• Basculements
    Mondes émergents, possibles désirables

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Basculements-Mondes-emergents-possibles-desirables

    Dénonçant la notion d’effondrement, qui dépolitise les enjeux en postulant une trajectoire unique et comme jouée d’avance, Jérôme Baschet, qui a enseigné à l’Universidad Autonoma de Chiapas, à San Cristóbal de Las Casas, propose celle de « basculements » qui fait place, au contraire, à l’imprévisibilité croissante de notre temps et au rôle central de la mobilisation politique. Alors qu’« un microscopique fragment de l’à peine-vivant » a provoqué « la paralysie d’une machinerie aussi ample et ramifiée que l’économie mondiale », supposant la reproduction d’autres crises systémiques du capitalisme, il esquisse plusieurs scénarios, dont celui d’une ouverture des possibles qui nous engagerait vers des manières de vivre échappant aux logiques du système-monde capitaliste.

    Il tente, tout d’abord, de cerner les tendances principales que la crise du coronavirus a pu induire, amplifier ou affecter significativement : accélération de la numérisation généralisée ; modification des équilibres géostratégiques, confirmant l’effritement de l’hégémonie états-unienne et la montée en puissance de la Chine ; reconfiguration des circuits de la globalisation, notamment avec un mouvement de relocalisations productives dans un souci de souveraineté plutôt que dans une perspective écologique ; interventionnisme accru de l’État dont on attend une réponse face à la pandémie, que l’on critique ses manquements ou l’excès des mesures d’exception. Toutefois, ce serait une erreur de postuler une « opposition diamétrale » entre néolibéralisme et État, puisque le premier a toujours eu besoin du second pour assurer sa bonne régulation, l’État étant appelé à la rescousse pour socialiser les pertes et se désengageant à nouveau pour permettre la privatisation des bénéfices. (...)

    #Jérôme_Baschet #capitalisme #économie #globalisation #néolibéralisme #État #pandémie #crise #effondrement #modèle_chinois #Frédéric_Lordon #Murray_Bookchin #Erik_Olin_Wright #expérience_zapatiste #Gilets_jaunes #stratégies #rupture

  • La pandémie de #Covid-19 et la faillite du #capitalisme européen - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2021/02/22/covi-f22.html
    https://www.wsws.org/asset/f61590d1-c806-4595-adfd-5af6b06b29fd?rendition=image1280

    Depuis que l’Union européenne a levé les confinements adoptés pour stopper le virus au printemps de 2020, l’Europe a vu plus de 600.000 morts de Covid-19. Or, ces morts n’étaient pas inévitables. L’hécatombe que nous vivons est le résultat d’une froide décision par l’aristocratie financière de maximiser leurs profits aux dépens des vies humaines.

    Plutôt que de prendre les mesures sanitaires nécessaires pour tracer et empêcher une résurgence du virus, l’Union européenne a imposé un retour au travail et à l’école. Le contraste avec les quelques États qui ont adopté les politiques recommandées par les scientifiques est saisissant. Depuis le 1er juin 2020, le nombre de morts recensées de Covid-19 est de 2 en Chine, 2 au Taïwan, et 35 au Vietnam. C’est 39 au total.

    Sur cette même période, avec à peine le tiers de la population, l’Europe a confirmé plus de 600.000 morts. Le prestigieux Journal Médical Britannique (BMJ) a traité, avec raison, la politique européenne sur la pandémie de « meurtre social ».

    En France, Emmanuel Macron, le « président des riches », refuse tout confinement malgré la progression des variants plus mortels du virus. Les deux-tiers des Français, selon les sondages, voulaient un confinement. Mais Macron a dénoncé les nombreux scientifiques qui appellent à un confinement : « J’en ai marre de ces scientifiques qui ne répondent à mes interrogations sur les variants que par un seul scénario : celui du reconfinement ».

    Cette hécatombe ne démasque pas seulement le « président des riches », l’ex-banquier Macron. Elle révèle la faillite de tout l’ordre social. Elle met à l’ordre du jour une lutte des travailleurs pour le socialisme à l’échelle européenne et mondiale, et la nécessité de construire une nouvelle direction politique dans la classe ouvrière.

  • Aux sources du capitalisme de surveillance - Université de Strasbourg - Recherche
    https://recherche.unistra.fr/actualites-recherche/actualites-de-la-recherche/aux-sources-du-capitalisme-de-surveillance

    Dégooglisation d’internet, émergence d’une société contributive… membre de l’association Framasoft qui promeut le logiciel libre, Christophe Masutti travaille à favoriser la culture numérique. Son engagement amène le chercheur au sein du laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage) à réfléchir sur les libertés numériques et les Gafam* dont il fait un livre dans lequel il propose son regard d’historien des sciences et techniques sur le capitalisme de surveillance depuis 1965.


    En plus de sa casquette de chercheur, Christophe
    Masutti est en charge des affaires européennes au
    CHU de Strasbourg. Crédit : Y. Kervran-CC

    « Pour moi, le capitalisme de surveillance est inscrit dans l’histoire des techniques elles-mêmes et sa définition n’inclut a priori aucune valeur morale. Dès les années 60, les sociétés de courtage travaillaient déjà sur les données à des fins marketings. La donnée est devenue un modèle d’affaire dès lors que les ordinateurs étaient utilisés à des fins de surveillance. Au milieu des scandales, en 1970 le Fair Credit Reporting Act est voté pour réguler les pratiques de surveillance des sociétés d’évaluation de crédit aux États-Unis. Quatre ans plus tard, le Privacy Act régule l’usage des données personnelles », poursuit le chercheur qui évoque le capitalisme de surveillance comme un ensemble de pratiques qui répondent aux intérêts hégémoniques du capitalisme américain et aujourd’hui aussi Chinois.

    #Christophe_Masutti #Capitalisme_surveillance

  • Centre d’Action Laïque - Gouvernance numérique et résistances
    https://www.laicite.be/magazine-article/gouvernance-numerique-resistances

    Dans «  Affaires privées. Aux sources du capitalisme de surveillance  »1, le philosophe des sciences et des techniques et «  hacktiviste  » Christophe Masutti retrace l’évolution de la surveillance de masse, du marketing au contrôle social. Tout en défendant des solutions alternatives.

    Du capitalisme de surveillance à des fins publicitaires au contrôle des populations, l’outil numérique ne cesse de transcender les limites éthiques. Comment en est-on arrivé là  ? Et que recouvre le concept de capitalisme de surveillance  ? «  Les moyens pour élaborer la surveillance et le traitement de l’information par l’économie numérique consistent à extraire de la société des informations qui ont une valeur (en matière de connaissance, d’intérêts financiers…), explique Christophe Masutti. «  La surveillance répond alors à une logique capitaliste dans laquelle l’information serait le capital, généré par la production, l’utilisation et la consommation des outils numériques.  »

    #Christophe_Masutti #Capitalisme_surveillance #Affaires_privées

  • Réponses de Jacques Philipponneau au questionnaire
    de La Décroissance envoyées le 12 février 2021
    et refusées par son comité de rédaction

    https://lavoiedujaguar.net/Reponses-de-Jacques-Philipponneau-au-questionnaire-de-La-Decroissanc

    (...) La domination est devenue ouvertement catastrophiste et, par la force des choses, elle doit intégrer le réformisme écologique dans cette sur-bureaucratisation du monde seule à même de gérer, dans cette société, les catastrophes qu’elle produit.

    Cet écologisme de caserne, normatif et culpabilisant, dernier avatar du péché chrétien (les indulgences pontificales du bilan carbone, le flygskam — la honte de prendre l’avion du luthérianisme nordique —, la niaiserie antispéciste anglo-saxonne) qui n’attaque jamais frontalement l’État ni le capitalisme, mais seulement leurs « dévoiements » ou leurs « excès », remplace la vieille social-démocratie morte à la tâche dans sa fonction intégrative à la société telle qu’elle est.

    La crise sanitaire actuelle (quelle que soit son origine et la gravité qu’on lui accorde) a contraint la domination à afficher son programme. Sa conception de la vie.

    Elle se résume à celle-ci : le mode de vie industriel n’est pas négociable et les représentations catastrophistes, si complaisamment diffusées depuis une dizaine d’années, ne sont pas conçues pour y faire renoncer mais pour faire accepter les restrictions et aménagements qui permettront de le perpétuer. En gros, faire régresser la liberté humaine à sa seule fonction animale de « conserver l’espèce », la « vie nue » réduite à sa seule réalité biologique : l’exemple le plus trivialement actuel en est le lâche soulagement devant une vaccination — de fait obligatoire — permettant de retrouver la vie « normale ». (...)

    #Philipponneau #fantasmes #domination #sujets_automates #États #capitalisme #techno-science #réformisme_écologique #résistance_active

  • The Asylum Story: Narrative Capital and International Protection

    Obtaining international protection relies upon an ability to successfully navigate the host country’s asylum regime. In #France, the #récit_de_vie, or asylum story, is critical to this process. An asylum seeker must craft their story with the cultural expectations of the assessor in mind. The shaping of the asylum story can be seen as an act of political protest.

    The role of the asylum story within the asylum procedure

    Within a context of increasing securitization of Europe’s borders, the consequences of differentiated rights tied to immigration status have profound impacts. The label of “refugee” confers rights and the chance to restart one’s life. In order to obtain this label, a narrative of the person’s history is required: the asylum story. It must explain the reasons and mechanisms of individualized persecution in the asylum seeker’s country of origin or residence, and the current and sustained fears of this persecution continuing should they return. In France, the Office for the Protection of Refugees and Stateless People (OFPRA)
    is responsible for determining whether or not the person will be granted protection, either through refugee status or subsidiary protection.

    This essay examines the construction of these stories based on participant observation conducted within an association supporting exiles in Nice called Habitat et Citoyenneté (“Housing and Citizenship”, hereafter H&C).

    One of H&C’s activities is supporting asylum seekers throughout the asylum process, including the writing of the story and preparation of additional testimony for appeals in the event of a rejection. Over time, H&C has increasingly specialized in supporting women seeking asylum, many of whom have suffered gender-based and sexual violence. These women’s voices struggle to be heard within the asylum regime as it currently operates, their traumas cross-examined during an interview with an OFPRA protection officer. Consequently, an understanding of what makes a “good” asylum story is critical. Nicole and Nadia, members of H&C who play multiple roles within the association, help to develop the effective use of “narrative capital” whereby they support the rendering of the exiles’ experiences into comprehensive and compelling narratives.
    Creating the narrative while struggling against a tide of disbelief

    The experience of asylum seekers in Nice illustrates the “culture of disbelief” (Kelly 2012) endemic within the asylum system. In 2019, OFPRA reported a 75% refusal rate.

    Rejection letters frequently allege that stories are “not detailed enough,” “vague,” “unconvincing,” or “too similar” to other seekers’ experiences. These perfunctory refusals of protection are an assault in and of themselves. Women receiving such rejections at H&C were distressed to learn their deepest traumas had been labelled as undeserving.

