• Exploités, battus, drogués : le calvaire des ouvriers agricoles étrangers en Italie
    https://www.letemps.ch/economie/exploites-battus-drogues-calvaire-ouvriers-agricoles-etrangers-italie

    Selon l’ONU, 400 000 travailleurs agricoles étaient exposés à l’exploitation en 2018 alors que 100 000 d’entre eux vivaient dans des conditions inhumaines. Le mois dernier, un jeune Malien est mort après une journée au travail au champ par des températures dépassant les 40°

    Pendant six longues années, Balbir Singh a touché une paye misérable, vécu dans une épave de caravane et s’est nourri des déchets alimentaires qu’il volait aux porcs ou que jetait son patron, un agriculteur italien. L’histoire de ce ressortissant indien est particulièrement sordide mais, comme lui, ils sont des dizaines de milliers d’ouvriers agricoles à connaître des conditions de vie et de travail proches de l’esclavage.


    « Je travaillais 12-13 heures par jour, y compris le dimanche, sans vacances, sans repos. Et il (le propriétaire de la ferme) me payait 100, 150 euros », par mois, raconte Balbir Singh à l’AFP. Le salaire minimum des employés agricoles en Italie est d’environ 10 euros l’heure.

    Appel à l’aide lancée sur Facebook
    L’homme a été libéré dans la région de Latina, au sud de Rome, le 17 mars 2017 après avoir lancé un appel au secours sur Facebook et Whatsapp à des responsables de la communauté indienne locale et à un militant italien des droits humains. Les policiers l’ont trouvé dans une caravane, sans gaz, ni eau chaude, ni électricité. Il mangeait les restes que son employeur jetait aux ordures ou donnait aux poulets et aux cochons.

    « Quand j’ai trouvé un avocat disposé à m’aider, (l’agriculteur) m’a dit « je vais te tuer, je creuserai un trou, je te jetterai dedans et je le refermerai ». Il avait une arme, je l’ai vue », se souvient-il. Il était parfois battu et ses papiers d’identité lui avaient été confisqués. Son ancien employeur est maintenant jugé pour exploitation. Singh, lui, vit dans un lieu tenu secret, par peur de représailles.

    Sous la coupe de « caporali »
    Le rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage estimait en 2018 que plus de 400 000 ouvriers agricoles en Italie étaient exposés à l’exploitation et que près de 100 000 vivaient dans des « conditions inhumaines ». Le mois dernier, un Malien de 27 ans est mort dans les Pouilles (sud-est) après une journée de travail aux champs par des températures dépassant 40°C.

    Dans la région d’Agro Pontino, tapissée d’entreprises maraîchères et floricoles, réputée pour sa mozzarella produite à base de lait de buffle, les Indiens sont présents depuis les années 1980. Le sociologue Marco Omizzolo, le militant des droits humains qui a contribué à affranchir Balbir Singh, estime entre 25 000 et 30 000 le nombre d’Indiens vivant aujourd’hui dans la région, en majorité des Sikhs du Pendjab.

    Ils vivent sous la coupe de « caporali », des intermédiaires sans scrupules qui recrutent de la main d’oeuvre servile pour le compte des propriétaires. En général, les ouvriers se voient offrir un contrat mais ils ne reçoivent qu’une fraction de ce qui leur est dû. « Tu peux travailler 28 jours, ils n’en consignent que quatre sur ton bulletin de salaire, donc à la fin du mois tu reçois 200, 300 euros », explique Marco Omizzolo à l’AFP.

    Le salaire doublé à 5 euros l’heure
    La réalité est encore plus sombre : une récente enquête de police a mis en évidence la consommation à grande échelle d’opiacés parmi les Indiens. Un médecin arrêté dans la station balnéaire de Sabaudia est soupçonné d’avoir prescrit à 222 ouvriers agricoles indiens plus de 1500 boîtes de Depalgos, un traitement normalement réservé aux patients souffrant d’un cancer. « Le médicament est censé les aider à travailler plus longtemps aux champs en soulageant la douleur et la fatigue », précise à l’AFP le procureur en chef de Latina, Giuseppe De Falco.

