• An introduction to the parasite economy (Research in Progress Short Paper / Student Paper)
    http://www.gorling.se/files/texts/04_AV_Goerling.pdf

    Il y 20 ans déjà il a fallu constater que l’internet était tombé entre les mains de criminels de tous genres ciblant des groupes de victimes aussi larges et divers que leur imagination. Aujourd’hui nous nous sommes habitués à considérer quelques uns de ces criminels comme utiles ou « bons » parce qu’ils arrivent à se faire passer comme des bienfaiteurs alors qu’on nous en présente d’autres comme diaboliques surtout quand ils de situent de l’autre côté de l’ancien rideau de fer.

    Lire ce papier vient ans plus tard met en évidence des choses qu’on risque de négliger dans son train-train quotidien.

    Le terme économie parasitaire est d’autant plus intéressant qu’il rappelle la dénonciation nazie des juifs comme race parasitaire. Après l’holocauste il faut toujours faire attention à ne pas tomber dans le piège de reproduction des clichés imprécis potentiellement racistes ou antisémites. A travers cette précision par contre on peut obtenir de résultats intéressants et productifs.

    Abstract

    This paper gives an introduction to a number of immoral business-models that have been established as a part of the Internet-economy. It discusses how breaking into computers has become a viable business model for corporations and how the Internet-underground is challenging our view of what a company is. The paper tries to group a number of similar business models such as spyware, adware, viruses, spam etc. under a common term, parasites, and discuss how they are a part of viable business-models rather than merely an annoyance to the computer users.
    ...
    Source : Stefan Görling, The Royal Institute of Technology (KTH), Sweden , EICAR 2004 Conference CD-rom: Best Paper Proceedings, EICAR 2004 Conference CD-rom, Editor: Urs E. Gattiker
    ISBN: 87-987271-6-8

    cf. aussi The Californian Ideology
    https://en.wikipedia.org/wiki/The_Californian_Ideology

    #Internet #capitalisme #idéologie_californienne #néolobéralisme #economie #parasites

  • La pénurie de Ventoline vient s’ajouter aux autres ruptures de stock de médicaments, voici pourquoi
    https://www.huffingtonpost.fr/life/article/la-penurie-de-ventoline-vient-s-ajouter-aux-autres-ruptures-de-stock-

    Alors que l’ANSM assure à nos confrères que des « mesures de gestions » ont été prises, les causes de cette tension peuvent s’expliquer par le prix - trop bas pour être un marché attractif pour les laboratoires par rapport aux pays voisins - et par une hausse de la demande.

  • Le lobbying gagnant des industriels pour sauver les milliards de pots de yaourt et de barquettes de viande en polystyrène de l’interdiction
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/06/17/le-lobbying-gagnant-des-industriels-pour-sauver-les-milliards-de-yaourts-et-

    Pour échapper à l’interdiction prévue par la loi, les industriels s’étaient engagés à créer une filière française de recyclage du polystyrène avant 2025. A six mois de l’échéance, ils ne sont pas prêts. « Le Monde » et Franceinfo ont eu accès à un rapport confidentiel de 2021 qui aurait dû alerter le gouvernement sur cette « impasse ».

    C’est un nouveau renoncement sur le front de la transition écologique. Les industriels de l’#agroalimentaire et du #plastique pourront continuer à écouler les milliards de pots de yaourt, de compote et de barquettes de viande en polystyrène malgré l’interdiction qui devait entrer en vigueur en 2025 en cas d’absence de filière française de recyclage. Interrogé par Franceinfo et Le Monde, le ministère de la transition écologique n’en fait plus mystère : « Les ambitions de la loi étaient trop ambitieuses. Nous sommes dans une impasse. » A moins de six mois de l’échéance, les industriels ne sont pas prêts et la filière française de #recyclage du #polystyrène reste une chimère. Ce renoncement enterre définitivement l’un des principaux objectifs de la loi antigaspillage et pour une économie circulaire de 2020 : tendre vers 100 % d’#emballages en #plastique recyclés avant 2025.

    https://justpaste.it/7u1bg

    #pollution

  • Pollution et mise en danger de la vie d’autrui, comment l’industriel Arkema « prépare sa défense » depuis des années

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/enquete-pfas-depuis-des-annees-arkema-prepare-sa-defens

    Cet article, écrit dans le contexte de la vallée de la chimie à Lyon, révèle que l’industriel savait depuis plus de 10 ans :
    – que les PFAS était problématiques
    – qu’ils étaient rejetés dans l’environnement
    – comment les filtrer

    Mais a attendu que le scandale arrive.

    “Les sociétés cotées en bourse sont obligées de donner la priorité aux bénéfices à court terme, ce qui les empêche de prendre des mesures coûteuses qui ne sont pas absolument requises par la réglementation ou la législation, même si ces mesures sont nécessaires pour protéger la santé des travailleurs ou la santé publique”, décode encore Alissa Cordner [sociologue]

    Conclusion ? On continue de confier la décision de produire à l’économie marchande ?

    “Lorsqu’une entreprise dispose d’une technologie dont elle sait qu’elle peut contribuer à éviter des effets nocifs sur la santé humaine, ses responsabilités en matière de droits de l’homme l’obligent à appliquer cette technologie afin d’assurer cette protection” [Marcos Orellana, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et les produits toxiques, ]

    Oui mais comme le but de tout entreprise est de gagner plus d’argent, cette responsabilité ne vient même pas à l’idée des gens qui y travaillent (lire l’article pour le comprendre).
    Beaucoup de révélations dans cet article qui vient de paraître :

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/enquete-pfas-depuis-des-annees-arkema-prepare-sa-defens

    On y apprend qu’en interne l’industriel savait depuis plus de 10 ans que :
    – que les PFAS était problématiques
    – qu’ils étaient rejetés dans l’environnement
    – comment les filtrer

    Mais a attendu que le scandale arrive.

    “Les sociétés cotées en bourse sont obligées de donner la priorité aux bénéfices à court terme, ce qui les empêche de prendre des mesures coûteuses qui ne sont pas absolument requises par la réglementation ou la législation, même si ces mesures sont nécessaires pour protéger la santé des travailleurs ou la santé publique”, décode encore Alissa Cordner [sociologue]

    Conclusion ? On continue de confier la décision de produire à l’économie marchande ?

    “Lorsqu’une entreprise dispose d’une technologie dont elle sait qu’elle peut contribuer à éviter des effets nocifs sur la santé humaine, ses responsabilités en matière de droits de l’homme l’obligent à appliquer cette technologie afin d’assurer cette protection” [Marcos Orellana, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et les produits toxiques, ]

    Oui mais comme le but de tout entreprise est de gagner plus d’argent, cette responsabilité ne vient même pas à l’idée des gens qui y travaillent (lire l’article pour le comprendre).

    Si responsabilité il y a, elle se loge dans la banalité de l’organisation de toute production marchande.

    Et non, contrairement à ce que disait Nicolas Thierry (1) lors de l’élaboration de la loi contre le PFAS, il n’est pas normal de confier la fabrication des objets de notre quotidien à l’absurde contrainte de gagner plus d’argent.

    #pfas #capitalisme-en-roue-libre

    (1) https://youtu.be/EzVmzDVfDPQ?t=103

  • Derrière l’IA, la déferlante des « data centers »

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/06/14/derriere-l-ia-la-deferlante-des-data-centers_6239694_3234.html

    https://justpaste.it/e7qi1

    Cette course à l’IA soulève de nombreuses questions, notamment énergétiques. (...) Et la soif d’énergie va croissant : il existe, aux Etats-Unis ou en Corée du Sud, des projets de campus d’une puissance de 1 GW, soit un réacteur de centrale nucléaire.

    (...)

    Sera-t-on un jour obligé de choisir entre débrancher des data centers, des chauffages d’immeubles, des usines ou des transports ? « On peut toujours jouer à se faire peur », relativisait début juin la secrétaire d’Etat chargée du numérique, Marina Ferrari, en rappelant que la France a « relancé le nucléaire » avec six projets de réacteurs EPR. Elle reconnaissait toutefois un besoin de « mailler le territoire » pour compenser la « très grande concentration de projets en Ile-de-France et à Marseille ». C’est aussi l’approche d’Etix Everywhere, qui projette des « data centers de proximité » à Lille, Toulouse ou Lyon, afin d’éviter la saturation redoutée à Paris et à Marseille.

    (...)

    Dans ce pays [l’Irlande], les centres de données devraient consommer un quart de l’électricité nationale en 2026, quasiment deux fois plus qu’en 2021. « Il existe un risque important pour la sécurité de l’approvisionnement en électricité », prévenait, fin 2021, EirGrid, le RTE irlandais. Depuis, les raccordements ne sont plus autorisés qu’au cas par cas. Les Pays-Bas ou l’Allemagne ont aussi encadré l’expansion des usines de données, de même que Singapour. A Taïwan, leur consommation d’eau pour le refroidissement a fait s’insurger les agriculteurs… Les centres de données vont-ils susciter des protestations, comme les entrepôts d’e-commerce ces dernières années ?

    #capitalisme-en-roue-libre

    • ChatGPT : « le talon d’Achille de l’intelligence artificielle, c’est sa consommation d’énergie »

      https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/05/31/chatgpt-le-talon-d-achille-de-l-intelligence-artificielle-c-est-sa-consommat

      (...)

      Depuis le début de l’année aux Etats-Unis, les grands producteurs d’électricité annoncent, les uns après les autres, le report de leurs projets de fermeture de centrales électriques au charbon. Le Financial Times en fait la liste. Au Wisconsin, Alliant Energy repousse de trois ans la conversion d’une centrale à charbon vers le gaz, FirstEnergy renvoie son objectif de sortie du charbon au-delà de 2030.

      (...)

      C’est au cœur des puces que se situe l’origine de cette panique électrique. Celles de Nvidia, le spécialiste du domaine, chauffent dix fois plus qu’un microprocesseur habituel. Autrement dit, ChatGPT consomme dix fois plus d’énergie que le moteur de recherche de Google. Or, les grands acteurs du numérique, Microsoft, Amazon ou Google, sont en train de déployer à coups de dizaines de milliards des centres de données adaptés à cette nouvelle technologie dans le monde entier.

      (...)

      Voilà qui est excellent pour les compagnies d’électricité dont les profits s’envolent, mais qui pose un défi de plus pour la transition énergétique. On avait prévu le basculement progressif des voitures vers l’électricité, mais pas que l’intelligence artificielle allait la devancer avec autant de vigueur. Créer autant de problèmes nouveaux que l’on voulait en résoudre, c’est cela aussi la malédiction de Prométhée.

  • « En Inde, une révolution des basses castes est en marche », Divya Dwivedi, Shaj Mohan
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/06/14/en-inde-une-revolution-des-basses-castes-est-en-marche_6239697_3232.html

    En Inde, le Parti du peuple indien (#BJP, pour Bharatiya Janata Party) de Narendra Modi a perdu les élections législatives. Il lui manquait un grand nombre de sièges, trente-deux exactement, pour obtenir la majorité. A présent, le BJP doit se résoudre à former un gouvernement de coalition avec ses anciens adversaires, les partis régionaux qui luttent contre le système de castes. #Modi n’aura donc plus les mains libres pour opprimer les militants égalitaires dans les universités et les villages, il ne pourra plus se servir des institutions nationales pour terroriser les sikhs, les chrétiens et les musulmans. Quant à la justice et aux médias – ces derniers n’ont jusqu’à présent guère manifesté d’opposition –, ils pourront accomplir leurs missions dans des conditions plus faciles.

    Il existe aujourd’hui en Inde des courants sociaux et politiques égalitaires très puissants. Quelque temps avant les élections, le parti du Congrès national indien s’est fait l’avocat de ces courants, ce qui a mené Modi et son BJP à leur perte – les médias indiens et internationaux se sont peu étendus sur cet aspect du scrutin. Preuve flagrante de la force de cette vague égalitaire, le BJP a perdu la circonscription de Faizabad, cette cité moghole où se trouvait l’historique mosquée de Babri, érigée au XVIe siècle [symbole de la domination musulmane aux yeux des nationalistes hindous].

    C’est là, à Faizabad, il y a plusieurs dizaines d’années, que Modi a commencé sa carrière politique. Il a fait partie des principaux organisateurs du mouvement visant à détruire la mosquée pour construire à la place un temple de Ram, le dieu-roi défenseur du #système_de_castes. Le 6 décembre 1992, le Rashtriya Swayamsevak Sangh, l’organisation paramilitaire suprémaciste hindoue de la haute caste – proche parente du BJP – et diverses de ses antennes ont démoli l’édifice de Faizabad et perpétré des #pogroms contre les #musulmans, faisant des milliers de victimes dans toute l’Inde. Des dizaines d’années plus tard, le 22 janvier, Modi a finalement inauguré le temple de Ram [symbole de la domination hindoue dans cette République officiellement laïque]. Alors, Modi et les médias de la #caste supérieure, de la prétendue gauche comme de la droite, ont proclamé qu’il avait déjà remporté les élections, normalisant ce crime monumental dont les architectes restent impunis.

    Perte symbolique

    Pourtant, après avoir axé toute sa campagne sur la question du temple de Ram et de l’#islamophobie, le BJP a perdu la circonscription de Faizabad, d’une importance symbolique et historique immense, face à Awadhesh Prasad. Vétéran de la politique #dalit, c’est-à-dire de la basse caste, Prasad appartient au Parti socialiste indien (#SP, pour Samajwadi Party), qui se bat pour plus de justice sociale. Le passage de cette circonscription aux mains d’un intouchable est indéniablement historique.

    Rappelons que le BJP est créé en 1980, à partir de groupes suprémacistes de la haute caste, pour faire face à l’ascension des mouvements de lutte contre les castes. En 1980, la commission Mandal publie un rapport sur les conditions de vie des castes opprimées (qui représentent plus de 90 % de la population en Inde et appartiennent à toutes les religions, y compris l’islam) et propose des mesures de #discrimination_positive dans les institutions gouvernementales.
    Ces avancées suscitent une forte inquiétude des castes supérieures, minoritaires (elles constituent moins de 10 % de la population et font partie de toutes les religions), qui dominent les médias, les arts, l’enseignement supérieur, la justice et les affaires. Le #Parti_du_Congrès, au pouvoir depuis les années 1980, refuse de présenter le texte au Parlement.

    En 1990, au moment où le rapport est finalement déposé au Parlement, le BJP place l’islamophobie au cœur de sa politique et fabrique la notion d’hindutva (« unité hindoue »), réprimant les mouvements anticastes par la terreur. La caste supérieure, le monde académique et certains de leurs homologues internationaux acclament le BJP et cette croisade du gouvernement. En réaction à la direction prise par le Parti du Congrès et le BJP, le SP et plusieurs autres partis égalitaires des classes inférieures émergent dans les années 1980 et 1990. Ils finissent par accéder au pouvoir dans les années 1990. Dépourvus de la culture sophistiquée des élites, ils sont tournés en dérision par les médias et le monde universitaire. Malgré tout, aujourd’hui, le SP est le troisième parti au Parlement.

    Double travail

    Si les résultats électoraux du Parti du Congrès dépassent toute attente, c’est parce qu’il s’est enfin saisi des préoccupations de la population : les #inégalités socio-économiques et le système de castes – dans une certaine mesure du moins. Le manifeste quasi révolutionnaire de Rahul Gandhi et du Parti du Congrès parle le langage des mouvements égalitaires inspirés par le leader intouchable Bhimrao Ambedkar, père de la Constitution indienne : il appelle à organiser un recensement socio-économique des castes et à faire passer les basses castes, majoritaires (90 % de la population), avant les hautes castes, minoritaires (10 % de la population). Depuis cette métamorphose, plusieurs intellectuels et journalistes de gauche raillent Gandhi, et quantité de dirigeants des hautes castes ont claqué la porte du Parti du Congrès, certains pour rejoindre le BJP. Tout cela a cependant permis au Parti du Congrès de trouver un chef puissant et sage en la personne de Mallikarjun Kharge, avocat et chef syndical dalit.

    En octobre 2022, lorsque le Parti du Congrès élit son président, Kharge remporte la primaire face à Shashi Tharoor, un suprémaciste de la caste supérieure. Tharoor est notamment l’auteur de Why I Am a Hindu ? (« pourquoi je suis hindou ? », Aleph, 2018, non traduit), livre qui s’attaque à l’un des plus influents ouvrages contre les castes, Why I Am not a Hindu ? (« pourquoi ne suis-je pas hindou ? », Samya, 1996, non traduit), de l’intellectuel dalit Kancha Ilaiah Shepherd. Après sa victoire, Kharge a décidé de faire de la suppression des castes la bataille centrale de la politique indienne – dans l’indifférence affichée des médias.

    Les représentants des castes supérieures dans la sphère publique discutent de politique comme s’il s’agissait d’un débat d’idées sans réalité objective pour l’Inde. Or, les changements politiques actuels sont le fruit d’un travail acharné dans les villages et les mouvements intellectuels souterrains. Lors de ces législatives, le SP et le Parti du Congrès sont parvenus à mener à bien ce double travail. A présent, ils doivent aller plus loin.

    Le Parti du Congrès, le SP et d’autres groupes forment une opposition, certes, mais ils constituent aussi une potentielle coalition gouvernementale, qui pourrait à tout moment renverser la coalition de Modi. Une révolution des basses castes est en marche sur un plus grand nombre de terrains que jamais, une révolution menée par ceux qui ont le courage d’œuvrer pour une renaissance de l’Inde. Comme le sait bien la France, les révolutions sont multiples, et elles viennent en leur temps.

    (Traduit de l’anglais par Valentine Morizot)
    Divya Dwivedi et Shaj Mohan sont philosophes et vivent en Inde. Ils ont cosigné « Indian Philosophy, Indian Revolution. On Caste and Politics » (Hurst, 2024, non traduit)

  • Battling to Save James Baldwin’s Home in the South of France
    https://www.nytimes.com/2017/04/04/arts/battling-to-save-james-baldwins-home-in-the-south-of-france.html


    The former home of James Baldwin in Saint-Paul-de-Vence, France, where a developer plans to build apartment buildings and a swimming pool. Credit...Rebecca Marshall for The New York Times

    L’éternel problème des veuves et autres héritiers sous les régimes capitalistes frappe la mémoire de James Baldwin. La tentative de préservation du domaine de Baldwin par un groupe d’Europénnes rajoute des problèmes.

    4.4.2017 by Rachel Donadio - SAINT-PAUL-DE-VENCE, France — From 1970 until his death in 1987, James Baldwin lived and wrote in a house with an idyllic garden in this medieval village on the Côte d’Azur, with the Alps at its back and the Mediterranean visible far below.

    But those who arrive today to pay homage to Baldwin won’t find anything commemorating that American novelist, playwright and essayist. No house museum greets them, or even a plaque with his name. The wing where Baldwin lived was torn down a few years ago. The remaining two houses on the property are in disrepair, the once-verdant garden unkempt. And the local real estate developer who now owns the property, after the Baldwin family lost control of it more than a decade ago, plans to build three apartment buildings and a swimming pool.

    Heartsick at the prospect, a group started last year by an American novelist in Paris began fund-raising to buy the property, which is nearly 6 acres, and convert it into a writers’ retreat dedicated to Baldwin. But the group does not have the blessing of the Baldwin family, some of whose members question its tactics and even its standing to champion the cause.

    “To me the issue is very straightforward: It’s about representation,” said Aisha Karefa-Smart, a niece of Baldwin’s. “Who gets to represent James Baldwin’s legacy and who gets to speak about who he was.”

    The interest in the house comes at a time when Baldwin, with his prescient insights into race relations in the United States, is having something of a posthumous revival, fueled by the Black Lives Matter movement and the Oscar-nominated documentary “I Am Not Your Negro.”

    Baldwin, who had lived in Paris earlier in his life, first came to Saint-Paul-de-Vence in 1970, at the age of 46, after a breakdown. He had been excoriated by fellow members of the civil rights movement — some called the author, who was gay, Martin Luther Queen — and believed he was under surveillance by the United States government. In France, he found the tranquillity and distance to write.

    At the time of his death from cancer, he had been buying the house in installments from his landlady, Jeanne Faure, who grew up in Algeria under French colonial rule. Despite her right-wing politics, she and Baldwin had become the best of friends. (When President François Mitterrand of France made Baldwin a commander of the Legion of Honor in 1986, one of the country’s highest honors, the author brought Ms. Faure to the ceremony.)

    Friends of Baldwin in Saint-Paul recall that Ms. Faure was adamant that he have the house after her death. But a complex legal battle ensued among the Baldwin family, relatives of Ms. Faure and a woman who had worked as Ms. Faure’s housekeeper. In 2007, a court ruled in favor of the former housekeeper, Josette Bazzini, who said that Ms. Faure had bequeathed her the house, according to Jules B. Farber’s book “James Baldwin: Escape From America, Exile in Provence.”

