• En Italie, le maire « promigrants » de la ville de Riace arrêté
      LE MONDE | 03.10.2018 à 10h10 • Mis à jour le 03.10.2018 à 13h59 | Par Margherita Nasi et Jérôme Gautheret (Rome, correspondant)
      https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/10/03/en-italie-le-maire-de-la-ville-pro-migrants-de-riace-arrete_5363815_3214.htm

      Domenico Lucano, sympathisant communiste de 60 ans, est une des « bêtes noires » du ministre de l’intérieur italien d’extrême droite Matteo Salvini.

      Difficile d’imaginer symbole plus parfait du virage opéré par l’Italie, ces derniers mois, sur la question migratoire. Lundi 1er octobre, près de cinq ans jour pour jour après le terrible naufrage au large de Lampedusa – 366 morts – qui avait poussé le gouvernement Letta à mettre sur pied l’opération « Mare Nostrum » (visant à secourir les migrants en mer), le maire de la petite ville de Riace (Calabre), Domenico (dit « Mimmo ») Lucano, a été arrêté, puis placé aux arrêts domiciliaires.

      « Attendons ce que diront les “droits-de-l’hommiste” », a aussitôt claironné le ministre de l’intérieur, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), sur les réseaux sociaux, se félicitant de l’arrestation d’un élu qu’il avait traité de « zéro » dès son arrivée au pouvoir, et qui passait pour une de ses bêtes noires.

    • Solidarietà con Mimmo Lucano
      06.10.2018 - Redazione Italia
      https://www.pressenza.com/it/2018/10/solidarieta-con-mimmo-lucano

      In tutta Italia si è sentita la solidarietà con Mimmo Lucano, sindaco di Riace per ribadire che esiste un’Italia che accoglie, italiani che si sentono cittadini del mondo non intenzionati a alzare barriere con gli altri.

      Le registe e produttrici del film documentario Un Paese di Calabria hanno deciso di condividere la loro visione su Riace e per 48 ore, sabato 6 e domenica 7 ottobre, il film è disponibile in streaming gratuito a questo link: https://vimeo.com/153128275

      A casa sua, a Riace, si sono concentrate migliaia di persone provenienti da tutta Italia e andando a salutare il sindaco dell’accoglienza sotto casa sua.

      Da Cagliari ci arrivano queste foto della manifestazione svoltasi oggi nella piazza dove di solito si incontrano gli immigrati e dove si protesta anche perché il sindaco ha cancellato il wi-fi libero che serviva agli immigrati per comunicare con le loro famiglie. Espressa solidarietà per Mimmo e opposizione alla politica violenta e repressiva contro gli immigrati e al decreto sicurezza.


  • Extraits de ce livre :
    Jean Duflot, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Edition Golias, Villeurbanne, France Novembre 2011, Livre de poche, 238 pages, CHF 20.- / EUR 15.-, ISBN 978-2-35472-139-8

    http://www.forumcivique.org/fr/produkt/de-lampedusa-%C3%A0-rosarno-euromirage

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    « Le racisme qui gangrène des pans entiers du tissu social du pays n’est pas une aberration géographique. Ce qui s’est passé à Rosarno, en janvier 2010, n’est pas l’exception honteuse qui confirmerait la règle. Elle est l’une des manifestations de l’intolérance communautaire qui instaure à l’intérieur des frontières de l’Europe un état d’exception permanente »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.12.

    « ’Le syndrome de Rosarno’ que Le Monde (2/2/2010) diagnostique en Italie sévit sur l’ensemble du territoire européen. Au fond, le laboratoire italien et ses expérimentations juridiques ne posent pas trop de problèmes moraux à la plupart de ses partenaires »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.59.

    « La criminalité de sang qui tue les femmes et les hommes issus de l’immigration tient une place importante dans des statistiques sérieuses. Elle dément la version officielle qui gonfle systématiquement les chiffres des délits ’étrangers’ proportionnellement à leur population, la criminalité des immigrés (tous délits confondus) n’atteint pas le quart de celle des citoyens italiens. Pourtant une enquête publiée par Panorama établissait en 2007 que 60% des interviewés étaient convaincus de l’incidence criminelle. Et la presse a embrayé en révélant que dans les prisons italiennes un détenu sur trois était étranger. Bien entendu, ces chiffres omettaient de préciser que la majorité de ces étrangers étaient incarcérés pour infraction aux lois de l’immigration »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, pp. 76-77.

