• Cartographie participative par Marguerite Vin-dekoker

    M2 CAPS approches créatives de l’espace public — Diplôme carrières sociales parcours animation sociale et socioculturelle

    https://www.linkedin.com/posts/marguerite-vin-dekoker-a5ab331ab_lancement-de-projet-ces-derniers-mois-act

    ateliers de cartographie collective au Hall du PAM, où l’idée sera simplement de se retrouver, discuter, dessiner, écrire… et faire émerger petit à petit une carte sensible du quartier, à partir des expériences de chacun·e.

    Ce projet s’inscrit dans le festival Les Dingueries de la Terre, porté notamment par GRPAS, CRIDEV, Keur Eskemm et Front de Mères.

    #cartographie_sensible #cartographie_participative

  • Spatialement et dans tous les sens
    Méthodologies, méthodes sensibles et géographie

    https://journals.openedition.org/norois/16994

    La prise en considération conjointe des sensations et des émotions permet d’intégrer de manière singulière les façons dont les individus vivent, ressentent et s’approprient leurs territoires. Selon J.-M. Besse (2013), « la sensation, c’est la donnée brute, vécue par le corps en rapport avec le monde, à travers l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat, le goût », tandis que l’émotion, pour A. Damasio (1999), « est une réaction affective complexe, incluant sensations corporelles, évaluation subjective, mémoire et expression. Elle implique à la fois le vécu subjectif immédiat et la signification donnée à une situation ». Alors que l’affect désigne un état de l’esprit provoqué par les qualités relationnelles et diffusives des lieux (Anderson, 2009), l’émotion est un « état affectif positif ou négatif » (Clerc, 2019) qui, au-delà du simple ressenti, peut être verbalisé, conscientisé et partagé. En croisant des approches qui combinent les apports de la psychologie, de la phénoménologie et de la géographie humaniste, les articles qui composent ce numéro proposent une compréhension riche et située des spatialités à partir du registre sensible. Le vécu sensoriel, le sentiment d’appartenance, la découverte, l’attachement voire la peur donnent à voir une texture des usages, des appropriations et des représentations des lieux.

    #territoire #espace #géographie #cartographie #cartographie_sensible

    • "En vue d’un herbier"

      Ouvrage d’art conçu sur le Plateau-des-Petites-Roches avec la participation des enfants des écoles.
      Illustré et mis en page par Sandra Moreaux, artiste en Belledonne
      Imprimé dans la Vallée du Grésivaudan
      Cet ouvrage contient 6 livrets dans une couverture-chemise comprenant :
      – un jeu à découper sur le paysage
      – deux herbiers botaniques et un mode d’emploi pour fabriquer son herbier-maison
      – un herbier d’objets-matériaux de l’ancien site hospitalier
      – un amalgame hétéroclite et sa coupe géologique de l’empreinte humaine,
      – une carte topologique du site (comprise dans l’ouvrage, mais à paraître et récupérer début 2021)

      Il existe une “zone”, située au-dessus du village de Saint-Hilaire-du-Touvet, sur le Plateau des petites roches,où des sanatoriums populaires ont été construits au milieu des pâturages dans les années 1930 pour lutter contre l’épidémie de tuberculose. Reconvertis en établissements de soins post-opératoires au cours des années 1970, abandonnés en 2008, ils ont été démolis au cours de l’été 2018. Pendant ce temps, l’emprise agricole a reculé sur le plateau tandis que la forêt, le tourisme et l’urbanisation ont gagné du terrain. La disparition des bâtiments laisse aujourd’hui des trouées dans la canopée locale et un mille-feuille dans les sols anthropisés du site où circule une étrange diversité d’éléments naturels et artificiels : les traces de l’activité humaine disparue, entremêlées au mouvement cyclique du vivant. Le site est toujours survolé par quelques parapentes colorés mais depuis mars 2020, le trafic arérien s’est considérablement réduit. Les lieux ne sont plus habités par les humains mais probablement encore par quelques animaux. Les nombreux chemins qui mènent au site depuis le village se referment peu à peu, les cours d’eau changent de direction, la flore continue de se déployer entre reliquats de prairies et friches nouvelles. Des milieux naturels, paysans, médicaux et sportifs ont transformé successivement ce paysage de montagne en l’éclair de trois générations. Les milieux culturels et sociaux du Plateau des petites roches ont été bouleversés par ces transformations successives. L’hospitalité reste en héritage.
      À l’automne 2019 et au printemps 2020, des élèves et des enseignants des deux écoles élémentaires du Plateau-des-petites-roches ont exploré ce site avec deux botanistes, une artiste et une documentariste. Ensemble, ils ont récolté les trouvailles découvertes au long du chemin, les ont observées, classées, dessinées et nommées en vue d’un herbier. La présente édition retrace cette expérience collective.


      https://www.helloasso.com/associations/les-milieux/collectes/fbrt

  • Courbures du #Drac et de l’#Isère

    #Ingrid_Saumur cartographie le #territoire au fil de l’eau, en révélant le #paysage négligé des fonds de vallée comme le contrepoint des #sommets qui s’imposent si souvent à notre #contemplation. Depuis quelques mois, elle arpente minutieusement à pied et à vélo les #berges du Drac et de l’Isère afin d’en capter lenteur et mouvement, fragments naturels vivaces et usages agricoles, industriels ou urbains.

    Elle privilégie les #conversations avec les usagers des rivières et les habitants du #voisinage proche, afin d’ancrer l’#observation dans son époque, pour en déduire ensuite une #carte_monumentale dessinée à la main et annotée. Ce déroulé restituant sur plusieurs mètres de papier son parcours, ses rencontres et ses perceptions sensibles sera enrichi en direct durant toute la durée de l’exposition.

    https://ma38.org/courbures-du-drac-et-de-lisere
    #eau #cartographie #cartographie_sensible #visualisation #rivière #art #dessin

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    • Courbures du Drac et de l’Isère

      Ingrid Saumur a suivi plusieurs semaines les berges du Drac et de l’Isère à pied et en vélo. En explorant ce territoire à l’invitation de paysage>paysages, elle entendait révéler les fonds de vallée trop souvent négligés : après tout, si les sommets remarquables s’imposent à notre contemplation, ce sont bien les cours d’eau qui les ont forgés ! Pour sa collecte initiale, l’artiste a élargi le relevé cartographique traditionnel et recouru au croquis, au carnet de notes, aux rencontres et à la photographie. Elle a ensuite choisi de redresser le cours des eaux, taillant à vif dans le relevé cartographique pour n’en conserver que trois tronçons. Les deux rivières sont devenues lignes, courbures, fragments enchaînés inventant une nouvelle topographie.

      La carte imprimée a-t-elle encore du sens à l’âge du numérique ? La disponibilité des signaux numériques, l’exigence de données ajustées en temps réel, l’omniprésence des téléphones devenus ordinateurs-écrans-boussoles, autant de facteurs souvent tenus pour une condamnation du papier. Nous savons désormais qu’aucune carte n’est vraie, parfaitement exacte, définitive. Comme les traductions des grands textes, sans cesse remises sur le métier, la cartographie est une traduction parmi d’autres, éternellement lacunaire et obsolète. Les artistes n’ont jamais visé la neutralité ni l’exhaustivité. Leur pratique du territoire est par principe refus du standard, choix d’une lecture personnelle, appel à poser un regard différent sur des paysages qu’on croyait bien connus. Mappages rassemble des pratiques d’artistes qui voient dans la production de cartes un moyen d’expression plus qu’un outil d’orientation ; une revanche sur la prétention des cartes exactes et absolues ; un appel à la « carte du jour d’après », celle qui viendrait compléter l’expérience d’un territoire jamais définitivement documenté. Le recours au terme ancien de « mappe » et la référence à l’étymologie de la « nappe » et du « nappage » témoignent d’une modernité renouvelée. Mappages : jamais les cartes imprimées n’ont été aussi actuelles.

      https://www.lelaboratoire.net/courbures-du-drac-et-de-lisere

  • MENDING THE INVISIBLE / RÉPARER L’INVISIBLE

    is a performative, participatory and poetic practice of collective repair actions, during which, in different ways, we mend, ‘repair’, consolidate, listen to, care for, reconsider our commons.

    The practice can be understood as a mycelial network of encounters: collective walks, performative actions, learning processes, storytelling sessions, embroidery gatherings, night watches, and shared moments of attention. In collaboration with local artists, poets, anthropologists, queer artists, dancers, animal-rights activists, disillusioned architects, and many other discreet activists of the invisible, we create and share intimate utopias of the city—utopias grounded in repair, healing, and care. These gestures aim to challenge preconceptions and activate collective imagination.

    Mending the Invisible proposes a performative framework that brings together people with different ways of living and different relationships to the city. Within this framework, participants investigate and compose, collectively, imaginaries of the repairs that feel needed—material, social, emotional, and symbolic.

    These “mendings” take the form of performances, public actions, workshops with local collectives and associations, and shared practices. They nourish a creation of a large-scale embroidered map of a “repaired” city. Embroidered during collective sessions over a long period of time, by a large community of (amateur and accidental) embroiderers, the map is a collective art work and an archive of different processes of mending the city. The process of « mending » equally articulates in a performance that narrates the places and gestures of repair that have been gathered, enacted, and imagined—while leaving space open for future and possible repairs to be appropriated and continued.

    Why repair the invisible?
    In contemporary societies, acts of repair are often delegated to experts—urban planners, maintenance workers, architects, technicians, lawyers, politicians. In doing so, we risk forgetting that repair is also a fundamental process in the making of communities. Repair is not only practical or technical; it is part of how communities imagine their present and future life together. It operates between maintaining and re-creating, tracing lines of vitality within a collective body.

    Such repairs cannot heal all the wounds of our worlds. Yet they may transform how we perceive the common—redirecting our attention toward care, mutual support, and shared responsibility.

    Mending the Invisible can unfold in urban, rural, or natural contexts. The experience of participation of spectators and participants turns these performative acts into more than « just » an artistic experience: they become a socially and civically engaged practice, a form of social choreography extended across space and time. Depending on the context, each iteration unfolds over a specific period of time (from one week to two years).