    Le Parlement s’est saisi du fléau de l’exploitation des travailleurs agricoles. Une loi anti-« caporali » de 2016 a par exemple permis de poursuivre l’employeur de Singh. Mais pour les syndicats, les contrôles de l’inspection du travail sont encore trop rares. Le sociologue Marco Omizzolo, qui travaille avec le groupe de réflexion Eurispes, a passé des années à enquêter sur les abus dans la filière agroalimentaire dans la région de Latina. Il a vécu pendant trois mois à Bella Farnia, un village majoritairement occupé par des Indiens, travaillant incognito dans les champs.

    Lui aussi vit désormais sous protection policière, après avoir été la cible de menaces de mort. En 2019, il a été fait chevalier de l’ordre du Mérite par le président Sergio Mattarella, en reconnaissance de son « travail courageux ». Trois ans plus tôt, il a contribué, avec le syndicat Flai Cgil, à l’organisation de la toute première grève des travailleurs indiens d’Agro Pontino. Depuis, leur salaire est passé de 2,5-3 euros à 5 euros l’heure. La moitié du minimum légal.

    #italie #agriculture #travail #exploitation #tomates #caporalato #néo-esclavage #esclavage #esclavage_moderne #supermarchés #caporali #agroalimentaire #union_européenne

  • A Gaillac, une sombre histoire de tableaux noirs - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2017/09/13/a-gaillac-une-sombre-histoire-de-tableaux-noirs_1596062

    Des enseignants d’un collège tarnais sont visés par une plainte pour vol, intrusion et effraction après avoir essayé de sauver des tableaux noirs destinés à la déchetterie.

    Ce sont des tableaux couleur ardoise sur lesquels plusieurs générations d’élèves et d’enseignants ont usé leurs craies. Au collège Albert-Camus de Gaillac (Tarn), on se préparait à les remplacer par des tableaux blancs et des feutres. Des travaux estivaux allaient être lancés au premier étage de l’établissement, nouvelle étape dans la rénovation de l’établissement, financée à hauteur de 10 millions d’euros par le conseil départemental. L’année précédente, il y avait eu une opération similaire au deuxième étage : les tableaux blancs avaient pris la place des anciens noirs, tous conduits à la déchetterie. Pour éviter la même opération poubelle cette année, dès le mois de décembre 2016, des enseignants adressent donc un courrier à la cheffe d’établissement pour lui demander de préserver « leur outil de travail ». Pas de réponse malgré plusieurs relances.

    Le mercredi 28 juin, quelques jours avant la fin de l’année scolaire, six professeurs aidés par des parents d’élèves prennent donc l’initiative de mettre ces tableaux à l’abri pendant l’été, sans autorisation. Ils souhaitent les stocker, puis les réinstaller dans les classes à la rentrée, en complément des nouveaux tableaux. Alors qu’ils sont en train de charger le tout dans des camionnettes, la gendarmerie intervient sur le parking pour stopper l’opération, alertée d’un « cambriolage au collège ». Le groupe de dissidents est invité à décharger les tableaux et les laisse sur place, dans le hall. Cette histoire, déjà un peu insolite, aurait pu s’arrêter là. Mais elle s’est peu à peu transformée en affaire à deux volets, d’abord judiciaire puis disciplinaire.

    Des enseignants militants

    A la suite de l’échec de l’opération récup, la direction de l’établissement a déposé plainte pour « effraction, intrusion et vol », les domiciles des professeurs ont été perquisitionnés et ils sont désormais visés par une procédure disciplinaire du rectorat de Toulouse. Un comité de soutien formé durant l’été a lancé une pétition : 9 000 signatures en une semaine. Pascal Pragnère, porte-parole de ce comité, estime que les procédures engagées sont « disproportionnées ». Le conseiller municipal EE-LV d’Albi et ancien délégué syndical, toujours syndiqué à Sud éducation, connaît personnellement certains des enseignants accusés. « Les personnes mises en cause sont complètement investies dans leur travail pédagogique. Elles sont très impliquées dans la vie des environs de Gaillac et dans les mouvements sociaux, certains sont des militants syndicaux », précise-t-il.

    Et d’ajouter que ces professeurs sont présents depuis longtemps dans l’établissement tarnais, sans jamais poser de problème. Il assure enfin que la directrice du collège, présente sur les lieux, n’a pas exigé que les enseignants arrêtent leur opération récup. Contactée par Libération, elle ne désire pas répondre aux questions de la presse. Le Département confirme que l’opposition de certains professeurs, « consultés quant aux choix des tableaux qu’ils souhaitent utiliser dans les salles de classe », était connue. Leur volonté de récupérer les anciens tableaux, à l’inverse de la politique de rénovation du département qui promeut les classes tablettes et les tableaux interactifs, « a peut-être été perçue comme un signe de défiance », tente d’expliquer Pascal Pragnère.

