#c&f_éditions

  • Recension de « Twitter & les gaz lacrymogènes » par Stéphane Bortzmeyer
    https://www.bortzmeyer.org/twitter-gaz-lacrymos.html

    Beaucoup de textes ont été écrits sur le rôle de l’Internet, et des réseaux sociaux centralisés, comme Facebook ou Twitter, dans des évènements politiques. Ce fut le cas, par exemple, du printemps arabe. L’auteure explore, dans ce livre très riche et très rigoureux, tous les aspects de cette relation entre les militants et les techniques d’information et de communication. Twitter peut-il battre les gaz lacrymogènes ?

    Une des raisons pour lesquelles bien des discours sur les mouvements politiques utilisant l’Internet sont très unilatéraux est que beaucoup de leurs auteurs sont des férus de technique qui ne connaissent pas grand’chose à la politique, et qui découvrent comme s’ils étaient les premiers à militer, ou bien ils sont des connaisseurs de la politique, mais complètement ignorants de la technique, dont il font un tout, animé d’une volonté propre (les fameux « algorithmes »), et pas des outils que les gens vont utiliser. L’auteure, au contraire, informaticienne, puis chercheuse en sciences politiques, connait bien les deux aspects. Elle a étudié en profondeur de nombreux mouvements, les zapatistes au Mexique, Occupy Wall Street, l’occupation du parc Gezi, Black Lives Matter, les révolutions tunisienne et égyptienne, en étant souvent sur le terrain, à respirer les gaz lacrymogènes. (Les gilets jaunes n’y sont pas, bien que ce mouvement mériterait certainement d’être étudié dans son rapport à Facebook, mais le livre a été publié avant.) Et elle analyse le rôle de l’Internet, en chercheuse qui le connait bien, en voit les forces et les limites.

    Parmi les affordances de l’Internet, il y a le fait que beaucoup de choses sont possibles sans organisation formelle. Des mouvements très forts (comme celui du parc Gezi) ont été possibles sans qu’un parti traditionnel ne les structure et ne les dirige. Mais, bien sûr, cet avantage a aussi une face négative : puisque la nécessité d’une organisation n’est pas évidente, on peut se dire qu’on peut s’en passer. Au début, ça se passe effectivement bien, sans les lourdeurs bureaucratiques exaspérantes. Mais, ensuite, les problèmes surgissent : le pouvoir en place fait des ouvertures. Comment y répondre ? Ou bien il change de tactique, et le mouvement doit s’adapter. Et, là, l’absence d’un mécanisme de prise de décision commun se fait sentir, et beaucoup de mouvements s’affaiblissent alors, permettant à la répression de disperser ce qui reste.

    Léger reproche à l’auteure : elle ne discute pas ce qui pourrait arriver avec d’autres outils que les gros réseaux centralisés étatsuniens comme Facebook ou Twitter. Il est vrai qu’on manque encore d’exemples détaillés à utiliser, il n’y a pas encore eu de révolution déclenchée sur le fédivers ou via Matrix.

    Je n’ai donné qu’une idée très limitée de ce livre. Il est très riche, très nuancé, l’auteure a vraiment tenu à étudier tout en détail, et aucun résumé ne peut donc suffire. En conclusion, un livre que je recommande à toutes celles et tous ceux qui veulent changer le monde et se demandent comment faire. Il n’est ni optimiste, ni pessimiste sur le rôle de l’Internet dans les révolutions : « ni rire, ni pleurer, mais comprendre »

    #Zeynep_Tufekci #C&F_éditions #Stéphane_Bortzmeyer

  • affordance.info : Inauguration de C&F Editions.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/09/inauguration-de-cf-editions.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0240a4b40272200d-600wi

    Ce samedi 5 Octobre, si vous êtes sur Paris, vous êtes chaleureusement invité(e)s à passer faire un tour dans ce qu’il est coutume d’appeler une « petite » maison d’édition. Qui s’appelle C&F Editions. « C » pour Cigale et « F » pour Fourmi. Dans cette « petite » maison d’édition tenue par deux gaillards qu’il est coutume d’appeler « grands », sieur Hervé Le Crosnier et sieur Nicolas Taffin, se tisse depuis déjà quelques années la trame de ce qu’il est coutume d’appeler la « culture numérique » mais aussi la « culture des Communs ». Et aussi d’ailleurs sur le Jazz. Oui il y a un lien. Mais si.

    Bref. J’ai la chance de faire partie des auteurs édités par C&F Editions. Parce qu’en plus de me trouver au milieu des noms présents sur le carton ci-dessous, je peux aussi me la péter grave en soirée en annonçant que j’ai le même éditeur que danah boyd et Zeynep Tufekci qui sont, à mes yeux en tout cas, deux des chercheuses qui produisent aujourd’hui le discours critique le plus vif, le plus clair et le plus pédagogique sur nombre de questions « du numérique ».

    Or donc me direz-vous ? Or donc la maison C&F Editions s’est trouvée un local parisien. Dans lequel vous êtes convié(e)s - oui, Vous - à venir passer cinq minutes ou cinq heures ce samedi 5 Octobre. J’y serai à partir de 15h. Les autres présent(e)s sont indiqué(e)s par là.

    Mais c’est bien connu, les invitations s’il n’y a pas de mirifiques lots à gagner, ça marche moyen. Alors je lance ...
    Le grand jeu concours de l’inauguration de C&F Editions.

    Règlement : Un exemplaire d’un ouvrage surprise vous sera offert par moi-même si vous êtes capable de me donner le nom du personnage que l’on voit de dos sur la photo ci-dessous. Pour ce faire il vous suffira d’être le premier ou la première à venir me hurler au visage le nom dudit personnage dès que vous me verrez samedi dans les locaux de C&F Editions.

    Carton

    Nota-Bene 1 : il n’est pas impossible que je sois l’auteur de cet ouvrage surprise et que vous l’ayez déjà. Mais bon. C’est pas non plus une question super difficile hein.

    Nota-Bene 2 : merci de hurler courtoisement.
    Mais c’est pas tout. Gros lot du grand jeu concours.

    Accrochez-vous. La totalité, oui j’ai bien dit la TOTALITÉ du catalogue de C&F Editions sera offerte, en version papier et en version numérique garantie sans DRM, au premier ou à la première capable de donner le descriptif détaillé exact du contenu du sac à dos porté par le personnage de dos sur le carton d’invitation. Et oui.

    Alors à Samedi. On compte sur vous.

    Nota-Bene : ma présence samedi reste tout de même conditionnée au match de mercredi matin. Si l’équipe de France de rugby perd contre les Etats-Unis j’entame immédiatement une reconversion monastique et je pars brasser de la bière dans une abbaye en Belgique dans ma robe de bure.

    Mais sinon à Samedi.

    #C&F_éditions #Olivier_Ertzscheid

  • (cyber)harcèlement - Doc pour docs
    http://docpourdocs.fr/spip.php?article643

    D’ailleurs, quel professeur(e) documentaliste n’a jamais été interpellé(e) par son ou sa chef d’établissement au sujet d’un problème de violence en ligne commis par un ou plusieurs élèves de l’établissement ? A qui n’a-t on jamais demandé, dans l’urgence, de prévoir une ou plusieurs interventions avec une classe pour armer les élèves à mieux vivre un problème semblable ?
    Pour réagir à toutes ces situations nous menons une veille régulière sur le sujet. Mais c’est un travail long… Et nous avons parfois besoin d’une bonne remise à niveau sur le sujet !
    Le livre de Bérengère Stassin, (cyber)harcèlement , est le livre idéal pour découvrir ou se remettre à jour sur toutes les questions de violence en ligne. Indispensable pour les professeurs documentalistes, il sera aussi utile pour les personnels de direction et les CPE concernés par ce sujet. Très accessible, il se lit avec facilité et permet de préciser et de structurer les concepts en lien avec la violence en ligne. Plus encore, le livre propose des pistes pédagogiques et éducatives en prévention des situations de harcèlement.

    Enfin, l’ouvrage offre de pistes institutionnelles et pédagogiques d’intervention et de prévention du cyberharcèlement. Le rôle des partenariats associatifs ainsi que des instances comme le CESC (comité d’éducation à la santé et la citoyenneté) sont précisés. L’auteure relève la nécessaire formation aux compétences psycho-sociales et notamment la formation aux émotions individuelles et collectives notamment dans le cadre du parcours éducatif de santé. Enfin elle souligne et développe le rôle de l’EMI pour renforcer les compétences numériques, informationnelles, médiatiques et communicationnelles des adolescents.
    (cyber)harcèlement est donc un ouvrage à la fois extrêmement précis, documenté et exhaustif sur le sujet des cyberviolences…. Une lecture indispensable !

    Pour vous faire une idée plus précise de son ouvrage, nous avons demandé à l’auteure de répondre à quelques questions. Nous la remercions d’avoir accepté...

    4. Comment pensez-vous que nous pouvons en tant qu’enseignants, et plus précisément professeurs documentalistes, prévenir cette violence ?

    Il faut envisager le harcèlement et le cyberharcèlement comme les deux faces d’une même pièce et les combattre par les mêmes dispositifs et notamment par des dispositifs éducatifs. Dans mon livre je parle de l’éducation à l’empathie, car les émotions jouent un rôle prépondérant dans ces phénomènes. Il faut apprendre aux élèves à verbaliser leurs émotions, mais aussi à reconnaître celles des autres, à se mettre à leur place. Je parle aussi de l’éducation aux médias et à l’information, qui vise, entre autres, à apprendre aux élèves à gérer leur présence en ligne, à comprendre le fonctionnement des médias sociaux, mais aussi à identifier la nature des messages et à faire preuve d’esprit critique. L’enjeu est de leur faire prendre conscience qu’une information compromettante circulant, en ligne ou hors ligne, à l’encontre de tel ou tel camarade n’est peut-être qu’une simple rumeur visant à lui nuire et qu’il n’est probablement pas nécessaire de la relayer ou de la « liker ». Le professeur documentaliste a bien évidemment un rôle clé à jouer dans ces éducations et notamment dans le renforcement de la culture informationnelle et numérique des élèves. En outre, pour travailler sur les émotions, la tolérance, la différence, certains documentalistes mettent en place des ateliers de bibliothérapie. C’est aussi une belle piste à creuser.

