• L’odyssée sans fin d’Issa Omar, migrant rescapé d’un naufrage dans la Manche, puis « tombé dans l’oubli »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/15/l-odyssee-sans-fin-d-issa-omar-migrant-rescape-d-un-naufrage-dans-la-manche-

    L’odyssée sans fin d’Issa Omar, migrant rescapé d’un naufrage dans la Manche, puis « tombé dans l’oubli »
    Par Julia Pascual
    Récit Le Somalien de 32 ans est l’un des deux survivants du pire naufrage au large de Calais, le 24 novembre 2021. Hanté par le drame, cantonné à une situation administrative précaire, sans aucun accompagnement social ni psychologique, il vit de la charité.
    « On peut me considérer comme un SDF. » Issa Omar n’hésite pas longtemps quand il s’agit de qualifier sa situation. « Je n’ai pas de vie stable, je n’ai pas d’argent, je n’ai nulle part où aller. Ma vie est en suspens », résume d’un air désabusé ce Somalien de 32 ans, qui a survécu au pire naufrage jamais survenu dans le détroit du Pas-de-Calais, le 24 novembre 2021. Cette nuit-là, 31 personnes, des Kurdes d’Irak en majorité, sont mortes noyées, près de la ligne de démarcation des eaux entre l’Angleterre et la France. Ils tentaient de rejoindre le Royaume-Uni à bord d’un canot pneumatique, parti d’une plage aux alentours de Dunkerque. Et si Mohammed, un autre homme, originaire d’Irak, a également survécu au naufrage, il a disparu au bout de quelques mois et n’a plus jamais donné de nouvelles. Des 33 passagers qui avaient embarqué à bord de la petite embarcation de 8 mètres, seul Issa Omar peut encore témoigner.
    La nuit, le jeune homme est réveillé par des cauchemars, qui sont autant de réminiscences, saturées de cris, de la longue nuit du naufrage. Un visage en particulier le hante, celui de Halima, une victime somalienne. « Je la vois tout le temps », dit-il. Il entend ses supplications, aussi. « J’ai essayé de la hisser deux fois sur le bateau, mais je n’ai pas réussi. » Elle est morte noyée. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, Issa Omar a vu les gens autour de lui disparaître les uns après les autres, en dépit de leur gilet de sauvetage. Il se souvient de cette femme kurde et de ses trois enfants, de deux Egyptiens, de deux Afghans, d’un Vietnamien, d’un Ethiopien… Il ne les connaissait pas avant de prendre la mer à leurs côtés, ce soir de novembre. Au bout de quelques heures en mer, ils ont commencé à écoper le bateau, dans la panique, les hurlements et les pleurs, tandis que l’eau glaciale engourdissait leurs membres.
    Issa Omar relate les appels désespérés passés aux familles et aux secours, les tentatives vaines d’attirer l’attention, dans la nuit noire, avec la lumière des téléphones. Et lui qui essayait de garder son calme. Jusqu’à ce que le bateau chavire. « Ça a été l’expérience la plus brutale et terrifiante de ma vie », confie-t-il dans un témoignage écrit, rendu public par une commission d’enquête britannique qui s’est penchée sur les conditions du drame. Il doit nager pour s’extirper du bateau qui s’est retourné sur lui, parvient à retirer sa veste et ses chaussures pour alléger son poids. « Je me suis accroché à l’épave jusqu’à ce que le soleil se lève. »
    A l’aube, Issa Omar affirme qu’une quinzaine de personnes se tiennent encore à ce qui reste du canot. « Je ne me souviens pas avoir parlé avec qui que ce soit, ceux qui étaient en vie étaient à moitié morts. Je pouvais voir des corps flotter autour de nous dans l’eau. » Il se met à nager. Il pense : « Au moins, si je meurs en nageant, je ne le sentirai pas. » Il revoit une femme à ses côtés, hurler et chercher ses enfants, déjà morts. « Elle avait perdu la tête. » Lui implore Dieu d’achever son supplice. Sa peau est brûlée par le sel. Il n’est pas tout à fait 14 heures quand un chalutier boulonnais aperçoit enfin l’embarcation naufragée, les deux survivants et une partie des corps.
    Lorsque Issa Omar se confie au Monde, ce jour de février 2026, installé dans le cabinet d’avocats qui le représente comme partie civile dans l’instruction ouverte au tribunal de Paris sur les circonstances du naufrage, il vient d’apprendre les conclusions rendues par la commission d’enquête publique britannique. Ces dernières confirment ce que l’instruction pénale française, toujours en cours, a d’ores et déjà établi : les secours français, pourtant contactés à de très nombreuses reprises par les occupants du canot la nuit du 24 novembre 2021, ne sont pas intervenus, les laissant se noyer. Ils n’ont en outre pas répondu à l’appel d’urgence « Mayday », diffusé par les garde-côtes britanniques, également appelés au secours, alors qu’un navire de la marine nationale, le Flamant, se trouvait à environ quinze minutes de navigation du point de coordonnées. « Pour le moment [le Flamant] s’occupe d’[un autre cas] », avait justifié le centre de secours français, le Cross Gris-Nez (Pas-de-Calais). Sans que cette affirmation puisse être étayée. L’enquête britannique a aussi établi que les secours français ont ordonné à un pétrolier de poursuivre sa navigation, alors qu’il est probable qu’il avait repéré le canot en détresse.
    Cette nuit-là, tous les acteurs du sauvetage en mer ont minimisé le danger encouru par Issa Omar et ses compagnons d’infortune. « Des gens qui disent qu’ils se noient, qu’ils vont mourir, qu’il y a beaucoup de femmes et d’enfants, des femmes enceintes… et quand on arrive, ce n’est pas le cas, c’est plutôt classique », a justifié un garde-côte anglais, qui a traité plusieurs appels du canot, cette nuit-là. « Souvent, [les migrants] appellent et crient au danger alors qu’ils n’ont rien », avait aussi déclaré un militaire des secours français, auditionné dans l’enquête pénale. En France, sept personnes – cinq militaires du Cross et deux officiers qui étaient à bord du Flamant – sont toujours mises en examen pour non-assistance à personne en danger. Elles contestent avoir commis une quelconque infraction le 24 novembre 2021. « L’atrocité de ce qu’Issa a vécu et sa souffrance nous obligent et renforcent la nécessité d’identifier, poursuivre et juger toutes les personnes responsables de ce drame », souligne l’avocat Matthieu Chirez, qui défend le Somalien.
    Les mois qui ont suivi le naufrage ont consisté en une longue convalescence en fauteuil roulant pour Issa Omar. Seuls survivants, Mohammed et lui sont d’abord placés sous surveillance policière, tenus à l’écart de la presse. Tandis que le premier disparaît bientôt des radars, le second est orienté, à sa sortie d’hôpital, vers un centre d’hébergement du 17e arrondissement de Paris, tenu par l’association Emmaüs Solidarité. C’est un établissement qui accueille plus de 200 hommes, des « grands exclus », qui présentent pour beaucoup des problématiques d’addiction et de longues périodes de vie à la rue.
    Issa en garde un souvenir pénible. « J’étais entouré de gens malades, qui avaient des problèmes mentaux. Il y avait souvent des morts. Je n’ai pas supporté de rester dans cet endroit. » « Ce n’est pas un centre adapté pour un jeune réfugié, convient le directeur général d’Emmaüs Solidarité, Lotfi Ouanezar. Mais c’était la seule place disponible. Issa Omar n’a pas eu d’accompagnement social, il était méfiant et avait peur d’être poursuivi. » « J’avais peur pour ma vie », répète le Somalien, qui n’a jamais consulté de psychologue, en dépit de la manifestation d’un syndrome dépressif et de troubles de la mémoire et du sommeil. Il fait des allers-retours dans la structure entre 2022 et la fin de l’année 2024. Sa santé n’est pas bonne. L’homme est asthmatique et explique avoir développé un diabète post-traumatique. Il finit par contacter un compatriote, agent de sécurité en province, qui accepte de l’héberger. Au total, une vingtaine de personnes l’auraient accueilli lors de son errance en France, notamment des réfugiés somaliens qu’il a connus en Italie, où il a vécu avant d’arriver, fin 2021, sur le littoral nord.
    « Toute ma vie a été une galère », résume Issa Omar. Né en 1993 à 90 kilomètres de Mogadiscio, il n’a que 13 ans lorsque son père, gouverneur de sa commune et membre de la minorité marginalisée madhiban, est exécuté par la milice islamiste Chabab, en pleine guerre civile. La mère décide de quitter le pays avec ses cinq enfants, pour rejoindre le Yémen. Issa Omar est l’aîné des garçons. Il y est scolarisé, y apprend à parler l’arabe, à nager aussi. Plus tard, il y travaille comme taxi, mais aussi en tant que mécanicien ou encore agent de propreté dans un hôpital.
    En 2014, la guerre civile éclate, qui oppose les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, aux forces gouvernementales et à une coalition de pays arabes dirigée par l’Arabie saoudite. La famille, établie dans une zone passée sous contrôle houthiste, doit fuir, encore, cette fois vers un camp de réfugiés en Ethiopie. En tant qu’homme adulte, Issa est empêché de quitter le pays. Il raconte cependant avoir refusé de participer à l’effort de guerre et avoir été incarcéré pendant six mois, période au cours de laquelle il est régulièrement battu. « En janvier 2015, un avion de combat [saoudien] a bombardé la prison où j’étais retenu (…). Les murs de ma cellule se sont effondrés », écrit-il à la commission d’enquête britannique. Plusieurs personnes décèdent dans ce raid aérien. Blessé, souffrant de plusieurs fractures, Issa Omar est transféré dans un hôpital de Sanaa, puis transporté par avion en Iran, où il demeure hospitalisé deux mois.
    « Je n’ai plus envie de vivre »
    On est en 2015, et Issa Omar profite de l’exode des Syriens pour prendre lui aussi le chemin de la Turquie. S’ensuivent des mois d’existence précaire dans le pays, notamment à Ankara, à vivre sous une tente. Issa Omar glane quelque argent en travaillant au noir comme agent de nettoyage dans un restaurant. Sans perspective, il reprend la route en septembre 2016 aux côtés de Syriens, rejoint Izmir, sur la côte ouest de la Turquie, traverse la mer Egée pour accoster sur l’île grecque de Leros. Il y est maintenu dans un camp, puis transféré sur le continent, où il poursuit son exil, périlleux, à travers les Balkans occidentaux.
    Arrivé en Italie, il gagne la Sicile, où des compatriotes sont employés et logés par un agriculteur. Il y demeure plusieurs années, mais, là encore, n’entrevoit aucune perspective de régularisation ni d’intégration véritable. A la sortie de la crise sanitaire, en novembre 2021, avec sept amis somaliens, il quitte le pays en direction de Calais, avec l’intention de demander l’asile au Royaume-Uni. « Je voulais y établir ma vie, être formé, aider ma famille », justifie-t-il. Il paye sa traversée 1 300 euros, échoue deux fois à prendre la mer. Jusqu’au soir du 23 novembre.
    Après le naufrage, alors qu’Issa et Mohammed étaient hospitalisés ensemble, le second se serait vu offrir, par des passeurs impliqués dans la tragique traversée, de l’argent et la garantie de rejoindre le Royaume-Uni en échange de son silence. « Issa a refusé car il a une responsabilité morale vis-à-vis de ceux qu’il a vus mourir. Il est devenu leur voix », croit savoir un Somalien qui le fréquente et qui a souhaité rester anonyme.
    Issa Omar n’a plus le Royaume-Uni en ligne de mire. Il ne sait pas davantage s’il veut rester en France. Il a le sentiment d’être « tombé dans l’oubli ». L’homme a un titre de séjour précaire qu’il doit renouveler tous les six mois et qui ne l’autorise pas à travailler. Il ne parle pas français, dépend de la charité et de distributions alimentaires pour se nourrir, et il lui arrive de passer des nuits à la rue, quand il n’est pas hébergé par des connaissances, dans une ville dont il veut taire le nom. Il craint que des passeurs impliqués dans la tragédie du 24 novembre 2021 ne le retrouvent pour le contraindre au silence. « Je n’ai plus envie de vivre », « Je retiens mes envies de me jeter d’un pont », dit-il parfois, tant l’existence qu’il mène lui est douloureuse. En 2024, Nikolaï Posner, alors membre de l’association d’aide aux migrants Utopia 56, a entrepris de le soutenir. A l’époque, le Somalien avait perdu jusqu’à son droit au séjour, faute d’avoir entrepris des démarches administratives. « On aurait pu imaginer que l’Etat français lui offre une protection qui lui permette de s’insérer, y compris au regard des défaillances des autorités la nuit du naufrage, mais rien, regrette M. Posner. C’est comme si les morts et les survivants étaient un détail de l’histoire. » Sur une des autorisations provisoires de séjour qui a été délivrée à Issa Omar par la Préfecture de police de Paris, un papier gris perforé, il est inscrit la référence de son dossier, en capitales d’imprimerie : « RESCAPE000 ».

    #Covid-19#migration#migrant#france#asile#migrationirreguliere#sante#santementale#droit#mortalite#somalie#calais#manche#routemigratoire

  • #Calais, une médecine de l’exil

    L’heure est aux frontières. Quel #accompagnement_médical pour les exilés qui tentent leur traversée ? Comment soigner une population mobile et déracinée ? Quelle est la portée de l’#acte_de_soin dans une société qui laisse ces étrangers à la marge ?
    Cet ouvrage s’intéresse aux #professionnels_de_santé dans leur relation avec des patients exilés. A travers les #consultations_médicales et paramédicales se déploient divers enjeux : la violence de la frontière sur les #corps, l’adaptation des pratiques face aux contraintes imposées par les politiques sécuritaires, la #résistance et la #désillusion des soignants, l’invention d’une nouvelle forme de médecine. Ce point de vue est original dans la mesure où il est peu exploré étant donné la discrétion des soignants et il est l’occasion d’entrouvrir la porte d’un service peu connu, qu’est la #permanence_d’accès_aux_soins_de_santé (#PASS).

    https://www.puv-editions.fr/ouvrage/calais-une-medecine-de-lexil
    #santé #médecine #soins #exil #migrations #frontières #violence #livre #Chloé_Tisserand

  • Calais : un migrant est mort d’hypothermie le dernier jour de l’année 2025 - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69008/calais--un-migrant-est-mort-dhypothermie-le-dernier-jour-de-lannee-202

    Calais : un migrant est mort d’hypothermie le dernier jour de l’année 2025
    Par La rédaction Publié le : 05/01/2026
    Un migrant est mort d’un arrêt cardiaque après avoir été retrouvé en état d’hypothermie à Calais le 31 décembre, ont indiqué en fin de semaine le parquet de Boulogne-sur-Mer et une association. L’homme vivait depuis plusieurs années dans cette ville du nord de la France en espérant atteindre un jour le Royaume-Uni.
    La fin d’année a été tragique dans le nord de la France. Un homme sans papiers a été retrouvé mort le 31 décembre dans les rues de Calais. Selon l’association Salam, qui a annoncé le décès dès le lendemain, il s’agit d’une « personne qui survivait à la rue depuis de longues années à Calais ».
    La Voix du Nord précise que la victime prénommée Ahmed était originaire d’un peuple nomade du Sahara. Il vivait dehors depuis son arrivée en France en 2023, où il avait demandé l’asile. « Cette personne, connue des habitants et des bénévoles, arpentait depuis de longues années les rues de Calais, nourrissant l’espoir constant de pouvoir traverser le détroit », peut-on lire dans un communiqué inter-associatif.
    Vendredi 2 janvier, le parquet de Boulogne-sur-Mer a confirmé ces informations à l’AFP : « Un homme sans domicile fixe a été découvert en hypothermie mais conscient. Il a été emmené à l’hôpital et a fait un arrêt cardiaque dont il est décédé ». Le parquet n’a en revanche pas donné plus d’éléments sur l’identité de la victime."Un examen de corps a eu lieu et une autopsie ordonnée compte tenu du jeune âge de la victime", a ajouté le parquet, indiquant qu’une enquête avait été ouverte afin de déterminer les causes de la mort."Sa mort rappelle une nouvelle fois la vulnérabilité extrême dans laquelle vivent de nombreuses personnes exilées, exposées aux intempéries et au manque de protection", déplorent les associations.
    La veille de ce décès, le 30 décembre, l’Auberge des migrants avait interpellé la préfecture des Hauts-de-France sur la situation à Calais. « Les personnes à la rue souffrent de froid, ont des engelures, des crevasses, le 115 est plein et les personnes se font toujours expulser [des campements informels, ndlr], les couvertures et tentes confisquées », avait écrit l’association sur le réseau social X. « Nous demandons aux autorités à tous les niveaux de mettre fin par tous les moyens aux situations de rue. Ouverture de gymnases, réquisition de logements vides, ouvertures de place d’hébergements d’urgence, la fin des expulsions coûteuses et inhumaine. Des solutions existent ! ».
    Ces derniers jours, les associations ont été nombreuses à se plaindre de la prise en charge par l’État des personnes, notamment migrantes, vivant à la rue. Car malgré l’activation du plan Grand froid dans plusieurs régions, de nombreux exilés ont passé des nuits dehors, sous des températures négatives."Cela fait deux jours que je n’ai pas dormi. C’est impossible de s’endormir vraiment avec ce froid. On le ressent dans tout le corps. Jusque dans les os. Je n’en peux plus !", témoignait à Paris la semaine dernière à InfoMigrants Falikou, un jeune Ivoirien dont la minorité vient d’être contestée par le département. Falikou s’est d’abord installé sous un pont de la capitale. Puis, transi de froid, il s’est réfugié dans la gare de Lyon. « Le sol est toujours très froid mais il y a moins de vent », confiait-il."Quelques centaines de personnes, que ce soient des adultes ou des enfants" vont pouvoir bénéficier du plan Grand froid mais « on ne va pas pouvoir répondre à toutes les personnes », avait prévenu sur France Info le 29 décembre Éric Constantin, directeur régional Ile-de-France de la Fondation pour le logement des défavorisés (ancienne Fondation Abbé-Pierre).
    Le 29 décembre à Paris, Utopia 56 a recensé « 89 personnes en famille dont 34 enfants à la rue », lors de sa permanence place de l’Hôtel de ville. « Toutes ont appelé le 115, sans solution. La préfecture avait pourtant affirmé mettre les moyens pour répondre ’à toutes les demandes’ », s’est désolé l’association.

    #Covid-19#migrant#migration#france#calais#routemigratoire#migrationirreguliere#camp#sante#mortalite

  • "Ils présentent #Calais comme un #champ_de_bataille" : ces groupuscules britanniques #anti-migrants dans le nord de la France

    « #Opération_Overlord », « #Raise_the_Colors »... Des groupes de civils britanniques d’#extrême_droite organisent depuis plusieurs mois des actions dans le nord de la France pour lutter contre les traversées illégales de la #Manche. Face à ce phénomène anti-migrants, des associations françaises condamnent l’inaction des gouvernements britannique et français. « Se faire justice soi-même ne résoudra pas le problème », a déclaré le Home Office à InfoMigrants.

    Le mouvement britannique baptisé « Opération Overlord » organise des actions dans le nord de la France pour tenter d’empêcher les traversées clandestines de la Manche. Ses membres - des civils - patrouillent le long du littoral français pour détruire les petites embarcations à bord desquelles des migrants espèrent rejoindre les côtes du Royaume-Uni.

    Sur les réseaux sociaux, les membres « d’Opération Overlord » publient des vidéos pour expliquer qu’ils « traquent [les migrants dans] les dunes » et recherchent des canots pneumatiques. Le journal britannique The Guardian rappelle que ces groupes d’autodéfense harcèlent des migrants et qu’ils n’agissent dans aucun cadre légal.

    Un autre de ces groupes se fait appeler Raise the Colours. Leur montée en puissance inquiète les associations d’aide aux migrants en France.

    « Force civile de contrôle des frontières »

    Raise the Colours attire déjà des milliers de personnes. Plus de 5 500 Britanniques se seraient portés #volontaires pour se rendre en France et participer à ces #patrouilles. Sur son site web, le mouvement sollicite ouvertement des dons allant de 10 à 2 000 livres sterling (entre 11 et 2 300 euros environ) pour financer une « force civile de contrôle des frontières ».

    Le groupe a également diffusé des demandes d’équipement comprenant des gilets anti-couteaux, des caméras thermiques, des drones, des radios cryptées et de puissantes lampes torches.

    Raise the Colours n’a pas répondu aux sollicitations d’InfoMigrants.

    « Une #auto-justice en grande partie symbolique »

    Dans son ouvrage intitulé « Towards a vigilant society : from citizen participation to anti-migrant vigilantism » ("Vers une société vigilante : de la participation citoyenne à la vigilance anti-migrants"), l’auteur Matthijs Gardenier examine ce phénomène qui met en scène des patrouilles spectaculaires, des appels à la vindicte populaire et au harcèlement en ligne.

    « Ces actions façonnent une vision du monde qui présentent la situation à Calais et à #Douvres non pas comme une crise humanitaire, mais comme un champ de bataille, représentant les migrants comme des envahisseurs et les justiciers comme des défenseurs héroïques », écrit Matthijs Gardenier. « Bien que cette #auto-justice soit en grande partie symbolique, mise en scène principalement pour être visible sur les réseaux sociaux, elle contribue néanmoins à créer une atmosphère conflictuelle et débouche parfois sur des #intimidations dans le monde réel ».

    Début décembre, neuf associations - dont Utopia 56 - ont dénoncé ces « pratiques d’intimidation » et condamné la « réponse insuffisante » des gouvernements britannique et français, estimant que cela « contribue à normaliser et à encourager des pratiques violentes et xénophobes qui menacent directement les personnes exilées ainsi que leurs soutiens associatifs ».

