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    Manche : 97 migrants secourues alors qu’ils tentaient de rejoindre le Royaume-Uni
    Par La rédaction Publié le : 23/07/2026
    La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord a porté assistance, mardi, à 97 personnes qui tentaient de traverser la Manche, près des côtes du Pas-de-Calais. Deux migrants blessés ont été pris en charge par les secours. En tout, depuis le début de l’année, 12 641 exilés ont atteint le Royaume-Uni, deux fois moins qu’à la même période de 2025. Dans la journée du mardi 21 juillet, 97 migrants, répartis dans deux embarcations, ont été secourus dans la Manche alors qu’ils tentaient de rejoindre le Royaume-Uni, a annoncé la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar). Ces « small boats » ont été signalés au centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez dans le Pas-de-Calais.
    Le premier canot, touché par une panne de moteur, a été repéré dans la matinée. Deux navires ainsi que l’hélicoptère des douanes ont été mobilisés afin d’assurer son suivi. Les 88 personnes à bord ont ensuite été prises en charge puis débarquées au port de Boulogne-sur-Mer. Parmi elles, figuraient deux blessés.
    Puis, dans l’après-midi, une seconde embarcation a été signalée dans le secteur du Mont Saint-Frieux, près de Boulogne-sur-Mer. Six exilés tombés à l’eau après un embarquement « chaotique » ont été secourus avant que trois personnes supplémentaires acceptent la proposition d’assistance. Les neuf migrants ont tous été débarqués au port de Boulogne-sur-Mer. La Prémar a rappelé dans son communiqué que le secteur maritime de la Manche était « l’une des zones les plus fréquentées au monde » et que les « conditions météorologiques y étaient souvent difficiles (forts vents et courants, présence de nombreux bancs de sable et température de l’eau qui réduit l’espérance de vie même en période estivale) », y compris quand « la mer semblait belle ».
    Le lendemain, mercredi 22 juillet, 172 personnes ont débarqué au Royaume-Uni à bord de trois embarcations, d’après le gouvernement britannique. Avant cette arrivée, aucun migrant n’avait atteint les côtes depuis le 10 juillet dernier. En tout depuis le début de l’année, 12 641 personnes ont atteint la Grande-Bretagne, à bord de 195 « small boats ». À la même période de l’an dernier, 23 666 migrants avaient emprunté la route vers le Royaume-Uni à bord de 404 embarcations. Le gouvernement britannique a signé en avril un accord de trois ans avec les autorités françaises prévoyant le versement de 662 millions de livres (771 millions d’euros) pour financer des patrouilles sur les plages d’où partent ces embarcations de fortune. L’exécutif travailliste a également introduit, fin juin au Parlement, un grand projet de loi pour réformer le système d’asile et d’immigration, porté par la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, qui vise à dissuader l’immigration et à accélérer les expulsions.
    Le gouvernement britannique avait déjà annoncé à la fin de 2025 une vaste réforme afin de durcir sa politique d’asile. Le texte présenté le 30 juin devant le Parlement vise à inscrire toutes ces réformes dans la loi. Selon des données du Home Office qui ont fuité dans la presse, plus de 400 000 migrants en situation irrégulière se trouveraient actuellement au Royaume-Uni. Une situation intolérable pour le gouvernement et pour Shabana Mahmood qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale « une mission morale ». Parmi les mesures prévues, le nouveau dispositif, soumis aux conditions de ressources, obligera les réfugiés à payer un forfait pour rembourser leurs frais de subsistance pris en charge par l’État britannique quand ils étaient demandeurs d’asile. Le gouvernement veut également encadrer les recours à la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour pouvoir augmenter les expulsions

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  • Royaume-Uni : un document du Home office révèle la présence de 400 000 étrangers en situation irrégulière - InfoMigrants
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    Royaume-Uni : un document du Home office révèle la présence de 400 000 étrangers en situation irrégulière
    Par La rédaction Publié le : 26/06/2026
    Selon des données Home office qui ont fuité dans la presse, plus de 400 000 migrants en situation irrégulière se trouveraient actuellement au Royaume-Uni. Près de la moitié d’entre eux sont inexpulsables en raison de procédures en appel de demandes d’asile. Selon des information du Times, l’Immigration Enforcement, l’agence du ministère de l’Intérieur (Home office) chargée de l’expulsion des migrants en situation irrégulière, a recensé 412 191 « sans statut légal » au Royaume-Uni. Ce chiffre englobe aussi bien des travailleurs étrangers, des étudiants et des touristes en situation irrégulière que des demandeurs d’asile arrivés illégalement, déboutés et ayant fait appel.
    Parmi eux, 200 000 personnes ont été identifiées comme « non expulsables » en raison de procédures en cours, notamment des recours après des demandes d’asile rejetées ou des actions en justice intentées pour empêcher leur expulsion.Selon ce rapport interne du Home Office, l’ampleur réelle de la population d’étrangers en situation irrégulière est probablement plus importante car le chiffre n’inclut pas les personnes « qui n’ont pas été signalées aux autorités ».Ces chiffres ont fuité dans la presse alors que le climat demeure très tendu au Royaume-Uni autour du thème de l’immigration. Le durcissement de la politique migratoire opéré ces dernières années par le gouvernement travailliste n’a pas empêché la montée de Reform UK, le parti d’extrême droite anti-migrants. Les manifestations anti-migrants de mai 2026 à Londres, les émeutes anti-immigration qui ont secoué le pays à l’été 2024, ainsi que les manifestations régulières devant des hôtels abritant des réfugiés en 2025 ont mis en lumière l’hostilité grandissante d’une partie de la population britannique à l’égard des immigrés.
    Ces révélations interviennent alors que la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, doit présenter mardi au Parlement un projet de loi très attendu sur l’immigration et l’asile. Le texte vise à instaurer de nouvelles restrictions pour empêcher les migrants en situation irrégulière de faire obstacle à leur expulsion. Selon le Times « la nouvelle législation permettra au gouvernement d’augmenter les expulsions de migrants en situation irrégulière. Elle doublera le budget consacré à l’application de la législation en matière d’immigration d’ici 2029 et augmentera les effectifs de 60%, portant le nombre total à 7 300 agents, avec un budget de 1,3 milliard de livres sterling ».
    « Cela se traduira par des dizaines de milliers d’opérations, d’arrestations et d’expulsions supplémentaires de migrants en situation irrégulière », a déclaré un porte-parole du Home Office, cité par le Times.Londres entend aussi encadrer les recours à la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), notamment sur le droit au respect de la vie privée et familiale, dont les autorités contestent l’interprétation. Ce motif de « respect de la vie familiale » est souvent invoqué par les étrangers pour éviter les expulsions. Seules les personnes ayant des membres de leur famille « proche déjà au Royaume-Uni » (enfants, parents uniquement) pourront rester dans le pays.
    Le gouvernement veut aussi réformer la loi sur l’esclavage moderne, découlant de l’article 3 de la CEDH, pour réduire son champ d’application devant les tribunaux en matière de demande d’asile. À terme, le Royaume-Uni souhaite ouvrir des négociations pour modifier cet article.Enfin, Londres a aussi indiqué que l’intelligence artificielle sera utilisée pour évaluer l’âge des personnes arrivant illégalement sur le territoire, le gouvernement affirmant qu’un système imprécis mettait les enfants en danger, notamment ceux qui se déclaraient mineurs ou étaient classés par erreur comme adultes.
    Toutes ces mesures visent aussi à décourager les arrivées de migrants traversant la Manche sur des « small boats ». Depuis le début de l’année, 10 244 migrants ont traversé la Manche illégalement pour rejoindre l’Angleterre. L’année dernière à la même période, ils étaient plus de 18 000. Soit une baisse de 41%.

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  • L’Italie visée par deux plaintes auprès de la CEDH pour avoir libéré le tortionnaire de migrants libyen Osama Almasri Najim - InfoMigrants
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    L’Italie visée par deux plaintes auprès de la CEDH pour avoir libéré le tortionnaire de migrants libyen Osama Almasri Najim
    Par RFI Publié le : 01/06/2026
    L’Italie de nouveau interpellée pour avoir permis à Osama Almasri Najim d’échapper à la Cour pénale internationale (CPI). Sous mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, ce responsable de la police libyenne, considéré comme un tortionnaire de migrants dans la prison de Mitiga (à Tripoli), avait été arrêté début 2025, puis relâché deux jours plus tard et reconduit par un vol de l’armée italienne jusqu’en Libye. Après cet épisode, des plaintes ont été déposées devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg.
    C’est un petit pas de plus dans cette affaire qui n’en finit pas d’embarrasser l’Italie. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a notifié à Rome les deux plaintes déposées en février et en avril par deux plaignants, après la fuite organisée par Rome d’Osama Almasri Najim, le chef de la police judiciaire de Tripoli, en janvier dernier. Ce Libyen est sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis dans la prison de Mitiga », à Tripoli, qu’il dirige dans la terreur depuis 2011.
    Les deux plaignants accusent l’Italie de plusieurs violations de la Convention sur les droits de l’Homme, dont le droit à la vie, et celui à être protégé contre la torture, les traitements inhumains et dégradants.
    Encore mineure lors de son arrivée en Libye, la première victime, originaire de Côte d’Ivoire, dénonce l’esclavage, les violences sexuelles et la torture perpétrées par les sbires d’Osama Almasri Najim. Elle était finalement parvenue à fuir en Italie en traversant la Méditerranée en 2017.Le second plaignant, un Soudanais, a quitté le Soudan du Sud en guerre en 2018. Il a été détenu en Libye, à la prison Al-Jadida. L’homme a été forcé de combattre dans un groupe armée dirigée par Osama Almasri Najim. Il avait une première fois porté plainte en Italie, contre les ministres de l’Intérieur et de la Justice, qui ont permis à Osama Almasri Najim d’échapper à la CPI. Mais il a été débouté

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  • Droits des migrants : les 46 membres du Conseil de l’Europe s’accordent sur un recadrage de la CEDH pour faciliter les expulsions - InfoMigrants
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    Droits des migrants : les 46 membres du Conseil de l’Europe s’accordent sur un recadrage de la CEDH pour faciliter les expulsions
    Par La rédaction Publié le : 19/05/2026
    Vendredi, les 46 États membres du Conseil de l’Europe se sont mis d’accord sur un assouplissement d’un texte de la CEDH concernant les expulsions des étrangers. Cette modification - qui permet d’expulser plus - était réclamé depuis un an par un groupe de pays menés par l’Italie et le Danemark. Le texte réaffirme toutefois le « caractère absolu » de certains principes de respect des droits humains.cLes 46 États membres du Conseil de l’Europe se sont mis d’accord, vendredi 15 mai, à Chisinau en Moldavie, sur un texte répondant aux souhaits de certains gouvernements d’expulser plus facilement des étrangers condamnés sans être épinglés pour violations des droits humains.
    Le Conseil de l’Europe était sous pression d’une majorité de ses États membres, dont le Royaume-Uni et l’Italie. Ces derniers demandaient que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), sous l’égide du Conseil, de modifier son interprétation des textes dans un sens moins favorable aux droits des étrangers. Le grief : les blocages de la CEDH qui a parfois jugé que des expulsions bafouaient le droit à la vie familiale des étrangers condamnés en les coupant de leur famille, ou risquaient de les exposer à des traitements dégradants.
    Le texte commun permet aux Etats de mener le durcissement de leur politique migratoire et expulser comme ils l’entendent les personnes jugées indésirables sur leur sol.
    Dans la déclaration adoptée vendredi à Chisinau, les ministres des Affaires étrangères des 46 États membres du Conseil de l’Europe soulignent aussi que certains « défis » migratoires qui s’imposent actuellement « n’étaient pas prévisibles au moment de la rédaction de la Convention » européenne des droits de l’homme, après la Seconde Guerre mondiale. « Le fait de ne pas relever ces défis de manière appropriée pourrait fragiliser la confiance du public dans le système de la Convention », ajoutent-ils.
    Les pays signataires avaient particulièrement dans leur viseur les articles 3 et 8 de la CEDH qui assurent d’une part que « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » et, d’autre part, que « toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».Pour les défenseurs d’une révision de la CEDH, ces articles sont interprétés de manière trop large et empêcheraient les États d’expulser des exilés condamnés pénalement.
    Pour ce qui est de la prévention de la torture et des traitements dégradants, le texte encourage désormais les États à « développer et clarifier des cadres nationaux pertinents garantissant l’application effective et adaptée au contexte des droits ». Et suggère de recourir aux « assurances diplomatiques » - c’est-à-dire la promesse par le pays vers lequel une personne est renvoyée de ne pas bafouer ses droits.
    Ce texte réaffirme « l’indépendance de la Cour européenne des droits de l’homme et l’intégrité du système de la Convention européenne des droits de l’homme », ainsi que le « caractère absolu » de certains principes, comme l’interdiction de la torture ou le principe de « non-discrimination ». Mais le texte précise toutefois l’interprétation des termes « traitements inhumains ou dégradants ». Par exemple, une qualité de soins dans le pays d’origine inférieure à celle pratiquée dans l’UE ne peut pas constituer un empêchement d’expulsion.
    De même, le texte reconnaît, dans certains pays, l’existence « de facteurs socio-économiques individuels susceptibles d’avoir un impact négatif sur la situation d’[une] personne » expulsée mais estime que « pris séparément, [ils] ne constituent pas un traitement inhumain ou dégradant ».
    En matière de respect de la vie familiale, les signataires du texte appellent la CEDH à « accorder une grande importance à l’appréciation des autorités nationales », qui sont « en principe mieux placées qu’une cour internationale pour apprécier les conditions et besoins locaux ».En décembre dernier, alors que les 46 membres du Conseil de l’Europe étaient réunis mercredi à Strasbourg, une majorité de pays s’étaient prononcés en faveur d’une modification de la Convention européenne des droits de l’Homme pour permettre d’expulser plus facilement des migrants. Finalement, 27 pays avaient rédigé une déclaration en ce sens.
    « Ce texte des 27 pays, en décembre, n’a pas manqué d’influencer la déclaration politique de Chisinau, a constaté Peggy Ducoulombier, professeur de droit à l’université de Strasbourg interrogée par Le Monde. Le langage est plus diplomatique, mais certaines idées fortes restent. Le message envoyé aux juges est clair : appliquer une jurisprudence restrictive concernant les questions migratoires. »
    La Commission européenne a salué l’adoption de ce texte, « une étape importante pour promouvoir la sécurité des personnes et les droits fondamentaux », selon le commissaire chargé des migrations, Magnus Brunner.Cette déclaration « envoie un message politique aux juges de la Cour » selon lequel la protection des droits individuels des étrangers « devrait jouer un rôle moins important par rapport aux intérêts des gouvernements de maintenir la sécurité », estime auprès de l’AFP Jacob Kirkegaard, spécialiste des migrations au cercle de réflexion européen Bruegel.C’est « une tentative pragmatique de répondre à ce qui alimente fortement le soutien à l’extrême droite et aux populistes de droite dans beaucoup de pays européens, sans renoncer aux traités européens », ajoute-t-il. Si la Cour n’en tient pas compte, des pays pourraient préférer quitter la Convention européenne des droits de l’homme, craint-il.

