#cicr


  • Humanitaire : Le fléau des « sexpats » - Libération
    http://www.liberation.fr/planete/2018/05/20/humanitaire-le-fleau-des-sexpats_1651503

    Après les révélations du « Times » sur le recours à la prostitution dans une mission d’Oxfam en Haïti, qui ont conduit le directeur de la branche britannique à démissionner la semaine dernière, « Libération » a enquêté auprès de dirigeants et d’employés d’ONG. Tous reconnaissent des dérives et déplorent des obstacles juridiques.

    C’est un énième coup donné à l’image d’Oxfam dans la cascade de scandales qui ne cesse d’éclabousser l’ONG depuis quatre mois. Mark #Goldring a annoncé, mercredi, quitter la direction de la branche britannique de l’organisation. En février, le Times avait révélé qu’en 2011 le directeur d’Oxfam en Haïti, Roland Van Hauwermeiren, avait organisé une soirée avec des prostituées haïtiennes dans les locaux de l’ONG, peu après le tremblement de terre de 2010 qui a ravagé l’île, faisant près de 300 000 morts, autant de blessés et 1,2 million de sans-abri. Lors d’une enquête interne, l’homme a avoué les faits et a pu démissionner via une procédure « progressive » et « avec dignité », d’après le rapport d’enquête publié par Oxfam. Mais ce même homme a été recruté par Action contre la faim entre 2012 et 2014, sans qu’« aucune alerte au sujet d’une conduite inappropriée ou d’éventuels abus sexuels n’ait été donnée », assure l’ONG française.

    « Problème systémique »

    Après que l’affaire a éclaté, Libération a enquêté sur l’ampleur du recours à la prostitution dans le secteur humanitaire. Peu à peu, les langues se sont déliées. Du moins de manière anonyme. Des témoignages qui montrent que l’affaire Oxfam n’est pas un cas isolé. « Il ne s’agit pas d’une ou deux pommes véreuses, mais d’un problème réel et systémique », déclarait le 20 février Kevin Watkins, directeur général de l’ONG Save the Children et ancien cadre d’Oxfam, devant une commission parlementaire britannique. Le phénomène reste malgré tout difficile à cerner car aucune étude exhaustive, ou même étendue sur plusieurs organisations, n’a été menée sur le sujet. Ce n’est que récemment que des ONG internationales ont commencé à publier des rapports internes, à la demande de leurs bailleurs. Par ailleurs, le recours à la prostitution n’est pas considéré comme un abus sexuel par la loi française (à moins que ce ne soient des mineurs). Mais le contexte de l’aide humanitaire ajoute des facteurs aggravants : l’ascendant des employés des ONG sur les populations aidées, la défaillance des systèmes judiciaires dans certains pays d’intervention qui renforce le sentiment d’impunité et des situations d’urgence qui nécessitent des recrutements rapides sans laisser le temps de faire des enquêtes approfondies sur les candidats.

    Sophie (1), la trentaine, nous a contacté spontanément pour témoigner. Cette humanitaire américaine, avec plus de dix ans de missions d’urgence derrière elle, a vu plusieurs fois des collègues avoir recours à la prostitution dans leurs zones d’intervention. Comme au #Nigeria, il y a trois ans, où « plusieurs humanitaires de [son] équipe ont fait venir des prostituées dans leur chambre de la résidence ». Une pratique « courante », selon elle, bien que seuls quelques collègues s’y adonnent. « Un jour, un d’entre eux a même enfermé une prostituée dans sa chambre toute la journée pour ne pas avoir à la payer, raconte-t-elle. Plusieurs fois, des cas ont été rapportés à mes supérieurs mais il n’y a eu aucune sanction. Pour moi, c’est une manière d’approuver ces actions. »

    Emmanuel (1) a vécu la même situation : « Il n’est pas rare de voir des collègues expatriés ramener des prostituées à la résidence ou aller en voir, assure l’#humanitaire qui travaille pour une ONG basée en Afrique de l’Ouest. Il y a un an, un de mes collègues passait ses journées avec des prostituées. Mon chef de mission le savait mais il ne l’a pas signalé au siège et l’homme a pu terminer sa mission sans problème. »

    « Un décalage de pouvoir »

    Les termes de « zone grise » ou de « question morale » pour qualifier l’échange d’argent contre des actes sexuels reviennent régulièrement dans la bouche de travailleurs du secteur. Pourtant, le recours à la prostitution, bien qu’il ne soit pas illégal dans tous les pays, est interdit par la majorité des ONG humanitaires. Ces prostitués, femmes et hommes, se trouvent souvent réduits à ces activités contre leur gré, qu’ils soient l’objet de traite d’êtres humains ou contraints à vendre leur corps pour survivre. « Le recours à la prostitution dans les pays où nous travaillons est considéré comme de l’exploitation sexuelle, c’est sanctionné par un licenciement, assure Alexandre Giraud, directeur général de l’organisation française Solidarités international, qui compte 2 000 salariés dans le monde. Dans certaines zones de conflit, il existe un décalage de pouvoir, réel ou supposé, entre les humanitaires et les bénéficiaires. Il est important de sensibiliser nos personnels aux risques d’abus de pouvoir, parfois inconscient. » Sur les quatre dernières années, l’organisation a reçu 97 alertes de comportements contraires à son code d’éthique : « corruption, abus de pouvoir, abus sexuel, discrimination ». Parmi celles-ci, 18 cas tenaient du « harcèlement, de l’abus ou de l’exploitation sexuelle », et « 16 ont donné lieu à des fins de contrat », sans que soit précisé combien de ces cas relevaient du recours à la prostitution.

    Le Comité international de la Croix-Rouge (#CICR), basé à Genève, nous a confirmé avoir reçu « en janvier 2017 des informations sur un employé expatrié qui avait commencé une mission en 2016 en république démocratique du Congo. L’employé a été licencié en février 2017. » Un autre cas a été rapporté à Libération sans que le CICR ne puisse confirmer qu’il en ait été informé : « En 2011, je travaillais sur le continent africain, quand un collègue, avec de nombreuses années de CICR derrière lui et qui n’en était probablement pas à sa première faute, a été dénoncé pour avoir utilisé les services de prostituées locales, décrit Sarah (1), qui travaille toujours dans l’ONG. Il a été immédiatement sorti de la mission, mais il a juste reçu un avertissement et il a été envoyé sur une autre mission, où les possibilités de sortir sont plus restreintes. » Le code de conduite du CICR, signé par tous les membres envoyés en mission, précise bien qu’il « est interdit d’acheter des services sexuels et de pratiquer l’exploitation sexuelle ». En 2017, un bureau a été créé au sein de l’ONG pour permettre à ses employés de rapporter des comportements abusifs de manière confidentielle.

