• « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
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    « Les musulmans de l’enclave sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols » : Ceuta à l’épreuve d’une crise migratoire sans précédent
    Par Mustapha Kessous (Ceuta [Espagne], envoyé spécial)
    L’irruption dans l’enclave espagnole de 72 000 personnes venues du Maroc, entre le 30 et le 31 juillet, a mis en lumière les fêlures et les solidarités qui traversent cette ville où coexistent depuis des siècles chrétiens et musulmans.La file s’étire le long de l’avenue Alcalde José Victori Goñalons, dans le centre de Ceuta. Elle part de la boutique Ria, spécialisée dans le transfert d’argent, devenue un point de repère pour de nombreux migrants qui y retirent les quelques sous envoyés par leurs familles pour survivre dans l’enclave espagnole, coincée entre la Méditerranée et le Maroc. A côté, un porche mène à un marché couvert aux murs bleus. Sangria, tapas et éclats de rire. Dans ce décorum néomauresque, les vacanciers, écrasé de soleil, jouissent d’une quiétude tout andalouse. Sur les mêmes places où, une semaine plus tôt, militaires et policiers ont dispersé, traqués et parfois violemment chassé – certains ont eu des gestes de compassion –, ces exilés.
    La cité européenne en terre africaine vient de vivre ce que ses habitants, policiers et responsables politiques décrivent comme un « drame humanitaire » sans précédent. En quelques heures, 72 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol, essentiellement des Marocains, se sont précipitées vers ce confetti aux 83 000 résidents. Entre le 30 et le 31 juillet, ils ont franchi la frontière, souvent à la nage, après avoir convergé vers Fnideq, la ville marocaine voisine.Dès le 31 juillet dans l’après-midi, la très grande majorité – 70 000 personnes, selon Madrid – a rebroussé chemin vers le Maroc. Dans l’enclave, ils n’ont trouvé ni refuge ni avenir : seulement des commerces fermés, le manque de sommeil, la faim et l’hostilité d’une partie des habitants. « Nous avons eu le sentiment d’être envahis, raconte Guillermo Martinez Arcas, secrétaire général du Parti populaire (PP, droite) à Ceuta et proche collaborateur du président de la ville autonome. Nous nous sommes même demandé si ce n’était pas la fin de Ceuta en tant que ville espagnole. »
    Ce jour-là, la cité s’est figée face au chaos : les commerces ont baissé leurs rideaux, les bureaux ont fermé. Les habitants se sont confinés chez eux. Sans qu’aucune consigne n’ait été donnée, assure le représentant politique. « Il n’y avait pas de commandement unique pour organiser l’ensemble des opérations. Pendant vingt-quatre heures, avant l’arrivée des renforts militaires et de policiers, c’était l’anarchie la plus totale », rapporte-t-il.
    En apparence, la crise semble aujourd’hui terminée, mais « le traumatisme est bien présent », pointe-t-il. Les militaires déployés massivement pour sécuriser le poste-frontière ont quitté Tarajal ; ils sont moins visibles en ville, même s’ils continuent de surveiller l’entrée des centres commerciaux. Des parents refusent de laisser leurs enfants sortir seuls. Il reste encore des milliers de migrants, notamment subsahariens, qui attendent une solution d’hébergement ou d’asile. Certains se sont regroupés sur la plage Benitez, tout près du centre d’accueil temporaire pour migrants, où ils vivent dans des conditions déplorables. Les associations sont débordées.
    Des centaines de très jeunes gens sont aussi à la rue. Le taux d’occupation des centres pour mineurs atteint les « 2 600 % au-dessus de leur capacité critique », a indiqué Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome. Seuls ou en famille, ils ont trouvé refuge dans une zone industrielle. Un centre de mineurs y est installé mais affiche complet. Ironie de la situation, cette zone jouxte la frontière. Des gamins, derrière les grillages, demandent quelques euros aux Marocains qui viennent de franchir le contrôle des passeports, côté espagnol.Sahra, 5 ans, empêche sa mère de dormir. « Elle a cru que j’allais me noyer lors de la traversée, raconte Assia Ezzaouaq, 33 ans. Quand je ferme les yeux, elle me dit : “Non maman, je ne veux pas que tu meures. Ouvre les yeux, maman, reste avec moi.” » D’autres vont se laver dans le cimetière musulman Sidi Embarek, où sont enterrés tant de migrants sans noms. Dans les rues du centre-ville, quelques jeunes implorent quelque chose à manger ou demandent conseils aux « Espagnols-Marocains ».
    Au cours de cet événement hors norme, deux récits se sont écrits simultanément : la joie indescriptible des migrants convaincus d’approcher leur rêve fou – changer de vie en Europe – et la peur des habitants qui regardaient « déferler », depuis leurs fenêtres, une telle foule. Les Espagnols, eux, ont repris une vie normale, faite de plages et de terrasses, tout en s’habituant à côtoyer ces damnés de l’exil. Et en ayant peur d’assister à une nouvelle tentative. Ils continuent à se méfier des autorités marocaines qui lorgnent depuis des années sur ce territoire de 18,5 kilomètres carrés.
    A Ceuta, la frontière ne sépare pas seulement l’Espagne du Maroc. Elle traverse aussi la ville, ses quartiers et les consciences. Certains la franchissent pour entrer en Europe ; d’autres vivent depuis des générations du côté espagnol, tout en étant encore sommés de prouver qu’ils en font partie. « On nous appelle, nous les Espagnols d’origine marocaine, les “musulmans”. Ceuta est une ville très particulière », explique Abdeslam Mohamed, 66 ans, le président d’Alas Protectoras (« ailes protectrices »), une association d’aide aux migrants. Près de la moitié de la population est musulmane. A Ceuta, l’arabe côtoie l’espagnol depuis plusieurs générations. Chauffeurs de bus ou de taxi, serveurs, commerçants, barbiers, agents municipaux, policiers, enseignants, élus… Parmi eux, de nombreux Espagnols d’origine marocaine passent sans cesse du castillan au darija. Il n’est pas rare d’entendre des résidents qui n’ont pas d’origine nord-africaine terminer une phrase par quelques mots d’arabe dialectal. « C’est parfaitement naturel chez nous », explique Julia Ferreras Guerra, députée de l’Assemblée de la ville (Ceuta Ya !, gauche). Le réseau téléphonique marocain est même, de temps à autre, capté jusqu’au cœur de la ville, plaza de Africa.« Mais dès qu’il y a une crise avec le Maroc ou une arrivée massive de migrants, on nous regarde comme si nous étions des étrangers ou des responsables de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », confie Abdeslam Mohamed, qui a dédié sa vie aux autres. Le 30 juillet et les jours suivants, il n’a pas ménagé sa peine pour apporter son aide « aux victimes », comme il appelle ces migrants. « C’est injuste. Les musulmans de Ceuta ont eu peur comme tous les autres habitants, argue-t-il. Ils ont fermé leurs commerces, protégé leurs familles et aidé les personnes qui arrivaient. Ils ont vécu cette crise en tant qu’habitants de Ceuta. » « II existe une profonde inégalité entre le centre [à majorité chrétienne] et la périphérie [à majorité musulmane]. Alors que les habitants du premier disposent de revenus parmi les plus élevés d’Espagne, ceux de la seconde figurent parmi les plus faibles », explique le politologue Julio Basurco Diaz, proche de la gauche. Ces deux mondes sont reliés par le bus 7, dont le ticket s’élève à 85 centimes d’euros le trajet.
    La crise migratoire a fait apparaître une crainte, plus diffuse : une mise à mal de la coexistence entre chrétiens et musulmans, mais aussi, dans une plus faible proportion, juifs et hindous. Ces deux derniers groupes se sont installés lorsque Ceuta a bénéficié (tout comme Melilla) d’un statut de port franc en 1863, dopant le commerce. Les juifs étaient des séfarades présents dans le nord du Maroc depuis leur expulsion d’Andalousie par la Reconquista catholique de la fin du XVe siècle. Quant aux hindous, ils sont arrivés du territoire britannique de Gilbratar après 1905. « Cette coexistence est notre singularité. Et personne ne veut la perdre, elle fait partie de notre identité et nous en sommes fiers », affirme Guillermo Martinez Arcas.
    Souvent célébrée comme une particularité de Ceuta, cette cohabitation se vit plus durement dans les quartiers populaires. Depuis sa terrasse, Ahmed Atché, un ouvrier d’une quarantaine d’années, contemple une Méditerranée d’un bleu éclatant. Ainsi que la frontière métallique qui lacère le paysage. Le Maroc est juste en face, à quelques pas. Depuis la crise, une barrière flottante orange de 500 mètres de long, installée par les autorités espagnoles, prolonge désormais la frontière jusque dans la mer. Cet homme aux lunettes rondes vit à Principe, un quartier qui domine le poste-frontière, sans doute le plus marocain de la ville. Un labyrinthe de ruelles abruptes, d’impasses ci et là, de façades colorées, comme une médina qui refuserait de dire son nom, et de hanout (« boutiques ») où l’on paie encore en dirhams. Ici, l’appel à la prière rythme la journée et on parle le « darija de Ceuta », un arabe traversé de mots espagnols. « Les familles sont très attachées à leur culture. L’école finissant en début d’après-midi, les enfants apprennent l’arabe », explique le responsable d’un centre islamique qui souhaite rester anonyme « pour ne pas avoir de problème au Maroc ».Pauvre, isolé et malfamé en raison du trafic de drogue – le chômage y serait trois fois supérieur à celui de l’ensemble de la ville –, Principe a aussi servi de décor à une série policière du même nom. C’est dans ce quartier que de nombreux harraga – nom donné aux « brûleurs de frontières », qui quittent leur pays par la mer, sans passeport ni visa – ont trouvé certains de leurs premiers soutiens. Les habitants ont donné couvertures, jouets, habits aux tout-petits et aux mères qui dorment en contrebas. « La solidarité est très forte. Ça m’a rendu malade et triste de voir tous ces jeunes », confie Ahmed Atché.
    Lui a ouvert sa modeste maison à 13 jeunes migrants, dont deux jeunes filles de 17 ans. « Il fallait bien les aider. Voir cette détresse, ces morts [ils sont 77, selon Madrid], ça me fait mal au cœur », dit-il simplement. Ces personnes recueillies viennent de Casablanca, de Tétouan ou de Tanger. Elles ne doivent leur présence à Ceuta qu’à une rumeur, dont personne ne connaît vraiment encore l’origine. Sur TikTok et Instagram circulait la même information : la frontière était ouverte. Ils ont alors foncé à Fnideq sans réfléchir, y voyant l’opportunité d’une vie. En un claquement de doigts, ils ont tourné le dos à leur pays. Ils n’attendent qu’une chose : que le portail de Tarajal qui mène au Maroc, encore ouvert aux retours volontaires, se referme définitivement. Ces réfractaires continueront à se cacher, pour ne pas se faire expulser. Ils ont été marqués par leur première nuit dehors : la peur de se faire coincer par la police, se faire repérer par des drones et chasser par certains jeunes du quartier, surnommés les « fils de Sebta ». Le 31 juillet, des adolescents, visages cagoulés, ont lancé des pierres pour empêcher des groupes de migrants d’approcher. « Ça se comprend. Le quartier était sans protection et il n’y avait pas d’autorités pour le défendre, se souvient Ahmed Atché. Certains voulaient rentrer dans les maisons, se cacher, voler, manger. Mais, heureusement, ça s’est vite calmé. » De retour au Maroc, les éphémères exilés n’ont cessé de raconter que leurs « frères de Sebta » ne voulaient pas d’eux. Certains ont assuré qu’ils ont été visés par des tirs de pistolets.
    Le 1er août, des leaders d’extrême droite sont venus à Ceuta dans une tentative de récupération de ce « traumatisme ». Mais ils ont trouvé face à eux les Espagnols des quartiers populaires qui leur ont dit de « dégager » en scandant : « Ceuta unie, pas divisée ». « On présente souvent Ceuta comme la ville des quatre cultures, c’est une image séduisante, souligne Mohamed Mustafa, député de l’Assemblée de Ceuta (Ceuta Ya !). Mais elle masque une réalité beaucoup plus dure : malheureusement les musulmans de Ceuta sont constamment sommés de prouver qu’ils sont de vrais Espagnols. Leur hispanité est toujours suspectée. » Surtout face à une extrême droite qui a dépassé les 20 % des voix au dernier scrutin local de 2023. « Ceuta n’a jamais été une colonie espagnole, elle appartient depuis des siècles à la couronne », relève Mohamed Mustafa. De fait, le territoire a été rattaché à Madrid en 1580 – après avoir été portugais à partir de 1415 – tandis que sa « sœur », Melilla, située 225 kilomètres plus à l’Est, était espagnole à partir de 1497.
    Cet homme affable de 47 ans résume à lui seul l’histoire de cette enclave. Lorsqu’il y naît, en 1978, il n’est pas Espagnol. Pourtant, son père, son grand-père et son arrière-grand-père sont originaires de Ceuta. Jusqu’au milieu des années 1980, une grande partie de la population musulmane de Ceuta ne disposait pas de la nationalité espagnole ni des mêmes droits, vivant dans une sorte de vide juridique.Une mobilisation, parfois réprimée, ainsi que l’entrée de l’Espagne dans la Communauté économique européenne en 1986 ont finalement obligé l’Etat, dans les années suivantes, à régulariser la situation et accorder la citoyenneté à une grande partie de cette population. « Nous sommes profondément ancrés à Ceuta, c’est un combat permanent. L’extrême droite tentera de transformer cette crise en preuve que Ceuta est menacée par les Marocains et par les musulmans », pense-t-il.

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  • Mineurs non pris en charge, Subsahariens dans l’impasse... Une semaine après l’afflux de migrants, Ceuta confrontée à de nombreux défis - InfoMigrants
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    Mineurs non pris en charge, Subsahariens dans l’impasse... Une semaine après l’afflux de migrants, Ceuta confrontée à de nombreux défis
    Par La rédaction Publié le : 06/08/2026
    Une semaine après l’afflux de plus de 70 000 migrants à Ceuta, la situation reste délicate dans l’enclave. Le bilan final des morts peine à être déterminé. Si la quasi-totalité des exilés ont été renvoyés vers le Maroc, il reste des milliers de migrants - dont des mineurs non accompagnés et des subsahariens qui souhaitent demander l’asile – dans l’enclave. Mais les structures de prises en charge sont saturées.
    Combien de personnes sont décédées lorsque près de 70 000 migrants ont traversé en même temps la frontière entre l’enclave espagnole de Ceuta et le Maroc ? Les chiffres divergent. Selon le dernier bilan de la préfecture de Ceuta, au moins 78 personnes sont mortes côté espagnol, principalement par noyade. Le ministère marocain de l’Intérieur a indiqué dimanche que 11 personnes ont perdu la vie de son côté de la frontière. Un chiffre extrêmement bas contesté par plusieurs associations. Selon l’AMDH, le bilan atteint « près de 130 victimes ». L’organisation avance ce chiffre en se basant sur des remontées d’informations espagnoles et marocaines. « Nous sommes présents sur le terrain et en contact avec la morgue de Tétouan pour la partie marocaine. Nous échangeons également avec des associations, des journalistes et d’autres acteurs présents à l’intérieur de Ceuta. En compilant les données obtenues côté Ceuta et côté Maroc, nous arrivons à 130 décès », a expliqué mercredi 5 août Jamila el-Abboudi, membre de l’AMDH Tétouan, à InfoMigrants.
    Le même constat a été établi par l’ONG espagnole Caminando Fronteras. Elle avance un chiffre de 141 décès. Parmi eux, elle cite les 78 morts officiellement reconnus par le gouvernement espagnol. Mais côté marocain, elle avance un chiffre bien supérieur à celui des autorités. Selon l’ONG, 63 corps ont été repêchés dans les eaux marocaines. Un chiffre établi grâce à une enquête menée dans les morgues des hôpitaux du pays, précise l’ONG.
    Depuis le 30 juillet et l’entrée massive de migrants à Ceuta provoquée par une rumeur née de la déformation d’une décision de justice espagnole amplifiée par les réseaux sociaux, la quasi-totalité des migrants marocains ont été renvoyés de l’autre côté de la frontière. Mais il reste encore quelques milliers de migrants sur le petit territoire espagnol qui représente aujourd’hui la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et l’Afrique. Et dans les rues de Ceuta, une semaine après la crise, la situation des mineurs inquiète particulièrement. Elle est même devenue « intenable », selon le dirigeant de l’enclave espagnole située sur la côte nord-africaine, Juan Jesús Vivas. Depuis l’afflux des 29 et 30 juillet, « le taux d’occupation des centres d’accueil pour mineurs de Ceuta est de 2 600 % au-dessus de sa capacité critique », a-t-il déclaré lors d’une interview à la télévision publique espagnole.
    Selon lui, il y a environ 1 100 mineurs présents dans la ville autonome. Et ce chiffre n’inclut pas les groupes de jeunes qui continuent d’errer dans les rues de l’enclave et qui vivent dans les parcs et sur les plages dans des conditions très précaires. Jour après jour, les autorités s’efforcent d’identifier et de prendre en charge tous ces mineurs, a constaté sur place un journaliste de l’AFP, mais les moyens manquent. Ceuta « ne dispose d’aucun espace supplémentaire » pour prendre en charge ces jeunes, « une priorité », a averti de son côté le préfet de la ville, Miguel Ángel Pérez Triano.
    Dans un communiqué de presse, la municipalité de Ceuta indique que « l’évolution enregistrée ces dernières semaines souligne l’ampleur de cette situation ». Le 15 juillet, la ville prenait en charge 213 mineurs, un chiffre qui est passé 1 017 mineurs aujourd’hui.
    Face à la crise, la municipalité s’organise comme elle peut. Deux écoles ont été transformées en centres d’accueil. « Le premier centre est déjà opérationnel et accueille environ 110 filles et adolescentes. Cette mesure nous permettra d’offrir une solution temporaire en attendant l’achèvement des nouvelles installations prévues à Loma Margarita et dans la zone portuaire, qui pourront accueillir entre 400 et 500 mineures dès la semaine prochaine », a déclaré la municipalité. Afin de prendre en charge ces jeunes, la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiza, annoncé mardi 4 août une aide de 25 millions d’euros pour l’enclave.
    La loi espagnole prévoit un dispositif de répartition des mineurs non accompagnés pour soulager les points d’entrée dans le pays comme Ceuta, les Baléares ou les îles Canaries. Mais il est vivement contesté depuis ses débuts et n’a jamais été vraiment effectif. Dans le cas de Ceuta, même si le gouvernement local a lancé un « appel à l’aide » aux autres régions, les quatre gouvernements de coalition régionaux ont indiqué qu’ils contesteraient toutes décisions de transferts de mineurs depuis Ceuta vers d’autres régions espagnoles. Le dirigeant de Vox, parti d’extrême droite, a déclaré que « pas un seul euro » d’argent espagnol ne devrait être versé aux mineurs migrants.
    Selon l’association marocaine des droits humains à InfoMigrants, de nombreux mineurs figuraient aussi parmi les personnes expulsées de l’enclave. Une pratique normalement illégale. « Nous avons vu des militaires raccompagner des mineurs jusqu’à la frontière », a témoigné Jamila el-Abboudi, de l’AMDH, à InfoMigrants.
    Quel sort pour les demandeurs d’asile africains subsahariens ?
    Et si la majorité des exilés ayant pénétré dans l’enclave étaient marocains, de nombreux migrants originaires d’autres pays d’Afrique subsaharienne et de la Corne du continent traversent régulièrement cette frontière.Plusieurs centaines, venus du Soudan, du Mali, du Sénégal, de Somalie ou encore de Côte d’Ivoire, ont profité de l’afflux massif de migrants vers Ceuta pour entrer eux aussi dans l’enclave espagnole. Et ils sont, eux, non expulsables. Du moins dans l’immédiat. Habituellement, ils sont accueillis au centre d’hébergement pour migrants de l’enclave (CETI), mais celui-ci est lui aussi complètement saturé. Plus de 1 000 personnes sont accueillis actuellement dans ce centre de 500 places qui a fermé ses portes face à la crise. Faute de places, ils sont actuellement des centaines à vivre à même le sol au bord des routes entourant le CETI où sur la plage à proximité.
    Le délégué du Gouvernement à Ceuta, Miguel Ángel Pérez Triano, a annoncé que le gouvernement central prévoit de mettre en place dans un délai approximatif de « un mois » un centre d’accueil temporaire des étrangers (CATE) afin de traiter plus rapidement les situations administratives et accélérer les transferts vers la péninsule des demandeurs d’asile qui peuvent y prétendre.Selon plusieurs sources, il reste également quelques milliers de migrants marocains qui vivent cachés dans les collines et les forêts. Selon Reuters, certains ont trouvé refuge dans un cimetière de l’enclave. L’association marocaine des droits humains estime à « environ 3 000 », le nombre de personnes encore à Ceuta. Selon le représentant du gouvernement, ils seraient plutôt « environ 2 500 »