    Shannon Cain, the American novelist leading the campaign to create the writer’s retreat, said she was inspired to rescue the house after reading an opinion piece in Le Monde last March, “France Must Save James Baldwin’s House,” by Thomas Chatterton Williams, a writer in Paris.

    “I cannot believe I have the privilege to be alive at this moment on earth when James Baldwin’s house is in danger and I happen to have the skills and temperament to do this work,” Ms. Cain said.

    But her efforts have upset the Baldwin estate and family members.

    Ms. Karefa-Smart said that she and her relatives were offended by Ms. Cain’s registration of a website without the family’s permission and offering family members seats on the board of a group aimed at saving the house they had lost. Last year, the Baldwin estate threatened legal action for the group’s registering a website using James Baldwin’s name without permission. Gloria Karefa-Smart, Aisha’s mother, is the sole executor of the writer’s estate, and is known by scholars for her protectiveness over the rights to cite his work. (She did not return requests for comment.)

    “We don’t know who she is, and this organization is not legit, it’s not a 501(c)(3),” Aisha Karefa-Smart said, referring to its lack of nonprofit status under the United States tax code. (Ms. Cain, who is white, later sent a letter to the family introducing herself and in an interview said the organization would apply for nonprofit status in the United States this week.)

    Ms. Cain’s lack of connection to Baldwin has also played a role. “It’s not whiteness per se, but your experience as a white person does not give you proximity for what you’re trying to represent,” Ms. Karefa-Smart said in the interview. She likened the group’s approach to that of a white artist, Dana Schutz, whose painting of Emmett Till, the black teenager whose lynching by two white men in Mississippi in 1955 helped set off the civil rights movement, drew protests last month from some who said the artist was co-opting black pain.

    It’s not only Baldwin family members who are concerned by Ms. Cain’s efforts; several others initially involved with her have distanced themselves. Others were taken aback that Ms. Cain squatted in the house last summer, and intended to draw a salary from the fund-raising.

    The Harvard professor Henry Louis Gates Jr. backed away after learning that the Baldwin family didn’t support the group, though he says he would love for the house to become a “place of pilgrimage.”

    Ms. Cain does not apologize for seeking a salary. “A successful nonprofit needs a professional running this place,” she said.

    But she called herself “an imperfect candidate for this job” because of her race. She added that she would leave the organization if her presence hindered efforts to save the house.

    In recent months, the group, now called His Place in Provence, has expanded; among the principals are Dereke Clements, an African-American dancer in France, and its advisory board includes the writer Rebecca Walker, daughter of the novelist Alice Walker. Hélène Roux Jeandheur, whose mother was close to Baldwin and whose family still runs the art-filled Colombe d’Or hotel here, where Baldwin used to spend time in the evenings, is helping set up a French nonprofit.

    “She cannot change being a white woman,” Mr. Clements said of Ms. Cain, as the two sat beneath a makeshift whiteboard with the names of major African-American cultural figures they hope to enlist. “But this is not an individual effort anymore.”

    But even if the revamped group can raise more money, it’s not clear that the house can be reclaimed. In November a local developer, Socri, said it would consider selling the property for 9 million euros (about $9.5 million), according to an email from Socri’s real estate agent provided by Ms. Cain. But in an email last month, Mendi Leclerc, an assistant to the developer, said construction will move ahead “very soon.”

    “We are not ready to sell this project, especially not to people who illegally occupied the site for many days,” Ms. Leclerc added, referring to Ms. Cain. Ms. Leclerc said that the company could “envision” putting a commemorative plaque on the site.

    The mayor of Saint-Paul-de-Vence, Joseph Le Chapelain, who signed the building permit last year, said the project was out of his hands. “It’s a private company,” he said. “The city has no power over it.”

    An employee at the French culture ministry said that the ministry could not intervene to declare the house a historic site unless the private owner requested that.

    But for some in France, the lack of recognition shows disrespect for Baldwin in a town that honors other cultural figures who lived here, including Matisse and Chagall.

    For others, the family’s loss of the house speaks to the difficulties faced by African-Americans in owning property and their cultural heritage.

    The essayist Rachel Kaadzi Ghansah, one of several African-American writers who have recently made pilgrimages here, said a visit raised the painful issue of the “paradoxical and the elusive nature of never being able to declare our work our own, and to say, ‘You can’t take this from me.’”

    Aisha Karefa-Smart said that she would consider supporting the effort if donors she trusted tried to buy the house and dedicate it to Baldwin, the way several African-American artists bought Nina Simone’s house in March.

    “If it happens, wonderful. If not, it’s not going to impact the power and the scope of his legacy,” she added.

    Trevor Baldwin, one of Baldwin’s nephews, who helped get a street in Harlem named for the author, said in an email that he would like something more tangible in Saint-Paul-de-Vence. “I hope there will be a commemorative vestige to honor his dedication to elevating humanity through enlightenment with appreciation for his love of the country that saved his life,” Mr. Baldwin wrote. Saint-Paul-de-Vence, where his uncle “chose to die,” Mr. Baldwin said, was deeply meaningful to the writer.

    Baldwin left behind an unfinished play, “The Welcome Table,” about an African-American living in the South of France. Its title refers to the table in his garden here, where friends would talk late into the night. In the developer’s plans, that patch of lawn will become the entrance to an underground garage.

    #USA #France #Saint-Paul-de-Vence #activisme #lettres #capitalisme

  • La génération Fenwick et le monde la logistique sous l’œil des rappeurs.
    https://lhistgeobox.blogspot.com/2024/06/la-generation-fenwick-et-le-monde-la.html

    « Les grands groupes comme Amazon insistent sur la robotisation du travail et l’utilisation des nouvelles technologies dans le secteur de la logistique, laissant croire que ces innovations faciliteraient le travail ouvrier. Or, il n’en est rien. L’omniprésence de la technologie (logiciels pro de gestion, commandes vocales, écrans tactiles) confine les ouvriers dans des tâches hyper-spécialisées, proches de celles développées au temps du taylorisme triomphant. De même, le savoir-faire des salariés est rogné par le travail sous commande vocale, qui existe dans certaines plateformes logistiques. Guidés par une voix numérique, les ouvriers, équipés d’un casque sur les oreilles, manipulent les colis à traiter, puis valident l’action une fois la tâche requise effectuée, par l’intermédiaire d’une reconnaissance vocale. Un pseudo-dialogue se crée avec la machine, mais il n’y a aucune marge de manœuvre, d’autonomie ou d’initiative pour le travailleur. »

  • Jack Ma n’est pas le problème par Li Xuran
    https://seenthis.net/messages/912251

    archivé ici : https://web.archive.org/web/20210422041641/https://histoireetsociete.com/2021/04/22/jack-ma-nest-pas-le-probleme-par-li-xuran

    Danielle Bleitrach 22 avril 2021 Civilisation

    Ce texte a un immense mérite : il explique en langage clair et imagé à propos du cas Ma ce qu’est le capitalisme dans le socialisme de marché, un virus qui crée le développement mais ne cherche qu’à se dupliquer, une drogue qui aliène. Comment le peuple et le parti peuvent-ils l’utiliser mais aussi le dompter ? Travaux pratiques. Nous sommes passés de l’image de Deng Xiao ping de l’oiseau à mettre en cage à quelque chose d’infiniment plus dangereux, le virus, “la bête sauvage” (le terme estemprunté à Hegel) (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoire et societe)

    LE 21 FÉVRIER ÉCRIT PAR LI XURAN

    TRANSLATED BY LI RUIPENG

    La technologie financière peut-elle être corralled au service du développement people-centré de la Chine ? Avec Jack Ma’s Ant Group comme étude de cas, le blogueur chinois Li Xuran offre une analyse convaincante du rôle du capital dans la Chine moderne. L’arrêt de l’introduction en Bourse d’Ant en novembre 2020, selon M. Li, doit être vu dans le contexte du rôle de l’Etat socialiste dans la restriction de la « bête sauvage » du capital au nom du développement socialiste et du bien public.

    Note de la rédaction : Les débuts très attendus d’Ant Group sur les bourses de Shanghai et de Hong Kong devraient être la plus importante introduction en bourse de tous les temps. Mais quelques jours avant l’ouverture prévue le 5 novembre 2020, les régulateurs chinois, dirigés par la Banque populaire de Chine, ont interrompu l’introduction en bourse et convoqué jack Ma, fondateur d’Ant, et d’autres dirigeants d’Ant, pour discuter de ce qu’ils ont appelé des « problèmes majeurs » avec l’inscription en cours du géant de la technologie.

    L’affrontement entre les régulateurs de l’État et Ant Group , la société mère du plus grand système de paiement mobile de Chine, Alipay, et un service de prêt pour plus de 80 millions de petites entreprises , a été dépeint dans les médias occidentaux comme une « répression » du pouvoir centralisé du Parti communiste sous Xi Jinping. Ces fausses déclarations ont même conduit à des théories du complot selon qui Ma avait été « supprimé ». Mais loin d’une répression « totalitaire » contre l’industrie privée, le gel de l’introduction en Bourse monstre d’Ant Group doit être compris dans le contexte de l’économie de marché socialiste chinoise, dans laquelle les services bancaires et financiers traditionnels opèrent sous le contrôle de l’Etat pour l’intérêt public. Contrairement au 14e Plan quinquennal de la Chine , qui donne la priorité au développement durable, à la revitalisation rurale et à la croissance économique réelle, le pouvoir croissant des prêteurs privés telsque Ant Group contient des risques systémiques pour les types de spéculation, de dette à la consommation et de bulles financières responsables des crises financières cycliques dans les pays capitalistes. Alors qu’Ant Group continue de travailler avec les autorités réglementaires en vue d’une future introduction en Bourse, la question demeure : la fintech peut-elle êtremise au service du développement centré sur les personnes en Chine ?

    Dans ce contexte, Li Xuran propose une analyse convaincante du rôle du capital dans la Chine moderne. Canaliser Marx, Li fait valoir que le contrôle du capital est crucial pour le projet de développement socialiste, mais que laissé sans retenue, la « bête sauvage » du capital montrera que ses intérêts de classe dépassent son allégeance nationale. Rejetant le culte milliardaire de la personnalité qui entoure parfois Ma, Li nous rappelle que les succès de Ma et de son ilk ne sont pas le reflet de leurs propres capacités, mais des opportunités créées par la lutte du Parti communiste et du peuple chinois . Qu’il s’agisse de ce Groupe ou d’autre , pour contrôler la bête du capital, il faut l’effort concerté du Parti, de l’État et du peuple.

    Cet article a été publié à l’origine en chinois dans Utopia (乌有之乡). Suivez la page publique de l’auteur sur WeChat (ID : xuranshuo).

    Les marées changent.

    J’ai vu plusieurs messages sur les médias sociaux, des publications dans les médias grand public, et des bloggers commencent à critiquer férocement Jack Ma, comme si le critiquer résoudrait tous leurs problèmes. J’y ai réfléchi et, au risque d’une éventuelle réaction de mes lecteurs, j’ai décidé de discuter longuement de cette question. Parce qu’à mon avis, Jack Ma n’est pas le problème.

    Avant de me contredire , permettez-moi de me reformuler : Jack Ma n’est pas la racine du problème. pourquoi ? Regardons quelques événements récents : l’arrêt de l’introduction en bourse d’Ant Group, la panne d’appartement de Danke (蛋壳) [1], l’épreuve de force sur l’achat de groupes communautaires…

    D’une manière générale, sous ces divers incidents se trouve une seule force. Un grand professeur et sa génération l’ont dompté et supprimé, mais il a germé une fois de plus depuis les années 1980. Après 40 ans, il a pris racine dans de multiples facettes de nos vies, y compris la pensée, la société, la réalité et le pouvoir. Peu à peu, il a montré son immense et la puissance et la qualité effrayante : le capital.

    Même le capital de Marx ne peut pas décrire pleinement de la complexité du capital. Donc, ici, je vais le résumer en trois points, d’après ce que je comprends :

    Premièrement : le capital et le développement sont inséparables.

    Le capital accélère et catalyse le développement économique. À un certain stade de développement social (du capitalisme à l’étape primaire du socialisme), un boom économique rapide exige ce capital.

    J’ai lu un jour qu’un pays en voie de modernisation en quête de développement économique et d’industrialisation n’avait que trois voies : les ciseaux des prix urbains-ruraux, c’est-à-dire la fixation de bas prix sur les produits ruraux pour soutenir le développement industriel ; le pillage, le chemin pris par les pays capitalistes occidentaux ; et l’utilisation de capitaux étrangers, illustrée par les quatre « Tigres asiatiques » qui se sont développés en attirant massivement des investissements étrangers.

    Donc, nous ne pouvons pas discuter trop profondément de l’accumulation primitive du capital. Comme toutes les grandes fortunes, l’histoire du développement a besoin de glorification. Seule la montée de la Chine moderne a été réalisée sans pillage, et a plutôt été construite sur un terrain aride qui avait été pillé par les envahisseurs.

    La première partie du chemin de la Nouvelle Chine a eu lieu peu de temps après sa fondation. Il s’agissait de contrôler le prix des produits agricoles, de limiter la circulation des ménages ruraux et de limiter l’alimentation et la consommation à l’échelle du pays. Au lieu de cela, le peuple chinois a canalisé son énergie dans la construction et a accumulé une base industrielle solide et complète, ce que l’on peut résumer ainsi en « se serrant la ceinture, pour mettre en commun nos ressources pour accomplir des missions principales. » D’autre part, après la réforme et l’ouverture, la Chine a attiré des quantités massives de capitaux étrangers et libéré des capitaux publics et partiellement privés, ce qui a permis de dynamiser l’économie.

    Nous devons comprendre que, bien que nous considérions le capital comme effrayant, nous devons reconnaître sa grande puissance dans la poussée du développement économique.

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    Recommandé : American « Revolution » : The « Black Hole » of American Electioneering and the Lessons China Must Draw

    Il faut en parler parce que nous devons comprendre que, bien que nous considérions le capital comme effrayant, nous devons reconnaître sa grande puissance pour promouvoir le développement économique. Nous ne pouvons pas nier les 40 dernières années de la Chine en utilisant ses 30 premières années, ni nier ses 30 premières années en utilisant les 40 dernières années. C’est ça le matérialisme historique.

    Deuxièmement : l’expansion est l’instinct de base du capital.

    Le capital est comme le code génétique, dont le seul but est de peupler, dupliquer et croître. Dans le monde naturel, une créature sans prédateur va sûrement aboutir au surpeuplement , comme la carpe asiatique aux États-Unis. Le capital sans concurrence et sans réglementation conduira à un monopole à grande échelle dans tous les domaines.

    Liu Cixin, dans son roman de science-fiction Les Salaires de l’humanité, imagine l’étape ultime du capitalisme dans lequel un « producteur final » monopolise toutes les ressources de la planète, y compris la terre, l’air et l’eau. Les gens paient des impôts juste pour respirer. Cette spéculation est basée sur la reconnaissance de la réalité.

    La récession financière qui se reproduit dans la société capitaliste n’est-elle pas, à la base, le résultat d’une expansion du capital à l’extrême, tout en supprimant le coût du travail à l’extrême, conduisant à une capacité de production dépassant de loin les besoins sociaux ?

    Dans le domaine de la production, puisque le cycle est relativement long, la reproduction de la crise est longue. Mais aujourd’hui, la raison pour laquelle nous pensons que le capitalisme tombera dans la « crise » de plus en plus rapidement, c’est parce que dans l’ère actuelle, l’expansion extrême du capital est le capital financier, qui accélère la progression du capital en expansion rapide jusqu’à l’explosion. Parce que lorsque le capital entre dans l’industrie, il se rend compte qu’il doit passer par les intrants, la production, la vente, la ré-entrée et d’autres éléments dans le cycle, et c’est beaucoup trop lent pour gagner de la valeur ajoutée. Ainsi, nous avons le capital financier utilisant beaucoup de leviers éblouissants, outils, et produits pour atteindre l’objectif de produire l’argent avec l’argent.

    Un ami dans le secteur financier me dit qu’une fois dans le monde de la finance et d’avoir goûté aux résultats, vous ne voudrez rien faire d’autre parce que les autres industries font de l’argent beaucoup trop lentement.

    Dans une certaine mesure, la finance est comme la drogue. Normalement, les gens tirent le plaisir de l’action, récompensés par leur cerveau par la libération de certains produits chimiques. Mais ce qui est horrifiant au sujet des drogues, c’est qu’ils contournent ce système de récompense et stimulent directement le cerveau par l’intermédiaire de produits chimiques pour produire du plaisir. C’est pourquoi les toxicomanes sont si désespérés ; tout le reste devient vide de sens.

    Le capital financier est tout aussi horrible. Depuis les débuts de la victoire boursière, jusqu’à la récente crise des subprimes et à la crise des plateformes de crédit P2P, cela ne s’arrêtera pas.

    Troisièmement, l’attribut de classe du capital est plus grand que l’attribut national.

    Pour être honnête, j’allais sauter cette partie – pour certaines personnes, c’est un peu un point faible.

    Quand j’ai affaire à des capitalistes, je leur dis de m’épargner le discours du « cœur pour le pays et pour le monde ».

    Dans ce monde, les capitalistes patriotiques existent, mais ils ne sont guère une classe qui a la conscience de soi pour limiter leur capital aux frontières nationales. Bien qu’il y ait des individus qui trahissent leur classe, il n’y a pas de classe qui trahit ses intérêts et ses profits. Aux yeux du capital, le monde est plat. Là où il y a des gens, il y a du profit, il y trouvera son chemin par tous les moyens nécessaires.

    Tout comme la Compagnie des Indes orientales il y a longtemps ; les gens qui connaissent leur histoire comprendront : du seul point de vue de leur gouvernement, les puissances occidentales n’auraient pas nécessairement déclenché la guerre de l’opium. Contrairement au Japon, la Grande-Bretagne n’avait pas de conflit géopolitique direct avec nous.

    Depuis les années 1990, une poignée de crocodiles financiers occidentaux ont fait des vagues à travers le monde, pillant la fortune à l’aide d’outils financiers, le résultat n’est pas moins grave qu’une invasion de guerre.. De nombreux pays ont souffert et ne se sont pas encore rétablis.

    Le capital, une fois incontrôlé, peut exercer une influence énorme sur la scène politique d’un État. Dans certains petits et moyens pays, le gouvernement a peu d’autorité et s’effondre facilement en raison du jeu de pouvoir entre de nombreuses forces, y compris le capital.

    C’est la raison pour laquelle Sun Yat-sen en a appelé à un « contrôle du capital » il y a plus de cent ans.

    Dans la société moderne, il n’y a pas de « capital » dans un sens purement commercial. Tous les capitaux sont étroitement liés à la politique, en particulier les grands capitaux et les grands magnats. Si un politicien mature croit encore des absurdités telles que « le capital n’est qu’un outil », « le capital ne parle pas politique », et « quand dans les affaires, les capitalistes traitent seulement des affaires, ce politicien est fondamentalement hors du jeu.

    Ii.

    J’ai déjà dit beaucoup de choses. Mon intention principale est de dire à tout le monde : Jack Ma va bien, Danke Apartment aussi. Même l’achat de groupes communautaires, un phénomène populaire récent, n’est rien d’autre que des incarnations du capital. Eux-mêmes ne sont pas le problème. Le vrai problème se pose si nous négligeons les questions qui sont à l’oeuvre sous ces forces.

    Le capital est comme une bête sauvage : si nous sommes capables de l’apprivoiser et de l’utiliser pour nos besoins, il contribuera au développement de la productivité. Incontrôlée et sans retenue, elle nous mordra et nous fera le plus grand mal.

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    Le capital est comme une bête sauvage : si nous sommes capables de l’apprivoiser et de l’utiliser pour nos besoins, il contribuera au développement de la productivité. Incontrôlée et sans retenue, elle nous mordra et fera le plus grand mal. Sur ce point, Ma n’est pas le dernier magnat, Danke n’est pas la dernière faillite, community group-buy ne sera pas le dernier champ de bataille.

    Parce que le capital est un élément essentiel de la production, mais ce n’est pas la production elle-même. Je vous donne 50 cents, vous allez essayer de produire des choses qui valent 50 cents. Il peut en effet stimuler le potentiel créatif et la vivacité économique.

    Mais le problème réside dans, qui surveille ou garantit que des choses d’une valeur de 50 cents vont se faire ?

    Le capital entre sur le marché, augmentant constamment sa valeur grâce à la finance, aux actions et à d’autres stratagèmes brillants. Chaque intervention créerait la fortune. Mais en fin de compte, le produit doit être fabriqué, ou le système économique de la société s’effondrerait.