    « Problème de culture collective »

    Médecins sans frontières (MSF), avec ses 40 000 employés permanents, n’est pas non plus épargné. En 2017, le siège aurait reçu 146 alertes, dont 24 étaient des cas de harcèlement ou d’abus sexuels, et 19 personnes ont été licenciées, précise un communiqué qui comptabilise les deux ensemble. « On sait qu’on est en dessous des radars pour le nombre de cas rapportés, admet Thierry Allafort-Duverger, directeur général de #MSF France. Notre organisation n’est pas hors-sol. Nos activités peuvent attirer des prédateurs. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir à licencier des collègues qui s’étaient mal comportés avec des bénéficiaires. » Et de reprendre : « Le plus difficile est d’aider à libérer la parole. Les missions se trouvent souvent dans des zones très violentes où les personnes, notamment les bénéficiaires, peuvent craindre des représailles si elles parlent. » Une cellule composée de deux employés et dédiée à la prévention des abus sexuels a été créée en 2007 à Paris.

    De son côté, l’ONG Care a indiqué à Libération avoir reçu en 2017, pour ses 9 000 employés, « huit cas d’abus ou exploitation sexuelle [qui] ont été confirmés, sept membres du personnel ont été licenciés ».
    « Ambiance sexiste »

    Les ONG sont nombreuses à revendiquer une politique de « tolérance zéro » vis-à-vis du paiement d’actes sexuels. Seulement, la réalité sur le terrain est différente, et les limites entre ce qui est interdit et toléré sont plus floues. Lesley Agams a travaillé entre 2010 et 2011 en tant que directrice pays au Nigeria pour Oxfam. « Les hommes expatriés, nous les appelions les "sexpats", tellement il était courant de les voir avec des prostituées, rapporte-t-elle, en précisant qu’il ne s’agissait pas de ses collègues. On était si habitués à voir cela qu’on ne faisait que détourner le regard. » L’avocate décrit aussi « une ambiance de travail très sexiste et pesante », dans son bureau et celui d’Afrique de l’Est de l’ONG britannique. Des faits qu’elle rapporte à l’époque à sa responsable des ressources humaines, sans que cela ne provoque de réaction.

    Une autre employée d’Oxfam, Marguerite (1), toujours en poste, déclare n’avoir jamais été témoin d’abus sexuels par des humanitaires. Elle regrette en revanche que le scandale d’Oxfam ne se soit concentré que sur certains cas comme s’ils étaient des exceptions, et non sur « le problème de culture collective, où les rapports de domination et de pouvoir exercés par des responsables souvent masculins continuent de prévaloir ». « Il ne faut pas créer d’autres règles, d’autres mécanismes, ajoute-t-elle. Il faut faire respecter ceux qui existent déjà et ouvrir le débat sur la vraie question de fond : le #sexisme inhérent à nos organisations. »

    Il existe des #prédateurs dans tous les secteurs. Mais dans l’humanitaire, l’importante rotation des effectifs sur de courtes missions leur permet de sévir plus longtemps. C’est le cas de Roland Van Hauwermeiren, d’Oxfam. C’est aussi celui de l’homme qui a agressé sexuellement Ellen (1), en Irak, dans la résidence de l’ONG pour laquelle ils travaillaient en 2014. Il a été employé par trois ONG internationales depuis et se trouve toujours dans les circuits de recrutement. L’explication à cela tient à un blocage juridique. Il est illégal de révéler la raison d’un licenciement, même si ce sont des abus sexuels, s’il n’y a pas eu de condamnation judiciaire, souligne-t-on à la Croix-Rouge et à Solidarités international. Un droit à l’oubli garanti par la loi française, et que les organisations essayent de contourner via des codes propres à la profession. Lors des prises de références, un « on ne l’emploiera plus » suffirait à blacklister un ancien employé. Mais certains passent entre les mailles du filet en cachant leur passage dans l’ONG qui les a licenciés. La création d’un fichier commun d’individus auteurs d’abus est maintenant envisagée, mais ne pourraient y figurer que les condamnés par la justice. Or, souvent, les victimes, quand elles dénoncent les faits, craignent les conséquences d’un procès sur leur vie.

    « Notre image va être ternie »

    Patrick (1) n’a, lui, jamais été témoin d’abus sexuels perpétrés par des humanitaires, pendant les dix années où il a travaillé dans le secteur. Mais il a vu des personnes se faire renvoyer pour cela. Aujourd’hui chef de mission pour une #ONG internationale sur le terrain d’une crise humanitaire, il interpelle : « Comment peux-tu faire ce métier et être l’auteur de comportements aussi inacceptables ? » Et prévient : « L’impact va être majeur pour beaucoup d’organisations. Notre image va être ternie, alors qu’elle est essentielle pour garantir la confiance des populations bénéficiaires. C’est la clé de notre sécurité et de la réussite de notre travail. »
    (1) Les prénoms ont été modifiés
    Aude Massiot

    #prostitution #agression_sexuelle #colonialisme #domination #oxfam #Van_Hauwermeiren


  • Les liaisons à risques du #CICR

    Les relations du Comité international de la Croix-Rouge avec le secteur privé et la double casquette de son président, #Peter_Maurer, également membre du conseil de fondation du #World_Economic_Forum, font courir le risque que le CICR soit perçu comme partial. La sécurité des délégués sur le terrain est en jeu.

    C’était le 9 octobre 2017. Sans tambour ni trompette, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) déclarait mettre fin avec effet immédiat au partenariat qu’il entretenait avec la multinationale LafargeHolcim. Cette dernière était l’une des douze sociétés appartenant au Corporate Support Group du CICR, un groupe de partenaires stratégiques du secteur privé. Motif : LafargeHolcim (LH), entreprise née de la fusion entre la société suisse Holcim et le français Lafarge lancée en 2014 et effective en 2015, est accusée d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie, dont l’organisation Etat islamique, à travers sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) et la cimenterie de Jalabiya.