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  • Crise de Ceuta : Ursula von der Leyen appelle à une « réponse européenne commune » pour « renforcer les frontières »
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    Crise de Ceuta : Ursula von der Leyen appelle à une « réponse européenne commune » pour « renforcer les frontières »
    Le Monde avec AFP
    « Cet épisode montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles », a-t-elle écrit dans une missive adressée au premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et consultée par l’Agence France-Presse.Parmi les pistes évoquées, « une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l’utilisation de barrières physiques ». La cheffe de l’exécutif européen souligne toutefois que « la protection de l’ensemble de nos frontières extérieures constitue une responsabilité européenne partagée ». L’afflux inédit de migrants, entrant de force dans l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, a en effet provoqué de très vives tensions entre les 27 pays de l’Union européenne (UE). Face aux images de dizaines de milliers de personnes gagnant illégalement ce territoire à partir du Maroc, plusieurs Etats membres, Italie et Danemark en tête, ont rapidement appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen.
    Une demande politiquement explosive, juridiquement impossible au regard du droit européen, qui a suscité la colère de Madrid. Dénonçant l’attitude « égoïste » de plusieurs pays, l’Espagne a réclamé l’organisation d’une réunion entre ministres de l’intérieur de l’UE. Cet échange, par visioconférence, doit avoir lieu mardi.
    Il permettra de « tirer les enseignements » de l’épisode de Ceuta et de plancher sur une « réponse européenne commune » aux défis liés à l’immigration clandestine, s’est félicitée Ursula von der Leyen, évoquant plusieurs axes de réflexion.Au cours des derniers mois, Bruxelles a déjà nettement durci ses règles migratoires, autorisant notamment les Etats membres à envoyer des déboutés d’asile dans des centres en dehors des frontières de l’UE, les fameux « hubs de retour ».
    « Le fait que Ceuta et Melilla fassent partie intégrante du territoire espagnol est incontestable, aux yeux du monde entier », a stipulé lundi le ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, lors d’une intervention télévisée. Selon Madrid, la « quasi-totalité » des quelque 50 000 personnes ayant franchi illégalement la frontière jeudi et vendredi ont depuis été renvoyées au Maroc.
    Le délégué du gouvernement local de Ceuta, Miguel Angel Perez Triano, a déclaré lundi que le nombre de personnes se trouvant encore à Ceuta était estimé à 2 500. Le plus haut responsable de Ceuta, Juan Jesus Vivas, a quant à lui estimé que ce chiffre était compris entre 3 000 et 5 000. Près d’un millier de mineurs sont restés dans l’enclave, selon l’ONG Save the Children. Au moins 72 personnes sont mortes en voulant rejoindre illégalement l’enclave espagnole de Ceuta sur la côte nord du Maroc où des dizaines de milliers d’émigrants, majoritairement des jeunes Marocains, ont contourné le poste-frontière marocain, selon les autorités locales

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  • La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
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    La crise de Ceuta, un révélateur des divisions de l’Union européenne sur la question migratoire
    Par Anna Joubinet (Bruxelles, correspondance )
    A Bruxelles, interrompre ses vacances pour des réunions en ligne à 27 est presque devenu un rituel estival pour nombre de diplomates et de ministres. Samedi 1er août, l’Irlande, qui occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (UE), a convoqué les ministres de l’intérieur des Etats membres pour une visioconférence impromptue, mardi 4 août, en milieu de matinée.
    Objectif officiel : tirer des leçons de la crise éclair du 30 juillet, qui a vu près de 50 000 migrants venus du Maroc entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, avant que la plupart ne fassent demi-tour dans les vingt-quatre heures qui ont suivi. Au moins 72 personnes sont mortes, notamment par noyade, selon les autorités locales. Dublin y voit aussi une occasion d’exprimer la solidarité de l’UE avec l’Espagne.Il faut dire que celle-ci n’était pas franchement de mise ces derniers jours. Samedi, 22 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE – majoritairement issus de la droite – ont accusé le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, de ne pas en faire assez pour assurer la protection des frontières extérieures de l’UE.
    Dans leur lettre aux dirigeants des institutions européennes, ces 22 Etats – dont l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque, mais aussi le Danemark, dirigé par la sociale-démocrate Mette Frederiksen – dénoncent les « politiques susceptibles de créer un effet d’appel », faisant allusion au vaste plan de régularisation de sans-papiers lancé en avril par Pedro Sanchez – lequel ne concerne que des personnes vivant déjà en Espagne.Le même jour, le premier ministre espagnol écrivait à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour déplorer « l’attitude alimentée par les préjugés, la désinformation, l’ignorance ou des intérêts politiques » de certains gouvernements européens après la crise à Ceuta.
    Ces deux courriers, envoyés à quelques heures d’intervalle, réclamaient une rencontre ministérielle pour faire le bilan de l’épisode. La France aussi, même si Paris n’a pas signé la lettre accusatrice des 22. « Elle n’apportait aucune solidarité concrète à l’Espagne et visait avant tout à instrumentaliser la poussée migratoire à Ceuta », explique l’Elysée. Même constat du côté du Luxembourg et du Portugal, qui ne figurent pas parmi les signataires. Tout comme l’Irlande, même si, dans son cas, son rôle de présidente du Conseil de l’UE lui impose d’afficher une forme de neutralité.
    Lundi, les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’UE ont longuement préparé la visioconférence ministérielle du lendemain. Mais ils ne s’attendent pas à ce que des décisions majeures y soient prises. « La réunion sera utilisée par les ministres à des fins de politique intérieure », confie aussi une de ces sources diplomatiques. Elle leur permettra « d’adopter un ton plutôt dur pour ne pas laisser la moindre prise aux critiques de l’extrême droite ». Ces dernières années en effet, les gouvernements européens, dont plusieurs ont basculé à droite, ont durci leur position sur l’immigration pour donner des gages à un électorat de plus en plus séduit par l’extrême droite.
    La virulence des critiques formulées à l’égard de Pedro Sanchez n’est que le dernier épisode de cette évolution, à laquelle seule une poignée d’Etats européens s’oppose désormais. Lors du dernier sommet des Vingt-Sept, en juin, à Bruxelles, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, et la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, qui s’étaient déjà alliées en 2025 pour réclamer une révision de la jurisprudence de la Convention européenne des droits de l’homme concernant les droits des migrants, ont pris à partie le dirigeant espagnol. Lors de ce sommet, 19 Etats avaient signé une lettre réclamant davantage de soutien de la Commission pour lutter contre l’immigration illégale.
    A l’époque, le chancelier allemand, Friedrich Merz, n’avait pas signé. Samedi, en revanche, il comptait parmi les 22 qui se sont dits prêts à renforcer les contrôles à leurs frontières intérieures. Devancés de 3 à 7 points par le parti d’extrême droite AfD dans les intentions de vote à l’échelle nationale, mais aussi dans deux des trois Länder d’ex-Allemagne de l’Est où se tiendront des élections régionales en septembre, les conservateurs allemands ne veulent pas laisser à l’AfD le monopole de la fermeté sur les questions migratoires.
    Depuis son arrivée au pouvoir, en mai 2025, Friedrich Merz a d’ailleurs activé une clause dérogatoire européenne permettant aux Etats de rétablir les contrôles aléatoires à leurs frontières intérieures. La France fait de même depuis 2015, alors que ces dérogations à l’accord de Schengen sont censées n’être que temporaires.En matière d’immigration, l’Italienne Giorgia Meloni, à la tête d’une famille politique issue du fascisme, est, elle aussi, concurrencée à sa droite par l’ex-général Roberto Vannacci, qui a récemment fondé son parti, Futuro Nazionale, en vue des législatives de 2027. Et au Danemark, le parti social-démocrate de Mette Frederiksen a adopté une ligne migratoire très stricte dès 2015, là encore pour endiguer la poussée de l’extrême droite.
    L’évolution vient de loin. Depuis la crise dite « des réfugiés », en 2015-2016, l’UE a revu structurellement sa politique migratoire, sur fond de droitisation du Conseil de l’UE et du Parlement européen. En adoptant en 2024 un ensemble de textes sous la bannière du « pacte sur la migration et l’asile », les Vingt-Sept pensaient pourtant avoir enfin trouvé un compromis.Mais à peine le pacte adopté, plusieurs Etats membres ont voulu aller plus loin, en renforçant l’externalisation de la gestion des migrants. Le développement de « centres de retour » à l’extérieur de l’UE est ainsi devenu un moyen d’éviter les débats épineux sur les relocalisations de réfugiés à l’intérieur de celle-ci.Paradoxalement, si le discours des Européens sur l’immigration se durcit, les flux vers l’UE, eux, diminuent. Le « nombre d’arrivées illégales est en chute de 55 % au cours des deux dernières années, et de 37 % depuis le début 2026 », rappelle Ursula von der Leyen dans un courrier adressé, lundi, à Pedro Sanchez, que Le Monde a pu consulter. « Quand on regarde les chiffres, on peine à expliquer certaines politiques », constate Alberto-Horst Neidhardt, responsable migration du think tank European Policy Centre. Le signe, selon lui, que la politique migratoire « est davantage dictée par les émotions que par les faits ».
    Pour l’eurodéputée conservatrice allemande Lena Düpont (CDU), ces chiffres relativement « favorables » offrent, au contraire, « une fenêtre d’opportunité pour agir » hors de tout cadre d’urgence. « Nous devons nous concentrer maintenant sur la dimension externe des politiques migratoires », affirme la coordinatrice du groupe PPE (droite) à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen.A gauche, miser sur les pays tiers est plutôt considéré comme un facteur de vulnérabilité. Les crises comme celle de Ceuta sont « le résultat de l’externalisation, plébiscitée par la droite et l’extrême droite, qui nous rend dépendants de la volonté de régimes autoritaires tiers », déplore Mélissa Camara, négociatrice de textes migratoires pour le groupe des Verts au Parlement européen.Les eurodéputés de la commission LIBE tiendront jeudi une session extraordinaire sur la crise du week-end à Ceuta, selon les informations du Monde. Mais c’est plus probablement lors du sommet européen d’octobre que l’on saura si les événements survenus le 30 juillet dans l’enclave espagnole déboucheront sur des décisions et des réformes concrètes.

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#maroc#ceuta#UE#politiquemigratoire#crisemigratoire#externalisation#sante

  • Catherine Wihtol de Wenden, politiste : « Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/04/catherine-wihtol-de-wenden-politiste-le-maroc-a-pris-conscience-de-la-place-

    Catherine Wihtol de Wenden, politiste : « Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations »
    Tribune Catherine Wihtol de Wenden Directrice de recherche émérite au CNRS

    Une fâcheuse concordance des temps s’est invitée, une fois de plus, dans la gestion des migrations irrégulières entre l’Espagne et le Maroc entre le 30 et le 31 juillet, à Ceuta, conduisant à mêler la question migratoire à la diplomatie dans la région. Rappelons trois faits récents : au début du mois, la Cour suprême espagnole a rendu un arrêt interdisant le refoulement immédiat de migrants tentant d’atteindre les enclaves espagnoles du Maroc de Ceuta et Melilla par la mer. En avril, le gouvernement de Pedro Sanchez annonçait la régularisation de 500 000 sans-papiers jusqu’à la fin de l’année. Enfin, les mobilisations pour l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI, à la toute fin du mois de juillet, ont pu entraîner une baisse des effectifs déployés par le Maroc à la frontière espagnole.
    Ainsi ont eu lieu 50 000 entrées par la mer, d’après les estimations, après le franchissement forcé de la ligne de démarcation entre les faubourgs de la ville marocaine de Fnideq et la plage de Ceuta. Cette arrivée massive s’est aussi soldée par au moins 72 morts [selon les autorités espagnoles], déclenchant une crise politique et sécuritaire en Espagne et en Europe, car il s’agit du franchissement d’une frontière externe de l’Union européenne.
    Mais le décryptage de cette crise est peut-être ailleurs. Le gouvernement espagnol affiche avec fierté sa croissance économique. Le 20 juillet, fort de la victoire de l’Espagne au Mondial de football, le premier ministre s’est rendu en visite officielle en Algérie, son premier fournisseur de gaz, pour la première fois depuis 2020. Or, en 2022, Madrid était sorti de sa neutralité et avait soutenu le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, ce qui avait provoqué la colère d’Alger. Le conflit algéro-marocain autour du Sahara occidental demeure l’un des principaux points d’achoppement entre les deux pays, entre lesquels la frontière est fermée. Déjà, en 2021, alors qu’un dirigeant du Front Polisario (défenseur des Sahraouis, appuyé par l’Algérie) avait été accueilli en Espagne pour raisons médicales, le Maroc avait laissé passer par les enclaves espagnoles les candidats marocains à l’exil pour marquer son mécontentement. Environ 8 000 personnes étaient parvenues à entrer à Ceuta et le Maroc avait été accusé de faire pression sur l’Espagne dans le dossier du Sahara occidental.
    S’agit-il alors d’une nouvelle marque de mécontentement marocain face au rapprochement entre Madrid et Alger ? On a l’impression que le scénario de 2021 se reproduit à Ceuta, fragilisant le gouvernement espagnol dans sa politique intérieure, face aux partis sécuritaires et notamment Vox (extrême droite), bien que le gouvernement ait exclu de recourir à l’état d’urgence, considérant que les flux migratoires n’en étaient pas une. Face à l’Europe, au lendemain de l’adoption du Pacte européen sur l’immigration et l’asile entré en vigueur en juin 2026, l’Espagne est isolée avec une politique migratoire qui défend le bien-fondé d’une régularisation massive, en s’appuyant sur des arguments économiques, alors que l’essentiel du dispositif européen repose sur la dissuasion et la répression des flux irréguliers.
    En Italie, Giorgia Meloni a appelé à suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, et le ministre des affaires étrangères espagnol a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Italie à Madrid pour protester contre cette prise de position. Rappelons qu’au printemps, Bruno Retailleau, chef de file du parti Les Républicains, avait appelé à fermer la frontière franco-espagnole quand l’Espagne avait annoncé la régularisation des sans-papiers, au motif que cette décision risquerait de provoquer un « appel d’air » de ces derniers vers la France. Mais pourquoi des travailleurs insérés sur le marché du travail espagnol auxquels on annonce une régularisation de leur statut iraient-ils tenter leur chance en France dans la précarité, alors qu’il s’agit surtout de Latino-Américains hispanophones ? Toute crise migratoire est bonne pour agiter des arguments sécuritaires.
    Depuis longtemps, le Maroc a pris conscience de la place géostratégique qu’il occupe pour l’Europe en termes de migrations. Seulement 13 kilomètres séparent Gibraltar de la côte marocaine et les villes d’Andalousie comptent beaucoup de sans-papiers, y compris des mineurs venus isolément dans les camions et par bateau : des associations à Cadix et à Grenade œuvrent à leur insertion scolaire et professionnelle sur le territoire espagnol. L’accord bilatéral de 2023 signé entre le Maroc et l’Espagne pour lutter contre l’immigration irrégulière a eu pour effet de diminuer les entrées irrégulières en Espagne en 2026. Faisant suite à une série d’accords entre ces deux pays, il résulte en une frontière qui n’est plus exclusivement située sur les points de passage, mais qui « s’épaissit » sur l’ensemble du territoire, avec des contrôles aléatoires à l’encontre des sans-papiers, subsahariens notamment.
    Ces « transmigrants » (selon l’expression du chercheur Mehdi Alioua) ont déjà pris d’assaut à plusieurs reprises les grillages séparant les enclaves espagnoles du territoire marocain. En revanche, le Maroc reste réticent à la signature d’accords multilatéraux avec l’ensemble des pays européens qui l’obligeraient à reprendre les sans-papiers ayant transité par son territoire car il veut conserver les meilleures relations auprès de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest qu’il a intégrée pour y jouer un rôle-clé. Il est donc pris en étau entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest sur la question migratoire mais cherche à en tirer le meilleur parti.
    En 2018, c’est au Maroc qu’a été signé le pacte sur l’immigration et l’asile, dit pacte de Marrakech, à l’initiative des Nations unies, le pays se faisant ainsi le porte-parole du multilatéralisme dans la gouvernance mondiale des migrations. Quelques années auparavant, il avait organisé un colloque sur la signature de la Convention des Nations unies de 1990 sur les droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles, signée seulement par une soixantaine de pays, tous du Sud, car elle garantit certains droits aux sans-papiers.
    Cette stratégie rappelle celle de la Turquie, menée début 2020 vers l’Union européenne, quand le gouvernement d’Ankara, mécontent que l’Europe ne réponde pas à toutes ses revendications dans l’accord signé en 2016 avec l’Union européenne (facilitation des visas pour les Turcs et reprise des négociations sur la candidature turque), avait affrété des bus pour traverser la frontière grecque – le Covid-19 y avait mis fin. Un autre exemple, avec la Biélorussie, de la prise de conscience de la place géostratégique par un pays frontalier de l’Europe, utilisant les migrations comme enjeu de haute diplomatie.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#maroc#ceuta#crisemigratoire#UE#politiquemigratoire#migrationirreguliere#sante#droit

  • #Ceuta : une soit disant crise migratoire bien instrumentalisée par l’internationale réactionnaire ?