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  • Droits des migrants : les Etats membres du Conseil de l’Europe recadrent la Cour européenne des droits de l’homme
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    Droits des migrants : les Etats membres du Conseil de l’Europe recadrent la Cour européenne des droits de l’homme
    Sollicités par plusieurs gouvernements, dont ceux de Giorgia Meloni (Italie) et de Mette Frederiksen (Danemark), les 46 Etats membres ont publié une déclaration politique destinée à encadrer plus strictement la jurisprudence de la CEDH sur les droits des migrants.
    Par Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)
    Est-ce l’épilogue d’une bataille politico-juridique qui aura duré près d’un an autour de l’interprétation de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) concernant les décisions liées à l’immigration ? Le 22 mai 2025, l’Italie de la première ministre postfasciste Giorgia Meloni et le Danemark de la sociale-démocrate Mette Frederiksen, soutenus par sept autres pays, avaient engagé une offensive idéologique sans précédent contre les magistrats de la CEDH.
    Dans une lettre ouverte, les deux dirigeantes demandaient à « repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’homme est interprétée » en matière d’immigration. Ce courrier prenait à partie la cour européenne pour sa jurisprudence qui, selon les auteurs, poserait « trop de limites à la capacité des Etats à décider qui expulser de leur territoire ». A l’époque, Giorgia Meloni avait justifié la lettre en indiquant souhaiter « ouvrir un débat politique » sur la convention au regard du phénomène migratoire actuel. Cette prise à partie de l’organe juridictionnel du Conseil de l’Europe, installé à Strasbourg, avait surtout secoué et fragilisé ses magistrats chargés de faire respecter la convention des droits de l’homme.
    Un an plus tard, Alain Berset, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, se félicite : « Nous avons réussi à rassembler des pays de toute l’Europe, aux points de vue et aux expériences variés, afin de définir une position commune sur la manière dont le système devrait fonctionner au mieux, notamment dans le contexte difficile de la migration. » Un soulagement pour l’ancien président suisse, qui a cherché depuis un an à canaliser ce débat explosif afin d’aboutir, à Chisinau, la capitale de la Moldavie, à l’adoption par les ministres des affaires étrangères des 46 membres du Conseil de l’Europe d’une déclaration politique soldant la polémique, vendredi 15 mai.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Face aux attaques contre la CEDH, le Conseil de l’Europe tente de canaliser le débat sur l’immigration
    Ce texte réaffirme « l’indépendance de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et l’intégrité du système de la Convention européenne des droits de l’homme », ainsi que le « caractère absolu » de certains principes, comme l’interdiction de la torture ou le principe de « non-discrimination ». Bref, juge une source au fait des discussions, « on a échappé au pire » et sauvegardé la Convention européenne des droits de l’homme et les juges qui l’appliquent, comme le souhaitaient la France ou l’Espagne.
    Les « frondeurs », menés par le Danemark, l’Italie et également le Royaume-Uni, ont néanmoins obtenu un certain succès. La déclaration politique adoptée vendredi détaille l’application souhaitée de certains articles-clés de la convention en matière d’immigration. De manière générale, elle promeut une application toujours plus stricte de la convention afin de laisser les Etats mener le durcissement de leur politique migratoire et expulser comme ils l’entendent les personnes jugées indésirables sur leur sol.
    Lors d’une première réunion de travail à Strasbourg, en décembre 2025, les trois pays demandeurs avaient réussi à convaincre 24 autres pays de les suivre pour demander un « cadrage » de la jurisprudence de la CEDH concernant l’immigration. « Ce texte des 27 pays, en décembre, n’a pas manqué d’influencer la déclaration politique de Chisinau, constate Peggy Ducoulombier, professeur de droit à l’université de Strasbourg. Le langage est plus diplomatique, mais certaines idées fortes restent. Le message envoyé aux juges est clair : appliquer une jurisprudence restrictive concernant les questions migratoires. »
    Concrètement, la déclaration politique du Conseil de l’Europe – qui n’impose aucune interprétation aux juges, mais les incite à suivre son point de vue – précise le contenu de certains articles-clés de la convention en matière d’immigration, particulièrement vilipendés par Copenhague, Londres et Rome.
    La déclaration propose, par exemple, une interprétation de l’article 3, qui proscrit la torture. Dans ce cadre, elle ne remet pas en cause « l’interdiction absolue » de la torture, mais précise l’interprétation des termes « traitements inhumains ou dégradants » concernant des personnes expulsables dans l’Etat où ils doivent être renvoyés. La déclaration assure qu’expulser une personne ne peut, par exemple, être empêché si la qualité de soins dans l’Etat où il est renvoyé n’est pas au niveau européen.Concernant l’article 8, consacré au respect de la vie privée et familiale très souvent invoqué par les personnes expulsables pour ne pas être expulsées, les Etats estiment que les juridictions nationales sont « mieux placées qu’une cour internationale pour apprécier les conditions et besoins locaux ». Ils appellent dès lors à respecter le choix des Etats.
    Dans leur déclaration, les 46 membres du Conseil de l’Europe évoquent enfin les « défis liés à l’instrumentalisation de la migration par des acteurs hostiles, les défis posés par les arrivées massives et les processus décisionnels appropriés ». En 2021, la Pologne et les pays baltes avaient subi des arrivées massives de migrants, littéralement envoyés par la Biélorussie et la Russie. A l’époque, ces pays avaient décidé de refouler les impétrants.
    Depuis, ces pays ont été attaqués devant la Cour européenne des droits de l’homme par certains demandeurs d’asile refoulés. Leurs cas doivent faire l’objet d’un jugement, attendu en juin, par des magistrats de la CEDH. Dans leur déclaration, les ministres estiment qu’« un Etat ou autre acteur hostile ne peut être autorisé à porter atteinte aux démocraties européennes et aux valeurs sur lesquelles repose la convention, ni à abuser du système qu’elle a établi pour protéger ». A ce titre, ils demandent aux magistrats « d’apprécier le respect par les autorités étatiques de leurs obligations. Le contexte concret dans lequel elles agissent fait partie de l’évaluation globale requise par la convention ». En d’autres termes, les Etats exercent une nouvelle pression politique sur les magistrats européens, tout en leur assurant qu’ils restent totalement « indépendants » de suivre leurs conseils.

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  • Italie : plus de 800 mineurs non accompagnés ont été placés en centres pour adultes depuis fin 2023 - InfoMigrants
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    Italie : plus de 800 mineurs non accompagnés ont été placés en centres pour adultes depuis fin 2023
    Par Romain Philips Publié le : 01/05/2026
    Selon un rapport publié par l’ONG ActionAid, au moins 823 mineurs non accompagnés (MNA) ont été placés dans des centres pour adultes ces dernières années en Italie. Depuis 2023, un décret-loi autorise ces placements comme solutions provisoires et temporaires. Mais selon le rapport, dans certains centres pour adultes, la présence de MNA est structurelle. Dans son rapport publié mardi 28 avril, l’ONG ActionAid est formelle : en Italie, « le placement de mineurs non accompagnés (MNA) dans des centres pour adultes n’est pas exceptionnel ». Réagissant aux déclarations du ministère de l’Intérieur évoquant les « présences exceptionnelles de mineurs dans les centres pour adultes », les auteurs du rapport ont contacté les 29 préfectures d’Italie dans le cadre d’une mission d’information.
    Ainsi, pour la première fois depuis l’adoption du « décret Cutro » en septembre 2023 - qui introduit la possibilité de placer temporairement les mineurs de plus de 16 ans dans des centres pour adultes -, ActionAid a pu recenser le phénomène. Selon l’ONG, 823 mineurs non accompagnés ont transité dans un centre pour adultes entre la promulgation du décret et novembre 2025.
    Une politique « qui compromet l’intérêt supérieur de l’enfant »
    L’organisation dénonce une politique « qui compromet l’intérêt supérieur de l’enfant » mais qui « contredit également la loi ». Selon le décret de 2023, le placement d’un MNA en centre pour adultes ne peut dépasser une durée maximale de trois mois, prorogeable de 60 jours supplémentaires. Or, selon le rapport, au moins seize préfectures enregistrent des séjours de plus de trois mois, et treize d’entre elles, des séjours de plus de cinq mois. Les cas les plus critiques concernent Turin, Cuneo, Imperia, Sondrio, Lecco, Mantoue, Biella, Brescia, Côme et Forlì-Cesena. Dans certaines villes, les durées maximales observées atteignent 1 413 jours à Turin, 927 à Brescia, 883 à Imperia, 866 à Cuneo, 773 à Lecco et 739 à Mantoue.
    D’autre part, la loi indique que les mineurs peuvent être placés en centre pour adultes uniquement en cas « d’indisponibilité temporaire des structures d’hébergement ». Là encore, les auteurs dénoncent des procédures en dehors des règles et dénoncent « des placements qui se poursuivent même lorsqu’il reste des places disponibles dans les circuits dédiés ». Selon les données recueillies auprès des préfectures, dans la grande majorité des régions, des mineurs ont été placés en centres pour adultes alors que des places étaient disponibles au niveau communal, provincial ou régional. À Turin, Cuneo, Imperia et Novara, des mineurs non accompagnés ont même été placés en centre pour adultes avant même l’adoption du décret légalisant cette procédure. C’est le cas de 138 enfants, selon l’ONG. « Le décret n’a pas ’créé’ le phénomène qu’il prétend encadrer ; il a simplement fourni un cadre juridique à une pratique illégitime, exceptionnelle mais bien ancrée, afin de garantir que les préfectures agissent dans le respect de la loi », tancent les auteurs du rapport.
    Début avril, l’Italie a d’ailleurs été condamnée à verser 10 000 euros à un exilé par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans une telle affaire. En juin 2023, soit plusieurs mois avant l’adoption de la loi, un jeune burkinabé a été placé dans un centre pour adultes de Crotone. Il y est resté cinq mois, jusqu’à ce que la CEDH ordonne au gouvernement italien de le transférer dans un établissement adapté aux MNA. Selon le jeune homme qui a été entendu devant la Cour, au moment de son séjour au centre Sant’Anna, dont la capacité est de 641 personnes, environ 830 migrants – dont 200 mineurs – étaient accueillis. « Le requérant a fait valoir que le centre Sant’Anna était à la fois un centre d’accueil et un centre pour demandeurs d’asile, destiné à accueillir uniquement des adultes. Or, des mineurs non accompagnés y étaient détenus dans des conditions de surpopulation, d’absence de séparation d’avec les adultes et de contact avec eux, d’insuffisance d’installations adéquates et de conditions matérielles et d’hygiène déplorables », a ajouté la CEDH. De plus, aucun service ou équipement spécifique adapté aux besoins des mineurs non accompagnés n’était proposé au sein du centre. « Le Garant national des droits des personnes privées de liberté personnelle a en effet constaté l’absence de services d’accompagnement éducatif, récréatif ou psychosocial dédiés aux mineurs », note la Cour qui conclut que le jeune burkinabé « a été soumis à un traitement inhumain et dégradant pendant son séjour au centre Sant’Anna, en violation de l’article 3 de la Convention (européenne des droits de l’Homme) ». Selon le gouvernement italien, fin 2024, 18 625 MNA étaient présents en Italie. Un chiffre descendu à 17 011 fin 2025. Et parmi eux, les plus de 16 ans représentent plus des trois quarts des mineurs en Italie. « La tranche d’âge potentiellement concernée par le décret-loi constitue donc la composante numériquement dominante du système », s’inquiète ActionAid. Interrogé, le gouvernement italien n’avait pas répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.

    #Covid-19#migrant#migration#italie#CEDH#mineur#droit#sante#protection#MNA

  • Près de #Naples, dans la « #Terre_des_feux », la vie trop courte des jeunes gens contaminés par les #déchets_toxiques

    En janvier 2025, l’Italie a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour violation du droit à la vie, dans le scandale de la « Terre des feux ». L’État italien a deux ans pour commencer à agir. Près d’un an après, la situation n’a quasiment pas bougé.

    Assise à l’ombre, un peu à l’écart de l’allée centrale, elle a sa propre chaise dépliante, qu’elle rangera à son départ près de la tombe de son fils. Les visiteurs, nombreux en ce 1er novembre, veille de la Fête des défunts, la reconnaissent et la saluent. Concetta leur répond d’un sourire discret, en tournant très légèrement la tête pour ne pas quitter Vincenzo des yeux. « 2017 », nous arrête-t-elle d’entrée de jeu lorsque nous nous approchons, comme si elle n’avait plus que ces quatre chiffres à la bouche. « Il est mort en 2017 d’un #cancer des os. Il avait tout juste 30 ans. Il venait de se marier et d’avoir un petit garçon. » Sur la tombe, un jeune homme en costume, cheveux gominés et demi-sourire aux lèvres, fixe éternellement sa mère. Apposés à sa photo, ces quelques mots : Vincenzo De Sena, 1987-2017.


    https://www.lefigaro.fr/international/pres-de-naples-dans-la-terre-des-feux-les-vies-trop-courtes-des-enfants-du-
    #pollution #Italie #terra_dei_fuochi #Campanie #déchets #condamnation #justice #CEDH #santé #décès #santé_publique

  • Face aux attaques contre la CEDH, le Conseil de l’Europe tente de canaliser le débat sur l’immigration
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/10/face-aux-attaques-contre-la-cedh-le-conseil-de-l-europe-tente-de-canaliser-l

    Face aux attaques contre la CEDH, le Conseil de l’Europe tente de canaliser le débat sur l’immigration
    Par Cécile Ducourtieux (Londres, correspondante) et Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)
    Alors que l’Europe ne cesse de durcir sa politique migratoire, comme lundi 8 décembre, où les Etats membres de l’Union européenne (UE) se sont entendus pour faciliter les expulsions et l’externalisation de la gestion des demandeurs d’asile hors du Vieux Continent, une autre bataille, idéologique cette fois, est engagée au sujet de la Convention européenne des droits de l’homme et de son interprétation par les juges de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) lui étant rattachée. Les 46 ministres chargés des questions migratoires sont attendus, mercredi 10 décembre, au siège du Conseil de l’Europe à Strasbourg pour évoquer le sujet.
    « Les questions de migration sont l’une des grandes thématiques actuelles dans les pays et pour les populations en Europe », assure Alain Berset, le secrétaire général de l’institution, qui a souhaité organiser cette réunion après la publication d’une lettre ouverte, le 22 mai, par les dirigeants de neuf pays, dont l’Italie, le Danemark, la Pologne et la Belgique. Ce courrier prenait à partie la Cour européenne de droits de l’homme pour sa jurisprudence qui, selon les auteurs, poserait « trop de limites à la capacité des Etats à décider qui expulser de leur territoire ».
    Selon M. Berset, ancien président de la Confédération suisse, « la Convention européenne des droits de l’homme fournit le cadre dont nous avons besoin pour traiter ces questions de manière efficace et responsable. Notre tâche n’est pas de fragiliser la Convention, mais de la maintenir forte et pertinente, afin de garantir l’équilibre entre liberté et sécurité, justice et responsabilité ».Or, selon diverses sources, de 15 à 20 pays soutiendraient la démarche lancée par le Danemark et l’Italie, tandis que d’autres pays sont allés encore plus loin dans leurs attaques. Donald Tusk, le premier ministre polonais, a ainsi menacé récemment de dénoncer la Convention en cas de jugement défavorable de la Cour de Strasbourg, attendu début 2026, sur les refoulements polonais de migrants envoyés en 2021 par la Biélorussie.
    Au Royaume-Uni, les partis d’opposition – Reform UK (extrême droite) et les tories (conservateurs) – soutiennent également l’idée de dénoncer la Convention. Le gouvernement, dirigé par le travailliste Keir Starmer, n’est pas encore sur cette ligne, mais, mi-novembre, en présentant sa réforme drastique sur l’immigration, la ministre de l’intérieur, Shabana Mahmood, a prévu de limiter les recours à deux articles-clés de la Convention : l’article 3, qui interdit la torture, et le 8, qui protège le droit de toute personne au respect de sa vie privée et familiale. Ces deux articles sont le plus souvent invoqués en appel par les individus s’opposant à leur expulsion.
    De fait, relève Marc Bossuyt, ancien président de la Cour constitutionnelle de Belgique et grand détracteur de l’évolution de la jurisprudence de la Cour européenne de droits de l’homme en matière migratoire, « les gouvernements en ont marre de l’interprétation de la Cour de Strasbourg. Je crois en ces instruments, en l’Etat de droit, mais tous les traités internationaux établis de longue date doivent être appliqués dans les circonstances actuelles », notamment en lien avec le niveau de l’immigration irrégulière actuelle.
    Selon lui, l’application de l’article 3 est bien trop large. Il estime que la Cour ne se contente pas d’interdire tout acte de torture, mais qu’elle exige des Etats de « fournir également une procédure d’asile décente et [d’]offrir un accueil décent aux demandeurs d’asile dans leur pays », ce qui ne relève pas de l’application dudit article. De même, concernant l’article 8, le juriste estime nécessaire une interprétation plus restrictive de la Cour, car « tant que vous disposez de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg, il est normal que les juges nationaux s’y conforment ».
    Selon la ministre britannique Shabana Mahmood, la définition de ces deux articles « a atteint des sommets d’absurdité. Aujourd’hui, nous tentons d’expulser des criminels, mais nous nous apercevons que c’est impossible car les prisons de leur pays d’origine ont des cellules jugées trop petites, voire des services de santé mentale moins performants que les nôtres ».
    Nombre de juristes s’inscrivent néanmoins en faux par rapport aux attaques de ces Etats. « En dix ans, les affaires liées à l’immigration ont représenté moins de 2 % des 420 000 requêtes traitées par la Cour. Sur cette période, plus de 90 % des requêtes ont par ailleurs été rejetées, parce qu’elles étaient irrecevables ou qu’il n’y avait pas de violation », rappelle Peggy Ducoulombier, professeure de droit à l’université de Strasbourg, dans un entretien au Monde. Selon elle, « on peut ne pas être d’accord sur tel ou tel arrêt, mais ce système nous protège tous. On a beaucoup à perdre à l’affaiblir ». De fait, estime Céline Romainville, professeure de droit à l’Université catholique de Louvain, de nombreuses critiques « montent en épingle l’un ou l’autre arrêt, sans le remettre dans son contexte, et sans faire une analyse approfondie de l’ensemble de la jurisprudence ». Au-delà du débat vif sur l’interprétation de la jurisprudence, que peuvent aujourd’hui faire les Etats ? A terme, explique-t-on au Conseil de l’Europe, l’idée est de lancer des travaux afin d’arriver à une nouvelle déclaration politique, mi-mai à Chisinau, en Moldavie, qui pourrait recadrer le travail de la Cour. En 2005, après un arrêt qui avait choqué à Londres – l’arrêt Hirst contre le Royaume-Uni sur l’absence de droit de vote des prisonniers –, les Etats avaient déjà fait évoluer la manière dont la Cour fonctionne, avec la déclaration politique de Brighton, pour l’adoption d’un protocole additionnel à la Convention.
    En 2018, le Danemark avait proposé aux autres Etats du Conseil de l’Europe de mentionner dans une déclaration politique, celle de Copenhague, la question de l’interprétation de la Cour en matière migratoire. A l’époque, aucun pays n’avait suivi le Danemark. Sept ans plus tard, au moins une vingtaine d’Etats semblent prêts à le rejoindre.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#CEDH#droit#politiquemigratoire#sante