    While preparing appeals, many women remembered the asylum interviews as being akin to interrogations. During their interviews, protection officers would “double-back” on aspects of the story to “check” the consistency of the narrative, jumping around within the chronology and asking the same question repeatedly with different phrasing in an attempt to confuse or trick the asylum seeker into “revealing” some supposed falsehood. This practice is evident when reading the transcripts of OFPRA interviews sent with rejection letters. Indeed, the “testing” of the asylum seeker’s veracity is frequently applied to the apparent emotiveness of their descriptions: the interviewer may not believe the account if it is not “accompanied by suitable emotional expression” (Shuman and Bohmer 2004). Grace, recently granted protective status, advised her compatriots to express themselves to their fullest capability: she herself had attempted to demonstrate the truth of her experiences through the scars she bore on her body, ironically embarrassing the officer who had himself demanded the intangible “proof” of her experience.

    A problematic reality is that the asylum seeker may be prevented from producing narrative coherency owing to the effects of prolonged stress and the traumatic resonance of memories themselves (Puumala, Ylikomi and Ristimäki 2018). At H&C, exiles needed to build trust in order to be able to narrate their histories within the non-judgemental and supportive environment provided by the association. Omu, a softly spoken Nigerian woman who survived human trafficking and brutal sexual violence, took many months before she was able to speak to Nadia about her experiences at the offices of H&C. When she did so, her discomfort in revisiting that time in her life meant she responded minimally to any question asked. Trauma’s manifestations are not well understood even among specialists. Therefore, production of “appropriately convincing” traumatic histories is moot: the evaluative methodologies are highly subjective, and indeed characterization of such narratives as “successful” does not consider the person’s reality or lived experience. Moreover, language barriers, social stereotypes, cultural misconceptions and expected ways of telling the truth combine to impact the evaluation of the applicant’s case.

    Asylum seekers are expected to demonstrate suffering and to perform their “victimhood,” which affects mental well-being: the individual claiming asylum may not frame themselves as passive or a victim within their narrative, and concentrating on trauma may impede their attempts to reconstruct a dignified sense of self (Shuman and Bohmer 2004). This can be seen in the case of Bimpe: as she was preparing her appeal testimony, she expressed hope in the fact that she was busy reconstructing her life, having found employment and a new community in Nice; however, the de facto obligation to embody an “ideal-type” victim meant she was counselled to focus upon the tragedy of her experiences, rather than her continuing strength in survival.
    Narrative inequality and the disparity of provision

    Standards of reception provided for asylum seekers vary immensely, resulting in an inequality of access to supportive services and thereby the chance of obtaining status. Governmental reception centers have extremely limited capacity: in 2019, roughly a third of the potential population

    were housed and receiving long-term and ongoing social support. Asylum seekers who find themselves outside these structures rely upon networks of associations working to provide an alternative means of support.

    Such associations attempt to counterbalance prevailing narrative inequalities arising due to provisional disparities, including access to translation services. Nicole is engaged in the bulk of asylum-story support, which involves sculpting applications to clarify ambiguities, influence the chronological aspect of the narration, and exhort the asylum seeker to detail their emotional reactions (Burki 2015). When Bimpe arrived at H&C only a few days ahead of her appeal, the goal was to develop a detailed narrative of what led her to flee her country of origin, including dates and geographical markers to ground the story in place and time, as well as addressing the “missing details” of her initial testimony.

    Asylum seekers must be allowed to take ownership in the telling of their stories. Space for negotiation with regard to content and flow is brought about through trust. Ideally, this occurs through having sufficient time to prepare the narrative: time allows the person to feel comfortable opening up, and offers potential to go back and check on details and unravel areas that may be cloaked in confusion. Nicole underlines the importance of time and trust as fundamental in her work supporting women with their stories. Moreover, once such trust has been built, “risky” elements that may threaten the reception of the narrative can be identified collaboratively. For example, mention of financial difficulties in the country of origin risks reducing the asylum seeker’s experience to a stereotyped image where economics are involved (see: the widely maligned figure of the “economic migrant”).

    Thus, the asylum story is successful only insofar as the seeker has developed a strong narrative capital and crafted their experience with the cultural expectations of the assessor in mind. In today’s reality of “asylum crisis” where policy developments are increasingly repressive and designed to recognize as few refugees as possible, the giving of advice and molding of the asylum story can be seen as an act of political protest.

    Bibliography

    Burki, M. F. 2015. Asylum seekers in narrative action: an exploration into the process of narration within the framework of asylum from the perspective of the claimants, doctoral dissertation, Université de Neuchâtel (Switzerland).
    Kelly, T. 2012. “Sympathy and suspicion: torture, asylum, and humanity”, Journal of the Royal Anthropological Institute, vol. 19, no. 4, pp. 753–768.
    Puumala, E., Ylikomi, R. and Ristimäki, H. L. 2018. “Giving an account of persecution: The dynamic formation of asylum narratives”, Journal of Refugee Studies, vol. 31, no. 2, pp. 197–215.
    Shuman, A. and Bohmer, C. 2004. “Representing trauma: political asylum narrative”, Journal of American Folklore, pp. 394–414.

    https://metropolitics.org/The-Asylum-Story-Narrative-Capital-and-International-Protection.html
    #asile #migrations #audition #narrative #récit #OFPRA #France #capital_narratif #crédibilité #cohérence #vraisemblance #véracité #émotions #corps #traces_corporelles #preuves #trauma #traumatisme #stress #victimisation #confiance #stéréotypes

    ping @isskein @karine4 @_kg_ @i_s_

  • Le #capitalisme va-t-il sauver le monde ?
    https://laviedesidees.fr/Le-capitalisme-va-t-il-sauver-le-monde.html

    À propos de : Philippe Aghion, Céline Antonin, Simon Bunel, Le Pouvoir de la destruction créatrice, Odile Jacob. Selon P. Aghion, C. Antonin et S. Bunel, seule l’innovation technologique permettra de répondre aux défis sociaux et environnementaux auxquels est confrontée l’humanité. Le capitalisme et le « pouvoir de la destruction créatrice » se heurtent toutefois à la complexité des décisions microéconomiques.

    #Économie #environnement #progrès #écologie
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20210215_aghion.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20210215_aghion.pdf

  • À partir de 2023, une loi sur les chaines d’approvisionnement (Lieferkettengesetz) devrait entrer en vigueur en Allemagne. Elle vise à responsabiliser les entreprises en matière de droits humains et d’environnement pour leur approvisionnement [dans les pays pauvres]. Les syndicats et les organisations non gouvernementales pourront intenter une action au nom des parties concernées devant les tribunaux allemands. Les entreprises fautives pourraient aussi être exclues des appels d’offres publics.
    Un petit calcul : si la loi ne s’applique (à partir de 2024) qu’aux entreprises de plus de 1 000 employé·es, cela ne concernera qu’environ 2 900 des 3,5 millions d’entreprises, soit moins de 0,1 % des entreprises en Allemagne.

    https://www.heise.de/tp/features/Lieferkettengesetz-soll-ab-2023-gelten-aber-nur-fuer-wenige-Firmen-5053830.htm

    Lieferkettengesetz soll ab 2023 gelten - aber nur für wenige Firmen

    Bundesarbeitsminister Hubertus Heil (SPD) sprach von einem „historischen Durchbruch“, der TÜV-Verband von einer „Selbstverständlichkeit“, die nun für viele Unternehmen zur Pflicht werde - für die Bundestagsfraktion Die Linke ist das geplante Lieferkettengesetz zur Einhaltung sozialer und ökologischer Standards dagegen ein „zahnloser Tiger“. So drückte sich deren Obmann im Ausschuss für Menschenrechte und humanitäre Hilfe, Michael Brandt, an diesem Freitag aus, als bekannt wurde, dass sich die Bundesregierung auf ein Gesetz verständigt hat, das Firmen verpflichten soll, Menschenrechte bei ihren Lieferanten im Ausland durchzusetzen und Umweltstandards einzuhalten.
    Allerdings müssen die Unternehmen deshalb noch lange nicht für Verstöße haften - und das Gesetz soll erst Anfang 2023 für Firmen mit mehr als 3.000 Beschäftigten in Kraft treten. Ein weiteres Jahr später soll es auch für Firmen mit mehr als 1.000 Beschäftigten gelten. Heils Aussage „Das deutsche Lieferkettengesetz kommt noch in dieser Legislaturperiode“ bezieht sich lediglich auf die geplante Verabschiedung vor der Bundestagswahl im Herbst.
    […]

    #Allemagne #loi #chaine_d’approvisionnement #tiers_monde #esclavage_moderne #exploitation #capitalisme

  • «Notre société est malade»: The Lancet condamne le #capitalisme américain - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2021/02/13/pers-f13.html
    https://www.wsws.org/asset/8ae9d25e-c93c-4b7f-873f-41b09f53d415?rendition=image1280

    Mais dans rapport méticuleusement documenté, qui compte plus d’une douzaine d’auteurs distingués, The Lancet ne se contente pas de condamner Trump. La revue soutient que les près d’un demi-million de #morts aux États-Unis suite à la COVID-19 devraient s’ajouter aux « Américains disparus » dont les décès sont attribuables à la montée des #inégalités sociales au cours des quatre dernières décennies. Son rapport présente la pandémie et le gouvernement Trump comme le résultat de tendances plus profondes dans la société américaine.

    « Une #ploutocratie enhardie, sous couvert de déréglementation et d’austérité, a augmenté sa richesse et son pouvoir en re-réglementant les marchés à leur avantage et en ajustant les budgets gouvernementaux pour leur propre bénéfice », a écrit The Lancet. « Sous ce type de gouvernance, les entreprises et les familles riches reçoivent de généreux transferts gouvernementaux » tandis que « les possibilités d’emploi ont disparu ».

    The Lancet en arrive à cette conclusion : « La vérité troublante est que de nombreuses politiques du président Trump ne représentent pas une rupture radicale avec le passé. Elles ont simplement accéléré la tendance au retardement de l’espérance de vie, qui dure depuis des décennies et qui reflète des failles profondes et de longue date dans la politique économique, sanitaire et sociale des États-Unis. Ces défauts sont non seulement évidents dans la baisse de la longévité… mais aussi dans les écarts croissants de mortalité entre les classes sociales ».

    Les pertes massives de vies humaines lors de la pandémie COVID-19, concentrées dans la classe ouvrière américaine, ont accéléré le déclin de l’espérance de vie aux États-Unis et, plus important encore, la stratification de l’espérance de vie selon les classes sociales.

    « Au moment de l’inauguration de Trump en janvier 2017, la santé de la population américaine était déjà sur une trajectoire descendante », écrit The Lancet. « L’espérance de vie moyenne aux États-Unis était passée de 78,9 ans à 78,7 ans entre 2014 et 2018. C’était une période qui comprenait la première baisse de longévité sur 3 ans depuis la Première Guerre mondiale et la pandémie de grippe de 1918 ».

    Le rapport note que « depuis les années 1980, la disparité entre les classes sociales et économiques s’est accentuée avec la disparition des emplois manufacturiers bien rémunérés… Malgré un marché boursier en plein essor… de nombreuses personnes qui vivent aux États-Unis ont été contraintes d’accepter des emplois précaires, mal payés et offrant des prestations insuffisantes. Cette inégalité croissante des revenus a accentué les inégalités en matière de santé ».

    #santé

  • Troubles dans la condition libérale – Luttes du troisième type (1/2) - Par Michel Feher

    Qui compte ? Au printemps 2020, les « travailleurs essentiels » révélés par la pandémie de Covid-19 et les « vies noires » dressées contre le racisme endémique ont placé cette question au cœur de l’agenda politique.

