• France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrôle
    https://www.laquadrature.net/2026/07/20/france-travail-deploie-un-outil-de-profilage-algorithmique-a-des-fins-

    France Travail développe un algorithme de profilage des chômeur·euses à des fins de contrôle, comme le prouve un document que nous publions aujourd’hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Cet algorithme, encore…

    #Surveillance

    • France Travail développe un algorithme de profilage des chômeur·euses à des fins de contrôle, comme le prouve un document que nous publions aujourd’hui en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Cet algorithme, encore en phase de test, manifeste la volonté de France Travail de massifier les contrôles via l’utilisation d’outils numériques. Nous appelons à la mobilisation contre cet algorithme illégal et à son abandon par la direction de France Travail.

      Le 10 décembre dernier, un nouvel outil numérique était présenté au comité d’éthique IA de France Travail. Intitulé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi », son objectif est de « recourir à l’IA » afin d’« identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi » et d’« alimenter automatiquement l’outil de contrôle de la recherche d’emploi ». Lors de sa présentation, cet outil était en phase active de test, étape préalable à un déploiement plus large.

      En d’autres termes, l’ancien Pôle Emploi cherche à se doter d’un outil similaire à ceux que nous dénonçons à la CNAF ou à l’Assurance maladie, visant à automatiser la sélection des personnes devant faire l’objet d’un contrôle.
      6 millions de personnes concernées

      Cet algorithme vise à « prédire » quel·les chômeur·euses manqueraient à leurs obligations de recherche d’emploi. Concrètement, il repose sur la construction de profils « suspects/non suspects » fondée sur l’analyse de dizaines de milliers de contrôles passés1. Chaque personne inscrite est ensuite assignée à l’un de ces profils sur la base des données personnelles que détient France Travail. Celles et ceux classifié·es comme « suspect·es » sont placé·es sur une liste de personnes prioritaires à contrôler.

      Si cet algorithme est aujourd’hui testé sur les profils de personnes en situation de rupture conventionnelle2, France Travail souhaite « étendre l’utilisation du modèle à d’autres publics » afin d’« alimenter automatiquement l’outil de contrôle et transmettre chaque mois des listes de contrôle ciblés »3. En prenant en compte l’ensemble des personnes au RSA, dont l’inscription à France Travail est obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient se voir profiler chaque mois par l’algorithme4.

      (...)

    • Vous allez pas me croire mais ça fait douze années que je pointe tous les mois pour obtenir ma maigre indemnisation. J’ai toujours pensé et je le pense encore aujourd’hui qu’il fallait une âme de serf servile pour travailler. Mes douze années de pointage c’est un peu comme si j’allais pointer tous les mois à la gendarmerie. Comme dit Léo Dagan, le roi de Carmélides : "le contrôle et la surveillance, y’a que ça qui compte".
      Dans l’œil de l’IA
      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/revelations/dans-l-oeil-de-l-ia-8093741
      Le contrôle de la recherche d’emploi en 2024
      https://statistiques.francetravail.org/stmt/defmpub/226255

      Au cours de l’année 2024, 610 800 contrôles de la recherche d’emploi ont été démarrés, en hausse de 16,7% par rapport à 2023.
      62% des contrôles ont été déclenchés par des requêtes ciblées, et plus particulièrement 46% par des requêtes ciblées sur les demandeurs d’emploi qui recherchent un poste dans un métier en tension. 20% des contrôles sont faits sur une base aléatoire et 15% proviennent de signalements du conseiller référent.
      83% des demandeurs d’emploi sont en recherche active ou sont redynamisés. 17% sont jugés en insuffisance de recherche et ont fait l’objet d’une sanction.

      « Répression sociale », « violence administrative » : France Travail teste une intelligence artificielle, les inquiétudes de défenseurs des libertés fondamentales sur le numérique
      https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/repression-sociale-violence-administrative-france-travail
      #profilage #répression_sociale #chasse_aux_pauvres #france_travail #société_policière #flicage

  • Le plomb dans l’aile : chasseurs et ornithos en pays basque
    https://www.terrestres.org/2026/07/08/chasseurs-et-ornithos-en-pays-basque

    Des écolos s’alliant aux chasseurs ? Impensable ! Contre les lobbies réactionnaires de la #Chasse et par pragmatisme, des naturalistes et ornithologues militant·es défendent pourtant une proposition d’union stratégique avec un type de chasse aux #Oiseaux pour mieux en combattre un autre, particulièrement destructeur. Récit illustré depuis les sommets des Pyrénées. L’article Le plomb dans l’aile : chasseurs et ornithos en pays basque est apparu en premier sur Terrestres.

    #Animaux #Luttes #Montagne #Nature #Vivants

  • How Beavers Are Bringing America’s Dead Deserts Back to Life

    Every day, scientists, engineers, communities, and ordinary people are quietly fixing the planet. Forests are being replanted. Rivers are running clean again. Species we thought were gone are coming back. Whole technologies are pulling carbon out of the sky.This channel tells stories of the people, the projects, and the breakthroughs that are actually making Earth better.

    https://www.youtube.com/watch?v=exsCSUdjQX8

    #castors #écologie #désert #USA #Etats-Unis #eau #rivière #renaturation #histoire #chasse #végétation #Oregon #Hudson's_bay_company #George_Simpson #fur_desert #Peter_Skene_Ogden #élevage #bovins #sécheresse #restauration #inondations #beaver_dam_analogue (#BDA) #poissons #faune #coût #Bridge_Creek #John_Day_River

    John Day (rivière)


    https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Day_(rivi%C3%A8re)

    • Beaver Dam Analogs (BDA)

      Revitalisation method

      The Beaver Dam Analog revitalisation method uses simple, nature-inspired techniques to initiate the beneficial long-term effects caused by natural beaver dams in streams. The BDAs are built cost-effectively using simple tools – usually an axe, shovel, chainsaw and pile driver. No heavy construction machinery is needed. The building materials are sourced from the immediate surroundings.

      BDAs are among the most sustainable measures in stream revitalisation. Their construction and maintenance initiates ecological restoration processes leading to the recovery of small and medium-sized streams to a near-natural state.

      https://www.beaverdamanalogs.ch

    • Ecosystem experiment reveals benefits of natural and simulated beaver dams to a threatened population of steelhead (Oncorhynchus mykiss)

      Beaver have been referred to as ecosystem engineers because of the large impacts their dam building activities have on the landscape; however, the benefits they may provide to fluvial fish species has been debated. We conducted a watershed-scale experiment to test how increasing beaver dam and colony persistence in a highly degraded incised stream affects the freshwater production of steelhead (Oncorhynchus mykiss). Following the installation of beaver dam analogs (BDAs), we observed significant increases in the density, survival and production of juvenile steelhead without impacting upstream and downstream migrations. The steelhead response occurred as the quantity and complexity of their habitat increased. This study is the first large-scale experiment to quantify the benefits of beavers and BDAs to a fish population and its habitat. Beaver mediated restoration may be a viable and efficient strategy to recover ecosystem function of previously incised streams and to increase the production of imperiled fish populations.

      https://www.nature.com/articles/srep28581

  • Ces #chasses en #Sologne qui saignent la #faune_sauvage
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/04/24/ces-chasses-en-sologne-qui-saignent-la-faune-sauvage_6682993_3244.html

    Le tribunal judiciaire d’Orléans a dû vite se rendre à l’évidence : la mini-audience correctionnelle initialement programmée l’après-midi du 5 mars et destinée à statuer sur le sort de six prévenus, dont le milliardaire Olivier Bouygues, tous convoqués pour « destruction d’espèces protégées en bande organisée », ne convenait plus. Il fallait prévoir du temps, beaucoup plus de temps.

    D’habitude, c’est vrai, les #délits_environnementaux ne fascinent guère les prétoires, et les décisions tombent à la chaîne, sans grands effets de manches. Mais cette fois-ci, un tout autre scénario se profilait, et un indice a fini par chambouler le calendrier de la justice : le nombre élevé de parties civiles. A l’heure actuelle, seize se sont déjà déclarées, et d’autres pourraient encore se manifester. Ce foisonnement a été mis en avant par la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, pour justifier le report du procès pénal aux 7 et 8 septembre. Deux jours pleins. Ainsi, chacun pourra s’exprimer dans de bonnes conditions, a-t-elle fait savoir.

    Les débats devraient pourtant se révéler houleux, car derrière ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Bouygues » règne une atmosphère de lutte des classes. Les petits contre les gros, les pauvres contre les riches, David contre Goliath, en somme. S’y ajoute aussi un parfum de #lutte_des_chasses entre porteurs de fusils respectueux de la législation et ceux qui enfreindraient les règles, ternissant davantage l’image d’un loisir de plus en plus contesté.

    Ce combat #cynégétique, la Fédération départementale des chasseurs du Loiret a décidé de le mener ouvertement en se constituant partie civile au procès, une décision prise à l’unanimité de ses adhérents. Et tant pis si son nom détonne sur la « liste des seize », monopolisée jusqu’à maintenant par les défenseurs du bien-être animal, représentés soit par des organisations non gouvernementales locales, soit par des structures nationales comme One Voice ou la Ligue pour la protection des oiseaux (#LPO), prêtes à affronter le #milliardaire.

    • Citer quelques noms de propriétaires revient à feuilleter le Who’s Who. Se côtoient ainsi les frères Alain et Gérard Wertheimer, principaux actionnaires de Chanel ; Benjamin Tranchant, président du groupe des cercles de jeux hérités de son père ; le coiffeur Franck Provost ; Olivier Bertrand, dont l’entreprise de restauration fédère entre autres les enseignes Lipp, Hippopotamus et La Coupole ; Philippe Donnet, PDG de l’assureur Generali, ainsi que les frères Martin et Olivier Bouygues, coactionnaires du groupe (BTP, médias, télécoms) du même nom.

    • Chasse en Sologne : aristocratie et grands patrons se partagent la forêt
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-territoriaux/chasse-en-sologne-aristocratie-et-grands-patrons-se-partagent-la-foret-6

      La crise économique dans les années 80-90 touche la grande #aristocratie de #Sologne et la pousse à se séparer de certaines parcelles. Valéry Giscard d’Estaing rajoute à cela, quelques années auparavant, la suppression des autorisations de défiscalisation des activités de chasse. Les grands propriétaires d’alors avaient donc licencié une partie de leur personnel de maison. Les propriétés s’étaient quelque peu morcelées. Mais, à nouveau, la Sologne retrouve des grands propriétaires terriens et les grands domaines se reconstituent.

      Bertrand Sajaloli en décrit les grandes étapes : "(...) parce que dès lors que la défiscalisation des frais de chasse est impossible, il y a une espèce de difficulté économique des aristocrates solognots. Et petit à petit, ce sont les #patrons du #CAC_40, ces grands capitaines d’industrie qui vont petit à petit prendre possession et transformer véritablement la Sologne en une métropole de #loisir de l’agglomération parisienne".

      [...]
      Le maître de conférences explique les raisons de cet enfermement des domaines : "la loi Chasse - dès lors que la propriété est totalement close, que le grillage va à 50 centimètres à l’intérieur du sol et dépasse deux mètres vingt - permet de déroger au calendrier de la chasse. Et dès lors que l’on chasse toute l’année, on peut importer du gibier. Il y a des milliers de sangliers ou de cervidés qui vont venir, en particulier des Balkans. Et organiser, quand on le veut, des parties de chasse absolument extraordinaires. Il y a souvent des tableaux de chasse de 250 à 300 cochons qui vont être abattus et des dizaines de cervidés", Bertrand Sajaloli précise même que "l’OFD, l’Office français de biodiversité, n’a pas le droit de rentrer dans les propriétés. C’est-à-dire qu’il y a absolument aucun contrôle".

      #forêt

  • Post de mathieurigouste.bsky.social — Bluesky
    https://bsky.app/profile/mathieurigouste.bsky.social/post/3mi6sjqgimc2a

    Je suis invité par l’Université de Yale à présenter mes travaux sur la guerre contre les peuples & la mécanique impériale de neofascisation

    Le département de la sécurité interieure des Etats-Unis m’interdit l’entrée sur le territoire alors que je fournis ts les doc en règle

    #états-unis #fascisme

  • Qui va à la chasse… trouve sa place, la nouvelle campagne de #publicité de la #FNC

    La Fédération nationale des chasseurs poursuit en 2026 sa stratégie de communication avec une nouvelle campagne audiovisuelle articulée autour de trois spots TV. L’objectif reste clair : valoriser l’image d’une chasse contemporaine, responsable et pleinement ancrée dans la société, tout en suscitant des vocations auprès de celles et ceux qui n’osent pas encore franchir le pas. Pour Willy Schraen, président de la FNC : « Cette nouvelle campagne TV de la FNC interpelle directement les téléspectateurs et les internautes par trois films de 20 secondes, en les invitant à franchir le pas en devenant chasseurs. C’est notre sixième campagne et nous avons depuis 5 ans à cœur d’expliquer dans le cadre de ces rendez-vous avec le téléspectateur, mais aussi en faisant la promotion d’opérations de terrain comme J’aime la Nature Propre, Sensibilis’haie ou en parlant biodiversité avec les chasseurs sur Europe 1 que nous sommes des acteurs reconnus de la gestion des équilibres naturels. Ce qui nous rassemble est ce rapport authentique que tout chasseur a vis- à-vis du vivant. C’est cette connexion à la nature que la chanson de Michel Delpech, le chasseur, choisie comme musique pour notre nouvelle campagne exprime magnifiquement. La chasse offre un enracinement profond aux territoires, un lien social fort entre des chasseurs d’horizons différents et des moments de convivialité qui nous fédèrent.. La chasse que nous défendons doit rester un espace de liberté et de responsabilité. J’espère que cette campagne va donner envie à un nouveau public de nous rejoindre. Nous avons hâte de les accueillir ».
    Trois vidéos avec des cibles différentes

    Ces trois films courts, d’une durée de vingt secondes chacun, s’inscrivent dans la sixième campagne télévisée de la fédération. Leur construction repose sur une situation que beaucoup connaissent : un quotidien urbain parfois étouffant. Embouteillages interminables, regards rivés sur les écrans, télévision saturée d’actualités anxiogènes… autant de scènes familières qui illustrent une forme de routine subie. Puis vient le déclic : celui de se lever, de quitter ce cadre contraint et de retrouver l’essentiel en partant chasser. Le message est simple et direct : la chasse offre une respiration, un retour au terrain et au vivant.

    Chaque spot cible volontairement un public distinct. Les jeunes hommes, les femmes et les quadragénaires sont ainsi mis en avant afin de refléter la diversité sociologique du monde cynégétique actuel. Cette approche illustre une réalité que les chasseurs constatent déjà sur le terrain : la chasse rassemble aujourd’hui des profils variés, aux parcours et aux attentes différents, mais unis par la même passion de la nature et des territoires.
    Une belle musique…

    La campagne s’appuie sur une signature forte : « Qui va à la chasse… trouve sa place. » En quelques mots, elle résume l’esprit de la pratique : liberté, transmission, convivialité et engagement concret pour la gestion de la faune et des milieux. Autant de valeurs auxquelles les chasseurs sont attachés. La musique de cette campagne est la chanson populaire et emblématique de Michel Delpech, « le chasseur » réorchestrée.
    Une diffusion massive

    Côté diffusion, le dispositif se veut massif. Plus de 1 400 passages sont programmés entre le 15 mars et le 5 avril 2026 sur les chaînes hertziennes, la TNT et les réseaux câble et satellite. En parallèle, la campagne se déploie largement sur le numérique : plateformes de replay, streaming et réseaux sociaux, avec un ciblage prioritaire des moins de 35 ans.

    Enfin, un partenariat média avec Neo, « média positif de la proximité et des territoires » complète l’opération à travers une série de vidéos intitulée « Ma première fois », dans lesquelles des personnalités issues d’univers variés découvrent la chasse et partagent leur expérience sur le terrain. Un moyen supplémentaire d’ouvrir la porte à de nouveaux regards sur la pratique.

    https://www.youtube.com/watch?v=Q0QZkYiIC4I

    https://www.youtube.com/watch?v=D27KpccT3Jw

    https://www.youtube.com/watch?v=uKTKZT1U1sI

    https://www.chassons.com/les-echos-des-federations/qui-va-a-la-chasse-trouve-sa-place-la-nouvelle-campagne-de-publicite-de-la-fnc/425872

    #chasse #campagne #propagande #trouver_sa_place #chasseurs #qui_va_à_la_chasse_trouve_sa_place #vidéos

  • Derrière les chiffres de #maël_de_calan, des allocataires finistériens du #rsa racontent un #coaching contre-productif et décourageant
    https://splann.org/rsa-finistere-coaching

    Lundi 30 mars, Maël de Calan a rendez-vous au tribunal. Cité à comparaître pour « harcèlement moral institutionnel » par la CGT et six bénéficiaires du #revenu de solidarité active (RSA). Nouveau chapitre d’une expérimentation politique controversée, jugée « positive » par le président (apparenté LR) du Département du #finistère, mais « humiliante » et « inutile » par les premiers concernés. L’article Derrière les chiffres de Maël de Calan, des allocataires finistériens du RSA racontent un coaching contre-productif et décourageant est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Libertés_et_droits_humains #bimbamjob #chômage #conseil_départemental_du_finistère #emploi #précarité #social #solidarité #speed_dating #travail

  • Perché occorre cambiare prospettiva sulla fallimentare “gestione” dei cinghiali

    Ogni anno in Italia vengono abbattuti legalmente oltre 300.000 cinghiali, valore triplicato dal 2000, quasi 2,5 milioni in totale dal 2015 al 2022. Nonostante la continua mattanza il loro numero non sembra subire diminuzioni. L’etologia offre una spiegazione che in pochi, però, si degnano di indagare. L’intervento del naturalista e guardiaparco Luca Giunti, che inaugura la nuova rubrica “L’erba dalla parte delle radici”

    Pochi giorni dopo Natale il pronto soccorso della Val Cupona, in Piemonte, ha curato un gruppo di persone con forti mal di pancia. Era di guardia un medico anziano, generoso nel lasciare liberi durante le festività i colleghi giovani con figliolanze varie. L’esperienza gli ha permesso di diagnosticare a colpo d’occhio l’infestazione da Trichinella, un verme nematode che invade intestini e parti molli di molti mammiferi, tra cui noi Sapiens e i cinghiali. Gli scriteriati avevano mangiato salami crudi e in pratica si sono autodenunciati per bracconaggio: la fauna legalmente abbattuta è controllata da veterinari che certificano la salubrità delle carni.

    Il 31 gennaio si è conclusa la stagione venatoria tradizionalmente iniziata la terza domenica di settembre. I selvatici sopravvissuti hanno tirato un sospiro di sollievo, tutti tranne uno: il cinghiale. Per i danni provocati all’agricoltura, per gli incidenti stradali, per la diffusione della peste suina, soprattutto per il numero elevato, rimane tutto l’anno nel mirino di piani di depopolamento operati un po’ ovunque, Parchi compresi. L’Istituto superiore di protezione e ricerca ambientale (Ispra), il massimo organo scientifico italiano per habitat e fauna, stima infatti che oltre un milione e mezzo di cinghiali siano distribuiti in tutta la Penisola.

    A seconda se lo interpretiamo come carne da mangiare o come guastatore dei campi o come dispensatore di malattie, per noi il cinghiale è una bistecca con quattro zampe o un aratro senza cingoli o un pericoloso untore. È in realtà un animale intelligente, con una struttura sociale complessa, per certi versi analoga alla nostra o a quella di specie considerate più “nobili” come leoni o elefanti. Oltre 15 milioni di anni fa ha colonizzato Eurasia e Africa grazie alla sua adattabilità e alla capacità di nutrirsi di qualunque cibo. Da 10.000 anni è stato più volte addomesticato, dapprima in Turchia e Mesopotamia e poi ovunque, per creare un “modello” meno aggressivo, più grasso e più prolifico: il maiale domestico. Restano la stessa specie, Sus scrofa, e quindi accoppiamenti misti generano cuccioli ibridi e fertili. Talvolta questa pratica è stata adoperata in passato (oggi dovrebbe essere illegale) per aumentare il tasso di natalità di entrambi.

    Il cinghiale è stato più volte sterminato, poi reintrodotto, diradato o eliminato di nuovo e ripopolato ancora. La sua espansione capillare è dovuta alla plasticità della specie, capace di colonizzare ambienti diversissimi e di mangiare tutto, d’altronde i contadini hanno usato per secoli suo cugino maiale in funzione di tritarifiuti (una economia circolare perfetta che si chiudeva sotto Natale con macellazioni rituali e trasformazioni pressoché totali in insaccati, strutto, pennelli, saponi, piccoli oggetti). È stata favorita dalla facilità di accesso ai gustosi cassonetti umani, dall’usanza pietosa ma stupida di lasciargli apposta cibo e dall’abbandono di montagne e colline seguito alla Seconda guerra mondiale, quando gli abitanti hanno cercato nuove opportunità in città o in pianura. Territori coltivati e regimati da secoli hanno visto sparire gli esseri umani ma hanno continuato a produrre frutti, castagne, faggiole, tuberi magari rinselvatichiti ma sempre buoni e nutrienti. Prima del boom turistico a frequentare i boschi di Alpi e Appennini erano rimasti i cacciatori. Senza più prede, però. Ecco allora che in tutta Italia enti pubblici e aziende private si sono dati da fare per ripopolare la fauna selvatica. Cervi, caprioli e cinghiali sono stati rilasciati un po’ ovunque e negli anni seguenti i nuovi habitat ritornati tranquilli, l’abbondanza di cibo e l’assenza dei predatori naturali (il lupo sarebbe tornato stabilmente soltanto mezzo secolo dopo) ne hanno favorito la diffusione.

    E oggi? Ogni anno in Italia vengono abbattuti legalmente oltre 300.000 cinghiali, valore triplicato dal 2000, quasi 2,5 milioni in totale dal 2015 al 2022 (fonte Ispra). Sembra scomparso il rispetto riverente del medioevo, quando si riconosceva alla preda la forza, la resistenza alle ferite, la sfida nobile quasi ad armi pari vista la pericolosità di zanne affilate e sapientemente usate. Lo raccontano bene mitologie antiche e moderne: la quarta fatica di Ercole sul Monte Erimanto; la divinità celtica Arduinna, raffigurata a cavalcioni di un grosso cinghiale, “sorella” di altre dee della caccia come Artemide e Diana; l’araldica di casate nobiliari e di Comuni come Benevento e Peia (BG); i fumetti famosissimi di Asterix e Obelix.

    I cinghiali provocano danni che costano a tutti i cittadini italiani circa 20 milioni di euro ogni anno ma nonostante la continua mattanza il loro numero non sembra subire diminuzioni. L’etologia offre una spiegazione al paradosso. I cinghiali vivrebbero in gruppi allargati, pluri-età, guidati da due o tre femmine anziane -le “matriarche”- che tengono uniti i membri, insegnano loro le zone meno pericolose, alzano l’età riproduttiva delle femmine giovani. È chiamata “strategia K” e viene mantenuta dai predatori come il lupo, che non è in grado di attaccare gli adulti e riesce a fare un po’ di selezione soltanto sui giovani. In questa situazione di equilibrio naturale, le aree devastate sono poche (talvolta il rinnovo del bosco è persino favorito dal continuo rivoltare il terreno rendendolo areato e pronto ad accogliere nuovi semi) e le popolazioni crescono lentamente. Da decenni, però, la gestione del cinghiale è esercitata soltanto mediante la caccia, che -giustamente- privilegia gli individui più grossi, cioè gli adulti (prevalentemente maschi ma non solo). A lungo andare le generazioni si spostano verso la “strategia R” adottata da tutte le specie sottoposte a forte pressione: abbassamento dell’età fertile delle femmine, incremento del numero dei cuccioli, divisione in sottogruppi e dispersione in tante zone diverse. Danni, patogeni e potenziali incidenti si spargono. Come chiedono molti studiosi, Ispra in testa, non si potrebbe provare per qualche anno un diverso modello di gestione?