    #Cyberharcèlement #Bérengère_Stassin #C&F_éditions

  • Les technologies numériques, atout ou handicap des luttes ?
    https://reporterre.net/Les-technologies-numeriques-atout-ou-handicap-des-luttes

    Dans « Twitter & les gaz lacrymogènes », Zeynep Tufekci s’intéresse à la place des réseaux numériques dans les mobilisations politiques : une puissance indéniable mais fragile du fait des monopoles de l’économie du web.

    Présentation du livre par son éditeur :

    Les mouvements sociaux à travers le monde utilisent massivement les technologies numériques. Zeynep Tufekci était présente sur la place Tahrir et en Tunisie lors des printemps arabes, à Istanbul pour la défense du parc Gezi, dans les rues de New York avec Occupy et à Hong-Kong lors du mouvement des parapluies. Elle y a observé les usages des téléphones mobiles et des médias sociaux et nous en propose ici un récit captivant.

    Les réseaux numériques permettent de porter témoignage et d’accélérer les mobilisations. Ils aident les mouvements à focaliser les regards sur leurs revendications. Cependant, l’espace public numérique dépend des monopoles de l’économie du web. Leurs algorithmes, choisis pour des raisons économiques, peuvent alors affaiblir l’écho des contestations. Au delà de leur puissance pour mobiliser et réagir, faire reposer la construction des mouvements sur ces technologies fragilise les organisations quand il s’agit de les pérenniser, quand il faut négocier ou changer d’objectif tactique.

    De leur côté, les pouvoirs en place ont appris à utiliser les médias numériques pour créer de la confusion, de la désinformation, pour faire diversion, et pour démobiliser les activistes, produisant ainsi résignation, cynisme et sentiment d’impuissance. Une situation qui montre que les luttes sociales doivent dorénavant intégrer dans leur stratégie les enjeux de l’information et de la communication aux côtés de leurs objectifs spécifiques.

    Zeynep Tufekci est professeure à l’Université de Caroline du Nord (États-Unis). Née en Turquie, elle a débuté comme développeuse informatique avant de s’intéresser aux sciences humaines et sociales. Elle se définit dorénavant comme une « techno-sociologue ». Chroniqueuse régulière pour The Atlantic et The New York Times, ses interventions lors des conférences TED sont largement diffusées et montrent sa capacité à captiver un public en soulevant des questions essentielles sur les usages des médias sociaux.

    Twitter & les gaz lacrymogènes. Forces et fragilités de la contestation connectée, de Zeynep Tufekci, C&F éditions, septembre 2019, 430 p., 29 €.

    #C&F_éditions #Zeynep_Tufekci

  • De nouvelles formes de refus violent de l’égalité | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/08/13/de-nouvelles-formes-de-refus-violent-de-legalite

    « En France, sept cent mille élèves sont victimes de harcèlement scolaire… ». Il ne s’agit pas d’une somme de cas individuels ou de pratiques marginales. Des brimades nouvelles s’ajoutant à d’autres formes de subordination des enfants

    Bérengère Stassin aborde les conséquences du harcèlement scolaire, la nécessité à « reconnaître l’enfant harcelé comme une victime, à ne pas minimiser sa souffrance et encore moins à lui faire porter la responsabilité et à le culpabiliser », les stratégies d’adaptation négatives les conduites auto-agressives, l’enfermement dans le silence, l’isolement, le suicide…

    Elle parle aussi des affaires de sexting et de revenge porn auxquelles de jeunes filles sont confrontées, de la naissance des rumeurs. Elle conclut le chapitre par les stratégies d’adaptation positives comment passer de victime à acteur et actrice de la lutte contre le harcèlement et plus généralement dans la vie…

    Il ne faut pas oublier que les premières violences – dont les violences sexuelles – exercées sur les enfants le sont par des adultes du proche entourage, dont les parents.

    Reste qu’il ne faut négliger aucune des modifications possibles dans les procès d’éducation, permettant de construire l’empathie, la solidarité, l’autonomie, les compétences et les goûts – ici plus particulièrement du numérique – et d’encourager les expériences, les pratiques plus émancipatrices, tant au niveau collectif qu’au niveau individuel.

    De ce point de vue, le livre permet à la fois de connaître les formes prises par la cyberviolence, de comprendre ce phénomène, de nommer et de rendre public des éléments dont les victimes ne sont en rien responsables, d’agir sur des usages et des signes de « reconnaissance », de dégager des pistes de construction sociale de soi…

    #C&F_éditions #Bérengère_Stassin #Cyberharcèlement

  • Sciences sur la Place 2019 : Bérengère Stassin nous parle du (cyber)harcèlement. | Factuel
    https://factuel.univ-lorraine.fr/node/12147

    Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’IUT Nancy Charlemagne et membre du Centre de recherche sur les médiations (Crem), Bérengère Stassin nous raconte la genèse de son livre et préconise des solutions pour pallier les violences qui s’exercent par le biais des smartphones et des médias sociaux.
    Pourquoi j’ai écrit ce livre

    « J’ai écrit ce livre pour synthétiser les connaissances que nous avons aujourd’hui, grâce à la littérature scientifique, sur le phénomène de cyberharcèlement scolaire, pour montrer que cette nouvelle forme de violence impacte l’identité numérique des victimes, mais aussi des agresseurs, du fait des traces numériques laissées par les contenus publiés en ligne. J’ai également voulu présenter les différents acteurs de la lutte contre le (cyber)harcèlement et les dispositifs éducatifs qui peuvent être mobilisés dans le cadre de cette lutte ».
    De l’identité numérique aux actes malveillants

    « Ma thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication (en 2015) en est le point de départ. Intitulée « Médiations documentaires et médiations identitaires dans une communauté de savoir en ligne : le cas de la blogosphère infodoc », elle questionne la finalité de cet outil de médiation qu’est le blog : un partage d’expériences et de savoirs , des liens qui se tissent peu à peu entre les blogueurs qui finissent par former un tout dynamique, une communauté en ligne. Au sein de cette blogosphère, les acteurs valorisent leurs compétences et leur expertise, construisent leur identité et leur réputation numériques ».

    « Un jour, je suis intervenue dans un lycée pour parler de l’identité numérique et des réseaux sociaux. À l’issue de cette intervention et face aux problèmes exposés par les élèves (insultes en ligne, publication d’images compromettantes), l’idée m’est venue d’étudier les différentes formes de cyberviolence scolaire et donc d’étudier l’identité numérique au prisme de cette nouvelle violence. Je me suis appuyée sur de nombreux faits relatés par les médias et sur des témoignages de victimes publiés sur les médias sociaux. J’ai montré aussi que cette violence frappe partout et dans tous les milieux : à l’université, entre étudiants ou à l’encontre des enseignants, dans le monde professionnel, dans l’espace public et dans les relations conjugales.
    Les clés pour sortir de la (cyber)violence

    « Lorsque sexisme, discrimination physique, racisme, homophobie se révèlent au grand jour et conduisent à des situations dramatiques inacceptables, il est essentiel de mettre en place des solutions pour dépasser ces phénomènes. Aujourd’hui, différents dispositifs éducatifs sont développés au sein de l’école : l’éducation aux médias et à l’information, l’éducation à l’esprit critique, l’éducation à l’empathie. Les enjeux sont multiples : apprendre aux élèves à verbaliser leurs émotions, à mieux se connaître, à se mettre à la place de l’autre, à dépasser les stéréotypes et les préjugés, à réfléchir avant de publier ou de relayer un contenu, à prendre conscience que derrière l’écran, il n’y a pas qu’une machine, mais des êtres humains ».

    #C&F_éditions #Bérengère_Stassin #Cyberharcèlement

  • “À l’école du partage”, un livre incontournable ! | L’ÉCOLE DE DEMAIN
    https://ecolededemain.wordpress.com/2019/08/30/a-lecole-du-partage-un-livre-incontournable

    Cet ouvrage écrit par deux professeures documentalistes est une passionnante réflexion sur les communs numériques, l’éducation aux médias et à l’information et sur la culture numérique dans laquelle baignent nos élèves, et nous aussi ! Il s’agit de prendre conscience de nos marges de réflexion et d’action en tant qu’enseignant pour participer à la construction d’un monde en adéquation avec les valeurs de la République qui intègre les dimensions numériques.

    Il propose de partir des pratiques des jeunes sans les juger car c’est à eux de les conscientiser et de porter un regard critique pour pouvoir évoluer. En effet, il serait illusoire en tant qu’éducateur de vouloir leur expliquer ce qu’il “faudrait faire” selon nous !

    Cet ouvrage pousse le lecteur à réinterroger ses propres pratiques et cadres de confiance. C’est une excellente façon de résister à la tentation de valider/invalider ce que font et pensent nos élèves et d’entrer avec eux dans une démarche réflexive personnelle et collective. On est loin des séquences toutes faites « clé en main » qui donnent bonne conscience à l’enseignant sans apporter grand chose aux élèves. Ici on propose de chercher ensemble, de rentrer dans une démarche d’investigation à propos de phénomènes d’actualité brûlants : Est-ce vrai ou faux ? Plus ou moins convaincant ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui donne envie de cliquer sur cette info ?… Les questions sont concrètes, réelles, pas fabriquées ou artificiellement amenées. C’est difficile et exigeant, abordé avec sérénité, responsabilité et ambition pour des élèves qui vont affûter leur esprit critique.

    L’acquisition d’une culture commune, y compris une culture commune numérique est au cœur des préoccupations de cet ouvrage.

    Plusieurs questions cruciales sont abordées comme le copier/coller par exemple. La copie, condition indispensable bien avant Internet, à la diffusion de la culture est amenée d’une façon originale et vraiment intéressante. On est loin de la « criminalisation » habituelles des pratiques numériques, en effet, considérer la copie uniquement sous l’angle du vol empêche de penser le partage et la circulation des connaissances dans la société. Copier est noble quand on cite ses sources et qu’on ne s’approprie pas le travail des autres. Il ne faut pas interdire le copier/coller mais plutôt travailler dessus : apprendre à collecter, organiser, citer, partager… l’objectif est d’amener les élèves au « copier-coller-créer ».