    Ce post de Mr Mondialisation sur FB (je n’ai pas trouvé l’article correspondant sur leur site) et cet article de l’Huma (sous #paywall) :

    https://www.facebook.com/M.Mondialisation/posts/pfbid0fjHJR3QnKoeSdQQoZzfwUWKSxSsaYqXu6aZdvKehLBbBQuUtkQs2MUks77a1PLPsl

    Comprendre l’opération de déstabilisation de l’Espagne qui se joue depuis plusieurs jours par une guerre d’images parfaitement organisée.
    Pendant que certains médias parlent d’une simple « vague migratoire », les images racontent une autre histoire. De nombreuses vidéos montrent des camions et des autocars déposant des milliers de jeunes hommes en même temps, à proximité immédiate de Ceuta, avant leur ruée organisée vers la plage du Tarajal.
    Les vidéos montrent surtout que les autorités Marocaines aident à la logistique sur la route, sans les arrêter. Une logistique de cette ampleur n’a rien d’un déplacement spontané de candidats à l’exil. Nombre de ces jeunes arrivent en rigolant, avec des bouées et même des sticks pour filmer leur exploit et les publier en ligne parfois en direct. Plusieurs ont perdu la vie en sous estimant le risque de contourner ce simple bras de terre. Ces individus n’ont rien de migrants classiques en situation d’exil, ce qui devrait à minima alimenter des questions. Pourtant, tous les médias ont un narratif unique axée sur la peur : la vague migratoire est à nos portes. Ce n’est pas le cas.
    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la technique est utilisée. En 2021 déjà, lors de la crise de Ceuta, le relâchement soudain et volontaire des contrôles frontaliers par Rabat avait été largement interprété comme un moyen de pression diplomatique sur Madrid dans le contexte du Sahara occidental. À la différence que cette fois, des dizaines de camions ont déversé ce flot humain sur les plages au même moment, poussant certains à la noyade.
    En résumé, des jeunes sont utilisés pour faire pression à la frontière de manière à générer un choc politique par l’image. La majorité d’entre eux sont rentrés chez eux le soir même, faute de nourriture, en passant la frontière dans l’autre sens.
    Une question demeure : comment des dizaines de milliers de personnes peuvent-elles se retrouver simultanément devant une frontière parmi les plus surveillées d’Afrique sans une organisation logistique ? Les vidéos montrant des véhicules transportant des groupes de jeunes méritent, à elles seules, une enquête approfondie. Les médias officiels restent pourtant discrets sur la question et ne publient pas ou peu ces images.
    Que chacun se fasse son opinion. Mais présenter ces événements comme un simple mouvement migratoire pour faire peur occulte les buts de l’opération : isoler l’Espagne de la scène internationale tout en alimentant la montée réactionnaire en Europe, favorable aux intérêts
    capitalistes. Par ailleurs, le contrôle du Détroit reste un enjeu économique majeur dans la région, y compris pour les Etats-Unis. Trump et Israël, alliés du Maroc, sabrent le champagne devant cette opération médiatique de grande envergure qui divise l’Europe.

    https://www.humanite.fr/monde/espagne/afflux-de-migrants-a-ceuta-le-gouvernement-espagnol-attaque-par-une-extreme

    L’arrivée de dizaines de milliers de jeunes Marocains dans l’enclave espagnole, la semaine dernière, même éphémère, a déchaîné les paniques racistes de l’extrême droite mondiale. Ce qu‘il s’est passé soulève des questions sur l’utilisation de l’immigration comme levier de déstabilisation mais aussi sur l’attitude des autorités marocaines.

    https://justpaste.it/e53bt

    • https://seenthis.net/messages/1184811

      La construction du récit de « l’invasion »

      Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

      Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

      Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    • https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/l-instrumentalisation-de-la-situation-a-ceuta-vire-a-la-caricature-de

      Plusieurs sources, dont l’AFP, laissent plutôt entendre que l’afflux massif de ces derniers jours résulte d’une nouvelle brouille diplomatique entre Madrid et Rabat, à l’heure où le Premier ministre espagnol essaie de se rapprocher de l’Algérie plutôt que du Maroc. Pedro Sanchez était à Alger il y a dix jours à peine pour essayer de tourner la page de quatre années difficiles. Dans ce contexte, un journaliste de l’agence de presse française affirme que des jeunes Marocains, rassemblés à la lisière de Ceuta, lui ont expliqué avoir entendu que « la frontière avait été ouverte ».

      Un contexte qui rappelle inévitablement la précédente crise migratoire de 2021, lorsque des milliers de Marocains avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un premier différend diplomatique avec l’Espagne. À l’époque, le Maroc avait reproché à Madrid l’accueil, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario (soutenu par l’Algérie contre le Maroc).

      D’ailleurs, Pedro Sanchez - qui doit se rendre à Ceuta ce vendredi - a déjà expliqué que « des mesures pour le transfert » vers le Maroc seront prises pour « toutes les personnes qui sont entrées illégalement » dans l’enclave espagnole, après ce qu’il qualifie « d’attaque contre la souveraineté » de son pays. Du reste, nombre d’entre elles, 25.000 selon les premières évaluations, sont déjà retournées au Maroc, ce vendredi. Ce que ne disent pas les réactions françaises, promptes à qualifier ces migrants de danger imminent, quand bien même ils se trouvent actuellement sur un autre continent, dans une zone qui ne fait pas partie de l’espace Schengen, à 1 000 kilomètres du territoire français, de l’autre côté de la Méditerranée.

      Qu’importe, la pression porte ses fruits. Laurent Nunez s’est empressé ce vendredi matin d’annoncer que la France allait immédiatement renforcer ses contrôles aux frontières, « en profondeur », avant d’être appuyé par Emmanuel Macron, qui a demandé à la mi-journée à ce que « toutes les dispositions soient prises pour renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne ». Quitte à donner le point aux nationalistes et à leurs raccourcis.

    • La menace ne vient pas des immigrés de Ceuta, mais de nos propres dirigeants !

      L’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de jeunes Marocains à Ceuta, enclave espagnole sur le continent africain, a immédiatement provoqué un déchainement de mensonges. Non seulement la droite et l’extrême droite, mais aussi la plupart des gouvernants européens rejoints par Trump aux États-Unis, ont brandi la menace d’une « invasion » dont il faudrait se défendre.

      Le fait qu’il y ait eu une centaine de morts ne leur a pas tiré une larme. Pas plus le fait que les migrants soient restés dehors, avec les seuls vêtements qu’ils portaient pendant leur traversée, sans argent ni accès à un minimum d’hygiène, en butte aux violences des militaires et de certains habitants. « On croyait atteindre le paradis, et on s’est retrouvé en enfer », résumait l’un d’eux, avant de regagner le Maroc, comme l’ont fait la très grande majorité d’entre eux.

      Liberté de circulation pour tous les travailleurs !

      Ces jeunes, parmi eux de nombreux adolescents de moins de 15 ans, ont voulu fuir la pauvreté, le chômage, qui touche, au Maroc, près de la moitié de la jeunesse. Pouvoir travailler et réaliser ainsi leurs rêves était leur seul but, le même que tous les jeunes de leur âge dans le monde. La liberté de se déplacer et le droit de s’installer là où les travailleurs peuvent gagner leur vie devrait être un droit élémentaire. Que des jeunes soient obligés, pour cela, de risquer la mort est révoltant !

      Le Premier ministre espagnol Sanchez a annoncé l’envoi de policiers, de militaires et de blindés, évoquant « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Mais que dire de l’intégrité du territoire marocain, alors que les enclaves de Ceuta et Melilla constituent des vestiges du colonialisme espagnol !

      Tous les dirigeants européens savaient très bien que ces milliers de jeunes ne pouvaient pas se rendre en Espagne ni dans l’Union européenne. En effet, Ceuta est soumis à un statut dérogatoire tel que l’accès au reste de l’Europe est aussi difficile qu’à partir du Maroc. Mais Macron a tout de même multiplié par cinq le nombre de policiers et de gendarmes à la frontière franco-espagnole.

      Les mensonges des dirigeants européens

      La palme du cynisme revient à la Première ministre italienne d’extrême droite Meloni, qui a annoncé la suspension de la libre circulation de l’espace Schengen à l’Espagne, avec laquelle l’Italie ne partage pourtant aucune frontière. La quasi-totalité des autres dirigeants de l’Union européenne lui ont emboité le pas. Tous ont délibérément menti car ils sont d’accord pour faire comme si l’immigration était aujourd’hui le danger principal. C’est une diversion ignoble, mais aussi dangereuse, utilisée par l’extrême droite, championne du repli sur soi, et par bien des politiciens.

      Tous veulent faire croire aux travailleurs que les immigrés constitueraient une menace et que les frontières pourraient protéger du chômage et de la pauvreté. Mais le responsable du chômage, de la précarité et des bas salaires est d’abord le patronat, et le faire reculer dépend exclusivement des luttes que le monde du travail est capable de mener pour s’opposer à sa rapacité. Ceux qui répètent qu’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » nous prêchent en réalité la résignation et veulent nous faire accepter, comme une fatalité qu’on ne pourrait pas changer, l’état catastrophique des hôpitaux et de tous les services publics les plus vitaux…

      Combattre les vrais responsables de la misère

      Les véritables responsables de la misère, en France comme dans les autres pays, ce sont les actionnaires des géants du CAC 40 dont les profits ont augmenté de plus de 44 % au premier semestre 2026, pour atteindre à 74,93 milliards d’euros. Une minorité de richissimes bourgeois, 153 familles milliardaires, accapare les richesses produites par des millions de travailleurs. Une minorité de capitalistes et les gouvernants à leur service organisent l’exploitation de tous les peuples et le pillage des ressources des pays pauvres. Avec leurs rivalités et leurs guerres, des régions entières du monde sont détruites et rendues invivables.

      C’est tout cela qu’on voudrait nous faire oublier avec l’épouvantail de l’immigration. Garantir à tous une vie à la hauteur des immenses possibilités que recèle la société ne sera possible qu’en renversant le capitalisme. Quelles que soient leur nationalité, leur origine et leur religion, les travailleurs doivent refuser les divisions pour pouvoir mener ce combat commun contre leurs exploiteurs.

      Nathalie ARTHAUD

      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/menace-vient-immigres-ceuta-propres-dirigeants-196142.html

    • Issu de https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/01/comment-se-positionnent-les-pays-europeens-face-a-la-crise-de-ceuta

      La lettre en question  : «  Vingt-deux chefs d’État et de gouvernement ont cosigné une lettre initiée par l’Italie et le Danemark, exigeant une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur. Ces derniers se retrouveront en visioconférence mardi 4 août.

      Si l’exclusion de l’Espagne de la zone Schengen n’est plus évoquée, les 22 s’en prennent à la politique de régularisation massive menée par l’Espagne, qu’ils accusent d’avoir provoqué un appel d’air ayant concouru à cette intrusion.  »

      La France qui envoie sa police pourchasser des migrants aussi imaginaires que les dahuts dans les Pyrénées fait partie des états les plus compréhensifs vis-à-vis de l’Espagne. Mon petit doigt me dit que ça doit bien lui arracher la gueule à notre pauvre Macron de pas hurler avec les loups, mais dérouler 700km de barbelés n’étant pas envisageable dans l’immédiat, il a du prendre sur lui. J’espère quand même que l’on va lui ouvrir une cellule psychologique à l’Élysée pour le soutenir dans cette douloureuse épreuve.

    • Évidemment ce bon vieux Rudy s’est immédiatement fendu d’un article défendant Israël, mais il faut tout lire et ça donne des sources :
      https://www.conspiracywatch.info/ceuta-le-reflexe-complotiste.html

      Le raisonnement à l’œuvre est un condensé de logique complotiste : on part des bénéficiaires supposés de l’événement (le fameux « is fecit cui prodest ») pour remonter aux commanditaires, et l’on tient la satisfaction affichée par certains pour un aveu. Or, comme l’écrit le politologue américain Michael Shurkin, « la Schadenfreude [« joie malsaine » − ndlr] n’est pas une preuve de complicité ou de responsabilité ». Il poursuit : « Je trouve fascinant que tant de gens sautent à la conclusion que cela doit forcément concerner Israël. Comme si le Maroc et l’Espagne n’étaient pas capables d’avoir leurs propres différends sans rapport avec Israël, ou comme si le Maroc était incapable d’agir ainsi pour ses propres raisons. »

      Sans surprise, les réseaux prorusses se sont emparés de l’affaire. Le centre de recherche Cyfluence a documenté l’amplification de la thèse du complot « israélo-américain » par des comptes alignés sur Moscou ainsi que sa reprise par RT et par le réseau de sites « Pravda ». Un seul post a cumulé des millions de vues et plus de 4 400 retweets.

      À supposer même que cet afflux ait été téléguidé, le Maroc n’a besoin de personne pour « arsenaliser » les migrants − ainsi que l’ont déjà fait Moscou et Minsk contre la Pologne. En mai 2021, Rabat avait laissé plus de 8 000 personnes entrer à Ceuta en quarante-huit heures pour punir Madrid d’avoir discrètement hospitalisé le chef du Front Polisario (mouvement luttant pour l’autodétermination du Sahara occidental, soutenu par Alger). Ni Israël ni les États-Unis ne s’en étaient mêlés.

    • Crise de Ceuta : pourquoi les révolutionnaires défendent l’ouverture des frontières ? Billet d’Anasse Kazib
      https://www.revolutionpermanente.fr/Crise-de-Ceuta-pourquoi-les-revolutionnaires-defendent-l-ouvert

      Anasse Kazib, candidat à l’élection présidentielle de 2027, réagit aux questions d’électeurs de gauche depuis le début de la tragédie de Ceuta, où plus de 100 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’enclave espagnole depuis le Maroc. Il revient sur la nécessité de défendre l’ouverture des frontières, à rebours d’une gauche institutionnelle qui s’adapte aux politiques de l’Europe forteresse.

      Les frontières permettent de fabriquer une main-d’œuvre privée de droits, notamment les sans-papiers, que le patronat peut surexploiter avec des salaires plus bas, des horaires plus longs et la menace permanente de l’expulsion. Cette pression ne s’exerce pas seulement contre les travailleurs immigrés : elle tire aussi vers le bas les conditions de l’ensemble de la classe ouvrière.

      On nous répète sans cesse que les frontières sont là pour protéger les travailleurs. En réalité, elles protègent avant tout les intérêts des classes dirigeantes. Le capital, lui, ne connaît pas de frontières. Les multinationales déplacent leurs usines là où les salaires sont les plus bas, investissent où les profits sont les plus élevés, spéculent d’un continent à l’autre et pillent les ressources du monde entier sans passeport ni visa. Les marchandises et les capitaux circulent librement.

      La classe ouvrière n’a pas d’intérêt à défendre les frontières de sa bourgeoisie. Son intérêt est de s’unir au-delà des nationalités et des origines pour combattre ceux qui vivent de son exploitation. Il faut refuser un monde où l’argent est libre de circuler, ou le patronat peut exploiter qui il veut ou il veut mais où les êtres humains sont enfermés derrière des barbelés. Il faut exactement l’inverse : lutter contre le capital, garantir à toutes et tous la liberté de circulation et d’installation, et construire l’unité internationale des travailleurs...

    • Ceuta : une frontière impériale devenue un tombeau

      Ceuta n’a jamais été une simple limite administrative. Elle est à la fois le produit d’une histoire impériale ancienne et le point de rencontre de décisions économiques beaucoup plus récentes. Ni l’une ni les autres ne peuvent être traitées uniquement avec des clôtures, des patrouilles et des procédures d’éloignement.

      Que faire ?

      D’abord, établir les faits. Chaque mort doit être identifiée. Chaque disparition doit être documentée. Chaque usage de la force doit pouvoir être examiné. Le contrôle d’une frontière ne suspend ni le droit à la vie ni l’obligation de rendre des comptes.

      Ensuite, reconstruire une véritable politique économique frontalière.

      L’Union européenne et l’Espagne ne peuvent demander au Maroc de contenir les départs tout en considérant la situation sociale de Fnideq comme une affaire exclusivement marocaine. Une coopération crédible devrait financer des emplois formels, des formations professionnelles, des infrastructures productives et des activités susceptibles de remplacer durablement l’ancienne économie de contrebande.

      Enfin, il faut donner une réalité aux voies régulières de mobilité.

      L’Espagne dispose déjà de programmes de gestion collective des recrutements dans les pays d’origine, le dispositif dit « GECCO ». En 2025, 25 767 travailleurs étrangers ont participé à ces dispositifs de migration circulaire dans dix-sept pays partenaires, en hausse de 25 % en un an. Ces programmes démontrent qu’une mobilité organisée, assortie d’un contrat de travail et d’un cadre public, est possible.

      Ils ne sont pas exempts de critiques. La dépendance envers l’employeur, les conditions d’hébergement et les risques d’exploitation, notamment dans l’agriculture, doivent être combattus. Mais la réponse à ces insuffisances n’est pas de renoncer aux voies légales. Elle consiste à les étendre, à les diversifier et à mieux protéger ceux qui les empruntent.

      Le travail, les études, la formation et la circulation temporaire ne supprimeront pas tous les départs irréguliers. Ils permettront au moins de retirer aux passeurs, aux rumeurs et aux crises diplomatiques le monopole du calendrier migratoire.

      L’Europe a progressivement délégué une partie de sa politique migratoire aux États chargés d’empêcher les départs. Ce modèle crée une dépendance dangereuse. Lorsque le contrôle se relâche, volontairement ou non, la frontière cesse en quelques heures d’apparaître comme une protection : elle devient un piège.

      L’histoire ne se répète pas. Elle lègue des lieux, des institutions et des frontières.

      En 1415, la conquête de Ceuta ouvrait l’expansion portugaise outre-mer. En 1578, Ksar el-Kébir en révéla les limites sanglantes. En 2026, la ville est devenue, pour une partie de la jeunesse marocaine, un horizon visible à l’œil nu et pourtant presque inaccessible.

      L’écho entre ces dates n’est pas celui d’une prétendue guerre de civilisations.

      Il est celui d’une géographie héritée de la puissance sur laquelle viennent aujourd’hui se briser les inégalités économiques et l’inégale liberté de circuler.

      Une Europe fidèle aux droits qu’elle proclame ne peut se contenter de mieux fermer cette frontière.