    La storia finisce con gli ammalati in cura da oltre due mesi, sottoposti a pesanti antibiotici ma “graziati” del reato di bracconaggio perché -hanno dichiarato- i salami infestati erano stati regalati loro da un cugino cacciatore, ma non ricordano quale.

    https://altreconomia.it/perche-occorre-cambiare-prospettiva-sulla-fallimentare-gestione-dei-cin
    #sangliers #éthologie #chasse #stratégie_R #stratégie_K #loup #surpopulation

  • "Ils présentent #Calais comme un #champ_de_bataille" : ces groupuscules britanniques #anti-migrants dans le nord de la France

    « #Opération_Overlord », « #Raise_the_Colors »... Des groupes de civils britanniques d’#extrême_droite organisent depuis plusieurs mois des actions dans le nord de la France pour lutter contre les traversées illégales de la #Manche. Face à ce phénomène anti-migrants, des associations françaises condamnent l’inaction des gouvernements britannique et français. « Se faire justice soi-même ne résoudra pas le problème », a déclaré le Home Office à InfoMigrants.

    Le mouvement britannique baptisé « Opération Overlord » organise des actions dans le nord de la France pour tenter d’empêcher les traversées clandestines de la Manche. Ses membres - des civils - patrouillent le long du littoral français pour détruire les petites embarcations à bord desquelles des migrants espèrent rejoindre les côtes du Royaume-Uni.

    Sur les réseaux sociaux, les membres « d’Opération Overlord » publient des vidéos pour expliquer qu’ils « traquent [les migrants dans] les dunes » et recherchent des canots pneumatiques. Le journal britannique The Guardian rappelle que ces groupes d’autodéfense harcèlent des migrants et qu’ils n’agissent dans aucun cadre légal.

    Un autre de ces groupes se fait appeler Raise the Colours. Leur montée en puissance inquiète les associations d’aide aux migrants en France.

    « Force civile de contrôle des frontières »

    Raise the Colours attire déjà des milliers de personnes. Plus de 5 500 Britanniques se seraient portés #volontaires pour se rendre en France et participer à ces #patrouilles. Sur son site web, le mouvement sollicite ouvertement des dons allant de 10 à 2 000 livres sterling (entre 11 et 2 300 euros environ) pour financer une « force civile de contrôle des frontières ».

    Le groupe a également diffusé des demandes d’équipement comprenant des gilets anti-couteaux, des caméras thermiques, des drones, des radios cryptées et de puissantes lampes torches.

    Raise the Colours n’a pas répondu aux sollicitations d’InfoMigrants.

    « Une #auto-justice en grande partie symbolique »

    Dans son ouvrage intitulé « Towards a vigilant society : from citizen participation to anti-migrant vigilantism » ("Vers une société vigilante : de la participation citoyenne à la vigilance anti-migrants"), l’auteur Matthijs Gardenier examine ce phénomène qui met en scène des patrouilles spectaculaires, des appels à la vindicte populaire et au harcèlement en ligne.

    « Ces actions façonnent une vision du monde qui présentent la situation à Calais et à #Douvres non pas comme une crise humanitaire, mais comme un champ de bataille, représentant les migrants comme des envahisseurs et les justiciers comme des défenseurs héroïques », écrit Matthijs Gardenier. « Bien que cette #auto-justice soit en grande partie symbolique, mise en scène principalement pour être visible sur les réseaux sociaux, elle contribue néanmoins à créer une atmosphère conflictuelle et débouche parfois sur des #intimidations dans le monde réel ».

    Début décembre, neuf associations - dont Utopia 56 - ont dénoncé ces « pratiques d’intimidation » et condamné la « réponse insuffisante » des gouvernements britannique et français, estimant que cela « contribue à normaliser et à encourager des pratiques violentes et xénophobes qui menacent directement les personnes exilées ainsi que leurs soutiens associatifs ».

    Contacté par InfoMigrants, un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a expliqué « comprendre la frustration suscitée par les traversées illégales. Cependant, se faire justice soi-même ne résoudra pas le problème. Cette semaine, le ministre de l’Intérieur a annoncé les plus grandes réformes depuis des décennies pour lutter contre l’immigration clandestine, rétablir l’ordre et le contrôle à nos frontières et rendre l’arrivée au Royaume-Uni moins attrayante pour les migrants clandestins. »

    Mi-novembre, le gouvernement britannique a durci encore sa politique migratoire à l’encontre des demandeurs d’asile et des réfugiés à travers un vaste plan anti-immigration afin de décourager les migrants de venir au Royaume-Uni. Avec la nouvelle loi, la durée des titres de séjour va passer de cinq ans à deux ans et demi, les conditions d’obtention du titre de séjour permanent vont se durcir. Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur britannique, a aussi décrété que les demandeurs d’asile n’auront « qu’une seule chance » de déposer une demande et une seule de faire appel - espérant ainsi accélérer dans le même temps les expulsions vers les pays d’origine.

    « Nous avons arrêté et expulsé près de 50 000 personnes en situation irrégulière, et notre accord historique avec la France prévoit que les personnes arrivant par petits bateaux soient désormais renvoyées », ajoute le ministère.

    Montée en puissance des « chasseurs de migrants » à travers l’Europe

    Les Britanniques ne sont pas les seuls à ériger des groupes de défense anti-immigration. À travers l’Europe, des mouvements similaires ont gagné en popularité, se présentant comme les défenseurs des communautés locales et intervenant là où, selon eux, les autorités ont échoué.

    Le réseau Radicalisation Awareness Network (RAN), une initiative financée par l’Union européenne (UE), a étudié « l’internationalisation croissante » de l’extrémisme de droite. Ses recherches montrent comment les #réseaux_sociaux contribuent à normaliser les #discours_haineux, en particulier ceux qui visent les migrants et les demandeurs d’asile.

    Ces groupes se présentent généralement en protecteurs face à des migrants qui représenteraient une menace.

    Selon l’étude, les mouvements d’extrême droite en Europe ne se limitent plus aux sous-cultures jeunes comme les #skinheads ou les #néonazis. Ils impliquent désormais des adultes de tous âges et de toutes professions.

    Le RAN cite une étude norvégienne qui montre un changement notable : l’âge moyen de la #radicalisation est passé d’environ 22 ans dans les années 1990 à 31 ans dans les années 2010. Les personnes plus âgées, qui disposent de plus de ressources, de contacts et d’expérience sont de plus en plus souvent à l’origine de ces mouvements.

    Au Royaume-Uni, l’organisation anti-extrémisme Hope Not Hate constate également une forte hausse des actions anti-migrants : en 2022, les « #chasseurs_de_migrants » sont allés protester 253 fois devant des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile, soit deux fois plus qu’en 2021. Ces incidents, filmés et publiés en ligne, montrent souvent des militants confrontant le personnel hôtelier ou filmant les demandeurs d’asile entrant et sortant des bâtiments.

    Bien financé et bien structuré

    La journaliste brésilienne Andrea Dip s’est penchée sur la dynamique de groupes comme Raise the Colours dans le paysage politique d’extrême droite. Selon elle, ces mouvements ne sont ni chaotiques ni désorganisés.

    Une étude réalisée en 2025 par le Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs (EPF) a révélé que des groupes d’extrême droite - russe ou américain parfois - ont transféré plus d’un milliard d’euros à travers l’Europe entre 2019 et 2023.

    Ces réseaux diffusent des discours anti-immigrés dans les médias, les ONG et les partis politiques. Leurs messages, qui incluent des slogans tels que « Make Germany great again » (Rendre à l’Allemagne sa grandeur) ou « La Pologne aux Polonais », sont délibérément conçus pour présenter le #nationalisme comme du #patriotisme.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/68809/ils-presentent-calais-comme-un-champ-de-bataille--ces-groupuscules-bri
    #milices #migrations #réfugiés #UK #Angleterre #France

  • « Écologistes : l’épuration qui vient »
    https://reporterre.net/Ecologistes-l-epuration-qui-vient

    Voilà des mois que le contexte politique, en particulier le champ de bataille que sont devenues l’agriculture et l’écologie, me hante. Pour ne pas rester sans rien faire, j’ai écrit un texte qui, je l’espère, contribuera à éclairer les dynamiques fétides actuellement à l’œuvre.

    En octobre dernier, un couple d’éleveurs bretons m’a raconté comment leur fille adolescente, durant ses études agricoles, a été moquée et dénigrée par des camarades de classe. Parce que ses parents sont des « bios », elle était, aux yeux de quelques-uns, la « sale pute d’écolo » (sic).

    Le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture française a déclaré dans un discours : « Nous devons lutter contre les tentations de la décroissance portées par quelques thuriféraires du décadentisme.[…] Chaque fois que je dis ces deux mots, “produire plus” il y a toujours quelqu’un pour me dire “ah le productivisme, ah la malbouffe”. C’est une trahison de la nation que cette malhonnêteté intellectuelle là. »

    #épuration #chasse_aux_sorcières

    • C’est déjà hyper dur de transitionner d’une activité tertiaire vers l’agriculture, sans famille dans le milieu. Et juste sur la base d’une conscience politique. Tout le réseau qu’il y a à construire (capital social), toute la connaissance à acquérir (capital culturel). Et sachant qu’en plus, on arrive dans un monde peu lucratif (perte de capital économique).
      Certains parcours vers la bio mériteraient des prix Nobel (auto promo).
      Il est donc bienvenu d’avoir un milieu compatissant et aidant, un soutien de tous bords dans cette démarche.
      Alors quand le monde politique met des barrières à ce parcours, c’est ultra démotivant. Ca pousse à arrêter.

    • Silence dans les champs (Nicolas Legendre)

      Depuis 1965, on ne compte plus le nombre d’ouvrages, de documentaires et de films spécialisés ou grand public, ces derniers bien souvent larmoyants d’ailleurs, sur le thème de la disparition des petits paysans. Dans les années 1970, ils avaient 10 hectares ; dans les années 1980, 20 ; dans les années 1990, 30 ; aujourd’hui, ils en ont 200, voire 500, et ils sont toujours des « petits paysans » victimes de la société – réduite en général à la grande distribution et aux consommateurs.

      D’analyse souvent sommaire, cette production pléthorique reflète-elle la mauvaise conscience de la société ? Ou vient-elle conforter un récit dont l’effet, voire le but lénifiant, est de masquer les processus et acteurs à l’œuvre au sein même du complexe agroindustriel, les fossoyeurs de ces « petits paysans » ?

      Au milieu de cette prolifération, l’ouvrage de Nicolas Legendre constitue une exception et, espérons-le, un tournant dans la perception qu’aura l’opinion de l’agonie du monde agricole. L’auteur, correspondant du journal Le Monde, s’appuyant sur ses enquêtes sur près de sept ans autant que sur la littérature scientifique, procède à une autopsie du complexe agroindustriel breton, qui a transformé en un siècle le petit territoire en une énorme plateforme agroalimentaire, transformant soja et céréales en saucisses, lardons, blancs de poulets, nuggets, yaourts et emmental via l’élevage industriel et les entreprises de transformation, au prix d’une incroyable souffrance des éleveurs de base totalement inféodés et des ouvriers et ouvrières de l’agroalimentaire, ainsi que des destructions écologiques dont on ignore encore le degré de réversibilité.

      https://laviedesidees.fr/Nicolas-Legendre-Silence-dans-les-champs
      Et donc merci @la_vie_des_idees

  • «  Dernier passage  »  : une #chasse_à_l’homme dans la #forêt de #Białowieża vue de l’intérieur

    Dans l’est de la Pologne, les activistes de #Grupa_Granica répondent chaque jour aux appels de détresses de migrants dissimulés dans les marécages, fuyant les patrouilles et les hélicoptères. Une journée passée à leurs côtés raconte la mécanique d’une traque — et ce qu’il reste du droit d’asile au cœur d’un dispositif frontalier militarisé. Extrait de l’épisode 3 de notre podcast original «  Dernier passage  ».

    Le hameau des activistes de Grupa Granica n’a rien d’un camp organisé et militarisé  : c’est une zone de #résistance bricolée, coincée entre deux États qui se renvoient les mêmes corps épuisés. Dans le garage où tout s’entasse, les bénévoles préparent les «  paquets de survie  » destinés aux migrants égarés dans la forêt de Białowieża  : couvertures isothermiques, bonbons, anti-inflammatoires, pansements, chaufferettes, mais aussi batteries externes préchargées. Chaque élément répond à une nécessité repérée sur le terrain  : éviter l’hypothermie, prévenir les infections, fournir de l’énergie rapide, permettre une dernière communication avant que les téléphones ne s’éteignent. Cette frontière militarisée est devenue un #environnement_hostile où l’accès au territoire européen se joue parfois sur la présence (ou non) d’un simple powerbank.

    Alors que nous terminons la préparation des sacs, Aleksandra, militante chevronnée, reçoit un appel paniqué d’un jeune Marocain caché dans la forêt. Il dit être traqué par les #gardes-frontières polonais. «  Ils sont proches… j’entends les chiens…  » Son signal GPS s’interrompt par intermittence  : sa batterie est presque vide. Aleksandra réagit immédiatement et nous entraînons nos sacs sur un chemin forestier noyé sous la pluie.

    Dans cette forêt, la frontière n’est pas une ligne mais une #traque permanente. On avance dans des #marécages glacés, l’eau jusqu’aux genoux et sous dans un ciel où on aperçoit la silhouette métallique des hélicoptères de l’armée. L’un d’eux tourne en cercles, à basse altitude, manifestement à la recherche d’une silhouette humaine. Plus loin, un véhicule des gardes-frontières suit une piste forestière. Aleksandra nous fait signe de nous cacher. La scène ressemble moins à une patrouille qu’à une opération de chasse organisée. On pourrait croire à une farce ou a un exercice de l’armée, le cerveau peine a envisager la réalité, mais c’est bien un être humain qui est traqué.

    Chaque minute compte. Si les gardes-frontières interceptent le jeune homme avant nous, il risque un pushback, en l’occurrence le fameux renvoi immédiat vers la dictature voisine, la Biélorussie, une pratique interdite par l’article 33 de la Convention de Genève, par le droit européen (Directive Procédures, articles 6 et 8), et par la Charte des droits fondamentaux (article 18 et 19). En théorie, toute personne présente sur le sol polonais (ou interceptée à la frontière) a le droit de demander l’asile et de voir sa demande enregistrée immédiatement. Mais en pratique, dans cette zone militarisée, les refoulements illégaux sont systématiques.

    Le signal du jeune Marocain finit par réapparaître. Dix secondes de géolocalisation, le temps de fixer un point approximatif. On accélère. Après plusieurs heures dans les marécages, nous le trouvons enfin. Trempé, tétanisé, incapable de distinguer qui nous sommes. Aleksandra s’agenouille, lui offre de l’eau et du sucre, lui parle doucement. La panique ne vient pas seulement de la faim ou du froid, mais de ce qu’il sait  : s’il est repris sans témoin, il sera renvoyé de force vers la Biélorussie, sans trace administrative, sans accès à la procédure, parfois avec des coups ou des menaces. Des situations qui ont déjà été maintes fois documentées.

    Commence alors la discussion essentielle  : activer le droit.

    Aleksandra lui explique les règles, mais surtout les écarts entre la loi et sa mise en œuvre. Selon la Directive Procédures de l’UE (2013/32/UE), un demandeur d’asile  :

    · doit pouvoir déposer sa demande immédiatement,

    · doit être protégé contre tout refoulement tant que sa demande n’a pas été examinée,

    · doit avoir accès à une procédure individuelle,

    · doit pouvoir contacter un avocat ou une ONG.

    La Pologne, de son côté, a modifié son droit interne en 2021, introduisant des dispositions permettant aux gardes-frontières d’ignorer une demande orale formulée dans la #zone_militaire — une mesure jugée incompatible avec le droit européen par plusieurs juristes et contestée devant la Cour européenne des droits de l’homme.

    Aleksandra ne ment pas  : en théorie, s’il prononce les mots «  Je demande l’asile  » devant un agent polonais, l’État est juridiquement obligé de l’enregistrer. Mais en pratique, il arrive très souvent que les agents refusent d’entendre la demande, qu’ils ne consignent rien, ou qu’ils renvoient la personne de l’autre côté.

    Le juriste spécialisé de Grupa Granica, joint par téléphone, entre alors en scène. Il explique au jeune Marocain ce qui va se passer ensuite  :

    · une arrestation officielle

    · un transfert vers un centre de rétention

    · un premier entretien

    · la possibilité d’un accès à un avocat,

    · mais aussi le risque d’une décision de retour, parfois très rapide, si les autorités estiment qu’il ne relève pas de la protection internationale.

    Les #centres_de_rétention polonais sont régulièrement pointés du doigt  : dispositifs carcéraux, quasi-absence d’interprètes, accès limité à l’aide juridique, conditions matérielles difficiles. Mais c’est aussi le seul endroit où sa demande d’#asile peut être légalement consignée (et donc juridiquement défendable).

    Après une heure de discussion, le jeune homme accepte. Il renonce à la fuite vers l’Allemagne (trop risquée dans son état) et choisit la voie légale. Aleksandra compose alors le numéro des autorités locales pour notifier officiellement la présence d’un demandeur d’asile. Cette notification crée une trace, un fait juridique que la police ne peut plus effacer.

    Lorsque la jeep des gardes-frontières arrive, tout est filmé, noté et documenté. Le jeune Marocain prononce clairement sa demande. Les agents, cette fois, l’enregistrent. Il monte dans le véhicule. Il sait qu’il entre dans un système opaque, mais au moins, une procédure existe. Il ne sera pas poussé dans la forêt biélorusse cette nuit.

    La voiture s’éloigne. Il ne reste que la forêt, les trous d’eau, les traces d’une journée passée à échapper aux patrouilles. Aleksandra regarde son téléphone  : trois autres messages de détresse sont arrivés depuis notre départ. Dans cette #zone_frontalière, la loi européenne existe, mais elle ne s’applique que quand des civils, juristes, bénévoles veillent à ce qu’elle ne soit pas étouffée sous la boue des marécages.

    https://www.blast-info.fr/articles/2025/dernier-passage-une-chasse-a-lhomme-dans-la-foret-de-bialowieza-vue-de-l-

    #Bialowieża #frontières #Pologne #Biélorussie #migrations #réfugiés #solidarité #droit_d'asile #refoulements #push-backs

    –-

    ajouté à la métaliste autour de la Création de #zones_frontalières (au lieu de lignes de frontière) en vue de refoulements :
    https://seenthis.net/messages/795053

  • Syndromes d’apnées du sommeil - Prescrire
    https://www.prescrire.org/strategies-de-soins/412-syndromes-d-apnees-du-sommeil

    Syndromes d’apnées du sommeil
    Pression positive continue : pas de bénéfice démontré au-delà d’une amélioration de la qualité de sommeil.

    Il parait que l’apnée du sommeil touche 5% de la population.

    #paywall #SAHOS

    #business_santé #non_prouvé_scientifiquement #vente_forcée #sur_le_dos_de_la_sécurité_sociale #santé #ppc #oam #médecins_complices #IA

    #témoignages_bienvenus

    • D’après un ami médecin, plus de 30% des personnes à qui ont à proposé le PPC pour traiter leur apnée du sommeil ne supportent pas l’appareillage (PPC pour Pression Positive Continue). Certains ont même le sentiment qu’on leur met un sac plastique sur la tête, du coup 1/3 de sa vie à étouffer, c’est énorme, oui.
      Mais tant mieux si ça fonctionne pour certaines personnes. C’est juste que je découvre le processus et que je vais faire un tour chez les juristes d’une asso de consommateurs demain pour éclaircir les choses.

      Ah oui, aussi, le côté prosaïque c’est un coût d’environ 100€ par mois pour un effet non prouvé scientifiquement et l’appareil est loué et remboursé à 60% par la sécu. Reste à charge de 40€.

    • la promesse, c’est pas juste ... la qualité du sommeil, c’est celle de la vie elle-même (la privation de sommeil est une réelle torture : les connections synaptiques se déglinguent ; le mauvais sommeil, suffit de demander à des parents de nourrissons, surtout solo). un ami a ça : insomnies, maux de tête, fatigue (sans parler de conséquences hypothétiques à venir), on lui parle de le suppléer en oxygène...

      #apnée_du_sommeil #appareillage_médical #médecine

    • Il me semble qu’à se focaliser sur une machine, on oublie de panser les causes (de santé et de politique) pour s’en tenir aux symptômes. Ici, ce qui m’intéresse, c’est de comprendre la mise en place du business de la location de ces machines et l’abandon à des sociétés privées de juteux « dispositifs médicaux à domicile ». Ou quand les médecins ne savent plus faire que des prescriptions de machines dictées par d’autres machines, et que le malade passe à l’arrière plan.

      Il me semble avoir retrouvé le lien du texte de Prescrire
      https://www.sleepclinic.be/wp-content/uploads/La-pression-positive-continue-am%C3%A9liore-la-qualit%C3%A9-du-sommeil-m

    • J’ai testé la PPC, le genre d’appareillage qui te fait faire le « Dark Vador » toute la nuit. Je ne pouvais plus dormir. Donc en fait, le résultat était au rendez-vous : plus de sommeil, plus d’apnée.
      Après, une pneumologue m’a proposé une orthèse d’avancée mandibulaire (OAM).
      https://centre-sommeil-respire.fr/traitements/orthese-davancee-mandibulaire

      Effets indésirables
      Il s’agit essentiellement d’inconforts liés au dispositif dentaire. Par exemple, une sécheresse/hypersalivation buccale, des douleurs dentaires et/ou articulaires temporo-mandibulaires, etc. Ces inconforts, habituellement d’intensité modérée, sont surtout perçus en début de traitement et ne justifient que rarement son interruption. Cependant, à long terme, il peut exister chez certains patients une modification de l’occlusion dentaire (inclinaison des incisives).

      Donc obligé de faire quelques exercices de mandibules chaque matin pour détendre les muscles et les articulations de la mâchoire pour ramener tout ça à la « normale ». Le pire c’est que j’y ai laissé une prémolaire qui s’est mise à « chasser sur son ancre ». Extraction de la dent, alvéole dentaire en miettes, douleurs, anti douleurs (ibuprofène, paracétamol, tramadol), emmerdements pendant deux mois. Une dent en moins, nouvelle orthèse à fabriquer. J’ai lâché l’affaire.
      Je continue à ronfler (plus ou moins bruyamment), je suis toujours un « apnéiste » et j’ai des gros coups de mou pendant la journée. Je m’adapte avec des siestes plutôt longues (où je ronfle toujours et respire mal).

      Parlons aussi (peut-être) de la qualité de l’air intérieur dans nos logements et de celle de l’air extérieur (évidemment).

