• Netflix, Prime Video... Les séries à la demande, le parfait outil de notre aliénation contemporaine ?
    https://www.telerama.fr/livre/netflix-prime-video-les-series-a-la-demande-le-parfait-outil-de-notre-alien

    Un flux incessant, qui nous ligote aux écrans : les séries sont l’appât par excellence du capitalisme numérique, estime le philosophe Bertrand Cochard. Son essai “Vide à la demande” suscite le débat, dix ans après l’arrivée de Netflix en France.

    Tristan Bonnemain pour Télérama
    Par Caroline Veunac
    Publié le 15 septembre 2024 à 10h02

    Les séries télé s’enchaînent et nous enchaînent : c’est l’idée soutenue par le philosophe Bertrand Cochard dans Vide à la demande. Critique des séries (éd. L’Échappée), stimulant essai paru au printemps dernier. Cet universitaire niçois d’une trentaine d’années, qui a consacré sa thèse au penseur de la société du spectacle Guy Debord, postule que la série serait par sa forme même, indépendamment des qualités artistiques de tel ou tel de ses avatars, le parfait outil de notre aliénation contemporaine, la meilleure arme de l’économie numérique pour tenir en laisse notre cerveau. Radical, limite provocateur, ce petit livre bleu non dénué d’humour à froid fait l’effet d’un pavé dans la mare, à contre-courant de la tendance des deux dernières décennies qui a vu le monde académique hexagonal se convertir à l’étude des séries sur un mode laudatif.

    #Séries #Séries_TV #Capitalisme_numérique

  • IA générale, “super-intelligence” : l’avenir technologique est-il si inquiétant que ça ?
    https://www.nouvelobs.com/idees/20251022.OBS109020/ia-generale-super-intelligence-l-avenir-technologique-est-il-si-inquietan

    Décryptage Des machines aux capacités supérieures à celles des humains, c’est la prochaine rupture technologique annoncée. Elle effraie certains spécialistes qui publient une tribune alarmante. Mais derrière le terme très marketing, la définition est encore floue et les projets, balbutiants.

    Par Oscar Leroy et Xavier de La Porte

    Publié le 22 octobre 2025 à 17h00
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    L’IA générale, c’est la réactualisation d’un rêve forgé par quelques chercheurs de génie lors de la célèbre conférence de Dartmouth (1956), qui a inauguré le champ de l’intelligence artificielle : fabriquer une machine qui puisse égaler, voire surpasser, le cerveau humain dans l’ensemble de ses aptitudes cognitives. Longtemps considérée comme un horizon inaccessible, cette ambition est devenue plus concrète avec les progrès de l’informatique depuis le début des années 2010. Puissance de calcul multipliée, accès à des données toujours plus nombreuses, nouvelles méthodes d’apprentissage… Tout cela a abouti à ce qu’on connaît aujourd’hui : des programmes avec lesquels on peut converser presque naturellement, qui comprennent ce qu’on leur demande, savent plein de choses, créent à la demande des textes et des images. C’est le monde des IA génératives actuelles. Mais ce n’est pas encore l’IA générale qu’on nous promet comme le Graal, telle une borne civilisationnelle.

    Malheureusement, et c’est tout le problème, aucune définition solide de cette nouvelle IA ne fait consensus. Pour une raison simple : une intelligence égale ou supérieure à celle de l’humain, ça ne correspond à aucune notion informatique. « Je vous mets au défi : essayez de trouver un test qui permette de déterminer si un modèle possède l’IA générale, lance Michal Valko, qui a notamment été l’ingénieur en chef de Llama 3, l’IA générative de Meta. Réussir la fusion nucléaire ou trouver le vaccin du Covid, ce sont des problèmes assez simples à définir. Mais l’IA générale… » Selon le test qu’on choisit, on pourrait l’avoir déjà atteinte, ou ne jamais l’atteindre. Et c’est loin d’être anecdotique : les acteurs de l’IA peuvent employer ce terme pour décrire des choses très différentes. D’ailleurs, on parle aussi de « superintelligence ». Et quand on demande la différence à Patrick Pérez, chercheur en IA depuis trente ans et à la tête de Kyutai, laboratoire à but non lucratif, il hésite : « A vrai dire, je ne sais pas très bien les distinguer. »

    Bref, même les chercheurs les plus en pointe ne savent pas trop vers où on va. Ce qui n’empêche pas les fantasmes : se fixant ses propres buts, l’IA pourrait décider, par exemple, de nous éliminer… Dans une lettre ouverte publiée ce mercredi, de grands noms de l’IA comme Geoffrey Hinton, Yoshua Bengio et Stuart Russell ont parlé à ce propos de risques qui pèseraient sur l’humanité, allant jusqu’à sa « potentielle extinction ». On n’en est pas encore là, mais « dans un monde rationnel, on se demanderait d’abord à quoi l’IA générale servirait avant d’essayer de la développer », s’agace Olivier Cappé. Hélas, nous ne sommes pas dans un monde rationnel…