    « Toutes les zones méridionales visitées par MSF comportent des foyers d’immigration que les conditions de vie et le surpeuplement ont transformés en autant de bantoustants. Mais il ne faudrait pas penser que ce phénomène d’apartheid ne se vérifie qu’en Italie méridionale. Le samedi 9 janvier 2010, deux jours après les émeutes de Rosarno, le quotidien La Repubblica a publié très opportunément une liste de ghettos italiens (bidonvilles, baraques et campements ’illicites’) qui montre que le phénomène n’épargne pas les régions riches du nord »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.112.

    "Un rapport du ministère de l’Intérieur reconnaît l’effet délétère d’une immigration socialement marginalisée par le manque de structures d’accueil. ’Les énormes flux migratoires qui ont déferlé au cours de ces dernières années ont donné lieu à des phénomènes tangibles de ségrégation résidentielle, basée sur les groupes ethniques d’appartenance’. Le discours officiel est sémantiquement clair : le désordre généré par l’immigration est la conséquence d’un refus d’intégration lié aux particularismes des envahisseurs. Autrement dit, c’est la xénophobie des immigrés qui a créé les ghettos sordides où ils se tassent : une inversion de la responsabilité qui voudrait faire oublier des décennies d’incurie.

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, pp.112-113.

    ’Vous pouvez construire des murs de dix mètres de haut, ils passeront en dessus ou en dessous, dit le responsable de la CGIL de Caserta ; l’image qu’ils se font de l’Europe est trop forte’. Il suffit d’un immigré de retour au pays avec quelques économies ou de l’envoi régulier d’argent aux familles pour que la machinerie de l’illusion s’emballe. Et puis, dans les villes il y a la télévision, les antennes paraboliques : la féérie des images qui dépeignent l’Europe comme un Eden aide beaucoup les rabatteurs de main-d’oeuvre dans leurs campagnes publicitaires."

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.123.

    "Dans un article du Figaro (5 octobre 2009), Renaud Girard explique le mode de paiement qui permet aux candidats à l’Eldorado européen de s’acquitter des sommes souvent exorbitantes que l’on exige d’eux. Il fonctionne sur l’ensemble de l’aire arabo-musulmane, de l’Afghanistan à la Corne d’Afrique et de la Turquie à l’Afrique du Sud. A propos d’une filière de passeurs baloutches qui opère à la frontière entre l’Afghanistan et l’Iran, il écrit : « A Zaranj, Khaled et ses trois amis ont un problème. Le passeur baloutche demande 500 dollars à chacun pour les amener à Téhéran. Comment garantir qu’il ne les abandonnera pas dans le désert, une fois qu’il aura empoché ses 2000 dollars ? Réciproquement, si le paiement ne se fait qu’après service rendu, comment la filière de passage baloutche peut-elle être sûre d’être payée à l’arrivée ? C’est là qu’intervient le système de l’hawala, réseau informel de paiement à distance, basé sur l’avance des ’frais’ d’acheminement des clandestins. Un réseau hawala unit, à travers le monde, des boutiquiers musulmans qui se font entre eux une confiance totale’ ».

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.125.

    « Depuis la fin des années 80, les réseaux de trafiquants et de passeurs se sont multipliés sur tous les continents. Les services secrets allemands ont estimé que 500’000 clandestins entraient chaque année en Europe. Le trafic d’immigration clandestine rapporterait aux grandes organisations criminelles (mafias) entre 5 et 6 milliards de dollars par an. Un rapport confidentiel de l’ONUDC évalue à 300’000 le nombre d’Africains qui pénètrent chaque année clandestinement dans l’espace communautaire. L’enquête menée au Sénégal, Mali, Mauritanie, Gambie, Sierra Leone a permi d’évaluer autour de 700 millions de dollars le chiffre d’affaires des réseaux opérant depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’en Europe »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.124.