    On y trouve aussi des pratiques culturelles, des expériences de partage et de remix comme Museomix et les fanfictions… que tout le monde ne connaît pas forcément et qui sont très inspirantes pour développer la culture participative au sein d’un établissement scolaire.

    Loin d’être réservé aux profs doc cet ouvrage est éclairant sur les questions de fond et riche en pistes pédagogiques pour des enseignants de tous niveaux et toutes disciplines intéressés par les enjeux du numériques dans notre société et soucieux d’aborder ces questions avec leurs élèves.

    #C&F_éditions #Ecole_Partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • Tra Netflix e Facebook, trova le differenze | il manifesto
    https://ilmanifesto.it/tra-netflix-e-facebook-trova-le-differenze

    Par Giorgio Griziotti, auteur de «Neuricapitalisme» chez C&F éditions.

    The Great Hack, Privacy violata documentario diffuso su Netflix dal 24 luglio 2019 e recensito dal manifesto, si unisce al coro d’indignazione levatosi dopo la rivelazione del grande scandalo politico Facebook-Cambridge Analytica.

    In quella occasione la società inglese di consulenza diretta da Alexander Nix e cofondata da Steve Bannon, ideologo del trumpismo, aveva raccolto ed utilizzato, a loro insaputa, i dati personali di milioni di profili Fb per scopi di pubblicità politica a sostegno della vittoriosa campagna di Trump del 2016.

    Al di là dell’apprezzabile fine divulgativo, quello che sorprende e fa riflettere è un certo manicheismo degli autori che si accontentano di mettere in scena un’infantile divisione fra i tanti buoni ed il grand vilain, Alexander Nix criticando le deboli scuse di Zuckerberg. Il che fra l’altro non deve dispiacere troppo a Netflix che ormai si trova in concorrenza frontale con Fb.

    Non viene messo in luce che Brittanny Kaiser, ambiguo personaggio chiave e whistleblower pentita, viene assunta da Ca e messa a dirigere il “contratto Trump” proprio grazie, fra l’altro, alla sua esperienza nella prima campagna tecnologica americana di Obama. Nel “contratto Trump” viene usato lo stesso approccio funzionale basato sul datamining degli elettori indecisi, negli swing States. Con la differenza che CA dispone di giacimenti di big data immensamente più estesi, estratti dal profondo del bios mediante la malcelata complicità di Fb.

    Al di là della facile indignazione è però fuorviante far credere che Trump sia stato eletto grazie ad un raffinato complotto algoritmico e tecnologico che manipola le menti degli elettori più influenzabili. Sembra molto più plausibile che le ragioni politiche profonde della vittoria trumpiana siano le stesse di quella del Brexit o del recente 34% italiano della Lega alle europee.

    Il fascismo 2.0 trova il campo libero grazie alla morte della sinistra novecentesca: in tale contesto i vari Trump, Salvini, Bolsonaro, Boris Johnson etc. interpretano lo stesso ruolo spettacolare usando ingredienti simili. Un mix di sfida aggressiva e minacciosa, di incitazione all’odio ed alla vendetta, di volgarità (specialità soprattutto italiana questa) ma anche di uso spinto dei social.

    In Italia c’è la Bestia, la struttura social salviniana, ed anche qui, non a caso, il nome viene ripreso da The Beast, il sistema informatico della campagna Obama del 2012. Queste modalità quotidiane stanno fascistizzando il discorso ed i comportamenti di larghi strati di popolazione facendoli talvolta diventare elettoralmente maggioritari nello sfacelo finale della rappresentatività.

    La politicamente traballante Ue dei decenni di austerità neoliberista a conduzione franco-tedesca, che arricchisce a dismisura la finanza e le élites europee impoverendo tutti gli altri, è la causa di questo fenomeno non certo un argine a cui dovremmo paradossalmente aggrapparci. Il solo argine efficace da opporre al capitalismo è basato su un cambiamento radicale dei rapporti di forza (la rivoluzione si diceva nel XX secolo).

    Non emerge invece nel documentario di Netflix e raramente altrove il reale rischio di fondo che fronteggiamo: la plasticità dell’oligopolio digitale, di cui Netflix fa parte allo stesso titolo di Fb, nell’adattarsi al fascismo 2.0. Come dimostra l’ottemperanza di Google all’ordine di boicottaggio di Huawey, Silicon Valley si adegua all’esempio della scuola neoliberista che ha lunga esperienza in merito sin dai tempi dell’intervento dei Chicago Boys nel Cile di Pinochet.

    Cambridge Analytica, fatta opportunamente scomparire, resta un epifenomeno e la privacy continuerà ad essere massicciamente violata in quanto giacimento dove si estrae il carburante del neurocapitalismo. Sono in gioco invece i poteri globali dell’oligopolio digitale che, apprestandosi a battere moneta, veicola già ora gli umori tristi della macchina di guerra contro le popolazioni in cui il fascismo 2.0 diventa, secondo convenienza, uno degli stakeholder politici. Questo è il vero Great Hack contro le popolazioni che Netflix non denuncerà mai.

    #Giorgio_Griziotti #C&F_éditions

  • De nouvelles formes de refus violent de l’égalité | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/08/13/de-nouvelles-formes-de-refus-violent-de-legalite

    Le cyberharcèlement, « la nouvelle bouteille que constituent Facebook, Twitter, Instagram et autre Snapchat ne donne-t-elle pas au vieux vin un nouvel arôme, un nouveau goût… ? ». Pour l’autrice c’est entre autres la « dimension répétitive » qui fait la différence entre le harcèlement traditionnel et le cyberharcèlement. Il convient d’interroger ce dernier « au prisme de la réputation et de l’identité numérique ». Bérengère Stassin indique qu’il n’y a pas de consensus sur la définition du cyberharcèlement, que la question de la répétition est difficile à appréhender. Elle parle d’abolition de frontières, « Cette abolition des frontières et la chambre d’écho que constituent les médias sociaux donnent au harcèlement une nouvelle audience… », de vitesse et de viralité, de pérennité des traces numériques, de banalisation des actes sous couvert de l’humour.

    Je souligne les paragraphes sur les question de « réputation », de nuisance à l’image et à la « réputation » de la victime, du cadre maintenu de la différence (de la double morale en particulier en matière de sexualité) qui s’attache aux filles et aux garçons, des gains de « popularité » au sein des médias sociaux (pour moi, une forme très fétichisée des relations sociales), de l’identité numérique et du rôle des algorithmes, de la construction volontaire d’une « meute », du rôle des « camarades de classe » et des réseaux « amicaux », de l’anonymat et de la désinhibition (le sentiment que l’on peut agir en toute impunité), des clichés liés au genre ou à la sexualité…

    Dans le dernier chapitre Bérengère Stassin propose des pistes pour lutter contre le harcèlement et le cyberharcelement à l’école. Elle insiste sur les dispositifs éducatifs que « sont l’« éducation à l’empathie » et l’« éducation aux médias et à l’« information » » et aborde les différent·es acteurs et actrices de la prévention. Elle parle, entre autres, d’empathie, de « compétences émotionnelles », de socialisation et de sensibilité aux autres, de conscience et d’inconscience, de dispositifs ludiques, du théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal, du jeu des trois figures de Serge Tisseron, d’estime de soi, de parcours éducatif de santé, d’éducation aux médias et à l’information (voir chez le même éditeur, le récent livre de Marion Carbillet, Hélène Mulot : A l’école du partage Les communs dans l’enseignement : jecoute-mal-un-sot-qui-veut-que-je-craigne/ ), du fonctionnement des géants du web…

    « Le harcèlement et le cyberharcèlement ne forment bien souvent que les deux faces d’une même pièce. Ils doivent donc être appréhendés ensemble et peuvent être combattus par l’éducation à l’empathie, à l’esprit critique, à l’intelligence des traces, aux médias et à l’information, mais aussi par le développement des compétences psychosociales et émotionnelles : apprendre à exprimer ses émotions pour mieux reconnaître celles des autres, apprendre à se respecter soi-même pour mieux respecter l’autre ».

    Je ne pense pas que l’éducation suffise pour éradiquer les violences, à l’école comme ailleurs. Il faut s’attaquer aux conditions matérielles (et leurs dimensions idéelles) générant les dominations, la compétition, la méritocratie, l’inégalité, les carcans dans lesquels les adultes enferment les enfants et les violences qu’iels exercent directement sur elles et eux, les heurts entre individus soi-disant entrepreneurs/entrepreneuse de soi, l’absence de solidarité, l’individualisation égoïste différente des procès d’individuation, les hiérarchies sexuelles et/ou racistes, l’omniprésence des GAFAM (collecte de données et revente, dictature des algorithmes…), le fétichisme des outils, l’immédiateté opposée à la réflexion, le fantasme de reconnaissance (like)…

    Il ne faut pas oublier que les premières violences – dont les violences sexuelles – exercées sur les enfants le sont par des adultes du proche entourage, dont les parents.

    Reste qu’il ne faut négliger aucune des modifications possibles dans les procès d’éducation, permettant de construire l’empathie, la solidarité, l’autonomie, les compétences et les goûts – ici plus particulièrement du numérique – et d’encourager les expériences, les pratiques plus émancipatrices, tant au niveau collectif qu’au niveau individuel.

    De ce point de vue, le livre permet à la fois de connaître les formes prises par la cyberviolence, de comprendre ce phénomène, de nommer et de rendre public des éléments dont les victimes ne sont en rien responsables, d’agir sur des usages et des signes de « reconnaissance », de dégager des pistes de construction sociale de soi…

    #C&F_éditions #Bérengère_Stassin #Cyberharcèlement #Violence_scolaire

  • Stéphane Bortzmeyer : « Les limites du réseau sont encore très loin »
    https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Numerique/Stephane-Bortzmeyer-limites-reseau-sont-encore-tres-loin-2019-07-24-120103

    Stéphane Bortzmeyer : « Les limites du réseau sont encore très loin »

    Stéphane Bortzmeyer, informaticien à l’Association française pour le nommage Internet en coopération (Afnic), spécialiste des réseaux informatiques, explique les menaces qui pèsent aujourd’hui sur Internet.

