• #Sahel et #Sahara, une emprise française

    Alors que l’#opération_Barkhane menée par la France au Sahel et au Sahara touche à sa fin, l’historienne #Camille_Lefebvre revient sur l’histoire de la colonisation de ces régions par les forces militaires françaises au début du XXe siècle.

    En savoir plus

    La présence militaire française au Sahel semble remise en cause. Elle avait été décidée en 2013 par François Hollande, alors chef de l’État, afin de protéger ces régions contre les assauts terroristes des djihadistes venus du Nord, à partir du Sahara. Mais l’#opération_Serval, devenue Barkhane en 2014, et qui a déployé plus de 5 000 soldats français dans la région, serait vouée à toucher, à terme proche, à sa fin. « La France ne peut pas se substituer, a dit Emmanuel Macron, à la stabilité politique et au choix des États souverains ».

    Chez nous, l’approbation donnée par l’opinion à l’engagement de nos armées s’effrite, si l’on en croit les sondages. Ce désamour se nourrit notamment de la constatation que l’impopularité de la présence française grandit parmi les populations des pays concernés, ce qui provoque chez certains de nos compatriotes un sentiment d’ingratitude.

    Dans le même temps il se répand sur place, notamment parmi la jeunesse, le thème d’une nouvelle colonisation qui ne dirait pas son nom et qui dissimulerait sa perversité sous les oripeaux d’une fausse solidarité.

    Ce rebond d’une époque à l’autre incite à aller rechercher en arrière ce que furent la colonisation du Sahara et du Sahel, sa nature propre, ses ressorts et ses procédés. Il s’agit de débusquer et de délimiter les éventuelles ressemblances et aussi de comprendre pourquoi cette #mémoire conserve tant d’importance, sur place, aujourd’hui.

    Cette émission a été diffusée une première fois le samedi 4 décembre 2021.
    Pour en parler

    Pour éclairer cela, nous disposons depuis peu du beau livre que Camille Lefebvre, directrice de recherches au CNRS, consacre au moment spécifique où, au début du XXe siècle, une force militaire française envahit deux villes puissantes du Sahara et du Sahel, Agadez et Zinder. Les incompréhensions entre deux mondes soudain mis face à face s’y révélèrent déjà violemment. Il se peut bien qu’elles durent toujours.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/concordance-des-temps/sahel-et-sahara-une-emprise-francaise-0-7388960
    #France #colonisation #colonialisme #occupation #histoire #colonialisme_français #armée #armée_française
    #podcast #audio

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    • Des pays au crépuscule

      Camille Lefebvre nous immerge dans les premiers temps de la colonisation et redonne vie aux mondes qui s’enchevêtrent alors, pour nous aider à saisir comment s’est peu à peu construite la domination coloniale.
      Au début du xxe siècle, quatre-vingts militaires français accompagnés de six cents tirailleurs envahissent deux puissantes villes du Sahara et du Sahel. La France, comme plusieurs autres pays européens, considère alors les territoires africains comme des espaces à s’approprier. Elle se substitue par la force aux gouvernements existants, au nom d’une supériorité civilisationnelle fondée sur le racisme.
      Depuis le cœur de ces deux villes, grâce à une documentation exceptionnelle, Camille Lefebvre examine comment s’est imposée la domination coloniale. Militaires français, tirailleurs, mais aussi les sultans et leur cour, les lettrés et les savants de la région, sans oublier l’immense masse de la population, de statut servile ou libre, hommes et femmes : tous reprennent vie, dans l’épaisseur et la complexité de leurs relations. Leur histoire révèle la profondeur des mondes sociaux en présence ; elle retisse les fils épars et fragmentés des mondes enchevêtrés par la colonisation.
      Les sociétés dans lesquelles nous vivons, en France comme au Niger, sont en partie issues des rapports de domination qui se sont alors noués ; s’intéresser à la complexité de ce moment nous donne des outils pour penser notre présent.

      https://www.fayard.fr/histoire/des-pays-au-crepuscule-9782213718101

      #livre

  • #Frontières de sable, frontières de papier. Histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la #colonisation_française du Niger, xixe-xxe siècles

