de texte. » Ou encore, en temps de pandémie, « Les robots de l’entreprise firent valoir leur droit de retrait, invoquant les pare-feu insuffisants du réseau informatique. ». Oui, je l’avais dit, ce sont des courtes histoires, qui se tiennent dans les limites du nombre de caractères que permet Twitter, mais je trouve chacune d’elles pertinente, et mettant bien en évidence un problème de notre société et de son rapport avec la technique.

    Fallait-il publier ces histoires que tout le monde peut lire sur Twitter ? Je vous laisse en juger mais, moi, cela m’a beaucoup plu de les découvrir ou de les redécouvrir sur mon canapé. Et en plus le livre est beau comme l’explique Nicolas Taffin.

    #Mikrodystopies #François_Houste #C&F_éditions

  • Ne nourrissez pas les robots… | Sur les Mikrodystopies de François Houste | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/09/30/ne-nourrissez-pas-les-robots

    Des textes très courts, plein d’humour plus ou moins grimaçant, des moments de tendresse aussi. Les angoisses et les espoirs dévitalisés projetés vers un avenir sombrement coloré par la pandémie de covid-19. L’affluence technologique contre les controverses démocratiques, l’isolement connecté contre la singularité humaine, le non-sens de la marchandisation des êtres humains. Et le fil tendu d’espoir des résistances…

    Le monde des calculs et des algorithmes, les voitures autonomes, les implants cérébraux, « C’était l’un des inconvénients des implants cérébraux gratuits : ils obligeaient parfois leur hôte à prononcer un script publicitaire », les objets connectés, les réalités virtuelles, les robots,

    Un livre et des histoires à partager

    François Houste : Mikrodystopies

    Fiction C&F éditions, Caen 2020, 136 pages, 15 euros

    Didier Epsztajn

    #François_Houste #Mikrodystopies #C&F_éditions

  • Le monde selon Zuckerberg | Mais où va le Web
    http://maisouvaleweb.fr/le-monde-selon-zuckerberg

    Oliver Ertzscheid, héraut de Affordance.info, publie chez C&F Editions Le monde selon Zuckerberg. Portraits et préjudices, un livre court et incisif qui nous offre un savoureux bilan de ces quelques années passées en présence des grandes plateformes numériques.
    Syndrome de Peter Pan

    Première partie du livre, une série de portraits qui détricotent les profils psychologiques des barons des internets. Mark Zuckerberg d’abord, rattrapé par la patrouille après l’affaire Cambridge Analytica, « Collégien mal assuré passant en conseil de discipline », et surtout, créateur d’une plateforme où tout engagement, mobilisation citoyenne, « sert d’abord et avant tout les intérêts économiques de la firme. »

    Suivent Sergueï Brin et Larry page, créateurs de Google, qui ont vite renoncé à leur ambition de ne pas monétiser le langage. Leur monde, écrit Ertzscheid, est un « chemin de renoncement ». Eux, comme tant d’autres dans la tech, ne rechignent pas à vendre leurs outils à des dictatures, fussent-ils incomplets, fussent-ils au service de la censure.

    Certes, c’est une petite musique que nous commençons à connaître. La lecture d’ Ertzscheid cependant, lui donne un nouveau relief. Presque théâtral. L’auteur, que l’on connaît potache, classe ces messieurs par pathologie. Névrosés obsessionnels, atteints alternativement du syndrome de superman, de Spiderman ou de Peter Pan. Les grands enfants se révèlent. Cela en deviendrait presque drôle, si ça n’était pas grave. Pourquoi ces plateformes, dont on connaît parfaitement tous les travers, sont-elles encore si bien défendues par leurs créateurs ? « Les plateformes doivent mûrir, se dé-libéraliser, être démantelées, entrer dans l’espace public sous forme de commun « sincèrement et entièrement délibératif » – oui, mais cela n’arrive pas. Zuckerberg, Brin et Page ne lâcheront pas leurs rejetons. Quand bien même ils ont hérité de protocoles et d’infrastructures publiques (le web, TCP-IP), quand bien même tout le monde sait qu’il est temps.
    L’heure du bilan

    Sous la forme de multiples petits chapitres, Olivier Ertzscheid nous propose ensuite un bilan plutôt exhaustif des effets des plateformes sur la démocratie, sur les libertés et sur les droits fondamentaux. Il reviendra ainsi sur l’absence revendiquée de ligne éditoriale par les grandes plateformes… Elles qui pourtant, trient et choisissent l’information qu’elles diffusent suivant des règles encore protégées par le droit des affaires. « Les lecteurs du journal l’Humanité savent pourquoi ils n’achètent pas Le Figaro, et réciproquement. » Quelle est la ligne éditoriale de Facebook, de Twitter, de Google ? Comment se fait-il que des lobbys religieux pro-vie puisse faire remonter un site anti-IVG dans les résultats de recherche, en 2008 aux USA, puis en 2016 en France. Pourquoi rien n’a changé ?

    Vers la fin du XIXe, rappelle l’auteur, l’essentiel des moyens de communication modernes sont apparus (radio, télévision, cinéma, téléphone). Cent ans plus tard, ce fut au tour d’internet, du web puis Google, Wikipedia, Facebook, l’iPhone, etc. Peu à peu l’enthousiasme a cédé la place à l’intranquillité. Parmi les nombreux péchés originaux responsables de la désillusion, il y a le fait que nous soyons progressivement passés à côté des dons de Tim Berners Lee, dons « comparables à l’imprimerie », on parle bien sûr de http, puis de l’url – des modes d’adressage qui tendent à être invisibilisés ; « Quand il n’y a plus d’adresse, alors vous ne savez plus où aller. Vous ne pouvez plus vous rendre nulle part. C’est alors très facile de vous amener exactement là où on le souhaite puisque vous n’avez de toute façon pas d’autre choix que de faire confiance à la plateforme qui vous indique que « vous êtes ici » et que « vous pouvez aller là ». Peu à peu, nous perdons la capacité que nous avait offert Tim Berners Lee à nous orienter librement dans un espace public.
    Rien n’est neutre, et surtout pas la technique

    Autre grand intérêt du livre, les précieux rappels à propos de la nature des technologies qui nous entourent. Le fait qu’elles ne sont pas neutres d’abord. Encore et toujours, le répéter. Sans quoi toutes les questions politiques qui leur sont liées disparaissent soudainement. Ainsi, écrit l’auteur à propos desdites technologies : « se contenter de s’interroger sur les moyens d’en limiter ou d’en circonvenir les effets délétères une fois leur déploiement acté, est à peu près aussi efficace qu’espérer éteindre un feu de forêt en comptant simplement sur la bonne volonté des arbres de ne pas se consumer »