  • « Il est dangereux de vouloir affaiblir la Cour européenne des droits de l’homme, qui nous protège tous »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/10/il-est-dangereux-de-vouloir-affaiblir-la-cour-europeenne-des-droits-de-l-hom

    « Il est dangereux de vouloir affaiblir la Cour européenne des droits de l’homme, qui nous protège tous »
    Dans un entretien, Peggy Ducoulombier, professeure de droit à l’université de Strasbourg, revient sur les critiques contre la Cour européenne des droits de l’homme sur la question migratoire. Le Conseil de l’Europe devait organiser, mercredi 10 décembre, une réunion ministérielle pour évoquer cette thématique extrêmement sensible.
    Propos recueillis par Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)
    Publié aujourd’hui à 11h30
    En publiant, le 22 mai, une tribune demandant de « repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’homme est interprétée » sur les sujets migratoires, neuf pays, emmenés par l’Italie de la première ministre postfasciste, Giorgia Meloni, et le Danemark de la première ministre sociale-démocrate, Mette Frederiksen, ont créé un véritable choc politique. Cette attaque sans précédent contre la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui applique cette convention, est analysée par la professeure de droit public Peggy Ducoulombier, l’une des meilleures spécialistes de l’institution. Mercredi 10 décembre, le Conseil de l’Europe devait organiser une réunion ministérielle pour évoquer la polémique suscitée par une lettre de neuf Etats de l’Union européenne réclamant une évolution de l’« interprétation » de la CEDH en matière d’immigration. Comment analysez-vous cette tribune ?
    – Que le Conseil de l’Europe se saisisse du sujet était une nécessité, car cette lettre est inquiétante. Si les Etats peuvent parfois réagir négativement aux arrêts de la Cour, une telle tribune n’est pas commune. Elle s’inscrit dans une résistance grandissante de certains Etats au droit international, couplée à une remise en cause du rôle légitime du pouvoir judiciaire. Cela se traduit, dans plusieurs Etats, par de graves attaques contre l’indépendance de la justice. Cette prise de position, qui inclut également le Royaume-Uni, est extrêmement sérieuse, mais elle n’est pas non plus généralisée. Heureusement, il y a toujours des pays qui ne sont pas dans cet état d’esprit.
    Ce type d’attaque publique est-il inédit dans l’histoire de la convention signée à Rome, en 1950 ?
    – En Europe, je ne connais pas de précédent à cette attaque frontale. Deux points sont particulièrement problématiques. Le timing, déjà, de la publication, avant le jugement de quelques grandes affaires en matière d’immigration en cours contre la Pologne, la Lituanie et la Lettonie, toutes signataires de la lettre. Cette tribune apparaît dès lors comme une tentative d’influer sur le cours de la justice européenne, en violation du principe d’indépendance de la CEDH.
    Cela place les juges dans une situation difficile. Si la Cour donne raison aux Etats signataires de cette lettre, on dira qu’elle a été influencée par la pression politique. Si elle leur donne tort, elle sera ciblée comme étant un obstacle aux politiques migratoires menées dans ces pays. Pour les juges, c’est d’autant plus compliqué qu’ils ne peuvent répondre directement aux attaques. Ils ne peuvent entrer dans l’arène politique. Que le Conseil de l’Europe soit saisi est dès lors important.
    Cette lettre donne aussi l’impression qu’il n’y a pas de dialogue possible entre les Etats et la Cour, or, il existe de nombreuses instances de discussion. Tous les Etats, quand ils sont mis en cause, peuvent répondre, car il s’agit d’une procédure contradictoire. De même, les autres Etats, qui ne seraient pas mis en cause dans une affaire, peuvent utiliser la tierce intervention et faire connaître à la CEDH leur position sur une question d’interprétation. Et ils le font dans les affaires migratoires.
    La tribune, soutenue aujourd’hui par une quinzaine d’Etats, se concentre sur le seul sujet migratoire. Y a-t-il un dysfonctionnement de la Cour en la matière ?
    – Nous pouvons évoquer tous les sujets, mais cette lettre enferme le débat sur la question de l’interprétation de la Convention autour d’une seule thématique quantitativement minime dans la jurisprudence européenne, quoique fortement polarisante. En dix ans, les affaires liées à l’immigration ont représenté moins de 2 % des 420 000 requêtes traitées par la CEDH. Sur cette période, plus de 90 % des requêtes ont par ailleurs été rejetées, parce qu’elles étaient irrecevables ou qu’il n’y avait pas de violation. On passe par ailleurs sous silence le bénéfice que tout un chacun retire de l’existence du système et de l’interprétation que la Cour fait de la Convention. Cette lettre contribue à la diffusion d’une idée selon laquelle la Convention ne protégerait que les criminels et pas les citoyens respectueux du droit. C’est faux. La Convention protège tout le monde. Et il est faux de laisser penser qu’elle ne s’intéresse pas à la prévention des infractions pénales, à l’ordre public, à la sécurité publique, ou qu’elle ne tiendrait pas compte des victimes.
    Pour certains critiques, les gouvernements démocratiquement élus pour mener des politiques précises, notamment en matière d’immigration, seraient aujourd’hui bloqués par des juges qui, parce qu’ils sont nommés, seraient illégitimes…
    C’est un mauvais procès fait à la Cour, car ses juges sont eux aussi élus. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui est composée de représentants des Parlements nationaux des 46 pays membres, doit les choisir, sur la base d’une liste de trois candidats proposés par les Etats. Je rappelle également que, dans une démocratie libérale, le contrôle juridictionnel des autres pouvoirs, exécutif ou législatif, selon les Etats, est un élément central de l’Etat de droit et de la séparation des pouvoirs.
    Au niveau international, par ailleurs, les Etats ont voulu un système doté d’un contrôle externe. Ils ont voulu se détacher des simples déclarations de droit à l’instar de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
    – Enfin, dans une démocratie libérale, majorité ne fait pas nécessairement loi. Le juge est là pour protéger tout le monde, y compris les gens qui sont minoritaires et y compris ceux qui ne sont pas populaires. L’argument démocratique, ce n’est pas non plus l’atout maître permettant de tout justifier en termes de restriction des libertés.
    Au Royaume-Uni, en Pologne ou au Danemark, certains évoquent la possibilité de dénoncer la Convention européenne afin soit de s’en extraire, soit de la renégocier. Qu’en pensez-vous ?
    – Est-ce que tout le monde serait d’accord sur un supposé problème à résoudre ? Je n’en suis pas persuadée. Depuis la lettre des neuf pays, un certain nombre d’Etats ont rejoint la discussion sur la question migratoire, mais il n’y a pas forcément de consensus entre eux. A mon sens, dénoncer la Convention pour la renégocier est peu réaliste, et cela aurait un coût politique important. Qui veut être associé à la Russie ou à la Biélorussie, deux pays hors du Conseil de l’Europe ? Est-ce que la population veut vraiment se priver d’une protection supplémentaire en matière de droits de l’homme ? Ce serait un séisme. J’ajoute que sortir de la Convention ne changerait rien au reste du droit international.
    Enfin, même les conservateurs britanniques reconnaissent que ça ne changerait rien à la question de l’immigration irrégulière. Ça n’empêche personne de traverser la Manche. Mais par contre, ça permet de pointer du doigt un bouc émissaire pour les problèmes auxquels on fait face. Sur le fond, les critiques contre la Convention se concentrent sur l’article 3, qui assure que « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants », ainsi que sur l’interprétation qu’en fait la Cour pour empêcher l’expulsion de certains étrangers criminels…
    Cet article est l’un des rares droits absolus et indérogeables de la Convention. Cela veut dire que, même face à un « danger public menaçant la vie de la nation », on ne peut pas suspendre la protection de ce droit. Il s’agit d’un principe civilisationnel. En 1989, la Cour a dit, avec son arrêt Soering c. Royaume-Uni, qu’on ne peut pas expulser ou extrader une personne vers un pays dans lequel il encourt des risques sérieux et avérés de faire face à un traitement contraire à l’article 3.
    Cependant, si la CEDH obtient des assurances diplomatiques sur le traitement de cette personne, il sera possible de procéder à son expulsion. De même, si les requérants l’invoquent, il faut que l’article s’applique. Comme on l’a vu, très peu de requêtes sont jugées recevables, et il faut que les mauvais traitements atteignent un « seuil minimal de gravité ».
    L’Italie, comme le Danemark, estime par ailleurs que l’article 8, qui garantit le droit au respect de la vie privée et familiale, est aujourd’hui interprété de manière trop extensive et empêche l’expulsion de non-nationaux criminels vers leur pays d’origine. Cette analyse est-elle exacte ?
    – Sur la question de la migration, la jurisprudence de la Cour relative à l’application de cet article n’est pas aussi protectrice que ce que certains veulent faire croire. Il est beaucoup plus simple de dire que c’est la faute de l’article 8 et de la Cour que d’expliquer qu’on n’a pas expulsé quelqu’un parce que son pays d’origine ne veut pas le récupérer. Sur l’article 8, la Cour dit toujours que les Etats ont le droit de contrôler l’entrée, le séjour et l’expulsion des non-nationaux. Il n’y a pas de droit pour un étranger d’entrer et de résider dans le pays de son choix. Il n’y a pas d’obligation générale de la part des Etats d’accepter le choix de résidence des couples mariés ou d’autoriser de manière générale le regroupement familial sur leur territoire… Certaines décisions dans ce domaine peuvent engager effectivement des questions relatives au droit à la vie privée et familiale, mais pour traiter de ces affaires, la Cour a développé un certain nombre de critères très précis dans différents arrêts, afin de dire si une personne peut être expulsée. Il faut notamment analyser la gravité de l’infraction commise et de la sanction infligée, le statut de l’étranger ou son lien avec le pays d’accueil… Quand on regarde la jurisprudence de la Cour, on constate que, si les juridictions nationales appliquent de manière sérieuse et raisonnable les différents critères établis par la jurisprudence européenne, il faudra des circonstances exceptionnelles pour que la Cour constate une violation de l’article 8.
    De manière générale, dans tout ce débat public sur la Convention européenne des droits de l’homme et la jurisprudence de la Cour, le problème est de répandre des idées qui ne sont pas forcément toujours exactes. Aujourd’hui, l’important est que l’on puisse en débattre. On peut ne pas être d’accord sur tel ou tel arrêt, mais ce système nous protège tous. On a beaucoup à perdre à l’affaiblir.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#CEDH#droit#politiquemigratoire#sante

    • Nella Terra dei Fuochi l’Italia ha violato il diritto alla vita: una sentenza pilota della Corte Europea dei diritti umani

      Sommario

      – L’emergenza rifiuti in Campania e il fenomeno della Terra dei Fuochi
      - I fatti: 40 anni di traffico, interramento e incendio di rifiuti pericolosi da parte della criminalità
      - Ammissibilità: escluse dalla causa le associazioni e i ricorsi presentati dopo il 2014
      - Nella Terra dei Fuochi violato il diritto alla vita dei residenti
      - Decontaminazione a rilento, sanzioni penali inadeguate, screening insufficiente, poca informazione
      - Una sentenza-pilota: due anni per attuare le misure generali della Corte

      Il 30 gennaio 2025, la Corte europea dei diritti umani (CtEDU) ha emesso una sentenza-pilota nel caso Cannavacciuolo e Altri contro Italia (ricorso 51767/14 e altri), riguardante la situazione di inquinamento ambientale che ha colpito il territorio compreso tra le province di Napoli e Caserta noto come “Terra dei Fuochi”. La CtEDU ha riscontrato che l’Italia ha violato l’art. 2 (diritto alla vita) della Convenzione europea dei diritti umani (CEDU) e chiesto alle autorità italiane di attuare adeguate misure di riqualificazione ambientale dei territori interessati dal fenomeno. Tra due anni a partire dalla pubblicazione della sentenza, la Corte si riserva di verificare l’impatto di tali misure.
      L’emergenza rifiuti in Campania e il fenomeno della Terra dei Fuochi

      Il caso Cannavacciulo e altri contro Italia prende origine da una serie di ricorsi presentati tra il 2014 e il 2015 da 34 individui, residenti nei 90 comuni campani che tre decreti del governo italiano, emessi tra il 2013 e il 2015, hanno classificato come esposti ai rischi associati al fenomeno di abbandono, interramento e incendio illegale di rifiuti che ha interessato l’area denominata “Terra dei Fuochi”. Nel territorio vivono circa tre milioni di persone.

      La sentenza della CtEDU è di oltre 170 pagine e segue alcune precedenti pronunce che si sono interessate di argomenti simili, in particolare la sentenza Di Sarno e altri c. Italia (ricorso 39765/08) del 2012, v. Annuario 2013, p. 281), in cui la CtEDU aveva trattato dell’emergenza creatasi in Campania tra il 1994 e il 2009 legata alla incapacità di gestire la raccolta e lo stoccaggio dei rifiuti urbani. In quel caso, la CtEDU aveva accertato la violazione da parte dell’Italia dell’art. 8 CEDU (diritto alla vita privata e familiare), in ragione del disagio e del rischio per la salute dei residenti legato all’emergenza rifiuti. Analogo oggetto e simile esito aveva avuto anche il caso Locascia e altri c. Italia (ricorso 35648/10) deciso nel 2023. Su entrambi i casi è ancora aperta la supervisione sull’esecuzione delle sentenze da parte del Comitato dei Ministri del Consiglio d’Europa (nel 2025, una riunione in materia è prevista a marzo per esaminare il documento di aggiornamento del governo italiano. Anche rilevante è il caso Cordella e altri c. Italia (ricorso n. 54414/13 e n. 54264/15, sentenza del 24 gennaio 2019, v. Annuario 2020, p. 276), che tratta dell’inquinamento legato all’azienda ex Ilva di Taranto. La supervisione su questo e alcuni altri casi simili riguardanti l’inquinamento causato dall’Ilva è tutt’ora incorso.

      Il caso Di Sarno non aveva toccato la problematica specifica dell’inquinamento legato alle discariche abusive e al trattamento illegale dei rifiuti, ma solo le carenze dell’amministrazione pubblica nella gestione dei rifiuti urbani nella regione e in particolare nel capoluogo regionale. La sentenza Cannavacciuolo è pertanto altamente significativa perché riguarda un aspetto specifico e particolarmente grave e inquietante dell’emergenza ambientale che interessa la Campania.
      I fatti: 40 anni di traffico, interramento e incendio di rifiuti pericolosi da parte della criminalità

      La prima parte della sentenza svolge una attenta e accurata ricostruzione dei fatti che hanno portato nel corso degli anni, e in particolare a partire dal 2013, a scoprire e contrastare la complessa vicenda denominata “Terra dei fuochi”. In particolare, nel 2013 il Parlamento aveva desegretato le dichiarazioni di un “collaboratore di giustizia” che all’epoca già parlava di traffici illegali di rifiuti che venivano interrati e bruciati nell’area a partire dagli anni 1980 (del resto, la prima commissione parlamentare d’inchiesta sul fenomeno del traffico illegale di rifiuti tossici verso la Campania è stata istituita nel 1996). Nello stesso 2013, un decreto-legge introduceva misure urgenti e straordinarie a protezione della salute degli abitanti e per la decontaminazione dei terreni e delle acque della vasta area interessata dal fenomeno.