    On en comprend des aspects bien sûr, mais, comme le dit joliment Yann Le Cun, « votre chat en sait plus sur la gravité que n’importe quelle IA ». Autrement dit, il faudra peut-être que les machines s’incarnent pour prétendre à cette « intelligence générale ». Ce serait donc vers la robotique qu’il faudrait se tourner, en dotant celles-ci de capteurs. C’est ce que défend l’Australien Rodney Brooks, pionnier en la matière, avec sa notion de « cognition incarnée ». Et c’est la piste que privilégie Yann Chevaleyre : « Un robot qui expérimente son environnement, c’est la seule solution pour aller vers une forme d’intelligence générale. Un modèle auquel on ne fournit que des images sera nécessairement borné. » Mais il faudrait sans doute que l’interaction de la machine avec son environnement dure longtemps avant que l’expérience de l’environnement soit satisfaisante. En effet, la question du temps est loin d’être triviale dans cette histoire, comme le souligne le philosophe suédois Nick Bostrom dans « Superintelligence » (Dunod, 2017). Pour lui, il a fallu pour arriver à ce que nous considérons comme notre « intelligence » un très long processus d’évolution de la vie, conjointement au développement de systèmes très complexes d’émotions, de contrôles et de valeurs, qui se sont fabriqués en interaction avec un environnement physique, biologique et social, lui-même très varié et en constante évolution. Bref, même si on trouve un jour la solution technique pour créer et incarner une IA générale, il faudra peut-être du temps à une machine pour agir intelligemment. Comme nous au fond…

    Par Oscar Leroy et Xavier de La Porte

    #IA #Intelligence_artificielle_générale #Capitalisme_numérique

  • Internet devient-il une dictature ? - Les Idées larges avec Félix Tréguer
    https://www.arte.tv/fr/videos/122772-003-A/internet-devient-il-une-dictature

    Comment comprendre le ralliement de la Silicon Valley à l’extrême droite ? Pourquoi l’État veut-il mettre la main sur le web ? Internet devient-il une dictature ? Entretien avec le sociologue Félix Tréguer, auteur de "Contre-histoire d’Internet. Du XVe siècle à nos jours".

    Vous avez sûrement été sidéré par le salut nazi d’Elon Musk. Ce qui sidère, c’est bien entendu la symbolique d’un salut fasciste réalisé par l’un des hommes les plus puissants de la démocratie américaine. Mais c’est aussi que la Silicon Valley s’est longtemps présentée comme le bastion d’un monde cool et progressiste. A présent, Elon Musk a mis son #réseau_social au service de Trump. Mark Zuckerberg a supprimé la vérification des faits sur Facebook et Jeff Bezos a limité la liberté d’expression du Washington Post, dont il est propriétaire. En découvrant les travaux de #Félix_Tréguer, on comprend que ces revirements spectaculaires ne constituent pas une anomalie, mais s’inscrivent dans une histoire longue. 
    Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association qui défend les libertés fondamentales dans le domaine du numérique. Son ouvrage_ “Contre-histoire d’#Internet permet de saisir comment l’#État et le #capitalisme_numérique peuvent converger.

    Références :

    Félix Tréguer, "Contre-histoire d’Internet. Du XVe siècle à nos jours" (Agone, 2023)
    Félix Tréguer, "Technopolice. La surveillance policière à l’ère de l’intelligence artificielle" (Divergences, 2024)

    Shoshana Zuboff, "L’âge du capitalisme de surveillance"_ (Zulma, 2020)

    #IA #capitalisme_de_surveillance

  • Mourir en direct : Narcoculture, féminicide et spectacle de la mort à l’ère des influenceurs
    https://lundi.am/Mourir-en-direct-Narcoculture-feminicide-et-spectacle-de-la-mort-a-l-ere-des

    Le meurtre de l’influenceuse mexicaine Valeria Márquez en plein jour lors d’une émission en direct à Zapopan n’est pas un événement isolé. Il est le symptôme visible d’un ordre contemporain où convergent le crime, la célébrité, la féminité et le spectacle. Au Mexique, pays marqué par la violence structurelle et la narcoculture, la spectacularisation de la mort ne se produit plus seulement dans les médias traditionnels, mais aussi sur l’écran du téléphone portable. Des influenceurs assassinés, des vidéos virales d’exécutions, des célébrités numériques qui disparaissent ou sont exécutées en direct : tout cela témoigne d’un régime de visibilité où la mort a été pleinement intégrée au divertissement et à la punition. Cet article propose une lecture critique du phénomène basée sur une articulation entre féminicide, spectacle, nécropolitique et économie numérique. Traduction d’Alèssi Dell’ Umbria.

    #féminicides #narcoculture #capitalisme_gore #capitalisme_numérique

  • L’#IA va-t-elle nous rendre crétins ?

    Les effets du recours à l’#intelligence_artificielle sur les individus suscitent l’inquiétude d’un grand nombre de scientifiques. Ils expriment la crainte qu’elle affaiblisse la capacité de chacun à #penser par soi-même.