    Contacté par InfoMigrants, un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a expliqué « comprendre la frustration suscitée par les traversées illégales. Cependant, se faire justice soi-même ne résoudra pas le problème. Cette semaine, le ministre de l’Intérieur a annoncé les plus grandes réformes depuis des décennies pour lutter contre l’immigration clandestine, rétablir l’ordre et le contrôle à nos frontières et rendre l’arrivée au Royaume-Uni moins attrayante pour les migrants clandestins. »

    Mi-novembre, le gouvernement britannique a durci encore sa politique migratoire à l’encontre des demandeurs d’asile et des réfugiés à travers un vaste plan anti-immigration afin de décourager les migrants de venir au Royaume-Uni. Avec la nouvelle loi, la durée des titres de séjour va passer de cinq ans à deux ans et demi, les conditions d’obtention du titre de séjour permanent vont se durcir. Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur britannique, a aussi décrété que les demandeurs d’asile n’auront « qu’une seule chance » de déposer une demande et une seule de faire appel - espérant ainsi accélérer dans le même temps les expulsions vers les pays d’origine.

    « Nous avons arrêté et expulsé près de 50 000 personnes en situation irrégulière, et notre accord historique avec la France prévoit que les personnes arrivant par petits bateaux soient désormais renvoyées », ajoute le ministère.

    Montée en puissance des « chasseurs de migrants » à travers l’Europe

    Les Britanniques ne sont pas les seuls à ériger des groupes de défense anti-immigration. À travers l’Europe, des mouvements similaires ont gagné en popularité, se présentant comme les défenseurs des communautés locales et intervenant là où, selon eux, les autorités ont échoué.

    Le réseau Radicalisation Awareness Network (RAN), une initiative financée par l’Union européenne (UE), a étudié « l’internationalisation croissante » de l’extrémisme de droite. Ses recherches montrent comment les #réseaux_sociaux contribuent à normaliser les #discours_haineux, en particulier ceux qui visent les migrants et les demandeurs d’asile.

    Ces groupes se présentent généralement en protecteurs face à des migrants qui représenteraient une menace.

    Selon l’étude, les mouvements d’extrême droite en Europe ne se limitent plus aux sous-cultures jeunes comme les #skinheads ou les #néonazis. Ils impliquent désormais des adultes de tous âges et de toutes professions.

    Le RAN cite une étude norvégienne qui montre un changement notable : l’âge moyen de la #radicalisation est passé d’environ 22 ans dans les années 1990 à 31 ans dans les années 2010. Les personnes plus âgées, qui disposent de plus de ressources, de contacts et d’expérience sont de plus en plus souvent à l’origine de ces mouvements.

    Au Royaume-Uni, l’organisation anti-extrémisme Hope Not Hate constate également une forte hausse des actions anti-migrants : en 2022, les « #chasseurs_de_migrants » sont allés protester 253 fois devant des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile, soit deux fois plus qu’en 2021. Ces incidents, filmés et publiés en ligne, montrent souvent des militants confrontant le personnel hôtelier ou filmant les demandeurs d’asile entrant et sortant des bâtiments.

    Bien financé et bien structuré

    La journaliste brésilienne Andrea Dip s’est penchée sur la dynamique de groupes comme Raise the Colours dans le paysage politique d’extrême droite. Selon elle, ces mouvements ne sont ni chaotiques ni désorganisés.

    Une étude réalisée en 2025 par le Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs (EPF) a révélé que des groupes d’extrême droite - russe ou américain parfois - ont transféré plus d’un milliard d’euros à travers l’Europe entre 2019 et 2023.

    Ces réseaux diffusent des discours anti-immigrés dans les médias, les ONG et les partis politiques. Leurs messages, qui incluent des slogans tels que « Make Germany great again » (Rendre à l’Allemagne sa grandeur) ou « La Pologne aux Polonais », sont délibérément conçus pour présenter le #nationalisme comme du #patriotisme.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/68809/ils-presentent-calais-comme-un-champ-de-bataille--ces-groupuscules-bri
    #milices #migrations #réfugiés #UK #Angleterre #France

  • The truth about the #small_boats crisis. What Nigel Farage won’t tell you

    After the #Calais Jungle burned, the only migrants that remained were the birds. The square mile, where thousands of questing men looked north, has been rewilded with marsh flowers and rugged grass. There are no more celebrity visits, no Banksy murals, no Tom Stoppard theatre workshops; just a few early morning duck hunters, a birdwatching observatory and, occasionally visible across the sea, England.

    A decade ago, this stretch beyond the N216 motorway housed almost 10,000 people. There were radio stations, churches, mosques, a market street, even a nightclub. But in the end governmental consensus couldn’t abide the Jungle – it became too unstable, unsanitary and unsafe. When night came, some of its inhabitants would obstruct the motorways and crowd on to halted trucks. Many of them died this way, others attacked drivers in their desperation. People began to fear the Jungle; even the volunteers who helped build it grew exhausted by its terrible complexity. When the demolition crews arrived in 2016, it was set alight and those same volunteers gathered on a hill, watching the flames.

    That year, the French tried formalising another camp further east but its inhabitants attacked each other, then it burned too. It was decided nothing like the Jungle should ever grow back. Port security was tightened and migrants were prohibited from establishing permanent settlements. Tailed by police, the migrants became vagabonds along the coastline, forced into the margins of canals and ghettoised into areas of eerie woodland. But world events kept pushing more people towards France. When the lorries became difficult to penetrate, a new, deadlier route was opened: boats began to arrive in Kent.

    These boats unearthed a buried fear in Britain. It had to be Calais – our old possession, close to the launch sites of foiled invasions from Napoleon and Hitler. British politics has been quick to seize on this fear. Gradually, the migrants metamorphosed from unwitting fragments forced into motion by humanitarian crisis to an invasive force of criminals and sexual predators. Politicians and agitators insist they are a threat to British schoolgirls – “our girls” – a sentiment that spread across the country over the summer.

    In our reporting, we have spent time in camps across northern France and spoken at length to the migrants who passed through. We’ve approached aid workers, politicians, locals, policemen and town planners. The picture that emerges pertains not just to a failure of policy, but a failure of humanity. Beneath the political slogans and misapprehension, there is a terrifying, neglected reality. No one who arrives at the border is quite the same when they leave.

    It’s late August, the tail end of the crossing season. Due to rough seas, no boats are expected this week. So, on a rubbish-strewn towpath, some dozen Arab men lounge around a makeshift firepit. September is coming, and soon the crossing will be more dangerous. They’re running out of time.

    The raggedy tents are erected between stone boulders installed by the French authorities to deter encampments. This particular congregation, like virtually every other we visit around here, is defined by a common ethnicity and culture that provides a kinship with which to mitigate the misery.

    The most forthcoming are Maahir from Syria, Mahmoud from Gaza, Yousef from Egypt and Abdullah from Kuwait. How did they all meet?

    “When I first arrived in Calais,” explains Yousef, who comes from a village near Alexandria, “I met a Sudanese guy, he gave me a cigarette and said, ‘Egyptians stay over there.’” Most of Calais’s Sudanese population live in a hangar on the outskirts of the town. The Eritreans are somewhere else. “You meet people… then you meet your people,” we were told within days of our arrival.

    The living conditions are appalling. Many wear worn-down sliders and broken Crocs. Rashes resembling scabies are visible on bandaged hands. The group watches over an infant girl. She’s coughing profusely; one of them brings her a cookie. Mahmoud removes his right slipper to display a missing toe, blown off, he says, in an Israeli strike in southern Gaza. Others endure wounds inflicted by government security forces and gangs along the road to northern France.

    Abdullah stretches out his mangled wrist. “From the king of Kuwait,” he explains, the result of torture for taking part in anti-government protests. Abdullah, a former shepherd, is a unique member of the gathering; he was granted asylum in the UK five years ago and lives in Liverpool, servicing cars. He only returned to northern France to help bring his ageing mother across. He has enough money to get her into a lorry instead of a boat. This option is expensive, but considered safer and more reliable. From the perspective of the British government, Abdullah is a people smuggler.

    Nearly every story begins with an escape. Mahmoud escaped the Israel Defence Forces; Hassan, a baby-faced 20-year-old Iraqi, escaped three times, first from the Islamic State, then family persecution, then a detention centre in Bulgaria; Maahir fled Damascus after the fall of the Assad regime last December. Having been a poster-boy junior athlete during his national service, Maahir fears reprisals by the new Islamist regime. The trained lifeguard and semi-professional distance runner speaks conversational English. He hopes to be reunited in Birmingham with his sister, who has been diagnosed with cancer. He wants to become an NHS nurse.

    Maahir lists off defining European experiences: arrested three times in France, beaten and racially abused in Greece, chased by dogs through the forests south of Calais. “I expected French society to be better,” he says. “It’s the graveyard of dreams.” Several of his comrades grunt in agreement before piling in. Mahmoud was robbed not long after arriving in Greece. A Palestinian man on crutches tells us that, contrary to his expectations, Europe has “no respect”. Here, it’s widely accepted that the continent west of the Ural Mountains is made up of two distinct entities: Europe and Britain.

    The police, inevitably, move in and shepherd the men away. The migrants knew this was coming; they were warned ahead of time by the aid workers, but the frustration is palpable. Tents are packed by muscle memory, some men leave them by the canal. According to Human Rights Observers (HRO), a non-profit that documents police activity, there were at least 44 evictions in the Calais area last month. Abdullah can’t understand why the French aid groups and the French state want different things. “Can you see the contradiction?” he asks.

    The defining post-Jungle French policy is called “zero fixation”. It ensures the migrants cannot settle. A police union spokesperson said it also disrupts people smugglers. Regardless, it is unrelenting. Last year, the police evicted 14,729 people from the area. Private cleaning teams, contracted by the public authorities, seized 1,685 tents, 189 tarpaulins and roughly 100 mattresses. What happens to these items is unclear.

    Tents come and go. If you can’t buy one and the aid groups are running low on stock, you have to find – or steal – one. The Palestinian on crutches demonstrates his technique, honed to a single fluid motion. When the tent is taken, your passports, phones or asthma inhalers can be taken with it. According to HRO’s annual report, the equivalent of two and a half articulated lorries of personal belongings were confiscated last year.

    Evictions often take place deliberately early, and the Calais migrants need sleep. You can see the effects of the zero fixation policy in their eyes; sometimes they talk to you like they’re dreaming. The policy is also costly to administer. At times, Calais feels like an expo for French cops: the French National Police, the Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS – the ones who make the news for seriously injuring protesters), the French Border Police and the local bobbies are all here.

    The various police forces in Calais have a wealth of technology. They peer through infrared binoculars, intercept migrants using heat scanners and carbon dioxide and heartbeat detectors. An aerial net of drones has been cast in the sky. The French have reportedly been reluctant to accept British technology, but they seem happy to accept British money. In 2023, the UK government roughly doubled the sum it allocates to France to mitigate the migration issue, earmarking almost half a billion pounds over the next three years. The Home Office did not respond to the New Statesman’s request for comment.

    In 2003, the UK moved its border with France to Calais. The port city was transformed; the dock became a labyrinth of electric fences and security cameras. The border has affected the politics of Calais, too. From 1971 to 2008, the mayoralty belonged to the French Communist Party before swinging to the centre right. We attempted to interview the mayor, Natacha Bouchart, but all we got was her deputy. Philippe Mignonet met us at the reception of the town hall, only to explain that he doesn’t speak with British media. “I’ve done thousands of interviews for tourism, for industry, for whatever. Everything goes back [to] immigration. So I don’t answer any more… the door is there.”

    There is money in Calais and it’s not just being spent on the police. You can see it in the city’s expensive-looking tourism drive. Most readily in the 12m-high, animatronic “Calais Dragon” – surely one of the worst tourist attractions in Europe, possibly the world – built in 2019 as part of a €46m “Calaisfornia” renovation of the seafront. For some reason, a million people come to see the dragon every year. On our visit, a gaggle of holidaymakers stare blankly at it through their cameraphones.

    In comparison, Calais’s volunteers have shallow pockets. There are hundreds of them. NGOs like Oxfam, the Red Cross and Médecins sans Frontières don’t appear to be a dominant presence. More noticeable is a constellation of smaller organisations and groups that do what they can with limited resources.

    GB News recently sent the journalist Patrick Christys to northern France. He spent a portion of his trip interviewing Sudanese migrants, suggesting that they “try another country”, before commenting on how badly their living conditions smelled. Christys’ reporting saddled us with significant difficulties as no Sudanese migrants wanted to be interviewed after their interaction with “that British journalist”. He has also called Calais charity workers “borderline national traitors”.

    The worst thing you could say about these volunteers is that spending time with them sometimes feels like revisiting your old student union. Some organisations run via collective decision-making (lots of talking) and feel strongly about semantics. Some say “migrants” should be referred to as “people on the move”, and a more sympathetic term for “camps” are “living spaces”. Every migrant we spoke to called them “camps”.

    That said, much of their work is indispensable. Calais Food Collective administers the majority of water drops (8,000 litres per day) in the area on a budget of roughly €100,000 a year. The Maria Skobtsova House provides a vital haven for women and children. Others facilitate rare, joyous moments. Twice a week in a warehouse compound near a local church, Secours Catholique, a French non-profit, runs a drop-in centre where people on the move can briefly find dignity and normality.

    Secours Catholique has crafted an area for people of different nationalities to attend, offering cigarettes, bottomless tea and coffee, football, phone-charging stations and barbers. The young men who come are not dissimilar to British lads, only they appear to drink less. A keepy-up circle forms. The ball falls with a sense of fate and people are gradually eliminated. Next door, there’s a separate space for women and children. The border has taught the children a new game: they check each other’s passports.

    In the UK, a number of questions and assumptions have been voiced concerning migrants and immigration policy, some more cynical than others. The loudest assumption is that a large proportion of the migrants of northern France are “economic migrants”. Of everyone we spoke to, only one stated that he had left because of the job market. The rest recalled genocidal militias, air strikes, repressive regimes, religious persecution, torture, mutilation and death.

    But the “economic migrants” critique obscures the obvious reality that a person can be both in need of work and fleeing for their life. This is true of Maahir, who wants to become a nurse, and Mahmoud, the Palestinian who wants to become a lawyer. Safety and prosperity are not mutually exclusive.

    Another question asked is why don’t migrants choose to claim asylum in the first “safe” country they reach? Well, many already do – both Spain and Italy received more asylum claims than the UK last year. And following the question’s logic, if everyone settled immediately, they would all simply bottleneck in Europe’s border countries (some of which, according to rights groups, are not safe for migrants). Migrants also don’t always enjoy the luxury of choice. Maahir was denied asylum in Germany and handed a deportation order. Hope, an Ethiopian single mother, was halfway across the Channel with her son when the boat’s engine cut out, and the Maritime Gendarmerie towed it all the way back. She’s now considering staying in France, though speaks fluent English.

    Why do migrants want to come to the UK? This one’s complicated, as many don’t. The demography of successful asylum applications in France leans towards Francophone African countries (as well as Ukraine and Afghanistan). Likewise, the majority of migrants we spoke with cited culture, language and decency as key reasons for choosing the UK. Usually there are historical ties.

    “Don’t forget that Britain was an integral part of Libya,” noted Rami, a former journalist who fled Benghazi after a militia began threatening his family. Many of these migrants are headed for England in part because they believe it can’t be worse than their experiences in France, Spain or Italy. But that’s an assumption; they can’t be certain.

    In the camps around Calais, migrants cling to an idealised Britain – a country few of them have ever been to. “You are treated as a human being… you are not defined by your religion or nationality,” says Rami, whose belief is based on previous interactions with British people. Time and again, Britain is painted as a country of minimal racism and unparalleled societal integration. It is an idea largely intuited, much like Britons’ assumptions about migrants: on both sides of the Channel people chat with friends, they watch the Premier League, they scroll through TikTok and Instagram. It’s possible Nigel Farage will win the next election, and turn Britain into a country of mass detention and deportation – a place where asylum is banned. Perhaps then migrants will think about the UK differently. Perhaps we all will.

    There are many questions that are not asked of our immigration system but should be. Why, for instance, does the UK continue with policies of deterrence that, when they aren’t coupled with diplomacy, have repeatedly failed to deter?

    Irregular migration (a legal term for what some call “illegal” crossings) has more than doubled since 2018, peaking at almost 50,000 in 2022. The Tories passed various restrictive laws in order to drive down this number. The most successful migration deal seemed to be the one they reached with the Albanian government in 2022, which allowed for Albanians arriving on small boats to be returned. The following year, irregular crossings by Albanians fell by almost 93 per cent.

    Other legislation proved fruitless, such as the 2022 Nationality and Borders Act, which stated that any migrant coming via a “safe” country, such as France, would have their claims deemed “inadmissible”. This didn’t mean applications were rejected, only that they would not be processed. But people kept coming.

    A year later, the Conservatives passed the Illegal Migration Act, widening the “inadmissibility” category while placing a duty on the Home Office to remove unauthorised arrivals. But to where? The United Kingdom had no deportation agreement with Afghanistan, Iran, Syria, Eritrea or Sudan – the five most common nationalities that make irregular crossings. Neither did it have one with France. Brexit took the UK out of the Dublin Regulation, which enables EU countries to deport asylum seekers to the first EU country they entered. Even the Tory’s flagship deterrent, the Rwanda plan, proved an expensive failure.

    Under a Labour government, the UK has tried a new approach, announcing its “one in, one out” policy, which essentially states that for every migrant the UK sends back to France, we take another in return. This policy has barely been trialled at scale, and is, ironically, dependent on irregular crossings. Only two of the migrants we spoke to, Hope and Hassan, were aware of it. Yet Hassan, who fears being forcibly returned to a Bulgarian detention centre, could explain the legal intricacies of the Dublin Regulation and why the UK’s withdrawal was to his advantage. “The main reason I am coming to Britain is because of protection from deportation, because of Dublin.”

    The biggest question is how, in a country like France, the misery of these camps is allowed to persist.

    Loon-Plage, a dusty clearing of grass and plastic sandwiched between an A-road and a Total diesel refinery, is the closest thing to the old Jungle that survives today. It’s named after the local parish. No one knows exactly what to call it.

    The sunrise bleeds gold on to the aid distribution point at Loon-Plage. One man prostrates himself for the morning prayer, another emerges from the bushes fastening his trousers. Thousands of displaced people are asleep, hidden in the surrounding woodland. There are no toilets. No kitchens. No showers.

    A few miles away, dozens of CRS officers are completing their morning routine at a hotel that has been booked out exclusively for them by the French government. They are about to mobilise for a mass eviction operation. Commander Obry, a middle-aged bruiser with the strut of a wartime colonel, completes his uniform with a pair of aviators. All the volunteers who work in Loon-Plage seem to know about Commander Obry.

    Two young women from HRO are on their daily eviction patrol. They follow a planned circuit documenting evictions for potential legal evidence. Police activity has been quiet over the past few days; they assume today will be the same. A couple of weeks ago, one of them was at the distribution point when a masked man pulled out a handgun and emptied a magazine into a refugee’s leg. These shootings are becoming more regular.

    When they pass the hotel there are no police vans at the car park. They drive on before arriving at a lay-by in the woods. Neither of the 24-year-olds have seen a mobilisation on this scale before. Speeding back to warn the camp residents, they turn on Spotify. French hip-hop blares from a small, portable speaker. “Fuck le 17!” they sing along.

    The migrants of Loon-Plage are waking now, stretching their legs among rats, litter and human faeces. One mile away, a group of private contractors are stuffing confiscated tents into the back of a van while Obry marches through the woods. They say they don’t know where the van is going, but they have to clear the area. One of them finishes a Red Bull and hurls it into the bush.

    Back at the camp, five young Kurdish teenagers decide whether or not to call an ambulance for their friend who can hardly stand. He can’t swallow either and has been vomiting for the past 24 hours: a consequence, they suspect, of having slept without a tent or a blanket for days. The emergency helpline operator doesn’t know when an ambulance will arrive. One of the boys passes the time by scrolling through images of Iceland on his phone. Maybe, one day, he’ll get there.

    In the past, people have located purgatory in various corners of the world: down a pit in Donegal or inside Mount Etna. Loon-Plage is nowhere. The locals avoid it, NGOs struggle to penetrate it, the French authorities are failing to police it. Occasionally, this place tricks you with its beauty – there are moments when the branches refract the light and a breeze comes through. Its clearings are punctuated with tents and discarded objects. If you squint, it almost resembles the shabby reaches of a music festival.

    In this place, reality disappears. There is no certainty in Loon-Plage. You are never sure of what you see or hear. One man from Afghanistan says he was granted asylum in the UK but left to go to a wedding in France and someone stole his documentation. Now he’s here. Past bushes and railway tracks, a Kurdish-Syrian shepherd carries a set of DVDs labelled “liver one”, “liver two”, “liver three”. He was shot in the abdomen and underwent a botched operation. Part of the bullet remains lodged inside him. These CDs, he explains, are footage of the surgery. He hopes to present them to the NHS if he crosses the Channel.

    Deeper inside the woods, a man holds a young boy somewhere between a hug and a headlock. The man is not the boy’s father. “He lost his parents!” the man says. The child looks terrified, like he’s suppressing the urge to cry. Suddenly they run away. The volunteers have seen that man before. He’s been here for months. They think he’s a people smuggler.

    Finding a smuggler here is easy. Either someone provides a contact, or you wait until the evening and meet them as they move from tent to tent offering their services. The dinghy fare averages between £1,000 and £2,000 and the migrants say a competitive market has emerged. Some have the cash up front, others rely on relatives to wire the funds, or parts of it. An excitable Yemeni man, who only really wants to talk about gangster films and sports cars, says he had no money at all. The smugglers accept cash or bank transfers.

    A significant number of women and children live in Loon-Plage. Hope, 34, broke into tears when recalling the month she spent there. Her tears are words. Sometimes she’d be able to get on a bus and shower at one of the hotels allocated for migrants in France. But these hotels are far away and the journey back to the sea is costly. In Loon-Plage, Hope would fall asleep with her young boy. Sometimes there would be gunshots, which would remind Hope of the armed men who occasionally tried to hit on her.

    By midday, there are hundreds of people at the distribution point. When the two HRO volunteers pull up in their car, dozens form a frantic queue believing food has arrived. The Red Cross drops off meals here twice per day. There are also several makeshift shops where migrants sell snacks to those with change. Usually a medical team comes in the afternoon to run a clinic, but today it is staying away until the police have finished the eviction.