    Le numérique est, pour la moitié de l’humanité, « un allié objectif de la surveillance, du contrôle, de la répression. » Une analyse des usages, de ce point de vue, ne nous sera que de peu d’utilité. En ce qui concerne la surveillance – faciale par exemple – et pour le cas des pays occidentaux, nous devrions interroger « les formes d’irrationalité qui président à l’opérationnalisation de l’obtention de notre consentement. » Les données – celles qui constituent notre visage – ne sont jamais « données » rappelle Ertzscheid, elles sont obtenues. Obtenues sans que nous n’ayons vraiment conscience de ce qu’implique d’avoir consenti, individuellement, mais rarement collectivement, à de tels systèmes. Est-il encore besoin de prouver par quelque chiffre, par quelque moyen, que cette surveillance « pourrit l’ambiance de nos démocraties » ? Nous ne devrions plus en être là, en effet. Et pourtant.
    Exit l’espace public

    La défense de l’espace public, espace d’expression démocratique, transpire dans tout l’ouvrage d’ Oliver Ertzscheid. Lui qui, depuis plus de dix ans, regrette que l’homme soit devenu « un document comme les autres », regrette également que nos rapports sociaux soient sous le coup d’un régime d’identification, d’inscription. Sur internet bien sûr, mais de plus en plus, dans la vie réelle où l’anonymat, par la force des choses, n’est plus qu’un souvenir. En cela, les plateformes ont modifié notre rapport à l’espace public. Il faut s’y inscrire, mais aussi s’y décrire (âge, sexe, nom, photo, etc.). « Symboliquement, cela nous prépare à une forme de schizophrénie qui pour toute inscription nécessite d’abord une description. En se dé-crivant dans cet espace privé pour s’y inscrire, on se dés-inscrit aussi progressivement d’un espace public que l’on décrie. »

    Les espaces des plateformes sont ambigus à cet égard. Ni privés (nous y sommes tous, tout du moins beaucoup), ni authentiquement publics. Et pourtant, nous y passons l’essentiel de notre temps connecté. Or qu’est-ce que l’espace public, sinon l’endroit où l’anonymat permet la pratique des libertés ? L’espace public, je peux y scander un slogan hostile au pouvoir, y manifester… L’auteur poursuit – je peux acheter un livre sans avoir à décliner mon identité. Rien de tout cela n’est possible sur les plateformes. Mais il faut se rendre à l’évidence : rien de tout cela n’est possible tout court. On ne vit pas sans carte bancaire – on peut toujours essayer de ne pas payer avec, comme le proposent certains. C’est cher payé pour la préservation de notre intimité.

    Nous ne sommes pas démunis

    Dans l’espace des libertés restantes, celles qui sont encore bien là, il reste suffisamment de combats à mener sur d’autres plans. S’il n’y a rien à attendre des libéraux, ou d’une « auto-régulation » fantasmée, écrit l’auteur, il y a des choses qui avancent. Les lois antitrust par exemple, passés du statut de comique à celui de crédible. Le RGPD, une première étape à améliorer. Puis l’éducation. Pas au code bien sûr, mais aux questions politiques et éthiques que le numérique pose. C’est par ce biais-là, et notamment celui des jeunes qui entrent sur le marché du travail, qu’il est possible de faire pression sur les entreprises du numérique.

    L’ouverture des algorithmes aussi, elle doit être pleine et entière. Pour l’auteur, il faut « contraindre par la loi et par des règlements internationaux l’ouverture réelle et totale de toute forme algorithmique s’apparentant à des formes classiques d’éditorialisation ». Cette question commence à monter dans le débat public, à la faveur des récentes échauffourées du Techlash. Ainsi, on a vu apparaître cette idée d’un « conseil de régulation des algorithmes » (dans Wired, comble de l’ironie) – l’idée de démocratiser la technologie – et non pas seulement de démocratiser « grâce à la technologie » (avec les fameuses « civic-tech » par exemple), fait son chemin, et c’est une bonne nouvelle.

    Je m’arrête là, le livre est court, pas question d’en dire trop sans avoir l’air de tout recopier. C’est tentant, la plume d’Oliver Ertzscheid explique pourquoi on le lit depuis si longtemps. Ici, l’effort de clarté rend le livre accessible, agréable, à mettre dans les mains des vos amis, de vos étudiants, comme une nécessaire piqûre de rappel sur l’état des internets.

    Photo en tête d’article : l’auteur (anonyme), avec son aimable accord.

    Irénée Régnauld (@maisouvaleweb)

    #Irénée_Regnault #Olivier_Ertzscheid #Zuckerberg #C&F_éditions

  • « La surveillance est un mode du capitalisme » - Entretien avec Christophe Masutti
    https://lvsl.fr/aux-sources-du-capitalisme-de-surveillance-entretien-avec-christophe-masutti

    Dans le monde informatisé que nous habitons, chacune de nos conversations, de nos recherches et de nos rencontres est enregistrée, analysée et ses données sont exploitées pour prédire et influencer nos choix. Plus encore, c’est l’espace d’interaction lui-même, ce sont nos formes de sociabilité qui sont organisées de sorte à extraire le plus possible de données : la surveillance et le marché ne cessent de s’immiscer dans notre milieu de vie et nos rapports sociaux. L’enjeu, en ce sens, est-il réellement celui de la protection de la vie privée, ou même de la défense de la souveraineté des États ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’identifier un système économique et politique qui repose sur l’appropriation et sur l’exploitation par les entreprises du numérique des données personnelles et de comportement de leurs utilisateurs ? Ce système a un nom : le capitalisme de surveillance, auquel le chercheur Christophe Masutti a consacré un ouvrage, Affaires privées, Aux sources du capitalisme de surveillance, paru en mai 2020. Historien et philosophe des sciences et des techniques, administrateur du réseau Framasoft dédié au logiciel libre et hacktiviste, Christophe Masutti entend présenter ses analyses et ses recherches, autant que des pistes d’émancipation collective. Entretien réalisé par Maud Barret Bertelloni.

