« The #Bibi_Files » : un film indispensable sur tout ce que la corruption détruit | Mediapart
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Le documentaire d’#Alexis_Bloom, que « Mediapart » diffuse à partir du 13 juin pendant trois mois, est, au-delà des #enquêtes_judiciaires qui visent Benyamin #Nétanyahou, une leçon de choses essentielle sur les ravages de la #corruption au sommet de l’État.
#Benyamin_Nétanyahou est ciblé par diverses accusations dans les dossiers que la justice de son pays a sobrement baptisés « 1 000 », « 2 000 » et « 4 000 ». Dans un cas, il est soupçonné d’avoir perçu avec sa femme jusqu’à 200 000 euros de cadeaux et avantages de la part de riches hommes d’affaires, particulièrement généreux en #bijoux, #cigares de luxe et caisses de #champagne – ce qui vaudra cette mordante réplique d’un enquêteur à Benyamin Nétanyahou en pleine audition : « Est-ce qu’il est plus facile de diriger le pays avec une coupe de champagne ? »
Dans un autre volet, le premier ministre israélien est suspecté d’avoir noué un pacte avec le propriétaire de l’influent quotidien payant Yediot Aharonot, au terme duquel Nétanyahou profitait d’une couverture médiatique favorable en échange d’un projet de loi qui aurait permis de limiter la diffusion d’un concurrent gratuit. Dans le dernier dossier, ce sont des appuis gouvernementaux au profit du propriétaire d’un groupe de télécommunications, là encore en contrepartie d’un traitement éditorial favorable sur son site #Walla, qui sont en cause.
Le complotisme en col blanc
Dans les entretiens filmés face aux enquêteurs, Benyamin Nétanyahou se montre à l’image de tant et tant de responsables politiques quand ils sont confrontés à l’incendie judiciaire, comme Nicolas Sarkozy en France, Jair Bolsonaro au Brésil, Silvio Berlusconi en Italie ou Donald Trump aux États-Unis.
Le premier ministre israélien crie au complot. Il parle même d’un coup d’État, qui serait, à l’entendre, fomenté par des juges et des journalistes mus par des intérêts militants. Et aucun de ceux qui, dans son ancien entourage direct, ont osé témoigner contre lui durant l’enquête, n’échappe à la même sentence. Comme d’autres avant lui, Nétanyahou semble penser que l’État, c’est lui, et lui seul.
Certaines scènes de The Bibi Files sont saisissantes. Tandis que Nétanyahou est filmé en train de perdre ses nerfs devant les policiers, tapant furieusement du poing sur la table, son fils Yaïr va jusqu’à comparer les enquêteurs à la Stasi devant eux. C’est aussi le parallèle qu’avait choisi Nicolas Sarkozy en 2014 dans les colonnes du Figaro quand il était aux prises avec la justice dans l’affaire Bismuth – depuis sa condamnation en première instance dans l’affaire libyenne, l’ancien président français se compare désormais au capitaine Dreyfus...
Mais le documentaire d’Alexis Bloom ne se contente pas de mettre en scène l’incroyable matière première de son récit. Les entretiens policiers sont encadrés par les interventions de nombreux grands témoins (un ami d’enfance de Nétanyahou, d’anciens employés, son ex-directeur de la communication, des journalistes, un ancien maître espion du Shin Bet), qui donnent une épaisseur supplémentaire au film.
Le #documentaire n’élude rien, non plus, des compromissions de Benyamin Nétanyahou avec le Hamas, dont il a par le passé justifié le soutien par l’intermédiaire du Qatar, pensant ainsi affaiblir l’Autorité palestinienne.
Où l’on comprend comment les affaires, et surtout la panique qu’elles suscitent en lui, représentent depuis des années la matrice des choix politiques de Benyamin Nétanyahou. Voilà un homme qui paraît avoir décidé de prendre en otage la population et les institutions pour garantir sa survie politique. Son césarisme l’a même poussé jusqu’à imaginer une réforme du système judiciaire de son pays, qui lui aurait permis de le modeler à sa main.
Ce projet – qui a échoué – avait envoyé des milliers de citoyen·nes dans la rue, qui ont manifesté pendant une quarantaine de semaines d’affilée, au cri de « crime minister » (un jeu de mots avec prime minister). Un témoin du documentaire parle d’une stratégie politique visant à « casser les os du système », quand un autre compare Nétanyahou à un « architecte du chaos ».
Affaiblir la justice, c’était aussi l’ambition du récent référendum, perdu, de la cheffe du gouvernement d’extrême droite italien, Giorgia Meloni. Et il n’est nul besoin de faire un dessin sur les désirs de mise au pas des juges par Trump outre-Atlantique ou, en France, de plusieurs responsables politiques pyromanes.
L’isolement politique progressif de Nétanyahou du fait des affaires a aussi été à l’origine de son rapprochement électoral avec deux responsables israéliens suprémacistes, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, dont l’identité politique peut se résumer à un messianisme génocidaire pour la Palestine.
The Bibi Files n’élude rien, non plus, des compromissions de Benyamin Nétanyahou avec le Hamas, dont il a par le passé justifié le soutien par l’intermédiaire du Qatar, pensant ainsi affaiblir l’Autorité palestinienne, raconte le documentaire. Ce qui a rendu les forces sécuritaires israéliennes aveugles aux projets terroristes du #Hamas, jusqu’aux attaques meurtrières du 7-Octobre.
C’est la raison pour laquelle le journaliste israélien Raviv Drucker, coproducteur et témoin de The Bibi Files, confiait récemment à Mediapart : « On peut tracer une ligne directe depuis les affaires de corruption de Nétanyahou […] et l’immense fissure que la réforme voulue par le gouvernement a créée au sein de la société israélienne, jusqu’à la formation des conditions qui ont rendu possible le 7-Octobre. »
Et l’on comprend mieux cette phrase lancée il y a quelques jours par Donald Trump à Benyamin Nétanyahou, alors que la furie guerrière des deux hommes, au Liban, en Iran et à Gaza, permet de repousser toujours plus loin l’échéance judiciaire pour le #leader_israélien : « Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la mise. »