    The closest shop is an Esso petrol station. Its owner, a portly middle-aged man, has a dangerous predicament. Several weeks ago, the police came in and demanded he sign an official decree prohibiting him from selling fuel to migrants. He was reluctant, because the men who buy it can be intimidating. But he doesn’t want to upset the police and the officers weren’t there to negotiate. They hovered over the till, blocking off customers until he complied. “I’m not able to put this decree into practice,” he says. He wrote in brackets above his signature, “I am afraid for my life!”

    Returning from far-removed tents, the volunteers discover their route back to the car has been blocked by police. They have to take a new route back, which takes them over a bridge made of crushed trolleys and into a clearing guarded by a man sat in a chair checking his phone.

    “What you doing here?” he demands. It’s as if they’ve stepped out of France and into a new jurisdiction. He waves, beckoning another man who is nursing a beer. He has piercing green eyes and a scarf hanging from his head like a trap star. He walks right up to their faces and stares them down. This feels like a checkpoint. “You go there,” he says, signalling left, “never there.” The volunteers oblige.

    Around midday the police descend on the distribution point. Everyone runs. When the volunteers reach the police line, a Kurdish man with a London accent is cursing the cops. He says they’ve confiscated his friend’s passport, pointing to one of the men that flank him. “Tell them everyone here has a fucking gun,” he insists. “If [the police] come here, everyone is going to fucking die.”

    For a minute, there’s a stand-off. But the tension is broken when an Eritrean woman walks between the factions and asks the police to return her daughter’s glasses. Commander Obry strides up to the line. He’s having none of it. All anyone can do is watch as the bulldozers raze the camp’s basic infrastructure. When the police finally disperse, there is only rubble. The migrants rebuild their world.

    After Loon-Plage, there’s the sea. People wonder why the migrants risk their lives crossing the Channel; 82 of them died in it last year. But beyond it lies a sister in Birmingham, the prospect of a job in Liverpool, a room with a bed perhaps and no more police harassment. Across it lies another life. First, though, they have to traverse it successfully. Many attempt the crossing several times.

    People change on the long walk to the beach. When the water comes into view, the solidarity and affection that’s been growing between the migrants melts away and panic makes most selfish. Some act virtuously. Maahir’s tenth attempt was unsuccessful because he helped a pregnant woman on to a boat. At the time of writing, the last woman to die with her child in the Channel was a Turkish mother and her son who drowned off the coast of Gravelines. The boy is thought to have been eight years old.

    On the way to the boats, the drones come. This adds to the panic. The migrants have seen drones before, buzzing in the skies above Gaza and Sudan. To minimise injuries, the French police currently do not enter the water unless they are asked to do so by the migrants, though the French government is reviewing this approach. Migrants often wait waist-high in the sea without lifejackets to escape the police before they board.

    At least two migrants we spoke with have since made it to the UK. Rami’s voyage began at 7am and took 11 hours. Halfway across, the engine failed and the overcrowded 9m raft ferrying some 90 people, including pregnant women and children, drifted with the current. Hours later, the inflatable tubing started to leak air and the boat began taking on water. People started to faint.

    All the passengers were saved by the UK’s coastguard, just after 5pm. The rescue marked the end of Rami’s odyssey. He’s now in an asylum hotel in the north of England and can finally get some sleep. But his wife suffers recurring nightmares about their journey – what they call “the journey of death” – their days in northern France, the smugglers, the chaos. “Everything was like a bad dream.”

    But there are bad dreams in Britain too. A week after returning from northern France, we attend a protest outside an asylum hotel in Epping, Essex. A few hundred people have gathered. An Ethiopian asylum seeker had been convicted of sexual assault against a 14-year-old girl. The crowd consists of seething men, excitable boys and outraged middle-aged mums. “Fucking bomb the place,” a man tells us. A small blonde child – presumably his – sits on his shoulders.

    Again, reality disappears. One man wearing a St George’s flag like a cape recounts a recent incident involving two Muslims “hiding in a bush outside a primary school with a bag full of children’s clothes, a pair of scissors and wigs”. He thinks they were waiting to kidnap local kids. His source is Facebook. We think about Maahir and the “graveyard of dreams”. In reporting this story one increasingly realises there is no such thing as clarity, only a murky chaos enveloping hundreds of thousands of lives, reconstituting government policy, redefining what society means. And it never ends.

    https://www.newstatesman.com/politics/uk-politics/2025/10/the-truth-about-the-small-boats-crisis
    #frontières #Manche #La_Manche #migrations #réfugiés #France #Angleterre #UK #CRS #drones #technologie #militarisation_des_frontières #tourisme #solidarité #Loon-Plage

  • Nord de la France : la justice intime à l’État d’améliorer les conditions de vie des migrants dans les camps - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/68534/nord-de-la-france--la-justice-intime-a-letat-dameliorer-les-conditions

    Nord de la France : la justice intime à l’État d’améliorer les conditions de vie des migrants dans les camps
    Par La rédaction Publié le : 04/12/2025
    Le tribunal administratif de Lille, saisi par les associations, a donné 10 jours aux autorités pour améliorer les conditions de vie des migrants dans les campements de fortune du nord de la France, notamment à Loon-Plage et Dunkerque. L’État doit leur fournir « points d’eau, douches, toilettes et évacuation des déchets ».
    Le tribunal administratif de Lille donne raison aux humanitaires. La justice a ordonné, jeudi 4 décembre, aux autorités d’assurer un minimum de dignité aux migrants des campements du nord de la France.
    Les organisations Refugee Women’s Centre, Médecins du Monde, Utopia 56, Roots, Salam et Human Rights Observers avait attaqué mi-novembre l’État français pour « non respect des droits humains » des plus de 2 000 migrants qui survivent dans des campements précaires autour de Dunkerque (Nord), notamment à Loon-Plage.
    La justice a estimé, jeudi, que les « regroupements » des personnes migrantes sur des camps « constituent une situation de fait durable mettant en péril leur santé, voire leur vie », a indiqué le tribunal dans un communiqué. « En droit, les autorités publiques ont l’obligation de respecter la liberté fondamentale de sauvegarde de la dignité humaine ». En conséquence, le tribunal enjoint aux autorités, au premier rang desquelles la préfecture du Nord, mais aussi les maires de Dunkerque et de Loon-Plage, d’installer sous 10 jours « des dispositifs adaptés permettant de répondre aux besoins élémentaires en points d’eau, douches, toilettes et évacuation des déchets des migrants ». La justice réclame également « l’instauration de ’maraudes’ destinées à l’accompagnement social des mineurs isolés ». Si l’État ne met pas en place ces mesures sous 10 jours, il se verra contraint de payer une « astreinte de 100 euros par jour de retard », expliquent les juges, ajoutant qu’il devait aussi « verser 1 500 euros » aux associations.
    Lors d’une visite de ces campements le 21 novembre, les juges avaient notamment pu constater, à proximité de quelques cabines de douche artisanales mises en place par une association, « la présence d’eaux stagnantes et de déchets dans [des] fossés, induisant des problèmes sanitaires », peut-on lire dans l’ordonnance.
    Le tribunal a en revanche rejeté les autres demandes des associations, notamment « sur la prise en charge des distributions alimentaires » par les autorités, « l’accès des migrants aux soins, à une structure d’hébergement sur place ou à un dispositif spécifique d’information sur leurs droits », détaille-t-il dans son communiqué.
    « Sans nous, sans les associations, les migrants n’auraient rien, ni à manger, ni de tentes, ni de premiers soins, ni de bois de chauffage », avait déclaré en novembre à InfoMigrants Charlotte Kwantes, porte-parole de l’association Utopia 56. « L’urgence est là, sous nos yeux », avait aussi alerté dans un communiqué Diane Leon, coordinatrice du programme Nord Littoral de Médecins du Monde, évoquant des « conditions de vie inhumaines ». « En abandonnant ces personnes, l’État les met en danger et choisit de les rendre malades », estimait-elle.
    La population actuelle sur ces sites est estimée par la préfecture à près de 1 200 hommes, femmes et enfants, et par les associations à environ 1 500 personnes.Les migrants s’installent sur ces campements proches de Dunkerque ainsi qu’à Calais et dans ses environs dans l’attente de pouvoir tenter des traversées clandestines de la Manche pour rejoindre l’Angleterre. Ces dernières semaines, en raison d’une météo défavorable, très peu de tentatives de traversée ont eu lieu : le Royaume-Uni n’a recensé aucune arrivée de bateau de migrants depuis le 15 novembre, selon les chiffres officiels des autorités britanniques.
    En 2017, une action similaire avait déjà été menée par 11 associations concernant les campements de migrants dans la zone voisine de Calais. Le tribunal administratif de Lille avait alors ordonné à l’État et aux collectivités locales de mettre en place des mesures d’aide, comme la création de points d’eau et de sanitaires dans ces campements. Une ordonnance validée par la suite par le Conseil d’État.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#droit#humanitaire#calais#dunkerque#camp

  • Migrants : des associations demandent à la justice de forcer l’Etat à améliorer les conditions de vie dans les camps du Dunkerquois
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/27/migrants-des-associations-demandent-a-la-justice-de-forcer-l-etat-a-ameliore

    Migrants : des associations demandent à la justice de forcer l’Etat à améliorer les conditions de vie dans les camps du Dunkerquois
    Le tribunal administratif de Lille a examiné, mercredi 26 novembre, un référé-liberté porté notamment par Médecins du monde et Utopia 56. Entre 1 000 et 1 500 migrants vivent sur ces campements, avec seulement deux points d’eau, quelques douches artisanales mais aucun sanitaire.
    Par Julia Pascual (envoyée spéciale à Lille)
    L’affaire n’est pas simple. De sorte que, pour l’examiner, le tribunal administratif de Lille a décidé de se réunir en formation collégiale (de trois juges). Mardi 18 novembre, six associations, parmi lesquelles Médecins du monde, Salam, Utopia 56 ou encore Human Rights Observers, avaient saisi la justice administrative en référé-liberté, lui demandant d’enjoindre en urgence l’Etat, mais aussi les collectivités locales, d’améliorer les conditions de survie des migrants dans les campements du Dunkerquois (Nord).
    Avant l’audience qui se tenait le 26 novembre, les trois juges saisis du dossier se sont déplacés toute la journée du 21 novembre sur ces campements pour vérifier si l’administration, par ses carences, porte « une atteinte grave et manifestement illégale aux droits et libertés fondamentaux ». Là-bas, sur les terrains boueux d’une zone industrielle à cheval sur les communes de Loon-Plage, Mardyck et Grande-Synthe, entre 1 000 et 1 500 migrants se trouvent actuellement dans l’attente d’un passage vers l’Angleterre, selon les estimations des autorités et des associations.
    Sur place, ces personnes ont accès à deux points d’eau, quelques douches artisanales (bricolées par une association) mais aucun sanitaire, ni aucun lave-linge, a rappelé lors des débats mercredi Luc Basili, l’un des avocats des associations. En outre, une seule bene à ordures a été installée. Et les distributions alimentaires ne couvrent pas les besoins.
    Devant ce constat indigent, la préfecture du Nord, les communes, le département ou encore l’agence régionale de santé, bref, tous les « défendeurs », ont demandé au tribunal de rejeter la requête des associations, estimant, en substance, faire déjà au mieux et répondre aux besoins. « L’humanité est le fondement de la politique du préfet », a déclaré à l’audience le préfet délégué pour la défense et la sécurité, Vincent Lagoguey. « Nous sommes dans une situation extrêmement complexe d’un point de vue juridique, opérationnel et humanitaire », a insisté le haut fonctionnaire, soulignant l’intensification des « violences commises par les mafias criminelles » dans la zone, alors que quatre personnes sont décédées par arme à feu depuis le début de l’année. « En quoi affamer les victimes, les priver de douches et de toilettes, ça lutte contre les réseaux de passage ? », a fait mine de l’interroger Me Basili.
    Membre de l’ONG Solidarités International, spécialisée dans l’accès à l’eau, Elise Duloutre a fait part de ses observations devant le tribunal, rapportant les « témoignages glaçants de femmes et d’hommes obligés de porter des couches pour ne pas déféquer dehors » mais aussi « des gens qui se retiennent toute la journée, des femmes qui ont témoigné ne jamais se rendre seule dans des buissons, se déplaçant en groupe la nuit à la lumière de téléphones portables ». Elise Duloutre a aussi évoqué la distance moyenne de 900 mètres qui sépare les personnes des points d’eau, alors que cinquante litres d’eau par jour sont nécessaires à une vie décente.
    Une situation qui se répercute sur la santé des migrants avec l’apparition de cas de gale et des surinfections de plaies. Tandis qu’un représentant de l’agence régionale de santé a expliqué à l’audience offrir un accueil « inconditionnel » des patients à l’hôpital de Dunkerque, une responsable de Médecins du monde, Diane Léon, a rapporté que les migrants ne pouvaient en réalité se rendre qu’à des consultations « dédiées » assistées par un médiateur culturel. Or, faute d’un dispositif suffisamment paramétré, depuis le début de l’année, 1 200 personnes auraient essuyé des refus, selon l’ONG.
    Médecins du monde a comparé la faiblesse des dépenses d’interprétariat de l’hôpital (450 euros sur le premier semestre) à celles engagées par l’ONG sur la même période (plus de 6 000 euros) dans le cadre de sa clinique, présente sur les campements quatre fois par semaine. En outre, faute d’autres moyens de transport, plus de 90 % des 856 patients reçus à l’hôpital en 2025 y ont été conduits par l’ONG, a calculé Diane Léon. Vendredi, lors de la visite des juges sur le terrain, un bus financé par l’Etat est reparti à plein des camps vers des centres de mise à l’abri. « Mais 30 autres personnes auraient voulu monter dedans et n’ont pas pu le faire », a souligné Me Basili. A l’issue de l’audience, devant le tribunal, Claire Millot, de l’association Salam, a dit redouter une « catastrophe humanitaire ». « On distribue 1 000 repas par jour actuellement. On n’y arrive plus, on est acculés. »
    Le jugement a été mis en délibéré et devrait être rendu dans le courant de la première semaine de décembre. En 2017, dans une procédure similaire, le Conseil d’Etat avait constaté une carence des autorités publiques exposant les personnes à des traitements inhumains ou dégradants sur les camps de Calais. La justice avait alors ordonné l’installation de points d’eau, de latrines et de douches.

    #Covid-19#migrant#migration#france#droit#sante#politiquemigratoire#calais#humanitaire

  • L’#extrême_droite britannique multiplie les #raids racistes sur le littoral français

    Les attaques de militants de l’#UKIP visant des exilés se sont succédé ces derniers mois autour de #Dunkerque, s’ajoutant à de nombreuses pressions. Des associatifs dénoncent le laisser-faire des autorités et craignent l’escalade.

    La #vidéo ne dure qu’une quarantaine de secondes. Sur les premières images, on distingue une douzaine de personnes, de nuit, portant une banderole floquée du message « Islamist invaders not welcome in Britain » (« Les envahisseurs islamistes ne sont pas les bienvenus en Grande-Bretagne »). Dans la séquence suivante, au moins sept hommes, casquettes noires vissées sur le crâne, marchent à vive allure dans les rues de #Grand-Fort-Philippe, en périphérie de Dunkerque, dans le Nord.

    L’un d’entre eux porte un drapeau de l’Angleterre, un autre, celui de l’Union Jack. On les voit, munis de puissantes lampes torches, se rapprocher puis s’en prendre à un groupe d’une vingtaine de personnes exilées, assises et assoupies sur le trottoir. Ces dernières sont réveillées dans leur sommeil, la plupart semblent stupéfaites. La bande-son de la vidéo se résume à un slogan, qui tourne en boucle : « You shall not pass ! » (« Vous ne passerez pas ! »)

    Cette vidéo, rendue publique le 30 septembre sur les réseaux sociaux du parti d’extrême droite britannique UKIP (#United_Kingdom_Independence_Party), a été tournée dans la nuit du 9 au 10 septembre. « Ce soir-là, les militants du UKIP ont insulté les exilés, ils ont également volé les gilets de sauvetage de certains et sont même allés jusqu’à frapper plusieurs personnes, dont une femme », détaille Salomé Bahri, coordinatrice de l’association Utopia 56.

    Au cours de leur maraude nocturne, les bénévoles de cette association ont rencontré les exilés victimes de cette #agression et ont recueilli leurs témoignages. « Ils ont vraiment eu peur, certains ont cru qu’ils allaient mourir », confie Salomé Bahri.

    À leur tête, un leader raciste et masculiniste

    Cette agression xénophobe, préméditée et mise en scène, perpétrée par des militants d’extrême droite britanniques sur le littoral nord de la France n’est pas un événement isolé. Ces dernières semaines, les actes d’#intimidation ou de #violence à l’encontre de personnes exilées et de leurs soutiens se sont succédé à Dunkerque et #Calais. Le 7 novembre au matin, encore à Grand-Fort-Philippe, une petite dizaine de militants britanniques d’extrême droite du mouvement « Raise The Colours » (« hissez les couleurs ») se filme au bord du fleuve Aa en exhibant un immense drapeau de l’Union Jack tout en proférant leur haine des personnes migrantes.

    Alors que le #Royaume-Uni est confronté depuis plusieurs mois à d’importantes mobilisations anti-immigrés, les plages de la #Côte_d’Opale sont devenues le nouveau terrain de jeu de l’extrême droite britannique, suscitant peu de réactions des pouvoirs publics.

    « Il y a toujours eu cette menace de l’extrême droite sur le littoral, mais cela s’est nettement accéléré ces derniers temps », note Salomé Bahri. Début juin, les militants de l’UKIP sont restés plusieurs jours à Calais et ont multiplié les intimidations envers les exilés et les personnes solidaires, postant systématiquement ensuite leurs vidéos sur les réseaux. À leur tête, une des figures du parti, #Nick_Tenconi, ouvertement islamophobe, masculiniste et anti-LGBT+, promeut l’expulsion en masse des immigrés présents sur le territoire britannique.

    Les humanitaires dépeints comme des « terroristes de l’intérieur »

    « Nick Tenconi et son groupe sont restés entre une heure trente et deux heures devant l’accueil de jour à nous menacer et à nous insulter, nous traitant de “terroristes de l’intérieur” et de “méchants petits communistes” », se remémore Léa Biteau, du Secours catholique. Les images publiées sur X montrent le leader de l’UKIP, dans une posture d’intimidation, accuser les équipes du Secours catholique « d’être complices de l’envoi de migrants illégaux vers le Royaume-Uni ».

    Dans une autre vidéo postée le 7 juin, Nick Tenconi, mégaphone en main, hurle sur un groupe d’exilés attendant le début d’une distribution alimentaire : « Vous êtes tous filmés ! Nous allons transmettre ces images aux services de renseignement britanniques ! Vous n’êtes pas les bienvenus en Grande-Bretagne, faites-le savoir à vos amis et vos familles ! »

    Le parti d’extrême droite a lancé pendant l’été une cagnotte en ligne destinée à « maintenir une présence dans le nord de la France » de ses militants « afin de localiser et stopper les bateaux ». Plus de 21 000 euros ont pour l’heure été récoltés par la plateforme GiveSendGo, déjà épinglée pour avoir hébergé des appels à dons en faveur de militants suprémacistes et #néo-nazis. Ces raids de militants de l’UKIP ne constituent toutefois pas la seule menace à laquelle ont dû faire face les personnes exilées et leurs soutiens ces derniers mois sur le Calaisis et la Côte d’Opale.

    Croix gammée, doigts d’honneur et excréments

    « Ces dernières semaines, nous avons constaté que certaines cuves d’eau avaient été sabotées : des robinets ont été volés, l’#eau a été polluée par du produit vaisselle ou encore des personnes ont volontairement déversé le contenu », indique Lachlan Macrae de Calais Food Collective.

    Ce groupe de solidaires installe des citernes d’eau sur les camps de fortune où survivent les exilés, palliant ainsi les carences assumées de l’État français en matière d’accès à l’eau, un droit pourtant fondamental. « Dernièrement, une des citernes a même été taguée d’une #croix_gammée », ajoute le militant.

    « Le 26 septembre, nous avons découvert un sac d’excréments à l’entrée de l’entrepôt », détaille Jade Lamalchi de l’Auberge des migrants, en reprenant un document sur lequel elle consigne, avec d’autres solidaires, les #menaces et intimidations auxquelles ils et elles font face. La responsable associative évoque également le cas récent de filatures, par un couple dans un véhicule, au cours desquelles les personnes solidaires ont été prises en photo. « On se demande si c’est une manière de préparer de futures actions », s’inquiète la jeune femme.

    « Il y a un climat ambiant qui favorise ce type d’agissements isolés, cela décomplexe le passage à l’acte », estime Léa Biteau du Secours catholique, également confrontée à « des actes de #vandalisme, tels que des dépôts d’excréments ou de la glue dans les serrures des locaux ».

    La salariée associative n’impute toutefois pas directement ces actes à l’extrême droite organisée, mais souligne que ces actions, qui peuvent venir d’habitants, participent à « décourager les initiatives solidaires ». Un constat partagé par Salomé Bahri qui observe régulièrement des riverains du camp de #Loon-Plage, près de Dunkerque, « faire des doigts d’honneur ou insulter des bénévoles d’Utopia et des personnes exilées ».

    Les groupuscules néo-fascistes français en embuscade

    « À Londres comme à Paris, les responsables politiques usent d’un discours politique toujours plus dur et déshumanisant à l’encontre des personnes exilées, cela normalise ces idées et ce type de comportements, s’alarme Lachlan Macrae, ce n’est pas surprenant ensuite de voir ces agitateurs fascistes se sentir encouragés pour agir ». Le militant de Calais Food Collective rappelle que Nick Tenconi et le parti UKIP étaient aux avant-postes du mouvement anti-immigrés qui s’est répandu cet été outre-Manche.

    Dans de nombreuses villes du Royaume-Uni, des rassemblements hostiles, attisés sur les réseaux sociaux par l’extrême droite, ont eu lieu devant les hôtels hébergeant les demandeurs d’asile, avec comme slogan principal « Send them home, protect our kids ! » (« Renvoyez-les chez eux, protégez nos enfants ! ») « Après ça, pour Nick Tenconi et l’UKIP galvanisés par ces mobilisations, la prochaine étape était de venir à Calais », observe Lachlan Macrae.