    • @sombre merci de ton témoignage.

      Tout à fait aussi pour réduire la pollution atmosphérique !

      Alternatives et aides possibles : perdre du poids, chanter (muscler les tissus mous de la gorge), faire de l’hypnose, respirer par le nez.

    • Alors, ma visite à l’UFC-Que Choisir qui concernait les installations de matériel médical à domicile s’est soldée par un échec, refus de prise en considération. Je souhaitais questionner les pratiques actuelles, connaitre leur encadrement juridique, mais aussi dénoncer un mode de vente forcée quand c’est la sécu qui paye et que cela se nomme de la location.

      Actuellement, pour une affaire individuelle, la société privée qui a installé le matériel ne veut pas le récupérer et argue qu’il faut l’autorisation du pneumologue prescripteur, pas de la personne. Or, le secrétariat du prescripteur refuse de prendre la demande en considération.

      Le juriste apathique de l’UFC-Que Choisir a réfuté tout mes arguments en prétextant qu’il en va de la responsabilité du médecin prescripteur et que la médecine a des lois spéciales. Lesquelles ? Impossible de savoir.

      #chasse_gardée #consentement_éclairé

      Consentement libre et éclairé du patient (définition)
      https://www.france-assos-sante.org/66-millions-dimpatients/patients-vous-avez-des-droits/consentement-aux-soins

      Consentement éclairé du patient : définition et pré-requis

      Avant de donner son consentement aux soins, le patient doit bénéficier d’informations loyales, claires et adaptées à son degré de compréhension de la part des équipes soignantes et médicales tout en étant libre de toute pression ou contrainte. Donner son consentement éclairé implique de connaître les alternatives thérapeutiques envisageables, c’est-à-dire les autres moyens de traiter le(s) problème(s) de santé rencontré(s) avec leurs avantages et leurs inconvénients… C’est sur la base de cet échange que le patient pourra accepter ou refuser ce que préconisent les professionnels de santé. Ces derniers devront obligatoirement respecter la volonté du patient.

    • J’ai une amie qui a utilisé le dispositif pendant quelques années.
      Bénéfice immédiat : en retrouvant un sommeil de qualité, elle a retrouvé une vie dont elle était privée car étant fatiguée tout le temps. Rien que pour ça, ça vaut le coup.

      Ensuite, il semblerait qu’elle ait pu se passer de l’appareil au bout de quelques années. Pourquoi, comment ? Je ne sais pas. Mais pour elle, c’était tout bénéfice.

      Deuxième cas : ma camarade de piaule à l’hosto. 75 ans, multi-problèmes et voilà qu’à l’heure du dodo, elle sort sa machine PPC. J’ai commencé à pleurer à l’intérieur de moi en me disant que pour ma gueule, c’était mort la récup’.
      Mais que nenni !

      Déjà, c’est un petit machin de la taille de mon mini PC. Et l’embout, c’est juste pour le nez et elle me disait que c’était vraiment mieux que le gros bidule.

      Mais surtout, les gus ont trouvé le moyen d’avoir un compresseur… silencieux. Ce truc fait moins de bruit qu’une clim bien réglée. Donc, je suppose qu’il existe des devices pour richoux et que j’ai partagé quelques nuits avec l’un d’entre eux, sachant que j’ai le sommeil affreusement léger.

      Donc, pas de bruit de l’enfer, pas de Dark Vador et une voisine qui ne ronfle pas et qui est de bonne humeur au matin.

    • Une première connaissance qui avait du mal à dormir, se retrouvait en burn-out au boulot... a eu du mal à trouver sa machine. Et a finalement trouvé ce qui lui convenait. Il revit.

      Une seconde connaissance, idem, qualité de vie en effondrement total, difficultés dans les relations avec les autres au boulot. Il trouve la bonne machine. Il revit. Vraiment.

      Il y a aussi @paul_denton sur Mastodon, dont on parle d’ailleurs ce matin sur SeenThis, qui a raconté son odyssée à ce sujet et qui lui aussi a retrouvé une relative qualité de vie de ce qu’il a partagé.

      Ce sont des hommes tous les trois. Ont-ils bénéficié d’une prise en charge spécifique ? Je n’ai pas la réponse, même si la documentation dit que la probabilité est non-nulle.

    • J’ai retiré le lien. C’était pour montrer de qui je cause (je ne retrouve pas le lien vers son profil, là en 30 secondes, et quand je dis « qui », je dis pas que c’est une pourriture antisémite, ce n’est pas du tout ça, je le précise, c’est maladroit de ma part de choisir ce lien oui ; dans la vraie vie (des réseaux sociaux), c’est une personne très gentille, et soucieuse de bien faire, une vraie belle personne, un petit peu paumée dans l’horreur de notre société fasciste)

    • Le lien de profil : https://mastodon.social/@paul_denton

      Oui, il avait parlé de ses problèmes de sommeil.

      Mes deux exemple sont des femmes et elles étaient satisfaites du résultats.

      Après, c’est pareil : j’ai eu une excellente prise en charge de mon problème médical, depuis le 15 jusqu’à la visite de contrôle post-op.
      Beaucoup d’autres gens, dans le même hosto ou ailleurs avec le même problème n’ont pas du tout bénéficié des mêmes soins.

      Donc quelles sont les variables qui expliquent de tels écarts aléatoires entre les personnes ?
      Je pense que la couleur, le genre et la classe sociale comptent beaucoup. La manière de s’exprimer aussi (c’est multifactoriel entre ton origine, ton éducation et ta psychologie) qui fait qu’un soignant sera ± à l’écoute.

      Après, on a un système tellement dégradé qu’il n’y a plus aucune égalité de traitement entre les citoyens.

    • @monolecte Je ne coche aucune des cases (couleur/genre/classe sociale) Le pneumo pourrait sûrement faire autrement que d’expédier ses patient·es à qui il prescrit toute la journée des PPC à partir du diagnostic que lui ressort une machine. Il doit se morfondre au bout de 20 ans à faire la même chose enfermé dans un bureau d’hôpital avec les photos de ses vacances au mur et un ordinateur qu’il commande grâce à une IA.
      Et bien sûr des patient·es qui ne comprennent pas trop ce qui leur arrive et qui se ressemblent étonnamment. Le tout fait que soit il sait renouveler une capacité d’accueil bienveillant soit l’indifférence le submerge et le sadisme n’est pas loin pour calmer ce pouvoir et cet ennui.
      De mes expériences traumatisantes avec du personnel médical agresseur dès mon enfance, je suis souvent en défiance même si je m’efforce de ne pas abandonner l’idée de me soigner. Et on me le fait payer assez cher, que je l’exprime ou pas, 90% des médecins veulent trop souvent des malades dociles et admiratifs. Je me bats pour n’avoir que les 10% d’écoutants, je suis assez fière de ne pas avoir abandonné l’idée que soigner c’est prendre soin.

      Je colle ici un lien au casou
      https://www.allianceapnees.org

    • Ah oui, aussi, le côté prosaïque c’est un coût d’environ 100€ par mois pour un effet non prouvé scientifiquement et l’appareil est loué et remboursé à 60% par la sécu. Reste à charge de 40€.

      L’article de Prescrire est un peu trompeur j’ai l’impression, c’est bien prouvé scientifiquement que les appareils améliorent la qualité du sommeil (ce qui n’est pas rien) mais par contre ça n’améliore pas l’espérance de vie, ce qui était probablement une promesse de ces fabricants de machines... Bon ensuite je suppose que plus on met cher là dedans, mieux c’est (comme pour tout le reste : appareils auditifs, tout ce qui est dentaire aussi etc.).

  • #Palestine au #Collège_de_France : la protestation de #François_Héran

    _Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, François Héran rend publique la lettre qu’il a adressée à son administrateur, Thomas Römer, à propos de l’#annulation du #colloque sur la Palestine de son collègue #Henry_Laurens._

    Paris, 9 novembre 2025

    Lettre à #Thomas_Römer,
    administrateur du Collège de France

    Cher Thomas,

    Malgré mon nouveau statut de retraité, tu as bien voulu m’inclure parmi les destinataires de ton message sur l’annulation du colloque de notre collègue Henry Laurens. Je t’en remercie.

    En lisant ton message envoyé à la presse, je découvre que, loin d’être l’apanage du #wokisme, la #cancel_culture peut aussi inspirer l’administration du Collège. Il fallait du courage pour donner des leçons d’#objectivité et d’#intégrité_scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine. Notre collègue, à l’évidence, ne maîtrise pas les enjeux du débat dans un domaine aussi brûlant.

    Il était bon de rappeler aussi qu’en la matière, les partis pris d’un hebdomadaire bien connu pour son traitement rigoureux des faits ont plus de #légitimité qu’un professeur occupant sa chaire depuis vingt-deux ans. On se demande comment ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions, alors qu’il était si simple d’inviter uniquement des intervenants validés par la #Licra.

    Ton message me suggère qu’une révision du règlement intérieur du Collège s’impose de toute urgence :

    Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’#actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à #controverses, devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur.

    1. Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. Si l’on objecte que la détention d’un doctorat d’informatique ne donne aucune légitimité à intervenir dans des questions de science politique ou d’orientalisme (selon le principe de la séparation des ordres posé en d’autres temps par Pascal), on rappellera dûment aux professeur-es qu’il n’y a pas de plus haute autorité qu’un tweet ministériel.
    2. Le recrutement des professeur-es sera désormais soumis au tribunal de l’opinion publique et médiatique, selon une procédure à déterminer.
    3. Le règlement intérieur proclamera dans son préambule que la notion d’« #engagement », jadis inhérente au libre exercice de la recherche, est désormais désuète. Elle sera donc bannie du Collège. Il faudra effacer de la mémoire de notre institution toute référence aux grands intellectuels, littéraires ou scientifiques, qui se sont aventurés à sortir de la « #neutralité » telle qu’elle est strictement définie dans ton message et dans celui du ministre. On veillera aussi à tenir compte de cet impératif dans la préparation du 500e anniversaire de la fondation du Collège.

    Ces modifications du règlement contribueront, je n’en doute pas, à défendre le Collège. La fable se trompe : mieux vaut la prospérité du Chien que l’indépendance du Loup.

    En te renouvelant, cher Thomas, mes meilleures salutations,

    In dubio pro libertate
    François Héran*

    –-

    Post Scriptum : l’argumentaire du colloque

    Ayant choisi de rendre publique ma lettre à l’administrateur du Collège de France, j’ajoute l’argumentaire du colloque, qui a été transmis à l’ensemble des professeurs. Comme à l’accoutumée chez Henry Laurens, c’est de la science historique de haut niveau, précise et rigoureuse. Pas une ligne, pas un mot, qui justifie le soupçon d’antisémitisme.

    Avec l’ouverture de la « question d’Orient » dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, la Palestine, qui dispose du statut particulier de Terre sainte, devient le lieu névralgique des relations internationales européennes. Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les luttes d’influence entre les puissances européennes se multiplient, chacune se présentant comme la protectrice d’une communauté religieuse. Alors que la France et la Russie étendent respectivement leur influence sur les catholiques et les orthodoxes, les Anglais se présentent comme les protecteurs des juifs en Palestine. C’est dans ce cadre que s’inscrit le mouvement sioniste.

    Si la France se voit reconnaître une primauté d’influence à l’issue des guerres balkaniques, les Britanniques profiteront de l’alliance nouée avec le mouvement sioniste lors de la Première Guerre mondiale pour s’arroger un mandat sur la Palestine. La période du mandat britannique est essentielle pour la mise en place des acteurs contemporains que sont le mouvement national palestinien et le mouvement sioniste. Pris dans une double obligation entre les uns et les autres, les Britanniques sont dans l’incapacité de trouver une solution politique satisfaisante pour les deux parties, que ce soit un État palestinien unitaire, une division en cantons ou un partage territorial. Ils doivent ainsi faire face à une révolte palestinienne, puis à une révolte juive. Non sans arrière-pensées, ils délèguent le dossier à l’ONU qui, avec le vote du plan de partage de novembre 1947, provoque une guerre entre Arabes et sionistes, puis, après le 15 mai 1948, une guerre israélo-arabe.

    Dans ce conflit de longue durée, les Européens s’identifient largement à l’État d’Israël. Dans les années 1950 et 1960, la France et l’Allemagne lui fournissent les armements qu’il demande, mais la priorité pour l’État hébreu est d’obtenir l’aide militaire américaine, qui ne devient substantielle qu’après la guerre de juin 1967.Après cette guerre, les « discussions à quatre » voient un rapprochement des positions de la Grande-Bretagne et de la France sur la nécessité d’un retrait des territoires occupés contre une reconnaissance de l’État d’Israël, mais la question de la prise en compte du facteur palestinien reste ouverte.

    S’ouvre ainsi un dialogue euro-arabe. Ce dernier mènera à la résolution de Strasbourg de 1975, appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés et à reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, puis à une nouvelle déclaration en 1977 appelant à la création d’une patrie pour le peuple palestinien, et marquant pour la première fois l’opposition européenne à la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés. L’étape la plus importante demeure la déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui parle de solution juste et préconise l’intégration de l’OLP dans les discussions de paix.

    Deux niveaux d’action sont à considérer. Le premier est celui de la politique propre à chaque État, le second est celui de l’action collective de la Communauté, devenue Union européenne, le tout étant pris dans le jeu complexe des relations transatlantiques. De fait, la présence de l’Union est forte dans le domaine économique, aussi bien par le traité d’association UE-Israël, qui fait de l’État hébreu le premier partenaire commercial de l’Union, que par le financement des institutions palestiniennes à partir du processus d’Oslo. Néanmoins, l’Europe n’est que simple observatrice des négociations du processus d’Oslo, et si le « quartet » des années 2000 lui reconnaît un rôle, c’est dans un cadre impuissant à faire accepter une solution politique satisfaisante.

    L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

    La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voireune adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

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    Adage juridique latin : Dans le doute, pour la liberté
    *
    François Héran explique l’immigration à Bruno Retailleau

    https://blogs.mediapart.fr/francois-heran/blog/101125/palestine-au-college-de-france-la-protestation-de-francois-heran-0

    #censure #France

    • Annulation d’un colloque sur la Palestine : lettre du conseil académique de « #Jewish_Voice_for_Peace »

      Plus de 120 universitaires représentant le Conseil académique de l’organisation américaine Jewish Voice for Peace expriment leur #inquiétude et leur #indignation face à l’#annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe ». « Lorsqu’une institution aussi prestigieuse se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant. »

      –-

      À Thomas Römer, administrateur du Collège de France
      et Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur
      Le 10 novembre 2025

      Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace* écrit pour exprimer son inquiétude et son indignation face à l’annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe », sur la base d’#attaques_médiatiques infondées et de #pressions exercées par le ministère français de l’Éducation.

      Nous comprenons que l’annulation du symposium, prévu depuis plusieurs mois, n’est intervenue qu’après la publication d’un article dans l’hebdomadaire conservateur français #Le_Point, le 7 novembre, qualifiant à tort le symposium de promoteur de l’#antisémitisme, ce qui a incité le ministre de l’Enseignement supérieur, #Philippe_Baptiste, à l’annuler, ce qu’il a fait. De plus, la justification fournie pour cette décision recherchait le recours à l’excuse fallacieuse de « garantir la rigueur scientifique », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie à l’appui de cette affirmation. En effet, comme cela s’est déjà produit auparavant, cette justification s’avère être un bouclier pour commettre une #injustice, en censurant de manière injuste la #recherche_scientifique légitime et les conférences consacrées à sa diffusion.

      En tant que plus de 120 universitaires issus de diverses disciplines représentant le Conseil académique de Jewish Voice for Peace*, nous représentons un large éventail de domaines académiques liés aux études juives et l’histoire de l’antisémitisme, y compris les études sur le génocide. Nous nous opposons à toute forme d’antisémitisme, comme nous nous opposons à toutes les formes de racisme. Nous rejetons également tous les efforts visant à utiliser l’ accusation d’antisémitisme à des fins de censure ou pour supprimer des points de vue sur Israël et la Palestine qui devraient être entendus et discutés. L’accusation d’antisémitisme doit être réservée à toutes les occasions où elle est véritablement méritée. Mais l’utilisation fallacieuse et spécieuse de cette accusation pour mettre fin à des travaux universitaires légitimes et à un débat ouvert non seulement sape sa force morale, mais sert les objectifs de la censure. Au contraire, nous vous exhortons à défendre les principes largement partagés de la #liberté:universitaire : la publication et la diffusion des travaux universitaires, la libre recherche dans les #universités et le #débat_public dans les sociétés démocratiques.

      Nous connaissons bien les travaux universitaires des participants cités dans le projet de symposium et attestons de la grande qualité de leurs recherches universitaires et de leurs présentations publiques : leurs publications répondent aux normes les plus élevées en matière de #rigueur_académique, d’ #impartialité et d’#érudition. Il n’y a aucune preuve d’antisémitisme dans le programme qui a été publié, et toute allégation contraire repose sur une fausse représentation de ces universitaires et de leurs travaux. Les participants sont issus de certaines des plus prestigieuses universités d’Europe, où leurs travaux universitaires ont été entièrement examinés et approuvés. Le programme du symposium reflète à juste titre l’état actuel des discussions universitaires et des débats publics sur #Gaza et #Israël/#Palestine de manière plus générale. Nous vous exhortons à ne pas supprimer les discussions universitaires sur des questions d’#intérêt_public, même lorsque les passions s’exacerbent. Seul un engagement en faveur d’une vie intellectuelle ouverte et fondée sur des preuves peut permettre de replacer ces questions dans leur juste perspective et servir à la fois les objectifs universitaires et un débat public éclairé.

      Nous attirons votre attention sur les calomnies proférées par la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. Non seulement cette organisation mène une campagne diffamatoire contre le symposium , mais elle est depuis longtemps considérée comme un groupe dont la crédibilité scientifique est très limitée, concentrant ses efforts sur des campagnes visant à attiser les peurs et à enflammer la haine anti-arabe/musulmane/palestinienne. Le ministère de l’Enseignement supérieur et le Collège de France ne devraient pas se laisser influencer par un groupe dont les références scientifiques sont manifestement faibles et dont les objectifs sont polémiques, diffamatoires et incendiaires, sapant ainsi les critères mêmes des normes intellectuelles appliquées dans les universités françaises les plus prestigieuses. De plus, les établissements d’enseignement ont l’obligation, en période de tensions politiques exacerbées, d’acquérir et de diffuser des connaissances, de prendre en considération un large éventail de points de vue et de créer les conditions propices à un débat et à un jugement publics éclairés. Le #colloque que vous avez annulé proposait précisément cela.

      Lorsqu’une institution aussi prestigieuse que le Collège de France se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque non seulement de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant pour les universités qui luttent pour maintenir leurs normes internes et leurs procédures d’autogestion en ces temps de plus en plus autoritaires.

      Soyons clairs : la décision d’annuler cet événement important est un acte de censure, qui permet aux propos arbitraires et incendiaires circulant dans les médias de servir de base à une décision qui aurait dû être, et qui devrait être aujourd’hui, selon toute norme raisonnable, de soutenir le symposium et ses objectifs. Lorsque des sujets « sensibles » sont ouvertement abordés et débattus par le public, les points de vue scientifiques peuvent être affinés et diverses perspectives peuvent être ouvertement discutées et débattues. La communauté universitaire internationale s’est traditionnellement appuyée sur le Collège de France pour maintenir ces normes, malgré les demandes croissantes des groupes politiques et des responsables gouvernementaux. C’est ni plus ni moins que son #autonomie très admirée qui est en jeu, une autonomie qui a inspiré les collèges et les universités du monde entier. Nous appelons donc le Collège de France à maintenir ses principes les plus élevés et à revenir sur sa décision, afin de permettre au symposium de se dérouler avec son programme publié et important.

      Nous demandons également au ministère français de l’Enseignement supérieur de revoir le processus qui a conduit à une décision aussi malavisée, privilégiant une opinion publique incendiaire et mensongère au détriment de critères scientifiques. Cette décision aurait dû refléter l’autonomie de l’université. Le refus de modifier le jugement scientifique ou professionnel en réponse à une intervention extérieure aurait défendu cette autonomie et reflété à la fois les normes scientifiques du Collège et son attachement à la liberté académique et à la liberté de recherche.

      –-

      *Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace est un réseau de chercheurs qui se consacrent à la promotion de la vision et des valeurs de JVP https://www.jewishvoiceforpeace.org. Forts de notre engagement commun en faveur des valeurs juives progressistes et de la libération de la Palestine, nous organisons des actions de solidarité avec la lutte pour la liberté du peuple palestinien dans les milieux éducatifs et universitaires. Nous mettons à profit nos compétences en tant que chercheurs, éducateurs et écrivains pour développer une analyse critique de la censure contemporaine sur la Palestine. Nous nous opposons à l’utilisation de l’accusation d’antisémitisme pour censurer ou criminaliser les discours critiques à l’égard du traitement réservé aux Palestiniens par l’État d’Israël. Nous défendons les droits du travail, la liberté académique et les droits d’association dans l’enseignement supérieur et confirmons les valeurs fondamentales de Jewish Voice for Peace.

      https://blogs.mediapart.fr/jewish-voice-peace-conseil-academique/blog/111125/annulation-dun-colloque-sur-la-palestine-lettre-du-conseil-academiqu
      #ESR #recherche #science #enseignement_supérieur

    • Comment le Collège de France en est venu à annuler un colloque scientifique sur la Palestine

      La décision de suspendre l’événement, prise le 9 novembre par l’administrateur de l’établissement, crée un précédent. Des universitaires dénoncent le rôle joué par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui aurait contribué à faire du colloque un « #événement_politique ».

      Pourquoi un colloque universitaire consacré à la Palestine a-t-il été annulé au Collège de France ? La question est posée après la décision prise par l’administrateur de l’établissement de déprogrammer un événement intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris).

      Les motivations ayant conduit à cette décision radicale – du jamais-vu depuis le Second Empire, quand le cours d’Ernest Renan fut « suspendu jusqu’à nouvel ordre » par l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862 – interpellent dans leur enchaînement. A en croire Thomas Römer, l’administrateur du Collège de France, elle s’est imposée « en réaction à la polémique entourant la tenue » de l’événement.

      La « polémique » a démarré avec un article du Point, publié le 7 novembre. Sous le titre « Un colloque propalestinien à haut risque », le média formule l’hypothèse de « deux journées à tendance pro-Hamas ». La liste des intervenants « ne laiss[ant] aucune place au doute », « le colloque sera propalestinien, antisioniste et décolonial », décrète l’hebdomadaire. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), interrogée, y voit même un cas d’« entrisme pur et simple ».

      « Foire antisioniste »

      Dès sa parution, l’article est posté sur X par la Licra, qui annonce « saisir » le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, car il s’agit d’un « colloque antisioniste » et d’un « dévoiement » du Collège de France. Le 8 novembre, sur Europe 1, la vice-présidente de la ligue, l’avocate Galina Elbaz, décrit les intervenants comme des « personnalités très sulfureuses qui ont toutes eu des prises de position qui flirtaient avec l’#apologie_du_terrorisme ». Une « #foire_antisioniste » où se seraient retrouvés « défenseurs du #Hamas, militants de #BDS [Boycott Désinvestissement Sanctions], éditorialistes d’#Al-Jazira », insiste la Licra.