      I ricorrenti denunciano la violazione non solo dell’art. 8 CEDU, con riferimento al rischio sanitario a cui sono esposti a partire almeno dagli anni 1990, ma anche la violazione dell’art. 2 CEDU (diritto alla vita), in ragione della asserita esistenza di un nesso di causalità tra l’inquinamento dei terreni, delle acque e dell’aria e l’aumento della mortalità dovuta ad alcune patologie, comprese varie forme di tumore, riscontrato tra la popolazione dei territori interessati.
      Ammissibilità: escluse dalla causa le associazioni e i ricorsi presentati dopo il 2014

      La Corte, discutendo dell’ammissibilità dei ricorsi avanzati da vittime dirette o indirette della presunta violazione degli articoli 2 e 8 CEDU, decide di escludere dalla causa, in quanto privi dello status di vittime, alcune associazioni rappresentative di abitanti della Campania. I reclami dei ricorrenti singoli sono invece ricevibili. La CtEDU accerta infatti che non vi sono vie di ricorso disponibili nell’ordinamento italiano per ottenere da parte dello stato l’adozione di misure di prevenzione dell’inquinamento e di contenimento delle conseguenze di una contaminazione che è tutt’ora in corso. L’unico rimedio previsto dall’ordinamento italiano è un’azione di risarcimento del danno, che però non rappresenta un rimedio effettivo in situazioni come quella in oggetto. Tuttavia, sono ammissibili solo i ricorsi depositati entro i primi mesi del 2014. L’art. 35 della CEDU prevede che i ricorsi alla CtEDU siano presentati entro un termine di sei mesi (dal 2022 ridotti a quattro) che, secondo la CtEDU, decorre in questo caso dal dicembre 2013, identificato come momento a partire dal quale l’emergenza è diventata universalmente e ufficialmente nota.
      Nella Terra dei Fuochi violato il diritto alla vita dei residenti

      Venendo al merito della causa, la CtEDU, dopo aver riassunto la posizione dei ricorrenti, dello stato e di svariate terze parti che sono intervenute con proprie osservazione, essenzialmente a sostegno dei ricorrenti, si concentra sulla applicabilità dell’art. 2 CEDU. La protezione del diritto alla vita implica che lo stato prenda tutte le misure positive appropriate per intervenire nei casi in cui esista un reale e imminente rischio per la vita delle persone soggette alla sua giurisdizione, in particolare in relazione ad attività inerentemente pericolose – come il trattamento di rifiuti. Il caso in questione si riferisce a attività che hanno messo in pericolo non un limitato numero di persone in relazione a una situazione circoscritta, ma milioni di individui per decenni. E non riguarda le conseguenze pericolose di una attività regolamentata, bensì gli effetti di azioni illegali realizzate da soggetti criminali. Inoltre, lo stato non contesta le gravi conseguenze patologiche, anche mortali, dell’esposizione a diossina, metalli pesanti e altri componenti inquinanti presenti nell’ambiente del territorio in questione, limitandosi a contestarne la pertinenza in relazione a determinati ricorrenti. La CtEDU, anche alla luce del principio di precauzione, ritiene quindi che si sia in presenza di un rischio sufficientemente serio, genuino e accertabile per la vita, e che tale rischio sia imminente per chiunque risieda nei 90 comuni identificati partire dal 2013. L’art. 2 CEDU è quindi applicabile. Si tratta di vedere se l’Italia ha operato in modo adeguato per mitigare il rischio.
      Decontaminazione a rilento, sanzioni penali inadeguate, screening insufficiente, poca informazione

      L’analisi è condotta secondo molteplici direttrici. In primo luogo, la CtEDU valuta se lo stato è stato efficace nell’identificare il rischio per la salute dei cittadini. Se dal 2013 in poi azioni per la mappatura delle aree esposte al rischio e lo screening della popolazione sono state adottate, la CtEDU si dichiara sorpresa per la mancanza di iniziative in questo senso durante i circa venti anni precedenti in cui il fenomeno era stato denunciato in varie sedi sia scientifiche sia istituzionali e giudiziarie. Dal 2013 e fino ai giorni nostri, del resto, la mappatura e i test sulla terra, l’acqua e l’aria della Terra dei Fuochi è ancora parziale, e riguarda solo le aree agricole, mentre nuove discariche di rifiuti tossici continuano ad essere scoperte, come dimostrano rapporti del 2021.

      In secondo luogo, la CtEDU valuta l’effettività delle misure di contaminazione adottate a partire dal 2013. La conclusione è che sono state parziali e che in molti casi si trovano ancora alla fase preliminare.

      Un terzo profilo considerato riguarda le verifiche epidemiologiche per determinare il collegamento tra inquinamento e insorgenza di patologie letali nella popolazione. Se passi avanti sono stati fatti dal 2012 in poi, dalla documentazione che la CtEDU ha potuto esaminare emerge che fino al 2016 le ricerche sono state al di sotto dello standard di diligenza richiesto dalle circostanze.

      Lo stato avrebbe inoltre dovuto monitorare e reprimere le condotte illecite che sono alla base del fenomeno della Terra dei fuochi. Circa il monitoraggio, lo stato ha preso misure significative e efficaci, istituendo anche uno speciale “Incaricato per il fenomeno del rogo di rifiuti nella Regione Campania”, ma solo a partire dal 2012. In materia di repressione penale, la CtEDU nota che una adeguata legislazione penale per contrastare il traffico di rifiuti tossici e il loro smaltimento illecito è intervenuta solo a partire dal 2015, che ha inserito nel codice penale gli articoli da 452-bis a 452 terdecies: fino ad allora, la normativa penale italiana risultava infatti frammentata e non sufficientemente integrata nel quadro giuridico generale. Anche le informazioni fornite dallo stato su indagini e processi portati avanti per i delitti ambientali più gravi collegati alla Terra dei Fuochi (lo stato ne ha menzionati sette), non hanno evidenziato una particolare efficacia dello strumento giudiziario. Alcuni processi sono stati chiusi per prescrizione; le condanne finora ammontano a tre.

      La CtEDU, pur ribadendo il diverso quadro in cui si collocano l’emergenza rifiuti che ha interessato la Campania tra il 1994 e il 2009 e il fenomeno della Terra dei Fuochi, non esclude un legame tra le due problematiche, riconoscendo che la cattiva gestione della raccolta e smaltimento rifiuti da parte delle istituzioni può avere favorito l’inserimento della criminalità organizzata in tali procedure. D’altro canto, però, la CtEDU osserva che nemmeno sul primo fronte l’Italia può dirsi del tutto uscita dalla situazione di criticità, dal momento che la procedura di esecuzione della sentenza Di Sarno è ancora aperta e che solo nel 2019 l’Italia ha terminato il pagamento della multa di 120.000 euro al giorno comminatale dalla Corte di giustizia dell’Unione Europea (CGUE) al termine della procedura di infrazione avviata per il mancato adempimento della direttiva relativa ai rifiuti (sentenza C-297/08).

      Infine, la CtEDU considera inadeguata l’informazione fornita sul fenomeno della Terra dei Fuochi dalle autorità italiane. Anche se i dati epidemiologici e gli altri studi di tipo scientifico sono stati resi tempestivamente pubblici, è mancata una strategia adeguata per informare la popolazione su un problema tanto grave e che investiva contemporaneamente il suolo, le acque e la qualità dell’aria. Particolarmente preoccupante il fatto che la dichiarazione di un collaboratore di giustizia della camorra che denunciava la diffusione delle pratiche criminali di inquinamento ambientale fin dagli anni 1980 sia stata coperta dal segreto di stato per quindici anni.

      In conclusione, la CtEDU dichiara che il nesso tra il fenomeno della Terra dei Fuochi e la violazione o il rischio di violazione del diritto alla vita dei ricorrenti sancito dall’art. 2 CEDU si può ritenere provato e che quindi l’Italia ha violato l’art. 2 CEDU. Questa conclusione rende non necessario indagare sull’eventuale violazione anche dell’art. 8 CEDU sotto il profilo della mancata protezione del diritto alla salute e al benessere dei ricorrenti.
      Una sentenza-pilota: due anni per attuare le misure generali della Corte

      Un aspetto importante della sentenza Cannavacciuolo è legata al fatto che la CtEDU ha deciso di attribuire ad essa il carattere di sentenza pilota. La CtEDU ha infatti considerato che la durata decennale della descritta situazione di violazione dell’art. 2 CEDU che lo stato ha contrastato in modo lento e incompleto, unita alla circostanza che ci sono 72 ricorsi riguardati la stessa questione, di cui 36 coinvolgono oltre 4.700 cittadini, giustifica l’adozione di tale procedura. In conseguenza di ciò, lo stato italiano è tenuto a predisporre una strategia complessiva, da definire on collaborazione con la Regione Campania, gli enti locali e la società civile, per mappare il fenomeno e procedere alla decontaminazione dei siti a rischio. Lo stato deve inoltre istituire un meccanismo nazionale indipendente per monitorare l’avanzamento della strategia adottata e misurarne l’impatto. Infine, lo stato deve creare una piattaforma informativa accessibile e aggiornata. Queste misure generali devono essere adottate e avviate a regime entro due anni, quindi entro il 2027. Nel frattempo, tutti i ricorsi pendenti relativi alla situazione della Terra dei Fuochi restano sospesi e saranno rivisti nel 2027. Sempre nel 2027 saranno considerate, con una sentenza ulteriore, le domande di equo indennizzo presentate da alcuni dei ricorrenti.

      https://unipd-centrodirittiumani.it/it/temi/nella-terra-dei-fuochi-litalia-ha-violato-il-diritto-alla-v
      #droit_à_la_vie #CEDH

  • Cinq ans après le décès en prison de notre consœur Ebru Timtik, où en est la CEDH ?

    Cinq ans après le décès notre consœur Ebru Timtik le 27 août 2025 qui aura payé de sa vie après une grève de la faim de 238 jours sa quête inlassable pour le droit à un procès équitable en Turquie, des dizaines d’avocats membres du Progressive Lawyers Association (ÇHD) et du People’s Law Office (HHB) sont toujours poursuivis, voire définitivement condamnés et emprisonnés en Turquie, sur la base d’accusations infondées et de procédures manifestement inéquitables.

    Plusieurs missions d’observation internationales ont documenté des violations graves et systématiques des droits fondamentaux, caractérisées par l’absence d’indépendance et d’impartialité des tribunaux, des arrestations et ré-arrestations illégales, des détentions arbitraires, un recours abusif à des témoins anonymes et repentis, sous pression policière, ainsi que des entraves constantes aux droits de la défense, à l’égalité des armes et à la publicité des débats.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/03/27/turquie-la-contagion-neofasciste/#comment-68745

    #international #turquie #cedh

  • Au moins quatre morts après un naufrage en mer Égée - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/66441/au-moins-quatre-morts-apres-un-naufrage-en-mer-egee

    Au moins quatre morts après un naufrage en mer Égée
    Par La rédaction Publié le : 18/08/2025
    Un nouveau drame a eu lieu en mer Égée au large des côtes turques ce lundi. Au moins 4 personnes sont décédées suite au naufrage d’une embarcation pneumatique, ont annoncé les gardes-côtes turcs. Alertés peu après 2 heures du matin (heure locale, 23h GMT), ces derniers ont affirmé être parvenus à secourir vivants deux des passagers de l’embarcation au large de Karaburun, ville de la province côtière d’Izmir à l’ouest du pays.
    « Les corps sans vie de quatre migrants irréguliers ont été repêchés », ont indiqué les garde-côtes dans un communiqué. Des recherches étaient toujours en cours à la suite de déclarations de survivants faisant état de disparus. Aucun détail concernant le profil des décédés ou rescapés n’a été communiqué.Selon le communiqué des gardes-côtes, un hélicoptère, un drone, un navire et cinq patrouilleurs ont été mobilisés pour l’opération qui a eu lieu au large de Karaburun, à une trentaine de kilomètres des îles grecques de Lesbos et de Chios.Selon l’ONG Aegan Boat Report, « plusieurs navires commerciaux ont également été mobilisés, dont le pétrolier libérien Kriti Legende, le porte-conteneurs portugais EF Elena et le pétrolier turc T. Kilyos ».
    Les deux îles grecques sont deux des points d’entrée dans l’Union européenne en mer Égée et les naufrages sont fréquents lors de ces traversées périlleuses entre les côtes turques et les îles grecques voisines. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 130 personnes sont décédées sur la route de la Méditerranée orientale depuis le début de l’année. Cette route, énormément empruntée en 2015, a vu son intensité décroître « après la mise en œuvre de l’accord Union européenne-Turquie fin mars 2016 », précise l’OIM.
    Et depuis, le gouvernement conservateur grec n’a cessé de durcir sa politique migratoire. « Si vous souhaitez entrer illégalement en Grèce et que vous n’avez pas droit à l’asile, nous ferons tout notre possible pour vous renvoyer d’où vous venez », a déclaré le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis devant le Parlement mercredi 2 avril. « Les passeurs et les ONG qui coopèrent avec eux ne détermineront pas qui entre dans notre pays », a-t-il ajouté. Ces dernières années, les gardes-côtes grecs ont été plusieurs fois condamnés pour leur gestion des migrants aux frontières du pays, en mer Égée ou au niveau du fleuve Evros. Ils sont notamment accusés par de nombreuses organisations de pratiquer des refoulements illégaux et de faire preuve de violences envers les exilés. De leur côté, les autorités grecques ont toujours nié mener ce genre de pratiques.
    Selon un rapport réalisé par neuf organisations de défense des droits de l’Homme actives dans plusieurs pays européens et publié le 17 février, « au moins » 120 457 « pushbacks » ont été enregistrés en 2024 en Europe. La Grèce serait le deuxième pays, derrière la Bulgarie, à pratiquer ces refoulements. En 2024, 14 482 refoulements ont été enregistrés à ses frontières. De son côté, le 25 mars, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné la Grèce après le décès d’un mineur Irakien, Ameer Mokhlas, mortellement touché par le tir d’un garde-côte grec, en 2015 en mer Égée.

    #Covid-19#migrant#grece#turquie#pushback#CEDH#UE#droit#mortalite#routemigratoire#meregee

  • Les condamnations s’accumulent

    ESPÉRONS QU’ELLES DÉBOUCHERONT SUR DES SANCTIONS RÉELLES…

    La Russie a commis des violations flagrantes des droits de l’homme en Ukraine depuis 2014, selon la #CEDH

    Les exécutions extrajudiciaires, les violences sexuelles et le travail forcé font partie des accusations retenues par la Cour dans son arrêt.

    Haroon Siddique, correspondant juridique

    Mercredi 9 juillet 2025, 19h51 CEST

    La Russie a commis des violations flagrantes et sans précédent des droits de l’homme depuis son invasion de l’Ukraine en 2014, notamment des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles et du travail forcé, a conclu la Cour européenne des droits de l’homme.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/06/27/ukraine-des-civil·e·s-ont-ete-tues-lors-de-frappes-menees-sans-discernement-sur-la-ville-de-soumy-tandis-que-larmee-russe-multiplie-les-attaques-nouveaux-elements-de/#comment-67957

    #international #russie #ukraine

  • Un Tunisien menacé d’expulsion en dépit des risques de torture encourus
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/10/un-tunisien-menace-d-expulsion-en-depit-des-risques-de-torture-encourus_6620