    Accusés d’avoir volé du matériel scolaire disparu

    Les enseignants ne sont pas seulement accusés d’avoir voulu dérober des tableaux noirs mais d’avoir été les auteurs de vols d’autres objets manquant à l’inventaire réalisé en fin d’année. C’est ce que les intéressés ont appris lors de leurs auditions le 28 juillet et le 3 août. Durant la perquisition qui a suivi, les gendarmes étaient à la « recherche de deux tabourets, de deux tables d’élèves et des chariots pour téléviseurs et rétroprojecteurs », selon le comité de soutien, qui indique que la liste des objets volés aurait tendance à s’allonger. Pour preuve selon Pascal Pragnère, un communiqué récent du rectorat, consulté par Libération, qui ajoute des étagères. Il reconnaît que les enseignants, qui n’avaient prévu de récupérer que cinq tableaux au départ, ont vu que deux écrans enrouleurs et trois porte-cartes devaient avoir le même destin et les ont pris.

    Du côté du rectorat, la procédure disciplinaire engagée pourrait mener à des blâmes, des avertissements, des mutations ou même à des radiations. Pascal Pragnère détaille ce qui leur est reproché en donnant sa version des faits : « Il y a d’abord l’intrusion dans un établissement scolaire, alors qu’ils étaient convoqués ce jour-là pour le déménagement du mobilier du collège en vue des travaux, où il était prévu de mettre les tableaux en sécurité. On les accuse aussi d’avoir manqué de loyauté vis-à-vis de leur hiérarchie, parce qu’ils n’auraient pas prévenu de ce qu’ils voulaient faire. Pourtant, ils ont envoyé un courrier à plusieurs reprises depuis décembre : au mois de mars, d’avril, de mai… La troisième raison est l’usurpation de mobilier administratif, alors que les tableaux étaient destinés à la déchetterie et qu’ils ne souhaitaient pas se les approprier. » Le rectorat n’a pas encore répondu aux demandes de précision de Libération.

    « Eléments faux »

    Lors d’une conférence de presse organisée mercredi après-midi, le comité de soutien a dénoncé la présence « d’éléments faux » dans des communiqués émis par le conseil départemental et le rectorat, sur lesquels les procédures disciplinaires sont basées. Les enseignants demandent l’arrêt des poursuites à leur encontre d’ici le début de la semaine prochaine et disent envisager une action en « diffamation par voie de presse ».

    Les six accusés seront convoqués par le rectorat dans la semaine pour prendre connaissance de leur dossier administratif. « Nous avons envoyé un courrier au ministre de l’Education nationale, nous nous attendons à une réaction rapide étant donné l’ampleur que ça prend au niveau national », espère le porte-parole du comité de soutien. Pour le moment, pas de réponse de Jean-Michel Blanquer, actuellement en déplacement sur l’île de Saint-Martin.

    Alors là j’en reste bouche bée. Dans l’Éducation nationale, on peut commettre des actes pédophiles et passer littéralement entre les mailles du filet judiciaire et administratif, mais par contre il suffit de récupérer un tableau destiné à la poubelle pour se retrouver passible de graves sanctions et comparaitre devant un tribunal. Moi je sais pas mais si j’avais des enfants j’aurais des angoisses à les confier à une administration qui fait des trucs pareils.
    #éducation_nationale #collège #tarn #tribunal

  • Le programme du FN sur l’école
    http://lahorde.samizdat.net/2015/12/10/le-programme-du-fn-sur-lecole

    Lu sur le site Questions de Classe (article tiré du blog Enseigner au XXIe siècle) : en complément, vous pouvez aussi jeter un œil sur une petite histoire de l’extrême droite contre l’école assez bien faite, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Le programme du FN sur l’école : Plus indigent que sinistre ou [&hellip

    http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2013/12/30/pour-qui-sont-ces-serpents-qui-sifflent-sur-vos-tetes
    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/elections-departementales-2015/20150316.OBS4750/departementales-2015-au-fn-on-n-a-pas-trop-de-programme.html

  • Ces derniers jours, à lire les commentaires épouvantables de Twitter sur les manifestations interdites, j’ai le sentiment que nous avons parfaitement intégré une nouvelle obligation dégueulasse : le devoir d’obéissance.

