Je me souviens, la toute première fois où j’ai entendu parler de la taille, de la gabelle, c’était probablement à l’école primaire, oui, il suffit de retrouver cette sensation d’ennui et cette odeur de craie et d’encre, ça devait être à l’école de V. J’étais petit et gros, empoté, timide, plus que ça, timoré. Tout me faisait déjà horreur dans cette cambrousse. Les visages rougeauds, le vernis à ongle écaillé sur les mains des petites filles, les rires, les cris, toute cette violence qu’ils mettaient tous à vivre ou à jouer. On ne savait pas la différence. Peut-être qu’ils avaient raison et moi archi tort. Peut-être que j’étais délicat à un point pas permis, et aussi violent sans oser le montrer vraiment, empoté, coincé du cul. Peut-être que tout cela venait simplement de moi, d’un manque de chance, en tout cas il y avait un merle sur la branche, depuis ma place je le voyais, il revenait entre deux récréations. Il se posait là et on aurait dit qu’il me regardait comme un oiseau en cage depuis le platane de la cour. C’était moi l’en cage. Lui il avait l’air de dire pauvre gars comme tu es tombé bien bas déjà. Et là entre deux récréations j’ai entendu cette histoire de taille et de gabelle, et là ce fut je ne sais quelle goutte d’eau.