    MENDING THE INVISIBLE – LJUBLJANA (2024/2025)

    The first iteration of Mending the Invisible (Krpanje nevidnega) took place in Ljubljana (Slovenia) from March 2024 to August 2025, invited and co-produced by Bunker/Mladi Levi Festival and Maska – having public “outings” during the Mladi Levi Festival and in a group show Picture (a) City at the Moderna galerija in Ljubljana.

    In Ljubljana, Ivana Müller and Bojana Kunst worked closely with Ana Čigon (artist, filmmaker), Ajda Bračič (architect, writer), Urban Belina (translator, queer performer), Klara Drnovšek Solina (producer), Petra Korent (artist, embroiderer), Jedrt Maležič, and many storytellers and embroiderers from the city of Ljubljana.

    for more details on MENDING THE INVISIBLE – LJUBLJANA go HERE

    RÉPARER L’INVISIBLE – GRENOBLE (2024/2025)

    The first French iteration, Réparer l’Invisible, was hosted and co-produced by Le Pacifique – centre de développement chorégraphique nationale Grenoble. It took place from November 2024 to December 2025 at Le Pacifique, in the streets of Grenoble, and at the Musée de Grenoble.

    For this version, Ivana Müller and Bojana Kunst collaborated with anthropologist and dancer Jérémy Damian, dancer and choreographer Ramon Lima, and visual artist and social activist Gabrielle Boulanger. The research process was nourished through conversations with storytellers from Grenoble, including Pascaline Thiollières, Nicolas Tixier, Alice Guerraz, Cyril Hugonnet, Xavier Bodin, Sarah Mekdjian, Julien Bigué, Éléonore Gilbert, Gaëlle Partouche, Bembe M, Julia Burtin Zartea, Philippe Hanus, and many others.
    for more details on RÉPARER L’INVISIBLE – GRENOBLE go to

    https://lepacifique-grenoble.com/evenements/reparer-l-invisible
    https://lepacifique-grenoble.com/evenements/reparer-l-invisible-performances-2e-volet
    https://lepacifique-grenoble.com/evenements/reparer-l-invisible-3e-volet

    MENDING THE INVISIBLE FUTURES (LAB) – national parc ALCACENA (Portugal)

    Mending the Invisible exist also in a form of a week-long wokshop/lab format. First such format was experimented in July 2025, in Alcacena at the Centro Ciência Viva do Alviela in Portugal. The lab was invited and co-organized by Materias Diversos and the Center for Theatre Studies University of Lisabon (FLUL), as a part of IN PRACTICE — Summer School.

    This edition brought a group of international artists and researchers and placed Mending the Invisible in the natural environment of the national park around the river Alviela (Olhos de Água do Alviela).

    Ivana Müller and Bojana Kunst proposed a practice of daily walks along the trails of the Estremenho Limestone Massif as a way to encounter an unfamiliar terrain and to reflect on coexistence and the notion of future(s). Over the course of the lab, participants shared experiences, stories, performative formats, and writings while being physically present and influenced by a fragile ecosystem—cohabiting with trees, water, and one of the largest bat colonies in Europe, while imagining the future hundreds of years from now. This experience constituted a « common » represented in a collective map, which traced the paths we were walking, re-thinking, re-inhabiting together.

    https://materiaisdiversos.com/desenvolvemos/na-pratica-4

    http://www.ivanamuller.com/works/4567-2

    #réparer #care #invisible #cartographie #visualisation #textile #broderie #carte_brodée #cartographie_sensible #carte_textile #art

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  • #Récits des eaux et des rives


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    Cette enquête repose sur des rencontres. Celle des
    habitants et habitantes du Diois et de la vallée de la Drôme avec les peuples des eaux, celle d’artistes et de chercheur.es, notamment Caroline Fontana, documentariste sonore formée à l’ethnologie, Yann Degruel, dessinateur, bédéiste, Samuel Pinjon, doctorant en géographie, et Sabine Girard, chercheuse en géographie et habitante d’un village au bord de la rivière Drôme.

    Le récit à plusieurs voix qui vous en est proposé a été présenté une première fois avec la carte des Récits des eaux et des rives lors de la nuit des Rhapsodes de l’université des terrestres le 4 juillet 2025, puis au monastère de Sainte-Croix le 2 octobre dans le cadre d’un séminaire de recherche sur la gouvernance de l’eau coordonné par Sabine Girard.

    Caroline Fontana

    "En 2022, le territoire a connu un niveau de sécheresse historique. Dans le Diois, où je vis depuis 2010, un grand incendie a ravagé la forêt de la commune de Romeyer et 300 hectares ont été brûlés en 1 semaine. Il a été l’incendie le plus important sur le territoire depuis 30 ans. En août, l’usage de l’eau pour l’irrigation a été drastiquement restreint.

    Cet été 2022, au sein du potager collectif dont je fais partie, nous nous sommes questionnés sur la pérennité de notre activité, nos droits d’eau étant quasi inexistants, sur la façon dont on pourrait cultiver avec moins d’apport en eau, mais aussi sur notre impact sur la rivière dont le débit avait rarement été aussi faible.

    La situation était tendue : pour les agriculteurs et agricultrices qui s’inquiétaient de leur avenir mais aussi entre voisins et voisines, l’un pointé du doigt parce qu’il arrose beaucoup trop son potager, l’autre parce qu’il remplit une piscine privée. Cette année-là, j’ai ressenti une vulnérabilité face à la raréfaction de l’eau et j’ai perçu à quel point les questions entourant le partage de l’eau pouvaient être sensibles.

    Je me suis souvenue alors du récit de Sjoerd Wartena, décrivant son arrivée au début dès les années 70 à Vachère-en-Quint, petite commune dont la source coulait très peu l’été. Une génération plus tôt, des ouvrages avaient été mis en place pour capter les petites sources de chaque village et des réseaux pour acheminer leurs eaux. Certains ici ont connu un temps où « l’eau ne coulait pas sur l’évier ». Ma première intention a été d’aller entendre les témoignages de cette époque."

    Samuel Pinjon

    "En 2022, la fenêtre de mon appartement grenoblois s’ouvrait sur les contreforts du Vercors où les arbres ternis semblaient griller sur pieds. Comme Caroline, de la fumée me parvenait aussi d’un incendie, celui-ci se situait sur les contreforts de Chartreuse.

    J’étais en stage de fin d’études à la Direction Départementale de l’Isère dans le cadre d’un master sur l’eau. Mon rôle était d’élaborer une vision stratégique à l’échelle départementale. Au quotidien, la « gestion de crise » occupait la majorité du temps de mes collègues de service alors que l’on était dans une période de congés où l’effectif était réduit. L’horizon qui se profilait, pour cet été comme pour les autres, était constitué d’arrêtés préfectoraux, de restrictions en eau et de leurs inévitables dérogations. Les remèdes faisaient appel à la sobriété des usagers et au déploiement de technologies de suivi et de contrôle des consommations.

    L’injonction principale était celle de l’adaptation à une nouvelle condition, le changement climatique et à la modernisation.

    L’impréparation des Services de l’Etat à ce type d’évènements, amenés pourtant à se répéter, et les difficultés matérielles que j’observais m’ont questionné. D’abord sur les orientations et les choix politiques qui étaient à l’origine de cela. Puis, sur les échelles, les types d’actions, les modes d’organisations et les modèles politiques qui seraient susceptibles de proposer autre chose. Enfin, sur le sous-bassement culturel que nous entretenons avec le monde dans lequel vivons."

    Caroline Fontana

    "En aout 2023, lors de l’écriture de ce projet, je rencontre un technicien rivière, Olivier Bielakoff, qui réalisait une étude sur la rivière proche de mon lieu de vie. Quand je l’interrogeais sur ses pratiques de gestionnaire de rivières, il me répondait par des questions : Faut-il gérer la rivière ? Pourquoi intervenir ? Comment caler son geste ?

    C’était le premier écho de cette façon de voir que je rencontrai par la suite dans de nombreux discours, et que je pourrais résumer par l’affirmation que « la nature se débrouille bien toute seule ».

    Olivier m’avait conseillé la lecture du livre Le chemin des pierres qui parle, qui retrace la venue des indiens kogis de Colombie dans le Haut Diois. Il rend compte du regard qu’ils ont porté sur le territoire et du diagnostic qu’ils ont fait sur sa santé. Les Kogis perçoivent le territoire comme un corps vivant, où les rivières symbolisent le sang. L’eau n’est pas considérée comme un élément autonome mais à la source de la communication entre les différents éléments d’un territoire. « L’eau c’est la mère, c’est elle qui organise la vie, il faut l’écouter pour qu’elle nous guide ».

    Ces voix lointaines ont eu beaucoup d’écho ici car d’autres voix s’élevaient aussi alors pour dire que l’eau n’est pas un objet inerte, qu’elle n’est pas seulement une ressource à aménager, à gérer, mais qu’elle est un élément fondamental de notre être au monde.

    La crise climatique et écologique que nous traversons remet en question nos pratiques et nos modes de vie, mais aussi nos façons de voir. Cette période de basculement m’a semblé particulièrement propice pour questionner les multiples liens que tissent l’eau, le territoire et ses habitants et habitantes. Quel est l’incidence de ces liens sur les manières de prendre soin et de gérer collectivement l’eau ? Les relations aux eaux étaient ainsi le cœur du projet."

    Samuel Pinjon

    "Définir un sujet de recherche peut-être aussi long que mener la recherche elle-même. Il est lié à des opportunités, des contextes, des motivations personnelles.

    Mon idée initiale, s’appuyant sur mes premières observations, était d’étudier, ce que j’appelais alors des « alternatives ». Je dis cela car la question de la qualification des mouvements que j’observais reste un enjeu fort, difficile à stabiliser.

    Par alternatives, je désigne des actions ou des propositions qui viennent se confronter à la culture dominante de l’eau. Celle des politiques de modernisation. Ces politiques modernisatrices de l’eau portent ce que certains appellent un dualisme, au sens où elles considèrent l’Eau et la Société comme des entités séparées, avec la domination de la seconde sur la première. L’eau est déconnectée et invisibilisée de la terre où habitent les sociétés humaines. La seule manière pour elle d’être valorisée est soit d’être une ressource, à économiser à tout prix, soit de s’écouler dans un paysage dit « naturel ».