    #Christophe_Masutti #Affaires_privées #C&F_éditions

  • Mikrodystopies by François Houste - Fonts In Use
    https://fontsinuse.com/uses/35630/mikrodystopies-by-francois-houste
    https://assets.fontsinuse.com/cardshot?q=KW0Ddn9oHB1uaG8/awpQDSQtF10XJUUmUnlkAy4DSR5oE18IaiwcFDg3JCU8QxdWNCdYLRolRC8DH2lYb

    FF Attribute Text in use for the cover and interior of Mikrodystopies by François Houste, a collection of Twitter fiction by French author François Houste:

    Digital Oulipo? Technical haikus? Cybernetic aphorisms? The Mikrodystopies are the product of the exercise in style which François Houste engaged in: writing and disseminating on Twitter complete stories in no more than 280 characters.

    The book was designed by Nicolas Taffin (who also made the photographic illustrations in the book interior) and Sophie Harris, using FF Attribute Text by Viktor Nübel. In the colophon they describe it as “one of the most beautiful typefaces when it comes to ‘faux monospaced fonts’ which takes the shapes of characters with the constant spacing of computer terminals,themselves inherited from typewriters. By adding a little proportionality, the faux monospaced preserves legibility. A typical hybridization of our early days of the 21st century.”

    170 pages, 13,5×21 cm. Published by CF éditions.

    #Typographie #François_Houste #Nicolas_Taffin #C&F_éditions #Mikrodystopies

  • Dystopies familières | Polylogue
    https://polylogue.org/dystopies-familieres

    François Houste est un type formidable : non seulement il a du talent et de la finesse, mais en plus travailler avec lui est un grand plaisir. C’est sans doute pour cela qu’il inaugure la collection fictions de C&F éditions ;-)

    Mikrodystopies, ce sont des moments volés au futur (un futur si présent), des situations, plus que des histoires, qui montrent les humains confrontés à leur devenir-machine, les algorithmes face à des dilemmes humains trop humains, les robots désireux de se faire une place dans l’humanité, bref, un joyeux méli-mélo de notre quotidien techno-futur. 320 fragments de vies, tous limités à 280 caractères – pas un de plus – un exercice de style inspiré et stimulé par Twitter où le compte @mikrodystopies poursuit ses explorations. Le ton est toujours aigre-doux, plein de finesse, d’humour aussi. Quant au désespoir, n’est pas une injonction, il est laissé à la discrétion du lecteur, qui affichera d’abord bien souvent un sourire.

    Mais j’avais en tête une série de photos depuis un moment, cela a été l’occasion de passer à l’acte. L’idée en était : produire “à la maison” et sans effets de retouche, ni collages impressionnant, ni équipements futuristes, des images mettant en situation tous ces messages numériques qui nous confrontent aux erreurs systèmes, illegal arguments et autres plantages, violations des termes, acceptation de conditions abusives ; bref, à la régulation de nos vies par les logiciels depuis que « Code is law ». J’ai donc profité de l’occasion pour acquérir un nano projecteur à trois sous et préparer des messages que nous avons pu projeter, avec l’aide de ma fille, sur les jouets, murs, objets de la maison, ou même sur notre propre peau, comme s’ils étaient animés de facultés interactives nouvelles, irrigués de silicium. Avec un peu d’imagination, bien-sûr. J’ai aussi pu faire quelques images chez ma mère, dont l’intérieur n’a vraiment rien de techno, et lui proposer ainsi une belle mise à jour. Bref, on était vraiment dans le quotidien familial, tout près des récits de François Houste.

    Je me retrouvais avec une série de 11 images finales, sombres mais familières, qui ont rapidement trouvé leur pendant dans les Mikrodystopies. Plus que des illustrations strictes, cela composait des paires harmonieuses, que nous avons mises en valeur dans certaines doubles pages du livre.

    #Mikrodystopies #François_Houste #Nicolas_Taffin #Making-of #C&F_éditions

  • « Un démocrate ? » Publication de la pièce de théâtre de Julie Timmerman sur Edward Bernays
    https://cfeditions.com/bernays

    C’est le rôle des livres que de préparer un monde nouveau et de construire les idées de la révolution à venir, celle qui sera adaptée au monde actuel, pour qu’après ne soit pas comme avant.

    Modestement, à notre place, qui est principalement celle de la culture numérique, C&F éditions veut apporter quelques pierres à ce travail intellectuel nécessaire. Mais le monde est vaste, global et globalisé, et les sujets ne manquent pas dans tous les domaines.

    C’est aussi pour cela que nous avons décidé d’élargir notre focale, d’ouvrir nos collections à de nouveaux thèmes, à de nouvelles idées et formes. Entre nos livres qui vont continuer à décrypter le monde numérique, nous allons intercaler des livres différents, des fictions, des thèmes nouveaux.

    Et pour commencer aujourd’hui, du théâtre.

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    Un démocrate
    Une pièce de Julie Timmerman
    suivie d’un dossier :
    Edward Bernays, petit prince de la propagande
    un livre (abondamment) illustré
    ISBN : 978-2-37662-000-6
    240 p. - 18 €
    https://cfeditions.com/bernays
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    La pièce de Julie Timmerman et de sa compagnie Idiomécanic interroge le personnage d’Edward Bernays, que l’on désigne comme "l’inventeur des relations publiques". Avec cynisme et suivant la seule logique de l’intérêt de ses riches clients et de la défense des pouvoirs en place, Bernays va inventer les formes de la propagande du XXe siècle. Il ne s’agit plus d’imposer un message par la répétition, mais de susciter le désir envers un produit ou une idée. Le mensonge, la manipulation, l’hubris sont au cœur de son travail : réussir à faire fumer les femmes pour doubler le marché des multinationales du tabac en prétendant que les cigarettes sont pour elles "les torches de la liberté" ; provoquer un coup d’État au Guatemala au service des bananes Chiquita ; inventer de toute pièce le petit déjeuner avec œufs et bacon pour son client, l’industrie charcutière... et prétendre que c’est depuis toujours le petit déjeuner typique des Américains ; le culot d’Edward Bernays est sans limite...

    Celles et ceux qui ont eu la chance de voir la pièce sur scène ont apprécié l’humour et les trouvailles de mise en scène pour montrer de cela sur un rythme haletant et capter les spectateurs. Dans un livre, nous devions aller au delà de la découverte du personnage par le théâtre et proposer un dossier sur la propagande et le rôle spécifique d’Edward Bernays. Coordonné par Stéphane Resche de l’université de Créteil, ce dossier comporte des articles de Mathis Buis, Karine Chambefort-Kay, Florence Jamet-Pinkiewicz, Stéphane Resche, Nicolas Taffin et Julie Timmerman.