    J’ai connu et détesté les années 1980 : plus je m’approchais de l’âge adulte, moins je supportais l’ambiance de conformisme aigu de l’époque. Mais ces derniers temps, les injonctions à l’obéissance (obéir au gouvernement, obéir aux flics, obéir au jugement moral des présentateurs télévisés…), devenues omniprésentes dans les forums de l’interwebz, c’est déprimant au dernier degré. Le conformisme des années 80 consistait à se déguiser en yuppie et à mépriser bruyamment les déviants, mais pas à leur imposer de devenir eux-mêmes des yuppies (au contraire, la yuppitude reaganienne avait évidemment besoin de l’autre justement pour pouvoir afficher ce mépris des malpropres soixante-huitards) ; le discours ambiant actuel revendique, lui, l’adoption des mêmes codes et de la même obéissance pour tous.

    Nous avions déjà la grosse-couillitude des forums, le racisme-camembert, l’adoption des codes de non-discussion des aboyeurs télévisuels, le personnal-branding de nos relations, mais ça, c’est encore autre chose. C’est je crois un mode de pensée proprement totalitaire à la sauce Twitter : « mais puisqu’on te dit que c’est interdit, merde, c’est pas compliqué à comprendre, ça, que c’est interdit ! ».

    • C’est parce que c’est très mal foutu, Twitter : si quelqu’un que tu aimes bien postes plusieurs messages de suite parce qu’il a des choses un peu intéressantes à dire, tu es dois déplier tout le fil et te taper tous les commentaires.

    • De mon côté, le fait de relayer rien que sur le mode factuel, les informations qui sortent du cadre télévisuel et radiophonique, me vaut des accusations en prosélytisme et en extrémisme. J’attends le moment où je vais être signalé pour radicalisation...
      Même le fait de dire que mon voisin là qui tient des propos racistes est raciste, on m’explique que je suis intolérant, qu’il a le droit d’avoir des opinions différentes des miennes.
      En gros, faut être tolérant avec la Réaction, et impitoyable avec toute prise de recul.

    • @biggrizzly Oui évidemment, mais cet aspect reste, je trouve, au niveau du conformisme et donc des gens à qui on apprend à se construire par opposition au « déviant » (mais ce déviant est relativement toléré, bien que méprisé).

      J’ai l’impression (mais c’est pas très formalisé) qu’il y a eu un glissement du discours de conformisme au discours d’obéissance avec les interdictions du voile, et le « débat » sur l’« identité nationale ». Avec l’identité nationale, « on » a accepté que « collectivement » (mon œil) nous serions autorisés à nous imposer à nous même une identité.

    • Je remarque aussi ce devoir d’obéissance dans la docilité avec laquelle on se fait fouiller nos sacs de fond en comble, ouvrir nos manteaux, palper, sans remettre en question la nécessité de tous ces gestes, ou la vraie motivation du patron du magasin qui exige ces fouilles...

    • C’est la généralisation des processus en cours d’expérimentation dans les aéroport. Je travaille sur les aéroports depuis quelques années en partie parce que j’étais convaincu que les processus sécuritaires et leurs conséquences étaient une préfiguration de ce qui allait se paser partout ailleurs. Je vois avec tristesse que c’est commencé.

      #dfs

    • Ce qui m’inquiète, c’est le nombre de gens plutôt militants, plutôt critiques, plutôt démocrates depuis longtemps qui se sont subitement mis à aboyer avec le reste de la meute, comme s’ils avaient déconnecté d’eux même, en mode put your brain down.
      Et le fait que tous ceux qui ne pensent pas comme la nouvelle norme sont devenus extrêmement prudents et réservés, se méfiant (assez légitimement) de tout le monde !

    • Et le fait que tous ceux qui ne pensent pas comme la nouvelle norme sont devenus extrêmement prudents et réservés, se méfiant (assez légitimement) de tout le monde !

      Réaction de préservation assez compréhensible en ces temps de forte coercition.

    • A l’heure de l’apéro, dès que je proteste contre ce qui arrive aux militants écolos, et que j’explique qu’une des raisons de la crise actuelle tient à la politique post-coloniale occidentale, j’entends assez rapidement « donc tu es d’accord pour dire que c’est de notre faute ? » qui décrédibilise la réflexion de fond que je viens d’entamer.