    « On craint que les actions menées par UKIP sur le #littoral ne donnent des idées à des groupes d’extrême droite locaux », analyse Salomé Bahri. Le 1er septembre, les groupuscules #identitaires #Nouvelle_droite, basé à Lille, et #Les_Normaux, venus de Rouen, se sont retrouvés pour une action de communication sur une plage proche du #cap_Gris-Nez. Les militants d’extrême droite se sont pris en photo arborant des banderoles « #Stop_the_boats » et en soutien à #Tommy_Robinson, un ancien hooligan à l’origine de l’#English_Defence_League, un groupuscule nationaliste et islamophobe. L’activiste d’extrême droite, très influent sur les réseaux sociaux, est à l’origine de la manifestation anti-immigrés qui a rassemblé 100 000 personnes au cœur de Londres le 13 septembre dernier.

    Les autorités très lentes à réagir

    Le raid de l’UKIP de début septembre a donné lieu à un signalement d’Utopia 56 auprès du parquet de Dunkerque le 18 septembre. Ce n’est toutefois qu’après la publication de la vidéo sur X de l’agression perpétrée contre des exilés que la procureure de Dunkerque a ouvert une enquête. Contacté par Basta !, le parquet de Dunkerque n’a pas partagé de nouveaux éléments relatifs à cette affaire. Plusieurs associatifs restent toutefois sceptiques quant à la capacité de réaction des autorités françaises, les mêmes qui, par ailleurs, organisent des expulsions de campements toutes les 48 heures à Calais ou cautionnent les interceptions violentes de zodiacs sur les plages du littoral.

    « Une ligne rouge a été dépassée : les pouvoirs publics laissent faire les propos et actes racistes et nous, en tant qu’associatifs, on se retrouve à devoir s’organiser, faire de la veille sur les réseaux sociaux afin de prévenir de futurs agissements de l’extrême droite », estime Jade Lamalchi, de l’Auberge des migrants, qui a de son côté signalé les cas de filatures auprès de la sous-préfecture de Calais, sans suite pour le moment. « On essaie désormais d’anticiper de nouvelles menaces de l’extrême droite, abonde Salomé Bahri. On prévient les bénévoles et les personnes exilés via des stories WhatsApp et on adapte nos missions sur le terrain. »

    Fin septembre, dans un courrier adressé au Premier ministre britannique, Keir Starmer, un collectif de 150 organisations de la société civile britannique appelle à une réponse forte des autorités face aux intimidations et menaces grandissantes de l’extrême droite auxquelles elles sont confrontées.

    Salomé Bahri conclut : « En #Angleterre comme en #France, cette volonté de beaucoup de responsables politiques de ne pas pointer du doigt les discours et les actes racistes est un terreau fertile, c’est une incitation à continuer et aller plus loin. »

    https://basta.media/extreme-droite-britannique-multiplie-les-raids-racistes-sur-littoral-franca
    #racisme #UK #Manche

  • Récit « Je n’avais jamais vu ça de la part de la police » : près de #Dunkerque, des migrants interceptés dans l’eau à coups de #bombes_lacrymogènes

    Plusieurs agents armés, munis de boucliers et de casques lourds, se sont retrouvés au milieu des vagues à #Gravelines, le 13 juin. Si les syndicats de police y voient une opération « exceptionnelle », les associations craignent un changement de méthode pour empêcher les traversées de la Manche.

    Spray au poivre à la main, de l’eau jusqu’à la taille, le policier asperge plusieurs migrants. Objectif : empêcher le petit groupe de monter à bord d’une embarcation en direction de l’Angleterre. La scène se déroule sur la plage de Gravelines (Nord), à quelques kilomètres de Dunkerque, vendredi 13 juin au petit matin. Peu après 5 heures du matin, raconte à franceinfo, clichés et métadonnées à l’appui, le photographe britannique Dan Kitwood, qui a assisté à l’intervention. « C’est vite devenu assez chaotique, avec les gens qui criaient et les enfants qui pleuraient », relate-t-il. Arrivé une heure plus tôt sur les lieux, il remonte le fil de cette opération d’#interception rare, les forces de l’ordre n’ayant pas pour habitude d’intervenir aussi loin dans l’eau avec des équipements aussi lourds.

    « Peu avant 5 heures, les premiers migrants sont sortis des dunes. Ils étaient une trentaine, avec au moins cinq enfants, dont deux en bas âge », raconte-t-il, en se basant sur ses photos. Parmi eux, une poignée d’hommes n’a pas de gilet de sauvetage. Ils sont les seuls à cacher leur visage. « Probablement membres d’un réseau de passage plus large », se dit le photojournaliste. Dix minutes plus tard, une embarcation apparaît sur le rivage et s’approche du groupe de migrants dans l’eau. Depuis les dunes, une dizaine de policiers surgit alors. Ils font partie d’une compagnie d’intervention, reconnaissables aux bandes bleues sur leur casque. Certains courent droit dans la mer, jusqu’à être à moitié immergés, « avec l’intention de sortir [les migrants] de l’eau », explique Dan Kitwood.

    Afin de tenir les agents éloignés, certains hommes les éclaboussent. « Il y a aussi eu une altercation avec un policier muni d’un bouclier qui avait du mal à rester stable dans l’eau plus profonde, avec tout son équipement », relate le photographe. « C’est à ce moment-là qu’un autre agent a sorti son spray devant les personnes les plus agressives », ajoute-t-il. Finalement, les policiers, « qui n’ont rien pu faire », sortent de l’eau, déstabilisés par le courant et le trop grand nombre de migrants. Une famille « prise dans le gaz » est aussi contrainte de regagner la #plage, où d’autres migrants venus faire diversion sont chassés à coup de grenades #lacrymogènes.

    « C’était dangereux pour tout le monde »

    Malgré cette intervention musclée dans l’eau, la moitié du groupe parvient à prendre la mer ce matin-là. Pour Dan Kitwood, familier de la crise migratoire dans le Nord de la France, les policiers « n’ont pas fait un usage disproportionné de la force, et n’ont pas été trop agressifs ». « Ils ont tenté quelque chose de nouveau, et ça n’a pas fonctionné ». Reste que la tactique d’entrer dans l’eau avec autant d’équipement est inédite. « Je n’avais jamais vu ça de la part de la #police », assure le photographe, qui estime que « c’était dangereux pour tout le monde », migrants comme policiers. « Vous pouvez imaginer ce qu’il se passerait si un agent venait à glisser et se retrouver sous l’eau, avec le poids de son bouclier ou de quelqu’un sur lui... »

    Depuis 2018 et l’augmentation continue des traversées de migrants par bateau vers le Royaume-Uni, face à une frontière parmi les plus surveillées et sécurisées au monde, les forces de l’ordre ont renforcé leur présence sur les côtes françaises afin d’empêcher les départs et de gêner les passeurs à terre. « Chaque jour, 1 200 effectifs sont mobilisés » sur les 150 km de littoral entre Dunkerque et Le Touquet, rappelait le 27 février le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, cité par ICI Nord (Nouvelle fenêtre). Sur ces agents, « 730 sont financés par le Royaume-Uni », ajoutait-il, en vertu du #traité_de_Sandhurst signé entre les deux pays il y a sept ans.

    En plus de démanteler les campements, policiers et gendarmes ont souvent été aperçus sur les plages pour barrer la route des migrants ou pour lacérer les boudins des canots gonflables. Comme le révélait Le Monde(Nouvelle fenêtre) et plusieurs médias étrangers dans une enquête en mars 2024, des bateaux de gendarmerie ont expérimenté des techniques d’interception en mer, autorisées par les directives préfectorales, qui imposent toutefois la plus grande #prudence. Mais au bord des plages, la zone grise demeure et les interceptions dans l’eau avec un tel équipement ne font pas partie des méthodes habituelles des forces de l’ordre, observent plusieurs acteurs locaux.

    La crainte d’un « #changement_de_doctrine »

    « Nous avions déjà eu des témoignages d’opérations #dans_l'eau, mais jamais aussi profondément », explique à franceinfo Charlotte Kwantes, responsable plaidoyer et communication de l’association Utopia56, qui apporte une aide humanitaire aux migrants du secteur. « On se demande désormais jusqu’où le gouvernement français va aller, sous pression du Royaume-Uni », déplore-t-elle, en faisant référence aux récentes déclarations du Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique, qui a par exemple appelé (Nouvelle fenêtre) le 31 mai à « exhorter les Français à apporter les changements nécessaires à leur politique opérationnelle » afin que les autorités puissent intervenir « dans les eaux peu profondes le plus rapidement possible ».

    Pour Charlotte Kwantes, « difficile de ne pas faire le rapprochement » entre les méthodes vues à Gravelines et le « changement de doctrine » réclamé par #Bruno_Retailleau fin février lors de sa visite (Nouvelle fenêtre) dans la région. Le ministre de l’Intérieur préconisait alors des interceptions en pleine mer, et ce, jusqu’à 300 mètres des côtes. « Ils veulent rendre la #mer infranchissable, mais c’est impossible. Et ça passera forcément par des moyens violents », juge Charlotte Kwantes.

    L’annonce ne passe pas non plus chez les sauveteurs du littoral, très souvent sollicités pour intervenir sur des naufrages. « On court vers des drames, les interceptions d’embarcations fragiles sont extrêmement dangereuses (...) encore plus si les personnes à bord ont reçu du gaz lacrymogène ou sont blessées au moment du départ », alerte un bénévole local de la Société nationale des sauveteurs en mer (SNSM), qui préfère rester anonyme pour évoquer « cette situation très tendue ».

    « Très difficile d’adapter les moyens »

    Contactées par franceinfo, ni la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar) ni la préfecture du Nord n’ont réagi. Mais aux yeux des syndicats de police, les agents photographiés dans la mer le 13 juin se trouvaient dans les clous. « C’est vrai que ça peut impressionner, cet équipement lourd dans l’eau, reconnaît Marc Hocquard, délégué général adjoint de l’Unsa Police. Mais il faut voir ce que les collègues se prennent comme projectiles lorsqu’ils interviennent sur ces situations. »

    Pour repousser les forces de l’ordre, les passeurs et certains migrants jettent des pierres « et emportent avec eux des barres de fer », assure-t-il. Un constat partagé par Julien Soir, délégué du syndicat Alliance dans les Hauts-de-France. « Ce matériel n’est peut-être pas le plus adapté, mais c’est tout ce que les collègues ont pour se protéger », justifie-t-il, sans écarter les risques de chute ou de noyade pour les agents. « L’intervention de Gravelines reste de l’ordre de l’exceptionnel », insiste-t-il.

    Pour les deux responsables syndicaux, la situation sur les côtes du Nord et du Pas-de-Calais a atteint « un niveau de violence très élevé ». « Mais il n’y a pas de changement de doctrine pour l’instant, ni de groupe de travail sur ce sujet » au sein de la police, réfute Marc Hocquard. « Nos collègues sont juste très engagés, surtout qu’il y a quelques jours, on nous reprochait d’avoir laissé partir un bateau soi-disant sans rien faire », justifie-t-il.

    De là à équiper les policiers de nouveaux moyens, voire de renforcer les brigades maritimes, il y a encore du chemin, prévient Julien Soir. « Selon la météo, il peut y avoir 50 personnes ou alors 1 000 qui tentent de traverser sur une journée, rappelle-t-il. C’est très difficile d’adapter les moyens face à un tel delta. » Surtout que, face aux forces de l’ordre, « les réseaux font sans cesse évoluer leurs techniques pour trouver un moyen de passer... »

    https://www.franceinfo.fr/monde/europe/migrants/recit-je-n-avais-jamais-vu-ca-de-la-part-de-la-police-pres-de-dunkerque-d
    #Calais #violence #violences_policières #frontière #Manche #migrations #réfugiés #France #Angleterre #UK #militarisation_des_frontières

    ping @karine4 @isskein

    • Louis Witter, 13 juin

      https://x.com/LouisWitter/status/1933568565023477981

      Cette image de Jack Taylor, photojournaliste pour le Times, a été prise ce matin sur les côtes françaises, non loin de Calais.

      Pour la première fois, des policiers français empêchent directement dans l’eau le départ de bateaux d’exilés, contrevenant ainsi au droit de la mer.

      #police

    • French plans to stop #small_boats will lead to more deaths, says charity

      French charity to challenge new Channel migrant interception plans in European courts.

      Plans by French police to enter the sea to stop small boats carrying UK-bound asylum seekers willcause more deaths and be challenged in the European courts, a French charity has said.

      Arthur Dos Santos, the coordinator of the refugee charity Utopia 56, said there would be an increase in the number of people who would take “desperate” measures to reach the UK.

      The official, based in Calais, said the charity was examining the possibility of a legal challenge in the European courts to stop the tactics.

      Government sources have told the Guardian that French police would be authorised to tackle boats within 300 metres of the shore and in nearby waterways.

      The strategy aims to be ready in time for the Franco-British summit, which begins on 8 July. This coincides with the state visit to London of Emmanuel Macron, the French president.

      Over the past few days, French police have waded into the sea to stop asylum seekers from boarding boats, increasing speculation that police are already using the tactic.

      In one incident this week at Gravelines beach near Dunkirk, officers were shown waist-deep in water, using CS gas, riot shields and batons, as they attempted to force a boat to return to the beach.

      Dos Santos said the French plan to harden its tactics against asylum-seekers and smugglers would result in more deaths.

      “When police enter the sea, it will cause more deaths, more people will drown as they try to get away before being caught and forced back to the beach. There will be more violence, as some people fight back, and the people attempting to reach England will find other ways to try to get to the UK. This will not stop them, but it will make the crossings much more dangerous,” he said.

      The scheme is intended to give the French authorities the power to halt dinghies that “taxi” up to beaches from nearby waterways. Until now, guidelines prevent French police from intervening offshore unless it is to rescue passengers in distress. In practice, the policy means officers can stop boats leaving the beach by puncturing them, but are restricted once they are in the water.

      Dos Santos said the tactic would face legal challenges in the European courts, with lawyers examining human rights laws and the UN convention on the law of the sea.

      “This policy will be taken to the European courts. We will look very closely at this, as will other organisations,” he said.

      A British charity that operates in France told the Guardian two weeks ago it planed to explore possible legal challenges to stop the tactic.

      Steve Smith, the chief executive of Care4Calais, said: “When the last Tory government tried to do pushbacks in the Channel, Care4Calais initiated a legal challenge and won. Any attempt to introduce interceptions in French waters must face the same level of resistance.”

      In 2024, 73 people died trying to cross the Channel in small boats, more than in the previous six years combined. Nine people this year have so far been reported dead or missing in the Channel.

      Nearly 17,000 people have crossed in small boats so far in 2025, according to Home Office figures, higher than at the same point in 2022, the overall record year for crossings. On Wednesday, Downing Street acknowledged that the situation in the Channel was “deteriorating”.

      The French police union Unity has expressed concern that officers could face legal action if people die during an intervention.

      https://www.theguardian.com/uk-news/2025/jun/20/french-plans-to-stop-small-boats-will-lead-to-more-deaths-says-charity
      #mortalité

    • Migrants dans la Manche : le Royaume-Uni salue le « durcissement » des interventions des forces de l’ordre françaises
      https://www.lemonde.fr/international/article/2025/07/05/migrants-dans-la-manche-le-royaume-uni-salue-le-durcissement-des-interventio


      Des gendarmes français conduisent une voiturette près de migrants qui montent à bord d’un bateau de passeurs pour tenter de traverser la Manche au large de la plage d’Hardelot, à Neufchâtel-Hardelot (Pas-de-Calais), le 30 juin 2025. SAMEER AL-DOUMY / AFP

      Des images diffusées vendredi sur la BBC, tournées sur une plage, montrent des membres des forces de l’ordre françaises aller dans l’eau peu profonde jusqu’à un bateau pneumatique avec de nombreux migrants à son bord, parmi lesquels des enfants, et le crever à coups de cutter.
      « Ce que nous avons vu ce matin était un moment important, a réagi un porte-parole du premier ministre britannique, Keir Starmer. Nous saluons l’action des forces de l’ordre françaises pour intervenir dans les eaux peu profondes, et ce que vous avez vu ces dernières semaines est un durcissement de leur approche. » « Nous voyons de nouvelles tactiques utilisées pour perturber ces bateaux avant qu’ils ne commencent leur voyage », a poursuivi le porte-parole. « Avec tous les autres leviers que le gouvernement active, nous pensons que cela peut avoir un impact majeur pour mettre fin aux tactiques utilisées par ces gangs » de passeurs, a-t-il ajouté.

  • Dans la #Manche, des morts sans identité, des familles sans réponses

    Procédures interminables, manque de coordination entre les services de police, absence de partage d’informations avec les proches : l’#identification des corps d’exilés anonymes retrouvés sur les côtes de la Manche reste très laborieuse. Et repose essentiellement sur le travail des associations.

    Le 6 octobre 2023, des restes humains, deux jambes, s’échouent sur une plage de l’île de Texel, au nord des Pays-Bas. Les premières analyses de ces restes de corps, dans un état de décomposition avancée, permettent d’établir l’hypothèse d’un lien avec un naufrage, survenu à 300 kilomètres de là, entre la France et l’Angleterre, deux mois plus tôt.

    Le 12 août 2023, six personnes, toutes d’origine afghane, meurent dans un naufrage dans la Manche. Ils essayaient de rejoindre les côtes anglaises dans un zodiac surchargé dans lequel avaient pris place plus de soixante personnes. Mais le bilan ne s’arrête pas là : Ahmadi Ahmad Jan, 29 ans, et Samiullah Abdulrahimzaï, 22 ans, sont portés disparus depuis.

    Dans les semaines qui suivent le naufrage, les noms des deux disparus sont connus, et leurs familles sont identifiées grâce à un homme, qui n’est ni enquêteur ni gendarme. Mohammad Amin Ahmadzai est le président de l’Association solidarité culture et insertion des Afghans (Ascia), qui vient en aide aux Afghan·es du nord de la France dans leurs démarches administratives ou organise des événements culturels. À partir d’août 2023, le président de l’association change drastiquement ses missions et devient l’intermédiaire privilégié des autorités durant tout le processus d’identification.

    Mohammad Amin Ahmadzai parvient à retrouver les familles des deux disparus en Afghanistan. Il leur explique les démarches à effectuer pour envoyer des échantillons d’#ADN et il fait la liaison entre les policiers néérlandais et ceux de la gendarmerie maritime française, chargée de l’enquête.

    Une brosse à dents et un casse-tête

    C’est dans une simple brosse à dents que la famille de Samiullah Abdulrahimzaï plaçait tous ses espoirs. Début 2024, elle se rend au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de Kaboul, la capitale du pays, contrôlée depuis août 2021 par les talibans. L’ONG est toutefois dans l’incapacité de réaliser un test ADN, « à cause de la situation du pays et par manque de moyens techniques », soutient Mohammad Amin Ahmadzai, en contact régulier avec les familles. Le président de l’Ascia leur conseille alors d’envoyer, par eux-mêmes, des échantillons d’ADN.

    Plusieurs frères du disparu glissent deux brosses à dents et un peigne dans un petit sac en plastique. Un cousin de Samiullah Abdulrahimzaï, qui vit en France, récupère le colis en Iran, puis le confie, en France, au président de l’ASCIA. À son tour, il le transmet, en septembre 2024, aux enquêteurs français chargés de l’affaire.

    Finalement, fin 2024, le résultat de la comparaison ADN tombe : il est négatif. Mais au sein de la police néerlandaise, une source bien au fait de l’enquête indique ne pas avoir de certitude quant à la qualité de l’échantillon ADN envoyé ni sur sa provenance, rendant ce résultat peu fiable. Contactée en juin 2025, le cousin de Samiullah Abdulrahimzaï, qui vit en France, indique ne pas avoir été prévenu, tout comme sa famille en Afghanistan.

    Un téléphone retrouvé dans la poche du pantalon encore accroché aux jambes a permis à la police française d’établir un lien avec Ahmadi Ahmad Jan, le deuxième disparu. Mais sans une comparaison ADN fiable, indique notre source au sein de la police néerlandaise, son identification ne peut être confirmée avec certitude.

    La famille d’Ahmadi Ahmad Jan n’a pas trouvé de moyen de faire parvenir un test ADN, bien que l’un de ses frères travaille dans un cabinet d’avocats à Kaboul. « Notre famille attend jour et nuit des nouvelles », confiait Muslim Hanafi Ahmadi, un an après le naufrage. Interrogé fin mai 2025, il n’avait toujours aucune information des autorités françaises : « Personne ne nous a contactés », regrette-t-il.

    Car si aux Pays-Bas, où les corps ont été retrouvés, la priorité est donnée à l’identification et à la remise des corps aux familles, en France, l’enjeu est tout autre. Pour faire la lumière sur le naufrage meurtrier du 12 août 2023, c’est la #juridiction_nationale_de_lutte_contre_la_criminalité_organisée (#Junalco) qui tient les rênes de l’enquête.

    Son objectif : remonter la filière de passeurs et faire porter aux organisateurs et aux petites mains la responsabilité des six personnes mortes lors du naufrage et faire peser, sur les organisateurs de la traversée et les petites mains, la responsabilité des six personnes décédées lors du naufrage et du corps nouvellement identifié.

    Selon la police néerlandaise, aucune analyse fiable, au regard des critères scientifiques dont répond la médecine légale, n’a permis d’identifier ces deux morceaux de corps. Pourtant, le tribunal judiciaire de Paris indique, fin mai, qu’un des corps retrouvés est « visé comme victime dans la procédure du 13 août 2023 ».

    L’enquête a été close le 5 mai 2025, et le dossier est désormais entre les mains du parquet de Paris. Parmi les huit personnes mises en examen, deux sont des exilés, présumés pilotes de l’embarcation et considérés comme « passeurs » aux yeux de la justice. Ils risquent dix ans de prison.

    Les associations de terrain, moteur des enquêtes

    Tous les autres dossiers d’identification liés à des naufrages dans la Manche sur lesquels Mediapart a enquêté entre 2020 et 2024, en lien avec des proches en attente, se caractérisent par cette lenteur procédurale, des lacunes dans le partage d’information aux familles et la multiplication des interlocuteurs.