    Nous les producteurs nous appelons en plaisantant « da gong ren » (maçons, ouvriers), parce que les gens dans d’autres positions ne sont pas vraiment impliqués dans la production, ils pourraient être en charge des feuilles de calcul, des ventes, du marketing, de la publicité, même la tenue de réunions.

    Ils attendent ensuite la fabrication et la production, des emplois que, du moins théoriquement, quelqu’un d’autre devrait faire.

    Mais cette hypothétique « personne » peut être épuisée, laissée incapable de travailler.

    Viennent ensuite la production insuffisante, la consommation anticipée, puis la surcapacité, la déflation. Vient ensuite le déclin et l’effondrement de l’ensemble du système économique qui a été construit avec lui.

    Tu te souviens du fameux passage que Marx cite ?

    « Avec des profits suffisants, le capital est très audacieux. Un certain 10 p. 100 assurera son emploi n’importe où ; 20 pour cent produiront certainement de l’activité ; 50 p. 100 — audace positive ; 100 pour cent le rendra prêt à piétiner toutes les lois humaines ; 300 p. 100 — et il n’y a pas de crime où il se jette, ni un risque qu’il ne courra pas, même au risque que son propriétaire soit pendu.

    Les crises périodiques de la société capitaliste ont conduit les économistes à un consensus : un capital incontrôlé conduira certainement à une autodestruction folle.

    La rupture de Danke Apartment est due à cela : ils ont utilisé les bas prix des loyers pour attirer les locataires, mettre leur argent dans le financement et les reconditionner comme produit financier (même en offrant des prêts à ceux qui ne pouvaient pas se permettre de payer le loyer), puis remettre ce produit financier sur les marchés financiers, obtenir plus de fonds, s’emparer de plus de maisons …

    Grâce à des outils de capital, ils se sont rapidement développé en seulement deux ans. Théoriquement, tant qu’il y aura des « ouvriers » qui louent des maisons, paient des loyers, ce jeu de capital peut continuer, le marché continuera d’être « vigoureux et énergique ».

    Mais ce à quoi nous ne nous attendions pas, c’est à la pandémie. L’économie a souffert, beaucoup de gens ne pouvaient pas se permettre leur loyer, ils ont été sur la corde raide. En fin de compte, ceux qui souffrent le plus sont toujours locataires, incapables d’accéder à des maisons.

    Ainsi, face au capital, nous ne devons pas être aveuglés par sa séduction de surface. Comme l’achat de groupe communautaire, les légumes et les fruits qui se vendent pour un couple de yuans semblent bon marché. Avec des perspectives plus claires, nous voyons que ce n’est qu’un moyen par lequel le capital entre dans un marché où les intérêts sont divers et dispersés. Les guerres de prix, simplement des outils pour étouffer les petites entreprises, créer le monopole et centraliser les intérêts.

    Après la panne de l’appartement Danke, j’ai demandé à un ami qui a perdu plus de dix mille yuans et a ensuite été expulsé : pourquoi avez-vous choisi Danke ? Il a dit que dans son quartier, Danke avait détruit d’autres agences et qu’il n’avait pas le choix.

    J’étais sans voix.

    Iii.

    Outre le risque d’expansion libre, le capital a un autre effet caché remarquable : le capital drogue l’esprit des gens.

    Au cours des quarante années qui ont suivi la réforme et l’ouverture, la pensée de notre société a énormément changé. Bien que nous sommes plus prospères sur le plan matériel, nous avons aussi perdu beaucoup de choses en termes de philosophie et de valeurs.

    Le consumérisme a pris le devant de la scène. Une mentalité frivole, anxieuse et axée sur l’intérêt s’est répandue. Sur les plateformes sociales comme Douyin (Tiktok pour le marché chinois) et Kuaishou, on voit beaucoup de jeunes exhiber sacs de créateurs, cosmétiques, vêtements de luxe, même voitures et maisons chères.

    Cela me fait mal d’imaginer combien de jeunes seront influencés d’ici là et seront la proie des rêves bourgeois. Beaucoup ont subi un lavage de cerveau par le consumérisme à courte vue et la « voie du succès » axée sur l’intérêt. Pour combler nos désirs, nous avons lentement adopté les services de prêt et la sur-consommation.

    De temps en temps dans les nouvelles, nous voyons de jeunes adultes, incapables de rembourser leurs prêts, enfreindre la loi. Ce qui est plus effrayant, c’est que ce phénomène et cette mentalité influencent la jeune génération. « Étudier est une telle corvée, les gens deviennent plus célèbres et riches en tant qu’influenceurs plutôt que d’admission à Tsinghua ou à l’Université de Pékin. Être une célébrité, faire de l’argent, avoir des chirurgies plastiques, trouver un papa gâteau est la véritable voie vers le succès.

    Face à ce phénomène, un net-américain demande : « Les 17 ans devraient-ils faire la fête ou se préparer au gaokao [l’examen national d’entrée au collège] ? » Si vous venez d’une famille riche et se trouve avoir la liberté de choisir votre vie, la première option serait irréprochable. Mais combien de personnes ont les ressources pour réellement se livrer à ce rêve ?

    Dans une interview de rue, lorsqu’on lui a demandé « qui est votre célébrité préférée », un vieil hommea dit : « Je n’aime pas les célébrités. Ils ne contribuent rien au pays, elles font seulement du mal à la prochaine génération. Si vous demandez aux enfants de nos jours ce qu’ils veulent être quand ils seront grands, ils disent tous étoiles, chanteurs, personne ne disent scientifiques, enseignants, ou de rejoindre l’armée …. Les étoiles ne font pas d’un pays un grand pays — les scientifiques, les ingénieurs, les travailleurs le font.

    Iv.

    Encore une chose.

    Dans la Chine contemporaine, ce qui est le plus effrayant dans le capital, c’est qu’après avoir connu une croissance sauvage pendant une longue période, il est presque devenu « trop grand pour échouer ». C’est aussi pourquoi de nombreux porte-parole de la capitale ont le culot de dire des choses scandaleuses.

    Jack Ma, dans son discours au Bund à Shanghai en octobre, a fait remarquer qu’il allait probablement reprendre maintenant : le financement en Chine « n’a pas de risques systémiques » parce qu’il n’y a « pas de système ».

    Jack Ma disant qu’il n’y a pas de risque systémique dans la finance chinoise prouve seulement qu’il représente ce risque.

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    Cela rappelle un mème : « Dans chaque équipe, il y a une recrue. Si vous ne repérez pas la recrue, vous êtes la recrue. La chose la plus redoutée dans un système financier est le risque systémique. Jack Ma disant qu’il n’y a pas de risque systémique dans la finance chinoise prouve seulement qu’il représente ce risque.

    Le lendemain, le chef du Comité économique national de la Conférence consultative politique du peuple chinois l’a souligné lors d’un sommet financier : peu importe que nous l’appelions technologie financière ou finance technologique, il ne faut pas oublier l’attribut de la finance, ne doit pas désobéir à la règle de base de la gestion financière, ou on sera puni par le marché.

    Si vous ne pouvez toujours pas comprendre ce qui est effrayant dans le discours de Ma, je citerai ici ce qui a été souligné dans une conférence du Bureau politique du Comité central : « La prévention du risque financier systémique est la tâche fondamentale de notre travail financier.

    Après le discours de Ma, j’ai vu beaucoup de blogueurs dire qu’il est « au-dessus des nuages. » Je pense qu’ils sont aveuglés par l’apparence. Pour Ma, une personne qui aspire à la retraite tout le temps, avoir le courage de parler comme ça, « sur les nuages » est en fait un euphémisme. Je m’abstiendrai de parler davantage de lui, tout le monde peut se contempler en lui.

    v.

    Je me sens chanceux de vivre dans un pays socialiste.

    La plupart des gens ici ont grandi avec une éducation marxiste-léniniste. Beaucoup manquent d’une compréhension claire ou ont même oublié nos cours. Cependant, quand nous grandissons, nous sommes « battus » par la société, et rencontrer toutes sortes de problèmes sociaux, nous cherchons des réponses. Nous nous souviendrons de ce que les manuels nous ont enseigné et nous penserons : nos manuels étaient si complets ! Quelle honte de ne pas les comprendre à l’époque.

    Quels autres pays dans le monde enseignent aux élèves à voir le capital à travers la « valeur excédentaire » ? Quels autres pays expliquent le monde par le « matérialisme » ou posent des questions en commençant par « si le capital a un profit de 50 % … ?

    Parce que la majorité a une telle éducation fondamentale, un blog comme le nôtre, fondé fin 2019, peut gagner l’audience qui a la sienne. Tout comme dans la discussion de « Xinyu Project », un étudiant a déclaré : « Le capitalisme sera toujours le capitalisme. Heureusement, nous sommes nés en Chine, le pays qui appartient au peuple chinois. Plusieurs fois à travers ces événements, nous pouvons voir que la Chine dirigée par le Parti communiste chinois mérite notre confiance. Ce n’est pas un culte aveugle. C’est plutôt une vérité empirique. Si la Chine n’est pas digne de confiance, comment la Chine a-t-elle accompli en quarante ans ce que les pays capitalistes ont accompli en plusieurs centaines d’années ?

    Et juste pour cette raison, la Chine aura beaucoup de mal à se développer sans retenue. Si les jeunes et les gens ordinaires le comprennent, pensez-vous que l’État n’en serait pas cpable ? Non seulement l’État l’a remarqué, mais il a répondu rapidement. De l’arrêt de l’introduction en bourse du groupe Ant, à la déclaration de renforcement de l’antimonopole et à la prévention de la libre expansion du capital, en publiant The Guidance of Anti-Monopoly in the Area of Platform Economy, en particulier le renforcement de la réglementation du financement de l’Internet, jusqu’à la récente déclaration selon laquelle les capitaux doivent davantage être versés à l’économie réelle… Ces décisions sont conformes à l’idéologie du Parti. Il intervient au plus haut niveau, il est préparé, il voit la cible, réfléchit à la stratégie, et traite la racine du problème. Dans des domaines tels que la pensée, la théorie, les communications et la publication de documents d’orientation, différents ministères travaillent ensemble pour former une force unie.

    Dans les pays capitalistes occidentaux, les enquêtes antimonopoles sont des entreprises extrêmement difficiles. Les grandes entreprises, les grands capitaux embauchent des porte-parole politiques et des lobbyistes pour persuader le Congrès et stimuler l’élaboration des politiques. Mais en Chine, une seule conférence, un seul commentaire social peut changer le courant. Ici, les géants marchent sur la glace.

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    Dans les pays capitalistes occidentaux, les enquêtes antimonopoles sont des entreprises extrêmement difficiles. Les grandes entreprises, les grands capitaux embauchent des porte-parole politiques et des lobbyistes pour persuader le Congrès et stimuler l’élaboration des politiques. Il y a aussi des élites juridiques à la recherche d’échappatoires, rationalisant des décisions qui seraient considérées comme irrationnelles et contraires à l’éthique pour toute personne claire – tout cela pour chercher des excuses pour les capitalistes pour arracher le profit. Même si une entreprise ou une personne est condamnée pour monopole, le long processus d’enquête aurait probablement déjà causé un risque suffisamment grand.

    Mais en Chine, une seule conférence, un seul commentaire social peut changer le courant. Ici, les géants marchent sur la glace. C’est la force du système, et la force du cœur des gens. Dans notre système social, le capital ne peut jamais s’emparer de notre pays. Pourquoi les gens ont-ils fait l’éloge et applaudi les documents de la lutte contre la corruption et de la réédation de la réglementation ? Ne s’agit-il pas de « représenter l’intérêt fondamental du peuple » ?

    Vi.

    Enfin, je voudrais parler de la cinquième session plénière du 19e Comité central de la CPP, l’événement le plus important de la deuxième moitié de l’année. Cette réunion, à mon avis, tourne en grande partie autour d’une question : quel est le point de développement ?

    Passons en revue l’essence du socialisme : libérer et développer la productivité ; éliminer l’exploitation et la polarisation ; et atteindre la prospérité commune.

    À cet égard, peu importe Jack Ma ou tout autre magnat, ils ont tous « en tête de l’accumulation de richesse » qui existent dans une phase historique spécifique. Ces personnes avec leur capacité et leur spécialité peuvent établir des compagnies et apporter la bonne gestion, et gagner la richesse pour eux mêmes tout en aidant à accélérer l’accumulation de richesse de la société entière. Mais il ne faut pas oublier d’où l’on vient, et où il faut aller. Si notre direction est assise dans le mauvais camp, nous nous retrouverons en plus grand danger, plus notre force sera grande.

    Un drame télévisé se déroulant sous la dynastie Qin est récemment devenu populaire.

    J’aimerais partager avec vous un commentaire sur l’État de Qin de Han Fei Zi [2]. C’est juste sur le point que nous traitons et a beaucoup d’importance éducative à ce jour. Il dit : « Le général Rang de Qin a attaqué Qi à l’est en croisant Han et Wei. Après cinq ans, Qin n’a pas gagné un pouce de terre, mais le général Rang a gagné le fief de Taoyi. Le général Ying attaqua Han, huit ans plus tard, il gagna le fief de Runan. Depuis lors, de nombreux hommes d’État de Qin ont été comme Ying et Rang. Si une guerre était gagnée, ils étaient rendus nobles, élargissant leurs territoires et établissant des fiefs privés.

    Cela signifie que la réalisation d’une personne de haut rang est attribuée au plus grand nombre d’entre eux d’en bas [3]. Mobiliser les forces de l’ensemble de Qin pour attaquer d’autres États ne fait que contribuer aux intérêts des politiciens individuels.

    Notre propre élite d’affaires ne devrait pas considérer les opportunités créées par le développement de notre pays comme les leurs. S’il n’existait pas un environnement politique et sociétal stable, s’ils n’étaient pas tolérés, s’il les politiquesne soutenaient pas les efforts , s’il n’y avait pas une large couverture de l’éducation de base, s’il n’y avait pas le travail acharné constant de milliards de gens ordinaires, comment auraient-ils fini par avoir tout ce qu’ils ont aujourd’hui ?

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    Nous disons souvent : ne confondez pas les capacités d’une plate-forme avec la vôtre. Notre propre élite d’affaires ne devrait pas considérer les opportunités créées par le développement de notre pays comme les leurs. S’il n’y avait pas un environnement politique et sociétal stable, s’il n’y avait pas la tolérance, le soutien des politiques, s’il n’y avait pas la large couverture de l’éducation de base, sans le travail acharné constant de milliards de gens ordinaires, comment auraient-ils pu avoir tout ce qu’ils ont aujourd’hui ? Il faut savoir sur quoi on est assis, et il faut savoir où ses pieds « se tiennent ».

    Lors de la cinquième session plénière, l’accent a été mis sur l’interprétation du concept de « prospérité commune ». Plus important encore, dans l’ébauche explicative du 14e Plan du quinquennat illustrée par le Président Xi, sept questions importantes qui devaient être expliquées ont été mentionnées, chacune d’une grande importance. L’une d’elle portait ” Sur l’avancement de la prospérité commune de tous lespeuples «  :

    « La prospérité commune est la demande essentielle du socialisme, c’est l’attente commune du peuple. Nous poussons l’économie et la société à se développer, le tout dans le but d’atteindre la prospérité commune du peuple.

    Ce qu’il convient de noter, c’est qu’une telle expression est une première dans les documents des sessions plénières du Parti. Nous devons y réfléchir : l’objectif du développement n’est-il que la création d’une « personne encore plus riche » ? Ou créer des centaines de personnes riches par le biais d’introductions en bourse ? non. Pour 1,4 milliard de Chinois ordinaires, ces acteurs sont une vague occasionnelle dans une rivière quicourt . La vague peut étonner et attirer l’attention et l’adoration, mais ce n’est rien sans l’eau qui court éternellement . L’eau est encore profonde. Ceux qui sont calmes, qui travaillent dur jour et nuit, sont la majorité de la Chine , ce sont eux pour qui nous travaillons, nous travaillons et nous battons.

    Danke (蛋壳) est une start-up chinoise qui sert d’intermédiaire entre les propriétaires et les locataires. L’entreprise loue des logements à long terme, puis sous-loue ces logements à des locataires, dont beaucoup sont des étudiants ou de jeunes professionnels, sur une base flexible et à court terme. À la fin de 2020, l’entreprise aurait manqué d’argent comptant et n’aurait pas pu payer les propriétaires d’appartements, ce qui aurait conduit certains propriétaires à expulser des locataires et à déclencher une intervention gouvernementale pour régler les différends et assurer une surveillance réglementaire accrue au milieu des allégations de faillite de Danke.

    Han Fei Zi (韓非ン) est un texte politique de base datant de la période des États belligérants de Chine (战时代), attribué au philosophe légaliste Han Fei (韩非, vécu ~280 AEC à 233 AEC), qui est également connu sous le nom de Han Fei Zi.

    Le texte original est « ン将功成万骨枯 », une citation célèbre d’un poème de la fin de l’ère Tang de Cao Song (曹松, vécu de 828 à 903). La traduction littérale serait « un général réussit tandis que dix mille os pourrissent. »

    Li Xuran

    #Chine #capitalisme

  • Andrej Holm: »Das Wohnen muss demokratisiert werden«
    https://www.nd-aktuell.de/artikel/1182597.mietenwahnsinn-andrej-holm-das-wohnen-muss-demokratisiert-werden.

    31.5.2024 Interview: Raul Zelik - Mieten und Immobilienpreise steigen global. Eigentlich sollte der Zuzug in bestimmte Städte die Preise an weniger beliebten Orten fallen lassen. Aber das geschieht kaum. Wohnen wird überall teurer. Warum?

    Das hat vor allem zwei Gründe. Einerseits sind die Mietsteigerungen Ausdruck einer veränderten ökonomischen Logik. Im Rahmen der sogenannten Finanzialisierung sind Wohnanlagen und Grundstücke verstärkt in international gehandelte Anlageobjekte verwandelt worden. Dadurch sind die Ertragserwartungen stark gestiegen. Miet- und Kaufpreise orientieren sich also nicht mehr an der Substanz einer Wohnung oder eines Gebäudes, sondern an finanzwirtschaftlichen Strategien. Allgemein kann man wohl sagen, dass extrem viel Geld unterwegs ist, das die Immobilienmärkte flutet und einen Rückfluss erwartet.

    Andererseits gehen die steigenden Mieten auf die Privatisierungs- und Deregulierungspolitik der vergangenen Jahrzehnte zurück. Vor allem in den europäischen Ländern wurden Millionen von vormals öffentlichen Wohnungen privatisiert. Das betrifft das council housing in England, große öffentliche Wohnungsbestände in den skandinavischen Ländern und Frankreich sowie viele öffentliche Wohnungsunternehmen in der Bundesrepublik. In vielen Ländern wurde zudem das Mietrecht liberalisiert, so dass Mietsteigerungen einfacher durchzusetzen sind. Private Vermieter und kommerzielle Wohnungsunternehmen haben heute fast überall ein Quasimonopol und können die Mietpreise nach ihren Interessen gestalten.

    Kann man sagen, dass die Entwicklung auf den Wohnungsmärkten derselben Logik folgt wie die Spekulation mit Papieren und Rohstoffen auf den Börsen?

    Ja, sie ist Ausdruck eines globalen Trends: Die Gewinnstrategien koppeln sich immer stärker von tatsächlichen Produktionsbedingungen ab und werden fiktiv. An den Börsen werden heute Ableitungen von Ableitungen gehandelt. Die Derivate auf Immobilienpapiere haben mit der realen Substanz von Gebäuden kaum noch etwas zu tun.

    Sie schreiben in einer aktuellen Studie, Berlin sei die europäische Stadt mit den höchsten Umsätzen bei Mietimmobilien: 42 Milliarden Euro wurden 2021 dort umgesetzt – in London waren es 27,7 Milliarden. Danach folgten Amsterdam, Paris und Wien. Warum ist Berlin so lukrativ?

    Die Statistik bezieht sich auf Paketverkäufe, also auf den Handel mit einer bestimmten Menge von Immobilien. Wenn man den Verkauf von einzelnen Häusern und Wohnungen mit einbeziehen würde, wäre der Markt in London sicherlich größer. Doch Berlin war in den letzten Jahren Spitzenreiter, wenn es darum ging, größere Wohnungsbestände als Anlageprodukt zu handeln. Das hat mit der Privatisierungsgeschichte in Berlin, aber auch mit der Struktur als Mieterstadt zu tun. Seit der Privatisierung öffentlicher Wohnungen werden einfach immer wieder große Bestände verkauft. Für eine finanzialisierte Anlagestrategie ist es natürlich attraktiv, wenn man nicht Dutzende Einzelhäuser kaufen muss, sondern gleich ein Paket mit Tausenden von Wohnungen erwerben kann.

    Das andere europäische Land, in dem diese Entwicklung gerade stattfindet, ist Schweden. Welche Parallelen gibt es da?