    Les alternatives auxquelles je m’intéresse sont initiées par différentes personnes, qui ont en commun, dans leurs activités quotidiennes, de chercher à remettre en contact l’eau, la terre et la société. Dans mon travail de thèse, j’enquête sur les relations qu’elles entretiennent avec l’eau. J’interroge les pratiques et les infrastructures qu’elles développent et analysent en quoi elles diffèrent s de celles de la logique de modernisation. Ces différences s’expriment notamment par l’importance données à des connaissances empiriques à l’utilisation des sens."

    Sabine Girard

    "Une quatrième protagoniste entre alors en scène dans ce récit d’enquête : Emilie Belmont. C’est elle qui a cristallisé la rencontre entre Caroline, Samuel et moi.

    Emilie est chargé de mission à la communauté de communes du Diois. Pascal que l’on vient d’entendre est son élu en charge de l’eau. Elle a été recrutée pour organiser le transfert de compétences eau potable des communes vers l’intercommunalité.

    Le Diois est un territoire hyper- rural avec moins de 10 habitants au km2. Chaque village, voir chaque hameau et il y en a plus de cinquante, a sa propre source, son captage et son réservoir. Il faut plus de 450 kilomètres de tuyaux pour alimenter cet habitat dispersé. Mais très peu de gens sont présents pour s’en occuper et les municipalités ont des finances très limitées pour entretenir les infrastructures. Du coup, tous les habitants et habitants ont l‘habitude de mettre la main à la pâte, pour nettoyer le réservoir, débroussailler le captage, pour repérer une fuite ou la réparer. Le bénévolat est très répandu. Habitants, habitantes et élus s’auto-organisent pour maintenir ce service public de qualité.

    Les élus Diois sont vent-debout contre le transfert de compétence. Ils voient d’un mauvais œil la délégation de décisions aussi importantes. Que fera un technicien basé à Die quand un canal cassera au fond de la vallée de la Roanne, à plus d’une heure de route ? Qui sera là pour lui indiquer derrière quels arbres passent telle conduite et au pied de quel pierre trouver la vanne ? De combien le prix de l’eau risque-t-il d’augmenter ? Les habitants et les habitantes prendront ils encore autant soin de l’eau s’ils ne participent plus à l’entretien des infrastructures ?

    Emilie s’inquiète. Y aura-t-il vraiment un gain de sécurité et d’efficacité dans ce contexte particulier ? Des savoirs et des savoirs faire ne sont-ils pas en train de se perdre ? Que deviendra tout cet engagement bénévole ? Elle aurait besoin d’avis extérieurs. Elle sollicite alors des chercheurs en sciences sociales, Samuel et moi, mais aussi Caroline."

    Caroline Fontana

    "J’ai commencé à enquêter dans le Diois en bénéficiant de la connaissance du terrain d’Emilie Belmont.

    Le choix des témoins était celui de personnes qui par leur histoire, leur lieu de vie, leur activité, ont une sensibilité particulière à l’eau. J’ai été aussi guidée par deux thématiques que nous souhaitions creuser :

    Comment les habitants et les habitantes se sont organisés de longue date pour trouver, aménager et partager l’eau, que ce soit l’eau potable dans les petites communes, celle de canaux d’irrigations, ou encore à l’échelle du bassin versant de la Drôme ;

    Comment les représentations et les façons de voir autour de l’eau changent et amènent de nouvelles pratiques, en particulier pour retenir l’eau sur les territoires en associant des animaux et des végétaux.

    A chaque fois que c’était possible, j’ai interrogé les personnes sur le terrain, là où sont situées les sources, les captages, les réservoirs, les rivières, les gours, les cascades, les zones humides, les canaux, les mares, les jardins, les terres cultivées. Sur leur lieu de travail, leur lieu de vie, leur lieu d’observation, les personnes sont plus enclines à montrer ou à signaler des détails auxquels elles ne penseraient pas sinon, puisqu’on est pour elles dans le domaine de l’évidence, ce que Sabine nomme "les invisibles". C’est aussi sur le terrain qu’on peut recueillir les émotions liées à la remémoration d’histoires passées."

    Samuel Pinjon

    "Les méthodes de recherche se réinventent fortement ces dernières décennies, au frottement de différentes disciplines.

    En géographie, notre objectif principal est de montrer des dynamiques et leurs articulations à différentes échelles. Nous sommes attirés par les méthodes ethnographiques, qui prêtent une attention toute particulière aux pratiques quotidiennes, aux réalités vécues. Mais nous avons du mal à capter et restituer les processus qui allient l’intellect, les affects et les engagements du corps et des sens. C’est ce qui m’a intéressé dans l’approche de Caroline.

    Dans mon travail de thèse, j’enquête sur les mouvements alternatifs autour de l’eau, en articulant deux approches. Une approche classique par entretiens semi-directifs des principaux protagonistes, pour obtenir des informations précises. Et une approche immersive consistant à observer des pratiques in situ, à tisser des relations de confiance avec les personnes, à repérer les jeux entre acteurs et actants. Je réalise ainsi un suivi au long cours de « ce qui est en train de se faire ».

    Mais je bute sur des limites. Il n’est pas aisé, avec sa casquette de chercheur de se faire très oublier lors des observations. Il est délicat de mettre en œuvre des dispositifs d’enregistrements de pratiques sans être trop intrusif.

    Pour ces raisons, il me semble que la récolte de témoignages et de récits, comme Caroline l’entreprend est très complémentaire à ma façon de faire."

    Caroline Fontana

    "A partir de cette enquête de terrain, il s’agissait de rapporter des récits recueillis ça et là sur le territoire. Le choix de restituer une pluralité d’histoires plutôt qu’un montage unitaire qui les aurait tous englobés était celui de l’ouverture : je ne voulais pas refermer ou clore une histoire mais aborder ce sujet de la relation aux eaux à travers de multiples éclairages.

    Il était aussi important pour moi que ces prises de paroles soient situées sur le territoire car elles sont le plus souvent liées au lieu de vie des témoins. D’où le choix de la cartographie , qui propose des extraits des récits, l’accès aux récits entiers, mais aussi des captations de scènes de vie.

    Les cartes sont aussi, à leurs différents niveaux, habitées par des extraits d’enregistrements et de compositions audio naturalistes de Bernard Fort pour donner une présence sensible à l’eau. Les histoires et situations sont illustrées, mises en perspectives par le regard d’un auteur dessinateur, Yann Degruel."

    Sabine Girard

    "Yann est dessinateur. Il est venu mettre en perspectives les histoires et les situations, mais aussi peupler ce qui est parfois un support froid de connaissances des géographes : la carte.

    Mais que représenter ? et comment ?

    Notre première intuition, pour décaler le regard, a été d’effacer les repères habituels : les routes et les villes pour laisser toute sa place au chevelu hydrographique, même dans ses plus petites ramifications. Nous avons rappelé les noms chantants de toutes ces eaux. Au spectateur attentif de tacher maintenant de se déplacer autrement, en se rappelant là, une confluence, ici, une courbe en angle droit du cours d’eau, et ailleurs la naissance d’un vallon. Nous avons ajouté les reliefs et entités naturelles marquant le paysage, le Glandasse, la Servelle de Brette, le cirque d’Archiane.

    Comment ensuite donner à voir les invisibles ?

    Il y a d’abord les différents peuples des eaux, des rivières, des mares, des veines, sur terre et sous terre, minuscules ou géants, minéral ou organique. Le massif karstique et ses connections mystérieuses, le figuier sauvage et ses racines de 120 mètres, l’apron et le chabot, l’agrion mercure et l’alyte accoucheur, les coleps hirtus et les gallionella.

    Et puis il y a ceux qui habitent nos imaginaires. La Drôme se fait dragon quand elle dévore les flancs des montagnes. La terre se met à boire toute l’eau, tel un ogre assoiffé, quand vient la sécheresse.

    Des êtres hybrides incarnent par ci par là les nouvelles alliances entre les hommes et les castors, pour rendre l’eau à la terre.

    Trois niveaux de cartes et de sons nous ont paru ainsi nécessaires, pour embrasser d’un regard le territoire ou bien s’attarder sur les détails des lieux, des milieux, des ambiances."

    Samuel Pinjon

    "Dans son récit, Sylvain Thevenet met en avant quelque chose d’essentiel, la joie de redécouvrir sa puissance d’agir.

    Lorsque l’on parle « d’alternatives », on peut identifier différentes composantes : des éléments matériels, pratiques et infrastructures et des éléments idéels, visions du monde et imaginaires. Plus tard dans son récit, Sylvain évoque la construction de mares et de baissières, plantées de haies, pour retenir l’eau dans ses terres. Ce sont des infrastructures hybrides, humaines et plus qu’humaine. L’imaginaire de Sylvain est embarqué vers un futur davantage désirable.

    Dans ce courant qui se dit « régénératif », on est en rupture avec l’idée d’une adaptation au changement climatique subie, faites de modernisation, technologies, sobriété.

    L’approche régénérative suggère au contraire qu’il est possible de récréer de l’abondance localement, en réactivant des processus naturels, part des aménagements légers, soit par soi-même, soit en alliance avec d’autres êtres.

    Les hommes et les femmes ne sont plus condamnés à être des protecteurs-contemplateurs de la nature ou des extracteurs-pollueurs. Ils et elles peuvent prendre part activement dans les cycles des eu et du vivant, ce qui marque une réconciliation avec une condition humaine.

    Ces aménagements peuvent également être entrepris en coopération avec les castors, si on leur reconnait une place en tant qu’habitant et aménageur du territoire. Ils ont la capacité à créer des mondes désirables pour eux, pour les humains et de nombreux autres êtres, face aux sécheresses récurrentes.

    Nous avons décidé de poursuivre la quête de récit en commun, Caroline et moi. Nous mènerons les futures rencontres conjointement et « à nos deux manières », mêlant récolte de récits de vie et entretiens semi-directifs. Nous espérons mieux resituer et mieux restituer la complexité des enjeux, des parcours et des facteurs de motivation des individus à s’engager pour porter des imaginaires et des pratiques différentes autour des eaux et des mondes qu’elles constituent.

    https://www.labandesonore.fr/projects/RecitsDeLeau
    #cartographie #visualisation #carte_interactive #carte_sonore #son #beau #cartographie_sensible #eau #rivière

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  • Visionscarto publie cette semaine une contribution confiée par Lancelot Bansac qui nous livre les ressorts d’une initiative de cartographie participative (et sensible) avec (et pour) les communautés Kali’na et Guyane.