      Ces accusations, qui insistent sur le financement du #Carep par des fonds qataris et l’accusent d’œuvrer en sous-main pour les #Frères_musulmans, indignent Salam Kawakibi, le directeur exécutif du centre de recherche. « Nous ne sommes ni des agents du Qatar ni des Frères musulmans, déclare-t-il. Nous sommes financés par un fonds privé, et nous dépendons de l’#Arab_Center_for_Policy_Studies, le plus prestigieux think tank arabe basé à Doha et qui compte des antennes à Washington, Beyrouth, Amman, Tunis, Madrid et Paris. » Le fondateur du centre, Azmi Bishara, vient plutôt de la gauche laïque. Le conseil d’orientation du Carep Paris est dirigé par Denis Bauchard, un diplomate respecté à la retraite, ayant été ambassadeur, notamment en Jordanie et au Canada.

      Le Carep a également été accusé par Le JDD d’avoir choisi à dessein le 13 novembre, qui coïncide avec le 10e anniversaire des attentats du Bataclan et des terrasses, à Paris, et du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-saint-Denis). La date a en réalité été proposée par l’administration du Collège de France.

      Dans un communiqué annonçant l’annulation de l’événement, dimanche 9 novembre, Thomas Römer a tenu à rappeler la « stricte neutralité de l’établissement au regard des questions de nature politique ou idéologique ». En tant que « responsable de la sécurité des biens et des personnes, ainsi que de la sérénité des événements », il explique par ailleurs n’avoir d’autre choix que de renoncer « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque ».

      Le Collège de France a indiqué au Monde, mardi 11 novembre, que le colloque « ne contrevenait pas aux règles générales en matière de #liberté_académique », mais a souligné que « la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs », ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement. « La violence des mises en cause sur les réseaux sociaux nous a fait craindre des risques liés à d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », ajoute-t-on.

      Henry Laurens, coorganisateur du colloque au titre du Collège de France, est l’historien français le plus reconnu sur le Proche-Orient. Contacté par Le Monde, il a souhaité s’en tenir à son « devoir de réserve et aux strictes règles de la collégialité ». Des proches le disent très affecté par les accusations d’antisémitisme portées par plusieurs polémistes. Une source interne au Collège de France estime que « l’annulation du colloque est désastreuse : elle a causé plus de bruit et de dommages que n’en aurait causé sa tenue ».
      « Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient », juge, à l’inverse, Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des juifs de France, qui se félicite que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se soit « largement fait écho du fait que cela dépassait le cadre usuel pour la #recherche_publique ». Dès l’annonce de l’#annulation du colloque, dans un tweet, le ministre, Philippe Baptiste, a en effet salué une « décision responsable d’une institution qui doit symboliser l’excellence du savoir (…) et, pour cela, être le lieu du débat dans toute sa #pluralité, ouvert à tous les courants de pensée ».

      « Je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat »

      M. Baptiste n’a pas été un simple spectateur dans cette affaire. Au lendemain de la publication de l’article du Point, il a adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, que Le Monde s’est procurée. Dès les premières lignes, M. Baptiste considère que ce colloque fait l’objet d’une « vive #polémique ». « Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique », acte-t-il. Avant de mettre en garde M. Römer : « Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer. »
      Conscient que son statut de ministre « dans un Etat de droit » lui interdit d’empêcher la tenue d’une manifestation scientifique, Philippe Baptiste poursuit d’une phrase sibylline : « C’est mon rôle de le faire respecter [le code de l’éducation et le principe de liberté académique], et ce y compris dans le contexte de ce colloque, bien que je sois personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci. »

      L’entourage du ministre assure au Monde que « c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque » et qu’il n’y a eu « aucune pression » exercée par M. Baptiste. « Un événement comme celui-ci, avec la visibilité qu’il avait acquise au fil des jours, était porteur de risques de troubles à l’ordre public », justifie-t-on sans préciser sous quelle forme auraient pu avoir lieu ces troubles. C’est par « un écosystème de chercheurs, dont certains se sont émus du programme », ajoute-t-on, que le ministre a été informé, le 6 novembre, de la tenue de ce colloque.

      Selon nos informations, un groupe d’universitaires appelé « réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », structure fédérative associant huit universités et des associations dont la Licra, a produit de nombreux échanges entre les 8 et 10 novembre. Dans cette boucle qui compte des dizaines de membres de sensibilité plutôt pro-israélienne, on affirme que « certains collègues ont lâché la rampe et ne font plus aucune distinction entre leur expertise scientifique et leur #militantisme », qu’ils ont « pris l’habitude de se servir de leurs diplômes et de l’autorité morale qui en émane pour faire passer ce qui est tout bonnement de l’ordre de la #propagande [propalestinienne] ».

      On y évoque aussi la nécessité de prendre des « mesures coercitives pour les faire rentrer dans le cadre ». Enfin, on y raille le débat de clôture du colloque du Carep, qui prévoyait des prises de parole de l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, et de l’ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

      « Accablant »

      Historienne et politiste, directrice de recherche au CNRS, Stéphanie Latte Abdallah devait intervenir au cours de l’une des tables rondes sur « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale ». Elle confie être « choquée » par cette annulation et balaie tout caractère univoque dans les exposés prévus. « Il s’agit d’un colloque qui a un sujet scientifique, la Palestine et l’Europe, et des intervenants qui sont les meilleurs spécialistes de cette question, explique-t-elle. Les choix scientifiques relèvent des libertés académiques et non de la décision d’un ministre. En revanche, quand un colloque clairement politique est organisé au Sénat, le 10 novembre, par l’organisation israélienne #Elnet, financée par le gouvernement de Nétanyahou, cela ne semble poser de problème à personne. » Un autre intervenant, qui préfère garder l’anonymat, ironise : « Faudra-t-il aussi, à chaque colloque sur Israël, inviter un chercheur présentant le point de vue palestinien ? »

      Quant au panel de clôture, « il était bien séparé de la dimension purement scientifique », précise Mme Latte Abdallah. « Faire intervenir Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese était un acte conclusif politico-diplomatique, centré sur des questions de #droit_international par des figures qui le portent, en plein génocide, dans un contexte où il nous oblige plus encore », décrit-elle en soulignant que « tout se passe comme si, au lieu de faire respecter le droit international, il était au contraire devenu une cible et quelque chose de dangereux ».

      Parmi les universitaires, plusieurs dénoncent une censure. D’après le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, « tout cela est vraiment accablant ». « Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir. »

      Alors que le colloque était programmé depuis plusieurs mois, les organisateurs s’étonnent d’un tel revirement. « Sous couvert de garantir la #scientificité, le ministre justifie ainsi une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger la liberté académique », écrivent dans un communiqué, le 10 novembre, les responsables de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France et le Carep.

      Appel à la démission

      Cette annulation va « créer un précédent dangereux : il suffira désormais d’un article polémique ou d’un tweet ministériel pour censurer un colloque jugé “sensible”. Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, alertent-ils. La recherche n’a pas vocation à être équilibrée politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. »

      « C’est le ministre qui a transformé ce colloque en événement politique, et c’est une première, observe l’une des intervenantes, qui souhaite taire son nom. Cela brouille toute possibilité d’une réflexion scientifique, équitable et compréhensive. On voit monter ce côté trumpiste, c’est comme une restriction de notre périmètre de recherche, alors même qu’il y a une énorme incompréhension du conflit et un manque de culture générale et de connaissance de l’histoire. »

      L’association France Universités, qui réunit les chefs d’établissement, indique avoir découvert « avec stupeur » cette annulation. Dans un communiqué daté du 10 novembre, elle exprime son incompréhension et une « vive inquiétude » à l’égard des libertés académiques. Près d’un millier de chercheurs, enseignants, étudiants ont signé une pétition dénonçant « la volonté délibérée d’empêcher la recherche académique sur Israël-Palestine, dès lors qu’elle contrevient aux cadres intellectuels portés par les soutiens à la politique israélienne », qu’ils jugent « extrêmement préoccupante ». Demandant une « réponse à la hauteur des enjeux », ils appellent à la démission de Philippe Baptiste.

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/11/comment-le-college-de-france-en-est-venu-a-annuler-un-colloque-scientifique-

    • Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe » au Collège de France : « Cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle »

      Dans une tribune au « Monde », un collectif de plus de 300 universitaires, parmi lesquels Jean-François Bayart, Judith Butler et Pierre-Cyrille Hautcœur, s’élève contre l’annulation de l’événement. Ils y voient une « atteinte sans précédent à la liberté académique ».

      N ous, membres de la communauté scientifique, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens attachés à l’indépendance du savoir, exprimons notre profonde inquiétude face à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », initialement prévu au Collège de France.
      Cette décision, prise à la suite d’un article polémique et de pressions directes exercées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, constitue une atteinte sans précédent à la liberté académique en France. Sous prétexte de garantir l’intégrité scientifique, le ministère a légitimé une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger l’indépendance des universitaires et la pluralité des approches scientifiques.

      Issus d’universités prestigieuses telles que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), la School of Oriental and African Studies de Londres, l’université d’Amsterdam, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Centre national de la recherche scientifique, à Paris, ou la Queen Mary University of London, les intervenants ont été injustement discrédités, sur la base d’amalgames et d’accusations infondées. Leur compétence, leur rigueur et la reconnaissance internationale de leurs travaux ne sauraient être effacées par des campagnes de dénigrement.
      Des principes mis en péril
      La recherche n’a pas vocation à plaire ni à se conformer à un « équilibre politique » dicté par le pouvoir. Elle repose sur la méthode, la critique, le débat argumenté, des principes aujourd’hui mis en péril. En confondant évaluation scientifique et contrôle idéologique, cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle, où des calomnies médiatiques suffiraient à bâillonner la réflexion universitaire.

      Nous refusons que la France suive cette pente. Nous refusons que le Collège de France devienne le réceptacle d’une telle dérive. Nous affirmons que la mission des universités et des institutions de recherche n’est pas de conforter le pouvoir, mais d’éclairer la société.
      Nous appelons le Collège de France à revenir sur sa décision et à garantir la tenue de ce colloque dans le respect de la liberté intellectuelle. Nous appelons le ministère à honorer son devoir de protection de la recherche, non à en devenir le censeur. Et nous appelons la communauté scientifique tout entière, en France et en Europe, à défendre fermement le principe fondateur de toute science : le droit de penser librement.
      ¶Parmi les signataires : Michel Agier, anthropologue, directeur d’études EHESS ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Frédéric Bauden, professeur à l’université de Liège ; Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève) ; Sophie Bessis, historienne ; Karim Emile Bitar, enseignant à Sciences Po ; Judith Butler, professeure distinguée à l’université de Californie ; Bernard Chazelle, professeur à Princeton ; Delphine Dulong, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; François Héran, professeur honoraire au Collège de France ; Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’EHESS ; Michel Kaplan, président honoraire de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Catherine Mayeur-Jaouen, professeure d’histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Maurice Sartre, professeur honoraire à l’université de Tours. Liste complète des signataires à retrouver ici : https://docs.google.com/document/d/1p3GSo7mWGeE_0kWoqF_PcYMicwkzm9wK/edit

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/11/interdiction-du-colloque-la-palestine-et-l-europe-au-college-de-france-cette

    • Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël

      L’interdiction du colloque « Palestine et Europe » qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre suscite de nombreuses réactions. Entre stupéfaction et dénégation, le temple du savoir vacille. Comment une telle décision, portant une si grave atteinte à la liberté académique et d’enseignement a-t-elle été prise ? Le Collège de France et son administrateur ont fait l’objet de pressions orchestrées notamment par un collectif d’avocats, en coordination avec un réseau de chercheurs, le #RRA (#Réseau_de_recherche_sur_le_racisme_et_l’antisémitisme), qui a largement échangé par courriels pour parvenir à ses fins. Nous avons pu consulter ces échanges, dont la lecture révèle une entreprise coordonnée de délégitimation, de délation et d’influence.

      « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France, plus copie au ministre de l’Enseignement, hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. #Déborah_Journo »

      Par ce mail triomphal, l’avocate Déborah Journo s’enorgueillit d’avoir contribué à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep Paris), qui devait se dérouler au Collège de France les 13 et 14 novembre et qui vient d’être déprogrammé par Thomas Römer - l’administrateur de ce prestigieux établissement.

      Le message de l’avocate est adressé à une centaine d’universitaires, regroupés sous le nom de RRA, Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme. Cette structure a été créée en 2019 et a son siège et sa direction à l’université de Picardie. Elle se présente comme un « dispositif contractuel » regroupant « des unités de recherche rattachées à différents partenaires » publics et privés. La plaquette énumère : « Universités, CNRS, associations, institutions publiques ou privées. » Ce RRA se propose de fédérer « les unités de recherche et laboratoires », de renforcer « les synergies » et d’organiser des colloques. Sa direction revendique environ 500 membres, qui communiquent beaucoup entre eux.

      Dans la boucle de mails, des membres du réseau jubilent après l’interdiction du colloque du Collège de France :

      « Je ne boude pas le plaisir de voir ce colloque annulé », lâche une chercheuse (#Danielle_Delmaire, de l’université de Lille).

      « Bravo... j’ose espérer que cela puisse nous servir au sein de nos établissements pour faire jurisprudence. Vaillamment », ajoute une autre, tout aussi satisfaite (#Véronique_Benzaken, Paris-Saclay).

      D’autres encore espèrent que la punition fera office d’avertissement : « L’idée d’inviter des politiques dans un colloque académique – fût-il orienté, malfaisant et non pluraliste – tentera moins de personnes. » (#Paul_Audi, Paris-Descartes).
      Lobby

      Pour bien comprendre ce qui se joue dans ces échanges, il faut remonter au 7 novembre dernier.

      Ce jour-là, l’hebdomadaire Le Point publie un article de son rédacteur en chef #Erwan_Seznec dénonçant la tenue, « au Collège de France », de ce que ce magazine appelle un « colloque propalestinien à haut risque », qui « réunira », selon Seznec, « des personnalités aux positions radicales ».

      L’article provoque une nouvelle panique morale dans le monde politique et médiatique, mais aussi universitaire : au sein du groupe RRA, on perçoit le colloque comme « un autre signe du basculement progressif dans la légitimation et la banalisation des actions antijuives sous couvert d’antiracisme et d’anticolonialisme » - dixit le politologue retraité Pierre-André Taguieff.

      Ce samedi 8 novembre, l’avocate Déborah Journo explique aux universitaires du RRA qu’elle écrit au ministre de l’enseignement pour « dénoncer ce colloque au sein d’un établissement public sous sa tutelle ». Le colloque est annulé et, deux jours plus tard, l’avocate se félicite de l’efficacité de son action.

      Déborah Journo est avocate, elle déclare sur LinkedIn « consacrer l’essentiel de [son] activité à des actions de lobbying auprès du gouvernement, des institutions, des ONG ». Elle est également signataire d’une tribune publiée en août dernier, et sobrement titrée : « Non, il n’y a pas de génocide à Gaza. » Après le 7-Octobre, elle a fondé l’association Actions Avocats, qui mène des actions de lobbying ou des actes juridiques notamment pour défendre « toutes les victimes du racisme, de l’antisémitisme et du terrorisme ».

      Le Collège de France, temple du savoir et de la rigueur scientifique, aurait-il été influencé par l’action de l’avocate lobbyiste ? C’est en tout cas ce dont se targue l’intéressée.

      Rappelons qu’officiellement, c’est au nom de la « sérénité des débats » et du « respect de l’intégrité scientifique » que le colloque qui devait se tenir les 13 et 14 novembre a été annulé par l’administrateur du Collège de France Thomas Römer.

      Pour le chercheur à l’origine du colloque, Henry Laurens, c’est bien « la question de la liberté académique qui est en jeu ». Il exprime des réserves quant à la possibilité de pouvoir encore l’exercer à l’avenir : « Il y a déjà un colloque qui est prévu sur Gaza avec mon collègue Didier Fassin. Au mois de décembre, on verra pour ce colloque-là. »

      #Dénigrement

      Les membres du groupe d’universitaires constitué autour de RRA tiennent des propos dénigrants et calomniateurs à l’égard de leurs collègues investis dans les études autour de la Palestine. Paul Audi écrit par exemple :

      « Personnellement je crois ces gens capables de tout. Il y a un an j’ai fait une émission de radio face à Henry Laurens, et je l’ai vu accumuler des contre-vérités et des mensonges en s’abritant derrière son “autorité”. C’était ahurissant. Ce professeur n’est pas autre chose qu’un militant. »

      Le sérieux méthodologique des enseignants et chercheurs ainsi incriminés est sans cesse remis en cause. Ils sont accusés d’être avant tout des militants, au mieux négligents sur le plan scientifique, au pire antisémites. « De Didier Fassin à Henry Laurens et quelques autres, académo-militants qui occupent le terrain, le Collège de France est en passe de devenir le Collège de la France antijuive », écrit très sérieusement #Pierre-André_Taguieff.

      « Il ne faut pas se tromper de sujet. Il faut avoir balayé le programme de ce colloque […] pour mesurer à quel point il n’a rien à voir avec le périmètre académique et pourquoi il s’agit effectivement d’un meeting », estime quant à lui l’historien Emmanuel Debono.

      Délation, fichage, calomnies : la chasse est ouverte

      Dans ce climat d’insultes et de dénigrement, certains échanges entre universitaires les mieux gradés laissent apparaître une véritable #chasse_aux_sorcières visant les chercheurs travaillant sur les questions palestiniennes, au-delà du seul cas du colloque au Collège de France.

      Le samedi 8 novembre 2025, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, s’inquiète de l’invitation, dans son IEP, de la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah. Ne pouvant, dit-il, « pas faire grand-chose en interne », il écrit à son réseau afin d’obtenir des informations qui lui serviraient à prévenir la présidence de l’université de Strasbourg contre cette historienne et anthropologue : « Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? [...] Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse du CNRS me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »

      Les réponses aux relents nauséabonds ne tardent pas : « Clairement militante pro-palestinienne étant elle-même d’origine palestinienne Tte sa production universitaire est là-dessus Ses interventions aussi » (#Régine_Waintrater, Paris-Cité).

      La qualité de chercheuse de Stéphanie Latte Abdallah est également attaquée dans ce climat calomniateur qui règne dans le groupe RRA : « Elle fait toutes ces déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées », écrit #Évelyne_Chayes (CNRS).

      Enfin l’initiateur de cette traque, #Emmanuel_Droit, répond : « Merci oui en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche.... »

      Un informateur confie à Blast que ces personnes, importantes au sein de la hiérarchie du monde universitaire, exercent une influence considérable, capable de museler les voix contestataires : « Ils ont beaucoup de pouvoir. Ils ont beaucoup de moyens d’intimider les autres. Donc, il y a beaucoup de gens qui se taisent par #peur. » De plus, « ils ne veulent pas que tout ce qui est relatif à la reconnaissance du génocide puisse être audible », analyse une autre source.

      Un autre encore nous indique que « sous une apparence et des valeurs républicaines et de laïcité, il se joue beaucoup d’ostracisme et un double discours qui s’est envenimé après le 7 octobre en soutenant Israël mais sans jamais le revendiquer vraiment ».

      Dans une autre boucle de mails, un historien propose de constituer, avec l’aide du réseau RRA, des fiches sur les intervenants du colloque annulé sur la Palestine : « Je souhaite constituer un petit groupe de volontaires pour travailler sur l’épluchage des bios de ces intervenants. Il faut du pédigrée et du verbatim, et constituer la revue de presse accablante que cet aréopage mérite. Merci de me contacter si vous souhaitez réfléchir et mettre en œuvre, rapidement, ce travail de salubrité publique. Bien à vous, Emmanuel Debono. »

      Connivences politiques

      Plusieurs membres du RRA se félicitent en outre d’avoir influencé la position de ministres dans une décision aussi sensible que celle de l’annulation du colloque prévu au Collège de France.

      L’une de ces membres, #Déborah_Levy, écrit ainsi le 9 novembre : « Les ministres Aurore Bergé et Philippe Baptiste, prévenus depuis jeudi dernier (les alertes que vous faites remonter ici sont donc précieuses), ont demandé à l’administrateur du Collège de France d’annuler ce colloque, eu égard au risque élevé de trouble à l’ordre public et afin de garantir la sécurité des personnes. »

      À plusieurs reprises, les liens de proximité et de courtoisie entre ces universitaires et l’exécutif apparaissent au fil des échanges. Le 1er novembre, #Isabelle_de_Mecquenem (université de Champagne-Ardenne) évoque ainsi « une invitation à échanger avec le ministre de l’Enseignement supérieur », avant de préciser que la rencontre n’aura finalement pas lieu en raison de « l’instabilité politique ».

      À la lecture des échanges, une inquiétude sourde de voir leur #responsabilité engagée dans la décision d’interdire le colloque apparaît chez certains membres du RRA : « Chers amis, Aucun d’entre nous n’est responsable de l’annulation du colloque. A ma connaissance, en tout cas, nous n’avons pas demandé une telle chose. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait état de notre effarement devant la programmation d’un meeting politique au Collège de France, où il ne faisait aucun doute que les échanges “scientifiques“ annoncés étaient de la poudre aux yeux. Albanese ? Villepin ? Peut-être en invitée surprise aurions-nous vu monter à la tribune Rima Hassan… »

      On retiendra de cette histoire qu’un colloque organisé avec et par des personnalités et des scientifiques confirmés et respectés, tels que Salam Kawakibi - directeur du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris - ou encore Henry Laurens, a pu être interdit entre autres sous la pression d’un #lobbying d’universitaires aux positions ouvertement favorables au gouvernement d’Israël.

      D’autre part, cet événement confirme la volonté d’empêcher la tenue de manifestations scientifiques consacrées à l’histoire de la Palestine, lorsqu’elles ne sont pas agréées par les milieux pro-israéliens. Plus grave encore, les participants font l’objet de manigances et malveillances susceptibles d’affecter leur carrière universitaire.

      La LDH, (Ligue des droits de l’Homme) dans un communiqué publié hier soir, résumait la situation en ces termes : « Cette décision interroge sur l’exercice de la liberté académique et la nécessaire diffusion auprès des citoyens du travail scientifique. (...) Les chercheurs doivent pouvoir librement, indépendamment de toutes pressions directes ou indirectes, organiser des événements scientifiques sur le thème, sous le format et les modalités qui leur paraissent appropriés. »

      Contactée ce mardi 11 novembre au sujet de l’implication du RRA dans l’annulation du colloque, #Céline_Masson, la directrice de la structure universitaire, n’a pas souhaité répondre à nos questions : elle a tenu à préciser que le RRA n’avait aucun lien avec l’annulation du colloque.

      https://www.blast-info.fr/articles/2025/colloque-annule-au-college-de-france-les-manoeuvres-duniversitaires-pro-i

    • Le colloque scientifique sur la Palestine connaît un succès inédit en ligne

      Annulé par le Collège de France, l’événement consacré à la relation entre la Palestine et l’Europe se tient les 13 et 14 novembre dans les locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, devant un public très nombreux, mais à distance.

      Entrera ? N’entrera pas ? Sur un trottoir parisien, jeudi 13 novembre à 8 h 15, une cinquantaine de personnes patientent dans une file d’attente devant le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Les locaux sont exigus, 35 places maximum, et tout le monde ne pourra pas y pénétrer, prévient un agent de sécurité. Par petits groupes, on se questionne, pour savoir qui dispose ou non d’une invitation nominative pour assister au colloque scientifique « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».

