Symposium et Ateliers : Pratique de la Cartographie expérimentale (sensorielle et émotionnelle) pour la Recherche en Sciences Sociales
Proposé par le projet Embodied Ecologies et soutenu par Wageningen University & Research – Knowledge, Technology and Innovation (KTI) ainsi que par le Conseil Européen de la Recherche (ERC)
Du lundi 29 septembre au mercredi 1er octobre 2025
l’Université de Wageningen, Pays-Bas
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Nous allons « expérimenter l’espace », dessiner, cartographier, écouter et dialoguer dans une atmosphère que nous espérons conviviale et informelle.
Au cours de ces deux jours et demi, théoriciens et praticiens de la cartographie alternative — ainsi que chercheuses, chercheurs et participants curieux — seront invités à :
– Partager et discuter des concepts, des approches, des champs de recherche et des questions en cours lors de présentations et de tables rondes ;
– Explorer diverses pratiques lors d’ateliers, au cours desquels les participants expérimenteront la création de leurs propres cartes sensorielles et émotionnelles, en utilisant des outils qui mêlent approches scientifiques et artistiques. Ces exercices seront simples et accessibles à toutes et tous. Aucune compétence artistique ou cartographique préalable n’est requise — seulement le désir de s’écouter soi-même et les autres, d’explorer, de jouer et de partager.
Ce symposium/atelier proposera trois types d’activités :
A) Courtes présentations , durant lesquelles les participants partageront méthodes et idées, et décriront différents aspects de leurs pratiques cartographiques participatives ou créatives. Nous tenons à ce que ces présentations restent courtes (15 à 20 minutes maximum) afin de laisser du temps, d’une part, pour le dialogue et l’échange, et d’autre part, pour mener les ateliers, dessiner et créer ;
B) Ateliers pratiques de 2 à 3 heures , durant lesquels nous réaliserons des cartes sensorielles et des illustrations à partir de données et d’informations collectées dans l’espace environnant le lieu de notre rencontre, ou en explorant notre mémoire ;
C) Discussions collectives autour de thèmes et de questions clés concernant la définition et la pratique de cette cartographie sensorielle et émotionnelle, ainsi que des réflexions sur la pertinence de telles pratiques pour les sciences humaines, et peut-être pour comprendre le monde et l’espace autrement.
Programme
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PrésentationLes ateliers de cartographie expérimentale (sensorielle et émotionnelle) sont des lieux d’exploration et de création, de pratiques cartographiques originales orientées sur la représentation de nos perceptions sensibles et personnelles du monde, de nos espaces quotidiens, de nos itinéraires de vie, ou tout simplement de nos imaginaires.
Elle est une “pratique en prolongement” de la cartographie radicale ou critique, conceptualisée et mise en œuvre au tournant des années 1970 par David Harvey et surtout William Bunge avec Gwendolyn Warren, à la suite des grands mouvements de lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Après avoir été largement et efficacement utilisée dans des contextes politiques pour révéler et dénoncer ces injustices ou des pratiques en contradiction avec le droit international et les droits humains fondamentaux, cette approche cartographique a évolué vers des dimensions plus intimes et plus immersives, autrement dit, plus sensibles.
Cette pratique exige alors que nous mobilisions tous nos sens, que nous soyons à l’écoute de nos émotions, autant lors de la collecte des données que lors de la phase de création à proprement parler : le regard pour voir enfin ce que nous ne regardons habituellement pas ; l’ouïe pour entendre ces bruits et ces sons auxquels nous ne prêtons généralement aucune attention ; l’odorat, le goût et le toucher pour prendre pleinement conscience de l’atmosphère des lieux. Enfin, cette démarche engage largement ce que nous appelons le « sixième sens », c’est-à-dire notre intuition des choses, notre capacité à ressentir le réel en le confrontant à notre imaginaire, ce qui laisse le champ libre à l’expression poétique et artistique, à l’épanouissement de notre sens créatif, notamment lorsqu’il s’agit de jouer avec les couleurs, les formes et les mouvements. En d’autres termes, on pourrait dire que c’est une cartographie « expérientielle », en ce qu’elle constitue la restitution dessinée de notre immersion dans des lieux, des terrains où nous sommes ou avons été physiquement.