    En Guyane, une carte participative pour porter les revendications des Kali’na

    Par Lancelot Bansac

    « Le ministre des Outre-mer, il ne comprend rien à nos problèmes ! »

    https://www.visionscarto.net/cartographie-participative-en-guyane

    « Nous exposons ici une démarche de cartographie participative réalisée en partenariat avec des habitant·es du village Prospérité, membres de la communauté guyanaise autochtone kali’na d’at’opo wɨpɨ. Le village est situé dans l’Ouest guyanais, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Saint-Laurent du Maroni, dans la forêt qui borde la route nationale 1. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de conflit d’usage autour du déploiement d’une centrale photovoltaïque destinée à produire de l’hydrogène pour alimenter le réseau électrique régional, sur un espace forestier situé à moins de deux kilomètres du village. La confrontation oppose les villageois·es et leurs soutiens aux industriels et aux autorités publiques.

    #guyane #cartographie_participative #cartographie_sensible #communautés_autochtones #peuples_premiers

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
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  • Le visionscarto du lundi :

    À Bruxelles, le logement entre fonction sociale et prédation capitaliste

    https://www.visionscarto.net/a-bruxelles-le-logement-entre-fonction-sociale-et-predation-capitalist

    Par le Laboratoire sauvage Désorceler la finance, Bruxelles

    Le texte aborde le concept de microcosmogramme, un outil cartographique inspiré du cosmogramme, défini comme un dispositif matérialisant une cosmologie [1]. En ajoutant le préfixe micro-, les auteurices veulent insister sur l’importance du local, de l’intime et des expériences situées pour comprendre les systèmes socio-économiques qui structurent nos vies. Cette approche s’inscrit dans une tradition où cartographier consiste à relier des forces, des acteurices et des affects pour mieux saisir — et éventuellement transformer — les relations qui composent un monde. Les cartes deviennent ainsi des outils critiques qui rendent visibles les mécanismes de domination économique, et donc des contre-narratifs qui peuvent être utilisés pour s’opposer aux pouvoirs. Elles sont la retranscription de récits et expériences de personnes mal-logées qui parlent de leur quotidien intime et de leurs besoins sociaux au prisme des logiques marchandes. C’est un cadre idéal pour comprendre, apprendre, cartographier des luttes et imaginer des alliances…

    #finance #capitalisme #cartographie_participative #cartographie_sensible

  • Le visionscarto du lundi :

    À Bruxelles, le logement entre fonction sociale et prédation capitaliste

    https://www.visionscarto.net/a-bruxelles-le-logement-entre-fonction-sociale-et-predation-capitalist

    Par le Laboratoire sauvage Désorceler la finance, Bruxelles

    Le texte aborde le concept de microcosmogramme, un outil cartographique inspiré du cosmogramme, défini comme un dispositif matérialisant une cosmologie [1]. En ajoutant le préfixe micro-, les auteurices veulent insister sur l’importance du local, de l’intime et des expériences situées pour comprendre les systèmes socio-économiques qui structurent nos vies. Cette approche s’inscrit dans une tradition où cartographier consiste à relier des forces, des acteurices et des affects pour mieux saisir — et éventuellement transformer — les relations qui composent un monde. Les cartes deviennent ainsi des outils critiques qui rendent visibles les mécanismes de domination économique, et donc des contre-narratifs qui peuvent être utilisés pour s’opposer aux pouvoirs. Elles sont la retranscription de récits et expériences de personnes mal-logées qui parlent de leur quotidien intime et de leurs besoins sociaux au prisme des logiques marchandes. C’est un cadre idéal pour comprendre, apprendre, cartographier des luttes et imaginer des alliances…

    #finance #capitalisme #cartographie_participative #cartographie_sensible

  • Des cartes mentales aux chorèmes : fragments d’une réflexion
    https://www.visionscarto.net/des-cartes-mentales-aux-choremes

    Entre les cartes mentales réalisées par des élèves et les chorèmes hérités de la géographie structuraliste, il semble n’y avoir aucun pont possible : d’un côté le vécu, l’intime, l’esquisse hésitante ; de l’autre, le modèle, la structure, l’abstraction. Pourtant, une expérience menée à La Réunion il y a plus de dix ans nous invite à interroger cette frontière. Que révèle la traduction de l’espace habité en langage chorématique ? Et qu’apprend-on de cette rencontre entre deux façons de dire (…) Billets

    #Chorématique #cartographie_sensible

  • Pixel prison

    https://www.visionscarto.net/pixel-prison

    Texte et photos : Richard Pereira de Moura, géographe

    Les espaces carcéraux ont longtemps échappé aux études géographiques, qui se sont beaucoup plus intéressées à leur répartition qu’à leurs spatialités internes. Ce projet s’inscrit dans une approche élargie de la cartographie appréhendée à travers le prisme des arts visuels : non plus comme outil de représentation ou d’analyse, mais comme expérience sensible, critique et narrative des
    espaces.

    Si la géographie est l’étude des espaces habités, la prison en est à l’évidence un terrain d’exploration privilégié. Quiconque expérimente la détention — qu’il s’agisse du détenu, du visiteur, du fonctionnaire ou, dans mon cas, de l’artiste intervenant en détention — ne peut ignorer, à des degrés évidemment divers, le poids de l’espace architectural et géographique sur le corps et l’imaginaire.

    #cartographie_sensible #enfermement #prison #cartographie_radicale

  • Nos cartes personnelles

    Une réflexion sur la cartographie sensible, ou expérientielle offerte par The Times of India

    https://timesofindia.indiatimes.com/the-maps-our-lives/articleshowprint/124821506.cms

    N’y a-t-il pas quelque chose de magnifique dans une carte ? Souvenez-vous du plaisir d’ouvrir un grand atlas de « cartographie traditionnelle » et de contempler ses splendides représentations de la Terre : d’immenses continents au milieu d’océans bleus tourbillonnants, des États-nations aux frontières précises, des montagnes majestueuses, de vastes déserts, des enchevêtrements denses de jungle, des îles grandes comme des mouchoirs, reliées entre elles par des réseaux commerciaux, de chemins de fer, de lignes aériennes et maritimes, jusqu’aux tracés du transport public qui nous mènent vers (et depuis) les lieux d’activité.

    Ces cartes révèlent aussi d’immenses richesses terrestres : là où se trouvent les diamants, l’or et l’argent, quels pays cultivent le blé doré et ondoyant, quelles strates géologique recèlent le pétrole, le charbon ou la tourbe — et qui en a le contrôle.

    Mais à quoi ressemblerait votre propre carte ? la carte qui raconte votre propre vie ? Que traceriez-vous sur ses axes ? le lieu où vous êtes né, l’école que vous avez fréquentée, le grand arbre sur lequel vous grimpiez, le trajet de bus vers l’université, votre trajet quotidien vers le travail, votre dispensaire et votre club, les maisons de vos amis, vos magasins préférés, voire les endroits risqués que vous évitez soigneusement ?

    La cartographie traditionnelle, élaborée au fil des siècles à mesure que le colonialisme se développait (et pour le servir), avide de toujours plus de sources de capital à exploiter, reste grandiose, mais elle passe à côté des aspects ordinaires de nos vies.

    Et cela est important au-delà de la seule émotion : car nos existences sont en réalité tramées et quadrillées selon des histoires dont beaucoup sont encore bien vivantes. Pensez à la manière dont des millions de personnes communiquent en anglais dans le monde entier, utilisent le dollar, exploitent les combustibles fossiles et perpétuent sans y penser le spécisme et l’extraction des ressources.

    C’est que nos vies ont été cartographiées par ces processus plus vastes et plus profonds, qui se sont entremêlés à nos cultures et à nos visions du monde, ouvrant une nouvelle voie où beaucoup d’entre nous sont devenus de simples observateurs, la consommation étant notre principale forme de participation. C’est l’une des raisons pour lesquelles le leg bien réel et brutal du colonialisme et du capitalisme — le changement climatique — reste bien présent sans être remis en question.

    Nous vivons sous les nuages de l’histoire, blottis le long des lignes de base de ses cartes.

    Pour faire face à ces héritages d’inégalités, nous, les peuples, devrions être placés au centre de la carte. Maintenant que le monde et sa grandeur géographique sont largement connus, il est essentiel de passer à une cartographie plus radicale, qui représente les enjeux du quotidien — la pollution, les discriminations de genre, la perte des habitats naturels. Une grande partie de ce qui a été infligé à notre monde au nom du progrès industriel et des normes sociales demeure dans les hautes sphères intellectuelles, toujours contrôlée par les pouvoirs traditionnels.

    En cartographiant ces réalités avec clarté, couleur et franchise, nous pouvons en discuter, en comprendre les effets et imaginer des solutions plus efficaces.

    #cartographie #cartographie_sensible #cartographie_radicale #colonialisme

  • Déplier l’ordinaire, cartographies narratives du quartier de Noailles à Marseille
    https://topophile.net/savoir/deplier-lordinaire-cartographies-narratives-du-quartier-de-noailles-a-mar

    Après un premier atlas consacré à la Goutte d’or à Paris, Elsa Noyons récidive dans le quartier de Noailles à Marseille. Elle arpente les rues, observe, relève, compte des éléments apriori anodins mais qui, reportés sur un fond de carte et compilés dans un atlas, racontent une histoire, dressent le portrait d’un quartier, portent un... Voir l’article

  • Symposium and Workshops on Experimental Mapping Practices (Sensorial and Emotional) in the context of Social Science Research

    https://www.visionscarto.net/symposium-workshops-wur-sept-oct-2025

    Staring next week, this meeting is proposed by the Embodied Ecologies project and supported by Wageningen University & Research – Knowledge, Technology and Innovation (KTI), and the European Research Council (ERC)

    « we will be meeting at Wageningen University in the Netherlands to share our cartographic practices, ideas, and creativity. We will therefore “sense the space,” draw, map, listen, and engage in dialogue in an atmosphere we hope will be friendly and informal.