      Les entrées se font au compte-goutte. Arrive Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, suivi de plusieurs intervenants. A quelques exceptions près, tous sont des chercheurs représentant des institutions universitaires prestigieuses à Londres, Madrid, Amsterdam, Montréal, Rome ou encore Bruxelles.
      L’incompréhension se lit sur les visages, l’inquiétude aussi. Comment le Collège de France a-t-il pu en venir à annuler cette rencontre académique ? Comment ce lieu du savoir ouvert à tous a-t-il pu « se refermer comme une huître sous la pression d’un article du Point puis du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ? », interroge un couple de retraités, dans la file d’attente.
      « Conditions dégradées »
      L’administrateur de l’établissement, Thomas Römer, avait annoncé l’annulation de l’événement, le 9 novembre, « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour » – tels que « d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », avait-on précisé au Monde. Dans un courrier adressé le 8 novembre à M. Römer, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, avait confié être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque tout en rappelant l’« entière responsabilité » de l’administrateur s’il décidait de le maintenir.
      L’événement a lieu malgré tout, ces 13 et 14 novembre, mais « dans des conditions très sensiblement dégradées, au regard, notamment, de la taille de la salle, par rapport à celles initialement prévues », a convenu le juge du tribunal administratif de Paris, saisi en référé de cette annulation par plusieurs collectifs de chercheurs et associations, le 12 novembre. Du fait de cette réorganisation dans un autre lieu et de la transmission des échanges en visioconférence, il a estimé que les libertés académique, d’expression et de réunion n’étaient pas atteintes, rejetant ainsi les pourvois formés contre le Collège de France.

      « Bienvenue dans la seule salle parisienne qui a osé accueillir ce colloque », démarre Salam Kawakibi, le directeur exécutif du Carep, co-organisateur de l’événement. Le petit auditoire, qui se tient pour partie debout, est décuplé à distance, plus de 500 personnes suivant les échanges en direct sur YouTube.
      En guise d’introduction, le chercheur en sciences politiques évoque un souvenir remontant à 2002, à Alep, en Syrie : « J’organisais à l’Institut français un colloque scientifique sur la pensée religieuse et la réforme dans le monde musulman. C’était l’époque où le pouvoir autoritaire de Bachar [Al-Assad, l’ex-président syrien] était à son apogée, voulant surveiller les respirations avant même les idées. Pourtant, le colloque a eu lieu. Les agents de sécurité sont venus, ils ont posé des questions, ont pris des notes, fait leur rapport. Mais personne n’a empêché le colloque avant qu’il ne commence. »
      « Droit de penser sans tutelle »
      En France, en 2025, « certains imaginent la recherche comme un débat télévisé », regrette le chercheur : « Ils n’ont pas compris que la science ne cherche pas l’équilibre entre les opinions mais la vérité (…). Nous revendiquons, le droit de penser sans tutelle, de discuter sans permission et de chercher sans peur. On peut interdire les colloques mais on ne peut pas interdire les questions. »
      « Malgré les pressions, les censures, le colloque se tient et nous ne pouvons que nous en féliciter », souligne l’ex-ambassadeur Denis Bauchard, président du conseil d’administration du Carep, avant de lancer les travaux, avec un exposé d’Henry Laurens. « Nous sommes en train de vivre une atteinte en règle contre les libertés académiques et l’indépendance de la recherche, renchérit auprès du Monde Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et vice-président du conseil d’administration du Carep. On est dans un moment incroyable, où l’on juge de la recherche à partir de traits qui sont prêtés à certains chercheurs de façon mensongère, au lieu de juger un travail sur la qualité et la rigueur scientifique de ce qui est produit. Aujourd’hui nous n’allons pas parler de “la Palestine”, mais de “la relation entre l’Europe et la Palestine”. Et c’est un vrai sujet de recherche qui a été très peu pratiqué. »
      Josep Borrell, ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, dont l’intervention est prévue en clôture des échanges, confie également sa « surprise » : « En Espagne, on ne peut pas imaginer qu’un ministre dise à une université ce qu’elle doit faire ou pas. »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/13/annule-le-colloque-scientifique-sur-la-palestine-connait-un-succes-inedit-en

    • La justice valide l’annulation du colloque du Collège de France, et c’est grave

      Le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’annulation du colloque sur la Palestine et l’Europe qui devait se dérouler au sein du prestigieux établissement. Une décision dangereuse, fondée sur des éléments douteux, qui catalyse la mise en danger des libertés académiques.

      MercrediMercredi 12 novembre au soir, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours référés-liberté formés contre l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir au Collège de France jeudi 13 et vendredi 14 novembre.

      Trois jours plus tôt, dimanche 9 novembre, l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, a décidé d’annuler le colloque, dont le programme et les intervenants étaient connus et annoncés depuis des mois, « en réaction à la polémique » initiée par un article du Point publié le 7 novembre.

      Le 8 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, s’était fendu d’une lettre d’une tartufferie rare adressée à Thomas Römer, prétendant à la fois défendre les libertés académiques comme des « principes fondamentaux de notre État de droit » tout en intervenant contre ces dernières. Il faisait part de son « désaccord avec l’angle retenu » et regrettait « l’impact durable » que l’organisation de ce colloque serait « susceptible d’avoir sur l’image de l’institution ».

      De son côté, le juge des référés a estimé que dans la mesure où les organisateurs de l’événement ont réussi à le maintenir aux mêmes dates dans un nouveau lieu – en l’occurrence les locaux exigus du Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), co-organisateur de l’événement, à Paris –, « il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression, à la liberté de se réunir et à la liberté académique de nature à justifier l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures ».
      « Un inadmissible coup porté aux libertés académiques »

      Les dizaines d’intervenants venus des quatre coins du monde, qui avaient organisé leur emploi du temps pour être présents à Paris et dont les déplacements et frais de séjour étaient déjà payés pour une somme totale avoisinant les 50 000 euros, n’ont en effet pas été privés de parole.

      « Mais il est inexact de dire que le colloque a pu se tenir, juge l’avocat Raphaël Kempf, qui avait été saisi par des organisateurs et des participants pour déposer un recours contre cette annulation et a décidé de saisir le Conseil d’État. Un colloque comme celui-ci, ce n’est pas seulement des communications, c’est aussi des échanges, des rencontres, des discussions. Par définition, la science naît de ces moments de dialogues et de débats. Or, ceux-ci ne sont pas possibles dans une salle avec une jauge de trente-cinq personnes, réduite encore par la nécessité de mettre des caméras pour diffuser le colloque en direct. »

      Celui-ci aurait dû avoir lieu dans l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre du Collège de France, qui peut accueillir plus de 460 personnes et dispose de dispositifs de traduction simultanée, nécessaires pour un colloque à dimension internationale.

      Pour Raphaël Kempf, « cette décision est une prime à l’ignorance et une incitation à la censure » et « constitue un inadmissible coup porté aux libertés académiques, au débat d’idées et à la possibilité de diffuser les résultats de la recherche académique ».

      Deux éléments interrogent particulièrement la décision du tribunal administratif de valider l’annulation. Le premier est la défense produite par le Collège de France, fondée essentiellement sur des graffitis vus dans la rue quinze jours avant l’ouverture du colloque et sans lien avec ce dernier.

      L’établissement avait alors déposé une plainte, que Mediapart a pu consulter, pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessins » après avoir découvert, le 3 novembre, « des graffitis mentionnant le conflit entre Israël et la Palestine, mentionnant aussi deux noms de professeurs tel que [Henry] Laurens, titulaire de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et [Patrick] Boucheron, titulaire de chaire histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe et XVIe siècle, évoquant ses thèmes durant leurs cours. On y retrouve aussi des phrases mentionnant “Hamas Tueurs Violeur” [sic] ».

      Le gardien de la paix qui enregistre la plainte précise ensuite : « aucune violence [n’]a été commise envers ces deux professeurs » ; « aucun harcèlement n’a été commis envers ces deux professeurs » ; « aucune autre dégradation n’a été commise ».

      Si l’historien Patrick Boucheron n’avait rien à voir avec le colloque sur la Palestine et l’Europe, Henry Laurens, un des meilleurs historiens du Proche-Orient en France, en était l’organisateur. On se retrouve donc dans la situation ubuesque où des tags visant un professeur au Collège de France aboutissent à l’annulation du colloque que celui-ci devait organiser…

      Rappelons pour mémoire l’indignation inverse qui avait traversé la France lorsque des tags désignant des enseignants accusés d’islamophobie étaient apparus sur les murs de l’université de Grenoble. Ici, non seulement ces attaques sur les murs d’une institution académique n’ont suscité aucune indignation, mais elles ont abouti à la silenciation de celui qui en était victime.

      Le second élément est l’implication dans l’affaire du collectif Actions Avocats, une association fondée « pour lutter contre la recrudescence des actes antisémites en France, lutter contre l’apologie du terrorisme et pour la libération des otages encore entre les mains de l’organisation terroriste Hamas ».

      Ce collectif avait écrit le 8 novembre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, pour lui faire part de « sa vive préoccupation concernant le colloque ».

      Actions Avocats rappelait dans cette lettre le fait que « la France a officiellement adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui précise notamment que la “négation du droit à l’autodétermination du peuple juif” ou “l’application de standards différents à Israël” peuvent constituer des formes contemporaines d’antisémitisme ».

      Rappelons que cette définition est très controversée et que le juriste états-unien Kenneth Stern, qui a pourtant contribué à la forger, juge désormais que « loin de faciliter la lutte simultanée contre l’antisémitisme et contre les préjugés dogmatiques visant Israël, la tentative de censurer toute critique d’Israël la rend plus difficile ».

      Dans une boucle d’e-mails d’un groupe d’universitaires appelé « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », Déborah Journo, présidente d’Actions Avocats, écrit : « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France + copie au ministre de l’enseignement hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. »

      L’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, n’ayant pas répondu à nos sollicitations, la chaîne qui a abouti à cette annulation demeure incertaine. Pression médiatique organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et Le Point ? Rôle de ce « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme » outillé juridiquement par l’association Actions Avocats ? Pression liberticide du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa lettre adressée à Thomas Römer ? Ou initiative personnelle de ce dernier, ainsi qu’il l’a laissé entendre devant les professeurs du Collège de France réunis lundi 10 novembre dans l’urgence ?

      Un autre doute émerge : le Germano-Suisse Thomas Römer, bibliste et grand spécialiste de l’Ancien Testament, a-t-il pu agir par crainte que ses recherches en Israël et en Cisjordanie soient compromises s’il laissait ce colloque se tenir en l’état dans sa prestigieuse institution ?
      « Un précédent d’une extrême gravité »

      Sa décision, lourde de conséquences, a, quoi qu’il en soit, fait réagir non seulement un collectif de prestigieux universitaires, qui estime que « cette interdiction ouvre la voie à une censure institutionnelle », mais aussi une partie des professeur·es du Collège de France, qui juge que cette annulation « crée un précédent d’une extrême gravité ».

      « Bien que conscients des pressions qui pesaient sur sa tenue et des responsabilités administratives qui en découlent, nous regrettons cette décision qui fait prévaloir, de façon disproportionnée, les questions de sécurité sur le respect de la liberté académique, objet de menaces croissantes en de nombreux endroits du monde », écrivent ainsi les quatorze professeur·es.

      L’annulation de ce colloque, remplacé par des communications à huis clos au goût d’ersatz, fait aussi rejaillir d’anciennes querelles, notamment celles qui ont opposé les islamologues et « djihadologues » François Burgat et Gilles Kepel, encore vives alors que la France se souvient, ce 13 novembre, des attentats de Paris et de Saint-Denis commis il y a tout juste dix ans.

      L’article du Point a ainsi mis directement en cause François Burgat, sans lien avec le colloque, mais qui fut directeur du Carep. En avril, ce centre de recherche, indépendant mais financé par des fonds publics qataris, avait apporté son soutien à ce directeur de recherche émérite au CNRS, alors que celui-ci était jugé pour apologie du terrorisme à la suite d’un message sur X où il affirmait avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ». Des faits pour lesquels le tribunal d’Aix-en-Provence l’a relaxé fin mai.

      Quant au « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », où l’on retrouve les noms de Pierre-André Taguieff, de l’historien Emmanuel Debono ou encore d’Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg, il relaye dans ses échanges d’e-mails l’obsession ancienne de Gilles Kepel, relayée par la chercheuse aux thèses complotistes et farfelues Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans en France.

      Le colloque y est présenté comme une offensive frériste destinée à faire vaciller l’université française. « Les Frères et leurs collaborateurs ont un objectif précis : ils veulent administrer le chaos ; […] donc dans l’ordre a. semer la zizanie dans les démocraties occidentales ; b. profiter du chaos pour gagner du terrain en termes de pouvoirs », assure une maître de conférences en psychologie membre de ce réseau.

      Reprenant la rhétorique également présente dans le rapport très controversé commandé par le ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans, elle explique encore que l’université est investie « comme terrain fertile principal pour semer la zizanie par exemple entre collègues, entre étudiants, au sein des directions et décanats de facs ».

      Mais outre ces rejeux de querelles plus médiatiques qu’académiques déjà anciennes, l’annulation du colloque s’inscrit évidemment dans les effets de long terme du massacre du 7-Octobre et de l’anéantissement de Gaza.

      L’article du Point a ainsi dénoncé un colloque qui risquait de se muer en « deux journées à tendance pro-Hamas ». Il pointait notamment la présence, parmi les modérateurs, de l’anthropologue Véronique Bontemps, en précisant qu’elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour « apologie du terrorisme ».

      Signalée par des collègues sur la plateforme Pharos pour avoir relayé sur une liste interne un tract de Solidaires étudiant-e-s appelant, le 8 octobre 2023, au « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte », cette chercheuse avait dû effectivement s’en expliquer devant sa hiérarchie.

      Le fait qu’elle ait condamné les massacres de civils dans deux messages suivants et pris ses distances avec le communiqué du syndicat n’avait pas empêché une convocation dénoncée par nombre de chercheurs.

      « Après deux ans de génocide, on a l’impression d’être revenus au point de départ : c’est-à-dire que le simple fait de parler de la Palestine peut vous valoir des accusations d’apologie du terrorisme. À ce sujet, Le Point a écrit que j’avais fait l’objet d’une procédure disciplinaire du CNRS pour “apologie du terrorisme”, sans préciser que j’avais été blanchie de cette accusation », explique-t-elle aujourd’hui à Mediapart.

      L’état des libertés académiques, notamment quand il est question de la Palestine, sera tout bientôt de nouveau à l’ordre du jour puisque, le 16 décembre, doit se tenir, toujours au Collège de France, une journée d’études intitulée « Politics and Poetics on the Ruins of Gaza » (« Politique et poésie sur les ruines de Gaza »), organisée par le professeur Didier Fassin.

      Le titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » assure à Mediapart qu’il a reçu « l’assurance de l’administrateur du Collège de France qu’il ne sera[it] pas annulé » même s’il ne doute pas que son colloque fera « l’objet d’attaques et de pressions ».

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/131125/la-justice-valide-l-annulation-du-colloque-du-college-de-france-et-c-est-g

  • Un documentaire sur les chasses aux sorcière en Europe qui venait tout juste d’entrer dans « l’époque moderne ». On y apprend qu’au Labourd (partie nord du Pays Basque faisant alors partie du royaume de France), les autorités ecclésiastiques se sont particulièrement « distinguées » en 1609 avec plus de 80 procès en sorcellerie suivis de bûchers, visant des femmes jugées beaucoup trop émancipées par rapport à leurs consœurs du reste de l’Europe de cette époque-là. Avec l’intervention de Mona Chollet dans le documentaire.

    https://www.arte.tv/fr/videos/112345-000-A/sorcieres-chronique-d-un-massacre

    Convoquant les témoignages éclairés de spécialistes de la chasse aux sorcières (historiens, archivistes, anthropologues...) de Bayonne à Lausanne en passant par Strasbourg et Pampelune, et également l’essayiste Mona Chollet, autrice de l’essai best-seller Sorcières – La puissance invaincue des femmes (éd. La Découverte), cette enquête saisissante décrypte les mécanismes cruels, irrationnels et misogynes qui conduisirent quatre-vingts personnes à la mort. Grâce à un habile montage d’entretiens, de reconstitutions tirées du film Les sorcières d’Akelarre (2020) de Pablo Agüero, et de séquences animées, la réalisatrice Marie Thiry (Le chevalier au dragon – Le roman disparu de la Table ronde) souligne à quel point les autorités religieuses et politiques s’en prirent aux femmes, mais aussi aux traditions païennes et aux rites dévolus aux solstices d’été et d’hiver, dont serait issu le fameux balai de la sorcière. Nourrie d’extraits du film La sorcellerie à travers les âges de Benjamin Christensen (1922) et de gravures, animées à partir de celles ornant le livre publié par Pierre de Lancre en 1612, cette étude rigoureuse d’une des faces les plus sombres de la Renaissance rend aussi justice à toutes celles que la folie religieuse et misogyne de cette époque a voulu effacer.

    #église_catholique #religions #christianisme #clergé #misogynie

  • Dans l’Aisne, la droite veut augmenter le taux des sanctions des bénéficiaires du RSA | Michel Abhervé
    http://blogs.alternatives-economiques.fr/abherve/2025/10/04/dans-l-aisne-la-droite-veut-augmenter-le-taux-des-san

    Le N°248 d’Aisne’Mag https://www.calameo.com/read/003353606ea441a920e17, le magazine du #conseil_départemental de l’Aisne comporte comme il se doit des Tribunes destinées à l’expression des groupes politiques composant l’Assemblée départementale.

    L’un des deux groupes de droite L’Aisne innovante consacre son texte au #RSA en donnant une large part aux sanctions

    En écrivant « nous avions proposé d’augmenter le taux de suspension pour donner plus de force et de crédibilité au dispositif »

    Une rédaction révélatrice : ce qui compte ce n’est pas que les #sanctions soient justes, c’est leur taux !

    Le Département du Calvados revoit à la hausse les sanctions possibles contre les allocataires du RSA
    https://www.francebleu.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-normandie-calvados-orne/le-departement-du-calvados-revoit-a-la-hausse-les-sanctions-possibles-con

    Le nouveau baromètre de sanctions vient d’être adopté en session par les conseillers départementaux. Pour faire simple, une personne seule qui touche le RSA sera passible de sanctions si elle refuse deux offres d’emplois, de se soumettre aux #contrôles ou encore d’effectuer 15 heures d’activités par semaine. Cela peut aller de la suspension, pour deux mois, du versement de l’#allocation à hauteur de 80% pour une personne seule et 50% pour un foyer jusqu’à la suppression totale du versement durant quatre mois pour une personne seule, 50% pour un foyer.

    Elise Cassetto-Gadrat, élue du Rassemblement de la gauche et de l’écologie : « (...) la loi n’oblige pas à mettre en place des sanctions aussi rapidement. Et surtout, la loi n’oblige pas à prendre ce niveau de sanctions. Le département du Calvados a choisi d’appliquer les sanctions les plus élevées et a choisi de les appliquer très rapidement. C’est une #chasse_aux_pauvres. On cherche absolument à trouver des fraudeurs là où les moyens devraient être mis pour accompagner les gens et les aider justement à retourner vers l’emploi, à pouvoir avoir une vie décente. Aujourd’hui, le RSA, c’est 646 € par mois, c’est pas sur le RSA qu’on va faire des économies importantes. »

    Une expression "chasse aux pauvres" qui fait réagir Marie-Christine Quertier, présidente de la commission enfance, insertion et lutte contre la pauvreté : "Forcément, je m’inscris en faux puisque le département a dans ses missions premières le social et le social, ce n’est ni la droite, ni la gauche. Le social, c’est l’humanisme, c’est aller vers les plus fragiles. Les sanctions ont toujours existé. Ce n’est pas plus sévère parce que c’est une suspension de deux mois alors qu’avant c’était trois. Et puis, dès l’instant que la personne se remobilise, il y a reversement des sommes suspendues. Alors qu’avant, on reprenait des versements, mais il n’y avait pas de reversement."

  • Les « #patrouilles_citoyennes » anti-migrants se multiplient à travers l’#Europe

    Partout en Europe, des milices d’extrême-droite se qualifiant de « patrouilles citoyennes » ou de « #chasseurs_de_migrants » traquent des demandeurs d’asile et intimident des travailleurs humanitaires le long des frontières européennes.

    La scène se déroule dans l’Essex, au nord-est de Londres. Un employé se rend en voiture à la RAF Wethersfield, une ancienne base militaire, lorsqu’un groupe encercle son véhicule.

    Tout en filmant la scène avec des smartphones, le groupe accuse l’employé d’être un « traître » et le menace de divulguer son numéro d’immatriculation. La scène est diffusée en direct et vu par des milliers de spectateurs.

    Le journal britannique The Independent, qui a rapporté l’incident le mois dernier, indique que le groupe de « chasseurs de migrants » était opposé à l’utilisation de la base militaire comme lieu d’hébergement pour les demandeurs d’asile.

    Ces justiciers autoproclamés se feraient passer pour des journalistes pour se rendre dans des centres d’hébergement et des hôtels pour harceler les employés et les demandeurs d’asile. Les images sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux, ainsi que la localisation des lieux, tout en appelant les Britanniques à participer aux manifestations anti-migrants.

    L’incident survenu dans l’ancienne base militaire est en effet lié aux manifestations anti-migrants qui ont débuté en juillet et se sont propagées à travers tout le Royaume-Uni.

    Plus largement, dans toute l’Europe, de nombreux reportages font état de l’arrivée de groupuscules voulant protéger les frontières.

    Les « défenseurs » de la communauté

    Ces groupes se posent en défenseurs de la communauté, face à la menace que représenterait l’immigration, et disent intervenir là où la police et les autorités publiques aurait échoué.

    Le Radicalisation Awareness Network (RAN) a mené une étude sur ce phénomène. Le RAN est un réseau financé par l’UE qui rassemble des professionnels de divers horizons, dont des travailleurs sociaux, des enseignants et des professionnels de la santé qui travaillent avec des personnes vulnérables à la radicalisation ou qui se sont déjà radicalisées.

    L’étude s’est penchée sur « l’internationalisation croissante » de l’extrémisme de droite, sa propagation en ligne et les tentatives de normalisation des #discours_haineux visant les migrants et les demandeurs d’asile.

    L’extrémisme de droite en Europe est loin d’être monolithique. Il englobe plutôt un large éventail de courants idéologiques dont l’#auto-justice contre les migrants. Ces idéologies se recoupent ou se font concurrence.

    Ces mouvement, qui reposaient autrefois sur des sous-cultures jeunes, comme les #néonazis et les #skinheads, impliquent désormais des adultes. L’étude du RAN cite un rapport sur l’extrémisme de droite en Norvège, qui démontre que l’âge moyen de la radicalisation a considérablement augmenté, passant d’environ 22 ans dans les années 1990 à 31 ans dans les années 2010.
    Différents catégories de mouvements

    Le RAN a énuméré les différentes idéologies des groupes d’extrême droite, parmi lesquels figurent les mouvements néonazis et identitaires, qui prônent tous deux la suprématie blanche et la séparation ethnique, s’appuyant sur l’idéologie nazie ou le discours du grand remplacement pour défendre une identité européenne prétendument menacée.