    Le livre a été édité et réalisé par les étudiantes du Master édition de l’Université de Caen, sous la direction de Marie-Astrid Bailly-Maitre. Les étudiants graphistes de l’École supérieure Estienne, pilotés par Florence Jamet-Pinkiewicz, ont planché sur le thème du livre pour nous offrir des représentations actuelles des théories et actions d’Edward Bernays.

    Après avoir lu ce livre, on mesure également combien les tactiques malsaines de Bernays restent d’actualité dans de nombreux domaines. Les outrances de Donald Trump sont par exemple le reflet de l’appel à l’outrance par les puissants qu’Edward Bernays a développé tout au long de sa carrière.

    Bonne lecture,

    Hervé Le Crosnier

    #Julie_Timmerman #Edward_Bernays #C&F_éditions

  • Red Mirror : Chine, hypertechnologies et capitalisme de surveillance | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/saintupery/blog/170820/red-mirror-chine-hypertechnologies-et-capitalisme-de-surveillance

    Red Mirror : un entretien avec Simone Pieranni

    Liborio Conca, minima&moralia, 3 juillet 2020, http://www.minimaetmoralia.it/wp/?s=pieranni

    Si l’on souhaite comprendre ce qui se passe en Chine, l’une des meilleures sources en italien sont les articles de Simone Pieranni. Journaliste pour le quotidien Il Manifesto (nous avons souvent reproduit ses articles sur notre site minima&moralia), fondateur de l’agence de presse China Files, il a consacré une série de livres, de podcasts et de reportages à l’univers chinois. L’approche de Pieranni est ouverte, libre, attentive à la politique mais aussi aux secousses culturelles que traverse le géant asiatique. Son dernier ouvrage, Red Mirror [à paraître en français chez C & F éditions, https://cfeditions.com/public/], dont le titre s’inspire de Black Mirror, la série télévisée qui explore les possibles scénarios dystopiques d’un avenir pas vraiment très éloigné, nous raconte la Chine sous l’angle de l’importance extraordinaire qu’y prend l’innovation avec l’utilisation massive des hypertechnologies, laquelle, d’une certaine manière, a une longueur d’avance sur ce qui se passe en Europe. Il nostro futuro si scrive in Cina, « notre avenir s’écrit en Chine », nous dit le sous-titre de Red Mirror. Dans l’entretien qui suit, nous avons abordé certaines des questions explorées dans le livre, depuis le contrôle exercé par l’État sur ses citoyens jusqu’aux relations avec l’Occident en passant par les évènements de Hong Kong.

    #Red_Mirror #Simone_Pieranni #C&F_éditions#Chine

  • ASDN #28 / Stéphane Bortzmeyer - « Cyberstructure » (30 janvier 2019) • Aux sources du numérique ( - Podcast Addict
    https://podcastaddict.com/episode/78154372
    https://image.ausha.co/u85Qi3N04Q5PXU3wRbPmfqih07AZMOXqKA92Koxv_1400x1400.jpeg?t=1559846276

    Mar 01 2019 79 mins 5
    Stéphane Bortzmeyer, ingénieur en réseaux informatiques à l’AFNIC, était l’invité de Spintank et Renaissance Numérique pour la 28e édition d’ASDN à l’occasion de la parution de son ouvrage « Cyberstructure. L’Internet, un espace politique » (C&F éditions, 2018).

    #Stéphane_Bortzmeyer #C&F_éditions #Podcast

  • Introduction de Stéphane Resche au livre « Un démocrate », une pièce de Julie Timmerman | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/07/27/introduction-de-stephane-resche-au-livre-un-democrate-u

    Introduction de Stéphane Resche au livre « Un démocrate », une pièce de Julie Timmerman
    Publié le 27 juillet 2020 | Poster un commentaire

    Avec l’aimable autorisation des Editions C&F

    On commence par céder sur les mots
    et on finit parfois par céder sur les choses.
    Sigmund Freud, Psychologie collective et analyse du moi

    Tout a commencé en 2017 avec une représentation d’Un démocrate, pièce écrite et mise en scène par Julie Timmerman, consacrée à la figure d’Edward Bernays, le père des Public Relations. Né à Vienne en (1891 et mort à Cambridge (près d’Harvard, aux États-Unis) en 1995, Bernays est aujourd’hui une figure discrète du panorama médiatique occidental. Globalement, on ignore en effet le rôle fondamental qu’a joué, tant du point de vue théorique que pratique, le « double neveu » de Sigmund Freud dans la structuration textuelle, publicitaire, communicationnelle de notre actuelle société de la suggestion.

    Alors que le spectacle Un démocrate de la compagnie Idiomécanic Théâtre tournait (il tourne encore !), le texte réclamait une attention, un écrin, une diffusion. Son édition s’est imposée comme une évidence. Il a été décidé de l’accompagner d’autres contributions – artistiques et critiques –, autant d’outils potentiels de compréhension d’un monde malmené par les apparences.

    L’ouvrage que vous tenez entre les mains (on vous l’a bien vendu, n’est-ce pas ?) est le fruit d’un enchaînement de collaborations et de partenariats, comme pour démontrer que face à la manipulation des masses par la manipulation des mots, la seule solution consiste à se souder, à faire corps et front, pour mieux comprendre d’abord, pour mieux répondre ensuite. Le résultat est évident : c’est un livre qui dit les choses de notre temps. Un livre que l’on peut renverser, lire d’un trait, dans le désordre, ou feuilleter. C’est une pièce de théâtre augmentée mais aussi une série de points de vue illustrés.

    Notre invitation est donc double : la pièce de théâtre est d’abord à votre disposition pour être découverte sans détour ni accompagnement paratextuel (en espérant que vous aurez la chance de voir le spectacle aussi, si ce n’est déjà fait). Mais ce texte pour la scène a également fait naître des échanges captivants, qui ont fait jaillir ce que nous avons regroupé sous la forme d’un dossier critique, qui emboîte le pas à l’imagination foisonnante et tangible qu’une lecture de la pièce vous procurera assurément. Celui-ci comprend cinq contributions précédées d’une courte introduction dramaturgique qui est aussi un excursus sur la séduction de la propagande et sa mise en scène.