    Recueilli par Gauthier Vaillant

    #C&F_éditions #Stéphane_Bortzmeyer

  • J’écoute mal un sot qui veut que je le craigne | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/07/24/jecoute-mal-un-sot-qui-veut-que-je-craigne

    Marion Carbillet et Hélène Mulot parlent de leur métier de professeures documentalistes, du déploiement des technologies numériques, de la transformation de la profession d’enseignantes, « Il y a une dizaine d’années, nous sommes retrouvées en grand questionnement sur les contenus à transmettre aux adolescents que nous avions face à nous. Comment accompagner leurs pratiques de recherche d’information, leur utilisation des blogs, des forums, des médias sociaux ? »

    Elles abordent les libres savoirs, les communs, « La réflexion autour des communs de la connaissance nous a apporté un cadre nouveau, stimulant », la modification de leurs postures et de leurs pratiques, « Nous avons développé une posture qui nous incite à : accueillir des savoirs qui ne viennent pas nécessairement de l’école elle-même, notamment sur les outils numériques ; favoriser l’apprentissage de pair à pair et le lien à autrui à travers des activités multiples sans cesse enrichies ».

    Je souligne les questions autour de l’apprentissage : « comment aider les élèves à développer des dispositions durables à l’apprentissage pour trouver, construire et enrichir les ressources et connaissances dont ils ont besoin ? / comment entretenir chez eux le goût de partager ces connaissances tout au long de leur vie ? / comment enfin, développer individuellement et collectivement, par la connaissance d’eux-mêmes et le lien à autrui, leur pouvoir d’agir sur le monde ? »

    Dans ce livre, il s’agit, pour elles, d’assumer la complexité, d’être résolument guidées par la dimension collective, orientées vers l’acquisition d’un pouvoir d’agir, de favoriser le débat contradictoire et la négociation pour atteindre des points de consensus…

    Les autrices questionnent les outils web et leurs utilisations dans le cadre de l’école, invitent à débattre avec les élèves autour de la philosophie et du financement de ces outils, « De la même manière, toute utilisation d’un outil qui enferme les utilisateurs, ou qui se finance par la captation de données personnelles, devrait pouvoir faire l’objet d’une étude critique et argumentée », soulignent l’exigence « de formation à l’esprit critique ». Elles interrogent sur l’enseignement du web, rappellent que « le web n’est pas seulement une interface donnant accès à des documents, c’est un véritable espace social, un environnement dans lequel les individus évoluent et se construisent ».

    Il faut « identifier les outils communs à tous et réfléchir à leur fonctionnement », mettre des mots sur « des pratiques quotidiennes qui ne sont jamais arrivées en conscience », permettre aux élèves de gérer leur « présence numérique » (ce terme me paraît particulièrement adéquat) et anticiper les traces qu’elles et ils (iels) laissent, comprendre que les activités en ligne n’ont rien d’immatériel, dépasser un certain sentiment de magie, comprendre comment « derrière une illusion de gratuité » les données sont monétisées et le ciblage de la publicité construite… sans oublier le droit à l’oubli et le droit au changement d’opinion.

    J’ai particulièrement été intéressé par le chapitre III, La copie : Au cœur du patrimoine culturel. Les autrices discutent de la transmission, de culture partagée, de copie, « La copie est utilisée toujours pour la diffusion comme pour l’acquisition personnelle du savoir ».

    Marion Carbillet et Hélène Mulot détaillent la place des savoirs dans les relations sociales, la fiabilité et la qualité des informations, le travail par controverse, les savoirs « dans le triple lien à soi, aux autres et à l’environnement », le co-enseignements avec les élèves, la construction d’« une autorité collective » et l’exemple de Wikipédia, le contrôle des informations, la place du doute et de l’esprit critique, l’étude et la participation, les savoirs en réseau, l’éducation populaire, la critique de l’organisation du travail, l’entraide des utilisateurs et utilisatrices, les limites de la division en catégories, les formes scolaires de la transmission, les pédagogies actives, le plaisir d’apprendre, la coopération et les apprentissages, les projets participatifs, les savoirs multiples et les échanges réciproques…

    Le dernier chapitre est justement intitulé : A l’école du pouvoir d’agir.

    Les autrices écrivent, entre autres, sur le questionnement de « ses connaissances, ses croyances et ses valeurs », l’autoformation « à visée émancipatrice et libératrice, qui relie l’individu et le collectif », la multiplication des expériences, l’observation d’un e « pair » qu’on estime semblable à soi, le choix des buts et des moyens, le désir d’apprendre, la notion d’« environnement capacitant », les initiatives des élèves, l’inclusion et l’interaction, les situations de handicap, l’aspect oppressif des livres sur certain·es élèves, le besoin de déconnexion, les systèmes attentionnels, les ateliers pour exercer son attention et l’exemple de « Silence on lit », les projets collectifs, la place de la solitude, les corps…

    « En écrivant ce livre, nous avons nous-mêmes énormément appris car nous avons été amenées à lire, chercher des informations dans de multiples domaines, formuler des pensées, préciser notre vocabulaire et tisser nos liens de compréhension entre les résultats des chercheurs dont nous avons consulté les écrits ».

    #C&F_éditions #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot #Ecole_partage

  • Addiction sur ordonnance : la crise des antidouleurs, par Patrick Radden Keeke est disponible en version epub.
    https://cfeditions.com/addiction

    Bonjour,

    Il y a des coïncidences qui ne trompent pas.

    Hier soir j’ai mis en place la vente de la version epub de « Addiction sur ordonnance : la crise des antidouleurs ».

    Et ce matin on apprend via le New York Times que Le Louvre a décidé de retirer le nom des Sackler, la famille à l’origine de cette crise, de l’aile du musée financée par leur « philanthropie ».

    C’est le bon moment pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire. Les opioïdes tuent plus de 50000 personnes aux États-Unis chaque année, plongent les familles dans l’angoisse et le déchirement. Cette crise à commencé parce que des médecins ont prescrit sans retenue OxyContin, un antidouleur opiacé soi-disant "non-addictif" produit par Purdue Pharma, l’entreprise des Sackler. Une entreprise plus spécialiste du marketing que de la pharmacie.

    Or cette famille apparait aux yeux des mondes de l’art comme composée de grands « philanthropes », en effectuant des donations aux musées et aux universités. Grâce à la photographe Nan Goldin, de multiples actions ont lieu dans ces institutions, dont celle au Louvre le 1 juillet qui ne doit pas être pour rien dans la décision du musée de retirer la mention des Sackler.

    L’enquête qui a rendu public le lien entre la pratique de la famille Sackler et la crise des opioïdes a été écrite par Patrick Radden Keefe et publiée dans le New Yorker... et c’est elle que nous avons traduit et publié dans « Addiction sur ordonnance »

    Cette enquête se lit comme un roman noir... très noir.

    Vous pouvez l’emporter cet été dans votre liseuse, ou commander la version imprimée :
    https://cfeditions.com/addiction

    (et en principe dans la journée la version epub sera également disponible dans les diverses libraires numériques)

    Bonne lecture,

    Hervé Le Crosnier

    Addiction sur ordonnance : la crise des antidouleur
    Patrick Radden Keefe
    trad. de l’anglais par Claire Richard
    avec des compléments rédigés par Frédéric Autran, Cécile Brajeul et Hervé Le Crosnier
    Version imprimée - 16 € - ISBN 978-2-915825-90-9
    Version epub - 8 € - ISBN 978-2-915825-91-6
    commande, information et obtention d’un extrait spécimen :
    https://cfeditions.com/addiction

    #Sackler #Opioides #C&F_éditions

  • Le souffle des communs sur l’école : pour une formation à la participation | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2019/07/04/le-souffle-des-communs-sur-lecole-pour-une-formation-a-la-participation

    Dans les faits, nos villes et nos campagnes regorgent d’initiatives citoyennes ou de réseaux coopératifs. Il existe de multiples expressions du désir de participation à des projets collectifs comme les jardins partagés des Incroyables Comestibles ou les fablabs dans lesquels se croisent artistes, bricoleurs et férus de programmation. De leurs côtés, le monde politique et le monde de la culture, à travers les centres scientifiques ou culturels, les musées et les bibliothèques s’emparent aussi de la question de la participation des publics.

    Mais cela reste encore très difficile de prendre en compte la parole des participants ou de proposer des actions qui n’enferment pas le public dans une forme d’entre soi culturel. Il est complexe, en effet, de penser des dispositifs qui autorisent une réelle expression citoyenne. Par ailleurs, certains publics ne se donnent pas toujours le droit à la participation. En tant que professeures documentalistes de collège, nous pensons que l’école a là un rôle de formation essentiel à jouer. Et la pensée des communs qui se diffuse depuis quelques années apporte à notre réflexion des pistes pédagogiques pour concevoir l’appropriation culturelle comme un outil d’émancipation et de justice sociale.

    Nous pensons que ces capacités à participer à la vie d’une communauté peuvent s’apprendre à l’école. Une mission importante de l’école est d’offrir à tous les mêmes ressources et les mêmes opportunités d’apprentissage tout au long de la vie. Cela implique la transmission de savoirs fondamentaux indispensables (lire, écrire, compter), de savoirs culturels (culture générale commune) et de savoirs critiques utiles à la participation démocratique. Cela nécessite aussi le développement de compétences telles que la capacité à vivre avec autrui dans le respect de ses convictions, la capacité à être créatif, l’autonomie, ainsi que la capacité à apprendre tout au long de la vie. Ces apprentissages doivent se penser non séparément mais ensemble, au sein d’activités et de séances complexes qui demandent le développement de l’esprit en même temps que la personnalité des élèves.

    « L’école du partage » que nous proposons est une école qui cherche à combattre l’entre-soi culturel et à garantir à chacun le besoin, l’envie ou la capacité d’une participation et d’un engagement actif dans la société. Elle se réfléchit tout autant dans les savoirs qu’elle doit transmettre, des savoirs adaptés aux évolutions technologiques, que dans les formes de cette transmission. Pour que cette formation à la participation ne reste pas un voeu pieux, nous proposons, portées par la pensée des communs, des pistes pour élargir la réflexion pédagogique.