    En nous connectant à des contenus de piètre qualité ou en les générant à notre place, l’IA affaiblit notre #esprit_critique.

    Baisse des résultats des tests Pisa, évaluations alarmantes des #capacités_cognitives et effondrement de la #lecture. Ces jours-ci encore, ce constat du déclin de l’#intelligence des jeunes et des adultes alarme le Financial Times. L’état de tutelle des consciences par les écrans où président des IA n’est pas étranger à l’épidémie de #solitude grandissante, affectant aussi nos facultés émotionnelles et sociales. Quel est le rôle de l’IA dans tout cela ?

    L’#IA_prédictive, d’abord, optimise sans cesse nos interfaces numériques afin de nous rendre #accros. L’#économie_de_l’attention repose sur cette absorption du #temps conscient pour extraire des données et influencer les #comportements. L’ingénieur Andrej Karpathy, acteur de la Vallée du silicium, le dit sans détour : « Tiktok, c’est du crack digital qui a attaqué mon cerveau ! » L’#addiction est un fait générationnel. La moitié des adolescents aux États-Unis sont presque constamment connectés. Connectés à quoi ? La « #pourriture_cérébrale » ! Soit des contenus de piètre qualité qui détériorent les #capacités_mentales.

    D’ailleurs, l’expression a été élue mot de l’année par le dictionnaire d’Oxford. Gageons qu’elle rejoigne celle de « #crétin_digital » forgée par Michel Desmurget pour caractériser la surexposition aux écrans. L’IA générative, ensuite, crée du contenu sans #effort. Dans les années 1980, le philosophe Ellul écrivait que si « vous mettez un appareil entre les mains d’un imbécile, il ne deviendra pas intelligent pour cela ». L’actualité continue de lui donner raison. Même les consultants de McKinsey sont trompés par des résultats erronés de ChatGPT. Plus ils y recourent et moins ils sont moins performants et créatifs. Allant dans le même sens, une étude de Microsoft et de l’université Carnegie démontre que l’usage des IA génératives au travail diminue l’esprit critique.

    L’IA interactive, enfin, crée une relation avec l’utilisateur. L’université de Cambridge alerte sur l’essor de ces compagnons IA ouvrant la voie à la capture et la #manipulation de nos intentions. Ce n’est plus seulement l’#attention, mais l’#intention qui est l’objet de la machinerie algorithmique. Même les choix les plus ordinaires (quel film regarder ? quel cadeau offrir ?) sont délégués et toute faculté que l’on n’exerce plus finit par s’atrophier. Ces études ne sont pas anecdotiques, puisque le MIT a recensé pas moins de 777 #risques documentés scientifiquement de l’IA répartis en 23 catégories, dont la #dépendance_affective et la #perte_d’autonomie.

    Le « #capitalisme_numérique colonise tous les lieux que nous dés-habitons », écrit la philosophe Rouvroy. Il en est de même de nos esprits. Le temps d’écran est la continuation du temps de travail. La destruction de nos intelligences est le corollaire de la production au sein de ce #capitalisme. Pour nous maintenir dans un défilement morbide de pourriture cérébrale devant un écran, il faut d’abord nous transformer. La fainéantise d’Oblomov a remplacé le puissant Stakhanov.

    Alerte ! Après la télévision, les jeux vidéo, le rap, les réseaux sociaux numériques, voici la nouvelle innovation qui menace l’intelligence de l’humanité tout entière : l’IA. Les prophéties alarmistes réitérées à chaque nouveauté technologique, fleurissent sur la #crétinisation annoncée des masses, et encore plus sur celle d’une jeunesse déjà régulièrement qualifiée de crétine (digitale).

    Selon plusieurs études récentes, l’IA séduirait la population, fascinée par les #performances de l’outil. Beaucoup de bruit pour une banale évidence : l’absence ou la fragile #éducation – ici, au numérique – nuit gravement à l’exercice d’un esprit critique. Immense boîte noire, nourrie par d’innombrables corpus de textes et d’images, bien souvent sans le consentement de leurs auteurs, l’usage de l’IA générative nous pousse à interroger notre rapport aux #sources, à l’#information, à la #propriété_intellectuelle. Elle nous rappelle combien l’éducation est la clé d’un regard distancié et critique, d’un pouvoir d’agir informé sur le monde. Mais l’IA ne porte aucune responsabilité. Aucune.

    Ont une #responsabilité les professionnels de l’information qui jouent aux apprentis sorciers, se pâmant devant une IA « trop forte », s’émerveillant de ses #performances comme s’ils assistaient à une démonstration de magie. Ont une responsabilité ceux qui s’évertuent à pointer les « erreurs » commises par une IA, surpris qu’un programme conçu pour générer du contenu à partir de #modèles_statistiques « se trompe », et lui reprochant de nous attirer dans les limbes des approximations, méprises et autres faussetés. Dans les deux cas est alimenté le fantasme d’une IA autonome, quasi divine, que nous utilisons, impuissants.