    La justice française a depuis mis en examen sept cadres de la société soupçonnés de « financement du terrorisme ». Dans sa communication de l’automne dernier, le CICR est explicite : il « n’a pas travaillé avec LH ou avec Lafarge en Syrie, et n’a aucune connexion avec la situation complexe dans laquelle se trouve LH actuellement. »
    L’affaire LafargeHolcim

    L’exemple soulève la question des rapports du CICR avec ses partenaires privés. Pour l’organisation, fondée en 1863 par Henri Dunant et dont la mission est de rendre visite aux détenus, de fournir protection, assistance et aide humanitaire aux victimes de conflits armés et de promouvoir le respect du droit international humanitaire, l’alerte est chaude. Elle l’est d’autant plus que le CICR met du temps à réagir. Le Monde publie sa première enquête le 21 juin 2016 sous le titre : « Comment le cimentier Lafarge a travaillé avec l’Etat islamique en Syrie. »

    Face à ces révélations, le CICR réévalue ses procédures. Mais pas de remise en question immédiate du partenariat avec #LafargeHolcim. Selon un document interne envoyé au même moment aux délégations et que Le Temps s’est procuré, le CICR avance que « bien qu’à ce stade, la probabilité que les médias approchent le CICR au sujet du soutien qu’il reçoit de LH soit très faible, les lignes ci-dessous devraient aider à gérer de telles demandes ». Les collaborateurs sont censés mentionner des projets développés en commun par LH et le CICR, notamment au Nigeria. Le siège continue à relativiser : « Les accusations contre LH au sujet du comportement de son équipe en Syrie doivent encore être prouvées. »

    A Genève, on ne prend pas la mesure de l’urgence : le président du CICR Peter Maurer et le chef de la délégation du CICR au Nigeria signent le 21 octobre 2016 à Lagos un protocole d’accord avec Lafarge Africa Plc. Le partenariat prévoit notamment de « renforcer la position de Lafarge sur le marché du ciment dans le nord-est du Nigeria ». Une phrase qui provoque une vive discussion à l’interne. Quatre jours plus tard, pourtant, la rupture avec LH est annoncée : « La révision [du partenariat] a révélé que la controverse […] avait le potentiel d’impacter négativement les opérations, la réputation et la crédibilité du CICR avec des acteurs clés, y compris sur le terrain. » En dépit de la volte-face, le malaise persiste. Etait-il opportun d’avoir un partenariat avec Holcim, dont le président du conseil d’administration jusqu’en mai 2014 (après la fusion avec Lafarge), Rolf Soiron, siégeait dans le même temps au Conseil de l’Assemblée, l’organe suprême du CICR ?
    Les risques de conflit d’intérêts

    Le partenariat avec LafargeHolcim n’étant plus d’actualité, l’affaire pourrait s’arrêter là. C’est compter sans un groupe de 25 membres honoraires, d’anciens dirigeants, chefs des opérations et de délégation du CICR. Dans un document qu’ils envoient au siège du CICR en décembre 2017 intitulé « L’indépendance et la neutralité du CICR en péril », ils affirment vouloir nourrir un débat qu’ils jugent « existentiel ». Leur intention, précisent-ils au Temps, n’est pas de « casser » une organisation qu’ils continuent d’aimer.

    Le réflexe pourrait être de voir dans cette mobilisation un combat d’arrière-garde entre des anciens, dépassés, et des nouveaux, progressistes. Or l’inquiétude dépasse largement ce cercle et provient aussi des délégués actifs sur le terrain. Elle ne porte pas tant sur la collaboration avec le secteur privé que sur les conditions dans lesquelles celle-ci se matérialise. Cette inquiétude est exacerbée par plusieurs facteurs : face aux multiples crises humanitaires et à leur complexité croissante, face à l’irrespect crasse du droit international humanitaire, le CICR évolue dans un contexte extraordinairement difficile. Il est présent dans 86 pays et emploie 18 000 collaborateurs. Son travail, remarquable, est reconnu.

    Si nombre d’entreprises privées ont régulièrement soutenu l’auguste institution, elles l’ont surtout fait sous une forme philanthropique. « Aujourd’hui, c’est davantage du donnant-donnant », explique Marguerite Contat, ex-cheffe de délégation qui craint que l’indépendance et l’impartialité du CICR ne soient remises en question. Un vocabulaire qui fait écho au slogan « win-win » familier du World Economic Forum (#WEF), mais qui s’inscrit aussi dans la transformation en partie entamée à l’ONU au début des années 2000 par Kofi Annan sous le nom de « #Global_Compact », un concept de promotion du #partenariat_public-privé. Le document rédigé par le groupe des 25 met en garde : « L’institution ne peut se permettre de mettre en péril le formidable capital de confiance qu’elle a accumulé au cours de son siècle et demi d’existence […]. Il ne suffit pas, pour le CICR, de se proclamer neutre et indépendant, encore faut-il qu’il soit reconnu comme tel par toutes les parties concernées. »

    On l’aura compris : les craintes exprimées touchent à un aspect central de l’action du CICR : la perception qu’ont de lui les acteurs locaux, qu’il s’agisse de groupes armés non étatiques, d’Etats ou de groupes terroristes. Les principes ne sont pas gravés dans le marbre une fois pour toutes, déclarait pourtant Peter Maurer lors d’un symposium consacré en 2015 aux « principes fondamentaux dans une perspective historique critique ». Ils sont fonction de l’époque.

    Sous la présidence de Jakob Kellenberger (2000-2012), le CICR a institué un partenariat stratégique avec douze sociétés réunies dans ce qu’il appelle le Corporate Support Group (CSG). L’apport de chacune est d’un demi-million par an sur six ans. Leur contribution financière est marginale, soit moins de 4% du financement assuré par les Etats contributeurs. Mais pour le CICR, appelé à répondre à des besoins humanitaires qui explosent, ce soutien est nécessaire. Dans cette logique, le récent partenariat conclu avec la société danoise Novo Nordisk a du sens. Peter Maurer le justifiait récemment devant l’Association des correspondants du Palais des Nations (Acanu) : « Non, ce n’est pas de la philanthropie. Nous n’obtenons pas les médicaments [anti-diabète] de Novo Nordisk gratuitement. Mais ceux-ci peuvent être fournis à des populations vulnérables à des prix plus favorables. »
    Perception du CICR, un acquis fragile

    Difficile par ailleurs de demander au contribuable d’en faire davantage, la Confédération appuyant le CICR déjà à hauteur de 148 millions de francs (2017). Le financement par les Etats soulève aussi son lot de questions. Un ancien haut responsable de l’institution le souligne : « Les contributions versées par certains Etats relèvent plus de la stratégie de communication que d’un réel engagement humanitaire. » Un autre observateur ajoute : « Les Etats-Unis sont les premiers contributeurs étatiques du CICR. Or ils ont orchestré de la torture en Irak à partir de 2003. »