    Un Tunisien menacé d’expulsion en dépit des risques de torture encourus
    Par Julia Pascual et Simon Roger
    C’est un cas qui interroge autant sur la nature du système judiciaire tunisien que sur les pratiques du gouvernement français. Vendredi 11 juillet, Mohamed Fahem devrait franchir les portes du centre pénitentiaire de Nanterre après avoir purgé une peine de six ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. Mais ce ressortissant tunisien de 35 ans est également passible d’une peine de cent trente-deux années d’emprisonnement en Tunisie, où il est poursuivi pour des faits de terrorisme. Le régime de Kaïs Saïed a d’ailleurs émis à son encontre une demande d’extradition, rejetée le 22 janvier par la cour d’appel de Paris.
    Malgré cela, le ministère de l’intérieur entend expulser Mohamed Fahem vendredi. Un arrêté a été pris en ce sens par la préfecture des Hauts-de-Seine, mercredi. La cour d’appel de Paris avait pourtant estimé, en suspendant son extradition, que Mohamed Fahem encourait dans son pays un « risque réel de subir des actes de torture ». Dans son arrêt de janvier, consulté par Le Monde, la justice estime par ailleurs que la « remise de Mohamed Fahem aux autorités tunisiennes lui ferait encourir un risque réel et sérieux de subir un déni de justice flagrant en l’absence de garanties suffisantes sur l’exercice effectif des droits de la défense, sur l’indépendance des magistrats du siège et sur la publicité des débats ». Elle motive sa décision sur des « éléments documentés de sources diverses et concordantes » et « l’absence de réponse satisfaisante du gouvernement tunisien au complément d’information [qui lui a été demandé] ».
    Dans son arrêté du 9 juillet, la préfecture des Hauts-de-Seine balaye ces arguments, au prétexte que si la torture « n’a pas été totalement éradiquée en Tunisie », les personnes les plus exposées seraient les « opposants politiques ». Plusieurs rapports, rédigés notamment par les organisations non gouvernementales Amnesty International et Human Rights Watch, documentent la mise au pas de l’appareil judiciaire tunisien enclenché, en 2022, par Kaïs Saïed. Le 12 février de cette année-là, le chef de l’Etat décidait de dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature et de le remplacer par un conseil provisoire, dont il a nommé une partie des membres. Le 1er juin 2022, il s’arrogeait le pouvoir de révoquer les magistrats et limogeait aussitôt 57 d’entre eux. La suspension de 49 de ces révocations, prononcée quelques semaines plus tard par le tribunal administratif de Tunis, ne sera pas suivie d’effet.
    « L’arrêt de la cour d’appel de Paris est inédit, estiment Raphaël Kempf et Romain Ruiz, les avocats de M. Fahem. La juridiction dit clairement qu’aujourd’hui, on ne peut pas être jugé sereinement en Tunisie. » « L’interdiction de la torture est un impératif absolu, poursuivent-ils. Il s’applique à tous, y compris aux personnes condamnées pour les faits les plus graves. »
    Lorsque débute le mouvement prodémocratique du printemps arabe, fin 2010 en Tunisie, M. Fahem s’est rapproché de la mouvance salafiste. Comme certains de ses membres, il est tenté par le djihad. Arrêté à plusieurs reprises par la police tunisienne, il rejoint l’organisation Etat islamique (EI) en 2014 à Rakka, en Syrie. En désaccord par la suite avec l’EI, qu’il quitte en 2015, selon le témoignage qu’il livre à un journaliste tunisien rencontré en Turquie, M. Fahem fuit en Allemagne, où il se marie à une Allemande convertie à l’islam. Il se rend ensuite en France où il est interpellé en octobre 2019. Il est condamné, le 8 décembre 2023, par le tribunal judiciaire de Paris à six ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs terroristes. Outre son appartenance à l’organisation Etat islamique en Syrie, il a participé à un trafic de faux papiers.
    Il écope d’une peine complémentaire d’interdiction définitive du territoire français, qui s’ajoute à une obligation de quitter le territoire français (OQTF). M. Fahem va être libéré de prison et la France va-t-elle l’expulser alors qu’une juridiction française a interdit son extradition ? Sollicitées, les préfectures des Hauts-de-Seine (où le Tunisien est incarcéré) et de l’Oise (qui a émis l’OQTF) n’ont pas donné suite à nos sollicitations.
    Les avocats de M. Fahem devaient contester, jeudi 10 juillet après-midi, devant le tribunal de Cergy-Pontoise, l’arrêté préfectoral pris mercredi. Me Raphaël Kempf et Me Romain Ruiz ont également saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour empêcher, dans l’urgence, l’expulsion. Jeudi, elle n’avait pas encore statué.
    Si M. Fahem était expulsé, ce ne serait pas la première fois que les autorités françaises outrepassent des décisions de justice. En 2024, un autre Tunisien, Houssem J., avait été mis dans un avion en direction de Tunis, où il avait été incarcéré à son arrivée. Pourtant, la veille de son expulsion, le tribunal administratif de Paris avait suspendu en urgence l’interdiction administrative du territoire dont il faisait l’objet, sur la base de soupçons de radicalisation islamiste.
    En 2023, un ressortissant ouzbek et un Haïtien ont aussi été expulsés alors même que des décisions de la CEDH défendaient aux autorités françaises de le faire, en raison des risques de torture encourus. A l’association La Cimade, Paul Chiron pense que des « personnes passent nécessairement en dessous des radars et d’autres décisions de justice ont été bafouées ».

    #Covid-19#migrant#migration#france#CEDH#droit#sante#politiquemigratoire#tunisie

  • Pourquoi la CEDH a condamné la France pour un contrôle d’identité au faciès
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/06/26/controle-d-identite-au-facies-pourquoi-la-cedh-a-condamne-la-france_6616029_

    Pourquoi la CEDH a condamné la France pour un contrôle d’identité au faciès
    Par Franck Johannès
    La France a été condamnée, pour la première fois, jeudi 26 juin, par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour un contrôle d’identité discriminatoire. Six Français d’origine africaine ou nord-africaine avaient saisi la haute juridiction, en 2017, pour protester contre ces contrôles au faciès. La Cour a rejeté cinq de leurs requêtes, mais a considéré que l’un d’eux, contrôlé par la police en 2011 dans le centre de Besançon, avait bien été victime d’une discrimination.« C’est une grande victoire, s’est félicité l’avocat des requérants, Slim Ben Achour, d’abord pour les victimes, ensuite pour le droit. Cette décision incite la France, mais également les pays européens, à prendre des mesures contre cette pratique particulièrement odieuse. »
    La décision est importante, mais souffre d’une réelle ambiguïté : la Cour assure, d’un côté, que « les contrôles d’identité motivés par les caractéristiques physiques, associés à une origine réelle ou supposée » sont en France bien établis, et ne peuvent certes se réduire à des « cas isolés », mais conteste qu’il s’agisse d’une pratique « systémique » ou « généralisée ». Le Conseil d’Etat avait eu une analyse comparable en 2023, au mot près : Mattias Guyomar, le président, français, de la CEDH depuis le 30 mai, a fait toute sa carrière au Conseil d’Etat.
    « C’est une décision tout à fait significative, analyse le juriste Nicolas Hervieu, l’un des meilleurs spécialistes de la juridiction, mais la Cour donne le sentiment de s’être arrêtée au milieu du gué, et d’avoir voulu ménager le gouvernement. Par ailleurs, elle est tenue d’examiner les cas un par un, par le petit bout de la lorgnette, alors que les contrôles d’identité sont massifs, et leur nombre fait sens. »
    47 millions de contrôles en 2021 Les contrôles sont « l’opération de police la plus pratiquée en France », a reconnu, en 2023, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), et ils sont « quasi systématiquement associés à la palpation de sécurité ». La Cour des comptes a estimé leur nombre à 47 millions pour l’année 2021, et il n’est pas sérieusement contestable que les contrôles au faciès soient légion. Une étude du Défenseur des droits, en 2017, a établi que « les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes » étaient contrôlés 20 fois plus que les autres.
    Les différents ministres de l’intérieur se sont toujours refusés à imposer aux policiers un récépissé à chaque contrôle – celui-ci ne donne alors lieu à aucune trace écrite, ni à aucune comptabilisation. Le gouvernement soutient qu’il n’y aurait « pas que des avantages à instaurer un mécanisme de traçabilité, qui ne permettrait pas d’éradiquer la discrimination ».
    La CEDH, dans l’arrêt Seydi et autres contre France, examine pour chaque requérant s’il est « parvenu à apporter un commencement de preuve individualisé d’avoir été traité différemment d’une personne placée dans une situation analogue », démarche complexe, qui « n’est, aux yeux de la Cour, pas impossible à effectuer ». Ainsi, pour cinq requérants, la juridiction estime que les contrôles reposaient tous sur une base légale et qu’aucun d’eux, en dépit de témoignages de leurs proches, n’apportait un « élément de comparaison » donc « ne révélait l’existence d’une différence de traitement ».
    Le cas de Karim Touil est différent. Il a été contrôlé à Besançon à trois reprises en dix jours, dont deux fois la même après-midi. « Trois agents de police, indique la Cour, auraient aligné le requérant et ses amis contre le mur en déclarant, “contrôle d’identité… fermez vos gueules”, avant de procéder à leur fouille et à leur palpation. L’un d’eux aurait dit à M. Karim Touil, “t’es trop gros, faut maigrir, va faire du sport”. La situation aurait alors dégénéré et le ton serait monté, un policier aurait giflé M. Karim Touil, ce que le gouvernement confirme dans ses observations devant la Cour. »
    Pour la CEDH, le premier contrôle a eu lieu sans base légale, le second en dehors du cadre prévu par le procureur, et le gouvernement n’a pas apporté de « justification objective et raisonnable au choix de viser M. Karim Touil ». Ont ainsi été violés l’article 14 de la Convention européenne (interdiction de la discrimination) et l’article 8 (droit au respect de la vie privée). La France est condamnée à verser 3 000 euros au requérant.
    Ce n’est cependant pas la gifle qui a emporté la conviction de la CEDH, bien qu’elle déplore ce « geste violent », ni les propos « stigmatisants et déplacés » des policiers. Mais le fait qu’il y ait eu un témoin du contrôle, un homme blanc assis à la terrasse d’un restaurant, qui ne connaissait pas les intéressés et a accepté de fournir une attestation. Les témoignages des amis ou des proches des contrôlés ne sauraient suffire.

    #Covid-19#migrant#migration#france#politiquemigratoire#integration#droit#discrimination#sante#CEDH

  • Contrôle d’identité au faciès : la #Cour_européenne_des_droits_de_l'homme condamne la France

    La Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à #Karim_Touil jeudi et condamné la France pour un contrôle d’identité discriminatoire. L’homme avait été contrôlé trois fois en dix jours en 2011.

    La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la France pour un contrôle d’identité discriminatoire jeudi 26 juin, mais donné tort à cinq autres Français qui dénonçaient des contrôles au faciès.

    Le requérant qui a obtenu gain de cause, Karim Touil, avait subi trois contrôles d’identité en l’espace de dix jours en 2011. Dans son arrêt rendu jeudi, la Cour relève qu’il n’a pas été apporté de « justification objective et raisonnable » de viser Karim Touil pour aucun des trois contrôles.

    Tout en se disant « bien consciente des difficultés pour les agents de police de décider, très rapidement et sans nécessairement disposer d’instructions internes claires, s’ils sont confrontés à une menace pour l’ordre ou la sécurité publics », la cour conclut qu’il existe dans le cas de Karim Touil, « une présomption de traitement discriminatoire à son égard et que le gouvernement n’est pas parvenu à la réfuter ».

    La France est par conséquent condamnée pour violation de l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme, relative à l’interdiction de la discrimination, combiné avec l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale).

    L’État doit verser 3 000 euros à Karim Touil pour dommage moral.
    Empêcher les contrôles discriminatoires

    En revanche, la cour a jugé que les contrôles subis par les cinq autres requérants n’ont pas été effectués pour des motifs discriminatoires. Elle ne relève pas l’existence de défaillance structurelle en la matière.

    C’est l’épilogue d’un long combat judiciaire pour ces six Français, d’origine africaine ou nord-africaine et résidant à Roubaix, Marseille, Vaulx-en-Velin, Saint-Ouen et Besançon. Tous dénonçaient des « contrôles au faciès », subis en 2011 et 2012.

    Après avoir perdu devant la justice française, ils ont saisi en 2017 la CEDH, qui veille au respect de la Convention européenne des droits de l’homme dans les 46 États qui l’ont ratifiée.

    Ils demandaient à la cour de condamner la France pour discrimination, violation de leur vie privée et de leur liberté de circulation.

    Ils souhaitaient aussi contraindre les autorités françaises à mettre en place des mesures pour empêcher les contrôles discriminatoires et garantir une traçabilité de ces contrôles, avec la remise d’un récépissé lors de chaque contrôle d’identité, par exemple.

    Ces six requérants font partie d’un groupe de 13 hommes qui s’étaient lancés dans un combat judiciaire, dénonçant des contrôles injustifiés, parfois associés à des palpations, des insultes ou du tutoiement.

    Après avoir perdu en première instance en 2013, les plaignants avaient fait appel et en 2015, la cour d’appel de Paris avait donné raison à cinq d’entre eux, condamnant l’État à verser 1 500 euros de dommages et intérêts à chacun.

    En 2016, la Cour de cassation avait définitivement condamné l’État dans trois dossiers, une première historique.

    Six hommes qui n’avaient pas obtenu gain de cause avaient décidé de porter l’affaire devant la CEDH.

    >> À lire aussi : Contrôle au faciès : que font les autres pays pour y mettre fin ?
    Augmentation des contrôles

    La proportion de personnes ayant fait l’objet d’un contrôle d’identité a fortement augmenté entre 2016 et 2024, selon une enquête du Défenseur des droits (DDD) dévoilée mardi, pour laquelle 5 030 personnes ont été interrogées.

    En 2024, 26 % des personnes interrogées ont déclaré avoir été contrôlées par la police ou la gendarmerie au moins une fois au cours des cinq dernières années, contre 16 % en 2016.

    Les hommes jeunes et perçus comme arabes, noirs ou maghrébins ont quatre fois plus de risques de faire l’objet d’au moins un contrôle d’identité que le reste de la population et 12 fois plus de risques d’avoir un contrôle poussé (fouille, palpation, ordre de partir), révèle cette enquête.

    Plus d’une personne sur deux (52 %) déclare ne pas avoir reçu de justification du contrôle et 19 % des personnes contrôlées évoquent des comportements inappropriés de la part des forces de l’ordre lors du contrôle (tutoiements, insultes, provocations, brutalité).

    Au regard de ces résultats, la Défenseure des droits Claire Hédon a émis plusieurs recommandations, dont la traçabilité des contrôles d’identité afin de garantir aux personnes contrôlées la possibilité d’exercer un recours, notamment en cas d’allégation de discrimination.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/65400/controle-didentite-au-facies--la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-
    #contrôles_au_faciès #France #condamnation #justice #CEDH #contrôles_d'identité #discrimination #statistiques #chiffres

  • La Hongrie, une nouvelle fois condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/65351/la-hongrie-une-nouvelle-fois-condamnee-par-la-cour-europeenne-des-droi

    La Hongrie, une nouvelle fois condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme
    Par La rédaction Publié le : 24/06/2025
    La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné mardi la Hongrie pour avoir expulsé trois exilés afghans et syrien en 2021 et 2022. Budapest a été épinglée à de nombreuses reprises par la justice européenne pour sa politique anti-migrants.
    Nouvelle condamnation de la Hongrie par la justice européenne. Mardi 24 juin, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné la Hongrie, qui malgré des décisions de justice préalables, continue de mettre en œuvre des procédures d’expulsions collectives de migrants.Trois jeunes requérants, deux Afghans et un Syrien, avaient saisi la CEDH après avoir été expulsés de Hongrie en 2021 et 2022 vers la Serbie voisine.
    L’un d’eux était un étudiant dont le permis de séjour avait expiré. Les deux autres étaient entrés clandestinement dans le pays et avaient été victimes d’un grave accident de la route. Le plus jeune, âgé de 16 ans à l’époque, avait passé deux mois à l’hôpital, on lui avait retiré la rate et un rein. Le second était resté six jours dans le coma. Malgré leur état de santé fragile, quelques heures après leur sortie de l’hôpital, ils étaient conduits à la frontière.
    « Des policiers transportèrent [le plus jeune] - pieds nus et sans ses effets personnels - jusqu’à la clôture marquant la frontière entre la Serbie et la Hongrie, bien qu’il leur eût apparemment dit qu’il (...) demandait l’asile. Tout comme une dizaine d’hommes arabophones, il reçut l’ordre de gagner la sortie de la zone de transit et d’entrer sur le territoire de la Serbie, ce qu’il fit », raconte la CEDH.Les deux autres ont été conduits de la même manière à la clôture marquant la frontière et ont été contraints d’entrer à pied en Serbie.
    « La Cour relève que l’application du mécanisme d’expulsion d’office l’a conduite à conclure à une violation [de la convention européenne des droits de l’Homme] dans un certain nombre d’affaires dirigées contre la Hongrie, et que ce mécanisme a été jugé contraire au droit de l’Union européenne par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Malgré cela, l’État défendeur a maintenu ce mécanisme en place et les autorités en ont fait application pour expulser les requérants en l’espèce », note la CEDH.
    « La Cour souligne qu’il est urgent que les autorités hongroises prennent des mesures immédiates et appropriées pour prévenir de nouveaux cas d’expulsions collectives et pour garantir un accès réel et effectif à la procédure de protection internationale pour les personnes demandant le bénéfice d’une telle protection », ajoute l’instance basée à Strasbourg.
    Sous l’égide de Viktor Orban, la Hongrie a opté pour une ligne dure envers l’immigration illégale. Depuis des années, le dirigeant nationaliste est dans le viseur des institutions européennes. Il s’oppose à l’arrivée de migrants extra-européens et dit vouloir « défendre » une Europe « chrétienne ». Depuis l’afflux migratoire de 2015, il a bâti des clôtures aux frontières hongroises et restreint le dépôt des demandes d’asile aux ambassades à l’étranger.Sa politique lui a valu plusieurs condamnations de la justice de l’UE. La dernière remonte à juin 2024, lorsque Budapest a été condamnée par la CJUE à payer une amende record de 200 millions d’euros, ainsi qu’une astreinte d’un million d’euros par jour, pour non-respect du droit de l’UE en matière d’asile.
    En mai dernier, la Commission européenne a saisi la CJUE contre la Hongrie pour non-respect des lois de l’UE en matière migratoire. En 2023, le gouvernement dirigé par le nationaliste Viktor Orban avait adopté un décret prévoyant la remise en liberté de milliers de passeurs. Une mesure qui « porte atteinte à l’objectif de lutter efficacement contre le trafic de migrants », selon Bruxelles.
    Pour s’y opposer, Bruxelles avait entamé en juillet 2023 une procédure d’infraction contre la Hongrie et lui avait adressé une lettre de mise en demeure. Budapest, qui avait deux mois pour y répondre, n’a jamais daigné se conformer au droit de l’UE.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#hongrie#politiquemigratoire#CEDH#droit#sante#expulsion#frontiere

  • La Belgique renforce les contrôles policiers sur son territoire pour lutter contre l’immigration irrégulière - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/65274/la-belgique-renforce-les-controles-policiers-sur-son-territoire-pour-l