    Over the course of these two and a half days, theorists and practitioners of alternative cartography—as well as researchers and curious participants—will be invited to :

    – Share and discuss concepts, approaches, research fields, and ongoing questions during presentations and roundtable discussions ;

    – Explore a variety of practices during workshops, where participants will experiment with creating their own sensorial and emotional maps, using tools that blend scientific and artistic approaches. »

    #cartographie_radicale #cartoexperiment_2025 #cartographie_sensible

  • Symposium and Workshops on Experimental Mapping Practices (Sensorial and Emotional) in the context of Social Science Research

    https://www.visionscarto.net/symposium-workshops-wur-sept-oct-2025

    Staring next week, this meeting is proposed by the Embodied Ecologies project and supported by Wageningen University & Research – Knowledge, Technology and Innovation (KTI), and the European Research Council (ERC)

    « we will be meeting at Wageningen University in the Netherlands to share our cartographic practices, ideas, and creativity. We will therefore “sense the space,” draw, map, listen, and engage in dialogue in an atmosphere we hope will be friendly and informal.

    Over the course of these two and a half days, theorists and practitioners of alternative cartography—as well as researchers and curious participants—will be invited to :

    – Share and discuss concepts, approaches, research fields, and ongoing questions during presentations and roundtable discussions ;

    – Explore a variety of practices during workshops, where participants will experiment with creating their own sensorial and emotional maps, using tools that blend scientific and artistic approaches. »

    #cartographie_radicale #cartoexperiment_2025 #cartographie_sensible

  • Symposium et Ateliers : Pratique de la Cartographie expérimentale (sensorielle et émotionnelle) pour la Recherche en Sciences Sociales

    Proposé par le projet Embodied Ecologies et soutenu par Wageningen University & Research – Knowledge, Technology and Innovation (KTI) ainsi que par le Conseil Européen de la Recherche (ERC)

    Du lundi 29 septembre au mercredi 1er octobre 2025
    l’Université de Wageningen, Pays-Bas

    –-----

    Nous allons « expérimenter l’espace », dessiner, cartographier, écouter et dialoguer dans une atmosphère que nous espérons conviviale et informelle.

    Au cours de ces deux jours et demi, théoriciens et praticiens de la cartographie alternative — ainsi que chercheuses, chercheurs et participants curieux — seront invités à :

    – Partager et discuter des concepts, des approches, des champs de recherche et des questions en cours lors de présentations et de tables rondes ;

    – Explorer diverses pratiques lors d’ateliers, au cours desquels les participants expérimenteront la création de leurs propres cartes sensorielles et émotionnelles, en utilisant des outils qui mêlent approches scientifiques et artistiques. Ces exercices seront simples et accessibles à toutes et tous. Aucune compétence artistique ou cartographique préalable n’est requise — seulement le désir de s’écouter soi-même et les autres, d’explorer, de jouer et de partager.

    Ce symposium/atelier proposera trois types d’activités :

    A) Courtes présentations , durant lesquelles les participants partageront méthodes et idées, et décriront différents aspects de leurs pratiques cartographiques participatives ou créatives. Nous tenons à ce que ces présentations restent courtes (15 à 20 minutes maximum) afin de laisser du temps, d’une part, pour le dialogue et l’échange, et d’autre part, pour mener les ateliers, dessiner et créer ;

    B) Ateliers pratiques de 2 à 3 heures , durant lesquels nous réaliserons des cartes sensorielles et des illustrations à partir de données et d’informations collectées dans l’espace environnant le lieu de notre rencontre, ou en explorant notre mémoire ;

    C) Discussions collectives autour de thèmes et de questions clés concernant la définition et la pratique de cette cartographie sensorielle et émotionnelle, ainsi que des réflexions sur la pertinence de telles pratiques pour les sciences humaines, et peut-être pour comprendre le monde et l’espace autrement.

    Programme


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     —


    Présentation

    Les ateliers de cartographie expérimentale (sensorielle et émotionnelle) sont des lieux d’exploration et de création, de pratiques cartographiques originales orientées sur la représentation de nos perceptions sensibles et personnelles du monde, de nos espaces quotidiens, de nos itinéraires de vie, ou tout simplement de nos imaginaires.

    Elle est une “pratique en prolongement” de la cartographie radicale ou critique, conceptualisée et mise en œuvre au tournant des années 1970 par David Harvey et surtout William Bunge avec Gwendolyn Warren, à la suite des grands mouvements de lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Après avoir été largement et efficacement utilisée dans des contextes politiques pour révéler et dénoncer ces injustices ou des pratiques en contradiction avec le droit international et les droits humains fondamentaux, cette approche cartographique a évolué vers des dimensions plus intimes et plus immersives, autrement dit, plus sensibles.

    Cette pratique exige alors que nous mobilisions tous nos sens, que nous soyons à l’écoute de nos émotions, autant lors de la collecte des données que lors de la phase de création à proprement parler : le regard pour voir enfin ce que nous ne regardons habituellement pas ; l’ouïe pour entendre ces bruits et ces sons auxquels nous ne prêtons généralement aucune attention ; l’odorat, le goût et le toucher pour prendre pleinement conscience de l’atmosphère des lieux. Enfin, cette démarche engage largement ce que nous appelons le « sixième sens », c’est-à-dire notre intuition des choses, notre capacité à ressentir le réel en le confrontant à notre imaginaire, ce qui laisse le champ libre à l’expression poétique et artistique, à l’épanouissement de notre sens créatif, notamment lorsqu’il s’agit de jouer avec les couleurs, les formes et les mouvements. En d’autres termes, on pourrait dire que c’est une cartographie « expérientielle », en ce qu’elle constitue la restitution dessinée de notre immersion dans des lieux, des terrains où nous sommes ou avons été physiquement.

    Elle peut aussi être « mémorielle » dans la mesure où elle restitue les lieux à partir des impressions et perceptions qui peuplent notre mémoire, mais aussi de nos « savoirs territoriaux transmis » (particulièrement important, par exemple, lorsque des communautés autochtones entreprennent d’explorer leurs domaines ancestraux). Depuis le début des années 1990, de très nombreux collectifs citoyens à travers le monde se sont intéressés à cette forme d’expression, qu’ils ont perçue comme un médium efficace pour défendre et soutenir les causes qu’ils portaient (surtout orientées vers la justice sociale et spatiale). Ces groupes d’artistes et d’activistes se sont emparés de cette pratique qu’ils ont développée, conceptualisée et expérimentée sous une riche variété de dénominations : cartographie radicale, critique, participative, collective, sensible, émotionnelle, olfactive, expérientielle, mentale, perceptive, et même contre-cartographie (bien que ce terme soit aujourd’hui sujet à discussion). Elle a de ce fait pris une dimension militante et activiste, au service des communautés, des minorités ou tout simplement des citoyens.

    Parallèlement, des groupes de recherche en cartographie critique et radicale se sont aussi constitués dans le milieu académique, d’où ont émergé des laboratoires et des formations universitaires centrées sur la pratique d’une cartographie critique, radicale et expérimentale, abordant la diversité de ses usages et approches. L’Université de Wageningen n’a pas fait exception. Depuis 2021, le projet de recherche « Écologies incarnées », mené au sein du département des sciences sociales sous la direction de l’anthropologue Anita Hardon, a développé et mis en œuvre la cartographie sensorielle dans le cadre de ses recherches, en l’utilisant comme un outil d’investigation et d’exploration au même titre que les entretiens ou les enquêtes. Les résultats de ces expérimentations (toujours en cours) sont déjà très prometteurs, et montrent comment cette mise en œuvre fait avancer la recherche anthropologique.

    Pour les chercheurs, cela permet de « territorialiser » leurs entretiens et, plus encore, de mieux comprendre les territoires (dans certains cas les domaines ancestraux) dans leur dimension sacrée et intime, ainsi que de mesurer pleinement l’espace (notamment l’importance des distances) dans lequel se déploient les processus sociaux et économiques complexes que vivent les communautés.

    Pour les représentants des communautés avec lesquelles nous travaillons, cela a permis l’émergence de ce que l’on pourrait appeler des « illustrations synthétiques ». Celles-ci offrent des représentations visuelles immédiates et accessibles de problématiques subtiles et complexes, rendant visibles des aspects de la réalité souvent obscurcis par les données qualitatives ou quantitatives traditionnelles. C’est aussi l’occasion de porter un autre regard sur leur propre espace de vie, d’y découvrir de nouveaux potentiels, de le comprendre sous des perspectives inhabituelles.

    De plus, le fait de cartographier les émotions a aidé les communautés à surmonter des barrières psychologiques, leur permettant de mieux comprendre les raisons de certaines pratiques spatiales, ainsi que leurs propres conditions et positions en tant qu’êtres sociaux dans les espaces qu’elles cartographient. En ce sens, cet outil agit comme un révélateur complémentaire dans les enquêtes ethnographiques, permettant à l’image cartographique de dialoguer avec les textes écrits et de révéler des phénomènes, des processus ou des dynamiques jusque-là négligés.

    Donc, de revisiter le passé, de le mettre en lien avec le présent, pour éventuellement imaginer les formes que pourraient prendre le futur. Pendant deux jours et demi, théoriciens et praticiens de la cartographie alternative — mais aussi chercheurs et passionnés — pourront :

    – Discuter, partager les approches, les concepts, les champs de recherche, mais aussi les doutes et les questionnements lors des présentations et des tables rondes.

    – S’essayer à une diversité de pratiques lors des ateliers, où les participants seront invités à expérimenter leurs propres cartes sensorielles et émotionnelles, exprimées à travers des outils mêlant science et art. Les exercices seront simples et accessibles à toutes et tous. Aucune compétence artistique ou cartographique n’est requise — seulement une volonté de s’écouter soi-même et d’écouter les autres, d’explorer, de jouer, et de partager.

    #cartographie_sensible #cartographie_radicale #cartoexperiment_2025

  • Symposium et Ateliers : Pratique de la Cartographie expérimentale (sensorielle et émotionnelle) pour la Recherche en Sciences Sociales

    Proposé par le projet Embodied Ecologies et soutenu par Wageningen University & Research – Knowledge, Technology and Innovation (KTI) ainsi que par le Conseil Européen de la Recherche (ERC)

    Du lundi 29 septembre au mercredi 1er octobre 2025
    l’Université de Wageningen, Pays-Bas

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    Nous allons « expérimenter l’espace », dessiner, cartographier, écouter et dialoguer dans une atmosphère que nous espérons conviviale et informelle.