    En théorie, la chaîne de l’identification en #France est claire. Lorsqu’un cadavre est retrouvé sur une plage du littoral, une enquête est ouverte par le procureur du territoire concerné et confiée au service de police ou de gendarmerie du lieu de découverte du corps. La dépouille est transférée dans un institut médico-légal, où l’équipe travaille elle aussi sous le contrôle du parquet.

    Par exemple, dans les semaines qui suivent le naufrage du 23 octobre 2024, dont le bilan officiel fait état de « seulement » trois victimes – Mediapart avait révélé que treize personnes étaient en réalité portées disparues –, la Manche recrache successivement des corps sur les plages du littoral de la côte d’Opale. Le 2 novembre, un cadavre est découvert sur la plage de Sangatte. Le 5 novembre, deux corps sont retrouvés en mer au large de Calais, un autre immergé près de Douvres, dans les eaux territoriales anglaises. Le lendemain, une dépouille est retrouvée sur la plage de Calais, tandis que deux nouvelles victimes sont repêchées en mer au large de la cité portuaire. Au total, entre le 23 octobre et le 21 décembre 2024, la Manche rejette quatorze corps.

    Différents services de police ou de gendarmerie sont alors mobilisés dans le but de collecter des éléments qui permettraient d’identifier les victimes. Dans les faits, les forces de l’ordre, qui ont pour habitude de procéder toutes les quarante-huit heures à des expulsions de campements d’exilé·es, se retrouvent rapidement démunies pour obtenir des informations auprès de compagnons de route ou des proches des personnes exilées mortes.

    Elles se reposent dès lors sur le tissu associatif local, dont les bénévoles sont en contact quasi quotidiennement avec les exilé·es sur le terrain, pour faire remonter des informations. Le service de rétablissement des liens familiaux de la Croix-Rouge joue également le rôle d’interface entre autorités et associations.

    « Les autorités laissent les personnes solidaires essayer d’obtenir des informations comme elles peuvent, déplore Flore Judet, coordinatrice de L’Auberge des migrants. Pourtant le seul moyen que les personnes solidaires ont, c’est de parler avec les exilés, d’essayer de faire du lien, une chose qui malheureusement n’est pas faite aujourd’hui par les autorités. »

    Les parquets, qui instruisent chaque acte de police ou de médecine légale nécessaire à l’identification, reconnaissent sans mal leur dépendance aux informations détenues et diffusées par les bénévoles des associations. « Le “milieu des migrants” a un rapport compliqué avec les services d’enquête, pour différentes raisons. C’est pour ça que j’ai peu de signalements de disparitions qui viennent naturellement », admettait Guirec Le Bras, ex-procureur de Boulogne-sur-Mer, interrogé sur le sujet en février 2024.

    Dans le cadre des procédures d’identification, « il y a des enquêtes qui sont faites dans les associations d’aide aux migrants présentes dans le Dunkerquois et le Calaisis, pour savoir si elles reconnaissent les personnes, exposait pour sa part le procureur de Saint-Omer, Mehdi Benbouzid. D’autres fois, ce sont elles qui viennent vers nous pour nous dire : on était censés avoir un appel d’Angleterre d’Untel, ça peut être lui qui a disparu. Ça va dans les deux sens. »

    Le dialogue n’est cependant pas aussi fluide, à en croire les associations. « Les contacts avec les autorités, c’est compliqué. C’est un peu de la pêche à la ligne, on ne sait pas qui est responsable de quoi », déplore une source souhaitant rester anonyme.

    Une nouvelle cellule à l’efficacité limitée

    Depuis peu, l’État tente d’améliorer son fonctionnement : une cellule de gendarmerie spécialement dédiée à l’identification des corps retrouvés dans la Manche a été créée : la #Nodens. Celle-ci est constituée de cinq enquêteurs, sous l’autorité de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, et dont les actes d’enquête sont là aussi réalisés à la demande du procureur.

    Elle est impliquée dans l’identification des corps retrouvés dans les semaines ayant suivi le naufrage d’octobre 2024. Or, sept mois après, sur les quatorze corps retrouvés, dix demeurent non identifiés. Dans les pays d’origine, de nombreuses familles restent sans nouvelles de leurs disparus.

    C’est le cas de celle d’Amanuel, disparu dans le naufrage du 23 octobre 2024. « Je pleure toutes les nuits », confie son père, Terfe Berhe, qui est parti s’installer dès novembre dans la capitale de l’Éthiopie, Addis-Abeba, pour se signaler auprès de la Croix-Rouge éthiopienne, espérant l’envoi rapide d’un kit ADN pour identifier son fils parmi les corps retrouvés. Pendant tous ces mois, les meilleurs amis d’Amanuel, résidant eux-mêmes en Belgique, ont envoyé de l’argent à son père, « pour l’aider à rester à la capitale, où la vie est chère », racontent-ils.

    C’est la nouvelle cellule Nodens qui est chargée de son cas et de l’envoi postal du #kit_ADN. Or, fin février 2025, cinq mois après le naufrage, Terfe Berhe n’avait toujours pas reçu ce précieux colis. Il est donc reparti chez lui : « J’ai attendu tellement longtemps l’envoi de ce kit ADN. » En ce début du mois de juin, la situation n’a toujours pas évolué : le père d’Amanuel n’a toujours rien reçu et il n’a toujours pas d’interlocuteur identifié à qui s’adresser. La Nodens n’a pas donné suite aux sollicitations de Mediapart.

    Les lenteurs procédurales dans le cas d’Amanuel sont dues à plusieurs facteurs : l’absence d’un protocole clair d’envoi postal du kit ADN, la difficulté de coordination entre les différentes #Croix-Rouge éthiopienne et européenne, et surtout l’absence de lien direct entre les acteurs de l’identification et les proches d’Amanuel, pourtant susceptibles de fournir un test ADN. Selon nos informations, s’agissant des complications d’envois postaux, la cellule indique travailler avec La Poste pour faciliter le renvoi des kits ADN sans frais pour les familles.

    Des spécialistes de l’identification qui innovent

    Face à ces dysfonctionnements, de nombreux chercheurs, chercheuses et médecins légistes en Europe plaident pour le recours à de nouveaux moyens d’identification. Depuis Liverpool au Royaume-Uni, #Caroline_Wilkinson, professeure d’identification craniofaciale, dirige l’unité pour l’identification des victimes de catastrophes migratoires (#Migrant_Disaster_Victim_Identification). Cette unité structure un réseau qui identifie les personnes exilées dont les corps sont retrouvés dans certaines zones frontalières européennes.

    « Il s’agit de faciliter l’émergence de nouvelles recherches et innovations sur le plan de l’identification. C’est important pour composer avec les obstacles géopolitiques des pays d’origine et la disparité des réponses politiques données par les pays où les corps sont retrouvés », expose Caroline Wilkinson.

    Le réseau forme les acteurs de l’identification à ces nouvelles techniques. Là où les procédés d’identification aujourd’hui se concentrent sur l’ADN, la #denture et les #empreintes_digitales, de nombreuses autres pistes pourraient en fait être explorées, telles que les images qui circulent sur les réseaux sociaux, l’analyse des courants marins ou encore des caractéristiques visuelles aujourd’hui considérées comme « secondaires » (tatouages, piercings, etc.).

    En Espagne, La Croix-Rouge utilise depuis 2023 un nouvel outil technologique développé par le #CICR et l’Institut national des sciences appliquées de Lyon. Baptisé #Scan (pour Share, Compile and Analyze, « partager, compiler et analyser »), celui-ci repose sur le partage d’informations en temps réel sur les naufrages, la collecte de témoignages des rescapé·es et la mise en relation avec les acteurs de la société civile recevant les alertes des proches. Il permet d’apporter des réponses aux proches sur les circonstances des disparitions et d’aider à l’identification des corps retrouvés.

    Médecins légistes, chercheurs et chercheuses insistent sur la nécessité d’un partage plus approfondi des compétences et sur la mise en place d’une coordination européenne sur ces enjeux. « À un niveau européen, si on avait plus de possibilités d’échanger les données, ce serait plus facile », abonde Tania Delabarde, médecin légiste à l’IML de Paris. Pour les exilé·es qui meurent dans la Manche, « les moyens ne sont pas mis » : « Nous, on voudrait réveiller les consciences : ces gens-là sont morts, et en plus, on leur nie leur identité. »

    https://www.mediapart.fr/journal/france/060625/dans-la-manche-des-morts-sans-identite-des-familles-sans-reponses
    #mourir_en_mer #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #France #Calais #Angleterre #La_Manche #GB #identité

  • "Des gros bras débarquent et viennent déverser leur #haine" : à Calais, l’extrême droite anglaise menace les associations

    Le leader du parti britannique d’extrême droite #Ukip, #Nick_Tenconi, s’est livré mercredi à une opération d’#intimidation des associations d’aide aux migrants à Calais. Si les provocations sont restées verbales, les bénévoles français s’inquiètent d’une #hostilité croissante de certains Britanniques qui ont fait de l’immigration clandestine dans la Manche leur fonds de commerce.

    Nouvelles tensions à Calais sur la question migratoire. Le leader du parti europhobe et xénophobe britannique Ukip, Nick Tenconi, s’est rendu avec d’autres individus mercredi 4 juin dans la ville du Pas-de-Calais où il a provoqué des tensions - principalement verbales - avec les associations qui procédaient à une distribution de nourriture avec des migrants.

    « Six ou sept personnes ont débarqué dans le lieu de vie avec un mégaphone en haranguant la foule, en disant qu’il s’agit d’immigrés illégaux et que les ONG sont complices des passeurs », raconte à InfoMigrants Flore Judet, coordinatrice de l’association Auberge des migrants.

    « Les équipes ont eu #peur »

    Dans des vidéos postées sur les réseaux sociaux, on voit en effet Nick Tenconi provoquer, à l’aide d’un mégaphone, les bénévoles associatifs, les qualifiant de « communistes », et les accusant de faire venir les migrants au Royaume-Uni, une fausse accusation fréquente de la part de l’extrême droite britannique. « Les équipes ont eu peur, des gros bras débarquent et viennent déverser leur haine. Les exilés sont restés très calmes », précise cependant Flore Judet.

    Un signalement a été effectué auprès de la préfecture et du procureur de Boulogne-sur-Mer. Contacté par France Bleu, le procureur a répondu que « l’attention des services de police a été appelée sur la présence des individus signalés ».

    L’extrême droite britannique à la manœuvre

    Ce n’est pas la première fois que des Britanniques se rendent sur le littoral calaisien pour pointer du doigt l’immigration clandestine, mais c’est la première fois qu’un leader politique identifié agit de la sorte. « Un cap a été franchi », estime Flore Judet.

    Selon The Guardian, Nick Tenconi s’était déjà illustré par ses capacités de nuisances lors des émeutes xénophobes de Southport qui ont secoué le Royaume-Uni en août, où il haranguait les manifestants d’extrême droite face aux forces de l’ordre.

    Quelques jours plus tard, #Alan_Leggett, un autre polémiste d’extrême droite bien connu des réseaux sociaux (140 000 abonnés sur X), avait appelé à se rendre dans le nord de la France pour lutter directement contre l’immigration clandestine. Fin juillet, il était passé aux actes et s’était rendu sur près de Calais pour intimider une maraudes d’Utopia 56 le long du littoral. Il s’est depuis fait retirer son passeport par la justice britannique.

    Le gouvernement de Keir Starmer sous pression

    L’altercation entre les membres du parti Ukip et les associations d’aide aux migrants intervient quelques jours après un nombre record de traversées en « small boats » dans la Manche. Samedi 31 mai, 1 195 migrants ont franchi la Manche sur des petites embarcations pour atteindre le Royaume-Uni, constituant un record depuis 2022.

    Après une accalmie en 2023, le nombre de traversées est repartie à la hausse en 2024 avec 36 800 passages (+25%). Cette accélération se poursuit depuis le début de l’année avec 14 808 passages, ce qui laisse présager d’un nouveau record, et ce malgré les promesses du gouvernement travailliste de Keir Starmer de lutter contre l’immigration illégale. Fin mai, le gouvernement britannique s’est justifié en évoquant une météo bien plus favorable aux traversées ces derniers mois, qu’en 2024, ce qui est en partie vrai.

    Dans un communiqué publié le 31 mai, le ministère de l’Intérieur a appelé la France à changer sa doctrine d’intervention policière pour permettre aux forces de l’ordre d’empêcher les départs en bateau dans l’eau, ce qu’interdit pour l’instant la loi française. Une idée à laquelle le très droitier ministre de l’Intérieur français Bruno Retailleau s’est déjà dit favorable.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/64980/des-gros-bras-debarquent-et-viennent-deverser-leur-haine--a-calais-lex

    #extrême_droite #anti-migrants #Calais #France #GB #Angleterre #racisme #migrations

  • Petit event près de #Dunkerque / #Calais
    Soirée Ciné Grignote
    Le vendredi 23 mai 2025 à 18h30
    Projection du film reportage « Et maintenant, on fait quoi ? » de Vincent Glenn .
    > Ecopôle alimentaire de la région d’Audruicq
    > 800, route du Pont d’Oye (face à l’aire de covoiturage)
    > 62162 Vieille-Eglise

    Ca t’intéresse peut être, @marcimat

    🎬 Imagine…
    C’est vendredi soir. Tu as envie de te détendre, de regarder un bon documentaire, mais aussi de réfléchir et d’échanger.
    Tu arrives à l’Ecopôle alimentaire, un lieu convivial où l’on aime partager, discuter et apprendre ensemble. Ce soir, on projette « Et maintenant, on fait quoi ? », un documentaire qui questionne l’aide alimentaire et l’accès à une alimentation durable.
    Autour de toi, les échanges commencent. On papote, on partage des réflexions, des expériences, initiatives locales. Viens simplement profiter de la soirée ou partager ton expérience et tes réflexions.

    Et bien sûr, on grignote ensemble ! 😋
    L’occasion parfaite pour partager un bon moment tout en discutant de sujets importants dans la bonne humeur et la convivialité ! 🌍
    Et si on apportait chacun de quoi grignoter ?😋
    Et toi, tu fais quoi le vendredi 23 mai à 18h30 ? 😃
    Rejoins-nous pour la soirée « Ciné Grignote » !

    Evénement gratuit et ouvert à tous.
    Inscription auprès d’Audrey, Alicia ou Laurianne au 06 34 66 09 05

  • #Calais : en appel, la #justice confirme l’#illégalité de l’#interdiction de #distribution_de_nourriture aux migrants

    La cour d’appel de Douai, saisie par l’État, a confirmé l’illégalité des arrêtés, pris par le préfet du Pas-de-Calais dès 2020, qui interdisaient aux associations de distribuer des repas aux migrants dans le centre-ville de Calais. La cour s’est ainsi alignée sur la décision du tribunal administratif de Lille, en octobre 2022.

    Après plus de quatre ans de batailles juridiques, les associations d’aide aux migrants ont finalement obtenu gain de cause. Jeudi 27 février, la cour d’appel de Douai, dans le nord de la France, a confirmé « l’annulation des arrêtés pris par le préfet du Pas-de-Calais à l’automne 2020 interdisant les distributions gratuites de boissons et denrées alimentaires en certains lieux de la commune de Calais », peut-on lire dans la décision de justice rendue publique lundi 3 mars.

    La cour s’aligne ainsi sur le jugement du tribunal administratif de Lille, qui en octobre 2022 avait déjà estimé que cette mesure était illégale. Mais l’État avait fait appel de cette décision.

    C’est donc désormais définitif : le préfet n’a pas le droit d’empêcher les associations de distribuer de la nourriture aux migrants à Calais.

    Ces arrêtés « portent atteinte à la #dignité_humaine »

    Dès septembre 2020, en pleine crise de Covid-19, la préfecture du Pas-de-Calais avait pris plusieurs arrêtés afin d’interdire aux associations non mandatées par l’État de fournir de l’eau et des repas aux exilés vivant à Calais. Les autorités avaient invoqué des « #troubles_à_l'ordre_public » et des « #risques_sanitaires » pour justifier cette disposition, mise en place pendant deux ans.

    Contestant la #légalité de cette décision, une dizaine d’organisations d’aide aux migrants - dont le Secours catholique, Médecins du Monde ou encore l’Auberge des migrants - avait saisi le tribunal administratif de Lille. Le tribunal avait alors jugé, en octobre 2022, que les interdictions édictées par les trois arrêtés préfectoraux de septembre, novembre et décembre 2020, « sont disproportionnées par rapport aux finalités poursuivies », notamment parce qu’elles affectent « les conditions de vie de populations particulièrement vulnérables ».

    La cour d’appel de Douai lui a emboité le pas fin février : elle « estime que les quelques faits isolés mis en avant par le préfet, sans liens avérés avec les distributions de denrées, ne suffisaient pas à caractériser des risques d’atteinte à la tranquillité publique justifiant leur #interdiction ».

    Par ailleurs, « s’agissant des #dépôts_sauvages de #déchets sur la voie publique, la cour relève que d’autres mesures comme la mise à dispositions de bennes à #ordures pouvaient y remédier alors d’ailleurs que les interdictions ne visaient que certaines zones ».

    Ces arrêtés « sont illégaux en ce qu’ils portent atteinte à la dignité humaine, protégée par le 1er alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales », insiste la cour d’appel de Douai.

    L’État est condamné à verser 4 000 euros aux associations requérantes.

    #Jurisprudence

    Cette mesure, sans cesse renouvelée jusqu’à la décision du #tribunal_administratif de Lille en 2022, avait soulevé l’indignation des associations d’aide aux migrants dès son annonce. « [Cela] s’inscrit, une fois de plus, dans une politique d’épuisement et de non-accueil des migrants en France, et plus particulièrement à Calais », avait alors déploré Antoine Nehr, de l’Auberge des migrants.

    En octobre 2019, la mairie de Calais avait aussi pris un #arrêté similaire. Mais le texte avait été annulé en justice en décembre de la même année. Le tribunal administratif de Lille avait en effet jugé la mairie « incompétente » pour prendre des arrêtés visant à interdire dans certains lieux les distributions de repas aux exilés, comme elle avait déjà tenté de le faire en mars 2017.

    La décision de la #cour_d'appel de Douai peut-elle empêcher l’adoption d’autres arrêtés du même type ? C’est ce que pense Me Patrice Spinosi, l’avocat des associations, pour qui cette affaire va faire « jurisprudence ». « Si la préfecture du Pas-de-Calais prend un nouvel arrêté, on en demandera la suspension par une action en référé sur le fondement de cette décision », avait-il déclaré en octobre 2022 à l’AFP.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/63190/calais--en-appel-la-justice-confirme-lillegalite-de-linterdiction-de-d

    –—

    septembre 2020 :
    Calais : maintien de l’interdiction de distribuer de la nourriture aux migrants
    https://seenthis.net/messages/878260

    #nourriture #solidarité #migrations #réfugiés #jurisprudence

  • #Royaume-Uni : Avec 108 000 dossiers déposés, les #demandes_d’asile atteignent un record en 2024

    Plus de 108 000 personnes ont déposé une demande d’asile au Royaume-Uni en 2024, selon le rapport annuel du Home Office paru ce jeudi. Un record, depuis plus de 20 ans. Les Pakistanais, suivis des Afghans, arrivent en tête des demandeurs. Un tiers des demandeurs sont arrivés en traversant la Manche sur des « #small_boats », selon les autorités britanniques.

    C’est un #record depuis des décennies : 108 138 personnes ont déposé une demande d’asile au Royaume-Uni en 2024, selon le rapport annuel du Home Office paru jeudi 27 février. C’est le chiffre le plus élevé depuis le début de ces statistiques enregistrées à partir de 2001.

    Par rapport à 2023, il s’agit d’une hausse de 18%. Surtout, « le nombre de demandeurs d’asile a plus que doublé depuis 2022 », observe le Home Office. Le précédent record remontait à 2002, avec 103 081 demandeurs d’asile.

    Au-delà de ces primo-demandeurs, de nombreux demandeurs d’asile sont encore en attente de leur décision. À la fin de 2024, 125 000 personnes patientaient toujours, à peine moins qu’à la fin 2023. L’enjeu de la longueur des délais et de l’engorgement des procédures d’asile demeure. Pour rappel, en juin 2023, l’arriéré de demandes d’asile avait atteint des records avec 134 000 demandes en attente, avant de redescendre progressivement autour de 86 000 dossiers un an plus tard... Puis de remonter, donc.
    Pakistanais, Afghans et Iraniens sont les premiers demandeurs

    Les Pakistanais représentent la première nationalité à avoir déposé une demande d’asile en 2024. Le Home Office enregistre 10 542 personnes, soit presque un demandeur d’asile sur dix. Leur nombre a doublé en un an.

    Près de 8 500 Afghans ont également demandé l’asile, soit quasiment 8% du total. Les Afghans sont aussi la nationalité la plus représentée parmi les arrivées par « small boats » en 2024. Selon le Home Office, ils étaient 5 900, soit 17% des personnes arrivées par ce moyen de traversée. Les chiffres restent cependant inférieurs à ceux de 2022, année suivant la chute de Kaboul, lors de laquelle 9 100 Afghans avaient réussi leur traversée.

    Suivant de très près les Afghans, les Iraniens sont la troisième nationalité à demander l’asile au Royaume-Uni, avec 8 100 demandeurs (à peine plus qu’en 2023).

    La nationalité dont l’évolution est la plus notable reste les Vietnamiens : le nombre de demandes émanant de ces ressortissants a plus que doublé, passant de 2 469 personnes en 2023 à 5 259 en 2024.
    Un tiers des demandeurs d’asile arrivés par small boats

    Un tiers (32%) de ces demandeurs d’asile sont aussi arrivés en traversant la Manche sur des petits bateaux, selon les chiffres officiels.

    Au total, le Home Office affirme avoir détecté 44 000 arrivées irrégulières en 2024, soit 19 % de plus que l’année précédente. Près de 37 000 sont des arrivées par « small boats », le reste concerne généralement des arrivées irrégulières de migrants cachés dans les ferries.