    Favoriser l’étude de controverses
    Convaincues par l’idée que participer c’est savoir porter une voix, un avis, une opinion sur des sujets complexes, nous proposons aux élèves dans le cadre des cours d’éducation aux médias et à l’information, d’étudier des sujets à controverse.

    Soutenir les relations entre élèves
    Pour autant, nous ne nous contentons pas de travailler les problématiques liées au partage des connaissances dans le cadre de séances consacrées à l’étude des outils numériques tels que Google, Wikipédia ou Youtube. Pour qu’elles prennent véritablement sens à leurs yeux, ces notions et valeurs doivent être familières dès le plus jeunes âge. C’est une des raisons pour lesquelles nous encourageons le développement des relations interpersonelles.

    Assurément rien de neuf ! Dans son ouvrage La métamorphose de l’école : quand les élèves font la classe, Vincent Faillet montre que l’école, au 19ème siècle avec les écoles mutuelles, abandonnées par la suite, avait réussi à concevoir un système d’instruction basé sur les relations entre élèves. L’apprentissage par interactions entre pairs a été exploré ensuite par les pédagogues des pédagogies coopératives, notamment dans le courant de l’Éducation Nouvelle. Son efficacité est aujourd’hui validée par les recherches en science cognitives. Ce sont aussi des méthodes portées par les mouvements d’éducation populaire notamment les réseaux d’échanges réciproques de savoirs initiés par Claire et Marc Heber-Suffrin dans les années 70.

    Accompagner l’émergence d’une culture transformative
    Réfléchir à une formation à la participation c’est comprendre comment les connaissances individuelles s’appuient et s’enrichissent toujours sur les connaissances des générations antérieures. C’est donc réfléchir à la question de l’appropriation des savoirs. Même le plus autodidacte des individus n’apprend jamais seul, mais en consultant les oeuvres d’individus qui l’ont précédé. C’est le cas pour les connaissances scientifiques. C’est aussi le cas pour les pratiques culturelles : elles s’appuient toujours sur des oeuvres héritées qui sont lues, vues ou écoutées, et qui inspirent de nouvelles productions. Avec le numérique, on assiste au déploiement d’une culture transformative qui utilise les oeuvres existantes pour en créer de nouvelles.

    Cette culture transformative s’accompagne souvent de la création de communautés en ligne autour de remix musicaux, d’écriture de fanfictions ou de détournement d’images. Il existe par exemple de très nombreuses versions d’Harry Potter en ligne sur Wattpad écrites et lues par une communauté de fans. Les musées, de plus en plus, incitent les publics à remixer et détourner les oeuvres de leur fonds pour les faire vivre. Mais là encore, qui participe à ces projets en dehors des publics déjà sensibilisés ?

    Développer le pouvoir d’agir
    Ces dispositifs s’inscrivent dans notre volonté de renforcer le pouvoir d’agir des individus (traduction du vocable anglais empowerment). S’il vise à augmenter leur capacité à participer à la vie collective, on imagine aisément les limites d’un pouvoir d’agir uniquement basé sur le développement individuel, les intérêts des uns entrant en conflit avec ceux des autres. Le pouvoir d’agir doit donc considérer aussi la capacité des individus à agir entre eux pour le bien du groupe. Au sein des établissements où nous exerçons, nous travaillons sur trois dimensions de pouvoir d’agir : pouvoir de, pouvoir sur et pouvoir avec.

    Développer le désir d’apprendre tout au long de la vie
    La société actuelle est face à de nouveaux défis, dont les réponses et solutions envisageables sont nécessairement complexes et se trouveront en faisant converger une multiplicité de disciplines. Cela nécessite, peut être plus encore qu’auparavant, d’être en constante autoformation. Pour cette autoformation, en plus d’avoir accès via le web, à des ressources en grand nombre, nous disposons en France d’une offre riche en matière de musées, bibliothèques, centre culturels et scientifiques, centres d’archives etc. Mais la familiarité avec ces lieux, et l’aisance à y participer ne vont pas de soi. Comment développer chez tout le monde la curiosité, le plaisir, le goût du savoir vrai et la persévérance dans l’apprentissage ? N’est-ce pas le rôle de l’école de former des individus concernés et actifs politiquement, capables de débattre avec leurs concitoyens et par là même de s’autoformer tout au long de la vie ? Il y a deux siècles, déjà, le marquis de Condorcet mettait en garde dans un rapport remis en 1792 contre une instruction qui ne s’intéresserait qu’aux enfants et délaisserait les adultes.

    L’école peut prendre en charge cette formation, qui s’appuie sur de nombreuses actions déjà en place qui méritent simplement d’être renforcées et reliées les unes aux autres. Un récent rapport du conseil économique, social et environnemental invite à « mettre en lumière la modernité de l’éducation populaire ». L’école doit pouvoir se rapprocher des associations d’éducation populaire dont les méthodes d’apprentissage horizontales peuvent amplement enrichir les pratiques pédagogiques des enseignants. Il existe des liens entre Éducation nationale et éducation populaire avec des agréments qui mériteraient d’être plus connus sur le terrain. Nous proposons aussi de renforcer le lien avec les institutions culturelles dans le cadre des parcours éducatifs artistiques et culturels : bibliothèques, fablabs, musées, centres d’archive…

    En travaillant à la rédaction de notre ouvrage « À l’école du partage : les communs dans l’enseignement » nous nous sommes aperçues que la pensée des communs, reliante, pouvait s’appuyer sur de nombreux acquis pour développer une formation de tous à participer à la vie de la cité. Mais il est nécessaire d’approfondir les liens entre l’école et les initiatives participatives publiques, privées, associatives, individuelles.

    La volonté d’inclusion et d’émancipation nécessite des acteurs qui réfléchissent ensemble à des postures complémentaires comme le déclare le manifeste de l’association Peuple et Culture fondée par Joffre Dumazedier au lendemain de la seconde guerre mondiale : « La culture populaire ne saurait être qu’une culture commune à tout un peuple. Elle n’est pas à distribuer. Il faut la vivre ensemble pour la créer ».

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • Addiction sur ordonnance, la crise des antidouleurs, de Patrick Radden Keefe, C&F éditions -
    http://danactu-resistance.over-blog.com/2019/06/addiction-sur-ordonnance-la-crise-des-antidouleurs-de-

    L’hiver dernier, les éditions C&F ont lancé une nouvelle collection intitulée, Interventions, avec un essai de Patrick Radden Keefe : Addiction sur ordonnance, la crise des antidouleurs.

    Un livre dont la quatrième de couverture commence par cette phrase : « La santé publique est trop importante pour être laissée aux trusts pharmaceutiques. » Une telle approche ne pouvait nous laisser indifférents. D’autant plus que ce phénomène de société made in USA, traité dans l’ouvrage de ce journaliste d’investigation du New Yorker, commence à se faire jour en France et dans le monde entier. Alors de quoi s’agit-il ?

    Pays particulièrement contrasté, les États-Unis subissent depuis environ deux décennies, une crise des opioïdes, avec plus de 70 000 décès par overdose en 2017, entraînant drames familiaux, services sociaux et de secours débordés. Pourtant rien à voir avec les nombreux morts par overdose des drogues illégales habituelles dans ce pays durement frappé par les toxicomanies, suite à un échec évident de la répression depuis maintenant un demi-siècle.

    Il s’agit ici d’une situation inédite, bien expliquée par Patrick Radden Keefe, avec des contributions de deux journalistes de Libération, Frédéric Autran et Cécile Brajeul, ainsi que celle de l’éditeur Hervé Le Crosnier. Cette crise sanitaire majeure est née dans les cabinets médicaux inondés d’un antidouleur, OxyContin, de l’entreprise Purdue Pharma, propriété de la famille Sackler. Antidouleur soit disant non addictif.

    Au fil des années, les antidouleurs prescrits ont augmenté, leurs ravages mortels aussi, et les profits pharamineux de la famille Sackler également, devenant la seizième plus riche du pays et finançant des universités, des musées, comme le Louvre à Paris ! Comment un tel désastre a-t-il pu se produire ? Un scandale de plus à l’actif de Big Pharma dont les profits sont plus importants que nos vies. Un livre édifiant, utile, donnant à réfléchir sur la place de ces trusts, sur les techniques de marketing, mais aussi sur la dépendance des organismes publics face aux financements privés.

    Dan29000

    #C&F_éditions #Addiction_ordonnance #Patrick_Radden_Keefe

  • Obfuscation : est-il possible de se camoufler sur internet en 2019 ?
    http://www.socialter.fr/fr/module/99999672/801/obfuscation__est_il_possible_de_se_camoufler_sur_internet_en_2019

    À l’heure du capitalisme de surveillance, la vie privée est devenue la denrée du commerce des données. Pour retrouver un peu d’anonymat sur le web, il existe des outils : bloqueurs de publicités et extensions anti-traqueurs. Un essai propose une autre stratégie : l’obfuscation.

    Alors que le dernier roman d’Alain Damasio, Les Furtifs (ed. La Volte), imagine un futur dystopique où les données personnelles sont utilisées pour bercer les citoyens dans un “technococon”, on peut se demander s’il est nécessaire – ou même possible – de camoufler son activité sur internet.

    Car la captation des données personnelles est devenue le modèle économique d’un certain nombre de géants du numérique. C’est une comparaison qui a fait florès ces dernières années : les données seraient devenues notre nouveau pétrole, renfermant un potentiel extraordinaire comme un lot de problèmes. Reste que, contrairement au pétrole, la matière première des données personnelles, c’est nous.