    Au cours de ces deux jours et demi, théoriciens et praticiens de la cartographie alternative — ainsi que chercheuses, chercheurs et participants curieux — seront invités à :

    – Partager et discuter des concepts, des approches, des champs de recherche et des questions en cours lors de présentations et de tables rondes ;

    – Explorer diverses pratiques lors d’ateliers, au cours desquels les participants expérimenteront la création de leurs propres cartes sensorielles et émotionnelles, en utilisant des outils qui mêlent approches scientifiques et artistiques. Ces exercices seront simples et accessibles à toutes et tous. Aucune compétence artistique ou cartographique préalable n’est requise — seulement le désir de s’écouter soi-même et les autres, d’explorer, de jouer et de partager.

    Ce symposium/atelier proposera trois types d’activités :

    A) Courtes présentations , durant lesquelles les participants partageront méthodes et idées, et décriront différents aspects de leurs pratiques cartographiques participatives ou créatives. Nous tenons à ce que ces présentations restent courtes (15 à 20 minutes maximum) afin de laisser du temps, d’une part, pour le dialogue et l’échange, et d’autre part, pour mener les ateliers, dessiner et créer ;

    B) Ateliers pratiques de 2 à 3 heures , durant lesquels nous réaliserons des cartes sensorielles et des illustrations à partir de données et d’informations collectées dans l’espace environnant le lieu de notre rencontre, ou en explorant notre mémoire ;

    C) Discussions collectives autour de thèmes et de questions clés concernant la définition et la pratique de cette cartographie sensorielle et émotionnelle, ainsi que des réflexions sur la pertinence de telles pratiques pour les sciences humaines, et peut-être pour comprendre le monde et l’espace autrement.

    Programme


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    Présentation

    Les ateliers de cartographie expérimentale (sensorielle et émotionnelle) sont des lieux d’exploration et de création, de pratiques cartographiques originales orientées sur la représentation de nos perceptions sensibles et personnelles du monde, de nos espaces quotidiens, de nos itinéraires de vie, ou tout simplement de nos imaginaires.

    Elle est une “pratique en prolongement” de la cartographie radicale ou critique, conceptualisée et mise en œuvre au tournant des années 1970 par David Harvey et surtout William Bunge avec Gwendolyn Warren, à la suite des grands mouvements de lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Après avoir été largement et efficacement utilisée dans des contextes politiques pour révéler et dénoncer ces injustices ou des pratiques en contradiction avec le droit international et les droits humains fondamentaux, cette approche cartographique a évolué vers des dimensions plus intimes et plus immersives, autrement dit, plus sensibles.

    Cette pratique exige alors que nous mobilisions tous nos sens, que nous soyons à l’écoute de nos émotions, autant lors de la collecte des données que lors de la phase de création à proprement parler : le regard pour voir enfin ce que nous ne regardons habituellement pas ; l’ouïe pour entendre ces bruits et ces sons auxquels nous ne prêtons généralement aucune attention ; l’odorat, le goût et le toucher pour prendre pleinement conscience de l’atmosphère des lieux. Enfin, cette démarche engage largement ce que nous appelons le « sixième sens », c’est-à-dire notre intuition des choses, notre capacité à ressentir le réel en le confrontant à notre imaginaire, ce qui laisse le champ libre à l’expression poétique et artistique, à l’épanouissement de notre sens créatif, notamment lorsqu’il s’agit de jouer avec les couleurs, les formes et les mouvements. En d’autres termes, on pourrait dire que c’est une cartographie « expérientielle », en ce qu’elle constitue la restitution dessinée de notre immersion dans des lieux, des terrains où nous sommes ou avons été physiquement.

    Elle peut aussi être « mémorielle » dans la mesure où elle restitue les lieux à partir des impressions et perceptions qui peuplent notre mémoire, mais aussi de nos « savoirs territoriaux transmis » (particulièrement important, par exemple, lorsque des communautés autochtones entreprennent d’explorer leurs domaines ancestraux). Depuis le début des années 1990, de très nombreux collectifs citoyens à travers le monde se sont intéressés à cette forme d’expression, qu’ils ont perçue comme un médium efficace pour défendre et soutenir les causes qu’ils portaient (surtout orientées vers la justice sociale et spatiale). Ces groupes d’artistes et d’activistes se sont emparés de cette pratique qu’ils ont développée, conceptualisée et expérimentée sous une riche variété de dénominations : cartographie radicale, critique, participative, collective, sensible, émotionnelle, olfactive, expérientielle, mentale, perceptive, et même contre-cartographie (bien que ce terme soit aujourd’hui sujet à discussion). Elle a de ce fait pris une dimension militante et activiste, au service des communautés, des minorités ou tout simplement des citoyens.

    Parallèlement, des groupes de recherche en cartographie critique et radicale se sont aussi constitués dans le milieu académique, d’où ont émergé des laboratoires et des formations universitaires centrées sur la pratique d’une cartographie critique, radicale et expérimentale, abordant la diversité de ses usages et approches. L’Université de Wageningen n’a pas fait exception. Depuis 2021, le projet de recherche « Écologies incarnées », mené au sein du département des sciences sociales sous la direction de l’anthropologue Anita Hardon, a développé et mis en œuvre la cartographie sensorielle dans le cadre de ses recherches, en l’utilisant comme un outil d’investigation et d’exploration au même titre que les entretiens ou les enquêtes. Les résultats de ces expérimentations (toujours en cours) sont déjà très prometteurs, et montrent comment cette mise en œuvre fait avancer la recherche anthropologique.

    Pour les chercheurs, cela permet de « territorialiser » leurs entretiens et, plus encore, de mieux comprendre les territoires (dans certains cas les domaines ancestraux) dans leur dimension sacrée et intime, ainsi que de mesurer pleinement l’espace (notamment l’importance des distances) dans lequel se déploient les processus sociaux et économiques complexes que vivent les communautés.

    Pour les représentants des communautés avec lesquelles nous travaillons, cela a permis l’émergence de ce que l’on pourrait appeler des « illustrations synthétiques ». Celles-ci offrent des représentations visuelles immédiates et accessibles de problématiques subtiles et complexes, rendant visibles des aspects de la réalité souvent obscurcis par les données qualitatives ou quantitatives traditionnelles. C’est aussi l’occasion de porter un autre regard sur leur propre espace de vie, d’y découvrir de nouveaux potentiels, de le comprendre sous des perspectives inhabituelles.

    De plus, le fait de cartographier les émotions a aidé les communautés à surmonter des barrières psychologiques, leur permettant de mieux comprendre les raisons de certaines pratiques spatiales, ainsi que leurs propres conditions et positions en tant qu’êtres sociaux dans les espaces qu’elles cartographient. En ce sens, cet outil agit comme un révélateur complémentaire dans les enquêtes ethnographiques, permettant à l’image cartographique de dialoguer avec les textes écrits et de révéler des phénomènes, des processus ou des dynamiques jusque-là négligés.

    Donc, de revisiter le passé, de le mettre en lien avec le présent, pour éventuellement imaginer les formes que pourraient prendre le futur. Pendant deux jours et demi, théoriciens et praticiens de la cartographie alternative — mais aussi chercheurs et passionnés — pourront :

    – Discuter, partager les approches, les concepts, les champs de recherche, mais aussi les doutes et les questionnements lors des présentations et des tables rondes.

    – S’essayer à une diversité de pratiques lors des ateliers, où les participants seront invités à expérimenter leurs propres cartes sensorielles et émotionnelles, exprimées à travers des outils mêlant science et art. Les exercices seront simples et accessibles à toutes et tous. Aucune compétence artistique ou cartographique n’est requise — seulement une volonté de s’écouter soi-même et d’écouter les autres, d’explorer, de jouer, et de partager.

    #cartographie_sensible #cartographie_radicale #cartoexperiment_2025

  • #Eela_Laitinen

    Depuis quelques années je travaille autour de la cartographie et j’utilise les cartes dans mes œuvres (peintures, collages).
    Tout en n’étant ni cartographe ni géographe, je détourne et transforme les cartes existantes (en les utilisant directement comme des supports de peinture, ou comme matière pour découpage/collages). Je crée des cartes imaginaires et décalées et je propose des ateliers de création cartographie artistique.
    Depuis 2021 j’ai proposé plusieurs variantes de l’atelier « cartographie sensible ».
    Ces projets de médiation me permettent chaque fois d’approfondir mes recherches à ce sujet et trouver des nouveaux angles et axes...

    La cartographie sensible est une approche qui vise à représenter de manière subjective et qualitative l’expérience d’un lieu. Contrairement aux cartes traditionnelles qui privilégient une représentation objective et quantitative de l’espace, la cartographie sensible met l’accent sur les sensations, les émotions et les perceptions individuelles que suscite un environnement donné.
    En d’autres termes, c’est une façon de cartographier non pas seulement ce qui est visible et mesurable, mais aussi ce qui est ressenti et vécu dans un espace.

    https://www.eelalaitinen.com/cartographie-sensible

    #cartographie_sensible #cartographie #visualisation

  • Visioncarto publie aujourd’hui le début des résultats d’una atelier de cartographie sensible dans lee cadre d’une école doctorale à l’univesité de Grenoble. Un peu de poésie...

    Cartographie sensible d’une flânerie à pied
    https://www.visionscarto.net/flanerie-a-pied

    Texte et illustrations : Philippe Paumelle

    En mai 2025, l’école doctorale (SHPT) de l’Université Grenoble Alpes a organisé un atelier au cours duquel nous avons exploré diverses approches de cartographie sensible et expérimentale utilisables pour la recherche en sciences sociales.

    Une des expérimentations proposées consistait en une déambulation de deux heures dans un espace d’environ 500 m de diamètre autour de la Cité des territoires, le site de l’Institut d’urbanisme et géographie alpine (IUGA). Les participant·es étaient invité·es à observer et ressentir l’espace dans toutes les dimensions possibles : atmosphères, fractures, éléments remarquables, végétation... mais aussi les sons, le bruit, les couleurs, les fragrances, les mouvements, les émotions... Puis de restituer les données collectées sur une carte de terrain et l’expérience spatiale sous la forme d’une ou plusieurs cartes.