    Au CICR, on le martèle : le monde a changé. Gérer simplement l’urgence humanitaire ne suffit plus. Il faut « inscrire l’urgence dans la durée », dans le développement durable d’un Etat, d’une communauté. Le savoir-faire du secteur privé peut s’avérer utile pour améliorer des situations humanitaires catastrophiques lorsque les services de l’Etat se sont effondrés. Mais qu’obtiennent en contrepartie les entreprises stratégiques du CSG, hormis la possibilité d’utiliser le logo du CICR ? Membre du CSG depuis 2008, Credit Suisse y trouve son compte. Son porte-parole Jean-Paul Darbellay s’en explique : « Grâce à ce partenariat, nous bénéficions de nombreux échanges de connaissances et partageons notre expertise dans de plusieurs domaines d’activité : marketing, ressources humaines, collectes de fonds. »

    Credit Suisse apporte aussi son expertise au « WEF Humanitarian System Global Future Council présidé par Peter Maurer ». En aidant le CICR, la fondation néerlandaise Philips, membre du CSG, n’a pas d’objectifs commerciaux. Elle a développé avec lui un kit d’instruments pour la détection précoce des grossesses à haut risque dans des communautés fragiles ayant un accès limité à des services de santé. La société Roche n’attend pour sa part aucun « retour matériel sur investissement ».
    Un rôle flou

    « Notre intérêt, explique au Temps Yves Daccord, directeur général du CICR, réside surtout dans l’échange de compétences avec le secteur privé. Avec Swiss Re, nous avons un intérêt à coopérer avec le secteur de la réassurance. En Syrie, si on laisse le système s’effondrer, cela aura un énorme impact humanitaire. » Les critiques estiment toutefois que le CICR en fait trop en aidant ses partenaires à développer des activités économiques là où il est présent. Yves Daccord s’en défend : « Il est exclu que le CICR fournisse des renseignements situationnels à ses partenaires. Ce serait de la folie. » Devant l’Acanu, Peter Maurer précise : « Nous ne sommes pas impliqués dans la reconstruction. » Mais le président du CICR n’hésite pas à sensibiliser les partenaires stratégiques en les amenant sur le terrain. Lors d’une visite en Colombie en janvier 2017, lors de laquelle il rencontra le président Juan Manuel Santos, il avait « dans ses bagages » l’Avina Stiftung, Holcim Colombia ou encore Nespresso.

    Professeur émérite de l’Université du Nebraska et auteur du livre ICRC : A Unique Humanitarian Protagonist, David Forsythe connaît bien l’institution et salue son travail de terrain. Il questionne toutefois le rôle flou du CICR avec ses partenaires : « Personne ne remet en question la nécessité de travailler avec le secteur privé. Mais si cette coopération devait permettre aux entreprises partenaires de faire de l’argent, cela poserait un problème sérieux au vu de la mission strictement humanitaire du CICR. Et certaines multinationales pourraient chercher à redorer leur image en soutenant une telle organisation humanitaire. Il en va de même pour le choix par cooptation des membres de l’Assemblée du CICR. Il faut s’assurer qu’ils soient irréprochables et qu’ils ne soient pas sujets à des conflits d’intérêts. »
    La proximité avec le WEF critiquée

    L’autre aspect qui fait débat aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du CICR, c’est la double casquette de Peter Maurer, président du CICR depuis 2012 et membre du conseil de fondation du World Economic Forum (WEF) depuis novembre 2014. Cette double appartenance interpelle même les actuels collaborateurs. Après un message envoyé le 12 avril 2017 par le siège pour sonder les délégations et que Le Temps a pu consulter, l’une de ces dernières relève que la double casquette « met automatiquement le CICR du côté des puissants et des riches ». Les délégués sur le terrain pourraient en subir les conséquences.

    Or, explique une seconde délégation, le CICR est une institution « qui se présente comme ontologiquement proche des victimes ». Une autre délégation déplore l’association formelle au WEF alors que « le CICR a déployé d’énormes efforts durant la dernière décennie pour se débarrasser de son étiquette occidentale ». Elle se pose une question rhétorique : que se passerait-il si les FARC, le mouvement révolutionnaire colombien d’obédience marxiste, négociant avec le CICR, apprenait que le président du CICR était aussi au conseil de fondation du WEF, une organisation qui défend le libéralisme économique ? Le sondage semble avoir eu peu d’effet. Le mandat de Peter Maurer au WEF a été renouvelé sans problème en 2017. « On ne tient pas compte de nos remarques, explique un responsable encore en fonction. Nous sommes mis devant un fait accompli. » La direction élude le débat. Le sujet est devenu tabou.

    Le double mandat de Peter Maurer peut cependant prêter à confusion. Le 11 mai 2017, le président du CICR se rend à Kigali pour une réunion du WEF Afrique. Il y est invité par la ministre rwandaise des Affaires étrangères. Après quelques hésitations, Peter Maurer accepte l’invitation. La délégation du CICR à Kigali essaie de lui arranger un rendez-vous avec le président du Rwanda. En vain. Il faudra l’appel de Klaus Schwab, président du WEF, pour inciter Paul Kagame à rencontrer le patron du CICR. « Pendant seize minutes, tous deux ne parlent que du CICR, explique au Temps une personne qui était sur place. Pour Paul Kagame, il n’y avait pas de confusion possible : Peter Maurer parlait au nom du CICR. »

    Jugeant le WEF complaisant à l’égard des Emirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, un ex-haut responsable du CICR en convient : « Cela n’a pas eu d’effet mesurable pour l’instant. Mais un accident n’est pas exclu. Je rappelle qu’au Yémen, le CICR est la seule organisation capable de parler à tous les acteurs. » Or ce sont les deux pays précités qui ont orchestré le blocus économique du Yémen, aggravant la situation humanitaire. Par ailleurs, être formellement associé au WEF est « risqué pour les délégués, notamment en Syrie, poursuit-il. Au WEF, plusieurs acteurs ont expliqué comment éliminer l’Etat islamique. » Le professeur David Forsythe avertit : « Si des acteurs locaux venaient à apprendre le mandat de Peter Maurer au WEF, cela pourrait devenir un sérieux problème. »
    L’exemple douloureux du Biafra

    La question de sa perception n’est pas anodine pour une organisation qui souhaite avoir accès à tous les belligérants. Car son image est parfois fragile. Le CICR en a fait l’expérience au moment de la crise du Biafra à la fin des années 1960, quand des gardes en uniforme du président de la Guinée équatoriale montèrent avec leurs motos à bord d’avions de la Croix-Rouge suédoise marqués du sigle générique de la Croix-Rouge. La scène aurait été filmée par un Hollandais.