    Multiplier les signaux parasites pour camoufler une trace : et si c’était la meilleure manière de rester anonymes sur internet aujourd’hui ? L’essai d’Helen Nissenbaum et Finn Brunton, Obfuscation, La vie privée, mode d’emploi (C&F éditions) propose une réponse au “contexte de surveillance généralisée” qu’ils dénoncent : l’obfuscation. L’idée est relativement simple : “l’obfuscation consiste à produire délibérément des informations ambiguës, désordonnées et fallacieuses et à les ajouter aux données existantes afin de perturber la surveillance et la collecte des données personnelles”.
    Comprendre l’obfuscation

    Le livre propose plusieurs exemples concrets pour illustrer cette stratégie de résistance née bien avant internet. Utilisons une métaphore : c’est un peu comme cacher les étoiles avec un feu d’artifice. Pour faire plus concret, prenons une scène emblématique du péplum Spartacus (1960) : les soldats romains demandent aux esclaves rebelles d’identifier leur chef pour qu’ils puissent le crucifier ; alors que Spartacus (incarné par Kirk Douglas) s’apprête à se dénoncer, les autres esclaves l’entourent et chacun proclame : “Je suis Spartacus”.

    Si cet exemple date un peu, et relève de l’action collective, l’obfuscation propose d’adopter aujourd’hui cette méthode de saturation sur internet dans le but de “provoquer une révolution” contre la captation des données. Helen Nissenbaum et Finn Brunton détaillent quelques moyens de pratiquer l’obfuscation aujourd’hui.

    L’application TrackMeNot, qu’Helen Nissenbaum a contribué à développer, permet ainsi de saturer un moteur de recherche. Le but n’est pas de “dissimuler les recherches effectuées par l’usager, [mais de] brouiller les pistes par le bruit généré avec d’autres recherches”. Ainsi, si vous recherchez “où sortir à Paris”, l’application peut simultanément entrer les requêtes “chaussures pour enfant”, “meilleures pizzas de Lyon” ou “lampe halogène télescopique”.

    Autre exemple : l’extension AdNauseam (Helen Nissenbaum a également travaillé dessus), qui clique sur toutes les publicités affichées par un navigateur. En conséquence, il devient impossible de savoir lesquelles intéressent vraiment un internaute.
    Rendre le pistage plus onéreux

    Établir le profil d’un utilisateur devient ainsi une tâche bien plus ardue. L’obfuscation ne permet pas de disparaître complètement, mais joue avec un ingrédient clef : le temps. “Les coffres impossibles à forcer n’existent pas. Leur résistance se mesure en temps - c’est-à-dire combien de temps faut-il à un perceur [...] pour les ouvrir”.

    Lorsque des bots Twitter ont saturé les discussions sur les irrégularités des élections Russes en 2011 en utilisant le même hashtag que ceux qui les dénonçaient, il ne s’agissait pas d’effacer les protestations. Les messages parasites rendaient le traitement de l’information plus chronophage : lorsque tout était tiré au clair, il était trop tard pour que l’information soit utilisable.

    L’idée est la même pour le profil d’un internaute : l’obfuscation ne propose pas d’effacer la trace, ni de la rendre invisible. Simplement, le pistage devient plus complexe, donc plus onéreux pour les entreprises, donc moins rentable. Or, le ciblage se justifie (aujourd’hui) avant tout par un motif économique, ce qui fait d’ailleurs dire à la chercheuse Shoshana Zuboff que nous sommes entrés dans l’ère du “capitalisme de surveillance”.
    Une question de morale

    La pratique de l’obfuscation, puisqu’elle relève du resquillage, soulève plusieurs questions.

    Est-ce que c’est malhonnête ? Les auteurs justifient que nous vivons dans un contexte “d’asymétrie informationnelle”, reprenant le concept développé par Frank Pasquale dans son essai The Black Box Society (2015). Selon Helen Nissenbaum et Finn Bruton, “la collecte de données personnelles et leur exploitation sont faites dans des circonstances incompréhensibles, avec des finalités opaques et selon des modalités mystérieuses”. Ce n’est pas parce qu’un utilisateur utilise un moteur de recherche qu’il consent (sciemment) à ce qu’on accède à toutes ses données personnelles. Dès lors, puisque le contrat est biaisé d’un côté, il peut être braconné (pour reprendre un concept de Michel de Certeau) de l’autre.

    Est-ce que c’est responsable d’un point de vue écologique ? Chaque recherche a un coût énergétique – et génère donc son lot d’émissions de CO2 ; on pourrait donc supposer qu’une abondance de requêtes aurait un impact écologique néfaste. “Pour défendre TrackMeNot des accusations de gâchis, argumente l’essai, nous pouvons montrer que l’usage que fait cette application du réseau internet est insignifiant par rapport au trafic généré par les images, les fichiers audios, et les vidéos”. En d’autre termes : non, ce n’est pas écologique, mais c’est un moindre mal. Toutefois, si l’obfuscation était pratiquée non de manière marginale, mais en masse, les conséquences en termes de consommation de bande passante seraient problématiques.

    Est-ce que c’est respectueux vis-à-vis des autres internautes ? Un utilisateur qui passe entre les mailles du filet continuera de profiter (presque) gratuitement des services parce que les autres paient pour lui en laissant leurs données être exploitées. Là, il devient plus épineux de répondre. La justification serait que l’obfuscation est une arme du faible, qui s’adresse d’abord à “ceux qui oeuvrent au niveau local, aux usagers lambda et à la marge du système, qui ne sont pas en position de dire non”.

    Une efficacité qui varie selon le contexte

    Produire quelques données parasites qui seront vite englouties par les géants du big data peut, selon les auteurs du livre, avoir un impact : tout dépend des objectifs de l’obfuscateur, de ceux de son adversaire, et des moyens employés par les deux parties dans l’affaire. Selon que l’on souhaite “gagner du temps”, “fournir une couverture”, “brouiller le profilage” ou encore “exprimer [sa] révolte”, on ne répond pas aux mêmes maux.

    Prenant en compte l’évolution du contexte, Finn Brunton estime qu’aujourd’hui, l’une des grandes forces de l’obfuscation demeure la provocation : “L’idée, c’est aussi de ruiner la valeur des données. Lorsque nous avons publié ce livre, nous étions animés par un sentiment de colère. Il est sans doute encore plus grand aujourd’hui.”

    Selon Thomas Bourgenot, chargé de plaidoyer de l’association Résistance à l’agression publicitaire, “l’obfuscation est une stratégie intéressante comme outil de résistance individuel. Appliquée à l’échelle collective, ce serait peut-être plus efficace, mais également très énergivore.”
    D’autres outils pour se camoufler

    Il existe une stratégie qui peut se coupler à l’obfuscation : tenter le pari de l’invisibilité. Parmi la myriade d’extensions qui proposent de protéger des traqueurs, Résistance à l’Agression publicitaire en recommande deux : “Privacy Badger et uBlock font très bien le travail. S’équiper d’autres modules en complément n’est pas nécessaire, et risque de nuire au bon fonctionnement du navigateur”. D’autant que certaines extensions sont douteuses : “AdBlock était recommandable pendant un temps ; puis ils ont créé l’idée de publicités acceptables. Ils ne filtrent pas certaines publicités, notamment celles de Google, or c’est Google qui les finance.” De même, l’association a découvert que Ghostery “utilise les données collectées pour les revendre à d’autres organismes”.

    Si ces solutions constituent un pis-aller acceptable pour se camoufler sur internet, c’est plutôt le système dans son ensemble qu’il faudrait remettre en question : “L’obfuscation ne remet pas en cause le problème de la publicité ciblée ; nous souhaiterions que les sites cessent de mettre des trackers sur leurs pages, continue Thomas Bourgenot. Par ailleurs, si l’on souhaite arrêter d’être pistés, il faut se passer des GAFAMs. Ce sont toutefois des pratiques plus solidement ancrées, qui seront plus lourdes à changer.”

    Pour espérer vraiment naviguer sur internet l’esprit libre, il faudrait donc se tourner du côté du web alternatif et des logiciels libres : adopter toute la galaxie d’applications proposées par Framasoft, remplacer le moteur de recherche de Google par celui de DuckDuckGo, Qwant ou SearX, ou encore utiliser le relais ToR. Autant de moyens de bricoler en attendant une réaction politique qui permette d’imposer une régulation au niveau collectif.

    #C&F_éditions #Obfuscation #Helen_Nissenbaum #Finn_Brunton

    • Ne reculant devant aucune mission, Usbek & Rica analyse de temps en temps l’origine de mots étranges que les plus de 20 ans ne sont pas forcément en mesure de comprendre. C’est le cas de l’obfuscation. Démarche consistant à brouiller ses traces en ligne, elle est un peu « l’arme du faible » du citoyen qui ne souhaite pas jeter sa vie en pâture aux plateformes et tente de brouiller les pistes comme on affiche un poker face. Les scandales récurrents concernant les données personnelles devraient lui assurer un bel avenir. Encore faudrait-il que ça marche…

      https://usbeketrica.com/article/obfuscation
      http://trackmenot.io

  • Avant-propos de : « A l’école du partage. Les communs dans l’enseignement » | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/06/24/avant-propos-de-a-lecole-du-partage-les-communs-dans-le

    Nous avons commencé à exercer notre métier de professeures documentalistes au début des années 2000. Depuis cette époque, le déploiement des technologies numériques, et notamment du web, a transformé la société et notre profession d’enseignantes. Ce que nous avons appris lors de notre formation s’est donc avéré très vite obsolète. Il y a une dizaine d’années, nous sommes retrouvées en grand questionnement sur les contenus à transmettre aux adolescents que nous avions face à nous. Comment accompagner leurs pratiques de recherche d’information, leur utilisation des blogs, des forums, des médias sociaux ?

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Hélène_Mulot #Marion_Carbillet

  • La redécentralisation du web [La voix est libre]
    https://radio.picasoft.net/co/2019-06-14.html

    L’interview

    Hervé Le Crosnier, C&F Édition

    Peux-tu te présenter en quelques mots, ainsi que ta maison d’édition C&F Éditions, qui propose de nombreux essais sur la culture numérique, le fonctionnement d’Internet, la question des libertés informatiques, les communs...

    On peut citer : "L’appétit des géants" d’Olivier Ertzscheid, "Surveillance" de Tristan Nitot, ou "Cyberstructure" de Stéphane Bortzmeyer, des auteurs qu’on essaiera d’inviter dans la voix est libre.