    A priori, pourtant, la déconsidération des premiers et les violences subies par les secondes ne relèvent pas de la même problématique. Le contraste observé pendant les premiers mois de la crise sanitaire entre l’utilité sociale et la rémunération de certains métiers renvoie à la formation des prix par le marché, tandis que les méfaits dénoncés par Black Lives Matter et le comité « La vérité pour Adama » témoignent d’inégalités de traitement cautionnées par l’État. Reste qu’en dissociant les iniquités imputables à la marchandisation du travail des injustices résultant de la racisation des populations non blanches, on risque d’occulter la résonance entre les revendications impliquées par la catégorie de « premiers de corvée » et celles que portent les minorités dites visibles.

    Il ne s’agit pas seulement de rappeler ce que l’essor économique de l’Occident doit au pillage des terres colonisées et à l’asservissement de leurs populations, ni de constater la perpétuation du racisme systémique et du développement inégal à l’ère postcoloniale, ni même de souligner les croisements entre les différentes fabriques d’inégalités. Sans doute la socio-démographie des victimes du coronavirus et des violences policières fait-elle bien ressortir l’imbrication de la question sociale et de la question raciale. Mais plus encore que leur intersection, c’est l’émergence d’un type de conflits dont la valorisation est l’enjeu que manifestent à la fois la cause des travailleurs essentiels et le mouvement pour les vies noires. L’une et l’autre visent en effet les critères d’appréciation dont dépendent aussi bien la rétribution des tâches que l’exercice effectif des droits.

    Que l’importance relative des vies s’impose désormais comme une question génératrice de luttes spécifiques est une hypothèse également étayée par des initiatives telles que #MeToo et Ni Una Menos, qui ambitionnent de discréditer les conduites responsables de la dépréciation des femmes, ainsi que par les mouvements écologistes qui, à l’instar de Sunrise, Extinction Rebellion Youth et Fridays for Future, mettent en avant l’impact de l’irresponsabilité environnementale sur l’avenir des jeunes d’aujourd’hui. Pour mieux cerner les contours et les conditions de ce nouveau registre d’action militante, il convient d’abord de rappeler qui sont ses prédécesseurs et de revenir sur les circonstances qui ont provoqué leur affaiblissement.

    Conflits d’intérêts

    La lutte des classes, dont Karl Marx fait le moteur de l’Histoire, s’exprime avant tout en termes d’intérêts collectifs antagonistes. Contemporain de la révolution industrielle et bénéficiaire de la disparition des ordres, le capitalisme libéral a institué une société de propriétaires également libres de rechercher leur satisfaction par le négoce, mais pour la diviser entre des salariés qui ne possèdent autre chose que leur force de travail et les détenteurs de capitaux suffisamment conséquents pour employer de la main d’œuvre.

    La relation salariale que les travailleurs nouent avec leurs employeurs ne scelle pas seulement la subordination des premiers, contraints de travailler pour des entreprises dont ils ne contrôlent ni les ressources ni les objectifs, mais aussi leur exploitation par les seconds, dans la mesure où le salaire qu’ils reçoivent correspond au prix que le marché de l’emploi octroie à leur force de travail et non à la valeur des richesses que leur labeur génère. Si la conscience d’être exploités nourrit la solidarité des travailleurs, les luttes que ceux-ci engagent ne vont pas exposer les rouages de la doctrine libérale sans lui emprunter une partie de son lexique.

    Le libéralisme classique repose en effet sur la reconnaissance de l’intérêt, conçu comme une disposition aussi spontanée qu’utile à la prospérité de tous, et par conséquent sur la liberté pour chacun de poursuivre le sien. Comme l’explique l’économiste Albert Hirschman, les libéraux considèrent que si les hommes demeurent irréductiblement hédonistes et égoïstes, ils sont néanmoins mus par deux types de passions : tandis que les unes s’avèrent trop impulsives – soit à la fois trop violentes et trop inconstantes – pour être propices au progrès ou à la pacification des mœurs, les autres sont intéressées, c’est-à-dire perméables aux calculs d’optimisation, et par conséquent porteuses d’échanges mutuellement bénéfiques et de régulations librement consenties.

    Pour assouvir leurs désirs, les premiers humains décrits par les Lumières écossaises ont d’abord été tentés de s’emparer des objets qu’ils convoitaient sans songer aux conséquences de leurs actes. Progressivement, toutefois, la raison instrumentale dont ils sont équipés les a informés des risques d’une prédation aussi imprévoyante qu’impétueuse. Guidés par l’expérience et la réflexion, les hommes ont appris qu’il leur était plus profitable de négocier l’acquisition de ce qu’ils désirent et d’épargner une part du produit de leur commerce que de laisser libre cours à leurs impulsions et de dilapider inutilement la totalité de leurs gains.

    La conversion des passions abrasives en intérêts raisonnés a certes été graduelle et demeure nécessairement incomplète mais, à terme, elle assure l’aménagement d’une sphère marchande où l’égoïsme de chacun va nourrir la prospérité collective – pour autant que les gouvernants accompagnent cette heureuse évolution en permettant à leurs administrés de commercer librement mais aussi en leur imposant de tenir leurs engagements et de respecter la propriété d’autrui.

    Également critique des vertus dont les libéraux parent le marché et des licences qu’ils octroient aux propriétaires, le mouvement ouvrier va pourtant s’emparer des concepts sur lesquels s’appuie la doctrine libérale, quitte à les détourner de leur vocation initiale. Tel est d’abord le cas de la notion d’intérêt : plutôt que la propension naturelle de tout individu à rechercher sa satisfaction personnelle en calculant les coûts et les bénéfices de ses actes, les tenants de la lutte des classes lui font désigner l’aspiration commune d’un groupe social à maintenir son hégémonie ou, au contraire, à contester la sujétion et l’exploitation qu’il subit. Autrement dit, l’intérêt n’est plus une inclination individuelle dictée par la nature mais le ressort de dominations et d’émancipations collectives dont la succession rythme l’histoire.

    S’en suit une appropriation des autres termes cardinaux de la rationalité libérale que sont la compétition et la négociation. Revisitées par les organisations syndicales, la première n’évoque plus la concurrence inhérente au jeu de l’offre et de la demande mais bien le conflit structurel du travail et du capital, tandis que la seconde ne correspond plus aux marchandages entre vendeurs et acheteurs mais bien aux concessions que les représentants des employés arrachent aux employeurs.

    En transférant les catégories de la pensée libérale des échanges marchands aux rapports de classes, les syndicats ouvriers sont parvenus à prendre pied sur le marché de l’emploi et à y peser sur la formation des prix mais aussi à faire œuvre pédagogique. Persuader les travailleurs qu’ils partagent les mêmes intérêts permet en effet à leurs représentants d’imposer des négociations collectives aux détenteurs de capitaux – en appuyant leurs revendications sur des menaces de grèves, d’occupations d’usines, voire de destruction de l’outil de travail – et, forts de leur solidarité, de modifier la répartition des revenus de la production.

    Par elle-même, l’action syndicale trouve sans doute sa limite dans la condition de salarié qu’elle s’efforce d’améliorer – soit, dans la fiction juridique du « travailleur libre », de marchander la cession de sa force de travail. La remise en cause de la domination et de l’exploitation inscrites dans l’institution du salariat est quant à elle l’affaire d’un engagement politique visant à modifier le régime de propriété – qu’il s’agisse de socialiser le capital industriel et financier sous l’égide de l’État, de substituer des coopératives ouvrières aux entreprises privées ou, plus modestement, de contenir les disparités créées par l’économie de marché grâce à la progressivité de l’impôt, l’extension des services publics et la couverture sociale des risques.

    Mais quelle que soit leur orientation – et en dépit de leur inimitié mutuelle –, les partisans respectifs de la dictature du prolétariat, du socialisme autogestionnaire et de la social-démocratie réformiste se retrouvent au moins pour considérer que l’indispensable ferment des projets de société dont ils se réclament réside dans la négociation des intérêts de la classe ouvrière par les organisations syndicales et son impact sur la rémunération du travail.

    Droits et normes

    Si la question sociale se rapporte avant tout au dispositif d’exploitation que masque l’égale liberté de contracter des transactions intéressées, les questions raciales et de genre font référence, pour leur part, aux discriminations qui forment l’autre versant de la condition libérale. Celle-ci implique sans doute la reconnaissance des droits indispensables à la poursuite des intérêts individuels : droits de posséder des biens négociables et d’en disposer à son gré, mais aussi de faire respecter son intégrité physique et morale, d’exiger des autres qu’ils tiennent leurs engagements contractuels, et de ne consentir à l’impôt qu’en échange d’une participation au moins indirecte aux affaires publiques. Reste que, jusqu’à une période relativement récente, les gouvernements libéraux vont réserver les bénéfices de cette armature juridique à une portion congrue des populations qu’ils administrent.

    Parmi les exclus de ce que le politiste C. B. McPherson a naguère analysé sous le nom d’individualisme possessif, figurent les femmes et les peuples colonisés par les puissances occidentales. Dans les deux cas, c’est un ordre réputé naturel qui va d’abord justifier les privilèges des hommes blancs au sein de sociétés ostensiblement fondées sur l’égalité des conditions : la nature sera invoquée pour fonder une complémentarité des sexes qui cantonne les femmes dans la sphère domestique et aux marges de la citoyenneté, mais aussi pour légitimer une hiérarchie des races qui dénie aux colonisés la possession de leurs terres et même la disposition de leur propre corps.

    Longtemps reléguées au second plan par les mouvements ouvriers européens et la critique marxiste de l’exploitation, les dérogations à l’universalité du statut de propriétaire ne contribueront pourtant pas moins à l’accumulation du capital que son application au travailleur salarié. En outre, leur retrait progressif des textes juridiques ne va aucunement mettre fin aux discriminations qu’elles ont instituées. Car après avoir mobilisé des différences biologiques pour inscrire les inégalités dans la loi, les gouvernements libéraux s’abriteront derrière l’octroi de droits civiques à l’ensemble de leurs concitoyens pour occulter la persistance des normes qui font obstacle à leur exercice.

    Contrairement aux prescriptions légales – que nul n’est censé ignorer – le pouvoir normatif trouve son efficacité dans l’inattention dont bénéficient ses opérations : validées par la parole publique et perpétuées par les pratiques institutionnelles, les normes s’appliquent en disparaissant derrière l’impression de normalité dont elles entourent les situations et les perceptions qu’elles façonnent. Ainsi en va-t-il des différences de traitement et d’accès réservés aux individus en fonction du genre et de la race qui leur sont assignés : même lorsque le sexisme et le racisme cessent d’être rapportés à la nature et entérinés par la législation, l’égalité des droits demeure ineffective tant qu’il demeure conforme au sens commun d’estimer que la responsabilité de vaquer aux tâches domestiques et de tempérer la violence masculine incombe normalement aux femmes, tandis que celle de lever les soupçons auxquels leur apparence les expose – auprès des policiers, des juges, des logeurs ou des recruteurs – appartient aux personnes racisées.

    Au cours des deux derniers siècles, les mouvements féministes et antiracistes se sont appliqués à traquer les inflexions de l’universalisme tronqué qui leur était opposé – de la codification des inégalités à la normalisation de leur entretien. Toutefois, à l’instar du mouvement ouvrier, ils n’ont pas combattu les discriminations systémiques opérées par les régimes libéraux sans emprunter des éléments de leur corps de doctrine. En l’occurrence, ce ne sont pas les intérêts, leur concurrence et la négociation de leur satisfaction qui ont fait l’objet d’appropriations, mais plutôt les droits requis par la poursuite des échanges intéressés – droits de disposer de soi et d’imposer le respect de sa personne et de sa propriété, mais aussi droit de regard sur la gestion des affaires de la cité –, ainsi que le principe selon lequel les mêmes règles doivent s’appliquer à tous et enfin l’habilitation de chacun à plaider sa cause, devant les tribunaux comme auprès de l’opinion.