    Bernays était le roi de l’information publique, il nous fallait donc, dans notre dossier, aborder à la fois les mondes visuel et écrit. Voilà qu’un premier partenariat s’est noué avec la promotion 2018-2019 du nouveau DN MADE (diplôme national des métiers d’art et du design) Gravure, images imprimées et Images et narration, de l’école Estienne (école supérieure des arts et industries graphiques). Et les étudiants, accompagnés par Florence Jamet-Pinkiewicz, de prendre à bras-le-corps les métaphores dramaturgiques pour mieux interroger la distance critique nécessaire à leur profession future. En tant que créatrice, Florence Jamet-Pinkiewicz propose sa lecture de la pièce de Julie Timmerman et une réflexion sur les images. Elle développe également le processus de création des illustrations de la pièce par les étudiants de l’école Estienne. De cette manière, le témoignage ici reporté nous introduit dans la forge intellectuelle de futurs graphistes éclairés.

    Dans le prolongement des premiers féconds échanges avec les étudiants d’Estienne, la promotion 2019-2020 du master 2 Métiers du livre et de l’édition (parcours édition) de l’université de Caen – chapeautée par Marie-Astrid Bailly-Maître avec le regard avisé de Nicolas Taffin – a apporté sa curiosité, son engagement, son expertise, à la confection d’un ouvrage conçu sur-mesure. Permettez que l’on rende sincèrement et totalement, à Marie-Astrid Bailly-Maître et à son équipe au complet, les honneurs de la réussite de l’ouvrage qui vous appartient désormais. Dans sa contribution, Nicolas Taffin, notre éditeur et conseiller en chef, revient quant à lui sur l’art discret de la typographie, qui nous invite selon ses termes à « décortiquer les mécanismes de la publicité et de la propagande ». L’association des images construit des signes, des sens, qui ont vocation à manipuler le public. Et dans le retrait du monde plus effacé des livres, il est un art de la composition qui favorise à l’inverse la déconstruction, laissant la liberté éclore. La typographie présente ainsi une lueur d’espoir au sein même de l’organisation de la page.

    Lors des rencontres et des sessions de travail éditorial communes qui se sont tenues entre l’automne 2018 et le printemps 2020, la jeunesse nous a exhortés à repenser les codes, déjouant les attentes, réclamant des explications. Chacun a tiré en définitive des enseignements fertiles. En appui de nos discussions et des perspectives d’action, Karine Chambefort-Kay a ainsi décidé de nous apporter à son tour un éclairage sur la manière dont la photographie a su, dès les années 1930, concevoir des stratégies de riposte à l’usage propagandiste des images. En prenant du recul sur les travaux de Bernays, la chercheuse développe dans son exposé un discours critique sur les images, exposant la photographie comme outil de propagande, mais aussi comme instrument de combat fondamental face à la manipulation des masses.

    À ces réflexions s’ajoute l’intervention biographique, dynamique, indispensable que Mathis Buis a voulu consacrer spécifiquement à Bernays. En somme, avec sa plume acerbe, l’auteur nous ouvre les portes de la vie d’« Eddie » et nous propose, par la même occasion, une analyse de la société ultra-contemporaine, celle de la surconsommation, d’internet et de Netflix.

    Julie Timmerman, enfin, a accepté de nous confier ses convictions éminemment politiques du travail de mise en scène. Dans cet entretien mené par votre serviteur, l’autrice revient sur la genèse de sa pièce, Un démocrate, sur sa démarche de création, sur ses sources d’inspiration, ainsi que sur les idées qu’elle a tenu à défendre et à illustrer.

    Les présentations sont faites. Et l’ouvrage n’impose aucune préséance dans son utilisation. La pièce de théâtre, comme le dossier critique qui l’accompagne, n’attendent plus que vous. Nous espérons qu’ils vous plairont et qu’ils sauront vous offrir quelques belles idées pour affronter l’avenir. Bonne lecture !

    Stéphane Resche

    Julie Timmerman : Un démocrate

    Suivi du dossier : Edward Bernays, petit prince de la propagande

    C&F éditions, Caen 2020, 240 pages, 18 euros

    https://cfeditions.com/bernays

    #Un_démocrate #C&F_éditions #Edwards_Bernays #Propagande

  • Elinor Ostrom, Discours de Stockholm. En réception du prix Nobel d’économie 2009
    https://journals.openedition.org/lectures/41778

    Le discours d’Elinor Ostrom lors de la réception du Prix Nobel s’intitule « Au-delà des marchés et des États : la gouvernance polycentrique des systèmes économiques complexes ». Les systèmes polycentriques de gouvernance peuvent avoir plusieurs centres de prise de décision, qui peuvent être formellement soit indépendants les uns des autres soit interdépendants. Ces centres peuvent entrer dans des relations contractuelles ou de coopération et ont recours à des mécanismes centralisés pour la résolution des conflits. Le nœud des décisions prises dépend de la position et des caractéristiques des acteurs, de l’information disponible et des actions possibles en connaissance des coûts et bénéfices ainsi que des résultats potentiels. Elinor Ostrom défend la thèse selon laquelle ce type de système polycentrique peut gérer les réservoirs communs de ressources. À partir de la grande diversité de cas enregistrés par l’équipe de recherche, elle a en effet analysé les caractéristiques des institutions présentes dans les systèmes pérennes et étudié les régularités institutionnelles, qu’elle a appelé « principes de conception » (design principles) (p. 63). Il s’agit là d’un de ses apports majeurs. Ces principes, qui s’appliquent aux biens communs, peuvent se résumer dans une liste qui comprend (p. 63-64) : les limites concernant les usagers et les ressources ; l’accord avec les circonstances locales ; l’appropriation des bénéfices et l’apport proportionnel dans les coûts ; les arrangements collectifs pour l’usage ; le contrôle des utilisateurs et de la ressource ; les sanctions graduées selon le degré de violation des règles ; l’existence d’un mécanisme de résolution de conflits ; la reconnaissance minimale des droits et la gouvernance imbriquée qui implique différents niveaux d’intervention.

    7Ostrom met non seulement l’accent sur l’aspect technique de sa théorie de la gouvernance polycentrique et des modèles économiques qui en découlent dans la gestion des réservoirs communs de ressources mais aussi sur le développement de la structure de l’Institutional Analysis & Development Framework (IAD). Ce cadre d’analyse des institutions vise à contribuer à la dynamique du développement. Ainsi que l’explique Benjamin Coriat dans la préface (p. 23), la polycentricité revendiquée dans le titre du discours implique et nécessite la prise en compte des individus et des « méga » acteurs publics (États, entreprises, organisations non gouvernementales, etc.) puisqu’il s’agit de systèmes complexes.