    L’année 2024 a été une année record en matière de personnes décédées dans le cadre des traversées de la Manche. Au moins 78 personnes sont mortes selon les autorités françaises - 82 selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dont 14 enfants.

    Le ministre de l’Intérieur français Bruno Retailleau et son homologue britannique, Yvette Cooper, se sont rencontrés au Touquet (Pas-de-Calais) jeudi 27 février pour parler - une nouvelle fois- d’un protocole commun à établir pour lutter contre l’immigration irrégulière. Les deux ministres ont annoncé un accord pour prolonger jusqu’en 2027 (au lieu de mars 2026) le traité de Sandhurst, signé en 2018, afin de renforcer les moyens de surveillance de la frontière.

    Dans un communiqué publié jeudi, la secrétaire d’État britannique à la sécurité des frontières et à l’asile, Angela Eagle, a défendu le bilan du gouvernement, assurant que « les retours ont atteint leur niveau le plus élevé depuis une demi-décennie, avec l’expulsion de 19 000 personnes ».

    Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre britannique Keir Starmer a, de son côté, enchaîné les annonces : gel des avoirs des passeurs, création d’un fonds de 90 millions d’euros consacré à la lutte contre les trafiquants opérant dans la Manche, accords avec de nombreux pays afin d’"accroître le partage de renseignements", impossibilité pour les personnes arrivées de manière irrégulière au Royaume-Uni d’obtenir la naturalisation... Des mesures qui, pour l’heure, n’ont eu que peu d’effets sur les traversées de la Manche.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/63119/royaumeuni--avec-108-000-dossiers-deposes-les-demandes-dasile-atteigne

    –-》 encore une preuve, par les #statistiques, que la militarisation de la frontière dans la région de #Calais ne sert QUE à augmenter #morts et #violence pour celleux qui tentent le passage de la #Mache de manière irrégularisée, certainement pas à réguler/diminuer les arrivées dans le pays...

    #UK #Angleterre #arrivées #migrations #statistiques #chiffres #2024 #réfugiés #militarisation_des_frontières #asile #inefficacité

  • «Pallier les manquements de l’État» : à Calais, MSF héberge à ses frais des migrants en chambres d’hôtel - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/62635/pallier-les-manquements-de-letat--a-calais-msf-heberge-a-ses-frais-des

    « Pallier les manquements de l’État » : à Calais, MSF héberge à ses frais des migrants en chambres d’hôtel
    Par Leslie Carretero Publié le : 05/02/2025 Dernière modification : 06/02/2025
    Médecins sans frontières loue, depuis début décembre et jusqu’à fin mars, 10 chambres dans un hôtel privé de Calais pour y héberger des migrants vulnérables (familles et mineurs non accompagnés). Au total 29 places sont mises à la disposition des exilés, qui peuvent y rester quelques nuits. L’ONG médicale regrette de devoir utiliser ses fonds personnels pour « pallier les manquement de l’État » dans le nord de la France. Entretien avec Feyrouz Lajili, coordinatrice du projet de MSF à Calais.

    #Covid-19#migrant#migration#france#calais#routemigratoire#MNA#migrationirreguliere#MSF#sante#accueil

  • #Calais. Un petit groupe de gens décide de transformer ces #rochers insultants en lieu de #mémoire pour les 89 personnes décédées en 2024 à la #frontière. Cette action veut rendre visibles ceux que la ville cherche à rendre invisibles. Réinvestir ces #déserts de caillasses qui coûtent cher. Détourner, dénoncer, commémorer.


    https://mastodon.social/@fanlab/113857726126616879
    #pierres #mémoriel #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #migrations #décès #commémoration #France

    ping @reka @karine4

    –-

    Ajouté à la métaliste sur le mobilier anti-urbain :
    https://seenthis.net/messages/732278

  • 2024, année la plus meurtrière pour les exilés à #Calais

    Au moins 89 personnes sont mortes cette année en voulant traverser la Manche. Des tentatives de plus en plus risquées, aggravées par la répression policière.

    À chaque plage son cadavre recraché par la Manche. Ces dernières semaines se sont multipliées sur la Côte d’Opale les alertes relatives à la découverte d’une dépouille rejetée par la mer. Le 21 décembre, un corps, entier mais en état de grande décomposition, a été trouvé par un riverain sur la plage de Wimereux, dans le Pas-de-Calais, non loin de l’école de voile. Un mois plus tôt, c’est un promeneur qui en repérait un autre, méconnaissable après un long séjour dans l’eau, sur la plage de Quend, au nord de la baie de Somme. Le même scénario s’est reproduit à de nombreuses reprises dans le Pas-de-Calais dernièrement : le 12 novembre à Wissant, le 17 novembre à Marck, deux fois à Calais les 6 et 14 novembre, ainsi qu’à Sangatte, au pied des falaises ivoires du cap Blanc-Nez, les 2 et 14 novembre. Si on ajoute les quatre corps repêchés au large de Calais les 5 et 6 novembre, celui retrouvé le 8 décembre en mer à hauteur d’Escalles et, enfin, la dépouille récupérée à proximité du port de Douvres, côté britannique, le 5 décembre, ce sont en tout quatorze cadavres qui ont été rendus par la Manche, la plupart dans un état de décomposition avancée, depuis début novembre. La majorité des corps retrouvés sont liés à des naufrages de « small boats » tentant de rejoindre l’Angleterre, en particulier un, survenu le 23 octobre et dont le bilan humain officiel, qui faisait état de trois morts, a été largement sous-estimé.

    Cette lugubre liste ne fait qu’illustrer la réalité plus générale observée à la frontière franco-britannique au cours de l’année qui vient de s’écouler. Alors que près de 37 000 personnes migrantes ont réussi à franchir le Channel depuis le 1er janvier, d’après le ministère de l’Intérieur britannique, Les Jours ont recensé au moins 89 exilés qui ont perdu la vie cette année dans la région, ainsi que le documente le « Mémorial de Calais », un outil interactif inédit à retrouver en bas de page. C’est, de loin, l’année la plus meurtrière à cette frontière depuis 1999 – la seconde, l’an 2000, compte 60 décès, dont 58 exilés chinois asphyxiés le même jour dans un camion. L’hécatombe, qui dure depuis vingt-cinq ans et a fait au moins 484 victimes, n’en finit pas. Retour sur ces douze mois mortifères.

    Dina Al Shammari, 21 ans, Sara El Hashimi, 6 ans, et Abdulaziz, 15 ans, sont morts de la même façon : écrasés dans des zodiacs surchargés

    « Il était environ 4 heures du matin quand nous avons commencé à embarquer sur le zodiac, près de 100 personnes attendaient sur la côte », se remémore Nour Al Shammari, 19 ans, originaire du Koweït, rencontrée à l’accueil de jour du Secours catholique à Calais. La jeune femme et sa sœur, Dina, 21 ans, sont parmi les premiers passagers à monter sur le pneumatique ce dimanche 28 juillet, sur une plage proche de Calais. Mais le trop grand nombre de candidats au passage crée rapidement une situation de chaos avant même le départ. « On s’est retrouvées coincées au milieu d’une vingtaine de personnes, nous n’arrivions plus à respirer, détaille Nour. On a crié à l’aide, mais personne n’a rien fait sur le moment et le bateau a quand même démarré. »

    « Certains passagers ont demandé assistance peu de temps après le départ, se souvient Éric, un marin qui a pris part à l’opération de sauvetage. En s’approchant, on a vu qu’il y avait de nombreuses personnes debout qui n’osaient pas bouger tellement l’embarcation était en surcharge. » Au cours de l’intervention, les sauveteurs remarquent vite Dina, inconsciente au milieu de la foule de passagers. « Un secouriste est monté au milieu de l’embarcation et l’a récupérée, puis on a tenté de la réanimer une fois à bord de notre bateau, souffle Éric, mais elle était en arrêt depuis de nombreuses minutes. C’est l’horreur complète, elle a été écrasée. » Dina Al Shammari appartenait à la minorité bidoune au Koweït. Elle avait fui avec sa famille les discriminations dont sont victimes les membres de cette communauté pour l’Allemagne en 2021, où ils avaient demandé l’asile. Déboutée au terme de la procédure, craignant une expulsion, la famille espérait trouver une seconde chance en Angleterre. La jeune femme, récemment diplômée dans le domaine de la santé en Allemagne, est morte asphyxiée.

    Les circonstances de son décès ne sont pas exceptionnelles. Le 19 juillet, Abdulaziz, un Soudanais de 15 ans, est retrouvé par les secours mort étouffé au milieu d’une embarcation de 86 personnes. Le 23 avril, à hauteur de la plage de Wimereux, cinq personnes exilées meurent après avoir été piétinées par les passagers d’un zodiac dans lequel avaient pris place près d’une centaine de personnes. Parmi les victimes, Sara El Hashimi, une fillette irakienne de 6 ans. Le 15 septembre, un nouvel incident grave à proximité de la plage d’Ambleteuse fait huit morts, écrasés dans un mouvement de panique, selon une source policière. Le 5 octobre, quatre personnes, dont un bébé de 2 ans, décèdent étouffés dans deux traversées distinctes. Selon le préfet du Pas-de-Calais, Jacques Billant, les trois adultes ont été retrouvés inanimés au fond du zodiac, « vraisemblablement écrasés et noyés dans des bousculades et dans les 40 centimètres d’eau au fond de l’embarcation pneumatique ».

    « Le bateau sur lequel se trouvaient Dina et sa famille s’est fait pirater, estime Éric, qui a discuté avec des rescapés. Des exilés, qui n’avaient pas les moyens de payer la traversée, étaient cachés dans les dunes et sont montés de force quand le zodiac a été mis à l’eau. » Ahmed El Ashimi fait un récit identique de l’événement ayant entraîné la mort de sa fille Sara. Selon les premiers témoignages, c’est également ce qu’il se serait produit, dimanche 29 décembre à Sangatte, pendant l’incident qui a fait quatre victimes. Un phénomène également constaté par les acteurs associatifs, qui a accentué les situations de panique au moment des embarquements et augmenté les risques. « On observe beaucoup de tensions lors des départs, avec beaucoup de personnes exilées qui tentent de partir au même moment, sur le même bateau, déplore Angèle Vettorello, coordinatrice d’Utopia 56 à Calais. Le tout dans un climat de violences policières, avec des interventions des forces de l’ordre qui font un usage massif de gaz lacrymogènes. »

    La stratégie policière sur le littoral est régulièrement dénoncée, qui vise à tout prix à stopper les bateaux, y compris en crevant les zodiacs à coup de couteau. Cette logique s’étend aussi à la Manche : en mars, des journalistes du consortium Lighthouse Report ont ainsi montré, vidéos à l’appui, de quelle manière les forces de l’ordre tentaient d’intercepter en mer les embarcations d’exilés, quitte à mettre sérieusement en danger les passagers. « Moins de bateaux mis à l’eau, ça ne fait pas moins de personnes qui veulent passer, constate de son côté Flore Judet, de l’association l’Auberge des migrants. Au contraire, ça va juste générer une surcharge sur les embarcations qui arriveront à prendre la mer, car les passeurs doivent y retrouver leur compte, et donc potentiellement plus de décès. »

    Ce climat sur les plages pousse alors les exilés à réaliser des tentatives toujours plus lointaines et risquées, en imaginant par exemple franchir la Manche à partir des cours des fleuves côtiers du Nord-Pas-de-Calais. Dans la nuit du 2 au 3 mars, 16 personnes, dont dix enfants et une femme enceinte, embarquent sur un petit bateau de pêche stationné sur le fleuve Aa, au niveau de la halte fluviale de Watten (Nord), à 30 km du littoral. Le moteur n’est pas démarré que le bateau chavire sous le poids des passagers. Coincée dans la cabine de pilotage, Rola Al Mayali, une enfant irakienne de 7 ans, meurt noyée sous les yeux de ses parents, Mohamed et Nour, et de ses trois frères Muhaimen, 14 ans, Hassan, 10 ans, et Moamel, 8 ans.

    La même nuit, Jumaa Al Hasan, Syrien originaire d’Alep âgé de 27 ans, disparaît dans les eaux sombres de l’Aa, un peu plus en aval du fleuve, à hauteur de Gravelines. Jumaa patientait sur la berge avec un groupe d’exilés, dans l’attente du passage d’un zodiac descendant le fleuve, quand une patrouille de police intervient afin d’empêcher l’embarquement. Dans la panique et au milieu des gaz lacrymogènes, Jumaa, espérant atteindre le zodiac, saute à l’eau, coule une première fois, remonte à la surface avant de couler de nouveau. Les alertes lancées immédiatement par les exilés présents ne permettront pas de le retrouver. Le corps inanimé de Jumaa réapparaîtra seize jours plus tard, très en aval, à hauteur de Grand-Fort-Philippe.

    « La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière », avait annoncé Emmanuel Macron, quelques heures après le terrible naufrage du 24 novembre 2021 au large de Dunkerque au cours duquel 27 personnes sont mortes et quatre ont disparu. Le bilan de l’année 2024 vient contredire de manière cinglante cette sortie du chef de l’État. Sur les 89 personnes exilées décédées à Calais cette année, au moins 53 sont mortes noyées dans la Manche. Le nombre de disparus reste pour le moment inconnu.

    Le 14 janvier, cinq exilés syriens, Aysar Abd Rabou (26 ans) et son frère Abadeh (14 ans), Ayham Al-Shouli (24 ans), Mohamed Jabawi (16 ans) et Ali Al Oklah (25 ans), se noient à quelques dizaines de mètres de la digue de Wimereux (Pas-de-Calais). Nous avions raconté la douloureuse épreuve liée à l’identification des victimes à laquelle ont été confrontés leurs proches (lire l’épisode 10, « À Calais, des exilés en quête de tombeau »). Le 28 février, Eren Gündogdu, Kurde de Turquie âgé de 22 ans, meurt en mer au cours d’une traversée au large de Wissant. Trois autres personnes sont toujours portées disparues. Le 12 juillet, quatre personnes de nationalité somalienne périssent après qu’un zodiac s’est renversé au large de Boulogne-sur-Mer. Cinq jours plus tard, Dakhlac, une femme érythréenne de 32 ans, décède au large de Gravelines. Le 11 août, deux exilés afghans, Fazal Rabi et Ishanullah, meurent au large de Calais. Le 3 septembre, dix femmes et deux hommes, tous originaires d’Érythrée, sombrent dans un naufrage au large du cap Gris-Nez. Le bateau pneumatique se serait affaissé sur lui-même sous le poids des passagers. Une treizième victime, Kbaat Gebrehiwet, Érythréenne de 20 ans, est retrouvée deux semaines plus tard après que son corps a été repêché en mer, au large d’Ambleteuse.

    Énumération atroce d’événements tragiques à répétition se déroulant à trois heures de Paris. Le 3 septembre, sur un quai du port de Boulogne-sur-Mer, le ministre de l’Intérieur démissionnaire, Gérald Darmanin, fustige « les passeurs, ces criminels, responsables du naufrage » ayant provoqué la mort de douze personnes. Dans une tribune parue dans Le Monde mi-septembre, un collectif d’associatifs lui répond et dénonce « une politique mortifère » menée à la frontière « qui crée les conditions pour que les personnes se jettent dans les bras des trafiquants d’êtres humains et meurent en mer ». À Calais, Dunkerque, Boulogne-sur-Mer ou encore Ambleteuse se succèdent des commémorations organisées par des associatifs ou des habitants pour rendre hommage aux victimes (lire l’épisode 9, « Voir Calais et se souvenir, 376 fois »). Le 17 octobre, Meryem, un bébé de deux mois et demi, meurt noyée au cours d’un naufrage au large de Wissant. La famille de Meryem, originaire du Kurdistan irakien, espérait elle aussi rejoindre le Royaume-Uni et ainsi échapper au risque d’expulsion après le rejet de leur demande d’asile en Allemagne. La frontière n’offre aucun répit.

    À ces morts en mer s’ajoute une série de décès, parfois invisibles médiatiquement, survenus à terre au cours de cette année. Le 27 janvier, le Soudanais Adam Abderrahmane Ediya est mort dans des conditions atroces : alors qu’il avait réussi à se cacher dans la remorque d’un camion en partance pour l’Angleterre, il a été écrasé et transpercé par la cargaison du véhicule, probablement mal stabilisée. Le 8 février, Radu-Ion Meterca, 44 ans et originaire de Roumanie, meurt électrocuté par un caténaire après être monté sur le toit d’un Eurostar stationné Gare du Nord, à Paris, et à destination de Londres. Le 14 décembre, à Loon-Plage, Hadu et Hamid, deux exilés kurdes iraniens, sont victimes, avec trois autres hommes de nationalité française, d’une tuerie collective perpétrée par Paul Domis, ancien routier, inscrit à club de tir et amateur de chasse…

    Dans un tweet daté du 3 octobre, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, en marge du G7, constatait avec son homologue britannique Yvette Cooper que « l’efficacité des forces de l’ordre pour empêcher les traversées vers le Royaume-Uni avait des conséquences néfastes avec une augmentation des décès et des violences entre migrants et envers les forces de l’ordre ». Une déclaration qui constitue à la fois une reconnaissance de responsabilité et une euphémisation de ces morts, ramenés à des simples « conséquences néfastes ». En mars dernier, Ahmed a assisté, impuissant, à la noyade de Jumaa Al Hasan dans le fleuve Aa : « Les policiers présents ont vu couler Jumaa, nous les avons alertés, mais ils n’ont rien fait. Si un chien était en train de se noyer, ils l’auraient secouru. » En reprenant son souffle, le Syrien conclut : « Certes, nous sommes en situation irrégulière, nous n’avons pas de papiers, nous n’avons rien, mais nous restons des êtres humains. »

    https://lesjours.fr/obsessions/calais-migrants-morts/ep11-bilan-2024

    #bilan #2024 #migrations #réfugiés #frontières #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #Manche #France #UK #Angleterre

  • L’Etat doit cesser d’entraver la #solidarité avec les personnes exilées aux #frontières

    Alors que la protection des personnes exilées par l’Etat français ne cesse de se dégrader et que 2024 connaît déjà un nombre record de morts dans la #Manche, le rapport « Au mépris des droits. Enquête sur la répression de la solidarité avec les personnes exilées aux frontières », de l’Observatoire des libertés associatives (https://www.lacoalition.fr/Au-mepris-des-droits-Enquete-sur-la-repression-de-la-solidarite-avec-les) documente les multiples #entraves auxquelles font face les acteurs solidaires aux frontières françaises.

    L’enquête de l’Observatoire des libertés associatives dresse un état des lieux préoccupant de la situation de la solidarité aux frontières de la France avec le #Royaume-Uni, l’#Espagne et l’#Italie. Au lieu de soutenir et de protéger les actions de solidarité envers les personnes exilées, les pouvoirs publics (collectivités locales, forces de police, autorités administratives…) prennent des mesures, toujours plus répressives, pour empêcher ces initiatives ou les décourager.

    Le rapport recense de nombreux exemples d’entraves à la solidarité, qui ont un impact direct sur l’#accès_aux_droits fondamentaux des personnes migrantes et contribuent toujours plus à la dégradation de leurs conditions de vie. À #Calais, des arrêtés préfectoraux interdisant la distribution de #nourriture par les solidaires dans certains endroits se sont succédés pendant plusieurs années. Aujourd’hui, des #barrières physiques, comme d’énormes #rochers, ont été installées. Le seul endroit proposant aux personnes de laver leurs vêtements a été fermé par un arrêté municipal. Dans ce territoire frontalier du Royaume-Uni, comme à la frontière franco-italienne, l’#accès_aux_soins est régulièrement entravé, rendant difficile voire impossible d’apporter une #aide_médicale aux personnes exilés vivant dans les campements du littoral nord ou perdues dans les montagnes briançonnaises.

    À cela s’ajoutent un #harcèlement_policier et des entraves juridiques aux associations : des multiples contrôles d’identité ou des véhicules, des contraventions à outrance ou injustifiées, des procédures et #poursuites_judiciaires. Ces entraves découragent les initiatives citoyennes solidaires, ont un impact matériel sur les associations et un fort impact psychologique sur les personnes ciblées.

    Dans la #vallée_de_la_Roya et à #Menton, près de la frontière franco-italienne, des citoyens solidaires rapportent craindre d’accompagner des personnes exilées vers un lieu d’accueil ou une administration (par exemple pour déposer une demande d’asile), alors que cela est tout à fait légal, car ils savent qu’ils seront immédiatement suspectés de les avoir aidées à franchir la frontière. Au #Pays_basque, à la frontière franco-espagnole, plusieurs solidaires ont été convoqués par la police ou placés en garde-à-vue pour avoir accompagné des personnes en voiture vers un lieu de répit. Sans nécessairement être suivies de poursuites judiciaires, ces actions visent avant tout à décourager d’autres personnes de faire de même.

    Le rapport démontre également que les associations sont fréquemment mises en cause par les représentants administratifs et politiques, jetant ainsi le discrédit sur leurs actions : les accusant d’encourager l’installation de personnes exilées en France, de mettre ces personnes en danger ou pire d’être complices de passeurs et de trafiquants d’êtres humains. Pourtant, les actions des associations sont essentielles et servent souvent à pallier l’absence de réponse adaptée et efficace de l’Etat. Dans plusieurs territoires, ce sont souvent elles et les citoyens solidaires qui apportent les services minimums pour garantir la survie et la dignité des personnes exilées.

    Face aux constats préoccupants dressés par ce rapport de l’Observatoire et l’ensemble des témoignages recueillis par nos associations et leurs partenaires, nous demandons aux pouvoirs publics de mettre fin aux entraves qui empêchent l’action quotidienne de centaines de citoyens, collectifs et associations de la solidarité de venir en aide aux personnes exilées.

    https://www.youtube.com/watch?v=2kamg92ljws&t=5s

    https://www.lacimade.org/presse/letat-doit-cesser-dentraver-la-solidarite-avec-les-personnes-exilees-aux-f
    #France #criminalisation_de_la_solidarité #Hautes-Alpes #frontière_sud-alpine #Alpes_Maritimes #Briançonnais

    • Au mépris des droits. Enquête sur la répression de la solidarité avec les personnes éxilées aux frontières

      La nouvelle enquête de l’Observatoire des libertés associatives sort ce 18 novembre 2024. Ce quatrième rapport met l’accent sur les répressions subies par les associations de soutien aux personnes exilées aux trois frontières franco-britannique, franco-italienne et franco-espagnole.