      Elle doit agir pour qu’aucun mur, aucune digue et aucun bras de mer ne redeviennent un tombeau.

      https://blogs.mediapart.fr/alexis-vessat/blog/070826/ceuta-une-frontiere-imperiale-devenue-un-tombeau

  • Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

    ***

    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

  • Prima dei flussi, c’è un padre
    https://www.meltingpot.org/2026/08/prima-dei-flussi-ce-un-padre

    La crisi a Ceuta dimostra che le persone diventano strumenti della geopolitica solo perché l’Europa ha costruito un sistema di frontiere che lo rende possibile. Cosa spinge un padre a nuotare per chilometri, dai due ai cinque a seconda del punto della costa marocchina da cui si parte, insieme ai suoi cinque bambini? Cosa ha pensato mentre infilava loro i giubbotti salvagente? Perché ha ritenuto meno rischioso affrontare il mare che restare dov’era? Perché ha scelto una traversata nella quale sapeva di poter morire, o di essere rimpatriato anche nel caso fosse riuscito a raggiungere #Ceuta? In questi giorni sono almeno

    #Notizie #Antonio_Ciniero #Ceuta_e_Melilla #Marocco #Migrazioni #Spagna

  • Crise de Ceuta : entre l’Espagne et le Maroc, trente ans de rapprochements stratégiques et beaucoup d’arrière-pensées
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/02/crise-de-ceuta-entre-l-espagne-et-le-maroc-trente-ans-de-rapprochements-stra

    Crise de Ceuta : entre l’Espagne et le Maroc, trente ans de rapprochements stratégiques et beaucoup d’arrière-pensées
    Par Guillaume Delacroix (Barcelone, correspondance)
    Publié aujourd’hui à 16h15, modifié à 18h09
    Il faudra du temps pour comprendre les ressorts de la crise qui a de nouveau enfiévré Ceuta, sur la côte nord-africaine, en face de Gibraltar, jeudi 30 et vendredi 31 juillet. Les raisons pour lesquelles environ 50 000 personnes arrivant de la ville marocaine de Fnideq ont tout à coup submergé l’enclave espagnole restent obscures, tout comme peut surprendre la rapidité avec laquelle la quasi-totalité de ces jeunes migrants ont été refoulés vers leur point de départ en moins de vingt-quatre heures. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a appelé, samedi, à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire « toute la lumière » sur cette affaire qui s’est soldée par la mort d’au moins 72 migrants.
    Ce qui vient de se produire à Ceuta n’est qu’un épisode de plus dans une relation bilatérale tumultueuse depuis au moins trois décennies. Au début des années 1990, l’Espagne a cherché à faire du Maroc un partenaire privilégié dans la région. Un traité « d’amitié, de bon voisinage et de coopération » est signé entre les deux pays en 1991, ce qui n’empêche pas Madrid de s’en tenir à un « équilibre dynamique » vis-à-vis des pays du Maghreb, concept théorisé au sortir de la dictature franquiste par le premier ministre socialiste Felipe Gonzalez (1982-1996). « Ce dernier trouvait normal qu’il y ait des contentieux avec le Maroc, l’important étant de trouver des solutions », raconte un diplomate espagnol de haut rang requérant l’anonymat.
    Après l’arrivée au pouvoir de la droite, cette vision vole en éclats sous le gouvernement Aznar (2000-2004) avec la crise de Persil. En 2002, des militaires marocains occupent cet îlot inhabité au large de Ceuta et Madrid envoie son armée pour les en chasser, ce qui entraîne une rupture brutale avec Rabat. Deux ans plus tard, à la faveur d’une nouvelle alternance politique en Espagne, le dialogue est rétabli par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011) avec le roi Mohammed VI. Les échanges commerciaux se développent malgré des épisodes de crispation à propos de Ceuta et Melilla. Madrid renoue avec une forme de neutralité entre le Maroc et l’Algérie.
    Sous le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy (2011-2018), le pragmatisme l’emporte, l’Espagne et le Maroc coopèrent sur la question migratoire tandis que de nombreuses entreprises hispaniques s’installent au royaume chérifien. Quand le socialiste Pedro Sanchez arrive au pouvoir en 2018, il déclare le Maroc « partenaire stratégique » de l’Espagne, sans pour autant renoncer à développer les échanges avec l’Algérie. Survient alors la crise de 2021 à Ceuta. Alors que Rabat s’indigne de l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, l’organisation indépendantiste du Sahara occidental soutenue par l’Algérie, 10 000 personnes rejoignent l’enclave espagnole à la nage. « Quelques mois plus tard, l’Espagne change de position sur le Sahara occidental et décide d’ouvrir ses frontières avec le Maroc », rappelle Cristina Monge, professeure de sciences politiques à l’université Complutense de Madrid.
    Un virage spectaculaire : en mars 2022 en effet, Pedro Sanchez qualifie le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental de base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit avec le Front Polisario. Sur ce sujet jusqu’alors, Madrid tenait sa fameuse position d’équilibre entre les parties. L’Espagne s’attire les foudres d’Alger mais anticipe, ce faisant, un mouvement qui se généralisera en faveur de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ancien territoire colonisé que l’Espagne avait dû quitter en 1975 après la « marche verte » organisée sous le règne de Hassan II. En 2024, la France se ralliera à son tour à la position marocaine. « Chaque fois qu’un événement migratoire se produit, cela débouche inévitablement sur des négociations portant sur des questions stratégiques pour le Maroc. Nous ne savons pas encore ce qui s’est passé cette semaine, mais nous le saurons bientôt », estime Cristina Monge.
    Directeur de recherches à l’Institut royal Elcano de Madrid, Ignacio Molina pense, lui aussi, que la nouvelle arrivée massive de migrants à Ceuta révèle combien le Maroc « tient à montrer de temps à autre sa capacité à exercer une pression, même s’il y a de multiples causes à cette crise, non exclusives les unes des autres ». Parmi elles, la visite officielle de Pedro Sanchez à Alger, le 20 juillet, la première depuis 2020, mais surtout l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet interdisant la reconduite automatique à la frontière des migrants arrivant par la mer sans avoir à franchir d’obstacle physique, ce qui pourrait avoir créé un appel d’air au Maroc. Samedi matin, l’armée espagnole a déroulé une ligne de bouées et un filet de contention depuis le rivage vers le large, une barrière flottante qui rend inapplicable la récente décision de justice.
    Même si certains, comme l’association AMDH, tiennent l’Etat marocain responsable de la situation ayant conduit à l’afflux de migrants à Ceuta, Ignacio Molina note que Madrid s’est bien gardé ces derniers jours de dénoncer toute responsabilité présumée de Rabat : « L’idée actuelle du gouvernement espagnol est de dire que, vaille que vaille, il faut entretenir de bonnes relations avec le Maroc. C’est une position qui n’est pas tenable à long terme, tant les différends sont nombreux entre les deux pays. A court terme néanmoins, Madrid et Rabat se doivent d’afficher leur coordination sur la question migratoire jusqu’en 2030, date à laquelle ils organiseront la Coupe du monde de football, conjointement avec le Portugal. »
    Comme le souligne le diplomate espagnol, « depuis le rapprochement de 2022, le Maroc croit pouvoir exiger de l’Espagne qu’elle soutienne toutes ses prises de position à l’international, notamment à l’encontre de l’Algérie. Or le réchauffement en cours entre Madrid et Alger lui montre que la réalité n’est pas aussi simple ». Selon ce fin connaisseur de la région, l’affaire de Ceuta pourrait ainsi être liée à une autre actualité récente, à savoir l’entrée en vigueur, le 15 juillet, de l’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur la suppression des contrôles physiques à la frontière terrestre entre Gibraltar et l’Espagne, rapprochant de facto le rocher britannique de l’espace Schengen. Conséquence immédiate, le gouvernement de Gibraltar a annoncé la fin de la liaison maritime avec le Maroc.
    Rabat en aurait pris ombrage, le ferry en question ayant permis depuis une vingtaine d’années à la communauté marocaine de Gibraltar de maintenir des liens étroits avec le royaume. « Ce changement historique ne règle pas la question de la souveraineté de Gibraltar mais encourage certains à remettre sur la table l’avenir de Ceuta et Melilla », observe le diplomate. Connue pour ses positions anticolonialistes, l’AMDH a appelé, samedi, à « inscrire la revendication de la restitution » des deux enclaves espagnoles « à l’ordre du jour politique » marocain. En omettant de dire que si Ceuta et Melilla devenaient marocaines, Rabat perdrait son principal levier de pression sur l’Europe.

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  • Ceuta : les migrants quittent l’enclave et racontent le déchaînement de violence des derniers jours
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    Ceuta : les migrants quittent l’enclave et racontent le déchaînement de violence des derniers jours
    Samedi, à la tombée de la nuit, des migrants continuaient de quitter Ceuta. À raison de quelques dizaines de personnes par demi-heure. Le plus fort de la crise migratoire est passé, alors que 50 000 personnes ont franchi illégalement la frontière cette semaine. Du jamais vu dans l’histoire de l’enclave espagnole. De retour en territoire marocain, les candidats à l’émigration pointent la violence qu’ils ont subie sur place et qui a eu raison de leur rêve d’Europe.
    Un policier demande à un jeune homme où il veut aller. Des autocars attendent les migrants à leur sortie de Ceuta pour des rapatriements aux quatre coins du royaume. « Moi je vais à Tanger, je rentre chez moi », répond, soulagé, l’un de ceux qui viennent de franchir la frontière espagnole en sens inverse. « On est partis dans l’espoir de changer nos vies, on pensait trouver un pays meilleur. Ça, c’est la blessure laissée par un club de golf. Ce sont les gens de Ceuta qui m’ont fait ça », raconte un jeune homme qui montre une ecchymose sur son épaule.
    À côté de lui, Ilham, une vacancière originaire de Toulouse. « Je suis venue exprès pour voir ce qu’il se passe réellement. Moi, mon cœur il est serré, l’armée espagnole, ils ont regroupé des enfants pour les faire revenir au Maroc. Je vous jure, je les ai vus les frapper », raconte-elle. Mustapha a 17 ans. Il décrit des scènes de chasse à l’homme. Il a dû se réfugier dans une forêt pour fuir les militaires et des habitants de Ceuta. « On a vraiment souffert. Cette violence qu’on a subie, ça nous a atteints psychologiquement. C’est pour ça qu’on a quitté cet endroit », raconte-t-il. Les témoignages de migrants se recoupent et décrivent le déchaînement de violence qu’a connu Ceuta ces derniers jours.

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  • A Fnideq, près de Ceuta, la désillusion des jeunes Marocains après une traversée éclair en Europe
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    A Fnideq, près de Ceuta, la désillusion des jeunes Marocains après une traversée éclair en Europe
    Par Mustapha Kessous (Fnideq (Maroc), envoyé spécial)
    Cette fois, c’est fini. La fièvre a disparu. Fnideq est redevenue une cité balnéaire banale. Samedi 1er août, il n’y a plus de trace de la crise migratoire sans précédent qui a secoué ces derniers jours cette ville marocaine collée à l’enclave espagnole de Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre l’Union européenne et le continent africain. Enfin, presque. Il y a des policiers partout : le long de la corniche, sur les buttes couleur terre cuite qui surplombent la Méditerranée, sur la mer et tout au long de la route menant vers le poste-frontière. Mais il est difficile d’imaginer qu’entre jeudi 30 et vendredi 31 juillet, quelque 50 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol, se sont subitement ruées vers ce bout d’Europe, souvent à la nage.
    Dès le vendredi, ce mouvement inédit s’est inversé : la plupart ont fait marche arrière, épuisés par des jours d’errance, le manque de sommeil et la faim. A Ceuta, ils disent n’avoir trouvé que des forces de l’ordre, des rideaux de boutiques abaissés et des commerçants qui refusaient de les servir. La désillusion les a poussés à faire demi-tour.De l’autre côté des barbelés, Ceuta s’est vidée de ces exilés éphémères. Cette fois-ci, la porte qui mène vers cet autre monde a été condamnée. Il n’en reste plus qu’une d’ouverte : celle qui reconduit cette jeunesse dans un quotidien qu’elle dit vivre en apnée. Selon les autorités espagnoles, plus de 48 000 personnes sont retournées dans leur pays.Mais à Fnideq, l’errance a continué. Sans téléphone, sans argent, sans chaussures, beaucoup de ces jeunes se sont retrouvés à dormir sous les palmiers ou sur le bitume des trottoirs. Sans violence, et parfois avec compassion, les policiers les ont progressivement dispersés, leur répétant de rentrer à la maison. Certains ont attendu que des proches viennent les récupérer, d’autres ont fait de l’auto-stop. Ils peuvent oublier Ceuta et l’Europe.
    Quelque chose a désormais changé à Fnideq : les Espagnols viennent d’installer sur les flots de la Méditerranée une frontière flottante de 500 mètres de long. Cette barrière orangée défigure un peu plus encore un horizon coupé en deux.Sous ce soleil cuisant, l’après-midi semble s’éterniser. En face du portail grillagé, gardé par les forces auxiliaires, de nombreuses mères attendent leur enfant. Elles voient défiler des jeunes de tous les âges venus de plusieurs régions du royaume, minés par ce retour précipité. Certains sont pieds nus ou en chaussettes, d’autres torse nu.Ces mères sont inquiètes. Elles scannent chaque visage : est-ce leur enfant ? Elles arrêtent quelques garçons et leur montrent des photos : « Avez-vous vu mon fils ? » L’une d’elles est en pleurs. Sa fille Rania, 15 ans, s’est fait la belle avec sa cousine, il y a deux jours. « Je ne savais pas qu’elle voulait partir », raconte-t-elle. Depuis, elle est assise devant la porte du retour, espérant revoir la silhouette et les longs cheveux bouclés de sa fille. Cette dame d’une cinquantaine d’années à la gandoura à bas prix a dormi, la nuit de vendredi à samedi, près de l’immense rond-point à l’entrée de la ville, avec des centaines d’autres familles, et des jeunes qui espéraient encore se faufiler jusqu’à Ceuta.
    Mouad Hossni et Achraf Mimoun, deux militants de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), écoutent attentivement ces mères et tentent de les rassurer. Ils sont venus de Tétouan, la grande ville la plus proche, pour échanger avec ces candidats à l’exil dans le but de rédiger un rapport sur cette traversée éclair. « On peut se demander si cet événement est spontané ou organisé, explique M. Hossni. Mais la question la plus importante demeure : quelles sont les causes sociales qui poussent des jeunes à prendre, en l’espace de quelques minutes, la décision de risquer leur vie en mer, quelles que soient les circonstances dans lesquelles cet événement s’est produit ? »
    Les récits de ces migrants éphémères se ressemblent tous. Ces garçons – les jeunes femmes sont très rares – racontent leur traversée comme une aventure extraordinaire. Ils évoquent les réseaux sociaux qui les ont poussés à rejoindre l’enclave espagnole et leur déception de n’avoir pas pu démarrer une nouvelle vie là-bas.
    Dans un long communiqué, l’AMDH a condamné « le silence inquiétant des responsables et des institutions » du pays qui n’ont toujours pas réagi publiquement à la crise. L’organisation exige l’ouverture d’« une enquête sérieuse et indépendante afin de faire toute la lumière sur les circonstances et les causes ayant conduit aux récentes vagues d’exode, et établir les responsabilités ». L’ONG fait état de « près de 130 victimes », alors que le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, avance le chiffre de 67 morts.
    Désormais, il faut apprivoiser la déception, et attendre la prochaine occasion. « De toute façon, Ceuta, ce n’est pas vraiment l’Europe, lâche un jeune homme. On y retournera. » En contrebas, sur la plage, un adolescent vient de se lancer à l’eau. Un militaire lui demande de remonter, le garçon se met à pleurer : « Pour l’amour de Dieu, laisse-moi y aller. » Il a dû renoncer. Les heures passent, la chaleur est moins intense. Puis, des cris. De joie. Rania vient de passer la porte du retour. Sa mère la serre si fort qu’elle pourrait lui briser les os. Sa fille l’embrasse comme si elles ne s’étaient pas vues depuis des mois. Pourquoi est-elle partie ? « Je ne peux pas l’expliquer, répond Rania. J’ai le cerveau en pause. »

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  • Plus de 60.000 migrants entrent illégalement dans l’enclave de Ceuta, l’Italie suspend la libre circulation avec l’Espagne
    https://www.dakaractu.com/Plus-de-60-000-migrants-entrent-illegalement-dans-l-enclave-de-Ceuta-l-It

    Plus de 60.000 migrants entrent illégalement dans l’enclave de Ceuta, l’Italie suspend la libre circulation avec l’Espagne
    L’arrivée illégale de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole de Ceuta, qualifiée par Madrid d’"attaque" contre son intégrité territoriale, a provoqué vendredi une crise d’une rare ampleur au sein de l’Union européenne, l’Italie ayant annoncé suspendre temporairement son espace de libre circulation avec l’Espagne."Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d’une conférence de presse vendredi, soit « 70% de la population de Ceuta », et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.
    La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.
    Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l’extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l’espace Schengen.Plusieurs pays européens ont fermement réagi à cette crise migratoire brutale, a commencer par l’Italie, qui a annoncé la fermeture de l’espace Schengen à l’Espagne.
    Dès jeudi, Rome, soutenue par la Finlande et le Danemark, avait signifié son intention de suspendre l’accord de libre circulation avec l’Espagne."Nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (...) comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne", a affirmé la cheffe du gouvernement d’extrême droite italienne Giorgia Meloni.Une proposition qualifiée de « démagogique » par l’Espagne, et dont la portée reste incertaine encore, des juristes consultés par l’AFP assurant qu’il est impossible de l’appliquer dans le cadre légal actuel.
    « C’est une mesure prévue par les traités et qui est devenue aujourd’hui inévitable », a toutefois soutenu le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani sur X.L’intégrité de l’espace Schengen de libre-circulation « est absolument garantie », a quant à lui affirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Albares.
    Signe du chaos régnant à Ceuta, de nombreux migrants ont retraversé vendredi la frontière en sens inverse pour rentrer au Maroc : « il y a trop de monde ici, tout est plein » a expliqué l’un d’eux à l’AFP.Selon Jose Manuel Albares, « la quasi-totalité de ceux qui sont entrés à Ceuta sont déjà retournés au Maroc ».À Castillejos, une ville du Maroc proche de Ceuta, Abdelhakim a raconté à l’AFP avoir parcouru « 14 km à pied par les montagnes » pour atteindre le territoire espagnol, où il n’a finalement pas réussi à entrer.
    « On nous a dit de passer par la mer. Mais je me suis retrouvé complètement submergé et j’ai vu deux jeunes (…) mourir sous mes yeux », a-t-il expliqué, assurant être « revenu en arrière » en se rappelant avoir deux enfants."C’est catastrophique ! (...). C’est vrai qu’ils souffrent énormément dans leur pays, mais ce ne sont pas des manières d’entrer. Nous avons nos enfants ici, j’ai peur pour eux", a réagi un chauffeur de taxi de Ceuta, Mohamed, auprès de l’AFP.
    Venant de la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte l’enclave espagnole, les migrants, sont arrivés toute la nuit par la terre et la mer, franchissant les hautes barrières de barbelés qui matérialisent la frontière, ou les contournant par la mer. Dix-huit d’entre eux se sont noyés, selon une source policière.
    Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe (avec l’autre enclave espagnole de Melilla). Vendredi, des milliers de jeunes migrants étaient réunis sur les plages, certains se réchauffant autour de feux, d’autres dormant, sous le regard des forces de l’ordre, en grand nombre. Des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, propagées sur les réseaux sociaux, ont provoqué cette ruée, selon des témoignages recueillis par l’AFP. A Madrid, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants, pour beaucoup vêtus de noir, se sont rassemblés vendredi soir devant l’ambassade du Maroc à Madrid pour dénoncer « l’invasion » migratoire à Ceuta, scandant des slogans comme « L’Espagne, chrétienne et pas musulmane ! ».
    D’autres brandissaient une grande banderole « Remigration », le retour des personnes immigrées vers leur pays d’origine, concept promu par de nombreuses formations d’extrême droite en Europe.A Ceuta, des centaines d’habitants de l’enclave ont manifesté devant l’hôtel de ville, criant : « Ceuta unie ne sera jamais vaincue ! », et certains proférant des insultes contre le Premier ministre socialiste espagnol.
    Arrivé vendredi matin avec son ministre de l’Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » et accusé des « mafias » d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière.Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l’enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à « l’invasion d’un pays », accusant sur X l’Espagne de mener des « efforts délibérés » ayant favorisé cette immigration clandestine.La France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à aider l’Espagne.Paris a toutefois annoncé multiplier par cinq le nombre de policiers et de gendarmes samedi à la frontière franco-espagnole, portant leur nombre à 334. Bruxelles a cependant indiqué vendredi n’avoir relevé aucun flux migratoire entre Ceuta et le continent européen."Ce n’est pas le moment de se diviser. C’est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie", a réclamé Pedro Sanchez sur le réseau social X.Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne.