    Prenons le temps. Ne nous jetons pas à corps et esprits perdus dans les multiples potentialités et/ou affres de l’IA. Le procès en crétinisme évite le vrai procès, citoyen celui-ci : de quelle IA voulons-nous ? De celle qui récupère des données que nous cédons sur le Web à des industries sans éthique ? De celle qui, à l’empreinte écologique colossale, condamne un peu plus (vite) l’avenir de notre planète ? De celle à laquelle nous déléguons jusqu’à notre créativité singulière au profit de l’hégémonie d’un savoir standardisé, aseptisé et parfois, pour ne pas dire bien souvent, biaisé ? De celle que l’on utilise pour contribuer à cette accélération dénoncée par Hartmut Rosa qui nous asservit chaque jour davantage aux dogmes les plus avilissants qui soient ?

    Prenons le temps. Celui de mesurer des choix, vertigineux mais aussi passionnants, qui nous reviennent. Celui de prendre nos responsabilités, individuelles et collectives, en décidant de la place que nous souhaitons accorder à une #innovation qui n’est en aucun cas toute-puissante. Celui de faire société, en exerçant notre capacité à « penser d’après nous-mêmes » selon l’intemporelle pensée de Condorcet. L’IA n’a ni cerveau ni valeurs. Nous si. À nous de jouer. Sérieusement.

    https://www.humanite.fr/en-debat/citoyennete/lia-va-t-elle-nous-rendre-cretins

    via @freakonometrics

  • GIORGIO GRIZIOTTI
    Equalize the world (Égaliser le monde)
    https://tlaxcala-int.blogspot.com/search?q=Griziotti

    Giorgio Griziotti, Effimera, 16/11/2024
    Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

    L’autre jour, débarqué à l’aéroport d’Orly en provenance d’Italie, je marchais avec les autres passagers vers la sortie quand, à un certain moment, une file d’attente s’est formée devant un tunnel lumineux dont les portes ne laissent passer qu’une seule personne à la fois. Un système supplémentaire de contrôle et de détection automatique, comme si, au cours du voyage aérien, le passager, déjà contrôlé à l’embarquement, pouvait se procurer des armes, des drogues ou d’autres produits illicites. Cette énième nouveauté aéroportuaire anxiogène est l’une des nombreuses manifestations de l’obsession sécuritaire omniprésente dans le réel comme dans le virtuel, accompagnée d’une rhétorique qui alimente la perception d’un danger permanent comme la promotion d’une culture de la peur.

    En réalité, le danger existe souvent parce que les partisans du discours sécuritaire et les agents du cyberespionnage sont dans le même camp et se nourrissent les uns des autres.

    Equalize, la société italienne d’analyse de risques - lisez espionnage industriel et pas seulement, puisqu’elle compte parmi ses clients le Mossad et le Vatican - pour les entreprises, qui fait actuellement l’objet d’une enquête, est exemplaire en ce sens : son propriétaire, en plus d’être président de la Fondation de la Foire de Milan, nommé en 2022 par le leader de la Lega et président de la Chambre des députés Lorenzo Fontana, et conseiller de l’Université Bocconi, entretenait des liens étroits avec de hauts fonctionnaires, dont le président du Sénat et la ministre du Tourisme Daniela Santanchè, qui a fait l’objet de plus d’une enquête.

    Equalize est donc une illustration contemporaine de la nouvelle dynamique de pouvoir entre contrôleurs et contrôlés à l’ère du « capitalisme de surveillance »[1]. Lorsque Zuboff a écrit ce livre il y a quelques années, elle espérait que le capitalisme pourrait être réformé. Aujourd’hui, un fait marquant semble définitivement démentir cette hypothèse : la montée en puissance d’Elon Musk.

    Comme le racontent ceux qui ont pu faire des incursions dans le futur [2], l’arrivée fracassante de Musk dans les sphères de la gouvernance scelle l’entanglement (intrication) entre l’État et les techno-tycoons ou techno-oligarques, comme on voudra les appeler. Depuis l’ère industrielle, le grand capital avait l’habitude d’acquérir et de contrôler les médias grand public de l’époque, mais nous assistons aujourd’hui à un saut quantique sans précédent. Les dix-sept milliards d’impressions générées par Musk avec ses seuls gazouillis pendant la campagne électorale exercent une influence biopolitique incomparable même à celle du précurseur Berlusconi avec ses médias électriques à la Mc Luhan. C’est précisément la possession d’énormes quantités de données qui permet aux plateformes du neurocapitalisme, largement autonomes dans la définition de leurs propres règles de fonctionnement, d’exercer une influence significative sur les récits, les perceptions, les émotions et les décisions. Ce pouvoir façonne activement les élections, les marchés et même les relations personnelles, redéfinissant leur dynamique et orientant leur développement de manière profonde et omniprésente.