    « A travers le traitement des procédures qui réglementent les entrées, les visas, les titres de séjour, les contrats de travail, les regroupements familiaux, les demandes d’asile et de protection internationale, apparaît le dénominateur commun de cette jungle administrative : la violation des droits de l’homme de 1948 et notamment l’article 13 qui stipule que : ’Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays’ »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.142.

    « Comme partout en Europe, l’Italie a légiféré pour se prémunir de ce que les pays membres considèrent comme les nouvelles invasions barbares du XXI siècle. Soixante-cinq ans après la fermeture des camps nazis, le territoire communautaire est quadrillé par des centaines de ’lagers’ où viennent échouer des convois d’hommes et de femmes fascinés par le mirage européen. Un dispositif concentrationnaire qui n’est pas sans rappeler à certains les déportations ’al confine’ du régime mussolinien »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.165.

    « Jusqu’en 1992, à Milan, il y avait un zoo. On a même dit, à juste titre, que les animaux ne pouvaient pas être traités comme ils l’étaient. Et puis le zoo a été fermé. En 1999, en janvier, sept années après, le zoo a été rouvert. Dans la même ville. Il ne renfermait plus d’animaux. La loi l’interdisait. Il contenait des hommes et des femmes, des filles sans défense et même des malades âgés. Une grande cage à ciel ouvert. Des barreaux d’acier. Des barbelés et des baraques de tôles pour dormir. Ces hommes et ces femmes enfermés là n’avaient pas commis de délits, ils n’avaient tué personne. Simplement, ils étaient entrés en Italie, y étaient restés et avaient sans doute accepté de travailler sans permis de séjour ».

    Fabrizio GATTI, in Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.165.

    « Cet échec donne ainsi raison à tous ceux qui soutiennent qu’un centre de détention idéal est en pratique impossible. Précisément parce que ces structures naissent avec une tare qui, même avec l’approbation de la Cour Constitutionnelle, constitue ni plus ni moins un abus légal : à savoir la détention administrative de personnes soumises à une justice sommaire, après des audiences qui avalisent leur traitement et ne durent en moyenne que cinq minutes, sans procès véritable et surtout en l’absence de tout délit. Une absurdité juridique qui dissimule un mensonge avec lequel, toutes ces années, les forces politiques du centre-droit et du centre-gauche ont justifié les énormes dépenses faites pour la construction et le maintien du réseau de CIE : autrement dit destinées à l’expulsion des immigrés irréguliers.
    Le rapport de Médecins Sans Frontières révèle au contraire toute autre chose. 40% seulement des étrangers ont été rapatriés. Les autres, au terme de leur réclusion, à présent portée à six mois, ont été relâchés. Ils se sont donc retrouvés dans la situation de citoyens sans papiers, sans droits, condamnés à alimenter la force de travail au noir. Jusqu’au prochain contrôle de police »

    Fabrizio GATTI, in Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.167.

    « Mais, à bien y regarder, l’étanchéité de la Forteresse Europe est toute relative. Il n’y a pas de fermeture systématique de l’espace communautaire. La preuve en est ces milliers d’immigrés clandestins qui continuent d’y pénétrer et d’y séjourner. En fait, vu le peu d’efficacité réelle des dispositifs policiers et judiciaires, on peut se demander si l’appareil de répression ne vise pas surtout à marginaliser et à criminaliser une main d’oeuvre précarisée que l’on exploite ainsi plus aisément et à moindre coût »

    Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.168.

    « Le système de détention administrative ne semble donc pas tellement poursuivre un objectif de lutte contre l’immigration irrégulière, mais plutôt celui d’un confinement symbolique du phénomène dans l’optique d’offrir à l’opinion publique la perception de son confinement possible. Une distorsion maladive entre la finalité explicite et l’objectif implicite des CIE qui semble produire un humus pathogène d’insuffisances, d’abus, de violations des droits humains et maladies »

    Rapport MSF in Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.173.