    La Belgique renforce les contrôles policiers sur son territoire pour lutter contre l’immigration irrégulière
    Par Clémence Cluzel Publié le : 20/06/2025
    Les autorités belges ont annoncé jeudi renforcer dès cet été les contrôles policiers sur son territoire. Il ne s’agit pas de contrôles aux frontières, mais en interne, qui se concentreront sur les axes routiers, dans les trains et les bus du pays. Ces opérations visent à vérifier les titres de séjour et cartes d’identité des personnes, et de renvoyer les exilés en situation irrégulière hors de Belgique.
    La Belgique va renforcer dès cet été les contrôles policiers sur son territoire dans le cadre de la lutte contre l’immigration irrégulière, ont annoncé jeudi 19 juin le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin et la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sur la chaine flamande VTM.
    Il ne s’agit pas de contrôles aux frontières, mais en interne. Ils auront lieu sur les axes routiers principaux et au niveau des aires d’autoroutes très fréquentées. Ils seront également effectués à bord des lignes de bus internationales, particulièrement la ligne La Panne-Dunkerque, ainsi que dans certains trains, notamment au niveau de la gare de Bruxelles-Midi. Les arrivées de vols intérieurs à l’espace Schengen considérés comme étant des pays soumis à une forte pression migratoire, comme l’Italie et la Grèce, seront également concernés.
    Concrètement, les policiers vont vérifier les titres de séjour et cartes d’identité des personnes. Le but de ces opérations est d’identifier les personnes sans papiers ou celles ayant déjà demandé l’asile dans un autre pays européen, et de les renvoyer du sol belge. Elles visent aussi à renforcer la lutte contre la criminalité organisée (trafic de drogue et traite des êtres humains), assurent les autorités.
    « Nous assumons nos responsabilités en effectuant des contrôles stricts et ciblés aux carrefours stratégiques. Nous luttons ainsi contre les flux migratoires clandestins et empêchons le déplacement de la pression migratoire vers la Belgique, tout en luttant plus efficacement contre la criminalité afin de renforcer la sécurité sur notre territoire », a déclaré le ministre Quintin.
    Ces actions seront menées grâce à une étroite collaboration entre les services de la police fédérale, la police locale et l’Office des étrangers, un service du ministère qui statue sur les dossiers des demandes d’asile. Ce rapprochement entre ces différentes structures est vivement critiqué par les ONG des droits humains, pour qui cela traduit une criminalisation des étrangers, y compris les demandeurs d’une protection internationale.
    La ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, avait réaffirmé quelques semaines plus tôt sa volonté de mettre en place « la politique migratoire la plus stricte que la Belgique ait connu », comme le rapportait le média La Libre Belgique. « La pression sur la société est trop forte. L’afflux doit diminuer », a-t-elle défendu, soulignant des flux migratoires en constante évolution ces dernières années. Quelques 39 000 demandes d’asile ont été déposées en 2024, soit une hausse de 12% par rapport à l’année précédente, qui, comme 2022, avait connu une baisse significative. La ministre a affirmé que la Belgique entend désormais renforcer sa fermeté à l’égard de l’immigration irrégulière et des demandes d’asile introduites successivement dans plusieurs pays européens, une pratique qu’elle qualifie de « shopping de l’asile ».
    Depuis sa prise de fonction en février dernier, le gouvernement nationaliste flamand de Bart de Wever a multiplié l’adoption de mesures répressives afin de lutter contre l’immigration illégale. Limitation du regroupement familial, restriction de l’accès à la citoyenneté belge, politique de renvoi des personnes déboutées dans leur demande de protection, suppression de structures d’accueil des migrants y compris des centres pour les mineurs étrangers non accompagnés (MNA), exclusion des hommes seuls des centres d’accueil, ou encore réduction de l’accès des réfugiés aux aides sociales... sont autant de restrictions et limitations rentrées en application ces derniers mois.
    Dans le même temps, une coupe drastique est prévue prochainement dans le budget alloué à la politique de l’asile.Ce durcissement de politique contre les migrants s’observe également dans les pays voisins, confrontés eux aussi à une montée des partis nationalistes et d’extrême-droite. L’Allemagne a ainsi rétabli le contrôle à ses frontières à l’été 2024, suivi par les Pays-Bas en novembre 2024. Le même mois, la France a instauré des contrôles temporaires, prolongés jusqu’au 31 octobre 2025, avec six de ces pays voisins (Luxembourg, Belgique, Italie, Espagne, Suisse, Allemagne). « Les gens qui se déplacent d’un pays à l’autre, c’est une réalité. Prétendre que l’on peut y mettre un terme grâce à des contrôles aux frontières, surtout entre les pays européens où la libre circulation est possible, est totalement absurde », a réagi le député fédéral écologiste Matti Vandemaele, cité par La Libre Belgique. « Les frontières belges font 1 445 kilomètres de long. Que veut faire la ministre ? Installer un poste de garde tous les dix mètres ? » interroge-t-il.
    Depuis 2021, la crise de l’accueil des migrants en Belgique continue de s’enliser. Les centres d’accueil sont engorgés faute de places suffisantes et les longs délais d’attente pour le traitement des demandes d’asile (plus d’un an en moyenne) exacerbent plus encore la situation. Fin 2024, environ 3 000 demandeurs d’asile, majoritairement des hommes, étaient en attente d’une place d’hébergement dans le réseau d’accueil national (Fedasil). Le délai moyen pour un homme seul est d’environ six mois avant d’obtenir une place dans l’un de ces centres. En attendant, les migrants survivent à la rue ou dans des squats, dans des conditions indignes.
    La Belgique a plusieurs fois été épinglée, dont en septembre dernier, par le Conseil de l’Europe pour son non-accueil des demandeurs d’asile. Les autorités belges ont ainsi été sommées d’augmenter la capacité de son réseau d’accueil, qui ne respecte pas les décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Mais malgré les rappels à l’ordre, le gouvernement belge persiste dans sa volonté de réduire la capacité d’accueil des migrants dans les centres dédiés à cet effet. Pour la ministre de l’Asile et de la Migration, la baisse combinée du nombre d’arrivées de migrants et la hausse des retours des personnes en situation irrégulière dans leur pays d’origine ou dans des pays tiers permettent de justifier cette réduction du nombre de places disponibles dans les centres d’accueil en Belgique.

    #Covid-19#migrant#migration#belgique#UE#allemagne#CEDH#asile#droit#sante#politiquemigratoire#paysbas#frontiere

  • #Droit_de_l’environnement : entre espoirs et reculs

    Alors que le débat autour de l’autorisation du chantier de l’A69 bat son plein, des chercheuses expliquent en quoi le droit de l’environnement motive de plus en plus d’actions citoyennes en justice et comment il peut constituer l’une des réponses à l’urgence écologique.

    L’A69 verra-t-elle le jour ? On ne sait pas encore comment se terminera ce feuilleton juridico-politique autour du projet d’autoroute de 50 km destiné à relier Toulouse à Castres. Il illustre en tout cas la difficulté du droit de l’environnement, pourtant en plein essor, à s’imposer.

    Le 27 février 2025, sept ans après la déclaration d’utilité publique, le tribunal administratif de Toulouse (à la demande des associations de défense de l’environnement qui dénonçaient la destruction illégale de 169 espèces protégées animales et végétales) a ordonné l’arrêt immédiat des travaux de l’A691. Le tribunal a jugé infondée « la raison impérative d’intérêt public majeur » ayant motivé une autorisation préfectorale de déroger au droit de l’environnement, alors même que le juge des référés avait à plusieurs reprises rejeté la demande de suspension des travaux en cours.

    Saluée comme « historique » par les défenseurs de l’environnement, la victoire des opposants à l’A69 devait marquer un tournant. Mais, le 24 mars, le ministre en charge des Transports, Philippe Tabarot, soutenu par une large partie des élus des départements concernés, faisait appel de la décision. Et, le 3 juin, la cour administrative de Toulouse autorisait la reprise du chantier2… en attendant que le Conseil d’État donne son avis, en 2026 !

    Sans se soucier de ce calendrier judiciaire, une proposition de loi dite « de validation3 » a été déposée à l’initiative de Jean Terlier, député Ensemble pour la République du Tarn, qui reviendrait à légaliser de fait cette autoroute…

    Le débat autour de l’A69 est un exemple parmi d’autres. Car il ne se passe plus un mois sans qu’un nouveau contentieux en justice lié à la dégradation accélérée de l’environnement ne surgisse dans l’actualité – internationale ou locale.
    L’espoir d’une jurisprudence

    En mars 2025 encore, tandis que les associations Bloom et Foodwatch assignaient le groupe Carrefour devant le tribunal de Paris pour « manquement au devoir de vigilance » dans sa filière thonière4, s’est ouvert en Allemagne le procès intenté par un agriculteur péruvien, soutenu par l’ONG Germanwatch, à l’un des plus gros producteurs d’énergie du pays, RWE. Le conglomérat, pourtant, n’opère pas au Pérou. Mais il compte parmi les plus gros émetteurs européens de gaz à effet de serre (GES). Saúl Luciano Lliuya lui réclame 17 000 €, soit 0,47 % (la contribution de RWE aux émissions mondiales de GES) du coût des aménagements nécessaires pour préserver sa maison, et des dizaines de milliers d’euros en plus pour les conséquences de la fonte des glaciers andins.

    Au bout de 10 ans et après enquête sur place, un tribunal allemand a certes rejeté la demande du paysan péruvien, mais, dans le même temps, a reconnu la responsabilité civile des entreprises pour des dommages climatiques résultant de leurs émissions passées de gaz à effet de serre, quel que soit le lieu de leur survenance. Les émetteurs de GES pourraient être obligés de prendre des mesures pour prévenir les dégradations et, en cas de refus, être condamnés à les réparer proportionnellement à leur part dans les émissions.

    Cette décision fera sans doute jurisprudence, ouvrant la voie à cette justice climatique mondiale que les ONG et les pays du Sud réclament aux entreprises, mais aussi aux États les plus riches et les plus polluants.
    De la marginalité à la maturité

    Discipline en plein essor que les jeunes générations sont de plus en plus nombreuses à vouloir étudier, le droit de l’environnement, seul, s’est jusqu’à présent révélé assez impuissant à enrayer la dégradation accélérée de la nature. Même s’il se diffuse au sein d’autres branches du droit (tel le droit commercial), il doit composer avec les intérêts protégés par ces dernières, dont les activités sont largement susceptibles de porter atteinte à l’environnement.

    Chercheuse en droit international de l’environnement et du climat, Marion Lemoine-Schonne5 reconnaît que son efficacité demeure donc en deçà des urgences. Elle ne l’estime pas moins fondamental : « D’abord, sans le droit international de l’environnement, la situation serait encore pire. Il joue un rôle référentiel et incitatif très important pour les décideurs. Ensuite, la force du droit, c’est de dire ce qui doit être. Quand bien même il est insuffisamment respecté, cela ne grève en rien son effet levier sur les plans sociopolitiques. » Selon elle, la multiplication des contentieux, de plus en plus souvent tranchés en faveur des défenseurs de la nature, fait fonction d’« accélérateur » d’un droit de l’environnement passé depuis les années 1980 « de la marginalité à la maturité ».

    Comme la chercheuse l’a résumé dans un livre collectif6, les premiers textes destinés à protéger la santé humaine des effets de la pollution sont adoptés au XIXe siècle. Le droit de l’environnement se construit d’abord à l’échelle internationale, avec les premières conventions multinationales de protection de grands espaces naturels, dans les années 1930, puis les accords multilatéraux cherchant deux décennies plus tard à prévenir les ravages dus à l’intensification de l’activité industrielle.

    En 1972, la déclaration onusienne de Stockholm7 fait de l’environnement une priorité mondiale indissociable des droits humains, à penser en articulation avec le développement économique et le bien-être des populations. Elle pose ainsi les fondations du droit de l’environnement. Vingt ans plus tard, lors du sommet de Rio, en 1992, la prise de conscience des changements globaux qui menacent directement la survie de l’humanité débouche sur trois conventions-cadres8 majeures concernant les changements climatiques, la désertification et la biodiversité.
    Obliger les États à coopérer

    « Depuis, précise Marion Lemoine-Schonne, le droit de l’environnement se construit tous azimuts, en lien étroit avec les évolutions des connaissances scientifiques. Nous savons que les processus de dégradation sont profondément connectés et interdépendants (climat, biodiversité, océans, pollution chimique, etc.) et qu’il est vain de lutter en silo contre les sources de pollution. Au nombre de neuf, les ”limites planétaires“ à ne pas dépasser sans compromettre gravement la stabilité de la biosphère9 sont désormais intégrées dans le droit de l’environnement. Les États sont obligés de les prendre en compte. Et cela permet à un nombre croissant de citoyens de saisir la justice sur une grande diversité de sujets. »

    En outre, le débat sur la reconnaissance de certains droits aux éléments naturels (rivières, forêts ou sols) a vu émerger dans un petit nombre de pays un véritable droit de la nature, qui reste marginal, mais n’en influence pas moins tout le champ juridique.
    La justice européenne à l’œuvre

    Une vitalité attestée aussi par Alexandra Langlais10 et Magali Dreyfus11, chercheuses au CNRS, spécialistes respectivement des droits européen et français. Ces derniers temps, à l’échelle de l’Europe, précise Alexandra Langlais, c’est plutôt devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) que ces plaintes citoyennes sont déposées, au nom notamment du « droit à la vie ». Ont ainsi eu gain de cause, en janvier 2025, des habitants des environs de Naples qui dénonçaient l’inaction de l’État italien face à la multiplication des cancers causés par les dépôts mafieux de déchets toxiques, et qui avaient été déboutés par toutes les juridictions de leur pays12.

    Alexandra Langlais cite également une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui a pris de court différents États membres, dont la France, en annulant une dérogation qu’ils tenaient pour acquise autorisant l’usage en plein champ de produits néonicotinoïdes. « Alors que la Commission avait elle-même laissé passer ces manquements répétés à son propre règlement d’exécution, la décision de la CJUE est venue rappeler que le droit européen prime sur celui des États membres », commente la juriste.

    En France aussi, la réglementation environnementale, largement issue du droit européen, n’a cessé de s’étoffer pour pénétrer d’autres branches du droit, et notamment celui de l’aménagement et de l’urbanisme. « Les acteurs publics ou privés ne peuvent plus ignorer son existence, précise Magali Dreyfus. Tenter de passer outre comporte un réel risque financier, comme l’atteste la réaction des acteurs économiques à la suite de l’arrêt du chantier de l’A69. De même, quand le Conseil d’État ou une autre juridiction rend un arrêt, le gouvernement doit s’y conformer. Mais le rapport de force global continue de favoriser l’économie au détriment de l’environnement. D’autant plus qu’aller en justice exige des ressources importantes. »
    Le contre-pouvoir des juges

    Les actions en justice intentées contre des États ou de grands groupes privés en raison de l’insuffisance de leur effort contre le changement climatique dans le respect de l’Accord de Paris sont en constante augmentation. Et sont les plus emblématiques de l’évolution du droit de l’environnement, estiment les trois chercheuses. On ne compte plus le nombre de contentieux devant des juridictions nationales ou internationales.

    Par exemple, en France, à la suite d’une requête de la commune de Grande-Synthe (Nord), le Conseil d’État (la plus haute juridiction administrative) a enjoint en 2024 au gouvernement de prendre toutes les mesures permettant d’atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre13. En 2021, L’Affaire du siècle, une coalition d’ONG14, voit reconnaître la « responsabilité pour carence fautive de l’État français du fait du non-respect de la trajectoire de lutte contre le changement climatique qu’il s’était fixé »15. Considérant que la condamnation n’a pas été exécutée, elle relance même une action fin 2024.

    Autre jurisprudence, celle rendue par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) à la suite d’une plainte de l’association suisse Aînées pour la protection du climat. Parce que les conséquences du réchauffement touchent davantage les personnes âgées, en particulier les femmes, la requête introduite porte sur le fait que la Suisse ne remplit pas son devoir de protection qui découle du « droit à la vie » et du « droit au respect de la vie privée et familiale ». En avril 2024, la CEDH a reconnu la responsabilité particulière de la Suisse dans l’aggravation du préjudice causé aux membres de cette association en matière de droits humains et a rappelé le « droit à un environnement sain »16.
    « On ouvre des brèches »

    « Parfois, on perd pour des questions de procédure, mais le fait que le procès ait lieu constitue déjà une forme de victoire, commente Alexandra Langlais. Notamment parce qu’on ouvre des brèches pour ceux qui suivront, et qui connaîtront les failles à éviter, les ouvertures possibles. »

    Dans un récent rapport17, le Grantham Institute on Climate Change and the Environment, à Londres, qui recense plus de 200 contentieux climatiques à travers le monde pour la seule année 2023, prévoyait que les « grands-mères suisses » ouvriraient la voie à de nouveaux litiges. Avec raison, puisqu’en avril 2025, 14 citoyens français, soutenus par 3 ONG, ont demandé à l’État français de renforcer sa politique d’adaptation au changement climatique.