    Pour en revenir à Equalize, il n’est pas surprenant que, dans ce contexte mondial, les acteurs intermédiaires émergent également comme de nouveaux centres de pouvoir privé. Grâce à l’intelligence artificielle, à l’exploration de données et au piratage, ils parviennent à transformer l’information en un instrument de coercition et de contrôle.
    Dans ce cas précis, l’ambition d’Equalize était de devenir une sorte de « Google du renseignement ». Pour ce faire, elle avait développé une plateforme appelée Beyond, qui permettait d’obtenir des rapports sophistiqués simplement en introduisant une requête sur une personne ou une entreprise. Ces rapports proposent des analyses détaillées et suggèrent, le cas échéant, des réflexions ou des enquêtes plus approfondies.

    Jusqu’à présent, Beyond pouvait sembler similaire à d’autres plateformes légales. Cependant, sa nature profondément illicite, telle qu’elle a été découverte par les enquêteurs, réside dans l’obtention illégale d’informations à partir de bases de données protégées et confidentielles grâce à l’utilisation d’un logiciel malveillant de type RAT (Remote Access Trojan), qui permet d’obtenir un contrôle à distance complet du système cible.
    Parmi les bases de données attaquées figurent celles de l’Agence des impôts [système Serpico qui mesure l’adéquation entre le niveau de vie des contribuables et leur déclaration, NdT] , de l’Istat (Institut national de statistiques), de l’INPS (Institut national de sécurité sociale), du Registre national d’état-civil (ANPR), du Système d’information monétaire (Siva) de l’Automobile Club d’Italie (ACI), mais surtout le SDI, le système d’investigation du ministère de l’Intérieur[3].
    La relative facilité avec laquelle Equalize/Beyond a réussi à télécharger des données directement à partir des serveurs du ministère de l’Intérieur, grâce aussi à des complicités et à des infiltrations, montre que même les bases de données les plus sensibles gérées par les organes centraux de l’État, qui devraient être hyperprotégées, sont désormais vulnérables et se retrouvent sur le marché noir des données volées. C’est probablement aussi le résultat de la sous-traitance croissante de certains des nœuds les plus critiques du fonctionnement de l’État au secteur privé. Il s’agit d’une érosion non seulement des frontières entre le public et le privé, mais aussi de celles entre ceux qui contrôlent et ceux qui sont contrôlés.
    Les utilisateurs, souvent sans en être conscients, contribuent volontairement à leur propre surveillance en utilisant des appareils connectés et des plateformes numériques. Cette « surveillance participative » génère une boucle de rétroaction continue, dans laquelle les données produites sont retraitées pour influencer les individus mêmes qui les ont générées. Un exemple de ce mécanisme peut également être trouvé dans le cas d’Equalize, où, comme l’a expliqué un responsable, des rapports détaillés sur les visites du site étaient collectés chaque jour, y compris des informations sur qui s’était connecté, d’où, avec quel appareil et quel navigateur. Ce processus a permis d’établir un profil approfondi des utilisateurs, en contrôlant non seulement qui accède à la plateforme, mais aussi ce qu’ils recherchent.
    Equalize n’est probablement que le premier grand cas à émerger, tandis que d’autres en Italie, en Europe et ailleurs continuent d’opérer dans l’ombre. Ils sont les symptômes collatéraux et locaux de la vague de techno-solutionnisme fasciste qui porte le coup de grâce aux démocraties occidentales désormais irréformables, comme l’affirme Emanuele Braga dans un récent article d’Effimera où il dénonce la mauvaise foi (stupide) des politiciens et des intellectuels de la défunte gauche. Pour conclure, j’ai été frappé par la récente interview de David Colon dans le Manifesto sous le titre significatif « La nouvelle frontière des techno-oligarques ». Du haut de sa chaire de Science Po à Paris, Colon affirme que « les milliardaires de la technologie entendent détrôner la politique au profit de la technologie, de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire des outils qui ont fait leur fortune ». Déblatérant, le jour même de l’élection de Trump, sur les « bonnes » démocraties occidentales à sauver parce qu’elles sont gravement menacées par les « mauvaises » autocraties du reste du monde, notre bon prof de « gauche » ne se rend même pas compte de l’ineptie de ses affirmations. Aucune technologie n’a pris ou ne prendra la place de la politique : Elon Musk & Co. sont déjà les nouveaux leaders politiques du capitalisme du XXIe siècle...