    D’autres catégories comprennent des mouvements anti-islam et anti-immigration, qui ont pris de l’importance après l’arrivée de centaines de milliers de demandeurs d’asile en 2015. Ces groupes d’autodéfense, à l’image des #Soldiers_of_Odin, qui ont étendu leur réseau dans les pays scandinaves et baltes, prétendent défendre l’identité européenne ou chrétienne.

    Selon le RAN, au-delà de leur idéologie, ces différents groupes diffèrent par leurs stratégies et leurs structures. Cela rend le paysage extrémiste de droite européen à la fois fragmenté et interconnecté.
    Motivations individuelles

    Une autre étude menée en 2019 par des chercheurs de l’université Masaryk de Brno en République tchèque et de l’université d’Oslo en Norvège observe que les motivations individuelles au sein des groupes d’autodéfense sont très variables.

    Certains les rejoignent pour se réinventer, notamment les personnes ayant un passé agité ou un casier judiciaire. D’autres, explique encore le rapport, sont attirés par la promesse d’appartenance à une communauté, les valeurs militaires ou l’opportunité de faire partie d’une grande cause.

    Certains groupes sont peu structurés. D’autres sont organisés en réseau, adoptent des uniformes et ont recours à la violence.

    Les organisations de défense des droits humains ne cessent d’alerter sur ces groupes, rappelant qu’ils prospèrent grâce à la peur, à la désinformation et qu’ils amplifient l’hostilité politique envers les migrants.

    Dans l’ensemble, un mélange complexe de facteurs sociaux, d’idéologies et d’une quête de développement personnel est à l’origine de la montée de ces groupes à travers l’Europe, selon les chercheurs.

    Le nombre de demandes d’asile en forte baisse

    D’après les données de l’Agence européenne pour l’asile (AUEA), les demandes d’asile dans l’Union européenne (UE) ont chuté de 23 % au cours du premier semestre de cette année. L’AUEA a enregistré 399 000 nouvelles demandes déposées entre janvier et juin, soit une baisse de 114 000 cas.

    L’Allemagne a enregistré la plus forte baisse des demandes, avec une diminution de 43 %. Elle est suivie par l’Italie et l’Espagne, qui ont respectivement enregistré une baisse de 25 % et 13 % des demandes d’asile pendant la première moitié de l’année.

    Cette évolution est attribuée à la diminution des demandes venant de Syriens.

    Pourtant, elle n’empêche la montée en puissance des groupes d’autodéfense contre les migrants.

    Miguel Ramos, journaliste spécialisé dans les mouvements d’extrême droite, a expliqué à InfoMigrants ne pas être surpris. « L’objectif de l’extrême droite est de créer des divisions entre les populations locales et les migrants. Leur programme se concentre sur des théories du complot telles que la théorie du grand remplacement, l’islamophobie et les fausses informations. Ils ne se soucient pas des chiffres. Ils ne se soucient pas de la réalité. Ils jouent sur une autre réalité basée sur le racisme et sur une Europe blanche et chrétienne ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/66983/les-patrouilles-citoyennes-antimigrants-se-multiplient-a-travers-leuro
    #milices #milices_privées #extrême_droite #anti-migrants #asile #migrations #réfugiés
    ping @karine4

  • Chez #France_Travail, #Frontex promet « de la #chasse » de migrants pour recruter

    Lors d’une visioconférence début septembre, un ex-officier de Frontex a voulu rendre le #métier de #garde-frontières attractif pour les « jeunes hommes ». Pour en recruter 500 d’ici janvier 2026, l’agence a baissé le niveau d’études requis au bac.

    « Je sais que parmi les candidats, il y a pas mal de #jeunes_hommes qui sont comme je l’étais quand j’avais leur âge, 20-25 ans, qui [ont] envie de faire de la police, de l’#action, de la chasse, etc. » L’homme qui s’exprime en ces termes est le commandant de police, #Dominique_Bott. Jusqu’au 1er septembre, il était officier de liaison pour la France auprès de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex. Le 4 septembre, il a participé avec sa remplaçante à une réunion d’information en visioconférence de France Travail sur le recrutement de garde-frontières en Europe, accompagné de deux employées de l’agence pour l’emploi. Elle a été organisée avec Défense Mobilité, le service des transitions professionnelles du ministère des Armées.

    StreetPress s’est procuré un enregistrement vidéo de cette réunion, où 170 demandeurs d’emploi ont pu apprécier la présentation du métier chez Frontex par le haut gradé :

    « Il faut savoir que le garde-frontière peut être amené, même beaucoup, à faire des patrouilles dans la zone frontalière. Il peut être amené à interpeller des gens qui passent des frontières […] de manière illégale et qui essaient d’échapper au contrôle. »

    Interrogé sur la « chasse » comme argument d’attractivité, l’agence France Travail s’est désolidarisée des propos du commandant Bott qui ont « pu heurter certains participants ».

    « L’animateur de la réunion a essayé de faire comprendre son activité peu connue auprès d’un public pouvant en avoir une perception parfois approximative. Nous regrettons sincèrement l’expression empruntée qui était clairement inappropriée et en avons informé le recruteur. »

    Recrutement massif

    Frontex s’est associée à France Travail pour attirer de nouveaux candidats alors qu’elle vise l’embauche de 500 nouveaux garde-frontières en Europe d’ici janvier 2026. En 2024, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a annoncé au Parlement européen que les effectifs de l’organisme passeraient de 2.500 garde-frontières et gardes-côtes à 10.000 en 2027, puis 30.000 les années suivantes.

    En plus d’un salaire de 3.500 à 4.000 euros net par mois et de nombreuses aides sociales — Frontex est l’agence la plus riche de l’Union européenne —, l’officier de police explique que le niveau d’études requis a été « réévalué » cette année pour passer d’un bac+3 au baccalauréat.

    L’agence cherche en priorité des recrues françaises, ainsi que allemandes et néerlandaises, car ces nationalités seraient trop peu présentes au sein des effectifs, et des femmes, « largement sous-représentées », selon lui. Pourtant, c’est uniquement aux candidats masculins qu’il s’est adressé lorsqu’il a évoqué l’opportunité de « chasse » que comporte le poste.

    Cadre idyllique et #chasse_à_l’homme

    Le contrat de cinq ans, renouvelable une fois, commence par une année de formation à Varsovie, en Pologne, où se trouve le siège de Frontex. Le commandant Dominique Bott tient à rassurer les intéressés sur la météo polonaise : « Le climat n’est pas très différent de ce qu’on peut connaître dans l’Est de la France. » Surtout, il explique que si un agent a été affecté « dans un coin isolé » — comme à la frontière entre le Monténégro et la Serbie — il aura de grandes chances d’être redéployé deux ans plus tard pour un poste « un peu plus idyllique », comme les îles grecques ou la Sicile, en Italie.

    Sa successeure, Alexandra Bouthier Lefebvre, prend le relai pour expliquer qu’une journée type de garde-frontières consiste principalement à vérifier le « statut légitime de voyageur qui est autorisé à passer une frontière », autrement dit la validité de ses documents. C’est à ce moment, au bout de plus d’une heure de réunion, que Dominique Bott prend à nouveau la parole pour intervenir et pimenter la présentation du métier avec son versant d’action « non négligeable ».

    Au mot « chasse », la commandante de police Alexandra Bouthier Lefebvre lui fait signe de la main et de la tête de s’arrêter. Au milieu de sa phrase, il lui répond en riant : « Elle me fait signe ! », sans prendre en compte son alerte. Le policier conclut en promettant :

    « Pour ceux qui pensent que leur métier sera simplement de rester à une frontière et de contrôler les passeports, pas forcément, il y a les deux pour les plus jeunes qui ont envie d’un peu plus d’action. »

    Plainte pour complicité de crime contre l’humanité

    Un argument d’autant plus problématique que les garde-frontières sont armés, comme le confirme le commandant de police pendant la réunion France Travail, et que l’agence européenne a déjà été accusée de comportements illégaux.

    Fabrice Leggeri, l’ancien directeur de Frontex de 2015 à 2022, également cadre du Rassemblement national, est visé par une plainte pour complicité de crime contre l’humanité. La justice se penche sur sa participation au refoulement d’embarcations de migrants par les autorités grecques vers la Turquie, appelés en anglais des « pushbacks ». Un rapport a prouvé que Frontex cautionnait ces pratiques, contraires à la convention de Genève, qui se font parfois avec moult violences.

    StreetPress a tenté d’entrer en contact avec le commandant Dominique Bott, sans succès. Le policier a depuis rejoint l’Inspection générale de la police nationale, à Metz (57). Cette fois pour faire la « chasse » aux violences policières.

    Interrogée sur les propos tenus par Dominique Bott, l’agence européenne Frontex n’a pas souhaité répondre.

    https://www.streetpress.com/sujet/1758532916-france-travail-frontex-chasse-migrants-recruter-unioneuropen
    #chasse_aux_migrants #recrutement #travail

    ping @karine4

    • France Travail offre une tribune à Frontex pour de la « chasse » aux migrant·es
      https://www.gisti.org/article7591

      Début septembre, France Travail a organisé une réunion d’information avec l’agence européenne Frontex, dont le contenu a récemment été révélé par StreetPress. L’un des représentants de l’agence y a présenté le métier de #garde-frontière comme une activité de « chasse », vantée auprès de « jeunes hommes » en quête d’action.

      Ces propos ne relèvent pas d’un simple dérapage. Ils s’inscrivent dans un discours désormais banalisé qui déshumanise les personnes migrantes, les réduit à des cibles et promeut une vision viriliste de la force et du contrôle. Que ce registre soit employé par Frontex [1], déjà accusée à de multiples reprises de violations des droits humains (#pushbacks illégaux, violences aux #frontières), n’étonne guère. Mais qu’il trouve une tribune au sein de France Travail, service public censé accompagner toutes les personnes qui résident sur le territoire vers l’emploi – y compris les personnes migrantes, est particulièrement alarmant.

      Cette dérive n’est pas isolée. Aux États-Unis, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) recrute massivement pour mettre en œuvre les expulsions promises par Donald Trump. Certes, les propos tenus lors de la réunion hébergée par France Travail n’ont pas atteint le degré outrancier des campagnes américaines, qui appellent ouvertement les futures recrues à expulser les « criminels et prédateurs » qui auraient « envahi » les États-Unis. Mais les points communs sont frappants : un recrutement massif au détriment de la formation (Frontex a abaissé son niveau d’études requis de bac +3 au baccalauréat, ICE a réduit ses formations de cinq à deux mois) ; le ciblage d’anciens militaires, recyclés dans le contrôle armé des migrations (la réunion France Travail était organisée avec Défense Mobilité, le service de reconversion du #ministère_des_Armées) ; et plus largement, la banalisation de la #violence_aux_frontières, présentée comme un défi exaltant.

      Si France Travail a condamné les propos tenus lors de cette réunion, Frontex, elle, n’a rien désavoué.

      Nous dénonçons la normalisation d’un vocabulaire et de pratiques contraires aux droits humains. Les frontières ne sont pas des terrains de chasse.

    • France Travail offre une tribune à Frontex pour de la « chasse » aux migrant·es

      Début septembre, France Travail a organisé une réunion d’information avec l’agence européenne Frontex, dont le contenu a récemment été révélé par StreetPress. L’un des représentants de l’agence y a présenté le métier de garde-frontière comme une activité de « chasse », vantée auprès de « jeunes hommes » en quête d’action.

      Ces propos ne relèvent pas d’un simple dérapage. Ils s’inscrivent dans un discours désormais banalisé qui déshumanise les personnes migrantes, les réduit à des cibles et promeut une vision viriliste de la force et du contrôle. Que ce registre soit employé par Frontex [1], déjà accusée à de multiples reprises de violations des droits humains (pushbacks illégaux, violences aux frontières), n’étonne guère. Mais qu’il trouve une tribune au sein de France Travail, service public censé accompagner toutes les personnes qui résident sur le territoire vers l’emploi – y compris les personnes migrantes, est particulièrement alarmant.

      Cette dérive n’est pas isolée. Aux États-Unis, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) recrute massivement pour mettre en œuvre les expulsions promises par Donald Trump. Certes, les propos tenus lors de la réunion hébergée par France Travail n’ont pas atteint le degré outrancier des campagnes américaines, qui appellent ouvertement les futures recrues à expulser les « criminels et prédateurs » qui auraient « envahi » les États-Unis. Mais les points communs sont frappants : un recrutement massif au détriment de la formation (Frontex a abaissé son niveau d’études requis de bac +3 au baccalauréat, ICE a réduit ses formations de cinq à deux mois) ; le ciblage d’anciens militaires, recyclés dans le contrôle armé des migrations (la réunion France Travail était organisée avec Défense Mobilité, le service de reconversion du ministère des Armées) ; et plus largement, la banalisation de la violence aux frontières, présentée comme un défi exaltant.

      Si France Travail a condamné les propos tenus lors de cette réunion, Frontex, elle, n’a rien désavoué.

      Nous dénonçons la normalisation d’un vocabulaire et de pratiques contraires aux droits humains. Les frontières ne sont pas des terrains de chasse.

      https://www.gisti.org/spip.php?article7591

  • Chasse aux « #wokes » : comment les polémiques de ces dernières années ont épuisé les universitaires

    Coupes de subventions, cabales médiatiques… En France aussi, les universitaires sont attaqués par des forces conservatrices. Au point de créer un climat d’usure et d’autocensure dans les campus et les laboratoires.

    « Un moment de folie. » C’est ainsi que Gilles Bastin, directeur adjoint de l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble, qualifie l’affaire qui a secoué l’école il y a quatre ans. Nous sommes alors le 4 mars 2021 : à l’IEP, des affiches accusent deux enseignants d’être islamophobes. L’action est aussitôt condamnée par l’établissement. Mais l’un des professeurs, Klaus Kinzler, se rend dans plusieurs médias, dont CNews. Il critique l’IEP, un « institut de rééducation politique » où des enseignants « endoctrineraient » les étudiants avec des théories « woke ». L’événement, qui aurait dû relever d’une enquête voire de sanctions gérées par l’école et la justice, prend alors des proportions inédites.
    La fachosphère s’en empare. Sur les réseaux sociaux, la situation devient hors de contrôle. « A l’université, on a l’habitude des débats contradictoires, mais là, c’était très différent. On s’est retrouvés au centre d’une arène, visés par des centaines de messages menaçants », témoigne M. Bastin. En décembre 2021, le pouvoir politique embraye : fustigeant ce qu’il présente comme une « longue dérive idéologique et communautariste » de l’établissement, Laurent Wauquiez, alors président Les Républicains (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, annonce couper tous les financements à l’IEP – 400 000 euros, destinés à la mobilité internationale des étudiants.
    Si, du côté de la justice, la polémique désenfle – les étudiants mis en cause seront relaxés –, l’IEP doit consentir à signer en 2023 un « contrat d’engagement républicain » pour recouvrer sa dotation régionale. « Comme si nous n’étions pas, nous aussi, la République ! », commente M. Bastin, amer. En interne, la fatigue engendrée par cet emballement a laissé des traces. « Nous nous efforçons aujourd’hui de rétablir un climat de confiance. »
    Depuis, plusieurs établissements du supérieur et enseignants-chercheurs se sont retrouvés embarqués dans une lessiveuse médiatique, marquée par des vagues de harcèlement, de menaces et de pressions politiques. En toile de fond, cet épouvantail agité par une galaxie de forces conservatrices : les universités françaises seraient gangrenées par une pensée « wokiste » et « islamo-gauchiste » – termes suffisamment flous pour jeter l’opprobre sur ces institutions sans avoir à étayer précisément le stigmate.

    Ces attaques, fondées sur des caricatures, sont de plus en plus fréquentes. Elles ont pour objectif de fragiliser l’institution universitaire », s’inquiète Lamri Adoui, à la tête de l’association qui regroupe les présidents d’université, France Universités. Depuis le printemps, le contexte international accroît la vigilance du monde académique, tout en galvanisant ses détracteurs : Donald Trump a donné le « la » en s’en prenant frontalement aux grandes universités des Etats-Unis et au savoir scientifique.
    « Reconnaissance médiatique »
    L’Hexagone est loin de connaître des assauts d’une même ampleur. « Toutefois, si, en quelques semaines, Trump a pu s’attaquer à des décennies d’une culture américaine très empreinte de liberté académique, c’est parce que le terrain était préparé, alerte M. Adoui. Quand vous déniez le rôle de la science, que vous propagez de la désinformation à l’encontre des universités, vous en minez la légitimité. Et au moindre basculement politique, le champ est libre pour décréter de mettre au pas la communauté scientifique. »
    En France, la charge est alimentée par un nouveau marché de l’édition. Dernier éclat en date : la publication par les Presses universitaires de France (PUF), en avril, de Face à l’obscurantisme woke, dirigé par les universitaires Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren. Ses auteurs y critiquent une « pseudo-science militante » qui, « née dans les départements de sciences humaines », ferait régner une « terreur idéologique ». En ligne de mire, ce qu’ils décrivent comme une submersion des études liées au genre ou aux questions raciales, et de la « censure » qui en découlerait.
    « On voit bien dans nos mails la multiplication des sujets de thèse et des annonces de colloques consacrés à ces sujets », déclare au Monde Pierre Vermeren, qui évalue leur nombre à « des centaines et des centaines » : « Que de nouveaux sujets émergent, c’est normal. Mais leur nature pose problème. Les biais d’analyse ne sont pas sérieux, voire fantasmagoriques. »
    Dans le cadre d’une étude qu’il conduit sur les attaques aux libertés académiques, Pierre-Nicolas Baudot, maître de conférences en science politique à Rouen, a dénombré plus de 70 livres consacrés à la « menace wokiste », publiés entre 2020 et 2023. « Si tous ne se vendent pas très bien, ils disposent d’une couverture médiatique très importante », soulève-t-il. Et c’est ce que recherchent leurs auteurs, conclut M. Baudot, après avoir analysé leurs profils : « Il s’agit souvent d’universitaires en perte de vitesse, en quête d’une reconnaissance médiatique qu’ils n’ont pas dans le champ académique. » Ce que M. Vermeren balaie d’un revers de main : « Chaque jour, je refuse des propositions pour écrire des livres, participer à des émissions. »
    « Ces ouvrages se réfèrent tous aux mêmes anecdotes, rementionnées à l’envi pour donner l’impression d’un phénomène de masse », observe Thibaud Boncourt, professeur de science politique à Lyon-III, responsable d’un groupe de recherche sur la liberté académique. Ces anecdotes, poursuit-il, sont aussi « ressassées » sur le site de l’Observatoire d’éthique universitaire, dont sont membres les directeurs de l’ouvrage des PUF. Cet observatoire a été soutenu par l’entrepreneur Pierre-Edouard Stérin, qui œuvre à travers son projet Périclès à la victoire électorale de l’extrême droite. « Nous avons bénéficié d’un financement du Fonds du bien commun [créé par M. Stérin en 2021] pendant trois ans, mais les donateurs n’ont eu aucune influence sur notre projet », se défend M. Vermeren, qui affirme aujourd’hui fonctionner sans ces fonds.

    Si la dénonciation d’une supposée « submersion woke » a pris de l’ampleur, c’est aussi parce qu’elle a été confortée par des déclarations politiques au plus haut niveau de l’Etat. En octobre 2020, Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’éducation nationale, accusait « l’islamo-gauchisme » de faire « des ravages » à l’université. M. Vermeren rappelle d’ailleurs le soutien de la première heure du ministre : « Pour notre premier colloque à la Sorbonne, il nous a ouvert les portes de l’université. »
    En février 2021, Frédérique Vidal, alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, avait annoncé diligenter une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche » en lien avec « l’islamo-gauchisme ». Deux ans plus tard, le ministère révélait qu’aucune demande en ce sens n’avait, en réalité, été formulée.
    Et pour cause : il n’existe pas d’obsession « wokiste » dans les sciences sociales en France. C’est ce que démontre, en 2025, une équipe dirigée par le sociologue Etienne Ollion, professeur à Polytechnique. D’après son enquête, la place tenue par la question du genre dans les publications scientifiques est passée de 9 %, en 2001, à 11,4 % du total en 2022. Quant au chiffre avancé par l’Observatoire d’éthique universitaire dans son rapport 2023 – 234 colloques, articles ou thèses pouvant être rangés, selon ses auteurs, dans le camp des sujets « woke » –, il est dérisoire quand on sait que l’université compte chaque année, en sciences humaines et sociales, plus de 30 000 doctorants.
    Instrumentalisation
    Mais peu importe les faits : montrer du doigt les universitaires a, historiquement, toujours constitué une tactique politique efficace, rappelle le chercheur franco-canadien Francis Dupuis-Déri, auteur de Panique à l’université (Lux, 2022). « Depuis des siècles, les campus sont accusés d’être des repaires d’insurgés. S’en prendre à ces espaces d’élite est un moyen facile de gagner des points auprès des opinions publiques, pointe-t-il. Les effets recherchés sont plutôt situés à l’extérieur des universités : c’est de l’agitation politique, adressée à un électorat. »
    Plus seulement de la part de l’extrême droite, « mais aussi désormais de la droite voire du centre », dont l’instrumentalisation des subventions est « devenue une pratique normalisée », observe Alex Mahoudeau, autrice de La Panique woke (Textuel, 2022). L’exemple de l’Ecole Kourtrajmé, à Marseille, qui forme des jeunes défavorisés aux métiers du cinéma, a marqué les esprits : en avril, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidée par Renaud Muselier (Renaissance), annonçait lui retirer une subvention de 75 000 euros pour usage de l’écriture inclusive, reprenant une revendication récurrente des élus Rassemblement national de cette région.
    Aujourd’hui, c’est l’université Lyon-II qui fait sa rentrée avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au printemps, un groupe d’individus perturbe le cours de Fabrice Balanche, l’accusant de racisme et de sionisme. L’enseignant entame une tournée médiatique où il dépeint une université gangrenée par « l’entrisme islamiste ». La présidente de l’établissement, Isabelle von Bueltzingsloewen, qui avait saisi le parquet après l’interruption « intolérable » de ce cours, fustige les « paroles complotistes » de l’enseignant. Elle est alors l’objet de menaces de mort, qui poussent le parquet à ouvrir une deuxième enquête, et à la placer sous protection. Protection renforcée quand la machine s’emballe à nouveau, après qu’a été déterré un post Facebook d’un des vice-présidents de l’université, Willy Beauvallet-Haddad, accusé d’y rendre hommage à l’ex-chef du Hezbollah Hassan Nasrallah – il présente sa démission en mai.
    Au même moment, Laurent Wauquiez, alors candidat à la présidence des Républicains, déclare suspendre les subventions régionales à l’établissement – près de 19 millions d’euros –, pour cause de « dérive islamo-gauchiste ». Coup d’éclat dans une campagne où il dispute à Bruno Retailleau le terrain conservateur, la menace n’a pas encore été appliquée, mais elle renforce le sentiment d’usure qui touche la communauté académique.
    « On part d’un exemple et on le monte en épingle pour dire que l’islam radical imprègne toute l’université. Les enseignants se retrouvent alors à devoir s’en défendre constamment : même au Canada, en colloque, on m’a interrogé sur cela », se désespère M. Baudot, qui donnait des cours à Lyon-II en 2024. « On ne parle plus de Lyon-II que par le prisme de ces micro-aspects qui ne correspondent en rien au travail effectué par l’ensemble des collègues au quotidien », abonde Hervé Goldfarb, chef du département de science des données et membre du syndicat Snesup-FSU. La présidente de l’université a décliné nos demandes d’entretien, par « prudence », en attente des réponses de financement.
    Comme d’autres de ses collègues, Françoise Orazi, professeure de civilisation britannique, doyenne de la faculté des langues, est « démoralisée ». « On est attaqués de l’intérieur, on subit les pénuries de financement, et, en plus de ça, on vient nous dire qu’on est islamo-wokistes !, s’exclame-t-elle. La nuit, je repense à ce que je croyais être mon métier et ce qu’il est devenu. A refaire, je choisirais une autre profession. » Pour Thibaud Boncourt, l’objectif de ces « cabales » est de « dilapider les énergies » : « C’est un travail de sape. »
    S’exiler pour mener ses recherches
    Des noms d’universitaires dits « woke » sont régulièrement jetés en pâture dans les médias, parfois épinglés avec leur photographie. « Créer des listes et mettre des cibles dans le dos, ce sont initialement des méthodes de l’ultradroite », s’alarme la professeure Vanessa Codaccioni, coprésidente de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique. Entre 2023 et 2024, les demandes de protection fonctionnelle ont d’ailleurs bondi de 52 % chez les enseignants, chercheurs et agents non titulaires, selon le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.
    « Dans nos laboratoires, on nous propose des formations de défense au niveau juridique, ou pour éviter de se retrouver exposés sur les réseaux sociaux », raconte Françoise Orazi. Elle regrette de devoir parfois verser dans une forme d’autocensure : « Je n’ai pas envie de me retrouver à la place de ma présidente et de recevoir des menaces de mort. S’il ne faut plus parler de certains sujets, liés au genre par exemple, je le fais. »
    Le chercheur Mehdi Derfoufi, un des responsables pédagogiques du master d’études de genre de Paris-VIII, remarque que les revues de recherche se montrent plus frileuses à monter des dossiers autour des questions raciales ou de genre. « Plus encore quand ces travaux proviennent de chercheurs et chercheuses minorisés », dénonce-t-il. Des colloques sont parfois aussi annulés au dernier moment, ajoute-t-il, « en raison de menaces directes de groupuscules d’extrême droite ».
    Face à ce climat, certains décident de s’exiler pour mener leurs recherches. « On voit arriver des doctorants et doctorantes français au Québec, ou encore en Belgique ou en Suisse, parce que l’ambiance ne leur semblait pas propice », observe Francis Dupuis-Déri. Mais c’est aussi le cas d’enseignants-chercheurs installés, qui avaient accédé au « graal » du poste fixe, soulève M. Baudot. Une fuite des cerveaux qui entraîne, déplore-t-il, « un gâchis de talents irréparable ».