    Dans cet exercice, tous nos sens sont en alerte pour capturer tout ce que nous ne voyons ni ne ressentons pas habituellement lorsque nous marchons. En toute liberté, en toute sensibilité, on essaye de comprendre ce que les lieux nous disent... Et souvent, ils nous précipitent dans un imaginaire poétique.

    #cartographie_sensible

  • Et dans ma tête, les cartes...
    https://www.visionscarto.net/et-dans-ma-tete-les-cartes

    Cette contribution restitue les réflexions et les créations de quatre ateliers d’écriture et de cartographie sensible organisés en octobre 2024 à Massalia Vox, un lieu partagé dédié à l’éducation populaire. Les auteurs se sont engagés dans la production d’une carte collective pour imaginer « une ville rêvée » avec des habitant·es de différents quartiers de Marseille. Ils ont ainsi découvert le pouvoir narratif et la force suggestive de la cartographie. par Aroun Mariadas & Bruno Mathé (…) Billets

    #Cartographie_sensible
    #cartographie_radicale
    #cartoexperiment_2025

  • Les artistes brouillent les cartes

    Le Fonds d’art contemporain – Paris Collections a la spécificité de s’intéresser aux thématiques urbaines et politiques. La relation des habitant.e.s aux territoires, en particulier urbains, est questionnée à travers des corpus d’œuvres liés à l’architecture et l’urbanisme. Pour aborder ces enjeux, le motif de la carte revient à plusieurs reprises dans les collections. Souvent critiques, de manière sensible et poétique, les artistes nous transportent à travers des territoires variés, de la carte de Paris à la carte du ciel ! Artistes dans ce parcours : Nicolas Milhé, Thierry Mouillé, Étienne Chambaud, Florence Lazar, Malala Andrialavidrazana, Société Réaliste, Pierre Joseph, Guillaume Leblon, Naji Kamouche, Marie-Claire Messouma Manlanbien, Cathryn Boch, David Horvitz et Bouchra Khalili.

    Art et cartographie ont toujours été liés. La carte - représentation du territoire - est avant tout une forme d’expression graphique. Des recherches récentes de paléontologues ont montré que des dessins de l’Âge du Bronze retrouvés à Saint-Bélec en Bretagne représentent une carte du territoire environnant (1). Au Moyen-Âge et à la Renaissance, des artistes renommés comme Nicolas Dipre ou Victor Cousin ont réalisé des représentations dessinées du territoire français, appelées "vues figurées" par les historien.ne.s. (2).

    À notre époque contemporaine, alors que les cartes sont réalisées à partir de vues aériennes, on peut avoir l’impression qu’elles n’ont plus rien à voir avec un geste artistique. Toutefois, la carte reste un objet d’expérimentation pour les artistes contemporains comme en témoigne, par exemple, l’exposition de référence Global Navigation System en 2003 au Palais de Tokyo, curatée par Nicolas Bourriaud. Le philosophe Gilles A. Tiberghien, spécialiste du Land Art, tente d’expliquer cet intérêt des artistes pour la carte, aussi bien pour sa forme que pour son sens (3) :

    La carte est un territoire vaste d’inspiration pour les artistes. Ce parcours montre quelques exemples d’œuvres faites à partir ou sur le modèle de cartes géographiques.

    La carte géographique permet de décrire et, par conséquent, délimiter des espaces. Certain.e.s artistes critiquent la puissance performative de ces images qui influencent nos imaginaires et nos représentations des territoires comme étant unis ou au contraire, séparés.

    Nicolas Milhé

    L’artiste Nicolas Milhé aime détourner des symboles de pouvoir en modifiant leurs usages ou leurs formes. La carte revient à plusieurs reprises dans son travail. Dans Le Grand Renfermement, Milhé reprend le plan historique de Paris du dessinateur Olivier Truschet et du graveur Germain Hoyau daté de 1550. Sur la paroi interne du verre d’encadrement, il a dessiné des cercles à la feuille d’or. Ce geste concentrique se superpose aux tracés de la carte et fait écho à la concentration des richesses et des pouvoirs dans la capitale, y compris au 16e siècle sous les règnes de François 1er et Henri II. La ville repliée sur elle-même ressemble à une prison dorée.

    Thierry Mouillé

    Comme Nicolas Milhé, Thierry Mouillé a une approche critique du territoire parisien à travers sa représentation. Il a découpé en son centre une carte contemporaine de Paris en suivant les contours du périphérique. Son œuvre prend la forme d’une installation où Paris repose à terre, au pied de la carte, séparé du reste du territoire francilien. Thierry Mouillé met ainsi en avant la séparation spatiale brutale entre Paris et ses banlieues, induites par le tracé du Boulevard périphérique qui fête ses 50 ans en 2023.

    Les différentes phases d’exploration des autres continents par les Empires occidentaux ont été accompagnées d’activités importantes de cartographie. Ces cartes étaient utilisées comme des outils de contrôle des territoires colonisés. D’apparence innocente et descriptive, la carte est décrite par le grand géographe Yves Lacoste comme un « outil stratégique » au service des dirigeants politiques (4). Plusieurs artistes contemporains mettent en avant cette réalité à travers leurs œuvres.
    Étienne Chambaud

    L’artiste français Étienne Chambaud a réalisé dans les années 2000 une série d’œuvres à partir de vieux Atlas des années 40 et 60, dont le Fonds d’art contemporain possède un exemplaire depuis 2010. Au sein de ces livres anciens, l’artiste a découpé au scalpel des cercles dans certaines pages. Le livre est ensuite exposé ouvert, à une double-page précise choisie par l’artiste. Les spectateur.ice.s peuvent alors découvrir une surprenante géographie lacunaire où différents territoires normalement éloignés sont rapprochés.

    Selon l’artiste, ces nouvelles relations sont d’ordre historique et politique. Sa pratique du découpage géométrique peut faire écho au partage de l’Afrique par les puissances colonisatrices lors de la conférence de Berlin de 1884. Pendant cet événement, pour faciliter la division du territoire entre empires (5), des frontières en lignes droites ont été tracées dans le continent africain, sans se soucier des différents groupes ethno-linguistiques présents. Si Étienne Chambaud reste mystérieux sur les événements historiques auxquels il fait référence, il révèle avec son œuvre aux yeux de toutes et tous que les cartes sont des agencements de formes calculés géopolitiquement.

    Florence Lazar

    Le Fonds d’art contemporain – Paris Collections conserve une série de photographies de Florence Lazar réalisée dans le cadre du 1% du collège Aimé Césaire à Paris (18e). Ce projet a été co-construit entre l’artiste et des élèves du collège. En hommage au poète et homme politicien Aimé Césaire (1913 -2008), dont l’établissement scolaire porte le nom, ils et elles ont sélectionné des documents d’archives en lien avec la décolonisation. Parmi eux, se trouvent plusieurs cartes qui questionnent notre vision eurocentrée de l’espace. Par exemple, la carte du monde réalisée par la projection de Peters (ou projection de Gall-Peters, James Gall, 1808-1895, et Arno Peters, 1916-2022) est un type de carte où les proportions entre les pays et continents sont mieux respectées. L’Afrique qui représente un quart des terres émergées prend alors plus de place.

    Ces documents sont tenus par les adolescent.e.s dont on ne voit pas les visages, seulement des bouts de corps, tous noirs, pour les photos avec les cartes. Cette présence charnelle nous rappelle les liens entre Histoire collective et histoire familiale, intime et personnelle.

    Malala Andriavalavidrazana

    L’artiste d’origine malgache Malala Andriavalavidrazana travaille aussi les archives pour proposer une nouvelle lecture de l’Histoire. Dans sa série Figures initiée en 2015, elle réalise des photocollages à partir de documents du 19e siècle, cartes postales, timbres, billets de banques et Atlas. Ces collages, regroupant des images de différents registres et origines, mettent en avant une forme d’hybridation culturelle. Elle attribue à son travail une valeur « réparatrice » face à un imaginaire eurocentré.

    Tout un courant de la géographie, appelé cartographie radicale ou contre-cartographie, explore les manières dont des groupes sociaux revisitent les cartes pour s’émanciper. La carte sert alors comme outil de luttes sociales, permettant de matérialiser plastiquement des discriminations et revendications (7).
    Société Réaliste

    Dans les collections du Fonds d’art contemporain, deux cartes du duo d’artistes Société Réaliste peuvent s’apparenter à de la contre-cartographie. Société Réaliste a été créé par Ferenc Grof et Jean-Baptiste Naudy en 2004. Sous la forme d’un faux bureau de conseil (Ponzi’s) ou d’une institution fictive (le Ministère de l’Architecture), les artistes traitent de questions socio-économiques et géopolitiques.

    La première carte ci-dessous illustre le nombre d’artistes au km² en 2006 en Europe. Les écarts entre les pays témoignent de politiques de soutien à la création inégales selon les pays. En France, Société Réaliste comptabilise entre 0,1 et 0,05 artistes au km2.

    La deuxième carte recense des États européens que les artistes déclarent être des « zones libres ». Les artistes répertorient à la fois des anciens États autonomes politiquement avec un système de chiffres et à la fois des paradis fiscaux avec un système de lettres. Jouant des codes du cartographe, ils questionnent ainsi la notion de liberté, entre souveraineté politique et libéralisme économique.

    Cathryn Boch

    Cathryn Boch dit vouloir créer des "contre-géographies personnelles, charnelles, militantes" (8). Depuis le début des années 2010, elle suture des cartes à l’aide de sa machine à coudre. L’accumulation des fils déforme le papier et rend les cartes utilisées complétement illisibles. Le tracé de l’aiguille dessine d’autres chemins sinueux. L’aspect formelle de Sans titre, 2014 évoque des blessures encore ouvertes ou en cours de cicatrisation. Cette manière de ramener le territoire au corps est vue comme une démarche éco-féministe par l’historienne de l’art Fabienne Dumont (9). En montrant un nouveau territoire mouvant, oscillant entre destruction et reconstruction, Cathryn Boch évoque à la fois les effets néfastes de l’humain sur l’environnement et des possibilités de guérison par l’imaginaire.

    La carte peut aussi être critiquée pour son aspect trop abstrait, déconnecté de l’expérience vécue d’un environnement. De plus en plus, urbanistes et géographes, parfois associé.e.s à des artistes, cherchent à retranscrire une autre dimension des territoires, lors de workshops avec des habitant.e.s. Lors de ces ateliers, chacun.e peut réfléchir à un moyen de représenter son vécu d’un territoire, cela s’appelle la "cartographie sensible" (10).