    Post-scriptum
    Comme nous le savons, le capitalisme de plateforme fonde sa rentabilité sur la transformation des données de la valeur d’usage en valeur d’échange (la soi-disant valeur de réseau). Le cas d’Equalize ne fait pas exception. La question démocratique n’a pas grand-chose à voir là-dedans. C’est du capitalisme, chéri·e ! La vente de données manipulées, gérées, sélectionnées et profilées par la plateforme Beyond est en fait l’activité principale de l’opération. D’après ce que nous avons pu lire des interceptions téléphoniques publiées dans certains journaux, une simple et unique demande d’information (qui ne nécessitait pas d’enquête spéciale ad hoc) avait un coût moyen d’environ 200 euros. Le coût d’obtention de ces informations était plus ou moins de 60 euros, avec une marge bénéficiaire certainement importante. Ce qu’il faut retenir, c’est que ces informations sont collectées en profilant les actes de la vie quotidienne de chacun d’entre nous, sans exception. En effet, les récentes technologies algorithmiques et de cloud computing permettent de cataloguer, sélectionner, manipuler et classer les données brutes résultant de l’utilisation d’apps sur les téléphones mobiles, les tablettes et les ordinateurs en données lisibles et vendables, en fonction des besoins du client et de l’entreprise. Ce n’est pas un hasard si l’on parle d’intelligence économique. Ce qui est relativement nouveau (du moins pour l’Italie), c’est la particularité des données traitées par la plateforme Equalize/Beyond : il s’agit en effet de données extrêmement sensibles, liées à la vie privée et à la sécurité, donc de données à très haute valeur ajoutée. Nous ne sommes plus seulement confrontés à la vie directement valorisée et au devenir du profit, mais au devenir « politique » du profit, avec toutes les implications que cela comporte (Andrea Fumagalli).

    NOTES

    [1] Zuboff, Shoshana. L’Âge du capitalisme de surveillance, Zulma 2022
    [2] Griziotti, Giorgio. Cronache del Boomernauta (Chroniques du Boomernaute) Éditions Mimesis, 2023 (à paraître en français en 2025)

    [3] Le système d’information interforces, complexe et étendu, est divisé en 13 domaines d’application principaux dans lesquels circulent toutes sortes d’informations, des plaintes aux enquêtes, de la gestion des armes au contrôle des étrangers, du renseignement policier au suivi des appels d’offres pour les marchés publics.

    #Surveillance #Capitalisme_numérique #Giorgio_Griziotti

  • Pour vivre libres, sortons du bocal numérique
    https://reporterre.net/Pour-vivre-libres-sortons-du-bocal-numerique

    « On étouffe là-dedans, non ? » L’autrice de cette chronique s’en prend à notre société régie par le capitalisme numérique : chacun y est poussé à vivre dans son bocal, pour la plus grande joie de l’État et de la Silicon Valley. Elle prévient : « Une société pleinement informatisée a toutes les chances de déboucher sur une société totalitaire. » À la fin du Quai de Wigan (1937) [1], George Orwell analyse l’assujettissement par la machine. Un monde où elle serait omniprésente aurait tué le travail créatif, atrophié (...)

    #algorithme #écologie #technologisme #domination #addiction #GAFAM

  • Vers des jours heureux... | Le Club de Mediapart

    https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/280420/vers-des-jours-heureux

    Un virus inconnu circule autour de la planète depuis le début de l’année. Péril mortel et invisible, nous obligeant à nous écarter les uns des autres comme si nous étions dangereux les uns pour les autres, il a retourné les tréfonds des sociétés comme on retourne un gant et il a mis au grand jour ce que l’on tentait jusqu’ici de masquer. Sans doute provoque-t-il un nombre important de morts et met-il sous une lumière crue les limites des systèmes de santé des pays développés, y compris les plus riches d’entre eux. Sans doute, ailleurs, expose-t-il les populations de pays plus pauvres à un extrême danger, les contraignant pour se protéger à accomplir une obligation impossible, le confinement. Mais ceci n’est que la surface des choses.

    Le gant retourné donne à voir la voie périlleuse dans laquelle le monde se trouve engagé depuis des décennies. En mettant les services hospitaliers sous contrainte budgétaire, là où ils étaient développés, et en les négligeant là où ils sont insuffisants, les responsables politiques affolés se sont trouvés pris de court devant l’arrivée de la pandémie. En France, l’impréparation criante à ce type d’évènements, la liquidation coupable de la réserve de masques, la délocalisation de l’industrie pharmaceutique avec pour seule raison la recherche de profits plus grands, la faiblesse des moyens de la recherche scientifique, mettent le gouvernement en situation d’improvisation. En prenant le chemin du confinement dont il ne sait comment sortir, il s’est engagé dans la voie d’une mise en cause radicale des libertés publiques. S’étant privé des autres moyens de protection de la population, il bénéficie d’un acquiescement forcé de cette dernière. Pour le cas où cet acquiescement manquerait, un discours moralisateur et culpabilisant se déploie. Et pourtant, partout, d’innombrables initiatives contredisent l’individualisme entretenu par le modèle économique et social et témoignent de la permanence de la fraternité entre les humains.

    Mais le gant retourné fait apparaître aussi, au moins aux yeux les plus lucides, que la réponse aux enjeux auxquels l’humanité dans son ensemble est en ce moment confrontée, ne saurait être une addition de politiques nationales, encore moins si ces politiques tentent de se mener en vase clos. Il y manquera toujours une part, celle de la communauté des humains qui ne peut refuser plus longtemps de se voir pour ce qu’elle est : une communauté de destin, ce qu’Hannah Arendt nommait une association politique d’hommes libres.