      Ensuite on me dit « oh, on se doute bien qu’il va y avoir des bavures » et j’ai un mal de chien à expliquer en pure perte qu’il y a une différence notable entre la bavure (qui est un accident, souvent dans la précipitation, une faiblesse humaine) et l’abus d’autorité. « Oui, c’est la même chose. » MAIS NON.

      Enfin bref, je trouve aussi que ces temps-ci c’est difficile de discuter.

    • @notabene oui, en gros, c’est ça et les gros relents nationalistes de la part de gens qui n’en avaient rien à carrer des valeurs de la République il y a trois semaines « moi, je ne fais pas de politique, moi ! ». Sans compter la fête aux idées courtes : terroristes = arabes = musulmans = gauchistes et droit-de-l’hommistes = ZADistes = « bien fait pour leur gueule et moi, j’ai rien à cacher, moi ! »

    • Oui, « c’est pour notre bien ». Faut continuer d’aller travailler, de vivre, faire son shopping de Noël… ambiance mobilisation, chacun à son poste. Ah, et cette suspicion qui affleure très vite dans le regard, dès que tu laisses entendre que c’est pas si chouette que ça, l’état d’urgence…

      #CestPourTonBien

      Quand à twitter, ça fait qq années déjà que j’observe la montée de comportements cloisonnants : œillères de l’unfollow et du blocage, nettoyage de TL, épuration des propos jusqu’au bashing, décomplexé, pratiqué de tous bords, y compris par les gentils militant·e·s non-discrimination, qui se prennent pour des justiciers de la toile, motivés par la bonne cause ; jusqu’au cloisonnement des pensées qui en résulte, l’illusion de connivence, qui décomplexe l’insulte, qui se lâche, facile, sauf qu’elle n’est pas confidentielle mais publique et à forte résonance, qu’elle blesse, et ainsi de suite…
      http://romy.tetue.net/1027
      S’exprimer en 140 caractères, ça n’aide pas à élever le débat, d’t’façon.

      Ne lire que ma TL est bien confortable. J’en suis sortie pour suivre un hashtag, juste pour savoir ce qui se passait à côté de chez moi, place de la République, ce dimanche. Très intéressant de voir comment les images se sont diffusées et ont été accueillies. Le raccourci « écolos = zadistes = black bloc = terroristes » était immédiat. Qui manifeste, dans la rue, est contrevenant, qui ne se conforme pas, qui n’obéit pas, est dangereux. Et fait le jeu des terroristes. Il n’en faut pas plus pour souhaiter que les CRS butent (au sens fort d’avoir le droit de tirer pour tuer) ces « crasseux » (que sont les militants écolos, tous, indistinctement). Qui en doute, est suspect.

    • Qui manifeste, dans la rue, est contrevenant, qui ne se conforme pas, qui n’obéit pas, est dangereux. Et fait le jeu des terroristes. Il n’en faut pas plus pour souhaiter que les CRS butent (au sens fort de tuer) ces « crasseux » (que sont les militants écolos, tous, indistinctement). Qui doute, est suspect.

      Voir aussi http://seenthis.net/messages/432338 où est cité le passage suivant :

      Le policier remarque alors son sweat-shirt avec l’étoile rouge et le slogan « non au capitalisme et au racisme » porté sous sa veste ouverte. « C’est un petit cadeau de ma mère qui l’avait acheté à un meeting de Mélenchon. Après coup, j’ai regardé l’étiquette, c’est le nom du site socialisme.be » explique Délio. Le sweat est vendu par le Parti socialiste de lutte (PSL) la gauche radicale belge. « Et là il me dit : " c’est un message contre l’Etat, il ne faut pas porter ça en ce moment, il vaut mieux garder ses opinions pour soi, surtout ce genre de messages. Je lui réponds qu’on est en France, qu’on peut encore porter ce qu’on veut, que c’est pas contre l’Etat. Il me répond que "l’Etat, c’est le capitalisme donc c’est un message contre l’Etat". J’insiste en disant que je porte ce que je veux. Il me répond "plus pour très longtemps !" Je lui lance "Vous avez hâte d’avoir tous les droits et d’arrêter qui vous voulez ?" Il me répond "Oui les petites faces de merde comme toi, on a hâte de pouvoir les arrêter sans raison, les petites faces de pine, les petites faces de shiteux comme toi"

      #délit_de_faciès #délit_d'opinion

    • @sombre : assez flippant de constater à quel point les mots sont les mêmes dans la bouche des CRS que sur twitter au même moment :(

      Les écolos, les végans, les celleux qui roulent à vélo plutôt qu’en voiture, les fumeurs de beuh, de roulées, celleux à pantalons larges, à dreads, les hippies qui rêvent d’un monde meilleur, les décroissants, les antifas, les anars, les punks à chiens, à chats… toussa, toussa, toussa, dans le même sac, celui des « crasseux », dont il faut nettoyer la République.