    Ce courant de la géographie contemporaine se rapproche de certaines pratiques artistiques qui nous proposent des cartes à partir d’expériences personnelles de la ville.

    Pierre Joseph

    Dans Mon plan du plan du métro de Paris, Pierre Joseph joue sur la mémoire que l’on a d’un territoire. Il reprend les codes graphiques du réseau de transports francilien RATP, typographie et couleurs, mais inscrit uniquement les arrêts dont il se souvient. Habitant d’une grande métropole, comme tous les Parisen.ne.s, Pierre Joseph ne connait qu’une partie de sa ville, lié à ses habitudes de vie et ses activités. La carte évoque aussi les débuts de la cartographie où seuls les territoires connus physiquement pouvaient être représentés par les dessinateur.ice.s, le reste des espaces était laissé blanc.

    Guillaume Leblon

    L’artiste Guillaume Leblon utilise un autre stratagème pour représenter son Paris personnel. Il a récolté des cartes de visite d’hôtel parisien puis les a assemblés dans un collage. L’assemblage suit la vraie configuration spatiale de Paris mais différentes échelles et esthétiques se côtoient au sein du même plan. Des rues se prolongent d’une carte à l’autre alors que d’autres sont effacées de la carte. Les chemins dessinés par les cartes publicitaires témoignent des chemins empruntés à pied par l’artiste dans sa quête de matériaux.

    Naji Kamouche

    Dans la série Pensée géographique, Naji Kamouche propose aussi une vision personnelle et intime de territoires urbains, dont Paris. Il coud des chemins, par-dessus des cartes géographiques, qui mènent vers des mots poétiques : désir, libre, absolu, seul, doux, patience, vaincre, absence… L’artiste associe des quartiers de la ville au champ lexical de l’amour. Paris, Strasbourg et Marseille, sont ainsi le terrain d’histoires sentimentales en plusieurs étapes et lieux à laquelle chacun.e peut s’identifier.

    Dans un texte sur Naji Kamouche, le critique d’art Pierre Giquel compare la série Pensée géographique à la Carte du Tendre (11). Cette carte datant du XVIIe siècle représente un territoire imaginaire inspiré du roman La Clélie de Madeleine de Scudéry. Jusqu’à présent toutes les œuvres mentionnées évoquent ou reproduisent des territoires existants. À l’inverse, certain.e.s artistes reprennent le motif de la carte pour créer de nouveaux territoires.

    Marie-Claire Messouma Manlanbien

    L’artiste d’origine guadeloupéenne et ivoirienne Marie-Claire Messouma Manlanbien travaille sur la notion de métissage à travers la réappropriation de pratiques artisanales comme le tissage ou le travail du cuivre mélangés à des matériaux de récupération. L’œuvre du Fonds d’art contemporain, Map Grattoirs à récurer cuivre et cheveux 11, fait partie d’une série de cartes imaginaires. Au sein de cette carte cohabitent des bouts d’éponges domestiques, de la fibre naturelle de raphia, de l’aluminium ou encore du gel UV utilisé par les esthéticien.ne.s pour faire les ongles. Nature et industrie cohabitent dans ce territoire imaginaire où les femmes semblent avoir une place prépondérante comme en témoigne le visage et les cheveux féminins présents dans l’œuvre.

    Pour finir ce parcours, quoi de mieux que de se tourner vers le ciel ? Encore plus que la représentation des territoires terrestres, la représentation du ciel fascine scientifiques et artistes. Certain.e.s artistes choisissent de dresser des parallèles entre carte du ciel et carte terrestre pour encore mieux s’ancrer sur la planète Terre et aborder des enjeux écologiques ou géopolitiques.
    David Horvitz

    L’artiste David Horvitz a retracé à pied la forme de la constellation Eridanus dans Paris. Á chaque point - représentant une étoile - il a éteint un lampadaire pour marquer son passage. Une trace de la performance est laissée aux publics sous forme d’un plan de Paris poinçonné et de photographies des lampadaires avant et après extinction. Composé de points lumineux dans le ciel, le pendant terrestre d’Eridanus est fait de points noirs, d’absence de lumière. L’œuvre porte une réflexion sur la pollution lumineuse en ville qui non seulement déconnecte les citadin.e.s de la beauté du ciel nocturne mais a aussi une influence néfaste sur la biodiversité.

    Bouchra Khalili

    La série The Constellations Series de Bouchra Khalili reprend tous les codes de la carte du ciel : fond bleu nuit, trait en pointillé et points blancs. L’artiste franco-marocaine, intéressée par les questions d’identité et de migration, a été inspirée par les cartes du ciel qu’utilisaient les marins pour se repérer.

    Toutefois lorsque l’on s’approche des sérigraphies, se sont des noms de villes européennes, nord africaines et du Proche-Orient que l’on peut lire au lieu de noms d’étoiles. Bouchra Khalili cartographie dans cette série les trajectoires de personnes migrantes qu’elle a rencontré.

    La série de sérigraphies complète une série de vidéos The Mapping Journeys dans lesquels les spectateur.ice.s peuvent avoir accès aux récits de migration des personnes. Tournées en plan séquence, les vidéos montrent les mains des individus en train de dessiner sur une carte leurs trajectoires personnelles. Ce sont ces tracés qui sont ensuite schématisés dans The Constellations Series.

    https://fondsartcontemporain.paris.fr/parcours/les-artistes-brouillent-les-cartes__11151#
    #art #cartographie #visualisation #exposition #Paris #domination #contre-cartographie #cartographie_sensible

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  • Trois mois de violences en Nouvelle-Calédonie à travers les cartes sensibles
    https://www.visionscarto.net/trois-mois-de-violences-en-nouvelle-caledonie

    Le 29 août 2024 s’est tenu au Rex Nouméa un atelier de cartographie sensible et expérimentale pendant lequel les participant·es ont cartographié·es leurs expériences sensorielles en Nouvelle-Calédonie durant les trois premiers mois des « événements de 2024 ». Face à la multiplication des narratifs (géo)politiques sur ce territoire, cet atelier visait à produire et à référencer les « autres » représentations de cette crise calédonienne. par Artème Pointel Géographe et cartographe, (…) Billets

    #Nouvelle-Calédonie
    #violence
    #cartoexperiment
    #cartographie_sensible
    #espace_pacifique

  • Nous commençons ce matin la publication des archives, mais aussi des articles plus récents qui explorent la pratique et l’approche de la cartographie critique et radicale.

    « ... Et au début des années 2000 réapparut la Cartographie radicale »

    https://www.visionscarto.net/reappartion-cartographie-radicale

    La pratique de la géographie et de la cartographie critiques et radicales s’est développée au tournant des années 1960 sous l’impulsion, entre autres, des géographes David Harvey, et William Bunge avec Gwendolyn Warren. Après quelques années de silence, cette pratique cartographique dite « radicale » ou « critique » — riche combinaison revendiquée d’art, de sciences, de géographie, de politique et d’activisme social — a « réémergé » de nouveau au début des années 2000, de manière très informelle, et dans un désordre plutôt sympathique et créatif.

    #cartoexperiment #cartogaphie_radicale #cartographie_sensible

  • La cartographie sensible et participative. Pour qui, pour quoi, comment ?

    Dans ce Tuto, nous abordons les méthodes et apports de la cartographie dite « sensible » comme processus d’exploration et mode de co-écriture scientifique.

    Dans un premier temps, #Morgane_Dujmovic présentera les évolutions récentes des cartes sensibles et leur contribution à l’épistémologie et aux méthodologies des sciences sociales. De façon croissante ces quinze dernières années, des travaux au croisement de la recherche, des pratiques artistiques et/ou du travail social se sont intéressé à des solutions graphiques adaptées à la subjectivité des récits. Dans le domaine de la cartographie, l’approche sensible a exploré l’utilisation de techniques manuscrites ou manuelles permet d’évoquer les dimensions narratives, psychologiques et émotionnelles des récits de vie, par exemple l’atténuation (Khalili 2011) et la représentation manuscrite du fond de carte (B. Ahmed et Dujmovic 2017) ou la construction d’une légende commune (Amilhat Szary et Mekdjian 2015). Les cartes sensibles entendent ainsi mobiliser les sens et la sensibilité des cartographes, pour susciter ceux des lecteurs ou lectrices de la carte (Rekacewicz et Tratnjek 2016, Mekdjian et Olmedo 2016).

    Plus rares sont les travaux qui comportent une dimension participative affirmée. La seconde partie du Tuto aborde la carte comme outil d’expression, de restitution, et comme mode relationnel. Nous verrons comment on peut appliquer ces réflexions sur le terrain et comment les retranscrire en pratiques cartographiques, à partir du projet « CartoMobile » qui s’intéresse aux savoirs et représentations de personnes exilées dans des contextes frontaliers violents (frontières françaises, balkaniques et Méditerranée centrale). Morgane Dujmovic détaille le dispositif d’ateliers cartographiques itinérants qui lui a permis de fabriquer des processus cartographiques « à hauteur d’individus », adaptées aux expériences singulières de la frontière – de la formulation d’un projet de carte, aux choix de sémiologie graphique et de valorisation. On s’interrogera ainsi sur le potentiel des co-écritures graphiques sensibles pour générer des recherches à plusieurs mains et plusieurs voix.

    Ce Tuto ouvre également une réflexion sur la restitution et la réception de telles cartes, où sont à nouveau questionnées les possibilités de participation de personnes dont les savoirs sont peu entendus, délégitimés et/ou mis en silence. Cette réflexion s’appuie sur deux expériences de restitution collective : l’exposition participative issue de la CartoMobile, qui fait interagir le public avec les récits cartographiques de personnes exilées, et le projet art-science « Freestyler la carte » qui met en dialogue et en jeu la musique, le corps et la voix dans la représentation de l’espace en exil (actuellement en création avec l’artiste congolais Wanny S-King dans le cadre d’une résidence EHESS/Fondation Camargo).

    https://mate-shs.cnrs.fr/actions/tutomate/tuto60_carto-sensible_dujmovic

    https://www.youtube.com/watch?v=2o5SMn-ihNA&t=35s

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