    En Afrique, il faudra des années au CICR pour se débarrasser de cette fausse nouvelle selon laquelle il aurait participé à un trafic d’armes… Or c’était il y a près de cinquante ans. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux, le risque de dégât d’image est décuplé. Peter Maurer le reconnaît lui-même : « Mon organisation ne bénéficie pas d’une neutralité garantie. C’est quelque chose que vous obtenez en établissant des relations de confiance avec les parties au conflit. Gagner leur confiance est un combat quotidien. » A propos de la tragique mort récente d’un collaborateur du CICR au Yémen, des délégués le déplorent sur le réseau Alumni Networks du CICR. Il aurait été abattu « parce qu’il était du CICR ». Etait-ce déjà une question de perception de l’organisation ?

    Yves Daccord comprend les arguments critiques par rapport au WEF, mais les conteste. « Notre choix stratégique ne consiste pas à observer, mais à faire partie de la discussion. Depuis huit ans, notre engagement a considérablement augmenté. Nous avons désormais une présence diplomatique dans les capitales des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Nous poursuivons une stratégie d’influence croisée pour renforcer notre discours humanitaire. » Dans cette logique, le WEF est une plateforme très utile où sont présents bon nombre d’acteurs (multi-stakeholders) auprès desquels le CICR peut exercer son influence pour renforcer son message humanitaire. « Quand le président chinois Xi Jinping est à Davos, qu’il rencontre le conseil de fondation du WEF et qu’il voit Peter Maurer, c’est important. Cela permet au CICR d’établir rapidement un lien avec le dirigeant chinois. Il faut nous juger sur nos objectifs, non sur une image arrêtée de la situation. »
    Changement de culture

    Au CICR, le choc des cultures est une réalité. Le monde a changé et l’institution genevoise aussi. Peter Maurer est beaucoup sur le terrain : en Libye, au Yémen, en Syrie. On reconnaît à cet ex-ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU à New York un grand talent diplomatique qui lui a valu de rencontrer les grands de la planète : Xi Jinping, Vladimir Poutine, Barack Obama. En termes de budget, l’organisation atteint désormais les 2 milliards. Pour les uns, c’est une course à la croissance effrénée par laquelle le CICR s’éloigne de sa mission spécifique de protection des civils pour embrasser toute une série d’activités de développement propres à une « agence para-onusienne ».

    Pour d’autres, c’est le génie de Peter Maurer qui a su réaliser qu’il fallait voir l’humanitaire dans une dimension plus large. Yves Daccord l’admet : « Oui, la culture de la maison a changé. » Le professeur David Forsythe met toutefois en garde : « Attention au style de management vertical propre à une grande multinationale. Malgré son excellente image et sa réputation, voyons si le CICR est toujours capable, au vu de ce management, d’attirer des délégués aussi engagés, dont il ne faut pas oublier qu’ils risquent leur vie sur le terrain. » Le CICR, semble-t-il sous-entendre, ne peut être soumis à une culture managériale identique à celle d’une multinationale, car en fin de compte, ce sont les gens du terrain qui sont sa raison d’être.

    https://www.letemps.ch/monde/liaisons-risques-cicr
    https://www.letemps.ch/monde/liaisons-risques-cicr
    #Lafarge #Syrie #conflit_d'intérêts #Lafarge #Holcim


  • VE | Protéger ou externaliser ? A propos de la rencontre interétatique sur la Méditerranée centrale
    https://asile.ch/2017/11/11/ve-proteger-externaliser-a-propos-de-rencontre-interetatique-mediterranee-cent

    La Suisse s’apprête à accueillir la troisième rencontre du « Groupe de contact pour la Méditerranée centrale ». Ce groupe affiche comme objectifs l’échange d’informations et la mise en place d’actions communes entre pays d’Europe et d’Afrique afin d’ « améliorer les conditions de vie et de protection » le long de la route migratoire de la Méditerranée centrale. Au […]


  • Red Cross chief visits besieged city on Yemen’s front lines | Lexington Herald Leader
    http://www.kentucky.com/living/health-and-medicine/article163246203.html

    The chief of the international Red Cross made a rare visit to the front lines in #Yemen Monday, taking a dirt road to reach the besieged western city of Taiz, devastated by more than two years of fighting.

    The visit by Peter Maurer, the head of the International Committee of the Red Cross, is meant to provide the ICRC with a firsthand look at Yemen’s raging #cholera epidemic and humanitarian crisis amid the civil war. Maurer already visited the southern port city of Aden and will be ending his trip in Sanaa.

    The executive directors of UNICEF and WHO are also in Yemen to urge for much-needed humanitarian aid. The $2.1 billion humanitarian appeal for Yemen is only 33 percent funded, and the response to the cholera epidemic requires an additional $250 million, of which just $47 million has been received, according to the United Nations.

    Maurer posted a video showing him driving on unpaved roads to Taiz and tweeted: “The city is encircled and main roads are cut off.

    I find this needless suffering absolutely infuriating. The world is sleep-walking into yet more tragedy,” Maurer said on Sunday.

    #CICR


  • Sur les traces des Suisses au service de l’infernal Congo de #Léopold_II

    C’est un épisode peu étudié de la migration suisse dans le monde. Dès le début du XXe siècle, un nombre croissant d’Helvètes s’engagent au service de l’État indépendant du Congo, propriété exclusive du roi des Belges Léopold II. L’architecte du #CICR#Gustave_Moynier – en fut le premier consul général en Suisse.

    Riche protestant genevois, Gustave Moynier se laisse séduire par Léopold II qui crée une Association internationale du Congo, comme paravent, pour se « procurer une part de ce magnifique gâteau africain », comme le confie le roi à un de ses agents basé à Londres en 1872.

    Pour le richissime Gustave Moynier, il n’y avait donc guère de contradiction à construire la première agence internationale de secours aux victimes de la guerre, tout en participant à l’établissement de l’EIC. Les deux projets s’inscrivaient dans une vision partagée par les élites européennes, soit un combat pour la paix et la civilisation du monde portée par la science triomphante de l’époque, le libre-échange économique et l’#évangélisation.

    Mais c’est un autre agent suisse de l’Etat Indépendant du Congo qui va pousser les Suisses à s’engager au Congo. Consul de Belgique à Neuchâtel, #Jean_Boillot-Robert publia de nombreuses annonces, multiplia les conférences en Suisse romande pour recruter des Suisses. L’opération connut un succès croissant durant les années 1900, alors même que la campagne dénonçant l’exploitation outrancière du Congo battait son plein.

    Quant à la campagne contre l’administration de Léopold II au Congo qui préfigure les mobilisations internationales de la société civile que nous connaissons aujourd’hui, elle finit par trouver des relais à Genève dès la fin du XIXe siècle. C’est le cas du journaliste #René_Claparède se mobilise et devient pour ce faire président de la Ligue suisse pour la défense des indigènes et du Bureau international pour la défense des droits des peuples.