    On souhaiterait que tu nous parles un peu d’un ouvrage qui vient compléter l’histoire d’Internet telle qu’on la connaît : Aux sources de l’utopie numérique de Fred Turner, qui retrace notamment le parcours de Steward Brand. Peut-être pour commencer, tu peux nous présenter Fred Turner et nous rappeler qui est ce Steward Brand, ce n’est pas une figure très connue de l’histoire d’Internet, n’est ce pas ?

    La thèse de Fred Turner est que la naissance d’Internet est marquée par la contre-culture, la culture hippie et sa diffusion dans les université américaines. On peut donc faire un parallèle entre le caractère décentralisé par construction d’Internet et le lieu et le temps dans lequel il naît, en 1969, c’est à dire un an après mais 68, sur la côté Ouest des États Unis, c’est à dire un des hauts lieux de la culture hippie.

    Les livres de C&F sont publiés sous une licence Édition Équitable : tu refuses les DRM et tu proposes que « Le lecteur/lectrice a le droit de faire circuler le document édité au sein de son cercle de proximité (y compris élargi à ses amis proches). Toutefois, cette liberté ne permet pas de rompre l’équilibre et l’équité en diffusant massivement ou à des inconnus ».

    Ça ne fait donc pas tout à fait des livres que tu publies des communs, un concept que tu connais bien. Une licence complètement libre, ça te semble trop risqué d’un point de vue d’une maison d’édition ?

    #C&F_éditions #Fred_Turner

  • A l’école du partage : les communs dans l’enseignement | Documentation
    https://disciplines.ac-toulouse.fr/documentation/l-ecole-du-partage-les-communs-dans-l-enseignement

    Marion Carbillet et Hélène Mulot sont deux professeures documentalistes de l’académie de Toulouse. Particulièrement impliquées dans la reconnaissance et la transmission des notions de communs et d’apprenance depuis plusieurs années, elles viennent de publier le livre « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement » chez C&F Editions.
    Dans l’entretien ci-dessous elles nous expliquent pourquoi “Les communs de la connaissance invitent à regarder avec un œil neuf la transmission des savoirs et l’autonomie citoyenne. Avec le numérique, ils permettent de régénérer la dynamique scolaire, pour apprendre à partager, et pour partager les moments d’apprentissage.” :

    Un conseil pour les collègues qui souhaitent se lancer ?

    Difficile de conseiller ou de préconiser quelque chose qui serait à coup sûr transférable. Chacun saura selon son contexte trouver ce qui lui permettra de faire évoluer sa pratique. Pour autant pour l’avoir nous même expérimenté un temps d’observation de sa propre pratique professionnelle semble nécessaire. Observer ce que font les élèves quand ils viennent au CDI, observer ce qu’ils apprennent. On conseille la visite ou l’immersion dans d’autres établissement pour voir si les élèves ont des attitudes similaires ou voir ce qui surprend. Observer aussi le lieu CDI dans lequel on travaille : donne-t-il envie d’apprendre ? Permet-il de se sentir bien ? Permet-il de coopérer ? Enfin c’est sans doute sa propre posture qu’il conviendrait de questionner au regard de sa personnalité et de ses propres valeurs.

    Dernier point qui nous semble essentiel, c’est de ne pas entreprendre le changement seul. Nous l’avons fait à plusieurs, aidées de collègues, soutenues et confortées par des lectures et des travaux de recherches. Par l’échange, le dialogue entre collègues (dans l’établissement ou à plusieurs professeurs documentalistes) il sera plus facile de se rassurer, de se donner confiance. Et aussi bien sûr pas après pas. Il ne s’agit pas de tout vouloir transformer d’un coup mais de commencer par un point sur lequel on se sent plus à l’aise.

    Ce qui est très étonnant quand on se lance, c’est de constater à quel point les élèves réagissent positivement. Le plaisir qu’il éprouvent à venir au CDI, l’importance du lieu à leurs yeux, l’enthousiasme qu’ils mettent à s’investir et proposer des activités, la gratitude qu’ils expriment parfois nous récompensent. Et grâce à cela, nous avons nous-mêmes une grande motivation à venir chaque jour travailler avec eux .

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • Parution : « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement »" - Doc pour docs
    http://docpourdocs.fr/spip.php?article636

    Nous vous annonçons la sortie de notre ouvrage « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement » chez C&F éditions. Il s’adresse en priorité aux professeurs et professeures documentalistes, et plus largement à tout enseignant qui souhaite mener des séances en ÉMI au collège, charge de l’ICN (enseignement d’informatique et création numérique) ou du nouvel enseignement un nouvel enseignement, sciences numériques et technologie en seconde à la rentrée 2019 au lycée. Nous y abordons les multiples questionnements qui ont trait à la culture numérique, à la forme scolaire (la salle de classe), à la coopération et à l’apprenance (curiosité et motivation à apprendre) qui peuvent intéresser toute personne travaillant au contact d’enfants et d’adolescents et adolescentes.

    L’ouvrage est conçu à partir de notre pratique professionnelle et de nos réflexions sur les questionnements développés dans les champs scientifique et professionnel, alimentés notamment par l’ensemble des entretiens que nous avons menés ces dernières années sur le site Doc pour Docs.

    Chaque chapitre de l’ouvrage se divise en une partie réflexive et une partie pratique qui présente les séances pédagogiques que nous avons expérimentées.

    Chapitre I Le web. Nouveaux modes de partage de l’information

    Chapitre II La presse et les médias : s’engager pour une information de qualité

    Chapitre III La copie : Au cœur du patrimoine culturel

    Chapitre IV Les savoirs au cœur des relations sociales

    Chapitre V À l’école du pouvoir d’agir

    Conclusion Le souffle des communs sur l’enseignement

    #C&F_éditions #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot #Communs #Education

  • Blog Stéphane Bortzmeyer : Sur l’Internet, citoyen ou simple consommateur ?
    https://www.bortzmeyer.org/citoyennete-internet.html

    Si vous regardez la télévision, ou écoutez les discours officiels, vous avez l’impression que l’Internet sert uniquement au commerce en ligne, et à nourrir Facebook et YouTube en leur laissant le plus de données personnelles possibles. Le débat politique au sujet de l’Internet est très pauvre, réduit à des discussions sur la répartition exacte du pouvoir entre ces GAFA et le gouvernement. Le citoyen et la citoyenne sont complètement absents. GAFA et gouvernement, derrière les polémiques qu’ils mettent en scène, sont en fait d’accord : l’internaute doit la fermer et consommer.

    Il est donc urgent de re-politiser l’Internet. Un système technique par lequel passe l’essentiel de nos échanges ne doit pas être géré sans les citoyennes et citoyens. D’où le débat le 5 juin prochain, à la Fonderie de l’Image à Bagnolet, « Réinventer la citoyenneté à l’heure d’internet ». (Ce débat rassemble notamment des auteurs publiés chez C&F Éditions.) Venez nombreuses et nombreux ! (Si vous utilisez OpenAgenda, les informations sont par ici.) cfeditions-5juin2019.jpg

    On parlera aussi d’alternatives. Car un autre point sur lesquels gouvernement et GAFA sont d’accord, c’est qu’il n’y a pas d’alternative : on discute de Facebook comme si aucun autre moyen de communication n’existait. De nombreuses entreprises, et plus encore d’associations ne communiquent publiquement que via Facebook. C’est cette position dominante qu’il faut remettre en cause. Quand on a une place aussi importante que Facebook, on en abuse forcément (pour la plus grande joie du gouvernement, qui ne demande pas mieux que de sous-traiter la censure à Facebook). Il est donc urgent de développer et de populariser des alternatives, comme les réseaux sociaux décentralisés mais aussi, par exemple, la syndication.

    #5juin #C&F_éditions

  • Visages de la Silicon Valley, Fred Turner et Mary Beth Meehan -
    http://danactu-resistance.over-blog.com/2019/04/visages-de-la-silicon-valley-fred-turner-et-mary-beth-

    A l’automne dernier les éditions C&F, basées à Caen, ont publié un ouvrage d’une grande originalité, intitulé Visages de la Silicon Valley, un essai signé Fred Turner avec des photographies et récits de Mary Beth Meehan.

    Cela débute par Cristobal,vétéran de l’armée américaine durant sept ans, dont trois dans l’Irak en guerre, aujourd’hui agent de sécurité chez Facebook, il gagne une vingtaine de dollars de l’heure, et vu le prix de l’immobilier dans la Silicon Valley, il vit dans un abri au fond d’une cour à Mountain View ! Il constate que les immenses richesses des grandes entreprises ne ruissellent pas vraiment.

    Victor, 80 ans, qui survit dans une petite caravane, au milieu d’autres, non loin du magnifique campus de Google. Ni électricité, ni eau. Et aussi Mary, venue d’un village en Ouganda où elle enseignait l’anglais dans toute l’Afrique, venue rejoindre sa fille, et qui voudrait bien repartir : « C’est la solitude ici, tellement de solitude. »

    Ainsi se succèdent les portraits, magnifiques photographies et textes édifiants, matérialisme partout, spiritualité nulle part, argent coulant à flots mais pas pour tous. Précarité, pauvreté, invisibilité, et parfois peur, l’envers terrible de ce que l’on appelait jadis, le rêve américain !

    #Visages_Silicon_Valley #Mary_Beth_Meehan #C&F_éditions #Silicon_Valley

  • Conseil de lecture : Surveillance :// de Tristan Nitot – AIL – Association pour une Informatique Libre
    http://asso-ail.org/2019/05/04/conseil-de-lecture-surveillance-de-tristan-nitot

    Cet ouvrage explique comment nos moindres faits et gestes sont suivis, enregistrés, analysés, dans le but de créer des profils d’utilisateur qui se revendent à prix d’or (mais surtout au prix de notre vie privée). Tristan Nitot nous donne une analyse factuelle de la situation mais – surtout – nous offre les moyens de reprendre le contrôle de notre vie numérique. Tout s’articule autour de deux axes : « Comprendre et agir » ! Un « must have » pour tous ceux qui veulent défendre nos libertés numériques.