    Eine hohe Mieterquote und eine ausgeprägte Wohlfahrtspolitik in der Vergangenheit. In Schweden entstand unter den sozialdemokratischen Regierungen ein großer kommunaler und genossenschaftlicher Sektor. Der Kern der neoliberalen Wohnungspolitik war auch in Schweden der Verkauf großer Bestände. Heimstaden und Vonovia sind in Schweden deshalb genauso aktiv, wie wir das aus einigen deutschen Städten kennen.

    Im Prinzip ist das eine Form von »Landnahme«, wie es Klaus Dörre genannt hat: eine Privatisierung des Öffentlichen?

    Ja, es ist eine Enteignung des Öffentlichen. Eine neue Welle ursprünglicher Akkumulation, wenn man so will. Und dieser Prozess ist in solchen Wohnungsmärkten besonders ausgeprägt, die zuvor stark von öffentlicher Regulation und staatlichem Handeln geprägt waren. Deshalb kann man die Finanzialisierung auch nicht ohne den Rückzug der Wohlfahrtspolitik verstehen. Der neoliberale Politikwechsel schafft die Voraussetzungen der Finanzialisierung.

    Der größte Player in Deutschland ist Vonovia, wenn ich das richtig verstanden habe. Was ist das für ein Unternehmen und warum spielt es eine so zentrale Rolle?

    Vonovia hat europaweit etwa 550 000 Wohnungen und ist der mit Abstand größte finanzialisierte Akteur auf dem Bereich der Wohnimmobilien. Seinen Ursprung hat das börsennotierte Unternehmen in der Deutschen Annington, die in Westdeutschland vor allem Eisenbahnerwohnungen aufgekauft hatte. Vonovia hat früher als andere institutionelle Investoren von einer Strategie der schellen Weiterverkäufe auf eine langfristige Bewirtschaftung der Immobilien umgestellt. In der Forschung wird dieser Wechsel als Finanzialisierung 2.0 bezeichnet. Basis des Geschäftsmodells war in den vergangenen Jahren eine Expansionsstrategie, die darauf setzte, den Unternehmenswert kontinuierlich zu steigern. Die größte Übernahme war die der Deutsche Wohnen 2021.

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    Trotzdem machen diese Großinvestoren gegenüber den Privatvermietern in Deutschland nur einen kleinen Teil aus.

    Bundesweit liegen nur etwas mehr als 2 Prozent des Mietwohnungsbestands bei finanzialisierten Vermietern, aber in Berlin sind es fast 20 Prozent. Großbestände zu kaufen und zu bewirtschaften ist aus Sicht dieser Unternehmen natürlich viel effizienter. Deswegen konzentrieren sich Firmen wie Vonovia auf große Städte, in denen es zuvor einen großen öffentlichen oder gemeinnützigen Wohnungsbestand gab. Auch in Schweden ist das in Städten wie Malmö eher der Fall als auf dem platten Land.

    In Berlin werden 1,1 Millionen Mietwohnungen, also 70 Prozent des Gesamtbestands, von Privatvermietern gehalten. 340 000 Wohnungen gehören städtischen Anbietern, 190 000 sind genossenschaftlich. Und 85 Prozent sind Mietwohnungen. Wie sieht das eigentlich in den ehemals sozialistischen Ländern Osteuropas aus? Wie hoch ist da die Eigentums- bzw. Mietquote?

    In ehemals sozialistischen Ländern sind die Mietquoten im Allgemeinen sehr gering, weil sich die Privatisierung in fast allen Ländern – Polen, Ungarn, Bulgarien, Rumänien … – am britischen Modell orientierte. Dort gab es das »right to buy«, also das Recht, die eigene Mietwohnung als Eigentümer zu erwerben. Ich würde das als flächendeckende Mikroprivatisierung bezeichnen. Aus diesem Grund ist die Eigentümerquote in den ehemals sozialistischen Ländern im europäischen Vergleich viel höher als im Rest Europas. Die höchste Quote hat meines Wissens Rumänien mit einer offiziellen Eigentumsquote von fast 95 Prozent. Dort wurde die Privatisierung ehemals staatlicher Wohnungen besonders entschlossen vorangetrieben.

    Und inwiefern wird man durch fehlendes Immobilieneigentum heute zum Angehörigen der »unteren Klasse«? Man hat ja den Eindruck, dass viele Leute trotz hohen Einkommens ökonomisch unter Druck geraten, während Immobilieneigentümer trotz prekärer Jobs ganz gut über die Runden kommen. Müsste der Immobilienbesitz nicht eine zentralere Stellung bei der Analyse von Klassen und Ungleichheit einnehmen?

    Es gibt in den letzten Jahren unter dem Stichwort »Rentenkapitalismus« (rentier capitalism) einige Forschungsbeiträge, die versuchen, die Verfügungsgewalt über Immobilien und die daraus erzielten Erträge systematischer in eine Klassenanalyse einzubeziehen. Die Stellung in der Gesellschaft wird demnach nicht nur durch die Position im Arbeitsprozess und das Einkommen bestimmt, sondern auch durch den Besitz oder Nicht-Besitz von Immobilien. So richtig durchsetzen konnte sich dieser Ansatz bisher nicht, weil die meisten Wissenschaftler*innen, die sich mit dem Klassenbegriff beschäftigen, eine marxistische Grundbildung haben und sich nur schwer von der Idee einer arbeitszentrierten Klassenzugehörigkeit trennen können. Dabei können wir klar sehen, dass die soziale Stellung zunehmend von Wohnsituationen und Eigentumsfragen überformt ist. Zudem ist Immobilienbesitz ja auch eine Einkommensstrategie. Wer nicht nur die eigene Wohnung, sondern noch eine zweite oder dritte besitzt, profitiert von einem beständigen Einkommenstransfer. Die Einkommen der einen fließen als Mietzahlungen auf die Konten der anderen. Das läuft natürlich auf eine stete Umverteilung innerhalb der Gesellschaft hinaus. In Deutschland wohnt fast die Hälfte der Haushalte zur Miete, und die Summe aller Mietzahlungen beträgt etwa 140 Milliarden Euro. Ein Großteil davon geht an andere private Haushalte und Unternehmen. Je höher die Mietpreise, desto größer der Ungleichheitseffekt.

    Was für eine Strategie halten Sie im Kampf gegen die Mietenexplosion eigentlich für erfolgversprechend? Brauchen wir eine politische Einhegung des Marktes? Mehr öffentlichen Wohnungsbau? Eine Stärkung selbstverwalteter Genossenschaften?

    Für eine gute Wohnungspolitik gibt es keinen Königsweg. Was jedoch nicht fehlen darf, ist eine klare Orientierung auf die Transformation des Wohnungswesens. In der kritischen Wohnforschung wird die Strategie für eine solche Veränderung mit den Begriffen »De-Kommodifizierung und Demokratisierung« beschrieben. De-Kommodifizierung bedeutet, dass das Wohnen vom Markt genommen, die Verwertungsmechanismen außer Kraft gesetzt werden müssen. Demokratisierung meint in erster Linie, dass wir die Mitsprache der Bewohner*innen stärken müssen. Im wohnungspolitischen Getümmel, wo immer neue Einzelinstrumente ins Gespräch gebracht werden, kann man anhand dieser beiden Kriterien beurteilen, wie transformativ sich ein bestimmtes Instrument am Ende auswirkt. In den letzten vier Jahrzehnten haben wir gesehen, dass die Regulierung über Gesetze, Verbote und Verordnungen nicht gut funktioniert, weil es nicht genug Personal gibt, um die Umsetzung zu kontrollieren. Die strengste Zweckentfremdungsverordnung ist wirkungslos, wenn das Bezirksamt zu klein ist, um für die Einhaltung zu sorgen. Bei der Mietpreisbremse haben wir etwas Ähnliches erlebt: Die Sozialdemokratie hat sie bejubelt, aber in der Praxis läuft die Bremse ins Leere, weil sich viele Vermieter*innen einfach nicht daran halten. Auch die staatliche Mittelvergabe scheint mir als Mittel nicht besonders effizient. Die Förderprogramme sind in Deutschland ja immer zeitlich begrenzt. Dadurch bleibt auch der soziale Wohnungsbau befristet. Greifen könnte eine andere Politik nur, wenn sie dauerhaft etabliert würde – was aber nicht geschieht, weil immer wieder neue Prioritäten gesetzt werden, also jetzt beispielsweise Waffen wichtiger sind als Wohnungen.

    Was als Instrument hingegen auch langfristig wirken würde, wäre die Stärkung von öffentlichem und Gemeineigentum. Das wäre – neben der Regulation und der Vergabe von Finanzmitteln – der dritte Modus staatlichen Handelns. So wie die Kommunen Schulen und Bibliotheken unterhalten, müssten sie auch Wohnraum zur Verfügung stellen. Das wäre der entscheidende Ansatz. Und was Ihre Frage nach den selbstverwaltete Genossenschaften angeht: Das sind interessante Experimente, aber viel zu voraussetzungsreich für das Gros der Bevölkerung.

    Sie betonen auf Veranstaltungen gern, dass sich »kämpfen lohnt«. Wie könnte die Mieterbewegung wieder in die Vorderhand kommen?

    In Berlin gab es im letzten Jahrzehnte ausgeprägte Mieterkämpfe. Viele kleine Gruppen haben praktische Forderungen gestellt. Vorkaufsrecht, Milieuschutz, Umwandlungsverordnung – fast alles, was unter Rot-rot-grün an progressiver Wohnungspolitik gemacht wurde, kam als Forderung ursprünglich aus der Mieterbewegung. Aber offensichtlich hat dieser Ansatz nicht zum gewünschten Erfolg geführt. Die Mieten steigen weiter, die Zahl der Wohnungslosen wächst. Deshalb ist ein Strategiewechsel nötig. Die Kampagne »Deutsche Wohnen Enteignen & Co« hat das versucht. Sie will den öffentlichen Wohnungsbestand über Enteignungen erweitern. Die Kampagne hat das Volksbegehren klar gewonnen, die Umsetzung wird aber vom Senat verweigert. Nun versuchen Initiativen über Organizing-Ansätze eine klassisch-gewerkschaftliche Perspektive stark zu machen. Ob dieser Ansatz helfen kann, die Durchsetzbarkeit eines radikalen Reformprogramms, wie es die Vergesellschaftung wäre, zu stärken, wird sich erst in den nächsten Jahren zeigen.

    Andrej Holm, 1970 in Leipzig geboren, ist Sozialwissenschaftler. Er forscht an der HU Berlin zu den Themen Mieten, Stadtentwicklung und Gentrifizierung. 2023 gab Holm gemeinsam mit Georgia Alexandri und Mathias Bernt die englischsprachige Studie »Wohnungspolitik unter Bedingungen der Finanzialisierung« heraus, in der die Lage in mehreren europäischen Großstädten verglichen wird.

    #Euripe #Allemagne #immobilier #logement #spéculation #capitalisme

  • Wie uns die Internet-Giganten wieder zu Vasallen machen
    https://www.infosperber.ch/gesellschaft/technik/wie-uns-die-internet-giganten-wieder-zu-vasallen-machen

    11.05.2024 von Heinz Moser - Die Digitalisierung stellt die industrielle Welt auf den Kopf. Es droht eine Rückkehr zur Feudalherrschaft.

    Wenn sich die grössten IT-Unternehmen der Welt mit neuen Produkten durchzusetzen versuchen, kann sich ein einzelner Staat wie die Schweiz nicht entziehen. Umso mehr Einfluss haben die Bosse der digitalen Wirtschaft und ihre weltumspannenden Plattformen gegenüber den staatlichen Mächten. Die grössten dieser US-Konzerne werden als «7 Magnificants» bezeichnet, da sie die globale Wirtschaft mit ihren Milliarden bestimmen. Sie sind offenbar nicht nur «gross», sondern auch «grossartig». Gemeint sind damit Amazon, Alphabet, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia und Tesla.

    Die Tech-Giganten beherrschen mit ihren unterschiedlichen Schwerpunkten die digitale Wirtschaft: Apple und Microsoft sind seit Jahrzehnten Schwergewichte auf dem PC-Markt. Dazu kommen Plattformen für Online-Verkäufe wie Amazon oder von «Social Media» wie «Meta». Allerdings handelt es sich um eine Momentaufnahme. Nvidia ist erst kürzlich mit dem Hype um KI zu den führenden Konzernen aufgestiegen, und chinesische Anbieter wie Baidu, Alibaba und Tencent holen rasant auf.

    Die «glorreichen Sieben»

    Die «glorreichen Sieben» prägen immer stärker die Kultur des digitalen Zeitalters. Wie stark ihr gesellschaftlicher Einfluss ist, zeigt sich daran, dass die Bosse und Entrepreneure des digitalen Zeitalters leicht mit den grossen Unternehmern des Industriezeitalters verglichen werden können – etwa mit John Rockefeller in den USA oder mit Alfred Escher, dem Zürcher Industriekapitän des 19. Jahrhunderts. Dieser war hierzulande führender Vertreter des Industriekapitalismus und Zürcher Regierungsrat. Er förderte massgeblich die Eidgenössische Technische Hochschule (ETH) und war Pionier der Eisenbahnverbindung durch den Gotthard.

    Steve Jobs und Apple: Die Ikone des digitalen Zeitalters ist Steve Jobs, der charismatische Chef von Apple, der früh an Krebs verstarb. Er schaffte es, mit dem Iphone eine neue Form der Kommunikationskultur zu begründen. Sein Biograf Walter Isaacson zeigt auf, dass Jobs eine Mischung aus Genie und Wahnsinn war. Einerseits ein absoluter Perfektionist, für den Design alles zählte, aber auch despotisch und machtbewusst. Seit den Apple-Rechnern und dem legendären Mac entwickelte er seine Gerätepalette für den digitalen Alltag stetig weiter. Jobs veränderte mit dem Macintosh die ganze Computerindustrie und mit dem Ipod die ganze Musikindustrie. Die oft auch brutale Härte hinter dieser Erfolgsgeschichte zeigt Isaacson (S. 363) am Personal-Digital-Assistent «Newton» auf, den Jobs von einem auf den anderen Tag fallen liess. Jobs brüskierte damit den damaligen Apple-CEO Gil Amelio, indem er ihn am Telefon aufforderte «Newton abzuschiessen». Amelio war total überrumpelt und fragte nach, ob das nicht zu teuer wäre. Jobs darauf: «Hak es ab, schreib es ab, werd es einfach los. Es spielt keine Rolle, was es kostet. Die Leute werden Hurra schreien, wenn es in der Versenkung verschwunden ist.»

    Wie exzentrisch und machtbewusst die neuen Mogule des Plattformkapitalismus sind, zeigen auch andere Exponenten der «glorreichen Sieben»:

    Bill Gates und Microsoft: Die Biographie von Bill Gates wird im Buch des Investigationsjournalisten Tim Schwab mit «Das Bill-Gates-Problem» überschrieben. Der Microsoft-Gründer, der durch seine Stiftung als Wohltäter gilt, ziehe nicht nur finanziellen Nutzen aus seiner Stiftung, sondern übe durch sie auf undemokratische Weise enorme Macht aus. Schon nach der Gründung von Microsoft galt Gates als arrogant und skrupellos. Als sein Partner Paul Allen erkrankte, versuchte er ihn finanziell auszubooten. Gates, so Allen, sei ein Mensch, der sich stets gedrängt fühle, seine Überlegenheit zu beweisen und andere zu vernichten, wenn er das könne.

    Auch der Mythos des Wohltäters ist seit Tim Schwabs Buch angekratzt. Gates sei in Wirklichkeit ein Machthaber und seine Gates Foundation in Wahrheit eine politische Organisation – ein Werkzeug, um in der öffentlichen Politik mitzumischen. Der Philanthropismus der Superreichen sei ein Mittel, um weltweit auf die Politik Einfluss zu nehmen – und dies auf undemokratische Weise. Tim Schwab schreibt dazu: «Dass die Superreichen ihr Privatvermögen nahtlos in politische Macht verwandeln können, ist ein deutliches Zeichen für ein Scheitern der Demokratie und das Aufkommen einer Oligarchie» (S. 27). Gemäss der NZZ kamen mehr als 10 Prozent des Budgets der WHO für 2020/21 von der Gates Foundation. Einzig Deutschland bezahlte mehr.

    Marc Zuckerbergs Konzern Meta: Mark Zuckerberg hat Facebook 2004 als Social-Media-Netz gegründet und ist bis heute CEO dieses Unternehmens. Mit seinen Mitgründern überwarf er sich, zahlte sie dann aber nach einem Vergleich aus. Als Facebook nach 2010 aus der Mode kam, dachte man bereits ans Ende der Höhenflüge seines Konzerns. Doch Zuckerberg kaufte seine wichtigsten Konkurrenten Whatsapp und Instagram auf und ist bis heute einer der führenden Internet-Unternehmer im Bereich der Social Media geblieben.

    Als in den USA der Stern von Donald Trump zu leuchten begann, war Facebook tief in den Wahlkampf verstrickt. Die Firma Cambridge Analytica hatte die Profile von 87 Millionen Facebook-Nutzern ausgewertet, um gezielt mit den unrechtmässig abgegriffenen Daten Wahlkampf zu betreiben. Gemäss der New York Times konnten damit die privaten Social-Media-Aktivitäten eines grossen Teils der amerikanischen Wählerschaft zugunsten des Wahlkampfs von Donald Trump ausgenutzt werden. Sechs Jahre später akzeptierte der Facebook-Mutterkonzern Meta einen Vergleich, mit welchem die Sammelklage von Usern durch die Zahlung von 725 Millionen US-Dollar beigelegt wurde.

    Jeff Bezos und Elon Musk: Auch Jeff Bezos, Chef der Warenplattform Amazon, hat sich politisch in Stellung gebracht, indem er die Washington Post, eine der renommiertesten Zeitungen der USA, 2013 für 250 Millionen Dollar kaufte. Frank Lobigs, Medienwirtschaftler an der Technischen Universität Dortmund, meinte damals im Deutschlandfunk, es handle sich um einen «mäzenatischen» Zug, um die traditionsreiche Zeitung zu erhalten. Die «Zeit» kommentierte diesen Kauf deutlich nüchterner: «Die Washington Post wird nicht Amazon gehören, sondern Bezos persönlich; sie wird von der Börse genommen. Aber der Gedanke, dass er das Hauptstadtblatt nicht auch für Lobbyarbeit für Amazon nutzen wird, ist absurd.»

    Ursprünglich waren die Mogule des digitalen Kapitalismus eng mit der Entwicklung der digitalen Kommunikationsmittel (PC, Internet und Handy) verbunden. Die digitalen Plattformen und die Daten, die hier bewirtschaftet werden, sind heute weit darüber hinaus der Motor der wirtschaftlichen Entwicklung. Das belegt Jeff Bezos Amazon, das den Online-Handel weltweit dominiert. Aber auch der Autobauer Tesla von Elon Musk ist ein breit aufgestellter Technologiekonzern, der über die Auswertung der Daten seiner Kunden das autonome Fahren forciert.

    Die Rivalitäten der Tech-Mogule

    Die Plattformen und ihre egomanischen Besitzer kämpfen oft hemdsärmelig um ihre Pfründen und Königreiche. Das kann bis zu persönlichen Auseinandersetzungen gehen. So kündigten Marc Zuckerberg und Elon Musk einen Mixed-Martial-Arts-Kampf für 2024 an. Doch dieser Kampf rückte gerade in weite Ferne. Denn Zuckerberg hatte sich im Training für den Käfigkampf das Kreuzband gerissen und musste operiert werden. Mit harten Bandagen wird aber auch in den Geschäftsbereichen der Tech-Milliardäre operiert. Legendär ist die Rivalität zwischen Bezos Amazon und Musks Firma Space Ex in der Raumfahrt. Beide sind mit ihren wiederverwendbaren Raketen Rivalen, die Touristen in den Weltraum senden und den Mars besiedeln wollen.

    Auch bei der Entwicklung der Künstlichen Intelligenz stehen die Grosskonzerne in Konkurrenz. Neben Chat GPT von der Firma Open AI, die eng mit Microsoft verbunden ist, und Google mit «Bard» sind hier immer mehr Konkurrenten im Rennen. So entwickelt auch der «Meta»-Konzern von Facebook das eigenen Sprachmodell Llama 3, das die bisherigen KI-Modelle übertreffen soll. Und es stehen auch Jeff Bezos mit «Perplexity» und Elon Musk mit «Grok» in den Startlöchern.