    Jusque-là hostile à cette campagne de dénonciation, le Journal de Genève prend ses distances avec l’œuvre congolaise du roi des Belges en publiant dans ses éditions des 17 (http://www.letempsarchives.ch/page/JDG_1906_11_17/1/article/6637874/%22Etat%20Ind%C3%A9pendant%20du%20Congo%22) et 18 (http://www.letempsarchives.ch/page/JDG_1906_11_18/1/article/6637942/%22Etat%20Ind%C3%A9pendant%20du%20Congo%22) novembre 1908 un texte de René Claparède intitulé « La civilisation au Congo » qui commence ainsi : « Depuis quelques années, mais surtout depuis quelques mois nous arrivent, avec persistance, d’étranges rumeurs sur l’Etat indépendant du Congo. Pour obtenir du caoutchouc un rendement princièrement rémunérateur, fonctionnaires du gouvernement, agents des compagnies concessionnaires pressurent, dit-on, l’indigène de la manière la plus atroce. »


    http://www.swissinfo.ch/fre/philanthropie-et-colonisation_sur-les-traces-des-suisses-au-service-de-l-infernal-congo-de-l%C3%A9opold-ii-/43325184
    #Suisse #histoire #colonialisme #Congo #colonisation


  • La difficile définition des « zones de désescalade » en Syrie
    https://www.mediapart.fr/journal/international/120717/la-difficile-definition-des-zones-de-desescalade-en-syrie

    © La ville d’Idlib touchée par un bombardement aérien attribué à des avions russes le 7 février 2017. L’attaque avait fait au moins trente morts parmi les civils. Un septième round de négociations intersyriennes s’est ouvert, lundi 10 juillet, à Genève sous l’égide de l’ONU. Mais c’est à Astana que les choses concrètes se discutent sous le parrainage de la #Russie, de l’Iran et de la Turquie, comme les « zones de désescalade », des territoires en Syrie où une trêve durable pourrait être instaurée.

    #International #CICR #guerre_en_Syrie #HCR #ONU


  • Une guerre qui ne dit pas son nom continue de sévir en Ukraine
    https://www.mediapart.fr/journal/international/040217/une-guerre-qui-ne-dit-pas-son-nom-continue-de-sevir-en-ukraine

    La violence embrase à nouveau l’est de l’Ukraine. Kiev et les séparatistes s’accusent mutuellement de la reprise des hostilités autour de la ville industrielle d’Avdiivka. Plus de dix civils ont été tués. Le Comité #International de la Croix Rouge (CICR) porte assistance à ces milliers d’Ukrainiens. Entretien avec l’un de ses responsables, Patrick Vial, qui appelle à la création de « zones sécurisées ».

    #CICR #Crise_en_Ukraine #europe #ONU #Russie


  • « A Alep, une guerre indiscriminée frappe tous les civils », dénonce le #CICR
    https://www.mediapart.fr/journal/international/200816/alep-une-guerre-indiscriminee-frappe-tous-les-civils-denonce-le-cicr

    Voilà cinq ans que le Comité #International de la Croix-Rouge (CICR) est aux avant-postes des horreurs de la #guerre_en_Syrie. La situation humanitaire n’a jamais été aussi désastreuse, en particulier à Alep, et elle est de plus en plus politisée par les belligérants. Valérie Petitpierre, coordinatrice des opérations, répond aux questions de Mediapart.

    #Bachar_al_Assad #Moyen-Orient #Russie


  • Une série audio, proposée par #histoire_vivante (RTS)
    L’#Afghanistan

    D’une monarchie constitutionnelle au chaos institué : l’interminable état de guerre

    « Histoire Vivante » revient sur le destin mouvementé de lʹAfghanistan et sur lʹactualité de ce pays puisque 2014 est l’année du retrait complet des troupes de l’OTAN. Un retrait qui implique de nouveaux enjeux stratégiques dans la région.

    Dimanche 9 novembre 2014 sur RTS Deux, vous pouvez découvrir le documentaire : « Afghanistan 1979 - La guerre qui a changé le monde » de Gulya Mirzoeva (France / 2014).

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/6272290-l-afghanistan-1-5.html

    Regards croisés

    Pierre Hazan sʹentretient avec Jacques de Maio, chef des opérations du #CICR pour l’Asie du Sud, qui a été en Afghanistan.

    En deuxième partie, Frédéric Pfyffer rencontre le journaliste et reporter de guerre américain Edward Girardet, auteur du livre : « Il parait que vous voulez me tuer » paru aux éditions Les Arènes, Paris en février 2014.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/6272290-l-afghanistan-1-5.html

    Une terre rebelle

    Il en est de ces contrées que la géologie terrestre a placées dans certains couloirs, dans certains axes et qui ne pourront plus jamais être considérées autrement que comme des plaques tournantes. LʹAfghanistan est de celles-là. C’est la plaque de l’Asie centrale, tout au moins l’une d’entre elles et non la moindre. Triste privilège que d’être convoité, l’Afghanistan l’a toujours été. Car le pays est la voie de passage idéale sur la #Route_de_la_soie. Aucun accès maritime, chaque frontière jouxte avec un autre pays, avec d’autres problèmes. Autant de pays, autant de difficultés.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/6272293-l-afghanistan-2-5.html

    La révolution du taureau

    Au début des années 70, l’Afghanistan a derrière elle quarante années d’un même régime. C’est une monarchie constitutionnelle présidée par le roi Mohammed Zaher Shah. Le roi est un esthète, un homme cultivé, assez élégant. Ses études à Montpellier au lycée Janson de Sailly à Paris quelque part entre les beaux quartiers d’Auteuil et de Passy, l’instruction militaire qu’il reçoit à l’école des Officiers d’Infanteries de Kaboul suffisent pour le former à devenir roi. Les évènements ne lui donnent guère le choix ; il a 19 ans quand son père est assassiné et qu’il prend sa succession avec dans son cursus deux années passées respectivement au Ministère de la guerre et à celui de l’éducation.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/6272295-l-afghanistan-3-5.html

    Au royaume de l’insolence

    1987. Voilà deux ans que Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir en #URSS. Deux années que le reste du monde observe ce personnage au ton si nouveau, à l’énergie si inhabituelle, comparé aux vieillards cacochymes qui avaient pris les commandes du Kremlin depuis la mort de Léonide Brejnev. Cette année est incontestablement l’année des grands changements dans la politique soviétique, tant à l’intérieur que sur la scène internationale, des changements qui impliquent une transformation du système lui-même.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/6272294-l-afghanistan-4-5.html

    Entretien avec la réalisatrice #Gulya_Mirzoeva

    Jacques Mouriquand rencontre Gulya Mirzoeva réalisatrice du film : « Afghanistan 1979 - La #guerre qui a changé le monde », un #documentaire que vous pourrez découvrir ce dimanche 9 novembre 2014 sur RTS Deux :

    En 1979, les troupes soviétiques entrent en Afghanistan. Cette opération durera 10 ans. Elle va précipiter la chute de l’Union Soviétique, lancer Al Qaïda et faire émerger une nouvelle figure : Ben Laden. On découvre cette période peu connue de lʹHistoire contemporaine avec des archives et des témoignages russes inédits, dont celui de lʹancien président Mikhaïl Gorbatchev.