    Si certains reprochent aux travaux d’Ostrom de s’inscrire dans une approche institutionnaliste historique, d’autres, comme Benjamin Coriat, y trouvent plutôt de la proximité avec la tradition libérale américaine. En situation de dilemme social, Elinor Ostrom considérait que la concertation des acteurs entre eux donnerait des résultats plus pérennes et mieux acceptés que ceux obtenus par une intervention externe. Car pour elle, les acteurs sociaux sont des agents mus par une pluralité de raisons, qui trouvent des solutions à leurs problèmes plutôt par les habitudes et les règles empiriques issues de l’usage (habits and rules of thumb) que par des « choix rationnels » tels que postulés par la théorie économique standard.

    Cet ouvrage stimulant fourni d’une riche bibliographie sur les communs et rend hommage à la réflexion visionnaire d’Elinor Ostrom. Il donne aux lecteurs un aperçu sur sa vie, de son œuvre et de sa joie dans la collaboration scientifique et dans la transmission. Avec la préface de Benjamin Coriat, spécialiste des communs, le lecteur pourra mieux comprendre les nuances dans l’élaboration du cadre d’analyse des communs et les enjeux contemporains lorsqu’il s’agit de la gouvernance des systèmes complexes, questions auxquelles s’est consacrée cette intellectuelle.

    9Les travaux d’Ostrom vont au-delà du domaine purement économique : la décroissance, l’écologie, le changement climatique, la propriété intellectuelle, la gestion des ressources libres d’accès sont parmi quelques domaines de recherche qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense aux communs, et ses dernières publications sur la « connaissance comme commun » en témoignent.❞

    #Elinor_Ostrom #Discours_Stockholm #C&F_éditions

  • César Rendueles, Joan Subirats, La cité en communs
    https://journals.openedition.org/lectures/41324

    L’ouvrage restitue une conversation entre deux chercheurs, César Rendueles et Joan Subirats, qui vise à questionner les perspectives politiques qu’ouvre l’engouement récent autour des communs. Dans la société civile, on ne compte plus les initiatives qui y font référence. Il en va de même dans la sphère académique, où de nombreuses disciplines s’en saisissent. Ainsi le concept de communs est-il mobilisé comme un «  outil à penser », selon Hervé Le Crosnier1, pour répondre aux enjeux sociaux et politiques contemporains comme la crise écologique ou l’évolution des régimes de production.

    La première partie de l’ouvrage s’ouvre par une discussion sur la définition du concept de communs et ses limites. César Rendueles parle d’un « impressionnisme conceptuel » (p. 12) qui permet au concept d’être assimilé par des projets autant néolibéraux, lorsqu’ils reconduisent une critique de l’État interventionniste, que conservateurs et xénophobes, lorsque promesse est faite d’une amélioration de la vie uniquement pour les membres d’une communauté nationale. La critique anti-institutionnelle, qui accompagne fréquemment la promotion des communs, s’inscrit également pour lui dans la longue lignée des tensions qui parcourent les mouvements politiques de gauche entre libertés individuelles et organisation collective. Or, pour César Rendueles, cette organisation collective, centrale dans la gestion des communs, semble effacée par la promesse de nouveaux droits sans que les devoirs et contraintes liés à cette participation ne soient clairement explicités.

    4Joan Subirats, quant à lui, propose d’appréhender les communs comme un «  concept parapluie » qui rend possible une logique d’action collective. Dans la lignée de mouvements plus anciens, comme l’anarcho-syndicalisme, le mutualisme ou le coopérativisme, la dynamique pro-communs4 permet de remettre en cause le fonctionnement par délégation («  faire au nom des autres ») pour suggérer une mobilisation et un engagement collectif. L’imprécision du concept permet justement une certaine souplesse dans ses applications.

    5La deuxième partie de l’ouvrage se concentre sur les controverses contemporaines autour des communs. Elle s’ouvre sur un échange autour de l’échelle d’action du mouvement et du périmètre des communautés concernées. Ici, les deux chercheurs remettent en question le périmètre micro et local de la communauté telle que la conçoit Östrom. Joan Subirats indique qu’il limite la portée de l’action collective. Le périmètre est pour lui l’un des enjeux majeurs auxquels se confrontent les mouvements pro-communs. César Rendueles pointe quant à lui un problème intrinsèque à la communauté : le périmètre de la communauté ne fait pas l’objet d’une délibération publique, puisqu’elle est ce qui précède la possibilité de délibération publique. Le risque, ici, est donc de passer d’un projet politique d’envergure à un simple projet de gestion collective dans lequel la gouvernance démocratique n’est plus interrogée. À Subirats qui mobilise Wikipédia comme un cas exemplaire de communs numériques, Rendueles oppose une critique de fond sur les formes de coopération qui s’opèrent entre les contributeurs. La coopération dans Wikipédia est rendue possible par des formes d’accord minimales, qui tendent à reproduire l’ordre établi sans l’interroger : « C’est pourquoi le libre savoir conserve les préjugés de genre ou d’ethnicité qui existent dans nos sociétés : la spontanéité collaborative du numérique est issue et s’adresse à la classe moyenne, masculine et occidentale » (p. 89)5.

    Retenons que César Rendueles soutient une perspective critique des communs, en soulevant les ambivalences du discours pro-communs et en mettant en garde contre les risques d’«  affinités monstrueuses » (p. 12) avec les dynamiques marchandes, prenant pour exemple le récent slogan de la banque d’épargne espagnole Abanca : «  se sentir communs ». Joan Subirats, quant à lui, voit dans l’intérêt pour les communs une possibilité pour repenser l’action collective à un moment de crise économique et politique. Les communs sont un moyen, pour lui, de développer le « nouveau municipalisme6 ». Son rôle d’élu7 explique partiellement ce positionnement tourné vers la production de savoirs destinés à nourrir l’action collective. Il propose en postface de l’ouvrage un bilan de mi-mandat, dans lequel il présente les expérimentations institutionnelles en cours comme la cession de terrains publics à destination de projets d’habitat coopératif ainsi que les réflexions pour réguler les plateformes de l’économie collaborative (Uber, AirBnB, Deliveroo).

    #Cité_communs #Joan_Subirats #César_Rendueles #C&F_éditions

  • Compte-rendu de l’ouvrage de Tristan Nitot « Surveillance :// les libertés au défi du numérique : comprendre et agir » – PandHeMic
    https://pandhemic.hypotheses.org/1379

    Sur la forme, le texte est bien organisé, construit de façon logique. L’écriture est particulièrement accessible pour les personnes qui ne sont pas spécialistes du champ numérique ou souhaiteraient avoir une première approche des liens entre la surveillance et les droits des êtres humains au sens large. L’auteur appuie son argumentation sur les modalités de fonctionnement des outils et applications numériques ainsi que les règles juridiques qui les encadrent. Par ailleurs, l’illustration choisie pour la couverture, reprise pour l’annonce de chaque partie, est en adéquation avec le thème. Les deux cercles qui s’entrecroisent suggèrent des jumelles, accessoire de la surveillance dans l’imaginaire collectif et les représentations sociales.