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  • L’Espagne installe une barrière flottante à la frontière de Ceuta - Le bilan monte à 67 morts
    https://www.dakaractu.com/L-Espagne-installe-une-barriere-flottante-a-la-frontiere-de-Ceuta-Le-bila

    L’Espagne installe une barrière flottante à la frontière de Ceuta - Le bilan monte à 67 morts
    Les autorités espagnoles ont entamé samedi matin l’installation d’une barrière de contention sur la digue d’El Tarajal, à Ceuta, a annoncé le ministère espagnol de l’Intérieur. Le principal dispositif est une structure flottante de 500 mètres de long, qui s’élève de 30 à 70 centimètres au-dessus de l’eau et descend jusqu’à un mètre sous la surface. Cette installation est complétée par une première rangée de bouées ancrées, fournies par la marine espagnole. Un passage est maintenu entre les deux dispositifs afin de permettre aux embarcations de la Garde civile espagnole de surveiller en permanence la barrière flottante et d’assurer sa protection. Le nombre de personnes décédées lors de la crise migratoire à la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta est passé à 67, a annoncé le gouvernement espagnol. Ces derniers jours, des dizaines de milliers de migrants ont tenté de rejoindre l’enclave depuis le Maroc. Certains ont notamment traversé la mer à la nage. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie dans ces tentatives. L’Espagne a également annoncé samedi l’installation d’une barrière de protection le long de la digue qui s’avance dans la mer à Ceuta. La grande majorité des migrants sont désormais retournés au Maroc. Beaucoup d’entre eux sont de jeunes Marocains. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a dénoncé samedi l’attitude « égoïste » de certains pays de l’Union euroéenne face à la crise migratoire dans l’enclave espagnole de Ceuta et réclamé une réunion en visioconférence des ministres de l’Intérieur des 27. « Une telle attitude - motivée par les préjugés, les fausses informations, l’ignorance ou des intérêts politiques - est non seulement contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent, mais elle va également à l’encontre des intérêts à long terme de l’Europe », a-t-il écrit dans une lettre adressée aux chefs des institutions européennes et consultée par l’AFP. Des milliers de candidats à l’émigration, en large majorité marocains, refoulés de l’enclave espagnole de Ceuta et revenus dans la petite ville de Fnideq dans le nord du Maroc, continuent samedi matin à être embarqués dans des autocars pour être ramenés chez eux, selon des journalistes de l’AFP. Une source marocaine proche des opérations, qui ont débuté vendredi soir, a indiqué à l’AFP sous couvert d’anonymat que les milliers de personnes renvoyées par l’Espagne allaient être acheminées chez elles « directement en autocar ou via la gare de Tanger », métropole portuaire et industrielle d’un million d’habitants située à 70 km de Fnideq. Selon cette source, le poste frontalier de Fnideq est désormais « totalement sécurisé » tout comme les collines qui le surplombent d’où des centaines de candidats à l’émigration, surtout des jeunes hommes marocains, avaient jeté des pierres sur les forces de l’ordre vendredi. Le gouvernement espagnol a annoncé vendredi soir que la quasi totalité, au moins 48.000 des 60.000 migrants entrés illégalement ces derniers jours à Ceuta, seul territoire espagnol en Afrique avec Melilla, à 400 km plus à l’est, étaient déjà rentrés au Maroc. Tard vendredi, les journalistes de l’AFP ont vu partir une vingtaine d’autocars de chacun 54 places, soit une capacité d’un millier de personnes. Les autobus étaient à destination de Tanger, mais également Tetouan ou la capitale économique Casablanca, dotées d’installations ferroviaires pour réacheminer des gens venus parfois d’aussi loin que Marrakech, à plus de 500 km au sud.

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  • Un afflux massif de migrants à Ceuta ravive les tensions entre l’Espagne et le Maroc
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/31/un-afflux-massif-de-migrants-a-ceuta-ravive-les-tensions-entre-madrid-et-rab

    Un afflux massif de migrants à Ceuta ravive les tensions entre l’Espagne et le Maroc
    Par Guillaume Delacroix (Barcelone, correspondance) et Mustapha Kessous
    Ils ont fui vers l’Europe pieds nus, en slip ou en maillot de bain, certains à la nage, d’autres sur des bouées ressemblant à des pneus. Passé la digue qui sépare les faubourgs de la ville marocaine de Fnideq de la plage de Ceuta, ils ont couru vers le centre de l’enclave espagnole, levant les bras aux cris de « Viva España ! » Alors qu’environ 1 500 entrées illégales de migrants avaient été observées depuis une dizaine de jours à Ceuta, le flux s’est soudainement accéléré, jeudi 30 juillet, avec l’arrivée par la mer de milliers de personnes, de jeunes hommes et des adolescents dans leur immense majorité, Marocains pour la plupart.
    Les arrivées se sont poursuivies dans la nuit. Au moins 18 d’entre eux sont morts par noyade, a déclaré vendredi le ministère espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, évaluant à ​près de 50 000 le nombre de migrants ayant franchi la frontière au ‌cours des dernières 24 heures. Il s’est rendu sur place, vendredi matin, aux côtés du premier ministre espagnol, Pedro Sanchez. Il s’agit de la plus importante arrivée de migrants depuis la grande crise de mai 2021, lors de laquelle plus de 10 000 personnes avaient réussi à passer en deux jours la seule frontière terrestre de l’Union européenne avec le continent africain avec Melilla, l’autre enclave espagnole en territoire marocain, où la frontière a été fermée.
    Du 1er janvier au 15 juillet, l’Espagne a enregistré une diminution de près de 25 % des arrivées sur son territoire. Cette baisse s’explique notamment par des accords signés avec le Maroc en février 2023 pour lutter contre la migration illégale. Le nombre de personnes empruntant la route vers les Canaries, par exemple, a chuté de 61 %. Toutefois, au gré de ces accords, les flux migratoires se sont déplacés. Ceuta est redevenue en 2026 l’une des portes privilégiées pour entrer en Europe avec une augmentation de plus de 149,4 % des passages par voie terrestre.
    Jeudi, Juan Jesus Vivas, le président (PP) de la ville autonome de Ceuta, a fait part de son inquiétude face à des centres d’accueil « débordés et saturés ». Au nom de toutes les formations politiques représentées au sein de l’exécutif local, parmi lesquels le Parti populaire (PP, droite) et Vox (extrême droite), mais aussi le Parti socialiste (PSOE), Juan Jesus Vivas a demandé au gouvernement espagnol la déclaration de « l’état d’urgence national ». A Madrid, le président du PP, Alberto Nuñez Feijoo, a exigé du gouvernement qu’il « reprenne le contrôle » de l’enclave tandis que la direction de
    Le premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, a téléphoné à Juan Jesus Vivas pour tenter de le rassurer. « Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires (…) pour revenir à la normale dès que possible », a-t-il dit. En fin de journée, le déploiement de l’armée a été annoncé pour répondre à la gravité de la situation. Madrid a exclu, en revanche, de recourir à l’état d’urgence, les flux migratoires n’étant pas considérés comme un risque relevant du système national de protection civile.
    En Italie, la présidente du conseil d’extrême droite Giorgia Meloni s’est emparée de l’affaire, dénonçant les « images choquantes » de Ceuta et appelant à « des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne ». Le ministre espagnol des affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé dans la foulée la « démagogie » de Rome, annonçant la convocation vendredi de l’ambassadeur d’Italie à Madrid en signe de protestation.
    Pour le gouvernement espagnol, cette nouvelle poussée de fièvre s’explique par un arrêt rendu le 8 juillet par la Cour suprême espagnole qui aurait, selon lui, incité les réseaux de passeurs à redoubler d’activité. La haute juridiction se prononçait sur le cas d’un migrant originaire d’Algérie qui contestait sa remise aux autorités marocaines après avoir été intercepté en haute mer en novembre 2024 alors qu’il tentait, avec deux autres personnes, de rejoindre Ceuta à la nage. Elle a estimé que le refoulement immédiat de migrants tentant de rejoindre Ceuta ou Melilla par la mer n’était pas possible, alors qu’il l’est pour ceux qui passent illégalement la frontière par voie terrestre. « Cette décision de justice a encouragé les migrants à se diriger vers Ceuta par la mer, explique Jamila El Abboudi, militante à l’Association marocaine des droits humains (AMDH). La situation est catastrophique. »
    Au premier trimestre, le Maroc a affiché 4,6 % de croissance, mais le taux de chômage s’élève à 10,8 % de la population active et à 29,2 % chez les 15-24 ans, selon le Haut-Commissariat au plan marocain. « Un jeune qui part, parfois avec l’assentiment de ses parents, c’est une assurance qu’il enverra de l’argent à sa famille, souligne le sociologue Ali Zoubeidi. Le fait que le gouvernement espagnol annonce la régularisation de 500 000 sans-papiers [en avril] a aussi pu inciter des jeunes à tenter de rejoindre Ceuta. »
    A ce contexte espagnol s’ajoute un événement qui peut laisser penser que Rabat aurait délibérément lâché du lest aux portes de Ceuta. Le 20 juillet, au lendemain de la victoire de l’Espagne au Mondial de football, Pedro Sanchez s’est rendu à Alger en visite officielle pour apaiser les tensions avec son premier fournisseur de gaz, après la crise déclenchée en 2022 par le soudain soutien espagnol au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, un territoire disputé par les indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Pour Abdullah Abaakil, vice-secrétaire du Parti socialiste unifié marocain, il n’y a aucun doute : « Les autorités marocaines ont clairement laissé passer, assure-t-il. Il y a une tendance douteuse à utiliser la migration et le désespoir des jeunes pour mettre dans l’embarras le gouvernement espagnol et lui dire quand les choses ne lui plaisent pas. » Jeudi, Madrid et Rabat ont assuré que les deux pays travaillaient « en coordination », pour assurer « dès que possible, le rapatriement de toutes les personnes entrées illégalement » à Ceuta ces derniers jours. « La situation est critique, estime Jamila El Abboudi de l’AMDH. Il y a des centaines de jeunes qui viennent de Kénitra, Casablanca ou El Jadida, qui se dirigent vers la frontière de Ceuta. Ce n’est pas terminé. » Mise à jour le 31 juillet 2026 à 9 h 55, avec l’arrivée du premier ministre et du ministre de l’intérieur et l’actualisation du nombre de morts par noyade et de personnes ayant rejoint l’enclave

    #Migrant#migration#maroc#espagne#ceuta#migrationirreguliere#crise#frontiere#droit#sante

  • Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/31/afflux-de-migrants-a-ceuta-la-droite-et-l-extreme-droite-francaises-mettent-

    Afflux de migrants à Ceuta : la droite et l’extrême droite françaises mettent en cause le gouvernement de Pedro Sanchez, la gauche dénonce « des mensonges »
    Par Marie Pouzadoux et Corentin Lesueur
    Il a suffi de quelques heures pour que les images inondent les réseaux sociaux et enflamment la droite et l’extrême droite françaises. Celles de dizaines de milliers de personnes traversant la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta dans la nuit de jeudi 30 à vendredi 31 juillet, après plusieurs jours d’arrivées en continu, ayant causé la mort d’au moins 34 personnes. Vendredi à 17 heures, plus de 37 500 migrants étaient déjà rentrés au Maroc, selon le gouvernement espagnol.
    Face à l’inflammabilité du sujet migratoire et une situation difficilement maîtrisable sur place, le gouvernement français a rapidement réagi vendredi. A l’instar des autres Etats membres de l’Union européenne (UE) redoutant des répercussions politiques et sécuritaires, Emmanuel Macron a déclaré avoir exigé le « renfort des contrôles à la frontière avec l’Espagne », peu après que le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé avoir « donné des instructions » en ce sens « dès [jeudi] soir ».Soucieux de se montrer en alerte sans s’avancer, pour l’heure, sur les causes de ces arrivées massives du Maroc, Emmanuel Macron a affiché la solidarité de la France envers l’Espagne. Se disant prête « à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire », y compris au travers de l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières (Frontex).
    La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, s’est aventurée plus loin. Interrogée au micro d’Europe 1 en début de matinée, elle a déploré des « autorités qui ne savent pas réguler et qui ont permis à ce flux massif [d’]arriver en Espagne », semblant cibler en creux le Maroc, comme la responsabilité des réseaux de passeurs clandestins. Mais elle a estimé que c’était aussi « la politique qui est menée par le gouvernement espagnol en matière migratoire » qui a conduit à cette situation. Dès vendredi matin, une partie de la droite ne s’est pas embarrassée de précautions pour accuser avec virulence le gouvernement espagnol d’être responsable de cet afflux migratoire, en raison de « ses choix laxistes ».
    Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, est devenu à leurs yeux une figure honnie depuis son annonce, en avril, d’un plan de régularisation exceptionnel de 500 000 personnes pour soutenir l’économie du pays. « La décision (…) que j’avais dénoncée crée un formidable appel d’air qui menace de déstabiliser l’Europe entière », a ainsi conspué sur X le candidat à la présidentielle des Républicains (LR) Bruno Retailleau. L’ex-ministre de l’intérieur, qui avait prôné « la mise au ban de l’Espagne » lors de l’annonce de la mesure, a appelé vendredi à un « électrochoc » européen.
    Dès la diffusion des premières images, l’extrême droite française s’est précipitée pour dénoncer une « invasion migratoire », usant de champs lexicaux guerrier ou animalisant, ou de références à la théorie raciste et complotiste du « grand remplacement ». L’eurodéputée Marion Maréchal a décrit des « hordes de jeunes Marocains », à qui le président de Reconquête ! Eric Zemmour, lui, a promis la « remigration, sinon nos peuples seront balayés par ce tsunami ». « Ils seront demain dans nos rues », a pour sa part alerté le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, sur X, déplorant une « submersion sans précédent ». En tant que président du groupe des Patriotes pour l’Europe (PFE), il a réclamé la tenue en urgence d’une session plénière exceptionnelle du Parlement européen.
    Plus que le rétablissement des contrôles à la frontière espagnole déjà annoncés, des responsables politiques de droite et d’extrême droite ont réclamé la suspension des règles de libre circulation dans l’espace Schengen, en soutien à la position de présidente du conseil italien, Giorgia Meloni. Quand bien même ces règles ne s’appliquent pas à l’enclave espagnole située au nord du continent africain.
    Dans un message posté sur X, la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen, en a même profité pour rappeler sa promesse de réserver le libre passage des frontières aux seuls citoyens européens. De quoi faire réagir, de l’autre côté du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon : « Marine Le Pen voudrait présider une grande puissance européenne, mais ne sait pas que Ceuta (…) est déjà exclue de l’accord Schengen. » Le candidat de La France insoumise a plaidé a contrario pour que le France ne « laiss[e] pas [l’Espagne] seule face à l’épreuve » et « d’éventuelles manipulations », exigeant une « coordination européenne pour de l’aide humanitaire ».
    Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a lui aussi dénoncé « les mensonges », de « la droite et l’extrême droite [qui] se concurrencent chaque jour en matière de désinformation ». Il a témoigné de son soutien « aux autorités espagnoles pour lutter contre ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de déstabilisation de leur territoire », en pleines tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc. Au sein du bloc central, Edouard Philippe (Horizons), plus précautionneux dans son discours que Bruno Retailleau, a pressé la convocation d’une réunion en urgence des ministres de l’immigration des Vingt-Sept, tout comme le déploiement des forces de Frontex. Mais il a aussi incité l’UE à faire acte de plus de fermeté dans sa discussion avec les pays africains pour « prot[éger] ses frontières » et a renvoyé la balle à l’Espagne, jugeant qu’il « n’est pas acceptable qu’un pays [membre de l’UE] puisse seul décider de régularisations massives qui créent un appel d’air pour tout le continent ». Son concurrent dans la course à l’Elysée Gabriel Attal a lui aussi évoqué un « drame » qui « déstabilise tout un territoire », encourageant l’UE à « engage[r] un rapport de force inédit vis-à-vis des pays tiers et des réseaux criminels de passeurs qui sont à l’origine des événements ».

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#maroc#ceuta#migrationirreguliere#UE#frontex#frontiere#crise#droit#politiquemigratoire#extremedroite

  • L’afflux de #migrants à #Ceuta s’est transformé en crise diplomatique intra-européenne

    https://www.rfi.fr/fr/europe/20260731-l-afflux-de-migrants-%C3%A0-ceuta-s-est-transform%C3%A9-en-crise-diplom

    Les migrants arrivés par dizaines de milliers à Ceuta en cette fin de semaine ont largement repris le chemin du #Maroc selon les autorités espagnoles, ce qui dessine une issue à la partie la plus urgente de la crise migratoire. Il reste qu’elle s’est largement transformée en crise diplomatique intra-européenne avec un certain retard à l’allumage des dirigeants des institutions de l’#UE.

  • Spanish politicians, commentators accuse Israel of stirring chaos over Ceuta migration crisis
    https://www.aa.com.tr/en/europe/spanish-politicians-commentators-accuse-israel-of-stirring-chaos-over-ceuta-migration-crisis/4014887

    De fait, on se demande comment 50 000 personnes (chiffre de ceux qui sont passés selon les autorités espagnoles) ont pu se passer le mot sans que personne n’en sache rien dans la galaxie numérique...

    Diplomatic tensions between Spain and Israel over the Gaza war have increasingly spilled onto social media, with the migration crisis in Spain’s North African enclave of Ceuta emerging as the latest flashpoint after an exchange of barbs between Israeli UN Ambassador Danny Danon and Spanish Transport Minister Oscar Puente.

    Danon accused Spain of repeatedly criticizing Israel while declaring a state of emergency in Ceuta over a migration crisis.

    “Spain, which never misses an opportunity to lecture Israel, has declared a state of emergency in Ceuta following the crisis over its immigration policy,” Danon wrote on X.

    “Maybe before it continues lecturing us, it’s time it explained to the world why it still maintains colonial enclaves in Africa,” he added, referring to the Spanish territories of Ceuta and Melilla on Morocco’s Mediterranean coast.

    Quoting Danon’s post on X, Puente responded: “Well, it all seems to be becoming quite clear.”

    While the minister did not elaborate, his remark was widely interpreted as a response to Danon’s criticism and came amid growing political debate in Spain over the migration crisis and Israel’s role in regional politics.

    The online exchange followed comments by Spanish political commentator Carolina Alonso, who alleged that Israel was seeking to undermine Spain’s government in retaliation for Madrid’s stance on the war in Gaza.

    Sharing a post about calls by some Italian politicians to suspend Spain from the Schengen area, Alonso claimed the effort was being carried out “through Morocco, with the support of Israel,” as well as Spain’s and Europe’s far right.

    She also accused the United States of attempting to weaken Spain’s government to expand its influence over the Strait of Gibraltar, arguing that the migration crisis had become part of a broader geopolitical struggle.

    The debate also drew in Spanish lawmaker Gabriel Rufián, the parliamentary spokesperson for the Republican Left of Catalonia (ERC), who echoed claims on social media that the migration crisis was serving US and Israeli interests. He called for a broad national consensus on the issue instead of partisan political confrontation.

    Journalist Jose Vizner revived a 2019 social media post by Yair Netanyahu, son of Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu, which referred to alleged Israeli support for separatist movements in Ceuta and Melilla.

    Quoting the post, Vizner questioned whether the current migration pressure represented “revenge” against Spanish Prime Minister Pedro Sanchez that “all Spaniards are paying for.”

    Spanish commentator Ruben Gisbert made similar claims, arguing that Morocco had not intensified its claims over Ceuta and Melilla until Sanchez took office and later adopted increasingly critical positions toward Israel and closer alignment with the Palestinian cause.

    • https://www.aa.com.tr/en/world/morocco-blocks-thousands-of-irregular-migrants-from-heading-to-spain-s-ceuta/4014665

      Moroccan authorities early Friday prevented thousands of irregular migrants from heading toward the border fence with the Spanish enclave of Ceuta.

      An Anadolu correspondent said security forces stopped many young people and transported them outside the northern Moroccan city of Fnideq, while continuing to pursue others attempting to reach Ceuta.

      The move came after around 1,500-2,000 irregular migrants, most of them Moroccans, reached Ceuta by swimming over the past 10 days, according to Spanish media.

    • Taleb Alisalem sur X :
      https://x.com/TalebSahara/status/2082930831903830429

      ESTO ES MUY GRAVE. Me llegan estas imágenes de cómo las autoridades marroquíes vacían camiones llenos de jóvenes cerca de la frontera con Ceuta.

      Quien no quiera ver que se trata de una operación perfectamente preparada por el régimen, es que es ciego.

      https://video.twimg.com/amplify_video/2082930806482210817/vid/avc1/320x568/2Lkw9fYIKuWZY5eX.mp4

    • Je me souviens encore d’un appel téléphonique entre Netanyahou et Sánchez en février ou mars dernier, compte tenu de la situation en Palestine ... (oAnth)

      https://x.com/izakaminska/status/2082897234300108973
      (Izabella Kaminska - 2026-07-30 - Twi_X)

      Wow. Michael Rubin, writing for the American Enterprise Institute as recently as March this year, argued that Morocco should take back control of Ceuta and Melilla on the grounds that NATO wouldn’t be able to do very much, and that Spain’s presence there is illegitimate.

      https://aei.org/commentary/morocco-should-send-a-new-green-march-into-ceuta-and-melilla

      Spain’s Pedro Sánchez Should Make Good on His Anti-Colonial Rhetoric and End Its Occupation in Africa

      Michael Rubin, 2026-03

      In 1975, Spain sought desperately to either hold onto the Western Saharan colony it had seized decades before or at least transform it into a proxy state by putting hand-picked leaders in charge, no matter that they had no local legitimacy.