    Ainsi, derrière la crise sanitaire qui est au premier plan, avec la crise économique qui s’amorce et la catastrophe écologique en cours, c’est une crise de civilisation qui émerge enfin. Le monde entièrement dominé par le système capitaliste qui ne cesse de creuser les inégalités et de détruire la nature, est aujourd’hui un bateau ivre qui n’a d’autre horizon que son naufrage à travers des violences insoupçonnées.

    S’il est encore temps de reprendre les commandes, alors ce séisme inédit est l’occasion que le monde doit saisir pour rompre enfin avec sa destruction largement amorcée et inventer une société entièrement différente. Ainsi, ayant conjuré la terreur de l’inconnu, les peuples danseront de joie sur les décombres du vieux monde qui menaçait de les emporter.

    Pour cela, il faut :

    – ne pas tricher avec les constats qu’il y a lieu de faire ;
    – mesurer les risques d’une sortie de crise orientée à un retour à la situation antérieure ou à d’autres dérives ;
    – saisir cette opportunité pour poser les fondements radicalement différents d’une société mondiale juste et viable.

    #covid-19 #le_monde_d_après

  • "Aujourd’hui, internet est assailli par des entreprises et des États”
    https://www.actualitte.com/article/interviews/aujourd-hui-internet-est-assailli-par-des-entreprises-et-des-etats/90554

    À ce titre, comment prévenir la dérive de l’ultra-surveillance, quand personne ne semble pouvoir freiner l’évolution des Intelligences Artificielles ni des géants du web ?

    Philippe de Grosbois : L’essentiel est d’aborder la question de la protection de la vie privée comme un enjeu collectif, même si intuitivement, on le voit comme un enjeu personnel et intime. Ce n’est pas seulement en configurant mieux son téléphone ou en encryptant ses mails qu’on protègera notre vie privée, c’est en intervenant de manière globale sur la collecte effrénée de données. Il faut donc aller à la source et stopper cette accumulation d’informations sur nous. Les données peuvent être utiles, mais il est nécessaire de revoir radicalement les conditions dans lesquelles elles sont produites, accumulées, traitées et utilisées.

    Vous envisagez « nos espaces numériques de communication » comme des communs. Quelles responsabilités et devoirs cela implique-t-il selon vous, pour les différents usagers et acteurs du net ?

    Philippe de Grosbois : Les licences Creative Commons et celles protégeant le logiciel libre mettent en lumière une responsabilité importante pour préserver le caractère commun d’une création ou d’un espace : les règles de ces licences cherchent à interdire leur appropriation privée. C’est ce à quoi font référence Pierre Dardot et Christian Laval lorsqu’ils insistent sur le fait que les luttes vers le commun doivent chercher à « instituer l’inappropriable ». Ces espaces doivent être développés et entretenus par et pour la population.

    [Extrait] Les batailles d’internet de Philippe De Grosbois

    Par ailleurs, la construction d’espaces démocratiques par lesquels il est possible pour un très grand nombre de gens de diffuser massivement des idées pose des défis d’un autre ordre. Comment devrait-on les construire pour décourager la démagogie, le harcèlement, la désinformation et la mise à l’écart de voix déjà marginalisées ?

    Comment stimuler la pensée critique, une parole multiple, le dialogue horizontal et la construction d’alliances ? Il s’agit de questions qui impliquent non seulement les informaticiens, mais aussi des militants plus « classiques » : féministes, anti-racistes, syndicalistes, écologistes... Seul un tel travail concerté nous permettra de construire les agoras dont nous avons besoin.

    Philippe de Grosbois – Les batailles d’Internet Assauts et résistances à l’ère du capitalisme numérique – Editions Ecosociété – 9782897193652 – 18 €

    #Internet #Surveillance #Capitalisme_numérique

  • Dans les coulisses du plus grand dépotoir au monde de déchets numériques | Slate.fr via @rezo
    https://www.slate.fr/story/165767/travailleurs-horreur-quotidien-philipines-moderateurs-contenu-choquant-images-

    C’est à ces petites mains du web que rend hommage The Cleaners, le premier documentaire de Moritz Riesewieck et Hans Block. Le film nous plonge dans le quotidien des modératrices et modérateurs philippins dont certains témoignages ont de quoi glacer le sang : il y a, par exemple, cette employée devenue experte dans « l’art » de la décapitation, qui, à force de visionnages, sait reconnaître dès le premier coup d’œil si une tête a été tranchée à coup de machette ou au couteau de cuisine… Cette autre se décrit comme une « sniper » et compare le visionnage de milliers de vidéos à « un virus envahissant son cerveau ».