    L’utilisation de certains traits distinctifs du libéralisme n’implique nullement que sa réforme constitue l’horizon politique des combats contre les discriminations. De même que les accords négociés par les organisations syndicales ne visent pas moins à corroder l’institution du salariat qu’à obtenir des augmentations de salaires, les avancées obtenues par les biais de la jurisprudence et du débat public sont davantage envisagées par leurs avocats comme l’amorce d’une redéfinition de l’universalité que comme les étapes d’une intégration des populations jusque-là marginalisées dans l’orbe de l’individualisme possessif. Pour autant, le recours à une casuistique exposant les contradictions et les perversions de régimes se réclamant de l’égalité des droits joue bien le même double rôle de galvanisation des siens et de déstabilisation de l’adversaire que l’investissement de la liberté de contracter par les représentants des travailleurs.

    D’une crise l’autre

    En dépit du fréquent manque de coordination, voire de solidarité, entre les différents types de luttes, la persévérance concomitante des mouvements qui les conduisent ne va pas seulement contraindre les régimes libéraux à se réformer – par la concession de droits sociaux, l’extension des droits civiques et la reconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les avancées obtenues par l’action militante révèlent en outre que le capitalisme industriel, dont les institutions libérales assurent la légitimation politique, s’accommode aussi mal de l’essor des conventions collectives que de la contestation de leur statut subalterne par les femmes, les minorités visibles et les nations décolonisées.

    Au cours des années 1970, la pénétration du libéralisme par des aspirations démocratiques formulées dans sa langue va prendre un tour doublement critique. D’une part, les négociations menées au nom des intérêts de la classe ouvrière débouchent sur une redistribution du produit qui accentue la crise de rentabilité du capital – à un moment où l’achèvement de la reconstruction des économies dévastées par la seconde guerre mondiale entraîne déjà un fléchissement important du taux de croissance. D’autre part, les procès intentés au sexisme et au racisme institutionnels impulsent un réaménagement des normes qui plonge les sociétés occidentales dans ce que l’anthropologue David Graeber a nommé une crise d’inclusion – à un moment où la compétition idéologique avec le bloc soviétique et surtout la crainte d’un basculement des anciennes colonies dans le camp socialiste contraignent les représentants du « monde libre » à donner des gages d’attachement aux droits de tous leurs citoyens.

    Menacé par la démocratisation de la condition libérale sur ses deux versants – celui des intérêts que chacun est libre de poursuivre et celui des droits nécessaires à leur poursuite –, le capitalisme finira bien par sortir renforcé de sa double crise, mais non sans avoir remodelé les atouts et les attentes des sujets dont il tire son dynamisme. Initialement, toutefois, tant les contempteurs néolibéraux de la démocratie sociale que les détracteurs néoconservateurs des revendications féministes et minoritaires se sont plutôt posés en restaurateurs : imputant la stagflation qui affectait les économies développées à la prolifération des revendications catégorielles, les uns ont plaidé pour le rétablissement d’un régime de concurrence affranchie des distorsions de prix causées par les coalitions d’intérêts particuliers, tandis que les autres ont appelé à la réhabilitation d’un ordre politico-institutionnel alliant l’autorité de la loi commune au respect des normes qui président traditionnellement à son application.

    Pour parvenir à leurs fins, les défenseurs autoproclamés de l’héritage libéral n’ont pas hésité à user des techniques d’appropriation discursive prisées par leurs adversaires. Ainsi, non contents de fustiger l’intrusion des pouvoirs publics dans les transactions marchandes et les pratiques monopolistes des syndicats, les néolibéraux se sont aventurés sur le terrain de la lutte des classes, mais pour en proposer une version conforme à leur cause : à l’exploitation des travailleurs par les détenteurs de capitaux, ils ont en effet substitué la spoliation des contribuables honnêtes et travailleurs par une nouvelle caste de rentiers – à savoir les bénéficiaires de conventions collectives, de protections statutaires et de transferts sociaux dissociés du mérite.

    Parallèlement, loin de se borner à déplorer le déclin des valeurs familiales et de la civilisation occidentale, les néoconservateurs se sont emparés de l’égalité des droits, mais pour professer que celle-ci se dénaturait dès lors qu’elle cessait d’être aveugle au sexe, à la couleur de peau ou à l’origine des individus. Opportunément drapée dans un universalisme intransigeant, la critique néoconservatrice s’est systématiquement opposée à toute action délibérée visant à exposer et à enrayer la normalisation des discriminations au motif qu’une pareille démarche n’aurait pas pour objectif de remédier à des inégalités structurelles de traitement et d’accès mais au contraire de conférer des droits spécifiques à quiconque s’estime lésé par des pratiques ou des représentations discriminatoires.

    Les diatribes concurremment adressées aux rentes de situation des « assistés » et aux dérives « identitaires » du féminisme et de l’antiracisme ont indéniablement composé la bande-son de la contre-réforme néolibérale et néoconservatrice. Force est pourtant de reconnaître que celle-ci doit moins son succès à l’efficacité rhétorique de ses chantres qu’à l’avènement d’un régime d’accumulation du capital davantage axé sur la recherche de plus-values financières que sur l’optimisation des revenus de la production industrielle. Or même si ce changement d’orientation procède bien des mesures de déréglementations des marchés, initiées au cours des années 1980, on peut avancer qu’il n’a guère été anticipé par les liquidateurs du compromis social d’après-guerre.

    Les concepteurs de la « révolution conservatrice » menée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan s’étaient donnés pour missions de soustraire les entreprises privées aux négociations susceptibles de déboucher sur une répartition moins inégalitaire des revenus et de prémunir les pouvoirs publics contre les plaidoiries en faveur d’une révision des normes les plus inéquitables. Conséquence imprévue de leurs efforts, la financiarisation du capitalisme a sans doute puissamment contribué à l’étouffement des luttes contre l’exploitation et les discriminations. Toutefois, plutôt que par la restauration de l’entrepreneur maître de ses choix et de l’État affranchi des pressions sectorielles, c’est par l’inféodation des employeurs et des élus aux estimations des investisseurs qu’elle a mis fin à la démocratisation des institutions libérales.

    Les nouveaux ressorts du capitalisme

    La levée des restrictions à la circulation des capitaux et au développement de l’ingénierie financière n’a pas tardé à modifier les orientations de la gouvernance entrepreneuriale et des politiques gouvernementales : la valeur actionnariale s’est imposée comme l’unique boussole des firmes, tandis que la confiance accordée à leur dette par les marchés obligataires est devenue la préoccupation majeure des gouvernements. Car une fois libres de déplacer et de générer des liquidités à leur guise, les bailleurs de fonds sont en mesure de dicter leurs préférences : ainsi peuvent-ils enjoindre aux chefs d’entreprise de configurer la masse salariale en fonction de priorités telles que la distribution généreuse de dividendes ou le rachat d’actions sur le marché secondaire, mais aussi persuader les dirigeants nationaux de préserver l’attractivité de leur territoire grâce à une fiscalité compétitive, des budgets sociaux allégés et le souci de faire passer le paiement du service de leur dette avant toute autre dépense.

    Dévastatrice pour l’ensemble des luttes contre les inégalités, l’hégémonie de la finance mondialisée ne se résume cependant pas à un simple retour en arrière, soit à la reconstitution d’une condition libérale repliée sur la poursuite des intérêts individuels et la reconnaissance des droits qui assurent leur concurrence. Les habitants du monde régi par les arbitrages des investisseurs offrent en effet un profil bien différent de celui du propriétaire naturellement disposé à profiter de la cession des marchandises en sa possession et juridiquement habilité à négocier les termes des transactions auxquelles il s’adonne.

    À l’image des personnes morales, entreprises ou États, dont la conduite est guidée par le cours de leurs titres financiers, les personnes physiques affectées par le nouveau régime d’accumulation du capital s’apparentent à des porteurs de projets en quête d’appréciation. Davantage que le profit généré par leurs échanges, leur souci principal est le crédit que leur accordent les recruteurs, les prêteurs, les sponsors et, depuis une décennie, les « amis » et autres « suiveurs » récoltés sur la toile. Quant à leur activité première, elle ne réside pas dans la négociation du prix des marchandises dont elles font commerce mais plutôt dans la spéculation sur la valeur des ressources qui composent leur portefeuille : patrimoine, diplômes, talents, relations, vertus, mais aussi marqueurs identitaires tels que la nationalité, les origines, le code postal, la couleur de la peau, le sexe biologique et l’orientation sexuelle.

    L’émergence d’une telle condition est évidemment indissociable des règles de « bonne gouvernance » auxquelles se plient les entreprises privées et les administrations publiques. Obsédés par le « coût du travail », dont leurs actionnaires exigent sans cesse la réduction, les employeurs cherchent moins leur compétitivité dans l’exploitation des travailleurs salariés, même si celle-ci ne diminue aucunement, que dans le contournement du salariat : multiplication des contrats courts, des intérims et des stages, recours généralisé à la sous-traitance, voire substitution de l’achat de tâches et du partenariat commercial aux emplois proprement dits, mais aussi croissance de la part des revenus variables – des stock-options aux primes de rendement – au détriment du salaire fixe.

    Tandis que l’excellence managériale se manifeste dans la flexibilisation continue des conditions d’embauche, de rémunération et de licenciement, la rationalité gouvernementale porte, pour sa part, avant tout sur l’entretien d’une attractivité financière qui passe sinon par la suppression des droits sociaux du moins par de sévères coupes dans les budgets affectés à leur exercice et le durcissement des critères permettant d’en bénéficier.

    La précarisation des vies affectées par cette double évolution entraîne bientôt une modification substantielle des horizons d’attente. Confrontés à la pénurie des emplois stables, à la part décroissante des salaires garantis et au rétrécissement de la couverture sociale des risques, les individus dont le capital humain est la principale ressource se retrouvent dans l’obligation de le faire valoir sans cesse : qu’ils postulent pour des recrutements temporaires, des prêts renouvelables ou des financements sur projet, il leur faut mettre en avant leurs compétences, leur expérience, leurs réseaux de connaissances, mais aussi leur dévouement et leur disponibilité sans faille.

    La course au crédit, moral autant que financier, des spéculateurs sur leurs propres atouts débute lors de la dernière décennie du siècle dernier. Les partisans de la « troisième voie », qui lui donnent son impulsion initiale, l’associent alors aux mots d’ordre de la « mondialisation heureuse » que sont l’égalité des chances – plus encore que celle des droits – et la liberté de cultiver ses différences – plus encore que celle de défendre ses intérêts. La quête d’appréciation se poursuivra ensuite, en dépit de la crise financière, et intègrera bientôt de nouvelles sources, concurremment puisées dans le développement du numérique et la résurgence des nationalismes.