    Son ouvrage s’articule autour de la question : « comment saisir le potentiel positif de l’informatique connectée sans devenir victime de la surveillance de masse ? »[6] Cette question est un prétexte pour examiner les traces numériques que chacun·ne d’entre-nous laisse non seulement sur ses appareils, mais aussi les applications et services connectés que nous utilisons. De ce fait, il interroge le lien entre les technologies informatiques et numériques et les libertés individuelles, dont la préservation de la vie privée. Il soulève ici des enjeux politiques et sociaux. L’ouvrage est structuré en quatre parties qui vont être présentées successivement.

    Pour autant, chacun de nous a besoin d’une part d’intimité. « La liberté exige la sécurité sans intrusion »[12]. Des textes sur les droits des êtres humains et garanties de la vie privée sont rappelés ainsi que le rôle des institutions telles que la CNIL pour la protection de la vie privée. Or, le numérique semble apporter une « érosion de la vie privée »[13], érosion qui va de pair avec un manque de confiance des citoyens·nes dans les institutions. Pourtant ce problème est similaire pour les plateformes de Réseaux sociaux numériques (RSN) ou médias sociaux grâce auxquelles les utilisateurs·trices partagent des informations sur eux-mêmes, et renoncent volontairement à une part de leur vie privée sous prétexte de n’avoir rien à cacher. D’autre part, ces RSN ne proposent à leurs utilisateurs·trices qu’une partie des informations disponibles sur la plateforme au moyen d’un algorithme de sélection

    La deuxième partie de l’ouvrage a pour objet les mécanismes de la surveillance de masse. Elle commence par un constat : médias sociaux d’un côté, et politique de sécurité de l’autre favorisent l’érosion de fait de la vie privée. Puisque chacun devient dépendant des objets informatiques connectés, il nous faut comprendre leur fonctionnement afin de mieux contrôler les informations transmises et leur usage. Il s’agit d’éviter que l’outil informatique « nous contrôle ou permette à d’autres de nous contrôler »[16].

    La troisième partie porte sur les limites possibles à la surveillance. Tristan Nitot identifie sept principes qui redonnent du contrôle aux utilisateurs·trices : utiliser des logiciels libres, le contrôle des lieux de stockage de données au moyen de l’auto-hébergement, chiffrer les échanges, trouver un modèle économique qui ne dépend pas du profilage des utilisateurs·trices, proposer une ergonomie de bon niveau, être compatible avec les systèmes existants et à venir et apporter un plus concret et immédiat par rapport aux offres existantes.

    La dernière partie propose des solutions pour limiter la surveillance au quotidien. En premier lieu, il est nécessaire d’identifier quels types de données doivent être protégées et contre quelles menaces.

    L’apport au débat de société de cet ouvrage est important puisqu’il propose des clés de réflexion sur le numérique et des solutions techniques afin de mieux contrôler nos données, ce qui est un atout indéniable de l’ouvrage. Si un lecteur averti en vaut deux, remercions Tristan Nitot de ses avertissements. Ainsi, quelques jours après la première lecture de cet ouvrage, l’auteure de cette note critique a pu mesurer les traces qu’elle laissait en découvrant qu’elle pouvait accéder à son historique du week-end sur l’ordinateur utilisé au bureau. Si l’on peut être tenté d’y trouver un côté pratique, dans un premier temps, je me suis demandée, dans un second temps, qui d’autre pouvait faire le lien entre les pratiques personnelles et professionnelles. J’ai opté pour un changement de navigateur. Tristan Nitot suggère qu’il est relativement simple d’installer et d’utiliser son propre matériel afin de le contrôler et de limiter les données que l’on offre aux grandes entreprises. À titre personnel, je ne sais pas si je tenterai de faire cela sans l’aide d’une personne ayant davantage de connaissances dans l’utilisation de ces systèmes.

    L’objectif proposé par Tristan Nitot au début de son livre était d’exposer le potentiel positif de l’informatique connecté en limitant la surveillance de masse. Le texte atteint tout à fait cet objectif.

    #Tristan_Nitot #Surveillance #C&F_éditions

  • Nous ne devons pas ignorer le monde au profit de nos modèles | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/14/nous-ne-devons-pas-ignorer-le-monde-au-profit-de-nos-mo

    Nous ne devons pas ignorer le monde au profit de nos modèles
    Publié le 14 avril 2020

    Deux remarques pour commencer.

    Il n’y a pas de prix Nobel d’économie mais un prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Malgré les dénégations de beaucoup d’économistes, l’économie ne relève pas des sciences dites exactes (comme les mathématiques ou la physique) mais bien des sciences sociales. L’économie devrait nous parler des systèmes de production, de leurs évolutions, de leurs contradiction et des choix démocratiques nécessaires à la construction des futurs.

    Seconde remarque. Ce discours de Stockholm n’est pas une critique de l’économie politique. Il n’y a ici aucune allusion au mode de production, au capitalisme, aux rapports sociaux, aux classes sociales ni au système de genre. Le vocabulaire est infesté de termes du néolibéralisme, à commencer par la gouvernance, le contrat et les partenaires. La critique de l’idée saugrenue – mais idéologiquement très puissante – « des individus isolés et anonymes » me semble plus que faible.