      King Hassan II checkmated Madrid’s ambitions. On November 6, 1975, approximately 350,000 unarmed Moroccans simply marched into the Sahara. They waved Moroccan flags and carried the Qur’an. Spanish forces stood down. Just over a week later, Spain signed the Madrid Accords in which Spain, Morocco, and Mauritania agreed to respect the views of local population. Spain agreed to withdraw from the territory by the end of the following February.

      Hassan II had history on his side. The region was Moroccan for more than a millennium before Spain’s imperial arrival. Moroccans have many internal debates, but sovereignty over territories that European colonists seized is not one. Previously, Morocco’s 100 dirham note commemorated the Green March.

      King Mohammad VI built upon the Green March legacy with his stewardship of the Sahara. On a per-capita basis, the Sahara receives more state investment in schools and other infrastructure than other regions in Morocco. Both Dakhla and Laayoune are models for sustainable urban development. Sahrawi imprisoned by the Polisario Front, a Cold War relic that Algeria still nurtures, flee Tindouf at every opportunity, to the point that the Polisario holds family members hostage to prevent flight to Morocco.

      With Spain’s Socialist Prime Minister Pedro Sánchez embracing the language of decolonization, Mohammed VI should reclaim the spirit of the Green March to finalize the expulsion of Spanish colonists from Moroccan soil. Ceuta and Melilla might be relatively tiny towns, but they represent illegitimate beach heads and are home to approximately 170,000 Spanish settlers. They are a weak spot for European security since African migrants regularly rush the fence to claim asylum.

      Moroccans should gather, send bulldozers to the border, and then enter Ceuta and Melilla unarmed to raise the flag. Sánchez and the Spanish press bleat, but they have no grounds to act. Nor, for that matter, would NATO, even if Moroccan forces entered the towns to restore order and organize the dispatch of settlers across the Strait of Gibraltar and back to Spain.

      NATO is a mutual defense alliance based on membership and geography. Article 5 of its foundational treaty states, “The Parties agree that an armed attack against one or more of them in Europe or North America shall be considered an attack against them all… .” Article 6 is explicit: “For the purpose of Article 5, an armed attack on one or more of the Parties is deemed to include an armed attack on the territory of any of the Parties in Europe or North America… or on the Islands under the jurisdiction of any of the Parties in the North Atlantic area north of the Tropic of Cancer.” Neither #Ceuta, #Melilla, nor the #Canary_Islands would trigger a #NATO response, just as NATO would not need respond to an attack on Hawaii or Puerto Rico.

      Sánchez should do the right thing: make good on his anti-colonial rhetoric, and end Spain’s occupation in #Africa. Meanwhile, authorities in #Cádiz should begin preparations to receive displaced Spanish settlers, whether Madrid acquiesces or not.

      #Maroc #Espagne #États-Unis #Israel #Afrique #OTAN

  • Pour la série... les murs ne servent à rien...

    Schätzungsweise 49.000 Migranten erreichen spanische Exklave Ceuta

    In Nordafrika sind laut spanischer Regierung innerhalb von 24 Stunden schätzungsweise 49.000 Migranten von Marokko aus in der Exklave Ceuta angekommen. Mehrere Menschen kamen beim Versuch ums Leben, das EU-Gebiet zu erreichen.

    In der spanischen Exklave Ceuta ist die Lage weiter angespannt. Mit etwa 49.000 Migranten ist die Zahl der Angekommenen deutlich höher als zunächst angenommen. Aus Polizeikreisen hieß es zudem, es sei unmöglich, genaue Zahlen zu nennen. Auch zum Zeitraum gab es zuletzt unterschiedliche Angaben. Der Regionalpräsident von Ceuta, Vivas, sprach von einem humanitären und sozialen Notstand. Nach Angaben des Innenministeriums in Madrid sind mindestens 18 Menschen beim Versuch ums Leben gekommen, in das Gebiet zu gelangen.
    Der Großteil schwamm von marokkanischem Gebiet aus. Auslöser war offenbar eine Entscheidung des spanischen Obersten Gerichts, dass über das Meer eintreffende Migranten nicht ohne ordnungsgemäßes Verfahren zurückgeschickt werden dürfen. Der Vorsitzende der Gewerkschaft der Guardia Civil erklärte, seit dem Urteil Anfang Juli habe es einen stetigen Zustrom gegeben, gestern sei es jedoch zu einem sprunghaften Anstieg gekommen. Das spanische Innenministerium warf Schlepperbanden vor, das Urteil auszunutzen.
    Auch in der Exklave Melilla hätten inzwischen etwa 400 Menschen die Grenze auf dem Landweg oder über einen Damm überwunden, teilte der Präsident der autonomen Stadt, Imbroda, mit. Die Sicherheitskräfte hätten die Situation wieder unter Kontrolle.
    Nach der Ankunft der Migranten hat die spanische Regierung Soldaten nach Ceuta entsandt. Derweil machen sich weiter viele Menschen auf den Weg in die spanische Exklave.
    EU-Kommission bietet Hilfe an
    Der Grenzschutz der Exklave brach aufgrund des hohen Andrangs zusammen. Die spanische Regierung hatte einen Einsatz des Militärs angekündigt. Unter anderem sollen Dutzende Soldaten und ein Militärschiff nach Ceuta verlegt werden. Regierungschef Sánchez und Innenminister Grande-Marlaska sollen heute nach Ceuta reisen.
    Die EU-Kommission bot Spanien Hilfe an. Der für Migration zuständige Kommissar Brunner erklärte, man könne etwa die Europäische Grenzschutzagentur Frontex einsetzen, um die Lage unter Kontrolle zu bringen. Außerdem stehe man mit marokkanischen Behörden in Kontakt.
    Italien fordert Ausschluss Spaniens aus Schengen-Raum
    Wie die Nachrichtenagentur AFP berichtet, forderte Italiens rechtsgerichtete Regierung angesichts der Bilder aus Ceuta, Spanien aus dem Schengen-Raum auszuschließen. Spanien bestellte daraufhin den italienischen Botschafter ein.
    Die Exklaven Ceuta und Melilla sind offiziell EU-Gebiet, gehören aber nicht zum Schengen-Raum.

    https://www.deutschlandfunk.de/schaetzungsweise-49-000-migranten-erreichen-spanische-exklave-ceuta-
    #Ceuta #Espagne #Maroc #frontières #murs #barrières_frontalières #migrations #réfugiés #les_murs_ne_servent_à_rien

    • Spain sending troops as thousands enter enclave of Ceuta from Morocco

      Spain is sending troops to bolster security in its North African enclave of Ceuta after thousands of migrants swam from Morocco into the territory on Thursday.

      At least 18 people drowned while trying to reach Ceuta. Local officials had appealed to Madrid for help after a recent rise in attempted crossings, but there were chaotic scenes on Thursday as border controls apparently broke down.

      Spain’s Supreme Court ruled this month that migrants stopped at sea while trying to reach Ceuta or Melilla, another Spanish enclave, cannot be summarily returned to Morocco.

      Spain’s interior ministry accused human trafficking networks of exploiting that to “encourage the flow of undocumented migrants”.

      “The armed forces will reinforce the Civil Guard in the exercise of its powers and any others that may be necessary to maintain security in the city of Ceuta,” the ministry said.

      In a later statement, the ministry said it was working together with Morocco to ensure the return of all people who crossed into its territory “as soon as possible”.

      Ceuta, on Morocco’s northern coast, is separated from mainland Spain by the Strait of Gibraltar and has long been a focal point for migrants attempting to reach Europe.

      Along with its larger sister city Melilla, Ceuta has long been a flashpoint in diplomatic relations between Morocco and Spain. Madrid asserts that both territories are integral parts of Spain and have the same status as the semi-autonomous regions on its mainland.

      Local authorities reported crossings continued overnight into Friday, with some clashes between police and migrants.

      Pictures and videos shared online appeared to show rocks being thrown across border gates and thousands of young migrants sleeping on the streets.

      Some 300 to 400 people also crossed into Melilla, Spain’s second autonomous city in northern Africa, from Morocco, according to local officials.

      The breach prompted Italy’s government to say it was considering “extraordinary measures” including closing the open border Schengen agreement with Spain.

      Italy and Spain do not share a land border, so Italy would likely need to get other European countries on board to be able to enforce this.

      The number of migrants attempting to reach the Spanish enclave of Ceuta had been rising for several days.

      Then on Thursday, thousands of people slid down concrete embankments into the sea in order to swim around the jetty that marks the border.

      On the Spanish side, the beaches were soon covered in rubber rings and flippers. While some migrants were celebrating their arrival, more than a dozen drowned trying.

      It’s not yet clear what prompted this surge in illegal crossings from Morocco, or how hard the authorities there tried to prevent it. At one point, a Spanish official said the border was in total collapse.

      Spain’s Prime Minister, Pedro Sánchez, is due in the territory on Friday and has pledged to return things to normal immediately.

      Migrant reception centres are overwhelmed, and the local authorities have accused Madrid of being too slow to react.

      Juan Jesús Vivas, the leader of Ceuta, said the influx was overwhelming resources and urged the Spanish government to intervene.

      The breach has also prompted a political spat with Italy, where Prime Minister Giorgia Meloni says she’s considering suspending the open border Schengen agreement with Spain.

      In a post on X, she said the images from Ceuta were “striking”, and show that “uncontrolled illegal immigration poses a concrete threat to the security of Europe’s borders”.

      Her comments echoed similar remarks made earlier in the day by Foreign Minister Antonio Tajani.

      However, it is a threat that seems impossible to enforce.

      Spanish Foreign Minister José Manuel Albares accused Tajani of weaponising immigration for political ends.

      He said such remarks were “improper” for “a partner and friendly country from which we expect European solidarity and not partisan demagoguery”.

      He also summoned the Italian ambassador to Madrid on Friday.

      The Schengen Area is a system of open borders spanning 29 European countries that have officially abolished controls at their common borders.

      It was unclear how many exactly had crossed the border. Spanish media estimated between 2,000 and 3,000 people entered Ceuta on Thursday, according to Reuters, but said that the Guardia Civil had not confirmed the figure.

      As tensions rose, there were unconfirmed reports of clashes late on Thursday.

      In Fnideq, a Moroccan town near the Ceuta border, Moroccan authorities fired water cannons at migrants in an attempt to deter them from crossing, witnesses told Reuters.

      In Melilla, footage from local media and human rights organisations appeared to show clashes at the Beni Ansar border point.

      The surge has prompted comparisons with May 2021, when around 8,000 people entered Ceuta over a matter of days, exacerbating diplomatic tensions with Morocco.

      Ceuta and Melilla represent the European Union’s only land border with Africa.

      Spanish authorities have increased security around the enclaves in recent years through increased surveillance, barrier reinforcement, and improved bilateral relations with Morocco, but people continue to attempt to cross.

      https://www.bbc.com/news/articles/cg4drwzkrkxo

      #militarisation_des_frontières

  • Ceuta : la Garde civile lance une opération d’ampleur contre des réseaux d’immigration irrégulière - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72261/ceuta--la-garde-civile-lance-une-operation-dampleur-contre-des-reseaux

    Ceuta : la Garde civile lance une opération d’ampleur contre des réseaux d’immigration irrégulière
    Par La rédaction Publié le : 07/07/2026
    Dès les premières heures de la matinée, mardi, plusieurs unités de la Garde civile espagnole, appuyées par des drones, ont mené une vaste opération de démantèlement de trafics de migrants à Ceuta. Depuis le début de l’année 2026, l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées irrégulières. Mardi 7 juillet, à l’aube, des agents de la Garde civile, appuyés par des drones, se sont déployés dans différents quartiers de Ceuta dans le cadre d’une vaste opération contre des réseaux d’immigration clandestine.Selon le quotidien El Faro de Ceuta, qui cite des témoins oculaires, dès les premières heures de la matinée, plusieurs véhicules de la Garde civile sont partis en convoi, pour mener cette opération dans la zone de Cortadura del Valle, dans le centre de l’enclave espagnole. Des perquisitions ont été menées.
    « Bien que l’opération soit toujours en cours et menée dans la plus grande discrétion, plusieurs sources ont confirmé que plusieurs arrestations ont déjà eu lieu », écrit El Pueblo de Ceuta. "La présence de véhicules officiels ainsi que le bouclage de certaines rues ont attiré l’attention de nombreux habitants, qui ont suivi le déroulement de l’intervention depuis l’extérieur de leur domicile."L’opération - placée sous l’autorité de la justice - s’inscrit dans une enquête visant à démanteler l’organisation de réseaux notamment soupçonnés d’organiser le passage clandestin de migrants vers la péninsule espagnole.Selon El Faro de Ceuta, la dernière opération d’envergure de ce type, baptisée « Opération Barquera » a été menée il y a quelques mois par la Garde civile.
    Depuis le début de l’année 2026, l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées irrégulières. Près de 2 500 personnes sont arrivées depuis le 1er janvier dans l’enclave espagnole de Ceuta, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. C’est 164% de plus que l’année dernière à la même période (978). La pression sur cette frontière espagnole, considérée comme l’une des portes d’entrée en Europe, est donc forte. L’affluence de migrants dans l’enclave peut s’expliquer en partie par la baisse significative de fréquentation que connaît la route des Canaries. Tenter de rejoindre illégalement Ceuta, c’est toutefois prendre de grands risques. La ville autonome est encerclée par des grillages et des clôtures qui séparent le territoire espagnol du sol marocain. Ces barrières débutent dans les montagnes et s’étendent jusqu’aux digues se jetant dans la mer Méditerranée. Certains tentent de les escalader, d’autre essaient de les contourner en essayant de nager jusqu’à l’enclave en partant de la ville voisine de Fnideq (au sud de Ceuta) ou de Benzu (au nord de Ceuta), au prix de plusieurs heures d’effort.
    En 2025, au moins 40 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave par la mer ou en escaladant les barrières. Un record. Et cette année, on compte déjà neuf personnes décédées dans les mêmes conditions. « Ces chiffres d’arrivées ne prennent pas en compte les personnes empêchées de passer. Tous les jours, des migrants tentent de rentrer à Ceuta par la terre ou par la mer », expliquait en mars 2026, Rachid Sbihi, secrétaire général de l’Association unifiée des gardes civils (AUGC) dans la ville. « On est totalement abandonnés par le gouvernement espagnol pour gérer cet afflux. On réclame des renforts supplémentaires et des équipements plus performants mais personne ne répond à nos demandes »

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#ceuta#politiquemigratoire#frontiere#sante#migrationirreguliere#routemigratoire

  • L’armée espagnole s’inquiète de la « pression » du Maroc sur les enclaves de Ceuta et de Melilla
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/05/18/l-armee-espagnole-s-inquiete-de-la-pression-du-maroc-sur-les-enclaves-de-ceu

    L’armée espagnole s’inquiète de la « pression » du Maroc sur les enclaves de Ceuta et de Melilla
    r Alexandre Aublanc
    Trois couronnes de laurier au pied d’un buste blanc. Les autorités de Ceuta célébraient, le 2 mai, un illustre enfant de la ville. Ce jour-là, en 1808, le lieutenant Jacinto Ruiz Mendoza, héros de la guerre d’indépendance espagnole, menait le combat contre les forces napoléoniennes occupant Madrid. En hommage, des fantassins de Ceuta, les regulares, ont défilé devant son effigie de marbre.
    Héritière de troupes coloniales formées de combattants marocains, l’unité est la plus décorée d’Espagne. Elle fut à l’œuvre lors de la guerre du Rif (1921-1927) face aux rebelles du chef anticolonialiste Abdelkrim El-Khattabi. Portant le tarbouche rouge et la cape blanche, ses membres ne croisent plus le fer au Maroc, mais, pour l’armée espagnole, la perspective d’une guerre n’a pas disparu. En témoigne l’inquiétude de son centre de réflexion, dirigé par un légionnaire ayant servi à Melilla, l’autre port espagnol limitrophe du Maroc, à 270 kilomètres à l’est de Ceuta.
    Publié en mars, un rapport de l’Institut espagnol d’études stratégiques met en garde : « Au sud du détroit de Gibraltar, la pression militaire [marocaine] est une réalité. » Ceuta et Melilla (85 000 habitants chacune) étant des « nœuds vitaux pour la sécurité » des intérêts de l’Espagne, le centre de recherche du ministère de la défense préconise que leur soit dévolu un « plan de défense spécifique ». Toutes les composantes de l’armée – « terrestre, aérienne, spatiale, maritime et cybernétique » – sont concernées.Le projet n’est pas nouveau. Il avait été évoqué dans la dernière stratégie nationale de sécurité, adoptée en 2021. Mais sa réalisation tarde. Or, le haut commandement espagnol alerte depuis des années sur les « dépenses continues » de l’armée marocaine. « [Notre] supériorité est la meilleure dissuasion face aux visées du Maroc sur Ceuta et Melilla », avertissait l’état-major en 2025.
    Les généraux n’ont pas oublié l’épisode de l’îlot du Persil, en 2002. Planté en Méditerranée, le rocher à la souveraineté contestée avait failli déclencher un affrontement militaire. Malgré un accord tacite entre les deux pays, Mohammed VI avait autorisé l’envoi de gendarmes sur le caillou, avant qu’il ne soit repris par l’Espagne. Seule la médiation des Etats-Unis avait permis d’éviter le pire.
    Depuis, le rapport de force s’est resserré. L’aviation et la marine espagnoles surpassent toujours celles du Maroc, mais le royaume chérifien « a modernisé son armée, de sorte que, dans certains domaines, nous sommes à égalité, alors que, dans d’autres, comme la puissance de feu à longue portée, il nous surpasse », souligne l’universitaire Javier Jordan, directeur de Global Strategy, une plateforme réunissant chercheurs et professionnels de la défense.
    Une guerre conventionnelle reste néanmoins hypothétique, les officiers espagnols se préoccupant davantage de ce qu’ils nomment un conflit de « zone grise ». « Le Maroc semble développer une stratégie d’attrition progressive et prolongée visant à affaiblir la position de l’Espagne à Ceuta et à Melilla, sans recourir à la force militaire », rapporte Luis de la Corte Ibañez, directeur au centre de recherche en sciences forensiques et sécurité de l’université autonome de Madrid et professeur associé à l’Institut espagnol d’études stratégiques.
    Les signes de cette confrontation hybride vont de l’« asphyxie économique » des deux villes, privées de douanes commerciales avec le Maroc, à l’« instrumentalisation » de l’immigration, les cités espagnoles constituant les seules frontières terrestres directes entre l’Afrique et l’Europe. En 2021, quelque 10 000 individus étaient entrés illégalement à Ceuta en moins de quarante-huit heures.
    Persuadée que leur passage avait été facilité par le Maroc, l’Espagne avait dénoncé un « chantage ». En toile de fond planait l’ombre du Front Polisario, mouvement indépendantiste du Sahara occidental, dont le chef avait été hospitalisé près de Saragosse, trois semaines plus tôt, sous un faux nom. Rabat avait fait part de son « incompréhension ».
    Le contentieux sahraoui n’est pas étranger au malaise de l’armée. Le fait que les anciens chefs d’état-major José Julio Rodriguez et Fulgencio Coll aient rejoint Podemos et Vox, en 2015 et en 2018, renseigne sur la disposition d’esprit des hauts gradés. Les deux partis politiques ont des programmes diamétralement opposés, mais ils convergent dans leur dénonciation de l’« expansionnisme » du Maroc, aussi bien au Sahara occidental qu’à Ceuta et à Melilla.
    Ainsi le ralliement, en 2022, du premier ministre Pedro Sanchez au plan d’autonomie marocain du Sahara occidental, « sans contrepartie connue », est-il perçu comme une pente « dangereuse », d’après un rapport de l’Ecole supérieure des forces armées, publié en juillet 2025. Bien que Ceuta et Melilla ne figurent pas dans la liste onusienne des territoires à décoloniser, Rabat continue de les désigner comme « occupées ». « Madrid a modifié sa ligne sur le Sahara occidental, mais sans renforcer la protection de ses possessions africaines », estime un capitaine de frégate, dans le numéro d’avril de la revue de défense Ejercitos.
    L’appréhension résonne autrement depuis le tour nouveau qu’a pris la relation entre Madrid et Washington. Donald Trump n’a pas goûté le refus de Pedro Sanchez d’autoriser les Etats-Unis à accéder à leurs bases de Rota et de Moron, en Andalousie, ni sa décision de fermer l’espace aérien espagnol aux avions américains participant aux frappes contre l’Iran. C’est à cette aune que doit être interprété un courriel du Pentagone, dévoilé le 24 avril, dans lequel est suggérée la suspension de l’Espagne de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
    L’option est improbable à ce stade, mais elle renvoie à une interrogation lancinante en Espagne : en cas de conflit armé avec le Maroc, Ceuta et Melilla seraient-elles protégées par l’OTAN ? « Les deux villes ne sont pas couvertes par la clause d’autodéfense du traité, bien que des consultations puissent avoir lieu », note Miguel Acosta Sanchez, professeur de droit international à l’université de Cadix. La politique erratique de Donald Trump aidant, la fiabilité du soutien américain suscite désormais des interrogations.D’autant qu’en avril, au même moment, un groupe d’étude conservateur de Washington, l’American Enterprise Institute, et un député républicain de Floride plaidaient pour une reconnaissance de la « marocanité » de Ceuta et de Melilla. En Israël, des analystes proches du gouvernement appelaient à cautionner les revendications du Maroc. La concomitance de ces déclarations a provoqué de nombreux commentaires dans la presse espagnole.
    Questionnée lors d’un colloque, le 29 avril, l’ambassadrice d’Israël à Madrid a dû nier tout soutien de l’Etat hébreu. Le ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a qualifié quant à lui de « complètement absurde » l’idée que le Maroc pourrait compter sur les Etats-Unis. Les Espagnols, eux, ne sont pas insensibles aux craintes de leur armée. Ce que démontrent les baromètres annuels du Real Instituto Elcano : en 2020, les citoyens sondés par le think tank classaient le Maroc à la septième place des nations présentant un risque pour leur pays. En 2025, ils étaient 55 % à considérer le royaume comme la « principale menace ».