    D’une part, grâce à l’essor des plateformes de « partage », l’emprise du capital « réputationnel » va non seulement s’étendre à la vie sociale mais aussi hâter l’effacement des frontières entre les différents compartiments de l’existence – tant il est vrai que la renommée glanée en ligne brouille les distinctions entre le public et le privé, l’intime et le professionnel. D’autre part, les courtiers en redressement national auront beau afficher leur aversion pour le mondialisme de l’après-guerre froide, leur offre politique ne se résume pas moins à une promesse de revalorisation d’actifs tels que les souches, la pigmentation et les parures traditionnelles de la différence des sexes.

    Sans doute ne saurait-on affirmer que le porteur de titres appréciables a supplanté le propriétaire de marchandises négociables. La relation entre ces deux formations subjectives relève bien davantage de la superposition que de la substitution. Reste que si l’attention croissante que les individus prêtent à l’entretien de leur crédit ne suffit pas à leur faire oublier leurs intérêts et leurs droits, il n’est guère contestable qu’elle tend à les dissuader de se mobiliser pour les défendre. Or c’est précisément dans ce contexte défavorable aux luttes contre l’exploitation et les discriminations qu’apparaissent des mouvements sociaux d’un type nouveau, dont la préoccupation majeure est la valorisation du capital humain.

    Michel Feher
    Philosophe, Fondateur de Zone Books

    #BlackLivesMatter #Ni_Una_Menos #Michel_Feher #comite_adama #capitalisme_financiarisé #metoo

  • La vie politique du capital humain – Luttes du troisième type (2/2), Michel Feher
    https://justpaste.it/9ffka

    Revers de l’aspiration à se faire apprécier, le discrédit – davantage encore que l’exploitation et les discriminations – est la malédiction qui hante les assujettis au capitalisme financiarisé. Pour le contester, de nouveaux mouvements sociaux apparaissent qui n’hésitent pas à jouer le jeu de la spéculation : l’indexation de la dignité d’une personne sur l’appréciation de son capital humain leur apparaît moins comme un mal à conjurer que comme un défi à relever.

    Pendant deux bons siècles, l’accumulation du capital industriel dans les pays développés s’est conjointement nourrie de la marchandisation du travail constitutive du salariat et des différenciations que le genre et la race introduisent dans l’application des règles de droit. Si ces deux modes d’extraction de la plus-value demeurent d’actualité, le capitalisme financiarisé tel qu’il sévit aujourd’hui en privilégie un troisième, dans la mesure où le faible taux de croissance économique dont il peut se prévaloir procède avant tout de la prolifération et de l’appréciation des titres financiers. C’est en effet d’une titrisation généralisée des ressources naturelles mais aussi humaines que les investisseurs escomptent le maintien de leur prospérité.

    Envisager une personne comme un capital ouvert à la spéculation revient à assumer que, loin d’être inestimable, sa valeur dépend du cours des actifs qui composent son portefeuille. Parce qu’un tel système de notation n’offre rien moins qu’une manière de mesurer l’importance relative de chacun, sa mise en œuvre inflige un tort distinct de l’exploitation et des discriminations générées et légitimées par la condition libérale. Plus que la captation de ce que Marx appelle le surtravail – par les biais du contrat salarial mais aussi de l’extorsion sans contrepartie du labeur des femmes et des colonisés – elle favorise le désinvestissement des vies mal notées. En tant que revers de l’aspiration à se faire apprécier, le discrédit est donc bien la malédiction qui hante les assujettis au capitalisme financiarisé : quiconque se montre incapable de susciter un minimum de confiance dans les composantes de son portefeuille risque en effet de tomber sous le seuil de visibilité requise pour revendiquer ses droits et poursuivre librement ses intérêts.

    La peur de venir grossir les rangs des discrédités – ou, pour le dire comme Achille Mbembe, des « inexploitables » – permet sans doute aux employeurs d’inciter celles et ceux qui l’éprouvent à gager leur employabilité sur des dispositions appréciables telles que la disponibilité et la flexibilité. Reste que la précarité générée par la valorisation de ces deux vertus place aussitôt les gouvernants devant un redoutable dilemme : tributaires de l’attractivité de leur territoire aux yeux de leurs créanciers, il leur faut certes conjurer la détérioration de leurs comptes en sabrant dans les budgets sociaux mais tout en veillant à ne pas offrir le spectacle d’une population rendue potentiellement séditieuse par la négligence des édiles.

    Si les pouvoirs publics s’acquittent de leur obligation de responsabilité financière en durcissant sans cesse les conditions d’accès à leurs services, c’est avant tout en masquant les effets de leur sélectivité croissante qu’ils s’appliquent à projeter une image de paix sociale. Autrement dit, leur principal souci est de dissimuler les populations les plus affectées par leurs désinvestissements. D’aucuns vont donc être soustraits aux regards – tels les migrants enfermés dans des centres de rétention ou livrés à la noyade – tandis que d’autres seront seulement effacés des registres – tels les demandeurs d’emplois radiés ou encouragés à interrompre leurs efforts.

    [...]

    L’antiracisme et le féminisme ne sont pas les seuls terrains où la conjuration du discrédit passe par la spéculation. Celle-ci se retrouve également dans la mise en avant de la jeunesse de leurs membres par des mouvements tels que Fridays for Future, Sunrise et Extinction Rebellion Youth : car au-delà des propositions précises qu’elles ne manquent pas de formuler, sur la transition énergétique comme sur le maintien de la biodiversité, ces nouvelles associations écologistes attendent avant tout des gouvernements que leur action pour la justice climatique soit à la mesure de la valeur que les parents accordent à l’avenir de leurs enfants. Figure emblématique de cette attente, Greta Thunberg joue à elle seule le rôle d’une véritable agence de notation : son visage opère en effet comme un écran où l’engagement des responsables politiques en faveur de sa génération peut être jaugé à l’aune de leurs réactions à son impassible obstination.

    #capitalisme_financiarisé #évalutation #Act_Up #BlackLivesMatter #Ni_Una_Menos #MeToo #écologie #Michel_Feher

  • Economie politique : après l’hibernation

    La crise du Covid est une gigantesque déflagration dont les effets seront durables. Tout le monde comprend maintenant qu’il n’y aura donc pas de retour à la normale. On pourrait en tirer la conclusion optimiste que la crise va ouvrir des « jours meilleurs ». Mais un point de vue plus réaliste est que le capitalisme, en tant que système, va faire de la résistance et même chercher à mettre à profit la crise pour renforcer sa suprématie.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/08/economie-politique-apres-lhibernation

    #économie #capitalisme

  • Reclaim the Streets
    http://carfree.fr/index.php/2021/02/08/reclaim-the-streets

    Reclaim the Streets, également connu sous le nom de RTS, est un collectif qui partage un idéal de propriété communautaire des espaces publics. Les participants caractérisent le collectif comme un Lire la suite...

    #Alternatives_à_la_voiture #Fin_de_l'automobile #Marche_à_pied #Transports_publics #Vélo #actions #angleterre #capitalisme #critique #espace_public #histoire #Québec

  • Quand les critiques du marché financier deviennent des spéculateurs. Fonds spéculatifs, GameStop et les petits investisseurs du Reddit : Une belle aubaine pour Blackrock, par Tomasz Konicz
    http://www.palim-psao.fr/2021/02/fonds-speculatifs-gamestop-et-les-petits-investisseurs-du-reddit-la-grand

    Retour sur la misère de la critique tronquée du capitalisme à travers l’exemple de la spéculation récente en essaim sur les actions de Gamestop.

    #Tomasz_Konicz #Gamestop #spéculation #Wall_Street #Blackrock #finance #capitalisme #critique_de_la_valeur

  • Analyser le capitalisme pour construire un programme de transformation sociale

    Le débat dans le mouvement ouvrier, théorique et pratique, semble tari, asséché. La conversion du Parti Socialiste aux dogmes de l’économie néoclassique commencée par François Mitterrand est achevée par François Hollande. La traduction se trouvait dans l’adoption d’une politique d’inspiration néo-libérale, avec sa dimension de remise en cause des libertés démocratiques. L’espoir de changement était enterré, la gauche aussi.

    Note sur : Alain Bihr, Michel Husson : Thomas Picketty, une critique illusoire du capital

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/05/analyser-le-capitalisme-pour-construire-un-programme-de

    #capitalisme

  • Texte sur le monde tel qu’il est : pleins de flics, autoritaire et capitaliste. Comme avant la pandémie, avec toujours ces utilisations spectaculaires de la peur. Où il importe de ne pas se laisser dépasser par les « crises ».

    Il n’est pas encore interdit d’être heureux par Maud Assila
    https://blogs.mediapart.fr/maud-assila/blog/010221/crise-sanitaire-il-nest-pas-encore-interdit-detre-heureux

    « Non. Ce n’était pas mieux hier. Et donc alors non plus : ce n’est pas pire aujourd’hui. Cette possibilité en tout cas doit être considérée. C’est une hypothèse à ne pas balayer d’un revers de main. Allons au bout : nous ne subissons pas un changement ni ne vivons aucun tournant. Il n’y a eu aucun basculement. Il n’est peut-être même pas pertinent de parler de degré supplémentaire ou de palier. La situation que nous connaissons est en réalité une variation, redisons-le, sur un même thème. Et ce thème il faut donc l’identifier. Plus que jamais il faut le nommer, de nouveau et sans relâche, parce que sa réalité semble toujours menacée d’être étouffée sous le poids des détournements linguistiques et de la communication politique. Ce thème, la véritable matrice de nos contraintes, c’est l’organisation sociale imposée par l’État. »

    #capitalisme #peur #liredeslivres

  • Joe Biden’s Friends and Backers Come Out on Top—at the Expense of the Middle Class | The Nation
    https://www.thenation.com/article/archive/biden-delaware-way-graft

    NOVEMBER 7, 2019, by Joseph N. DiStefano- That’s the “Delaware Way.”

    Delaware is a small place. Two days after statewide elections, the winners and losers pair up in horse-drawn carriages and rattle through Georgetown (population 7,427) to literally bury a ceremonial hatchet. School bands play. The crowd chews ox roast sandwiches.

    It’s a ritual expression of what locals call the Delaware Way, a bipartisan contrast to angry national politics. The Delaware Way can be useful for elected officials—and their friends in business. And family. There’s an axiom often repeated in his Senate years by Joe Biden’s staff: “Joe says that when someone helps his family, it’s just like helping Joe,” recited Sam Waltz, a Wilmington business consultant who covered Biden’s first Senate reelection campaign as a young reporter.

    Soon after Biden was first elected in 1972, banks from three states lined up to finance his brother James Biden’s new disco in suburban Wilmington. When the club defaulted, Joe Biden blamed the banks for exploiting his 23-year-old sibling and for pressing his office to get their money back. (They didn’t.) Despite this, over the years, many Biden-related projects have proved irresistible to local, national, and lately, Chinese businesspeople.
    Joe Biden often talks about his father’s difficult career selling used cars. John Hynansky, the son of Ukrainian World War II refugees, had better luck: He built the Delaware-based car dealership Winner Auto Group. State and federal records show Hynansky, his wife, and his children have donated more than $230,000 to US political campaigns since the 1980s, including at least $49,000 to Biden.

    At a Ford executive’s suggestion, in 1994, Hynansky opened an auto import office in the newly independent Ukraine. Five years later, he opened Winner Ford Kyiv. He later added Volvo, Jaguar, Land Rover, Porsche, and what Bentley called “its biggest exclusive dealership in Europe.”