    « En estimant que l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme s’applique au climat et que les citoyens sont donc en droit d’agir en justice, les juges européens ont franchi un pas très important, analyse Marion Lemoine-Schonne. Très attendu, l’avis que la Cour interaméricaine des droits de l’Homme, saisie par la Colombie pour statuer sur l’effet irréversible et systémique du changement climatique quant au devenir de l’espèce humaine comme espèce vivant parmi les autres espèces, peut aussi à l’avenir influencer fortement le droit. »
    Dialogue entre juges

    Surtout, rappelle Marion Lemoine-Schonne, la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye doit rendre courant 2025 un avis consultatif précisant le contenu des obligations juridiques internationales étatiques en matière de protection climatique et les sanctions que peuvent encourir les États.

    De façon générale, conclut-elle, « on constate un dialogue entre juges des différents pays, mais aussi une influence certaine entre les juges internationaux, européens et nationaux, notamment parce qu’ils se fondent tous sur les mêmes documents scientifiques, comme les rapports du Giec et l’Accord de Paris. Les États-Unis ont été les premiers à montrer le recours démocratique qu’offrait le recours en justice. Aujourd’hui, les juges européens sont devenus des contre-pouvoirs prépondérants pour rappeler les États à leurs obligations. Le droit international garde une portée limitée, puisqu’il est négocié et mis en œuvre par les États eux-mêmes – et donc conditionné à leur volonté. Le contexte politique américain, entre autres, constitue un cas d’école en termes de dérégulation climatique. »

    Magali Dreyfus, elle, pointe une autre limite : « Toute victoire arrive toujours un peu trop tard, puisque le mal est déjà fait. L’A69 constitue un cas exemplaire, la décision étant intervenue alors que les destructions d’habitats, d’arbres et de terres agricoles étaient déjà accomplies, et les GES pour la construction, émis. »
    Les États-Unis se retirent à nouveau de l’Accord de Paris

    Comme promis, le président Trump a engagé pour la deuxième fois le retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat, conclu en 2015. Peu après, Lee Zeldin, représentant de New York climatosceptique nommé à la tête de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA), annonçait l’abrogation imminente des « entraves » limitant la croissance économique, à commencer par des mesures destinées à réduire drastiquement les émissions de CO2.

    Il est néanmoins trop tôt pour préjuger des conséquences à long terme des coups de force et intimidations de la nouvelle administration, estime Marion Lemoine-Schonne, car « l’édifice du droit du climat, qui avait déjà bien résisté au premier retrait américain de l’Accord de Paris, n’a cessé de se solidifier depuis ».

    Ce nouveau retrait entraîne par exemple l’arrêt de toutes les subventions états-uniennes aux instances des Nations unies œuvrant pour l’environnement – soit un quart de budget en moins pour le climat, concède la chercheuse. « Mais il n’y aura pas forcément d’effet d’entraînement sur les autres États. L’Accord de Paris, qu’on dénonçait comme peu contraignant, a tenu bon autour d’une logique de progressivité des engagements. On peut imaginer que les tensions géopolitiques actuelles conduisent certains États, comme les grands pays émergents que sont la Chine, l’Inde, le Brésil ou le Mexique, à réaffirmer leurs engagements climatiques pour renforcer leur position dans d’autres enceintes diplomatiques. »
    « Vents politiques contraires »

    Certes, l’objectif le plus ambitieux de l’Accord, celui de maintenir l’augmentation globale de la température terrestre au-dessous de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, a d’ores et déjà été dépassé. Mais, affirme la chercheuse, la « « flexibilité » du texte lui permet pour l’instant de résister aux chocs. Reste que des « vents politiques contraires » soufflent aussi en Europe. Et, comme ses consœurs, Marion Lemoine-Schonne reconnaît que « la menace de détricoter ce que l’on pouvait croire acquis n’a jamais été aussi forte ».

    Ce « détricotage » a largement débuté pour le Pacte vert européen, le plan présenté en 2019 par la Commission européenne pour décarboner l’économie de l’Union européenne d’ici à 2050, déplore Alexandra Langlais : « Il s’agissait d’une avancée extraordinaire. Outre cette promesse de neutralité carbone, le plan englobait les enjeux de pollution et de biodiversité, dans une perspective de transition équitable qui devait se traduire rapidement dans des textes juridiques. Et c’est là que ça a déraillé. »

    Par exemple, détaille-t-elle, un projet de règlement européen sur l’utilisation durable des pesticides est devenu encore moins contraignant que la directive européenne préexistante. Les députés qui le soutenaient ont dû ainsi se résigner à voter contre, fin 2023. « Quant au règlement européen censé mettre en place un système d’alimentation durable, il n’a même pas vu le jour… »
    Reculs en série sur la Politique agricole commune

    Cet affaiblissement du Pacte vert, conséquence aussi de la colère des agriculteurs qui a secoué l’Europe entre 2022 et 2024, inverse une tendance de fond, poursuit la chercheuse : « Depuis que la Politique agricole commune (Pac) a été adoptée, en 1962, cette politique s’est construite en prenant de plus en plus en compte la nécessité de préserver l’environnement. C’est la première fois qu’elle recule, et c’est complètement fou quand on connaît le prix à payer – y compris pour le secteur agricole – si l’on n’agit pas. »

    En France, le principe de non-régression, introduit dans le Code de l’environnement par la loi Biodiversité de 2016, interdit théoriquement tout retour en arrière, précise Magali Dreyfus. Mais elle rappelle que le modèle d’agriculture intensive continue de faire obstacle à tout progrès décisif en la matière : « Alors que les agriculteurs sont les premières victimes de ce système, et qu’en changer représente un défi immense, le syndicat majoritaire, sous couvert d’un besoin de simplification, continue de désigner le droit de l’environnement comme la source de leurs problèmes. Il y a là quelque chose d’irrationnel. »
    Glyphosate : nouvelle action en justice

    Emblématique de ces tensions, l’autorisation du glyphosate (herbicide reconnu comme « cancérogène probable », dont Emmanuel Macron s’était engagé en 2017 à proscrire l’usage « au plus tard dans trois ans ») a été renouvelée pour 10 ans, fin 2023, par la Commission européenne, à l’issue d’un vote crucial des Vingt-Sept lors duquel la France a choisi de s’abstenir.

    La justice viendra-t-elle une fois encore au secours de ceux qui dénoncent les ravages du glyphosate sur l’environnement ? Fin 2024, plusieurs associations ont déposé une plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre ce renouvellement.

    La recrudescence des actions en justice est proportionnelle à la montée des « vents contraires ». Raison de plus pour travailler à renforcer le droit de l’environnement à toutes les échelles. « Il reste absolument indispensable, a fortiori aujourd’hui, à l’heure où une désinformation croissante travaille à brouiller la prise en compte des connaissances scientifiques sur les enjeux de transition socio-écologique et climatique, conclut Marion Lemoine. La gravité des changements à l’œuvre, dont nous avons maintenant toutes les preuves scientifiques, ainsi que le coût de l’inaction nous obligent à nous emparer de tous les moyens juridiques disponibles pour conserver les acquis du droit de l’environnement et continuer à le protéger, pour la santé et le bien-être humain des générations actuelles et futures. »

    https://lejournal.cnrs.fr/articles/droit-de-lenvironnement-entre-espoirs-et-reculs

    #environnement #justice #A69 #France #jurisprudence #Saúl_Luciano_Lliuya #Allemagne #Cour_européenne_des_droits_de_l’Homme (#CEDH) #droit_à_la_vie #Cour_de_justice_de_l’Union_européenne (#CJUE) #aménagement #urbanisme #contre-pouvoir #Accord_de_Paris #climat #changement_climatique #pollution
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    • Un monde commun. Les savoirs des sciences humaines et sociales

      Philosophie, sociologie, anthropologie, études littéraires, linguistique, histoire, géographie, psychologie, musicologie, esthétique, histoire de l’art, économie, sciences politiques, droit, archéologie… : les disciplines couvertes par les #sciences_humaines_et_sociales sont vastes et variées. À toutes incombent d’analyser, comprendre, décrire le monde et la façon dont les hommes, les femmes et plus largement le vivant l’ont habité, l’habitent et l’habiteront. Toutes partagent une réflexion sur un sujet rendu majeur par la crise environnementale, les bouleversements numériques, les inégalités sociales et les conflits : comment faire « #monde_commun », pour reprendre la formule de Hannah Arendt ?

      L’ouvrage propose une centaine de contributions portant sur des questions contemporaines, qui font écho aux objectifs de développement durable identifiés par l’Organisation des Nations unies (la réduction de la pauvreté, des inégalités éducatives, la protection de la planète, etc.) et explorent la manière dont la recherche actuelle en sciences humaines et sociales y répond. Méthodes, hypothèses et théorisations, mesures et approches ethnographiques, analyses et exégèses constituent autant d’outils permettant aux lecteurs de penser, d’habiter, de réparer ou de transformer nos univers communs.
      Un ouvrage richement illustré qui incarne une communauté de recherche dans toute sa diversité.

      https://www.cnrseditions.fr/catalogue/sciences-politiques-et-sociologie/un-monde-commun
      #livre

  • Deux ans après le naufrage de Pylos, dix-sept gardes-côtes grecs poursuivis pour la mort de dizaines de migrants
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/26/deux-ans-apres-le-naufrage-de-pylos-dix-sept-garde-cotes-grecs-poursuivis-po

    Deux ans après le naufrage de Pylos, dix-sept gardes-côtes grecs poursuivis pour la mort de dizaines de migrants
    Par Isabelle Karaiskos (Athènes, correspondance)
    Près de deux ans après l’un des naufrages les plus meurtriers d’embarcations de migrants en Méditerranée, survenu au large de la ville grecque de Pylos, le parquet du tribunal maritime du Pirée a décidé d’engager des poursuites pénales contre 17 officiers des gardes-côtes, ont annoncé, vendredi 23 mai, les avocats de survivants. Parmi les accusés figurent plusieurs officiers supérieurs, dont l’ancien chef des gardes-côtes helléniques.
    Les chefs d’accusation retenus par le procureur et publiés par les avocats de victimes constituent des crimes graves. Le capitaine du patrouilleur en intervention durant le sauvetage est notamment accusé d’avoir « provoqué un naufrage (…) ayant entraîné la mort (…) d’au moins 82 personnes [le nombre de corps retrouvés] », ainsi que de non-assistance à personne en danger. L’ensemble des accusés, le chef des gardes-côtes d’alors et d’autres officiers supérieurs sont accusés d’avoir « exposé des personnes [au danger], malgré [l’]obligation légale de les secourir, les laissant en situation de détresse, avec pour conséquence la mort d’au moins 82 personnes ».
    « Ces poursuites sont une grande étape, indique au Monde Dimitris Zotos, avocat de rescapés et de familles de victimes du naufrage. Le fait que des officiers supérieurs – jusqu’au plus haut gradé des gardes-côtes – figurent parmi les accusés est inédit. » Il souligne cependant que ces poursuites constituent « le tout début de la procédure avant un éventuel procès ». Une fois les accusés interrogés par un juge d’instruction, celui-ci statuera sur d’éventuelles mesures restrictives contre eux, puis un conseil de juges devra examiner le dossier avant le renvoi éventuel vers un tribunal – ce qui devrait prendre plusieurs mois.
    Cette procédure fait suite aux plaintes déposées par 53 des 104 survivants de l’Adriana. Le 14 juin 2023, ce chalutier transportant environ 750 personnes, dont des enfants, avait quitté les côtes libyennes pour l’Italie et avait coulé, en pleine nuit, dans les eaux internationales, au large de Pylos, au sud-ouest de la Grèce. L’ONU avait fait état d’au moins 600 morts, mais seulement 82 corps furent retrouvés.
    Depuis, de graves défaillances des autorités grecques ont été mises en lumière dans le sauvetage du chalutier. Selon des enquêtes parues dans la presse et plusieurs ONG, plus de quinze heures se sont écoulées entre la première alerte signalant la détresse de l’Adriana et l’intervention des gardes-côtes grecs. En outre, un remorquage « violent » et inadapté de l’embarcation par les gardes-côtes serait à l’origine du chavirement de l’embarcation, selon les témoignages de rescapés. Les autorités et le gouvernement grec ont toujours nié toute mauvaise gestion du sauvetage. En février pourtant, un rapport accablant de 158 pages du médiateur de la République hellénique – vivement contesté par le ministre grec de la marine – soulignait la responsabilité des gardes-côtes.
    Cette annonce intervient dans un contexte de « pratiques systématiques » de « pushbacks » par les gardes-côtes grecs, abondamment documentées depuis 2019, une pratique de refoulements d’embarcations interdite par le droit international.
    En janvier, la Grèce a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans le cas d’un refoulement d’une ressortissante turque. La CEDH mentionnait dans son jugement un « modus operandi uniforme » du pays à ses frontières et de « fortes indications » d’« une pratique systématique de refoulements ». Concernant le naufrage de Pylos, l’avocat Dimitris Zotos dénonce, lui, le « plus grand “pushback” ayant jamais eu lieu en Méditerranée ».

    #Covid-19#migrant#migration#grece#sante#mortalite#pushback#CEDH#droit#libye

  • Immigration : neuf pays européens veulent affaiblir la Cour européenne des droits de l’homme
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/24/immigration-neuf-pays-europeens-veulent-affaiblir-la-cour-europeenne-des-dro

    Immigration : neuf pays européens veulent affaiblir la Cour européenne des droits de l’homme
    D’une meilleure maîtrise des politiques migratoires en Europe à un affaiblissement des droits des migrants. C’est le chemin qu’est en train d’emprunter l’Europe sous la pression d’une droite radicale toujours plus décomplexée, et d’une partie de la gauche nordique. Jeudi 22 mai, neuf pays européens, emmenés par l’Italie de la première ministre postfasciste Giorgia Meloni et le Danemark de la social-démocrate Mette Frederiksen – les pays affichant la plus grande fermeté, ces dernières années, en matière de lutte contre l’immigration –, ont signé une lettre ouverte afin de « repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’homme est interprétée ».
    Plus largement, il s’agit d’une attaque inédite contre la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et la Convention de 1950, que les magistrats installés à Strasbourg interprètent et appliquent dans leurs jugements. « Nous souhaitons ouvrir un débat politique sur certaines conventions européennes auxquelles nous sommes liés et sur la capacité de ces conventions, quelques décennies après leur rédaction, à aborder les grandes questions de notre temps, à commencer précisément par la question du phénomène migratoire », a ainsi assuré, jeudi, la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni.