    « La théorie de l’’appel d’air’ figure en bonne place dans l’arsenal idéologique ad hoc. Elle soutient que toute concession en termes de droits ou d’assistance humanitaire suscite de nouvelles envies d’exil, les migrants étant supposés n’avoir rien à fuir, être seulement aspirés par la tentation de l’Occident. La maltraitance aurait donc des chances de les dissuader de risquer l’aventure. Le dogme de l’appel d’air a une visée beaucoup plus nocive encore. En accréditant l’idée quel es migrations sont facultatives, qu’elles ne reposent sur aucune nécessité, il transfère la responsabilité des aléas liés au déplacement à ceux qui s’y risquent, légitimant dans la foulée la mise en place de dispositifs de surveillance et de répression qui tuent : si ces migrants, ces exilés meurent, c’est en quelque sorte de leur faute »

    Extrait d’un texte de la revue Gitsi Plein Droit, « Passeurs d’étrangers » (2010), Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, pp.206-207.

    « Une mobilité forcée imposée par le ’nettoyage ethnique’, certes avec des modalités quelque peu différentes à Rosarno, caractérise la pratique de nombreuses communes du nord qui ont construit leur bien-être sur le labeur des immigrés et les écartent aujourd’hui comme des détritus. La teneur de la loi Bossi-Fini qui prévoit, après le licenciement et six mois de chômage, que l’on perde le permis de séjour, constitue un extraordinaire instrument d’exploitation du travail des immigrés. En effet, en temps de crise l’étroite relation entre le contrat de travail et le contrat de séjour alimente le retour à l’irrégularité de milliers d’immigrés licenciés par leurs employeurs, un nombre très supérieur à la réduction drastique des débarquements de clandestins en Sicile, qui remplit tellement d’orgueil le ministre Maroni. Un orgueil qui devrait virer à la honte si l’on considère le nombre de victimes des trafiquants et de la police en Lybie, les abus subis dans ce pays par les migrants refoulés d’Italie ou par ceux qui n’ont aucune possibilité de fuite. Bien que le ministre parle de 40’000 expulsions exécutées en 2008 et 2009, selon d’autres sources le nombre d’expulsions d’immigrés irréguliers ’effectivement réalisées’ en 2008 ne dépasse pas 6553, et s’élève à environ 9000 en 2009, avec une baisse encore plus nette dans la partie de l’année où est entré en vigueur le ’pacchetto sicurezza’. […] Compte tenu de ces données il est facile de prévoir que la situation explosive qui s’est produite à Rosarno, par suite de la mobilité forcée vers le Sud à laquelle ont été contraints de nombreux immigrés sur le point de perdre leur permis de séjour, ou devenus déjà irréguliers, par suite d’un refus du statut de protection internationale, ne pourra que se répéter dans d’autres zones du pays ; en particulier dans les régions méridionales où prédomine l’exploitation d’une main-d’œuvre étrangère, surtout si elle comporte des immigrés irréguliers ».

    Fulvio VASSALO PLEOLOG in Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.212.

    « Les expulsions (non exécutées et non exécutables, malgré la prolongation à six mois de la détention administrative) se traduiront de plus en plus par la création d’une force de travail disposée à se vendre par pur et simple besoin de survie. Au nom de la ’sécurité’ et de la ’capacité d’accueil’ on va s’acheminer en Italie vers un ’régime’ social d’’apartheid’ qui a montré à Rosarno ses revers tragiques de violence et qui va empirer de plus en plus rapidement. Une spirale continue parce que les alarmes sécuritaires produiront des lois et des pratiques plus restrictives, et donc toujours plus de ’clandestinité’, comme effet de la fermeture des frontières et de la criminalisation des immigrés sur le territoire national ; et cette diffusion de la ’clandestinité’ déterminera à son tour une inquiétude sociale toujours plus grande, laquelle offrira à la spéculation politique et aux entrepreneurs des opportunités de politiques sécuritaires »

    Fulvio VASSALO PLEOLOG in Jean DUFLOT, De Lampedusa à Rosarno. Euromirage, Golias, 2011, p.213.

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