    In 2008, a month before Biden was elected vice president, Hynansky made his biggest political donation: $28,500 to the Democratic National Committee. The next summer, Biden told a roomful of Ukrainian leaders in Kyiv, “My very good friend John Hynansky, a very prominent businessman from Delaware, is here.” That fall, Winner won its first US Overseas Private Investment Corporation (OPIC) loan, in the amount of $2.5 million.
    A federal agency, OPIC had actually halted lending to Ukraine in 1999 over a disputed insurance claim. The Winner deal helped kick off a round of approvals. Three years later, OPIC boosted the loan to $20 million, so Hynansky could build Winner Autocity in Kyiv. In backing him, OPIC was funding jobs—not in the United States but for Ukrainian salespeople to move cars made mostly in Germany, Sweden, and Britain. By 2011, Hynansky’s firm was selling 20 percent of the premium cars in Ukraine.

    Hynansky has bet not just on Biden but also on members of his inner circle. In 2015, Biden’s former chief of staff Dennis Toner was a leading promoter of the Delaware Board of Trade (DBOT), a digital penny-stock market started after Barack Obama signed a securities deregulation law. Failing to raise money on Wall Street, the group persuaded Tom Gordon, then head of the county government where Biden held his first elected office, to lend DBOT $3 million. Hynansky then joined Toner, a United Arab Emirates sheikh, and a Republican state representative as investors.

    Also that year, according to Florida property records, Hynansky lent $500,000 to James Biden, secured by the latter’s $2.5 million home on Keewaydin Island off Florida’s Gulf Coast. Biden had landed an executive position at HillStone, a subsidiary of the construction project manager Hill International, which later got a contract to build modular housing in Iraq. Hill chief executive Irvin Richter, convicted of embezzlement in New Jersey 40 years earlier, told Fox Business that the Biden name “helps him get in the door”—and that he would have put Obama on the board if he could have. Alas, the Iraq deal fell apart.

    On Keewaydin, the Bidens added a solar power system, ran up an IRS lien for $589,000, and sought to flip the property for almost $6 million. After it was swamped by Hurricane Irma in 2017, they sold the home to a group that included a Pennsylvania car dealer for just $1.35 million. Hynansky released his mortgage.

    By that time, Delaware’s cozy business-political relations had suffered a scare. After a property dispute between Hynansky and developer Christopher Tigani, the ensuing litigation exposed records of Tigani illegally funneling over-the-limit contributions through his low-level employees to then-Senator Joe Biden; his elder son Beau Biden, then Delaware’s attorney general; and others from both parties. In 2011, Tigani pleaded guilty to campaign finance violations and was sentenced to two years in prison. Assistant US Attorney Robert Kravetz blamed the Delaware Way, which he defined as politicians doing favors for well-connected business owners in exchange for contributions after the fact.

    Since he was potentially implicated, Beau Biden recused himself and appointed E. Norman Veasey, a retired Delaware chief justice, to investigate. Veasey’s report cited the conviction of two more Delaware donors and noted that unnamed out-of-staters had also contributed large sums. He didn’t recommend prosecuting the out-of-state donors or the Delaware politicians, saying it wasn’t clear the latter knew these contributions were illegal. (Political reporter Celia Cohen later identified one potential donor as Miami developer Michael Adler, who chaired Joe Biden’s brief 2008 presidential campaign.)

    I visited Veasey the day he released the report, noting that he’d done a lot of work before deciding not to recommend prosecuting any politicians. I asked him why he was still working on a project like this, in his 80s. He looked me in the eye and told me he was helping put his grandchildren through school.

    The Delaware Way looks a lot like what Gilded Age Tammany Hall politicians used to call legal graft. Following the Supreme Court’s 2016 decision in McDonnell vs. United States, which made it tougher to prosecute politicians for taking gifts unless they resulted in “official acts” like legislation or administrative decisions, such arrangements may actually be legal. And given the Trump family’s penchant for mixing personal and official business, it’s tempting to dismiss the Biden clan’s affairs as no crime, no foul. But Biden’s friends and backers have won victories that cost the middle-class Americans he claims to champion dearly.

    Democrats controlled both the presidency and Congress in the late 1970s, when a combination of high inflation and low profits fueled a corporate push to ease federal regulation. Biden worked hard on the 1978 bankruptcy reform bill that first limited recent graduates from claiming bankruptcy protection, and he served on the banking committee that produced the Financial Institutions Regulatory and Interest Rate Control Act of 1978, which stopped states from capping interest charges by out-of-state banks. The Supreme Court’s Marquette v. First of Omaha ruling that year cemented the banks’ freedom to export high interest rates to places that had tried to limit usury.

    Biden’s bank-friendly approach came at a key time. Guided by lawyers from New York, Delaware would soon pass the Financial Center Development Act, cutting bank taxes and ending rate restrictions. Within a few years, many of the biggest banks in at least 10 of the 12 Federal Reserve districts moved their credit card arms to Delaware. The largest, MBNA Corporation, was spun off from Maryland National Bank by chairman Alfred Lerner, whose friend Ace Greenberg, chairman of the now defunct Bear Stearns, issued credit-card-backed bonds, rocket-fueling new loans.

    MBNA offered accounts to people on mailing lists it bought from colleges and professional organizations, eventually passing DuPont to become Delaware’s largest for-profit employer. MBNA executives contributed over $212,000 to Biden’s Senate campaigns, though CEO Charles Cawley and all but two of his 28 top executives were Republicans and gave even more to the national GOP.

    In 1996, Biden’s cozy relationship with the banks was used against him. A Republican challenger for his Senate seat complained that MBNA’s No. 3 executive, John R. Cochran, had bought Biden’s Greenville house for the full $1.2 million list price, despite a weak housing market. MBNA stuck with Biden; even after Wilmington’s News Journal published an internal MBNA letter coordinating employee donations to him, he won reelection easily.

    MBNA then hired his son Hunter Biden, fresh out of Yale Law School, as a management trainee. (He stuck out among the mostly state and Catholic college alumni who worked at the bank.) The New York Times reported that when Hunter Biden left in 2000 for Washington, DC, and a new lobbying firm, Oldaker, Biden & Belair, MBNA kept him on a $100,000 annual retainer—not to lobby his father, he said, but for advice on “Internet and privacy law.”

    With US credit card debt doubling every five years, defaults and bankruptcies rose, too. Joe Biden joined the Republican lawmakers pushing new bankruptcy reforms that would make it tougher for individuals to write off a range of consumer loans. Elizabeth Warren, then a bankruptcy expert at Harvard Law School, warned Biden as early as 2002 that his support for the banks at consumers’ expense and his opposition to easing bankruptcy protections for medical and student debt endangered his presidential aspirations.

    Via e-mail, longtime Sallie Mae chief executive Al Lord recalls Biden’s pro-bank approach as “180 degrees opposite E. Warren’s.” When Warren urged a provision to stop banks from filing suit against debtors in Delaware’s bank-friendly courts and instead make them sue where their customers lived, Biden warned he would kill any bill that hurt Delaware’s legal businesses. His mostly Republican coalition passed a stricter bankruptcy reform act in 2005. In 2011, with Biden as vice president, Sallie Mae moved its headquarters to Delaware.

    Biden and his staff claim he stood in the middle, forcing lenders to add protections for low-wage workers and single moms. But if he won that battle, America lost the war. Researchers like Wenli Li of the Federal Reserve Bank of Philadelphia blame the loss of bankruptcy protections for the sharp rise in home defaults and foreclosures that sparked the Great Recession.

    The controversy got personal in 2011, when Beau Biden, as Delaware’s attorney general, sided with his New York counterpart, Eric Schneiderman, in calling for a probe of mortgage lenders that had fooled borrowers and investors. “Before any broad immunity is granted, the American people deserve an investigation,” he insisted.

    But Delaware Governor Jack Markell gave cover to the bankers and their allies, including Joe Biden. Writing to the National Association of Attorneys General, Markell lamented the hard-line states’ “scattershot approach,” blaming them for scaring banks into “an economic climate that has left millions of Americans” jobless. Only “a strong and vibrant financial services industry” relieved from prosecution would “get our nation’s economy moving again.”

    Nonsense, Beau Biden fired back. “My job is to protect homeowners, investors and all Delawareans” from “the abuses of the mortgage industry that created this economic crisis,” he told me in an e-mail at the time.

    In 2014, Beau Biden announced that he would run for Markell’s job. But the next year he died of brain cancer, at age 46. Joe Biden later wrote that his son “had all the best of me, but with the bugs and flaws engineered out.”

    Biden had been vice president for less than a year when his son Hunter started an investment firm with Christopher Heinz, a stepson of Senator John Kerry, who had replaced Biden as head of the Foreign Relations Committee, and Devon Archer, an investor and Heinz’s classmate from Yale. They called their group Rosemont Seneca Partners.

    In 2012, Archer and Hunter Biden met with Jonathan Li, who ran Bohai Capital, an investment subsidiary of the China-based travel giant HNA Group. When Joe Biden visited China in 2013, Hunter Biden, who accompanied his father, introduced him to Li.

    Shortly after, Li and Rosemont Seneca announced a new venture, BHR (Shanghai) Equity Investment Fund Management Company. “B” was for Li’s Bohai, “H” for Harvest Fund Management, backed in part by the state-controlled China Credit Trust, and “R” for Rosemont Seneca plus the Thornton Group, headed by James Bulger, the son of the Massachusetts Senate’s longtime president (and the namesake of his mobster uncle, James “Whitey” Bulger). The investors paid $4.2 million for a stake in the firm, with the Chinese partners as the two largest shareholders, according to the South China Morning Post.

    BHR focused on “ultra-large-scale and internationally influential projects,” Li told a Chinese newspaper. He picked Archer’s group, he added, because of the partners’ “deep” ties to US politics—including Hunter Biden’s.

    George Mesires, Hunter Biden’s lawyer, wrote last month that Biden has “not received any return on his investment” despite putting up $420,000 for a 10 percent stake. “There have been no distributions to BHR shareholders” since he invested, Mesires added, promising that Biden would leave the fund’s board by the end of the month.

    A check of BHR’s investment list, a Financial Times review of its deals, and other news reports show the fund spread its state-owned parent companies’ capital deep into strategic global industries. Examples include:

    § Megvii (Face++), identified by FT as a “leading facial recognition company whose technology was linked to Beijing’s mass surveillance of Uighurs in Xinjiang.”

    § China General Nuclear, which was blacklisted in August 2019 by the US Commerce Department for “efforts to acquire advanced U.S. nuclear technology and material for diversion to military uses in China.”

    § Tenke Fungurume, a mine in the Democratic Republic of Congo, which is such a strategic source of copper and cobalt that the US mining giant Freeport-
McMoRan received $400 million from OPIC (the agency that financed Hynansky’s Kyiv showroom) in 2008 to develop it. But after upgrades, the company and its partners sold their stake to BHR, whose shares were later bought out by China’s state-controlled China Molybdenum.

    § Henniges Automotive, a Detroit-area maker of car parts that was purchased by BHR and a subsidiary of the Aviation Industry Corporation of China (AVIC), which makes Chinese military aircraft. The deal, valued at $600 million, was the largest AVIC purchase in Detroit since 2011, and it proceeded even though an AVIC affiliate had been added to a US government blacklist in 2014.