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  • Espagne : l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées depuis le début de l’année 2026 - InfoMigrants
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    Espagne : l’enclave de Ceuta connaît une forte hausse des arrivées depuis le début de l’année 2026
    Par La rédaction Publié le : 28/04/2026
    Près de 2 000 personnes sont arrivées depuis le 1er janvier dans l’enclave espagnole de Ceuta, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. Cela représente une hausse de 350 % par rapport à l’année dernière. Au moins 15 morts ont par ailleurs été recensés sur cette route sur la même période.
    C’est une hausse impressionnante. Depuis le début de l’année 2026, 1 968 migrants sont arrivés dans l’enclave espagnole de Ceuta par voie terrestre, contre 437 sur la même période en 2025, selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur actualisés au 15 avril. Cela représente une hausse de 350 % sur cette route fréquentée par des nombreux jeunes Marocains mais aussi de plus en plus de Subsahariens. La pression sur cette frontière espagnole semble néanmoins baisser un petit peu ces dernières semaines. Seules 149 arrivées ont été recensées au cours des deux premières semaines du mois d’avril, selon le média local El Faro de Ceuta. Par ailleurs, au moins 15 personnes sont mortes depuis le début de l’année en tentant la traversée. Le dernier a été découvert lundi à Tarajal. Il s’agit du troisième corps retrouvé depuis le début du mois.
    Ces nombreuses arrivées compliquent une situation déjà très tendue dans le seul centre d’hébergement de ce territoire espagnol en Afrique du nord. Depuis le mois de février, plus de 1 000 personnes se trouvent dans ce centre prévu pour 512 places. « Une situation si extrême que des garages ont dû être transformés en chambres, ou que les personnes arrivant ont été laissées à attendre à l’entrée, dormant à même le sol », rapporte El Faro de Ceuta. Pour tenter de faire face à cette situation, les départs vers la péninsule des personnes arrivées plus tôt ont été accélérés.
    « La situation au centre a atteint un niveau critique », alertait déjà en février le syndicat infirmier SATSE dans un communiqué. Les exilés « sont entassés, plusieurs d’entre eux dorment sur le même matelas, dans un espace mal ventilé et mal éclairé, et présentant des conditions d’hygiène inacceptables » (sol sale jonché de mégots de cigarette et de reste de nourriture), déplorait l’organisation.
    Le Secrétariat général des commissions des travailleurs (CCOO) de Ceuta avait, lui aussi, tiré la sonnette d’alarme. Le syndicat avait estimé dans un communiqué que « le maintien de personnes dans ces espaces constitue une dégradation des normes fondamentales qui devraient régir un centre d’hébergement », tout en alertant sur les conditions de travail « extrêmement difficiles » du personnel du CETI - qui comprend notamment des travailleurs de la santé, du personnel soignant, des agents de sécurité privés, des services de cuisine et de restauration, des traducteurs, des services d’entretien et juridiques.
    Le centre pour mineurs est également saturé. Début février, plus de 350 jeunes étaient pris en charge dans la structure, qui ne dispose que de 81 places. Environ 65 % de ces mineurs isolés étaient logés dans des hébergements d’urgence.
    À Melilla, l’autre enclave espagnole en Afrique du nord, la situation reste stable avec peu d’arrivées, révèlent les chiffres officiels espagnols.En revanche, l’archipel des Baléares connaît également une forte influence, dans la continuité de l’an passé. Depuis le 1er janvier 2026, 1 318 personnes sont arrivées dans l’archipel. Elles étaient 1 104 à la même époque l’année dernière.
    Cette route qui relie l’Algérie à l’archipel espagnol situé au large de l’Andalousie, n’est pas nouvelle, mais le profil des migrants a changé. Avant, la grande majorité des exilés arrivés aux Baléares venaient d’Algérie. Désormais, de plus en plus de Subsahariens prennent place dans les embarcations. En 2023, 73 % des personnes arrivant aux Baléares étaient d’origine maghrébine. En 2025, ce pourcentage est descendu à 30 % alors que celui des personnes en provenance d’autres pays africains a atteint 70 %.
    La forte affluence de migrants dans ces territoires peut s’expliquer en partie par la baisse significative de fréquentation que connaît la route des Canaries. Depuis le 1er janvier, 2 097 migrants sont arrivés aux Canaries après une périlleuse traversée de l’Atlantique, selon les derniers chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur. Soit une baisse de 80 % par rapport à la même période de l’année précédente, lorsque 10 515 exilés étaient arrivés dans l’archipel.
    Sur l’ensemble de 2025 déjà, les autorités espagnoles avaient enregistré une chute des arrivées aux Canaries de 62 % en comparaison de 2024, alors que ces dernières années l’archipel était la principale destination espagnole des migrants. Le renforcement des accords conclus entre l’Union européenne (UE) et la Mauritanie, le Sénégal et le Maroc - les trois principaux pays de départ de pirogues vers les Canaries - pour tenter d’enrayer les traversées ont eu comme effet de renforcer les contrôles et d’augmenter les interceptions au large des côtes d’Afrique de l’ouest

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  • À Ceuta, « tous les jours, des migrants tentent de rentrer » dans l’enclave espagnole - InfoMigrants
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    À Ceuta, « tous les jours, des migrants tentent de rentrer » dans l’enclave espagnole
    Par Leslie Carretero Publié le : 16/03/2026 Dernière modification : 17/03/2026
    Depuis le début de l’année, les arrivées de migrants ont explosé à Ceuta. La ville autonome espagnole située au nord du Maroc a accueilli 1 604 personnes entre le 1er janvier et le 15 mars, contre 266 à la même période de 2025. L’enclave espagnole devient ainsi la première porte d’entrée des migrants en Espagne, devant l’archipel des Canaries. Reportage.
    Kabirou Adamou Daouda arbore un large sourire, malgré sa cheville enflée qui le fait boiter. Ce Nigérien de 23 ans s’est cassé le pied en escaladant, à l’aide de crochets, les barbelés séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta. « Je suis tombé côté espagnol après avoir monté la barrière », explique-t-il en montrant sa cheville gonflée. Kabirou Adamou Daouda ne compte plus le nombre de fois où il a tenté d’atteindre cette terre espagnole, l’une des seules frontières terrestres - avec Melilla - de l’Union européenne (UE) sur le sol africain. « En un an et demi, j’ai essayé une quarantaine de fois d’entrer à Ceuta », dit-il, après quelques minutes de réflexion. À plusieurs reprises, le jeune homme a été repéré par les forces marocaines et envoyé dans les zones désertiques du sud du pays. Jusqu’à ce 3 janvier 2026, où sa dernière tentative fut la bonne.
    L’histoire de ce Nigérien ressemble à celle de milliers d’autres migrants. Cet après-midi de mars devant le CETI (centre d’accueil temporaire pour immigrés), seul centre d’accueil de l’enclave, nombreuses sont les personnes blessées après avoir grimpé quelques semaines plus tôt la double clôture de six mètres de haut et de huit kilomètres de long. Les corps des exilés portent les stigmates d’un mur dur à franchir : des cicatrices sur les mains, les bras ou les jambes, des blessures aux pieds. À Ceuta, difficile de passer à côté de ces barbelés, qui dénaturent le paysage. La ville autonome est encerclée par les grillages, qui débutent dans les montagnes et s’étendent jusqu’aux digues se jetant dans la mer Méditerranée.
    Pour contourner la militarisation de cette frontière, surveillée en permanence par des gardes marocains et espagnols, les exilés essayent aussi de pénétrer dans l’enclave à la nage en partant de la ville voisine de Fnideq (au sud de Ceuta) ou de Benzu (au nord de Ceuta), au prix de plusieurs heures d’efforts. « J’ai nagé pendant 2h30 depuis Fnideq, c’était très compliqué car la mer était agitée », raconte, assis sur un banc devant le CETI, Abdenour Arasta, un Soudanais de 18 ans. Le jeune homme est arrivé en janvier à Ceuta après une dizaine de tentatives.
    « Ces derniers mois, la pression migratoire sur Ceuta est énorme », affirme Rachid Sbihi, secrétaire général de l’Association unifiée des gardes civils (AUGC) dans la ville. Depuis le début de l’année, les arrivées de migrants ont explosé dans l’enclave, et dépassent celles recensées dans les autres territoires espagnols. Entre le 1er janvier et le 15 mars, 1 604 exilés ont rejoint Ceuta, contre seulement 266 à la même période de 2025, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Soit une hausse de 500 %. La majorité de ces migrants sont originaires du Maroc, du Soudan et de Guinée.
    Le nombre d’arrivées dépassent même celui enregistré aux Canaries, principale route vers l’Espagne ces dernières années. Depuis janvier 2026, l’archipel espagnol a comptabilisé 1 334 arrivées (en baisse de 85 %), soit 270 de moins que dans l’enclave. « Ceuta est, cette année, la première porte d’entrée en Espagne », abonde Rachid Sbihi.
    « Et ces chiffres ne prennent pas en compte les personnes empêchées de passer. Mais tous les jours, des migrants tentent de rentrer à Ceuta par la terre ou par la mer », continue le représentant syndical. Jeudi 12 mars, l’équipe d’infoMigrants a assisté au refoulement de deux migrants interceptés par les gardes-côtes espagnols au large des rives marocaines. « On est totalement abandonnés par le gouvernement pour gérer cet afflux. On réclame des renforts supplémentaires et des équipements plus performants mais personne ne répond à nos demandes », poursuit Rachid Sbihi.
    Car au fil du temps, les exilés ont appris à déjouer les systèmes de surveillance. Ils savent que lorsqu’ils touchent le grillage, trois secondes s’écoulent avant que les autorités ne soient averties d’une présence. « Il escaladent avec des crochets pour aller plus vite, et grimpent les deux clôtures en seulement 30 secondes », rapporte le responsable syndical, en sortant du coffre de sa voiture un des crochets utilisés par les exilés.
    En mer aussi, les migrants se sont adaptés pour éviter les contrôles renforcés. Les tentatives de traversée se font le plus souvent par mauvais temps. Quand il pleut, les caméras embarquées sur les navires des gardes-côtes ne repèrent pas les personnes à la mer, qui peuvent atteindre l’enclave plus discrètement sans être refoulées, au péril de leur vie. En 2025, au moins 40 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’enclave espagnole à la nage munis de combinaisons de plongée et de palmes. Un record. Et depuis janvier, on compte déjà neuf morts en mer ou proche de la barrière.
    « Ici il y a les droits de l’Homme »
    Cette hausse des arrivées met à mal les structures d’accueil de l’enclave. Actuellement, plus de 800 migrants sont hébergés dans le CETI, pour une capacité de 512 places. Mi-février, ils étaient environ un millier à s’entasser dans le centre.Pour héberger les exilés quatre salles du CETI réservées habituellement aux cours de langue espagnole ou aux activités des ONG ont été transformées en dortoirs. Au plus fort de l’occupation en février, environ 200 personnes étaient même logées dans le garage. Mais la surpopulation dans le centre ne semble pas avoir d’impact sur le moral des personnes hébergées. « On dort bien, on mange bien, et ici il y a les droits de l’Homme, pas comme au Maroc », se réjouit Kabirou Adamou Daouda, qui dit avoir été plusieurs fois violenté par les policiers marocains. « Dans le centre, la situation est bonne, on est en sécurité », renchérit Abdenour Arasta.
    Ces migrants, qui ont vécu pendant plusieurs mois ou années sur la route dans des conditions précaires, ont le sentiment que le plus dur est derrière eux. Peu importe leur quotidien dans le centre de Ceuta, ils estiment avoir atteint leur objectif. « On est heureux d’être là et d’avoir réussi » à fouler le sol européen, résume fièrement Kabirou Adamou Daouda.Et ce dernier a de quoi se réjouir : dès le lendemain, il sera envoyé dans un centre de la péninsule par les autorités espagnoles avec 17 autres migrants. En moyenne, les migrants restent entre un et trois mois à Ceuta. Chaque semaine, Madrid organise des transferts de Ceuta vers d’autres régions espagnoles afin de désengorger l’enclave. Cette semaine-là, 68 exilés ont ainsi été orientés vers le continent.
    Lorsqu’il arrive au port pour son transfert, Kabirou Adamou Daouda ne cache pas sa joie. Comme la veille, son visage est illuminé par un immense sourire. Pour l’occasion, le Nigérien a acheté une casquette et un pantalon neufs. « C’est un grand jour aujourd’hui », abonde à ses côtés Mohamed (qui n’a pas voulu donner son nom de famille), un Guinéen de 18 ans. Pour la première fois, ces exilés prennent la mer de manière légale à bord d’un ferry et débarqueront en toute sécurité sur le continent européen.

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  • EU-ropean Funded Border Regimes: Linchpin (and Achilles’ heel) of the Neocolonial Order

    The UK’s notorious “Rwanda Plan”; Italian funded detention centers in Albania; the EU-Turkey deal; equipment supply for the so-called Libyan Coast Guards; the introduction of biometric passports in Gambia and elsewhere; EU-support for the adoption of anti-trafficking and asylum laws in Egypt and Algeria; the deployment of second line immigration officers at Pakistani airports; corporate-run visa processing centers across Africa and Asia; highly selective labor recruitment programs in India and Tunisia; and enforced deportations of third-country nationals by US authorities to South Sudan, Eswatini, or El Salvador—are all organized to filter migration toward the needs of Western economies.

    This seemingly long list is only a small part of the migration-related policy initiatives pushed forward by the EU, its member states, other Western governments, and supranational organizations over the past decades. Nonetheless, it provides a snapshot of what is largely known today as “border externalization” or “border management.” Both terms have, since the early 2000s, progressively evolved into major policy frameworks and outright dogmas, providing their advocates and the border-regime industry with a powerful leitmotif to rally political and corporate support in sustaining this order.

    The main pretext for the omnipresent and, often, hegemonic enforcement of these frameworks by Western states is their objectives to make migration “safe, orderly and regular,” and “aid development”―a notion that cleverly masks its actual purpose: control of migration and populations.
    Migration and Population Management

    The ever-present use of both terms by government officials as well as the staff of private contractors and UN agencies is a rather obvious attempt to distract populations from what they actually seek to address: a migration and emigration crisis in the “underdeveloped” and indebted Global South— crises the North is exempted of responsibility for—and the attempt in turn for Western states and corporate enterprises to maintain a neocolonial global order based on a classist and racist division of peoples.

    This order, while enforcing geographical separations, still facilitates wealth and capital accumulation in Europe, North America, and the Gulf, as well as the distribution of wealth among elites in the South. It maintain the steady provision of northern economies with fossil resources and a hyperexploited labor force. The large-scale extractivism of resources and people from Asia and Africa during the colonial era has not ended—rather, it has transformed.

    In today’s mobility regime, Western governments, UN bodies, charities, and self-styled “development agencies” such as the German state-owned GIZ (Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit) continuously claim to be genuinely engaged in combat against the so-called “root causes of migration.” They consistently invoke terms such as “underdevelopment” in their verbal and written rhetoric. Yet, their actual origins are nothing less than rampant “wealth disparities, historical injustices, and the legacies of colonialism,” as summed up in this publication’s January editorial.

    Border externalization is often misleadingly framed as a straightforward export of migration control from Western Europe to the Balkans, Turkey, and countless African or Asian countries—or, for instance, from Australia to Nauru or Papua New Guinea—but, in fact, it contains additional layers of imperial subjugation. Ultimately, its key feature―police cooperation―not only aims at surveilling, preventing, or containing migration movements, but also keeping southern regimes and their elites aligned.

    After World War II, national liberation movements in Africa and Asia sought to overturn these historical injustices. Still, the relations between the newly emerging postcolonial state elites and the former colonizers were only transformed, not ruptured: national liberation often only provided what is dubbed today as “flag independence.” The collapse of Europe’s colonial empires gradually morphed into a neocolonial arrangement, in which population control, public order, and resource extraction were to be maintained through the policing of former masters.

    Since the late 1940s, and in particular the 1950s, the key disguise for Western governments to maintain police and military support for the regimes of Shah Reza Pahlavi in Iran, Augusto Pinochet in Chile, or Joseph-Désiré Mobuto in the Congo was their staunch opposition to Soviet alignments. For decades to come, anti-communism and the alleged threat of eastward alignment remained the main smokescreen for Western governments and their proxies to provide their allies in recently decolonized countries with policing equipment to sustain their new orders.

    In the 1980s, the US government’s “war on drugs” in Latin America successively replaced “anti-communism” as a ruse to channel policing equipment toward allied regimes. After the 9/11 attacks in New York, however, the “war on drugs” was swiftly supplanted by the “war on terror”―deemed even more effective in militarizing policing in politically fragile states and imposing a more repressive variation of control over their populations.
    Morocco and Migration: Control’s Colonial Continuity

    Since the 2015 “migration crisis” in Europe, the new smokescreen for supplying allied elites in the Global South with policing equipment, surveillance technology, or training is “combating irregular migration”—i.e. smugglers, and document fraud—through what is mostly dubbed today as “border management.”