    Alors pourquoi lire ce discours ? Elinor Ostrom, à partir d’études de terrain critique des modèles – que je qualifierai plutôt d’idéologiques que scientifiques – de l’économie diffusée et enseignée (ce qui ne signifie pas que toutes les études soient sans intérêt). Pour celleux qui en douteraient, voir les liens entre l’Ecole de Chicago et la dictature d’Augusto Pinochet…

    Comme l’indique Benjamin Coriat dans sa préface, elle soutient que « le point de départ de la théorie économique dominante n’est pas acceptable », que l’invention d’« un agent rationnel » ne dit pas grand-chose d’utile « à la connaissance des sociétés humaines telles qu’elles fonctionnent véritablement, ne peut-être dérivé de telles prémisses ». Le préfacier souligne aussi l’apport de la notion de « réservoirs communs de ressources », des biens non-rivaux et possiblement d’accès universel, le rôle du « droit d’usage » et donc d’une remise en cause du droit de propriété, le besoin d’« approches polycentriques », la relation que les réservoirs communs de ressources « entretiennent aux droits fondamentaux de la personne et aux droits humains », l’importance accordée à l’écologie…

    Elinor Ostrom discute, entre autres, des réservoirs commun de ressources et des biens publics, des effets des choix discutés et de l’auto-organisation des communautés concernées, d’exemples dans l’organisation des ressources hydrauliques ou forestières, de la différence entre complexité et chaos, de la typologie des biens en regard de leur possible utilisation, des niveaux des organisations humaines pour résoudre « des dilemmes sociaux » (pourquoi ne pas parler de choix démocratiques ?), de ressources partagées, et de niveaux de coopération, de la nécessité d’avoir une approche pluri-disciplinaire…

    « Pour résumer, toutes ces expériences de ressources communes et de biens publics ont prouvé que de nombreuses prédictions nées des théories conventionnelles de l’action collective sont erronées ». Les êtres humains savent coopérer, contrôler, donc gérer – mais qui en doutait ?

    Le titre de cette note est emprunté à l’autrice.

    Au delà des divergences théoriques et politiques, il me semble utile d’engager un dialogue avec celles et ceux qui développent d’autres regards sur les communs…

    Elinor Ostrom : Discours de Stockholm

    En réception du Nobel d’économie 2009

    Préface de Benjamin Coriat

    C&F Editions, Caen 2020, 220 pages, 15 euros

    Didier Epsztajn

    #Elinor_Ostrom #C&F_éditions #Benjamin_Coriat #Communs

  • Bérengère Stassin, (cyber)harcèlement. Sortir de la violence, à l’école et sur les écrans
    https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/22022

    En France, 5 à 6 % des élèves du premier et du second degré sont victimes de harcèlement scolaire. C’est par ce chiffre éloquent que débute l’ouvrage de Bérengère Stassin, où l’auteure investigue les transformations du phénomène en lien avec l’émergence du cyberharcèlement. Elle apporte une contribution essentielle aux réflexions dans ce domaine, en nous livrant tout d’abord une synthèse de la littérature existante sur le sujet de la violence entre enfants, longtemps invisibilisé, ainsi qu’une définition précieuse du harcèlement scolaire, de la cyberviolence et du cyberharcèlement – dont elle étudie l’ensemble des manifestations. Si le harcèlement scolaire commence à faire l’objet de recherches en sciences humaines et sociales dans les années 1970, ce n’est qu’à l’aube des années 2010 qu’il devient un problème public. En effet, son prolongement via les médias sociaux attire l’attention des pouvoirs publics tandis que l’on découvre les chiffres des premières enquêtes de victimation. Par la richesse des exemples mentionnés, les chapitres I à III balayent un certain nombre de mythes et apportent un lot de résultats marquants. Non, le harcèlement et la cyberviolence ne sont pas qu’une affaire de jeunes, qui prendrait magiquement fin à l’issue du lycée : la violence se poursuit dans l’enseignement supérieur et dans le monde professionnel. Et elle n’affecte pas de la même manière les différents groupes sociaux, se colorant notamment d’une dimension genrée et d’une homophobie qu’il convient de prendre en compte. Une fois ces constats dressés, une partie conséquente du livre (chapitre IV) se consacre à un inventaire des moyens de lutte à disposition des acteurs de la prévention. S’appuyant sur les outils de l’éducation aux médias et à l’empathie, l’auteure montre la nécessité d’impliquer directement les jeunes dans ce processus, nous invitant aussi à dépasser les discours technicistes et catastrophistes en rappelant la richesse et la diversité de leurs activités en ligne.

    Cherchant à établir si les violences en ligne ne sont « qu’un “vieux vin […] dans une nouvelle bouteille” » (p. 91), l’auteure de l’ouvrage astucieusement nommé (cyber)harcèlement, situe à la fois le phénomène dans une logique de rupture et de continuité avec le harcèlement scolaire. D’un côté, les cyberviolences apparaissent comme le prolongement logique de rapports de sociabilité préexistants, constituant la trace d’une violence entre jeunes que personne ne voulait voir. Mais par les canaux de diffusion originaux qu’elle emprunte (smartphones, médias sociaux…), cette violence se prolonge en dehors du temps scolaire et pénètre le lieu du foyer, qui pouvait autrefois constituer un espace de répit et de repos. Reprenant à son compte le concept de chambre d’écho, Bérengère Stassin montre aussi très bien et à travers plusieurs cas concrets l’amplification démesurée des phénomènes violents que le web peut parfois induire.

    Pour lutter contre le harcèlement et le cyberharcèlement à l’école, Bérengère Stassin passe en revue les outils de l’éducation à l’empathie, couplés à ceux de l’éducation aux médias et à l’information. S’attachant à décrypter le rôle des émotions dans le déclenchement des violences, elle déconstruit l’image de tyran tout-puissant associée à la figure du bully (p. 136) : « Bien qu’il renvoie l’image de quelqu’un de fort et sûr de lui, le meneur souffre souvent, de par son histoire personnelle, d’une faille narcissique et d’une faible estime de lui-même ». Ses agissements sont liés à son incapacité de se mettre à la place d’autrui, et ceux des suiveurs, motivés par la peur des sanctions normatives exercées par le groupe. C’est dans le cas de ces derniers que la marge de manœuvre des équipes éducatives est la plus grande, certains d’entre eux pouvant changer de comportement une fois repérés. Le choix de conclure son ouvrage par un volet consacré à l’éducation aux médias dénote le caractère engagé et émancipatoire des recherches conduites par Bérengère Stassin, qui mobilise une approche compréhensive des cultures juvéniles. Après avoir souligné les nombreux risques des médias sociaux, elle rappelle la richesse des usages développés par les jeunes en ligne : le prolongement d’une sociabilité entre pairs et l’acquisition d’une forme d’autonomie, la recherche d’informations et d’apprentissages, la prescription et la création culturelles, ou encore la construction identitaire via l’appartenance à des communautés etc. Pour la chercheuse, « il ne s’agit donc pas de condamner les pratiques des adolescents ou le manque de recul que certains peuvent avoir, mais de renforcer leurs compétences numériques et de leur apprendre à publier et à partager de l’information de manière réfléchie et responsable » (p. 150).

    #Cyberharcèlement #Bérengère_Stassin #C&F_éditions