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/09/16/chasse-aux-wokes-comment-les-polemiques-de-ces-dernieres-annees-ont-epuise-l
    #ESR #université #wokisme #chasse_aux_sorcières #France #attaques #autocensure #censure #fachosphère #recherche #ensignement_supérieur #Laurent_Wauquiez #harcèlement #menaces #pression #islamo-gauchisme

  • Lexique en français de la chasse
    https://fr.m.wiktionary.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Lexique_en_fran%C3%A7ais_de_la_chasse

    Pour comprendre la morale et le comportement des groypers et d’autres bandes armées états-uniennes il est utile de lire les règles et manuels de chasse. Voici la version française.

    Normes de chasse en France : guide complet et réglementations
    https://www.chasseurs.org/normes-de-chasse-en-france-guide-complet-et-reglementations

    Le lexique du chasseur
    https://comptoirpostal.com/le-lexique-du-chasseur

    Le glossaire de la chasse Chasse, pêche, nature, chien, gibier…
    https://parlonschasse.com/glossaire-chasse

    #France #USA #chasse #déshumanisation #droite #fascisme

  • 16000 hectares ravagés par le feu entre autres parce que les politiques récentes ont fait disparaitre les vignes au profit de zones de chasse et lire qu’on doit faire pousser à la place de quoi nourrir la population. Euh madame la ministre de l’agriculture de balcon, vous pensez vraiment faire pousser du blé dans la garrigue et l’arroser avec vos 9 canadairs ?

  • À l’Assemblée, une atmosphère de « #chasse_aux_sorcières » contre les collaborateurs insoumis

    La #commission_d’enquête de #Laurent_Wauquiez sur les « liens » entre La France insoumise et les « réseaux propageant l’idéologie islamiste » a été jugée irrecevable après un vote très serré. Mais les collaborateurs parlementaires ciblés, tous racisés, dénoncent le fantasme d’un « #complot_musulman » dont ils font les frais.

    La commission d’enquête parlementaire contre #La_France_insoumise (#LFI) voulue par Laurent Wauquiez n’aura pas lieu. Le président du groupe Droite républicaine (DR) à l’Assemblée nationale l’avait annoncée en grande pompe à la mi-mai sur Europe 1, radio du groupe Bolloré, suscitant la joie de la fachosphère. Elle ciblait explicitement le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et était censée mettre au jour ses « liens » avec « des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’#idéologie_islamiste », selon son intitulé.

    Mais elle a été jugée irrecevable lors d’un vote très serré en commission des lois mardi 3 juin (lire encadré). « C’était le va-tout de Laurent Wauquiez avant le congrès du parti Les Républicains », rappelle la députée communiste Elsa Faucillon, membre de la commission des lois. « Au-delà même du contenu crasse de son exposé des motifs, la forme n’était pas recevable : non seulement les éléments sont très opaques, mais cela revenait à utiliser les moyens de l’Assemblée pour un agenda politique personnel », explique-t-elle.

    La nouvelle a provoqué un « ouf » de soulagement dans les rangs de LFI, où le vote était guetté avec inquiétude. Depuis plusieurs mois, des tentatives de proscription de plus en plus officielles se multiplient et marquent de simples militant·es au fer rouge. « Je suis abasourdie, je me demande si un jour un ministre de l’intérieur ne va pas appeler à notre dissolution, alors que jusqu’à présent cela relevait de la fiction », témoigne Manon Monmirel, collaboratrice parlementaire du député insoumis Éric Coquerel.

    Le texte de Laurent Wauquiez ciblait sans les nommer – mais explicitement – certains collaborateurs et collaboratrices parlementaires du groupe présidé par Mathilde Panot. Sans aller aussi loin que le dossier du magazine d’extrême droite Frontières, qui avait jeté en pâture une dizaine de noms au mois d’avril en leur imputant le plus souvent des informations partielles – voire fausses – ou de simples messages politiques, il reprenait à son compte le même soupçon « d’#entrisme par des organisations ou militants islamistes dans la perspective des futures échéances électorales », notamment les municipales de 2026.

    La difficulté à se défendre

    Celles et ceux dont les noms avaient été diffusés dans le magazine s’attendaient donc à être auditionné·es, avec tout ce que cela comporte de risques en matière d’exposition à la vindicte sur les réseaux sociaux. « C’était à nouveau le risque de subir du cyberharcèlement, d’avoir des problèmes d’employabilité, sans moyen de se défendre juridiquement », commente Louise Brody, membre du bureau de la CGT collaborateurs et collaboratrices parlementaires, invoquant le coût financier des poursuites pour diffamation.

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    La #commission_Wauquiez échoue de peu

    Le coup est passé tout près. À l’issue d’une heure de réunion, la commission des lois a finalement jugé irrecevable la proposition de résolution de Laurent Wauquiez visant à créer une commission d’enquête sur « les représentants de mouvements politiques […] soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ».

    Vingt-trois députés se sont prononcés contre, autant pour, l’égalité étant insuffisante à valider le processus. L’ensemble de la gauche, qui a tout fait pour enterrer cette commission « indigne », a aussi pu compter in extremis sur l’abstention de quelques députés macronistes, à commencer par le président de la commission des lois Florent Boudié.

    Ils ont pourtant été nombreux à défendre l’initiative. Le député Droite républicaine Vincent Jeanbrun, qui prenait la parole pour son chef de groupe – lequel a brillé par son absence –, a ainsi dénoncé, à l’instar de l’extrême droite, les acteurs politiques qui seraient les « relais » de « l’idéologie islamiste qui s’infiltre dans nos institutions ».

    Loin de s’opposer à la criminalisation manifeste d’un adversaire politique, le camp présidentiel – qui a laissé liberté de vote à ses commissaires – est même allé encore un cran au-dessus, Sébastien Huygue s’indignant d’une prétendue « complaisance entre élus et réseaux islamistes, voire terroristes ». Feignant d’imaginer que cette commission d’enquête pourrait être autre chose qu’un « règlement de comptes politiques », le MoDem ne s’est pas opposé non plus. De même que les députés Horizons, le parti d’Édouard Philippe, qui ont voté en faveur de la #recevabilité.

    La gauche s’est finalement retrouvée bien seule à dénoncer un « procès politique », une entaille grave dans la séparation des pouvoirs, et l’« agenda islamophobe » de Laurent Wauquiez. Ancien macroniste, le député Paul Molac, aujourd’hui membre du petit groupe centriste Liberté, indépendants, outre-mer et territoires (Liot), a résumé cette « cabale politicienne » d’une saillie : « Ça me rappelle le maccarthysme ou la révolution culturelle. Je proposerais bien [à Laurent Wauquiez] de se mettre au vert à Saint-Pierre-et-Miquelon. »

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    Après la parution du numéro Frontières sur le « parti de l’étranger » – expression maurrassienne utilisée pour qualifier LFI –, certain·es ont fermé leurs comptes sur les réseaux sociaux et ont pris pour habitude de créer des boucles Telegram pour signaler la présence de ces journalistes qui militent activement pour l’« union des droites ».

    « Certains d’entre nous étaient tétanisés, et on avait tous remarqué que 90 % des collabs cités étaient racisés », se souvient Manon Monmirel. « Dans leur matrice, parce qu’on est arabe ou noir, on a une proximité avec le terrorisme islamiste », résume Aziza Nouioua, collaboratrice parlementaire de Thomas Portes, ciblée par Frontières pour avoir relayé des posts d’Urgence Palestine – que le ministère de l’intérieur veut dissoudre –, de l’Association France Palestine solidarité (AFPS) ou encore de la campagne BDS.

    Ismaël El Hajri, collaborateur parlementaire de Louis Boyard, a fait l’expérience de cet amalgame raciste avant même la parution de Frontières. Après un portrait dans Le Journal du dimanche (Le JDD) en septembre 2024 signé Alexis Bergeron – un pseudonyme selon toute vraisemblance –, s’appuyant sur un thread du compte X « Les Corsaires » – un collectif « pro-liberté d’expression » marqué à l’extrême droite –, son nom a été mentionné par Le Figaro Magazine dans un article qui posait cette question : « Si LFI profite de la communauté musulmane pour obtenir des votes, ce parti est-il devenu un cheval de Troie pour les islamistes afin d’exercer une influence politique et sociale ? »

    Sans avoir été contacté, il y était décrit comme « proche » de l’imam Iquioussen et « ancien militant engagé pour la défense de Baraka City et du CCIF [Collectif contre l’islamophobie en France – ndlr] ». « Sous mes yeux, un mensonge devient vérité journalistique », écrivait-il alors sur X, ajoutant : « Si l’on m’attaque aujourd’hui, c’est pour ce que je suis : un enfant de l’immigration maghrébine, militant antiraciste qui travaille à l’Assemblée nationale. »

    Le Figaro Magazine n’avait pas publié son droit de réponse mais avait supprimé le passage contesté en ligne, « dans un souci d’apaisement », selon un courrier du directeur général du groupe Marc Feuillée, consulté par Mediapart. « C’est la preuve absolue que c’était répréhensible du point de vue du droit de la presse », affirme Simon Peteytas, avocat d’Ismaël El Hajri. Celui-ci en était resté là, faute de moyens. « La diffamation est une procédure coûteuse, et ce sont des infractions difficiles à caractériser », convient l’avocat.
    Un cas emblématique

    Le mal est en tout cas fait pour le militant de Villeneuve-Saint-George (Val-de-Marne). « Si on tape mon nom sur Google, on tombe sur des dizaines d’articles qui me disent “islamiste” sans aucune preuve factuelle, dit-il. On a essayé d’alerter sur cette dérive : comment un mensonge a pu devenir une vérité dans un magazine mainstream ? Nous sommes victimes des jeux d’influence et de surenchère entre les macronistes, LR et le Rassemblement national. Et cela n’avait jamais pris une forme aussi sérieuse que la possibilité d’une commission d’enquête. »

    Pour le député insoumis Antoine Léaument, membre de la commission des lois, il y a en effet « un franchissement de seuil ». Le cas le plus emblématique de cette dérive est celui de Mohamed Awad, collaborateur parlementaire de Paul Vannier. Quand il a lu l’exposé des motifs de la commission d’enquête, celui-ci s’est immédiatement reconnu – il était lui aussi parmi les personnalités ciblées par Frontières pour avoir été responsable de la section locale des Jeunes musulmans de France à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

    Le trentenaire, petites lunettes sur le nez et crâne déjà dégarni, a été investi par LFI en 2024 dans la quatrième circonscription du département francilien, fief de Marie-George Buffet, pour croiser le fer avec la sortante communiste, Soumya Bourouaha, qui a été élue. Depuis son joli score de 40 % à La Courneuve, son nom circule pour les municipales de 2026. Et cette percée coïncide aussi avec le début d’un harcèlement médiatique intense.

    Deux jours avant le second tour, Le JDD avait lancé les hostilités : « LFI a-t-elle investi un ancien responsable d’une organisation islamique cofondée par Hassan Iquioussen ? » Le magazine de Vincent Bolloré se basait sur les propos du militant d’extrême droite Damien Rieu, qui en voulait pour preuve un journal municipal daté de 2016. Page 11, on aperçoit Mohamed Awad, présenté comme un « président de l’association JMF de La Courneuve ».

    « Jeune Musulman de France » : cette association de quartier, de loi 1901, avait alors pignon sur rue, bénéficiant de plus de 50 000 euros de subventions publiques émanant de l’État, de la région, du département et de la ville. Mohamed Awad, originaire de la commune, l’a rejointe après avoir suivi sa scolarité à Paris, à l’école des enfants du spectacle, où il a été envoyé pour ses talents de pianiste.

    Au programme : soutien scolaire, actions culturelles ou organisation de forums de l’orientation… « C’était un peu l’esprit de la JOC [Jeunesse ouvrière chrétienne – ndlr] par où sont passées Sophie Binet ou Marie-George Buffet. Je m’y suis investi pleinement », raconte celui qui est devenu trésorier de l’association.
    Monde parallèle

    Mais avec les attentats de janvier 2015, les choses changent. Toutes les subventions de l’État sont coupées brutalement, au motif que l’association serait un « terreau de radicalisation ». Le jeune homme de 22 ans obtient alors un rendez-vous avec le préfet de l’égalité des chances de l’époque, Didier Leschi. « Autour de la table, il y avait une personne chargée de la radicalisation : j’ai compris que c’était fini », se rappelle Mohamed Awad, qui dit avoir découvert ce jour-là ce qu’est « l’islamophobie d’État ».

    Diplômé de droit, il s’engage ensuite au sein de LFI dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où il milite avec Paul Vannier, qui lui fait rapidement gravir les échelons. En 2020, il est propulsé sur la liste des municipales, puis devient secrétaire général du groupe insoumis à la région Île-de-France. Il est ensuite recruté en janvier 2023 comme assistant parlementaire du député du Val-d’Oise.

    Il déplore aujourd’hui qu’on le ramène « à une appartenance religieuse supposée ». « Je suis tout le contraire : ma vie militante repose sur l’idée de dire que les musulmans sont des citoyens français à part entière. Je sais que je cristallise un truc d’intégration que l’extrême droite déteste. On me refuse le droit d’avoir des aspirations politiques et de les mettre en œuvre », dit-il à Mediapart.

    « Ils veulent qu’on ait peur, qu’on ne puisse plus s’engager. Ils ne supportent pas qu’au cœur d’une institution qui représente le pouvoir, des gens défendent des positions antiracistes et anticolonialistes », abonde Aziza Nouioua.

    Cette ambiance de « chasse aux sorcières » n’étonne guère les Insoumis·es : l’enchaînement du rapport sur l’influence des Frères musulmans en France et de la commission d’enquête demandée par Laurent Wauquiez, ou encore la sortie de Bruno Retailleau sur les « barbares », voilà qui indique, à leurs yeux, le cap bien sombre du moment.

    « Tout cela participe à accréditer l’idée qu’il existe un complot musulman. Une réalité alternative est en train de passer pour une réalité tout court. Et dans ce cadre, LFI, conseillée dans l’ombre par des Noirs et des Arabes, ne peut être que le parti de l’étranger », décrypte Ismaël El Hajri, qui espère, comme ses collègues, sortir bientôt de ce monde parallèle.

    https://www.mediapart.fr/journal/politique/030625/l-assemblee-une-atmosphere-de-chasse-aux-sorcieres-contre-les-collaborateu
    #FI #France_insoumise #islamophobie #racisme #irrecevabilité

  • Ce matin un chasseur a tué un... autre chasseur. Sauf que là c’était la nuit.
    https://france3-regions.franceinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/un-chasseur-de-65-ans-meurt-par-balle-durant-une-partie-d

    Un homme a été retrouvé mort le vendredi 30 mai. À 23 heures, sur la commune de Langouet, entre Rennes et Dinan, deux hommes sont partis chasser dans un champ de maïs situé à proximité du lieu-dit La Motte du Tertre. Au milieu de ce champ, un homme de 65 ans est décédé après avoir pris une balle venant de son camarade de chasse , âgé de 76 ans, raconte un pompier du service d’incendie et de secours d’Ille-et-Vilaine. L’homme de 65 ans a été déclaré décédé par le Samu, tandis que le septuagénaire a été entendu par la brigade de gendarmerie de Hédé-Bazouges.

    une petite chanson pour nos amis les chasseurs.
    https://dyingvictimsproductions.bandcamp.com/track/pigs-from-outer-space


    Animalize - Meat We’re Made Of - Dying Victims Productions
    #chasse

    • Juste un petit mot pour qu’on prenne tous une seconde de recul.

      Ce site, ce micro-blog, existe parce qu’on est nombreux à vouloir comprendre, alerter, partager des ressentis – souvent d’injustice, d’horreur, ou simplement relayer des faits. Même si l’info n’est pas toujours vérifiée à 100 %, elle part généralement d’une intention sincère, avec un regard critique sur le monde, ses violences sociales, environnementales, humaines.

      Et dans ce cadre-là, où l’intention est d’informer ou de sensibiliser, je trouve profondément déplacé – et oui, choquant – qu’on associe à un homicide lors d’une chasse une musique comme Pigs from Outer Space, surtout avec un commentaire ironique juste avant.

      La chanson elle-même, pour rappel, parle de porcs extraterrestres oppresseurs, une parodie politique et agressive. C’est une forme de dénonciation, certes, mais aussi une satire féroce. Dans ce contexte précis, l’usage de cette chanson relève moins de la critique que d’une moquerie cynique envers une personne morte.

      On peut critiquer la chasse, l’injustice écologique, le système… mais on peut aussi rester simplement humains face à la mort d’autrui.

      Ce n’est ni être “bobo” ni ésotérique de dire ça. Juste respectueux envers un événement tragique et pour les valeurs qu’on désir justement pour nous comme pour nos enfants.

      Sinon ça fait de nous des personnes pas vraiment différentes des pensées extrêmes...

      #humain #valeurs

    • @khalyp
      Oui, il faudrait aussi s’approcher (sans trop se pincer le nez) de la réalité vécue par certain·es qui subissent les violences d’une petite minorité surarmée, laquelle n’a d’autre desseis que de faire régner la loi du plus fort propre à ceux qui se trouvent du bon côté du fusil, qu’ils soient chasseurs ou flics.
      Ce « cynisme » qui impacterait « nos valeurs » n’est qu’un geste d’auto-défense bien inoffensif et bien dérisoire face à la coercition et à la violence que font régner tous ces porteurs d’armes à feu qui se prennent pour de « vrais guerriers ».

  • France Travail : des robots pour contrôler les chômeurs·euses et les personnes au RSA
    https://www.laquadrature.net/2025/05/22/france-travail-des-robots-pour-controler-les-chomeurs%c2%b7euses-et-le

    France Travail déploie actuellement des robots visant à automatiser et massifier le contrôle des personnes inscrites à France Travail. Depuis le 1 janvier 2025, cela inclut également les personnes au RSA. Il s’agit d’une nouvelle…

    #Surveillance

  • Les #parcs africains ou l’histoire d’un #colonialisme_vert

    Derrière le mythe d’une Afrique #sauvage et fascinante se cache une histoire méconnue : celle de la mise sous cloche de la #nature au mépris des populations, orchestrée par des experts occidentaux. L’historien #Guillaume_Blanc raconte.

    Vous avez longuement enquêté sur les politiques de #protection_de_la_nature mises en place en #Afrique depuis la fin du XIXe siècle. Comment, dans l’esprit des experts occidentaux de la conservation de la nature, a germé cette idée que le continent africain constituait le dernier éden sauvage de la planète, qu’il s’agissait de préserver à tout prix ?

    Guillaume Blanc1 Mon enquête historique s’appuie en effet sur plus de 130 000 pages de documents issus de 8 fonds d’archives répartis entre l’Europe et l’Afrique. Pour comprendre ce mythe de la nature sauvage, il faut se mettre à la place des #botanistes et des #forestiers qui partent tenter l’aventure dans les #colonies à la fin du XIXe siècle, et laissent derrière eux une Europe radicalement transformée par l’industrialisation et l’urbanisation. En arrivant en Afrique, ils sont persuadés d’y retrouver la nature qu’ils ont perdue chez eux.

    Cette vision est en outre soutenue par un ensemble d’œuvres relayées par la grande presse. C’est par exemple #Winston_Churchill qui, en 1907, publie Mon voyage en Afrique, dans lequel il décrit le continent africain comme un « vaste jardin naturel » malheureusement peuplé d’« êtres malhabiles ». Dans les années 1930, c’est ensuite #Ernest_Hemingway qui évoque, dans Les Neiges du Kilimandjaro, un continent où les #big_five – ces mammifères emblématiques de l’Afrique que sont le #lion, le #léopard, l’#éléphant, le #rhinocéros noir et le #buffle – régneraient en maîtres. Depuis, le #mythe de cette Afrique édénique a perduré à travers les reportages du #National_Geographic et de la BBC ou, plus récemment, avec la sortie du célèbre film d’animation #Le_Roi_Lion.

    Qui sont les principaux acteurs des politiques de protection de la nature en Afrique, depuis les premières réserves de faune sauvage jusqu’à la création des parcs nationaux ?
    G. B. En Afrique, la création des #réserves_de_chasse à la fin du XIXe siècle par les colonisateurs européens vise surtout à protéger le commerce des troupeaux d’éléphants, déjà largement décimés par la #chasse. À partir des années 1940, ces #réserves deviennent ensuite des espaces dédiés presque exclusivement à la contemplation de la #faune_sauvage – une évolution qui témoigne d’une prise de conscience de l’opinion publique, qui considère comme immoral le massacre de la grande #faune.