    When other Biden-related investments turned sour, Chinese investors were ready to help. In 2009, Joe Biden announced more than $500 million in Energy Department financing and $21.5 million from the state of Delaware for a California start-up, Fisker Automotive (which at the time was backed by future Biden donor John Doerr’s venture capital firm Kleiner Perkins), so it could manufacture electric cars at a factory 3,000 miles from its headquarters—and just five miles from Biden’s Greenville home. Addressing more than 1,000 laid-off GM employees at the plant site, Biden presented the funding as payback for years of autoworkers’ union support.

    ut the Delaware plant never opened. (It has since been leveled to make room for warehouses.) One blow was the 2012 bankruptcy of Fisker’s battery supplier, which was sold at auction to the Wanxiang Group of Shanghai in a deal that required approval from the Obama-Biden administration. Despite borrowing $300 million from the Energy Department, Fisker itself filed for bankruptcy the next year. Wanxiang bought the firm’s remaining assets.

    US-based companies with ties to China also took over DBOT, the fledgling penny-stock exchange whose backers include Hynansky and former Biden staff chief Toner. Over the past year, Ideanomics (which owns China Broadband Limited and the Chinese pay-per-view service You on Demand—and was previously known as Seven Stars Cloud Group) acquired DBOT in a share swap.

    Ideanomics is a project of Bruno Wu, an entertainment mogul The New York Times once called China’s Rupert Murdoch. His wife and investing partner, Yang Lan, has been dubbed the Oprah Winfrey of China for her government-backed TV show, with guests like Bill Clinton, Elon Musk, and Henry Kissinger. In 2014, one of the couple’s companies, Sun Media, announced a Hollywood investment partnership with Shanghai’s Harvest Fund Management, the “H” in BHR Partners.

    In addition to DBOT, Ideanomics invested in a state-backed redevelopment plan for West Hartford, Connecticut. Ideanomics vice chairman Shane McMahon is the son and business partner of pro-wrestling moguls (and longtime Donald Trump backers) Vince and Linda McMahon. Trump made Linda McMahon his Small Business Administration chief, but she quit this spring to head his reelection super PAC America First Action.

    Though Ideanomics’ share price has fallen since the DBOT deal, company spokesman Tony Sklar said it will zoom if the exchange can get its latest plans approved in Washington. He added that Hynansky, now an Ideanomics shareholder, “is a super, super fellow,” Shane McMahon “is a super, super guy,” and business is looking up.

    Progressive Democrats who think 2020 is their year won’t soon forget Biden’s long fight for the banks and credit card companies against credit card and student debt relief. China hawks will keep pointing to how Chinese investors always seem ready to buy troubled investments from Biden allies.

    President Trump’s conflicts may be bigger and bolder and more likely to spark criminal charges or even corrupt US policy. But is this really the best Democrats can do: to point out that Trump is worse? They tried that in 2016—and it didn’t end well.

    #USA #capitalisme

  • The Response to the GameStop Fiasco Shows It’s Still Wall Street’s Economy
    https://jacobinmag.com/2021/01/gamestop-wall-street-free-market-finance

    There are two versions of neoliberalism. In the one we’re told exists, the government is kept small and its role in the market kept to a minimum, allowing the beauty of capitalism’s “creative destruction” to flower and sort the winners from the losers, spur invention and innovation, and create the most rational of outcomes for all of society.

    In the one that actually exists — a political project of the business elite to keep workers weak and keep more of the economy’s spoils to themselves — the economy is deliberately shaped so as to best serve those elite interests. Sometimes that means a free market allowed to run free, and sometimes that means taking a strong hand to control it: whatever leaves the big guys with the fattest wallets at the end of the day.

    We’re seeing this in action right now in the GameStop saga, where a group of Wall Street–trading Redditors this week created chaos in the stock market by artificially pumping up the share value of the struggling gaming retailer, at a time when many on Wall Street were betting it would drop. They’ve since done the same to other stocks, such as theater chain AMC and retailer Bed, Bath & Beyond. Such absurdity is par for the course in a stock market that’s more a bankers’ casino than an actual reflection of the economy, as we saw most dramatically in the record share values of 2020, which came with near-record levels of death and hunger.

    But because this time it’s Wall Street that has been left holding the bag, due to foiled short bets, panic has set in among the financial establishment. With major hedge funds and others swiftly losing more than $5 billion (now up to $70 billion), there was nothing else to do: the free market had to be curtailed to protect the titans of finance.

    #capitalisme #bourse #spéculation #nantis #new_economy

  • Déclaration de la Cinquième Assemblée conjointe
    du Congrès national indigène et du Conseil indigène de gouvernement

    CNI

    https://lavoiedujaguar.net/Declaration-de-la-Cinquieme-Assemblee-conjointe-du-Congres-national-

    Frères et sœurs du monde entier, nous vous saluons, nous qui conformons le Congrès national indigène. Nous sommes des peuples et des communautés qui habitaient déjà nos terres et nos territoires avant l’imposition de ce qu’on appelle l’État mexicain, nous avons non seulement notre propre langue et notre façon de nous habiller, mais aussi une forme de gouvernement, une façon de voir, de comprendre et de vivre le monde différente de celle du monde capitaliste, qui voit tout comme une marchandise. Nous sommes des peuples qui aiment la terre, les montagnes, les eaux, les collines, les oiseaux et tous les êtres vivants qui habitent notre mère la terre. Pour nous la vie est sacrée, nous la vénérons. Au cours des ans, les donneurs d’ordres, ceux qui ont pour but de dominer et d’exploiter, ont voulu en finir avec nous, détruire notre culture et notre territoire. Nous sommes une histoire de dépossession, de résistance et de rébellion, et aujourd’hui, après plus de cinq cents ans de conquête et de guerre, nous sommes en danger d’extinction, avec le monde entier.

    Frères et sœurs zapatistes, frères et sœurs aîné·e·s, comme toujours vos paroles et vos initiatives créent une lumière d’espoir et un chemin pour nos peuples. Les mégaprojets, les sociétés transnationales, le crime organisé en coordination avec le gouvernement nous envahissent toujours plus pour exploiter et détruire notre territoire, pour détruire la vie. Les paroles mensongères de López Obrador et sa soi-disant Quatrième Transformation cherchent à créer un mur qui cache la guerre qui fait rage contre les peuples (...)

    #Mexique #peuples_originaires #résistance #mégaprojets #zapatistes #capitalisme #assemblée #accords

  • Contre le virus capitaliste et sa société désolante

    Nedjib Sidi Moussa

    https://lavoiedujaguar.net/Contre-le-virus-capitaliste-et-sa-societe-desolante

    Les gardiens de l’ordre capitaliste martèlent à l’unisson qu’« il y aura un avant et un après cette épidémie ». Or, rien ne garantit un futur préférable à la situation qui prévalait pour la majorité de la population laborieuse avant l’apparition du Covid-19.

    La crise multidimensionnelle dans laquelle nous ont plongés les irresponsables gouvernementaux rappelle, s’il en était encore besoin, que la bourgeoisie et son État ne se contentent pas de reprendre d’une main ce qu’ils prétendent donner de l’autre.

    « Quoi qu’il en coûte », le pouvoir cherche en effet à protéger les intérêts des patrons au détriment de la santé des exploités. « Nous sommes en guerre », certes. Sauf que le conflit ne se cantonne pas au domaine sanitaire : il est éminemment politique et social.

    Quand, avec un cynisme certain, une porte-parole salue les salariés qui vont travailler « la boule au ventre », il s’agit surtout de refuser l’exercice du droit de retrait pour ceux dont les employeurs feraient respecter les fumeuses « mesures barrières ». (...)

    #capitalisme #virus #exploitation #bourgeoisie #État #Thanatos

  • La valeur d’une vie

    Bientôt les pauvres n’auront plus le droit de parler, les vieux de vivre et les jeunes de chanter. Une alliance inédite entre la science, la rationalité économique et le néolibéralisme autoritaire prépare des monstres que nous ne soupçonnons pas. Cette alliance nous accommode au pire, dont le renoncement aux valeurs et principes qui fondent le vivre ensemble et notre humanité.

    La gestion politique de la #crise_sanitaire est une machine à discriminer. Elle élève au carré les #inégalités sociales et économiques, de classe et de genre, et aujourd’hui les inégalités devant le #droit_à_la_santé et à la vie. Ces inégalités étaient insupportables avant la pandémie. Elles sont aujourd’hui la cause d’un effondrement social, économique et tout simplement moral. Si des études sérieuses (voir celle de l’INSEE ici) montrent que le virus « creuse les inégalités », ce sont avant tout les politiques néolibérales qui causent en priorité la mort des personnes âgées et des plus pauvres, l’exposition et la fragilisation des ouvriers, quand les classes sociales les plus favorisées traversent la pandémie avec infiniment moins de risque.

    Les choix politiques du gouvernement en matière de gestion de la crise sont passés successivement du mensonge d’Etat aux errements criminels, des errements à la bureaucratisation inefficace, de la bureaucratisation à la rationalisation impuissante, et désormais de la rationalisation au contrôle des corps. Cette dernière étape nous fait entrer dans la plus vertigineuse des dystopies. Des hommes politiques et des médecins ont pu concevoir d’interdire la parole dans les transports en commun. Alors que l’impératif sanitaire de la distance (physique et sociale) crée des pathologies de masse, il faudrait encore que les pauvres et le jeunes s’imposent le silence dans les transports en commun. Pourquoi donc l’Etat n’a-t-il pas pris depuis mars 2020 les dispositions qui auraient permis à chaque personne qui prend un bus, un tram ou un métro de bénéficier gratuitement d’un masque FFP2 ? Au lieu de cela on interdit aux plus défavorisés et aux jeunes de porter leur masque artisanal, sans prévoir une campagne et des moyens de protection pour quelques millions de personnes. Le problème n’est pas que l’Etat néolibéral de Macron et Castex serait maladroit, commettrait des erreurs à répétition, improviserait et jonglerait dans les difficultés de gestion d’une crise effroyable – même si ce peut être le cas -, le problème est qu’ils assomment systématiquement les pauvres, les jeunes et les vieux. Ce qui est effroyable, ce n’est pas le virus en lui-même, c’est le capitalisme qui le gère et en développe les conséquences. Parmi celles-ci, il en est une qui doit nous alarmer. La remise en cause du droit à la vie.

    Depuis le début de cette pandémie chaque jour qui passe accroît notre tolérance à l’insupportable. L’insupportable m’a été donné à entendre dans la bouche d’un Chef de service de l’Hôpital Bichat qui s’exprimait au journal de 13h de France-Inter ce dimanche 24 janvier 2021. On peut l’entendre ici, à 12mn et 40 secondes. Les propos de ce médecin ont créé en moi un choc. Un choc d’une grande violence. Ce choc a été provoqué par la rencontre entre la mémoire, l’historicité et la culture d’un côté, et de l’autre une parole médicale, autorisée et publique appelant à choisir la mort de nos aîné.es - et associant ce choix à un « courage » politique. Voici la transcription exacte des propos tenus par ce médecin, qui évoque des alternatives à un reconfinement général :

    « Soit faire des confinements sur des populations extrêmement à risque, soit admettre que ce qu’on vit après 80 ans c’est du bonus.

    Est-ce qu’aujourd’hui est-ce qu’on peut encore s’autoriser ces bonus ?

    Je pense qu’il faut prioriser les jeunes générations, les forces actives de la société, les PME.
    Je pense qu’il faut qu’on fasse des choix qui sont difficiles. » Il parle d’une « vision globale du courage. »

    Il convient de bien comprendre la portée de ces propos. Une portée incalculable et qui échappe certainement, du moins en partie, à celui qui les tient.