    Against this background, the most effective playbook followed by Southern regimes and elites―from Rabat to Amman and from Dhaka to Baku―in order to supply their security forces with modern equipment and training and, thereby, maintain their uncontested grip on power; is to tap into the ever-rising “border management” funds set up by the EU, its member states or UN bodies such as the United Nation’s Office on Drugs and Crime (UNODC). Through these tactics they fuel racial divisions, distracting local populations and fostering oligarchic rule. Accordingly, as the following examples illustrate, EU-ropean funded border externalization policies follow a colonial logic and do not only aim to manage migration but also to target populations deemed potentially threatening for today’s neocolonial order.

    Following the erection of border fortifications in Spain’s North African enclaves of Ceuta and Melilla and the deployment of the paramilitary Guardia Civil to patrol border-fences, the EU and the Spanish government externalized policing to the Moroccan state. For more than two decades, Moroccan police have received training and equipment assistance under the umbrella of large-scale migration-related police cooperation schemes set up and financed by the EU Commission, Spain, the US government, and agencies such as UNODC.

    Moroccan police have since regularly raided informal migrant camps in the forests nearby Ceuta and Melilla; conducted pushbacks or deportations at their neighboring border with Algeria and intercepted Spain-bound Moroccan and non-Moroccan harraga (the Maghrebi Arabic term for those who cross borders irregularly by “burning” them, commonly referred to in Morocco, Algeria and Tunisia as the harga) at sea.

    The Moroccan example, vividly illustrates that contemporary migration control is a continuity of a centuries-old colonial logic. As Yazid Benhadda reveals in his 2025 academic research paper, the French colonial administration had already systematically criminalized Moroccan migration to France, “either through banning or regulating Moroccan mobility.”

    Since the first legislative act in this matter was adopted in 1925, France imposed strict regulations on the migration of Moroccan workers’ to the metropole by: tightening passport issuance, limiting family reunification, conducting “repatriations,” and establishing police units in France itself charged with surveilling immigrants from Northern Africa. Moroccans, however, circumvented these restrictions through irregular means of travel to France via Algeria or Spain. At the same time, Spanish authorities cracked down on those who facilitated the irregular travel routes of Moroccans.

    This policy strongly resembles today’s targeting of smugglers by European governments and UN agencies across Northern Africa and beyond. Benhadda highlights the striking fact that “this logic still governs today’s European migration policies and legislations towards North Africa, as we can observe the persistence of this regularity-irregularity nexus.”

    Policing Cooperation across Northern Africa

    Concerning today’s migration control regime, police cooperation schemes similar to those commissioned for Morocco have been implemented in Tunisia, Egypt, and Libya; providing the respective police forces with vessels, vehicles, thermal imaging cameras, surveillance software, and training. After all the aforementioned states had already been allocated equipment deliveries for migration control from EU governments in the 2000s, the 2011 uprisings across the region enforced temporary halts to those programs.

    Since 2015, the EU has resumed such projects. In war-torn Libya, the Italian government with the support of the EU, supplied the so-called Libyan Coast Guards—a militia-run naval force affiliated with the regime in Tripoli—with substantial equipment and training aid to enable it to intercept harraga in the Mediterranean. The militia’s well-documented involvement in human trafficking, torture for ransom, sexual abuse, forced labor or arbitrary detention did not stop the EU nor organizations such as the border regime service provider International Centre for Migration Policy Development (ICMPD) to take sides in the Libyan tug-of-war for power, support the Coast Guards and their allies with equipment and thereby further externalize the EU border regime to African shores.

    In Tunisia, Europe-funded police training and equipment aid continued after the 2011 revolt. During the political transition in the 2010s, police cooperation continued under the pretext of democratizing the security forces of the ousted regime. After 2015, however, migration control became its main purpose, with Germany and Italy being the frontrunners in supplying border technology to Tunisia.

    Two large-scale police cooperation schemes, funded by EU states and coordinated by the ICMPD, facilitated the set-up of control rooms, the development of maritime surveillance tools, and the construction of two inter-agency police training facilities near the Algerian border.

    Since 2021, the EU, Italy, and Germany expanded their police cooperation in Tunisia even further: increasing budgets for ongoing projects and setting up new programs specifically targeting the maritime branch of the National Guard—the main recipient of training and equipment aid from imperial Europe.

    The National Guard is a key unit in Tunisia’s security apparatus, charged with a vast array of responsibilities, which include the patrolling of the country’s land and sea borders, as well as civilian crowd control. Human rights groups have, however, meticulously documented the unit’s involvement in widespread human rights abuses and deportations of harraga to Libya and Algeria, and their culpability in crackdowns against anti-government protests that challenged the country’s authoritarian rollback under President Kaïs Saïed.

    In Egypt, the EU’s involvement in directly equipping and training Egyptian security forces dates back only to 2022, when the European Commission allocated an initial 23 million euros for a “border management” project, aimed at supplying the So’s regime coast guards with vessels, thermal imaging cameras, and more. An additional 87 million euros were allocated by the EU in 2023, while 200 million euros were earmarked for migration control under the umbrella of a 7.4 billion euro package announced in 2024.

    Prior to the EU involvement, however, it was the governments of Germany, France, and Italy who supplied the Egyptian police with a vast array of equipment and training. After Italy had signed a police agreement with Egypt in 2000, Rome delivered patrol vessels to the regime in 2007 and supplied the notorious riot police unit Central Security Forces (CSF) with vehicles and firearms―equipment that was widely used against protesters during the 2011 revolution and the 2013 coup that brought President Abdel Fattah el-Sisi to power. France supplied the CSF with sophisticated crowd control vehicles since 2012, and thereby was directly complicit in massacres that the CSF and other police units committed shortly after the 2013 coup.

    Under the guise of security concerns in the region and migration control, Germany and Italy expanded their police cooperation with Egypt in 2014 and 2017, respectively. In both cases, they supplied el-Sis’s regime with the policing and surveillance capabilities, used for systematic reprisals against all forms of dissent. German authorities, in particular the Federal Police, which are focused on airport security and certificate and document fraud, provided the Egyptian border police with document scanners, fingerprint devices, and other forensic equipment. The Federal Office for Criminal Investigations, a German police unit with intelligence capabilities, conducted training for Egypt’s political police, the National Security Agency (NSA), and awarded scholarships to its officers for training programs in Germany.

    The Italian government, for its part, continues to support the Ministry of Interior and, in 2017, set up a police training center in the Police Academy in Cairo, where EU member states-funded workshops and seminars on migration-related subjects are conducted for police officials from Egypt and other African states.

    Managing Borders for the Benefit of European States

    Border externalization, as we have seen, does not only entail police cooperation and the supply of equipment and training. It involves a multitude of additional measures and tools to fortify borders more broadly. They stretch from data collection and the introduction of biometric passports to the adoption of anti-trafficking and asylum legislation, to the securitization of airports and ports, to the imposition of visa regimes. Even more, it refers to deportation and “repatriation” agreements, to “development aid” schemes, supposedly aimed at tackling the “root causes of migration” by improving access to potable water and health services or facilitating employment promotion in regions and countries considered prone to irregular migration.

    This alleged “combat against the root causes of migration,” effectively aimed at containing uncontrolled migration, meanwhile, goes hand in hand with what the border regime industry often calls “skilled labour migration.” Intergovernmental programs claim to support the expansion of “legal pathways” for migrant workers through “talent partnerships” under which highly-educated job seekers can apply for labor migration to the EU, the UK, or the US, as well as to Gulf states such as Saudi Arabia or Kuwait.

    While the development aid industry often merely provides charity schemes to alleviate poverty and contain people in the proximity of their residence, talent partnerships and other labor recruitment programs are, meanwhile, a backbone of what we largely call today “migration management.”

    This notion, as prominently promoted by organizations such as ICMPD, consists of a holistic approach towards migration which entails two main pillars: 1.) The staunch combat against “irregular” migration including resolute deportation and repatriation practices, the criminalization of the harga, border externalization and the construction of walls, fences and other forms of border fortification; 2.) the targeted recruitment of migrant laborers to counter demographic trends and meet shortages in certain areas of the labor market. These seemingly contradictory objectives therefore provides for the state-imposed categorization and hierarchization of people, a precondition for capitalist wealth accumulation in the Global North and among elites in the South, as well as for maintaining Western Europe’s and North America’s advantageous positioning in a neocolonial, extractivist global order by promoting an increase of “immigration [to Western Europe] for economic and rational reasons, but always for the benefit of European states,” as summarized by Fabian Georgi.

    Prominent anti-colonial figures such as Frantz Fanon had already unambiguously pointed out decades ago that “the wealth and progress of Europe” stems from the organized looting of the Global South. He warned that this resource theft would continue if decolonization in Africa and Asia fails to enforce real independence for Europe’s former colonies.

    Today’s political and economic order, however, facilitates not only the continuous large-scale extraction of resources from the South, but also a kind of extraction of people, stretching from state-recruited migrant workers to harraga, who have often no other choice but to compete for low-paid jobs in sectors such as construction or agriculture across Europe, North America, the Gulf or other oil and gas-producing countries such as Libya and Algeria.

    We are not witnessing a “migration crisis” in Europe today, but rather a decades-old migration and emigration crisis in the underdeveloped and indebted South, stemming from restructured power dynamics and postcolonial dependencies that were never fully overturned. While the ongoing genocide in Sudan and the West’s indirect involvement in the never-ending carnage in the Congo are today’s most prominent examples of resource-extraction-related conflicts, migration movements from the Indian subcontinent to Europe and the Gulf remain a primary mode of labor extraction for the benefit of former colonial states and their societies.

    https://turningpointmag.org/2025/12/17/eu-ropean-funded-border-regimes-linchpin-and-achilles-heel-of-the-n
    #ordre_néocolonial #néocolonialisme #frontières #migrations #externalisation #migrations #réfugiés #colonialité #border_management #contrôle #contrôle_démographique #racisme #root_causes_of_migration #causes_profondes #Maroc #Europe #Ceuta #Melilla #Afrique_du_nord #formation #technologie #ICMPD

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  • Maroc : un mineur arrêté après avoir inciter sur les réseaux sociaux à l’immigration irrégulière vers Ceuta - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/67554/maroc--un-mineur-arrete-apres-avoir-inciter-sur-les-reseaux-sociaux-a-

    Maroc : un mineur arrêté après avoir inciter sur les réseaux sociaux à l’immigration irrégulière vers Ceuta
    Par La rédaction Publié le : 16/10/2025
    Mardi, la gendarmerie marocaine et le parquet de Tétouan ont arrêté un jeune homme soupçonné d’appeler sur les réseaux sociaux la jeunesse marocaine à rejoindre en masse la frontière entre le Maroc et Ceuta pour entrer clandestinement dans l’enclave espagnole. Ce type d’appel en ligne à l’immigration irrégulière est de plus en plus récurrent dans le royaume chérifien.
    Un nouvel exemple de l’utilisation des réseaux sociaux pour inciter à l’exil au Maroc. Mardi 14 octobre, la gendarmerie de Fnideq [au nord du Maroc, ndlr], en coopération avec le parquet de Tétouan et la cellule centrale marocaine de lutte contre la cybercriminalité, a arrêté un mineur originaire de la ville de Tétouan.
    Selon des informations relayées par la presse locale, le jeune homme est suspecté d’avoir créé un groupe WhatsApp pour inciter des jeunes et des migrants en situation irrégulière à se rassembler et tenter de traverser en nombre la frontière séparant le royaume chérifien de l’enclave espagnole de Ceuta. Son appel à un « assaut collectif » était prévu pour le mercredi 15 octobre.
    Le Marocain a été placé sous contrôle judiciaire puis interrogé en présence de son tuteur. Une enquête est en cours pour tenter d’identifier d’autres personnes impliquées dans ces messages en ligne d’incitation à l’immigration irrégulière.Dans le même temps, selon le média marocain Achtari 24, les autorités ont renforcé la présence policière autour des villes frontalières de Fnideq et de Tétouan, après avoir détecté de l’activité dans les zones forestières proches de Ceuta.
    Depuis le réchauffement des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid en 2022, le Maroc a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’une de ses priorités. Selon le ministère de l’Intérieur marocain, près de 80 000 migrants ont été empêchés de rejoindre l’Union européenne depuis le Maroc au cours de l’année 2024.
    Et les opérations de ratissage dans les campements de migrants près de Ceuta pour les éloigner des côtes continuent aujourd’hui. Le week-end du 11 et 12 octobre, 550 migrants, dont 400 Subsahariens, ont été empêchés de rejoindre de manière clandestine l’enclave espagnole, selon les autorités marocaines.
    Les exilés, qui avaient établi un campement dans la forêt adjacente à Ceuta, ont été chassés de leur lieu de vie par la police marocaine et envoyés loin des côtes, dans le sud et l’est du royaume chérifien. Cent-quarante migrants marocains, dont 40 mineurs, ont également été arrêtés et renvoyés dans leur ville d’origine.
    La semaine passée, des hélicoptères de la gendarmerie ont aussi mené des vols de reconnaissance au-dessus des forêts près des enclaves espagnoles, à la recherche de groupes de migrants qui seraient venus de différentes régions pour tenter d’escalader les barbelés à la frontière, notamment suite à des incitations sur les réseaux sociaux.D’après les données des autorités espagnoles, entre le 1 janvier et le 30 septembre, 2 650 exilés ont rejoint l’enclave de Ceuta.
    Ces incitations en ligne à franchir de manière groupée la barrière qui sépare le Maroc de Ceuta, ainsi que les vidéos glamourisant la traversée - terrestre ou à la nage - sont de plus en plus courantes sur les réseaux sociaux. Et les arrestations pour appel à l’immigration clandestine vers l’enclave espagnole sont tout aussi régulières.
    En effet, des vidéos postées sur TikTok, principalement sous les hashtags « Harragas » (terme qui signifie « brûleurs de frontières » en français et qui désigne les migrants maghrébins) ou « Ceuta », montrent des traversées supposées faciles avec des jeunes souriants, arrivant sur les plages ou marchant dans les rues de l’enclave espagnole - au son de musiques triomphales.Car si beaucoup tentent le passage vers Ceuta par voie terrestre, en escaladant les hautes clôtures qui séparent le Maroc de l’enclave, d’autres tentent d’y entrer par voie maritime, à la nage ou cachés dans des bateaux.
    "Aujourd’hui, c’est sensationnel, glamour, de faire la traversée. On relate ses exploits sur les réseaux, quitte à masquer la réalité. Celles restées au pays assistent au « succès » de ces jeunes Marocaines sur leur téléphone, et se disent « pourquoi pas moi ». Et puis, il faut reconnaître qu’on manque de modèle au niveau national. Donc quand on voit Chaimae El Grini réussir, ça attire forcément", expliquait Ali Zoubeidi, spécialiste de l’immigration basé au Maroc, en octobre 2024 à InfoMigrants. Chaimae El Grini, est cette influenceuse marocaine qui, à l’été 2024, documente son exil vers Ceuta dans des vidéos cumulant des milliers de vues sur TikTok. Sur ses publications, elle apparaît souriante, maquillée, peu fatiguée après une traversée à la nage pourtant extrêmement éreintante et risquée. Certains utilisateurs l’accusent alors d’encourager les Marocains, et notamment les femmes marocaines, à prendre la mer en masquant la dureté d’un tel voyage.

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  • Maroc : 550 migrants empêchés de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta - InfoMigrants
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    Maroc : 550 migrants empêchés de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta
    Par La rédaction Publié le : 14/10/2025
    Ce week-end, 550 migrants, dont 400 Subsahariens, ont été empêchés de rejoindre de manière irrégulière Ceuta, selon les autorités marocaines. Les exilés, qui avaient établi un campement dans la forêt adjacente à l’enclave espagnole, ont été chassés de leur lieu de vie par la police marocaine, et envoyés loin des côtes, dans le sud et l’est du royaume chérifien.
    Le Maroc intensifie sa lutte contre l’immigration irrégulière. Le week-end du 11 et 12 octobre, la police a empêché 550 exilés de rejoindre l’enclave espagnole, seule frontière terrestre de l’Union européenne avec Melilla sur le sol africain, ont annoncé les autorités marocaines.
    Les forces de sécurité ont mené d’importantes opérations de ratissage dans les campements de migrants érigés dans les forêts près de Ceuta, entre les villes de Tanger et de Tétouan. Au total 400 migrants subsahariens ont été interpellés sur leur lieu de vie informel. Ils ont « tous été expulsés vers les régions de l’est et du sud du royaume », a indiqué une source sécuritaire au site d’actualité Hespress. Cent-quarante migrants marocains, dont 40 mineurs, ont également été arrêtés et renvoyés dans leur ville d’origine.
    Ces opérations interviennent alors que des appels à franchir, de manière groupée, la barrière qui sépare le Maroc de Ceuta, mais aussi de Melilla, ont été relayés sur les réseaux sociaux, selon la presse locale. Les autorités marocaines, qui s’attendent à d’autres mouvements similaires vers les enclaves espagnoles dans les prochains jours, ont intensifié leurs actions visant à interpeller des jeunes dans les villes de Tanger, Fnideq et Tétouan.
    La semaine dernière, des hélicoptères de la gendarmerie ont mené des vols de reconnaissance au dessus des forêts près des enclaves espagnoles, à la recherche de regroupements de migrants qui seraient venus de différentes régions pour tenter d’escalader les barbelés, suite aux incitations sur les réseaux sociaux.
    Le Maroc mène régulièrement des opérations de ce type dans le nord du pays, visant à éloigner les migrants des côtes. Ces derniers mois, les associations humanitaires de Tiznit, dans le sud du pays, s’inquiètent d’une hausse des expulsions dans cette ville de 90 000 habitants.
    Une fois envoyés à Tiznit, les migrants « font comme ils peuvent ». « Ils se débrouillent. La plupart vivent de la mendicité », ajoutait-il, regrettant l’absence de centre d’accueil « pour les accueillir, les intégrer ou les aider ». « Ils mendient en groupes dispersés près des feux de circulation. Certains dorment en plein air sur l’un des ronds-points de Tiznit », abondait El Madani Dahbi, responsable de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à InfoMigrants. Certains parviennent à se faire employer au marché, comme assistants d’artisans ou dans des fermes, « mais une fois l’argent récolté, ils repartent pour le nord du Maroc, espérant traverser la mer pour rejoindre l’Europe », selon les humanitaires.
    Depuis le réchauffement des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid en 2022, le Maroc a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière une de ses priorités. Selon le ministère de l’Intérieur marocain, près de 80 000 migrants ont été empêchés de rejoindre l’Union européenne depuis le Maroc au cours de l’année 2024. En 2023, ce sont 87 000 migrants qui ont été interpellés sur la route vers l’Europe et encore 70 000 l’année précédente. La majorité de ces personnes sont originaires d’Afrique subsaharienne.
    Et le Maroc peut compter sur le soutien de l’UE. Depuis 2019, le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a débloqué plus de 120 millions d’euros à Rabat pour soutenir ce pays de transit dans sa lutte contre l’immigration irrégulière. En parallèle, depuis 2013, l’UE a déboursé plus de 360 millions d’euros - dont 234 millions proviennent du Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union pour l’Afrique, indique une note de l’UE datée de février 2022 - pour aider le Maroc.
    Ainsi, « parmi les voisins de l’UE, le Maroc représente le deuxième portefeuille de coopération en matière de migration », peut-on lire dans le même document européen. En 2022, l’UE affirmait voir en Rabat « un partenaire stratégique et engagé [...] en matière de migration », « loyal et fiable ».

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