    #Surveillance #Tristan_Nitot #C&F_éditions

  • L’obfuscation, technique modeste mais efficace dans le monde de la surveillance - Digital Society Forum
    https://digital-society-forum.orange.com/fr/les-actus/1213-lobfuscation-technique-modeste-mais-efficace-dans

    Plutôt que d’essayer de se soustraire à la surveillance, mieux vaut pratiquer l’obfuscation, la multiplication de fausses pistes pour se cacher au milieu du bruit. C’est ce qu’expliquent deux chercheurs américains dans un livre récemment traduit par C & F éditions.

    Les scandales de violation de la vie privée dans le monde numérique se suivent et se ressemblent. Une enquête révèle que des dizaines d’appli de coaching, de bien-être ou de suivi de règles transmettent secrètement des données à Facebook sur les utilisateurs... même quand ils ne sont pas sur Facebook.
    Amazon admet que ses employés travaillant dans le programme Echo ont eu accès à des échantillons de conversations soi-disant privées.
    Ces scandales émeuvent à peine, tant nous nous sommes habitués à voir nos données collectées et utilisées sans notre accord. Habitués et résignés, face à la difficulté de résister.
    Dans une économie numérique fondée sur « l’extractivisme de données », la captation et l’exploitation des données personnelles, est-il encore possible de protéger ce qu’on appelait autrefois « la vie privée » ? Oui, mais de biais, répondent deux chercheurs américains, Helen Nissenbaum et Finn Brunton, dans un livre récemment traduit en français, Obfuscation (C & F éditions).

    #Obfuscation #C&F_éditions

  • Recension : Patrick Radden Keefe, Frédéric Autran, Cécile Brajeul, Addiction sur ordonnance. La crise des antidouleurs
    https://journals.openedition.org/lectures/33475

    Ce livre interroge à la fois le fonctionnement des administrations de la santé publique et l’éthique médicale. Patrick Radden montre bien comment la cupidité et le profit permettent de corrompre des personnes haut placées qui vont ensuite travailler pour Purdue Pharma. Il dénonce également le fait que les institutions culturelles et universitaires qui reçoivent des dons de la part de l’entreprise pharmaceutique continuent à les accepter, sans remettre en question l’origine de ces financements.

    #C&F_éditions #Addiction_sur_ordonnance

  • Surveillance : publier des fake news pour embrouiller les GAFA
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/embrouiller-gafa-fausses-donnees

    Vous n’échapperez pas à la surveillance de masse, mais vous pouvez la gêner. C’est la théorie des chercheurs américains Helen Nissembaum et Finn Brunton. Leur livre Obfuscation, La vie privée, mode d’emploi explique comment embrouiller les algorithmes en publiant de fausses infos.

    Selon votre profil Facebook vous avez accouché hier et vous vous êtes cassé une jambe il y a trois semaines. Rien de tout cela n’est vrai. Facebook, lui, vous croit sur parole. Ne vous étonnez pas si une publicité pour des couches ou des béquilles apparaît dans votre feed. Ça n’a l’air de rien, mais ces intox perturbent l’algorithme du réseau social. C’est ce qu’on appelle l’obfuscation. Derrière ce terme un peu barbare (et compliqué à prononcer) se cache une idée simple : gêner la surveillance de masse en publiant (subtilement) de fausses infos. L’objectif de ceux qui pratiquent cette méthode ? Protéger leur vie privée et protester contre le capitalisme de surveillance.

    Le concept est décrypté dans le livre Obfuscation, La vie privée, mode d’emploi des chercheurs américains en sciences de l’information Helen Nissembaum et Finn Brunton. La version française a été publiée en mars 2019 aux éditions C&F.
    On n’échappe pas à Big brother comme ça

    Les auteurs partent du constat que la surveillance est partout et qu’il est très complexe d’y échapper. Une liste vertigineuse énumère sur deux pages toutes les fois où un individu est surveillé au cours d’une même journée. De la caméra de surveillance dans sa rue aux phrases surlignées sur sa liseuse Kindle, en passant par l’utilisation de ses cartes de fidélité et de son smartphone. Rien de très nouveau, mais la juxtaposition fait froid dans le dos.

    Pour échapper à cet espionnage de masse la meilleure solution serait de se déconnecter de Facebook, Google et consorts, stocker ses données chez soi et chiffrer tous ses messages. « Le problème c’est que tout le monde n’a pas les connaissances techniques pour le faire », explique Laurent Chemla, informaticien et auteur de la préface du livre. Et se déconnecter des grandes entreprises de la tech n’est pas si simple. La journaliste de Gizmodo Kashmir Hill raconte très bien dans une série d’articles intitulée « GoodBye big Five » à quel point se débarrasser des grandes plate-formes est une épreuve quasi impossible.

    Brouiller les données serait donc la seule solution qu’il reste aux individus soucieux de préserver leur intimité. Ce n’est peut-être pas la plus efficace, mais au moins, elle est accessible à tous.
    « C’est une guérilla » dont les armes sont économiques

    Les auteurs définissent l’obfuscation comme l’« arme du faible ». « On est de toute évidence dans un rapport très inégalitaire. Face à la volonté des États et des GAFA de contrôler nos données, il y a peu de solutions », explicite Laurent Chemla. « C’est une guérilla », précise-t-il. Une guerre asymétrique. Et les armes de cette guerre sont économiques. En clair : on se bat contre des géants avec des bâtons, mais il faut se battre quand même. « Si tout le monde publie de fausses informations alors les données perdent de la valeur. C’est un moyen de financer un peu moins les monstres comme Google, Facebook et Amazon. »

    Brouiller les pistes pour tromper l’ennemi ? L’astuce ne date pas d’hier et trouve ses racines dans le monde réel. Les auteurs rappellent que pendant pendant la Seconde Guerre mondiale, les bombardiers britanniques et américains utilisaient des paillettes d’aluminium. Ces paillettes brouillaient le signal des radars allemands, empêchant les opérateurs ennemis de localiser les bombardiers.
    Inonder son profil Facebook d’histoires loufoques

    Sur le net, la technique prend différentes formes. Le livre énumère des dizaines de méthodes. Il est possible d’embrouiller les algorithmes « à la main ». En postant de fausses infos sur Facebook par exemple. C’est ce qu’a fait le développeur et entrepreneur Kevin Ludlow en 2012. Il a inondé son profil de centaines de fausses anecdotes pendant des mois, « tellement d’histoires que l’on pourrait écrire un roman en trois volumes avec, précisent les auteurs. Il s’est marié et il a divorcé ; s’est battu contre un cancer (deux fois), a eu les os fracturés à plusieurs reprises, a conçu et mis au monde des enfants, (…) embrassé une douzaine de religions. »

    Sans aller jusqu’à s’inventer une vie délirante, de petits gestes simples suffisent pour tromper les algorithmes. « Lorsque vous achetez quelque chose pour un proche sur Amazon, vous pouvez éviter de préciser que vous faites un cadeau, suggère Laurent Chemla. Si j’achète une poupée pour ma nièce sans préciser à Amazon que c’est un cadeau, l’algorithme me proposera d’autres modèles de poupée. » Un moyen de brouiller votre profil Amazon.
    Cliquer sur des pubs qui ne nous intéressent pas

    D’autres moyens un peu plus évolués sont aussi disponibles. Certains outils permettent de générer de fausses données automatiquement. L’un des plus connus s’appelle Trackmenot. Il permet de dissimuler vos recherches sur internet en les noyant dans un flot de recherches factices générées aléatoirement. Si vous recherchez "café Paris wifi", par exemple, le navigateur pense que vous avez aussi cherché "jus de fruits Lyon", "lampe halogène" et "méthodes épilation". Il y a aussi Adnauseam. Une extension pour navigateur web qui clique de façon aléatoire sur tous les bandeaux publicitaires de toutes les pages web où navigue un internaute. L’idée ici est de réduire la valeur du clic en les dissimulant derrière ceux générés automatiquement. Plus récemment, des codeurs ont développé un petit programme pour gêner la récolte de données d’écrans publicitaires.

    Il est complexe de connaître l’ampleur de ce mouvement de protestation contre la collecte des données. Laurent Chemla estime qu’il s’est densifié ces dernières années, mais qu’il reste marginal. Notamment en France. « Sur les sujets de protection des libertés en ligne, la France est généralement un peu en retard. Il suffit de regarder le vote pour la loi copyright. Les députés français ont voté à 95 % pour. C’est un score soviétique. Bien au-dessus des autres pays. »
    Brouiller les données, c’est gaspiller ?

    La technique de l’obfuscation suscite certaines critiques. Les sceptiques avancent que la méthode n’est pas très efficace. Les algorithmes sont-ils bêtes au point de gober toutes ces salades ? Google and co n’ont-ils pas déjà mis en place des solutions pour identifier les données étranges et les éliminer de leur collecte ? « Les services de surveillance d’État mettent certainement les moyens pour identifier une donnée marginale parmi une masse de données. Mais je ne suis pas sûr que les GAFA aient les moyens de le faire », estime Laurent Chemla.

    On pourrait aussi accuser la méthode de ne pas être très écolo. Faire tourner les serveurs pour raconter n’importe quoi, on a vu mieux en matière de sobriété numérique. Helen Nissembaum et Finn Brunton répondent que l’énergie consommée par l’obfuscation est minime comparée à l’impact environnemental des débits de fichiers audio et vidéos quotidiens. « Au bout du compte, l’eau qui goutte petit à petit d’un robinet mal fermé est sans doute, et de loin, moindre que celle consommée pour prendre chaque jour une douche. Mais l’on trouve que c’est un gâchis, parce que cela ne correspond pas à une nécessité », comparent-ils. Pour eux, lutter contre la marchandisation des données et l’espionnage de masse est bel et bien une nécessité.

    Pour Laurent Chemla, le réel antidote contre la surveillance de masse se trouve chez les services alternatifs à ceux des géants de la tech. Les utiliser permet de décentraliser le web et de complexifier le traçage des données. L’obfuscation reste, à ses yeux, une solution pertinente en attendant que ces services se démocratisent.

    #C&F_éditions #Obfuscation #Helen_Nissenbaum #Finn_Brunton