Lien entre #pesticides et #cancers : pour la première fois, des chercheurs mesurent des effets à l’échelle d’un pays
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Des agriculteurs péruviens, près de Jauja, dans la région andine centrale de Junin, identifiée comme une zone à haut risque par les chercheurs français, au Pérou, le 29 mai 2024. CRIS BOURONCLE/AFPLes chercheurs ne se sont pas arrêtés à de simples corrélations. Pour parfaire la démonstration, ils ont analysé les tissus tumoraux et non tumoraux d’une trentaine de personnes touchées par un carcinome hépatocellulaire (la principale forme de cancer du foie), vivant dans les zones à fort risque d’exposition aux pesticides. Conduites à l’Institut Pasteur, ces analyses indiquent l’absence de stress cellulaire lié aux causes habituelles de ces cancers (forte consommation d’alcool, virus de l’hépatite B, stéatose, toxines alimentaires…).
Au contraire, les chercheurs y détectent la signature d’une exposition à des cancérogènes non génotoxiques : ce n’est pas l’altération du génome de la cellule qui la rend cancéreuse, mais des modifications plus subtiles de l’expression de certains gènes qui « prédisposent le tissu à la transformation maligne ». En comparant cette signature moléculaire à des données obtenues sur d’autres cohortes, en France, à Taïwan ou en Turquie, les chercheurs montrent qu’elle est singulière aux patients péruviens originaires des zones à risque.
« Cette étude de cas est une masterclass de raisonnement scientifique,commente M. Brugel. On identifie le cluster, on l’associe à une surexposition aux pesticides, on obtient les données transcriptomiques et épigénétiques, on les compare, on remarque qu’elles sont différentes, on génère une hypothèse et on ouvre une nouvelle voie. » Non seulement ces travaux identifient à l’échelle d’un pays plusieurs centaines de zones de risque accru de cancers par l’exposition environnementale aux pesticides, mais ils proposent une élucidation des mécanismes par lesquels ces substances peuvent, en mélange, promouvoir silencieusement la #cancérogenèse dans certains organes.
La portée d’une telle démonstration est considérable : partout dans le monde, les systèmes d’évaluation des risques reposent sur l’évaluation de chaque substance testée indépendamment des autres, et sur l’hypothèse qu’une molécule n’est pas cancérogène si elle n’est pas génotoxique – c’est-à-dire si elle n’endommage pas le génome des cellules. Stéphane Bertani, Jorge Honles, Pascal Pineau (Inserm, Institut Pasteur) et leurs collègues battent en brèche ces deux piliers de la « science réglementaire ». « Dans leur ensemble, nos résultats étayent solidement l’existence d’un lien mécanistique entre exposition aux pesticides et cancer, remettant ainsi en cause les hypothèses de non-cancérogénicité chez l’homme issues de modèles expérimentaux réductionnistes », résument-ils.