      La répression qui touche les organisations et militant·es qui portent assistance aux personnes exilées est de plus en plus dénoncée publiquement, comme en témoignent les débats autour du « délit de solidarité » ces dernières années. Ce quatrième rapport de l’Observatoire des libertés associatives a cependant souhaité dépasser l’unique criminalisation juridique en s’intéressant à toutes les formes ordinaires d’entraves.
      En se concentrant sur les frontières franco- britannique, franco-italienne et franco-espagnole, ce travail cherche à saisir la variation des relations avec les pouvoirs publics selon les territoires. A partir d’une vingtaine d’entretiens semi-directifs et d’archives associatives il permet d’établir une typologie des différents faits d’entrave à la solidarité aux frontières :

      1 la criminalisation et les entraves juridiques à l’aide aux personnes exilées,
      2 les attaques discursives et atteintes à la légitimité des acteurs solidaires,
      3 le harcèlement et les violences policières,
      4 les atteintes matérielles et financières
      et enfin 5 les tentatives d’ostracisation et les attaques à la capacité d’action collective.

      Ce faisant, ce rapport donne à voir la diversité des entraves, souvent à la limite de la légalité, auxquelles sont confrontées les associations de solidarité avec les personnes migrantes.

      https://www.lacoalition.fr/Au-mepris-des-droits-Enquete-sur-la-repression-de-la-solidarite-avec-les

      #rapport

  • Nord de la France : l’État abandonne un projet de #barrage_flottant anti-migrants près de #Gravelines

    L’État a abandonné le projet d’installer un nouveau barrage flottant sur le #canal_de_l’Aa, entre Gravelines et #Grand-Fort-Philippe, dans le Nord de la France, à mi-chemin entre #Calais et #Dunkerque. Trois de ces dispositifs visant à empêcher les exilés de traverser la Manche existent déjà sur ce territoire.

    Très décrié par les associations et les plaisanciers, le projet de nouveau barrage flottant situé entre Gravelines et Grand-Fort-Philippe a été abandonné, selon le Phare dunkerquois. Ce projet avait été annoncé début novembre lors d’un déplacement de représentants de la préfecture maritime, des forces de l’ordre et du Royaume-Uni.

    Et il avait immédiatement suscité la controverse. Il a été dénoncé dans un premier temps par les plaisanciers locaux. Début novembre, environ 200 personnes se sont réunies à la marina de Gravelines pour manifester contre ce projet sur le chenal de l’#Aa.

    Les associations d’aide aux migrants sont aussi contre ces dispositifs jugés « inutiles ». « Ce genre de dispositif pousse les exilés à aller encore plus loin. Ça ne fait que doubler le temps de traversée et les risques qui vont avec », expliquait Pierre Roques, délégué général de l’Auberge des migrants, à InfoMigrants. « Il y a toujours autant de personnes qui passent quelles que soient les dispositions », résume Pierre Roques.

    « Cela va juste empêcher les départs depuis le chenal de l’Aa et déplacer l’endroit de la traversée va forcément amener les exilés à prendre plus de risques », abondait de son côté Angèle Vettorello, coordinatrice d’Utopia 56 à Calais dans la Voix du Nord.

    Contrer les « taxi-boats »

    Concrètement, le barrage consiste en l’installation d’une ligne de bouées qui traversent le fleuve de part en part, fixées à deux piliers en béton. Avec ce dispositif, les autorités visent un mode opératoire utilisé par les passeurs en particulier : celui des « taxi-boats ». Il s’agit de bateaux pneumatiques partant plus au sud du littoral, où les contrôles sont moins fréquents, avec quelques personnes seulement – passeurs ou migrants – à bord.

    Ils mettent dans un premier temps le cap au nord, vers les plages plus proches de Calais, où se cachent les passagers ayant payé pour la traversée. Ceux-ci se jettent alors à l’eau pour embarquer : selon le droit maritime, les policiers ne peuvent pas interpeller les bateaux déjà en mer. Selon la préfecture, ce phénomène « dangereux et illégal » est « monté en puissance » en 2023.

    Le nord de la France compte trois autres installations de ce type : un au niveau du #Pont_Rose_d’Étaples, sur les berges de la #Canche, un dans l’#Authie construit en amont du port de la #Madelon (près du #Fort-Mahon) et un autre dans le #canal_des_Dunes, près de Dunkerque inauguré en 2021. Selon la préfecture du département, ce genre de dispositif a « des résultats satisfaisants ».

    Année meurtrière

    En tout cas, les traversées vers le Royaume-Uni depuis le littoral français sont toujours très nombreuses. Si la semaine dernière, aucune embarcation n’est arrivée sur les côtes anglaises, la semaine d’avant a été au contraire sujettes à de nombreuses traversées, selon le Home Office. En seulement trois jours, du 12 au 14 décembre, pas moins de 1 067 personnes ont réussi à atteindre les côtes anglaises à bord de 17 embarcations. Dans le même temps, 1 140 ont été empêchés de partir par les forces de l’ordre françaises, toujours selon les chiffres des autorités anglaises.

    Et depuis janvier, plus de 30 000 personnes ont ainsi débarqué au Royaume-Uni après une périlleuse traversée de la Manche. Ce chiffre dépasse déjà celui de 2023, mais on est encore loin du record enregistré en 2022 avec l’arrivée de 45 000 personnes.

    L’année 2024 est, en revanche, la plus coûteuse en terme de vies humaines depuis l’apparition en 2018 du phénomène des traversées de la Manche sur des « small boats ». Au moins 73 candidats à l’exil sont décédés en tentant de traverser la Manche pour rejoindre l’Angleterre depuis le début de l’année, selon les chiffres de la préfecture du Pas-de-Calais.

    Un chiffre qui pourrait encore être revu à la hausse après l’identification des corps, pour le moment anonymes, retrouvés sur les plages. Plusieurs exilés sont notamment portés disparus, notamment depuis le naufrage du 23 octobre, lors duquel trois décès ont été officiellement déclarés.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/61884/nord-de-la-france--letat-abandonne-un-projet-de-barrage-flottant-antim
    #murs #barrières_frontalières #frontières #France #UK #Angleterre #abandon #migrations #réfugiés #murs_flottants #asile

    –-

    Août 2023 :
    Nord de la France : le barrage flottant, nouveau dispositif pour freiner les traversées de la Manche
    https://seenthis.net/messages/1013665

  • Sans argent et dans le viseur des réseaux criminels : à Calais, les mineurs isolés « dans l’ultra-précarité » - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/61598/sans-argent-et-dans-le-viseur-des-reseaux-criminels--a-calais-les-mine

    Sans argent et dans le viseur des réseaux criminels : à Calais, les mineurs isolés « dans l’ultra-précarité »
    Par Marlène Panara Publié le : 11/12/2024 Dernière modification : 12/12/2024
    Dans le nord de la France, la misère touchent tous les migrants qui patientent non loin du littoral dans l’attende de passer au Royaume-Uni. Mais une population est encore plus à risque : les mineurs isolés. Vivant dans une grande solitude, sans famille et sans argent, ils sont encore plus vulnérables que les autres et souvent la proie des réseaux mafieux.
    Le centre-ville de Calais est animé en cet après-midi du mois de décembre. À quelques jours des fêtes de Noël, des groupes d’adolescents bientôt en vacances se lancent, peu assurés pour certains, sur la patinoire installée place de l’église. La musique est forte, les rires fusent. Une odeur de crêpes embaume l’espace.
    À quelques kilomètres de là, la réalité est bien différente pour d’autres jeunes de leur âge. Dans les petits camps éparpillés un peu partout à Calais et ses environs, de nombreux mineurs isolés tentent de survivre avec pour seul abri une toile de tente, ou au mieux, le toit d’un hangar désaffecté. Ils attendent de passer en Angleterre.
    Sur le littoral nord, les migrants manquent de tout. Mais les plus jeunes, sans parents, sans famille proche, semblent subir d’autant plus violemment la situation. « Il n’y a pas d’échelle de la misère, ici tous les exilés souffrent. Mais les MNA [Mineurs non accompagnés] sont dans l’ultra-précarité », déplore Jérémy Ribeiro E Silva, juriste pour l’association Ecpat à Calais, dédiée aux mineurs. À la violence de la vie à la rue s’ajoutent « des critères de vulnérabilité » propres à ces jeunes, en pleine construction.
    En majorité originaires du Soudan, mais aussi d’Érythrée et de plus en plus, de Syrie et d’Égypte, les mineurs présents dans le nord « n’ont quasiment aucune ressources financières », dépeint Feyrouz Lajili, coordinatrice pour Médecins sans frontières (MSF) à Calais, qui dispose d’un accueil de jour pour ces jeunes. L’argent a été dépensé avant d’arriver en France, ou volé par des passeurs sur le chemin.
    Beaucoup tentent donc d’atteindre le Royaume-Uni par camion, une expérience « très dangereuse », affirme la coordinatrice. D’abord parce que les jeunes, pour ne pas se faire voir, grimpent sur les véhicules en marche et risquent à tout moment de chuter et de se faire écraser. Ensuite parce qu’en cas d’interception, la sanction peut être lourde. « Un adolescent est venu nous voir la semaine dernière, le visage complètement tuméfié, raconte Feyrouz Lajili. Un chauffeur poids lourd l’avait repéré et massacré à coups de barre de fer ». La semaine précédente, un autre est arrivé à la clinique mobile de MSF avec une plaie béante à la jambe. « Il s’était fait mordre par le chien d’un gardien de parking ».
    Un autre encore « est venu un jour nous voir, livide, avec de grosses douleurs au thorax », se souvient la jeune femme. « Il s’était caché dans l’espace derrière la cabine du conducteur, quand le véhicule était encore à l’arrêt. Mais quand il a commencé à rouler, le container s’est rapproché d’un coup sur la cabine. Le jeune s’est retrouvé bloqué entre les deux, écrasé. Il s’est vu mourir ».
    Mustapha, 17 ans, tente régulièrement de passer en Angleterre, « son rêve », en grimpant sur un camion. « Mais c’est difficile car je saute dessus pendant qu’il roule. Jusqu’ici, il ne m’est rien arrivé. Mais il n’y a pas longtemps, j’ai vu un camarade tomber sur la tête. Je ne sais pas ce qu’il a eu exactement, mais il a été transporté à l’hôpital ».
    Bloqués durant des mois, certains mineurs optent alors pour la Manche. Mais sans possibilité de payer la traversée, ils « piratent » l’embarcation, et profitent de la cohue de l’embarquement pour se faire une place. Une option très périlleuse : « Les jeunes peuvent se faire écraser, mais aussi subir la violence des ‘hommes de main’ des passeurs, présents au moment des mises à l’eau », explique Feyrouz Lajili.Après plusieurs tentatives infructueuses, nombre d’entre eux se retrouvent « dans le désespoir le plus total ». « Ils cherchent alors à trouver un ‘travail’ pour gagner un peu d’argent et payer leur passage, explique Jérémy Ribeiro E Silva. Ils aident à l’organisation de la traversée, ou vendent leurs corps ».
    Et en attendant de voir leur objectif se concrétiser, ces jeunes exilés endurent aussi la violences des démantèlements presque quotidiens. « Là, ils perdent le peu qu’ils ont, souffle Feyrouz Lajili ». Les expulsions « jouent beaucoup sur le moral » de ces adolescents, souvent pressés par leur famille de gagner le Royaume-Uni au plus vite. « Cette pression peut venir de quelqu’un déjà installé outre-Manche, ou des parents restés au pays qui demandent de l’argent pour nourrir les frères et sœurs, explique Jérémy Ribeiro E Silva. C’est très dur, car ils se sentent totalement impuissants, faibles de ne pas réussir, et en plus ils culpabilisent car la famille compte sur eux ».
    En effet, quand on lui demande s’il souffre des conditions de vie dans le nord, Mustapha botte en touche. « Ce qui m’angoisse le plus, c’est la situation des miens, au Soudan, affirme-t-il d’une voix claire. Chez moi, c’est la guerre ».Seule porte de sortie pour les mineurs isolés coincés dans la région, la mise à l’abri pour cinq jours consécutifs dans un centre de France Terre d’Asile à Longuenesse, à 40 km au sud de Calais. Après ce laps de temps, la structure leur demande s’ils veulent faire une reconnaissance de minorité, et rester en France. S’ils refusent, les jeunes doivent sortir du dispositif durant 24h, avant de pouvoir de nouveau en bénéficier.
    Pour leur changer les idées, les associations proposent des activités. Trampoline, piscine, aquarium de Boulogne-sur-Mer : « On fait ce qu’ils ont envie », indique Jérémy Ribeiro E Silva. « Quand on voit un sourire, un éclat de rire, des yeux qui s’écarquillent devant des poissons tropicaux, on se dit que c’est déjà ça de gagné pour quelques heures ». Au centre d’accueil de jour de MSF, les ateliers cuisine ont beaucoup de succès. Ce matin de décembre, une dizaine de jeunes Soudanais préparent l’aswada, une recette sud-soudanaise à base d’aubergines et de beurre de cacahuètes. L’ambiance est bon enfant, une musique entraînante grésille dans une petite enceinte posée sur un plan de travail. « Se retrouver autour d’un plat, cela permet aux mineurs de souffler un peu. De penser à autre chose qu’à la survie », commente Feyrouz Lajili.
    Ces journées « normales » permettent aussi d’apaiser, un peu, leur anxiété. « Cette angoisse permanente devient, au fil des mois, une coquille dont ils peinent ensuite à s’extirper, explique Lynn, psychologue au sein de la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) de Calais. Les mineurs sont particulièrement secrets, ils gardent beaucoup pour eux et vont vous dire que ça va, même s’ils se sentent mal. C’est problématique, car cela peut avoir de lourdes conséquences dans leur vie d’adulte ». Sur les murs du centre de MSF s’affichent les photos des moments joyeux passés entre eux. Une sortie au bowling, une partie de billard ou un pique-nique sur la plage. Les visages sont souriants, et font presque oublier qu’à la nuit tombée, ces adolescents retrouvent la rue, ou une bâche dans la forêt. « Cette période de ma vie est compliquée, c’est sûr, admet Mustapha. Dans la ‘jungle’, il fait froid, et je n’ai pas d’amis. Mais j’en suis sûr : ces moments difficiles seront un jour derrière moi ».

    #Covid-19#migrant#migration#france#calais#mineur#sante#santementale#syrie#soudan#egypte#erythree#vulnerabilite

  • #Gravelines : pourquoi le projet de #filet_flottant anti-migrants suscite (déjà) l’inquiétude

    Un filet flottant destiné à empêcher les départs d’exilés pourrait être installé par l’État en aval de #chenal_de_l’Aa, entre Gravelines et #Grand-Fort-Philippe. Les plaisanciers montent au créneau, tant qu’élus et associations de défense des migrants pointent les risques de ce dispositif.

    https://www.lavoixdunord.fr/1518680/article/2024-11-01/gravelines-pourquoi-le-projet-de-filet-flottant-anti-migrants-suscite-d
    #mur_flottant #migrations #réfugiés #frontières #Calais #France #barrières_frontalières

    Les tentatives de construire des murs flottants ailleurs :
    – en #Grèce : https://seenthis.net/messages/823621
    – aux #Etats-Unis : https://seenthis.net/messages/1012365

  • Le drame discret des migrants à Wimereux, le « Deauville de la Côte d’Opale »
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2024/09/19/le-drame-discret-des-migrants-a-wimereux-le-deauville-de-la-cote-d-opale_632

    Le drame discret des migrants à Wimereux, le « Deauville de la Côte d’Opale » Par Julia Pascual
    Au sud de Calais, la petite ville sert de plus en plus de point de départ aux candidats à l’exil, déterminés à rejoindre l’Angleterre. Les récents drames qui ont endeuillé les environs ne laissent pas les habitants indifférents. Napoléon Bonaparte avait installé une armée d’officiers sur la côte boulonnaise (Pas-de-Calais) pour s’emparer de l’Angleterre. De la présence de ce camp militaire entre Le Portel et Wimereux, de 1803 à 1805, il ne reste presque aucune trace. A Wimereux, seul subsiste l’obélisque érigé en hommage aux soldats de l’Empire.
    L’Angleterre n’a pas été conquise et Wimereux est devenue une station balnéaire cossue. Le charme des villas colorées du début du XXe siècle, qui ont survécu aux bombardements de la seconde guerre mondiale, fait la joie des touristes français ou belges. L’été, la population de la ville passe de 8 000 à 25 000 habitants. En ce samedi ensoleillé de septembre, des promeneurs parcourent la digue, sur la plage, les enfants jouent à marée basse, les chiens s’ébrouent. Depuis quelque temps, aux heures les moins fréquentées, un autre genre de visiteurs débarquent dans ce « Deauville de la Côte d’Opale ». Eux aussi veulent gagner l’Angleterre, dont on aperçoit les falaises crayeuses par temps clair. Ils viennent de Syrie, du Vietnam, d’Irak, d’Iran ou de la Corne de l’Afrique, ils fuient la guerre, les persécutions, la misère. Et leurs vaisseaux sont des radeaux. Depuis trois ans, de plus en plus de bateaux de migrants partent du sud du Pas-de-Calais, quand les départs se concentraient auparavant autour de Dunkerque et de Calais.
    Dans la nuit du 14 au 15 septembre, c’est ­d’Ambleteuse – un village voisin de Wimereux – qu’un groupe d’une cinquantaine de personnes a entrepris une traversée de la Manche. Très vite, leur canot surchargé se serait abîmé sur les rochers. Huit hommes sont morts. Le 3 septembre, c’est de la grande plage des dunes de la Slack, sur la commune de Wimereux, qu’un groupe composé en majorité d’Erythréens avait pris la mer peu avant 8 heures. Le canot pneumatique a chaviré en fin de matinée. Douze personnes se sont noyées, des femmes en majorité. Deux corps n’ont pas été retrouvés. L’année 2024 est d’ores et déjà la plus meurtrière depuis l’apparition, en 2018, des traversées en small boat, ces canots de moins de dix mètres sur lesquels s’entassent jusqu’à soixante voire quatre-vingts personnes.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Les naufrages de migrants se succèdent dans la Manche
    Alors que les flâneurs arrivent un à un sur la digue de Wimereux en cette fin de matinée de septembre, un camion-benne de la municipalité se presse de ramasser les affaires laissées à l’aube par les migrants en partance, comme pour effacer toute trace d’eux. Ces histoires, ces drames, les Wimereusiens les connaissent pourtant.
    Pierre-Louis Couvelard, moniteur de surf et fondateur de Wimereux Surf School, le 14 septembre 2024.« On est aux premières loges », remarque Pierre-Louis Couvelard, 28 ans, qui tient depuis trois ans la première école de surf du coin. Le 23 avril, il se souvient avoir dû annuler un cours après que plusieurs personnes sont mortes étouffées dans un canot, dont une petite fille de 7 ans, originaire d’Irak. « C’était pile-poil en face de l’école. On n’allait pas passer devant le SAMU et les draps blancs », justifie Pierre-Louis Couvelard, dont la « plus grande peur est de retrouver un corps qui flotte ». « Ces gens vont à l’abattoir, souffle-t-il, souvent sans gilet de sauvetage. »
    S’il en vendait, Christophe Omnes est sûr qu’il ferait fortune. Des migrants lui en demandent « tous les jours », assure cet homme de 60 ans qui attend le client, enfoncé dans un transat devant son petit commerce d’articles de plage. « Je n’ai pas envie de m’enrichir sur la misère du monde. » Avec son téléphone, il lui arrive de prendre en photo les interventions des secours en mer. Au large de Wimereux, on aperçoit en permanence les bateaux affrétés par l’Etat pour surveiller le détroit du pas de Calais.
    « Quand on distingue les côtes anglaises, on peut croire que c’est simple de tenter la traversée, même pas besoin de boussole et on a de belles rampes de mise à l’eau », commente André Darcourt. Ce marin-pêcheur de 78 ans promène tous les matins le chien de sa fille sur le front de mer. Il n’hésite pas à entamer la conversation avec les policiers qui patrouillent près des dunes, comme avec les migrants qui rentrent bredouilles d’une tentative ratée. Il connaît les parkings où ils se cachent pour gonfler les embarcations, et ramasse parfois les bandes fluorescentes des gilets de sauvetage abandonnés. « Je les mets sur mes filets de pêche, ça me permet de les repérer la nuit à la lampe frontale », justifie ce retraité.
    Ce 14 septembre, dans une des rues de la ville, André Darcourt a retrouvé deux couvertures et un sac vide au pied d’un parcmètre qu’un groupe de touristes flamands tentait de faire fonctionner, sans prêter attention à ce discret vestige. Dans la commune, il y a bien quelques personnes qui « rouspètent », de crainte que le cours de ­l’immobilier ne soit affecté par la présence de migrants, rapporte-t-il. Mais les habitants naviguent surtout entre ignorance et empathie.
    « Ça fait mal au cœur », commente ainsi Xavier Guerville, un médecin de 53 ans croisé à sa fenêtre tandis qu’il repeint « en bleu Hawaii » les huisseries de sa coquette villa. « La présence des migrants s’est amplifiée depuis un an mais on n’a jamais eu de problème d’insécurité, ils se cachent dans des forêts », dit-il. « Ce sont des malheureux, ils ne nous embêtent pas », confirment à quelques pas un groupe de ­retraitées qui, chaque jour depuis des années, posent leurs chaises de camping et s’assoient avec leurs bichons maltais devant les cabines de plage de la ville, pour tailler une bavette.
    « Ce n’est pas comme à Calais, où ça fait vingt-cinq ans qu’ils vivent ça, remarque une habitante. Ici, la population n’est pas particulièrement vindicative. » A l’exception peut-être de Jean-Luc Dubaële, le maire (sans étiquette), qui a refusé de répondre à nos sollicitations et qui, dans une interview sur France Info le 3 septembre, disait sa colère : « On a de plus en plus de problèmes sur ma commune. On a des camps qui s’installent dans les forêts, derrière notre camping. (…) On essaye de démanteler les camps régulièrement. Les associations ne nous aident pas de ce côté-là, qui les alimentent en tentes et en tout ce qu’il faut pour les faire venir sur le secteur. » « Mais vous ­voulez qu’ils aillent où, du coup ? » l’interroge la journaliste. « Il y a quand même des lieux d’accueil sur Calais », bredouille-t-il.
    « On a l’impression que les exilés, ça fait tache dans le décor », ironise Sylvie Baudelet, une psychomotricienne à la retraite. Avec son mari, Eric, elle fait partie d’un groupe d’une vingtaine d’habitants, interpellés par la présence nouvelle de campements, qui ont formé en août le collectif Alors on aide. Ils offrent aux personnes la possibilité de se doucher ou encore de recharger leur téléphone. Sylvie et Eric Baudelet ont également hébergé quelques jours des Syriens, dont cette femme qui n’avait pas réussi à monter sur un bateau et qui ne quittait plus son gilet de sauvetage qu’elle avait surnommé son « sucre d’orge ».
    Le 14 septembre, des membres de ce collectif se retrouvent dans un parc à la sortie de Wimereux pour ramasser les restes d’un campement abandonné. Une façon de « contribuer à la paix sociale », font-ils valoir, afin de ne pas laisser les déchets alimenter le mécontentement de la population. A quelques kilomètres de là, caché dans un petit bois, un groupe attend sa chance. Il y a là une dizaine de Vietnamiens, un Somalien, une poignée de Kurdes d’Irak et d’Iran… « Cette nuit, nous passerons », espère Abbas, un homme de 44 ans qui arbore un tatouage de Che Guevara sur le torse et un du YPG (l’organisation politico-militaire kurde, les Unités de protection du peuple) dans le cou. Il espère rejoindre sa femme et ses deux enfants, qui ont accosté en Angleterre le mois dernier. A quelques mètres de là, en lisière du bois, indifférente au spectacle des préparatifs de départ, une famille de Wimereusiens cueille les dernières mûres de la saison.