    Les frontières africaines sont souvent décrites comme des cicatrices de la #violence des #impérialismes étrangers en Afrique. Ce #lieu_commun fait encore aujourd’hui partie des catégories qui fondent nos regards sur le continent. Mais ce discours, en cherchant à dénoncer l’#arbitraire_colonial, réduit les configurations territoriales africaines à de simples conséquences de la #domination_européenne et fait des populations africaines les spectateurs passifs de leur propre histoire. Aux antipodes de ce cliché, cet ouvrage propose une histoire longue de la constitution des frontières d’un État — le Niger — englobant dans un même regard un siècle d’histoire régionale et soixante ans de domination coloniale. Cette approche permet de mettre au jour la place des enjeux locaux et régionaux dans cette histoire de frontières et de territoires, et de révéler qu’au sein de ceux-ci la colonisation n’est qu’un moment parmi d’autres.

    Cet ouvrage raconte une histoire paradoxale, celle d’une poignée de militaires coloniaux qui, au début du xxe siècle, instituent dans les plus grandes difficultés un gouvernement précaire qui s’appuie très largement sur les organisations politiques et territoriales locales, contribuant ainsi à les vider de leur sens et à amoindrir leur importance. Cette #appropriation_coloniale des frontières a été si forte qu’elle a fini par faire oublier aux colonisateurs, tout comme aux sociétés concernées elles-mêmes, que leur origine était le plus souvent locale et avait été négociée avec les populations et les autorités politiques. Ces frontières furent marquées par les dynamiques historiques internes du #Soudan_central au xixe siècle, et notamment les répercussions du #jihad d’#Ousman_dan_Fodio. Pourtant, l’histoire de leur #tracé a contribué à construire le grand #récit d’Européens maîtres du jeu imposant sans considération le #partage_du_monde.

    https://books.openedition.org/psorbonne/36501?lang=fr

    #livre #Camille_Lefebvre #Afrique #Niger #colonisation #colonialisme #histoire #frontières_africaines #négociation #historicisation

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  • Les cartes du « Monde Afrique » : qui a dessiné les frontières de l’Afrique ?

    C’est lors de la #conférence_de_Berlin, du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, que les puissances européennes se sont partagé le continent.

    Plus de trente-deux conflits territoriaux ont éclaté en Afrique entre 1974 et 2002, ce qui en fait le continent le plus affecté par ce type de conflits. Ces nombreuses tensions transfrontalières depuis les indépendances s’expliquent par l’artificialité des frontières africaines, largement héritées des partages coloniaux datant du XIXe siècle.

    Tracées à l’issue de la Conférence de Berlin – du 15 novembre 1884 à Berlin au 26 février 1885 –, ces démarcations correspondaient davantage aux ambitions hégémoniques des puissances européennes qu’aux identités et solidarités des populations locales. Aujourd’hui, 87 % de la longueur des frontières du continent, soit 70 000 km sur un total d’environ 80 000 km, selon les calculs du géographe Michel Foucher, sont le résultat de cette histoire coloniale.

    https://www.lemonde.fr/afrique/video/2020/07/16/les-cartes-du-monde-afrique-qui-a-dessine-les-frontieres-de-l-afrique_604637
    #frontières_africaines #Afrique #frontières #frontières_artificielles #vidéo #cartes #cartographie #visualisation

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    • Encore des clichés sur les frontières africaines #Thread
      Revers de main avec index pointant vers le bas

      Commentaire (critique) sur twitter de #Camille_Lefebvre :

      1/ En cherchant à dénoncer l’arbitraire colonial, ce discours réduit les configurations territoriales africaines à de simples csq de la domination et fait des pop. africaines des spectateurs passifs de leur propre histoire