    À voir à la fin de l’été sur Arte donc :
    https://www.imdb.com/title/tt7689936/mediaviewer/rm68899584

    La suite : « Pendant deux ans, il a nettoyé Facebook »
    https://www.slate.fr/story/165866/decapitations-censure-confidentialite-moderateur-facebook

    Autopromo, ft. Sarah T. Roberts & @antoniocasilli il y a qq mois : « Les tâcherons du clic » (@mdiplo, décembre 2017)
    https://www.monde-diplomatique.fr/mav/156/HENNETON/58116

    Voir aussi : https://seenthis.net/messages/599738

    #modération #médias_sociaux #digital_labor #inégalités #capitalisme_numérique

  • Mark Zuckerberg vous veut du bien
    https://blog.mondediplo.net/2018-01-27-Mark-Zuckerberg-vous-veut-du-bien#forum

    « Matrix » — la centrale électrique à énergie humaine

    Si l’impact pernicieux des nouvelles technologies sur la politique, la démocratie et nos fonctions cognitives fait aujourd’hui scandale, c’est principalement à cause du rapport très ambigu, voire schizophrène, qu’elles entretiennent avec leurs utilisateurs.

    Cette relation est mue à la fois par la compassion et l’indifférence, deux logiques adverses qui jouaient autrefois un rôle nécessaire, permettant aux entreprises technologiques d’invoquer leurs bonnes intentions quand on les accusait de malveillance. La coexistence de ces deux principes contradictoires semble de moins en moins tenable, révélant enfin l’incohérence de leur vision d’ensemble.

    Leur compassion affichée n’est pas tout à fait fausse. Les géants des technologies, aussi puissants soient-ils, dépendent beaucoup de la publicité et des ventes, c’est-à-dire de notre capacité à consommer. Leurs intérêts sont donc, dans une certaine mesure, indexés sur ceux de leurs utilisateurs. Sans ressources, ces derniers ne pourraient pas acheter les produits tant vantés. C’est pourquoi certains magnats de la technologie manifestent leur soutien au revenu de base universel et s’essaient à la résolution des problèmes croissants de protection sociale en matière d’éducation ou de santé.

    #capitalisme_numérique

  • Shoshana Zuboff : Secrets of #Surveillance Capitalism
    http://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/the-digital-debate/shoshana-zuboff-secrets-of-surveillance-capitalism-14103616-p2.html

    Governmental control is nothing compared to what #Google is up to. The company is creating a wholly new genus of capitalism, a systemic coherent new logic of accumulation we should call #surveillance_capitalism. Is there nothing we can do?

    Google surpassed Apple as the world’s most highly valued company in January for the first time since 2010. (Back then each company was worth less than 200 billion. Now each is valued at well over 500 billion.) While Google’s new lead lasted only a few days, the company’s success has implications for everyone who lives within the reach of the Internet. Why? Because Google is ground zero for a wholly new subspecies of capitalism in which profits derive from the unilateral surveillance and modification of human behavior. This is a new surveillance capitalism that is unimaginable outside the inscrutable high velocity circuits of Google’s digital universe, whose signature feature is the Internet and its successors. While the world is riveted by the showdown between Apple and the FBI, the real truth is that the surveillance capabilities being developed by surveillance capitalists are the envy of every state security agency. What are the secrets of this new capitalism, how do they produce such staggering wealth, and how can we protect ourselves from its invasive power?

    #capitalisme_numérique

  • A lire, dans le @mdiplo de novembre « Géopolitique de l’espionnage » par Dan Schiller
    http://www.monde-diplomatique.fr/2014/11/SCHILLER/50926

    Pour clarifier ce déplacement stratégique, il faut souligner un aspect économique du système de renseignement américain directement lié au #capitalisme_numérique. Ces dernières décennies ont vu se développer une industrie de la cyberguerre, de la collecte et de l’analyse de données, qui n’a de comptes à rendre à personne et dont fait partie l’ancien employeur de M. #Snowden, l’entreprise Booz Allen Hamilton. En d’autres termes, avec les privatisations massives, l’« externalisation du #renseignement » s’est banalisée. Ainsi, ce qui était de longue date une fonction régalienne est devenu une vaste entreprise menée conjointement par l’Etat et les milieux d’affaires. Comme l’a démontré M. Snowden, le complexe de #surveillance américain est désormais rattaché au cœur de l’industrie du Net.

    Il y a de solides raisons de penser que des entreprises de la Silicon Valley ont participé de façon systématique, et pour la plupart sur un mode confraternel, à certains volets d’une opération top secret de la NSA baptisée « Enduring Security Framework », ou Cadre de sécurité durable. En 1989 déjà, un expert des communications militaires se félicitait des « liens étroits entretenus par les compagnies américaines (...) avec les hautes instances de la sécurité nationale américaine », parce que les compagnies en question « facilitaient l’accès de la NSA au trafic international ». Vingt-cinq ans plus tard, cette relation structurelle demeure. Bien que les intérêts de ces entreprises ne se confondent vraisemblablement pas avec ceux du gouvernement américain, les principales compagnies informatiques constituent des partenaires indispensables pour Washington. « La majorité des entreprises qui permettent depuis longtemps à l’Agence d’être à la pointe de la technologie et d’avoir une portée globale travaillent encore avec elle », a ainsi reconnu le directeur de la NSA en juin 2014 dans le New York Times.

    #silicon_army (#seenthis-paywall)

    L’ampleur de ce capitalisme numérique en chiffres : http://seenthis.net/messages/305844