    Dans leur missive, les dirigeants de l’Autriche, de la Belgique, du Danemark, de l’Estonie, de l’Italie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne et de la République tchèque assurent tous partager « une croyance ferme en nos valeurs européennes, en l’Etat de droit et dans les droits de l’homme », mais se demandent si la Cour européenne des droits de l’homme n’a pas, « dans certains cas, étendu le champ d’application de la Convention trop loin par rapport aux intentions initiales de la Convention, modifiant ainsi l’équilibre entre les intérêts qui devraient être protégés ».
    Selon eux, « l’évolution de l’interprétation de la Cour a, dans certains cas, limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties (…). Nous avons vu, par exemple, des cas d’expulsion de ressortissants étrangers criminels où l’interprétation de la Convention a abouti à la protection des mauvaises personnes et a posé trop de limites à la capacité des Etats à décider qui expulser de leur territoire ». Dès lors, les neuf Etats estiment qu’ils devraient « disposer d’une plus grande marge de manœuvre au niveau national pour décider quand expulser des ressortissants étrangers criminels ». Par exemple, « dans les cas de crimes graves, nous devrions avoir plus de latitude pour décider de l’expulsion des ressortissants étrangers criminels », précisent-ils.
    Cette attaque inédite de dirigeants politiques européens contre les magistrats de Strasbourg ne vient pas de nulle part. Depuis plusieurs années, un petit groupe de pays idéologiquement proches sur les questions d’immigration, autour de l’Italie, du Danemark et de l’Autriche, tente d’infléchir et de durcir la politique migratoire européenne.
    Ces trois Etats furent à l’initiative d’une première lettre, en mai 2024, à la veille des élections européennes, signée à l’époque par quinze pays, qui appelait la future Commission à soutenir des solutions « innovantes » en matière de gestion migratoire, comme des plateformes de retour installées hors de l’Union européenne ou la redéfinition du concept de « pays tiers sûr » afin d’autoriser l’installation de centres pour demandeurs d’asile hors du Vieux Continent, comme au Rwanda. Depuis, la Commission a fait des propositions juridiques pour mettre en place ces projets.
    « Cette lettre reste particulièrement vague, estime le juriste Philippe De Bruycker, de l’Université libre de Bruxelles. Si seulement ces pays détaillaient les arrêts qu’ils jugent problématiques, on pourrait répondre à cette interpellation. Cela ressemble plus à une déclaration idéologique, très trumpienne, voire à un coup de pression, alors que plusieurs affaires sont pendantes, concernant notamment des pratiques de refoulement de migrants à la frontière entre la Pologne ou la Lituanie et la Biélorussie. »
    « Nous sentons cette vague monter depuis plusieurs années, mais la CEDH n’a jamais connu un tel niveau d’attaque, confie un spécialiste du droit d’asile, qui préfère conserver l’anonymat. Le risque, c’est que cela mine l’autorité des décisions de la Cour. Ses juges ne font qu’appliquer le droit. »En 2023, Suella Braverman, alors ministre de l’intérieur britannique, ne cessait d’attaquer la jurisprudence de la CEDH, dont le Royaume-Uni est parti. Celle qui défendait la création d’un centre pour demandeurs d’asile au Rwanda où expulser les migrants qui arrivent sur les côtes britanniques assurait que les traités régissant le traitement des migrants n’étaient plus « adaptés », formule qui a inspiré l’argumentaire européen. A l’automne 2024, Bruno Retailleau, qui venait d’être nommé ministre de l’intérieur en France, avait pour sa part affirmé que l’Etat de droit n’était ni « intangible ni sacré ». Reste que la France, attachée à la CEDH, n’a pas souhaité s’associer à la lettre ouverte, tout comme l’Allemagne.
    « Cette communication est une attaque directe contre cette convention internationale, pilier du projet européen et garante depuis soixante-quinze ans du respect des droits fondamentaux et de nos valeurs, assure Fabienne Keller, eurodéputée Renew Europe. Comme tout traité, la CEDH peut être sujette à des évolutions. Mais, dans le contexte international que nous connaissons et sous la pression des populistes, s’attaquer ainsi aux fondements de nos libertés fondamentales est dangereux et inacceptable. » « Il est triste de voir nos dirigeants européens s’unir pour saper les fondements mêmes de l’Union européenne que sont les droits de l’homme et l’Etat de droit », juge pour sa part Silvia Carta, chargée de plaidoyer à l’ONG Picum.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#CEDH#droit#sante#politiquemigratoire

  • Immigration : le Conseil de l’Europe rejette tout affaiblissement de la Convention européenne des droits de l’homme
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/24/immigration-le-conseil-de-l-europe-rejette-tout-affaiblissement-de-la-conven

    Immigration : le Conseil de l’Europe rejette tout affaiblissement de la Convention européenne des droits de l’homme
    Le Monde avec AFP
    Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, a rejeté, samedi 24 mai, tout affaiblissement de la Convention européenne des droits de l’homme, au lendemain de l’appel de neuf Etats, emmenés par l’Italie, à réinterpréter le texte en matière de migration.« Face aux défis complexes de notre époque, notre rôle n’est pas d’affaiblir la Convention mais au contraire de la garder solide et pertinente », a déclaré dans un communiqué le secrétaire général du Conseil de l’Europe, qui, avec 46 pays membres, est la vigie de la démocratie et des droits de l’homme sur le Vieux Continent.
    Dans une lettre ouverte publiée vendredi par les services de la première ministre italienne, Giorgia Meloni, neuf pays européens, dont l’Italie, le Danemark et la Pologne, ont jugé « nécessaire d’entamer une discussion sur la manière dont les conventions internationales répondent aux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui ». Le texte vise ainsi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), émanation du Conseil de l’Europe – tous deux sis à Strasbourg – et qui est chargée de faire respecter la convention du même nom dans les 46 pays signataires. Les neuf Etats veulent voir « si la Cour, dans certains cas, a étendu la portée de la Convention trop loin comparé aux intentions originelles ».
    En réponse, M. Berset écrit que « le débat est sain mais il ne faut pas politiser la Cour ». « Maintenir l’indépendance et l’impartialité de la Cour est fondamental », poursuit l’ancien président socialiste suisse. « Dans un Etat de droit, la justice ne doit pas être soumise à des pressions politiques (…). La Cour ne doit pas servir d’arme ni contre les gouvernements ni par eux. »

    #Covid-19#migrant#migration#UE#CEDH#droit#sante#politiquemigratoire#asile

  • Neuf États européens, dont l’#Italie et la #Belgique, veulent revoir la #Convention_européenne_des_droits_de_l'Homme

    L’Italie et huit autres États européens, dont le Danemark, la Pologne et la Belgique, ont publié jeudi une lettre ouverte (https://stm.dk/statsministeriet/publikationer/faelles-brev-om-konventioner) appelant à repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’Homme est interprétée, en particulier sur les #migrations. Plusieurs pays européens ont été condamnés ces dernières années par la justice européenne sur des affaires liées à l’immigration.

    « Nous voulons utiliser notre mandat démocratique pour lancer une nouvelle discussion ouverte sur l’#interprétation de la Convention européenne des droits de l’Homme ». Dans une lettre ouverte publiée jeudi 22 mai par les services de la Première ministre italienne, neuf dirigeants européens appellent à repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’Homme est interprétée, notamment en matière d’immigration.

    « Nous devons rétablir un juste équilibre. Et nos pays vont travailler ensemble pour faire aboutir cette ambition », indique le texte.

    Ce document a été diffusé à la suite d’une rencontre à Rome entre la chef du gouvernement #Giorgia_Meloni et la Première ministre danoise #Mette_Frederiksen, toutes deux ayant des positions très fermes sur l’immigration. Il a été également signé par les dirigeants de l’#Autriche, la #Belgique, l’#Estonie, la #Lettonie, la #Lituanie, la #Pologne et la #République_tchèque.

    « Nous appartenons à différentes familles politiques et sommes issus de différentes traditions politiques », ont écrit les signataires. Mais il est « nécessaire d’entamer une discussion sur la manière dont les conventions internationales répondent aux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui », ont-ils ajouté.

    « Nous croyons aussi nécessaire de nous pencher sur la manière dont la #Cour_européenne_des_droits_de_l'Homme a établi son interprétation de la Convention européenne des droits de l’Homme ». Il s’agit notamment de voir « si la Cour, dans certains cas, a étendu la portée de la convention trop loin comparé aux intentions originelles fondant cette convention, faussant ainsi l’équilibre entre les intérêts à protéger ».

    « Nous croyons que l’évolution de l’interprétation de la Cour a, dans certains cas, limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties », ont estimé les signataires.

    Les ONG n’ont pas manqué de réagir après la publication de cette lettre ouverte. « Il est triste de voir nos dirigeants européens s’unir pour saper les fondements mêmes de l’UE : les #droits_humains et l’#État_de_droit », a déclaré vendredi Silvia Carta, chargée de plaidoyer au PICUM (plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers). « Si les dirigeants se soucient réellement de la sécurité des personnes et de la protection des victimes, ils devraient cesser de démanteler les systèmes de protection sociale et commencer à investir dans les soins, au lieu de faire des migrants des boucs émissaires à des fins politiques. »

    Des États condamnés par la #justice européenne

    La Première ministre italienne d’extrême droite a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité depuis sa prise de fonction fin 2022. Son projet visant à mettre en place des centres de rétention en Albanie s’est heurté à une série d’obstacles légaux.

    Des juges italiens ont refusé de valider la rétention en Albanie de migrants interpellés en mer par les autorités italiennes, renvoyant la question de la légalité de cette mesure à la Cour européenne de justice. Celle-ci ne s’est pas encore prononcée.

    Plusieurs pays européens sont aussi en attente d’un jugement de la Cour européenne des droits de l’Homme (#CEDH). C’est le cas de la Pologne, de la Lettonie et de la Lituanie qui ont comparu en mars pour refoulements illégaux de migrants à leurs frontières. La décision n’a pas encore été rendue dans ces affaires.

    En janvier, dans un jugement inédit, la CEDH avait condamné la Grèce pour refoulement illégal de migrants, une pratique contraire au droit international et à la convention de Genève relative au statut des réfugiés.

    La Belgique, quant à elle, a été épinglée en septembre 2024 par le Conseil de l’Europe pour son non-accueil des demandeurs d’asile. Bruxelles a été sommée d’augmenter la capacité de son réseau d’accueil car elle ne respecte pas les décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme. En 2023, cette même Cour avait condamné l’État belge après la plainte d’un demandeur d’asile guinéen. Celui-ci n’avait pas pu obtenir de place d’hébergement auprès des autorités, et a été contraint de dormir dehors pendant plus de quatre mois.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/64737/neuf-etats-europeens-dont-litalie-et-la-belgique-veulent-revoir-la-con

    https://www.infomigrants.net/fr/post/64737/neuf-etats-europeens-dont-litalie-et-la-belgique-veulent-revoir-la-con
    #attaque

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  • Neuf États européens, dont l’Italie et la Belgique, veulent revoir la Convention européenne des droits de l’Homme - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/64737/neuf-etats-europeens-dont-litalie-et-la-belgique-veulent-revoir-la-con

    Neuf États européens, dont l’Italie et la Belgique, veulent revoir la Convention européenne des droits de l’Homme
    Par La rédaction Publié le : 23/05/2025
    L’Italie et huit autres États européens, dont le Danemark, la Pologne et la Belgique, ont publié jeudi une lettre ouverte appelant à repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’Homme est interprétée, en particulier sur les migrations. Plusieurs pays européens ont été condamnés ces dernières années par la justice européenne sur des affaires liées à l’immigration.
    « Nous voulons utiliser notre mandat démocratique pour lancer une nouvelle discussion ouverte sur l’interprétation de la Convention européenne des droits de l’Homme ». Dans une lettre ouverte publiée jeudi 22 mai par les services de la Première ministre italienne, neuf dirigeants européens appellent à repenser la manière dont la Convention européenne des droits de l’Homme est interprétée, notamment en matière d’immigration. « Nous devons rétablir un juste équilibre. Et nos pays vont travailler ensemble pour faire aboutir cette ambition », indique le texte.
    Ce document a été diffusé à la suite d’une rencontre à Rome entre la chef du gouvernement Giorgia Meloni et la Première ministre danoise Mette Frederiksen, toutes deux ayant des positions très fermes sur l’immigration. Il a été également signé par les dirigeants de l’Autriche, la Belgique, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la République tchèque. « Nous appartenons à différentes familles politiques et sommes issus de différentes traditions politiques », ont écrit les signataires. Mais il est « nécessaire d’entamer une discussion sur la manière dont les conventions internationales répondent aux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui », ont-ils ajouté.
    « Nous croyons aussi nécessaire de nous pencher sur la manière dont la Cour européenne des droits de l’Homme a établi son interprétation de la Convention européenne des droits de l’Homme ». Il s’agit notamment de voir « si la Cour, dans certains cas, a étendu la portée de la convention trop loin comparé aux intentions originelles fondant cette convention, faussant ainsi l’équilibre entre les intérêts à protéger ». « Nous croyons que l’évolution de l’interprétation de la Cour a, dans certains cas, limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties », ont estimé les signataires.
    Les ONG n’ont pas manqué de réagir après la publication de cette lettre ouverte. « Il est triste de voir nos dirigeants européens s’unir pour saper les fondements mêmes de l’UE : les droits humains et l’État de droit », a déclaré vendredi Silvia Carta, chargée de plaidoyer au PICUM (plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers). « Si les dirigeants se soucient réellement de la sécurité des personnes et de la protection des victimes, ils devraient cesser de démanteler les systèmes de protection sociale et commencer à investir dans les soins, au lieu de faire des migrants des boucs émissaires à des fins politiques. »
    La Première ministre italienne d’extrême droite a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière sa priorité depuis sa prise de fonction fin 2022. Son projet visant à mettre en place des centres de rétention en Albanie s’est heurté à une série d’obstacles légaux.
    Des juges italiens ont refusé de valider la rétention en Albanie de migrants interpellés en mer par les autorités italiennes, renvoyant la question de la légalité de cette mesure à la Cour européenne de justice. Celle-ci ne s’est pas encore prononcée.
    Plusieurs pays européens sont aussi en attente d’un jugement de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). C’est le cas de la Pologne, de la Lettonie et de la Lituanie qui ont comparu en mars pour refoulements illégaux de migrants à leurs frontières. La décision n’a pas encore été rendue dans ces affaires. En janvier, dans un jugement inédit, la CEDH avait condamné la Grèce pour refoulement illégal de migrants, une pratique contraire au droit international et à la convention de Genève relative au statut des réfugiés.
    La Belgique, quant à elle, a été épinglée en septembre 2024 par le Conseil de l’Europe pour son non-accueil des demandeurs d’asile. Bruxelles a été sommée d’augmenter la capacité de son réseau d’accueil car elle ne respecte pas les décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme. En 2023, cette même Cour avait condamné l’État belge après la plainte d’un demandeur d’asile guinéen. Celui-ci n’avait pas pu obtenir de place d’hébergement auprès des autorités, et a été contraint de dormir dehors pendant plus de quatre mois.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#italie#pologne#belgique#droit#politiquemigratoire#asile#refugie#frontiere#CEDH#sante

  • Communiqué de presse :
    Pour une consécration du principe de fraternité à la frontière

    Le 12 septembre 2024, la #CEDH rejetait la requête formulée par #Loïc_Le_Dall, à la suite de sa condamnation pour « aide à l’entrée d’un étranger en situation irrégulière en France ». Cette décision, qui mit fin à plus de 6 ans de procédure, est un camouflet pour l’ensemble des militants et militantes des droits des personnes étrangères, qui demandent aux Institutions européennes de garantir l’application systématique de l’immunité humanitaire aux frontières.

    Loïc Le Dall, président d’Emmaüs La Roya et membre du conseil d’administration de l’Anafé, militant de la défense des droits des personnes exilées, a été arrêté à la frontière franco-italienne en janvier 2018 alors qu’il conduisait sa voiture avec à son bord une personne racisée. Relaxé par le tribunal correctionnel puis condamné par la cour d’appel, la Cour de cassation a finalement confirmé en janvier 2023 sa condamnation pour « aide à l’entrée d’un étranger en situation irrégulière en France » en excluant l’immunité humanitaire pour l’aide à l’entrée. Aucune réponse n’a été apportée concernant le manque de caractérisation de l’infraction par la cour d’appel. C’est en effet sans aucun élément matériel permettant de savoir si la personne était ou non « étrangère » et « en situation irrégulière » que la cour d’appel a décidé de condamner Loïc Le Dall.

    Résolu à faire prévaloir le principe de fraternité qui motive son engagement et estimant qu’il a été victime d’une atteinte à son droit fondamental de porter assistance aux personnes vulnérabilisées par devoir de conscience, le président d’Emmaüs La Roya a déposé en mai 2023 une requête devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Cette dernière a rendu une décision d’irrecevabilité le 12 septembre 2024.

    Face à cette décision, Loïc Le Dall a déclaré : « nous sommes pris·e dans un étau juridique entre l’interdiction d’aider à l’entrée sur le territoire d’une personne y compris lorsque sa vie est en jeu lorsqu’elle se présente à une frontière terrestre et le risque d’être poursuivi·e pour non-assistance à personne en danger – et ce, sans compter la culpabilité s’il lui arrive quelque chose. » avant de conclure : « j’invite tous les juges des juridictions françaises et de la CEDH qui ont participé à mon procès à venir constater les violations des droits que nous observons au quotidien depuis 9 ans à la frontière franco-italienne. Je leur ferai découvrir la réalité de cette frontière et les accueillerai dans notre communauté ».

    Pour nos organisations, cette décision est dangereuse pour toutes les personnes qui défendent les droits des personnes exilées en France. La CEDH n’a pas pris en compte le fait que les éléments constitutifs de l’infraction n’étaient pas constitués. Elle n’a surtout pas pris la mesure du durcissement de la législation française à l’encontre des défenseurs et défenseures des droits des personnes en migration, ni des pratiques de l’administration.

    Nos organisations appellent à une modification des textes afin de garantir l’application systématique de l’immunité humanitaire aux frontières. Les personnes solidaires ne doivent plus être inquiétées, poursuivies ou condamnées pour leurs actions de fraternité à l’égard des personnes en migration. La défense des droits des personnes étrangères aux frontières que ce soit en mer, en montagne ou dans les plaines, ne doit plus être réprimée. À l’image de l’obligation de sauvetage en mer qui prohibe de poursuivre les organisations qui sauvent des vies en mer, et même si cela va à l’encontre des dispositions du Pacte sur l’immigration et l’asile et de la réforme Schengen qui ont accordé des dispositions permettant de réprimer les organisations y compris humanitaires dans certaines conditions, il serait temps que l’Union européenne se dote d’un mécanisme dédié au droit d’aider autrui à titre humanitaire, y compris à la frontière. Nos organisations continueront à militer pour ce droit et à soutenir les personnes exilées et toutes celles et ceux qui leur viennent en aide.

    https://anafe.org/pour-une-consecration-du-principe-de-fraternite-a-la-frontiere
    #fraternité #frontières #principe_de_fraternité #migrations #réfugiés #criminalisation_de_la_solidarité #solidarité