      2/ On sait depuis les années 1970 qu’aucune frontière n’a été tracée à la conférence de Berlin comme l’ont montré les travaux sur les archives de la conférence d’Henri Brunschwig et de beaucoup d’autres à sa suite.
      3/ L’idée que les E. se seraient partagés l’Afrique est une idée coloniale ! La construction du thème du partage de l’Afrique par l’Europe apparait à la fin des années 1880 dans la propagande coloniale et sert à construire l’idée d’un continent africain comme espace à conquérir
      4/ On ne peut plus faire aujourd’hui une histoire des frontières en Afrique qui ne serait qu’une histoire de la diplomatie européenne ou de l’action coloniale sur le continent. Pour comprendre ces frontières, il faut s’intéresser à l’histoire africaine qui entoure leur tracé.
      5/ Lorsque les colonisateurs fr. ou brit. occupent le continent au19e s., contrairement à ce qu’ils disent ils n’arrivent pas dans des espaces vides. Sur le terrain, ils rencontrent des autorités, des États, utilisent des routes et des frontières qui existent en dehors d’eux.
      6/ Pour comprendre comment des frontières ont été tracées il faut reconstituer la complexité de cette géopolitique africaine, il faut s’intéresser au monde dans lequel la colonisation arrive. Les colonisateurs n’ont jamais été tout puissant, ils ont été combattus, ont dû négocier
      7/ Sur la question de ce que cette vidéo appelle les « ethnies divisées », une immense bibliographie a montré la complexité de cette question à la suite des travaux d’Anthony asiwaju, puis de @GeorgeNugybaby et Bill Miles
      Ce type de discours perpétue l’idée d’une exceptionnalité du continent africain, pour lequel les frontières politiques ne seraient pas vraiment adaptées, où il y aurait plus de conflits qu’ailleurs. Le continent africain et son histoire méritent mieux que cela.

      https://twitter.com/CamiLefebvre/status/1284860000540725248

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  • L’#Afrique n’est pas victime de ses #frontières !

    Dans les années 1870, bien avant qu’aucun Français n’ait jamais parcouru la région, les caravanes franchissent la frontière du sultanat saharien de l’Aïr au puits d’In Azaoua. Traversant les premiers villages habités, elles atteignent Iférouane, où les attend un représentant du sultan, auquel elles payent un droit de douane.

    Loin de l’image d’Épinal d’un désert sans frontière, le Sahara et le Sahel du XIXe siècle sont bel et bien des espaces organisés, traversés par des routes, structurées par des autorités politiques et des frontières. Pourtant, vingt ans plus tard, lorsque diplomates français et britanniques se partageront ces territoires, ils construiront, à l’inverse, l’idée d’un espace vide d’homme et de pouvoir politique. Cela ne les empêchera pas dans le même temps de reprendre les frontières existantes afin de faciliter leur occupation.

    Une montagne ou une rivière ne sont jamais en soi des frontières. Ce sont les hommes qui, entre plusieurs montagnes ou rivières, pour des raisons qui leur sont propres, décident, à un moment donné, de faire de l’une d’elle une frontière. De plus, en cherchant à dénoncer l’arbitraire colonial, ce discours réduit les configurations territoriales africaines à de simples conséquences de la domination européenne et fait des populations locales des spectateurs passifs de leur propre histoire.

    L’idée que les Européens se seraient partagés l’Afrique est d’ailleurs une idée coloniale. Dès les années 1880, on glose en Europe sur le gâteau africain que ce serait partagé les Européens, alors même que dans beaucoup de régions la conquête n’est pas terminée, voire n’a pas commencée. Ce grand récit du partage de l’Afrique permet justement aux Européens d’affirmer leur toute puissance et de construire l’idée d’un continent vide, vaste espace à conquérir.

    On ne peut plus faire aujourd’hui une histoire des frontières en Afrique qui ne serait qu’une histoire de la diplomatie européenne ou de l’action coloniale sur le continent. Pour comprendre ces frontières, il faut prendre au sérieux l’histoire locale et les passés africains qui forment le contexte dans lequel elles ont été tracées. Ainsi en est-il des frontières du Niger, où le moment colonial, qui dure moins de 60 ans, est concurrencé dans son rôle fondateur par des enjeux antérieurs.

    En 1804, la région connait un immense bouleversement lorsque le lettré peul Ousman dan Fodio (1754-1817), appelle au jihad contre le sarkin (roi) Gobir et invite les différents pouvoirs politiques de la région à le suivre, ou à l’affronter. Plusieurs refusent de se soumettre et se réfugient au nord de leurs anciens territoires, recréant des villes et des Etats hors des espaces djihadistes. La carte de la région est ainsi redessinée.