    Die These vom Technofeudalismus

    Angesichts der neuen Tech-Herrscher, die sich um geltende Regeln nicht scheren, wenn sie quer zu ihren Anliegen verlaufen, stellt sich die Frage, ob sich die Welt zur feudalistischen Herrschaftsform zurückbewegt. Der ehemalige Wirtschaftsminister Griechenlands, Yannis Varoufakis, spricht von einem «Technofeudalismus», der sich als neue Herrschaftsform zu etablieren beginnt. Der klassische Kapitalismus sei tot, und es habe eine neue Ära begonnen. Das Entscheidende der neuen «digitalen Herrschaft»: Sie floriert nicht mehr über die Güter, welche produziert werden. Vielmehr zahlen die Firmen, die dort ihre Produkte anbieten eine Abgabe. Diese vergleicht er mit dem Lehen, das im Mittelalter die Bauern abzugeben hatten. Heute geschehe dies in Form von Daten, welche die Besitzer dieser neuen Plattformen für ihre eigenen Zwecke abschöpfen. Mit jedem Click und jedem Like vergrössern sie ihre Macht, denn die Währung, die zu dem unglaublichen Reichtum der Konzerne führt, sind unsere Daten, die wir an sie abgeben. Technofeudalismus sei die Vorstellung, dass wir Big-Tech (Amazon, Google, Apple und Meta) dienen, indem wir Daten für den Zugriff auf ihre Cloud zur Verfügung stellen. So wird das autonome Fahren, das Musk mit Tesla vorbereitet, nur aufgrund der Millionen von Kundendaten möglich werden, die verarbeitet werden.

    Nach Varoufakis haben die konventionellen kapitalistischen Hersteller fast keine andere Wahl mehr, als ihre Waren nach dem Gutdünken der Cloudalisten zu verkaufen und ihnen für dieses Privileg eine Gebühr zu zahlen. Sie entwickeln damit zu ihnen eine Beziehung, die sich nicht von Vasallen gegenüber ihren feudalen Oberherren unterscheidet. Die These vom Technofeudalismus unterstützt auch der Genfer Wirtschaftsprofessor Cédric Durant. Für ihn bedeutet der Technofeudalismus, dass mit der Digitalisierung der Welt ein grosser Rückschritt begonnen habe. Die Wettbewerbsbeziehungen hätten sich zu Abhängigkeitsverhältnissen entwickelt. Folgen seien die Rückkehr der Monopole, die Abhängigkeit der Subjekte von Plattformen, die Verwischung der Unterscheidung zwischen Wirtschaft und Politik.

    Die Macht der Clouds

    Das Aufkommen der Internet-Giganten ist nicht allein eine weitere industrielle Revolution. Nach Varoufakis ist damit jene Epoche zu Ende, welche die Fesseln des mittelalterlichen Feudalismus auflöste, aus dem dann Kapitalismus und Demokratie hervorgingen. Der Vasall wird wieder an seinen neuen Herrn, den Cloud-Kapitalisten, gebunden. Die Besitzer der Plattformen erwerben eine immense Macht, indem sie unser Verhalten vorhersagen, unsere Präferenzen lenken und unsere Entscheidungen beeinflussen. Sie machen uns zu ihren unbezahlten Dienern, deren Aufgabe es ist, die dazu notwendigen Algorithmen zu trainieren. Allerdings kann die Macht der Cloud auch überschätzt werden. Die Cloud ist auf die Massenproduktion von industriellen Waren angewiesen, damit Abgaben fällig werden. So ist für Tesla die Cloud zwar wichtig, aber es braucht auch die industriellen Innovationen, welche aus dem Elektroauto ein gefragtes Produkt machen. Insgesamt gilt: Erst wenn innovative Produkte auf Online-Märkten angeboten werden, können die Plattformen davon profitieren.

    Dass auch die Macht des Technofeudalismus auf tönernen Füssen steht, zeigt das Beispiel von Elon Musk, der mit Tesla und seiner chinesischen Gigafactory den chinesischen Markt aufrollte. Es war eine klassische industrielle Strategie, welche Tesla nutzte, um in China führender Anbieter von Elektromobilen zu werden. Die New York Times weist darauf hin, wie Musk eng mit staatlichen Führungskräften zusammenarbeitete – etwa mit dem heutigen chinesischen Ministerpräsidenten Lu Qiang. Diese «symbiotische» Bindung an Chinas Staatsführung ist für die New York Times besorgniserregend, da Musks Weltraum-Unternehmen SpaceX heikle Pentagon-Verträge hat und einen grossen Teil des Satelliten-Internets der Welt kontrolliert.

    Es ist zudem Ironie der Geschichte, dass die China-Strategie von Tesla letztlich die chinesischen Autobauer stärkte. Der chinesische Rivale BYD überholte Tesla am Ende des letzten Jahres bei den weltweiten Verkäufen. Der Aktienkurs von Tesla brach aufgrund rückläufiger Verkäufe in China ein. Musk büsste den Titel des reichsten Mannes der Welt ein. Erst im April dieses Jahres kündigte Tesla die Entlassung von weltweit 10 Prozent der Belegschaft an. Aber auch chinesische Tech-Riesen wie Alibaba oder Baydou gefährden die westlichen Grosskonzerne. Dabei passt das Bild des Technofeudalismus nur beschränkt, weil in China der Staat die eigenen Konzerne unterstützt. Es könnte deshalb sein, dass der Technofeudalismus die Warengesellschaft des Kapitalismus nicht ablöst, sondern neue Dynamiken im bisherigen Wirtschaftssystem hervorruft. Wie die Soziologin Sabine Pfeifer festhält, führt dies zu Fragen wie: «Welche Mechanismen des Kapitalismus verstärken, verändern und verschieben sich?»

    Was die demokratischen Gesellschaften gegen den Technofeudalismus tun können

    Dass die Bäume der Tech-Magnaten auch gegenüber gewerkschaftlichen Kräften nicht in den Himmel wachsen, musste Elon Musk, der mit Gewerkschaften wenig am Hut hat, am Beispiel von Schweden lernen. Hier steht er unter starkem Druck, weil die Arbeiter von Tesla einen Tarifvertrag fordern und seit einem halben Jahr im Streik stehen. In Schweden und in anderen nordischen Ländern werden die Forderungen der Tesla-Beschäftigten mit Sympathieaktionen unterstützt. Für Musk war dies unverständlich, weil er die Mentalität europäischer Gewerkschaften zu wenig kennt. Sein Kommentar auf X: «Das ist verrückt.» Vor wenigen Tagen besänftigte er seine Tonlage: «Ich denke, der Sturm ist vorüber. Die Dinge sind in Schweden in einer ganz guten Verfassung.»

    Besonders wichtig für die Demokratie sind die staatlichen Zusammenschlüsse auf der internationalen Ebene, die am ehesten den Tech-Giganten Paroli bieten können. So versucht die EU den Datenschutz durch eine «Europäische Datenschutz-Grundverordnung» (DS-GVO) zu regeln. Diese umfasst Fragen, die sich durch «Big Data» und neue Techniken oder Arten der Datenverarbeitung wie Profilbildung, Webtracking oder dem Cloudcomputing ergeben.

    Das Europäische Parlament hat in diesem Jahr zudem die Risiken des Einsatzes von Künstlicher Intelligenz beschränkt. Die KI-Systeme sollen dadurch sicher, transparent, nachvollziehbar, nicht diskriminierend und umweltfreundlich werden. Gegenüber den privaten Interessen der Big-Tech-Unternehmer bilden damit staatliche Institutionen und Organisationen ein Gegengewicht zu den neofeudalistischen Tech-Fantasien. Demokratie und politische Willensbildung werden davon abhängen, ob es gelingt, eine politische Sphäre zu bewahren, welche es nicht Netzwerken wie X (dem früheren Twitter) überlässt, den öffentlichen Diskurs zu organisieren.

    Wenn die EU versucht, das eigenwillige Treiben der Tech-Konzerne in geordnete Bahnen zu lenken, so blickt das Silicon Valley misstrauisch nach Europa. Denn der EU ist es dank ihrer Wirtschaftsmacht gelungen, so etwas wie Grundregeln im Umgang mit KI und Internet zu formulieren. Nun müssten diese Regulierungen aber weltweit durchgesetzt werden – auch mit Milliardenstrafen, wenn es nötig ist. Erst dann wird der Mythos des Technofeudalismus als Entwicklung verstanden werden, die aus der Zeit gefallen ist.

    Bücher zu den Superreichen

    Walter Isaacson, Steve Jobs. München 2011 (Bertelsmann)

    Tim Schwab, Das Bill Gates Problem. Der Mythos vom wohltätigen Millionär, Frankfurt 2023 (Fischer)

    Sheera Frenkel, Cecilia Kang, Inside Facebook. Die hässliche Wahrheit, Frankfurt 2021 (Fischer)

    Walter Isaacson, Elon Musk. Die Biografie. München 2021 (Bertelsmann)

    Yanos Varoufakis, Technofeudalismus. What Killed Capitalism. London 2023 (Penguin Random House)

    #écconomie #politique #capitalisme #monopoles #impérialisme #

  • Ecolos, mais pas trop…

    Le #capitalisme menace la vie sur terre. Aucune issue technique à ce constat. Les usages destructeurs des ressources naturelles sont inscrits au plus profond des structures sociales : école, travail, propriété, marché, etc. Ils forgent des conditions de classe écologiquement inégales et antagoniques.
    Ce livre montre qu’une #écologie_politique véritablement transformatrice doit avoir pour horizon la refonte des cadres fondamentaux de la vie sociale qu’exige l’invention d’une société respectueuse des #limites_planétaires.

    https://www.raisonsdagir-editions.org/catalogue/ecolos-mais-pas-trop

    https://www.youtube.com/watch?v=cpAY24KcGqw&embeds_referring_euri=https%3A%2F%2Fwww.raisonsdagir-ed


    #livre #écologie #classes_sociales

  • Le capitalisme réellement existant en roue libre

    « Si la production est mesurée en fonction des machines finies, il y a une pénurie de pièces de rechange. Si les objectifs prévus du plan sont mesurés en termes de tonnes par kilomètre lors de l’organisation du transport, les possibilités de transport optimales sont négligées. Si les chandeliers sont mesurés en poids, ils deviennent inutilement lourds. Comme les unités d’études géologiques reçoivent leurs plants par mètres forés, elles effectuent des travaux dont elles savent qu’ils ne sont pas nécessaires. Si le tissu est mesuré en longueur, il devient trop étroit. Lorsque le combinat de construction de Stalingrad a reçu un plan basé sur le matériau utilisé, du métal a été délibérément gaspillé pour le réaliser ».

    Cette citation issue de L’effondrement de la modernisation de Kurz (p. 130) montre les difficultés de l’Etat soviétique à fixer bureaucratiquement des objectifs de production correspondant à une demande rationnelle.

    Une fois un indicateur quantitatif fixé comme objectif de production, celui-ci devient un but en soi, tautologique, indépendant de l’utilité sociale de cette production - production réalisée en échange d’un salaire.

    Alors qu’on trouve facilement risible l’absurdité bureaucratique d’une telle gestion de l’économie, il s’en faut encore de beaucoup pour qu’on puisse se moquer ouvertement de la production capitaliste de 2024.

    Pourtant, le peu de considération sur la « valeur d’usage » de ce qui était alors produit industriellement en URSS se retrouve aujourd’hui, dans la quête d’argent inhérente à toute activité de production, qui rend tout aussi inutile de s’attarder sur la réelle utilité sociale de ce que l’on produit.
    Les résultats sont tout aussi fous, absurdes, mais aussi plus inquiétants parce que même la critique écologiste reste radicalement muette devant l’absurdité des critères monétaires de la production - c’est tellement banal qu’elle ne le voit plus.

    Le gaspillage des ressources de l’URSS paraît maintenant bien innocent devant celui de la production actuelle, guidée par l’unique et indigent critère de l’argent.

    Un exemple parmi d’autres est la conception automobile : le poids des voitures augmente régulièrement. Une voiture plus grosse n’est pourtant pas plus sécurisante (distance de freinage) et bien entendu elle consomme plus d’énergie et de ressources. Cette augmentation de poids ne correspond pas à une demande de la société.

    Car concevoir des voitures qui pèsent moins de poids... cela coûte plus d’argent.

    C’est ce qui est expliqué ici :
    https://youtu.be/G_udsurUfyc?t=700

    Une autre vidéo (2) généralise le propos, laissant apparaître une accélération de la consommation des ressources, par l’obsolescence accélérée des véhicules.

    Aujourd’hui, il y a une sophistication délirante de la production de masse, fruit d’une course mimétique vers une performance abstraite et insensée.
    Là où la bureaucratie soviétique validait par avance la production industrielle par divers critères quantitatifs (ou des prix administrés tentant de les synthétiser) - sans égard aux besoins des gens - le commerce capitaliste planétaire de 2024 est validé par le « marché », somme mimétique d’achats individuels soumis aux stratégies des industriels pour rendre ces achats récurrents et ainsi valider l’appareil productif dans son ensemble - sans égard à toutes les autres sortes de conséquences.
    Contrairement au cas de l’URSS, le gaspillage et l’obsolescence de cette production validée par le marché n’est donc pas une conséquence d’une production uniquement réalisée pour « faire du chiffre », mais la condition qui rend possible cette production.

    (2) https://www.youtube.com/watch?v=de08ZG3mlVU

    PS. Un autre exemple de validation destructrice par le marché est le fait d’imprimer en masse des imprimés inutiles - ce qui est rentable si c’est de la pub - générant ensuite des activités de recyclage également rentables, même quand une bonne partie de ces papiers partent directement à la poubelle.
    Pour qu’une activité de production marchande inutile ou destructrice ait lieu, il suffit d’avoir une masse de pognon suffisamment grande accumulée quelque part pour ne pas avoir besoin de « regarder à la dépense », ce qui veut dire acheter le silence des personnes prioritairement satisfaites d’obtenir cet argent en « travaillant » peu importe pour quoi faire, et trouvant ainsi une place dans la société.

    #capitalisme-en-roue-libre

    #Kurz #URSS #valeur #écologie #obsolescence

  • « Une belle grève de mai », par Benjamin Fernandez (abonnés ⁕ en kiosques, mai 2024) // https://www.monde-diplomatique.fr/66839


    David de la Mano. — « Ante el silencio » (Avant le silence), Saint-Nazaire, 2019

    Un an avant Mai 68, mouvement de grève le plus important de l’histoire de #France, une ville de 63 000 habitants vit près de 50 000 manifestants réclamer de meilleurs salaires. Était-ce la répétition générale ? En tout cas un moment de grande solidarité entre les diverses catégories d’ouvriers de Saint-Nazaire, mais également entre cette masse de salariés et l’ensemble de la population. Destination commune : la victoire.

    Près de 60 ans après, faut croire que le #patronat à pris sa revanche en empoisonnant la population de #Saint_Nazaire et au-delà. Une enquête de #splann qui fera date. Saint-Nazaire, malade de ses industries
    https://splann.org/enquete/pollution-saint-nazaire
    https://seenthis.net/messages/1054226
    #capitalisme #Seveso #pollutions #sociétés_industrielles

  • Quand commence le capitalisme ? De la société féodale eu monde de l’Economie : conférence de Jérôme Baschet (Vidéo de présentation du livre)
    http://www.palim-psao.fr/2024/05/quand-commence-le-capitalisme-de-la-societe-feodale-eu-monde-de-l-economi

    Le livre est sorti ! Présentation résumé d’1H :

    https://www.youtube.com/watch?v=1_rl7oNzPyA

    #Jérôme_Baschet #Histoire #capitalisme #colonialisme #moyen_âge #économie

  • Démanteler la catastrophe : tactiques et stratégies, Les soulèvements de la terre
    https://lundi.am/Demanteler-la-catastrophe-tactiques-et-strategies

    edit Sommaire et premières pages

    https://lafabrique.fr/wp-content/uploads/2023/12/Premières-secoussesBAT-pages-1-5-6-15-20-copie.pdf

    « Faire redescendre l’écologie sur #terre » écrivions-nous dans l’appel fondateur de janvier 2021. Il ne s’agit pas d’une simple formule, mais bien d’une ligne politique. Si la Terre est un objet céleste, c’est plutôt du sol et de la glèbe qu’il est ici question. Faire redescendre l’écologie sur terre, c’est renoncer à vouloir « sauver la planète ». Cette ambition de superhéros est bien trop grande pour nous. La Terre n’a pas besoin de nous. Elle nous a précédé·es et nous survivra. Cette prétention est aussi démesurée que ses conséquences sont dérisoires. Elle se réduit bien souvent à réclamer qu’un hypothétique « gouvernement mondial » prenne des « mesures » contre le bouleversement climatique.
    Comme le ciel, le #climat paraît hors de notre portée. Telle une totalité inaccessible, il nous surplombe et nous excède. La première vague du « mouvement climat » nous a confronté·es à cette impuissance. De COP en marches massives, de camps actions climat en rapports du GIEC, nous ne sommes pas par- venus à infléchir significativement le ravage en cours. Face à cette impasse, nous faisons le pari d’une écologie terre à terre qui s’ancre dans les luttes foncières et territoriales.

    (...) La question foncière se situe à l’intersection de la question écologique, de la question sociale et de la question coloniale.

    #capitalisme #écologie #désarmement #SdlT #livre

    • « Premières secousses » : le manifeste des Soulèvements de la Terre
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/26/premieres-secousses-le-manifeste-des-soulevements-de-la-terre_6230064_3232.h

      Après avoir échappé à la dissolution, le mouvement détaille ses pratiques militantes radicales et tente de structurer sa pensée politique.
      Par Nabil Wakim

      Livre. Comment structurer la pensée radicale quand les fumées des grenades lacrymogènes se sont dissipées ? Dans un livre manifeste, intitulé Premières secousses (La Fabrique, 296 pages, 15 euros) et signé collectivement Les Soulèvements de la Terre, cette organisation polymorphe tente de définir les grandes lignes politiques d’un mouvement jusqu’ici en priorité tourné vers l’action.

      Le contexte, d’abord : après les manifestations contre l’installation de gigantesques retenues d’eau à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) et les opérations menées contre des cimenteries, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, avait demandé la dissolution du groupe. Une décision ensuite annulée par le Conseil d’Etat. Le collectif le souligne d’ailleurs dès les premières lignes : « Ce livre avait toutes les chances d’être interdit et mis au pilon au moment où nous avons commencé à l’écrire. » Un ouvrage à la forme étonnante, qui mêle une justification a posteriori des actes les plus visibles, une autohistoire des luttes des Soulèvements et une réflexion intellectuelle sur la radicalité des mouvements sociaux.

      Le moins que l’on puisse dire, c’est que la tentative ratée de dissolution n’a pas refroidi les ardeurs des militants. Dès les premières pages, le livre explique que le mouvement se reconnaît en premier lieu dans trois modes d’action. D’abord, le #blocage, défini comme « une suspension d’une infrastructure responsable du ravage écologique » – arrêter un chantier, par exemple. Le « désarmement », présenté comme la « mise en pièces d’infrastructures ou de chantiers qui accélèrent la catastrophe en cours », autrement dit, le #sabotage. Et, enfin, « l’#occupation_de_terres » – à la manière de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), souvent citée en exemple.

      Radicalisation des modes d’action

      Une part importante de l’ouvrage raconte d’ailleurs la façon dont les Soulèvements ont progressivement radicalisé leurs modes d’action, et réussi à entraîner dans leur sillage d’autres militants, qu’il s’agisse d’agriculteurs, de syndicalistes ou d’écologistes. Le livre raconte par le menu la bataille qui s’est déroulée autour des #mégabassines dans le pays niortais. Et explique comment les actions de sabotage ou d’occupation de lieux n’étaient pas forcément consensuelles au départ. Elles le sont progressivement devenues, estiment les auteurs, dans l’enthousiasme de la contestation commune mais aussi face à la #répression.

      « Nous n’avions pas anticipé l’ampleur inédite du feu qui s’est abattu sur nous ce jour-là », reconnaissent ainsi les militants à propos des affrontements de Sainte-Soline. « Tactiquement, nous sommes défaits. Politiquement, mille questions se posent. Sensiblement, c’est dur », analysent encore Les Soulèvements, qui entrent en détail dans les débats du mouvement après ces événements.

      Si l’#agro-industrie se trouve dans le viseur du mouvement, c’est également le cas du secteur du #ciment, considéré comme « l’une des industries les plus universellement associées au ravage environnemental ». Le livre est moins centré sur le secteur des énergies fossiles, pourtant premier responsable du réchauffement climatique.

      Il s’agit, par ailleurs, de marquer ses positions, en se différenciant de mouvements écologistes plus classiques, trop focalisés, selon les auteurs, sur la question climatique. « L’écologie qui fait la morale est au mieux impuissante, au pire contre-productive », écrivent Les Soulèvements de la Terre. Les militants insistent toutefois, dans le même temps, sur la nécessité de la « #composition », une démarche qui justifie le fait de travailler avec des activistes plus traditionnels qui acceptent de défiler à leurs côtés, sans se mêler aux actions de sabotage, mais sans les condamner.