    Les principaux acteurs de cette transformation sont des écologues administrateurs, à l’image de #Julian_Huxley, le tout premier directeur de l’#Unesco, nommé en 1946. On peut également citer #Edgar_Worthington, qui fut directeur scientifique adjoint du #Nature_Conservancy (une orga­ni­sa­tion gouvernementale britannique), ou l’ornithologue #Edward_Max_Nicholson, l’un des fondateurs du #World_Wildlife_Fund, le fameux #WWF. À partir des années 1950, ces scientifiques issus de l’administration impériale britannique vont s’efforcer de mettre la #science au service du gouvernement, de la nature et des hommes.

    À l’époque coloniale, la nature africaine semble toutefois moins menacée qu’elle ne l’est aujourd’hui. N’y a-t-il pas comme une forme de contradiction de la part des experts de la conservation à vouloir présenter ce continent comme le dernier éden sauvage sur Terre et, dans le même temps, à alerter sur le risque d’extinction de certaines espèces ?
    G. B. Si on prend l’exemple des éléphants, ce sont tout de même 65 000 animaux qui sont abattus chaque année à la fin du XIXe siècle en Afrique de l’Est pour alimenter le commerce de l’#ivoire. À cette époque, les administrateurs coloniaux sont pourtant incapables de réaliser que le massacre auquel ils assistent relève de leur propre responsabilité. Car, tout autour des espaces de protection qu’ils mettent en place pour protéger la nature, la destruction des #ressources_naturelles se poursuit – ce sont les #plantations de #cacao en #Côte_d’Ivoire qui empiètent toujours plus sur la #forêt_tropicale, ou le développement à grande échelle de la culture du #café en #Tanzanie et au #Kenya.

    À mesure que ce #capitalisme_extractiviste s’intensifie, la protection de la faune et de la flore se renforce via la multiplication des #zones_protégées. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ceux qui entendent préserver la nature en établissant des réserves de chasse, puis des parcs nationaux, sont aussi ceux qui la détruisent en dehors de ces espaces de protection.

    Une initiative baptisée « #Projet_spécial_africain » illustre bien cette vision de la nature africaine. En quoi consiste cette grande #mission_écologique, largement promue par les experts internationaux de la conservation ?
    G. B. Le Projet spécial africain est lancé à Varsovie en 1960 par l’#Union_internationale_pour_la_conservation_de_la_nature (#UICN), sous l’égide des Nations unies. En septembre 1961, une grande conférence internationale est organisée à Arusha, en Tanzanie, afin de promouvoir les programmes de conservation auprès des dirigeants africains arrivés au pouvoir après les indépendances. Elle réunit une centaine d’experts occidentaux ainsi qu’une trentaine de dirigeants africains.

    D’un commun accord, ces derniers déclarent vouloir poursuivre les efforts accomplis par les colons européens dans les parcs nationaux africains qui ont vu le jour depuis la fin des années 1920. Pour, je cite, « aider les gouvernements africains à s’aider eux-mêmes », des experts internationaux sont alors envoyés en Afrique. Le Projet spécial africain, qui se poursuivra jusqu’à la fin des années 1970, prend donc la forme d’une alliance entre les dirigeants africains et les experts internationaux.

    Dans le livre que vous avez publié il y a peu, La Nature des hommes, vous rappelez que les institutions internationales ont fortement incité les pays africains à exclure leurs populations des territoires de ce qui allait devenir les parcs nationaux…
    G. B. Parmi les institutions impliquées, il y a, d’un côté, les agences des Nations unies comme l’Unesco et la FAO, mais aussi des organisations non gouvernementales comme l’UICN, le WWF ou la Fauna & Flora International (FFI). Ces deux grandes catégories d’institutions ont tout d’abord servi de machine à reconvertir les administrateurs coloniaux en experts internationaux de la conservation. Ce sont elles qui vont ensuite imposer les mesures conservationnistes à l’intérieur des parcs.

    La FAO va, par exemple, conditionner son aide au Kenya, à l’Éthiopie ou à la Tanzanie pour l’achat de matériel agricole à l’acceptation des règles édictées par l’Unesco – à savoir que soient expulsées les populations qui vivent dans les parcs pour préserver les grands mammifères. C’est donc un véritable système international qui se met en place, dans lequel les agences des Nations unies vont avoir recours à des experts qu’elles vont mandater auprès de l’UICN, du WWF ou de la #FFI.

    Dans les années qui suivent la #décolonisation, les dirigeants africains participent eux aussi à cette #mythification d’un continent foisonnant de vie, car préservé des activités humaines. Quelle est leur part de responsabilité dans la construction de cet #imaginaire ?
    G. B. S’ils n’ont pas choisi ce cadre culturel imposé par les experts internationaux de la conservation, selon lequel l’Afrique serait le dernier refuge mondial de la faune sauvage, ils savent en revanche le mettre au service de leurs propres intérêts. Au #Congo, rebaptisé Zaïre en 1971 par le président Mobutu, ce dernier explique lors d’une conférence de l’UICN qui se tient à Kinshasa que son pays a créé bien plus de parcs que le colonisateur belge qui l’a précédé.

    En 1970, soit près de 10 ans après son indépendance, la Tanzanie a de son côté quadruplé son budget dédié aux parcs nationaux, sous l’impulsion de son Premier ministre #Julius_Nyerere, bien conscient que le parc national représente une véritable #opportunité_économique. Si Julius Nyerere n’envisage pas de « passer (s)es vacances à regarder des crocodiles barboter dans l’eau », comme il l’explique lui-même dans la presse tanzanienne, il assure que les Occidentaux sont prêts à dépenser des millions de dollars pour observer la faune exceptionnelle de son pays. Julius Nyerere entend alors faire de la nature la plus grande ressource économique de la Tanzanie.

    Certains responsables politiques africains mettent aussi à profit le statut de parc national pour contrôler une partie de leur population…
    G. B. Pour une nation comme l’Éthiopie d’#Hailé_Sélassié, la mise en parc de la nature donne la #légitimité et les moyens financiers pour aller planter le drapeau national dans des territoires qui échappent à son contrôle. Lorsque l’UICN et le WWF suggèrent à l’empereur d’Éthiopie de mettre en parc différentes régions de son pays, il choisit ainsi le #Simien, dans le Nord, une zone de maquis contestant le pouvoir central d’Addis-Abeba, l’#Awash, dans l’Est, qui regroupe des semi-nomades vivant avec leurs propres organisations politiques, et la #vallée_de_l’Omo, dans le Sud, où des populations circulent librement entre l’Éthiopie et le Kenya sans reconnaître les frontières nationales.

    En Afrique, la mise sous protection de la nature sauvage se traduit souvent par l’#expulsion des peuples qui vivent dans les zones visées. Quelles sont les conséquences pour ces hommes et ces femmes ?
    G. B. Ce #déplacement_forcé s’apparente à un véritable tremblement de terre, pour reprendre l’expression du sociologue américain Michael Cernes, qui a suivi les projets de #déplacement_de_populations menés par les Nations unies. Pour les personnes concernées, c’est la double peine, puisqu’en étant expulsées, elles sont directement impactées par la création des parcs nationaux, sans en tirer ensuite le moindre bénéfice. Une fois réinstallées, elles perdent en effet leurs réseaux d’entraide pour l’alimentation et les échanges socio-économiques.

    Sur le plan environnemental, c’est aussi une catastrophe pour le territoire d’accueil de ces expulsés. Car, là où la terre était en mesure de supporter une certaine densité de bétail et un certain niveau d’extraction des ressources naturelles, la #surpopulation et la #surexploitation de l’#environnement dont parlent les experts de la conservation deviennent réalité. Dans une étude publiée en 20012, deux chercheurs américain et mozambicain ont tenté d’évaluer le nombre de ces expulsés pour l’ensemble des parcs nationaux d’Afrique. En tenant compte des lacunes statistiques des archives historiques à ce sujet, les chercheurs ont estimé qu’entre 1 et 14 millions de personnes avaient été contraintes de quitter ces espaces de conservation au cours du XXe siècle.

    Depuis la fin des années 1990, les politiques globales de la #conservation_de_la_nature s’efforcent d’associer les populations qui vivent dans ou à côté des #aires_protégées. Comment se matérialise cette nouvelle philosophie de la conservation pour les populations ?
    G. B. Cette nouvelle doctrine se traduit de différentes manières. Si l’on prend l’exemple de l’#Ouganda, la population va désormais pouvoir bénéficier des revenus du #tourisme lié aux parcs nationaux. Mais ceux qui tirent réellement profit de cette ouverture des politiques globales de conservation sont souvent des citadins qui acceptent de devenir entrepreneurs ou guides touristiques. Les habitants des parcs n’ont pour leur part aucun droit de regard sur la gestion de ces espaces protégés et continuent de s’y opposer, parfois avec virulence.

    En associant les populations qui vivent dans ou à proximité des parcs à la gestion de la grande faune qu’ils abritent, la conservation communautaire les incite à attribuer une valeur monétaire à ces animaux. C’est ce qui s’est produit en #Namibie. Plus un mammifère est prisé des touristes, comme l’éléphant ou le lion, plus sa valeur pécuniaire augmente et, avec elle, le niveau de protection que lui accorde la population. Mais quid d’une pandémie comme le Covid-19, provoquant l’arrêt de toute activité touristique pendant deux ans ? Eh bien, la faune n’est plus protégée, puisqu’elle n’a plus aucune valeur. Parce qu’il nie la singularité des sociétés auxquelles il prétend vouloir s’adapter, le modèle de la #conservation_communautaire, qui prétend associer les #populations_locales, se révèle donc souvent inefficace.

    Des mesures destinées à exclure les humains des espaces naturels protégés continuent-elles d’être prises par certains gouvernements africains ?
    G. B. De telles décisions restent malheureusement d’actualité. Les travaux de l’association Survival International l’ont très bien documenté au #Cameroun, en #République_démocratique_du_Congo ou en Tanzanie. En Éthiopie, dans le #parc_du_Simien, où je me suis rendu à plusieurs reprises, les dernières #expulsions datent de 2016. Cette année-là, plus de 2 500 villageois ont été expulsés de force à 35 km du parc. Dans les années 2010, le géographe américain Roderick Neumann a pour sa part recensé jusqu’à 800 #meurtres liés à la politique de « #shoot_on_sight (tir à vue) » appliquée dans plusieurs parcs nationaux d’Afrique de l’Est. Selon cette doctrine, toute personne qui se trouve à l’intérieur du parc est soupçonnée de #braconnage et peut donc être abattue par les éco-gardes. Dans des pays où le braconnage n’est pourtant pas passible de peine de mort, de simples chasseurs de petit gibier sont ainsi exécutés sans sommation.

    En Europe, les règles de fonctionnement des parcs nationaux diffèrent de celles qui s’appliquent aux espaces de protection africains. Si on prend l’exemple du parc national des Cévennes, l’agriculture traditionnelle et le pastoralisme n’y sont pas prohibés, mais valorisés en tant qu’éléments de la culture locale. Comment expliquer ce « deux poids, deux mesures » dans la façon d’appréhender les espaces de protection de la nature en Europe et en Afrique ?
    G. B. Le parc national des Cévennes, créé en 1970, abrite plus de 70 % du site des Causses et Cévennes, inscrit sur la liste du Patrimoine mondial depuis 2011. Or la valeur universelle exceptionnelle qui conditionne un tel classement est, selon l’Unesco, « l’agropastoralisme, une tradition qui a façonné le paysage cévenol ». C’est d’ailleurs à l’appui de cet argumentaire que l’État français alloue des subventions au parc pour que la transhumance des bergers s’effectue à pied et non pas en camions, ou bien encore qu’il finance la rénovation des toitures et des murs de bergeries à partir de matériaux dits « traditionnels ».

    En revanche, dans le parc éthiopien du Simien, la valeur universelle exceptionnelle qui a justifié le classement de ce territoire par l’Unesco est « ses #paysages spectaculaires ». Mais si les #montagnes du Simien ont été classées « en péril3 » et les populations qui y vivaient ont été expulsées, c’est, selon les archives de cette même organisation internationale, parce que « l’#agropastoralisme menace la valeur du bien ».

    À travers ces deux exemples, on comprend que l’appréciation des rapports homme-nature n’est pas univoque en matière de conservation : il y a une lecture selon laquelle, en Europe, l’homme façonne la nature, et une lecture selon laquelle, en Afrique, il la dégrade. En vertu de ce dualisme, les activités agropastorales relèvent ainsi d’une #tradition à protéger en Europe, et d’une pratique destructrice à éliminer en Afrique.

    https://lejournal.cnrs.fr/articles/parcs-Afrique-colonialisme-histoire-nature-faune
    #colonialisme #animaux #ingénierie_démographique

    • La nature des hommes. Une mission écologique pour « sauver » l’Afrique

      Pendant la colonisation, pour sauver en Afrique la nature déjà disparue en Europe, les colons créent des parcs en expulsant brutalement ceux qui cultivent la terre. Et au lendemain des indépendances, avec l’Unesco ou le WWF, les dirigeants africains « protègent » la même nature, une nature que le monde entier veut vierge, sauvage, sans hommes.
      Les suites de cette histoire sont connues : des millions de paysans africains expulsés et violentés, aujourd’hui encore. Mais comment a-t-elle pu advenir ? Qui a bien pu organiser cette continuité entre le temps des colonies et le temps des indépendances ? Guillaume Blanc répond à ces questions en plongeant le lecteur au cœur d’une étrange mission écologique mondiale, lancée en 1961 : le « Projet spécial africain ».
      L’auteur raconte l’histoire de ce Projet, mais, plutôt que de suivre un seul fil narratif, il redonne vie à quatre mondes, que l’on découvre l’un après l’autre : le monde des experts-gentlemen qui pensent l’Afrique comme le dernier refuge naturel du monde ; celui des colons d’Afrique de l’Est qui se reconvertissent en experts internationaux ; celui des dirigeants africains qui entendent contrôler leurs peuples tout en satisfaisant les exigences de leurs partenaires occidentaux ; celui, enfin, de paysans auxquels il est demandé de s’adapter ou de disparaître. Ces hommes ne parlent pas de la même nature, mais, pas à pas, leurs mondes se rapprochent, et ils se rencontrent, pour de bon. Ici naît la violence. Car c’est la nature des hommes que d’échanger, pour le meilleur et pour le pire.

      https://www.editionsladecouverte.fr/la_nature_des_hommes-9782348081750
      #livre

  • En #Algérie, la France coloniale a aussi détruit la #nature

    L’accaparement colonial de la terre en Algérie a détruit des modes d’organisation et de gestion de la terre en commun. Le développement des monocultures et d’une agriculture d’exportation a aussi bouleversé l’environnement.

    Après avoir été suspendu de RTL début mars pour avoir évoqué les massacres français en Algérie au XIXe siècle, Jean-Michel Apathie a décidé de quitter la station. En pleine surenchère du ministre Bruno Retailleau avec l’Algérie et face à une extrême droite qui clame les bienfaits de la colonisation, le flot de réactions hostiles aux propos de l’éditorialiste rappelle que nombre de Français ne connaissent pas l’ampleur des crimes coloniaux commis par la France en Algérie.

    Face aux tentatives de révisionnisme historique, Reporterre s’est intéressé à un pan méconnu de la colonisation française en Algérie : ses dégâts sur la nature. À l’aube de la colonisation, le socle de la société algérienne reposait sur la paysannerie, l’agriculture était la principale source de richesse et rythmait la vie des populations qui alternait entre le travail de la terre et les transhumances saisonnières. Mais de 1830 jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, l’accaparement des terres par les colons a complètement bouleversé cet équilibre.

    « L’arrivée des colons en Algérie signe l’accaparement des ressources environnementales et celle du foncier. C’était une pratique d’expropriation sans explication, sans excuse et avec une grande brutalité. Pour les Algériens, c’est un monde qui s’effondre littéralement », relate Antonin Plarier, maître de conférence à l’université Lyon 3 et spécialiste de l’histoire environnementale des sociétés coloniales.

    Au total, d’après ses calculs, plus d’1,2 million d’hectares ont été transférés aux Européens entre 1830 et 1917 : soit l’équivalent de 1 000 fois la superficie de Paris, et trois fois celle de la Belgique.

    Pour réquisitionner des terres algériennes, la France a développé un arsenal juridique légalisant un paradoxe : celui d’une société qui défendait le droit à la propriété et d’une colonisation qui foulait au pied celle des Algériens. L’administration coloniale pouvait ainsi s’emparer de n’importe quelle propriété algérienne, qu’elle soit celle d’un individu comme d’une tribu entière.
    Détruire la paysannerie pour « soumettre le pays »

    La doctrine coloniale et militaire se lit à travers les écrits du maréchal Bugeaud, le militaire qui a permis d’étendre la conquête de l’Algérie. Voici notamment ce que précise cette violente figure de la colonisation, spécialiste des enfumades (pratique consistant à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte en allumant devant l’entrée des feux) : « J’y ai réfléchi bien longtemps, en me levant, en me couchant ; eh bien ! Je n’ai pu découvrir d’autre moyen de soumettre le pays que de saisir l’intérêt agricole ». Il faut donc empêcher les populations « de semer, de récolter, de pâturer », pour les priver des moyens d’existence, souligne l’historien Hosni Kitouni, chercheur en histoire à l’université d’Exeter.

    En filigrane, il s’agissait de punir tous ceux qui tentaient de se révolter, et de dissuader ceux qui en avaient l’intention. En 1838, l’ordonnance royale du maréchal Bugeaud indiquait que toute tribu s’insurgeant contre la domination française pouvait voir ses terres séquestrées. Cette politique monta encore d’un cran en 1871 à la suite d’une insurrection initiée contre la puissance coloniale.

    Cette « tempête des spoliations », selon l’expression d’Hosni Kitouni, a non seulement dispersé les populations, contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs cultures, leur bétail, mais a également entraîné leur paupérisation, voire pire, leur famine, puis leur mort. En parallèle, la violence des razzias, ces opérations militaires menées dans des campements, a détruit les habitations et les récoltes. Les arbres fruitiers étaient rasés dans les zones de guerre.
    Spoliation de l’eau et des forêts

    « Devenus des paysans sans terre, sans bétail, sans abris, n’ayant que la force de leurs bras à vendre, ils vont alimenter la masse des candidats à toutes les servitudes », écrit Hosni Kitouni. D’anciens propriétaires algériens sont alors parfois revenus sur leurs terres louer leur force de travail aux colons français. « Des paysans algériens vont revenir cultiver la terre, fournir les semences, et les instruments agraires, en échange de quoi ils vont pouvoir récupérer un ou deux cinquièmes de la récolte, le reste revenant au propriétaire », raconte à Reporterre Antonin Plarier.

    Au-delà des terres, la colonisation s’est emparée des communs que sont les forêts et l’eau. Au XIXe siècle, plusieurs opérations de maîtrise des cours d’eau ont fleuri, toujours dans le but d’irriguer les terres des colons. Dans les années 1860, un projet de barrage a vu le jour dans le département d’Oran. Antonin Plarier pointe ainsi ce qui tient de l’évidence : « Lorsqu’une source en eau est maîtrisée, elle l’est uniquement au bénéfice des colons, et donc au détriment des agriculteurs algériens qui en sont de fait dépossédés. »

    La question de l’eau a entraîné plusieurs conflits, tout comme celle des forêts. Dès les années 1830, l’imposition du Code forestier par les colons a restreint peu à peu aux Algériens l’artisanat, le passage du bétail, le ramassage du bois de chauffe, et la coupe de bois pour les diverses constructions.

    Résultat : entre un tiers et la moitié des ressources économiques de la paysannerie algérienne a été menacée par ce nouveau cadre légal, estime Antonin Plarier. Il faut dire que l’administration coloniale y a très vite vu un filon : l’exploitation des forêts en vue de leur commercialisation.

    Dans la montagne de Beni Khalfoun, dans la vallée de l’Isser, l’administration octroya par exemple une concession d’environ 1 000 hectares de chênes-lièges, un bois cher et prisé pour la fabrication de bouchons, à un exploitant français. Difficile de donner un chiffre précis, mais cet accaparement de ressources essentielles n’a pas été sans conséquences sur l’écosystème algérien.

    « C’est toute une série d’éléments liés à la colonisation qui vont contribuer à dégrader l’environnement algérien. En asséchant les sols via la déforestation, l’État colonial a par exemple favorisé l’érosion des sols », dit l’historienne Hélène Blais, professeure d’histoire contemporaine à l’ENS et autrice de L’empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux.
    Monocultures et rentabilité

    En Algérie, comme ailleurs, la colonisation s’est accompagnée de l’introduction de nouvelles espèces jugées plus rentables, et d’un bouleversement dans les pratiques agricoles tournées vers une pratique intensive et exportatrice correspondant davantage aux besoins de la métropole.

    Ce qui fait dire à Alain Ruscio, historien spécialiste de la période coloniale, que « la totalité de l’écosystème algérien a été affectée par la colonisation » : « Au fur et à mesure que l’armée française considérait qu’une région était complètement contrôlée, des monocultures étaient rapidement mises en place. D’où aussi la construction de routes servant à acheminer ces marchandises vers la France », nous explique-t-il.

    C’est l’exemple de la vigne et de sa vinification, qui priva une partie de la population d’un accès à la culture de céréales, et entraîna la disparition de terres en jachères — qui fournissaient des pâturages jusqu’ici essentiels pour le bétail des paysans algériens. Mais aussi de l’introduction massive de l’eucalyptus, cette plante endémique d’Australie, dès les années 1860 pour tenter d’assainir les zones humides dans lesquelles le paludisme décimait des colons.

    « Des millions d’arbres ont ainsi été plantés. Dans certains endroits, cela a asséché plus qu’il était nécessaire, au détriment d’autres espèces endémiques qui ont été abattues ou abandonnées dans ce cadre », analyse Hélène Blais. L’historienne a également observé des tentatives d’introduction de moutons mérinos, apporté pour sa laine prisée en Europe.
    Chasses coloniales

    Sans oublier les chasses coloniales qui attiraient des Français originaires de tout l’Hexagone venus traquer hyènes, panthères, lions et autres animaux sauvages. Considérés comme des animaux nuisibles, leurs têtes furent mises à prix via une circulaire du général Bugeaud de 1844 offrant une récompense pour tout animal tué « proportionné à la puissance de chaque bête ». D’après les recherches d’Hosni Kitouni, rien qu’en 1860, ce ne furent pas moins de 61 panthères et 38 lions qui avaient été abattus. Si bien qu’à la fin du XIXe siècle, le plus gros de la faune sauvage avait disparu. Le dernier lion fut abattu en 1958.

    « L’ordre colonial s’accommode peu avec la différence biologique, écologique, humaine qui résiste à sa domination, conclut l’historien auprès de Reporterre. D’où la politique de mise en ordre à force de violence et de juridictions d’exception, empêchant la société autochtone de se développer à son rythme selon ses lois naturelles. »

    Au-delà des crimes commis sur les Algériens, peu d’historiens se sont jusqu’ici emparés des destructions des écosystèmes. L’ampleur d’un éventuel écocide lié à la colonisation française reste à quantifier et est un angle de mort de la recherche.

    https://reporterre.net/En-Algerie-la-France-coloniale-a-aussi-detruit-la-nature
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