    #Covid-19#migrant#migration#france#calais#wimereux#routemigratoire#manche#migrationirreguliere#smallboat#mortalite#sante

    • L’ultima spiaggia dell’unione Europea

      Nel Nord della Francia tra Calais e Dunkirk centinaia di persone tentano ogni giorno di attraversare la manica e raggiungere le coste dell’Inghilterra.

      I fratelli di Mohamed hanno corso durante tutta la marcia e una volta arrivati di fronte alla spiaggia si sono precipitati verso le dune di sabbia per raccoglierne a manciate e gettarsele addosso. A pochi metri di distanza, poco più di 50 persone disposte a semicerchio, commemorano il loro fratello minore, Mohamed, morto a soli dieci mesi, e #Dina_Al_Shaddadi, entrambe vittime della frontiera tra Francia e Inghilterra. Sono state le famiglie dei due a organizzare una “marche blanche” a Calais (la città francese più prossima all’Inghilterra). Hanno chiesto ai partecipanti di vestirsi di nero e portare dei fiori, e così è stato fatto.

      Mohamed è morto alla Caritas per un arresto cardiaco, un giorno dopo il rientro da un tentativo di attraversamento della frontiera. Dina invece è morta in mare.

      Il 27 di luglio si era aperta una finestra di passaggio per tentare la traversata. Il vento era buono, il tempo pure e Dina Al Shaddadi e la sua famiglia avevano deciso di provare per la quinta volta. Dina e sua sorella, Nour, sono salite per prime sulla barca, erano sicure di avercela fatta, l’Inghilterra era a un passo. Il gommone ha cominciato in fretta a riempirsi di persone che pur non avendo comprato un biglietto sono salite. Nour e Dina sono state schiacciate dalla massa di persone accalcate sull’imbarcazione. Nour ha provato a richiamare l’attenzione, a suggerire a chi era con loro di chiamare i soccorsi, ha cercato di impedire che si avviasse il motore e si arrivasse al largo. Solo quando il volto di Dina è sbiancato e il collo è diventato blu le persone intorno a lei hanno capito che la situazione era grave e hanno chiamato il 112. Era troppo tardi.

      Dalla Brexit il numero di persone che hanno tentato di attraversare per mare il confine è aumentato notevolmente, così come è cresciuto il numero di vittime. Non ci sono abbastanza barche per tutti, il viaggio ha un costo molto alto – si parla di duemila euro per un tragitto che per vie legali costerebbe 40£ – e chi non paga un biglietto ai “passeur” (i trafficanti) prova a saltare all’ultimo dentro la barca, come è successo a Dina e Nour, compromettendo la sicurezza di tutti, anche la propria.

      Per contrastare gli “sbarchi irregolari” i governi di Francia e Inghilterra hanno avviato degli accordi bilaterali per bloccare le partenze dalle Coste francesi: il litorale di Calais è altamente militarizzato, il porto è circondato da filo spinato e le pattuglie della polizia monitorano le spiagge di Boulogne, Calais e Grand Synthe.

      Di notte migranti e polizia giocano a nascondino: i primi si confondono nelle dune di sabbia e tra la vegetazione, quando non vedono uomini in divisa all’orizzonte corrono portando in alto il gommone, una volta entrati in acqua accendono il motore e salgono, molto velocemente, per partire e godere dell’immunità: la polizia in acqua non li può toccare.

      Ma l’attenzione della polizia non riguarda soltanto la costa, tocca anche la città di Calais. Dopo lo smantellamento della giungla nel 2016, dove abitavano circa 10.000 persone, i campi si sono dispersi e frammentati in diversi luoghi della città. Ogni 48 ore almeno venti –ma spesso molti di più – uomini della Police Nationale in tenuta anti-sommossa operano degli sfratti nei campi: portano via alcune tende, al cui interno si trovano spesso i pochi averi di chi vive in quei rifugi di fortuna, a volte arrestano qualcuno, e poi passano al campo successivo.

      Una mattina mentre la polizia sta sgomberando il campo cosiddetto “Unicorn”, accanto all’ospedale di Calais, Nassim (nome di fantasia) li guarda e dice: «Io ero come loro». Sua madre è siriana, suo padre turco, dopo il 2011 è scappato da Damasco, ha attraversato il confine ad Ovest ed è andato a vivere con la sua famiglia nella città natale del padre, vicino a Gaziantep nella Turchia dell’Est. Lì ha deciso di arruolarsi nell’esercito: «Ho cominciato il periodo di addestramento e mi hanno spedito a presidiare il confine con la Siria, ma non ho resistito, sono dovuto scappare via non potevo sopportare il modo in cui il corpo militare turco agiva su quel confine».

      Così è andato via, ha attraversato l’Europa a piedi lungo la rotta balcanica per arrivare in Germania dove ha imparato il tedesco e ha cominciato un processo di integrazione. Dopo un anno il governo tedesco gli ha fatto sapere che la sua domanda d’asilo non era stata accettata, Nassim se n’è dovuto andare da un posto che aveva cominciato appena a chiamare casa per la terza volta.

      È partito per Calais all’inizio di luglio, nel campo si annoia, dice che non c’è nulla da fare, vuole andare in Inghilterra e ricominciare la sua vita che è in pausa da mesi. Lui, a differenza di altri che arrivano a Calais e decidono di restare in Francia, è certo di dover partire. In poco più di un mese ha tentato sette volte la traversata senza mai riuscirci. A volte è colpa del tempo, quando piove o c’è troppo vento è bene non avventurarsi in mare; altre volte è stata la polizia a fermarlo. L’ultimo tentativo lo ha sfiancato, è tornato al campo stanco e insofferente, e nonostante di norma sfoderasse un inglese perfetto ha preferito usare Google traduttore per parlare con i volontari. Ha detto: «Sono troppo stanco per pensare». La polizia aveva sorpreso lui e altri compagni sulla spiaggia all’alba mentre trasportavano un gommone, che è stato subito confiscato, e in seguito alle proteste di alcuni di loro gli agenti della Police Nationale hanno usato gas e manganelli.

      Quando il gruppo è tornato al campo si sono fatti vedere curare le ferite da alcuni studenti di medicina inglesi volontari a Calais, poi sono spariti nella boscaglia, dove avevano lasciato le tende. Alcuni le hanno trovate al loro posto, Nassim no. Ne aveva bisogno per riposarsi in vista del giorno successivo, quando avrebbe tentato di nuovo, l’Inghilterra per lui è l’unica soluzione.

      https://scomodo.org/lultima-spiaggia-dellunione-europea
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #migrations #réfugiés #frontières #décès #Calais #France #Manche #marche_blanche #campement #Unicorn

  • Migrants : « Le gouvernement doit faire la lumière sur les pratiques à l’œuvre à la frontière franco-britannique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/09/06/migrants-le-gouvernement-doit-faire-la-lumiere-sur-les-pratiques-a-l-uvre-a-

    Migrants : « Le gouvernement doit faire la lumière sur les pratiques à l’œuvre à la frontière franco-britannique »
    Collectif
    Après le naufrage le 3 septembre dans la Manche d’un bateau emmenant des migrants vers le Royaume-Uni, entraînant la mort de douze personnes, un collectif rassemblant des députés de gauche, des artistes, dont la romancière Annie Ernaux, le chanteur JoeyStarr ou l’actrice Corinne Masiero, ainsi que des intellectuels demande la création d’une politique d’accueil inconditionnel.
    Il faut venir à Calais pour s’en rendre compte. Murs, barbelés, grillages, blocs de béton ont remplacé les terrains forestiers dans cette ville où la pauvreté sévit durement et où les habitants vivent dans une prison à ciel ouvert. Bienvenue en absurdie, où l’arsenal répressif est poussé à l’extrême pour décourager les personnes en situation de migration à s’installer. A Calais, les pires dispositifs sont à l’œuvre pour lutter obstinément contre les « points de fixation » : destruction et vol de biens, détournement des procédures judiciaires, entrave à l’accès à l’eau et à l’aide alimentaire, construction de clôtures, installation de rochers, harcèlement et intimidations.
    Depuis la signature des accords du Touquet en 2003, visant à partager la gestion du contrôle des flux migratoires entre la France et le Royaume-Uni, la frontière britannique s’est déplacée à Calais où la police française est devenue le bras armé de la politique migratoire britannique. Cette technique visant à rendre les territoires situés sur le littoral de la Manche aussi inhospitaliers que possible n’a eu pour effet que de militariser encore plus la frontière. Non seulement cette militarisation n’a pas empêché la hausse des traversées, mais elle les rend plus dangereuses. Pressurisées à Calais, de plus en plus de personnes en situation d’exil tentent à la hâte la traversée en partant du bas du littoral, ce qui augmente la durée de la traversée et les risques de naufrage.
    Les conséquences sont dramatiques. Le 3 septembre, douze personnes sont mortes dans la Manche et deux autres sont portées disparues au large de Wimereux, près de Boulogne-sur-Mer. Ainsi, 2024 devient l’année la plus meurtrière à la frontière, selon Utopia 56. Depuis le début de l’année, trente-cinq personnes sont mortes en mer (noyades, chocs thermiques, piétinements…).
    Cette situation humanitaire désastreuse nourrit à la fois les réseaux mafieux qui tirent parti de cette misère humaine, mais également les partis d’extrême droite qui voient dans cette désertion de la puissance publique, une occasion d’engranger des voix. Les voix de celles et ceux qui se sentent abandonnés face à la gestion de cette misère humaine, sommés de gérer à leur petite échelle les conséquences des dérèglements du monde.
    Cette réalité quotidienne ne fait malheureusement plus la une des journaux, malgré les alertes répétées des associations installées à Calais comme Utopia 56, qui font face à l’horreur sur le terrain et à la surdité au sommet de l’Etat. Tout comme la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui ont condamné à plusieurs reprises la France, ces associations dénoncent des atteintes intolérables aux droits fondamentaux dont sont victimes les personnes exilées aux frontières françaises.
    Le 23 mars, le collectif de journalistes d’investigation Lighthouse Reports, dans une enquête publiée dans les grands quotidiens Le Monde, The Guardian et Die Welt, a révélé les techniques inhumaines opérées par les forces de police et de gendarmerie françaises en mer en dehors de tout cadre juridique pour empêcher les traversées, quitte à mettre en danger la vie d’autrui : perçage de la coque des bateaux, lancement de filet pour paralyser l’hélice, manœuvre pour faire chavirer les embarcations…
    L’enfer vécu par les exilés n’a eu d’égal que l’absence de réactions publiques. Nous sommes-nous habitués à l’innommable ? Quand les représentants de la loi deviennent illégalité, peut-on encore parler d’Etat de droit en France ?
    Face aux violences répétées par les forces de l’ordre à l’encontre des personnes exilées, face aux violences engendrées pour toutes les personnes vivant sur le littoral, nous devons, aujourd’hui, regarder la réalité en face. Les accords du Touquet, qui auraient dû être révisés, ne permettent pas le respect de l’Etat de droit à la frontière franco-britannique.Ce sont essentiellement les associations sur place, impressionnantes de solidarité, qui luttent contre ces conditions d’existence indignes en donnant aux personnes exilées des moyens de subsistance auxquels toute personne a droit : de l’eau, de la nourriture, un toit, même s’il s’agit de tentes systématiquement lacérées lors des opérations d’évacuation.
    A cette crise de l’humanité s’ajoute un déni de réalité. Ce n’est pas en construisant des murs plus hauts, en armant mieux la police, en pratiquant la politique dite « du zéro point de fixation » que les personnes en situation d’exil cesseront de fuir leur pays pour des raisons politiques, économiques, climatiques. Le repli sur soi ne fermera pas nos frontières. Mais le non-accueil, lui, aggrave la situation. En mettant tout le monde en situation de vulnérabilité : personnes exilées, associations et habitants.
    Nous, citoyens, élus de la nation, appelons le gouvernement à organiser une politique de l’accueil inconditionnel, à garantir le respect de la dignité de la personne humaine, et à faire la lumière sur les pratiques à l’œuvre à la frontière franco-britannique. Réaffirmons les valeurs de solidarité et de fraternité qui sont les marques de notre histoire.Sont signataires de cette tribune : Ariane Ascaride, actrice ; Arthur Delaporte, député (Parti socialiste) du Calvados ; Annie Ernaux, écrivaine, Prix Nobel de littérature 2022 ; Jean-François Coulomme, député (La France insoumise) de Savoie ; Elsa Faucillon, députée (Parti communiste français) des Hauts-de-Seine ; Charles Fournier, député (Les Ecologistes) d’Indre-et-Loire ; Robert Guédiguian, réalisateur de cinéma et producteur ; Corinne Masiero, actrice ; Danielle Simonnet, députée (groupe Ecologiste et social) de Paris ; JoeyStarr, chanteur et acteur.

    #Covid-19#migrant#migration#france#politiquemigratoire#frontiere#calais#accueil#sante

  • Peu nombreux mais en hausse, ces migrants qui passent du Royaume-Uni en France - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/59330/peu-nombreux-mais-en-hausse-ces-migrants-qui-passent-du-royaumeuni-en-

    Peu nombreux mais en hausse, ces migrants qui passent du Royaume-Uni en France
    Par Louis Chahuneau Publié le : 23/08/2024
    À contre-courant des dizaines de milliers de migrants qui traversent chaque année la Manche en direction du Royaume-Uni, près d’une centaine d’autres ont été interpellés en France depuis janvier après avoir fait le chemin inverse. Certains utilisent la Grande-Bretagne comme « porte dérobée » pour entrer en France, tandis que d’autres en reviennent déçus par les conditions d’accueil. Bien que marginal, ce phénomène migratoire est surveillé par les autorités françaises.
    C’est un phénomène marginal et peu étudié, mais qui est surveillé par les autorités françaises. À contre-courant des dizaines de milliers de migrants qui traversent la Manche chaque année en direction du Royaume-Uni, d’autres font le chemin inverse. C’est ce que les services français appellent les « flux inversés ».
    En 2024, 93 migrants ont ainsi été interpellés alors qu’ils étaient passés clandestinement du Royaume-Uni vers la France, selon les données transmises par la préfecture des Hauts-de-France. Un chiffre marginal, mais en augmentation. « On en comptait moins de cinq les années précédentes », constate auprès d’InfoMigrants Louis-Xavier Thirode, préfet délégué à la sécurité et à la défense dans les Hauts-de-France. Ce qui explique « la vigilance des services français à l’égard des entrées clandestines sur le territoire français depuis la Grande Bretagne ».
    Parmi ces flux inversés, on distingue deux types de populations. Les premiers sont des migrants qui visent la France comme destination finale. Ils « sont interpellés, souvent dans les transports en commun qu’ils ont pris, dans le train ou le ferry. Ils sont détectés à la frontière française par la douane ou la police, plus qu’au Royaume-Uni. Généralement, ils sont en situation irrégulière, donc se voient notifier une OQTF et sont placés en centre de rétention administrative, ou ils bénéficient de mesures de retour. Quelques-uns demandent aussi l’asile », explique le préfet.
    On parle notamment « de Pakistanais et Marocains, qui n’ont jamais mis le pied sur le territoire français et qui arrivent en Europe grâce à la délivrance de visas par la Grande-Bretagne », expliquait début août à InfoMigrants la commissaire Mathilde Potel, chef d’État major zonal en charge de la lutte contre l’immigration clandestine. Plusieurs fait divers relayés par la presse britannique valident cette thèse. En août 2023, environ 22 migrants nord-africains – dont des Algériens, des Marocains et des Tunisiens – ont été arrêtés par la police à Douvres alors qu’ils tentaient d’utiliser un camion pour entrer clandestinement en France. Ce nouveau moyen présente un double avantage pour les migrants. D’une part, ils s’évitent une traversée périlleuse de la Méditerranée centrale et raccourcissent fortement leur route migratoire. D’autre part, ils arrivent légalement au Royaume-Uni et ne sont donc pas forcément expulsables en cas d’interpellation à la frontière française. « Nous devons déterminer ce qu’il convient de faire, car ils disposent d’une autorisation d’entrée au Royaume-Uni en bonne et due forme. Il est possible qu’ils soient en situation irrégulière parce qu’ils sont venus ici sous de faux prétextes », expliquait ainsi une source policière britannique au Daily Telegraph.
    Près de 40 000 visas de tourisme ont été délivrés par le Royaume-Uni à des Marocains et Algériens lors de l’année 2023. « Il faut tout un travail diplomatique pour comprendre comment ces gens arrivent, et on est très vigilant face à ce phénomène qui est plutôt inhabituel », affirme la commissaire Mathilde Potel. Plus récemment, deux hommes, dont un citoyen marocain, ont été condamnés à des peines de 5 et 6 ans de prison ferme pour avoir fait passer dans un camion réfrigéré 39 migrants d’origine algérienne et marocaine vers la France, depuis le Royaume-Uni.
    L’autre population des « flux inversés » est constituée des déçus du Royaume-Uni. La plupart ont vu leur demande d’asile rejetée et se sont retrouvés, une fois de plus, en situation illégale et donc à la merci d’une expulsion. En mai dernier, à Dunkerque, un journaliste britannique de la chaîne télévisée Skynews a notamment rencontré Omar, un kurde de 52 ans qui avait dépensé 14 000 euros pour aller du Kurdistan au Royaume-Uni, avant de payer un passeur 600 livres supplémentaires pour rentrer en France, faute de perspective de régularisation. « On m’a dit que ma demande d’asile avait été rejetée. Je ne pouvais plus supporter la Grande-Bretagne (...) Ils auraient pu m’arrêter et m’envoyer au Rwanda ou en Irak (...) C’est un sentiment terrible d’être de retour ici, mais que puis-je faire ? », témoigne-t-il sur Sky news.
    Pour d’autres, comme Mohammed Boumatta, c’est le manque d’argent et les conditions de vie difficiles qui ont signé la fin du rêve britannique. En mars, le Daily mail a rencontré ce jeune Marocain alors qu’il errait sur les plages de Douvres (sud de l’Angleterre), désespérément en quête d’un camion pour franchir la Manche en sens inverse. D’après le tabloïd britannique, les passeurs demandent autour de 2 000 euros pour ce passage retour. « J’ai failli mourir la nuit dernière, témoigne-t-il. J’étais sur un camion qui ne s’est pas arrêté pendant huit heures. Je m’accrochais. Le sol n’était qu’à quelques centimètres de ma joue. Le bruit était terrible ». Malheureusement pour lui, il s’est avéré que le camion n’allait pas vers le terminal de ferry mais à l’aéroport. Dans un reportage pour Arte, le journaliste français Julien Goudichaud, a lui aussi rencontré plusieurs migrants sur le sol britannique désireux de retourner en France.
    Côté français en revanche, les associations de terrain interrogées n’ont pas croisé de tels profils lors des maraudes : « Je pense que ces personnes connaissent déjà Calais, les services proposés, et ne nous recontactent pas. Et je suppose qu’elles ne restent pas à Calais après avoir traversé » en sens inverse, présume Axel Gaudinat, coordinateur d’Utopia 56 à Calais. Le projet d’expulsions des demandeurs d’asile au Rwanda a-t-il fait peur à certains ? « Les chiffres [de traversées en small boats] montrent que ça n’a pas eu beaucoup d’impact sur leur motivation à venir, pour la principale raison qu’ils n’avaient que très peu de détails sur la mise en application de cette loi, qui a finalement été abandonnée », explique à InfoMigrants Peter Walsch, maître de conférences en études sur les migrations à l’Université d’Oxford. Une chose est sûre, le Royaume-Uni tente depuis maintenant dix ans de décourager l’immigration clandestine. Lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur en 2012, Theresa May avait même lancé le programme « environnement hostile », qui visait à « rendre plus difficile la présence d’immigrants illégaux au Royaume Uni », en restreignant l’accès aux services de santé, au marché immobilier ou encore l’ouverture d’un compte en banque. Mais là encore, difficile d’évaluer si cette stratégie a été efficace.

    #Covid-19#migrant#migration#france#royaumeuni#migrationirreguliere#rwanda#asile#calais#maroc#algerie#kurdistan#sante