      Dessiner les prochaines étapes

      Sur le fond, Les Soulèvements de la Terre mettent l’accent sur une articulation entre les questions écologiques, sociales et coloniales. Et vont puiser – en vrac – leurs références intellectuelles dans les œuvres de Karl Marx, d’Edouard Glissant, de Kristin Ross ou de la philosophe Simone Weil, dans l’histoire de la Commune de Paris ou celle du syndicalisme révolutionnaire. Ils prennent néanmoins un malin plaisir à souligner un désaccord politique avec le chercheur suédois Andreas Malm, auteur, chez le même éditeur, de Comment saboter un pipeline – et considéré par le ministère de l’intérieur comme l’un des inspirateurs du mouvement.

      Les auteurs tentent également de dessiner les prochaines étapes de leur engagement, en insistant sur la nécessaire organisation par la base et par les collectifs locaux, et en refusant un « léninisme vert » autoritaire. Forts de leur expérience dans les modes d’action radicaux, Les Soulèvements se rêvent en « force d’intervention » militante, en soutien à des mouvements sociaux. Mais souhaitent aussi participer à rendre certains territoires « ingouvernables » pour les institutions – comme un message adressé directement au ministre de l’intérieur.

      #organisation_politique #tactique #stratégie

  • Pour une politique écoféministe

    Dans son livre « Pour une politique écoféministe. Comment réussir la #révolution_écologique », qui paraît aujourd’hui aux éditions le passager clandestin et aux Éditions Wildproject, la chercheuse et activiste australienne #Ariel_Salleh déconstruit le système « productif-reproductif » capitaliste et patriarcal à partir d’un #matérialisme_incarné, pour déjouer la #domination croisée de la Nature et des femmes. Extraits choisis.

    https://www.terrestres.org/2024/05/10/pour-une-politique-ecofeministe

    #écoféminisme #féminisme #écologie #patriarcat #production #reproduction #capitalisme #livre

    • Pour une politique écoféministe

      La moitié de la population mondiale pratique au quotidien des valeurs dites féminines – qui s’avèrent être aussi des valeurs écologiques. Loin de tout essentialisme, Ariel Salleh met en évidence le rôle majeur des femmes, mais aussi des paysan·nes et des peuples autochtones, dans le soin et le maintien des milieux de vie, un travail vital mais invisible aux yeux du capital. Là où le prolétariat de Marx a échoué, elles et ils sont en mesure de constituer une nouvelle classe révolutionnaire – le moteur manquant d’une véritable révolution écologique.

      Engagée dans les luttes contre l’exploitation des terres aborigènes dans les années 1970, Ariel Salleh priorise le rôle des femmes des Suds. Selon elle, l’écoféminisme est la synthèse de quatre révolutions – écologique, féministe, socialiste et décoloniale – qui ne pourront pas aboutir les unes sans les autres.

      Un manuel politique pour refonder le mouvement écologiste.

      https://www.lepassagerclandestin.fr/catalogue/boomerang/pour-politique-ecofeministe

  • « Joyeux anniversaire, Karl » !

    A cette occasion, voici une liste non exhaustive d’ouvrages en anglais concernant les écrits de Marx ainsi que d’autres auteurs proposant une réinterprétation des pensées « Marxiennes » dans le but d’une adaptation à l’époque contemporaine.

    Karl Marx : a Verso Reading List | Verso Books
    https://www.versobooks.com/en-gb/blogs/news/may-5th-is-karl-marxs-birthday-verso-red-may-sale

    Parmi cette liste, un ouvrage a retenu mon attention, celui de Georg Lukács : The Destruction of Reason
    https://www.versobooks.com/en-gb/products/2695-the-destruction-of-reason

    A classic of Western Marxism, The Destruction of Reason is Georg Lukács’s trenchant criticism of German philosophy after Marx and the role it played in the rise of National Socialism. Originally published in 1952, the book is a sustained and detailed polemic against post-Hegelian German philosophy and sociology from Kierkegaard to Heidegger. The Destruction of Reason is unsparing in its contention that with almost no exceptions, the post-Hegelian tradition prepared the ground fascist thought. In this, the main culprits are Friedrich Nietzsche and Martín Heidegger who are accused, in turn, of introducing irrationalism into social and philosophical thought, pronounced antagonism to the idea of progress in history, an aristocratic view of the “masses,” and, consequently, hostility to socialism, which in its classic expressions are movements for popular democracy—especially, but not exclusively, the expropriation of most private property in terms of material production.

    The Destruction of Reason remains one of Lukács’s most controversial, albeit little read, books. This new edition, featuring an historical introduction by Enzo Traverso, will finally see this classic come back in to print.

    #Karl_Marx #philosophie_post_hégélienne #capitalisme #Nietzsche #Heidegger #fascisme #Georg_Lukács

  • « Le Temps des Paysans » sur ARTE : Une exploration des racines de la domination.
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2024/05/02/le-temps-des-paysans-sur-arte-une-exploration-des-rac

    La série documentaire en quatre épisodes, « Le Temps des Paysans », de Stan Neumann, diffusée sur la chaîne ARTE, plonge le spectateur au cœur des siècles passés pour lui offrir une vision saisissante de l’avènement des dominations religieuses et seigneuriales. À travers une narration captivante et des images d’archives fascinantes, cette série nous transporte dans un […]

    #Articles_d'intérêt_et_liens_divers #[VF] #Capitalisme #Féodalisme #Histoire #Paysannerie


    https://2.gravatar.com/avatar/2cef04a2923b4b5ffd87d36fa9b79bc27ee5b22c4478d785c3a3b7ef8ab60424?s=96&d=

  • Les hurlements du vent : enquête sur l’#extractivisme éolien au #Mexique

    À l’image des ruées vers l’or qui ont provoqué des désastres politique, sanitaire et environnementaux, la ruée contemporaine vers le vent conduit aux mêmes impasses. Au sud-est du Mexique, l’#Isthme_de_Tehuantepec fait l’objet d’un #investissement_industriel et capitaliste hors-norme. L’extractivisme vert s’y traduit par un #néocolonialisme économique qui nourrit la #violence et les #cartels.

    Certains paysages racontent des histoires hostiles : les sédiments hétéroclites d’un passé et un présent de pillages, de crimes, et de conflits divers. L’Isthme de Tehuantepec héberge certains de ces paysages. Cette bande de terre étroite située entre l’Atlantique et le Pacifique forme un passage entre l’Amérique Centrale et l’Amérique du Nord. Depuis des siècles, ce frêle couloir suscite des convoitises afin d’en faire une une zone stratégique où impulser le commerce transocéanique. Situé dans le sud du Mexique, l’Isthme est devenu célèbre grâce à son potentiel d’expérimentation et d’expansion des #mégaprojets d’#énergie_renouvelable à l’échelle mondiale, notamment pour le développement des #fermes_éoliennes.

    Au moins depuis le milieu des années 1990, des projets pilotes y avaient été installés pour tester la faisabilité des parcs énergétiques, permettant peu après la prolifération des centrales éoliennes. Aujourd’hui, plus de 30 parcs ont transformé le paysage local. Dans les textes scientifiques d’ingénierie environnementale, l’Isthme n’est plus que 44.000 mégawatts de capacité énergétique potentielle : sa densité culturelle et sa diversité naturelle sont traduites et réduites à un chiffre de puissance productive. Les analyses de risques des investisseurs parlent à leur tour d’une “zone économique spéciale” et de “retours de capitaux”. Ce qu’ils oublient trop souvent est que dans ce paysage de conditions météorologiques optimales, de promesses pour l’avenir du climat et la stabilité économique, il y a des êtres, humains ou pas, qui y habitent depuis longtemps. Dans ces paysages, il y a aussi des vies en résistance.

    L’Isthme n’est plus que 44.000 mégawatts d’énergie potentielle : sa densité culturelle et sa diversité naturelle sont réduites à un chiffre de puissance productive.

    Plusieurs reportages journalistiques et études approfondies existent sur les énergies renouvelables, le colonialisme vert, les communautés autochtones de Oaxaca ou même les impacts environnementaux récents dans la région de l’Isthme1. Rappelons que derrière chaque éolienne, il y a une mine à ciel ouvert qui bouleverse un lieu et ses conditions de vie2. Dans l’Isthme, une poignée d’entreprises minières et cimentières3 ainsi que quelques chaînes de commercialisation et de production agro-industrielle4, toutes appartenant à l’oligarchie économique du Mexique et du reste du Globe, branchent leurs profits au vent de l’Isthme, accaparant un tiers de l’énergie produite.

    Plus de la moitié de la capacité énergétique des parcs est contrôlée par cinq compagnies, dont quatre européennes5 – la plupart mettant en avant leur image verte, alors même qu’elles ouvrent des puits de fracking et construisent des oléoducs ailleurs. L’extractivisme éolien doit enfin être abordé dans le contexte plus large du Couloir Trans-océanique, un complexe de développement industriel censé “moderniser” la région à travers la construction de ports d’importation et d’exportation, de chemins de fer, de puits d’exploitation d’hydrocarbures, de raffineries, de mines et d’usines6. Les investissements colossaux visent à transformer l’Isthme de Tehuantepec en une étroite bande du Progrès, une de ces lignes de connexion globale qui font transiter le capital d’un côté à l’autre, un espace ne reliant plus deux mers mais les divers pôles de développement par des flux économiques dictés par la même logique prédatrice du Globe.

    Les investissements colossaux visent à transformer l’Isthme en une étroite bande du Progrès, une de ces lignes de connexion globale qui font transiter le capital d’un côté à l’autre.

    Les camarades de StopEDF Mexique ont co-organisé récemment une tournée en Europe pour ouvrir des espaces de parole dédiés à des participant.es direct.es des luttes les plus emblématiques de l’Isthme contre l’expansion des éoliennes et du Couloir Trans-océanique. Nous avons voulu faire un geste inverse mais complémentaire : aller là-bas, rencontrer les lieux, les personnes et entendre leurs histoires. En janvier 2023, nous avons réalisé une brève enquête pour rassembler des témoignages fragmentés de la situation actuelle et pour repérer les singularités et les récurrences à San Mateo del Mar, San Francisco Pueblo Viejo et Juchitán de Zaragoza. Cet article est donc une collecte de rumeurs, un écho parmi d’autres qui rassemble les sons que nous avons trouvés au cours de notre marche. Nous avons vu une mosaïque complexe de violences juxtaposées qui pourtant sont affrontées jour après jour avec le digne espoir d’arriver à tisser, ensemble, quelque chose de commun. Ce sont certaines de ces histoires que nous souhaitons partager ici.
    Faire subsister des mondes fragiles

    La route qui mène à San Mateo del Mar est étrangement peuplée et animée, transitée de tous les côtés par des mototaxis, des calèches tirées par des chevaux, des motos avec trois personnes à bord, des vaches rachitiques, des femmes seaux à la main et paniers sur la tête. La rectitude infinie du chemin interpelle et invite à consulter une carte : comment est-ce qu’on peut avancer si longtemps dans la même direction, au milieu de l’océan ? San Mateo del Mar se trouve sur une mince langue de terre d’une trentaine de kilomètres de long qui sépare l’océan Pacifique de l’Amérique du Nord de la lagune supérieure du Golfe de Tehuantepec. De l’autre côté de la lagune, vers l’Est, une autre péninsule s’étend dans la direction inverse, formant une courbe inusitée, interrompue à peine par un estuaire d’un peu plus de 2 km de large.

    C’est dans le périmètre de ce Golfe que des projets de fermes éoliennes ont commencé à voir le jour de manière dispersée il y a désormais plus de vingt ans. Dans certains cas comme celui de La Ventosa, les pales et les poteaux blancs immaculés de 80 mètres de haut s’étalant sur des terrains vides, clôturés et surveillés par caméras, sont une réalité bien installée. En revanche, dans des lieux comme San Mateo del Mar ou San Francisco, des villages situés dans la péninsule opposée, les fermes éoliennes sont visibles seulement dans la ligne lointaine de l’horizon. Cette trêve apparente était précairement maintenue, traversée par les bémols et les antagonismes entre la survie de la cohésion communautaire, les forces de désagrégation sociale et diverses expressions de résistance – des vecteurs multidirectionnels qui demeurent ancrés dans les traits du paysage.

    Regardant vers le soleil levant, les habitant.e.s de San Mateo appellent la mer à gauche « la mer morte », et celle de droite « la mer vivante ». Sur la première, les gens sèment des bâtons blancs en bois, parfois éloignés de la côte de plusieurs dizaines de mètres, pour ancrer leurs cayucos, des canoës colorés d’une capacité de deux ou trois personnes, taillés dans un tronc, propulsés par la force de la rame et celle du vent. Avec des pièces de nylon cousues à la main à partir de bâches ou de sacs en plastique, les pêcheurs improvisent les voiles, hissées chaque aube pour la recherche de poissons. De l’autre côté, celui de la mer vivante, les rafales soufflent avec plus de vigueur et quand les conditions sont favorables, on peut voir les filets de pêche être tirés et placés depuis la rive avec l’aide d’un papalote, un cerf-volant. À San Mateo del Mar, on utilise le vent pour pêcher, les mangroves pour chercher des crevettes, le sable et les pierres pour chasser des crabes. On mange du poisson et des fruits de mer matin, midi et soir. Plusieurs fois par an, des pétales de fleurs sont laissés à la merci de la marée, pour rendre hommage à cet océan qui permet encore leur subsistance. La communauté vit du vent et de la mer, de ces deux mers. Ces eaux sacrées, nous dit-on, sont l’assise de leur travail et leurs rituels.

    Cinq villages occupent la péninsule. San Mateo est le quatrième, l’avant-dernier au bout de la péninsule. Comme beaucoup d’autres communautés du Mexique qui maintiennent leur héritage autochtone, il est petit : environ 75 kilomètres carrés de ville pour moins de quinze mille habitant.e.s, dont la plupart d’origine ikoots. Au centre, une placette accueille les assemblées du village, le siège des discussions publiques et de la prise de décisions. C’est là qu’advient le changement des autoridades – les personnes mandatées pour l’organisation du village -, un événement toujours accompagné de la cérémonie du passage du bâton de commandement, un exercice rituel où les gens prient à portes closes pendant une nuit entière pour reconnaître la rotation des responsabilités communautaires. Le lendemain, elles se rassemblent devant la mairie ou aux alentours, écoutant de près et de loin les mots en ombeayiüts, la langue locale. Là-bas, les habitant.e.s choisissent leur gouvernement à main levée avec un système tournant de cargos, de services à la communauté, qui depuis l’arrivée de l’État-nation et de la démocratie libérale, se juxtapose aux partis politiques de l’administration municipale. Cependant, selon la logique représentative de l’État, la participation politique est réduite à une visite occasionnelle aux urnes. Au sein de cette communauté, en revanche, la légitimité du président en charge ne dépend pas de son registre électoral, mais plutôt de l’accord collectif et du rituel de passage.

    L’assemblée et les mécanismes de prise de décisions associés sont des pratiques collectives fondamentales pour faire exister la communauté. Néanmoins, le commun ne se tisse pas seulement avec l’exercice de la parole et la gestion du pouvoir : il déborde les étroites limites du dialogue, du consensus et de la (dés)identification politique7. Le commun est acté au jour le jour, dans le travail quotidien, les cérémonies et les fêtes de villages. Témoins d’un de ces moments, nous nous retrouvons à six heures du matin à la « Maison du peuple ». Les rayons timides du soleil commencent à peine à dissiper l’abîme de la nuit. Pourtant, les hommes et les femmes du village sont déjà rassemblés depuis quelques heures pour contribuer à l’organisation de la « Fête de la Candelaria », l’une des festivités les plus importantes du pays, un mélange inouï d’héritage préhispanique, de liturgie chrétienne et de traditions autochtones. Une soixantaine de femmes vêtues de robes tissées avec la technique artisanale du telar de cintura est assise sur des chaises en plastique dans la cour du bâtiment. Leurs regards sont fiers, leurs cheveux soignés, laissant à découvert les rides que le soleil et le temps ont creusé sur leur bronzage. Le concert polychromatique de l’aube façonne les feuilles et la silhouette des troncs et des visages, ajoutant de la solennité au pliage de leurs habits. Plusieurs hommes, tous vêtus de pantalons malgré la chaleur, sont également assis, tandis que cinq autres sont debout et servent aux personnes qui sortent d’une petite salle un breuvage marron, transporté à deux mains dans des jícaras8. Une écume dense dépasse la circonférence des tasses : c’est l’atole de espuma, une boisson préhispanique à base de maïs qui a été préparée pendant la nuit par celles et ceux qui avaient assumé ce rôle pour collaborer à l’événement. À l’intérieur de la pièce, la pénombre règne. Des hommes et des femmes discutent devant une table, reçoivent les offres monétaires et notent minutieusement les montants sur un livre ouvert. À côté, contre un mur, se dresse un autel avec quelques bougies allumées, des fleurs, une croix chrétienne et le grand masque d’un serpent. C’est la rencontre de plusieurs mondes – l’expérience du fil tiré par les mains qui, ensemble, nouent leurs vies avec leurs paysages, leurs passés, leurs mondes et leurs destins.

    Le commun ne se tisse pas seulement avec l’exercice de la parole et la gestion du pouvoir : il est acté au jour le jour, dans le travail quotidien, les cérémonies et les fêtes.

    Tout le monde participe d’une manière ou d’une autre à garder en vie ces moments qui perpétuent la vie communautaire. Il s’agit de pratiques collectives que certain.e.s appellent depuis un moment la comunalidad – des pratiques qui rendent possible à la fois la subsistance des personnes, des lieux et des liens entre les un.e.s et les autres9. La comunalidad émerge en ce sens de la rencontre d’histoires parfois récentes, parfois ancestrales. Elle a des racines qui creusent les profondeurs de la terre, bien ancrées dans des anciennes coutumes et des souvenirs lointains, mais elle pousse aussi à partir de ses réactualisations constantes. Des rencontres passées qui donnent lieu à des rencontres futures et façonnent d’autres pratiques, d’autres présents. Ivan Illich avait bien remarqué que contrairement à l’homogénéisation de certain projets d’urbanisation et d’aménagement, l’habiter n’est pas un parking de corps transposables n’importe où dans un espace standardisé, mais plutôt une série de pratiques plurales, vernaculaires, attachées à leurs milieux d’existence10. Les langues, les usages, les mémoires, les reliefs topographiques et les êtres multiples qui peuplent ces paysages composent ensemble des trames communes, toujours singulières, jamais interchangeables. Le commun nomme ainsi moins un principe politique qu’un mode d’habiter qui ouvre et entretient des mondes pluriels.

    On a appris à San Mateo que ces mondes sont aussi riches que fragiles. Ces derniers temps se lèvent des menaces persistantes de mort, des menaces directes et explicites pour certaines des habitant.e.s ; et silencieuses et sous-jacentes pour les agencements communs. Chaque année, il y a moins de personnes consacrées à la prière ou capables d’assumer la charge de diriger l’organisation de la fête. Les jeunes, avec des possibilités toujours plus restreintes de continuer à vivre comme auparavant, partent au nord, vers les villes ou aux Etats-Unis. Celles et ceux qui restent ou retournent se retrouvent souvent mêlé.e.s à la dépendance des drogues fortes, comme le cristal, qui envahit la région. Les terres sont à leur tour toujours plus inaccessibles, avec des contrats privés qui érodent la gestion agraire communautaire. Pareil avec la pêche : les conflits prolifèrent du fait de la démarcation des zones de droits de pêche exclusifs et excluants. Même les assemblées sont fragmentées par l’intrusion des partis politiques. Ernesto de Martino parlait de la dissolution de ces attachements comme de ‘la perte ou la fin du monde’ : la destruction des liens qui nous tiennent ensemble11. Dans l’Isthme de Tehuantepec, nous avons pu observer comment la perte de ces mondes est étroitement liée à l’expansion de cet autre monde, dont les fermes éoliennes font partie.
    Les vecteurs dégénératifs de l’habiter colonial : partis politiques, cartels et entreprises d’aménagement

    « Vous allez prendre vos hamacs et les attacher aux poteaux des moulins. Leurs pales vont tourner, et vous deviendrez riches sans lever le petit doigt ! » – disaient les ingénieurs et les représentants des projets pour convaincre les paysan.ne.s de vendre leurs terres au projet. Les habitant.e.s se souviennent des ambassadeurs des compagnies transnationales et des délégués des bureaux gouvernementaux venus parler du développement des fermes éoliennes. Ils se sont présentés à l’école, à la mairie et dans les quartiers, avec des promesses d’un futur d’abondance, proposant de grosses sommes d’argent pour louer 50 ans avec une clause de renouvellement automatique les terres communales de San Mateo, de San Francisco ou celles autour de Juchitan. Le projet : installer des centaines d’éoliennes dans les alentours des localités ainsi que sur la Barra de Santa Teresa, une maigre frange de terre qui traverse la lagune, considérée comme un territoire sacré par les communautés adjacentes. Les promoteurs se promenaient de village en village, accompagnés de leurs gardes armés, pour inviter les paysan.ne.s à des réunions où l’alcool coulait à flots – sous l’influence de l’alcool, la fumée des illusions ou simplement de la nécessité économique, certain.e.s ont signé des contrats de vente ou de location avec les développeurs. À San Mateo on a offert environ 25 000 pesos par mois pour l’école. Une grosse somme, ou du moins ce qu’il paraît avant quelques calculs : “il y a environ 300 enfants, ça ferait quoi… 80 pesos par enfant ? Alors imaginez que chaque enfant vient d’une famille assez large, disons 6 minimum : les 25.000 pesos se réduisent à un peu plus de 10 pesos par personne… 10 pesos par mois… 10 pesos par mois pour perdre nos terres à jamais !” – disaient les habitant.e.s, fiers d’avoir réussi à repousser le projet.