    2014 : année du retrait des troupes internationales

    En 1979, les troupes soviétiques entrent en Afghanistan. Cette guerre change la face du monde. Dans les pays occidentaux, ce conflit est considéré comme « l’#invasion_soviétique en Afghanistan ». Pour les Russes, il s’agit de « l’envoi d’un contingent limité ». Cette opération à " contingent limité "a duré 10 ans et joué un rôle prépondérant dans l’effondrement de l’Union Soviétique. C’est le dernier conflit de la guerre froide et le premier d’une longue guerre qui n’est pas prête de s’achever. L’intervention des troupes soviétiques en Afghanistan a été un événement charnière dans l’Histoire du XXe siècle.... qui a lancé Al Qaïda et Ben Laden.

    Ce #film propose de revisiter cet épisode mal connu de l’Histoire contemporaine en prenant le parti de la regarder du côté des « envahisseurs » soviétiques. Grâce à l’ouverture de bon nombre d’archives demeurées secrètes jusqu’ici, que l’on peut recouper avec les témoignages des agents de tous bords (Mikhaïl Goratchev s’exprime pour la première fois sur l’invasion), ce film offre une lecture inédite de l’Histoire et nous permet de comprendre comment nous en sommes arrivés à une telle confrontation entre le monde musulman et le monde occidental.

    http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/6272296-l-afghanistan-5-5.html


  • Pourquoi le #droit international #humanitaire est (toujours) mal appliqué
    Le Monde.fr | 22.08.2014 à 11h39 • Mis à jour le 22.08.2014 à 14h11 |
    Par Elvire Camus
    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/08/22/150-ans-de-droit-international-humanitaire-5-questions_4472080_4355770.html

    Ainsi, après ses 150 années d’existence, le droit humanitaire est considéré comme étant « complet ». Pour Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de #Médecins_sans_frontières et auteure du Dictionnaire pratique du droit humanitaire, pas question de parler d’#obsolescence : « Le droit humanitaire fournit un cadre suffisant, à condition de l’interpréter et l’appliquer de #bonne_foi. »

    Quelles sont les faiblesses du DIH ?

    Une des principales limites du DIH, si ce n’est la plus importante, est sa mauvaise application : « Le problème de ce droit, ce n’est pas qu’il a vieilli, c’est qu’il est mal appliqué. Signé par 195 Etats, on peut le considérer comme étant quasi universel, pourtant, paradoxalement, il fait l’objet de violations répétées », explique Frédéric Joli, porte parole du #CICR en France.

    Dans la pratique, le droit humanitaire est un socle, sur lequel s’appuient les belligérants et les organisations humanitaires lors d’un conflit armé. Chaque #conflit armé fait l’objet d’un nouveau scénario, de nouvelles négociations pour le faire appliquer, et il est invoqué par les belligérants en fonction de leurs intérêts propres. C’est une des grandes difficultés du DIH : « Chaque partie interprète le droit à son avantage, il faut donc impérativement résister à l’interprétation de #mauvaise_foi des parties au conflit. Si on ne négocie pas les secours, on n’obtient rien. Le droit, ça se réclame », précise Françoise Bouchet-Saulnier.

    Afin de tenter remédier à cette faille, le CICR et la Suisse mènent depuis 2012 des consultations avec les Etats et des représentants de services de santé dans l’optique de trouver des moyens de mieux faire respecter le droit humanitaire.

    Seconde faiblesse majeure du DIH, l’absence, jusqu’en 2002, avec le lancement de la #Cour_pénale_internationale, d’instruments permettant de sanctionner les violations du droit humanitaire lors de conflits internes. Pour autant, maintenant qu’un tel outil existe, son aspect à la fois coercitif et dissuasif rigidifie le DIH : « Le droit humanitaire s’est complexifié avec les tribunaux. Il est nécessaire de revenir à une application qui soit destinée à l’action et pas uniquement orientée vers la sanction », explique Françoise Bouchet-Saulnier. Par ailleurs, les premières années d’existence de la CPI n’ont pas montré beaucoup de résultats.

    • Pour rappel, les États-Unis et Israël (pour ne citer que ces deux pays) n’ont pas ratifié le Traité de Rome par lequel on devient membre de la CPI et la CPI est sous la tutelle du Conseil de sécurité de l’ONU qui peut interdire une enquête si ça lui chante.

    • Plus précisément,
      http://www.ipsnews.net/2014/08/israel-hamas-set-to-escape-war-crimes-charges

      Quigley said, “If a state is a party to the Rome Statute, then its nationals can be prosecuted in the ICC.”

      Israel is not a party to the Rome Statute that created the ICC.

      However , the ICC has jurisdiction based on the territory where a crime is committed. So if an Israeli commits a crime in a state that is a party, the ICC can prosecute that Israeli,” said Quigley, author of ‘Genocide in Cambodia and The Ruses for the War.’

      Beyond that, said Quigley, if a state is not a party but files a declaration conferring jurisdiction on crimes within its territory, then anyone who commits a crime in the territory of that state may be prosecuted.

      Par ailleurs,

      Ratner argued that the United Sates is too powerful and the chances of an ICC investigation, much less a prosecution, are remote. Even were the court by some miracle to launch an investigation, it would never, because of U.S. pressure, result in a prosecution. But this does not mean Palestinians and their allies should stop trying, said Ratner.

      “Every means to expose and hold Israel accountable and demonstrate the bias of our international system is important,” he added. “The effort is clearly terrifying Israel because Israel knows the criminality it is engaged in.”

      So, if the ICC is not really a means to hold Israel and the U.S. accountable, then efforts should be doubled to hold Israeli and U.S. officials accountable through universal jurisdiction in every national court of every state, he noted.

      Many countries have jurisdiction over war crimes and crimes against humanity no matter where committed and even if the perpetrator is not in the country.