Elle peut aussi être « mémorielle » dans la mesure où elle restitue les lieux à partir des impressions et perceptions qui peuplent notre mémoire, mais aussi de nos « savoirs territoriaux transmis » (particulièrement important, par exemple, lorsque des communautés autochtones entreprennent d’explorer leurs domaines ancestraux). Depuis le début des années 1990, de très nombreux collectifs citoyens à travers le monde se sont intéressés à cette forme d’expression, qu’ils ont perçue comme un médium efficace pour défendre et soutenir les causes qu’ils portaient (surtout orientées vers la justice sociale et spatiale). Ces groupes d’artistes et d’activistes se sont emparés de cette pratique qu’ils ont développée, conceptualisée et expérimentée sous une riche variété de dénominations : cartographie radicale, critique, participative, collective, sensible, émotionnelle, olfactive, expérientielle, mentale, perceptive, et même contre-cartographie (bien que ce terme soit aujourd’hui sujet à discussion). Elle a de ce fait pris une dimension militante et activiste, au service des communautés, des minorités ou tout simplement des citoyens.
Parallèlement, des groupes de recherche en cartographie critique et radicale se sont aussi constitués dans le milieu académique, d’où ont émergé des laboratoires et des formations universitaires centrées sur la pratique d’une cartographie critique, radicale et expérimentale, abordant la diversité de ses usages et approches. L’Université de Wageningen n’a pas fait exception. Depuis 2021, le projet de recherche « Écologies incarnées », mené au sein du département des sciences sociales sous la direction de l’anthropologue Anita Hardon, a développé et mis en œuvre la cartographie sensorielle dans le cadre de ses recherches, en l’utilisant comme un outil d’investigation et d’exploration au même titre que les entretiens ou les enquêtes. Les résultats de ces expérimentations (toujours en cours) sont déjà très prometteurs, et montrent comment cette mise en œuvre fait avancer la recherche anthropologique.
Pour les chercheurs, cela permet de « territorialiser » leurs entretiens et, plus encore, de mieux comprendre les territoires (dans certains cas les domaines ancestraux) dans leur dimension sacrée et intime, ainsi que de mesurer pleinement l’espace (notamment l’importance des distances) dans lequel se déploient les processus sociaux et économiques complexes que vivent les communautés.
Pour les représentants des communautés avec lesquelles nous travaillons, cela a permis l’émergence de ce que l’on pourrait appeler des « illustrations synthétiques ». Celles-ci offrent des représentations visuelles immédiates et accessibles de problématiques subtiles et complexes, rendant visibles des aspects de la réalité souvent obscurcis par les données qualitatives ou quantitatives traditionnelles. C’est aussi l’occasion de porter un autre regard sur leur propre espace de vie, d’y découvrir de nouveaux potentiels, de le comprendre sous des perspectives inhabituelles.
De plus, le fait de cartographier les émotions a aidé les communautés à surmonter des barrières psychologiques, leur permettant de mieux comprendre les raisons de certaines pratiques spatiales, ainsi que leurs propres conditions et positions en tant qu’êtres sociaux dans les espaces qu’elles cartographient. En ce sens, cet outil agit comme un révélateur complémentaire dans les enquêtes ethnographiques, permettant à l’image cartographique de dialoguer avec les textes écrits et de révéler des phénomènes, des processus ou des dynamiques jusque-là négligés.
Donc, de revisiter le passé, de le mettre en lien avec le présent, pour éventuellement imaginer les formes que pourraient prendre le futur. Pendant deux jours et demi, théoriciens et praticiens de la cartographie alternative — mais aussi chercheurs et passionnés — pourront :
– Discuter, partager les approches, les concepts, les champs de recherche, mais aussi les doutes et les questionnements lors des présentations et des tables rondes.
– S’essayer à une diversité de pratiques lors des ateliers, où les participants seront invités à expérimenter leurs propres cartes sensorielles et émotionnelles, exprimées à travers des outils mêlant science et art. Les exercices seront simples et accessibles à toutes et tous. Aucune compétence artistique ou cartographique n’est requise — seulement une volonté de s’écouter soi-même et d’écouter les autres, d’explorer, de jouer, et de partager.
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