    « Vous allez prendre vos hamacs et les attacher aux poteaux des moulins. Leurs pales vont tourner, et vous deviendrez riches sans lever le petit doigt ! »

    Au niveau des autorités et des institutions publiques, le capital engagé, les bénéfices escomptés ont fait de toute position de pouvoir un poste potentiellement corruptible : des votes ont été achetés pour prendre le contrôle sur l’administration, changer les réglementations d’usage du sol, ou pour contourner la supervision agraire ou environnementale. Des consultations délibérément mal informées, sans traduction dans les langues autochtones, reposant sur des outils numériques presque inexistants dans les communautés et sans quorum représentatif furent utilisées pour justifier les installations, en dépit même des inquiétudes soulevées dans la rue et les tribunaux.

    Cette intrusion est advenue à travers la collusion de l’industrie énergétique avec un écosystème d’acteurs que nous pourrions regrouper en trois grands groupes : les partis politiques et leurs postes dans l’administration, les cartels du crime organisé et leurs branches locales, et les compagnies de construction appartenant aux oligarchies régionales et nationales. Ces acteurs ont opéré chacun à leur manière comme des vecteurs dégénératifs, dirigeant l’injection de capital vers la désagrégation des communautés, fragmentant les pratiques qui faisaient tenir leurs mondes. Grâce à l’organisation collective, dans certains cas comme ceux de San Mateo del Mar ou de San Francisco, les parcs éoliens n’ont pas encore vu le jour, mais la présence de ces vecteurs était devenue perceptible dans le quotidien des habitant.e.s.

    D’abord, dans les pratiques d’organisation politique. Les assemblées ressentent désormais des divisions importantes : les conflits entre les groupes cherchant le pouvoir sont toujours plus fréquents et violents, et parfois des candidats externes aux communautés prennent des postes dans l’administration à travers des processus frauduleux, soutenus par tel ou tel parti politique, toujours favorables aux projets d’aménagement. En 2020, par exemple, San Mateo a vécu un de ces épisodes. Les habitant.e.s se souviennent en chuchotant du “Massacre” : au cours d’une assemblée communautaire, 15 personnes furent assassinées à coups de machette, bâtons, pierres et armes à feu par un groupe d’hommes cagoulés. L’événement remontait à 2017, quand une personne n’ayant pas accompli ses cargos força sa candidature au gouvernement de la municipalité en achetant des votes et sans être reconnue par l’assemblée. Une fois au pouvoir, des contrats permettant la privatisation et l’aménagement des terres ont été signés, déclenchant l’intensification des confrontations entre des groupes antagonistes au sein de la communauté. Dans d’autres lieux, comme San Francisco, les partis au pouvoir ont retiré des programmes d’assistance sociale aux familles d’un village, pour les diriger vers leurs partisans dans un autre village, creusant ainsi le conflit entre les deux communautés. On nous le dit à plusieurs reprises : dans une logique de représentation où le politique n’est qu’un marché de votes et un vacarme d’opinions, “les partis sont là pour ça : pour partir12, pour diviser”.
    Une guerre contre des manières de vivre et de s’organiser

    La création et la prolifération de groupes d’intimidation se propageant dans la région pour favoriser tel ou tel parti politique s’accompagne d’un renforcement des mafias locales qui parfois sont directement liées aux parcs éoliens – par exemple, dans la composition des corps de sécurité qui surveillent en continu les infrastructures ou en ce qui concerne les “groupes de choc13” qui sont mobilisés pour réprimer et intimider celles et ceux qui se manifestent contre le projet. Certaines entreprises deviennent donc des alliées des sicarios14de la zone : il y a quelques années, par exemple, des compagnies ont engagé un groupe de tueurs à gage. Aujourd’hui, ce même groupe a consolidé sa présence et opère désormais comme la branche locale de l’un des cartels du crime organisé les plus redoutés du pays : le Cartel Jalisco Nueva Generación. La collusion avec le pouvoir politique et le capital issu des projets de développement a donc permis d’augmenter le pouvoir et le marge de manœuvre des mafias locales, amenant plus de drogues, plus d’armes, achetant plus de politiciens et de policiers.

    Enfin, avec l’argent qui arrive par millions, la main sur les autorités corruptibles et sur les armes, les cartels et les développeurs ont impulsé ensemble la spéculation immobilière et industrielle dans la région. Ceci, à travers une modification du régime agraire, l’obtention de permis de construction et des titres des terrains concernés. Les nouveaux plans d’aménagement prévoient la construction d’un couloir industriel dont les éoliennes ne sont que l’avant-poste. C’est ainsi que les groupuscules du crime organisé, agissant avec les investisseurs venus d’ailleurs sont devenus eux-mêmes des sociétés entrepreneuriales, finançant la création de nouvelles sociétés de pêcheurs et d’éleveurs, créant des comités de « travailleurs organisés » en faveur des parcs ou contrôlant l’expansion de franchises très rentables partout dans la ville. À San Francisco, une nouvelle société de pêche essaie d’accaparer l’usage des eaux, alors qu’une entreprise entend imposer la construction des autoroutes non réglementaires, contre la volonté de l’assemblée locale. À San Mateo, les groupes derrière la violence et les abus d’autorité étaient liés à des entreprises d’aménagement mangeuses des terres. À Juchitan, on retrouve les noms des familles des cartels aux postes de pouvoir dans l’administration, ainsi qu’à la tête de franchises très lucratives. Les politiciens, les narcotrafiquants et les entrepreneurs se mêlent jusqu’à devenir indiscernables.

    “C’est une guerre contre nos manières de vivre et de nous organiser” – résuma l’enseignant zapotèque15 d’un lycée en expliquant la situation actuelle. Il y a deux décennies, le mouvement zapatiste avait déjà décrit l’expansion du Monde-Un de la marchandise comme une guerre contre la diversité irréductible des modes de vie qui peuplent la planète : leur anéantissement par uniformisation à la citoyenneté globale du consommateur universel ; leur déchirement par la fragmentation en des identités fixées et scindées16. Cette guerre porte aujourd’hui les drapeaux de la transition énergétique. Depuis leurs bureaux en Europe ou aux États-Unis, les banquiers distribuent tranquillement des crédits pour l’innovation technoscientifique et la gestion d’une planète propre et bien organisée. Les plus avant-gardistes commencent à déplacer leurs investissements vers des compagnies zéro charbon, projetant fièrement dans les salles de leurs gratte-ciels les vidéos de ces projets de technologie de pointe qui permettent de rêver d’un autre monde, un monde exactement comme celui d’aujourd’hui, c’est à dire, un monde sans attachements, où l’on est libre de vendre nos milieux d’existence et il n’y a pas d’autre appartenance que celle achetée avec l’argent ou gagnée par la violence, mais cette fois-ci aussi branché à la machine zéro charbon des parcs éoliens et des fermes solaires.

    Le mouvement zapatiste a déjà décrit l’expansion du Monde-Un de la marchandise comme une guerre contre la diversité irréductible des modes de vie qui peuplent la planète. Cette guerre porte aujourd’hui les drapeaux de la transition énergétique.

    En étudiant les plantations des Caraïbes, Malcom Ferdinand parlait de l’habiter colonial comme un mode d’habiter basé sur l’anéantissement de mondes-autres, leurs milieux de vie et d’organisation. L’Isthme de Tehuantepec montre la réactualisation et l’extension de ce mode d’habiter : une voie à sens unique, une transition, effectivement, mais une transition vers un seul mode d’habiter basée sur la prolétarisation et la spoliation. Et pourtant, comme face à toutes les guerres, il y a des expériences d’organisation et de résistance capables de semer des alternatives parmi les décombres. Comme ce fut rappelé à plusieurs reprises, après 500 ans de colonisation les communautés sont encore là, en train d’exister, de subsister et de résister.
    Résister : les nouveaux assemblages du commun

    Certains processus de lutte dans l’Isthme de Tehuantepec sont désormais connus à l’international. Les assemblées populaires et des peuples autochtones font partie des multiples plateformes d’organisation intercommunautaire permettant la coordination de contre-pouvoirs populaires, de brigades d’information, de ressources juridiques contre les entreprises et le gouvernement pour défendre la vie et le territoire. Dans certains cas, ce furent des processus fructueux, ralentissant ou même forçant l’abandon de certains méga-projets. Dans d’autres, ce fut un déchaînement de violence. Et pourtant, malgré les conditions extrêmes, les expériences de résistance et de réactualisation du commun se répandent : projets d’écoles, collectifs culturels et éducatifs de femmes, de radios, réhabilitations des écosystèmes…. Dans un des villages, un groupe de femmes conçoit des campagnes informatives sur les risques des méga projets extractivistes, soutient des actions de reforestation des mangroves, et réalise des peintures murales sur les questions de genre, de droits reproductifs et de changement climatique. Elles orchestrent aussi la construction d’un foyer d’organisation communautaire avec des ateliers de sciage et de menuiserie qui ont pour but de former les jeunes, récupérer les métiers artisanaux et ouvrir une alternative de vie qui permette de garantir leur subsistance sans émigrer, sans nourrir les rangs du travail exploité, et sans gonfler les cadres armés des cartels.

    Malgré les conditions extrêmes, les expériences de résistance et de réactualisation du commun se répandent : projets d’écoles, collectifs culturels et éducatifs de femmes, de radios, réhabilitations des écosystèmes….

    De l’autre côté de cette même région, une radio communautaire participe à sa façon à l’articulation du commun avec un format de diffusion où les habitant.e.s sont en même temps ses auditeur.rice.s et ses participant.e.s. Depuis le toit de l’école, une antenne rudimentaire attachée à des fils tendus en métal émet à quelques dizaines de kilomètres à la ronde de la musique, des discussions en direct sur les impacts de tel ou tel projet, des radio-romances et des campagnes d’information sur les sujets d’actualité concernant la vie locale. Il ne s’agit pas de la consommation d’un contenu venu d’ailleurs ou de l’usage d’un service impersonnel, mais de la participation collective à un outil convivial visant à promouvoir leurs langues et leurs traditions.

    Plus loin, l’assemblée communautaire a fondé une société de transport local, achetant des voitures pour faire l’aller-retour vers les villes les plus proches. Les habitant.e.s ont également créé une coopérative de tortillas pour à la fois partager le travail de production et réduire la dépendance des biens de consommation externes. Plus récemment a débuté l’installation d’une station de purification d’eau. Et, malgré le fait que depuis quelques années l’électricité a été coupée par un village voisin à cause des conflits pour la terre liés directement à l’expansion industrielle, on essaye de trouver des alternatives avec l’installation de petits panneaux solaires – des initiatives dont la taille contraste avec l’ampleur industrielle des fermes éoliennes.

    Enfin, dans une des villes de l’Isthme, au sein d’un quartier populaire marqué par la précarité et la violence, une maison communautaire est en train d’être construite. Des murs gris, en ciment brut, des câbles exposés, des chambres sans portes et des sols non carrelés coexistent avec des jeunes plantes, des colonnes stables, des cadres de portes en bois arqués et des volets de fenêtres solennels. Sous le plafond, des planches de bois précieux reposent alignées de manière impeccable sur des poutres monumentales. Et dans les murs, les corniches et les modillons laissent voir une espèce de soin et d’extravagance inespérée. C’est une maison érigée avec les décombres du tremblement de terre de 2017. Après la catastrophe, le collectif a parcouru les rues pour collecter les fragments d’histoires de la ville effondrée, afin d’aménager un espace dédié précisément à la reprise des liens collectifs.

    Ce sont ainsi des couches de souvenirs, les vestiges de bâtiments autrefois somptueux qui ont été repris par morceaux, déplacés et re-signifiés pour construire une autre maison pour héberger un autre avenir. À l’intérieur de ce chantier en cours, se dressait un autel rudimentaire avec une croix et deux larges portraits, l’un avec le visage d’Emiliano Zapata, l’autre avec celui du Che Guevara. C’était un autel dédié à la Santa Cruz de la Barricada. On nous a dit que cette festivité, invoquant les ancêtres et les esprits des montagnes et des rivières, déclenche la récupération, la transmission et la réinvention des traditions – une manière de retrouver le sol qui fait grandir le commun. Là-bas, la tradition n’existe pas sans résistance, et la communauté n’existe pas sans travail communautaire. L’essence ne précède jamais ses modes de subsistance.

    Une maison communautaire est en train d’être érigée avec les décombres du tremblement de terre. Ce sont des couches de souvenirs, les vestiges de bâtiments autrefois somptueux qui ont été repris par morceaux, déplacés et re-signifiés pour construire une autre maison pour héberger un autre avenir.

    Comme Zapata et le Che avec la Santa Cruz de la Barricada, le commun et les traditions se réactualisent toujours. Elles ne restent jamais simplement en arrière, elles ne visent pas uniquement l’avant, elles se transforment face à des menaces constantes et grâce à des rencontres avec les autres. C’est ainsi qu’on trouve le véritable pari d’autres mondes possibles. Face à l’aménagement, le réagencement : le commun qui se réinvente par un habiter singulier, non interchangeable. Dans l’Isthme de Tehuantepec, des assemblées, des blocages de rue, des campagnes de diffusion, des ateliers pour enfants, des radios communautaires, des rites et des fêtes populaires sont organisés pour affirmer que malgré l’avancée de l’ignominie – là-bas, ni le vent, ni la vie n’ont un prix.

    https://www.terrestres.org/2024/04/17/les-hurlements-du-vent-enquete-sur-lextractivisme-eolien-au-mexique
    #vent #énergie #énergie_éolienne #extractivisme_vert #capitalisme

  • Crèches privées : « On a trouvé des documents qui montrent la dérive du secteur », raconte Daphné Gastaldi, co-autrice du livre « Le Prix du Berceau »
    https://www.francetvinfo.fr/societe/enfance-et-adolescence/creches-privees-on-a-trouve-des-documents-qui-montrent-la-derive-du-sec


    #affameurs, littéralement.
    L’insuffisance alimentaire à ces âges-là est criminel. Cela induit une moindre croissance et affaiblit les capacités d’apprentissage.

    On a aussi un cas très précis et documenté. Des mères de famille dans les Bouches-du-Rhône se sont réunies au sein d’un collectif. Elles ont mené l’enquête, elles ont conservé des preuves. C’est l’une des histoires qui m’a le plus marqué parce qu’elles ont réussi à faire avouer à la crèche du grand groupe qui s’appelle « Les Petits Chaperons Rouges », qu’il manquait des repas. Une enquête interne a été ouverte après leur signalement. La directrice a été licenciée. Mais le groupe ne cesse de dire que c’est un cas isolé, mais on a eu d’autres échos dans d’autres crèches qui nous racontent la même chose. À cause de mesures d’économies, des employés se retrouvent à partager des repas, des bouts d’omelette entre les enfants.

  • The Kaleidoscope of Catastrophe - On the Clarities and Blind Spots of Andreas Malm
    https://viewpointmag.com/2021/04/14/the-kaleidoscope-of-catastrophe-on-the-clarities-and-blind-spots-of-an

    La critique marxiste du capitalisme extractiviste est-elle possible ?

    14.4.2021 by Bue Rübner Hansen
    ...
    The choices that structure The Progress of this Storm root Malm’s focus on agency and action in the philosophy of science. Malm valuably steers us away from the mystifications of theories of climate change and ecological degradation that neglect capital and towards the need for urgent, intentional action. Yet his polemical stress on the catastrophe, nature/society dualism, and agency-as-will pulls us into a timeline and temporality which mirrors capitalism’s accelerating drive towards ecological destruction. This is a contest between two uprooted subjects: fossil capital and humanity. We are in a race with two finishing lines: “no extractions and no emissions” (The Progress, 227).

    On the face of it, Malm’s sharp focus on fossil fuels is salutary, as it trains our sights upon the single greatest threat to the habitability of the planet. However, fossil fuels play such a fundamental role in social reproduction today that it is doubtful they can be replaced by renewables fast enough to avoid a simultaneous and fundamental reorganisation of the reproduction and metabolism of human societies. Most obviously, fossil fuels will have to be cut so fast that a significant energy shortfall is increasingly unavoidable. In other words, constructing the problem of climate change as a problem of agency in relation to fossil capital is not wrong, but one-sided. To approach the problem of the fossil economy as a problem of action is very different from constructing it as a problem of (natural) history, ecology, or care.

    In the first preface to Capital, Marx invites us to conceive of the history of the economic formation of society as “a process of natural history”. In this process, Marx writes, individuals are bearers of class relations and interests, and the creatures rather than creators of economic processes.19 Posing the problem this way shifts attention from agency and will to more structural questions of how the reproduction of human societies can be disentangled from the reproduction of capital. Such a transformation cannot simply be willed, and natural history cannot simply be disrupted, only rearticulated. How was social reproduction disentangled from non-human life – and how may it be re-entangled? Or rather, how was the entanglement of social with natural ecologies pushed to the edges of social ecologies, so that a core was insulated from damage and afforded carelessness? Such problems will not be resolved by arriving at what Malm calls “a planful mode of production” (Corona 153), which is more likely to maintain an environmental imaginary than replace it with ecological thought, attention, and practice. To do that, we need to pay heed to and reweave networks of interdependence, beyond any clear boundaries between social and natural ecologies. Such matters raise questions of entanglement and hybridity, and the corresponding agency is more a matter of care than of will.

    Instead, Malm is focused on whatever agency is responsible for global warming and whatever agency may disrupt the production of fossil fuel. Malm’s focus on agency in terms of culpability and intentionality is filtered through his vision of history. As world history is subsumed by a unified vision of capitalist history, it becomes necessary and possible to imagine a unified concept of humanity in two senses: humanity as the unified substance of capitalist history (understood in terms of the unique human “capacity for abstraction” which Malms sees as a trait of true intentionality and a “prerequisite for capitalist property relations”; The Progress, 167), and humanity as the unified subject necessary to end fossil capital. This provides a way to imagine climate change as an epic battle between fossil capital and humanity, considered in the future tense as “a self-conscious global subject” (Corona, 174), which mirrors the global quasi-subject of capital. Malm intuits the difficulty of navigating this hall of mirrors: But “[w]here is that global subject? Who is it? Merely asking such questions is to weigh up the void in which we fumble” (Corona, 174).

    Despite such admitted ignorance, Malm treats humanity as the answer rather than the question. Or, put differently, he takes humanity for granted, and ignores the problem of anthropogenesis. That problem concerns the question of how humanity emerged as an infinitely variable species (think of the multitude of social, climatic, and ecological adaptations and inventions), and the more narrow question of how the idea of humanity as separate from nature arose. Had Malm posed the question of anthropogenesis, he would have been more hesitant to affirm the idea of humanity as separate from nature. He would, importantly, have been more sensitive to the blindspots of the idea of humanity-as-separate: what fails to be counted in this notion is those modes of cognition and activity, often cast as “indigenous” or “female”, which refuse to see themselves or act as separate from what, in a gesture of grand abstraction, is called “nature”. Put crudely, the definition of humanity as opposed to Nature, while loosely rooted in monoteistic cosmology, has only become established through the material and ideological separations produced by capitalism and colonialism

    dans https://en.m.wikipedia.org/wiki/Andreas_Malm

    #capitalisme #extractivisme #écologisme #révolution #réformisme #anthropocène #capitalicène #rechauffement_climatique #énergie #humanité

  • Comment se protéger des pandémies mondiales ? L’OMS a deux semaines pour trouver un consensus | Le Télégramme
    https://www.letelegramme.fr/monde/comment-se-proteger-des-pandemies-mondiales-loms-a-deux-semaines-pour-t

    Les négociations de la dernière chance commencent ce lundi à l’OMS pour trouver un consensus afin de protéger efficacement et équitablement le monde de futures pandémies.