      “The goal is to make Israel the pariah state it ought to be for committing these crimes, to make its officials unable to move outside the country and to ultimately send a message: Enough! It is saddening at this moment to see horrendous crimes committed hourly and watch the governments of many states stand by or enable,” he added.

      “Our hope to hold Israel accountable should be in the outpouring of opposition to these crimes by citizens throughout the world. Ultimately, the courts will need to act,” declared Ratner.

    • En fait ce n’est pas tout à fait ça, la CPI n’enquête pas sur des États mais sur des individus, c’est pour ça qu’elle a été créée. Je ne connaissais pas la loi l’invasion de La Haye mais apparemment c’est un truc spécifique aux États-Unis, ce n’est pas un traité international. Sinon, pour protéger ses ressortissants, les États-Unis ont imposer des accords bilatéraux avec tout un tas de pays avec des clauses qui interdisent qu’on portent plainte contre des citoyens américains.

    • Concernant Israël, pour qu’une plainte de Palestinien soit acceptée par la CPI, il faut que la Palestine en soit membre. C’est une des raisons pour laquelle il est important qu’elle soit reconnue par l’ONU. Ce que je regrette le plus, c’est que le principe de Compétence universelle ne soit pas appliqué. Selon ce principe (quelques articles des conventions de Genève ou un des protocoles, je ne sais plus) un criminel de guerre ou criminel contre l’humanité peut être jugé par n’importe quel pays quelque soit sa nationalité et cela concerne tous les pays sans exception.



  • http://www.icrc.org/dih/WebART/470-750065

    Protection de la population civile

    Article 51 [ Link ] - Protection de la population civile

    1. La population civile et les personnes civiles jouissent d’une protection générale contre les dangers résultant d’opérations militaires. En vue de rendre cette protection effective, les règles suivantes, qui s’ajoutent aux autres règles du droit international applicable, doivent être observées en toutes circonstances.

    2. Ni la population civile en tant que telle ni les personnes civiles ne doivent être l’objet d’attaques.
    Sont interdits les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile.

    3. Les personnes civiles jouissent de la protection accordée par la présente Section, sauf si elles participent directement aux hostilités et pendant la durée de cette participation.

    4. Les attaques sans discrimination sont interdites. L’expression « attaques sans discrimination » s’entend :

    a) des attaques qui ne sont pas dirigées contre un objectif militaire déterminé ;

    b) des attaques dans lesquelles on utilise des méthodes ou moyens de combat qui ne peuvent pas être dirigés contre un objectif militaire déterminé ; ou

    c) des attaques dans lesquelles on utilise des méthodes ou moyens de combat dont les effets ne peuvent pas être limités comme le prescrit le présent Protocole ;

    et qui sont, en conséquence, dans chacun de ces cas, propres à frapper indistinctement des objectifs militaires et des personnes civiles ou des biens de caractère civil.

    5. Seront, entre autres, considérés comme effectués sans discrimination les types d’attaques suivants :

    a) les attaques par bombardement, quels que soient les méthodes ou moyens utilisés, qui traitent comme un objectif militaire unique un certain nombre d’objectifs militaires nettement espacés et distincts situés dans une ville, un village ou toute autre zone contenant une concentration analogue de personnes civiles ou de biens de caractère civil ;........

    #CICR
    #Gaza
    #israël
    #Protection_de_la_population_civile



  • Les grévistes palestiniens de la faim engagés sur un nouveau front
    Dimanche, 17 Février 2013 15:38 Linah Alsaafin / Publié le 16 février 2013 sur Al Akhbar english. Traduction pour ce site : JM Flémal

    http://www.pourlapalestine.be/index.php?option=com_content&view=article&id=1516:-les-grevistes-pal

    Lundi 11 février 2013, l’emblématique Sheikh Khader Adnan, 34 ans, s’est rendu au siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à al-Bireh, une ville limitrophe de Ramallah. Il a posément informé l’équipe qu’il allait entamer une grève de la faim dans ses locaux afin de soutenir les Palestiniens qui sont toujours en grève de la faim en prison.

    « Ce n’est pas une grève de la faim de solidarité », a-t-il expliqué. « Les prisonniers sont une partie de nous-mêmes, ils sont nous-mêmes. Je soutiens les prisonniers dans leur combat d’estomacs vides. »

    (...)
    En réponse au sit-in d’Adnan, le CICR a fermé ses bureaux, suspendant ainsi de fait ses services aux prisonniers et à leurs familles. Seul le local adjacent à la véranda où Adnan se tient depuis une semaine et où il n’a consommé que de l’eau, est resté ouvert.

    En tant qu’organisation internationale des droits de l’homme, le CICR est responsable avant tout de la protection des civils en temps de guerre et de l’application de la Quatrième Convention de Genève.
    (...)
    Mercredi, l’association de jeunesse installée à Ramallah, Palestiniens pour la Dignité, a publié une déclaration condamnant la décision de la Croix-Rouge de fermer ses installations.

    « La fermeture du CICR est un acte de provocation et de chantage à bon compte envers nos citoyens qui ont des principes et envers le droit à se soutenir mutuellement, en échange du rôle du CICR, consistant à fournir des services en adéquation avec la politique d’occupation. Cette même politique ôte toute valeur au travail du CICR, malgré le fait qu’il s’agit d’une organisation internationale supposée responsable de la protection de notre peuple et des prisonniers en vertu des lois humanitaires internationales. »
    (...)
    La porte-parole du CICR, Nadia Dibsi, a informé les médias que les bâtiments resteraient fermés « tant que les protestataires palestiniens resteraient à l’intérieur ». Toutefois, il ne s’agissait pas du terme auquel Adnan faisait allusion, selon Maher Barghouti, le frère d’un prisonnier.

    La Croix-Rouge a négligé de porter la cause des prisonniers à un niveau international. « Mercredi matin, j’ai prié la Croix-Rouge de demander les autorisations pour rendre visite à mon frère à la prison de Rimon », a déclaré Barghouti, « mais elle a refusé de m’accorder ces autorisations et m’a dit de la rappeler une fois que les contrevenants auraient quitté ses locaux. »

    La CICR a franchi un pas de plus en accusant Adnan d’avoir accroché des banderoles et des drapeaux du parti politique du Djihad islamique dans le local où il se tient.

    « Ils ont fait savoir aux partis nationaux [Fatah, FPLP, FDLP et Hamas] que j’avais accroché ici des banderoles et des drapeaux du Djihad islamique » , a dit Adnan. « Ce qui m’embarrasse le plus, c’est que certaines personnalités, en fait, l’ont cru. »

    #CICR #prisonniers