    Tout d’abord le médecin use d’un lexique de gestionnaire et fait entrer la question de la valeur d’une vie dans une rationalité comptable : le « bonus », les « forces actives », « s’autoriser » et « les PME ». C’est ici le point de vue d’un gestionnaire du vivant, à savoir très exactement ce qu’ont produit vingt années de massacre managérial et de rationalisation comptable dans les hôpitaux publics.

    Ensuite le médecin, qui est un très bon communiquant – comme tout excellent gestionnaire –, prend soin de surfer sur l’opposition au confinement, le soutien à la jeunesse et à l’économie pour nous arracher un consentement (« admettre ») au moyen d’une question rhétorique (« est-ce qu’on peut encore s’autoriser »), mais jamais au moyen d’un raisonnement ou une démonstration. Car il faudrait demander à ce Chef de service comment il explique que la fin du bonus des plus de 80 ans aiderait en quoi que ce soit à sauver la jeunesse. Quel est son raisonnement ? Pourquoi prioriser les jeunes générations devrait-il conduire à sacrifier nos aîné.es ? Le souci de tous n’exige-t-il pas de travailler au bien de la jeunesse comme à celui des aîné.es ? L’imposition d’un choix, soumis à un impératif totalement subjectif et irrationnel (« il faut », « il faut ») ne serait-il pas ici un moyen de résoudre la situation proprement tragique des personnels hospitaliers et des médecins en première ligne : diminuer la charge sur les hôpitaux par un consentement à laisser mourir les aîné.es dans les Ehpad ou à leur domicile, ce qui s’est produit massivement lors deux premiers confinements ? Le discours est ici celui d’un accommodement avec le pire. La banalisation de la transgression de tous les codes de déontologie et des éthiques médicales est en route. J’invite qui n’aurait pas en mémoire le Serment d’Hippocrate à le relire où à en prendre connaissance : https://www.conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-dhippocrate . Vous pourrez aisément lister les principes sur lesquels le médecins’assoit. Et les articles du Code de déontologiequ’il appelle à transgresser.

    Enfin il faut vraiment être attentif à ceci que le médecin ne parle pas ici de la question très sensible du choix que font collectivement des équipes médicales confrontées à l’impossibilité de prendre en charge tous les patients. Choix codifié par des règles précises. Il nous parle de tout autre chose : d’un choix à faire pour la société, un choix politique et social, « difficile » et « courageux », une « vision globale ». On se dit alors que cet homme est prêt à entrer en politique ou bien au CA de SANOFI. Car, le médecin, comme bien de ses collègues arpentant les radios et les plateaux de télévision, sort non seulement de la morale, de l’éthique médicale, de la déontologie, mais il sort aussi tout simplement de sa profession (ce qui est une faute), pour s’instituer en manager du politique. C’est ce à quoi on assiste massivement depuis bientôt un an : la fabrique de l’opinion et l’administration politique de la crise sanitaire par les nouveaux managers de la science et une classe très particulière de médecins-experts qui ne font pas honneur à une profession, laquelle est, avec tous les soignants, dans les plus grandes difficultés et qui paye un tribut considérable à cette pandémie.

    Ce déportement de la parole médicale vers le politique, au nom d’une expertise et de l’autorité scientifique, concerne directement la communauté de recherche et d’enseignement.. Allons-nous laisser les nouveaux managers de la science, au demeurant rigoureusement incultes, avilir toutes les règles de l’éthique médicale et de l’intégrité scientifique en les laissant proférer à longueur de journée, énormités, mensonges, contre-vérités, sophismes, paradoxes et dans le cas qui nous occupe une monstruosité absolue, laquelle parvient à rencontrer du crédit chez un nombre significatif de collègues et de citoyens, dont la raison aura certainement été mise à mal par les temps très durs que nous traversons ?

    Bien sûr ce médecin n’est pas le tout de l’Hôpital. Il ne le représente pas. Il n’est pas la vie vivante des soignants qui se battent pour sauver autrui, quel qu’il soit, sans aucune discrimination. Il n’est pas l’infirmière qui se prend le Covid parce qu’elle n’a pas de FFP2. Qui est donc ce médecin, qui est cet homme pour appeler à supprimer les « Èves octogénaires » de Baudelaire ? À en finir avec le bonus, la chance et le bonheur d’être vivant à 80 ans ? Et pourquoi pas 75 ? ou 85 ? ou 90 ? J’aimerais inviter ce médecin, non pas à lire « Les petites vieilles » de Baudelaire, mais simplement à ouvrir une histoire de l’art ou de la littérature (ou même de la science), et à rechercher les œuvres qui ont été créées par des artistes qui avaient plus de 80 ans. Je pourrais l’inviter à considérer les « bonus » de Pierre Soulages ou Bernard Noël. Et ce « bonus » incroyable du sourire de sa propre grand-mère.

    La question qu’il nous revient de nous poser aujourd’hui est double : accepte-t-on de laisser passer, une fois, deux fois, trois fois, le discours de ce médecin jusqu’à la banalisation du Mal, jusqu’à se complaire dans le plus abject des cynismes, au risque de sortir de l’humanité ? Et plus fondamentalement : quelle est la valeur d’une vie ? Quelle valeur accordons-nous à une vie humaine ? Spinoza exposait cette conception de la vie humaine dans son Traité politique : « … une vie humaine, qui n’est pas définie par la seule circulation du sang, et d’autres choses qui sont communes à tous les animaux, mais surtout par la raison, la vraie vertu et la vie de l’Esprit »*.

    Pascal Maillard

    *La traduction est de Henri Meschonnic dans Langage, histoire une même théorie, Verdier, 2012, p.78, chapitre 5. "L’humanité, c’est de penser libre". Ce chapitre est la reprise d’une communication faite au colloque Qu’est-ce que l’humanité organisé à Toulouse les 8-17 mars 2004.

    https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/260121/la-valeur-d-une-vie
    #droit_à_la_vie #coronavirus #covid-19 #pandémie #néolibéralisme #néo-libéralisme #contrôle_des_corps #discriminations #capitalisme #vieux #jeunes #choix #médecine #politique #éthique

  • L’artiste est mort, vive l’artiste ? Le Death Effect en question - Artmarketinsight - Artprice.com
    https://fr.artprice.com/artmarketinsight/le-death-effect-en-question

    Dans The Economics of American Art, Ekelund et Jackson ont testé leur hypothèse en examinant 6.118 résultats de ventes aux enchères de peintures créées par 17 artistes américains d’après-guerre décédés entre 1987 et 2013. Ils ont constaté une hausse régulière du prix de 6% par an en moyenne au cours des cinq années précédant le décès, suivie d’une baisse à peu près équivalente l’année de leur mort, soit une baisse de 26% en moyenne. Ensuite, les prix repartent généralement à la hausse. Ces calculs semblent se vérifier ailleurs dans le monde. Prenons par exemple les progressions de chiffres d’affaires d’artistes cotés au niveau international, de plus de 99 ans.

    SHINODA Toko est une artiste japonaise née en 1913. Son art est aux frontières de la calligraphie et de l’art abstrait. Il est intéressant de constater que, depuis 2015, malgré un nombre de lots vendus relativement stable, son chiffre d’affaires est en nette progression, culminant en 2020 avec ce record frappé à 81 250 $ en septembre dernier chez Christie’s. A près de 108 ans, l’artiste, qui n’a jamais cessé de peindre, continue de voir sa cote progresser.


    Comment cela se fait-il ? Dans le monde de l’art, la demande pour un artiste est influencée par de nombreux facteurs, comme la réception critique, les expositions ou encore les institutions qui possèdent ses œuvres. L’offre d’un autre côté, ne repose que sur un seul facteur : l’artiste (et ses marchands).

    L’offre ne dépendant que de l’artiste, cela fait de lui, économiquement parlant, un monopole. Rien ne peut être plus rassurant pour un collectionneur que de savoir que la mort d’un artiste peut être prochaine, il est alors sûr que l’offre deviendra, de fait, limitée. Cependant, selon Ekelund, Weiss et Jackson, cette anticipation est biaisée. Car un certain nombre d’autres critères peuvent affecter l’offre immédiatement après la mort : l’idée préconçue de l’augmentation des prix après la mort d’un artiste pourrait conduire des propriétaires à mettre beaucoup d’œuvres sur le marché à ce moment-là. Son galeriste ou son représentant pourrait annoncer plusieurs expositions et inonder le marché. Les héritiers ou ayant-droits pourraient vouloir organiser une vente d’atelier ayant le même effet. L’imprévisibilité de l’offre après décès rend tout simplement impossible la mesure d’un Death Effect.

    Il n’y a donc aucune assurance que la valeur d’une œuvre soit plus conséquente immédiatement après la mort de son créateur. Il existe trop de variables dans l’équation pour que le décès seul soit décisif. Il y a peut-être une chance que cette valeur augmente dans les 5 ans précédant la mort d’un artiste, mais là encore, les statistiques ne recouvrent pas toujours les réalités d’un marché qui aura toujours besoin de chefs-d’œuvre.

  • Lettre à Piero… d’ici et d’ailleurs

    Jacques Philipponneau

    https://lavoiedujaguar.net/Lettre-a-Piero-d-ici-et-d-ailleurs

    Mon cher Piero, je reprends cette lettre abandonnée depuis plus de deux mois car le naufrage a pris une tournure grandiose après ce torpillage viral inattendu, loin de la légèreté de mes derniers propos. On s’abstiendra du « je vous l’avais bien dit » si courant, puisque tant de voix l’avaient clamé de diverses manières et depuis si longtemps. Et l’on s’évitera ainsi l’odieux de la vanité prémonitoire devant les immenses souffrances qui ne font que commencer.

    Laissons aussi de côté ce que tout le monde croit savoir maintenant sur la responsabilité systémique d’un mode de production invasif dans l’origine et la diffusion fulgurante de ce virus ou sur l’incapacité générale des États à faire face à leurs Frankenstein, échappés d’une forêt ou d’un laboratoire : si vous avez aimé les virus tropicaux, vous adorerez ceux de la fonte du permafrost.

    Et c’est désormais tout un chacun sur cette planète qui vit ou meurt au croisement d’insondables mystères. Les insinuations simultanées des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France au début avril sur la dissimulation chinoise quant à l’origine du virus peuvent très bien être un leurre servant à les dédouaner de leur propre gestion catastrophique de l’épidémie. (...)

    #Syrie #Rojava #PKK #Öcalan #Bachar_el-Assad #Italie #terrorisme #Gilets_jaunes #Macron #Warren_Buffet #aliénation #Australie #effondrement #Alexandre_Grothendieck #collapsologie #État #catastrophe #pandémie #capitalisme #bureaucratie #surveillance_numérique #police #Agamben #économie #Byung-Chul_Han

  • L’âge du capitalisme de surveillance : vers un capitalisme et une surveillance sans limites ? | InternetActu.net
    http://www.internetactu.net/2021/01/20/lage-du-capitalisme-de-surveillance-vers-un-capitalisme-et-une-surveil
    /assets/images/logo_ia.png

    Nous sommes non seulement dépossédés de nos données, mais plus encore de leurs croisements et traitements. Les calculs dont nous sommes l’objet créent une asymétrie de pouvoirs parce qu’ils ne nous sont jamais rendus !