      M’en remet pas, tiens, d’être une crasseuse.

      #crasseux

    • @sinehebdo : oh ben alors, s’il s’agit de porter un flingue, il va y avoir pléthore de candidatures.

      @tetue : la société française se durcit et se rétracte autour de son noyau le plus réactionnaire. Et ce n’est pas du côté de la « gauche de la gauche » ou des « anars » que viendra le salut. Ces gens-là se sont emmurés vivants dans leurs dogmes. Récemment, je me suis fadé un texte d’une dizaine de pages et j’ai encore du mal à m’en remettre. Faut croire que j’ai été très naïf jusqu’ici.
      Vite fait, il s’agissait d’une remise en cause du racisme social par lesdits « anars », remise en cause justifiée par le fait que, puisque les races n’existent pas, il ne peut y avoir de racisme social et que les défenseur-e-s des personnes racisées -défenseur-es qui d’ailleurs sont le plus souvent des femmes et qui font l’objet de l’ire (tiens,tiens) de nos fougueux étalons révolutionnaires- sont les plus abject-e-s promoteur-trices d’un « lobbying communautariste ».

      Si cette problématique t’intéresse, une discussion s’est amorcée ici :
      http://seenthis.net/messages/434706#message435687

    • Il est possible que ce ne soit pas du côté de la « gauche de la gauche » ou des « anars » que viendra le salut, mais de là à réduire toute la gauche de la gauche à ce pamphlet de ladiscordia, c’est lui donner trop d’importance. La "gauche de la gauche" est divisée sur ces questions et une partie continue de promouvoir des idées nouvelles et émancipatrices...

  • Pas de refondation de l’école sans refondation de l’inspection (Pierre Frackowiak)
    http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-frackowiak/061014/pas-de-refondation-de-lecole-sans-refondation-de-linspection

    Le syndicat majoritaire des inspecteurs, le SIEN UNSA avait d’ailleurs ébauché quelques pistes pour une redéfinition des missions et des pratiques. Le syndicat minoritaire SNPI FSU, conscient du poids de l’inspection dans la souffrance des enseignants, avait courageusement proposé un code de déontologie à étudier avec les enseignants eux-mêmes. Le pourrissement de la situation était atténué par l’exploitation de « bonnes pratiques » mais le rôle de la hiérarchie intermédiaire dans la dénonciation et la chasse aux désobéisseurs a considérablement mis en doute la bonne foi des défenseurs du passé. […]

    […] Le développement de l’autoritarisme, avec de nouvelles générations de petits chefs formatés au centre de conditionnement de l’ESEN, lié à « l’administratisation », à la technicisation, au règne de l’évaluationnite technocratique et au culte de l’apparence, a accéléré la déshumanisation du système.

    Les inspecteurs soudain mus en « jeunes » cadres dynamiques, armés de leur ordinateur, de leurs courbes et camemberts, sont devenus des contrôleurs et des fabricants de feuilles de route. […]

    On aurait pu espérer que la volonté affichée de refonder l’école allait conduire inéluctablement à une refondation du système, de sa gouvernance, de la « gestion des ressources humaines », à la fin de l’effet « pyramide / tuyaux d’orgues / parapluies », à une remise en cause de l’autoritarisme et du mépris, à la démocratisation des pratiques, au dialogue vrai entre inspecteur et inspecté. Il faut bien reconnaître que deux ans après la loi de refondation, il n’en est rien. C’est même souvent pire, les caporaux formatés, tranquillisés par le pouvoir, s’en donnant à cœur joie pour imposer, contrôler, sévir, décréter, technocratiser… et accroître la souffrance, la démobilisation, l’amertume, la résistance passive, l’infantilisation… Il y a pourtant d’autres voies pour accompagner les enseignants dans leurs évolutions, la première étant fondée sur la confiance.

    Bouh… c’est tellement ça…

    #éducation #inspection #IEN #hiérarchie #MEN #caporalisation_du_management