    Le Sahel central est coupé en deux par un front militarisé, sans cesse mouvant, qui oppose partisans et opposants au jihad. Les routes et les réseaux commerciaux se déplacent et de nouveaux sultanats se développent, comme ceux de Zinder et Maradi. Ousman dan Fodio fonde de son côté un sultanat, ayant pour capitale Sokoto, dans une zone correspondant à une grande partie de l’actuel nord-Nigeria. C’est dans cet espace transformé qu’arriveront les colonisateurs.
    Une poignée de militaires

    Lorsque Français et Britanniques se partagent cette région, ils décident d’emblée que la frontière qui séparera leurs zones d’influence, reprendra celle du sultanat de Sokoto, c’est-à-dire celle issue du jihad. Les frontières, arbitraires en apparence, ne sont en fait ici, ni affaire de hasard, ni d’accident. L’histoire de la conquête de ce morceau de Sahel et de Sahara apparait ensuite comme une histoire paradoxale. Celle d’une poignée de militaires coloniaux, qui au début du XXe siècle instituent dans les plus grandes difficultés un gouvernement précaire qui s’appuie très largement sur les organisations politiques et territoriales locales et qui, ce faisant, contribuent à la fois à les vider de leur sens et à amoindrir leur importance.

    Les militaires français, sont peu nombreux (70 au moment de la conquête et 250 dans les années 20), disposent de moyens dérisoires et ne maîtrisent ni la configuration du terrain, ni les techniques de déplacement : ils n’ont donc pas les moyens de s’imposer uniquement par la force. Les autorités politiques existantes, chefs ou sultans, et leurs structures territoriales sont de ce fait souvent considérées comme des intermédiaires idéaux pour assurer la domination.

    Dans ce contexte, la définition des territoires destinés à constituer la trame de l’administration représente parfois une convergence d’intérêts pour des militaires français à la recherche d’alliés, et pour des autorités politiques locales cherchant à garantir leur pouvoir ou leur indépendance en ces temps troublés.
    Conquérir un territoire

    Plusieurs aventuriers se sont alors construits des fiefs en utilisant les militaires français à l’image d’Aouta ou d’En Avar. Ce dernier, alors qu’il ne pouvait prétendre au pouvoir au sein de son groupe, qui est commandé par son cousin Larétou, réussit par l’intermédiaire des colonisateurs à constituer un commandement et à conquérir un territoire, pris notamment sur les terres de Madibou, le chef des Iwellemmeden qui refuse de se soumettre.

    Le phénomène qui se déroule au début du XXe siècle dans cette région du Sahel ne peut donc être défini comme une production coloniale unilatérale des territoires, mais ne peut non plus être conçu comme la simple reprise des territoires africains existants. C’est une forme de coproduction d’un territoire nouveau construit par le contexte de conquête, puis d’occupation.

    Les frontières alors mises en place sont dans leur grande majorité le reflet des dynamiques historiques internes de la région au XIXe siècle. Pourtant, l’histoire de leur tracé a contribué à construire le grand récit d’Européens, maîtres du jeu, imposant leur partage du monde. Mais l’absurdité des frontières africaines n’est pas une réalité : c’est un discours construit. Il n’est pas de frontières absurdes, il n’est que des frontières encore faiblement investies et appropriées. Les frontières ne sont que ce que les hommes en font ou en feront.

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/06/l-afrique-n-est-pas-victime-de-ses-frontieres_4610391_3212.html#o1V0moW8Qf4A

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/06/l-afrique-n-est-pas-victime-de-ses-frontieres_4610391_3212.html
    #colonialisme #frontière_coloniale #frontière_naturelle #frontière_artificielle #frontières_artificielles #artificialité #Camille_Lefebvre

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    https://seenthis.net/messages/868132

    cc @reka @albertocampiphoto

    • L’artificialité des frontières en Afrique subsaharienne. Turbulences et fermentation sur les marges

      Issu de la Conférence de Berlin (février 1885), le découpage politique de l’Afrique correspond davantage aux ambitions hégémoniques des puissances européennes qu’aux identités et solidarités des populations locales. Le tracé des frontières, avalisé aux indépendances par l’Organisation de l’Unité Africaine, est donc une construction largement artificielle. Il en a résulté des conflits frontaliers qui, s’ils se généralisaient, pourraient rapidement déboucher sur une recomposition territoriale inédite, mais aussi une dynamique économique très florissante autour de la contrebande et de la corruption. Les périphéries vont-elles devenir des centres ?

      http://com.revues.org/870