    Après deux années de travaux, les négociateurs ont dû se rendre à l’évidence, le mois dernier : il leur faut plus de temps pour tenter de se mettre d’accord sur ce texte historique sur la prévention, la préparation et la réponse aux futures pandémies. Le temps presse, il doit être adopté lors de l’Assemblée mondiale de la santé, qui commence le 27 mai.

    Les 194 pays de l’Organisation mondiale de la santé reviennent donc à son siège, à Genève, à partir de ce lundi et jusqu’au vendredi 10 mai.

    Le souvenir des millions de morts, de la souffrance, des injustices et des immenses dégâts économiques de la pandémie de covid-19 s’estompe et « si une nouvelle pandémie commençait demain, nous serions confrontés à bon nombre des mêmes problèmes auxquels nous avons été confrontés avec la covid-19 », regrette le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

    De grandes divergences
    Malgré un large consensus sur la nécessité d’un texte contraignant pour rendre la réponse de la communauté internationale plus efficace et plus équitable, de grandes divergences subsistent sur la manière de s’y prendre.

    Arrivés à une impasse - le document de travail était quasiment illisible à force d’ajouts et de réserves -, les négociateurs se retrouvent avec une version simplifiée de 23 pages et un quart de mots de moins.

    Les principaux différends tournent autour de l’accès et de l’équité : accès aux agents pathogènes découverts, accès aux produits de lutte contre la pandémie tels que les vaccins développés à partir de ces découvertes et distribution équitable non seulement des tests, traitements et vaccins contre la pandémie mais aussi des moyens de les produire.

    Trouver l’indispensable consensus
    Le nouveau projet se concentre sur les points d’accord pour établir un cadre et tenter de trouver l’indispensable consensus. Il réserve certains des points les plus délicats à de futures discussions au cours des deux prochaines années, tout particulièrement l’accès aux pathogènes et le partage des produits issus de la recherche sur ces microbes.

    K. M. Gopakumar, chercheur principal au Third World Network - l’une des ONG qui suit de près les négociations et a décortiqué le nouveau texte -, estime qu’il « est dépourvu de tout résultat concret en matière d’équité et ne crée aucune obligation juridique pour faciliter un accès prévisible et durable au financement, aux produits et à la technologie liés à la pandémie ».

    Pour Médecins sans frontières, les obligations en matière de transfert de technologie vers les pays les plus pauvres « restent faibles ». En revanche, la garantie d’un accès équitable aux médicaments issus de la recherche et développement sur des fonds publics a survécu aux coupes claires, salue l’organisation Initiative Médicaments contre les maladies négligées (DNDi).

    Mais les obligations « qui auraient garanti que les gens puissent bénéficier du progrès scientifique et avoir un accès équitable aux produits dont ils auront besoin ont été affaiblies ou supprimées du texte et doivent être rétablies », a demandé Michelle Childs, de la DNDi.

    « Un calendrier très serré »
    Les négociateurs pourraient être encouragés à trouver un terrain d’entente par les nouvelles sur le front de l’épizootie de grippe aviaire qui refait des ravages depuis 2020. Le virus H5N1 a récemment infecté des troupeaux de vaches aux États-Unis, une première. Si, pour l’heure, aucun cas de transmission d’humain à humain n’a été enregistré, la circulation intense du H5N1 et sa capacité à sauter d’une espèce à l’autre inquiètent.

    Deux semaines, « c’est un calendrier très serré », a reconnu vendredi Margaret Harris, une porte-parole de l’OMS.

    La Maison Blanche a réaffirmé l’engagement des États-Unis pour arriver à un accord.

    Tsegab Kebebew Daka, ambassadeur d’Éthiopie à Genève, estime que « les différences dans le texte ne sont pas énormes. Ce sont principalement des différences d’idées, et elles ne sont pas si nombreuses ».

    Et l’ambassadrice d’Australie Amanda Gorely de résumer : « Toutes les délégations doivent se rassembler et se concentrer sur la recherche d’un consensus ».

  • Les #rachats_d’actions par les entreprises, symbole ultime des #dérives du #capitalisme_financier
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/04/22/rachats-d-actions-une-gymnastique-financiere-controversee_6229086_3234.html

    Près de la moitié de ce montant record émane de deux entreprises, #TotalEnergies (9,2 milliards d’euros) et #BNP Paribas (5 milliards). En ajoutant les 67 milliards d’euros distribués sous forme de dividendes, selon les données compilées par La Lettre Vernimmen, les entreprises du CAC 40 ont retourné au total 107 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2023, au titre des bénéfices réalisés en 2022. Pour 2024, de nouveaux programmes de rachats d’actions sont déjà prévus, chez Stellantis, Michelin ou TotalEnergies.

    quand on voit qu’un grand nombre de ministres ont des actions total...

  • Nous avons besoin d’une renaissance de l’analyse marxiste des classes sociales | David W. Livingstone
    https://www.contretemps.eu/renaissance-analyse-marxiste-classes-sociales

    Sans données d’enquête solides, les discussions sur les classes et la conscience de classe ne sont souvent que des suppositions. Les études marxistes empiriques de la structure et de la conscience de classe sont inestimables pour une élaborer une robuste orientation politique socialiste : nous avons besoin de davantage d’enquêtes.

    La contribution la plus importante de Karl Marx à l’analyse moderne des classes sociales a été de documenter la manière dont les propriétaires capitalistes extraient continuellement du travail non rémunéré des travailleurs.ses salarié.es dans le cadre du processus de production, ce qui constitue la principale source de leurs profits.

    Après sa mort, de nombreux analystes ont négligé l’importance qu’il accordait à cette « antre secrète » de la production dans le processus de travail capitaliste, se concentrant plutôt sur la distribution inéquitable des marchandises. Plus tard, des intellectuels marxistes et d’autres ont analysé avec perspicacité d’autres effets généraux dévastateurs du développement capitaliste. Mais l’accent mis sur le processus du travail a été ressuscité dans le sillage des manifestations d’étudiant.es et des travailleurs.ses des années 1960, notamment par l’ouvrage de Harry Braverman (1920-1976) intitulé Travail et capitalisme monopoliste, publié en 1974. Une série d’études ont suivi pour identifier la structure de classe des sociétés capitalistes avancées sur la base des relations de travail rémunéré entre les propriétaires et les employés embauchés.

    L’intérêt initial de Marx pour l’identification des conditions dans lesquelles les travailleurs.ses salarié.es développeraient une conscience de classe s’opposant au capitalisme a connu un parcours similaire : de nombreuses affirmations sur la nécessité d’une conscience de classe, mais peu d’enquêtes empiriques sur son existence – jusqu’à ce que les protestations des années 1960 déclenchent une série d’études, telles que Consciousness and Action Among the Western Working Class, (Conscience et action parmi la classe ouvrière occidentale ) de Michael Mann (1942 -). Ces études spécifiques sur la structure et la conscience de classe ont eu lieu alors que les organisations syndicales atteignaient des niveaux d’adhésion historiques et que la part de la main-d’œuvre menaçait les marges bénéficiaires normales dans de nombreuses économies capitalistes. Ces développements ont conduit la contre-attaque néolibérale du capital.

    Cette offensive capitaliste s’est déroulée à des moments différents et avec des degrés de coordination variables dans les pays capitalistes avancés. Cependant, dès les années 1990, ses effets sont devenus évidents, se manifestant par des réductions importantes de l’impôt sur les sociétés, la déréglementation des entreprises, des réductions dans le financement de l’éducation, de la santé et de la protection sociale, la privatisation des services publics, et des efforts soutenus pour affaiblir et démanteler les syndicats. Cette attaque a eu pour conséquence une diminution de l’intérêt et du financement de la recherche sur les études marxistes des rapports de classe, coïncidant avec l’attention croissante portée à la diversité raciale et sexuelle de la main-d’œuvre. Depuis le début des années 1980, lorsque Erik Olin Wright (1947 – 2019) a coordonné des enquêtes nationales dans plusieurs pays capitalistes avancés, il n’y a pratiquement plus eu d’études marxistes empiriques majeures sur la structure des classes et la conscience de classe dans le Nord global.

    Point de bascule

    Nous vivons probablement l’époque la plus dangereuse pour l’espèce humaine depuis ses origines. Les nombreux incendies de forêt qui ont détruit de vastes étendues de terre dans de nombreux pays durant l’été 2023 sont un signe parmi d’autres que nous ne sommes plus qu’à quelques années d’une dégradation irréversible de l’environnement. Les preuves scientifiques sont désormais irréfutables : ces conditions exigent une action humaine immédiate. La guerre en Ukraine et la guerre d’Israël contre Gaza nous rappellent que nous pourrions à nouveau être confrontés à la perspective d’un hiver nucléaire.

    Nous assistons à des pics historiques d’inégalité des richesses et à des baisses historiques de la confiance du public dans la capacité des gouvernements élus à remédier aux inégalités. La COP28 – la conférence des Nations unies sur le changement climatique de 2023 – s’est achevée sans qu’aucun mécanisme réel n’ait été mis en place pour garantir une action environnementale, tandis que les entreprises de combustibles fossiles déclarent des bénéfices et des plans de production records avec une opposition publique minimale de la part des élu.es. Ces dernières années ont été marquées par les plus grandes manifestations sociales de l’histoire sur les questions d’environnement et de justice sociale. Aujourd’hui plus que jamais, l’identification des forces de classe et la mobilisation des travailleurs.ses sont essentielles dans la lutte pour un avenir durable.

    Les années 1980 ont vu fleurir d’importantes études sur la manière dont les rapports de classe imprègnent les tâches ménagères et le travail communautaire non rémunéré, et interagissent avec les rapports entre les hommes et les femmes et les relations raciales. Mais les recherches récentes axées sur la structure des classes professionnelles et la conscience de classe ont été très rares. Il existe toutefois une exception significative. Wallace Clement et John Myles, de l’université de Carleton, ont mené l’enquête sur la structure des classes au Canada en 1982, contribuant ainsi à la série internationale d’enquêtes sur les classes et la conscience de classe menée par Erik O. Wright.

    À partir de 1998, j’ai pu mener une série d’enquêtes similaires grâce aux réseaux de recherche générale que je dirigeais. Ces enquêtes ont eu lieu en 1998, 2004, 2010 et 2016. Elles permettent de mieux comprendre les relations de travail en faisant la distinction entre les employeurs, les cadres et les travailleurs non-cadres, ainsi que d’examiner les niveaux et les formes de conscience de classe. Les résultats sont documentés dans mon récent ouvrage, Tipping Point for Advanced Capitalism : Class, Class Consciousness and Activism in the Knowledge Economy (Point de bascule pour le capitalisme avancé : classe, conscience de classe et activisme dans l’économie de la connaissance). Certaines des conclusions les plus importantes sont mises en évidence dans cet article.

    Structure et conscience de classe

    La figure suivante résume la répartition des classes au Canada en 2016. Les sociétés capitalistes et les grands employeurs sont restés très peu nombreux. Une tendance notable depuis le début des années 1980 est le déclin des travailleurs industriels. Toutefois, le nombre d’employés professionnels non-cadres a considérablement augmenté, de même que le nombre de cadres moyens, qui contrôlent le travail de connaissance de plus en plus important des employés non-cadres. Les cadres ont connu une détérioration de leurs conditions de travail et un sous-emploi, tout en devenant la partie la plus organisée de la main-d’œuvre. Ces tendances basées sur le processus de travail sont confirmées au niveau international par les données sur les classes d’emploi de la base de données sur l’économie politique comparée.

    La conscience de classe émerge à trois niveaux critiques : l’identité de classe, la conscience oppositionnelle et les visions de l’avenir basées sur la classe. Ces niveaux correspondent à des questions-clés : Vous identifiez-vous à une classe spécifique ? Avez-vous des intérêts de classe opposés à ceux d’une autre classe ? Avez-vous une vision de la société future qui s’aligne sur les intérêts de votre classe ?

    Actuellement, les personnes engagées à gauche croient souvent que nombre de travailleurs s’identifient de manière erronée à la classe moyenne, qu’ils possèdent une conscience oppositionnelle confuse qui a été affaiblie par l’idéologie bourgeoise dominante et qu’ils sont incapables de concevoir une véritable alternative au capitalisme. Cela est loin d’être vrai. L’analyse comparative des enquêtes d’Erik Olin Wright des années 1980 et des enquêtes canadiennes plus récentes a révélé ce qui suit :

    –Si de nombreuses personnes s’identifient avec précision comme appartenant à la « classe moyenne » – par opposition à ceux qui sont manifestement riches ou démunis – cette auto-identification n’empêche pas un nombre important de personnes (les métallurgistes, par exemple) de développer une conscience de classe progressiste et oppositionnelle.

    –Les personnes ayant une conscience progressiste d’opposition pro-travail (soutenant le droit de grève et s’opposant à la maximisation du profit) sont nettement plus nombreuses que celles ayant une conscience de classe pro-capital (s’opposant au droit de grève et soutenant la maximisation du profit), et le nombre de partisans pro-travail semble augmenter.

    –Un nombre important et croissant de personnes expriment leur soutien aux visions d’une future démocratie économique caractérisée par des motifs non lucratifs et l’autogestion des travailleurs.

    –Les personnes ayant une conscience ouvrière révolutionnaire, qui combine une conscience oppositionnelle pro-ouvrière et un soutien à la démocratie économique, constituent un groupe restreint mais croissant. Ce groupe est beaucoup plus important que les travailleurs dont les points de vue défendent clairement les conditions capitalistes existantes.

    –Les non-cadres organisés, tels que les infirmières ou les enseignants, comptent parmi les militants les plus progressistes des réseaux actuels du mouvement syndical et social, résistant activement aux empiètements sur les droits économiques, sociaux et environnementaux.

    Un militantisme de classe

    Dans les pays capitalistes avancés, de nombreux travailleurs non-cadres expriment un mélange pragmatique d’espoirs et de craintes. Mais peu de travailleurs défendent un capitalisme obsédé par le profit qui donne la priorité à l’autorité managériale, alors que beaucoup préfèrent nettement une transformation vers une économie durable, sans but lucratif et gérée par les travailleurs. Parmi ceux qui ont une conscience de classe progressiste, il y a un soutien presque unanime à l’action contre le réchauffement climatique et à la réduction de la pauvreté.

    C’est parmi les travailleurs non-cadres appartenant à des minorités visibles que le soutien est le plus fort. Le nombre croissant de travailleurs ayant une conscience révolutionnaire bien développée était encore faible en 2016 (moins de 10 %). Mais l’histoire a démontré que de petits groupes organisés peuvent provoquer des changements transformateurs lorsqu’ils répondent à de véritables préoccupations démocratiques.

    Ces récentes enquêtes canadiennes sur les classes sociales suggèrent que les travailleurs non-cadres possèdent une conscience de classe progressiste latente bien plus importante que ne le supposent souvent les intellectuels de gauche. La conscience de l’exploitation sur les lieux de travail, ainsi que les sentiments plus larges de discrimination raciale et sexuelle, animent de fortes protestations sociales, bien qu’encore occasionnelles. Les travailleurs conscients de leur appartenance de classe sont les principaux militants de la plupart des mouvements sociaux progressistes.

    Regarder vers l’avenir

    À la suite de l’augmentation des votes et des manifestations en faveur des partis de droite au cours des dernières années, de nombreux experts ont spéculé sur la possibilité que de petits groupes non représentatifs accèdent au pouvoir politique de manière non démocratique. Les enquêtes canadiennes confirment que la majorité de ces petits groupes de capitalistes, des grands employeurs et des cadres supérieurs sont clairement enclins à soutenir les orientations politiques et les partis de droite. Cependant, le poids de cette enquête, ainsi que quelques autres enquêtes récentes – sensibles aux classes objectives définies par les rapports de travail rémunéré dans les pays capitalistes avancés – indiquent que les employés sont, dans l’ensemble, fortement favorables à des politiques sociales progressistes et à des partis politiques orientés à gauche.

    Les travailleurs syndiqués de l’industrie et des services ont généralement maintenu une position politique progressiste. Toutefois, dans les pays où les mouvements syndicaux sont plus faibles, même certains travailleurs non-cadres bien établis – distincts des travailleurs des minorités visibles confrontés à la discrimination et à l’exploitation – se sont trouvés de plus en plus attirés par les mouvements anti-immigration et anti-diversité en raison de la précarité matérielle croissante.

    Les idéologues réactionnaires et les partis de la droite radicale ont souvent utilisé les insécurités matérielles et psychiques chroniques pour faire appel à une plus grande gloire nationaliste et attiser les peurs racistes et les actions coercitives, en particulier parmi les classes relativement aisées et les groupes ethniques inquiets de perdre leurs privilèges. C’est aussi vrai pour l’insurrection du 6 janvier aux États-Unis que pour la montée du nazisme dans l’Allemagne de Weimar. Des preuves empiriques limitées provenant d’une rare enquête d’opinion dans l’Allemagne de Weimar suggèrent qu’une majorité d’employés et de travailleurs qualifiés ont continué à soutenir les opinions politiques de gauche et à rejeter les sentiments autoritaires. Mais seule une petite minorité de partisans des partis de gauche s’est montrée suffisamment attachée aux droits démocratiques pour résister au nazisme.

    La différence la plus significative aujourd’hui est que dans la plupart des pays capitalistes avancés, la majorité des travailleurs non-cadres, en particulier ceux qui ont une forte conscience de classe, protègent davantage les droits démocratiques fondamentaux qu’ils ont durement acquis. Ils sont mieux préparés à les défendre lorsqu’ils sont sérieusement remis en question – comme le seront les travailleurs.ses aux États-Unis si Donald Trump gagne en novembre et que les plans du Projet 2025 deviennent opérationnels.

    Les limites des enquêtes sur des échantillons de population pour prédire le comportement réel sont bien connues. Mais les enquêtes fondées sur les classes sociales, comme celles menées au Canada, permettent de suivre avec une grande précision l’évolution de la structure des classes et les liens avec les sentiments des classes sociales sur les questions politiques. Depuis la dernière enquête en 2016, des événements importants se sont produits, notamment la pandémie, l’aggravation des inégalités économiques et des revendications raciales, la multiplication des événements liés au réchauffement climatique et les guerres qui touchent plus directement les pays capitalistes avancés.

    Une enquête partielle réalisée en 2020 au Canada, avant la pandémie, a révélé un soutien croissant à la transformation vers une démocratie économique durable. Il est urgent de réaliser des enquêtes complètes sur les classes et la conscience de classe dans tous les pays capitalistes avancés. Ces enquêtes sont cruciales pour aider les forces progressistes à mobiliser les sentiments anticapitalistes qui semblent être plus répandus et plus intenses qu’en 2016. Les questions de l’enquête du réseau Wright des années 1980 et des enquêtes canadiennes ultérieures sont désormais accessibles au public.

    L’accès quasi-universel aux médias sociaux, la disponibilité de nombreux chercheurs qualifiés, ainsi que l’essor des mouvements sociaux axés sur des questions précises, qui ont besoin d’une telle intelligence de terrain, rendent les enquêtes représentatives des classes actuelles et de leur conscience politique plus pratiques que jamais. Les chercheurs pourraient facilement entreprendre une nouvelle enquête suédoise pour la comparer aux enquêtes Wright menées au début des années 1980, qui ont montré un fort soutien des travailleurs au plan Meidner, qui représentait une menace significative pour la propriété capitaliste de l’économie. De même, une enquête étatsunienne pourrait apporter des informations précieuses en comparant les résultats actuels avec ceux de l’enquête de 1980, d’autant plus que le mouvement syndical semble plus actif aujourd’hui qu’à l’époque. De telles enquêtes pourraient contribuer de manière significative aux efforts de mobilisation stratégique.

    Les enquêtes fondées sur le processus de travail sont aujourd’hui beaucoup plus faciles et rapides à réaliser que lorsque Marx a tenté d’en réaliser une auprès des travailleurs français en 1880.

    Les récentes enquêtes expérimentales menées aux États-Unis par la revue Jacobin sont prometteuses, car elles mettent en évidence des liens significatifs entre les politiques économiques progressistes, les candidats aux élections et certaines des divisions et identités de classe de Wright. Les chercheurs devraient poursuivre ces études et les relier plus étroitement aux structures de classe marxistes et à la conscience de classe. Ne pas saisir ces opportunités actuelles pour que les analyses marxistes de classe soutiennent l’action politique progressiste, alors que nous approchons du point de bascule entre le néant capitaliste et une alternative durable, serait une profonde erreur.

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    Publié initialement par Jacobin. Traduction par Christian Dubucq pour Contretemps.

    D. W. Livingstone est professeur émérite à l’Université de Toronto et auteur de Tipping Point for Advanced Capitalism : Class, Class Consciousness and Activism in the Knowledge Economy. (Point de bascule du capitalisme avancé, classe, conscience de classe et militantisme dans l’économie de la connaissance)

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